‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.59Chapitre 22 sur 74 · MEUNIER · texte numérisé non relu

MEUNIER

Bibliographie. Traités des maladies des artisans. — Peacock. On French Millstone-Makers Phthisis. In Brit. and For. Bev., t. XXV, p. 214, 1860. — Vernois. De la main des ouvriers et des artisans. In Ann. d'hyg., 2« sér , t. XYII; 1862, — Pechouer et Saintpierre. Moulins à blé. In Montp. méd., t. XII, p. 507 ; 1864. E. Bgd.

MEUM. Tournef. Genre de plantes Dicotylédones de la famille des Ombellifères. Ce genre, établi par Tournelbrt, a eu, comme d'autres de cette famille, des limites très-variables. Tel qu'il est admis maintenant par la plupart des botanistes, il répond aux caractères suivants : Fleurs formées d'un calice à cinq dents à peine sensibles ; de cinq pétales entiers, elliptiques, aigus à la base et au sommet; de cinq élamines alternes avec les pétales; d'un ovaire infère, à deux loges uniovulées. Le fruit est un diakène, ovoïde-oblong : chaque méricarpe (ou moitié du fruit) porte cinq côtes saillantes, à carène aiguë, sépai'ées par des sillons marqués de plusieurs canaux résinifères.

La seule espèce qui nous intéresse est le Meum athamanticum Jacq., que Linné plaçait dans le genre Athamantha {Athamantha Meum L.), Laraarck et De Candolle dans les Levisticum {Levisticiim Meum DC., Levist. capïllaceuni Lam.), Murray dans les Œthusa {Œthusa Meum Murr.), etc., etc. Cette plante habite les pâturages des montagnes de l'Europe : Alpes, Pyrénées, Cévennes, montagnes d'Angleterre, d'Ecosse, etc. Elle est herbacée. Sa tige, haute de 50 à 40 centimètres, porte des feuilles très-découpées dont les dernières divisions sont courtes et capillaires; toute la plante est verte et glabre. Les fleurs, blanches, sont en ombelles terminales, nmnies d'un involucre de une à cinq bractées étroites : les in\olucelles sont composées de plusieurs folioles étroites, plus longues que les rayons.

Le Meum athamayithicum est le Muov de Dioscoride; sa racine a une odeur aromatique, une saveur piquante et un peu acre, et elle a été employée comme incisive et apéritive. On la trouve dans les droguiers en morceaux longs comme le petit doigt, grisâtres en dehors, blanchâtres en dedans, couronnés à leur exUémité supérieure de nombreux poils rudes, qui forment comme un pinceau.

Les fruits du Meum athamanticum sont aussi aromatiques et employés quelquefois comme carminatifs. Pi.

DioscoF.îDES. Mat. Medic, lib. I, cap. m, — Todrnefort. Institutiones,Z\'i. — Lis>é. Species, ôoo. — Jacqcix. Flora Auslriaca, IV, 2 pi., 505. — De CAKDOLtE. Flore française, i^, 510. Endlicher. Gênera Plant., n" 4443. — Gremer et Godron. Flore de France, I, p. 700. — SovERBï's Englisk. Botamj, IV, p. 141, pi. 506. — Bentham et Hooker. Gênera Plant. I, p. 911. — GuiBocRT. Drogues simples, 6° édit., III, p. 215. Pl.

MEUlVIEit (Zoologie). Petit poisson, très-commun dans nos rivières. On l'appelle aussi Chevaine ou Chabot: c'est une espèce du genre Able. Le meunier a la tête large, les nageoires pectorales et ventrales rouges. Il est de qualité médiocre.

MEL^IËRS (Hygiène professionnelle). Comme le disent MM. Pécholier et Saintpierre, de Montpellier, auxquels on doit d'intéressantes recherches sur cette question, la profession de meunier n'a pas de cachet bien spécial. Leurs occupations se partagent en trois genres d'opérations : 1° Maniement pénible des sacs de blé, des balles de farine et des meules que l'on doit rhabiller; 2° Direction et surveillance delà mouture, du blutage, etc.; 3« Enfin rhabillage des meules [voy. Meules). Certaines particularités méritent cependant de nous arrêter un moment. Le séjour dans des habitations souvent situées sur le bord, ou dans le lit même de la rivière, les expose soit au froid, à l'humidité et par

MEURIS^E. i03

suite aux affections rhumatismales, soit, dans certaines localités, à des affeclious de nature paludéenne; d'un autre côté ils vivent au sein d'une atmosphère cliargée de poussières de farine mélangées en plus ou moins grande proportion avec d'autres poussières provenant de particules calcaires ou siliceuses qui n'ont pu être totalement séparées du blé. Ces poussières produisent, surtout daus le temps de l'apprentissage, une irritation pulmonaire plus ou moins vive ; d'ordinaire les poumons tlnissent par s'habituer à celte influence, mais il n'en est pas toujours ainsi, et certains ouvriers sont obligés de quitter le moulin, certains autres succombent à une plilegmasie pulmonaire, ou même à la phthisie. Un excellent moyen de prévenir ces accidents serait assurément de porter un masque de gaze serrée ou de mousseline, mais ce masque finirait par se couvrir d'une couche de poussière quand celle-ci est très-abondante, et gênerait la vue, et d'ailleurs nous l'avons maintes fois répété, ce moyen répugne d'une manière toute particulière aux ouvriers, même dans des professions oiî il serait beaucoup plus nécessaire.

Une circonstance relevée par MM. Pécholier et Saintpierre, vient encore aggraver la disposition aux états pathologiques que nous avons signalés, c'est la trop longue durée du travail qui est de dix-liuit heures par jour. Quoique la profession n'exige que par intervalles de violents efforts musculaires, il est clair que six heures de sommeil sont insuffisantes pour unmanouvrier. 11 serait donc désirable, disent-ils de réformer des habitudes aussi fâcheuses.

Nous allons voir que la statistique confirme pleinement ces données : D'après les relevés de Fuchs, sur les registres des sociétés ouvrières de Wurtzbourg, de 1786 à 1854; les meuniers ont eu 2698 malades sur 10,000 souscripteurs, le chiffre moyen pour toutes les professions étant 2282. Le rapport des décès également sur 10,000 souscripteurs fut de 94, le chiffre moyen étant 76; enfin le rapport du nombre des décès à celui des malades traités a été de 550, alors que la moyenne commune était de 527. Ainsi pour ces différentes conditions, morbidité, mortalité, les meuniers offrent des chiffres plus élevés que les chiffres moyens. Relativement à la phthisie, M. Lombard nous apprend que la proportion chez les meuniers fut de 148 pour 1000, la proportion moyenne pour les professions à poussières étant de 145, différence assez minime du reste, mais beaucoup au-dessus du rapport moyen pour toutes les professions réunies, lequel est de 114 sur 1000. 31. Lombard leur donne pour durée de la vie 42 ans ou, retranchant les causes de décès par accident, 45 ans, alars que la durée de la vie pour les professions diverses qu'il a examinées, fut de 55 ans.

On comprend que les inconvénients sont bien moins accusés dans ces grandes usines où la vapeur joue le principal rôle. E. Beaijgrand.

Bibliographie. — Les Traités des maladies des artisans. — Pécholier et Sainthekre. Moulins à blé [Etudes d'iiijgiène sur quelques industries des bords du Lez], In Montp. méd., t. Xll, p. 507; 1864. E. Bgu.

IMEVRIISSE (Henri Emmanuel) né à Saint-Quentin, mort le 17 mai 1694, fit partie du Collège des chirurgiens de Paris, dont il fut l'un des membres les plus laborieux. U a fourni à Devaux les matériaux d'un fivre devenu fort rare ; Index funerens Chirurgorwn parisiensium ah anno 1515 ad annum 1714. Meurisse a publié un Traité sur la saignée, Paris, 1686, 1689, in'12, qui eut beaucoup de succès et dont la troisième édition, imprimée après sa mort porte le titre suivant : VArt de saigner, accommodé aux principes de la circulation du sang, Paris, 1738, in-12. A. Ddreau.

464 MEXIQUE (géographie)

MEURTRE. Voy. Blessures, Homicide, Moinujianie et Suicide.

MEXIQUE. § I. Géographie et démographie. C'est le 13 du mois d'août de l'an 1521 que le lieutenant Fernando Certes, en s'eniparant de Mexico, mit fin au petit empire aztèque de Montézuma, et posa la base de ce vaste royaume de la Nouvelle-Espagne, qui devait dépasser cinq fois l'étendue de la Péninsule ibérique, et ruiner la nation espagnole à force d'y importer des richesses quirénervàieut et qu'elle ne savait pas rendre fécondes. L'empire des aztèques, qui s'étaient substitués aux précédents envahisseurs, n'avait duré que deux cents ans depuis la fondation de leur capitale Tenochtitlan (Mexico).

Le royaume de la Nouvelle-Espagne a duré précisément trois siècles, puisque l'année 1820 marque la fin de la domination espagnole au Mexique et le commencement certain de l'indépendance que la nation Mexicaine a conquise et qu'elle a bien su conserver.

La domination de Montézuma, le sultan de Tenochtitlan, était bornée à l'est par les rivières de Guasacualco et de Tuspan, à l'ouest par les plaines de Soconusco et par le port de Zacatala. Elle n'embrassait que les provinces que nous connaissons sous les noms de Yalladolid, de Mexico, de Puebla, de Vera-Cruz et d'Oaxaca. Humboldt en évalue l'étendue à 20 mille lieues carrées au maximum. Dans la vallée même de Mexico, se trouvaient au nord-est les petites républiques de Tlaxcallan et de Cholula, avec le royaume de Tezcuco, et au nord-ouest celui de Mechuacan. Ces petits États étaient désignés, avec celui de Montézuma, sous l'ancien nom d'Anahuac, et s'étendaient entre le 16^ et le 21* degré de latitude au nord de l'équateur. Au nord du 21'' degré, dès que l'on passait la rivière de Saulago, on tombait dans les bordes nomades et barbares des Otomites et des Chichinièques.

Lorsque les Espagnols eurent affermi et étendu leur domination de l'un à l'autre océan, la dénomination de Nouvelle-Espagne fut appliquée à l'immense contrée sur laquelle le vice-roi du Mexique exerçait son pouvoir. Ce grand royaume indien s'étendit du 10^ au 58'^ degré de latitude septentrionale, enlermaiit toute la partie de l'Amérique du nord comprise entre la Louisiane à l'est et le Grand-Océan boréal à l'ouest. C était une surface de près de cent raille lieues carrées. L'indulgent Humboldt s'efforce de démontrer que l'ardeur persévérante des Espagnols pour la conquête avait pour mobile moins la cupidité que l'esprit catholique de propagande religieuse. L'un de ces motifs n'excuse pas plus que l'autre le système atroce que le gouvernement de Madrid suivit pour atteindre son but quel qu'il fût, système qui réussit à tenir pendant trois siècles ces immenses et beaux pays dans l'abrutissement d'esprit, la misère et la dépopulation. Il n'est pas besoin de chercher d'autres causes de la durée éphémère de l'État qu'ils y avaient fondé au prix de tant d'efforts, de tant de sang et de crimes contre l'humanité.

Lorsque, par la décadence bien méritée de l'Espagne elle-même, l'Amérique put enfin secouer le joug des oppresseurs, Guatemala se sépara d'abord de la Nouvelle-Espagne ; le Mexique redevint lui-même ; mais h dévorante attraction des États-Unis du Nord lui enleva successivement la (Nouvelle) Cahfornle, le Nouveau- Mexique et le Texas. Aujourd'hui la république mexicaine, ou ce qui se nomme les États confédérés du Mexique, est limité : au sud par le 16* degré de latitude, — au nord par le 53* degré, — à l'est par le golfe du Mexique et par le Rio grande del Norte qui s'y jette, — à l'ouest par le Grand-Océan boréal (Pacifique), où la

MEXIOUE (GtoGRAïuiE) . 405

république conserve la Vieille ou Basse-Californie, séparée de la Sonora par la mer Vermeille (mer de Cortès, golfe de Californie). Heureux Mexique pourtant, si dans cet espace ainsi rétréci, mais équivalant encore à près de quatre fois la surface de la France, il échappait désormais aux tentatives de conquête et d'annexion violente, et s'il sentait assez le besoin de la concorde et de l'unité, pour instituer enfin un ordre social libre, indépendant et sûr.

En 1868, la Confédération mexicaine se composait de vingt-deux États, plus un district fédéral et six territoires. Elle avait une superficie de 2 millions de kilomètres carrés, une population probablement au-dessus de 9 millions d'âmes, ce qui met la populalioij spécifique ;i 4,50 par kilomètre carré, pour l'ensemble de la Confédération : ce chiffre s'élève A 29 pour l'État de Quéretaro, A 23 pour celui de Mexico, A 22 pour Guanaxuato, A 17 pour Tlascala, A 16 pour La Puebla,

Et il descend au-dessous de l'unité pour les provinces du nord, Basse-Californie, Sonora, Chihuahua et Cohahuila.

En 1871, la Confédération avait 347 kilomètres de chemins de fer et 4 789 kilomètres de lignes télégraphiques.

Orographie, Hypsométrie. On peut se représenter le Mexique comme un vaste plateau, plus ou moins ondulé et découpé, qui s'étend en s'élargissant graduellement du sud-est au nord-ouest, et qui est limité, à droite et à gauche,, par deux cordillères courant dans le même sens presque parallèlement. Du côté du golfe, la chaîne montagneuse part de l'isthme de Tehuantepec, s'avance tout le long de l'État de Vera-Cruz en le séparant de ceux d'Oaxaca, de Puebla et de Quéretaro, se poursuit sous le nom de Sierra-madre del Golfo en se ramifiant à travers les États de San-Luis-Potosi, Nuevo-Leon, Tamaulipas, Cohahuila, et disparaît devant le cours inférieur du Rio grande del Norte. Du côté du Pacifique, la cordillère on Sierra-madre occidentale s'étend sans interruption depuis le Rio grande de San-Iago (latitude 21°) jusqu'au Rio Gila, qui limite actuellement le Mexique au nord-ouest.

Humboldt a parlé d'une troisième branche des Andes mexicaines, branche médiane ou centrale, qui, partant de Guanaxuato, traverserait les États d'Aguas- Calientes, Zacatecas et Durango. Cette assertion, répétée de confiance par plusieurs auteurs, est contredite et réfutée par Edtii. Guillemin-Tarayre qui, comme membre de la Commission française du Mexique, a fort exploré ces régions. Selon lui, l'intérieur du plateau a, il est vrai, des chaînons montagneux, d'abord assez rapprochés vers le centre, puis s'écartant à mesure qu'ils s'avancent vers le nord; quelques-uns sont fort élevés, tel est le Gerro-del-Gigante, 3075 mètres (en Guanaxuato); mais ils ne sont pas reliés entre eux, et ils affectent des orientations différentes, dont la plus fréquente est cependant parallèle aux deux sierras latérales. Cette disposition de chaînons isolés se poursuit non-seulement jusqu'au Rio Gila, mais aussi dans tout le territoire du Nouveau-Mexique.

L'immense plateau mexicain incline lentement vers le nord ; il se maintient, de Mexico à Durango, dans un espace de 560 kilomètres, à une élévation de 2 700 à 1 700 mètres au-dessus du niveau de l'Océan. La hauteur moyenne autour de Chihuahua est encore de 1 400 mètres, et elle ne s'abaisse à 1 200 mètres qu'auprès d'EI-paso-del-Norle. Ce phénomène géologique fixait l'attention étonnée

oU

466 MEXIQUE (géographie).

d'Alexandre de Humboldt, frappé de voir de vastes et régulières cultures, des villes considérables, d'importantes populations agricoles, développées à des hauteurs qui sont celles des passages du mont Genis, du Saint-Gothard, du Graiid- Saint-Bernard. Le plateau se continue donc dans toute la longueur du Mexique, et même au delà jusqu'au 40'' degré de latitude. Mais il est loin d'être nivelé comme une plaine de la Beauce ou comme un plateau basaltique. 11 offre une suite de vallées relevées de collines, communiquant entre elles par des gorges plus ou moins profondes, et parsemées de barrancas, qui sont des ravins torrentiels, ou desséchés, suivant la saison. Les cartes que Humboldt en a dressées montrent ses ondulations et ses profondes inégalités ; ainsi, le plateau de Toliica est à l'altitude de 2 700 mètres ; il domine la vallée de Mexico, qui n'est qu'une dépression, une sorte d'entonnoir, dont le fond est occupé par cinq lacs d'étendue diverse, qu'entretiennent plusieurs cours d'eau descendant des hauteurs environnantes. La ville de Mexico (2 277 mètres) est riveraine du plus grand de ces lacs, la Lagiina de Tezcuco, et elle est exposée à de terribles inondations par la hauteur variable des eaux. Si l'on prend la route au nord de Mexico, on trouve Tula à 2 045 mètres de hauteur, San Juan del Rio à 1960, Salamanca à 1760. Après s'être ainsi abaissé graduellement dans une longueur de 250 à 300 kilomètres (du 19^ au 21« degré de latitude), le plateau se relève, du 21^ au 25^ degré , Taniascatio ayant 1 800 mètres d'altitude , Guanaxuato 2 070 , Diirango 2 087. Entre ces deux dernières villes, Valenciana (2 500 mètres) remonte à la hauteur de Mexico. Au nord de Durango, le vaste Etat de Chihuahua se compose de larges plateaux oscillant du sud au nord entre ] 900 et 1 300 mètres. Des chaînes isolées, dirigées généralement au N.-N.-O., s'étendent sur cette immense surface ; leurs soulèvements les plus saillants ne s'élèvent pas au delà de 700 à 800 mètres (Gn.-Tar).

Dans sa largeur, le plateau mexicain occupe presque toute la langue de terre qui sépare les deux océans. Sur la route à l'est de Mexico, le grand plateau d'Anahiiac maintient son altitude jusqu'à 120 kilomètres de Vera-Cruz ; la Puebla de los Angeles reste à 2 194 mètres d'élévation; El Final, Perote, la Viguas, sont entre 2 540 et 2 550 mètres ; puis commence la brusque déclivité, oii S. Miguel n'est plus qu'à 1 750 mètres et Xalapa à 1 540 ; entin la Antigua et la Vera-Cruz sont au niveau du golfe. Dans la route à l'ouest (ou plutôt au sudouest), la déclivité est plus lente, parce que la cordillère, à cette latitude, est plus éloignée de la côte occidentale. La descente est aussi plus irrégulière : le plateau , qui porte encore Guchilaqua à 2 450 mètres , abaisse Cuernavaca à 1 650, Mescala à 514, relève Chilpanzingo à 1 375; puis, s'abaissant de nouveau et de plus en plus, le terrain ondule jusqu'à Acapulco qui est au niveau du Pacifique. Cependant les vallées longitudinales qui se succèdent sur cette pente tourmentée sont étagées réguhèrement : on rencontre d'abord, en sortant du plateau de Tenochtitlan , la vallée d'Istla; le fond de son bassin est (selon les mesures de Humboldt) à 981 mètres au-dessus du niveau de l'Océan; puis celle de Mescala à 514 mètres, comme nous l'avons dit, celle du Papagallo à 170 mètresi et celle du Peregrino à 158.

