‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.59Chapitre 3 sur 74 · MERCATI · texte numérisé non relu

MERCATI

métalliques. Le plus remarquable de ces composés et le plus facile à préparer est celui de mercure ; c'est la promptitude et la facilité de sa préparation qui ont motivé la dénomination de mercaptan [mercurium caplans).

Le mercaptan est considéré comme l'alcool du soufre, c'esi-à-dire, que si l'alcool est un hydrate doxyde d'éthyle CHPO.HO, le mercaptan est un sulfhydrate de sulfure d'éthyle G^H^S.HS. L'alcool et le mercaptan ont donc une formule semblable, quelle qu'en soit l'expression. Toutes les réactions et les propriétés chimiques du mercaptan appuient cette manière de voir.

En effet, si le mercaptan est l'alcool du soufre, il doit avoir son éther qui sera

le sulfure d'éthyle „j. | SS semblable à l'éther ordinaire, ou oxyde d'éthyle

0^ C'est ce que l'expérience a démontré.

Enfin si le mercaptan est l'alcool du soufre, tous les alcools, quelle que soit leur atomicité, doivent avoir leur mercaptan, ce que les faits confirment. M.

MERCAPTIDES. JS" Composés résultant de l'action du mercaptan,

ou sulfhydrate d'éthyle, sur certains oxydes métalliques (plomb, cuivre, mercure, argent, or, platine, etc.).

Les mercaptides sont considérés comme des sulfures doubles d'éthyle et d'un métal.

Le plus remarquable de ces composés est le mercaptide de mercure. On obtient ce produit sous forme de cristaux brillants, fusibles à 85°, en saturant une solution alcoolique de sulfhydrate d'éthyle (mercaptan) avec de l'oxyde de mercure, et laissant refroidir la solution.

L'équation suivante rend compte de la formation de tous les mercaptides en général, et en particulier de celle du mercaptide de mercure.

7}S- + UgO = ™"JS' + H0

Mercaptan Oxyde Mercaptide de mercure

ou de ou

sulfhydrate mercure. sulfure double d'éthyle d'éthyle. et de mercure.

11 est évident que si dans la formule du mercaptide de mercure on remplace le symbole du mercure Hg, par celui d'un métal quelconque M, on aura la formule du mercaptide de ce métal quelconque. M.

MERCATI (Michèle). Né, le 8 avril 1541, à San-Miniato (Toscane), mort, à Rome, le 25 juin 1593. Fils d'un médecin distingué, Michèle Mercati fit d'excellentes études à Pise, où il se fit recevoir docteur en philosophie et en médecine. 11 trouva en Césalpin un guide et un protecteur et, grâce sans doute à cette protection, le pape Pie V lui confia l'intendance du jardin des plantes qui venait d'être créé au Vatican ; il était alors à peine âgé de vingt-six ans. II s'adonna avec ardeur à l'étude de l'histoire naturelle et de la minéralogie et forma des collections nombreuses et intéressantes. Son amour de la science et son remarquable talent lui valurent la protection spéciale du grand-duc Ferdinand P"" qui lui conféra des titres de noblesse. Le pape Grégoire III le choisit pour son médecin ; Sixte V le désigna pour accompagner en Pologne le cardinal Aldobrandini. II s'y fit l'emarquer, dit-on, par son a[)titude pour les affaires publiques, ce qui ne l'empêcha

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pas de continuer ses recherches sur l'histoire naturelle. Il recueillit un grand nombre de plantes et de minéraux des contrées septentrionales et les ajouta à ses collections du Vatican. Lorsque le cardinal Aldobrandini devint pape, sous le nom de Clément VIII (1592), il nomma Mercati son premier médecin et le combla de ses faveurs. 11 mourut d'une afieclion calculeuse des uretères et des reins, à l'âge de cinquante-deux ans. Cet homme, remarquable à tous les points de vue, a laissé les ouvrages suivants :

I, Istruzione soprà la Peste, nella quale si contengono è più elclll e appropriatt remedii, cou multinuovi e poienti segreti, cosi da preservarsi, corne da curarsi. Aggittnteri tre nltre istruzloni soprà i veleni occiiltamente ministrali, podagra e paralisi. Homa, 1576, in-i". — II. Metallotheca, opiis posthumum auctoritatc et munificenlia Clementia XI, Pont. Max., in lucem edudum; opéra aidem et studio Joannis Mariœ Lancisi, archiatri Ponliftcii, illustratum. Ibid,, 1717, iii-fol. Cet ouvrag-e, encore incomplet à la mort de Mercati, est la description du musée qu'il avait fondé au Vatican. Le manuscrit en fut retrouvé à Florence, et publié parles ordres du pape Clément XI. C'est un ouvrage savant et curieuï, remarquablement imprimé, mais incomplet, comme nous l'avons dit; aussi I"a-t-on complété far ï Appendix ad Mclallotecham Vaticanam. Ibid., 1719, in-fol. H. Mn.

IMERCHLIIV (Les deux). Ils étaient, l'un fils, l'autre petit-fils de George- Abraham Morcklin, chirurgien distingué, membre du collège de Nuremberg-, et mort en 1685.

Merckiin (George-Abr\h\m) naquit à Weissembourg, en 1644, prit le grade de docteur à Altdort', et s'établit à Nuremberg, où il mourut le 19 avril 1700. C'était un vrai savant, aimant les livres. La bibliographie médicale lui doit savoir gré d'avoir continué le De scriptis medicis, de Van der Linden, de l'avoir entièrement refondu et presque doublé.

I. Josephi Pandolphini a Monte Martiano Iractatus de ventositatis spinœ sxvissimo morbo. Nuremberg, 1674, in-l'Z. — II. Tractatio medica curiosa de ortu et occasutransfusionis sanguinis. Nuremb., 1679, in-S». — III. Lindenius renovatus, sive de scriptis medicis libri duo... Nuremb., 1686, in-4<'. — IV. Sylloge casuum medicorwn incantationi vulgo adscribi solitorum, maximeque pro caeteris mentor abilium. Nuremb., 1698, in-i°.

Mercklin (Jean-Abraham), fils du précédent, né à Nuremberg, le 9 juillet 1674, mort le 28 septembre 1720. Il élait membre de l'Académie des curieux de la nature, sous le nom de Ghiron III, et il a publié :

I. Dissertatio de hydrope saccato. Altdorf, 1695, in-4°. — II. Dissertatio de dignitate medicorum. Vadoue, 1696, in-i°. — III. De feliciori nunc quam olim mediciyia diascepsis. Padoue, 1696, in-4°. — IV. Opusculum de morbis mulierum. Nuremb., 1696, in-4°. — "V. Spolia Hippocratica, sive textus et scntentiœ ex libris Apliorismorum Prxnotiomim, Prxdictionum, de Judicationibus, Coacis prienotionibus , et Capilis vulneinbiis. Brunn, 1692, in-12. — VI. Oniscographia, seu de asellis. Brunn, 1700, in-4°. A. C.

IMERCIIRE. g I. Chimie. Hg. Ce métal était connu par les anciens. Pline parle de ses propriétés vénéneuses. Les Arabes l'ont employé dans le traitement des maladies herpétiques.

Les alchimistes le considéraient comme de l'argent à l'état imparfait ; pour eux le mercure était le principe de tous les métaux et de tous les corps solides et fixes.

Il n'existe en Europe que deux mines considérables de mercure : celle d'Almaden, en Espagne, qui en fournit à elle seule un million de kilogrammes tous les ans, et celle d'Idria, en Illyrie, qui n'en fournit que 175,000 environ. L'Amérique possède aussi des mines de ce métal, dont la'plus importante est celle de

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Saint-José , en Caliiornie , réputée aussi riclie et aussi productive que celle d'Almaden.

Le mercure à l'état naturel, sans être très-rare, n'est jamais très-abondant. D'ordinaire il est à l'état de sulfure (cinabre), quelquefois associé à du carbonate de cbaux.

Le traitement de ces minerais est fort simple. Là où le minerai de mercure n'est que du sulfure, comme à Âlmaden et à Idria, on se borne à le griller dans des fours particuliers au milieu d'un courant d'air. Le soufre s'oxyde et passe à l'état d'acide sulfureux. Le mercure est ramené à l'état métallique. Le four est disposé de telle sorte, que le métal se réunit dans des chambres de condensation ; le gaz acide sulfureux s'échappe dans l'air, et la gangue reste dans le four.

Dans quelques localités on réduit le sulfure de mercure (cinabre) par le fer ou par la chaux. Le mercure devient libre, et il se forme, soit du sulfure de fer, soit un mélange de sulfure de calcium et de sulfate de chaux.

Lorsque le minerai est formé de sulfure de mercure et de carbonate de chaux, on le distille dans des cornues. Le soufre du minerai se combine alors avec les deux éléments constituants de la chaux (calcium et oxygène), donne naissance à du sulfure de calcium et à du sulfate de chaux, tandis que le mercure devient libre et distille.

De quelque manière que l'on mette le mercure en liberté, toujours est-il qu'il faut le filtrer à travers des toiles de coutil, avant de le renfermer dans les bouteilles de fer forgé, pour être livré au commerce.

Le mercure du commerce est presque toujours aUié à de petites quantités d'autres métaux, tels que, plomb, étaiu, cuivre, bismuth. A l'état impur, le métal ne présente pas une surface aussi brillante que lorsqu'il est pur. De plus, il ne coule pas si facilement, adhère au verre et à la porcelaine, et, projeté sur un plan horizontal, se divise en globules qui s'allongent en laissant une trace derrière eux; dans ce cas on dit que le mercure fait la queue. Pour le purifier, on a recours à la distillation dans des cornues de verre ou de fonte, Cependant ce moyen ne suffit pas pour avoir du mercure d'une pureté absolue, car une certaine portion des métaux étrangers est entraînée par la vapeur mercurielle pendant la distillation. Il est donc préférable de le purifier par la voie humide au moyen du procédé suivant: on fait digérer le métal, pendant quelques jours, avec le trentième de son poids d'acide azotique du commerce étendu d'eau ; on décante ensuite la liqueur, et on lave le mercure d'abord à l'eau chaude acidulée d'acide azotique, puis à l'eau pure, ensuite on le sèche avec du papier sans colle, et on le transporte sous une cloche où doivent se trouver de l'acide sulfurique et de la chaux vive. En procédant ainsi, voici ce qui a lieu : une portion de mercure, sons raction de l'acide, passe à l'état d'azotate de protoxyde; les métaux étrangers présents décomposent ce sel et y remplacent le mercure ; en devenant solubles, après s'être oxydés et salifiés, ils sont éliminés parles lavages.

Le mercure est un métal liquide à la température ordinaire; il se solidifie à 40° au-dessous de zéro. Dans cet état il prend rang entre l'étain et le plomb pour la ténacité, la ductilité et la malléabilité. A 0°, sa densité est de 13,595. 11 entre en ébullition à 350° du thermomètre à air. La densité de sa vapeur est 6,976. En se fondant sur d'anciennes expériences de Faraday, on a toujours admis que la tension de la vapeur mercurielle est très-faible à la température ordinaire, et qu'au-dessous de 0" elle est presque insensible. Mais les expériences de M. Merget ont prouvé : 4« que la vaporisation du mercure est un phénomène

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continu, qui n'est mêm'e pas interrompu par la solidification du métal; 2° que les vapeurs émises possèdent un pouvoir diffusif considérable, et à peu près de ia grandeur que lui assignent les déductions de la lliéorie dynamique des gaz. C'est encore M. Merget qui a constaté la grande facilité avec laquelle la vapeur de mercure déplace de leurs combinaisons salines certains métaux, tels que, l'iridium, le paladium, le platine, l'or, l'argent, si bien que ces métaux peuvent servir de réactifs extrêmement sensibles pour constater la présence de la vapeur du mercure, et partant la présence du mercure lui-même {Comptes rendus de l'Académie des sciences, séance du 11 déc. 1871).

La conductibilité calorifique du mercure est moindre que celle des autres métaux; elle est avant celle du marbre et un peu supérieure à celle du charbon des cornues à gaz. De plus, il n'y a pas de concordance entre son pouvoir conducteur de la chaleur (3,54) et son pouvoir conducteur de l'électricité (1,80), celui de l'argent étant 100° (M. Gripon). Suivant M. Gladston, la lumière électrique qui émane du mercure change considérablement la couleur des corps qu'elle éclaire. Ainsi les cristaux verts du sulfate de fer paraissent bleus ; le bichromate de potasse, qui est orange rouge, devient jaune ; le prussiatc rouge de potasse prend l'aspect orange ; la dissolution rose de chlorure de cobalt paraît d'un brun sale ; la dissolution concentrée d'azotate de chrome, qui est rouge à la lumière solaire, devient d'un vert sombre; le phosphore rouge prend une apparence métallique terne; l'or ressemble à du laiton, et le deuto-iodure de mercure, qui est si remarquable par sa belle couleur écarlate, acquiert une teinte brune trèsbrillante.

Le mercure exposé à l'air, dans un milieu tranquille et pendant l'hiver, ne s'altère pas d'une manière appréciable , mais il n'en est plus de môme s'il est souvent agité, et surtout pendant l'été ; cela exphque pourquoi, dans les laboratoires, le mercure de la cuve prend un aspect terne : c'est qu'à la longue ce métal , lorsqu'il est souvent agité, absorbe de l'oxygène, donne naissance à un peu d'oxyde qui vient nager à la surface sous la forme d'une poussière grise, et en voile l'éclat.

La facile oxydation du mercure, sous l'influence d'une température élevée, rend quelquefois fautive la lecture des baromètres. On sait que le mercure destiné à la fabrication de ces instruments doit être dépourvu d'air. A cet effet, on le fait bouillir par portions successives dans le tube barométrique même ; or il peut arriver qu'il se forme un peu d'oxyde; le métal acquiert alors la propriété de mouiller le verre, sa surface ne présente plus un ménisque convexe et s'aplanit. On conçoit que dans ces circonstances l'instrument donne des indications inexactes.

Lorsqu'on fait bouillir du mercure pendant quelques heures avec de l'eau distillée, celle-ci paraît en dissoudre une très-petite quantité. Mais il y a à se demander si c'est vraiment une dissolution, ou une simple suspension de particules métalliques trop ténues pour pouvoir troubler la limpidité du liquide. Si à l'eau distillée on substitue l'eau ordinaire , la portion de mercure dissoute devient alors sensible ; mais, dans ce cas, ce n'est plus du mercure qui se trouve dissous, mais du chlorure de mercure provenant de l'action des chlorures contenus dans l'eau ordinaire sur le métal, action qui a pour résultat de donner naissance à un peu de chlorure de mercure.

Les métalloïdes des deux premiers groupes (oxygène, soufre, sélénium, tellure, chlore, brome, iode, etc.) se combinent directement avec le mercure- aussi ne

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peut-on pas mettre le chlore en contact avec ce métal', comme on le fait pour tous les autres gaz.

Les acides sulfurique et azotique attaquent lemercnre et l'oxydent aux dépens d'une partie de leur oxygène. Le premier de ces deux acides n'agit qu'à chaud, le second agit à froid. L'acide chlorhydrique bouillant ne l'attaque pas sensiblement, mais il l'attaque lorsqu'il est à l'état gazeux et mêlé à de l'air; il se forme alors de l'eau et du chlorure de mercure.

Contrairement à ce qui arrive pour certains -métaux (zinc, argent, cuivre, aluminium, magnésium) le mercure, suivant M. W. B. Giles, est rapidement attaqué par une dissolution froide de permanganate de potasse, et au bout de peu de temps l'oxydation est complète. La dissolution rouge de permanganate se décolore, et le dépôt qui s'y forme consiste en oxyde brun de manganèse et en protoxyde noir de mercure. Si l'on opérait à chaud , il se formerait du bioxyde de mercure [Biblioth. univers, de Genève, 25 oct. 1867).

Le mercure fait partie de plusieurs préparations pharmaceutiques, et il est très-employé dans certaines industries, telles que : l'extraction de l'argent (au Mexique), la dorure sur métaux, l'élamage de glaces, etc., etc.

Protoxyde. Oxyde mercureux ITg^O. Premier degré d'oxydation du mercure résultant de la combinaison de deux molécules du métal avec une molécule d'oxygène.

On prépare ce produit en versant de la potasse sur une dissolution d'azotate de protoxyde de mercure ; il se forme aussitôt un dépôt brun et pulvérulent de protoxyde qu'il faut laver et sécher à l'abri de la lumière.

Cet oxyde est très-peu stable et passe aussitôt à l'état de bioxyde, en abandonnant du mercure à l'état de métal, soit qu'on l'expose à une température supérieure à 1 00", et même par la simple action de la lumière ; de sorte que l'on peut dire que le protoxyde de mercure n'existe à l'état isolé que transitoirement.

Traité par l'acide chlorhydrique, il se convertit en un précipité blanc de chlorure mercureux (protochlorure de mercure) en même temps qu'il se forme de l'eau. Cette réaction montre que l'oxyde mercureux est un composé défini.

Bioxyde. Oxyde mercurique HgO. On prépare ce composé, qui est aussi connu sous le nom de précipité rouge, en décomposant, parla chaleur, l'azotate de mercure, quel que soit le degré d'oxydation de la base du sel. Si le sel renferme du bioxyde, celui-ci reste après la calcination ; s'il renterme du protoxyde, celui-ci passe à l'état de bioxyde au dépens de l'oxygène de l'acide qui devient libre sous l'influence de la chaleur.

On peut également préparer le bioxyde de mercure, en faisant bouillir ce métal en présence de l'air sans dépasser la température de 400". C'est ainsi que les alchimistes se procuraient cette substance, et comme ils ne pouvaient se rendre compte de son mode de formation, ils l'appelaient précipité per se. Le bioxyde de mercure peut être encore préparé par voie humide, en versant de la potasse dans une dissolution aqueuse d'azotate de bioxyde de mercure. La potasse met en liberté le bioxyde qui se dépose sous la forme d'une poudre jaune.

Bien que le bioxyde de mercure ait toujours la même composition, néanmoins son aspect varie selon son mode de préparation. Le précipité pBr se est violacé; le bioxyde, obtenu par la calcination ménagée de l'azotate mercurique, est rouge briqueté ; préparé par voie humide, il est jaune. Les deux premiers ont l'aspect

MERCURE (chimie). 55

cristallin, le dernier est amorphe, et Ibrme directement des combinaisons qu'on ne pourrait pas obtenir avec les deux autres.

L'oxyde mercurique préparé par voie sèche est cristallin. Lorsqu'on le chauffe, il prend une couleur rouge de cinabre, puis rouge noir. Exposé à la lumière solaire, quel qu'ait été son mode de préparation, il se colore très-lentement en noir par suite d'une décomposition superficielle ; cette coloration est plus rapide sous l'influence exclusive des rayons bleus (Hunt).

D'après les expériences de Bineau, le bioxyde de mercure se dissout dans 20 à 50,000 fois son poids d'eau. La dissolution est neutre, mais un peu d'eau salée y manifeste une réaction alcaline intense.

Le bioxyde de mercure préparé par voie humide est facilement attaqué par le chlore, et se combine à la température ordinaire avec l'acide oxalique. Traité par un grand excès d'ammoniaque liquide, il s'y combine en donnant naissance à un corps doué d'une grande puissance basique, et dont les réactions permettent de le considérer comme un oxyde ammonio-mercurique hydraté. Sa composition peut être exprimée parla formule (HgO)^,HgfPÂz + oIIO (Millon), formule qui représente une association de trois molécules de bioxyde de mercure, d'une molécule d'ammoniaque dont le tiers de l'hydrogène est remplacé par une portion équivalente de mercure, et de 5 molécules d'eau. L'équation suivante rend compte de la formation de ce composé remarquable.

4HgO 4- AzH^ + 2H0 = [(HgO)^HgH^Az + 3HO]

Bioxyde Ammonia- Eau. Oxyde ammonio-mercurique

de mercure. que. hydraté.

Le bioxyde de mercure est employé comme médicament, On s'en sert aussi pour préserver de la putréfaction certains liquides de nature végétale. On sait qu'une infusion a(|ueuse d'une plante quelconque, abandonnée à elle-même, finit par moisir et par se corrompre ; mais si cette infusion est mise en contact, pendant quelque temps, avec du bioxyde de mercure en poudre très-fine, elle devient inaltérable. Il y aurait à se demander, si dans ce cas , l'action antiseptique est due moins au bioxyde de mercure qu'au bichlorure de ce métal qui pourrait se former par la réaction réciproque du bioxyde et des chlorures propres à l'infusion.

Protosulfure. Sulfure mercureux Hg^S. Le protosulfure de mercure prend naissance, lorsque dans une dissolution d'un sel mercureux on fait arriver un courant de gaz hydrogène sulfuré. Il se forme alors un dépôt noir de protosulfure de mercure très-peu stable, puisque la pression, la lumière, une douce chaleur, et même l'ébullition du hquide au sein duquel il s'est formé, suffisent pour le convertir en mercure métallique et en bisulfure de mercure. Ce composé n'a aucune importance.

Bisulfure. Sulfure mercurique. Cinabre. HgS. Le bisulfure de mercure naturel porte le nom de cinabre. Pour préparer ce produit artificiellement, on introduit dans des ballons de verre ou dans des cornues en fonte un mélange formé de 100 parties de mercure et de 18 parties de fleurs de soufre lavées, mélange que l'on aura préalablement broyé dans uu mortier jusqu'à ce que la masse soit devenue complètement noire. En chauffant les ballons ou les cornues à ciel ouvert, une substance rouge se sublime et va se condenser dans la partie ftoide

'iQ MERCURE (chimie).

de l'appareil. Cette substance rouge est le bisulfure mercurique ou le cinabre qui a la même composition que le cinabre de la nature, et qui, comme celui-ci, se présente quelquefois en beaux cristaux transparents rouges dérivant d'un rbomboèdre de 71°.

Le cinabre a une densité égale à 8,124 ; chauffé à +250° il brunit et redevient rouge en se refroidissant. Exposé à une température plus élevée et à l'abri de l'air il se volatilise sans se décomposer ; la densité de sa vapeur est égale à 5,4. Chauffé à l'air libre, il brijle avec une flamme bleue, son soufre passe à l'état d'acide sulfureux et le métal devient libre. C'est sur cette propriété qu'est fondé le traitement métallurgique du minerai de mercure.

Les cristaux de cinabre jouissent des propriétés optiques du quartz. On l'a déjà trouvé lévogire ; d'après toutes les probabihtés, on en trouvera de dextrogire. Son pouvoir rotatoire est de 15 à 17 fois plus considérable que celui du quartz qui d'ailleurs cristallise dans le même système que le cinabre (M. Descloiseau).

Le cinabre projeté en poudre fine dans du chlore s'enflamme et donne naissance à du chlorure de soufre et à du chlorure de mercure. L'acide sulfurique bouillant le décompose avec formation de gaz sulfureux et de sulfate. L'acide azotique bouillant l'attaque à peine. L'eau régale le convertit en chlorure soluble et en soufre qui peut s'oxyder partiellement. Quelques métaux, tels que le fer, l'antimoine et l'étain, par exemple, le décomposent sous l'influence de la chaleur et rendent libre le mercure.

Pendant longtemps la préparation du cinabre a été le secret des Hollandais ; ils le tenaient de l'Espagne qui le devait aux Arabes. Ce secret fut divulgué à là suite de l'invasion des armées françaises en Hollande.

Le sulfure mercurique est rarement employé pour l'usage interne. On a prescrit quelquefois le cinabre contre certaines maladies de la peau et contre les affections syphilitiques. On l'emploie principalement en fumigations.

11 existe une variété de cinabre, connue sous le nom de vermillon, que nous autres Européens ne savons pas préparer aussi bien que les Chinois. Ce qui rend remarquable le vermillon de Chine, c'est sa résistance à l'action prolongée de la lumière.

On prépare le vermillon par voie humide. On triture pendant plusieurs heures un mélange de 500 parties de mercure et de 114 parties de soufre ; on délaye ce mélange dans 400 parties d'eau tenant en dissolution 75 parties de potasse. Si cette masse reste exposée à une température de 45 à 50° pendant plusieurs heures, et si elle est agitée d'abord continuellement, ensuite de temps en temps, de noire elle deviendra rouge. On réunit le dépôt devenu rouge sur un filtre, on le lave et on le sèche.

Le vermillon du commerce est quelquefois falsifié avec du minium, du colcothar, ou de la brique pilée. On découvre la fraude; en en faisant chauffer un peu, soit dans une petite fiole, soit dans un têt ; tout ce qui est sulfure de mercure se volatilise ou se sublime, tandis que les matières introduites par fraude restent.

On appelle, en pharmacie, ethiops minéral un mélange de sulfure de mercure noir et de soufre qu'on prépare en triturant dans un mortier 1 partie de mercure avec 2 parties de fleurs de soufre lavées jusqu'à ce que le mélange ait pris une couleur noirâtre. Lorsqu'on conserve cette préparation, elle noircit davantage par suite de la combinaison de tout le mercure avec le soufre. On a administré quelquefois l'ethiops comme vermifuge.

MERCURE (chimie). 27

Proto-iodure. lodiire mercureux IIg-1. Lorsqu'on mêle deux dissolutions, l'une d'un sel à base de protoxyde de mercure, l'autre d'iodure de potassium, on obtient un précipité vert sale de prolo-iodure de mercure, qui n'est jamais pur. Comme cette substance est employée comme médicament, il faut s'assurer de sa pureté ; aussi vaut-il mieux de la préparer par voie directe que par double décomposition, A cet effet, on triture ensemble dans l'alcool 100 parties de mercure et 62 d'iode jusqu'à ce que le métal soit entièrement disparu et que le mélange soit devenu une poudre vert jaunâtre que l'on sécbera et que Ton conservera dans l'obscurité.

Ce corps, exposé à la lumière, se colore en vert foncé et en noir ; cbauffé brusquement, il se volatilise sans se décomposer ; chauffé très-lentement, il abandonne la moitié de son métal et passe à l'état de deuto-iodure. 11 est insoluble dans l'eau et dans l'alcool ; mis en contact avec une dissolution d'iodure de potassium il se décompose, en donnant naissance à du deuto-cblorure de mercure soluble et en mettant en liberté du mercure. Une solution bouillante de sel ammoniac ou de chlorure de sodium (sel marin) donne lieu à la même décomposition, mais lentement et incomplètement.

Deuto-iodure. lodtire mercurique Hgï. On prépare ce corps en mêlant une dissolution de 100 parties d'iodure de potassium avec une dissolution de 80 parties de deutochlorure de mercure ; une double décomposition s'opère et il se forme du deuto-iodure de mercure qui, grâce à son insolubilité dans l'eau, se dépose sous la forme d'une poudre amorphe d'une couleur écarlate magnifique. On peut obtenir ce composé sous la forme cristalline en dissolvant la poudre amorphe dans une dissolution bouillante d'iodure de potassium. Par le refroidissement de la solution sursaturée, de beaux cristaux rouges apparaissent dont la forme est l'octaèdre aigu à base carrée.

Le deuto-iodure de mercure soumis à l'action de la chaleur fond en un liquide jaune foncé qui, en se refroidissant, se prend en une niasse jaune. A une température élevée, il se volatilise et se condense en beaux cristaux jaunes. Ces cristaux sont des prismes rhomboïdaux droits. Il est à remarquer que la variété jaune passe au rouge avec une extrême facilité ; il suffit de rompre un cristal jaune, pour qu'au point de rupture apparaisse la couleur rouge qui s'étend au cristal entier. Si l'on écrase du deuto-iodure jaune,lil devient rouge en dégageant de la chaleur (Weber) ; d'après M. Selmi, si l'on fait évaporer lentement une dissolution alcoolique de deuto-iodure jaune, on obtient des cristaux rouges ; enfin le temps seul suffit pour opérer ce changement. Le deuto-iodure de mercure présente un cas remarquable de dimorphisme, car les cristaux rouges appartiennent au 2* système cristaUin, et les cristaux jaunes au 4*.

On a cru pendant longtemps que le deuto-iodure de mercure ne pouvait pas servir comme couleur ; mais en Angleterre on est parvenu à le fixer sur le colon d'une manière assez durable ; en Allemagne on s'en sert pour la peinture à l'aquarelle et à l'huile. La nuance se prête parfaitement à la formation de l'écarlate.

L'iodure mercurique est employé fréquemment en médecine, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur dans le traitement des maladies vénériennes et scrofuleuses.

Protochlorure. Chlorure mercureux. Calomel. Mercure doux Hg'Cl. Ce composé a été mentionné pour la première fois au commencement du dixseptième siècle par Béguin. Bien qu'on le trouve dans la nature, celui qui est employé comme médicament est toujours le produit de l'art.

28 MERGHRE (chimie).

On peut le préparer, soit par la voie sèche, soit par la voie humide.

Par la voie sèche. On attaque 17 parties de mercure avec de l'acide sulfurique pour en faire du sulfate de deutoxyde de mercure (voy. plus loin la préparation de ce sel), et on triture ce sel avec une petite quantité d'eau et avec 17 parlies de mercure; après avoir lait sécher le produit, on le mélange avec 10 parties de sel marin, et on soumet la masse à la sublimation dans de grands matras de verre h fond plat, placés sur un bain de sable.

L'addition du mercure métallique au sulfate a pour but de faire passer le sel à base de deutoxyde à l'état de sel à base de protoxyde. Dans ces conditions, le calomel se forme par double décomposition ainsi (|ue le montre l'équation suivante :

Hg^O.SO^

+ NaCl

— HgT.l -h

NaJ0,S05

Sulfate de

Chlorure

Protochlorure

Sulfate

protoxyJo

de sodium.

de mercure.

d'oxyde

de mercure.

de sodium.

Le calomel obtenu par voie sèche est compacte et cristallin ; pour le faire servir aux usages thérapeutiques, il importe de le pulvériser et de le laver avec soin, car il contient quelquelois de petites quantités de deutochlorure de mercure qui est très-corrosil {votj. plus loin le composé de ce nom). Quelque soignée et prolongée que soit la pulvérisation, le produit n'atteint jamais celte finesse et ce degré de division qu'il peut atteindre par un artifice imaginé par M. Soubeiran et qui consiste à condenser la vapeur du calomel dans une grande masse d'air. A cet effet, on chaiiife plusieurs kilogrammes de calomel cristallin dans un tube en terre placé horizontalement dans un fourneau oblong et dont l'extrémité ouverte traverse la paroi d'un récipient en grès. La vapeur de calomel arrive dans ce récipient où elle se condense au milieu d'une grande masse d'air sans adhérer aux parois. Il est évident que. l'inventeur de ce procédé s'est souvenu de la préparation de la fleur de soufre {voy. Soufre). Le produit pulvérulent obtenu par ce procédé porte le nom de calomel à la vapeur et, sous ce nom, il est livré à la pharmacie après avoir été soigneusement lavé à l'eau chaude.

Par la voie humide. En ajoutant de l'acide chlorhydrique à une solution d'azotate de protoxyde de mercure, on obtient un précipité blanc caillebotté de calomel qu'on dessèche après l'avoir lavé avec soin.

Le protochlorure de mercure ainsi obtenu porte souvent le nom de précipité blanc, et il est plus actif que le calomel à la vapeur, parce qu'il est plus divisé. On le réserve en général pour l'usage chirurgical .

Cristallisé par sublimation, le calomel se présente sous la forme de prismes à base carrée, terminés par un pointement octaédrique et appartenant au deuxième système cristallin. Le calomel est blanc, mais la lumière le noircit légèrement par suite d'une décomposition partielle, ce qui indique qu'il faut le conserver dans des vases opaques. Sa densité est égale à 7,17 ; celle de sa vapeur a été trouvée, par Mitscherlich, égale à 8,35. Il fond et se volatilise à peu près à la même température. Il est insoluble dans l'eau, l'alcool et l'éther ; son meilleur dissolvant, suivant M. Debray {Compte rendu de la séance de l'Académie des sciences du 2 mai 1870), est l'azotate mercurique {voy. ce sel). La dissolution saturée à chaud laisse, par le refroidissement, déposer le calomel avec sa forme cristalline normale. L'eau chlorée et l'acide chlorhydrique dissolvent en apparence le calomel, mais en réalité ces liquides ne dissolvent le calomel qu'en le faisant passer à l'état de deutochlorure.

MERGUllE (chimie). 2D

L'action des chlorures alcalins sur le calomel mérite d'être bien connue. Si on laisse en contact pendant quelque temps ou si on chauffe du calomel avec une dissolution de sel ammoniac, ou de sel marin, ou de chlorure de potassium, il se iorme du deutochlorure de mercure (sublimé corrosif) et en même temps du mercure est mis en liberté. MM. Mialhe et Selmi ont prouve, chacun de son côté, que la transformation du calomel en sublimé corrosif, par l'action des chlorures alcalins, peut avoir lieu à la température de 38" à iO" (température approximative du corps humain), pourvu qu'on fasse intervenir des substances organiques Ce fait est grave et doit être pris en sérieuse considération. On ne devrait jamais administrer des chlorures alcalins associés à du calomel ; on ne saurait trop recommander de ne jamais ingérer ce médicament peu de temps avant les repas ou immédiatement après avoir mangé des mets salés.

Le protochlorure d'étain convertit le calomel en mercure métallique. L'acide azotique bouillant le décompose en donnant naissance à du subhmé corrosif et à de l'azotate mercurique. L'acide cyanhydrique aqueux le décompose à froid eu mercure métallique, en cyanure mercurique et en acide chlorhydrique.

Le protochlorure de mercure, noircit dès qu'il est mis en contact avec de l'ammoniaque liquide. Il se transforme en une substance qui peut être considérée comme une combmaison d'amidure de mercure et de calomel

(Hg'-Cl,HgH^Az)

Mis en contact avec du gaz ammoniac sec, il s'y combine en formant une poudre noire, qui a pour formule

Hg^Cl,AzH'

Certaines substances organiques, telles que l'albumine, paraissent décomposer le calomel de manière à en séparer du mercure, et à former du sublimé corrosif.

Il peut arriver que du calomel mal lavé renferme un peu de sublimé corrosif. On s'en aperçoit, en le faisant digérer dans l'alcool froid, qui, par l'évaporation laissera un léger résidu, dont la dissolution aqueuse sera troublée par l'ammoniaque. Parfois, le calomel, qui a été préparé par voie humide et au moyen de l'azotate de protoxyde de mercure, renlerme des traces de ce sel. On le constate, en chauffant un peu de calomel dans un tube de verre ; s'il est impur, il dégagera une odeur nitreuse, et même des vapeurs rutdantes.

On introduit encore dans le calomel du sulfate de baryte ; fraude facile à découvrir en en chauffant un peu dans une cuillère ; le calomel se volatilise, et le sulfate de baryte reste.

Le calomel est un médicament très-usité.

Deutochlorure. Chlorure mercurique. Sublimé corrosif . Ce composé est une des préparations mercurielles le plus anciennement connues. Geber en a parlé dès le huitième siècle de notre ère.

On prépare le deutochlorure, ou bichlorure de mercure en distillant un mélange de parties égales de sulfate de deutoxyde de mercure et de sel mai'in sec (chlorure de sodium), avec un dixième du poids total du mélange de peroxyde de manganèse. Sous l'influence de la chaleur, il se forme du deutochlorure de mercure qui se sublime et du sulfate de soude, qui reste dans le fond de l'appareil distillatoire.

Le peroxyde de manganèse intervient dans l'opération pour fournir au pro-

30 MERCURE (chimie).

toxyde de mercure, qui pourrait se trouver accidentellement dans le sulfate mercurique, l'oxygène nécessaire à sa suroxydation.

En Angleterre, on préfère la méthode directe. On fait arriver du chlore sec sur du mercure chaud ; les deux éléments se combinent, en dégageant de la chaleur et de la lumière.

Le deutochlorure de mercure, obtenu par sublimation, se présente sous la forme d'octaèdres rectangulaires incolores, ayant une densité de 6,5. Il a une saveur styptique et très-désagréable ; il est très-sol uble dans l'eau et dans l'alcool. Il cristallise dans ce dernier liquide en prismes droits à base rhomboïdalc. L'eau à la température de ÎO degrés en dissoutes de son poids; à la température de 100", elle en dissout un peu plus de la moitié (=54 p. 100). Il fond environ à 265 degrés et bout vers 295 degrés. La densité de sa vapeur est égale à 9»,42.

Les alcalis déterminent dans la dissolution aqueuse de deutochlorure de mercure un précipité de deutoxyde jaune de mercure. Si les alcalis ne sont pas en excès, le précipité est un oxy chlorure. Lorsqu'au lieu d'alcalis fixes on se sert d'ammoniaque, on obtient un dépôt blanc qui peut être considéré comme une combinaison de deutochlorure et d'amidure de mei'cure [(HgCl)^,HgH^Az].

Une petite quantité de protochlorure d'étain, introduite dans une dissolution de sublimé corrosif, donne lieu à un dépôt blanc de calomel. La solution aqueuse du sublimé corrosif donne avec la solution d'albulnine un précipité blanc, sur la nature duquel on a longuement discuté avant de s'entendre. Les uns y voyaient du deutochlorure, d'autres du protochlorure, d'autre du deutoxyde, tous de l'albumine. Dans chacune de ces affirmations il y avait pourtant quelque chose de vrai. Celui qui analyse le dépôt récent, qui n'a pas été longuement lavé, y trouve du deutochlorure de mercure ; pour celui qui, par excès de soizi, soumet le dépôt, avant de l'analyser, à de longs lavages, c'est du deutoxyde; ce sera du protochlorure pour l'opérateur qui, sans trop le laver, ne l'analyse que longtemps après sa formation : cela prouve que le deutochlorui'e de mercure se combine d'abord avec l'albumine ; qu'à la longue celle-ci le réduit à l'état de protochlorure, et qu'avec le concours d'un grand excès d'eau, elle peut même le faire passer à l'étal de deutoxyde.

Quoi qu'il en soit, l'albumine est l'antidote le moins incertain contre les empoisonnements par le sublimé corrosif, puisqu'elle amène cette substance à l'état insoluble. Toutefois, il est bon de se le rappeler, le composé insoluble, que le subhmé forme tout d'abord avec l'albumine, y devient soluble, si celle-ci est administrée au malade en grand excès.

Maintenant que l'on a signalé le remède, il importe d'indiquer les circonstances où l'on peut, sans s'en douter, donner naissance au poison.

Si l'on agite du deutoxyde de mercure jaune avec une dissolution de sel ammoniac, il se forme du sublimé corrosif.

M. Mialhe a trouvé que du mercure laissé en contact, pendant quelque temps avec du sel ammoniac, produit aussi du subhmé corrosif.

En présence de ces faits, on peut se demander si l'action thérapeutique du mercure métallique, ne tiendrait pas à la petite quantité de deutochlorure de mercure, qui se formerait par l'action que les chlorures de l'économie exerceraient sur le métal lui-même. Il est remarquable, que les exhalaisons mercurielles soient plus dangereuses sur mer que partout ailleurs ; c'est que dans un milieu marin il y a plus de chlorures que partout ailleurs.