La lisière méridionale du grand plateau est tracée, comme Alexandre de Humboldt l'a remarqué le premier, par une grande ligne de montagnes volcaniques, très-élevées, qui s'étend exactement de l'ouest à l'est, passant à 30 kilomètres au sud de Mexico, sans former une chaîne continue, et qui réunit en quelque sorte les deux cordillères, en les coupant â peu près à angle droit. Ce

MEXIQUE (géographie). 4t)7 .

sont, à partir du Pacifique : les deux volcans de Colima (5 886 mètres), le pic de Tancitaro, le JoruUo (I 204 mètres), le Nevado de Toluca, le Popocatepetl (nom aztèque conservé, signifiant la montagne fumante) 5 400 mètres, l'Iztatchihuati (la femme blanche) 4 786 mètres, le Citlaltepetl ou pic d'Orizaba 5 295, avec le Nauhcampatepetl (cofre de Perote, qui est plus au nord) 4 089 mètres, et le volcan de Tuxtla, situé au bord du golfe. De ces volcans principaux quatre, au moins, sont en activité : deux sur le versant occidental, Colima et Jorullo, et deux près du versant oriental, le pic d'Orizaba et le Popocatepetl, aux points culminants de la grande chaîne ou cordillère de Anahuac, qui s'étend jusqu'à l'isthme de Tehuantepec.

Le volcan de Jorullo est le plus moderne de tous. Jusqu'au milieu du dixhuitième siècle, la plaine de Jorullo était couverte de plantations d'indigo et de cannes à sucre. Deux ruisseaux l'arrosaient, le Cuitimba et le San Pedro. Au mois de juin 1759, des tremblements de terre, accompagnés de grands bruits souterrains, commencèrent à se faire sentir, et se répétèrent pendant deux mois. Le sol semblait enfin raffermi, lorsque, dans la nuit du 28 au 29 septembre, un horrible fracas souterrain se fit entendre de nouveau, et le terrain se souleva, dans la forme d'une monstrueuse vessie, sur une étendue de 50 ou 40 kilomètres carrés, à laquelle les habitants donnèrent le nom de Malpays. Ce gonflement, qui n'est élevé que de 12 mètres vers les bords, va jusqu'à 160 mètres au centre. L'éruption fut très- violente : des fragments de roches incandescentes furent lancés à une grande hauteur, des nuages de cendre furent chassés au loin ; la flamme qui illuminait les explosions fut aperçue à de grandes distances. Les deux ruisseaux se précipitèrent dans le gouffre, qui vomit des éruptions boueuses, argileuses, enveloppant des boules de basalte décomposé en couches concentriques. Des milliers de petits cônes, de 2 à 3 mètres de hauteur, sortirent, crevant la voûte du Malpays; les indigènes les appellent hornitos (petits fours); de chacun d'eux s'élève, jusqu'à 10 ou 15 mètres de hauteur, une fumée épaisse, souvent accompagnée de tonnerre souterrain. Entre ces cônes, sur une crevasse dirigée du N.-N.-E. au S.-S.-O., six grandes buttes sortirent de terre et s'élevèrent de 400 ou 500 mètres au-dessus de l'ancienne plaine. C'est la plus haute de ces butles qui porte le nom de Jorullo : elle a vomi, de son flanc septentrional, une quantité considérable de laves avec des fragments de difiérentes roches. Les grandes éruptions durèrent jusqu'en février de l'année suivante, puis elles devinrent de moins en moins fréquentes.

Le terrain volcanique n'est pas borné à la grande ligne signalée orographiquement par de Humboldt. Nous reprendrons plus loin la description de ce terrain.

Géologie. Ces plateaux et ces chaînes de montagnes qui les bornent ou les traversent, n'ont pas seulement pour base nécessaire les roches plutoniques, telles que granits, schistes et syénites : la plus grande partie de leur masse émergée en est encore composée. C'est ce que l'on reconnaît, soit sur les divers gradins des deux sierras, soit sur les pentes qui arrivent aux deux océans. Les chaînons détachés, qui courent au milieu du plateau entre les deux grandes chaînes latérales, sont composés aussi de granit, syénite, porphyre, trapp et basalte.

Le granit dans lequel la nature a creusé le port d'Acapulco, parait à nu jusqu'à la hauteur de 400 ou 500 mètres. Un peu plus haut, au-dessus de la Venta de la Moxonera, paraît le porphyre, plus ou moins amygdaloïde ; il forme la crête de Caxones qui s'élève en pain de sucre à 1 158 mètres. De Masatlan (i 270 mètres) et de Ghilpansingo (1 580 mètres) jusqu'au Puente de Istla au

468 MEXIQUE (géographie).

delà de Tepecuacuilco, le dépôl de calcaire secondaire est percé çà et là par un porphyre à base de grunstein, ou par une amygdaloïde poreuse, laquelle se retrouve aussi à l'approche de Mexico, associée, dans la direction du Guanaxuato, au porphyre trapéen.

Au delà de Mexico et dans la direction de la Puebla, le grunstein reparait, perçant le même grand dépôt de calcaire secondaire, qui s'étend jusqu'à Las Vigas, au commencement de la descente rapide qui porte à la Antigua, près Vera-Cruz, — descente sur laquelle Humboldt note encore l'apparition du porphyre avec le basalte.

Il en est de même de la chaîne qui s'étend dans toute la longueur de la Vieille- Californie sur le bord du golfe : cette chaîne est formée de granit, ainsi que les chaînons qui s'y rattachent. Le point le plus haut du soulèvement granitique est le Cerro-del-Gigante, près Loreto (1 588 mètres, latitude 26 degrés).

Les terrains sédimentaires n'ont donc qu'une épaisseur relativement assez mince, quant à ce qui en a été reconnu jusqu'ici, soit à l'état métamorphique, soit à l'état originel ; de plus, la série en est fort incomplète, et les fossiles caractéristiques des périodes successives y manquent ou y paraissent clair-semés. C'est pourquoi l'on peut contester l'hypothèse émise par Élie de Beaumont [apud Labêche traduit par Brochant, p. 452), que le système des Andes soit probablement le plus récent de tous les systèmes de soulèvements observés à la surface de notre globe. On regarde comme plus vraisemblable l'opinion de ces géologues qui voudraient que le monde des deux Amériques eût été appelé le Monde- Ancien, attendu que la pauvreté relative de ses dépôts sédimentaires (au moins dans les plateaux et cordillères du nord) témoigne que la croûte qui les recevait n'est pas restée bien des milliers de siècles sous les eaux primitives, et doit, porter à croire que les premiers soulèvements américains avaient eu lieu déjà, lors )ue tout le reste du globe était encore submergé.

Le grand phénomène, aujourd'hui incontesté, de la métamorphose des dépôts de sédiments au contact des éruptions brûlantes, est un fait très-général au Mexique. Les porphyres et autres roches métamorphiques sont signalés principalement sur la pente orientale de la grande sierra du Pacifique, de Xahsco, San-Blas et Tépic à Arispe (Sonora), du 20* au 51* degré de latitude. Les roches feldspalhiqnes, dont l'importance est coBsid érable, se trouvent aux deux chaînes et sur les plateaux. Une coupe géologique, présentée par MM. Dolfus et Montserrat, (imitant et perfectionnant celles de Humboldt) montre des trapps et des porphyres à grands cristaux feldspathiques de Mexico à Rio-frio (altitude 3 085 mètres) et àSan-Martin (2 340mètres).

Les porphyres qui se dressent çà et là dans la vallée de Mexico paraissent nés des marnes du terrain crétacé.

Passé San-Martin, les porphyres sont à nu encore jusqu'à Venta del Chalco sur fe versant ouest de la chaîne ; ils dominent les profondes barrancas au nord de Perote ; ils constituent tout le relief montagneux qui borne la vallée de ce côté. Les grauwackes brunes des Cumbres rappellent les terrains siluriens du Rhin. La chaîne de la Preciosa a pour noyau un porphyre vert : elle se compose aussi de schiste gris et verdàtre, que l'on peut taxer de silurien, quoiqu'il ne montre pas ses fosbiles.

Le terrain carbonifère s'est très-rarement rencontré au Mexique, qui ne jouit à aucun degré, sous ce rapport, des immenses richesses des Etats-Unis. Un calcaire noir et iiu grès grisâtre ont semblé l'indiquer dans l'Etat de Puebla, à Aculcingo.

MEXIOUF: (géographie). 469

Giiillemin-Tarayre le signale au nord-est de Tépic : ce savant voyageur y rencontra des couches d'anthracite, assez pauvres en charbon, dans un calciire gris qu'il regarde comme appartenant au terrain houiller, et qui est le même que Humboldt avait signalé dans l'État de Guerrero (latit. 18°) sous le nom de calcaire- Alpin (calcaire-montagne de Burkarf). Les calcaires gris sont très-fréquents dans les deux sierras qui bordent les plateaux, sur les versants des deuv océans. Ils ne le sont pas moins dans les chaînes qui émergent vers le nord du Mexique. Mais ils apparaissen', plus rarement dans la partie centrale, où dominent les rochas feldspathiques.

Les grès rouges et grès bigarrés (formés après la période carbonitete) se montrent sur les chaînons du Guanaxuato et de Zacatecas, où ils ont au plus 40 à 50 mètres de puissance. Le nouveau grès rouge, « formation éminemment équino\iale, » se retrouve plus au nord sur un plateau vaste et désert, haut de 1200 à 1500 mètres, qui s'étend entre le Cinaloaet la Sonora d'une part, le Durango et Chihuahua de l'autre ; il se prolonge dans le Nouveau-Mexique, où il paraît former, sous les terrains oolithique et crétacé, la plus grande partie des roches stratifiées.

Les dépôts calcaires, qui succèdent aux grès, sont incomparablement plus répandus, sans acquérir plus de puissance. Leurs assises sont minces sur les sierras de Zacatecas et de Guanaxuato. Ils sont regardés comme jurassiques (sans détermination de fossiles) entre La Puebla, AcuJcingo et Cordoba (latit. 19", altit. 928 mètres) jusqu'au nord de Perote, où ils couvrent les pentes des barrancas qui descendent vers Nautla (latit. 20"). Mais MM. Dollfus et de Montserrat regardent comme crétacés les calcaires de Chiquihuite ; ceux de Jalcomulco (sur lesquels coule le Rio de la Antigua) le sont incontestablement, d'après les rudistes qu'ils laissent voir.

Les calcaires gris bleu d'Aculcingo et d'Orizaba (altit. 1282), ceux que l'on voit de Perote à Puebla, ont des veines noires siliceuses, qui rappellent les phtanites dévoniennes de la Belgique. D'une formation certainement plus récente est le calcaire blanc et gris avec traces de fossiles, qui recouvre le tuff diluvien de l'Analiuac, entre Puebla et Cambres. Dans la direction descendante à Vera-Cruz, ce sont des calcaires noirs, gris, bleuâtres, puis d'autres jaunâtres et blancs qui traversent, en couches étroites et relevées, les conglomérats trachytiques.

Sur le calcaire carbonifère de la Sierra-madre du Pacifique, signalé plus haut, repose le terrain crétacé : la craie proprement dite y fait défaut ; mais l'âge des calcaires, des schistes, des marnes de ce terrain, est déterminé par les fossiles qui s'y trouvent, cératites, trigonies, gr\-phées, cidaris, etc.

Les terrains sédimentaires paraissent occuper tout le versant oriental de la Cordillère.

Toute la péninsule de l'Yucatan, vaste pays plat, coupé seulement par une chaîne de montagnes peu élevées, n'est qu'une formation calcaire.

Vers l'autre océan, nous avons déjà mentionné le calcaire secondaire du Guerrero. Il porte du gypse à Sopilote.

Les dépôts diluviens ne manquent pas au Mexique ; mais ils y ont moins de puissance encore que les formations secondaires que nous venons d'énumérer Cependant les parties élevées de la Sierra-madre du Pacifique sont chargées de tuffs et conglomérats trachytiques, qui forment des étages de quelques centaines de mètres.

Les tuffs sont feldspathiques à Guadalajara, ainsi quedans le JaUsco, où ils sont

470 MEXIQUE (géographie).

alliés aux basaltes, aux porphyres trachytiques, aux obsidiennes. Dans le Guanajuato ce sont des alluvions argile-siliceuses. Dans le bassin de Mexico, le sous-sol argileux garde l'eau à quelques centimètres sous le sol, encore que la chaleur en ait séché la surface. Les recherches démographiques, faites dans d'autres pays, ont montré que cette stagnation souterraine n'est pas favorable à la vitalité humaine. Le bassin de Mexico est une grande cuvette elliptique, à laquelle on donne à tort le nom de vallée, puisque les eaux, dépourvues d'écoulement, s'y accumulent en grands lacs. Ce bassin comprend les quatre vallées de Toluca (2 600 mètres), de Tenochtitlan (2 274 mètres), d'Actopan (1 966 mètres) et d'Istla (981 mètres). Le fond en est occupé par des dépôts lacustres, des tuffs stratifiés. Les puits artésiens, que l'on y a creusés au nombre de trente depuis vingt ans, ont fait connaître la composition du terrain jusqu'aux couches qui fournissent les eaux jaillissantes : c'est une série de couches d'argile plus ou moins calcaires et ferrugineuses, séparées par des sables quarzeux ou porphyriques. Ces couches ne mesurent pas, prises ensemble, plus de 80 mètres d'épaisseur : les argiles inférieures ont des iufusoires et des coquilles lacustres ; les supérieures ont quelques restes de grands animaux fossiles. En se dirigeant vers Puebla, le tuff diluvien, blanchâtre, un peu calcaire, que l'on rencontre à Cambres, est mêlé de mica et de pyroxènes. Au delà de Tehuacan (1 648 mètres), le même tuff a offert de beaux ossements d'éléphants. A Orizaba, à Cordoba, se montrent de nouveau les tuffs feldspatliiques et les conglomérats.

On a recueilh, sur les versants de la Sierra-madre de l'est, vers Monterey, de nombreux débris de proboscidiens {Elephas texensis) et quelques dents de mastodonte.

Nous avons indiqué, autant que le permettent les observations, encore fort incomplètes, que nous avons pu coordonner, comment le relief mexicain a été formé par des soulèvements et des affaissements alternatifs, par des éruptions plutoniennes auxquelles ont succédé les dépôts aqueux. Les soulèvements, répétés à des époques diverses, ont plusieurs fois percé les terrains déjà formés, soit éruptifs, soit sédimentaires, et donné lieu aux volcans qui ont couvert de leurs éjections une étendue considérable, peut-être la plus grande partie du pays. L'activité, ancienne et moderne, de ces volcans est témoignée par l'abondance des tuffs basaltiques et trachytiques, par les sources thermales, par les sels que renferment les eaux des lacs, par les coulées de laves, parles cratères qui subsistent encore, et dont quelques-uns n'ont pas cessé d'être en feu, enfin par les tremblements de terre, qui ont encore causé de grands ravages en 1837 1844, 1854 et 1856. Tout récemment, en octobre 1868, le Mexique a été agité comme le Pérou, et on a vu surgir des sources chaudes et des fumerolles nouvelles.

Nous avons énuméré plus haut (page 467) les grands volcans qui forment comme la lisière méridionale des plateaux de l'Anahuac. Si l'on remonte de Vera- Cruz à ces plateaux, on trouve d'abord à Huatusco (altitude 1 550 mètres) sept petits volcans, qui sont comme la menue monnaie du grand pic d'Orizaba. Au delà du Pic, le volcan Alchichicaajailh au-dessus des tuffs lacustres; son cratère, qui est devenu un lac, ouvre au niveau du sol par six kilomètres de tour. Toute la plaine de Tlachichuea et de Tepetitlan est parsemée de petits volcans. A Ozumbilla, puissante coulée de lave, venue de fort loin au nord-ouest. A Puebla même les champs de lave occupent plusieurs lieues carrées. Tout près et au sud de 31exico, le Nevado de Toluca est une éruption porphyro-trachy tique, avec cristaux defeld-

MEXIQUE (géographie). 471

spath blanc, orthoseet amphibole (c'est la composition de nos monts Dômes auvergnats). Le fond du cratère est en partie couvert d'eau.

Le nom de ce volcan lui vient de la neige qui couvre perpétuellement son sommet, élevé de 4 578 mètres. Tout autour on trouve phonolilhe sur basalte, porphyre blanc, tuffs basaltiques. Le basalte se montre sur la pente de la chaîne jusqu'à Tépic. A quelques mètres au sud de cette ville se trouve le volcan éteint de Sanganguey. Au midi du Guanaxuato, la plaine dite Valle-de-San-Iago est entourée de sept volcans, dont deux cratères-lacs à eau alcaline, l'Alberca et La Hoya. Dans leJalisco, une puissante nappe de roches éruptives recouvre les roches sédimentaires ; elle est accompagnée de conglomérats, de basaltes, de porphyres trachytiques, d'obsidiennes.

Les côtes de la Sonora sont des formations ignées, qui, quoique éteintes depuis longtemps, sont pour la contrée une cause d'aridité, et lui donnent un aspect de désolation, la vraie image d'une terre de feu : « Les roches volcaniques portent leurs perturbations jusqu'au cœur de la Sierra, jusqu'au milieu des roches cristallines, et mêlent leurs roches amygdaloïdes aux roches métamorphisées des étages crétacés. » La même image de désolation attriste dans la Vieille-Californie, où les produits volcaniques se sont épanchés avec beaucoup d'étendue sur les chaînons secondaires.

Le pic ou cratère très-élevé de Las Vir gènes est sur le rivage de la Mer Vermeille au 28* degré de latitude.

Les terrains me'taUifères mesurent, selon G.-Tarayre, les quatre cinquièmes de la surface du Mexique. Les filons abondent dans presque tous les départements ; ils pénètrent les terrains de tout âge, les roches cristalhsées, granits, syénites, gneiss, diorites, — les porphyres métamorphiques, les schistes, les calcaires appartenant aux formations secondaires, les grès, brèches et conglomérats. On trouve des groupes de filons dans la plaine autour de collines basses, et ils occupent des massifs élevés et isolés sur le grand plateau.