MERCURE (ciiimje). 31

En outre de ses usages en médecine, le sublimé corrosif est employé à la conservation des substances animales, qu'il durcit peu à peu, probablement parce qu'il y rencontre de l'albumine. Il sert aussi, peut-être pour le même motif, à préserver le bois de la pourriture sèche, sorte d'altération occasionnée par un champignon qui envahit les parties intérieures de la fibre ligueuse. Les meubles en bois qui ont été badigeonnés avec une dissolution alcoolique de sublimé corrosif, ne sont guère envahis par les punaises ; les plantes sèches que l'on a plongées dans une dissolution aqueuse de cette même substance ne sont plus rongées par les insectes. C'est ainsi que l'on conserve les herbiers.

Azotate DE PROTOxvDE. Azotate mercureux Ug^O ,XzO^ -h 'idiq. On prépare ce sel en versant sur du mercure un excès d'acide azotique étendu d'eau et en laissant l'action s'opérer à froid. Dans la dissolution abandonnée à elle-même, il se forme des beaux cristaux incolores d'azotate mercureux, qui dérivent du prisme rhomboïdal oblique. Ce sel peut se dissoudre, sans se décomposer, dans une petite quantité d'eau, mais si celle-ci est en excès, le sel se dédouble eu azotate mercureux acide, qui reste dissous et en azotate mercureux basique, qui se dépose. Ce dépôt, lavé pendant longtemps à l'eau froide, se transforme en une poudre jaune qui constitue un sel basique [(Hg^O)^,AzO^H-aq]. Cette poudre jaune est h turbith nitreux des anciennes pharmacopées.

Si l'on versait l'acide azotique étendu d'eau sur un grand excès de mercure, et si on laissait agir à froid pendant quelque temps, le métal se couvrirait de gros cristaux incolores de sesqui-azotate mercureux [(Hg^O)^,'2AzO^H-5aq].

L'azotate mercureux versé dans de l'eau limpide contenant des traces d'ammoniaque, la trouble très-sensiblement, si bien que ce sel dissous peut servir de réactif pour découvrir la présence de très-faibles quantités d'ammoniaque.

Il est aisé de reconnaître si un sel mercureux donné est neutre ou basique, en le broyant avec une dissolution concentrée de sel marin. Si le sel est neutre, il reste incolore, car il ne peut se foi mer que du calomel (Hg^Cl), qui est blanc. Si le sel mercureux est basique, le mélange deviendra gris, puisqu'en même temps qu'il se forme du calomel, de l'oxyde mercureux noir devient libre. Si l'on ajoute de l'eau à la matière broyée et qu'on filtre, on obtient une liqueur qui, traitée par la potasse, jaunira si le sel mercureux essayé contient un peu de sel mercurique, à cause que ce sel, étant décomposé par la potasse, met en liberté du deutoxyde jaune de mercure.

Tous ces azotates mercureux, quel que soit leur degré de basicité, se décomposent par la chaleur et laissent pour résidu du deutoxyde de mercure.

Azotate de deutoxyde. Azotate mercurique HgO,AzO^-f-8aq. Lorsqu'on attaque du mercure par un excès d'acide azotique bouillant, et qu'après avoir concentré la liqueur par une lente évaporation, on l'abandonne dans une atmo-^ sphère confinée en présence d'acide sulfurique, on obtient des cristaux volumineux d'azotate basique mercurique [(HgO)^,AzO^ -h 2aq]. Le liquide sirupeux où ces cristaux se sont formés, étant exposé à une température de 15° au-dessous de zéro, fournit l'azotate mercurique neutre en grandes tables rhomboïdales incolores, fusibles à -+-6", 6, et dont la solution aqueuse laisse déposer bientôt un sel basique en aiguilles courtes incolores ; la composition de ce sel est exprimée par la formule [(HgO)^ AzO^ + 5aq] .

Si l'on verse beaucoup d'eau sur ce dernier sel basique, on lui enlève encore de

52 MERCURE (chimie).

l'acide et on le ramène à l'état d'un poudre jaune, qin est une azotate tribasique [(HgO)',AzO^-t-aq], et qui est désigné dans quelques pharmacopées sous le nom de turbith nitreux, bien qu'il n'ait pas la même composition que le turbith nitreiix, obtenu par l'azotate mercureux basique (voy. Azotate de protoxyde de mercure) .

L'azolate de deutoxyde de mercure est le véritable dissolvant des sels halogéniques d'argent et du calomel (Debray) .

Sulfate de protoxyde. Sidfate mercureux Hg^O,SO'. Pour préparer ce sel, on chauffe doucement une partie de mercure avec une partie d'acide sulfurique concentré, et on arrête l'opération lorsque les deux tiers du métal sont convertis en une masse blanche. On décante alors le reste du mercure, on laisse égoutter le sel et on Je lave avec une très-petite quantité d'eau froide.

Le sulfate mercureux constitue une poudre cristalline blanche, dense, fusible au rouge obscur, et se décomposant à cette température en mercure, acide sulfureux et oxygène. 11 est très-peu soluble dans l'eau froide.

11 peut servir à la préparation du calomel.

Sulfate de deutoxvde. Sulfate mercurique IlgOjSO^. On prépare ce sel en chauffant une certaine quantité de mercure avec un excès d'acide sulfurique concentré. L'excès d'acide est nécessaire, autrement il se formerait du sulfate mercureux .

Le sulfate mercurique a l'aspect d'une poudre cristalline blanche ; quelquefois il est en petits cristaux aiguilliforraes. Il se décompose, étant exposé à une température rouge, en mercure, acide sulfureux et oxygène. Le charbon le réduit facilement en mercure métallique, en même temps qu'il se dégage volumes égaux de gaz acide carbonique et de gaz acide sulfureux.

Mis en contact avec beaucoup d'eau, il se décompose en un sel basique, jaune [(HgO)',SO^] connu anciennement sous le nom de turbith minéral. Celui-ci bouilli avec de l'eau pendant longtemps, îq décompose à son tour, son acide se sépare, l'on n'a plus que du deutoxyde de mercure.

Il peut arriver que le sulfate mercurique retienne une petite quantité de sulfate mercureux. On s'en assure, en l'introduisant dans une solution bouillante de sel marin. Si le sulfate mercurique est pur, tout se dissout; si au contraire il renferme du sulfate mercureux, la dissolution n'est pas complète et il se sépare du calomel.

Le sulfate mercurique sert principalement à la préparation du protochlorure de mercure.

Cyanure HgCy. Ce composé se présente sous la forme de prismes incolores, à base carrée, appartenant au système déclinique, solubles dans huit parties d'eau, moins solubles dans l'alcool aqueux et nullement solubles dans l'alcool absolu. La chaleur le décompose en mercure, cyanogène et paracyanogène. Il résiste à l'action des alcalis, mais il est décomposé par l'acide sulfurique concentré, et par les acides sulfhydrique, iodhydrique, chlorhydrique et bromhydrique, en produisant de l'acide cyanhydrique.

Le chlore, sous l'influence des rayons solaires, attaque lentement le cyanure de mercure, et donne naisfsance à du chlorure de mercure, à une huile non encore bien connue, à de l'acide chlorhydrique, à du chlorure de cyanogène gazeux, à de

SIEUCURE (i'iiarmacolocie). 55

l'azote et à de l'acide carbonique (Bonis., Ann. de Chimie et de Physique, 5® sér. t. XX, p. 446. Stenhouse, Ann. der CJiem. und Pharni., t. XXXI II, p. 92). Le brome et l'iode décomposent à froid le cyanure du mercure, lui enlèvent le mercure, et le cyanogène devient libre (Serullas, Ann. de Chim.et de Phijs.., t. XXXI, p. 100 ; t. XXXIV, p. 100 ; t. XXXV, p. 295).

Le cyanure de mercure a une grande tendance à former des composés doubles avec les combinaisons balogéniques des métaux alcalins et des métaux du groupe magnésien. Il est aisé de montrer cette tendance, en mêlant deux dissolutions saturées, l'une de cyanure de mercure, l'autre d'iodure de potassium ; il en résulte bientôt un dépôt de paillettes argentines composées des deux corps mis en présence.

Le procédé le plifô commode pour préparer le cyanure de mercure consiste à traiter du bioxyde de mercure très-dense par l'acide hydrocyanique. A cet effet, on distille jusqu'à siccité un mélange de quinze parties de prussiate jaune de potasse, treize parties d'acide sulfurique et de cent parties d'eau : le produit de la distillation doit être recueilli dans un récipient où se trouvent quatre-vingt-dix parties d'eau; on met à part une petite quantité de la liqueur distillée, et on sature le reste avec seize parties de bioxyde de mercure; comme il peut s'être formé un peu d'oxycyanure de mercure (HgO,HgCy), on ajoute à la masse liquide la portion mise en réserve et enfin on soumet le tout à l'évaporation pour obtenir des cristaux de cyanure de mercure (Winkler, Répertoire de Pharni., t. XXXI, p. 459).

Cette substance est très-vénéneuse, et son emploi thérapeutique doit être pratiqué avec de grandes précautions.

C'est Scheele qui a découvert le cyanure de mercure (Scheele, Opusc., t. II, p. 159). M.

§ II. Pharmacologie. Mercure MÉTALLIQUE. Le mercure est un des plus précieux agents de la thérapeutique ; divisé au moyen de divers corps, il est administré dans le traitement de plusieurs affections , en particulier des maladies syphilitiques ; il est également employé comme vermifuge. On le prescrit principalement à l'extérieur ; cependant plusieurs préparations contenant du mercure métallique sont destinées à l'usage interne. Voici les formes sous lesquelles ce médicament est le plus souvent ordonné.

A V extérieur, la préparation de mercure métallique la plus fréquemment employée est la Pommade mercurielle à partie égale ou Onguent mercuriel double, Onguent napolitain. Pour l'obtenir, on prend 500 grammes de mercure métallique, 460 grammes d'axonge benzoïnée, et 40 grammes de cire blanche. On fait liquéfier ensemble l'axonge et la cire ; on en verse une partie avec le mercure dans une marmite de fonte que l'on expose à une chaleur très-modérée, afin de maintenir le corps gras à l'état demi-fluide; on agite avec un bistortier jusqu'à ce que le mercure soit complètement divisé, ce que l'on reconnaît à ce qu'un peu de pommade frottée entre deux morceaux de papier gris ne laisse apercevoir aucun globule métallique; puis oa ajoute le restant du mélange d'axonge et de cire [Codex).

La préparation de cette pommade exige beaucoup de temps. On a proposé successivement, pour abréger sa durée, un très-grand nombre de procédés qui ont été vantés et abandonnés tour à tour. Les uns consistent dans l'addition d' une petite quantité de substance étrangère, telle que l'huile d'œuf, l'huile d'amande douce, la glycérine, etc.; les autres dans une modification du modus operandi. Mais de tticT. twfi. 2° s. VU. 3

54 MERCURE (phakw acologie).

tous ces procédés, les trois qui réussissent le mieux sont l'addition d'une certaiue proportion de pommade mercurielle anciennement préparée, celle de la graisse rancie à la cave ou celle d'une petite quantité de teinture éthérée de benjoin, comme l'a proposé, dans ces derniers temps, M. Lebeuf. Dans le premier procédé, on triture le mercure avec un huitième de son poids de pommade mercurielle a partie égale ancienne. Aussitôt que le métal a disparu, on ajoute une quantité de graisse égale au poids du mercure dont on s'est servi. Dans la deuxième méthode, on liquéfie de l'axonge et on la fait couler lentement dans un grand vase plein d'eau froide, de manière à la diviser ; on la place alors à la cave sur un tamis de crin ou sur des claies. La graisse acquiert peu à peu la propriété de diviser le mercure avec plus de facilité ; au bout de 15 à 20 jours, elle en éteint déjà 7 à 8 fois son poids. Cette propriété va en croissant pendant quelques mois et devient très-énergique. On prend ; 1 partie d'axonge préparée, et 20 parties de mercure , on les triture ensemble. Quand le mercure est éteint, on ajoute une partie d'axonge fraîche, on triture encore, et l'on ajoute le reste de l'axonge fiaiche ; on a soin que le poids de là somme du corps gras soit égal à celui du métal. L'opération réussit parfaitement eu été ; en hiver, il faut opérer dans une pièce chaude. Enfin dans le troisième procédé, qui est beaucoup plus simple, on commence par préparer une teinture étliérée de benjoin de la manière suivante : éther sullurique, 40 grammes; benjoin, 20 grammes ; huile d'amandes douces, 5 grammes. On dissout, et ou filtre. Pendant ce temps, on pèse 1000 grammes de mercure dans un flacon fort à large ouverture, bouché à l'émeri, et d'une capacité égale environ à cinq ou six fois le volume du mercure, et l'on verse dessus la teinture éthérée. On agite alors vivement, eu ayant soin de soulever de temps en temps le bouchon du flacon, pour permettre à la vapeur d'éther formée de s'échapper. Lorsque le mercure est réduit en particules très-ténues, on laisse reposer quelques secondes, et l'on décante la plus grande partie du liquide surnageant. On agite de nouveau, et l'on obtient ainsi une sorte de pâte formée par le mercure extrêmement divisé, uni à une petite portion de teinture de benjoin. Cette première partie de l'opération est des plus importantes ; aussi doit-on lui donner tous ses soins, car plus la division du mercure sera parfaite et moins de temps il faudra pour son extinction complète dans les corps gras.

D'autre part, on l'ait fondre les 920 grammes d'axonge récente et les 80 grammes de cire prescrits par le Codex. Lorsque le mélange est refroidi, on en met la moitié dans un mortier de marbre et l'on verse dessus le mercure réduit en pàtc. On procède immédiatement à une vigoureuse trituration , on rince à plusieurs reprises le flacon qui contenait le mercure divisé, avec la partie de la teinture éthérée qu'on avait pris soin de décanter, et on l'ajoute chaque fois dans le mortier. Après 40 à 50 minutes d'une trituration bien conduite, l'éther s'est évaporé, et l'extinction du mercure est complète. On ajoute le reste de l'axonge, et 15 à 20 minutes de travail suffisent alors pour achever l'opération.

Le mercure se trouve-t-il à l'état métallique ou sous celui d'oxyde dans la pommade mercmielle ? Cette question a pendant longtemps occupé les pharmacologistes. Les expériences de Vogel et de Boullay ont prouvé que la presque totalité du mercure,"dans la pommade mercurielle, se ti'ouve à l'état métallique. Lorsqu'ou traite cette préparation par l'éther sulfurique, il ne reste guère, en effet, que du mercure métallique, et les acides chlorhydrique et acétique ne donnent ni protochlorure de mercure, ni acétate de mercure quand on les fait agir sur ce médicament. Cependant Donavan a reconnu qu'une partie du mercure existe dans la

MERCURE (pharmacologie). 35

graisse à l'état d'oxyde mercureux. Berensprung admet que la quantité de protoxyde de mercure s'élève en moyenne à 1/72 du poids de la pommade, et que cet oxyde de mercure est la partie active. En repétant ces recherches sur la pommade mercurielle préparée sans l'intervention d'aucune matière oxydante, Soubeiraii a trouvé que la quantité d'oxyde de mercure tenu en suspension dans le corps gras est insignifiante, et beaucoup trop faible pour qu'on puisse lui attribuer l'action thérapeutique de ce médicament.

Donavan, persuadé, comme nous venons de le dire, qu'une partie du mercure est dissoute dans la graisse à l'état d'oxyde de mercure, et que c'est seulement celte partie dissoute qui agit, prescrit de préparer la pommade mercurielle avec 500 grammes d'axonge et 24 grammes d'oxyde mercureux que l'on a d'abord trituré avec une petite quantité de graisse. Ne serait-il pas important alors, ainsi que le fait observer avec juste raison M. Bouchardat, que des médecins des hôpitaux suivissent avec une grande attention l'emploi comparé de la pommade de Donavan et celle de la pommade mercurielle ordinaire. Si les assertions de Donavan sont londées , il en résulterait de notables économies et beaucoup plus de sûreté dans l'emploi du médicament, car on conçoit que, suivant le procédé employé pour préparer la pommade mercurielle à partie égale, les quantités d'oxyde mercureux en dissolution doivent varier.

L'analyse à l'aide de l'éther est un moyen excellent pour reconnaître si la pommade mercurielle à partie égale contient la quantité de mercure prescrite. On doit suspecter tout onguent mercuriel qui ne plonge pas entièrement dans un mélange contenant 4 parties d'acide sulfurique à 1,84=66*^6. et une partie d'eau en poids ; l'expérience ne doit être exécutée que lorsque l'eau acidulée est refroidie.

Pommade mercurielle faible ou Onguent gris. Pommade mercurielle à partie égale, 100 grammes ; axonge benzoinée, 500 grammes. Mêlez [Codex).

Cette pommade contient le huitième de son poids de mercure. Elle est surtout employée en frictions pour détruire les parasites de la peau.

Cette pommade, projetée dans un vase plein d'eau, doit tomber au fond du liquide.

Pommade mercurielle au beurre de cacao. On la prépare en triturant 30 grammes de mercure métallique avec 20 gouttes d'huile d'œufs, et quand il est divisé, on le mélange à 30 grammes de beurre de cacao qu'on a trituré dans un mortier échauffé. Guibourt, au lieu de beurre de cacao, prescrit d'employer un mélange de 1 partie d'huile d'amandes douces et de 5 parties de beurre de cacao.

Cette préparation est rarement prescrite ; elle a été recommandée parce que le beurre de cacao rancit moins vite que l'axonge.

Cérat mercuriel. Pommade mercurielle à partie égale, 10 grammes; cérat de Galien, 10 grammes. Mêlez {Codex).

Employé surtout pour panser les chancres et autres ulcères syphilitiques.

Pommade mercurielle contre les pustules de variole (Briquet). Pommade mercurielle à partie égale, 30 grammes ; amidon, 10 grammes. Mêlez.

On applique cette pommade phisieurs fois par jour sur les pustules varioliques, de manière à ce que la peau en soit constamment couverte. Ce topique empêche que les pustules ne laissent des stigmates sur la peau ; il a sur la pommade mercurielle ordinaire l'avantage de ne pas couler.

Pommade mercurielle opiacée. Pommade mercurielle à partie égale, 10 grammes ; cérat opiacé, 10 grammes. Mêlez.

56 MERCURE (pharmacologie).

Employée en frictions par 4 grammes, denx ou trois fois par jour, en frictions sur l'abdomen, dans la seconde période de la péritonite puerpérale, dans le cas où l'onguent mercuriel irrite trop.

Pommade mercurielle bellaâonnée (Velpeau). Pommade mercurielle à partie égale, 50 grammes ; extrait de belladonne, 4 grammes. Mêlez.

Contre les engorgements lymphatiques, le zona.

Digestif mercuriel. Pommade mercurielle à partie égale, iO grammes; digestif simple, 10 grammes. Mêlez (Codex).

Uniment mercuriel ammoniacal. Pommade mercurielle à partie étale, 20 grammes ; huile d'ohve, 20 grammes; ammoniaque liquide, 20 grammes. On ramolht la pommade mélangée avec l'huile, à une très-douce chaleur, dans un flacon à large ouverture ; on ajoute l'ammoniaque et l'on mélange par une forte agitation. Ce liniment a été employé pour amener la résolution des bubons indolents.

Emplâtre mercuriel ou Emplâtre de Vigo cum mercurio. Emplâtre simple, 200 grammes; cire jaune et poix-résine purifiée, de chaque,. 10 grammes; gomme ammoniaque purifiée, oliban, bdellium, myrrhe, de chaque, 5 grammes; safran, 2 grammes ; mercure, 60 grammes ; térébenthine du mélèze, 10 grammes; styrax liquide purifié, 50 grammes ; essence de lavande, 1 gramme. On réduit eu poudre le bdellium, la niyrrhe, l'oliban et le safran ; d'autre part, on triture, dans un mortier légèrement chauffé, le mercure, le styrax, la térébenthine et l'huile volatile de lavande, jusqu'à la disparition complète des globules métalliques. On fait liquéfier l'emplâtre simple avec la cire, la poix-résine et la gomme ammoniaque purifiée. On ajoute les substances pulvérisées, et quand l'emplâtre a pris, par refroidissement, la consistance d'une pommade molle, on ajoute le mélange mercuriel, que l'on incorpore par l'agitation (Codex).

Au moment où il vient d'être préparé, l'emplâtre de Vigo présente une teinte jaunâtre qu'il perd bientôt pour ne conserver que la couleur gris verdâtre qu'il doit au mercure. L'emplâtre de Vigo possède une odeur balsamique très-prononcée de styrax. 11 s'immerge complètement dans un mélange d'acide sulfurique et d'eau marquant 1,426 = 45° B.

L'emplâtre de Vigo est surtout employé comme résolutif sur les tumeurs d'origine syphilitique ou scrofuleuse ; étendu sous forme de sparadrap à la surface des boutons de variole développés au visage, il préserve la peau des cicatrices que laissent ordinairement les pustules.

Emplâtre résolutif on Emplâtre des quatre fondants. Emplâtres de savon, de ciguë, de diachylon gommé et mercuriel ou de Vigo, de chaque partie égale. On fait liquéfier ensemble cet emplâtre à une douce chaleur, dans un vase de terre ou de fonte, et on mélange exactement par l'agitation (Codex). Il est quelquefois employé comme l'emplâtre de Vigo.

A l'intérieur , plusieurs préparations ayant le mercure métallique pour base, sont employées en médecine. Les plus usitées sont les sui\antes :

Eau mercurielle simple. Pour la préparer, on fait bouillir 1000 grammes de mercure métallique purifié dans 2000 grammes d'eau distillée pendant 2 heures dans un matras de verre ; on sépare l'eau par décantation.

L'eau contient des traces de mercure, ce que l'on peut constater facilement en ajoutant au liquide une solution aqueuse de chlore, laissant en contact pendant 24 heures, et concentrant la liqueur par évaporation, après avoir ajouté une petite quantité de chlorhydrate d'ammoniaque. Quand on fait bouUlir le mercure

MERCURE (pharmacologie). 57

avec de l'eau commune qui contient des chlorures alcalins, la proportion de mor^ cure dissous est notablement plus grande.

L'eau mercurielle est employée comme vermifuge ; elle est très-efficace pour détruire les parasites de la peau.

Mercure saccharin. On l'obtient en triturant une partie de mercure et deuxparties de sucre blanc très-sec, jusqu'à ce que le mercure soit entièrement divisé dans la masse et que toute apparence métallique ait disparu. Ce médicament s'administre surtout aux enfants; on le fait prendre facilement dans du chocolat.

Tablettes mêrcurielles. Mercure, 16 grammes ; gomme arabique, 8 grammes; sucre vanillé, 80 grammes. On fait un mucilage renfermant 1 partie de gomme arabique et 8 d'eau, et l'on triture le mercure avec le mucilage jusqu'à ce que l'on n'aperçoive plus le moindre globule métallique. On ajoute le sucre, et l'on partage la masse en tablettes de 60 centigrammes. Chaque tablette contient 10 centigrammes de mercure.

Mercure crayeux {Pharmacopée de Londres). Mercure, 10 grammes; carbonate de chaux ou craie préparée, 20 grammes. On éteint le métal par trituration.

Mercure gommeux- de Plenck. Mercure, 10 grammes; gomme arabique, 30 grammes; sirop diacode, 4 grammes. On éteint le mercure par trituration. Ce médicament est employé à l'intérieur et à l'extérieur.

Il existe un grand nombre de recettes de pilules où le mercure métallique entre à l'état de division extrême. Les plus fréquemment employées sont les suivantes :

Pilules mercurielles simples ou Pilules bleues. Mercure, 2 grammes; conserve de rose, 3 grammes ; poudre de léghsse, 1 gramme. On éteint le mercure dans la conserve de rose; on ajoute la poudre de réghsse et l'on divise la masse en 40 pilules. Chaque pilule contient 5 centigrammes de mercure (Codex).

Pilules mercurielles purgatives ou Pilules de Belloste. Mercure, 6 grammes ; miel blanc, 6 grammes ; poudre d'aloès du Cap, 6 grammes; poudre de rhubarbe, 5 grammes; poudre de scammonée d'Alep, 2 grammes; poudre de poivre noir, 1 gramme. On triture le mercure avec le miel et une partie de l'aloès. Lorsque l'extinction du métal est parfaite, on ajoute le reste de l'aloès, puis la scammonée, enfin les autres poudres préalablement mêlées. On rend la masse bien homogène, et on en fait des pilules de 20 centigrammes. Chaque pilule contient 5 centigrammes de mercure, autant d'aloès, et 17 milligrammes de scammonée {Codex).

Pilules mercurielles savonneuses ou Pilules de Sédillot. Pommade mercurielle à partie égale, 3 grammes ; savon médicinal pulvérisé, 2 grammes ; poudre de réglisse, 1 gramme. On fait une masse homogène que l'on divise en pilules de 20 centigrammes. Chaque pilule contient 5 centigrammes de mercure {Codex). Dose : 2 pour les femmes, et 3 pour les hommes.

Pilules de Lagneau. Pommade mercurielle à partie égale, 8 grammes; poudre de guimauve, 6 grammes. Mêlez et divisez en 72 pilules, dont chacune contiendra 5 centigrammes de mercure.

Pilules mercurielles de Biett. Pommade mercurielle à partie égale, 5 grammes ; poudre de salsepareille, 5 grammes. Pour 50 pilules. Dose : de 1 à 5 par jour.

58 MERCURE (pharmacologie).

Pilules de Plenck. Mercure, 10 grammes ; miel, 20 grammes ; extrait de ciguë, 10 grammes; poudre de guimauve, 20 grammes. On éteint le mercure dans le miel ; on ajoute l'extrait de ciguë et enfin la poudre de guimauve ; puis on divise la masse en pilules de 10 centigrammes. Chaque pilule contient 25 milligrammes de mercure.

Oxydes de mercure. Les deux oxydes de mercure sont employés en médecine : le proloxyde ou oxyde mercureux qui a pour formule Hg'^0, et le deutoxyde ou oxyde mercurique qui est représenté par HgO.

Le Protoxyde de mercure est peu usité. On l'obtient , en mettant en contact du protochlorure de mercure avec une solution d'hydrate de potasse. Cette opération doit se faire à la température ordinaire, car si on l'élevait, on obtiendrait un mélange de deutoxyde de mercure et de mercure métallique. Le protoxyde de mercure est donc un composé peu stable, mais qui existe réellement. Guibourt affirme cependant que lorsque le protoxyde de mercure est séparé de ses combinaisons, il se transforme immédiatement en deutoxyde de mercure et en mercure métallique.

Le protoxyde de mercure n'est guère employé que dans deux préparations , l'eau phagédénique noire et le mercure soluble de Mascagnj.

Eau phagédénique noire. Pour la préparer, on ajoute 08'',05 de proto chlorure de mercure ou calomel ù 50 grammes d'eau de chaux. Le composé mercuriel prend dans cette préparation, une couleur brune, parce qu'il se décompose en donnant naissance à du chlorure de calcium et à de l'oxyde noir de mercure.

Ce mélange est employé liquide en pansements et en injections ; on ajoute quelquefois une petite quantité de gomme, afin que le dépôt mercuriel reste mieux suspendu dans le liquide.

Mercure soluble de Mar,cagni. Protochlorure de mercure 1 gramme; eau de chaux 160 grammes. On fait bouillir le mélange pendant quelques instants, on lave le dépôt et on le fait sécher. Le calomel est décomposé comme dans la préparation précédente, mais en raison de l'élévation de température, le protoxyde de mercure se détruit graduellement et laisse pour résultat ultime de la réaction, un mélange grisâtre formé de protoxyde de mercure, de deutoxyde de mercure et de mercure métallique.

Lorsqu'on remplace le calomel par le sulfate de protoxyde de mercure, on obtient le Mercure soluble de Moretti.

Si le protoxyde de mercure est peu employé en médecine, ainsi que nous venons de le dire, il n'en est pas de même du Deutoxyde de mercure, qui est connu aussi sous le nom d'Oxyde mercurique , d'Oxyde rouge de mercure , de Précipité rouge. II se présente sous deux états, suivant qu'il a été obtenu par la voie ignée ou par la décomposition du sel mercurique au moyen de l'hydrate de potasse. Dans le premier cas, il est cristallin et rouge orangé; dans le second, il est jaune et amorphe. Tous les deux sont anhydres, et ont pour caractères essentiels de se volatiliser complètement lorsqu'on les soumet à l'action de la chaleur.

L'oxyde rouge de mercure forme la base de plusieurs préparations dont nous allons indiquer les plus importantes.

Eau phagédénique. Deutochlorure de mercure 0g'",40 ; eau de chaux i 20grammes. On fait dissoudre le deutochlorure de mercure dans une petite quantité d'eau distillée (10 grammes), et on verse cette solution dans l'erm de chaux; la liqueur se trouble par la formation d'un précipité jaune. On agite pour rendre

MERCURE (l'HAP.MACOLOGtE). S9

î'aclion chimique complète et uniforme (Codex). Le flacon qui renferme l'enu pliagédénique, doit être agité chaque fois au moment de l'usage.

Pommade d'oxyde rouge de mercure ou Pommade de htjon. Pommade rosat 15 grammes; oxyde rouge de mercure porphyrisé 1 gramme; mêlez exactement (Codex).

Pommade de Régent. Beurre très-frais, 18 grammes ; oxyde ronge de mercure porphyrisé, 1 gramme ; acétate de plomb cristallisé, 1 gramme ; camphre divisé Os%10. On porphyrisé avec beaucoup de soin le sel de plomb et l'oxyde de mercure; on ajoute le camphre, puis le beurre, en broyant très-exactement sur un porphyre pour obtenir une pommade homogène (Codex).

Pommade de Desault. Oxyde rouge de mercure porphyrisé, oxyde de zinc sublimé, acétate de plomb cristallisé, alun calciné, de chaque, 1 gramme ; subUmé corrosif 08^15 ; pommade rosat, 8 grammes. On porphoryse avec beaucoup de soin les oxydes et les sels ; on ajoute la pommade rosat, en broyant très-exactement sur le porphyre pour obtenir une pommade homogène (Codex).

Pommade ophthalmique de St-Yves. Oxyde rouge de mercure et oxyde de zinc, de chaque, i gramme ; camphre 08',30 ; cire, 5 grammes ; beurre frais 50 grammes.

Pommade ophthalmique dite de la veuve Farnier. Oxyde rouge de mercin e. acétate de plomb cristallisé, de chaque, i gramme ; beurre lavé à l'eau de rose, 8 grammes.

Pommade ophthalmique (Sichel). Axonge, 2 grammes; oxyde rouge de mercure 0s%20. On ajoute dans quelques cas un décigrammede sulfate de cadmium. Contre les cicatrices de la cornée.

Pommade anti-syphilitique (Gibert). Gérât opiacé, 50 grammes; précipité rouge, 1 gramme. Employée dans les pansements des ulcères syphilitiques station nair es.

Pommade de deutoxyde de mercure (Biett). Deutoxyde de mercure, 2 grammes; axonge, 20 grammes; camphre 0s'',20. Employé dans les affections populeuses du visage.

Pommade de deutoxyde de mercure (Monod). Oxyde rouge de mercure, 2 grammes; camphre, 5 grammes; axonge, 40 grammes. Contre les syphilides et affections chroniques de la peau avec vive démangeaison.

Poudre contre Vepaississement de la cornée (Graefe). Oxyde rouge de mercure et agaric blanc, de chaque, 2 grammes ; sucre blanc, 50 grammes, mêlez sur uw porphyre. Cette poudre est administrée par insufflation.

Collyre sec (Dupuytren). Sucre blanc, 10 grammes, oxyde rouge de mercure 0"%50 ; tuthie, 1 gramme. Pour une poudre très-brune et très-homogène, qui est administrée comme la précédente par insufflation.

Sulfures de mercure. Le mercure forme avec le soufre deux combinaisons ; le protosulfure de mercure Hg^S, et le deuto-sulfure de mercure Hg S.

Le Protosulfure de mercure est noir ; il se décompose très-facilement en mercure métallique et en deuto-sulfure. Il n'est pas employé en médecine à l'état de pureté.

Le Deuto-sulfure de mercure peut être obtenu, ou par double décomposition, et alors il est sous la forme pulvérulente, ou par sublimation. Dans ce dernier état, il porte le nom de Cinabre, et il est sous la forme de masse d'un rouge pourpre foncé ; sa structure est cristalline et fibreuse; sa densité de 8,12.

40 HIERCLIKE (pharmacologie).

à l'action (le la clialcnr, il prend une couleur brune vers 250°. Chauffé plus fortement à l'abri du contact de l'air, il se volatilise sans fondre et donne des vapeuis d'un jaune brun. Si on le chauffe à l'air, il absorbe l'oxygène et brûle avec une flamme bleue eu dégageant de l'acide sulfureux et des vapeurs de mercure.

La propriété que possède le cinabre d'être complètement volatilisable par la chaleur, permet de reconnaître facilement sa pureté. Cependant il pourrait contenir du réalgar, mais celui-ci serait décelé par l'odeur aUiacée qni se développerait en projetant le composé sur des charbons incandescents.

Le deuto-sulfure de mercure est rarement employé à l'intérieur, si ce n'e:;t dans la poudre tempérante de Stahl. Il constitue du reste un médicament trèspeu actif. On en fait plus souvent usage à l'extérieur dans le traitement de certaines maladies de la peau et des affections vénériennes.

Poudre tempérante de Stahl. Sulfate de potasse, 9 grammes ; nitrate do potasse, 9 grammes; sulfure rouge de mercure, 2 grammes. La doseestde O^^SO

à i gramme.

Pommade de sulfure de mercure. Sulfure de mercure, 5 grammes ; camphre, 2 grammes; cérat sans eau, 40 grammes. Employée comme anti-herpétique.

Pommade avec le cinabre. Cinabre en poudre fme, 10 grammes; chlorhydrate d'ammoniaque, 2 grammes; axonge, 100 grammes; eau de rose, 10 grammes. En frictions à la dose de 5 à 10 grammes contre le prurigo [)edicularis.

Pommade avec le cinabre (Hardy). Cérat, 30 grammes; cinabre, 2 grammes; minium, 2 grammes. On mêle avec soin.

Fumigation de cinabre. On projette de 5 à 30 grammes de cinabre sur une plaque de fer chauffée assez fortement pour volatiliser le sulfure de mercure.

Le composé mercuriel employé en médecine et connu sous le nom de Sulfure noir de mercure ou d'Éthiops minéral n'est pas un sulfure de mercure particulier, mais un mélange de deuto-sulfure de mercure et de soufre ; il renferme" quelquefois en outre du mercure métallique. On l'obtient en triturant dans un mortier en verre 1 partie de mercure et 2 parties de soufre sublimé et lavé jusqu'à ce que le mélange acquière une couleur noirâtre, et que l'on n'aperçoive plus aucun globule de mercure.

Cette préparation, lorsqu'elle est récemment obtenue, est formée par un mélange de mercure métallique, de soufre et de deuto-sulfure de mercure. Elle noircit avec le temps parce que le mercure finit par se combiner complètement avec le soufre; alors l'éthiops est constitué par un mélange de soufre et de deutosulfure de mercure. Ce corps est entièrement volatil; ce qui permet de déceler facilement toutes les fraudes que l'on voudrait tenter sur l'éthiops minéral.

L'éthiops minéi'al peut encore être préparé en faisant fondre deux parties de soufre dans un ci'euset et en y faisant tomber, lorsqu'il est liquide, une partie de mercure sous forme de globules très-ténus, en le forçant à passer à travers une peau de chamois; on agite continuellement le mélange pendant l'introduction du mercure et quand celle-ci est terminée, on retire le creuset du foyer, et l'on continue à remuer jusqu'au refroidissement. L'éthiops, ainsi préparé, ne diffère pas sensiblement du cinabre ; il contient seulement un excès de soufre. Pour l'usage médical on donne la préférence à l'éthiops quia été obtenu par simple trituration.

L'éthiops minéral est employé en médecine principalement comme vermifuge à la dose de O^^BO à 2 grammes par jour ; on le considère comme un remède infidèle, car si tout le mercure est combiné au soufre , il est inerte. On voit, d'après cela que l'éthiops obtenu par fusion doit être rejeté, et que l'on ne peut

MERCURE (pharsucoi.ogie). 4t

guère compter sur celui obtenupar trituration que s'il est nouvellement préparé.

On prépare avec l'étliiops minéral un sucre et un chocolat vermiluges, et des pilules anti-scrofiilcuses.

Sucre vermifuge merciiriel. Étliiops minéral, 2 grammes ; mercure, 3 grammes; sucre, 7 grammes. On triture le mercure avec le sulfure, et, quand il esi éteint, on ajoute le sucre.

Chocolat vermifuge. Etliiops minéral, 1 gramme, chocolat, 17 grammes. On liquéfie le chocolat, on incorpore l'éthiops minéral dans la pàtc, et on la divise en tablettes d'un gramme.

Pilules anti-scrofuleuses. Scammonée, 4 grammes; éthiops minéral, 4 grammes; antimoine diaphorétique 1 gramme; savon médicinal, 7 grammes. Pour des pilules de 0g%20.

Pilules suédoises. Sulfure noir de mercure, 4 grammes ; calomel, 6 grammes ; kermès minéral, 4 grammes; mie de pain Q. S. pour 144 pilules. Dose de 3 à 4 par jour, comme anli-sypbilitique.

On douue le nom A' Ethiops antimonial de Malouin à un mélange de deux parties de sulfure d'antimoine porphyrisé et une partie de mercure métallique. Les deux substances sont triturées jusqu'à extinction complète du mercure.

Le nom à' Étliiops antimonial d'Huxham est donné au mélange suivant : mercure métallique, 125 grammes; sulfure d'antimoine, 100 graiiimes; ileur- de soufre, 60 grammes. On mêle dans un mortier jusqu'à ce qu'on n'aperçoive plus de globules de mercure. Dose : 1 gramme contre les engorgements lymphatiques et les vers intestinaux.

Chlokures de mercure. Le chlore forme avec le mercure deux combinaisons qui correspondent aux deux oxydes. Ces deux médicaments ont une grande importance. 11 a été question pour la pharmacologie du protochlorure de mercuro (Hg^Cl) ou calomel à ce dernier mot. Pour le deuto-chlorure de mercure (HgCI) ou sublimé corrosif, la pharmacologie de ce composé sera traitée au mot su blimé corrosif {voy. Sublime corrosif).

loDuiîEs DE MERCURE. Le mcrcure se combine avec l'iode de manière à former deux iodures : le proto-iodure de mercure Hg^I, et le deuto-iodure de mercure HgL Ces composés ont pris une grande place dans la thérapeutique des affections syphilitiques, depuis que M. Ricord leur a donné la préférence sur les autres composés mercuriels.

Le Proto-iodure de mercure se présente sous la forme d'une poudre d'un jaune verdàtre, inodore , d'une saveur métallique. Sous l'influence de la lumière, ij prend une teinte vert foncé, puis noirâtre ; il est insoluble dans l'eau et dans l'alcool. L'iode le transforme facilement en iodure mercurique rouge. Mélangé avec une solution d'iodure alcalin, le proto-iodure de mercure se dédouble en mercure métallique et en rodure mercurique qui forme avec l'iodure alcalin une combinaison soluble. Si l'on ajoute du proto-iodure de mercure à une dissolution bouillante de chlorure alcalin , une partie seulement du proto-iodure se dédouj^le en deuto-iodure de mercure qui se dissout, et il reste un dépôt formé par un mélange de proto-iodure de mercure et de mercure.