Les mines s'exploitaient à toutes les altitudes, depuis le niveau de la mer (même au-dessous, au Rosario de Cinaloa) jusqu'à trois mille mètres (Sierra de Catorce). La plupart des anciennes mines sont maintenant abandonnées : ce n'est pas qu'elles soient épuisées, mais le travail est découragé par l'insécurité qui résulte (le l'anarchie. Dans les dix États, pris ensemble, où des filons sont encore exploités, la production annuelle de l'or et de l'targent ne dépasse pas 140 millions de francs.

Dans le Chihuahua les exploitations de minerais d'argent, de cuivre et de plomb, qui avaient lieu autrefois avec une grande activité, tant sur les plateaux que dans la Sierra-madre, ont perdu beaucoup de leur importance. Les plus remarquables sont encore les mines du Parral, à 200 kilomètres au sud de Chihuahua : les grands liions sont au milieu de roches porphyriques caverneuses ; d'autres gangues, quarzeuses et calcaires, ont des minerais qui contiennent le plomb sulfuré et carbonate argentifère avec beaucoup d'oxyde de fer.

Les minerais de fer, d'argent, de plomb, sont très-répandus dans le Durango.

Les mines des plateaux offrent des chlorures et bromures d'argent, associés au sulfure de plomb. Celles de la Sierra-madre se distinguent par une proportion considérable d'or.

Le Cerro-Mercado, à 2 kilomètres du chef-lieu, est formé d'une grande masse de fer magnétique et de fer hématite.

472 MKXIQUE (géographie).

On trouve aussi, dans cet État, beaucoup de fer météorique, en masses dont l'une approche de vingt mille kilogrammes.

Dans le Cohahuila, État voisin , les météorites couvrent 30 acres de terrain.

L'État de Zacatecas est l'un des plus favorisés pour l'abondance des filons cuprifères et argentifères. Les principaux sont situés au milieu de schistes qui surmontent des assises calcaires, et qui passent par métamorphisme à l'état de porphyre feldspathique terreux.

Dans la province de Xalisco les mines s'exploitent dans des porphyres de diverses couleurs, où domine le feldspath orthose. Les minerais d'argent y sont en sulfures simples et multiples, disséminés dans le quarz blanc, — en galènes argentifères, auxquelles s'associent fréquemment des jjyrites arsenicales. Les gites sont trèsabondants, mais peu riches, et l'exploitation en est rendue difficile par le manque de routes, de capitaux et d'ouvriers.

Dans l'Etat de Guanaxuato, le terrain métallifère est recouvert par les conglomérats rouges.

La mine d'argent deValenciana avait, au commencement de ce siècle, 516 mètres de profondeur perpendiculaire. (Les mines d'Europe les plus profondes dépassent à peine 400 mètres.)

Le district minier de Zomelahuacan, à 20 kilomètres au nord-nord-est de Perote, a du cuivre, du fer, du plomb argentilère, des pépites d'or dans le qnarz cristallisé, des dendrites d'or dans les carbonates cupriques verts et bleus. On trouve une veine de lignite dans le même district.

Le cinabre se rencontre en diverses provinces ; mais on n'a pas découvert jusqu'à présent de gîtes utilement exploitables. Il en est de même de l'oxyde d'étain, que l'on recueille à Coneto (Durango), dans les environs de Comauja, près de la Sierrade-Guanajuato, et en d'autres points où les roches granitiques viennent affleurer à la surface.

Les placers de la Vieille-Californie sont négligés pour ceux de la Nouvelle. Le versant occidental delà Sierra est schisteux avec placers d'or ; le versant oriental est porphyrique avec minerais d'argent. Le Cerro del Gigante (près Loreto, latit. 26°) a un puissant filon argentifère, qui reste inexploité. Cependant plusieurs compagnies exploitantes s'installaient, lors de notre folle et triste expédition, dans les îles échelonnées le long de la côte jusqu'à La Paz (24^ degré).

Les indiens Yaquis pèchent aussi des perles le long de ces îles ; ces hardis plongeurs retirent de la mer bon an mal an, dix livres (espagnoles) de perles, qui valent vingt-cinq mille francs la hvre, sans les nacres ; mais c'est un exercice fort dangereux, à cause des requins et des grandes raies, plus redoutées encore que les requins.

Hydrologie. Le Mexique a de grands avantages par sa position entre deux océans et par son altitude qui corrige pour lui les effets de la zone torride : mais il n'est pas aussi bien partagé sous le rapport des eaux intérieures. Le Rio Colorado, principal affluent de la mer Vermeille, appartient aujourd'hui presque tout entier aux États-Unis ; et le Rio bravo (ou grande) del Norte, le grand fleuve dont se glorifiait la Nouvelle-Espagne, n'est plus maintenant qu'une ligne neutre de séparation entre le monde Anglo-Saxon et les États mexicains. Dans leurs limites actuelles ces États Indo-Espagnols n'ont pas un seul de ces fleuves importants qui, par la longueur de leur cours et la masse d'eau transportée, peuvent féconder les régions qu'ils traversent. Malgré l'élévation du plateau, la nature

MEXIQUE (géographie). 47ô

des montagnes qui le doraiueat el la (orrae resserrée du contiuenl n'y favorisent pas la formation de grands cours d'eau. « La pente rapide de la Cordillère donne plutôt naissance à des torrents qu'à des fleuves. »

Les petites rivières qui descendent de l'un et de l'autre côté de la Cordillère sont seulement remarquables par la largeur de leur emboucliure. Dans le Golfe du Mexique débouchent : le Rio Guasacualco ou Coatzacoalcos, qui avec ses affluents arrose une grande partie du Tebuantepec ; VAlvarado au sud de Vera- Cruz et quelques autres, insignifiants, au nord de la même ville; le Rio de Tiila et de Moctezuma, qui prend sa source au nord et près de Mexico, et le Rio Tampico, qui sort de San-Louis-Potosi, se réunissent entre Vallès et Panuco pour séparer les deux États de Vera-Cruz et de San-Luis-de-Potosi ; le Santander, auquel la courbure de la Cordillère vers l'occident permet un cours plus long, prend sa source près de Zacatecas et coule dans trois différents États ; quelques autres rivières, du Cohahuila et du Nuevo-Leon, grossissent le cours inférieur du grand fleuve Bravo del Norte.

Les rivières qui embouchent dans l'océan Pacifique se trouvent, par un effet contraire de la même cause (l'inclinaison de la Cordillère vers l'ouest) d'autant moins considérables que l'on remonte plus vers le nord. Le Rio Mexcala prend sa source au-dessus de la Puebla, descend du nord au sud à travers l'État de ce nom, jusqu'à ce qu'entré dans le Guerrero, il tourne brusquement à l'ouest, parcourt cet État dans toute sa longueur, et embouche à Zacatula, ayant reçu quelques cours d'eau secondaires des États de Mexico et de Michoacan.

Le Rio grande de Lerma ou Tololotlan, qui au-dessus du lac Chapala prend le nom de Rio grande de San-Iago commence près la ville de Lerma, près et au sud de Mexico, sépare les États de Queretaro et de Guanaxuato du Michoacan, et après avoir traversé le Guadalaxara dans toute sa largeur, se termine en embrassant la petite ville maritime de San Blas.

Les rivières du Tabasco ont deux crues annuelles, l'une en juin, l'autre en octobre, qu'elles doivent à la double saison pluvieuse du Guatemala.

Le Cinaloa et la Sonora n'envoient que des cours d'eau insignifiants à la mer Vermeille.

La Vieille Californie paraît manquer entièrement de cours d'eau.

Le plateau mexicain porte quelques lacs qui paraissent comme les faibles restes d'anciens bassins d'une immense étendue.

Les lacs de Mexico n'occupent plus qu'un dixième de la vallée, qui devait être autrefois toute couvertepar les eaux.

Ces lacs sont étages l'un au-dessus de l'autre : la capitale est seulement d'un mètre (dans la saison sèche) au-dessus du Texcuco, qui est le plus grand et le plus bas ; les eaux de ce lac sont salées ; elles sont impropres à l'irrigation et aux usages domestiques ; on en extrait en grand le chlorure et le carbonate sodiques fournis par la décomposition des laves des montagnes supérieures. Le Chalco est à 5 mètres et demi au-dessus du Texcuco, le Cristobal à 4 mètres, le Zumpango à 9 mètres. Les eaux des deux derniers sont saumàtres et se déversent dans le premier ; celles du Chalco sont douces, principalement du côté de Chocimila.

Le lac de Chapala (Guadalaxara, latit. 20 à 21) quia 80 kilomètres de long sur 24 à 50 de large, ne semble qu'un gigantesque anévrismedu Rio de Lerma. Citons encore le pittoresque lac de Patzciiaro près de Morelia (Michoacan), et au

47/t MEXIQUE (géographie).

nord le hcAgua-verde, dans l'État de Cohahmla, au 28'' degré de latitude, le lac de Parras (entre Cohahuilaet Durango), qui reçoit les eaux du Rio de même nom, pour les porter peut-être au lac du Cayman, qui les retient, semblable à une mer intérieure et isolée.

Les plaines qui couvrent une grande partie de l'État de San-Luis-Potosi, sont occupées par de vastes lagunes salées, que supporte le terrain de trias étendu sur un espace de huit à dix: mille kilomètres carrés.

Les plateaux du Zacatecas, à l'est et au nord de l'État, ont aussi un grand nombre de ces mêmes lagunes, que l'on exploite pour les besoins des mines et qui sont d'un grand rapport.

Les grandes lagunes des rivages de l'est, telles que celles delos Terminos, Tamiagua, Laguna madré, sont séparées de l'Océan par des barres sablonneuses dont on attribue la formation et l'entretien au grand courant qui contourne le Golfe du Mexique. Ces lagunes et ces barres embarrassent la navigation, mais par cela même elles contribuent à la défense du pays. Les rivages du Pacifique n'offrent pas le même phénomène. Cependant il y a quelques grandes lagunes dans le Cinaloa, au nord de Mazatlan.

Les eaux minérales abondent en diverses provinces, où elles sont mises à profit par les habitants.

A Monterey (Nuevo-Leon), plusieurs sources, imprégnées d'acide suif ureux, ont une température de 41 degrés.

 40 kilomètres au sud de San-Luis-Potosi, sont les eaux renommées, dites Ojoscalientes : elles sont exemptes d'odeur et de saveur; leur température est fie 52 degrés.

Dans l'État d'Aguas-calientes, les bains thermaux, à eau sulfureuse, situés à deux kilomètres de la ville, ont une température que l'on échelonne de 25 à 58 degrés centigrades. Les environs ont un grand nombre d'autres sources thermales, qui ne restent point sans emploi.

Il y a aussi des ni trières assez nombreuses, mais peu exploitées.

Les volcans de Colima ont de nombreuses fumerolles de vapeur aqueuse faiblement imprégnée d'acide sulfureux. Sur leur versant sud-ouest sortent des sources chaudes à 42 degrés de température, légèrement sulfureuses aussi.

Près de Mexico des sources thermales sont utilisées à Peùon-de-los-bafios, (c'était une île du lac Texcuco, avant qu'on en eût abaissé le niveau pour la sûreté de la ville) : ces eaux tiennent en dissolution des sels de soude et de magnésie. Celles deGuadalupe ont des sels de chaux, soude et potasse.

On fréquente les eaux de Comanjilla, d'Aguas-buenas près Silao (État de Guanaxuato). A l'est du même État sont les eaux chaudes de San Miguel.

Les eaux minérales sulfureuses avec sels d'alumine et de chaux, q\ii sourdent en assez grand nombre autour de Puebla, n'ont que 20 à 50 degrés de température : elles dégagent de deux à quatre parties de gaz acide carbonique pour une d'azote, et un peu d'oxygène.

Il y a d'autres eaux sulfureuses dans les îles Lo.s très Marias, en face des bouches du Rio de San-lago ; et la Californie a de nombreuses sources séléniteuses et magnésiennes.

Climat. Humboldt remarque que, le Nouveau-Continent s'élargissant vers le pôle boréal et se prolongeant de ce côté beaucoup plus que l'Europe, cela doit

MEXIQUE (géographie). 473

rendre le climat du Mexique plus froid qu'il ne le serait sans cela d'après la latitude et l'altitude du pays. Nous donnerons d'abord une idée générale et comparative de ce climat, en indiquant sa relation avec les principales lignes thermiques et magnétiques, telles qu'elles sont tracées dans l'atlas que Yuillemin et Barrai ont dressé sur et pour les œuvres de Humboldt et d'Arago.

La ligne isotherme de 25 degrés thermométriques entre au Mexique par le Guadalajara à l'embouchure du Rio de las Balzas ; elle passe près et au sud de Mexico et de Yera-Cruz; coupe ensuite le vingtième degré de latitude dans le golfe du Mexique, passe au nord de l'Yucatan, remonte vers Cuba, longe cette île, puis Haïti, Porto-Rico, Dominique, touche aux îles du Cap-Vert, remonte vivement en Afrique, au nord du Tropique jusqu'au 28* de latitude, oii elle traverse le Fezzan, puis le golfe Persique, l'indoustan en suivant le Gange ; passe une seconde fois au sud du Tropique au delà de Calcutta, traverse de nouveau le 20" de latitude dans l'île Haï-nan, et redescend dans le Pacitîque jusqu'au 15% pour remonter lentement vers les rivages du Mexique. Ainsi, cette ligne, qui ondule entre 15 degrés de latitude, a sa partie la plus méridionale dans l'océan Pacifique, la plus septentrionale en Afrique dans le Fezzan, et sa partie moyenne précisément dans la traversée du Mexique. Il nous sera permis d'observer toutefois que dans cette traversée, l'isotherme, pour être tout à fait correcte en ce détail, devrait tracer une inflexion profonde au sud, <à cause de l'élévation des terrains dans une partie des États de Mexico, de la Puebla et de Vera-Cruz. Il serait essentiel, pour ce degré d'exactitude, d'avoir la température moyenne d'Acapulco.

La ligne isotherme de 20 degrés thermométriques, qui, dans le Pacifique, reste bien près du 50* degré de latitude et de son parallélisme, fléchit jusqu'au 27* degré pour couper par le milieu la presqu'île Californienne et songolle; puis remontant graduellement, elle passe entre la Sonora et le Cinaloa, entre Chihuahua et Zapote ; laisse au sud Cohahuila, traverse le Rio Bravo del Norte à San Juan Bautista, et reprend le 50* degré de latitude à la Nouvelle-Orléans ; puis elle remonte dans l'océan Atlantique pour toucher dans le sud des Algarves à Villauova-do-Portimao ; traverse l'Andalousie, passe à Alger, à Tunis, s'infléchit dans la Méditerranée au sud de Crète et de Chypre, remonte brusquement jusqu'au Taurus, coupe la mer Caspienne au 58* degré de latitude, traverse le Turkestau au ^l*, redescend rapidement pour traverser la Chine au 28* et remonter de là au 50* degré dans le Pacifique. Cette isotherme accomplit tout son circuit au nord du Tropique; elle ondule, comme l'autre, entre 15 degrés de latitude (du 27* au 41*) ; mais, si son maximum d'élévation borévOle est au coeur de l'Asie, son minimum est dans la Basse-Californie. L'observation que nous avons faite sur l'inflexion à donner à l'isotherme de 25° therm. dans la traversée des hauts plateaux est sans doute applicable aussi, et à plus forte raison, à la hgne de 20".

Il est remarquable que l'isotherme de 20 degrés thermométriques dessine le rivage nord du golfe mexicain, tandis que celle de 25 degrés therm. en dessine le rivage sud. Le tropique passe entre les deux, plus près de celle-ci.

La ligne isochimène de 15 degrés thermométriques passe à la pointe de la

presqu'île Californienne (Cap San-Lucas) , traverse le Mexique aux parallèles 23°

et 22°, et passe le rio Tampico à quelques kilomètres de sa source, c'est-à-dire

un peu au-dessus du 22* degré de latitude. Cette ligne incline du nord-ouest au

sud-est, ainsi qu'on devait s'y attendre.

L'isochimène de 20 degrés thermométriques s'applique exactement sur le parallèle du 19* degré de latitude, passant à Toluca (55 kilomètres sud de Mexico).

MEXIQUE (géographie).

La ligne isothère de 30 degrés tliermométiiqiies passe sous le 16* degré de latitude, de la baie de Téhuantepec à l'île Turneff.

L'aiguille magnétique marque, à Mexico, 9 degrés de déclinaison orientale. La ligne isogonique (d'égale déclinaison), de 10 degrés Est, traverse le Mexique perpendiculairoment à l'équateur, eu suivant le méridien d'Oaxaca. La ligne isocliiiiquc (d'égale inclinaison), de 50 degrés, traverse le Mexique au nord de Cuanaxuato et du Rio Tolototlan (San-Iago), reliant diagonalenient le parallèle 21° latitude et le tropique.

Le Mexique, dans les limites où nous le considérons, s'étendant du 16" au 32* degré de latitude septentrionale, est situé pour plus de moitié au nord du tropique du Cancer. Mais c'est sur la partie située au sud qu'il a été l'ait le plus d'observations. Le climat tropical s'y reconnaît, entre autres signes, au peu de diftérence qu'il y a, pour la température, entre les saisons de l'année * : il n y a véritablement ni pi'intemps ni automne; mais on passe brusquement et sans transition de l'hiver à l'été, ou mieux, comme disent les Mexicains, de la saison sèche, tiempo desecas, à la saison des pluies, tiempo de aguas. On sait l'énorme quantité de pluie qui tombe en général sur les jjays à basse latitude. Le Mexique échappe en grande partie à cette loi par l'élévation de ses terrains.

Nous devons mentionner ici le Gulf-Stream, ce célèbre courant équatorial, qui a été étudié, éclairé, on dirait presque canalisé par le capitaine Maury. Le Gult- Stream, après avoir traversé la mer des Antilles, entre dans le golfe du Mexique par la passe d'Yucatan, eu sort peu après par le chenal de Floride, et, repoussé des côtes par le courant polaire qui lui est opposé, traverse l'Atlantique, apportant aux rivages d'Europe sou influence modératrice des hivers.

Les vents du nord ou du nord-est, los No7'tes, dominent, depuis l'équinoxe d'automne jui-qu'aii printemps, sur le golte du Mexique, sur la côte orientale et aussi sur les plateaux. Quand ils cessent de souffler, la saison des pluies commence. C'est en mai ou en juin, suivant les localités. Cette révolution de l'atmosphère est plus tardive sur le plateau, et la chute de l'eau y est moins régulière et beaucoup moins abondante que sur les grandes pentes et dans le bas.

Sur la côte orientale, la température, de février à août, ne varie que de 25" à 29". Les pluies avec tonnerre sont fréquentes en avril; toutefois la vraie ouverture de la saison pluvieuse est vers la fin de mai; juin, juillet et août ont des orages presque quotidiens ; les deux premiers de ces mois ont chacun douze ou quatorze jours clairs, le troisième en a un peu plus.