Le Codex de 1866 prescrit de le préparer de la manière suivante : on prend 10 grammes de mercure, 6 grammes d'iode, et alcool à SO", Q. S.On triture l'iode et le mercure dans un mortier de porcelaine, ayant soin d'ajouter la quantité d'alcool strictement nécessaire pour former du tout une pâte coulante. On

42 MERCURE (pharmacologie).

continue la trituration jusqu'à ce que le mercure ait entièrement disparu, ce qui indique que la combinaison est opérée.

L'iode et le mercure sont employés en proportion exactement convenable pour former du proto-iodure ; l'alcool facilite la combinaison en dissolvant l'iode, et en le présentant au mercure dans un grand état de division.

On introduit le produit dans une matras ; on le lave à l'alcool bouillant, et on le fait sécher.

La réaction de l'iode sur le mercure ne doit jamais porter sur de grandes quantités ; pendant l'opération, on doit toujours maintenir le mélange humecté par l'alcool. Sans ces précautions, la masse pourrait s'échauffer et être projetée hors du vase.

Le proto-iodure de mercure s'altérant sous l'influence de la lumière, comme nous l'avonsdit, doit être conservé dans des flacons de verre complètement opaques.

Le procédé qui était employé autrefois consistait à décomposer réciproquement des solutions de proto-nitrate de mercure et d'iodure de potassium, mais le produit obtenu était mélangé de proportions variables de sous-nitrate de mercure et de sesqui-iodure de mercure qui changeaient les propriétés médicinales du produit.

11 faut donc s'en tenir au procédé du Codex.

Le proto-iodure de mercure est beaucoup moins toxique que le deuto-iodure; il peut être administré à la dose de 5 à 15 centigrammes par jour, dans les maladies vénériennes et scrofuleuses. Il ne doit pas être donné concurremment avec l'iodure de potassium; il se ferait, par l'association de ce composé, une forte proportion de deuto-iodure de mercure.

A l'intérieur, le proto-iodure de mercure est surtout employé sous la forme de pilules, et à l'extérieur, sous celle de pommade.

Pilules de proto-iodure de mercure. Proto-iodure de mercure, 1 gramme ; poudre d'amidon , 1 gramme ; sirop de gomme, Q.S ; pour 20 pilules qui renferment chacune Qs^^jOS de proto-iodure de mercure.

Pilules de proto-iodure de mercure opiacées. Proto-iodure de mercure, 5 grammes; extrait d'opium, 2 grammes ; conserve de rose, 10 grammes; poudre de réglisse, Q.S. On mélange exactement l'extrait d'opium avec la conserve de rose; on ajoute le proto-iodure, puis la quantité nécessaire de poudre de réglisse. On divise la masse en 100 pilules, dont chacune contient O^^OS centigrammes de proto-iodure de mercure et 2 centigrammes d'extrait d'opium.

Pilules de proto-iodure de mercure (Ricord). Proto-iodure de mei'cure, 5 grammes; tridace, 5 grammes; extrait thébaïque, 1 gramme; extrait de ciguë, C grammes, pour 60 pilules.

Pommade de proto-iodure de mercure (Biett). Proto-iodure de mercure, \ gramme, axonge benzoïnée, 20 grammes.

Collutoire d'iodure de mercure. Proto-iodure de mercure, 1 gramme; miel,

12 grammes; on enduit de ce mélange les ulcérations syphilitiques.

On donne le nom de Sel de Boutigny ou d'iodure de chlorure mercureux à un composé qu'on obtient en mélangeant un équivalent d'iode, tantôt avec un équivalent de chlorure mercureux, tantôt avec deux équivalents de ce sel. Dans le premier cas, il se forme de l'iodure et du chlorure mercurique ; dans le second, le mélange contient en outre une notable proportion de chlorure mercureux. M. Bou. tigny obtient ce sel en exposant sous une cloche de verre, du protochlorure de mercure aux vapeurs dégagées par de l'iode, jusqu'à ce que l'absorption cesse. M. Gobley a donné un procédé de préparation qui est généralement suivi ; on

MERCURE (pharmacologie). 43

broie dans un mortier de verre six parties de protochlorure de mercure et deux parties d'iode ; on chauffe le mélange dans un matras posé sur un bain de sable. Dès que la masse subit la fusion, on laisse refroidir.

L'iodure de chlorure mercureux est surtout employé sous la forme de pommade à la dose deOs^'iô à 0s'",75 pour 50 grammes d'axonge. Il constitue un modificateur très-avantageux dans les acnés chroniques.

Deuto-iodure de mercure ou lodure mercurique. Le deuto-iodure de mercure possède une magnifique couleur rouge. Il est insoluble dans l'eau; se dissout en pi'oportion notable dans l'alcool bouillant, et se sépare sous la forme de cristaux rouges brillants par le refroidissement de la solution alcoolique. Il se dissout entièrement dans une solution d'iodure de potassium. Ce composé possède la propriété de se combiner avec les ioduves alcalins et de former avec eux des sels solubles et cristallisables, dans lesquels il remplit le rôle électro-négatif. Le Codex prescrit de préparer le deuto-iodure de mercure de la manière suivante : on prend 80 grammes de deuto-chlorure de mercure; 100 grammes d'iodure de potassium et eau distillée Q.S. On fait dissoudi^e séparément le deuto-chlorure de mercure et l'iodure de potassium dans une grande quantité d'eau, et on mélange les deux liqueurs ; il se produit un précipité rouge éclatante d'iodure mercurique. On lave le dépôt au moyen de l'eau distillée ; on fait sécher aune douce chaleur, et on le conserve à l'abri de la lumière.

La condition indispensable pour obtenir du deuto-iodure de mercure bien pur

.et d'une belle couleur, est d'employer un léger excès d'iodure de potassium.

Cependant, il faut éviter d'ajouter une trop grande quantité de ce sel , parce

qu'on redissoudrait une portion plus ou moins notable du deuto-iodure de mercure

déjà formé.

Le deuto-iodure de mercure constitue un agent médicamenteux et toxique très-énergique ; on l'administre toujours à très-petite dose. A ïiiitérieur, on le prescrit sous la forme de pilules : deuto-iodure de mercure^ • 5 centigrammes; extrait de genièvre, 60 centigrammes; poudre de réglisse Q.S. Pour 10 pilules qui renferment chacune 5 milligrammes d'iodure.

A \ extérieur, on emploie le deuto-iodure de mercure sous forme de pommade : deuto-iodure de mercure, 1 gramme; axonge, 40 grammes; mais les doses peuvent varier suivant l'indication du médecin.

Aux iodures de mercure se rattachent deux composés, l'iodure double de mercure et de potassium, et le chloro-iodure de mercure, lesquels sont souvent employés en médecine.

îodure double de mercure et de potassium ou Jodhydrargyrate de potassium (2HgI,KI). On obtient cet iodure double en saturant une solution concentrée et bouillante d'iodure de potassium par du deuto-iodure de mercure. La liqueur laisse d'abord déposer par le refroidissement de l'iodure mercurique rouge et cristallisé; la solution qui le surnage est décantée dans une capsule qu'on abandonne à l'évaporation lente sous une cloche contenant un récipient à moitié plein d'acide sulfurique bouilli. Après quelques jours, on trouve l'iodure double . de mercure et de potassium sous la forme de longues aiguilles prismatiques douées d'une teinte jaune clair. Ce sel est soluble dans l'alcool absolu, mais il se décompose lorsqu'on le met en présence de l'eau.

M. Puche qui emploie beaucoup ce sel, préfère se servir d'un mélano-e de quantités égales d'iodure de potassium et d'iodure mercurique. Il donne à ces deux sels la forme pilulaire en les mélangeant avec huit fois leur poids de sucre,

ai MERCURE (PHAHMACOLOGIE).

de lait et avec une quantité suffisante de mucilage de gomme arabique. 11 administre encore ce composé mixte sous la forme de pommade (1 sel mercuriel, 2o axonge), et sous celle de sirop (1 sel mercuriel, 500 sirop de sucre).

Pilules d'iodure double de mercure et de potassium (Gibert). Deuto-iodurc de mercure, 10 centigrammes; iodure de potassium, 5 grammes; gomme arabique, 60 centigrammes; miel Q.S. Pour 20 pilules.

Sirop d'iodure double de mercure et de potassium (Gibert). Deuto-iodure de mercure, 1 gramme; iodure de potassium, 50 grammes ; eau distillée, 50 grammes; faites dissoudre et ajoutez sirop simple, quantité suffisante pour compléter 2,000 grammes. Vingt grammes de sirop contiennent 1 centigramme d'iodure mercurique et 5() centigrammes d'iodure de potassium.

Chloro-iodure de mercure. Le chlorure et l'iodure raercuriques peuvent se combiner. On connaît deux combinaisons définies de cet ordre : l'une, décrite par P. BouUay, est jaune, et parait correspondre à la formule Hgl,HgCl ; l'autre examinée jiar Liebig, se présente sous la forme de cristaux incolores dendritiques, et a pour composition HgI,2HgGl, c'est-à-dire que l'iodure est combiné avec deux fois autant de chlorure que dans le sel de P. BouUay , qui renferme des équivalents égaux de chlorure et d'iodure mercuriques.

Ces sels sont employés sous la forme de pommade à la dose de 1 gramme pour 100 grammes d'axonge. On fait, chaque jour, une ou deux, frictions avec 1 gramme de cette pommade pour résoudre les tumeurs cancéreuses du sein.

Bromures de mercure. hQ Proto -bromure de mercure ou Bromure mercuveux a pour formule Hg^Br; c'est une poudre blanche insoluble que l'on a essayé de substituer au chlorure mercureux. Ce sel qu'on peut obtenir par l;i double décomposition de l'azotate mercureux et du bromure de potassium, est peu employé.

Le Deuto-hromure de mercure ou Bromure mercurique correspond au sublimé corrosif; la formule est HgBr. Ce sel est fusible, volatil, soluble dans l'eau et. dans l'alcool. On l'obtient comme le sublimé corrosif, en faisant réagir le bromure de potassium sur le deuto-sulfate de mercure.

Ce sel est également peu employé.

Cyanure de mercure, Cyanure mercurique, Prussiate de mercure (flgC^Az). Sel incolore, transparent, cristallisant en prismes rhomboïdaux anhydres ; sa saveur est métallique et nauséabonde. 100 parties d'eau en dissolvent 5 à la température ordhiaire, et 37 à 100 degrés. Le cyanure de mercure est soluble dans l'alcool qui en dissout 1/10 de son poids à 15", et trois fois plus à la température de l'ébuUition.

Pour l'obtenir, le Codex prescrit le procédé suivant : on prend du deutoxyde de mercure, 50 grammes; bleu de Prusse pur, -40 grammes; eau distillée, 400 grammes. On réduit en poudre très-fine, sur un porphyre, l'oxyde de mercure et le bleu de Prusse; on mélange les deux substances dans une capsule de porcelaine, on ajoute 250 grammes d'eau distillée et on fait bouillir.

Lorsque le mélange présente une couleur brune, on sépare le liquide par filtration, e^t on soumet le résidu pendant quelques instants à l'ébuUition avec le restant de l'eau distillée. On filtre, on soumet à l'évaporation le mélange des deux dissolutions. Dès qu'on voit apparaître une légère peUicule à la surface du liquide, on cesse de chauffer, et on abandonne à la cristallisation dans une pièce froide.

MERCURE (t'iiAiuLvcoLOGiE). 45

Ou recueillo, les cristaux dyiis un eiilonnoir pour qu'ils s'y égouttciU ; puis on les fait sécher sur un papier à rétuve;ils doivent être en longs prismes quadrai;gulaires d'un blanc mat, complètement décomposable par la chaleur en cyaiio.gèue et eu mercure. Les eaux-mères seront évaporées pour en retirer successivement le cyanure qu'elles peuvent contenir.

Si l'on n'avait pas de bleu de Prusse pur à sa disposition, on pourrait prendre celui du commerce après l'avoir débarrassé au moyen de l'acide chlorhydricjue, de l'alumine qu'il contient.

Quant à la réaction de l'oxyde de mercure sur le bleu de Prusse, elle est fort simple; le cyanogène du ferro-cyanure ferrique se fixe sur le mercure, et l'oxygène de l'oxyde de mercure se combine au fer et se convertit en un niélan"e d'oxydes lerreux et ferrique. Ces deux oxydes se déposent et forment le résidu de l'opération.

On peut également préparer le cyanure de mercure en faisant réagir l'acide cyanhydriquesur l'oxyde mercurique. On a soin de réserver une fraction del'acide (on se sert ordinairement de celui obtenu par le procédé de Gea Pessina), et l'on verse la plus grande partie sur l'oxyde de mercure porphyrisé ; le mélange est agité.jusqu'à ce que l'odeur hydrocyanique ait disparu complètement. La liqueur contient une certaine quantité d'oxydo-cyanure de mercure ; on y ajoute de l'acide cyauhydrique, lequel transforme l'oxydo-cyamu'C en cyanure mercurique ; on filtre, on évapore, et l'on fait cristalhser. Il est nécessaire d'employer dans cette opération une quantité d'eau sulfisante pour dissoudre le cyanure à mesure qu'il se produit.

Le cyanure de mercure est employé en médecine en solution et sous la forme de pommade. Il constitue un médicament très-énergique, qui doit être employé avec beaucoup de prudence.

Liqueur anti-sijphilitique de Chaussier. Eau distillée, 60 grammes ; cyanure de mercure Os^jOS. On l'administre dans les mêmes circonstances que la liqueur de YauSwieten.

Pommade de cyanure de mercure. Axonge, 30 grammes ; cyanure de mercure Os'jiO; essence de citron, dix gouttes, mêlez; employée contre les dartres squameuses humides.

11 existe un oxydo-cyanure de mercure qui se présente sous la forme de petits cristaux aciculaires qui sont beaucoup plus solubles que le cyanure de mercure ; sa composition est exprimée par la formule HgC^Az,HgO. Ce sel est connue le cyanure de mercure extrêmement vénéneux, il a été l'objet de quelques essais en thérapeutique, mais son action toxique violente et sa facile altérabilité l'ont fait justement abandonner.

On emploie encore en médecine le Cyanohydrargyrate d^iodure de potassium (2(C^AzHg),lK). Il est sous la forme de belles paillettes incolores et nacrées; il se dissout dans l'eau, est peu soluble dans l'alcool froid, mais est très-soluble dans l'alcool bouillant. On le prépare en mélangeant deux solutions équivalentes, l'une de cyanure mercurique, l'autre d'iodure de potassium, et faisant cristalliser.

Sels de mercure. Plusieurs sels de mercure sont employés en médecine. Il existe généralement une notable dilférence entre l'énergie thérapeutique et toxique des sels de protoxydes et des sels de dcutoxydes de mercure; les seconds sont plus actifs, plus dangereux, et sont plus facilement absorbés. Les sulfate*, les azotates, les acétates et les tartratcs sont les plus usités.

46 MERCURE (pharmacologie).

Sulfates de mercure. Il existe deux sulfates de mercure, le proto-sulfalo de mercure ou sulfate mercureux (Hg-0,SO^), et le deuto-sulfate de mercure ou sulfate de deutoxyde de mercure ou sulfate mercurique (HgO,SO^).

Le Protosulfate de mercure n'est pas employé en médecine.

Le Deutosulfate de mercure se prépare suivant le Codex, en versant 60 gran:mes de mercure purilié et 80 grammes d'acide sulfuriqiie pur à i ,84 dans une capsule de porcelaine que l'on place au bain de sable. On chauffe pour déterminer la réaction ; il se dégage du gaz acide sulfureux , et le mercure se transforme en une poudre blanche cristalline qui est le deuto-sulfate de mercure. On continue l'action de la cbaleur de manière à obtenir la dessication complète du produit.

Ce sel exige tJ,000 parties d'eau froide et 600 parties d'eau bouillante pour se dissoudre. Il est employé dans la préparation du deuto-cblorure de mercure et du sulfate de mercure basique, désigné sous le nom de Turbith minéral, à cause de la couleur jaune qui le fait ressembler à la résine du Convulum turpethum. On se sert aussi de ce sel depuis que la pile de Marie-Davy fait partie de la plupart des appareils électro- médicaux.

LeTurblth minéral ou Sidfate mercurique basique (3HgO,SO^) se prépare en prenant le sulfate mercurique précédent, et en le traitant à plusieurs reprises par de l'eau bouillante; il se décompose en acide sulfurique qui dissout une petite quantité de sulfate neutre et en sulfate basique, qui se dépose sous la forme d'une poudre jaune qui constitue' le Turbith minéral des officines; il contient trois fois plus de mercure que le sulfate mercurique neutre. Ce sel est employé surtout dans le traitement des dartres et des ulcères vénériens, sous la forme de pommade.

Pommade de turbith minéral. Turbith minéral, 1 gramme; axonge, 10 grammes; mêlez. Usitée contre certaines dartres et contre la teigne.

Pommade anti-herpétique de Cullerier. Turbith minéral, 1 gramme; laudanum de Sydenham, 1 gramme; fleur de soufre 0s%50; axonge, 8 grammes. Mêlez.

Azotates de mercure. On emploie en médecine l'azotate de protoxyde de mercure ou azotate mercureux Hg^O,AzO^, et l'azotate de deutoxyde de mercure ou azotate mercurique HgO,Azû^.

L'Azotate de protoxyde de mercure ou Proto-nitrate de mercure (Hg^O,AzO^) est un sel qui cristallise facilement en retenant deux équivalents d'eau. Ses cristaux sont des piismes rhômboïdaux incolores qui rougissent le tournesol ; il se dissout sans décomposition dans une petite quantité d'eau, mais sous l'influence d'une grande proportion de ce liquide, il se partage en azotate acide soluble et en une poudre blanche ou d'un jaune clair qui, par de nombreux lavages, opérés au moyen de l'eau chaude, se transforme en une poudre jaune brillante, laquelle constitue le Turbith nitreux des anciens. Kane a trouvé que ce sel peut être représenté par la formule 2Hg^O,AzO^+HO.

Le proto-nitrate de mercure est quelquefois employé comme un cathérétique puissant.

Caustique d'azotate ou de Proto-nitrate mercureux. Pour le préparer, on prend : azotate mercureux cristallisé 5 parties; acide azotique à 1,42 D., 2 parties ; eau distillée, 10 parties. On broie l'azotate dans un mortier de porcelaine; on ajoute peu à peu le mélange d'eau et d'acide, et l'on continue à triturer.

Azotate ou Nitrate de deutoxyde de mercure, ou Azotate mercurique (HgO,AzO*-H8HO). Ce sel neutre s'obtient difficilement sous la forme de

MERCURE (pharmacologie). 47

cristaux rhomdoïclaux, fusibles à 6^,6, eu faisant refroidira — 15° la liqueur d'où s'est séparé l'azotate basique !2HgO,AzO^-|-2IIO. Pour préparer cette solution, on traite du mercure par un excès d'acide azotique bouillant, et l'on évapore en partie la liqueur ; celle-ci abandonne par le refroidissement les cristaux: de sel basique.'

L'azotate mercurique est très-caustique; sous l'influence de l'eau froide ou chaude, il se décompose en azotate basique peu soluble et en sel acide qui reste dissous. Ce sel maintenu en solution à la faveur d'un excès d'acide azotique est employé comme caustique.

Aiotate acide de mercure ou Nitrate acide de deutoxtjde de mercure. Pour le préparer, on fait dissoudre 100 grammes de mercure dans un mélange de 150 grammes d'acide azotique à 1,42 D. et de 50 grammes eau distillée ; ou favorise la dissolution des dernières portions de mercure, en soumettant le mélange à une douce chaleur. On évapore la liqueur jusqu'à ce qu'elle soit réduite au 5/4 de son poids primitif, c'est-à-dire 225 grammes. Cette dissolution concentrée est employée comme caustique sous le nom àe Nitrate acide de mercure.

C'est avec l'azotate acide de mercure que l'on prépare une pommade qui est connue sous le nom de Pommade citriiie, d'Onguent citrin, ùe Pommade d'azotate de merciire. \*ouv l'obtenir, on prend : axonge, 400 grammes; huile d'olive, 400 grammes ; mercure, 40 grammes ; acide nitrique à 1,42, 80 grauunes. Un fait dissoudre le mercure dans l'acide nitrique à froid ; d'autre part, on fait liquéfier la graisse dans l'huile à une douce chaleur. Quand les corps gras sont à moitié refroidis, on y verse la dissolution mercurielle ; on agite pour avoir un mélaiigc exact , et on coule la pommade dans des moules de papier.

La dissolution mercurielle est un mélange d'azotates mercureux et mercurique maintenus dissous à la faveur d'un excès d'acide azotique. Elle renferme en outre de l'acide hypoazotiquc, et peut-être de l'azotite de mercure. L'acide hypoazotique détermhie la transformation de l'huile d'olive en une matière grasse qui n'entre en fusion qu'à 56" (élaïdine). Il se produit en outre une petite quantité d'une matière jaune soluble dans l'alcool qui communique à la pommade une couleur citrine, et une faible proportion d'un savon mercuriel dont l'acide est l'acide élaïdique fusible à A¥, c'est-à-dire l'acide même qui résulterait de la saponification de l'élaïdine. Au moment de sa préparation, la pommade citrine peut donc être considérée comme un mélange d'élaïdine , de matière colorante jaune, d'élaïdate de mercure et d'azotate de mercure, dont une partie serait à l'état de turbith nitreux. La consistance ferme de la pommade s'explique, d'ailleurs, par la formation de l'élaïdine plus soluble que l'axonge. La réaction des divers éléments qui forment cette pommade, continue du reste après sa séparation, et elle finit par prendre une couleur grise, parce qu'une partie de mercure est réduite à l'état métaUique.

La préparation connue sous le nom de Mercure soluhte d'Hahnemann se rattache aux azotates de mercure ; elle constitue un azotate ainmoniaco-mercuriel dont il a été question plus haut. Le mercure soluble d'Hahnemann est peu em^* ployé en France. On lui attribue la propriété de pro /oquer moins la salivation mercurielle que les autres préparations de mercure. On l'emploie sous la forme de pilules.

Pilules d'Hahnemann. Mercure d'Hahnemann O^^iO; extrait de réglisse 5 grammes ; pour 64 pilules contenant chacune 6 milligrammes de mercure soluble d'Hahnemann, Dose : 1 à 8.

48 Ml'RCURE (thék ai eutiqur).

Acétates de mercure. 11 existe deux acétates de mercure : l'acélate de ]>rotoxyde de mercure ou acétate mercureux (G''1P,H8^0), et l'acétate de deutoxyde de mercure ou acétate mercurique (G^H^O^IIgO).

Acétate mercureux ou Terre foliée mercurielle (G^H'O^Hg'O). Ce sel est iacolorc, inodore, et peu sapide; il est gras au toucher et se présente sous la forme de paillettes nacrées, ou lames micacées d'un blanc argentin, qui noircissent facilement à la lumière. Il se dissout dans 535 parties d'eau froide; il est beaucoup plus soluble dans l'eau bouillante; mais, dans ce cas, une partie se décompose en mercure métallique et en acétate mercurique. Pour l'obtenir, on décompose une dissolution d'azotate mercureux par une dissolution d'acétate de potasse, de soude ou de chaux, on triture l'azotate de mercure dans de l'eau aiguisée d'acide azotique, jusqu'à dissolution complète, et l'on verse dans la dissolution la liqueur qui contient l'acétate alcalin ; on met un excès de cette liqueur pour être certain que tout l'azotate est décomposé. Le protoacétate de mercure se précipite ; on le lave au moyen de l'eau froide, et on le fait sécher à l'abri de la lumière.

Ce sel est employé en médecine comme antisyphilitique, à la dose de 1 à 10 centigrammes, et presque toujours sous la forme de pilules ; son action locale paraît être moins irritante que celle du suWimé.

Les Pilules ou Dragées de Keyser ont pour base ce sel. Pour les préparer, on mélange avec beaucoup de soin \ gramme d'acétate de protoxydede mercure avec 20 grammes de manne, et on fait 100 bols que l'on roule dans l'amidon. Chacun d'eux contient 1 centigramme d'acétate de mercure.

Acétate mercurique ou Acétate de deutoxyde de mercure (C*H^O,HgO). Ce sel est incolore, sous la forme de lames nacr^^es, demi-transparentes, anhydres. Il se dissout dans 4 parties d'eau, et sa dissolution, exposée à l'air, laisse précipiter de l'oxyde de mercure. On l'obtient en faisant dissoudre du deutoxyde de mercure dans de l'acide acétique et laissant cristalliser. Ce sel est très-peu employé à cause de sa facile altérabilité.

Tartrates de mercure. On connaît deux tartrates de mercure : le tartrate mercureux ou tartrate de protoxyde et le tartrate mercurique ou tartrate de deutoxyde de mercure.

Le Tartrate mercureux (C^H*0^S2IIg^0) est seul employé. Il constitue uo sel incolore, présentant une saveur métallique faible ; il est insoluble dans l'eau pure, et sensiblement soluble dans une dissolution d'acide tartrique. La lumière l'altère rapidement, aussi doit-il être conservé dans des flacons couveils de papier noir. Pour le préparer, on fait dissoudre de l'azotate de protoxyde de mercure dans de l'eau faiblement acidulée par l'acide azotique, et l'on verse cette liqueur dans une dissolution de tartrate neutre de potasse; il en résulte de l'azotate de potasse qui reste en dissolution et du tartrate mercureux qui se dépose. On le fait sécher à l'abri de la lumière. T. Gobley.

§ m. Thérapeutique. Le mercureestdu nombre de ces huit ou dix substances qui forment, en quelque sorte, les assises de la thérapeutique et dont elle ne saurait être privée sans se trouver désarmée en présence d'un bon nombre d'indications du premier ordre. Mais, comme il arrive invariablement à tous les médicaments énergiques, le cercle de ses applications a été abusivement élargi et le devoir de la critique, ici comme partout et peut-être plus qu'ailleurs, est de combattre les exagérations laudatives et de séparer avec soin le bon grain de l'ivraie thérapeutiques. Bien spécifier les services réels que le mercure rend à

JIERCURE (ïiiÉRArEUTiQUE). 49

l'art de guérir élaguer tout ce qui est coutrouvé ou hypothétique, et rapporter les diverses applicatious utiles du mercure aux uiotlulités de sou action physiologique, tel est le but que je me propose dans cet article. Cette tâche est certainement plus laborieuse que celle qui consisterait à dresser un inventaire complet des innombrables (je devrais dire des luiiverselles) ap[)lications qui ont été faites du mercure sous toutes ses formes, mais nous espérons qu'elle sera plus utile et plus appréciée.

Nous devons aux lecteuis de ce Dictionnaire deux explications préalables: i° Us ne trouveront dans cet article rien de relatif à l'emploi du mercure contre la syphilis, le Comité de rédaction ayant jugé avec raison que l'on ne saurait, sans rompre les affinités les plus naturelles et les plus logiques, séparer l'histoire d'une diathèse de celle du spécifique qui s'y i-apporle. Cette partie de l'histoire du mercure sera donc renvoyée au mot Syphilis {voy. ce mot). 2" L'importance particulière du calomel et du sublimé, comme médicaments ; leur individualité qui se détache plus nettement que celle des autres composés du groupe des mercuriaux justifient cerlainement leur renvoi à des articles séparés. J'ai déjà écrit dans ce Dictionnaire l'article Calomel {voy. ce mot), j'y écrirai, s'il plaît à Dieu, l'article SuKLiMÉ et de cette façon, il n'y aura entre les trois articles, ni oppositions, ni redites.

Sous la réserve de ces observations, j'entre en matière et je divise waturellement ce sujet en deux parties : 1" Histoire générale de la niercurialisation thérapeutique ; 2° Histoire spéciale de composés mercuriels (sauf les chlorures de mercure) envisagés chacun dans leurs propriétés et leurs applications particulières.

Article I. Mercurulisation ein GÉNÉiiAL. i" Effets physiologiques. On peut ramener les effets physiologiques du mercure à certains types généraux qui cadrent en les théorisant, avec des groupes d'indications. Cette méthode d'exposition de l'histoire des médicaments est celle que j'ai adoptée, parce que je la crois cà la fois plus rationnelle et plus pratique. J'envisagerai donc ici le mercure : i° comme modificateur des sécrétions ; 2° comme modificateur de la nutrition ; 3" comme modificateur de la ciiculation à sang rouge; ^i° comme modificateur du système lymphatique ; 5" comme modificateur du système nerveux ; 6" comme parasiticide.

A. Suractivité ségrétoire. 1° Salivation mercurielle. Le mercure absorbé modifie d'une manière remarquable les glandes et en particulier celles qui entrent dans la constitution anatomique du tube digestif ou qui, lui étant annexées, versent des produits de sécrétion dans sa cavité. Il en est de deux ordres surtout (|ui reçoivent avec une sensibilité extrême cette influence : les glandes salivaires et le pancréas et il n!est pas sans intérêt de faire remarquer, à ce propos, la parenté physiologique très-étroite du fluide salivaire et du fluide pancréatique. Dieterich qui, en 4837, a publié sur les maladies mercuriclles [Merkurial Krankheit) un travail considérable devenu promptement classique, a consacré cette analogie en donnant à la diarrhée mercurielle le nom expressif de ptyalisme abdominal. L'un des effets les plus constants de l'action du mercure est précisément cette hypersécrétion des glandes et glandules salivaires, et le ptyalisme est devenu le signe et en quelque sorte la mesure de l'imprégnation mercurielle.

Toutes les préparations de mercure peuvent amener le ptyalisme ; mais le

mercure métallique, qu'il soit absorbé par la peau ou qu'appliqué à l'extérieur

il mélange ses vapeurs avec l'air inspiré, parait provoquer la salivation avec encore

plus de rapidité et de certitude que les autres préparations. Quelques auteurs

mer. ENC. ià= .«;. Vl[. 4

50 MERGUIvE (thérapeutique).

rappés de ce fait ont même pensé que la pénétration des préparations mercurielles appliquées sur la peau se faisait principalement par la respiration ; et les travaux récents de M. Merget sur l'extrême diffusibilité du mercure, même à des températures très-basses seraient de nature à corroborer cette opinion soutenue du reste par M. Gubler (Commentaires thérap. du Codex, 1868, p. 461).

Giacomini prétend que le ptyalisme mercuriel varie suivant qu'il est produit parles oxydes de mercure, ou bien parle mercure métallique, le calomel, le cyanure de mercure etc. ; dans le premier cas la salive serait plus abondante et la muqueuse resterait relativement intacte, tandis que dans le second, elle se recouvrirait d'érosions et d'apbthes nombreux (Giacomini Thérapeutique et matière médicale. Trad. Mojon. Paris, 1859, p. 451). Je ne suis pas en mesure de contrôler cette opinion, mais je la cite parce qu'elle invoque un l'ait complètement en désaccord avec cette théorie pathogémque du ptyalisme mercuriel qui le ferait dépendre, comme origine et comme abondance, d'une lésion de la muqueuse. MM. Trousseau et Pidoux, en particulier, ont soutenu cette opinion. « Comment se fait-il donc, disent-ils, que l'on vienne parler encore de l'action spéciale du mercure sur les glandes salivaires, action que rien ne démontre ? Il y a, il est vrai, après l'administration du mercure, supersécrétion des glandes salivaires, mais entre ce phénomène et l'emploi des mercuriaux existe l'inflammation des gencives qui seule est évidemment la cause de la salivation. Remarquez, en effet, que la salivation est un phénomène commun à toutes les phlegmasies de la membrane muqueuse buccale, à toutes les irritations vives opérées sur cette membrane. L'inflammation varioleuse de la bouche, le muguet, la diphthérite gingivale, les glossites, le travail.de la dentition chez les enfants et enfin tous les masticatoires divers, augmentent la sécrétion salivaire au même titre que le mercure, ou pour mieux dire, au même titre que l'inflammation mercurielle de la bouche. Si le mercure avait une action spéciale sur les glandes salivaires nous verrions la sahvation survenir avant l'inflammation de la bouche ce qui ne s'observe jamais; nous la verrions survenir nécessairement quand nous continuons longtemps l'action des mercuriaux. Or, avec quelque opiniâtreté que l'on insiste sur les préparations hydrargyriques, jamais on ne détermine la salivation qu'au préalable les gencives ne soient gonflées. » (Trousseau et Pidoux. Traité de Thérapeutique et de Mat. médicale, 7* édit. 1862, t. I, p. 256.) Nous ne saurions partager cette manière de voir : la stomatite mercurielle est la conséquence de la salivation, mais une fois produite elle peut entretenir et même augmenter celle-ci. Là se borne son rôle. Il est impossible de dénier aux prcparationsmercuriellcs une action élective sur les glandes salivaires; elle s'accuse par le gonflement des glandes lequel précède l'inflammation de la muqueuse, et si celle-ci devient, comme le tissu gingival, turgescente, plus épaisse, c'est qu'elle conserve les produits d'hypersécrétion avant qu'ils ne s'écoulent et que d'ailleurs il faut bien que la muqueuse se vascularise davantage pour faire les frais du ptyahsme quelquefois très-abondant qui va se produire; car il ne faut pas oubher que les gl ondules salivaires sont affectées par le mercure comme le sont les parotides, les sublinguales, les sous-maxillaires. Ce qui prouve bien que les choses se passent ainsi, c'est que l'inflammation de ces glandes par suractivité fonctionnelle peut se produire alors que la muqueuse n'est encore que gonflée et œdémateuse. Dieterich a décrit, en effet, au nombre des accidents produits par le mercure mie parotidite qu'il appelle mercurielle. On peut d'ailleurs raisonner par analogie. Quand le calomel est donné à doses purgatives, la bile, le suc pancréatique et les fluides intestinaux pleuvent dans l'in-

MERCURE (thérapeutique), 51

testin ; où est l'inflammation de la muqueuse qui les appelle? Si elle existait, fùt-elle même passagère, la lièvre s'allumerait à un degré sensible ; il n'en est rien. Il faut donc invoquer une action propre des mercuriaux sur les glandes et les glandules du tube digestif analogue à celle produite pas les sudoriliques, les diurétiques sur les glandes sudori[)ares et rénales.

La susceptibilité individuelle au ptyalisme mercuriel est très-variable ; ou voit des personnes prendre des doses considérables de ce médicament sans que leurs gencives en éprouvent aucune influence ; d'autres fois, au contraire, une seule friction d'onguent napolitain, quelques grains de calomel, une dose minime de sublimé, une cautérisation du col ulériu au nitrate acide de mercure, comme Breschet en a cité un exemple, suffisent pour amener la salivation. L'explication qui rend compte de celte variabilité d'effets par les conditions diverses de solubilisation que rencontrent les préparations de mercure dans la nature variable des liquides organiques ne saurait être invoquée quand il s'agit de préparations déjà solubles, le sublimé par exemple. Spécieuse pour les préparations insolubles, le calomel par exemple, la théorie de Mialhe fait absolument défaut pour le sublimé lui-même, et l'on ne peut s'empêcher de remonter pour expliquer ces particularités à des différences dans la recep^a'/ie individuelle.

Quoi qu'il en soit, l'impression du mercure sur la bouche s'accuse par un goût métallique, la fétidité de l'haleine et le gonflement des gencives. Celui-ci s'accompagne parfois (quand il n'est pas précédé par lui) d'un empâtement de tout le collier des glandes salivaires qui élargit la base du cou, efface une partie des creux qui s'y remarquent, rend moins tranchantes les arêtes de la mâchoire et change sensiblement la physionomie. Suivant Trousseau le gonflement des gencives commence par l'intervalle qui sépare les incisives inférieures, puis il envaliit les incisives supérieures avant de s'étendre au reste de la muqueuse. Celle-ci est plutôt œdématiée qu'enflammée ; elle blanchit un peu, s'épaissit, et les dernières molaires laissent à sa surface des impressions quelquefois assez profondes ; la gencive qui est en arrière de la dernière molaire se gonfle et forme un bourrelet qui déhorde parfois la dent. Sous l'mfluence de ce gonflement général des gencives, de la muqueuse buccale et.des organes de l'arrière-bouche, il y a gène dans les mouvements de la mâchoire, gêne portée à un tel point que l'ouverture de la bouche est presque impossible. Dans des circonstances assez rares, lorsque la mercurialisation médicamenteuse ou accidentelle avait été poussée très-loin, cette gêne pour l'ouverture de la bouche a persisté, et on a dû recourir à des débridements pour remédiera l'état de contraction et de rigidité des tissus. Dieterich dit avoir vu un enfant de quatre ans chez lequel quelques grains de calomel donnés plusieurs années auparavant avaient amené cette occlusion àun tel degré qu'il ne s'ahmentait qu'avec une nourriture liquide introduite dans la bouche par une brèche du rebord alvéolaire. Je reviens à la description delà salivation mercurielle. En même temps que ce gonflement de la muqueuse et des gencives s'établit, la salive commence à couler avec une abondance variable ; on l'a vue atteindre jusqu'à plusieurs litres dans un jour. On obtenait jadis ce résultat, auquel on tenait beaucoup, en insistant sur l'usage du mercure, mais on s'exposait à produire du côté de la bouche des désordres souvent irrémédiables et à amener une véritable cachexie. On y procède aujourd'hui avec plus de modération, et les malades s'en trouvent bien.

Thomson, Rostock, Simon, Pet-eira ont donné des analyses de la salive fournie par le ptyalisme mercuriel. Tantôt on a pu y déceler la présence du mercure ; tantôt

52 MERCURE (théuai'eutique).

elle est restée muette aux réactifs de ce métal. Userait certainement opportun, maintenant que nous avons en main des réactifs d'une bien autre sensibilité que ceux mis eu œuvre jusqu'à présent, de reprendre ces essais qui permettraient de juger si la salivation est un moyen électif d'élimination du mercure. L'analyse de Thomson a permis de constater les particularités suivantes : la pesanteur spécifique était de 1038 ; et la coni|josition sur 100 parties donnait : albuminecoagulée0,25; mucus mélangé d'un peu d'albumine 0,56 ; chlorure de sodium 0,09; eau 99,28. D'après Rostock, cette salive ne diffère guère de la salive normale que par sa fluidité plus grande, particularilé qui peut s'expliquer par une sorte de sécheresse des glandes mucipares pendant que les glandes et glandules salivaires sont le siège d'une hypersécrétion.

Cette salivation a une durée variable ; quand il n'y a pas d'aphthes ni d'ulcération dont l'action irritative entretient la salivation née sous l'inlluence du mercure, elle ne survit que deux ou trois jours à la cessation des mercuriaux ; les gencives s'aplatissent peu à peu et la sécrétion rentre dans ses proportions habituelles ; quelquefois cependant elle est plus fixe et plus tenace, et l'on est obligé de la combattre par des moyens appropriés. Dans les cas excessifs, elle est entretenue presque indéfiniment par les lésions osseuses que le mercure a produites, mais ici encore sa persistance ne peut être attribuée au mercure lui-même.

Une particularité fort intéressante est celle relative à l'influence des petites doses de calomel sur la production de la salivation. Elle est même devenue la base d'une méthode particulière pour produire le ptyalisme, celle de Lavv, qui consiste dans l'administration du calomel par douzièmes de grains pris à des intervalles d'une heure jusqu'à salivation produite. Je ne reviendrai pas sur ce que j'ai déjà dit de cette méthode. (Voy. Calomel.) Plus facilement gouvernable que celle des frictions mercurielles, elle est loin d'avoir la même sùieté d'action. Au reste, nous avons maintenant, pour maintenir la salivation dans des limites raisonnables, un agent précieux qui aura certainement contribué, réalisant le vœu de Sydenham, à élargir le cercle des applications pratiques du mercure en augmentant l'innocuité de cette dernière substance. Je veux parler du chlorate de potasse qui déploie une utilité réelle contre la stomatite mercurielle quand elle est établie, comme l'ont démontré MM. Herpin, Blache, Lassègne, Laborde,Isambert, Bergeron, etc., mais qui n'a pas moins de puissance pour la prévenir. Les recherches de M. Ricord analysées dans \e Bulletin de thérapeutique (t. LI, 1856, p. 180) ont appelé l'attention des praticiens sur cette application si utile. Expérimentant à l'hôpital du Midi sur toute une série de vénériens, l'éminent syphilographe a constaté quedes sujets très-impressionnables au mercure et prenant simultanément le chlorate de potasse et des préparations de cette substance, ont échappé à la stomatite mercurielle sans que le mercure perdît rien de son efficacité. Des faits de cette nature se sont, du reste, multipliés à l'infini et l'on est désormais maître dans le plus grand nombre des cas, de la salivation mercurielle et des lésions si graves qu'elle entraînait jadis à sa suite. C'est un progrès thérapeutique d'une grande importance.

2° Hypercrinies pancréatique, hépatique et intestinale. Le mercure qui impi'essionne si manifestement les glandes salivaires, agit également sur les glandules de l'intestin et sur les glandes annexes qui versent leurs produits dans sa cavité. Tous les auteurs qui se sont occupés de ce médicament, ont signalé une diarrhée particulière qui, au dire de Dieteiich, s'accompagne quelquefois d'une sensation de plénitude et de douleur, dans la région du pancréas [ptyalisme

SfERCURE (thérapeutique). 53

pancréatique) . Les glancliiles tle l'inlestin et le foie sont évidemment modifiés aussi par le mercure et dans le sens d'une exagération de leurs sécrétions. Mais il faut tenir compte, dans l'étude de cet effet, de l'antagonisme d'énergie que les sécrétions exercent les unes sur les autres. C'est ainsi qu'une salivation exagérée pourra diminuer, si ce n'est empêcher, le flux qui, en dehors de cette influence, s'établirait vers l'intestin. Les ouvriers, qui sont exposés par leurs travaux aux vapeurs du mercure, sont sujets à cette diarrhée, qui est peut-être un moyen d'élimination du poison, et qui est distincte de la diarrhée colliquative, laquelle peut marquer la dernière période de cette cachexie comme de toutes les autres. Le calomel n'agit pas seulement dans le sens de l'augmentation de la sécrétion hépatique, il la modifie également dans sa coloration, et la diarrhée qui se produit sous son influence est d'une nature particulière. {Voy. CALOMEf,.)

Le D'' Hughes Bennett d'Edimbourg, a entretenu l'Association britannique, pour l avancement des Sciences, dans sa session de Dundee en 1867, de recherches qu'il a entreprises avec les professeurs Christison, Maclogen, Rogers, Rutherford, Gàmjee et Frazer, pour déterminer l'influence du mercure sur les sécrétions du foie chez des animaux pesés au préalable, et munis d'une fistule biliaire. Ces expériences n'ont conduit jusqu'ici, qu'à démontrer que la nature et la quantité de la bile varient énormément chez le même animal, qu'il soit mevcurialisé ou non, et cela en dehors de toute influence de régime. Il y aurait lieu de persévérer dans cette voie, car nous ne savons rien encore de précis sur la façon dont la sécrétion hépatique est réactionnée par le mercure.

5° Hypercrinie rénale. Suivant quelques auteurs, la diurèse serait la conséquence de l'imprégnation mercurielle. Pereira dit avoir recherché sans succès, chez plusieurs sujets en état de ptyalisme mercuriel très-abondant, la présence de l'albumine dans les urines; on s'accorde cependant à considérer l'albuminurie, comme un effet de la saturation par le mercure.

La diaphorèse a été aussi considérée, comme un des symptômes du mercurialisme, mais cette hypercrinie n'est pas démontrée, et comme elle se constate d'une manière banale et dans une foule de cas, en dehors de l'action du mercure, on ne saurait attacher grande importance à ce fait.

4° Hypercrinie mammaire. L'influence exercée sur le lait par le mercure, n'est pas mieux connue que celle qu'il exerce sur les sécrétions urinaire et sudorale. Mais on est fondé à penser qu'il appauvrit le lait, en faisant prédominer ses éléments aqueux. La question de savoir si le mercure passe dans le lait, est résolue affirmativement par la clinique. Il est impossible en effet, de ne pas ajouter de crédit aux faits de guérison, obtenus de cette manière par Daumond, Assallini, Lebreton, et qui ont débarrassé par ce moyen de leur syphilis des enfants, des femmes, des valétudinaires, qui ne pouvaient supporter l'administration directe du mercure. Toutefois l'analyse n'a pas, paraît-il, retrouvé le mercure dans le lait des femelles soumises à la mercurialisation. M. Péligot faisant à ce sujet des recherches, sur les instigations de Lebreton, est arrivé à un résultat négatif. {Mémoire sur la composition chimique du tait d'ânesse. In Journal des Co7in. médico-chirurgicales, iSoQ-ol, t. IV, p. 200). Le lait d'une ànessc qui prenait par jour O^^^S de sublimé et celui d'une chèvre, qui en ingérait journellement jusqu'à 0g^60, restèrent muets aux réactifs du mercure. Ce chimiste n'était pas toutefois très-affirmatif dans ses conclusions, et il accusait le pende valeur des réactifs dont nous disposons. Il est bien probable que le mercure qui circule dans le sang en combinaison intime avec l'albumine se trouve aussi dans

54 MERCURE (thérapeutique).

le lait, combiné avec le même principe qne les recherches de Doyère et Poggiale {De la jn^ésence dans le lait, à l'état normal, d' un principe albuminoïde, déviant à gauche la lumière polarisée. In Comptes rendus de VAc. des Se, t. XXXVI, p. 450) ont démontré exister dans le lait normal. Or, l'on sait que, le propre de cette association de l'albumine aux substances métalliques, est précisément de masquer les réactions de celles-ci. Les recherches de M. Merget, doivent désormais être utilisées pour des analyses de cette nature, et elles conduiront vraisemblablement à constater la présence du mercure dans le lait des femelles qui ingèrent des proportions notables de ces médicaments.

Cette action du mercure et de ses composés sur les sécrétions, montre avec quelle énergie ces substances dénourrissent l'économie, c'est-à-dire activent le mouvement de destruction et de rejet organiques, et ce fait seul donne une idée do la puissance de ces agents, pour aller fouiller tous les tissus et détruire ou éliminer des germes diathésiques.

B. Action antiplastique. Le mercure ralentit les actes de formation organique en même temps qu'il exagère le mouvement de dénutrition, c'est dire que l'économie, prise entre ces deux sources d'appauvrissement, ne saurait prospérer longtemps. En effet, le sang s'appauvrit ; ses globules diminuent, son sérum devient moins albumineux et par suite plus fluide, et il s'établit une véritable chlorose mercurielle. Nous avons retrouvé ce même caractère de liquéfaction, dans les produits sécrétés. De même aussi, les tissus s'amoindrissent quand l'action du mercure est prolongée ; la graisse est résorbée ; il survient un amaigrissement qui peut atteindre les limites du marasme; mais par une particularité qu'explique l'action glandulaire élective du mercure, et qui a été signalée par Dieterich, les glandes lymphatiques de l'aisselle et de l'aine, les ganglions mésentériques, les parotides, le pancréas, le foie, les testicules deviennent le siège d'une sorte d'hypertrophie, qui est la conséquence de la suractivité fonctionnelle que le mercure leur a imprimée. Sous l'influence de ce double fait : d'une réparation qui languit etd'une dépense exagérée, la nutrition éprouve un déchet rapide: il.y a de l'amaigrissement, et il est probable que les symptômes accusés par certains organes sous l'influence d'une mercurialisation profonde, le cerveau, par exemple, viennent à cet appauvrissement rapide de leurs éléments intimes. Ce mouvement rapide de destruction et d'élimination, atteint les tissus morbides, comme les tissus normaux; et c'est ainsi que le mercure, détermine quelquefois avec une extrême rapidité, la disparition de tissus épigéné tiques, se rattachant à la syphilis.

L'action antiplastique, s'adresse aux formations solides, normales ou accidentelles ; l'action fluidifiante, s'adresse aux liquides de l'économie qui sous l'inlluence du mercure, perdent de leur consistance, voient fréquemment prédominer leurs éléments aqueux, et deviennent, en quelque sorte, moins vivants. Le sang accuse d'abord cette influence et la communique aux fluides sécrétés, qui puisent en lui leurs matériaux. Le mercure est donc un incisif, un désobstruant, comme on disait dans l'ancien langage des écoles, un fluidifiant, comme on dit dans le langage moderne, ce qui, sous des noms différents est, au fond, parfaitement la même chose. Et qu'on remarque la liaison intime qui existe entre ces deux faits, la destruction et le rejet des éléments des tissus, ne pouvant s'opérer si au préalable, ils n'ont été, en quelque sorte fluidifiés.

G. Action sur le système lymphatique. Le mercure agit d'une manière élective sur le système des lymphatiques, mais au lieu de le déprimer, comme il fait du système des vaisseaux rouges, il en augmente la vitahté et en réveille les fonc-

MERCURE (thérapeutique). 55

lions; et de là son utilité pour résoudre les engorgements blancs, pour modifier les actes morbides des séreuses qui ne sont en quelque sorte, que l'épanouissement d'un immense réseau de radicules lymphatiques. C'est là un point de l'histoire physiologique du mercure, qui a été le plus utilement mis en relief dans ces derniers temps, notamment par le D"" James Ross (.1. Ross, On tlie action of Mercury inthe Practitionner,lS10, p. 211). Le mercure n'est pas du tout comme le pensent les Italiens, un hyposthéniscmt lymphatico-ylandulaire, mais bien plutôt un hypersthenisant de ce double système, dont les fonctions sont exaltées sous son influence, pour faire face aux exigences de ce travail si actif, de résorption interstitielle qui est, à mon avis, le secret du mécanisme curatif du mercure dans la syphilis. Le grossissement des ganglions lymphatiques sous l'action de ce médicament, tient à ce que ces organes, partagent le surcroît d'activité fonctionnelle, qui est imposé aux lymphatiques, qui y aboutissent et qui en partent. Cette excitation du système lymphatique général, se retrouve également dans les réseaux lymphatiques particuliers; quand le mercure vient topiquement à leur contact, et nous pourrons rapporter à ce chef spécial, les innombrables applications thérapeutiques, qui ont été faites du mercure, comme résolutif et fondant.

D. Action sur le système circulatoire a sang rouge. Le mercure est un médicament froid, comme on disait jadis par opposition avec les médicaments pyrétogénétiques qui excitent la circulation et la calorification organiques. La fièvre mercurielle décrite parles auteurs, doit comme le croyait Trousseau, tenir beaucoup plus aux lésions buccales, de nature subinflamraatoire, que produit le mercure qu'à son action propre. Il peut se faire aussi, qu'elle soit due à un effort éliminateur ; mais quand elle existe, elle s'accompagne d'un caractère remarquable de dépression ; le pouls est petit, accéléré ; la chaleur médiocre, le teint reste pâle. Les Italiens qui font du mercure un hyposthénisant lymphatico-glandulaire, ont beaucoup insisté sur le caractère apyrétique du mercurialisme, et leurs arguments ont une valeur réelle quoiqu'ils aient été réunis dans un intérêt doctrinal. <( Il est d'observation, dit à ce propos Giacomini, quequelleque soit la durée des symptômes, le système circulatoire n'en éprouve aucune excitation ; au contraire, il tombe dans une sorte d'affaissement progressif, et l'action du cœur finit par s'éteindre. Ce fait capital n'a pas échappé aux bons observateurs... Dans aucun des nombreux cas d'empoisonnement, que nous avons sous les yeux, il n'est question de fièvre. On conçoit à peine, par conséquent, comment certains toxicologues signalent la fièvre au nombre des symptômes de cet empoisonnement w (Op. cit., p. 430). Nous insistons sur ce fait, parce qu'il est la clef des applications utiles, que l'on fait journellement du mercure dans le traitement de certaines maladies inflammatoires.

E. Action sur le système nerveux. Le mercure absorbé lentement et d'iine manière continue, double condition que réalisent les empoisonnements industriels, agit profondément sur le système nerveux. Le lecteur trouvera à l'article Maladies mercurielles, le tableau des troubles nerveux divers, que suscite l'intoxication hydrargyrique ; je ne les rappelle ici que pour ne pas omettre un point important de l'histoire physiologique du mercure. Les désordres nerveux qui ne se rencontrent que dans le cas d'imprégnation profonde, de cachexie, sont : des névralgies diverses, de la chorée mercurielle, du bégaiement, de l'encéphalopathie hydrargyrique à forme convulsive ou apoplectique, de l'amaurose ; enfin cette foi-me particulière de dépression mentale, que Dieterich a décrite sous le nom

56 MERCURE (thérapeutique).

d'hypochondrie mercurielle. Ces troubles nerveux tiennent-ils à une simple mo- (lillcation dynamique, imprimée aux cellules du cerveau el de la moelle par ce poison, qui ne fait que les traverser ; dépendent-ils de ce que le mercure engagé dans une combinaison organique, s'y cantonne de préférence? L'analyse chimique a maintenant des moyens assez délicats, pour pouvoir résoudre ce problème. Il me paraît probable que ces accidents sont le fait, surtout, d'une dénutrition du tissu nerveux, entraîné dans ce mouvement de fonte rapide, qui caractérise l'action du mercure.

F. Action parasiticidc. L'action parasiticide du mercure, est un des faits les mieux établis de son histoire. Elle s'exerce avec d'autant plus d'énergie qu'il s'agit d'organismes plus inférieurs. Et ce ne sont pas seulement ces animaux, mais encore leurs œufs, sur lesquels se produit cette influence délétère. Les acariens, les entozoaires, la ressentent avec une grande vivacité, et il est trèsprobable que l'efficacité du mercure, dans un bon nombre des maladies de la jieau, tient également à une action antiparasiticide. On va loin aujourd'hui, on le sait, dans la voie de cette application des laits de parasitisme à la pathogénie, et nous nous rendrons compte ainsi d'un certain nombre d'applications des préparations mercurielles. Beaucoup sans doute y répugnent mais il n'en est pas moins certain, que l'action délétère exercée sur les plantes et sur les animaux inférieurs, parles vapeurs mercurielles, est digne du plus grand intérêt.

En ce qui concerne les plantes, nous devons à M. Boussingault des recherches importantes sur cette action. Ce savant, reprenant les expériences de Spallanzani et de Théodore de Saussure a démontré, en 1865, que des feuilles subissant l'action des vapeurs mercurielles, perdaient leur aptitude à réduire l'acide carbonique, quand on les plaçait sous l'influence de la lumière. A la lin du siècle dernier, une société de savants hollandais avait institué des expériences, desquelles il leur avait paru résulter que des plants de fèves de marais, de menthe, de SpireasalicifoHa, noircissaient et mouraient, si on leur faisait subir le contact des vapeurs du mercure, mais qu'elles cessaient d'en être influencées, quand auprès du mercure, on plaçait du soufre en fleurs. M. Boussingault a repris ses recherches, et il a constaté tout d'abord que deux pétunias de même âge, de même vigueur et de même taille, étant placés sous deux cloches, l'une contenant une soucoupe de mercure, au bout de deux jours, les feuilles du pétunia, soumises à l'action mercurielle étaient mortes successivement, l'autre affranchi de cette influence était demeuré en parfait état. Quant à l'action préservatrice du soufre, elle lui a été démontrée par des expériences comparatives sur dçs plants de menthe, de lin, des rameaux de pêcher. La présence du soufre empêchait l'action délétère du mercure. Un plant de menthe soufré, comme on soufre les vignes, résista parfaitement. L'assertion des expérimentateurs hollandais, est donc fondée. Comment agit le soufre dans ce cas ? La surface du mercure reste brillante, ce qui exclue l'idée de la formation (en quelque petite quantité qu'on la suppose) d'un sulfure de mercure, mais on remarque que le soufre, prend à la longue un aspect terne, grisâtre, ce qui semblerait indiquer qu'il a fixé, dans une combinaison sulfurée, une certaine quantité des vapeurs du mercure. On peut enfin tenir compte de la rencontre, dans l'atmosphère de la cloche, des vapeurs du mercure et de celles du soufre, quelque faible que soit la tension de celles-ci, aux températures de 12 à 15° c. dans lesquelles se sont accomplies ces expériences. La présence de cinabre sur les parois de la cloche, qui avait contenu du mercure et du soufre, montre du reste d'une manière évidente, que l'action préservatrice

MEROUiiE (thérapeutique). 57

du soufre repose sur le fait de la formation d'un sulfure de mercure. (Boussingault. De V action délétère que la vapeur émanant du mercure exerce sur les plantes. In Revue des cours scientif., t. IV, 1866-67, p. 457.)

2" Théorie de ïaclion intime des mercuriaux. Nous venons de décrire l'action phénoménale, clinique, des préparations mercurielles en général ; est-il possible, dès à présent, d'en déduire une formule de l'action intime du mercure et de s'en servir comme moyen de classement de cette substance dans les cadres thérapeutiques? Nous ne le pensons pas, et nous considérons comme vaines et irréalisables des tentatives de cette nature. La médication mercurielle, comme la médication hydrothérapique, renferme des médicaments très-divers et très-nombreux, remplissant, par suite, des indications qui souvent n'ont aucime espèce d'analogie entre elles. Pourquoi vouloir dès lors, forçant la nature des choses, emprisonner tous ces médicaments, que la clinique doit apprendre à distinguer les uns' des autres, dans un même et étroit compartiment taxonomique?

Malgré tout, il y a dans les médicaments mercnriels, quand ils ont été absor-. bés, une ressemblance de famille qu'il importe de déterminer. Dirons-nous, avec la plupart des auteurs, que le mercure est un altérant et qu'il se place dans ce groupe un peu hétérogène à côté de l'iode, de l'arsenic, des alcalins, de la saignée, etc. ? 11 y aurait beaucoup à dire sur la légitimité de la formation de ce groupe et sur le sens précis à donner au mot altérant. Dirons-nous, avec l'école pharmacologique italienne, que le mercure est un hyposthénisant? Oui, à certains points de vue; non, à certains autres. Giacomini a eu raison de séparer, dans l'action toxique des mercuriaux, les altérations locales, mécanico-chimiques, de l'action générale ou dynamique ; de rapporter aux premières l'action réputée irritative ou inflammatoire des composés mercuriaux, et de considérer tout à fait à part, et comme expression de leur action générale, l'hyposthénisation qui se manifeste sous leur influence ; seulement il s'est trompé en voulant étendre ce fait d'hyposthénie à tout le système organique. Vraie en ce qui concerne le système circulatoire à sang rouge, cette interprétation est fautive si l'on a en vue le système lymphatique dont les fonctions sont, au contraire, évidemment excitées par le mercure. Pour justifier leur théorie, les médecins italiens emploient leur mode habituel d'argumentation : des animaux mercurialisés et devant leur salut à l'emploi antagoniste des stimulants; la nature réputée inflammatoire des maladies contre lesquelles le mercure a eu une efficacité plus ou moins avérée; l'interprétation, au point de vue de la théorie de l'hyposthénie, des divers effets physiologiques suscités chez l'homme sain par l'excès des mercuriaux. Le mercure, dans cette doctrine, est un hyposthénisant à action lymphatico-glandulaire; mais qui ne voit qu'une pareille théorie est complètement en désaccord avec les faits et qu'il fuut bien plutôt considérer le mercure comme un stimulant de l'activité des lymphatiques ? C'est ce qu'a fait ressortir avec raison le docteur James Ross (fins un mémoire que j'ai déjà cité plus haut. Pour lui, les mercuriaux sont des stimulants avec électivité organique sur les vaisseaux blancs. « Le mercure, ditil, passe dans le sang, et, après absorption, se dirige électivement vers les tissus blancs, précisément ceux qu'attaque le principe syphilitique; les extrémités articulaires des os longs, les membranes séreuses, la peau et probablement le tissu sous-muqueux des amygdales de la gorge et des gencives, et, son action épuisée, il s'éhmine surtout par les glandes salivaires, les muqueuses intestinales, spécialement celle du rectum. La nature de l'influence exercée par le mercure sur les tissus qu'il affecte de préférence est une stimulation. Quand le mercure est admi-

58 MERCURE (thérapeutique).

nislrc dans l'étal de santé, il peut par une stimulation excessive produire dans les tissus une inflammation locale. »

Fidèle aux idées de philosophie thérapeutique que j'ai développées dans l'article Médicament de ce Dictionnaire, je m'abstiendrai de caractériser d'un mot les eflets physiologiques du mercure; je rappellerai seulement qu'ils peuvent se ramener aux types suivants : 1° suractivité glandulaire et lymphatique; 2" action en quelque sorte antivitale, s' exerçant aussi bien sur les organismes vivants et achevés que sur les formations cellulaires qui s'accomplissent dans l'intimité de l'organisme sain on malade. C'est, à mon avis, à cette dernière propriété, qui ouvre an virus syphilitique des voies d'élimination et qui réprime en même temps l'exubérance des productions épigénétiques qui naissent sous son influence, qu'il faut attribuer les propriétés antisyphilitiques de ce groupe de médicaments.

En résumé, il y a dans le groupe des mercuriaux des stimulants hypercriniques, des an-tiphlogistiques, des parasiticides, des résolutifss, des purgatifs, des antisyphilitiques, etc. Comment réunir sous une étiquette commune des choses aussi disparates?

3" Incompatibilité. Saturation. Elimination. Piévivification. a. Incompatibilité. Le mercure est en état d'incompatibilité posologique avec l'iode, le chlorure de sodium et le soufre. M. Bouchardat a signalé le fait de la formation d'un iodhydrargyrate de potasse par la réaction de l'iodure de potassium sur un composé mercuriel insoluble, comme l'est le calomel. Il faut donc éviter d'associer l'iode et les iodures dans une même formule avec les mercuriaux, ou de les administrer successivement à intervalles rapprochés. L'emploi topique de ces substances peut même avoir des inconvénients. M. Isambert a appelé, en 1867, l'attention des praticiens sur ce point. Dans ces cas, l'emploi d'une pommade d'iodure de potassium, comme moyen résolutif d'une orchite traumatique à laquelle on avait auparavant opposé des frictions mercurielles, détermina de la rougeur avec douleur vive et inflammation du scrotum. Dans un autre cas, une véritable vésication, difticile à guérir, se produisit sous la même influence (Isambert, De quelques accidents locaux dus aux préparations mercurielles appliquées à la surface de lapeau, in Bullet. de thérap., 1867, t. LXXII, p. 488). M. Hennequin a rapporté, dans la Gazette hebdom. (n° du 7 février 1867), le fait très-curieux d'un enfant qui, soumis à l'usage de l'iodure de potassium à l'intérieur, fut pris d'une conjonctivite intense à la suite de l'emploi du calomel en insufflations oculaires ; l'iode, éliminé par les larmes, avait rencontré le sel mercuriel et formé avec lui un composé irritant. Le même M. Isambert a vu une jeune fille qui, se servant de frictions avec une pommade d'iodure de potassium et de deuto-iodure de mercure pour combattre un herpès circinné, prit un bain sulfureux en cours de traitement, et fut prise de douleurs très-vives avec brûlure au niveau des plaques d'herpès. Ces faits intéressants doivent être présents à l'esprit des praticiens pour leur faire éviter ces incompatibilités par succession de médicaments.

b. Saturation mercurielle. L'imprégnation de l'économie par le mercure, qu'elle dépende d'un usage trop prolongé ou trop abondant de ce médicament, d'une inertie des organes chargés de l'éliminer, ou d'une susceptibilité particulière à son action, se traduit par un ensemble de symptômes qui constituent ce que Dieterich a appelé la cachexie mercurielle {cachexia mercurialis) , et dont les ouvriers qui manipulent le mercure offrent le tableau : pâleur, essoufflement, amaigrissement extrême, salivation, diarrhée, perte de l'appétit, langueur gêné-

MERCURE (tiikhapeutique). 59

raie, maladies chroniques de la peau et de la gorge, etc. C'est chez les ouvriers en mercure qu'il faut étudier les traits de cette cachexie particulière, car chez les syphilitiques il est extrêmement difficile de séparer ce qui, dans leur état, appartient au mercure de ce qui appartient à la syphilis elle-même {voy. Maladies mer-

CURIELLES).

c. Élimination. Le mercure est pour l'économie un hétérogène dont elle cliercheà se débarrasser; il est même possible que l'activité du travail de destruction moléculaire, qui se manifeste sous son influence, n'ait pas d'autre but que l'élimination prompte de ce poison. Les hypersécrétions qu'il produit sont une voie d'élimination, et si le mercure n'a pas été toujours retrouvé dans les sécrétions, ce résultat négatif accuse probablement l'insuffisance des recherches dirigées dans ce sens. Il faudrait aussi essayer avec le réactif Merget, le liquide des vésicules de la miliaire mercurielle, de l'hydrargyrie ou eczéma mercuriel, celui de l'herpès, de l'impétigo, que les auteurs ont signalés comme pouvant se manifester chez les sujets mercurialisés , et aussi la sécrétion de la conjonctivite spéciale rattachée par Dieterich à l'infection mercurielle.

Au reste, le mercure a été retrouvé, suivant Pereira, dans la sueur, la salive, les liquides intestinaux, la bile, l'urine, le pus des ulcères. Cette dernière particularité permet de supposer qu'on le retrouverait aussi dans le liquide des vésicules de l'hydrargyrie et de la miliaire'. Qui sait même si chacune des vésicules qui constituent celle-ci n'a pas pour cause la présence d'un globule mercuriel qui, agissant comme un corps étranger, échappe à la vue par sa petitesse ? Mais tout le mercure absorbé n'est pas éliminé ; dans les cas où l'économie a subi une sorte de saturation, il peut se combiner dans certains points, se dégager de ses combinaisons, et reprendre et conserver son aspect métallique. Ceci me conduit à l'intéressante question de la révivification du mercure dans l'organisme.

d. Révivification du mercure. On peut lire, dans 'l'ouvrage de Giacomini (p. 452), rénumération de tous les faits de révivification du mercure cités par les auteurs, en particulier par Brassavola, Fernel, Laborde, Bartholin, Biett, etc., qui ont constaté la présence de ce métal à la surface de la peau , sur des ulcères, etc. Les os paraissent avoir le privilège de condenser ce métal et de le retenir dans leur tissu; mais les pièces osseuses, sèches, qui montrent du mercure métallique, pouvaient très-bien sur le vivant être imprégnées d'un sel mercuriel qui s'est révivifié après la mort. En somme, les faits nombreux qui ont été allégués pour prouver que le mercure métallique peut séjourner dans l'économie sous cet état manquent de rigueur et de certitude. S'il est difficile de croire qu'il puisse éluder les actions chimiques nombreuses qui doivent agir sur lui dans l'intérieur de l'organisme, il ne répugne cependant pas d'admettre qu'au moment de l'élimination il se dégage des combinaisons qu'il a formées et se révivifie. Les journaux anglais ont cité, en 1866, deux observations qui sembleraient démontrer ce fait de la révivification du mercure au moment où. il sort de l'économie. Dans l'une, recueillie par le docteur Salmeron, il s'agit d'un homme qui, ayant subi un traitement mercuriel complexe dans lequel il avait pris 60 centigrammes de deutochlorure de mercure, autant de proto-iodure du même métal; qui ayant consommé 45 grammes d'onguent mercuriel en frictions, et usé 30 grammes d'iodure de mercure en fumigations, n'avait pas eu de salivation mercurielle. Deux mois après, il aurait vu sourdre de la peau de la région antérieure de la poitrine des globules mercuriels parfaitement reconnaissables. Dans un autre cas, observé par le docteur Maldore, il s'est agi du pus d'un abcès de la glande sous-

60 MERCURK (TirÉRAPEUTiQUE).

inaMllaire qui charria plusieurs jours du mercure métallique chez un enfant mercurialisé auparavant pour une affection du ventre. Le premier fait perd une grande partie de sa valeur par cette circonstance, que le mercure avait été employé en frictions auparavant et que les habitudes possibles de malpropreté du sujet avaient pu maintenir ce métal à la surface de la peau. 11 conviendrait de fixer, à l'aide de collodion, sur divers points de la peau; chez les sujets qui ont pris du mercure à l'intérieur, des feuilles d'or et de voir si elles blanchissent ou si elles restent inaltérées. L'essai de la sueur, comme celui du lait, comme celui de l'urine, par le réactif Merget, ouvre d'ailleurs à Télucidation de ce point de l'histoire du mercure des ressources dont on ne peut manquer de tirer parti.

4° Effets thérapeutiques. Les applications principales des mercuriaux peuvent être groupées autour des chefs d'action énumérés plus haut: 1" Action hypersécrétoire ; 2° action antiplastique et fluidifiante; S" accroissement de l'absorption lymphatique ; ^^ action antipyrétique et antiphlogistique ; 5° action mécanique ou de pesanteur ; 6" action modificatrice exercée sur le système nerveux ; 7° action parasiticide.

A. Indications reposant sur l'action hypercrinique. L'activité imprimée aux sécrétions explique l'utilité des mercuriaux dans un grand nombre de maladies. Ils agissent alors de plusieurs façons : 1" en sollicitant le rejet au dehors d'un principe morbide par la sécrétion accrue sous leur influence ; 2° en rétablissant une sécrétion interrompue ou insufiisanle ; 3° en faisant d'une sécrétion exagérée un moyen utile de dérivation :

i" Elimination d'iin principe morbide. On croyait jadis que le virus syphilitique s'éliminait par la sahvation, et onproporlionnait l'utilité de celle-ci à son abondance. Sous l'influence de cette théorie on mercurialisait les malades à outrance et on produisait souvent ainsi, avec des lésions locales fort graves, un état cachectique dont on n'était pas toujours le maître. Aujourd'hui la thérapeutique de la syphilis a changé d'allures et elle maintient les gencives dans cet état de demi-turgescence qui indique, non plus la saturation, mais l'impression mercurielle.

Il est une autre maladie virulente que l'on a songé aussi à guérir par le mercure, c'est la rage. En 1852, M. Dezanneau présenta à l'Académie de médecine sur cette question de thérapeutique un travail intéressant dans lequel il relatait l'histoire de cinq personnes qui avaient été mordues par un loup enragé. Quatre avaient été soumises à l'usage des frictions mercurielles, trois furent préservées, la quatrième succomba, mais la médication avait, parait-il, été employée d'une manière insuffisante ; la cinquième ne subit pas de traitement et succomba à la

rage.

On sait que cette méthode des frictions mercurielles contre la rage fut inaugurée par Desault en 1758, et que, grâce à l'autorité de son nom elle fut accueillie avec un certain enthousiasme ; mais en 1783 la Société royale de médecine, en couronnant le mémoire de Leroux, de Dijon, qui concluait à l'inefficacité de cette méthode, commença à la discréditer, et Chaussier et Sabatier lui portèrent le dernier coup. M. Dezanneau pense qu'ils ont été trop sévères pour cette méthode, et il croit qu'en la combinant avec la cautérisation et la suppuration prolongée des plaies, on en obtiendra des effets très-heureux. La mercurialisation dans la rage n'a pas cependant trouvé devant l'Académie de médecine, en 1852, un meilleur accueil que celui qu'elle avait rencontré devant sa devancière la Société royale de médecine et le rapporteur du travail de M. Dezanneau, M, Renault, invoquant le

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fait, et rinnocuité des morsures rabiques dans les deux tiers des cas et en dehors de lout traitement (?) a réduit à peu de chose, si ce n'esta rien, le rôle prophylactique des i'ri étions mercurielles.

Est-ce là le dernier mot sur cette question? Si l'on songe à l'efficacité attribuée, en Russie, à l'emploi prolongé des bains de vapeur el de l'usage interne de la décoction de salsepareille et de gayacpour amener une sudation abondante, comme moyen de prévenir la rage ; si l'on songe qu'une méthode populaire de traitements des moisures des serpents venimeux dans l'Inde consiste à faire prendre un breuvage alcoolique aux blessés et à les attacher pendant une heure ou deux à la queue d'un cheval prenant le petit trot, on concevra une certaine considération pour un médicament comme le mercure qui va fouiller tous les recoins de l'organisme et qui oll're ainsi à l'économie une occasion d'éhminer par la salivation le poison morbide dont il est infecté. Il semble, en tout cas, qu'il y aurait lieu d'essayer de nouveau. La thérapeutique de la rage est assez impuissante pour qu'on soit certainemement fondé à chercher ailleurs et mieux.... ce qui ne sera pas difficile. Une observation de guérison de la rage par la salivation mercuriellc communiquée à l'Académie de médecine par M. Mac Reddie, de Calcutta, dans sa séance du 8 septembre 1868, ramène d'ailleurs l'attention sur ce point de la thérapeutique.

Les diathèses ont-elles comme les virus, un principe matériel pouvant être entraîné par les émonctoires, et le mercure est-il susceptible d'en solhciter le rejet par cette voie ? Ne sont-elles pas bien plutôt des manières d'êtres statiques et fonctionnelles de tout le système vivant sans matérialité étiologique pouvant être neutralisée ou expulsée? Cette dernière hypothèse est lapins vraisemblable. Quoi qu'il en soit le mercure n'a guère prise sur elles. Que ferait-il contre la scrofule dans laquelle le système pèche par délaut de vitalité tt de ton et où l'activité semble s'être concentrée dans le seul système lymphatique ? S'il paraît réussir contre le rhumatisme dans un bon nombre de cas, c'est qu'il s'adresse à l'inllammation, par laquelle il se manifeste souvent, bien plus qu'à la diathèse rhumatismale elle-même. S'il guérit un grand nombre de maladies chroniques de la peau est-ce en faisant disparaître la diathèse herpétique ou phitôt en débarrassant beaucoup de maladies cutanées de la racine syphilitique par laquelle elles sont implantées dans l'organisme? On peut légitimement se poser ces questions. Trousseau n'a pas hésité à reconnaître au mercure une action antirhumatismale s'exerçant sutlout avec utilité dans le rhumatisme articulaire chronique, soit qu'il ait succédé à une blennorrhagie ou à une maladie aiguë développée sous l'inlluence du froid. C'est sous forme de bains contenant de 8 à 30 grammes de sublimé que le mercure lui a semblé le plus utile dans ces cas. Il avoue toutefois que, dans deux ou trois cas où ces bains ont été employés contre le rhumatisme non articulaire chronique, la rapidité du résultat lui a fait soupçoiuier un principe syphilitique [Op. cit. p. 262)'.

2" Rétablissement de sécrétions taries ou insuffisantes. Un autre office du mercure est de rétablir, quand elles sont taries, les sécrétions sur lesquelles il a prise.

L'asialorrhée, affection bizarre et encore peu connue, dont mon excellent ami, M. Le Roy de Méricourt, m'a montré en 1860 un exemple remarquable et qui' est caractérisée, en l'absence de toute altération delà santé, par une suppression presque complète de sécrétions buccales devenues très-acides et produisant sur la langue une sécheresse incommode et des enduits typhoiïormes, l'asialorrhée,

62 MERCURE (thérapeutique).

dis-je, indiquerait peut-être, ne fût-ce qu'à "titre d'essai, l'emploi du mercure. Les sécrétions pancréatique et biliaire prennent sous l'influence du inèaïc médicament une suractivité qui peut être utilisée dans les cas où la difficulté des digestions et la nature des selles permettent de supposer que ces glandes fonctionnent mal ; il en est de même des sécrétions intestinales qui, sous l'influence des mêmes agents, augmentent et se modifient, de telle sorte que des diarrhées anciennes dues à des habitudes sécrétoires qui sont vicieuses guérissent grâce à cette substitution.

5" Exagération de certaines sécrétions. Les mercuriaux peuvent avoir une action utile en faisant sourdre à la surface de la muqueuse de l'arrière-bouche et du larynx une pluie de mucosités qui soulève les fausses membranes du croup et facilite leur avulsion. C'est du moins l'explication que je me suis faite des succès que le mercure donné jusqu'à salivation, peut produire dans le croup. J'en ai recueilli un bel exemple à Brest, il y a une quinzaine d'années. Il m'a été fourni par une petite fille de neuf à dix ans qui, aux prises avec un croup des plus menaçants, et traitée par le tartre stibié en même temps que par les frictions mercurielles, expulsa des fausses membranes dès que la salivation s'établit et arriva à la guérison. M. de Méricourt qui m'assistait de ses conseils fut très-frappé de ce résultat.

Au reste, ce n'est pas le moins du monde un moyen nouveau dans le traitement du croup. En 1844 M. Nouât publiait sur cette question, dans le Bulletin de thérapeutique {Note sur le traitement du croup par les mercuriaux et le tartre sfi&i'e 1844, t. XXVI, p. 15) un travail contenant trois observations de croups guéris par cette méthode. Le tartre stibié était donné à doses vomitives rapprochées les unes des autres, et le mercure sous lorme de calomel avec ou sans association de frictions mercurielles. L'année suivante, un médecin de Lyon, M. Levrat- Perroton citait un cas remarquable de guérison par l'emploi du tartre stibié et du mercure [Journal de méd. de Lyon, 1845). Enfin en 1851, M. Nicolas, médecin à Vichy, ajoutait deux autres faits de guérison par cette méthode à ceux déjà connus [De la valeur des frictions mercurielles dans lapériode extrême du croup in Bulletin de thérap., t. XL, p. 78). Je ne sache pas cependant que ce mode de traitement ait pris pied dans la pratique. Je le regrette beaucoup ; il me paraît y avoir là quelque chose de réellement utile et qui tranche sur la multitude des moyens insignifiants, hasardeux ou empiriques dont la thérapeutique du croup est encore encombrée.

Les hypercrinies mercurielles sont enfin des moyens de contrefluxion humorale dont la thérapeutique peut tirer un excellent parti. Il est bien probable que les bénéfices que l'on retire tous les jours delà salivation par le mercure dans le traitement des ophthalmies graves à tendances désorganisatrices très-rapides, kératite, iritis, etc., dépendent surtout de la contre-fluxion produite par le mercure sur les glandes saUvaireset la muqueuse buccale, sans abstraire, bien entendu, les effets antiphlogistiques propres à cette substance. De même aussi les hypersécrétions intestinales produites par les mercuriaux, créent-elles au profit des organes supérieurs, quand ils sont enflammés ou congestionnés, des dérivations fort utiles.

B. Indications reposant sur l'action antiplastique et fluidifiante. C'est à leur action antiplastique et fluidifiante que les mercuriaux doivent leur emploi comme résolutifs dans lés cas d'engorgement des organes glanduleux, d'obstructions comme on disait jadis, ou d'infiltration des tissus par des dépôts plastiques.