Sur le Pacifique, des vents terribles soufflent du sud-ouest en juillet et août, même en septembre. Pendant l'hiver, à San-Blas, au bord de la mer, la hauteur moyenne du baromètre est met. 0,765 ; la température, 28°,^.

On ne doit pas s'attendre à trouver un climat uniforme dans une vaste contrée qui, sous de basses latitudes, élève son sol ta des hauteurs si diverses. La grande chaîne orientale, qui limite les plateaux du côté du golfe, s'étend, depuis Guatemala, le long des États d'Oaxaca, de la Puebla, de Mexico, de Sau-Luis-Potosi, de

* Henri de Saussure note, pour Mazatlan, point litoral du Cinaloa situé précisément sous le Tropique, les moyennes de température suivantes:

Avril à juin, environ 24'

Juillet à septembre 27°

Octobre 26*

Moyenne annuelle.

Kovembre îô»

Décembre ]9»

Janvier à mars 16>

MEXIQUE (géographie). 477

Nuevo-Leonet de Cobahuila. Cette grande sierra, avec ses plis latéraux, forme une suite de gradins, sur lesquels on rencontre successivement les climats divers que l'on aurait si l'on parcourait en plaine plusieurs degrés de latitude en allant de l'équateur vers le nord. De la superposition des gradins et de la différence qui en résulte dans les phénomènes météorologiques, est née la distinction que l'on fait, dans le pays, des terres chaudes, tempérées et froides [terras calientes, templadas, frias). Humboldt détermine, ainsi qu'il suit, les trois régions, considérées du 17^ au 21^ degré de latitude, c'est-à-dire dans la paitie méridionale du Mexique. La région chaude s'étend du niveau de l'Océan à 600 mètres de hauteur ; sa température moyenne annuelle est de 2Q°. La région tempérée s'entend des terres qui ont une altitude de 600 à 2 000 mètres, sa température va en décroissant de 25° à 17° et demi. La région froide com- ' prend les terres élevées de 2 000 à 4 500 mètres ; sa température va s'abaissant de i7»àO.

Cette classification sommaire se vérifie en allant de Vera-Cruz à Mexico. De Vera-Cruz à la base du Chiquihito aux calcaires jaunâtres, il y a 80 kilomètres. Dans cet espace, le terrain s'élève à peine de 300 ou 400 mètres; ainsi, cette terre chaude peut être considérée comme étant au niveau de la mer. Ce sont des sables stériles et des marais léthifères. Cette zone maritime, dans la saison des pluies, en reçoit chaque jour pendant une heure ou deux de l'après-midi, avec accompagnement d'orage et de tonnerre. La quantité de pluie qui tombe dans une année moyenne est de mètre 1,87. La température moyenne de l'année est de 25°,4 ; de mai à septembre, elle est de 27°, 5. Il n'y a que 6 à 7° de différence entre le mois de janvier et le mois d'aoïit. Le thermomètre monte très-nirement au-dessus de 52°, jamais il n'atteint 56° (Humboldt). On sait que, dans les régions équatoriales, l'écart du maximum au minimum de température n'est que de 16 à 20°. La hauteur moyenne du baromètre (à 25° de chaleur) est de 762 millimètres : c'est le chiffre qui donne le poids de l'air au niveau de l'un et de l'autre océan. Les vents froids du nord, lorsqu'ils soufflent impétueusement sur le golfe du Mexique, font quelquefois monter le baromètre de 12 à 16 miUimètres; mais c'est une perturbation passagère et locale entre le 19^ et le 23* degré de latitude; elle cesse avec la tempête.

La côte occidentale, un peu plus chaude que celle dt- l'est, a pour température moyenne annuelle 26°, 8. A Acapulco, le thermomètre iiarque 28°-51° dans le jour, 25°-25° pendant la nuit, et seulement 18° au lever du soleil.

La région montagneuse et inclinée (terre tempérét), qui rehe la zone maritime au plateau, est sujette à de grandes pluies en toute saison. Elle en reçoit du 2 mètres et demi à 5 mètres par an. Les mois d'été donnent les quatre cinquièmes du total; c'est juin qui mouille le plus, et mars qui mouille le moins. Dans le seul mois de juin, ou de juillet, ou d'août, il tombe autant d'eau sur le versant de la Cordillère qu'il en tombe dans toute l'année sur le plateau de Mexico. Outre les pluies tropicales, régulières, quotidiennes, orageuses, qui tombent de haut sur tout le pays, pendant l'été, le versant reçoit, même en hiver, des pluies non tropicales, basses, accompagnées de brouillards, qui proviennent, selon H. de Saussure, de condensation dans les régions inférieures de l'atmosphère, et qui parfois envahissent aussi les côtes boisées du golfe.

A Cordoba, la quantité annuelle de pluie est de 2", 752. La hauteur moyenne du baromètre étant de 689 millimètres, l'altitude est de 891 mètres. La tempe-

478 MEXIQUE (géographie).

rature moyenne est de 21", 53 ; le minimum est de 17°, 74, en janvier ; le maximum, de 23°, 52, en juin.

Par une exception singulière, Tehuacan, qui n'est qu'à 50 kilomètres au sudsud-ouest de Cordoba, est signalé comme manquant de pluie parfois pendant une année entière.

Orizaba (altitude 1 279 mètres) est l'un des gradins les plus agréables de la terre tempérée. La fécondité de son sol est entretenue par de nombreux cours de bonne eau, qui, au reste, semblent se multiplier jusqu'à Xalapa et au delà, pour fertiliser cette heureuse partie du versant. Mais, à l'époque des grandes pluies, ces ruisseaux se changent en torrents dévastateurs. Xalapa, dont l'altitude est de 1 540 mètres, est enveloppé, une grande partie de l'année, par une brume épaisse, qui n'empêche pas H. de Saussure de célébrer ses « vallons enchanteurs. » La température moyenne annuelle y est de 18°, 2; elle est de 19°, 5 àQueretaro' (altitude, 1 940 mètres), et de 20° à Morelia ( Valladolid) , dont l'altitude est

I 950 mètres.

La classification des terres d'après la température ne se retrouve pas dans la région qui est au midi do la chaîne des volcans, et qui se compose du Michoacan, du Guerrero et de la partie sud des États de la Puebla et d'Oaxaca. Cette région, frès-montueuse et creusée de grandes vallées et de profondes barrancas, a uu climat humide et chaud, soumis à de brusques variations de température.

Le haut plateau du Mexique a un climat entièrement semblable à celui du Pérou.

II ne devrait donc pas être qualifié de terre froide; mais cette qualiflcalion lui est donnée seulement par comparaison avec les contrées plus chaudes, au-dessus desquelles il est porté. Il serait mieux nommé terre fraîche, s'il n'était désolé par la sécheresse, qui, sous un ciel serein, pendant six mois et plus, y fait disparaître toute végétation. L'air y semble alors artificiellement desséché, à n'en juger que par l'aspect du sol : le plateau n'est qu'un désert de sable, une vaste plaine de poussière, oij l'on trouve seulement de loin en loin des mares d'eau stagnante {ojos de agua). On croit remarquer que la séchei'esse a augmenté encore autour de Mexico à la suite des travaux que l'on y a faits pour le dégorgement des lacs. En été, la pluie tombe tous les jours assez régulièrement. Mexico, qui a pour hauteur moyenne du baromèi»i"e 585 millimètres et pour altitude 2 274 mètres, a quatre-vingt-dix jours de pluie (moyenne de 1841-45); mais en toute l'année il n'obtient guère plus d'un demi-mètre d'eau (576 millimètres). L'eau entre en ébuUition à 98 degrés thermométriques (ce chiffre paraît exagéré ; voy. plus loin, à Gua.dalajara). Les mits sont ordinairement claires, limpides, transparentes; la rosée, très-abondante, témoigne de l'humidité de l'atmosphère, surtout dans les quatre derniers mois de l'année. De septembre à janvier l'hygromètre marque 81° ; mais l'état de l'air est très-diflérent selon les heures du jour : à sept heures du matin, on peut avoir 91° (bien près de la saturation), et n'avoir plus que 65° à trois heures du soir. II y a aussi de grandes variations horaires, tant pour l'hygromètre que pour le baromètre : celui-ci a, en avril, 5 millimètres d'oscillation diurne (quatre fois plus qu'à Paris).

Quelques brouillards du matin, qui se forment surtout en automne, produisent, en s'éloignant, les effets de mirage les plus surprenants. Sur les montagnes de Real del Monte au nord-est, sur celles du Mechoaoan à l'ouest de Mexico, les vapeurs aqueuses se condensent aussi en brouillards qui durent des semaines entières.

Au point de vue des saisons, le climat de Mexico est constant ; mais, quant à la

MEXIQUE (géographie). 479

différence des heures de jour aux heures de nuit, il est qualifié d'excessif : dans tous les mois, il y a de 14° à 18' de divergence entre la température la plus haute du jour et la plus basse de la nuit. La température moyenne annuelle est de 1 7" ; la moyenne de l'hiver est de 15"; celle de l'été, 19°. L'hiver a de fortes gelées blanches. Sur le plateau de Perote, il arrive quelquefois, au printemps, à l'heure où le soleil se lève, que le thermomètre descend à 2°, ou même à 3" au-dessous de zéro. On garde le souvenir des années où il y a eu de la neige à Mexico, ou à Morelles (Valladolid) ; bien que ordinairement éphémère, elle y a duré quelquefois plusieurs jours. Il en est de même sur tout le plateau qui continue celui de Mexico et de Queretaro, etdont l'altitude est de 2 200 mètres. A San-Luis-Potosi, la température moyenne annuelle est d'un degré plus élevée qu'à Mexico.

Sur les montagnes, la neige, persistante pendant l'iùver, descend, selon Huniboldt, jusqu'à l'altitude de 3 700 mètres : on la voit alors sur le coffre de Perote, sur le grand volcan ancien de la Malincha. Elle persiste toute l'année au haut des volcans Popocatepetl, Nevado de Toluca, et du pic d'Orizaba. Lu limite inférieure des neiges perpétuelles, au 19* degré de latitude, est 4 550 mètres (200 mètres plus bas que sous l'équateur). Il n'y a sur ces montagnes que des glaciers rudinientaires. On sait que les Andes n'ont pas de glaciers.

On a noté, en 1856, du mois d'avril au mois d'août, cinq orages d'eau avec grêle.

Les tremblements de terre perdent successivement de leur fréquence et de leur force. Il y en a eu :

73 au seizième siècle, 59 au dix-septième, 34 au dix-huitième, et seulement 9 au dix-neuvième jusqu'en 1869.

On croit remarquer qu'ils sont plus forts et plus fréquents quand ils sont précédés d'années très-pluvieuses.

Une petite chaîne de montagnes, qui court tout le long du Yucatan, le divise en deux moitiés ; celle du midi (?) est inhabitée, faute d'eau. L'hiver, pendant lequel régnent les vents du nord, dure six mois, d'octobre à mars. Les six autres sont les mois de pluie.

Le versant occidental du grand plateau mexicain est formé principalement d'une bande parallèle à la côte, large de 50 à 80 kilomètres. Il n'a pas de vallées transversales comme le versant oriental ; ses collines jouissent néanmoins du fertile climat des terres tempérées; mais les pluies d'été ont lieu à des heures plus avancées du jour, — le soir ou même la nuit. Le littoral du Pacifique, quoique dépassant beaucoup le tropique au nord, comme nous l'avons dit, garde le cachet tropical jusqu'au fond du golfe Californien. La berge maritime, qui s'étend depuis Acapulco jusqu'au Rio Colorado, présente ce phénomène singulier, que la température y est moins haute dans la partie tropicale que dans ceHe qui est au nord du tropique. C'est que les vents régnants du nord-ouest frappent directement les côtes du Guerrero, de Cohma et du Xalisco, tandis que, plus au nord, rencontrant la chaîne montagneuse de la presqu'île Californienne, ils arrivent tempérés sur la mer Vermeille et sur les côtes de Cinaloa et de Sonora, dont la température s'en trouve notablement élevée. Elle monte en été jusqu'à 40°. On peut expliquer de la . même manière le climat rude qui règne sur la côte occidentale de la presqu'île, tandis que la côte orientale, bien abritée, a la température douce du Cinaloa. La presqu'île, au reste, est nue, sans arbres, et ne reçoit presque jamais de pluie;

480 MEXIQUE (géographie).

n'ayant d'ailleurs pas nn seul cours d'eau permanent, elle est déserte à l'intérieur, malgré la grande beauté de son climat.

Les tremblements de terre sont à peu près inconnus dans le Cinaloa. Mais les violents orages y sont extrêmement fréquents; les arbres des forêts eu sont soU' vent brisés.

Guadalajara est à 1 546 mètres d'altitude. La température moyenne annuelle est de 22°, 5 , le maximum s'élève jusqu'à 29", le minimum descend jusqu'à — 5". Les gelées blanches y sont fréquentes ; la transition est souvent brusque de la chaleur au froid. La moyenne annueHe du baromètre est mètre 0,6575, avec trèspeu de mouvement dans le cours de l'année, puisque l'écart des deux extrêmes n'est que de 7 milhniètres. Le point d'ébuilition de l'eau est à 95 degrés thermométriques (Edm. Gn.). Il y a 77 jours pluvieux, 18 ouragans dans l'année. La l'orme la plus commune des pluies est celle des pluies tropicales {aguaceros). Elles durent moins d'heures que les pluies tranquilles. Elles tombent ordinairement dans l'après-midi ou dans la nuit, et leur durée quo-adienne ne s'écarte jamais beaucoup d'une heure. Des conditions climatiques aussi régulières, en favorisant les travaux de culture et leurs résultats, mettent toute la contrée voisine de Guadalajara à l'abri des disettes, dont souffrent souvent quelques provinces limitrophes, moins favorisées par la marche des saisons (Edm. Gn.).

Flore. Nous avons énoncé, à l'article Amérique (tome IIl de ce Dictionnaire, page 611), dans quelles proportions générales les familles des plantes contribuent à la végétation américaine. Nous donnerons ici les particularités qui résultent de la diversité des altitudes au Mexique, et de la classification connue de ses terrains en terres chaudes, terres tempérées et terres froides.

Humboldt , après avoir déterminé ces trois régions comme nous l'avons rapporté plus haut, page 477, esquisse en quelques grands traits le caractère général de leur végétation arborescente. La région chaude, qui est la plus riche en arbres de diverses familles, a notamment la production exclusive des grands endogènes, tels que Palmiers {CorijphaL., Oreodoxa WiUd., etc.) et Scitaminées. Cependant le bananier mûrit ses fruits jusqu'à 1 500 mètres d'altitude sur le versant de Perote à Vera-Gruz. Les chênes commencent, dans la zone tempérée, à 800 mètres, sur les mêmes versants; mais d'Acapulco à Jlexico ils descendent jusqu'à 700 mètres, et ils s'accompagnent, à cette limite inférieure, de Finus occidentalis Sw. et Montezumœ Lamb., tandis que les pins, sur la pente orientale de la cordillère, ne commencent qu'au-dessus de 1 800 mètres. Les chênes trouvent leur hmite au-dessus de o 000 mètres sur le coffre de Perote, et le pin occidental à 4 000 mètres. L'aune {Alnus mexicana) subsiste jusqu'à 5 400 mètres, au 20^ degré de latitude.

Bentham a nommé quatre espèces de Garria, G. laiirifolia, ovata, oblonga et macrophyUa, qui croissent sur les montagnes du Mexique. Une autre espèce, Garria atropurpurea, est figurée dans la Flore mexicaine inédite (souvent citée par De Gandolle dans le Prodromus), avec des Méliacées, Guurea brachystachys Moç. Sess., Cedrela angustifolia De C, des Malpighiacées, des Bombacées, et une foule d'autres belles plantes, de diverses familles, qu'il serait trop long d'énumérer ici.

a. Terres chaudes. La plage maritime s'élève , par une pente insensible , jusqu'à une hauteur d'à peu près 1 000 mètres avant de toucher aux premiers contre-forts de la cordillère. Cette. plaine, desséchée pendant les mois d'hiver, ne

MLIXIQUE (cti..GnAPiiiE). 4SI

produit guère que de grandes Graminées, de? Bégonia arborescentes, des Mimosa épineuses (dont quatre espèces déjà connues avant Linné, et nommées par lui, M. cornigera, plena, asperata, quadrivalvis). Mais cette surface stérile est découpée par de nombreux et fertiles ravins, qui nourrissent le riz, la canne à sucre, des Bananiers à petits fruits, des Cactus gigantesques qui se dressent çà et là, des Cecropia, Zamia, Castilea, Bégonia dont quatorze espèces mexicaines, et quelques Orchidées, Schomhurgkia tihicinis, Bletia speciosa H.B.K. (litoral du Pacifique, Acapulco), Oncidium divers, etc. A mesure qu'on se rapproche de la cordillère, les rochers se garnissent de Palmiers nains, de Lycopodes et de Fougères, àè Ficus, de Gesnériacées (Gloxinia, Episcia, Achiynenes) , d'Echites qui croissent par touffes serrées au bord des eaux, avec des Orchidées terrestres {Habenaria, Ponthieva, Spiranthes). On signale à Cordoba une belle Broméliacée, Tillandsia staticeflora Morr. ; — à Xalapa et dans les sables de Vera-Cruz, Con~ volimlus Jalapa L.; — Hediosmum mexicanum Gordemoy (m Adansoniâ).

Au milieu de ces arbustes élégants s'élèvent de grands arbres appartenant aux liimilles des Légumineuses, des Sapotées, des Myrobalanées , Jlalpighiacées , Méliacées, Laurinées, etc. Ces arbres portent et nourrissent de nombreux parasites, divers Potlws, des Bégonia volubles, des Orchidées épidendres des genres Stanhopea, Maxillaria, Epidendruvi, Pleurothallis, Oncidium, Cœlia, Ponera, Galeottia. Quatre espèces de Lycopodium épiphytes, nourris sur les vieux et grands arbres, principalement sur les Sapotiliers, pendent gi'acieusement à l'époque de la fructitîcation.

La région des Palmiers et des Scitaminées s'étend du niveau de l'Océan à i 000 mètres d'altitude. A la hauteur de 900 à i 000 mètres, cesse de croître aussi Latirus Persea, ainsi que le Sapotilier, le Papayer, les grands figuiers ; ils cèdent la place aux Chênes, sous lesquels Lacepedea insignis Hunib.B., les Symplocos, les Rubiacées, les Fougères, viennent en abondance.

Les terres sèches nourrissent deux familles de plantes grasses, les Cactées et les Agaves, qui s'y disputent le sol pied à pied.