MERCURE (thérapeutique). 63

Les affections chroniques du foie sont le domaine tliérapeu tique véritable des niercuriaux qui agissent en excitant Ja sécrétion biliaire, première cause de résolution pour les engorgements du foie, et aussi en provoquant, par l'activité qu'ils impriment à l'absorption, le retour dans la circulation de dépôts plastiques épanchés, fluidifiés d'ailleurs au préalable par leur influence. On sait tout le parti que la médecine anglaise dans les Indes tire du calomel employé contre les maladies ai"uës ou chroniques du foie. J'en ai longuementparléà proposdece médicament. {Voîj, Calomel.)

Malgré le contraste apparent des sujets, je rapporterai aussi à cette action les bons effets que des observateurs excellents ont retirés de la mercurialisation dans les cataractes commençantes. Boerhave, Chélius, Demours, Perruzzi ont cité des exemples de cataractes au début qui ont guéri par ce moyen. II est possible en effet que le dépôt albumineux qui altère la transparence de l'enveloppe du cristaUin dans les cataractes capsulaires soit quelquefois résorbé sous l'influence du mercure.

L'hydrocéphalie aiguë qui tient si souvent à des dépôts granuleux à la surface des méninges et que plusieurs auteurs ont traitée avec succès par les niercuriaux ; la méningite granuleuse elle-même, pourrait être justiciable du mercure employé de bonne heure et qui met le sang dans des conditions défavorables à la formation de produits plastiques. Il est incontestable que, sous ce rapport, le mercure a une grande ressemblance avec l'iode. Le traitement de la méningite granuleuse par l'iodure de potassium suivant la méthode de Coldstream [voy. Fonssagrives, Thérapeutique de la phthisie pulmonaire, 1866, p. 777) agit tout à fait dans le même sens. L'emploi classique du calomel dans la méningite des enfants repose

la fois sur le triple fait : de l'action antiphlogstique, de la contre-fluxion intestinale et de la résorption des formations plastiques au moment même oii elles se produisent et où elles sont encore molles et susceptibles d'être fluidifiées. Ne peut-on pas se demander enfin et sans abuser des interprétations chimiques, si la combinaison du mercure avec l'albumine de ces produits n'est pas pour eux une condition de fluidification et par suite de rentrée dans le système circulatoire?

Cette action résolutive ne s'exerce pas seulement quand le mercure est donné à l'intérieur, mais bien aussi quand il est apphqué à l'extérieur comme fondant des engorgements de la peau, des glandes, des tumeurs de diverses natures. L'expérience la plus longue a consacré l'utilité, dans ces cas, des topiques mercu» riels ; il en est un dont on fait l'usage le plus efficace à ce titre, c'est l'emplâtre de Yigo cum mercurio qui est le fondant classique de tous les engorgements extérieurs, qu'ils soient primitifs ou qu'ils dépendent d'une inflammation subaiguë ou chronique. L'action résolutive du mercure sur les pustules varioliques de façon à modérer l'inflammation, à restreindre l'engorgement et peut-être aussi à fluidifier et à faire résorber le disque albumineux qui se trouve dans chacune d'elles, est passible manifestement de la même interprétation. Je n'insiste pas; il me suffit d'avoir démontré que l'action résolutive des mercuriaux n'est qu'une conséquence de leurs propriétés antiplastiques et fluidifiantes.

C. Indications reposant sur l'action antipyrétique et antiphlogistique. Je confonds les conditions qui se rapportent à ces deux actions du mercure ; elles ont, en effet, un trait commun, celui de s'adresser à l'orgasme circulatoire, qu'il soit indépendant d'une inflammation locale ou qu'il s'y rattache à titre de symptôme.

Je serai bref en ce qui concerne l'emploi des mercuriaux contre les fièvres

64 MERCURE (iHÉRAf eutique).

essentielles. Si la mercurialisatioii adonné des succès dans la fièvre jaune, si le sulfure noir de mercure a pu être employé avec avantage dans la fièvre typhoïde, si on y a eu recours dans le typhus pétéchial, il n'y a encore dans les faits de cette nature rien qui soit susceptible de convaincre de la supériorité de ces moyens sur les autres.

11 en est autrement de l'emploi des mercuriaux comme antiphlogistiques. Ici les faits les mieux observés démontrent leur haute utilité. Quand l'inllammation siège dans un organe délicat dont il compromettrait l'intégiité et la structure, comme dans la cornée ou l'iris ; quand elle s'étend à la surface d'une séreuse qui importe grandement à la vie, l'arachnoïde, le péritoine, par exemple, on obtient du mercure des résultats que l'on ne saurait demander aux seules émissions sanguines. Les inflammations graves qui ont en même temps le caractère serpigiueux ou rampant, les phlébites, les érysipèles, les péritonites ordinaires ou puerpérales, les arthrites rhumatismales, indiquent surtout l'emploi du mercure. On en fait également usage, au moins comme topique, contre les panaris, les pbleginons.

Les Italiens ont, dans la détermination de l'action pbysiologique du mercure, invoqué la nature inflammatoire des maladies auxquelles on l'oppose pour prouver que c'est un byposthénisant et comme, pour eux comme pour les broussaisiens, le cadre des maladies de nature hypcrsthénique s'est élargi à l'infini, ils ont fait du mercure envisagé comme byposthénisant lymphatico-glandulaire un médicament ayant des applications en quelque sorte générales. C'est ainsi qu'on discrédite, en l'employant à tout propos, un médicament héroïque, mais qui, précisément par cela même, a une individualité tranchée et ne saurait remplir qu'un groupe d'indications, importantes sans doute, mais limitées. Il va de soi que nous ne saurions aborder ici une énumération aussi longue que fastidieuse. Le cadre nosologique y passerait tout entier. Qu'il nous suffise de tracer des indications générales. Que faut-il penser de l'action abortive du mercure pour conjurer une inflammation imminente? Elle est un article de foi pour beaucoup de chirurgiens qui, à la moindre menace d'une inflammation, emploient les onctions mercurielles et s'en trouvent bien. C'est ainsi, en particulier, que après l'amputation de la jambe, l'apposition de la peau sur un angle trop aigu du tibia, et le tiraillement exercé sur elle, après un commencement de réunion, par les chairs trop lourdes du moignon déterminant un commencement d'inflammation ulcérative des téguments ; on la fait avorter d'ordinaire par l'emploi des frictions mercurielles. J'ai vu ua cas dans lequel cette perforation se serait certainement produite sans l'intervention de ce moyen aidé, il est vrai, de la précaution de relever avec une attelle de carton, la partie postérieure du moignon. L'onguent mercuriel est, du reste, un des moyens usuels de la grande et de la petite chirurgie qui en tirent un excellent parti dans une foule de cas.

D. Indications reposant sur l'action parasiticide. ' La thérapeutique l'utilise très-souvent à ce titre : pour combattre la phthiriase, pour détruire les pediculi de la tète et les acarus des parties génitales ; pour combattre les dermatophytes de la teigne faveuse, et de l'herpès tonsurans ; pour tuer les oxyures vermiculaires; pour combattre le prurit de la vulve et celui de l'anus, qui ne sont vraisemblablement que des démangeaisons symptomatiques de parasites non encore mis en évidence.

Ou est allé plus loin : on a prétendu élargissant le champ des maladies parasitaires, que la fièvre typhoïde et le choléra, tenaient au développement et à la puUulatiou dans l'organisme des germes parasitaires des mucédinées et d'infu-

MERCURE (thérapeutique). <îï

soircs; et en ce qui concerne la dernièi-c de ces maladies, on assurait même que les vénériens des hôpitaux, placés sous l'action du mercure étaient réfractaires au germe cholérique ; ce que l'expérience clinique a démenti. La théorie sur la nature parasiti([ue des virus, est une conception brillante, mais aventureuse de l'esprit ; il ne faut pas la perdre de vue, mais il serait plus que prématuré d'en faire, quant à présent, le point de départ d'indications thérapeutiques, et de donner des mercuriaux partout où on suppose qu'une maladie, pourrait bien reposer sur un tait de parasitisme.

E. Indications se rappoutant au système nerveux. Les ouvrages de thérapeutique (et ils sont malheureusement communs) qui metteut à la suite les unes des autres, sans discernement ni critique, les maladies diverses qui ont été guéries par l'imprégnation mercurielle, ont passé à peu près en revue toutes les affections du système nerveux, tant central que périphérique, et ont considéré le mercure comme susceptible de leur être opposé avec succès. L'épiiepsie, l'apoplexie, le tétanos, les paralysies de nature diverse, etc. , ont été considérés tour i\ tour comme susceptibles d'être guéris par le mercure. 11 n'est pas douteux que cet agent ne soit un modificateur énergique des centres nerveux, les maladies professionnelles des ouvriers en mercure le démontrent suffisamment, mais jusqu'ici on n'a pas déterminé les maladies siégeant dans le système cérébro-spinal, et à la production desquelles le virus syphilitique n'a eu rien contribué, que le mercure peut modifier favorablement.

Article II. Médicaments mercuriels en particulier. Après avoir indiqué d'un manière générale, la façon dont l'économie est influencée, soit dans l'état physiologique, soit dans l'état morbide, par l'imprégnation mercurielle, nous avons maintenant à étudier chacune des préparations de ce métal, et à indiquer ses adaptions thérapeutiques particulières. Ainsi sera complétée l'histoire de ce groupe si important de médicaments.

Nous passerons successivement en revue : le mercure métallique et ses combinaisons oxygénées, sulfurées, iodées, bromurées et eufin ceux des sels qu'il forme avec les acides et qui sont employés en thérapeutique. Rappelons à ce propos tpie le calomel et le subUmé, ayant entre les composés mercuriels, une individualité mieux tranchée que les autres, seront l'objet d'articles distincts ; nous renvoyons donc le lecteur pour ce qui concerne ces deux médicaments aux mots Calomel, Sublimé.

A. Mercure métallique. Le mercure coulant ou vif argent {QuicksUver des Anglais) exerce sur l'économie vivante, des efiéts toxiques d'une grande énergie. Absorbé par la peau ou entré dans l'absorption par la voie respiratoire, il va manifester toute la série des effets physiologiques que nous avons décrits tout à l'heure. Il porte à la vie une atteinte profonde, et aussi bien à la vie végétale, qu'à la vie animale. Les plantes périssent sous l'influence des émanations inercurielîes comme les animaux, et ceux-ci y sont d'autant plus impressionnables qu'ils sont moins élevés dans l'échelle. L'œuf humain subit ses atteintes d'une manière marquée, et beaucoup d'avortements qui sont imputés à la syphilis doivent plus vraisemblablement être rapportés aux mercuriaux employés pour la combattre. Les travaux récents faits par M. Mergetpour démontrer, à l'aide d'un réactif d'une singulière délicatesse, la force d'expansion des vapeurs mercurielles, même à une basse température, expliquent les faits nombreux d'intoxication mercurielle, par la seule respiration des vapeurs de ce métal. 11 n'est pas douteux que sa principale voie d'introduction, ne soit la muqueuse aérienne ; mais il jjénètie égalerneiii.

06 MERCURE (thérapeutiquk).

pur les muqueuses gastro-iutcslinale et génito-urinaire, aussi bien que par la peau, et il est possible que, mis au contact de ces diverses surfaces de rapport, il ne se solubilise par action chimique et que ce soit non plus le mercure, mais un de ses composés qui en force la barrière, tandis que les vapeurs respirées entrent réellement dans l'absorption sous leur état originel.

Les divers types d'action, auxquels nous avons l'attaché les indications thérapeutiques des mercuriaux en général, peuvent servir à classer celles du mercure métallique.

Les frictions d'onguent mercuriel constituent le moyen classique, et le plus sût de tous, d'amener la salivation et de produire en même temps, une hypersécrétion des glandules mucipares de la muqueuse digestive. C'est probablement à cette dernière action qu'il faut rapporter les succès obtenus dans le traitement du croup, par l'emploi combiné des mercuriaux et du tartre stibié.

En 1844, M. Nonat a relaté trois observations de guérison du croup par cette méthode. Le diagnostic n'était pas douteux; les fausses- membranes avaient été rejetées et l'amélioration suivit d'assez près l'emploi du mercure, à l'intérieur et en frictions, pour que ce résultat dût lui être attribué. L'année suivante, M. Levrat-Perroton, de Lyon, consignait dans le Journal de médecine de cette ville, une observation du croup modilié heureusement par l'emploi simultané du calomel, des frictions mercurielles et de l'émétique. Enfin M. INicolas, de Vichy, a inséré dans le Bulletin de thérapeutique (tome XL, p. 78, 1851) deux nouvelles observations de guérison du croup par cette méthode. J'ai constaté moi-même, je l'ai dit, ces heureux résultats, chez une petite fille de 10 ans, que je voyais avec M. le docteur Le Roy de Méricourt et qui dut certainement son salut à cette médication énergique.

Elle me paraît mériter un rang honorable parmi les moyens médicaux qu'on lui oppose. L'hypersécrétion salivaire et mucipare produite par les frictions mercurielles, détache par une sorte d'hydrotomieles fausses membranes, et les secousses de l'émétique achèvent leur avulsion. Tel me paraît être du moins le mode d'action de cette médication complexe, dont j'ai déjà parlé plus haut, et qui est digne par ses résultats d'appeler l'attention sérieuse des praticiens.

Les frictions mercurielles semblent mettre le sang dans des conditions défavorables pour la production de produits plastiques. C'est en partie par ce mode d'action et aussi par une influence antiphlogistique directe, que les frictions mercurielles paraissent agir dans l'hydrocéphalie aiguë et la méningite ; peut-être aussi faut-il faire intervenir pour expliquer leur efficacité relative, les hypersécrétions diverses que provoque l'imprégnation mercurielle et qui peuvent prévenir les épanchements arachnoïdiens ou en faciliter la résorption. Le professeur Golfin de Montpellier, a cité en 1847 trois cas de traitements heureux de l'hydrocéphalie aiguë par cette méthode.

Les frictions mercurielles constituent l'un des éléments les plus usuels et les plus puissants de la médication antiphlogistique générale et locale. Elles ont sur l'inflammation des séreuses une électivité d'action que l'on utilise tous les jours dans le traitement des péritonites de cause et de nature diverses et en particulier des péritonites puerpérales ; il y a là en même temps, une action générale et une action de voisinage. On a voulu rapporter l'efficacité de ce moyen au corps gras, qui sert de véhicule au mercure, mais cette opinion ne me paraît pas soutenable.

L'action antiphlogistique locale de l'onguent mercuriel est utilisée à chaque instant eu médecine et en chirurgie, dans le traitement de l'érysipèle, du panaris,

MERCURE (thérapeutique), 67

des lymphangites, des phlébites, etc. C'est à M. Serre que Ton doit surtout d'avoir généraUsé cette médication topique [Du traitement abortifde l'inflammation par le mercure, Bulletin de thérap. tome XII, 1837, p. 140). Dans ce travail, il faisait ressortir l'efficacité des frictions mercurielles dans la phlébite, le panaris, l'orchite, la tumeur blanche, etc., et il concluait à Haction purement topique de ce moyen qui agit sur le réseau vasculaire, avec lequel il est en contact comme sur l'ensemble de la circulation, c'est-à-dire qui produit une dépression de la circulation à sang rouge et une excitation de la circulation lymphatique, d'où résultent une moindre vascularisation de l'organe enflammé et son dégorgement par la résorption active des produits qui se sont épanchés hors des vaisseaux.

Le mercure métallique jouit d'une action parasiticide très-énergique ; de là sou usage pour la destruction de certains épizoaires, tels que les poux, les acarus du pubis, etc. ; leur action destructive ne s'exerce pas seulement sur ces animaux, mais sur leurs germes qui sont frappés de mort. On ne comprend guère que quelques auteurs, Pereira en particulier, aient contesté cette action au mercure; elle ressort avec évidence de la constatation journalière des faits. Je ne dois pas à ce propos, omettre de signaler les services que rend l'onguent mercuriel pour détruire les oxyures vermiculaires et pour combattre le pruiigo de la marge de l'anus, qui se lient vraisemblablement, je l'ai dit, à la présence de parasites, dont on faiira par constater l'existence.

Le mercure métallique exerce par le fait de sa pesanteur, une action mécanique que l'on utilise depuis longtemps dans le traitement de l'iléus ou invagination intestinale. Cette pratique fort ancienne peut avoir, dans certains cas déterminés, une efficacité réelle. Pereira nie l'utilité de ce moyen en se fondant sur ce que, dans le plus grand nombre des cas, l'invagination, l'intussusception se fait de haut en bas, c'est-à-dire que la portion supérieure de l'intestin est invaginée, dans la portion inférieure, et il ne comprendrait pas alors que l'action mécanique du mercure, pût être utile. Mais ici, comme en beaucoup d'autres choses, la théorie doit abdiquer devant les faits ; et beaucoup d'observateurs ont vu les symptômes les plus évidents de l'iléus, se dissiper après l'ingestion du mercure métallique. Le docteur Franceschini a publié en 1853, dans la Gazette médicale de Toscane, treize observations de constipations opiniâtres rebelles à tous les traitements s'accompagnant ou non de symptômes diléus et d'invagination véritable, qui ont guéri par ce moyen ; il a constaté que dans tous les cas, le mercure, malgré un séjour d'une ou de deux semaines dans l'intestin, n'a jamais produit aucun accident général, et cependant les doses ont été portées dans plusieurs cas jusqu'à 3 ou 400 grammes de mercure. M. Colson, de Gand, a obtenu, en 1846, ' dans un cas de constipation tenace, accompagnée d'accidents graves, un remarquable succès à l'aide de ce moyen. Il faut donc ne pas y renoncer sur la foi de craintes que l'expérience a démontrées chimériques et se réserver cette ressource pour le cas où les autres viennent à faire défaut. Ici le mercure agit uniquement par son poids, et cela est tellement vrai qu'il peut être remplacé dans cet office, par d'autres métaux. C'est ainsi que M. Ménard (de Lunel), médecin judicieux et d'une vaste expérience, m'affirmait, il y a peu de jours, que dans le cours d'une pratique de près de 50 ans, il s'était servi souvent et avec succès, de plomb de chasse ingéré à la dose d'une demi-livre à une livre, pour combattre le volvulus. Bien qu'il n'ait jamais vu d'accidents saturnins résulter de cette pratique, je né puis m*empècher cependant de la tenir en défiance à ce point de vue. Ce fait intéressant jette un certain jour sur le mode d'action du mercure coulant dans l'iléus.

08 JiERCUUI:: {TuiinAPEurinuii).

Le mercure méLallique s'emploie soit ù l'état vif, soit éteint dans des corps gras, sous forme d'onguent mercuriel double, de pommade mercurielle simple ou de cérat mercuriel. Il est rarement usité à l'intérieur. Autrefois on se servait comme anthelminthique d'une eau mercurielle (a^î/amercî/rifl/iscocto), mais il n'est pas démontré que cette préparation ait la moindre efficacité. Les Anglais emploient beaucoup une préparation particulière, qu'ils désignent sous le nom de hydrargyrum cimi creta et qui n'est qu'un mélange de trois parties de mercure finement divisé et de cinq parties de chaux. Ils s'en servent comme laxatif, comme excitant de la sécrétion biliaire et aussi pour combattre la syphilis des enfants. L'hyârargyrum cum magnesia est une préparation entièrement semblable, dans laquelle la magnésie a remplacé la chaux. Les pilules mercurielles simples ou pilules bleues ou encore pilules de Barberousse, contiemient chacune cinq centigrammes de mercure métallique éteint dans de la conserve de rose. Les pilules de Sédillot renferment chactme dix centigrammes de pommade mercurielle associée à du savon médicinal et de la poudre de réglisse. Le mercure gommeux de Plenck est constitué par une partie de mercure, trois parties de gomme arabique et quatre parties de sirop diacode.

B. OxvDEs DE MERCURE. 1° Le pvotoxyde de mercure est peu usité en médecine, en France du moins. En Angleterre on lui accorde une certaine importance à raison de son action inolfensive sur le tube digestif; au dire de Pereira il a des propriétés à la fois altérantes et purgatives. Administré à petites doses et d'une manière continue, il produit les mêmes effets généraux, que les autres composés mercuriels ; l'instabilité de sa composition et la facilité avec laquelle il passe en partie à l'état de bioxyde, en mettant à nu une certaine quantité de mercure métallique, constitue du reste des inconvénients sérieux. C'est surtout à l'extérieur, soûs forme de fumigations et d'après la méthode d'Âbernethy, que l'on emploie le sous-oxyde de mercure. Le corps des malades est exposé dans un appareil convenable, et pendant quinze ou vingt minutes, à l'action des vapeurs de cet oxyde, projeté sur un morceau de fer chauffé. La salivation survient, paraît-il, assez promptement sous l'influence de ces fumigations. L'eau noire [aqua mercuriale nigra) ou eau phagédénique douce, prépavée par l'action de l'eau de chaux sur du calomel, doit son activité au suboxyde de mercure, qu'elle tient en suspension; on l'emploie pour modifier les ulcérations syphilitiques.

2" Le bioxyde de mercure présente un exemple remarquable de dimorphisme : préparé par la voix sèche, c'est-à-dire par l'oxydation du mercure à l'air sous l'influence de la chaleur ou par la calcination de l'azotate de bioxyde de mercure, il a une belle couleur rouge ; au contraire, préparé par voix humide comme, par exemple, en traitant l'azotate de bioxyde de mercure par une solution de potasse caustique, il a une couleur jaune, c'est l'oxyde jaune de mercure. Sous cette dernière forme il a une composition qui est identiquement la même que celle de l'oxyde rouge, mais il paraît plus divisé. M. Duquesnel frappé de ce dernier avantage qui dispense de porphyriser longuement cet oxyde, comme on est obligé de le faire pour l'oxyde rouge, a proposé de le substituer à ce dernier dans la confection des pommades ophthalmiques.

Le bioxyde de mercure est un composé mercuriel très-irritant et très-actif. Ses effets généraux se confondent avec ceux des autres mercuriaux. Quand on l'administre à l'inférieur il faut le donner à des doses de cinq à dix luilligrammeset en surveillant de près les effets. Au reste les oxydes louge et jaune de mercure sont employés à peu jjrès exclusivement ù l'extérieur, ils entrent dans la compo-

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sition d'un grand nombre de pommades dites ophthalmiques, employées pour combaltre les blépharites chroniques, les kératites et les conjonctiviles anciennes. Les plus célèbres de ces pommades, dont on abuse singulièrement dans la médecine domestique, sont : la pommade de Lyon ; celle de Desault, dans laquellel'oxyde rouge de mercure porphyrisé est associé à l'oxyde de zinc, à l'acétate de plomb, à l'alun calciné et au' sublimé corrosif; celle du Régent composée de beurre frais, d'oxyde rouge de mercure, d'acétate de plondj et de camphre ; celle de Saint- André, de Bordeaux, dans laquelle entrent l'oxyde de mercure, l'oxyde de zinc, le chlorhydrate d'ammoniaque, l'acétate de plomb et dont l'excipient est le beurre. Jeannel {Formulaire officinal et magistral international. Paris, 1870, p. 875) a fait ressortir l'avantage qu'il y aurait à remplacer dans toutes ces pommades l'oxyde rouge par l'oxyde jaune. M. Duquesnel qui, ainsi que je l'ai dit, a proposé la même substitution, indique une pommade opbthalmique composée d'un centigramme d'oxyde jaune pour chaque gramme d'axonge ou de cold-cream {Bulletin dethérap., t. 81, 1871, p, 74).

L'eau phagédénique est préparée par la réaction de l'eau de chaux sur le deutochlorure de mercure dans les proportions de 1 partie de sublimé pour 400 parties d'eau de chaux ; il se forme un précipité qui n'est autre chose que du bioxyde jaune de mercure. L'eau phagédénique, très-employéejadis pour lotionner les ulcères vénériens ou pour modifier les ulcérations de quelque nature qu'elles soient, est un peu sortie actuellement de nos habitudes. A l'époque où j'étais étudiant en médecine, l'eau phagédénique figurait dans toutes les boîtes à pansements des hôpitaux et, si je m'en rapporte à mes souvenirs, on tirait un excellent parti de ce topique dans un bon nombre de cas. 11 y aurait sans doute lieu de tenter la restauration de ce médicament. Le précipité jaune étant inso« lubie dans l'eau et ne se trouvant par suite que suspendu dans l'eau phagédénique, il convient de remuer fortement celle-ci avant de s'en servir.

L'action légèrement caustique du bioxyde de mercure a conduit à employer cette substance pour détruire les végétations : la poudre caustique de Pleuck composée de précipité rouge, d'alun calciné et de poudre de sabine est employée dans ce but. On a recours également à cette substance sous forme de pommade pour réprimer les bourgeons de certains ulcères.

C. SoiiFURES DE MERCURE. 11 existe dcux sulfures de mercure : le protosulfure ou sulfure noir et le bisulfure ou sulfure rouge ou cinabre.

1° Le sulfure noir de mercure Hg^S ou éthiops minéral est une préparation peu active. Duncan l'aurait administré, d'après Pereira, à la dose de plusieurs drachmes, et plusieurs jours de suite, sans en obtenir d'effet physiologique appréciable. Les doses auxquelles on l'administre varient de 5 centigrammes à 1 gramme.

Hufeland a donné une certaine réputation à l'éthiops minéral en l'employant daus le traitement de la scrofule des enfants ; il se louait beaucoup de l'utilité de cette pratique. Elle a été essayée en 1834 à l'hôpital des enfants par Baudelocque qui, se conformant à la formule allemande, prescrivait chaque jour de deux à dix pilules contenant chacune 10 centigrammes de sulfure noir de mercure, 10 centigrammes de poudre de ciguë et 5 centigrammes de magnésie. T. Constant qui a relaté les résultats obtenus par ce moyen ne lui a pas reconnu la même efficacité qu'Hufeland, mais il ne la considère pas cependant comme dénuée d'utilité. Une autre application importante du sulfure noir de mercure est celle qui en a été faite par M. Serre au traitement de la fièvre typhoïde. De ses observations consignées dans un travail présenléà l'Académie des sciences en 1847, il résulterait

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que l'éthiops minéral agit favorablement dans cette affection en provoquant un effet pnrgatif qui se substitue à la diarrhée spontanée, la modifie et finit par l'arrêter et aussi en modifiant ou en faisant avorter l'éruption dothiénentérique. A défaut d'une constatation directe qui est impossible, la diminution du délire, le moindre ballonnement et la disparition de la sensibilité de la fosse iliaque droite ont paru à l'auteur des preuves de cette action élective du sulfure de mercure sur la fin de l'iléon. Le traitement qu'il préconisait consistait dans l'administration de pilules d'éthiops minéral et dans l'emploi de frictions sur le ventre avec une pommade contenant cette substance. Il faudrait pour juger cette méthode autre chose que des affirmations et je ne sache pas que les observations de M. Serres aient été publiées ; l'induction qui l'a conduit à l'emploi de cette méthode et qui a eu pour double base: d'une part l'analogie de l'exanthème variolique avec l'exanthème typhoïque, de l'autre, l'utilitédes préparations mercurielles comme moyen abortif des pustules de la variole, me paraît hasardé et met mon esprit en défiance; j'ai dû toutefois signaler ces faits pour qu'ils soient, s'il y a lieu, contrôlés par des expériences nouvelles.

Becquerel a, paraît-il, repris les essais de M. Serre et se leue de l'emploi de l'éthiops minéral dans le traitement de la fièvre typhoïde. C'est, je le repète, une question de thérapeutique qu'il convient d'examiner à nouveau.

Signalons aussi les services que le sulfure noir de mercure aurait rendus à M. Lecointe dans l'épidémie de variole qui a sévi à Paris en 1853. Une dose journalière de 50 centigrammes de cette substance aurait suffi pour modérer l'éruption, simplifier l'état général et prévenir la formation de cicatrices difformes. Le sulfure noir de mercure serait un beau médicament de la variole s'il réalisait de pareils résultats.

Disons enfin que les vapeurs de sulfure noir de mercure ont été employées avec succès, semble-t-il, contre le croup. Une assertion ne suffit pas en celte matière, mais ce fait doit être rapproché de ce que j'ai dit plus haut de l'action du mercure contre la diphthérie laryngienne. Le sulfure de mercure volatilisé par la chaleur et porté directement sur le larynx aurait-il plus d'avantage que le mercure arrivant à cet organe par la voie détournée de l'absorption ? C'est à voir de plus près.

2" Le sulfure rouge de mercure, ou cinabre, HgS est une poudre d'un beau rouge, insipide, sans odeur, insoluble dans l'eau. Quand on le brûle à l'air il se dégage de l'acide sulfureux et le mercure métallique se volatilise. Les vapeurs de ce sulfure ainsi traité ont une activité qu'elles doivent complètement à la volatilisation du mercure ; le cinabre indécomposé est, en effet, peu actif et il a pu sans danger être -donné à des doses quotididiennes de 50 centigi'ammes à 1 gramme. On n'emploie guère cette substance qu'à l'extérieur, en fumigations, à des doses qui varient de 10 à 20 grammes. On détermine la vaporisation du cinabre en le projetant sur une pelle rougie au feu. On prépare aussi des cônes au cinabre pour fumigations mercurielles en mélangeant cette substance avec du charbon de bois, du benjoin, du nitre et un mucilage de gomme adragante ; chaque cône contient deux grammes de cinabre, et les malades en emploient de deux à dix par jour. La méthode des fumigations mercurielles est actuellement tombée en désuétude ; elle mériterait cependant d'être conservée pour les cas où le mercure ingéré par la bouche et mal toléré ne produit pas les effets généraux qu'on en attend.

D. Chlorures de mercure. Comme nous l'annoncions au commencement de cet article nous ne dirons rien ici du protochlornre et du deutochlorure de mer-

MERCURE (TiiiiRArEiiTiQnE). ^ 71

cure. L'histoire du premier de ces médicaments a été déjà faite à l'article Calomel {v07j. ce mot), celle du second est ajournée à l'article consacré au sublimé. {Voy. Calomel et Sublimé.)

E. loDURES DE MERCURE. Il cxiste deux iodures de mercure : l'iodure raercu- . reux Hg-I et l'iodure mercurique ou deuto-iodure Hgl; tous les deux sont d'un fréquent emploi en médecine.

1" Le Proto-iodure de mercure est un des composés hydrargyriques les plus habituellement employés dans le traitement de la syphilis. Biett et Ricord ont contribué surtout à le mettre en faveur et lui ont attribué l'avantage d'être plus facilement supporté que d'autres mercuriaux par les personnes délicates et les enfants. On lui a reconnu surtout l'avantage de convenir, par les propriétés de ses deux facteurs, à ces formes syphilitiques indécises qui participent à la fois de la nature des accidents secondaires et des accidents tertiaires. L'objection faite à ce propos par M. Gubler et tirée de la petite quantité d'iode, 4 à 8 centigrammes que prennent journellement les malades médicamentés par 20 centigrammes de proto-iodure de mercure, n'est pas recevable ; le proto-iodure de mercure n'est pas, en effet, du mercure plus de l'iode, mais du mercure et de l'iode intimement unis et modifiant réciproquement leurs efl'ets ; d'ailleurs l'expérience clinique est décisive et elle a prononcé en faveur de celte opportunité du protoiodure de mercure qui constitue un chaînon intermédiaire et une transition entre le sublimé employé au début des accidents constitutionnels et l'iodure de potassium qui intervient, avec l'efficacité qu'on lui connaît, à une période plus avancée de la cachexie syphilitique. Biett a essayé, dès 1821, à l'hôpital Saint-Louis l'emploi du proto-iodure dans le traitement des syphilides, mais il rapportait l'idée de ce traitement à Odier, de Genève, qui l'avait conçue dès 1814. Il a pu constater que le proto-iodure réussissait dans des syphilis constitutionnelles rebelles aux autres moyens, que des syphihdes tuberculeuses, des ulcérations syphilitiques de la gorge, et même des altérations du système osseux, se modifiaient efficacement sous l'influence de ce médicament (Biett, Considérations pratiques sur Vemploi du proto-iodure de mercure dans le traitement des syphilides. Bulletin de thérapeutique, t. I, 1851, p. 569). Le travail de Biett suscita un grand nombre d'essais et de recherches et les résultats obtenus n'infirmèrent pas la valeur des éloges donnés au proto-iodure de mercure par le chirurgien de l'hôpital Saint-Louis. Ricord qui s'est servi avec une sorte de prédilection de ce médicament, a beaucoup contribué à établir sa réputation; il en a poussé les doses plus loin que Biett et a pu les porter jusqu'à 50 centigrammes par jour sans déterminer aucun accident. Ce n'est pas à dire qu'on puisse aller sans inconvénient jusqu'à cette dose dans le plus grand nombre des cas. Elle excède évidemment les besoins du traitement, et une dose quotidienne de 5 à 10 centigrammes de ce composé mercuriel suffit pour le résultat curatif que l'on cherche. Le proto-iodure de mercure n'a pas seulement été employé avec succès contre des maladies de la peau et des muqueuses d'origine syphilitique. Diverses maladies chroniques de la peau, des esthiomènes ou dartres rongeantes qui ne se rattachaient pas à ce principe ont été quelquefois combattus avec succès par le proto-iodure de mercure employé à l'intérieur ou sous forme de pommade.

On a cité, en particulier, des cas de psoriasis palmaires qui ont cédé rapidement sous l'influence d'une pommade contenant un vingtième de proto-iodure de mercure.

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!2° lodîire inercurique. L'iodiire mercurique se présente sous deux aspects: rouge ou jauue. L'iodure mercurique jaune s'obtienten chauflant lavariété rouge, en le faisant fondre, en le sublimant et aussi en traitant une solution de persel de mercure par l'iodure de potassium. L'iodure mercurique jaune tend, du reste, à reprendre la coloration rouge ; il est sans usage en médecine. L'iodure mercurique ordinaire est seul employé.

L'iodure mercurique est un poison d'une extrême violence qui exerce sur les tissus avec lesquels il est en contact une action irritante et même destructive; employé à l'intérieur il produit des effets très-énergiques et se montre d'autant plus délétère qu'il est appliqué à des organismes plus inférieurs. On l'emploie dans les mêmes cas que le proto-iodure de mercure, c'est-à-dire dans les manifestations cutanées et muqueuses de la sypbilis. Il s'emploie à l'intérieur à la dose de 5 milligrammes à 1 centigramme par jour. J.-B. Barsne a découvert en 1855 la propriété qu'a le bi-iodure de mercure de se dissoudre dans l'huile de foie de morue; deux grains anglais ou 12 centigrammes de ce sel peuvent se dissoudre dans une once d'huile. C'est plus qu'il n'en faut pour l'usage médical, et, si l'on voulait recourir à cette association qui serait évidemment utile dans les syphdis rebelles qui l'eposent sur un fond de lymphatisme, il faudrait se contenter d'une dissolution contenant 5 milligramme de bi-iodure de mercure pour chaque cuillerée à bouche ou pour chaque 10 grammes d'huile de foie de morue. La pommade d'iodure mercurique est préparée d'ordinaire au cinquantième.

3° lodo-arsénite de mercure. La solution diodo-arsénite de mercure porte en Angleterre le nom de solution de Donovan. « Sa couleur, dit Pereira, est jaune avec une teinte verte, son goût est légèrement styptique. On ne doit pas la mêler avec la teinture d'opium ou avec le sel de morphine, car il se décompose et fournit un précipité abondant au contact de ces substances. » Soubeyran a modifié la formule de la liqueur de Donovan de telle façon qu'un gramme de la solution conthit exactement 1 centigramme d'iodure d'arsenic et 1 centigramme d'iodure mercurique ; la dose de 1 à 2 grammes par jour, indiquée pai' les formulaires est évidemment trop élevée; il convient de commencer par 10 gouttes seulement et d'élever progressivement les doses au fur et à mesure de la tolérance. Ce médicament complexe qui réunit à la fois l'action du mercure, celle de l'iode et celle de l'arsenic paraît réussir dans certaines formes rebelles des maladies de la peau telles que l'eczéma et le lichen chronique.

4" lodhydrargyrate de potasse. L'iodhydrargyrate de potasse ou sel de Boulay est constitué par la réaction du bi-iodure de mercure sur l'iodure de potassium. La formule de Puche est la plus usitée; elle contient 1 gramme de bi-iodure de mercure, 1 gramme d'iodure de potassium pour 625 grammes d'eau distdlée. M. Jeannel a proposé de modifier cette formule en employant 1 décigranime de chaque iodure pour 100 grammes d'eau, de telle façon que chaque gramme de soluté représenterait 1 milligramme de bi-iodure. Trousseau utilisant les propriétés parasiticides énergiques de l'iodhydrargyrate de potasse, a formulé, pour détruire les oxyures vermicuiaires un lavement vermifuge contenant 2 milligrummes de bi-iodure de mercure et 10 centigrammes de potassium.

5" lodhydrargyrate de morphine. Ce sel, découvert par M. Bouchardat, s'obtient en traitant le bi-iodure de mercure par le chlorhydrate de morphine. Il semble avoir été incomplètement étudié jusqu'ici, et ses applications ne sont pas déterminées.

G" Bichloro-iodiire de mercure. Le bichloro-iodure de mercure, appelé im-

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proprement iodure de clilorure mercureiix, ou chloro-iorliire de mercure, ou sol de Boutigny, s'emploie à l'intérieur à la dose de 2 à 8 milligrammes, et à l'extérieur sous forme de pommade au quatre-vingtième ; les pilules de Félix Rocliaid contiennent chacune 2 milligrammes et demi de ce sel. On en donne de une à trois par jour dans le traitement de la mentagre, de l'acnée rosacéa, sans préjudice du traitement topique, à l'aide d'une pommade de même nature.

F. Bromures de mercure. Le py'otobromure de mercure, Hg-Br, n'a pas, que je sache, reçu d'applications en médecine; le deutobromure de meixure a été expérimenté par Waruek, qui lai a reconnu les mêmes propriétés qu'au sublimé. Le deiitochloro-hromure de mercure, préparé par la réaction du clilorure de brome sur le calorael à la vapeur, est un sel blanc soluble dans l'eau et l'alcool, d'une saveur acre et caustique, volatil, formant avec l'eau de chaux un précipité brun marron, ce qui le distingue du deutochlorure de mercure qui forme avec ce liquide un précipité jaune orangé (Stanislas-Martin, J5////e/. dethérap., t. XLIX, p. 75). Ce sel a été essayé par Landolfi, dans le traitement de la syphilis.

G. Phosphores de mercure. Les pliosphures de mercure n'ont pas été employés en médecine. Stanislas-Martin a préparé, par la réaction de la teinture éthérée de phosphore sur le sublimé, un chloro-phosphure de mercure, jaune, insoluble dans l'eau, l'alcooi, l'éther; peu stable, se décomposant sous l'acliou des alcahs, des acides, de la chaleur, etc. Ce sel n'a pas encore pris droit de cité en thérapeutique.