Dans la terre chaude de l'Est, qui est très-arrosée, même pendant l'hiver, les forêts offrent une verdure perpétuelle. Leur végétation est magnifique dans les plaines basses et humides du Tabasco. L'intérieur du Yucatan est un désert presque dépourvu fl'eau, qui recèle les restes de quarante-quatre •villes ruinées et oubliées; mais ce désert est boisé, et ses bois sont de ceux qui ont rendu célèbre le nom de Campêche, Hœmatoxylon Campechianum L., arbre qui atteint douze mètres; le Badamier, Terminalia Catappa L., est encore plus grand. Dans ces mêmes bois vient le Cocoyol, Cocos butyracea L., dont les feuilles ont douze mètres de long. Sur les rivages croissent des bambous gigantesques, de belles Cypéracées, de grands saules, des palmiers aquatiques, des Cécropias.

b. Terres tempérées. Dans le voisinage des terres chaudes elles maintiennent quelques-mies des plantes que nous avons nommées. Elles y joignent des Gentianées, des Solanées, telles que Datura arborea L., le Ricin, l'Aristoloche fétide, Mentzelia, Caladium seguinum \eni., dix espèces de Poivre, six espèces de Peperomia, etc. Elles ont des forêts de chênes de diverses espèces, qui viennent bien à partir de 800 mètres sous les 17*= et 18^ degrés de latitude {Quercus bonplandiana Sweet., Mexicana, Xalapensis et Humboldtii Humb.B., Granatensis et trente autres espèces), tandis que, plus près de l'équateur, il leur faut au moins 1 700 mètres d'altitude. Sur l'écorce des chênes végètent les Orchidées, Slanhopea, Epidendrum, Brassavola glauca Lindl., Cyrtochilum maculalum et

DICT. ENC. 2' 3. Vn. 31

482 MEXIQUE (géographie).

flavescens Lindl., etc. D'autres Orchidées croissent sur les rochers humides {Cjjpripedium irapeanum, Habenaria spathacea, Corallorhiza mexicana); d'autres sur le sol des Savanes {Bletia coccinea Llav., et six autres espèces, divers Spiranthes) pai'mi des Graminées touflues {Manisitris, Elionurus, Andropogon anthistir iodes Rupr., etc.). Aucune partie du monde n'est aussi riche en Orchidées : la monographie spéciale, puhhée par Achille Richard, il y a trente ans, en décrivait déjà 152 espèces de 59 genres, et le nombre s'en est accru depuis.

Un peu plus haut, la région tempérée proprement dite est caractérisée surtout par les Fougères arhorescenles et les Liquidamhar. Cette heureuse région n'a point de saison sèche, elle jouit d'une température presque uniforme, de 17 à 19 degrés; elle est dune salubrité et d'une fertilité remai-quables. Elle s'étend de 1 100 à 2 000 mètres d'altitude dans les États de Tamaulipas, de Vera-Cruz, et 200 mètres plus haut dans les États d'Oaxaca et de Tabasco.

Les forêts qui environnent Xalapa (1 400 mètres, sur le flanc du Macuiltépec), et celles qui s'étendent sous Orizaba, sont remplies de Mélastomacées en arbres, Conoslegia mexicana et tunicala Ser., C. Xalapensis Don, et d'Orchidées dont les fleurs éclatantes et embaumées ont jusqu'à deux décimètres de large. La région voisine du Guatemala a diverses espèces des genres Daphne, Citrosma, Duranta, Cheirostemon, Syniplocos, Choisya, Bejaria, Thibaudia, Clethra, etc.

A la hauteur où cessent Liquidambar et Fougères en arbres, commencent à paraître Pins (Ocote, Oyarael), Arbousiers, Pyroles, Rosacées ; de nouveaux £pidendrum croissent sur les Chênes, des Barkeria sur les rochers calcaires ou volcaniques.

Les forêts de Conifères, Pins, Cyprès et Sapins, couvrent les grands volcans jusqu'à la hauteur de 4 000 mètres : Humboldt et Bonpland signalent Cupressus thurifera H.B.K. à 1 800 mètres, Taxodium distichwn Rich. à 2 000 mètres, Pinus hirtella H.B.K. et Cupressus sabinoides H.B.K. à 5 000 mètres. Le pin occidental a un si singulier tempérament, qu'il vit également dans les terres chaudes, comme nous l'avons dit, et dans les terres froides à 4 000 mètres d'altitude. Sur cinquante espèces du genre Pinus nommées en 1850, vingt-six appartiennent à l'Amérique, surtout au Nord-Amérique : le Mexique a notamment Pinus Ayacahuite Ehrb., P. llaveana Schied., P. Eartwegi Lindl. ; la Californie, P. BoursierlCxiTT., P. insignis Dougl., P. tuberculata Don, P. henthamiana Hartw., Abies religiosa Knth. La Californie a d'autres grands conifères, Séquoia gigantea Lindl., Thuia gigantea Nutt., Th. Menziesii \io\x^\. , Chamœcyparis Boursieri Due, Abies bracteata Hook. Arn., A. Douglasii Lindl., et Abies gramlis Liudl., qui s'élève à plus de soixante mètres.

Les mêmes forêts ont aussi deux Platanes, PL lindeniana Mart.G. et Mexicana Moric, une Myricée, Myrica xalapensis H.B.K.

Les pentes qui descendent vers les plaines intérieures ont une végétation toute • autre et plus pauvre que les versants humides de la Cordillère. Elles ont un sol rebelle, des pluies insuffisantes, et peu de forêts : on y trouve beaucoup de Cactées, des genres Pereskia, Opuntia, Cereus, Manunillana, Bhipsalis, Echinocactus, et d'autres plantes épineuses telles que Mimosées, Agaves et Broméliacées. On relève vingt-sept espèces à' Agave à la latitude de Mexico.

Le Potosi, qui jouit de sources abondantes, joint aux chênes, des peupliers, des lauriers-roses, des orangers.

Au 51« degré de latitude, sur 1 000 espèces phanérogames recueillies, on a re-

MEXIQUE (géographie). • 485

connu 750 dicotylées et 250 monocotylées ; et, quant aux familles les plus riches, les Composées ont donné 165 espèces, les Graminées 85, les Légumineuses 55

(Alph. DeCand.).

Au reste, sur 600 espèces de Légumineuses que possède l'Amérique équinoxiale, le Mexique, qui est moins qu'à demi équinoxial, en a 155.

De Candolle père, à l'époque où il connaissait 8 500 espèces de composées, en comptait 725 fournies par le Mexique.

La chaîne occidentale de la Cordillère a, dans les régions tempérées, une flore différente de celle de la chaîne orientale. Elle n'a pas de Liquidambar et très-peu de Fougères arborescentes. Les forêts sont remarquables surtout par les espèces multipliées des Chênes et par les dimensions extraordinaires de ces ai'bres. Ce sont aussi d'autres Orchidées qui vivent sur les écorces de ces chênes, ou sur les rochers basaltiques et sur le gneiss.

c. Terres froides. Les régions froides alpines commencent à 2 200 ou 2 500 mètres. A cette hauteur leurs productions se trouvent mêlées aux productions supérieures des terres tempérées. Les Éricacées et les Rosacées y abondent sous les Pins et les Chênes, dans les environs d'Oaxaca, au bas du Pic d'Orizaba et sur les montagnes voisines, aux flancs du Coffre ^ de Pérote, aux environs de Morelia, etc.

Les montagnes volcaniques du Mexique sont couvertes des mêmes sapins que l'on trouve aux sources du Rio Gila et du Missouri. De même, les chênes qui couronnent les hauteurs de la vallée de Ténochtitlan sont des mêmes espèces que celles qu'on trouve au 45* degré lat. Les flancs des cônes volcaniques ont de belles forêts de pins et de cèdres. Dans la plaine de Pérote, à 2 540 mètres d'altitude, Sesuvium portidacastriim L. végète abondamment dans le terrain imprégné de carbonate et de chlorure sodiques.

La vallée de Mexico n'a que peu ou point d'arbres. Le terrain entre les lacs a un aspect désolé, qu'il doit aux efUorescences salines, jaunâtres, dont il est couvert, et sur lesquelles poussent maigrement le pourpier, la Gratiole, les Atriplicées. La végétation n'a heu que pendant les mois pluvieux; le reste de l'année, la vallée est nue, poudreuse, sèche et comme morte. Le même aspect, monotone, aride, est celui des hauts plateaux, qui sont sans végétation, sauf en quelques haciendas (exploitations) éparses.

Le Zacatecas a le même aspect de désolation, dans ses Llanos (steppes élevés) couverts de Graminées sans autres arbres que de grands Yuccas.

Humboldt explique cette stérilité par l'altitude qui augmente beaucoup Tévaporation, sans qu'il y ait assez de montagnes à neige perpétuelle pour en corriger l'effet.

La plupart des belles Graminées rapportées par Humboldt et Bonpland, et qui n'étaient pas connues avant leur voyage, ont été trouvées par eux entre 2 000 et 5 000 mètres : elles appartiennent aux genres Aristida, Streptachne, Stipa, Podosœmum (6 ou 7 espèces), Calamagrostis, Vilfa, Lycurus, PentarrhajÀis, Triœna, Ordeum, Leersia, Oplismenus , Panicum, Luziola.

Au-dessus de 2 700 mètres, on trouve encore de beaux chênes, de grands srip'ms (Abies religiosa Humb. B. et Teocote Cham.), de belles Fougères (Woodwordia, AUosunis, Acrostichum) , plusieurs espèces d'Arbutus, des Asclépiadées, de grandes touffes de Graminées ; une seule cucurbitacée, Sicyos. La culture du

* Coifre en français, Co/re en espa^^nol.

484 Mt.XIQUE (géographie).

maïs s'élève jusqu'à 2 800, même 3 000 mètres. Les forêts abritent une ioule de lienonculacées, de Labiées, de Genlianées, de Rosacées herbacées ou frutescentes; dans les endroits mai'écageux, on trouve les Entoca avec les Ombellifères et les Ophioglosses. Sur les pics élevés près d'Oaxaca et de Ziniatapa, vivent deux Mammillaria.

De 5 500 à -4 000 mètres, les parties élevées des grands pics créent une région froide toute particulière, où abondent encore des plantes des familles déjà nommées, avec des Colchicacées et des Synanthérées. Un peu au-dessous de 4 000 mètres, les chênes disparaissent, ainsi que les sapins et les Aunes; les Pins deviennent rabougris, et leurs branches s'élèvent à peine au-dessus des mousses qui couvrent le sol.

Au pic d'Orizaba, les Genévriers, un peu au-dessus de 4 000 mètres, forment çà et là de petits bouquets de verdure sur les roches trachy tiques. Les petits filets d'eau qui naissent des neiges permanentes entretiennent des Cnicus, des Cacalia, de petites Ombellifères, des Gentianes, le Vacciniiim geminlflorum Kuntli, Alliiim fragmns Vent., Carex gakotliana Mey. ; et encore quelques Graminées: Bromus subalpinus Rupr., Poa conglomerata Rupr,, Deyeuxia Orizabce Rupr.

Les Lichens s'élèvent jusqu'à la limite que leur impose la neige perpétuelle (4 600 mètres).

A cette hauteur, Huniboldt et Bonpland ont reconnu Cnicus nivalis H. B., [Cirsùmi cermium Lagasc), Arenaria hnjoides Wilid., Lychnis pulcra Willd., {Silène laciniata Cav.), Chelone gentianoides H. B.

Les plantes utiles sont très-abondantes au Mexique, qui jouit à cet égard, et des dons spontanés de la nature et des riches importations que les Européens y ont faites, en compensation de tant de maux dont ils l'ont frappé et de tant de ruines dont ils l'ont couvert depuis le seizième siècle jusques et y compris le dix-neuvième.

L'alimentation des Indiens avait pour base principale le maïs. Les Mexicains continuent de cultiver généralement cette Graminée ; et ils y joignent les céréales importées, froment, orge, qui viennent bien à toutes les altitudes; les légumineuses, garbansos frijoles (haricots), pois chiches, fèves : les cucurbitacées, dont deux indigènes, Sechium edule Sw. et S. palmatum Moç. Sess. , le cliilc {Capsicum anniium L.). Ils ont aussi la tuna (Opuntia), l'agave, le cacahuati ( Avachis hypogea L.), les bananes, l'anone Cherimolia, le mango, les goyaves, les poivres (Mécaxochitl). Tous nos arbres fruitiers y réussissent, et donnent pèches, abricots, pommes, poires, coins, grenades, figues, ohves, oranges, limons. Cependant Beulloch affirme que ces espèces importées d'Europe produisent au Mexique des fruits inférieurs aux nôtres, et il estime que c'est l'effet d'une culture vicieuse, attendu que les Indiens sont les seuls qui s'en occupent et qu'ils ne font pas usage de la greffe. Il serait bien intéressant de reconnaître, par des expériences et des observations précises, si nos arbres fruitiers, perfectionnés (pour l'usage de l'homme), sont susceptibles d'un acclimatement véritable et complet dans ces régions delà zone torride.

Le coton est cultivé avec succès dans le nord du Mexique : dans le Chihuahua, on le sème en avril, pour le récolter l'année suivante. On cultive aussi la canne à sucre, le caféier, trois espèces ou variétés de bananier, le tabac, dans les terres chaudes et tempérées. Le lab;'.c est originaire du Mexique; il porte le nom de l'État

MEXfOUE (géographie). 485

de Tabasco, où les Espagnols le trouvèrent en 1520 : Montézimia fumait le labac mêlé à la résine odorante de Liquidambar.

Une Tiqridia donne la farine nourrissante d'océloxochitl ; ce genre d'Iridée a trois espèces, toutes trois mexicaines. L'igname est fourni par Dioscorea alata L.; l'oca, par Oxalis tuherosa Molin., dans les terres tempérées et fi'oides. Le manioc {tiin en mexicain) est plutôt de terre chaude, puisqu'il ne réussit pas bien audessus de 1 000 mètres (Adr. Juss.), et qu'on le |,laute souvent comme intercalaire parmi les caféiers et les cacaotiers. Cette Eupborbiacée, Jatropha ou Manihot, dont on distingue plusieurs espèces, M. ediilis V\nm., pus illa, f.ahellifolia, triphyîla et digitiformis de Pobl) était culti\ée de tout temps par ies Indiens de l'Amérique tropicale. Ses tubercules, râpés, lavés et pressés, fournissent en abondance une fécule alimentaire, saine (quoique l'eau de lavage en soit très-vénéneuse), légère, mais très-pauvre en azote, point grasse, et d'une faible valeur nutritive. On la prépare, à divers degrés de finesse et de cuisson, en, couac (sorte de semoule), en cassave (galette) et en tapioca (farine fine et légère). Elle fournit des potages délicats, et elle entre dans la confection des sauces. Sa fermentation donne une boisson assez acre. Le manioc doux, Jatropha 77iitis Hottb. ou palmata Willd., se mange aussi cuit sous la cendre {Bull. soc. bot. de France, 8 décembre 1871),

Des palmiers de plusieurs espèces fournissent, comme aliment recherché, le chou palmiste : ainsi nomme-t-on le gros bourgeon terminal de leur tige, qui a le goût d'artichaut {Areca oleracea L.) ou de noisette selon les espèces, et que l'on mange cru avec du sel ou cuit en beignets.

Le chocolat (nom aztèque, chocolatl), fourni par la noisette mexicaine, selon l'expression de Brùckmann, le mets des dieux selon Linné [Theohroma Cacao L.), était d'un usage général au Mexique quand les Espagnols y abordèrent. Beulloch affirme pourtant que le cacao ne croit pas au Mexique, et que ses amandes y sont importées du Centre-Amérique. Il est vrai que cette Byttnériacée n'est pas inscrite dans la Flore inédite du Mexique, et qu'on y trouve seulement deux autres espèce de Theohroma, Th. angustifolia et ovalifolia il. Mex.

Toute la vanille qui se consomme en Europe se cueille dans les forêts de Vera- Cruz et d'Oaxaca.

La vigne, importée par les Espagnols avec l'olivier, donne des vins capiteux. Mais déjà avant la conquête, les Indiens savaient tirer diverses liqueurs des plantes que leur sol produisait spontanément. Le pulque, que les Aztèques apjielaient neutli, se tire du Maguey, Agave mexicana Lam., qui vient partout dans les terres fraîches. On le plante à un mètre et demi de distance : dans des conditions favorables il monte en fleur au bout de dix ans ; dès que la fleuraison s'annonce, on enlève les feuilles et le pédoncule au centre de la grande rosace, et dans la fosse formée par cette castration se rassemble une liqueur limpide et douce, que l'on puise chaque jour plusieurs fois, et qui se renouvelle pendant douz'e ou quinze mois. Cette liqueur en s'épaississant se convertit en sucre; puis eu fermentant avec de l'eau, elle acquiert le goût piquant du cidre.

L'Agave qui la fournit donne en outre des cordes par ses racines, du bois par ses hampes, des aiguilles et des clous par ses épines, des toitures par ses feuilles, dont les fibres fournissent aussi du fil propre au tissage. Une espèce voisine ou variété. Agave silvestris, fournit, par ses racines et par ses souches, l'eau-de-vie appelée Mezcal, qui est, dans le Potosi, l'objet d'une fabrication considérable.

Une autre boisson, le tepache, se prépare avec le fruit rouge acide de Z>rome//a

486 MEXIQUE (géographie).

Pinguin L.; une autre, la chia blanche, avec une sauge très-commune ; une antre encore avec le fruit noir-pourpre du palmier Bactris.

Dans l'Etat de Cinaloa les cultures sont favorisées par une atmosphère humide et une température assez élevée : on obtient de bonnes récoltes de maïs, de céréales, de canne à sucre, de coton, de vigne, de tabac et de café. Dans ses forêts croissent les bois de Brésil, de palissandre, de rose, l'ébène, le cedrèle et autres essences précieuses par leur texture ou leurs propriétés tinctoriales.

La Sonora a 206 000 kilomètres carrés, mais la moitié en est aride et inculte. Les plateaux et les vallées du Nord-Ouest sont seuls cultivés, quoique exposés aux incursions féroces des Cimarrones et des Apaches. Les céréales y réussissent; quelques montagnes sont boisées : au pied de la Sierra, grâce aux abris naturels, la région des palmiers s'allie à celle des chênes.

Le sol aride, montueux, de la Basse-Cahfornie mamtient chétivement la flore tropicale; il manque d'arbres; il les remplace par des buissons de Térébintbacées aromatiques. Cependant l'aridité des terrains ne rebute pas les grands Cactus, l'Yucca, le Maguey. En quelques points la canne à sucre, les oliviers, la vigne, donnent d'assez bons produits; les arbres fruitiers d'Europe disputent la terre à ceux des Tropiques.