IL Sulfates de mercure. 1" Le sulfate de mercure 5HgOSO% ou turbith minéral, a été jadis très-employé à l'intérieur comme anlisyphilitique à la dose de 0,01 à 0,05; il entrait aussi dans la confection des pommades usitées contre diverses maladies de la peau; il est aujourd'hui tombé en désuétude. 2" Le sulfate acide de mercure HgO SO^, préparé en faisant réagir à chaud du mercure métallique sur de l'acide sulfurique, présente, comme les sels acides de bismuth, la propriété de se décomposer en sels basiques au contact de l'eau; il se forme alors du turbith minéral de couleur jaune. Cette décomposition s'accompagne, comme toutes les autres, de développement d'électricité, et de là l'usage du sulfate acide de mercure (c'est le seul) pour faire fonctionner divers appareils électriques, en particulier l'appareil à faradisation de Rumbkorif.

I. Azotates de mercuee. 11 existe également deux azotates ou nitrates de mercure : le protoazotate de mercure, qui cristallise, et le deutoazotate, plus connu sous le nom de nitrate acide de mercure et très-employé comme caustique pour modifier les ulcérations rebelles, détruire les \égétations, réprimer les bourgeons charnus exubérants. L'emploi topique du nitrate acide de mercure est surtout usuel pour les cautérisations du col utérin; on peut même dire que jusqu'ici il était seul employé dans ces cas. M. Courty s'est efforcé de démontrer, dans ces derniers temps, que cette vogue n'était pas justifiée : « Le nitrate acide de mercure, dit-il, préparé par Récamier, employé de préiérence par Lisfranc et par plusieurs autres médecins, a été d'un usage à peu près général. Il est trèsrépandu aujourd'hui et continue à jouir dans le public médical d'une faveur qui depuis longtemps me paraît usurpée. On l'emploie dans les cas de granulations, d'ulcérations simples, superficielles, de bon aspect, pur ou étendu d'eau, selon l'indication. On trempe dans le caustique un pinceau de blaireau ou plutôt de charpie, ou une éponge très-petite, taillée en cône, et on l'applique sur la surface ulcérée. Immédiatement après, on verse de l'eau froide dans le spéculum pour empêcher que quelques gouttes de caustique ne se répandent dans le vagin. Aux

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inconvénients qui lui sont communs avec les autres caustiques liquides, celui-ci en ajoute un qui suffirait pour le faire rejeter; il provoque chez quelques femmes une salivation incommode et rebelle. Ce fait, d'abord contesté par quelques auteurs, ne peut plus faire l'objet d'un doute. Chomel l'a signalé. Depuis, plusieurs gynécologues, au nombre desquels je citerai Aran, ont fait la même observation et même ont étudié le mode de manifestation de cet accident. Ainsi M. Hardy l'a observé sur une douzaine de malades ; le ptyalisnie survient surtout à la suite de la première cautérisation et diminue après les autres à mesure que les progrès de la cicatrisation permettent à l'économie de se soustraire à l'absorption de ce médicament. Il peut se déclarer le soir même du jour où a lieu la cautérisation, quelquefois trois ou quatre heures après. Dans la majorité des cas, les accidents sont très-légers et se bornent à une saveur métallique, à quelques douleurs dans les glandes salivaires ou dans les mâchoires, à un ptyalisme peu abondant; mais il peut survenir des symptômes plus graves : le ramollissement des gencives, des aphthes, des ulcérations, etc; en un mot, tout le cortège des symptômes delà maladie dite stomatite mercurielle. J'ai observé aussi cet accident, dès le début de ma pratique médicale, chez des malades qui n'usaient et n'avaient jamais usé d'aucune préparation mercurielle, et les inconvénients sérieux, sinon dangereux, qui en résultent, m'ont fait renoncer depuis lors à l'emploi de ce caustique. Je tiens de plusieurs médecins, dont la cHentèle est nombreuse, qu'ils ont eu à se plaindre du nitrate acide de mercure pour le même motif, et comme je ne connais à ce médicament aucun avantage qui puisse compenser un inconvénient aussi capital, je ne saurais trop insister pour le faire rayer de la liste des caustiques » (A. Courty, Traité pratique des maladies de l'utérus et de ses annexes, Paris, 1866, p. 249).

J'ai tenu à reproduire ce passage, d'abord parce qu'il émane d'un chirurgien très-autorisé, et aussi parce qu'il est en désaccord avec une pratique fort répandue. M. Courty préfère au nitrate acide de mercure les acides minéraux concentrés ou étendus, la créosote, le perchlorure de fer à 50", le nitrate d'argent en solution saturée, etc.

Le nitrate acide de mercure, employé sous forme d'une pommade délivrée par le pharmacien sans prescription médicale, a déterminé, il y a quelques années, un empoisonnement mortel chez une jeune fille de 22 ans, qui s'était servie de ce topique pour combattre la gale. La pommade s'était séparée en deux parties, l'une solide, l'autre liquide, constituée à peu près exclusivement par du nitrate acide de mercure; une mercurialisation profonde fut le résultat de cette pratique, et la mort survint le quatrième jour [Gaz. des hôpitaux, 1867).

Le nitrate acide de mercure est un médicament topique ; toutefois, on l'a administré quelquefois à l'intérieur, convenablement étendu et aux mêmes doses que le sublimé (Trousseau).*

J. Sels mercuriels a acides végétaux. 1° L'acétate de mercure, qui s'obtient par la réaction du protoazotate de mercure sur l'acétate de soude au contact de l'eau, sert à la préparation des dragées de Kayser, où il est associé à de la manne en larmes. Chaque pilule contient 1 centigramme de sel mercuriel; on en donnait jadis deux ou quatre jours ; on ne l'emploie plus maintenant. 2° Le nitrotannate de mercure a été préconisé par Venot, de Bordeaux, pour le pansement des ulcères syphilitiques anciens, sous forme d'une pommade composée d'axonge, 50 grammes; tannin, 5 grammes; nitrate acide de mercure, 12 gouttes. Celte formule, peu correcte assurément, aurait donné de bons résultats à ce praticien.

ÎIJEUCURE (micmographie). 75

5" Enfin, on a aussi employé Je protoUirtrate dépotasse et de mercure, et le tarfrale de mercure, comme antisyphilitiques, mais ces préparations sont aujourd'hui iuusitées et ne paraissent avoir sur les autres préparations classiques aucun avantage réel.

On voit, en résumé, qu'il y a dans le mercure employé sous ses diverses formes, en substance ou combiné avec d'autres principes, non pas seulement un médicament, mais un instrument de médications diverses : un purgatif, un antipblogistique, un altérant, un antidiathésique, un stimulant de l'absorption lymphatique et des sécrétions salivaire et mucipare, un moyen énergique de substitution locale, de modification et de destruction des tissus. Qu'on essaye donc après cela d'englober, pour le plus grand honneur (ou plutôt pour le plus grand mécompte) d'une classification, toutes ces choses si diverses sous une étiquette commune ! Il y a certainement plus de différence entre certains mercuriaux, au point de vue de leur action physiologique et de leurs applications, qu'entre certains mercuriaux et certains iodiques. Renonçons à ces généralisations qui sont la négation même de l'esprit clinique ; dénouons le faisceau, ne voyons entre des médicaments tirés de la même substance qu'une simple ressemblance de famille, et rapportons- Jes à l'indication ou aux indications qu'ils remplissent. C'est ce que nous venons de faire pc«r le mercure ; c'est ce que nous ferons pour les autres médicaments dont nous aurons'à écrire l'histoire dans ce Dictionnaire. Fonssagrives.

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8 IV. Toxicologie. Aucuiie préparation mercurielle n'offre autant d'intérêt au point de vue toxicologique et médico-légal que le sublimé corrosif : aucune en effet n'a causé autant d'empoisonnements, aucune n'a été l'objet d'observations et d'expériences aussi nombreuses ; quelques-uns des composés mercuriels n'exercent leur action délétère sur l'économie animale que par suite de leur transformation en bichlorure. Ces considérations nous déterminent à commencer par consacrer au sublimé corrosif une étude minutieuse, après laquelle il sui'fira de faire ressortir en peu de mots les traits particuliers de l'histoire toxicologique des autres préparations mercurielles.

Sublimé cokrosif. Action toxique. Tous les auteurs sont d'accord sur ce fait que le sublimé corrosif est un poison très-actif : les divergences apparaissent dès qu'il s'agit de fixer quelle est la plus petite dose capable de produire l'empoisonnement. Pour le sublimé comme pour tous les poisons, mille conditions modifient les effets résultant de son application ou de son ingestion ; aussi n'y a-t-il pas lieu de s'étonner si, à côté d'observations montrant que 15 centigrammes peuvent déterminer la mort {Journal de chimie médicale, 1834), on trouve des cas de guérison après l'ingestion de 12 grammes {Guys Hospital Reports, 1850), et même de 20 ou 26 grammes de sublimé corrosif; nous devons toujours admettre qu'il est toxique à la dose de 15 centigrammes, et même à des doses inférieures.

Absorption. Élimination. Le mécanisme intime des troubles fonctionnels produits par les composés mercuriels a été étudié, à propos de l'action physiologique, dans l'article consacré à la thérapeutique. Ici il suffira de rappeler que ces composés sont absorbés et portés dans tous les organes. Aujourd'hui le fait est si bien admis, qu'il serait oiseux de chercher à en fournir des preuves. Mais l'étude de l'élimination offre, surtout pour les applications médico-légales, des données importantes qui méritent une mention détaillée. Dans un travail spécial {De Vélimination des poisons, 1852) je me suis attaché à l'examen de l'élimination du sublimé corrosif : de toutes mes expériences j'ai tiré les conclusions suivantes : 1° un animal, dont les organes contiennent un composé mercuriel, peut jouir d'une santé parfaite ; '2° le mercure, après avoir été absorbé, est éliminé de l'économie animale ; 5° il n'est pas possible de préciser pendant combien de temps le mercure séjourne dans les organes, tout porte à croire cependant qu'il en est complètement expulsé au bout d'un mois ; 4° on trouve du mercure dans l'urine cinq ou six jours après que l'ingestion du sublimé corrosif a cessé; 5° la salive recueillie pendant les premiers jours, qui suivent la suspension du traitement, et analysée en une seulç opération, a fourni du mercure. Elle n'en renierme pas le cinquième jour; 6° les reins sont principalement les organes éliminateurs du mercure ; 7<* on trouve toujours des composés mercuriels dans le foie, quand on en découvre dans d'autres organes; le mercure paraît donc abandonner le foie en dernier lieu ; 8° la dose de mercure ingérée influerait sur l'élimination à en juger par ce fait, que j'ai trouvé ce métal dans les organes d'un animal qui avait pris 69 centigrammes de sublimé et qui a été tué dix-huit jours après la dernière dose, tandis que des animaux ayant pris 50 et 38 centigrammes, tués également dix-huit jours après la dernière ingestion, n'ont pas fourni de mercure à l'analyse. Quelques auteurs, Colson en particulier, ont admis que le

SIERCUUE (toxicologie). 79

mercure séjourne indéfiniment ou au moins plusieurs années dans les organes des malades soumis à un traitement mercuriel. Le nombre restreint de mes expériences m'impose une grande réserve, il est vrai ; toutefois, les arguments fournis par Colson à l'appui de son opinion n'infirment nullement, il me semble, les résultats de mes recherches. Le retour de troubles fonctionnels semblables à ceux que produisent les préparations mercurielles, des analyses exécutées par des procédés que tous les auteurs ont déclaré défectueux, ne suffisent pas pour nous arrêter au moment de conclure par analogie que l'élimination doit s'opérer au > bout d'un certain temps aussi bien chez l'homme que chez les animaux. En tout . cas, au point de vue médico-légal nous pourrions admettre que, deux mois après la dernière ingestion du subUnié, le mercure ne serait pas plus retrouvé dans les organes de l'homme que dans ceux des animaux, par les procédés employés dans nos expériences.

Symptômes. Les désordres fonctionnels produits par l'action du sublimé corrosif, peuvent être rapportés à trois formes diflerentes, que nous désignerons, d'après M. Tardieu, sous les noms de forme suraiguë, aiguë et lente. Les symptômes qui se manifestent après l'ingestion de doses élevées de sublimé corrosif, sont les suivantes : saveur métallique insupportable ; constriclion très-douloureuse et chaleur brûlante à la gorge ; l'inflammation peut aller jusqu'à la gangrène ; une jeune femme succomba par suite de la gangrène du pharynx, six jours après avoir mis dans sa bouche 8 grammes de sublimé solide, qu'elle n'eut pas le courage d'avaler ; nausées, vomissements de matières filantes mêlées de stries de sang, quelquefois vomissements de sang, diarrhée et dysenterie ; les évacuations sont plus fréquentes en général que dans les autres empoisonnements par les substances métalliques. A ces premiers troubles viennent bientôt s'ajouter un grand abattement, le ralentissement et l'affaiblissement des battements du cœur ; le refroidissement de la peau ; le pouls devient petit, serré, fréquent ; la respiration est ralentie ; bientôt surviennent des syncopes ; l'abattement devient plus grand, la peau se couvre d'une sueur très-froide et la mort met fin à ces horribles souffrances au bout de vingt-quatre à trente-six heures. En général, les urines sont rares et souvent même nulles ; quelquefois cependant, moyennant d'abondantes boissons aqueuses, les malades urinent.

Telle est la forme suraiguë àe l'empoisonnement par le sublimé corrosif; mais souvent les désordres fonctionnels présentent un caractère moins violent, tout en se succédant à peu près dans le même ordre ou bien même ils se modifient. Ainsi le sentiment de ûrùlure et la constriction de la gorge se transforment en une douleur et un picotement qui provoquent de la toux suivie de l'expectoration de mucosités sanguinolentes. Puis apparaissent les coliques, le ténesme et des évacuations alvines très-fréquentes, muqueuses ou sanguinolentes. Dans cette forme de l'empoisonnement les gencives sont rouges, tuméfiées, la saUvation est très-abondante et l'haleine horriblement fétide. A travers quelques rémissions les symptômes persistent avec hématurie ou albuminurie, et les malades succombent du dixième au quinzième jour dans une sorte de cachexie aiguë, caractérisée par des palpitations et du hoquet. Voilà la forme aiguë.

L'usage longtemps continué de préparations mercurielles ou l'exposition constante, telle que certaines professions l'exigent, aux émanations mercurielles produit une troisième forme d'empoisonnement. Le premier signe de l'action toxique est le gonflement des gencives, accompagné bientôt d'une salivation abondante et fétide et d'un goût métallique fort désagréable; à la longue, il y a

80 MEUCURK (toxicologie).

quelquefois nécrose dos maxillaiies. Biciilùt sui'viciiiicut riiiappélGUCO, les coliques, le téiiesme, l'accélération et la dépression du pouls, la chaleur à la peau, qui devient pâle, la bouffissure de la face, le tremblement et les paralysies des membres; puis une fièvre continue, le marasme et la mort. Les signes de l'anémie et de l'altération du sang, hémorrhagies, œdème, essoufflement, palpitations, syncopes ont été signalés dans toutes les observations de ces empoisonnements lents, M. Germain Sée attribue ces phénomènes à la combinaison du mercure avec »l'albumine du plasma et avec la protéine des globules.

Lorsque le sublimé corrosif a été appliqué à l'extérieur, les premiers elfets sont purement locaux : il y a enflure, rougeur et douleurs des parties touchées par le poison; puis au bout de quelques heures se déclarent les symptômes généraux de la forme suraiguë, salivation, nausées, vomissements, évacuations, syncopes, oppression, prostration; refroidissement de la peau, sueur, etc.

Pronostic. La moit n'est pas la conséquence fatale de l'empoisonnement par le sublimé corrosif; dans quelques cas même, moyeimant un traitement employé dès le début, les accidents observés ont été bénins et se sont dissipés très-rapidement. Mais, en général, surtout lorsqu'une médication appropriée n'est pas promptement opposée au mal, l'action du sublimé corrosif jirovoque les accidents les plus graves, qui se terminent par la mort.

Diagnostic. Si, dans les cas d'empoisonnement, le médecin n'avait pas pour reconnaître la cause du mal qu'il est appelé à combattre, les renseignements fournis par le malade ou par les personnes qui l'entourent, en même temps que les signes fournis par les symptômes, il serait souvent dans l'impossibilité d'établir un diagnostic précis : l'action du sublimé corrosif, nous devons le dire, est cependant mieux caractérisée que celle de beaucoup d'autres poisons ; car elle se révèle par des désordres à peu près constants : la saveur particulière, la constriction de la gorge, les vomissements, les déjections alvines sanguinolentes, la suppression des urines , l'affaibHssement des contraclions du cœur, voilà les éléments de diagnostic qui, dans la forme aiguë, suffiront pour instituer une thérapeutique convenable. Dans la forme lente, le tremblement, les paralysies partielles, les altérations de la bouche et de la gorge, la nécrose des maxillaires, la fétidité de l'haleine, les douleurs ostéocopes sont des signes diagnostiques qui permettront presque toujours d'éviter toute erreur.

Traitemeîst. Des contre-poisons en grand nombre ont été proposés; nous ne mentionnerons ici que ceux dont l'efficacité est bien établie : le blanc et le jaune d'œuf délayés dans une petite quantité d'eau, les eaux minérales sulfureuses, le fer réduit, la farine délayée dans l'eau. Voilà des substances qui méritent le nom de contre-poisons, parce que, sans être vénéneuses elles-mêmes, elles réagissent sur le sublimé corrosif de manière à produire des composés inertes ou très-peu actifs, qu'il est facile de faire évacuer, avant qu'ils ne produisent des troubles sérieux. A défaut de ces substances ou en attendant qu'on se les procure, il faut, dans l'empoisonnement par le sublimé comme dans tous les empoisonnements, tâcher de provoquer les vomissements tant qu'il est permis de croire qu'il existe du poison dans l'estomac. L'eau tiède en grande abondance agira comme vomitif et produira une dilution avantageuse ; elle a été administrée avec succès par Cullerier. C'est parce qu'elle provoque le vomissement, tout en doimant naissance à des composés moins actifs ou tout à fait inertes, que l'eau contenant des blancs ou des jaunes d'œuf est un médicament précieux dans tous les empoisonnements. Thénard ayant avalé par méprise, pendant qu'il faisait une

MERCURE (toxicologie), 81

leçon, une solution de sublimé corrosif, a fait de suite usage d'eau albumiueuse, et il a échappé ainsi à tout accident grave. Dès le lendemain il était complètement guéri.

11 est rare que les contre-poisons et les vomitifs empêchent l'absorption d'une certaine quantité de poison : le médecin devra, aussitôt que l'estomac du malade lui paraîtra débarrassé, avoir recours aux purgatifs, afin d'achever l'expulsion du poison non absorbé, et aux diurétiques pour faciliter rélimination des portions qui ont passé dans la circulation. 11 combattra d'ailleurs les symptômes au fur et à mesure qu'ils surviendront. Lorsque le poison aura été appliqué à l'extérieur, les contre-poisons et les vomitifs seront remplacés par des lavages minutieux des points qui ont été en contact avec le sublimé corrosif; puis, tout en combattant les troubles fonctionnels, il y aura lieu d'employer les diurétiques : celui qu'Orfila avait adopté après une série d'expériences nombreuses et variées est ainsi composé : eau, 4 litres ; vin blanc, demi-litre ; eau de seltz, \ litre ; azotate de potasse, 12 à lo grammes. AUn de provoquer ou de hâter l'élimination du mercure absorbé, M. Melsens a émis l'idée d'administrer l'iodure de potassium ; il a déclaré cependant lui-même que l'emploi de l'iodure présente de graves dangers. Théoriquement l'idée est intéressante ; et il est possible que, moyennant des recherches nouvelles, elle devienne utile pour le traitement de l'intoxication mercurielle; elle mérite d'être reprise et étudiée à nouveau.

Lésioas anatomiqdes. Le sublimé corrosif détermine des lésions inllammatoires dans la plupart des organes ; ainsi on les découvre sur la luette, le voile du palais, le pharynx et surtout dans l'estomac, dont la muqueuse est rouge brique, ramollie et quelquefois gangrenée en certains poinis. Les perforations sont très-rares, Taylor en cite pourtant un cas. La muqueuse intestinale est aussi le siège de lésions dues à l'inllammaiion ; sur presque toute la longueur de l'intestin on a trouvé des ecchymoses et des suff usions sanguines ; cependant, en général, les intestins sont peu altérés; dans les mésentères il y a des ecchymoses noiràh'es.

La trachée et les bronches, même dans leurs dernières ramilications sont souvent injectées et enflammées. Le cœur présente souvent dans ses cavités des lâches rouges, et des points ecchymotiques sous le péricarde. Les reins sont darjs un état granuleux, graisseux, qui s'observe dans les empoisonnements par l'arsenic et par le phosphore. Ces lésions ont été constatées à la suite d'empoisonnements par appHcation à l'extérieur aussi bien que par ingestion. Dans les cas d'empoisonnement lent les lésions des reins consistent dans une inflammation granuleuse et une dégénérescence analogue à celle qui caractérise la maladie de Bright

Recherches chimiques. Il n'est pas utile de répéter ici les caractères du sublimé corrosif, indiqués à l'article Chimie (voy. Deutochlorure de mercure) ; je rappellera' seulement, que mis siu' les charbons ardents, le biclilorure de mercure se sublime, en répandant une fumée épaisse, d'iuie odeur piquante, qui ternit par son contact une lame de cuivre décapée : la portion ternie acquiert par le frottement la couleur blanche du mercure; si l'enduit blanc, brillant, obtenu ainsi par le frottement est soumis à l'action de la chaleur, il disparait, et la lame de cuivre reprend sa piopre couleur. Chauffé dans un tube de verre, fermé à une extrémité, un mélange de subUmé coi rosif et de potasse pure, founùt du mercure, qui se condense en globules adhérents au verre sur les parties non chauffées.

Comme les recherches opérées sur des mélanges organiques, sur des liquides

; ICI. EMC. 2^ s. VIL (j

S2 MERCURE (toxicologie).

de l'économie animale, ou sur des organes aboutissent toujours à la constatation de l'existence du mercure (en général à l'état de bichlorure) dans une solution aqueuse , il importe de bien établir d'abord les caractères qui permettent de reconnaître l'existence du sublimé ou de toute autre combinaison mercui'ielled ans une solution. Je ne mentionnerai que les plus nets et les mieux appropriés aux expertises médico-légales. Les sulfures alcalins produisent, dans une dissolution de sublimé corrosif, un précipité noir ; l'acide sulfhydrique, versé par petites portions, produit un précipité jaune, qui devient de plus en plus foncé à mesure qu'on ajoute de l'acide sulfhydrique et finit par devenir noir ; le précipité noir (sulfure de mercure) obtenu parles sulfures ou par l'acide sulfhydrique, desséché et chauffé dans un petit tube, soit avec du carbonate de soude en poudre, soit avec de la limaille de fer, donne du mercure qui se volatilise en globules adhérents aux parois du tube; le sulfure de mercure, traité par l'eau régale à chatid, se décompose en formant du bichlorure, qui se dissout; dans cette solution, il est facile de constater les caractères des solutions de bichlorure. La réaction la plus sensible de ces solutions consiste dans la précipitation du mercure, soit sur une lame de cuivre, soit sur une pile de Smithson, soit sur un des électrodes d'un couple de Bunsen ou de Daniel. Il suffit d'aciduler légèrement la liqueur suspecte et d'y plonger soit une lamede cuivre bien décapée, soit une pile de Smithson (feuille d'or roulée en forme de spirale autour d'une lame épaisse d'étain de manière que l'étain ne soit pas totalement recouvert), soit les électrodes, faits avec des lames d'or d'un couple de Bunsen, pour que le sublimé se trouve décomposé et que le mercure se dépose soit sur la lame de cuivre, soit sur les feuilles d'or. Reste après cela à caractériser le dépôt, formé déjà sur la lame de cuivre : il a été dit que le dépôt devient blanc et brillant par le frottement avec du papier, et qu'il disparait par la chaleur. M. Roussin a indiqué des moyens fort ingénieux pour reconnaître si le dépôt formé sur les feuilles d'or est du mercure ; voici la description des manipulations telle qu'il l'a publiée : « lorsqu'on retire des liqueurs la lame d'or blanchie, il faut immédiatement la laver dans l'acide cblorhydrique étendu, puis à l'eau pure et la dessécher complètement à une température de 50 ou 40 degrés. On l'introduit alors dans un petit tube très-étroit, assez long et fermé par un bout ; le tube doit être parfaitement sec. A l'aide d'une baguette de verre ou d'un gros fil de platine on tasse et l'on pousse dans le fond du tube la lame d'or, qu'on oblige à n'occuper qu'un très-petit volume. L'extrémité fermée du tube est alors chauffée avec précaution et progressivement portée jusqu'au rouge sombre. Le tube étant complètement refroidi on l'examine attentivement dans toute sa longueur à l'œil nu et à la loupe; si la proportion de mercure volatilisé est assez considérable, le métal apparaît immédiatement

sous forme de nombreuses gouttelettes et dessinant un anneau brillant Mais

il arrive quelquefois que la proportion de mercure est tellement petite, qu'on n'observe guère à l'œil nu comme à la loupe qu'une poussière blanc grisâtre sans aspect métaUique bien marqué. ».... Dans ces cas on a recours à l'artifice suivant. A l'aide d'un petit tube effilé ou d'un gros fil de platine, on pousse un cristal d'iode dans le voisinage du dépôt blanchâtre, contenu dans le tube; et maintenant le tube horizontal et fermé à chaque bout par une boule de cire molle, on le place dans un lieu dont la température soit voisine de 30 ou 40 degrés. Si le dépôt formé dans le tube est constitué par du mercure très-divisé, au bout de douze heures, au plus tard, il aura changé de teinte et aura pris une couleur rouge vif, due à la formation du bi-iodure de mercure. Après avoir enlevé du tube le cristal

MERCURE (toxicologie). 85

d'iode, on chauffe doucement et progressivement au-dessus d'une lampe à espritde-vm la portion devenue rouge. Si l'on a affaire à du bi-iodure de mercure, la couleur rouge virera au jaune et cette dernière persistera tant que le tube sera chaud; puis il est possible de dissoudre l'iodure de mercure dans deux gouttes d'une solution au dixième d'iodure de potassium et d'obtenir avec cette dissolution le blanchiment d'une lame de cuivre et la précipitation par l'hydrogène sulfuré. M. Roussin a songé aussi à éviter que la lame d'or de la pile de Smilhson soit blanchie par une petite portion d'étain (ce qui arrive quand les liqueurs sont trop acides). 11 a remplacé la lame d'étain par une grosse aiguille de fer bien brillante ; d'ailleurs pour forcer tout le liquide à passer successivement au contact des métaux (fer et or), il introduit sa pile dans la douille d'un entonnoir eflilé à son extrémité, dans lequel il verse le liquide suspect. Orfila a vérifié que, soit au moven delà lame de cui\Te, soit au moyen de la pile de Smithson, il est possible de préci[)iter le mercure dans des solutions contenant une partie de sufdinié corrosif par 80,000 parties d'eau.

Les réactions obtenues au moyen de l'iode, peuvent être utilisées dans les expertises, quand il est impossible de montrer le mercure lui-même ; mais pour peu que la quantité de mercure le permette, il faut chercher à le rendre visible ; pour cela, M. Coussin a encore employé un njoyen, qui mérite d'être recommandé, lia pris un tube capillau'e, couvert d'émail blanc, sur la moitié de sa surface, et semblable à ceux dont on fait usage pour la construction des thermomètres. » Après avoir soufflé à la lampe deux petits renflements distants l'un de l'autre de 10 centimètres environ, on façoime l'un d'eux en petit- entonnoir et l'on y introduit le petit globule mercuriel. En chauffant modérément l'autre boule fermée et et refroidissant ensuite on détermine l'entrée du mercure dans le trou capillaire, où il occupe ainsi une étendue appréciable, souvent longue de plusieurs centimètres. Le petit entoimoir est ensuite fermé à la lampe, on possède ainsi une colonne de mercure, qu'on peut faire voyager dans toute la longueur du tube, suivant qu'on échauffe ou qu'on refroidit telle ou telle boule des extrémités. »

Quand il s'agit de constater la présence du subhmé corrosif dans des matières organiques, les réactions qui viennent d'être indiquées, peuvent ne pas se produire ; elles peuvent être masquées ou empêchées par la présence des matières organiques. Plusieurs procédés ont été indiqués pour débarrasser les recherches de celte cause d'erreur. Nos expériences de 1851 nous ont montré que le meilleur consiste à soumettre les matières suspectes à un courant de chlore, suffisamment prolongé, jeter sur un filtre, et rapprocher le liquide dans un appareil à distillation ; le chlore, ainsi employé, détruit très-bien les substances organiques pourvu qu'elles ne soient ni grasses, ni pourries. Toutefois, sauf pour des liquides peu chargés de matières organiques (vin, urine, etc.), le procédé précédent offre l'inconvénient d'être fort long, et trop pénible. La carbonisation par l'acide sulfurique est plus rapide et plus commode; voici le détail des opérations. Dessécher les matières suspectes au bain-raarie, les introduire ensuite dans une cornue tubulée avec un sixième environ de leur poids d'acide sulfurique pur et concentré, adapter à la cornue une allonge avec un récipient, et chauffer jusqu'à transforma tion de la masse en un charbon sec et friable. Après refroidissement extraire le charbon de la cornue, le pulvériser, le traiter par l'eau régale, mêler la liqueur ainsi obtenue à la matière qui a passé dans le récipient, ajouter de l'eau réi^ale et chauffer au bain-marie jusqu'à dessiccation. Le produit ainsi obtenu est repris par l'eau distillée, et la solution est essayée, ou par la lame de cuivre ou par la

84 MERCURE (toxicologie).

pile de Smithsoii modifiée par M. Roussiii. Si cette épreuve ne donne pas de mercure, il faut traiter la solution par l'acide sulfliydrique, et le précipité ainsi obtenu est lavé, desséché, puis repris par l'eau régale, et enfin par l'eau distillée; dans cette dernière solution, l'essai par les moyens précédemment décrits est tout à fait décisif.

Applicatioks médico-légales. Quoique les troubles fonctionnels et les lésions anatomiques, résultant de l'action de doses élevées de sublimé corrosif présentent des caractères assez tranchés pour que l'expert puisse, dans la plupart des cas, se former une conviction, la concordance des présomptions fondées sur la nature et la marche des symptômes ainsi que sur les données de l'autopsie avec les résultats des recherches chimiques, est nécessaire pour autoriser et justifier des conclusions nettement affirmatives. La constatation de l'existence du mercure dans. les organes est d'ailleurs bien loin de prouver que la maladie ou la mort doive être attribuée à l'action du sublimé corrosif ou d'une autre préparation raercurielle. Le mercure peut, en effet, provenir d'une médication ou de l'exercice de certaines professions. L'expert ne pourra résoudre ou élucider le problème que par les notions sur l'élimination et par une analyse attentive de l'apparition et de la marche de la maladie ; il n'oubliera pas que le terme assigné plus haut à l'élimination n'a été indiqué que d'après un petit nombre d'expériences et avec les reserves les plus formelles. Toutes ces considérations, ainsi que celles qui se rapportent -aux (juestions de la quantité ingérée et du moment de l'ingestion, se trouvent développées à l'article Arsenic {voy. tome YI, p. 'HM à 245) et, sauf pour les détails relatifs aux terrains des cimetières, sont applicables à l'empoisonnement par le sublimé corrosif.

Quel que soit le composé raercuriel que l'on suppose avoir été ingéré ou mêlé aux substances organiques, les procédés de destruction des matières organiques sont également applicables et conduisent à la constatation du mercure. Il serait donc inutile de répéter, à propos de chacune des préparations mei'curielles, ce qui a été dit au sujet des recherches chimiques du sublimé corrosif. Si l'expert avait à reconnaître ces préparations, soit à l'état solide, soit à l'état de solution, sans que des matières organiques pussent troubler ou masquer leurs caractères, il vérifierait si les substances soumises à son examen, présentent les propriétés indiquées à l'article Chimie.

Pour compléter l'étude toxicologique du mercure et de ses composés, il nous reste à indiquer successivement les particularités qui méritent une mention spéciale.

Mercure métallique. Doit-il être considéré comme poison? Les vapeurs de mercure exercent une action délétère, qui s'observe tous les jours chez les ouvi'iers obligés de vivre dans les atmosphères chargées de ces vapeurs ; ptyalisme, paralysie incomplète des membres, tremblement particulier, sensible surtout au moment d'exécuter des mouvements ; voilà les symptômes habituels de ces empoisonnements. Les frictions avec l'onguent mercuriel sont très-souvent suivies de salivation abondante, qui en fait suspendre l'emploi avant que d'autres accidents ne se produisent. Le mercure en vapeur ou à l'état d'extrême division, est donc toxique. Il a bien été ingéré à doses fort élevées sans provoquer aucun trouble sérieux; mais, sauf dans quelques cas, il a donné lieu à de véritables empoisonnements, après avoir séjourné longtemps dans le tube digestif : évidemment il s'était formé, dans ces circonstances, des composés (sans doute du bichlorure) solubles, qui avaient été absorbés.

pROTOcuLORURE DE MERcuBE. Calomel. Ce sel est administré tous les jours

MERCURE (hygiène professionnelle). 85

comme purgatif, à des doses variant de 30 centigrammes à I gramme, k la dose de 75 centigrammes, il a pourtant donné lieu à des empoisonnements suivis de mort; Hoffmann en cite deux cas. Capelle, Proust et Pettenkoffer, avaient déjà soupçonné l'explication de ces anomalies : lorsque frappé de la rapidité, avec laquelle un enfant avait succombé (Obs. des Vogel) après avoir pris du calomel mêlé avec du sucre et avec du chlorhydrate d'ammoniaque, M. Mialhe reprit la question et établit que le calomel sous l'influence des chlorures alcalins donne toujours une quantité plus ou moins grande de subhmé corrosif. 11 constata ensuite que toutes les préparations mercurielles solubles ou insolubles fournissent, comme le calomel, au contact des chlorures alcalins, une certaine quantité de sublimé corrosif : après les recherches de M. Mialhe rien de plus facile que de comprendre l'action délétère des composés mercuriels insolubles ; car il y a toujours dans l'économie des chlorures alcalins.

CïANURE DE MERCURE. Le cyanurc de mercure est un poison violent qui produit en même temps que les symptômes ordinaires, résultant de l'action des raercuriaux, des convulsions générales et un trouble très-grand des fonctions circulatoire et respiratoire. Quoique l'albumine ne forme pas avec les cyanures de mercure une combinaison insoluble, il est toujours bon d'administrer, dès les premiers moments, de l'eau albumineuse comme vomitif. M. Mialhe a proposé un mélange de sujfure de fer et de magnésie, pour neutraliser le cyanure de mercure ; nous ne connaissons ni une expérience, ni une observation établissant l'efficacité de ce mélange.

Azotates de mercure. Us sont tous vénéneux; aussi, les cautérisations faites au moyen de ces composées doivent-elles être suivies de lotions. L'exemple le plus remarquable de l'action des azotates de mercure est l'intoxication qui se produisit à la suite de frictions exécutées avec le nitrate-acide de mercure : l'observation a été publiée par M. le docteur Vidal {Gazette des hôpitaux, 1864). Cette observation montre que les lésions, dans l'empoisonnement externe, peuvent être exactement les mêmes, que quand la substance a été introduite dans l'estomac.

Orfila.

§ V. Hydrargyrisme. Foî/. Mercurielles (maladies).

§ VI. Hygiène professionnelle. L'action si énergique du mercure doit nécessairement se faire sentir soit sur les ouvriers qui extraient ce métal des minerais qui le renferment, soit sur ceux qui l'emploient dans les différentes industries auxquelles il s'applique.

L ExTRACTWN DU MERCURE. Il scra traité à part des maladies et de l'hygiène des ouvriers qui vont arracher aux profoi^deurs de la terre les minerais hydrargyriques {voy. Mines); ceux qui obtiennent le métal par distillation des composés, le plus ordinairement des sulfures (cinabre), qui le contiennent, sont sujets à des accidents beaucoup plus graves en raison des émanations abondantes auxquelles ils sont exposés.

Quelques mots sur ce genre d'exploitation sont ici nécessaires. Comme le mercure bout et se vaporise à + 550°, son extraction ne présente pas de grandes difficultés. On peut l'obtenir de deux manières différentes. 1° En mêlant le minerai, après l'avoir broyé, avec le quart de son poids de chaux éteinte; on chauffe dans une cornue de fonte terminée par un tuyau allongé, un canon de fusil par exemple, qui aboutit à un récipient en terre, rempli d'eau jusqu'aux deux tiers. La cornue étant soumise h l'action de la chaleur sur un fourneau, la chaux dé-

8c MERGUUE (hygiène professionnelle).

compose le sulfure de mercure, et il se forme du sulfure de calcium et du sulfate de chaux (jui restent dans la cornue, tandis que le mercure se volatilise et va se refroidir dans le récipient, où il retombe à l'état liquide. C'est là un procédé en petit à l'usage des localités où l'exploitation est renfermée dans d'étroites limites, dans le duché des Deux-Ponts, par exemple ; bien conduit, il ne saurait avoir de graves inconvénients.

2° 11 n'en est pas de même de l'exploitation en grand comme cela a heu aux mines d'Almaden, en Espagne, qui fournissent la plus grande partie du mercure employé en Europe et en Amérique. Chaque four est formé de deux étages de chambres séparées par une cloison en briques, percée de trous et tormant grille

Fig. 1.

qui permet au foyer allumé dans l'étage inférieur d'agir librement sur le minerai déposé sur la grille de la chambre supérieure AB. Le feu étant allumé, le mercure se volatilise et sort par des ouvertures o, dont une des parois du fourneau est percées, et passe par une suite de tubes renflés on ahiâeh a,b.c, en terre cuite, réunis et bien lûtes, disposés sur un double plan incliné, descendant au sortir du fourneau et remontant vers les chambres de condensation C. Une partie du métal se dépose dans les aiudels, ce qui reste à l'état de vapeur passe dans les chambres de condensation où il se liquéfie. Les gaz sulfurés, formés pendant ce travail, sortent par des cheminées dont sont munis et le fourneau au minerai et les chambres de condensation. On voit que ce genre d'exploitation doit, malgré les précautions prises, donner lieu à un dégagement assez notable de vapeurs hydrargyriques, qui, en raison de leur poids, ne sauraient être entraînées bien loin et n'agissent que sur les personnes qui sont immédiatement exposées à leur action. Aussi Antoine de Jussieu, qui avait visité ces mines en 1717, et M. Th. Roussel qui les a vues en 1848, sont-ils d'accord pour constater que les habitants et les animaux du village d'Almaden, situé à côté des fourneaux, jouissent d'une parfaite santé, que la végétation n'en souffre nullement et que les sources qui coulent au bas de la montagne d'Almaden fournissent une eau d'une pureté parfaite. Mais il n'en est pas de même pour les ouvriers qui remphssent les fours de minerai, vident les aiudels, recueillent le mercure déposé dans les chambres de condensation, ni pour ceux qui enlèvent les scories après la distillation. Bien que ce travail ait lieu à l'air libre, les ouvriers sont entourés de vapeurs mercurielles, et, à l'œil nu, on peut reconnaître que toutes les inégalités des murs extérieurs des fours sont rem-

MERCURE (hygiène PROFESStONNELMî). 87

plies de globules brillants, dont il n'est pas difficile de deviner l'origine. Aussi, comme cette sublimation est d'autant plus abondante que la température est plus élevée, a-t-on pour coutume, afin d'éviter les pertes, de ne se livrer à la distillation que pendant les six mois d'hiver. 11 est donc aisé de comprendre pourquoi les ouvriers employés, comme nous venons de le dire, sont plus souvent que les autres atteints d'accidents mercuriels, et d'accidents plus graves [voî/.Mercurielles (Maladies)]. Nous y reviendrons d'ailleurs à l'occasion des mines de mercure {voy. Mines).

A Idria, la seconde des mines de mercure pour l'importance, le procédé d'extraction est différent, mais c'est toujours par distillation que le métal est obtenu.

Fifr. 2.

Le minerai est placé, d'après le volume plus ou moins considérable qu'il présente sur des grilles aa, bb, ce placées les unes au-dessus des autres, sur un foyer ibrtement chauffé; le minerai à l'état pulvérulent est mis dans des cajisules, sur la grille ce, à la partie la plus élevée. Le mercure volatilisé se rend de deux côtés dans des chambres de condensation CGC dont l'air est continuellement refroidi par un courant d'eau froide. Du reste, cette différence dans le procédé d'extraction, marquée surtout au point de vue technique, n'en présente aucune dans ses conséquences pathologiques. Elles paraissent même, à certains égards, plus graves qu'à Almaden. Suivant le docteur Hermann, de Vienne, qui a donné le récit d'une visite à Idria, presque tous les habitants de cette ville éprouvent l'influence du mercure, bien qu'à des degrés plus légers que les ouvriers, par suite de leur contact avec ceux-ci, dont les habits, etc., sont imprégnés de métal, et de la présence fréquente des vapeurs mercurielles dans l'air. Les animaux eux-mêmes, les vaches, par exemple, qui paissent dans le voisinage des fourneaux, et sous le vent qui en vient, en sont affectées ; elles prennent de la salivation, deviennent cachectiques, avortent, et les veaux venus à terme périssent bientôt. La plupart de» habitants sont pâles, comme chlorotiqties; leur foie est engorgé, presque tous les enfants sont scrofuleux.

Le docteur Gœrbez, médecin de l'établissement, a constaté, comme à Almaden, une fréquence et une intensité plus grande des accidents, chez les ouvriers employés à la préparation du mercure, que chez ceux qui extraient le cinabre du sein de la mine.

Les effets observés dans les usines oîi l'on distille le mercure, se rencontrent

Si MERCURE (HiClÈNE Pr,OFESSIONN!lLLE),

également et à un degré très-élevé dans les établissements où l'on séjjare l'argent des minerais qui le renferment et des combinaisons qu'il forme avec le soufre ou le chlore, en l'amalgamant avec le mercure; c'est ce qui a lieu particulièrement au Mexique. Ces accidents sont d'autant plus graves que là aucune précaution n'a été prise pour les éviter, et que la plus aveugle routine préside encore aux opérations métallurgiques. Rien de plus triste que le tableau qui en a été tracé par Delacoux, lequel a été, pendant plusieurs années, médecin des raines argentifères de Fresnillo {voy. Mines).

n. Emploi industriel du mercure. On observe les mêmes effets chez les ouvriers qui, dans différentes industries, font usage du mercure ou de ses composés. C'est ce que l'on observe dans la préparation et l'emploi du liquide destiné au secrétage dans la chapellerie {voy. Chapeliers) ; dan§ la |iréparation et i'.emploi du tain des glaces {voy. Glaces) ; dans la dorure par l'ancienne rnétliode (voy. Doreurs), dans la fabrication des baromètres, etc., on a proposé, tout récemment, l'emploi des vapeurs ammoniacales pour combattre celles de mercure; nous y reviendrons à l'occasion des différentes professions ci-dessus indiquées.

Nous ne saurions terminer ce que nous avons à dire ici de l'intoxication professionnelle par le mercure sans parler de l'influence de cette intoxication sur les produits de la conception. Kussmaul, dans son remarquable ouvrage sur la question qui nous occupe, a rassemblé dans un chapitre spécial les faits relatifs à cette transmission pathologique par voie d'hérédité. Il a fait voir que les femmes employées aux professions mercurielles mettent souvent au monde des enflmts faibles, maladifs, h'équemraent atteints de rachitis et qui succombent de bonne heure dans un état marqué de consomption. Goetz a vu un enfant atteint d'un tremblement congénital, né tandis que sa mère en était elle-même affectée. La scrofule se présente souvent dans ces conditions. L'avorteaient est chose commune chez les femmes qui travaillent à la mise en tain des glaces ; elles-mêmes attribuent cet accident à leur profession. Aldinger a fait remarquer que certains membres d'une même famille, tous dans de bonnes conditions de santé, unis avec des personnes également bien portantes, ont mis au monde d^s enfants sains et vigoureux, tandis que les autres membres de cette même famille ayant épousé des sujets mercurialisés, ont procréé des enfants malingres et chétifs. Enfin des enfants nés alors que les parents ne travaillaient pas encore au mercure étaient parfaitement constitués, et ceux qui étaient venus depuis le travail au mercure, étaient dans des conditions déplorables (Kussmaul, Untersuch. ùber den constitutionnellen Merciirialismus, p. 257 eipassim Wurzb. 1861, in-S"). De son côté, M. Lizé, du Mans, a confirmé, par des faits recueillis dans des familles d'ouvriers employés au secrétage, la parfaite exactitude des remarques de Kussmaul. Les faits observés par lui sont partagés en trois séries.

A. La première est relative aux hommes qui se sont livrés à V action du mercure à l'exclusion de leurs femmes. Cette série comprend quatre individus, en voici le résumé: dix grossesses, dont deux accouchement prématurés ; deux mort-nés, trois enfants morts, l'un à quatre mois, l'autre à deux ans et le dernier à quatorze mois. Il reste cinq enfants vivants, sur lesquels quatre sont chétifs, mal portants, le cinquième devant sa bonne santé au privilège d'être né à une époque oiî son père n'avait pas encore été empoisonné par le mercure.

B. La seconde comprend des hommes et des femmes qui ont manié simultanément le mercure. Deux couples font les frais de cette série ; il y eut quatorze accouchements dont cinq eurent lieu avant terme; cinq mort-nés, deux

MERCURIALE (eotaniqce). 89

entants nés avant l'âge de trois ans, et quatre morts avant l'âge de cinq ans, il n'en reste que trois, dont l'existence n'est rien moins que certaine.

C. La troisième comprend des femmes qui ont manié le mercure a l'exclusion de leurs maris. Trois observations : on remarque dans cette dernière série : sept grossesses, dont trois avortements ; un mort-né, un enfant mort à trois ans et demi ; sur les deux qui restent vivants, l'un a trois ans et est scrofuleux ; l'autre, une jeune fille, a quinze ans et se porte merveilleusement parce qu'elle est née avant que sa mère eût manié le mercure.

Quel que soit le petit nombre de ces observations, dit l'auteur, il est aisé de voir, en jetant les yeux sur le résumé qui précède, que l'influence du mercure transmise par le père à l'enfant est tout aussi réelle que quand c'est la mère qui est exposée à ses émanations. De plus, il est naturel d'admettre que cette influence est encore plus fatale au produit quand le père et la mère ont simultanément éprouvé l'inflaence du mercure (J. de chim. méd., 4" sér., t. Vlll,p. -482; 1862).

Pour la bibliographie, votj. Mines. E. Beaugrand.

MERCURIALE, g I. Rotanitine. {Mercuricilix T., Inst. Rei herb., 554, t. 508). Ce genre, tel qu'il peut être compris au point de vue médical, appartient à la famille des Euphorbiacées, série des Acalyphées et présente des tleurs uniséxuées, monoïques ou dioïques, le plus ordinairement Irimères. Leur périanthe est constitué par un seul calice, ordinairement de trois folioles, libres ou unies à la base dans la fleur mâle où elles sont définitivement valvaires. Les étamines sont en nombre indéfini, insérées sur un petit réceptacle convexe, formées chacune d'un filet grêle et d'une anthère à deux loges. Celles-ci ont la forme d'un bissac, dont les deux portions seraient unies par un renflement globuleux, ou à peu près, et chacune s'ouvre par une fente longitudinale oblique, définitivement extrorse. Il n'y a pas de trace de gynécée dans la fleur raàle. La fleur femelle a le même périanthe que la fleur mâle; mais les folioles en demeurent plus longtemps imbriquées. Au centre de la fleur se trouve un gynécée libre qui peut bien être çà et là trimère, mais qui, plus ordinairement, est réduit à deux carpelles. On observe alors un ovaire à deux loges, surmonté d'un style à deux branches, toutes garnies en dedans de papilles stigmatiques, simples ou rameuses. Dans l'angle interne de chaque loge ovarienne est un placenta qui supporte un ovule descendant, anatrope, i\ micropyle dirigé en haut et en dehors et coiffé d'un petit obturateur celluleux. 11 n'y a pas normalement de vestige d'étamines dans la fleur mâle ; il est vrai que dans certaines fleurs anormales, on trouve exceptionnellement une ou plusieurs étamines fertiles, parfaitement constituées, insérées sous l'ovaire. Mais on croyait autrefois que deux ou trois étamines réduites au filet, existaient dans l'intervalle des loges ovariennes; on prenait alors pour telles les glandes du disque hypogyne qui ont, dans les espèces françaises, la forme d'un filet allongé et subulé. Le fruit est dicoque et déhiscent, lisse ou chargé d'aiguillons. Chaque coque bivalve, déhiscente avec élasticité, renferme une graine pourvue d'un arille micropylaire (caroncule) plus ou moins développée, et renferme sous son triple tégument un albumen charnu, huileux, abondant, entourant un embryon à cotylédons foliacés et iî radicule cylindro-conique supère. Deux espèces de Mercuriales sont abondantes dans notre pays et ont servi, surtout en médecine populaire, au traitement de plusieurs maladies ; ce sont les Mercurialis annua et perennis.

I. Mercuricdis annua (L., Spec. pi., 1465). C'est la Mercuriale annuelle

90 MERCFRIALE (botanique).

de nos campagnes, ou FoiroUe, Foirande, Ortie morte, Ramberge, Leiizette, Cagarette, Marquais, Vignette, Vignoble, etc., mauvaise herbe commune dans les jardins, les champs en friche, les décombres, sur le bord des rues et chemins. Sa tige est herbacée, dressée, lisse, rentlée au niveau des nœuds, de même que ses rameaux opposés et pkisieurs fois divisés, étalés, dressés, plus ou moins anguleux. Les feuilles sont opposées, d'un vert pâle, noircissant ou bleuissant plus ou moins par la dessication, ovales-lancéolées, obtuses ou légèrement aiguës, glabres, lisses, largement arrondies à leur base, finement ciliées, crénelées, pétiolées, accompagnées de stipules plus ou moins blanchâtres, minces. Les fleurs mâles sont réunis eu petits glomérules écartés ou confluents vers le sommet d'un ou plusieurs pédoncules communs, axillaires, plus long? que la feuille. Fleurs femelles solitaires, géminées ou en petit nombre à l'aisselle des feuilles, et à pédoncules très-courts. (Le véritable mode d'inflorescence a été étudié plus en détail dans notre Étude générale du groupe des Euphurbiacées.) Le fruit est didyme, rarement à trois loges, hérissé d'aiguillons verts, mouv, terminés chacun par une soie blanche. Les graines, presque globuleuses ou un peu ovoïdes, brunes, rugueuses, avec un petit arille micropylaire blanc, renfermant un trèsabondant albumen, blanc, cliarnu, oléagineux. Les cotylédons sont aplatis et elliptiques ou pi'esque orbiculaires.

II. M. perennis {L., Spéc, 1465). Celle-ci est la M. vivace de nos bois, ou M. de montagne, M. sauvage, Chou de chien, espèce assez commune dans plusieurs forets des environs de Paris, notamment à Yincennes, à Montmorency, à Sénart, et dans milles autres endroits où, dès le printemps, elle couvre le sol de vastes plaques vertes. La plante est alors en pleine floraison, dioïque, chargée de feuilles opposées, d'un beau vert, un peu sombre, elliptiques-lancéolées, plus ou moins aiguës aux deux extrémités, souvent acuminées au sommet, glabres ou pubescentes. Les portions aériennes, ainsi chargées de feuilles, qui sont surtout rapprochées les unes des autres vers le sommet, sont des rameaux; car la tige elle-même est souterraine, rampante, sous forme de cordons cylindriques, quelquefois très-longs, pourvus, au niveau des nœuds, de racines adventives blanches. Les feuilles bleuissent beaucoup par la dessication. Les fleurs mâles sont en glomérules très-petits, espacés et écartés les uns des autres sous un pédoncule commun, axillaire, assez allongé, dépassant la feuille, glabre ou pubescent. Les fleurs femelles sont solitaires ou réunies en cymes pamiflores à l'aisselle des feuilles, et portées aussi par un long pédoncule. Le fruit capsulaire est didyme, assez gros, couvert de poils courts, non supportés par des saillies basilaires. Les graines sont presque globuleuses, grisâtres, rugueuses; leur albumen huUeux est aussi très-abondant.

III. M. tomentosa (L., Spec, 1465). On emploie quelquefois dans le midi de la France, où elle est assez commune, aux environs de Marseille, Montpellier, Perpignan, etc., cette espèce de Mercuriale qui, comme son nom spécitique l'iudique, a toutes ses parties chargées de poils blanchâtres, qui les rendent finement tomenteuses. Sprengel a même pensé que c'était là le <î'û),).o-j de Dioscorides. Ses fleurs sont dioïques et construites à peu près comme celles des espèces précédentes. Les mâles sont réunies en un petit nombre de glomérules ; et les femelles, solitaires ou en petit nombre, dans l'aisselle des feuilles lancéolées ou ovales, sont supportées par un court pédoncule. Les graines sont brunes, luisantes et rugueuses.

IV. M. ambigua (L,, Dec., 1, 15, t. 8 ; Spec, 1465). Cette espèce, dont on a quelquefois fait une forme du M. annua, a les feuilles petites, lancéolées, entières, atténuées à la base, d'un vert gai, et des fleurs monoïques. Elle se trouve

MERCURIALE (emploi MÉi)iCAL). 91

dans les lieux cultivés du midi de la France, notamment en Languedoc et en Provence. Elle sert aux mêmes usages que le M. anniia. H. B;v.

TouRN., Inst. Rei herb., 534, t. J08. — L. Gen. •pi., n. 756. — G^rtn., De fruct., II, 114,

. 107. —A. Jcss., Tentam. Euphorb., 46, t. 14, fig-. 47. — Payer. Organoq. fl., 525, t. 110.

— GriD. Drog. simpl., éd. 6, II, 34. — Gkex, et Godr. Fl. de France, III, Qy. — Rosenth.

Stjn. pi. diap/wr., Si5. — H. Bâillon, in Adansonia, III, 175; Etud.gdn. Euphorbiac, i^S,

t. 9, fig. 12-29,

§ II. Emploi médical. Deux espèces de mercuriale ont été employées en médecine : M. annua, M. perennis. Mais la [iremière a été beaucoup plus employée, et est seule usitée aujourd'hui. C'est d'elle en conséquence qu'il sera spécialement traité dans cet article.

1" Mercuriale anincelle ou officinale, Ortie bâtarde, Foirole. Parties usitées : l'herbe entière.

Pharmacologie. Cette plante doit s'employer fraîche, la dessiccation lui ôtant ses propriétés. Elle jouit de toute son activité avant la floraison ; lorjKp'elle est montée engniine ou commence à jaunir, elle a beaucoup moins d'activité (Cazin)'

Elle a une odeuf fétide, nauséabonde; une saveur amère et salée très-désagréable. Elle contient beaucoup d'eau de végétation, mais point de suc laiteux comme la plupart des autres euphorbiacécs.

D'après l'analyse de FeneuUe, de Cambrai, la mercuriale contient : un principe amer purgatif, du muqueux, de la chlorophylle, de l'albumine, une substance grasse blanclie, une huile volatile, de l'acide pcctique, du ligneux, quelques sels, de l'ammoniaque (cette ammoniaque ne serait-elle pas de la propylamiue?) [journ. (le chimie médicale, 1826, II, 116].

Stan. Martin n'a pu obtenir l'huile volatile en distillant la mercuriale fraîcli:! avec de l'eau; il présume que cette essence se décompose à la température de l'eau bouillante. Cependant l'hydrolat retient une odeur et une saveur fortes, vireuses, détestables; il provoque au vomissement, et serait probablement trèsnuisible si l'on en faisait usage en boisson (Essais sur la mercuriale, Bulletin de thérapeutique, 1852, XLII, 359).

Reichardt a extrait de la mercuriale un alcaloïde, que Stan. Martin [loc. cit.) paraît avoir reconnu antérieurement ; c'est la mercurialine ; elle est oléagineuse, à odeur nauséabonde, à réaction alcaline ; elle se transforme à l'air en une résine de consistance butireuse. Elle est très-avide d'eau, bout à 1 40°, absorbe l'acide carbonique, et forme un carbonate très-soluble dans l'alcool. Elle est très-vénéneuse (Répertoire de pharmacie., juin 1865).

Le suc de la mercuriale contient, en outre, en petite quantité, le principe colorant bleu que l'on trouve dans la maurelle ou tournesol, croton tinctorium, et qui peut .servir également à distinguer les réactions acides et alcahnes (Guibourt, Drogues simples, 6«édit., 1869, II, 542).

Formes pharmaceutiques et doses. Décoction : feuilles fraîches , 20 à 50 grammes, pour 5iJÛ à 1,000 d'eau; prescrite comme purgative, en boisson ou en lavement. Décoction plus concentrée pour l'extérieur, lotions, fomentations. Feuilles cuites, pour cataplasmes.

Extrait aqueux. 4 à 8 grammes, comme purgatif. Préparation infidèle, la chaleur employée pour l'obtenir devant altérer les principes actifs de la mercuriale, selon la remarque de Stan. Martin.

Suc exprimé. 30 à 60 grammes ; conseillé, soit par la bouche, soit en lavement, comme cathartique.

92 MEUCURIALR (emploi médical).

Miel mercnrial, miel de mercuriale, et mieux mellite de mercuriale. Suc de mercuriale non dépuré, grammes, 1,000; miel blanc, i,000. Portez à l'ébullition, écumez. Faites cuire jusqu'à ce que le mellite bouillant marque 1,27 au deiîsimètre (51°B) ; passez (Codex). Doses : 30 à 120 grammes, en lavement.

Mellite de mercuriale composé, sirop de longue vie. Pr. racine fraîche de flambe {iris germanica), onces, 2; racine sèche de gentiane, 1; vin blanc, 12. Faites macérer pendant 24 heures, passez en exprimant, et ajoutez : suc de mercuriale, 32; suc de bourrache, 8 ; suc de buglosse, 8 ; miel blanc, 48. Faites cuire et pnssez. Préconisé comme purgatif, stomachique et emménagogue (Jourdan, Pharmacopée universelle) .

Historique. La mercuriale annuelle est le ),ivoÇw(ttiç de Dioscoride ; les Grecs lui donnaient aussi le nomdeTrajoôîvtov, ainsi qu'à d'autres plantes qu'ils croyaient avoir de l'influence sur les actes de la génération. Pline reproduit l'idée absurde que la mercuriale peut déterminer le sexe du fœtus ; mais, par une confusion erronée des caractères botaniques des plants mâles et femelles, c'est aux premiers que les anciens attribuaient le pouvoir de faire naître des filles , aux seconds celui de faire procréer dos garçons (lib. XXV, cap. xvni). Hippocrate a vanté et beaucoup employé les deux mercuiiales pour les maladies des femmes; il les employait en boisson, en fomentations, et même en pessaires. 11 s'en servait pour provoquer les règles et favoriser raccouchement. Plus tard, il fut en cela imité par les Arabes, qui firent choix du mercurialis tomentosa, plante de Provence et d'Espagne, selon Mératet de Lens. Cette plante serait, d'après Sprengel, le cynocrambe des anciens, theligoniim cynocrambeh., de la famille des Urticées. L' arsenogonon et le theligonon de Pline sont rapportés avec plus de vraisemblance, par Littré, son savant traducteur, au mercurialis perennis, le premier mâle, le second iemelle (tonjours avec la confusion erronée que j'ai relevée plus haut), tous deux censés doués du pouvoir d'intervenir dans la fixation du sexe de l'enfant (lib. XXVt, cap. xci). Mais, à côté de ces rêveries ridicules, les anciens n'avaient pas méconnu les véritables propriétés de la mercuriale, c'est-àdire ses propriétés purgatives, et ils les utilisaient à peu près comme nous le faisons aujourd'hui.

Le nom de mercuriale vient de Mercure, dieu auquel les Grecs et les Latins attribuaient la découverte de cette plante, ce qui la faisait aussi nommer par les premiers herbe d'Hermès, liermupoa. Gesner, savant naturaliste et médecin du seizième siècle, dit que cette plante produit la salivation comme le mercure, et que c'est pour cela qu'on l'a appelée mercuriale. Celte étymologie est inadmissible ; le mot nous vient des Romains, adopté par eux tous, nous dit Pline, formé de celui du dieu, et non de celui du métal.

Action physiologique. La propriété purgative est la seule qui soit positivement démontrée dans la mercuriale, et encore, de nos jours du moins, elle a souvent été considérée comme infidèle et douteuse. Tout dépend, comme Cazin le fait remarquer, de la manière d'employer cette plante. Du moment qu'il est démontré que la dessiccation et la cuisson lui font perdre son activité,- il ne faut l'employer que fraîche; alors même il serait bon d'en user avec une certaine réserve. Elle appartient en effet à une famille, les Euphorbiacées, dont tous les produits sont plus ou moins suspects. Bergius, Murray ont signalé la mercuriale comme une plante dangereuse, et Brassavole a observé que son usage intérieur n'est pas toujours sans inconvénient.

Le suc frais de mercuriale me paraît devoir être particulièrement surveillé dans

MERCURIALE (emploi médical). 93

son action, et peiit-êire certains auteurs en ont-ils conseillé, un peu légèrement, des doses trop élevées. En revanche, c'est la préparation la plus active, et qui devrait être spécialement mise en expérience si l'on voulait faire une nouvelle et sérieuse étude de la mercuriale. Celle-ci est p!us ou moins modifiée dans les préparations ordinairement employées, les décoctions et les mellites ; ces préparations sont plus douces, mais elles peuvent aussi devenir inconstantes dans leurs elfets, selon la manière dont elles ont été exécutées. Elles nous rappellent ces coups de feu qui compromettent la valeur des extraits végétaux au point d'en annuler parfois les propriétés.

Par une cuisson prolongée, la mercuriale perd toute son énergie médicinale, et peut servir d'aliment à l'instar des épinards, ainsi que le faisaient les anciens et qu'on le fait encore en certaines contrées de l'Allemagne. Dans cet état, les feuilles de mercuriale sont aussi employées comme topiques émollients.

Linné a prétendu que cette plante est plutôt remarquable par sa vertu hypnotique que par sa propriété purgative : aftirmation dont on ne retrouve nulle part la vérification. Desbois, de Rocbefort, l'indique comme un assez bon diurétique. Enfin, on l'a recommandée, après Hippocrate, comme emnu'nagogue, comme un ' moyen d'exciter le flux des locbies; et d'autre part on la voit spécialement recommandée comme laxative chez les femmes enceintes disposées à la constipation (Cazin, Traité des plantes indigènes). Si cependant elle a réellement une influence stimulante sur l'appareil utérin, ce ne serait pas le cas de l'eniployer. Là encore il faudrait des observations autrement précises que celles dont ce médicament a été l'objet jusqu'ici.

Action THÉRAPEUTIQUE. La mercuriale a été beaucoup plus employée parles anciens que par les modernes comme substance purgative. On l'administrait surtout contre l'hydropisie, oii ses propriétés diurétiques semblaient se joindre à ses propriétés purgatives, Dioscoride, Galien, Oribase, Paul d'Égine, la prescrivaient comme purgative dans les lièvres continues et intermittentes. Constantin^ dans sa Pharmacopée provençale, la recommande dans les mêmes cas ; il reproduit le conseil donné par Hippocrate de l'employer dans les maladies des femmes. Les auteurs anciens qui viennent d'être cités plus haut, la conseillent aussi pour purger les femmes enceintes, Cazin dit que, dans les campagnes, les sages-femmes combattent souvent par le même moyen la constipation pendant l'état puerpéral, la sécrétion du lait chez les mères qui ne doivent par nourrir; que, de plus, elles appliquent des cataplasmes de mercuriale sur le ventre pour favoriser les lochies, ou les rappeler lorsqu'elles sont supprimées. Cette insistance de plusieurs à. opposer la mercuriale à certains états pathologiques de la femme mérite d'être notée.

Quant à la pratique ordinaire, elle consiste tout simplement aujourd'hui dans l'emploi du meUile de mercuriale, presque exclusivement en lavement, et encore le plus souvent comme adjuvant d'autres substances purgatives. Sous toute autre forme, la mercuriale est très-peu employée. Toutefois, Cazin la signale comme l'une de nos plantes indigènes dignes d'être utilisées. Il dit avoir souvent employé dans sa pratique rurale, comme un doux laxatif, un bouillon de veau auquel on ajoute : mercuriale, laitue, poirée, de chaque, une poignée. Il conseille aussi l'application de feuilles de mercuriale, pilées et tièdes, sur la tête des jeunes enfants, pour y rappeler les croûtes de lait, lorsque la rétrocession de celles-ci a causé quelque accident (ouv. cité). La réapparition en pareil cas de l'irritation sécrétoire du cuir chevelu démontre que faction topique de la mercuriale peut avoir quelque vivacité, ce qui n'étonnera pas de la part d'une euphorbe ; on s'ex-

94 MERGURIALI.

plique, par suite, que l'application de cette plante sur l'hypogastre détermine un effet congestif, favorable aussi à la réapparition des règles ou des lochies, et com parable à l'effet d'un synapisme. Mais il y a là cet enseignement, que le suc dela mercui'iale, si son action locale n'était pas suffisamment adoucie, pourrait offenser sérieusement la muqueuse gastro-intestinale.

En définitive, la mercuriale officinale est un médicament qui, selon ses préparations, présente une activité variable, et de l'excès de laquelle il faut, à l'occasion, se défier.

Le sirop de lomjue vie ou de Calabre, inventé par Zwinger, était une sorte de toni-jjurgatif qui pouvait avoir son utilité. J'ai connu, dit Cazin, un goutteux qui ne se soulageait que par l'usage de ce sirop ; il en augmentait ou il en diminuait la dose, suivant l'effet tonique ou laxatif qu'il voulait produire. Les vieillards constipés, cacochymes et asthmatiques s'en trouvent bien.

Mérat et de Lens prétendent que les pharmaciens mêlent souvent du séné au miel de mercuriale pour le rendre plus actif. Ce serait une pratique à condamner.

2° Mercuriale vivace, mercurialis perennis L. On ne fait aujourd'hui aucun Usage médical de cette plante. Cependant elle doit être signalée, d'abord tomme ayant été employée par les anciens, ainsi que nous l'avons vu plus haut; ensuite comme étant vénéneuse. On ne doit donc point la confondre avec la mercuriale annuelle, et l'employer à sa place, sous peine de produire des accidents qui rappelleraient l'action toxique de la plupart des îiutres euphorbes. Sloane dit l'avoir vue causer des vomissements, des superpurgations, une chaleur interne brûlante, de l'assoupissement, des convulsions et la mort. C'est à cette espèce de mercuriale cpje Gesner attribue la propriété de produire la salivation. Linné dit qu'elle est nuisible aux bestiaux.

Cependant on a prétendu que cette plante avait été employée par les anciens comme aliment après avoir été bouillie. Mais cette supposition repose sur une confusion entre elle et le cynocrambe ou chou de chien, le nom de ce dernier, theligomim cynocrambe, ayant été donné à toit au mercurialis perennis par plusieurs auteurs, tels que Mattioli et Lémery. C'est le cynocrambe, et non la mercuriale en question, quia servi de plante potagère (Delille, Journ. de chim. méd., IV, 598).

La mercuriale vivace pourrait être utilisée dans l'art de la teinture, d'après Vogler [Annales de chimie, VI, 25), en conséquence des matières colorantes qu'elle contient. Son principe colorant bleu avait passé d'abord pour de l'indigo; il est, comme dans la mercuriale, où il est moins abondant, identique à celui du tournesol. D. de Savigmac.

MERCURIALI (HiERONiMo) est surtout connu sous son nom latinisé Mercurialis. Cet homme illustre, cet érudit, naquit à Forli (Romagne), le 50 septembre 1550. Après avoir suivi les cours de médecine à l'école de Bologne, il se fit recevoir docteur à Padoue, et revint ensuite à Forli. Là son mérite éminent, sou esprit judicieux le signalèrent, en 1562, au choix de ses compatriotes, pour une mission importante, en dehors de ses occupations habituelles, auprès du pape Pie IV. C'est alors que ses rares connaissances lui ayant conciHé l'estime du cardinal Farnèse, celui-ci le décida à se fixer à Piome. Mercuiiali passa là sept années se livrant avec ardeur à l'enseignement de la médecine et à de nombreuses recherches d'érudition, sur la gymnastique des anciens en particulier. Le sénat de Venise, toujours jaloux d'attirer dans l'Université de Padoue les plus grandes

MERCURIALI. 95

célébrités de l'Italie, lui offrit, en 1569, une place de professeur dans cette école célèbre où il passa dix-huit années; de là (1587) il fut appelé à Bologne, puis (159'J) à Pise, toujours suivi de la même vogue et de la foule d'étudiants qu'attirait sa parole. Mais enfin, épuisé par les fatigues de l'enseignement et de ses immenses travaux, il prit sa retraite dans sa ville natale, où il mourut le 13 novembre i 606, à l'âge de 76 ans.

Mercuriali n'était pas seulement un professeur éloquent, c'était encore dans ce seizième siècle, le siècle des érudits, un savant du premier ordre. Son traité de la gymnastique est toujours consulté par ceux qui veulent avoir une connaissance exacte et approfondie de l'histoire des exercices chez les anciens ; divers traités sur les maladies des femmes, sur les maladies des enfants, sur les maladies de la peau, sont utiles aujourd'hui encore, en raison de la masse énorme de citations qu'elles renferment, et qui font dérouler à nos yeux tout ce que les auteurs de l'antiquité avaient écrit sur ces différents sujets. Lors de la fameuse querelle sur la révulsion et la dérivation, il prit parti pour Brissot, etc. Parmi ses travaux d'érudition pure et de philologie, on vante beaucoup les Varice lectiones dans lesquelles il a discuté et éclaii'ci plusieurs passages obscurs des auteurs grecs ou latins. L'un des premiers, depuis la renaissance, il s'est occupé du classement des livres hippocratiques qu'il divise en quatre sections : les traités authentiques, ceux qui ont été édités par les fils d'Ilippocrate, ceux qui ont été composés par ces derniers, et, enfin, les ouvrages apocryphes. Rien de plus arbitraire et souvent de plus faux que ses déterminations ; on s'en rendra compte facilement quand on saura qu'il a pris pour base de ses divisions le style (gravité et brièveté), des différents traités qu'il soumet à ce critérium infidèle.

Voici au total la liste des écrits de ce savant et laborieux médecin.

I. Nomolhesaurus seii ratio lactandl infantes. Padovae, 1550. — II. De arte gifmnastica libri VI. Venetiis, 1569; in-4° et Ibid., 1575, 1587, 1601. Parisiis, 1577, m-¥; Amstelodami, 1672, in-i" (avec de très-bonnes lig-ures, par Christophe Corsiban, de >'uremberg). — m. Variarum lectionum libri IV, Alexandri Tralliani de lumbricis epistola, etc. Venetiis, 1571, in-4° ; Basileœ, quinque libri (editio auctior) 1576, in-S"; libri Yl, Parisiis, 1585, in-8° ; Venetiis. 1588, 1598, 1601, in-4° et in-fol., etc. — IV. Repugnanlia, qua pro Galeno strenue pugnatur. Veneliis, 1572, in-4°. — V. De morbis cutaneis libri II, et de omnibus corporis humani excremeniis Libri UI (édité par P. Ricardi), Venetiis, 1570, in-4'' ; Basilese, 1576, in-8°. — VI. De peslilentia in universum prœsertim vero de Veneta et Patavina. Venetiis, 1577, in-4'', plus. édit. — Vil. Tractalus de nmculis pestiferis et de Injdrophobia. Patavii, 1580, in-4° et Venetiis, 1601, in-4°. — VIII. De morbis muliebribus prœlectiones. Basiieœ, 1582, in-8° (édité par G. Bauhin) ; Venetiis, 1601, 1608, in-4°, ces deux dernières éditions augmentées par Mie Goliimbo. — IX. De morbis puerorum (édité par Joh. Chrosczsieroski). Venetiis, 1583, in-4»; Ibid., 1615, in-i», etc.— X. Censura et dispositio operum Hippocratis. Venetiis, 1585, in-4"'; Francof., 1685, in-S». — XI. De venenis et morbis venenosis (édité par Alb. Schlegel). Francof., 1584, in-8 ; Basileœ, 1588, in-S»; Venetiis, 1601 in-i°. — XII. De decoratione liber, accedit de naribus et de reficiendo naso. Venetiis, 1585, avec le traité des maladies cutanées. Ibid., 1601, 162S. in-4°, etc. — Wll. Responsorum et consultationum medicinalium lomus primas, nunc primum a Mie. Columbo collectus. Venetiis, 1587, in-fol.; tomus aller (a Mie. Columbo); Ibidem, 1587, in-fol.; tomus lerlius, Venetiis, 1597, in-fol.; tomus quartus, Venetiis. 1597, in-lol. ; tom^is quintus. Ibidem, 1604, in-fol. — XIV. Hippocratis opéra grœce et latine. Ibidem, 1588, in-fol. — XY. Tractalus de compositione medicamentorum et de morbis oculorum et aurium. Ibid., 1590, 1601, in-i". — XVI. Conwientarii eruditissimi in Hippocratis Coi Prognostica, Prorrhetica, De victus ratione in aciUis, etc. Ibid., 1597, in-fol. Quibus accessere tractatus luculentissimi de hominis generatione, vino et aquâ, balneisque Pisanis, a Marco Gornacchino ex ore ipsius diligenter excepti ; nunc primum in lucem editi. Ibid., 1597, in-fol. Francof. 1602, in-Iol. — XVll. Medicina practica seu de cognoscendis, discernendis et cuvandis omnibus corporis liumani affectibus, etc. Lib. V [Studio et opéra Pétri de Spina); Francof., 1602. in-fol.; Lugd., 1623, in-4°; Venet., 1627, in-fol. — XVIII. De ratione dis^

96 MERCURIELLES (maladies).

cendi medicimm luiypa-fn cxslat cum Joh. Georgii ?)chcncVn Enchiridio de formandis medicinœsludiis. Argentorati, 1607, in- loi. E. Bgd.

MERCUeiALlKE (CH'^Az). Alcaloïde extrait yar M.-E. Reichhart des mercurialis annua et peremiis. C'est un liquide alcalin, huileux, incolore, bouillant vers 140% doué de propriétés vénéneuses très-aclives. Il existe plusieurs sels de mercurialine : l 'oxalate (très-sohible dans l'eau), le sulfate, le carbonate, etc. D.

MERCURIAIIX. Voy. Mercure, Calomel. Sublimé.

MERCLiKiELLES (Malâdies). On donne le nom de maladies mercurielies à des états morbides bien déterminés qui sont les effets d'une trop grande absorption du mercure, effets qu'on observe chez certains malades à qui ce médicament a été administré, et à un plus haut degré encore chez les ouvriers obligés par leur profession de vivre dans un air imprégné de vapeurs mercurielies.

Ces maladies, sans parler des altérations organiques ou fonctionnelles dont il est question à propos des effets physiologiques et thérapeutiques du mercure, sont la stomatite, le tremblement et la cachexie mercurielle.

Stomatite produite par le traitement mercuriel. Une fois introduit dans la circulation, le mercure a sur le sang une action dissolvante, tantôt légère, tantôt beaucoup plus prononcée, et sur laquelle nous reviendrons ; mais cette action peut se localiser et s'accumuler plus particulièrement sur certains organes, Lt de toutes les parties de l'économie, c'est certainement la bouche qui ressent le plus vite et le plus énergiquement l'influence mercurielle. Celle-ci se manifeste par divers symptômes, dont le principal est le ptyalisme.

La salivation mercurielle est très-rare avant la première dentition ; à cette époque, et en général dans tout le cours de l'enfance, le mercure agit beaucoup plus sur les voies digestives que sur la bouche. Les femmes y sont plus sujettes que les hommes. Le tempérament lymphatique et les diathèses scrofuleuse et scorbutique, le mauvais état de la bouche, l'irritation habituelle des gencives produite par des dents cariées, ou par l'habitude de chiquer ou de fumer, constituent des prédispositions générales ou locales incontestables. Il y a aussi des idiosyncrasies singulières, des individus qui sont pris de ptyalisme avec les doses les plus minimes, sans que rien puisse expliquer cette paiticularité. Les influences atmosphériques ne sont pas étrangères au développement de cette complication, notamment le froid et l'humidité, surtout quand leur action se produit brusquement.

Toutes les préparations mercurielies peuvent faire saliver, mais il y a certaines manières d'administrer le médicament et aussi certains composés de mercure qui amènent plus facilement que d'autres ce résultat. De tout temps on a remarqué que les frictions et les fumigations mercurielies étaient suivies très-fréquemment de salivation ; on a également noté que les préparations insolubles, qu'on administre à des doses relativement élevées, quelquefois même à doses dites fractionnées, le mercure métallique, le calomel, le proto-iodure, donnaient plus souvent lieu au ptyalisme que les préparations solubles, beaucoup plus actives, il est vrai, mais administrées en général à doses plus faibles.

Toutes les préparations de mercure ayant la même action siahgogue du côté de la Louche et n'ayant aussi qu'un seul et même effet sur la constitutiou, liunter

MERGURIEILES (maladies). 97

en avait conclu qu'elles devaient toutes subir un changement en vertu duquel elles se trouvaient réduites à une seule et même forme dans l'économie. C'est ce que les recherches de M. Mialhe {Chimie appliquée à la phjsiologie et à la thérapeutique, 1855, p. 396) sont venues confirmer, en montrant que les préparations niercurielles les plus diverses, introduites par l'estouiac ou par d'autres voies dans la circulation, se transi'ormaient plus ou moins complètement en bichlorure de mercure, sous l'influence des chlorures alcalins exislant dans nos liquides-

Le ptyalisme a toujours été regardé comme la preuve la plus évidente de l'infection mercurielle; c'est le signe de la saturation, au moins momentanée, de l'économie par le médicament ; il est donc probable qu'il tient à la quantité de bichlorure qui arrive en un temps donné dans la circulation, et qu'une préparation mercurielle fait d'autant plus facilement saliver que, par sa nature ou par son mode d'administration, elle est plus susceptible de fournir immédiatement au sang une grande quantité de ce produit. Quant au sublimé lui-même administré directement, s'il fait si rarement saliver, c'est que son action corrosive oblige le praticien à beaucoup modérer les doses. Au contraire, les frictions mcrcurielles et les fumigations, dont l'action locale est insignifiante et qui permettent d'introduire dans l'organisme une très-grande quantité du médicament, sont trèspromptcment suivies de salivation. Il en est de même du calomel et des autres préparations insolubles, avec lesquelles on arrive aisément à cette saturation de l'économie dont le ptyalisme est l'indice, précisément parce que leur ingestion ne cause aucune irritation locale, aucun accident immédiat, et permet l'absorption prompte et abondante de l'agent mercuriel. Il est vrai que cette théorie n'est guère conciliable avec l'opinion de Giacomini, qui prétend, mais sans être parvenu à le démontrer, que le ptyalisme varie suivant la nature de l'agent mercuriel auquel il est dû (voy. Calomel et Sublimé).