Parmi les plantes médicinales que produit le Mexique, se distinguent : le genre Cassia, qui y donne vingt espèces, C. mexicana Jacq., C. Acapiilcencis H.B.K., C. florihunda Cav., C. arborescms Mill. et chamœcristoïdes Coll., de Vera- Cruz, etc. , — la Salsepareille, Smilax medica Cham. , S. Sarsaparilla L. et autres espèces) ; l'Europe en consomme 250 000 kilogrammes ; — le jalap, racine de Convolviilus Jalapa L.; — le Médicinier, plus connu sous le nom de Manioc {voy. ce mot). Une Rubiacée, Cephœlis Bearii, donne un évacuant réputé.

Citons encore Cocmlus oblongifolius DC, et deux Âmygdalées: Cerasus microphyUa qui vient dans les plaines chaudes et arides, et C Capuli Seringe, que les Mexicains invoquent contre la dysenterie.

llumboldt observe que le haut plateau du Mexique n'a pas le quinquina, qui pourrait y vivre cependant, parce que le climat est le même que celui du

Pérou.

Cet infatigable chercheur a condensé, dans son livre De distributione geographica plantarum, trois grosses listes des espèces végétales que lai-même et son compagnon Bonpland ont recueiUies sur les terres chaudes, tempérées et froides du Mexique méridional. Nous ne transcrivons point ces listes ici : le lecteur les ira trouver, avec un profit multiple, dans l'ouvrage même qui, sous un mince volume, a posé les bases d'une branche nouvelle de la science, la géographie botanique.

Les listes de Humboldt sont à compléter par les récoltes des observateurs qui lui ont succédé, et nommément par celles du courageux collecteur Bourgeau, si la dureté des temps n'en arrête la publication.

La.FADAE du Mexique est connue très-incomplétement. La dernière mission scientique du gouvernement français n'a pubUé encore, de ses recherches et explorations, que ce qui concerne les animaux des dernières classes.

On rencontre des débris fossiles, notamment de Mastodon Aiidium, qui paraissent indiquer que la faune ancienne appartenait à celle du Sud-Amérique plutôt qu'à celle du Nord.

Des singes fauves habitent le long du Rio Chico, en Yucatan, avec le tapir, les

MEXIQUE (géographie). 487

Iguanes, les boas et le redoutable trigonocéphale jVahuyaca. Des chevreuils parcourent les bois déserts de cette province, jadis peuplée et florissante.

Les terres ebaudes sont le séjour du jaguar {Felis Onça L.), du Milzeli (cougouar, Felis concolor L.), qui représentent en Amérique, mais avec des dimensions moindres, le tigre et le lion de l'ancien continent,- et d'un loup [Canh mexicamis L., le cbien pelé), qui est presque de la taille de notre loup ordinaire.

D'autres chiens se trouvent sur les plateaux, le chien coyote, ennemi rusé du bétail, le techichi, chien muet, qui servait de nourriture aux Mexicains, et qui est, dit-on, la seule des nombreuses variétés de chiens qui soit propre à ce pays. Cependant on cite encore le chien michuacanen, remarquable par la bosse qu'il porte au-dessus du cou.

Les anciens habitants ne se nourrissaient ni des chèvres des montagnes de Monterey, ni des brebis sauvages de la Vieille-Californie, ni des bœufs sauvages dont deux espèces errent encore en troupeaux dans les plaines voisines du Rio dcl Norte, Bos americanus et B. moschatus Gmel. Il y en a un autre qui est de la taille d'une brebis, Ovibos Blainv.

Dans les forêts on trouve un ours, qui est le même que celui de la Louisiane (ours noir d'Amérique, Ursus americanus Richds) , l'Apoxa {Cervus mexicanus L.), dont le bois n'a que deux andouillers comme celui du chevreuil, une antilope. Antilope palmata, une moufette, Mephytis americana Denn.,la conopall, un porc-épic, lecoëdou, la Sarigue Opossum, Bidelphis virginica ; plusieurs écureuils, Sciurus niger L. (Quauhtecalotl-thiltlic), Se. variegatusL. (Coztiocotequallin des Mexicains, Coquallin de Bufîon) , Se. meocieanus Fr. Cuv., Se nigr escens Benn., et sans doute quelques autres espèces américaines, Se. hypopyrrhus ou Citillus Mexieanus Lichst., Macroxus mexicanus Fr. Cuvier. Le Potosi a le rongeur ItzcuintU (le chien de prairie), dont les terriers innombrables forment des villages souterrains. La multitude des lapins et des lièvres est une cause de destruction pour les moissons.

Le lama, qui abonde dans les herbages du Pérou, ne se trouve pas au Mexique.

Tous les animaux de la ferme, quadrupèdes et oiseaux, multiplient facilement sur les plateaux. Dans les savanes, ce sont les chevaux, qui, devenus sauvages, errent en troupes nombreuses.

En revanche, le Mexique a fourni à l'Europe le Dindon, auquel on peut joindre le canard musqué.

En oiseaux rapaces, il a Vultur aura, Vultur papa, Faleo columharitis ; — oiseaux nocturnes, Strix amen^icana, Strix Ulula; — grimpeurs, les nuées de perroquets qui remplissent l'air de leur vacarme étourdissant; — passereaux, Corvus Piea, Cassicus Pupui Vieill.; Orpheus cceruleseens Sw., Orpheus curvirostris Sw., Tordus crffeus L., Loxia cardinalis, Loxia mexicana, le moineau, l'alouette de la Louisiane {Sturnus Ludovicianus L.), dans les savanes; — l'ibis, l'araraus, le porphyrion bleu (poule de Montézuma), de gros martins-pêcheurs à collier, dans les bois déserts de l'Yucatan; sur le bord des eaux, dans la même province, d'innombrables palmipèdes et échassiers, le tantale, l'aigrette blanche, k spathule rose, le flamant, la grue, le héron blanc, le jacana, une variété infinie de sarcelles et de canards, grouillent autour des caïmans immobiles.

Les mêmes eaux recèlent plusieurs espèces de requins qui servent à Talimentation commune. A l'embouchure de l'Usumacinta, dans la lagune salée de Ter-

-iSS MEXIQUE (démographie).

minos, barrée par l'iie de Carmen, on pèche des espadons, diverses espèces d' squales, nne raie effrayante par sa taille gigantesque et sa voracité.

Les reptiles les plus dangereux sont : le serpent corail, Elaphomorplnis lemnhcatus, et le redouté serpent à sonnettes, Crotalus horridus L. 11 y a plusieurs espèces de vipères, peu redoutables, et beaucoup de couleuvres. Parmi les Sauriens, Crocodilm mexicanus Dumér., Cr. Pacificiis Dum., l'iguane, Lacerla lyuana L., Jguana rhinolopha Wiegra., qui n'habitent que les terres chaudes. La famille iguanienne fournit encore Ctenosaiira Wiegm., dont trois espèces sont propres au Mexique, — Tropidolepis G. Cuv., genre formé de dix espèces, dont neuf sont mexicaines, et une espèce de Leiosanrns Dum. B.; — Lacerta agilis; Chamœleo mexicamis Hern. ; — {Chamœleopsis Eerncmdesii Wiegm.). On décrit sept genres de tortues paludines : Cisludo mexicana Gray, Staurotypus tnporcatus Wagl., Ciyiosternon leucostomumBnm. et C. hirtipes^^agl.; Chelonia Ayassizii Dum., en Basse-Calitornie ; Testudo oscularis; plusieurs espèces à'Einys et de Claudiiis; plusieurs crapauds et grenouilles : on mange un têtard, l'Atépocatl, et i'axolotl, Gyrinus edulis {Siredon mexicamis).

Les insectes incommodes ou venimeux pullulent dans les terres basses, et font le tourment des habitants.

Les cultures ont pour ennemis Formica rufa L., et le criquet, Acridium miijratorium ; les grains, Curcidio granarius. Mais par contre, on a l'abeille, dont les ruches sont d'un grand produit dans l'Yucatan ; la cochenille, Coccus Cacti et Coccits siivestris, dont l'éducation chez les Mexicains remonte à un temps immémorial ; plusieurs espèces de Bombyx indigène, qui donnent une soie utilisable, quoique rude.

Les lacs fournissent l'axayacatl, iusecte, dont on mange le corps, les œufs, les larves, sous diverses préparations.

Arachnides. La tarentule est rare et ne cause pas d'accidents.

Scorpio europœus L. Sa piqûre ne produit ordinairement qu'une inflammation passagère. Mais celle de l'alacrane est dangereuse, souvent mortelle pour les enfants. Cet arachnide multiplie si prodigieusement, qu'à Durango l'autorité a du pourvoir à sa destruction, et il en a été écrasé 55 000 en deux mois, mai et juin.

On cite une araignée du Me-dque, qui se construit une toile composée de fils rouges, jaunes et noirs, entrelacés avec un art surprenant.

Les ruisseaux donnent Astaciis fluviatilis, un Silurus, et plusieurs au(res sources d'aliment.

Les mollusques, terrestres et fluviatils, fournissent un certain nombre de genres spéciaux, qui impriment à cette partie de la faune du .Mexique (et du Centre- Amérique) un caractère d'originalité très-prononcé (Crosse et Fisch.).

Le golfe de Tehuantepec donne un Murex, dont le corps traussude une liqueur pourprée. La mer Vermeille donne des perles, que les Indiens savent très-bien pêcher et vendre.

Les côtes occidentales abondent eu cachalots.

Population. « Rien ne prouve, dit Humboldt, que l'existence de l'homme soit beaucoup plus récente en Amérique que dans les autres continents. » Au contraire, les populations préhistoriques du Mexique sont affirmées par les traces que l'âge de la pierre y a laissées. Edmond Guillemin énumère les localités assez nombreuses, depuis la Californie jusqu'à l'Oaxaca, oîi l'on a recueilli des

MEXIQUE (dkmogp.amiie). 480

hacliés, et autres armes ou inslrmnents en pierre taillée, clans des gisements qui renfermaient en même temps des os de mastodontes et d'éléphants; en sorte qu'on ne peut guère douter que, dans cette partie du monde comme dans les autres, l'homme n'ait été contemporain des grands mammifères primordiaux. Ces instruments sont de matières diverses, diorite, granit, jade, silex, pierre lydienne, jaspe, obsidienne., Dans presque tous les cas, on voit qu'ils sont façonnés par choc, par cassures, et avec une dextérité étonnante. Une seule grande hache, trouvée près de Guanaxuato, est aiguisée par l'usure des deux faces, indiquant la transition de l'àge de la pierre taillée à celui de la pierre polie. Presque tous ces outils sont rainures pour recevoir un manche. On trouve aussi en grande quantité, cj^ns les portions séchées de la lagune de Mexico, de petits hémisphères en terre cuite, percées d'un trou au centre : on y reconnaît des pesons de fuseau, semblables à ceux qu'ont fournis les villages lacustres de Suisse et d'autres locahtés européennes. On considère cette similitude (qui s'étend aussi aux autres instruments) comme « une révélation delà conformité d idées, de procédés et d'usages, qui régnait aux époques primitives parmi les habitants de la terre. » Mais un exemple de persistance dont on ne trouverait le pareil peut-être chez aucun autre groupe humain, c'est l'usage que les Mexicains avaient encore au seizième siècle de tirer de la pierre leurs outils et leurs armes : ils avaient modifié les formes originelles, mais ils gardaient la matière. Pourtant tous es métaux abondaient sous leurs pas; mais leurs mains étaient inhabiles à les mettre en œuvre. Le Cerro de las Navajas entre autres, dans.la vallée de Mexico, était la carrière inépuisable dont ils continuaient à extraire l'cbsidienne. Et ils se servent encore aujourd'hui du couteau aztèque, qu'ils fabriquent avec la même lave.

La ressemblance de ces objets antiques avec les armes Scandinaves a suggéré des inductions, plus ou moins hasardées, sur un mouvement de population qui aurait eu lieu entre le nord de l'Europe et le nord de rAraérique parle Spitzberg et le Groenland.

Les témoins de la vie primitive se trouvent dans les alluvions quaternaires, dans le lit des ruisseaux, dans des tumuli antiques, dans des cavernes qui servaient de refuge et de sépulture aux hommes et aux animaux. On voit un grand nombre de ces cavernes dans le terrain crétacé du district de Sahuaripa, en Sonora, sur le versant de la Sierra-Madre. Dans la même Sierra, du côté occupé par les Tarhumares, quelques cavernes sont encore habitées par des restes de tribus qui y vivent à l'état sauvage. Les grottes qui sont sur les bords de la livière au nord de Zame ont servi d'habitation à une tribu sauvage (les Cocohiomes) qui n'existe plus. (Notre Auvergne a aussi des habitants, en petit nombre, dont les demeures sont creusées dans l'un des bancs calcaires qui supportent les nappes basaltiques de Gergovia; ces troglodytes actuels comptent pour civilisés).

Aux populations primitives de l'àge de pierre succédèrent de nouvelles races, que des émigrations successives amenèrent des régions reculées du nord-ouest. Car ces régions, dit Prescott, étaient la ruche populeuse des nations, aussi bien dans le monde occidental que dans l'oriental. Quelques auteurs se sont efforcés d'étabhr un ordre chronologique dans cette succession d'envahisseurs qu'il n'est pas toujours facile de distinguer les uns des autres, sous les noms des tribus très-nombreuses dans lesquelles chaque race se décompose. La tâche était d'autant plus ardue, que le fanatisme déHrant des Espagnols a détruit la plus grande partie des documents historiques que les Mexicains conservaient en manuscrits,

^90 MEXIQUE (démographie).

ou plutôt en peintures symboliques et liiérogljpbiqucs, dans leurs archives nationales. Le prince historien Ixtlilxochitl, qui a compulsé avec soin tout ce qu'il en restait, nomme les Ulmèqaes ou Olmèques et les Xiqualanques coîiime les plus anciens habitants du Mexique (après les temps fabuleux et préhistoriques). Il lit « dans leurs histoires, qu'ils vinrent du côté de l'Orient, dans des canots, et qu'ils s'établirent sur les bords de la rivière d'Âtoyac, qui coule entre la ville de Puebla-de-los-Angeles et celle de Gbololan. )^ Après eux il fait venir les Toltèques vers la fin du quatrième siècle de notre ère, puis les Chichimèques, 5 ou 6 siècles après.

Clavigero, qui a passé trente-six ans à parcourir le Mexique sa patrie, fait arriver les Toltèques dans l'Ânahuac au milieu du septième siècle, les Chichimèques au douzième siècle, puis les Acolhuas ou Colhuas ou Tolhuaques, qui subjuguèrent les Chichimèques, et enfin les Nahûas ou Nahuatl, que l'on a nommés improprement Aztèques ou Azilèques, du nom d'Astl-an, leur point de départ (au nord du golfe Californien).

Certains annalistes veulent que les Toltèques aient trouvé dans TAnabuac les Othoms ou Otomis, avec les restes des populations Olmèques ; suivant d'autre»;, au contraire, les Otomis ne seraient venus qu'après les Toltèques, les auraient poussés devant eux jusque dans le Guatemala, pour être ensuite chassés euxmêmes ou subjugués par les Chichimèques, aveclesquels ils s'étaient d'abord alliés.

Les Toltèques étaient venus de Tullan en suivant la vallée du Rio-bravo-del- Norte. Ils apportèrent au Mexique leur civilisation, telle qu'elle pouvait être au septième siècle. Ils s'adonnaient à l'agriculture, aux arts mécaniques, aux beauxarts, peinture, sculpture, danse, art dramatique, musique vocale et instrumentale ; ils savaient employer les métaux. Ils construisirent dans l'Anahuac d'imposants monuments religieux et civils, dont il reste de belles ruines en divers heux, et qui font regarder le Mexique comme la terre classique de la civilisation et des arts en Amérique. Le Chichimèque Ixtlilxochitl rapporte que les Toltèques étaient blancs et qu'ils avaient de la barbe comme les Espagnols. Après quatre siècles, leur population, réduite par les disettes, les maladies et les guerres, disparut, soit par extinction soit par dispersion dans les contrées plus méridionales et dans les îles.

Les Chichimèques, quoique moins civilisés que les Toltèques, avaient probablement la même origine ; car ils étaient partis comme eux des régions du nordouest, ei ils paraissent avoir parlé la même langue; mais elle a disparu avec leur race.

Les ÎVahuatl (Aztèques) mirent plus d'un siècle à paiTenir dans la vallée des lacs, où ils fondèrent Tenochtitlan (Mexico) en 1525. Ils avaient laissé plusieurs essaims sur leur passage, vers le Rio Concho, sur les plateaux du Bolson, dans le Zacateca : on les reconnaît encore dans le Durango, à Zapote, à Pueblo-Xuevo. lis n'ajoutèrent riea à la civilisation Toltèque, dont ils ne furent que d'incomplets plagiaires. Leurs soins étaient ailleurs. Ils parvinrent à une grande puissance. On a les noms de leurs rois depuis la fondation de Tenochtitlan jusqu'à Quauhtemotzin détrôné par Cortès.

Les races indigènes se retrouvent encore aujourd'hui en presque toutes les provinces du Mexique, avec leurs idiomes, leurs traits, leurs caractères, leurs coutumes, dans un état plus ou moins voisin de celui où elles étaient originellement. Nous énumérons les races principales, en suivant l'orch'e géographique, du nord au sud.

MEXIQUE (démographie). 491

Les Âpaches, chasseurs, guerriers, maraudeurs, errants sur les bords du Rio- Gila, devenus féroces parles représailles exercées contre eux, ont souvent étendu leurs ravages dans la Sonora, le Cinaloa, le Chihuahua et jusques dans les États de Duranso et de Coliahuila. Ils sont avides de la chair du cheval, et c'est seulement lorsqu'ils n'en trouvent plus à enlever qu'ils font butin des bestiaux. Les populations qu'ils ruinaient les ont poursuivis, traqués et presque anéantis.

Les Navajos ou Yutajen et les Gomanches peuvent être assimilés aux Apaches.

La Sonora, dans sa partie septentrionale, est occupée par les tribus nomades et sauvages des Papagos et des Seris, celle-ci maintenant refoulée dans Vile de Téburon (lat. 50"), et presque éteinte.

Quelle est la nation qui, pour se garantir contre les incursions des tribus sauvages, avait élevé de grandes et fortes villes, comme celle que l'on vient de retrouver (en 1872), ensevelie dans les sables, entre l'Utah et l'Arizona? Cette ville était entourée d'une muraille épaisse de trois à cinq mètres, haute de cinq à six mètres. Elle avait des temples, des halles, de construction sohde et régulière : on voit encore sur les murs, selon la relation du colonel \V. T. Roberts, de nombreux hiéroglyphes. Les ruines couvrent cinquante kilomètres carrés {Denver News). C'est un nouveau champ ouvert à l'activité des archéologues, qui regardent avec raison l'étude des monuments comme fournissant un des chapitres les plus instructifs de l'histoire des nations (Ratissier, Histoire de l'art monumental).

Les Moquis, nation paisible, agricole, vêtue, habitaient le long du Yaquesila.

Les Yaquis et les Mayos, dans les vallées des rivières qui portent ces noms, les Opatas et les Pimas, dans les gorges montagneuses, ont des demeures fixes, groupées en villages. Très-attachés au sol qu'ils cultivent, ils en repoussent les étrangers. Les Yaquis sont les plus nombreux : laborieux et paisibles, ils vont aussi cultiver les oasis de la Vieille-Californie ; ils sont habiles à. la pêche des perles.

Le Chihuahua est liabité par les Conchos, les Tarhumares et d'autres indiens d'un naturel très-doux. A Zapote, à Pueblo-nuevo, subsiste une tribu de la race Nahuatl, quia conservé sa langue. Les Tarhumares, race ancienne et nombreuse, cultivent, soit les hauts plateaux, soit les versants de la Sierra-madre. Ils ont la peau d'un brun cuivré, les cheveux noirs, tantôt longs et durs, tantôt crépus, la barbe presque toujours absente. Quelques-uns d'entre eux persistent à habiter dans les grottes qui s'ouvrent sur le penchant des montagnes. D'autres grottes, en Sonora, creusées dans le terrain crétacé du district de Sahuaripa, ont servi à la sépulture d'anciennes populations.

Les Mécos, que l'on dit descendants des Chichimèques, errent dans les vastes solitudes deDurango. Dans la partie nord de cet État, les Tépéhuans, race autrefois considérable, qui pouvait mettre sur pied vingt-cinq mille combattants, fut presque détruite à la suite d'une révolte contre les Castillans. Il en reste quelques villages dans les parties reculées de la Sierra-madre. Ils paraissent diiférer tout à fait des autres indiens. Leur physionomie, leur teint jaune mat, leurs pommettes proéminentes, leurs yeux infléchis, rappellent les types tatares ou kalmucks; et leur idiome, dont on a grammaire et dictionnaire, offre beaucoup de mots qui indiqueraient une parenté avec les langues Touraniennes. Leur numération, excessivement bornée, puisqu'elle va à peine jusqu'à vingt, peut être appelée quinaire ouquinale, parce qu'elle n'a de termes simples que jusqu'à cinq, et qu'elle compose les noms suivants avec ceux des cinq premiers nombres, comme la numération décimale fait avec les noms des dix premiers.

La famille Otomite, une des plus anciennes, conserve une descendance très-

^^^ MEXiOlE (DÉJtoGr.APniE).

abondanle sur les plaleanx du Mexique. Elle occupe une grande partie de la contrée qui a pour centre Querelaro. Cette ville n'était, peu avant la conquête espagnole, qu'un village formé par une réunion d'Otoniites et de Chicliimèques blancs, qu'on croit être de la même famille. Les Otomites ont la peau bistrée, odorante, les cheveux durs et roides, le front large et déprimé, l'angle facial da 55 cà 60 degrés, l'os maxillaire presque droit, les pommettes saillantes, les yeuv d'un bleu foncé relevés vers les tempes, le nez court, les narines largement épatées, les lèvres musclées, charnues, nettement coupées, le menton triangulaire et sans barbe.

La vallée de Mexico où se sont heurtées toutes les races qui successivement envahirent le Mexique, était très-anciennement habitée par les Chicbimèques, qui en chassèrent, dit-on, les Otomis. Plus tard les Colhuaques, descendants des Toltèques qui avaient fondé Tula, y bâtirent la ville deTeztcuco ; enfin les Nahuas fondèrent Tenochtitlan dans la partie marécageuse de la lagune; cette ville dut ensuite son nom de Mexico au dieu Mexitli, qui y avait un temple immense. Les Nahuas, plus connus sous le nom d'Aztèques, étendirent leur domination ou leurs colonies dans une très-grande partie du Mexique et dans le Centre-Amérique, où on les retrouve encore.

LesTarasques forment une partie considérable delà population du Michoacan; ils y avaient un royaume indépendant au sud du Rio de Lerma et du lacChapala. Leur capitale Tzintzontzan existe encore, près du petit lac Patzcuaro, latitude 19". Leur langue y est parlée, ainsi que dans les parties montagneuses du Michoacan. Ils sont doux, industrieux. Ils ont quelques caractères communs avec les Otomis, mais le front moins déprimé, les cheveux plus fins, la bouche large et proéminente. Les femmes y sont plus nombreuses que les hommes.

Au sud de la ligne des volcans, dans le Michoacan, le Guerrero, la masse delà population est indigène; elle est plus barbare que celle des plateaux, et obéit encore à ses caciques.

Les Totonaques avaient une civilisation assez avancée. D'abord établis à Teotihuacan, ils adoptèrent ensuite Mixquihuacan comme capitale. On les retrouve aujourd'hui dans la Huaztèque, dans une grande partie de l'État de Vera-Cruz et dans le district de Zacatlan en Puebla. Ils ont la peau blanche, la face large.

Humboldt a relevé, dans ses Vues des Cordillères et monuments des peuples indigènes de V Amérique, plusieurs rapports entre la civilisation mexicaine et celles de l'Asie, rapports tirés des langues, des arts, des notions astronomiques, des mœurs et usages, etc.

Les États de Yera-Cruz, d'Oaxaca, Tabasco et Yucatan, gardent encore les restes des populations les plus anciennement civilisées : les principales sont lesMixtèques, les Zapotèques et les Mayas. Ces nations étaient divisées en plusieurs tribus, dont chacune avait sa langue propre. Divers auteurs ont pu en dresser la grammaire et la lexicologie.

Les Mixtèques, en Oaxaca, se distinguent par leur industrie.

Les Zapotèques étaient plus avancés dans les arts que les Aztèques qui les soumirent. Le remarquable palais de Mitla (dans les environs d'Oaxaca) en est la preuve.

Les Mayas, qui occupaient tout le Yucatan (avant et après l'invasion que les Nahuas y firent mille ans avant notre ère), y avaient fondé un grand nombre de villes, dont les belles ruines ont été récemment explorées. Leur capitale étmtMayapan. Pour suppléer aux cours d'eau dont la presqu'île est entièrement dépourvue,

MEXIQUE (hémugrai'hie). 495

ils avaient construit des citernes avec beaucoup d'art. Elles ont été abandonaécs faute d'entretien. Les habitants actuels s'abreuvent au moyen de bassins creusés dans la roche calcaire, souvent à de très-grandes profondeurs.

Les Lacandons habitaient le sud du Yucatan, veis le Rio de la Passion. Les Chois, leurs voisins, étaient aux confins de Verapaz.

Les noirs de la Californie, ces nègres aux cheveux plats, comme les appelait ■Cook, diffèrent entièrement de toutes les races que nous avons énumérées. Leur couleur, d'un brun foncé, tient bien à la peau et non au climat, car en face d'eux les habitants indigènes de la côte nord-ouest sont blancs. C'est ainsi que l'on trouve des Caraïbes dits cuivrés à côté des Caraïbes noirs. C'est ainsi que les populations du Michoacan, de l'Yucatan, celles de quelques parties de Quiche, sont plus blanches que celles qu'on nomme Peaux-rouges, et qui sont bien plus au nord.

Des cent quatre langues hidiennes qui ont été parlées dans les régions Mexicaines, cinquante-deux sont encore vivantes. Humboldt et Bonpland donnent, à la page 504 du premier volume de leur Voyage {Relation historique), une liste des grammaires et vocabulaires auxquels elles ont donné lieu. Ces langues ont entre elles des rapports évidents de dérivation. Est-ce à dire qu'on puisse les rapporter toutes à une source commune? Personne n'oserait J'aftirmer {voy. Ceatee- Amérique).

La langue des Apaches, très-pauvre, monotone et diffuse dans sa pauvreté, est d'une prononciation dure et difficile.

Les Yaquis parlent un dialecte de la langue Cahita : il est doux et harmonieux; on y trouve des mots Japonais et Chinois.

La langue Maya est parlée par tous les habitants du Yucatan ; les Espagnols même, établis dans cet État, y ont oublié leur langue européenne : exemple remarquable qui montre, après plusieurs autres, que la forme du langage n'est pas nécessairement inhérente aux races. La langue Maya a des liens étroits de parenté avec le Quiche. Elle n'a pas de déclinaison; elle a trois articles, plusieurs pronoms. Elle forme la conjugaison très-pauvrement avec deux ou trois finales et surtout avec l'aide des pronoms et de deux auxiliaires, et elle arrive à distinguer quelques temps, le présent, le prétérit, le futur, l'impératif. Les finales ont disparu dans le maya moderne, où le verbe s'entoure de pronoms et de particules. Les mots du vocabulaire ont de une à quatre syllabes. L'alphabet a des lettres gutturales, chuintantes, mouillées, nasales ; il n'en a point qui correspondent à nos consonnes d, /", g, h, q, r, s, v ; mais il en a qui expriment des articulations que nous n'avons pas et qui approchent plus ou moins de d, àej, de z.

Les Tolonaques parlent l'ancien idiome huaztèque, qui est polysyllabique, et dans lequel on croit reconnaître quelques mots Finnois et Osliaks (Malte-Brun). 11 manque des consonnes b, f, v, k, d.

La langue des Mixtèques, dont Ant. de Los Reyes a donné une grammaire et un dictionnaire, manque des articulations b, p, f, r. Sa conjugaison est pourvue de flexions pour la voix active, mais elle n'en a pas pour le passif. Elle a des termes de négation variés selon les temps et les modes du verbe.

La langue des Otomites, qui est la seule monosyllabique au Mexique, manque des articulations k, f, l, r, s et x espagnole. Elle est « dure, sèche, obscure, difficile à prononcer, désagréable à entendre ; elle reflète le caractère sauvage de

494 MEXIQUE (démographie).

ceux qui la parlent » (E. G.-Tar.). Elle est ou était enseignée, avec la langue Aztèque, à l'université de Mexico,

La langue Colhua, la langue des Nahuas, fort voisine de celle des Toltèques dont elle n'est probablement qu'une dérivation, est restée la langue des Mexicains. Particulièrement cultivée à Tetzcuco, la ville lettrée de l'Anahuac, elle a produit des poètes et des historiens. Elle est très-lourdement polysyllabique. Elle manque des ai'ticulations que nous représentons par b, f, d, g, r, s; on remarque qu'elle n'a jamais l initial. Elle forme le pluriel des noms tantôt en y ajoutant le mot «liée (beaucoup), tantôt en redoublant la première syllabe, et terminant le mot en in. La conjugaison a voix active et voix passive, mais l'iiiûuitif manque, remplacé par une circonlocution.

Edm. Guillemin définit, comme il suit, le type actuel du métis moderne, du Mexicano :

« Le Mexicain est de taille moyenne et svelte ; on retrouve chez un gi"aud nombre les dehors physiques de l'Espagnol avec une petite nuance exotique, qui est le caractère du créole en général. Il a alors une certaine tournure andalouse, dans laquelle toutefois la vigueur et l'activité ont été remplacées par une froide réserve ou par une gaucherie d'allure qui tient de l'Indien. Sa physionomie se rapproche tellement de celle de l'Européen, que souvent il n'est pas facile de distinguer un Mexicain d'un Espagnol. A côté de ce type métis, on aperçoit toutes les gradations jusqu'au type indien le plus accusé. Certains Mexicains présentent même dans leur 'physionomie des caractères mixtes, juxtaposés avec si peu d'harmonie, qu'il en résulte un assemblage de traits qu'on chercherait en vaia dans les races locales. Ce défaut, assez fréquent chez les hommes, n'existe pour ainsi dire point chez les femmes, dont le type est beaucoup plus uniforme, et chez lesquelles les traits ont presque toujours, à défaut de beauté, un galbe régulier joint à une grande douceur d'expression. On remarque cependant chez elles une gradation entre le type blanc et le type indien, sans que ce dernier s'accuse trop complètement. Le premier se rencontre dans certaines provinces avec une apparence de pureté et souvent avec un éclat de beauté tout em'opéen. Les populations féminines de Tepic, Chihuahua, Durango, San-Luis-Potosi, et de quelques autres villes, sont remarquables sous ce rapport. »

Quant aux populations indiennes, elles diffèrent trop les unes des autres (ainsi qu'on l'a vu plus haut) pour qu'il soit utile de chercher à en étalilir un type général. Dirons-nous, avec M. d'Arlach [Souvenirs de Centre- Amérique, 1850) que le crâne mexicain est brachycéphale, tandis que le Guatémaltèque tend à la dolichocéphalie ? Une semblable assertion aurait grand besoin d'être vérifiée, n'étant appuyée que sur des souvenirs, quand elle devrait l'être sur des relevés numériques.

Humboldt remarque que les difformités sont très-rares chez les Indiens ; il n'a pas vu un bossu parmi eux, et très-rarement quelque boiteux ou manchot.

Certains physiologistes n'ont vu dans le mélange des races qu'une dégénérescence ; d'autres considèrent comme un acclimatement acquis l'adaptation des métis au milieu dans lequel ils vivent. Ces savants observent que les habitants des plateaux, qui sont les plus nombt-eux, qui vivent dans une atmosphère raréfiée et sous un ciel tempéré, et qui ont un tempérament nerveux et peu sanguin, ont adopté un genre de vie conforme à ces conditions : leur hygiène générale

MEXIOUK (DiiMotiiiAPHiii). 495

consisle dans une sobriété absolue, soit d'alimentation, soit d exercice physique et intellectuel.

Mais, d'un autre côté; on peut objecter que les soins mêmes auxquels les Mexicains sont tenus pour ménager leur constitution, en dénoncent la faiblesse. Le docteur Jourdanet, après de longues années de séjour et d'exercice de son art à Mexico, affirme que « les habitants des grandes allitudes, au delà de deux mille mètres, sont généralement anémiques » {voy. plus loin g 11). Nous avons indiqué plus haut, page 470, un principe mésologique d'insalubrité, qui tient à la composition argileuse du sous-sol dans la mesa d'Anahuac. Ces considérations sont confirmées par la courte durée, très-probable, de la vie moyenne au Mexique, llumboldt, d'après les nombreux relevés publics qu'il a pu consulter, la met iort au-dessous de 20 ans. Si son calcul n'est pas d'une exactitude rigoureuse, il faut se souvenir qu'en matière de démographie les omissions, qui sont très-fréquentes dans les relevés des enfants en bas âge, portent les résultats divisionnaires plutôt au delà qu'en deçà de la vérité. Le taux de vitalité auquel arrive de Humboldt est d'ailleurs très-près de celui que fournissent d'autres calculs de puerpéralité pour le Centre-Amérique. Or tous les pays de l'Europe, l'Espagne nommément, jouissent d'une vie moyenne supérieure à celle-là. On ne saurait donc affirmer, dans l'état actuel des recherches, que l'élément espagnol se soit maintenu sans dégénérescence dans son immigration en Amérique et dans sa promiscuité avec les éléments propres à cette partie du monde ^

On trouve peut-être un autre indice de cette dégénérescence dans les mesures crâniennes données par Morton : 164 crânes d'Indiens sauvages lui ont offert une capacité moyenne de 1577 centimètres carrés, tandis qu'il n'a trouvé que 1559 dans les crânes de Mexicanos qu'il a mesurés. Si ce faible chiffre avait été relevé sur un plus grand nombre de sujets, il mettrait les Mexicains même au-dessous des nègres d'Afrique, qui ont 1571.

M. Le Roi de Méricourt a rapporté à l'article altitddes (tome III de ce dictionnaire, page 414) , des relevés qui rentrent dans le même ordre d'idées, et qui ont le mérite d'être appuyés sur des nombres plus grands et sur plusieurs séries d'expériences très-soignées. Coindet a trouvé, sur 250 Mexicains et un pareil nombre de Français, que le développement du thorax était moindre chez les premiers, dans la proportion de 89 à 92 et demi. Passant à l'examen comparatif des fonctions de respiration, il a constaté que le nombre des respirations par minute était de 20 pour les premiers et seulement de 19 pour les derniers. Il a vu en même temps que les inspirations sont généralement d'autant moins amples et moins prolondes qu'elles sont plus répétées^ Sur les mêmes sujets, il a reconnu que la moyenne des pulsations était de 80 pour les Mexicains, tandis qu'elle n'était que de 76 pour les Français. Ainsi, l'accélération du pouls a été trouvée exactement proportionnelle à celle de la respiration. On exphque, il est vrai, cette vitesse par la nécessité d'aspirer, dans un air raréfié par l'altitude, une quantité suffisante d'oxygène. Mais il reste toujours vrai que la plus importante des fonc^

* On voit à quel malheureux entraînement politique cédait Michel Chevalier, lorsqu'il célébrait i en assez mauvais français) le prétendu « privilège du plateau mexicain de se tenir dans les hauteurs les plus favorables pour que la race européenne y prospère... et y vive dans des conditions propices pour sa santé et pour l'exercice de ses facultés en tout genre. » Les observations précises et les expériences scientihques des Humboldt, des docteurs Jouidanet et Coindet, paraîtront sans doute aux esprits impartiaux oftrir plus de solidité que le plaidoyer, peut-être éloquent mais assurémeût trop imayinatit, de l'ancien Saint-Simonieiij travesti en sénateur.

490 MEXIQUE (i.ÉMOtn.vriiiE).

lions qui entretiennent et qui usent noli-o organisme s'accomplit chez les Mexicains avec une hâte marquée. Il est vrai aussi que, pour d.'cider si cette ardeur tient aux races ou aux altitudes ou à d'autres conditions mésologiques, il serait bien utile que les importantes expériences de M. Coindet fussent répétées sur les habitants des diverses ferras du Mexique.

Nous ne devons pas omettre une observatioh remarquable qui est due à Humboldt, et qui coïncide avec les expériences du docteur Coindet : c'est que la gêne de la respiration, qui se manifeste au-dessus de o 800 mètres d'altitude, est moins sensible chez l'homme blanc que chez l'indien,

La population du Mexique , considérée en bloc , et malgré les terribles péripéties qu'elle a subies, est en voie d'accroissement; si ce n'est depuis le seizième siècle, comme quelques-uns l'ont supposé, c'est au moins depuis l'espèce de recensement public, plus ou moins régulier, exécuté vers la fin du siècle dernier. Alexandre de Humboldt, amendant cet acte officiel, fixe à 5 '200 000, pour l'an 1795, le nombre des habitants du Mexique; puis il l'évalue, pour 1805, à 5 800 000. Le docteur Jourdanet, relevant diverses supputations et rapports tant de particuliers que de fonctionnaires, fait voir le chiffre s'élevant de période en période, et atteignant 8 200 000, en 1857 (Garcia y Cubas).