La sahvation survient ordinairement dans le cours du premier septénaire de l'administration du médicament. Elle a pu se montrer dans les premières vingt quatre ou quarante-huit heures, mais par exception. Chaque fois qu'on augmente la dose journalière du médicament, 'a salivation, si elle n'était pas survenue jusque-là, peut se manifester; mais c'est au début du traitement que les malades sont le plus impressionnables, et en général plus ils avancent dans le traitement et moins ils sont exposés à saliver.

Une l'ois qu'on a cessé le traitement mercuriel, la salivation n'est plus à craindn', et les stomatites tardives, survenant plusieurs semaines ou plusieurs mois après l'ingestion du mercure, sont dues h. d'autres causes.

Les glandes salivaires sont de bonne heure influencées par le mercure (voy. Effets physiologiques, Salivation), mais la première partie raatériellemtnt affectée dans le ptyalisme mercuriel est la membrane muqueuse buccale. Celle-ci se tuméfie en tout ou en partie. Le malade éprouve dans la bouche de la gêne, de la chaleur et un goût métallique prononcé. Les dents sont soulevées dans leurs alvéoles, rendues mobiles, et écartées en apparence les unes des autres comme par un corps étranger interposé; les malades croient qu'elles sont plus longues et qu'ainsi les arcades dentaires se rencontrent plus vite en rapprochant les mâchoires. La langue est tuméfiée et tend à déborder la rangée des dents, qui font sur elles des en)preintes plus ou moins profondes. Les joues et les lèvres se gonflent aussi, et la muqueuse qui les tapisse présente bientôt une crête plus ou moins saillante corresj)ondant à l'intervalle des deux maxillaires. En même temps la salive est sécrétée avec plus d'abondance. Elle porte avec elle l'odeur dite

DICT, ËiNC. 2* s. VU. 7

08 MERCURIELLES (maladies).

mercurielle, que l'haleine des malados peut offrir bien avant que le ptyalisme soit survenu. C'est lia le premier degré de la maladie.

Au second degré de la stomatite, la muqueuse s'excorie sur tous les points qui sont soumis à une pression un peu forte. Ces points se recouvrent d'une exsudation plastique blanchâtre ou grisâtre. Cette même exsudation se remarque sur les gencives, au collet des dents, sous forme de liséi'é. Elle peut devenir beaucoup plus générale et recouvrir des ulcérations profondes. Selon l'ordi^e de fréquence, ' ce sont d'abord les gencives inférieures qui s'affectent et très-souvent la muqueuse placée en arrière de la dent de sagesse, surtout quand celle-ci pousse, ou qu'elle est mal sortie ou gênée ; viennent ensuite les gencives supérieures. Les bords de la langue, les joues et la face interne des lèvres, s'affectent plus tard; le voile du palais est quelquefois le siège d'ulcérations, mais la maladie s'enfonce rarement davantage dans l'arrière-bouche. A ee degré de la maladie, la salive est sécrétée avec beaucoup d'abondance. Les malades éprouvent une grande difficulté pour avaler, pour pai'ler, pour cracher ; aussi la salive tombe-t-elle d'elle-même hors de la bouche sous forme de mucosité filante.

La, stomatite mercurielle s'annonce rarement par de la fièvre ; celle-ci ne survient qu'au second degré de la maladie, c'est-à-dire quand l'inflammation s'accompagne d'exsudation plastique et d'ulcération, ou même à un degré encore plus avancé et qui est marqué par une salivation excessive.

Dans ce dernier cas, à la gène des fonctions de la cavité buccale, de la langue et du pharynx s'ajoutent de la fièvre, de l'insomnie, le gonflement douloureux des glandes sahvaires et des ganglions lymphatiques sous-maxillaires, des fluxions œdémateuses, érysipélateuses ou phlegmoneuses de la face, et jusqu'à la gangrène partielle des parties molles, la chute des dents et la nécrose des maxillaires.

Autrefois, lorsqu'on recherchait la sahvatiou, le traitement mercuriel déterminait souvent la stomatite à un très-haut degré. 11 n'était pas rare de voir des malades, gravement affectés, qui rendaient jusqu'à six et dix livres de salive par jour. On les voyait, la tète penchée sur le crachoir, les lèvres tuméfiées, la langue sortant de la bouche entr 'ouverte et laissant ruisseler la salive. De nos jours, la stomatite, portée à ce degré extrême, est très-rare, et autant on pouvait la rechercher autrefois, autant on s'efforce aujourd'hui de l'éviter. On ne l'observe guère que dans les cas d'usage imprudent des préparations mercurielles. Orfila {Toxicolocjie, t. I, p. 528) a cité plusieurs exemples de cette salivation excessive et très-grave produite par le sublimé administré à des doses élevées, pas assez fortes pour corroder l'estomac, mais suffisantes pour devenir toxiques lorsqu'on les continue quelque temps.

Fallope avait déjà avancé que la saJive rendue par les malades affectés de stomatite mercurielle contenait du mercure en dissolution. Buchner, Golsou, Audouard {Journ. de chimie méd., 1843, p^ 137), Byasson [Journ. d'anat. et de physioL, 1872), ont reproduit cette opinion enl'étayant d'expériences chimiques positives. D'autre part, Christison, Rhades, Meisuer, Bostock, ont répété ces expériences sans résultat. Selon Bostock, la salive dans ces cas est plutùt séreuse que muqueuse ; elle serait caractérisée par une diminution très-grande de la proportion du mucus. Des dernières expériences faites sur le sublimé, à l'aide d'un moyen de réaction très-sensible, par MM. Mayençon et Bergeret {Lyon médical^ février 1873), il résulte que la présence de ce sel est douteuse dans la salive.

La stomatite mercurielle, lorsqu'elle est prise au début, peut èlre arrêtée en quelques jours, pourvu qu'on cesse l'usage du mercure et qu'on emploie un trai*

MERCURIELLES (maladies). 99

tement convenable. D'autres fois, elle dure un ou deux septénaires. La maladie, après avoir suivi une marche ascendante, entre peu à peu dans la période de résolution. Il est tout à fait exceptionnel que la terminaison soit mortelle, bien qu'à une autre époque les faits de ce genre ne fussent pas extrêmement rares.

Le traitement doit consister avant tout à suspendre la médication mercurielle. 11 faut aussi débarrasser les surfaces absorbantes, sur lesquelles le mercure a été appliqué, de l'excès de médicament qui peut s'y trouver encore en dépôt et qui continuerait à être absorbé sans cette précaution. 11 faut donc recourir" aux bains savonneux chez les malades soumis aux frictions mercurielles, et aux purgatifs salins chez ceux à qui le mercure a été administré par la bouche.

Au premier degré de la stomatite, les gargarismes astringents suffisent comme moyeijs locaux : la décoction de roses de Provins, ou la décoction d'orge où l'un ajoute un peu d'alun ou de borax; quand il s'est formé un liséré marqué sur les gencives, les frictions légères avec la poudre de chlorure de chaux sec produisent d'excellents effets. C'est un médicament qui a en outre l'avaiitage d'enlever la mauvaise odeur de la bouche.

S'il y a des ulcérations ou des fausses membranes sur la langue, les lèvres, les joues, le voile du palais, on les cautérisera avec avantage au moyen de l'acide chlorhydrique pur ou étendu d'eau.

On a beaucoup vanté, dans ces derniers temps, le chlorate de potasse doinié à l'intérieur ou appliqué localement sous forme de gargarismes. On a même prétendu qu'en administrant le chlorate de potasse concurremment avec le mercure, on pouvait pousser plus loin les doses sans avoir à redouter la saUvation, et qu'ainsi le chlorate de potasse était tout à la fois un moyen préservatif et un moyen curatif de la stomatite mercurielle. Le chlorate de potasse s'administre à l'intérieur à la dose de 2 à 8 grammes en dissolution dans une tisane ou dans une potion. C'est aussi à cette dose qu'on peut le faire entrer dans les gargarismes de 2 à 500 grammes. J'ai beaucoup employé ce médicament et j'en ai retiré des avantages incontestables, mais je n'ai rien vu qui ressemble aux merveilles qu'on lui a attribuées.

Les boissons acides, telles que les limonades sulfurique ou citrique, ne sont pas moins actives que le chlorate de potasse. Lagneau, qui les avait souvent mises en usage, en faisait le plus grand éloge, et il m'a paru que cet éloge n'avait rien d'exagéré.

L'opium, beaucoup vanté par Hunter, n'a pas d'action curative sur la stomatite mercurielle, mais c'est un excellent correctif du mercure, qu'il fait tolérer à plus hautes doses. En ce sens, il mérite une place parmi les moyens prophylactiques de la saUvation.

La diète lactée rend de grands services chez les malades affectés de ptyalisme à un assez haut degré pour ne pas pouvoir fake usage d'aliments solides.

Stomatite des ouvriers qui travaillent le mercure. Les ouvriers doreurs, les metteurs en tain, les miroitiers, les damasquineurs, les fabricants de baromètres, sont exposés par leur profession aux vapeurs mercurielles ; il en est de même des chapeliers employés au sécrétage des poils (Pappenheim, Hillairetj, opération qui s'effectue au moyen de diverses préparations de mercure; il en est de même encore, et à un bien plus haut degré, des ouvriers qui travaillent aux mines de mercure; aussi, tous ces individus sont-ils souvent affectés de maladies mercurielles, et notamment de ptyalisme. Lagneau [Traité des mal. ve'n., t. 11, p. 102) rapporte l'observation d'un lumiste qui fut pris d'une violente stomatite pour

■lOÛ MERCURlIiLLI^S (ii al adies).

avoir ramoné la cheminée d'un doreur, quoiqu'il eût pris la précaution recommandée en pareil cas, de se couvrir la bouche et les narines avec un linge mouillé. On se lend facilement compte de ce résultat en se rappelant les expériences qui démontrent avec tant d'évidence la volatilisation du mercure à la température ordinaire.

Cette volatiUsation, rendue incontestable par les expériences déjà anciennes de Faraday et de Colson, est devenue encore plus frappante et pour ainsi dire visibl.; dans les procédés imaginés récemment par M. Merget pour en surprendre les effets {Comptes rendus de l'Acad. des sciences, t. LXXIII, n» 24). Le mercure volatilisé, impi'égnant l'air des mines où ce métal est exploité, est la cause des maladies mercurielles des ouvriers mineurs qui respirent cet air vicié et dont le tégument tout entier est en rapport d'absorption avec l'agent toxique.

Ces ouvriers sont sujets à la stomatite aiguë telle que nous venons de la décrire, c'est-à-dire telle que le traitement mercuriel la produit quelquefois. Toutefois, divers auteurs qui ont écrit sur les maladies des ouvriers qui travaillent dans les mines de mercure d'Espagne et du Frioul, Alfaro {Maladies des ouvriers des mines de plomb et de mercure, in Gazette médicale, Madrid, 1855), Vicente de Arevaca {Études sur les mines d'Almaden, in Boletino de tnedicifia, Madrid, 1845), Th. Roussel {Lettres médicales sur l'Espagne, in Union médicale, 1848 et 1849), Hermann (Wien Wochenschrift, 1858) et Tardieu [Dictionnaire d'hygiène publique et de salubrité, t. II, p. 672), ont donné de la maladie une description plus complète et qui la montre avec des symptômes plus graves et plus persistants. M. Th. Roussel, notamment, a remarqué que, pour les maladies mercurielles buccales des mineurs, on devait distinguer les cas de stomatite aiguë de ceux de stomatite chronique.

La stomatite aiguë se déclare ordinairement chez les ouvriers nouveaux venus qui entrent sans précaution dans la mine et se livrent d'emblée aux travaux les plus malsains. Les symptômes sont parfois d'une violence extrême : la muqueuse de la bouche et du pharynx s'enflamme et s'ulcère dans toute son étendue, toutes les glandes salivaires s'engorgent, la langue ne peut plus être contenue dans les arcades dentaires, et les malheureux malades, ne pouvant plus ni avaler, ni dormir, ni parler, succombent quelquefois après les plus vives souffrances. C'est déjà ce qu'on avait observé sur le vaisseau le Triomphe, qui transportait du mercure dans des tonneaux qui laissèrent échapper ce métal ; presque tous les hommes de l'équipage furent affectés de stomatites tellement graves, que deux d'entre eux succombèrent {Archiv. gén. de méd., t. IV, p. 282). Dans d'autres cas, la maladie est plus légère et ressemble en tous points à la stomatite produite par le traitement mercuriel. Toutelois ce n'est pas dans les cas aigus et chez les individus malades pour la première fois qu'il faut chercher ce qu'il y a de particulier dans la stomatite des mineurs.

Les altérations de la bouche vraiment propres aux ouvriers qui exploitent le cinabre sont celles qui dépendent de la répétition de la stomatite, et plus encore celles qui résultent d'une action lente, graduelle du mercure, sans aucun des principaux symptômes indiqués plus haut. Ce sont ces cas, de beaucoup les plus nombreux, qui constituent la stomatite chronique. Les accidents qui caractérisent cette dernière forme succèdent tantôt à une stomatite aiguë, tantôt, au contraire, ils sont primitifs. Dans le premier cas, lorsque les phénomènes inflammatoires ont disparu, que les ulcères sont cicatrisés et que la sahvation a cessé, voici ce qu'on observe : les gencives restent fongueuses, détachées du collet; les dents

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se déchaussent, s'ébranlent, s'altèrent, et les malades finissent par les perdre les unes après les autres. Aussi voit-on à Almaden des jeunes gens de vingt à trente ans avec des figures de vieillards, et sans dents dans la bouche, répandant une odeur insupportable. Mais beaucoup d'individus arrivent à la perte de leurs dents d'une manière plus lente et pour ainsi dire plus douce. La maladie ne débute pas violemment ; il n'y a jamais, ni douleur vive, ni fièvre, ni gonflement notable des glandes saHvaires ; c'est à peine s'il existe dans certains cas un léger ptyalisme. Au commencement, c'est un peu de tuméfaction aux gencives, principalement sur la partie libre, qui devient plus rouge que le reste et forme une sorte de bourrelet autour des dents ; il se sécrète plus o\i moins abondamment une matière grisâtre; en serrant les dents ou en mâchant, on éprouve une sensation incommode ; parfois il se produit des ulcérations sur le bord gingival, soit sur la portion de la muqueuse buccale qui correspond à ce bord, quelquefois sur les côtés de la langue; mais jamais ces accidents ne sont assez forts pour arrêter le travail. Les ouvriers chez lesquels ils existent ne font en général de traitement que lorsqu'il y a des ulcérations, et dans ce cas ils traitent eux-mêmes l'ulcère avec de l'alun ou avec le sulfate de cuivre. Chez certains individus, on voit les gencives s'altérer, devenir fongueuses et facilement saignantes, sans présenter le moindre phénomène inflammatoire. 11 est même "à noter que les mineurs considèrent en général ces particularités comme de bon augure, persuadés qu'ils sont que le mercure absorbé est rejeté avec le sang provenant des gencives. Au reste, quelle que soit la marche des altérations, leur terme définitif est le même, c'est-à-dire la chute des dents. Lorsque ce terme est atteint, les ouvriers cessent complètement de souffrir, et ils connaissent si bien ce résultat qu'ils disent eux-mêmes, lorsqu'un mineur a perdu toutes ses dents ou seulement toutes les molaires, qu'il est désormais à l'abri de tout accident mercuriel du côté de la bouche.

Le traitement de celte stomatite chronique ne diffère pas sensiblement de celui de la stomatite aiguë, mais on comprend combien ici les moyens prophylactiques sont plus efficaces et non moins impérieusement indiqués que la médication curative proprement dite. Nous verrons plus loin en quoi consistent ces moyens, qui sont du reste les mêmes pour toutes les maladies mercurielles.

Tremblement mercuriel. Les ouvriers qui travaillent le mercure sont en outre fréquemment atteints d'un tremblement particulier des membres, déjà signalé par Fernel, Swédiaur, Ramazzini, Fourcroy, mais bien décrit pour la première fois par Mérat {Traité de la colique métallique, Paris, 1812) sous le nom de tremblement mercuriel et regardé comme un résultat de l'action directe du mercure sur le système nerveux, principalement sur les centres. Cette action peut même donner naissance à d'autres symptômes trop intimement liés au tremblement pour qu'on les en sépare. L'ensemble de ces phénomènes morbides mériterait peut-être un autre nom, celui d'encéphalopathie mercurielle par exemple, comparable sous bien des rapports à l'encéphalopathie saturnine.

Comment s'effectue cette action du mercure sur les centres nerveux? est-ce une modification dynamique imprimée au tissu encéphalique par cet agent qui ne ferait que le traverser? ou bien dépend-elle d'une combinaison organique du mercure avec ce tissu dans lequel il s'emmagasinerait et qu'il altérerait plus ou moins profondément.

C'est surtout dans les os du crâne et dans le cerveau qu'on a signalé des accumulations de mercure. Les cas cités de mercure retrouvé dans les os sont trèsnombreux, mais anciens, et, comme l'a dit Hunter, les auteurs qui les ont rap-

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portés (Lentilius, Fallope, Fernel, Bartholin, Boerhaave, Mead, Mayerne, Bonel, Wepfer, Strohl), se sont copiés les uns les autres. A notre époque, où pourtant le microscope et l'analyse chimique permettent de donner à ces recherches beaucoup de précision, on rencontre infiniment moins de ces faits, et rien de comparable aux récits vraiment fabuleux rapportés par quelques-uns de ces auteurs. Virchow, qu'on cite comme ayant trouvé dans les os du mercure métallique, s'en est au contraire défendu (5 2/p/«. constilutionnelle, 1860, p. 11).

Il n'en est pas de même des composés mercuriels solubles et notamment du bichlorure : c'est sous cette forme unique que se trouve le mercure dans le sang, dans le lait, et par conséquent dans beaucoup d'autres liquides ou solides de l'économie ; c'est sous cette forme qu'on a constaté manifestement sa présence dans le cerveau (Grassi). On a cité à ce sujet des faits bien étranges. Van Swieten, entre autres, dit qu'on trouva chez un malade le mercure sous forme métaUique et en quantité considérable dans les ventricules cérébraux . Une observation de M. Reynaud, sur laquelle Cullerier fit un rapport et qui devint l'objet d'une discussion à l'Acadérfiie de médecine, montre combien ces recherches ont souvent été faites à la légère. M. Chevalier, au cours de cette discussion, demande sous quelle forme le mercure a été retrouvé dans le cerveau, et l'on répond qu'on n'en sait rien, mais que c'eh probablement à l'état de protochlorure. MM. Guérard, Cruveilhier, Orfîla, Chevalier, 0. Henry, et pins récemment M. Personne, ont fait des expériences nombreuses d'où il résulte que les substances mercurielles sont beaucoup plus difficiles à saisir qu'on ne le croyait jadis dans les tissus de l'organisme ; et cette question ne sera peut-être bien élucidée dans l'avenir qu'à l'aide des procédés de M. Merget.

Quoi qu'il en soit, en supposant réelle cette accumulation du mercure dans les os malades ou dans certaines encéphalites, Astruc et Virchow en ont vraisemblablement donné la meilleure explication. Elle serait, non pas la cause, mais le résultat, selon eux, de la maladie; et ce serait seulement quand le mercure pénètre dans la substance de tissus ou de masses déjà nécrosées ou suppurées, c'est-à-dire dans des parties de l'organisme où la vie est éteinte ou près de s'éteindre cpi'il y séjournerait, parce que le mouvement nutritif dans ces parties est beaucoup moins accéléré qu'ailleurs.

Quant aux affections nerveuses mercurielles, leur anatomie pathologique est encore à faire. On peut seulement présumer qu'elles ne sont pas exemples de toute altération matérielle et que, même les plus légères, sont liées tout au moins à un certain degré d'anémie du tissu nerveux cérébro-spinal.

Le tremblement mercuriel débute rarement d'une manière brusque, mais presque toujours il survient progressivement. L'ouvrier s'aperçoit d'abord que ses bras sont moins sîjrs, moins forts que de coutume, ils vacillent puis ils frémissent, enfin ils tremblent. La même progression se remarque dans les membres inférieurs ; le tremblement finit par être porté au point de rendre impossible tout travail manuel ; il gagne même d'autres parties du système musculaire, car la parole devient gênée, difficile, comme si les muscles de la langue étaient eux-mêmes affectés. Les mouvements involontaires produits par l'intoxication mercurielle, consistent en petites secousses semblables à celles qui caractérisent la paralysie agitante des vieillards. La marche est chancelante, incertaine, nécessitant quelquefois l'appui d'un corps solide. Les membres supérieurs sont habituellement plus affectés que les membres inférieurs, et c'est toujours par eux que la maladie commence. Lorsque le tremblement en est très-prononcé, les malades ne peuvent

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porter aucun liquide à leur bouche sans le renverser, aucun aliment solide à cause de la difficulté qu'ils éprouvent à le diriger juste. Un doreur, dont Fourcroy nous a laissé l'observation et qui avait l'habitude de s'enivrer, pouvait, dans l'état d'ivresse, tenir son verre sans le renverser, ce qui ne lui arrivait pas lorsqu'il n'avait pas bu {Mal. des artisans, 1777, note p. 43). Du reste la maladie offre beaucoup de variations d'un jour à l'autre. Elle s'améliore parfois et ne tarde pas, il est vrai, à récidiver si les individus s'exposent de nouveau aux mêmes influences.

Il est extrêmement rare de voir le tremblement survenir dans le cours ou à la suite d'un traitement mercuriel. Pour ma part, c'est un accident que je n'ai jamais observé, même à un faible degré, et le nombre des individus que j'ai traités par le mercure est considérable. Cependant les faits rapportés par M. Colson {Arch. gén. de me'd., t. XV, p. 558) sont de nature à faire admettre qu'il n'est pas impossible que le tremblement soit le résultat de l'action des mercuriaux administrés comme agents thérapeutiques. Vidal a également rapporté deux observations de cette nature {Traité des mal. vén., 1853, p. 305).

Il y a même une distinction à faire sous ce rapport entre les différentes catégories d'ouvriers qui travaillent le mercure et dont quelques-uns sont plus exposés que d'autres à l'action de ce métal sur le système nerveux.

Les ouvriers doreurs, les metteurs en tain et les miroitiers ne présentent guère, outre la stomatite, que le tremblement mercuriel ; au contraire, les individus qui travaillent aux mines de mercure sont souvent affectés de ces mêmes maladies compliquées d'accidents beauconp plus graves, et notamment de crampes douloureuses, de paralysie, de troubles variés de l'intelligence. Ces accidents étaient déjà inhérents aux anciennes industries, car on les trouve notés par Walter Pope {Transactions philosophiques, 1665) et par Antoine de Jiissieu {Acad. des sciences, 1719) dans les récits des visites qu'ils firent l'un aux mines d'Idria et aux ateliers d'étamage des glaces de Venise, l'autre aux mines d'Almadeu.

Le tremblement mercuriel simple est un phénomène si commun dans les mines de mercure, que personne n'y échappe ; non-seulement on le voit se conciher avec la continuation du travail, mais encore avec les apparences d'une santé parfaite, au moins chez le plus grand nombre. Cet état peut persister longtemps chez les individus qui mènent une vie régulière et s'astreignent aux mesures hygiéniques nécessaires aux mineurs. Le tremblement n'est pas continuel et varie beaucoup d'intensité. Il cesse à peu près complètement dans l'intérieur des mines, au lit, pendant le repos ; il augmente sous l'influence des boissons alcooliques, des fatigues, des variations atmosphériques. Puis, lorsqu'il a duré un temps plus ou moins long, la cause continuant à agir, des phénomènes convulsifs et des douleurs vives s'y ajoutent, et le tremblement proprement dit est remplacé par un état connu dans les mines d'Espagne sous le nom de calamhres, et caractérisé surtout par une série de contractions musculaires plus fortes, plus étendues, occupant un nombre considérable de muscles et offrant une grande ressemblance avec celles des choréiques.

Cet état est très-commun à Almaden et très-grave. D'après les données recueillies par l'administration, on estime que sur 3911 individus (chiffre moyen * des ouvriers qui prennent part annuellement au travail des mines) on doit compter 48 calambristes, dont une moitié meurt dans l'année, et l'autre moitié reste impropre au travail des mines (Tardieu).

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Le caractère convulsifque premieiU, les contractions des muscles dépend surtout de la prédominance extrême des lléchisseurs sur les extenseurs. Cette prédominance est telle que, lorsqu'au moment d'un accès le malade saisit un objet, aucun effort n'est capable de le lui arracher, et sa volonté est aussi impuissante que toute force étrangère.

Lorsque les phénomènes convalsil's existent, il ne tarde pas à s'y ajouter des douleurs qui, bien qu'elles ne soient pas constantes, constituent néanmoins un des caractères principaux de la maladie. Ces douleurs surviennent d'ordinaire chez les individus qui, ayant déjà présenté des convulsions, ont persisté malgré cela à entrer dans les mines. L'irritation, d'après Vicente de Arevaca, se fixe sur un point quelconque, et dès lors ce point est affecté de calambres. Le point le plus généralement frappé le premier est le gros orteil ; d'autres fois c'est b pouce, et c'est de là que la maladie va s'éteudant au point d'envahir tous les muscles du corps, même ceux des organes de la vie organique et en particulier de l'estomac. L'intensité des douleurs et celle de la contraction musculaire ne sont pas toujours en raison directe l'une de l'autre, et l'on a vu la douleur représentée d'un côté du corps seulement, les contractions convulsives occupant tout le côté opposé. Les douleurs de calambres sont aiguës, lancinantes et quelquefois d'une vivacité intolérable. Quant aux convulsions, de même que chez les choréiques, elles ne sont pas continues, elles augmentent sous l'influence de la moindre émotion morale. Chez les calarabristes, les fonctions sont plus ou moins altérées, suivant le degré auquel est arrivé le mal ; presque constamment il y a inappétence. Le pouls n'est pas modifié en général, à moins qu'd ne se déclare un mouvement fébrile, ce qui est regardé comme un très-mauvais signe. La peau, excepté dans cette dernière circonstance, est plutôt froide que chaude. Un des phénomènes les plus dignes de remarque, est l'insomnie qui survient dès que la douleur caractéristique des calambres se joint aux convulsions choréitormes.

A un degré plus avancé de la maladie, on voit survenir des symptômes de paralysie avec altération de l'intelligence. Les malades perdent progressivement leurs forces et deviennent de véritables paralytiques. Il leur reste toujours un tremblement presque continuel qui prend par moments le caractère convulsif, mais ce tremblement ne s'accompagne pas de douleurs.

Les facultés intellectuelles s'altèreat considérablement, surtout la mémoire, mais on n'observe pas des symptômes de folie proprement dite (Th. Roussel). Dans les cas les plus avancés d'encéphalopathie mercurielle, les malades paraissent à peine capables de quelque détermination raisonnée, mais sans délire. Les facultés géiiésiques persistent, au contraire, même chez les malades les plus affectés.

Quant à la paralysie, elle peut devenir générale et atteindre un très-haut degré. Certains malades, qui sont déjà impropres à toute espèce de travail, peuvent encore marcher en s'aidant d'un bâton ; mais il y en a chez qui la station est impossible et qui vivent dans les maisons, au coin du feu, assujettis sur une chaise connue les enfants en bas âge; beaucoup d'entre eux ne peuvent ni s'habiller, ni manger seuls ; leur visage devient stupide, en même temps qu'ils n'articulent plus que des sous vagues et confus. La paralysie paraît aussi porter plus particulièrement sur les extenseurs. Les mouvements convulsifs ou même volontaires augmentent ou se réveillent sous l'influence des fortes émotions morales. Rien n'est plus singulier que de voir ces malheureux infirmes, incapables habituellement de tous mouvements réguliers, avoir la force, lorsqu'ils sont dominés par

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une émoi ion et particulièrement par la colère, de saisir un objet et de le serrer de telle façon qu'il est impossible de leur faire lâcher prise (Tli. Roussel).

En général, au premier degré de la maladie, dans le tremblement simple, il suffit, pour obtenir la guérison, de quitter le travail, de cbanaer de genre dévie, de s'abstenir de vin et de transpirer beaucoup. Le traitement dont l'expérience a le mieux démontré l'utilité, consiste dans l'emploi des sudorifiques, la tisane de salsepareille, de sassafras, de squine, de gaïac, à laquelle on ajoute de l'acétate d'ammoniaque, ou que l'on fait prendre conciirremment avec la poudre de Dower. Plusieurs malades ont été traités avec succès par M. Oulmont (thèse de M. Gairal. Paris, 1872, p. 15), avec le bromure de potassium et les pilules d'hyoscyamine. Les bains chauds, surtout les bains sulfureux et les bains de vapeur ont également une certaine efficacité. On ignore comment les sudorificjnes agissent pour guérir la maladie, peut-être est-ce en provoquant l'élimination du mercure par la peau ; on ne sait rien de positif à ce sujet.

Lorsque la makidie a pris le caractère convulsif et douloureux, la guérison est beaucoup plus difficile à obtenir et rarement les malades sont ramenés à un rétablissement complet. On peut néanmoins parvenir à faire cesser les contractions choréiformes et la douleur, mais presque toujours les individus restent sujets à un tremblement qui devient par intervalle plus maiiileste. Un ancien médecin d'.Alniaden passait pour avoir trouvé une méthode de traitement qui réussissait gém'ralement contre les calambres, et qui consistait dans l'emploi des antispasmodiques associés aux narcotiques : le musc et l'opium en étaient les principaux agents. Il existe un autre mode de traitement dont le soufre fait la base. Enfin on pourrait espérer de bons résultats de l'emploi de l'iodure de potassium, donné eu boisson aux mineurs à titre de préservatif et de moyen de curalion, d'après les indications de Natalis Guillot et Melsens.

Toutefois ce qu'on doit réclamer avec insistance, aujourd'hui surtout que nos connaissances sur la diffusion du mercure sont devenues si précises, c'est l'assainissement des ateliers où l'on emploie ce métal et ses diverses combinaisons (voij. Chapeliers, Doreobs, Glaces) ; c'est l'aération des mines de mercure, si funestes à la santé des ouvriers qui sont obligés d'y séjourner, et une meilleure disposition des fours qui servent à la distillation du métal {voy. Mines).

Cachexie mercurielle. Le mercure a sur l'économie une action altérante trèsprononcée et dont il a été longuement question précédemment (voy. Effets antiplastiques; action sur le système lymphatiqiie, sur la circulation à sang rouge). Cette action du mercure sur le sang consiste dans une sorte de dissolution des globules qui se produit parfois très-vite chez les malades ta qui ce médicament est administré. Alors ceux-ci se mettent à pâlir, la face devient bouffie, les muqueuses se décolorent, on entend un bruit de souffle au cœur, en un mot on observe un premier degré d'anémie qui, si l'on continue la médication, peut dfvenir une véritable cachexie.

Cette, action du mercure avait fixé depuis longtemps l'attention des médecins ; elle a surtout été bien étudiée par MM. Trousseau etPidoux {Traité de thérapeutique, t. I, p. 192), qui la considèrent comme le résultat d'une dissolution du sang par l'agent mercuriel. Le sang tiré de la veine qui, avant l'administration du mercure, avait la couleur et la consistance normales, perd un peu de sa coloration et surtout de sa consistance; il est diftluent et se prend en un caillot très-mou. Celte dissolution du sang a été constatée par Bretonneau, dans des expériences faites sur les animaux vivants soumis à l'intoxication mercurielle ; elle a été

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observée aussi chez des malades en cours de traitement que l'on saignait ou à qui on appliquait des sangsues.

Déjà Golson avait signalé des faits qui trouvent dans la dissolution du sang par le mercure leur explication naturelle : c'est une espèce de chlorose qui survient chez les jeunes filles ou chez les femmes soumises au traitement mercuriel, et qui les dispose à l'aménorrhée et même aux métrorhagies (Arch. gén. de méd., t. XVIII, p. 24). Chez les personnes soumises par profession à l'intoxication mercurielle, celle-ci a même une influence marquée sur le produit de la conception. Kussmaul, Gœtz, Aldinger, Lire, ont récemment étudié ces effets abortifs du mercure (voy. Emploi industriel du mercure).

La dissolution du sang par le mercure s'effectue vraisemblablement par une action directe de l'agent mercuriel sur le sang. Bien que divers chimistes tels que Christison, Klaproth, Bergmann, Devergie, aient nié la présence du mercure dans la circulation, d'autres expérimentateurs, Zeller, Schubart, et surtout Colsonont par des analyses très-probantes, constaté l'existence de composés de mercure dans le sang d'individus soumis au traitement mercuriel. Colson assure qu'ayant laissé du sang, provenant de trois individus dont deux avaient pris du sublimé el dont l'autre avait fait usage de frictions mercurielles, en contact avec des lames de cuivre, ces lames s'étaient couvertes de plaques blanches formées par du mercure (Ibid., t. XV, p. 87).

Toutefois il ne faudrait pas croire que le mercure ait cette action dissolvante, au même degré sur tous les organismes, c'est-à-dire à l'état de maladie, en pleine diatbèse syphilitique comme à l'état de santé. .]'ai vu souvent, pour ma part, des individus rendus anémiques par la syphilis et même amenés par cette maladie à un degré très-avancé de déglobulisatlon du sang, reprendre leurs forces et se refaire complètement sous l'influence du traitement mercuriel, lequel, loin d'avoir dans ces cas une action dissolvante, agissait au contraire comme un véritable reconstituant. Une observation de ce genre, où l'influence corroborante du mercure fut des plus frappantes, a été rapportée par M. Basset {Thèse de Paris, 1860). On a vu aussi le même effet tonique se produire chez les malades traités par les injections de sublimé, suivant la méthode de Lewin (Liégeois, Annales de syph. et de derinat., 1870, p. 107). Il en est du mercure comme de beaucoup d'autres médicaments, dont l'action est variable suivant les indications créées par la maladie. C'est ainsi que le sulfate de quinine, par exemple, est parfaitement supporté dans les fièvres pernicieuses et guérit le malade à des doses qiii seraient toxiques pour des individus en état de santé.

Quoi qu'il en soit, l'anémie, et finalement la cachexie sont des effets très-réels du mercure administré sans indications ou sans mesure, et qui obligent le praticien à surveiller attentivement l'action du médicament. En pareil cas, on ne doit pas hésiter à suspendre ou à cesser la médication mercurielle pour la remplacer par les analeptiques et les toniques.

L'effet dissolvant du mercure sur le sang s'observe aussi, à plus forte raison, chez les ouvriers soumis aux émanations mercurielles. Ce n'est pas seulement de la pâleur, de la décoloration, un peu de bouffissure de la face, qui se produisent. On a noté l'œdème des extrémités, une tendance aux hémorrhagies passives, à l'ulcération, à la gangrène, à la nécrose, se prononçant principalement du côté de la bouche ; le pouls s'accélère, les malades ont de l'anhélation, des syncopes • pas d'appétit, diarrhée, faiblesse extrême. II est vrai que cette cachexie se rencontre rarement seule et qu'elle est plutôt l'accompagnement des autres maladies

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mercurielles, de la salivation aiguë ou chronique, du tremblement et des autres accidents nerveux, en un mot de l'hydrargyrose, suite d'une intoxication profonde et prolongée.

Les ouvriers mineurs sont d'ailleurs prédisposés à cette cachexie par leurs habitudes et leur régime. A Almaden presque tous éprouvent dans le principe, c'està dire, après les premières journées de travail, un grande fatigue, une courbature de tous les membres ; souvent une dyspnée assez intense, presque toujours du malaise dans la région épigastrique, enfin un mouvement fébrile passager, mais constant. La digestion est une des premières fonctions qui se dérange, l'appétit se perd, la bouche devient mauvaise, il se produit un sentiment d'ardeur à l'arrière-gorge et à l'estomac. Le dégoût des aliments est surtout prononcé pour la viande, et au contraire tous les mineurs ont un goût particulier pour les végétaux, la salade, les fruits et même les acides, aliments peu réparateurs et dont quelques-uns sont évidemment nuisibles par les combinaisons mercurielles auxquelles ils donnent lieu dans l'économie. On a attribué ces symptômes à Taction directe du mercure sur les voies digestives, et cru remarquer que les mineurs rendaient ce métal dans les matières fécales sous forme de petits globules très- visibles. Aussi leur recommande-t-on de ne pas prendre leurs repas dans la mine et de ne pas boire des eaux qui filtrent à travers les parois des galeries. En tout cas, une alimentation si insuftisante et si défectueuse ne peut que les prédisposer aux accidents consécutifs de l'intoxication mercurielle, et notamment à la cachexie.

On a prétendu que les ouvriers qui travaillent aux mines de mercure ont des accidents du côté des os pareils à ceux de la syphilis tertiaire (Hermann, Lorinser), mais rien n'est moins certain. M. Mitscherlich a appris à Idria que les ouvriers n'étaient nullement sujets aux alfections osseuses. Jungken a confirmé ces renseignements par les rapports officiels de deux médecins d'Alraaden. Singer a constaté que les ouvriers exposés aux vapeurs mercurielles, les doreurs, les chapehers, ne sont pas affectés de lésions semblables. Pappenheim, qui a le premier décrit les maladies des ouvriers employés au sécrétage des poils, ne signale non plus rien d'analogue.

La cachexie mercurielle, dans quelque circonstance qu'elle se développe, ne cède que difficilement aux moyens employés; il est nécessaire dans ces cas d'insister longtemps sur un régime analeptique, sur les amers et principalement sur les martiaux. Dietrich qui a publié un intéressant travail sur la maladie mercurielle {Journal des connaissances méd. chirurg., 1840, et Gaz. méd., 1859) regarde l'or et ses préparations comme le moyenle plus efficace de combattre les accidents mercuriels chroniques. Mais en général, c'est au fer qu'on doit donner la préférence en l'associant aux autres reconstituants, et en aidant son action de l'emploi de mesures hygiéniques et diététiques appropriées à l'état des malades.

Hydrargyrie. On a encore décrit comme maladie mercurielle une éruption cutanée que produit souvent l'application des agents mercuriels sur la peau, et qu'on a aussi considérée, mais avec moins déraison, comme un effet de l'absorption du mercure. Celte éruption sera décrite ailleurs {voy. Hïdrargyrie).

J. JflOLLET.

BiBuoGKAPHiE. Voy, Celle de Mercure (thérapeutique) et de Mines ; mais surtout Touvrag-e de Kussinaul.

IMERCIIRII (Jérôme), moine-médecin de la fin du seizième siècle. Sa vie est peu connue, malgré les recherches des pères Échard et Quétif, qui parlent de

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