Tous les auteurs sont d'accord sur le fait de cet accroissement complectif. Mais, quand il s'agit de déterminer s'il est dû à une ou plusieurs des races principales, le plus grave dissentiment se manifeste ; et cela tient surtout à ce qu'on est très-loin de s'entendre sur le nombre des Indiens qui existent dans le pays sans avoir mêlé leur sang avec les blancs. L'économiste Fernando Navarro porte, en 1810, le nombre des Indiens à 5 600 000

Branz Mayer, en 1852, en trouve 4 000 000

Payno, en 1858, n'en veut voir que 2 500 000

Wappœus, bon géographe, mais mauvais statisticien, porte le chiffre, pour 1861, à 4 800 000

L'abbé Domenech l'élève encore plus haut (1866) 5 000 000

taudis que Edm. Guillemin le réduit, en dernier lieu, à 1 500 000

Conséquemment à cette énorme divergence, il s'en produit une pareille dans l'appréciation du nombre des métis d'Indiens et d'Espagnols, usuellement nommés Mexicanos : Wappœus en compte moins de 1 200 000, Guillemin en affirme 6 500 000. Le même Guillemin ne reconnaît, au Mexique, que 200 000 blancs (régionaux et européens) ; les autres auteurs en comptent 1 000 000, et ils y ajoutent 6 000 nègres.

Non nostrum inter vos tantas componere lites.

Dégager le vrai de ces assertions contradictoires serait fort important pour l'histoire naturelle de l'humanité ; mais cela ne sera possible qu'au moyen de recensements détaillés et circonstanciés, réguliers et périodiques, comme ils se pratiquent dans le petit nombre des États européens où l'on apprécie les services que les sciences peuvent rendre à l'administration et leur influence sur le bienêtre des peuples. Nous remarquerons seulement ici que la difficulté de distinguer sûrement les Indiens purs des métis de divers degrés, est la cause la plus probable de la divergence des opinions sur la quantité relative de ces races plus ou moins consanguines.

Au pomt de vue des professions, Guillemin décompose la population totale eu

MI'LXKJUE (i.émograi'Uie). 497

A;:iicuUeurs 6 OOO 000

Mineurs 200 I 00

Habitants des villes 2 000 0O3

8 200 OliO

La classe des extracteurs de minerais est, selon lui, la clievilje ouvrière de la prospérité du pays, qui est essentiellement producteur de métaux précieux, et qui n'a d'ailleurs que des industries fort arriérées et une agriculture languissante, les terres étant entre les mains de quelques grands propriétaires, et les agriculteurs effectifs (peones) n'étant que des salariés. Achille Gdillard.

BiBLioGRAiHiE. — Bernal Diaz (compagiion de F. Cobtès). liécit de la conquête. — Sahagun. Historia gênerai de las cosas de Nueva-Espana (écrite au seizième siècle, publiée à Mexico, en 18'29, par Lord KiNOSBonocGH, o vol. in-4'. — Botturini. Historia de los reynosde Culhuacan y Mexico. — Ixtlilxochitl (don Fernando d'Alva, l'un des historiens descendants des rois Tezcucans, seizième siècle). Histoire des Chichimèques, ou des anciens rois de Tezcuco, et 15 Relaciones, publiées en espagnol par Bustamente, à Mexico, en 1829. L'histoire des Chichimèques, traduite en français, forme les douzième et treizième volumes de la grande collection Ternaux-Compans. — Terxaux-Gojipars. Voyages, relations et tnémoires originaux [seizième siècle), pour servir à l'histoire de la découverte de l' Amérique; 20 vol. in-S°. Paris, 1857-1840. — Tezozomo (don Alvaro). Histoire du Mexique, trad. par Ternaux-Compans, 2 vol. in-8°, Paris, 1847-i9. — Hernandez (Fr.). Quatro libros de la naturaleza y virtudes de las plantas en la Nueva-Espaiia. Mexico, 1615, in-4°, — Du jième. Plantas y animales de la Nueva-Espaiia, 1615. — Du même. Historia Mexicana, 1620. — Du même. Herum medicarum ISovce Hispaniœ thésaurus. Romae, 16i8, in-fol. — Du même. Nova plantarum, animalium et mineralium mexicanorum, historia. Piomœ, 1651, 2 vol. in-fol. — Do même. De historia plantarum Novœ Hispaniœ, Matriti, 1790, 2 vol. in-4°. — De Sa>-Buenaventura (Gabriel). Arte de la Icngua Maya. Mexico, 1684, in-8°. — Cogolludo (Diego Lopez). Historia de Yucatan. Madrid, 1C88, in-fol. — Hogal (Dernardo de). Arte de la lengua Maya y semilexicon Yucateco. Mexico, 1746, in-i". — Loreszaxa. Historia de Nueva-Esj>ana. Messico, 1770. — T.iuery de Me.noxville. Traité de la culture du Nopal {et voyage à Guaxaca). Paris, 1787, 2 vol. in-8°. — Clavigero. Storia antica del Messico. Césène, 1780-1781, 4 vol. in-8°.

— SoNNEsciisiiDr. Voyage minéralogique (cité par Humb.). — Huîiboldt (.\lexandre de). Essai iwlitique sur le royaume de la Nouvelle-Espagne, 1808, et deuxième édition, Paris, 1825, 4 vol. in-8°. Cet ouvrage (?) est désigné par l'auteur lui-même sous le titre de Essai politique sur le Mexique, 2 vol. in-8°, in Vues des Cordillères, 2 vol. in-S», Paris 1814, p. 335, et inlVourt gênera et species plantarum, in-fol. Paris, 1815, I, p. xun. — Du même. Essai géognostique sur le gisement des roches dans les deux hémisphères. — Hu.mboldt et Boxpland. Voyage aux régions équinoxiales, in-4''. Paris. 1" volume : Essai sur la géographie des plantes, 1807, avec une planche de 1805, fol. — Bulloch ou Bullock. Le Mexique en 1823, traduit de l'anglais. Paris, 1824, 2 vol. in-8°, planches. — Du même. In Albert Montémont Bibliothèque des voyages, t. XLI. Paris, in-S". — Buchon. Atlas statistique, etc., des deux Amériques. Paris, 1825, in-fol.

— Ward. Le Mexique en 1827. — Ki.ngsborough et Dup.ux. Antiquities of Mexico. London, 1831, 7 vol. grand in-folio. — \\'iegma>n. Herpetologia mexicana, 1854, in-fol. — Lœvenstern (Isidore). Le Mexique. Paris, 1843, in-8"'. — Stephens. Incidents of Travels in Yucatan. London, 1843, in-S". — Sessé et Mocino. Plantes du Mexique. — Florœ mexicanœ icônes inerlitœ (fréquemment cité dans le Prodivmus de De Candolle). — Richard (A.) et G.ueotti. Monographie des Orchidées mexicaines. Paris, 1844. — Bexiham. Plantœ Hartwcgiance, imprimis Mexicanœ. Londini, 1859-1846, in-8°. — Fée (A. -S. -A.). Fougères et Lyeopodiacées du Mexique. Strasbourg, 1857, in-4''. — Roz (Joaquin). Gramatica Yucateca. Merida de Yucatan, 1844, in lo — L'HosTE. Histoire générale et statistique du Mexique. Paris, 1845. — Alama.n (Don Lucas). Historia de Mejieo, desde 1808. Mexico, 1849-1850, 5 vol. in-4°. — Aubin. Mémoire sur la peinture didactique et V écriture figurative des anciens Mexicains. Paris, 1849. — Du même. Boletinde la sociedad de geografia y statistica de la Picpublica Mexicana, 1850-1869. — Du MÊME. Archiva Mexicano, 1856-1802. Mexico. — Heller. Heisen in Mexiko. Leipzig, 1853, in-8''. — Lebdo de Tejada. Statistique de la République mexicaine, sous forme de tableau synoptique. Mexico, mars 1856. — Brasseur de Bourbocrg. Histoire des nations civilisées du Mexique et de l'Amérique centrale. Paris, 1857-1859, 4 vol. in-S", avec une bonne cai'te du Mexique avant la conquête. — Du même. Grammaire de la langue Quichée, in-8°, raisin, Paris, 1862. — Du wèue. Philologie mexicaine, in Picvue orientale et américaine, t. I et II, in-S», Paris, 1859. — .Saussure (Henri de). Divers travaux sur l'histoire naturelle du Mexique, in Mém. soc. géogr. de Genève. Genève et Paris, 1858-1864, in-8°. — Sonnenstekx. Mapas générales, etc. New-York, 1859, et Londres, 1860. — Dallï (E.). Sur les races indigènes

Dici. £«0. 2' S. Yll. 52

498 MEXIQUE (pathologie).

du JSouveau-Monde et l'archéologie du Mexique. Paris, 1862, in-S". — Gottsche. De Mexikanske levermosser. Kjobenhavn , 18bô, in- 4°, 20 planches. — Vigneaux (Ernest). Souvenirs d un prisonnier de guerre au Mexique en 1854-55. Paris, 1865, in-12. — Steixdachxee. In Mém Acad. des sciences de Wien, 1863 et 1864. — Garcia ï Gobas (Antonio). Carta gênerai de la Republica Mexicana, 1863,4 feuilles grand-aigle. — Du même. Apuntes relatives à la Poblacionde la Bep. Mexicana. Mex., 1871.— Prescoit. Histoire de la conquête du Mexique, traduit par Amédée Pichot. Paris, 1864, 5 vol. in-8''. — Chevalier (Michel). Le Mexique ancien et moderne (ouvrage de circonstance). Paris, 1865, gros in-12. — Orozco y Berra. Geografia de las lenguas y caria etnografica de Mexico. Mexico, 1864. — Landa (Diego de). Relation des choses de Yucatan (1566), traduit et publié par Brasseur, avec grammaire et vocabulaire de la langue Maya. Paris, 1864, grand in-8°. — Nebel. Voyage pittoresque et archéologique à Mexico (cité par E. Daily). — Jourdanet. Le Mexique et l'Amérique tropicale. Paris, 1864, in-12. — Do même. De la statistique du Mexique dans ses rapports avec les niveaux du sol et avec I'accli7nate7nent des différentes races humaines qui l'habitent. In Gazette médicale de Paris, 1864, et mieux in Boletin de la sociedad mexicana de geografia y estadistica, Mexico, 186r). — Coindet (D' Léon). Etudes statistiques sur le Mexique. In Gaz. hebd. de rnéd. et de chir. Paris, 1864. — Du même. Le Mexique médico-chirurgical. Paris, 1867-1869, 3 -vol. in-8°. — Leroy de Méricodrt. Archives de médecine navale, t. IL Paris, 1864, in-8°. — Pimentel (D. Francisco . Quadro descriptivo y comparativo de las lenguas indigenas de Mexico. Mexico, 1865. — Eicuthal ^Gustave d'). Origines bouddhiques de la civilisation mexicaine, in Revue archéologique. Paris, 1865, in-8<'. — Archives de la commission scientifique du Mexique. Paris, t. I, 1865; t. II et III, 1867, in-8°. — Bococbt. Description des Chéloniens nouveaux de la Faune mexicaine, in Ann. se. nat. Partie zoolog. Paris, 1868, in-S". — Guillemin-Iauayre (E.). Exploration minéralogiquc des régions mexicaines. Paris, 1869, grand in-8°, cartes. — Lefèvre. Histoire de l'intervention française au Mexique. Bruxelles et Londres, 1869, 2 vol. in-S». — Mission scientifique au Mexique et dans l'Amérique centrale. Géologie, 1868; Linguistique, t. I, 1869 ; t. II, 1870. Recherclws zoologiques, parties 5, 6, 7 ; Recherches botaniques, première partie. Paris, 1870-1K?2, gr. in-4'', pi. — Loiseau. Notes sur le Mexique. Bruxelles, 1872, in-S", plans. — Galatix (Alb.). In Transactions of the American Ethnological Society. Achille Gdillakd.

§ II. Pathologie. D'après le tableau géographique et climalologique qui précède, on comprend sans peine combien, au Mexique, les divisions, administratives et les parallèles à la ligne équatoriale ont peu d'importance au point de vue de la pathologie et de l'hygiène. Aussi, ne tiendrons-nous compte que de Ij division rationnelle, basée sur le climat, en trois zones, les terres chaudes, les terres tempérées et les terres froides, malgré le peu de rigueur de la désignation de la dernière zone.

Terkes chaudes. Les terres chaudes sont comprises dans la partie inférieure du plan inchné qui descend du plateau de l'Anahuac vers la mer. Leur étendtie en profondeur varie beaucoup suivant les points du littoral; dans l'Etat de laVeia- Cruz, cette profondeur est d'environ 15 lieues, en leur assignant pour Hraite la chaîne du Ghiquilmite, sur la route de Vera-Cruz à Mexico. Les contie-forls de la chaîne des Cordillères forment, en venant expirer près du littoral, des vallées sillonnées de rivières peu importantes, à cours très-rapide qui vont vers la mer; pendant la saison des pluies, ces cours d'eau se transforment en torrents, grossissent, débordent et inondent la plaine, secondant ainsi l'action des dunes. .4 près la saison des pluies, l'eau se retire dans la partie la plus inférieure, c'est-à-dire au voisinage des dunes ; et la partie supérieure fertilisée se recouvi'e d'une végétation d'une vigueur incroyable. Aussi, les terres chaudes du Mexique sont-elles merveilleusement aptes à développer les maladies miasmatiques (Crouillebois). Si l'on considère les côtes elles-mêmes, d'une manière générale et abstraction faite de i'endémicité de la fièvre jaune, leur constitution médicale est en rapport avec le degré de sécheresse ou d'humidité du sol suivant les localités. La direction des vents leur imprime des caractères qui distinguent les côtes du Pacifique, du littoral du golfe.

MEXIQUE (pathologie). 499

Le littoral du golfe est relativement sain dans les localités maritimes dont le sol est sec. Les vents venant régulièrement de la 'mer aux heures où les émanations du sol peuvent être nuisibles, ces produits sont entraînés hors des populations des villes du littoral. Sur le Pacifique, au contraire, les vents salubres du nord-ouest régnent pendant le jour, seulement. La brise vient de terre, dès les premières heures de la nuit, et entraîne les miasmes sur les ports; ainsi s'explique l'insalubrité permanente d'Acapulco, Manzanillo et San-Blas. Depuis Mazatlan jusqu'au delà de San-Blas, en allant vers le sud, les cours d'eau débordent dans la saison des pluies et transforment les savanes en lacs immenses, depuis juillet jusqu'à la un d'octobre. Toutes ces localités si marécageuses, même jusque deux mois après la saison des pluies, sont affreusement sèches pendant le reste de l'année.

On aurait tort de croire que l'éloignement des côtes, vers les premiers degrés d'élévation, soit une condition favorable à la santé. Dans les districts de Ijucar, d'Amilpas, de Cuernavaca; dans les Etats de Guerrero, de Michoacan, de Oajaca, de Vera-Cruz et de Tamaulipas, il y a des localités intérieures d'une hauteur de 500 à 500 mètres, environnées de montagnes peu élevées qui empêchent l'accès des vents. La température s'y élève considérablement, la dysenterie et les maladies de foie y déciment la race européenne ; les natifs eux-mêmes y vivent dans des conditions misérables (Jourdanet).

Tout le littoral oriental du Mexique est considéré comme le foyer permanent de la fièvre jaune, ce redoutable fléau dont la Vera-Cruz serait le point de centre. Ainsi qu'il ressort de l'étude fort curieuse que le docteur Bouffier a faite des registres d'entrées de l'hôpital Saint-Sébastien (plus tard Saint-Joseph), spécialement affecté au traitement des malades atteints de fièvre jaune à la Vera-Cruz, de 1802 à 1847 et de 1854 à 1864, cette localité elle-même paraît cependant jouir, de loin en loin, de courtes périodes d'immunité complète. Ces intervalles de répit ont duré de quelq ues mois à un et deux ans, et même, une fois, trentecinq mois.

Chaque mois de l'année peut présenter des cas de fièvre jaune, mais ceux des deuxième et troisième trimestres en offrent toujours un plus grand nombre. Pendant 52 années non consécutives de règne du fléau, on a enregistré à l'hôpital Saint-Sébastien 6,941 cas, et 2,124 décès, soit 50,60 pour 100 de mortalité. Les six mois d'été fournissent 5,125 cas et 1,529 décès, et les six mois d'hiver, 1,818 cas seulement et 375 morts. La proportion des décès est de 29,80 pour 100 pour les deuxième et troisième trimestres, et de 51,16 pour 100 pour les deux autres. « Ce dernier chiffre, ajoute Bouffier, est remarquable en ce qu'il dénote que, si dans la période hivernale les cas sont moins nombreux, ils sont, en revanche, plus graves que pendant les mois d'été. Il y a eu le plus de cas en juin, et le moins en janvier; mais c'est le mois de mars qui a donné la proportion de décès la plus forte, et le mois d'août, la plus faible. »

La fièvre jaune sévit, dans toutes les locahtés maritimes de cette côte, avec une intensité fort variable suivant les années. On ne sait pas au juste à quelle distance du littoral elle peut naître spontanément. Ainsi, d'après le docteur Coiiral, elle ne serait pas essentiellement endémi(jue sur les côtes du Yucatan ; à Mérida, Campêclie, Carmen, la maladie aurait toujours été importée ou aurait coïncidé avec l'arrivée d'un grand nombre d'étrangers venant de la Havane ou de la Vera- Cruz. Il est difficile également de fixer à partir de quelle hauteur, au minimum, au-dessus du niveau de la mer, cette maladie perd ses propriétés infectieuses. Pen-

500 MEXIQUE (patuologik).

dant que l'épidémie sévit à la Vera-Cruz, la maladie pourra se mauifester, tantôt à la Hedjeria, à trois lieues plus loin ; tantôt à la Soledad, à sept lieues ; soit encore au Chiquihuite; soit même à Cordova, à vingt-quatre lieues de distance. Ces diverses localités sont élevées de 30, 70, 500 et 900 mètres. Dans tous ces endroits qui sont compris dans la zone des terres chaudes, non-seulement les malades peuvent mourir delà fièvre jaune, mais encore la transmettre à la population environnante. En 1865, notamment, rapporte Bouffier, Cordova eut une épidémie meurtrière, et les habitants n'ont pas été épargnas. Mais, à Orizaba, qui est à trente lieues de la Vera-Giuz et dans la zone tempérée, à 1,280 mètres au-dessus du niveau de la mer, on n'a pas observé la maladie à l'état épidémique. Il y a eu quelques exemples de cas mortels à Puebla et même à Mexico, mais le germe de la maladie avait été pris dans les terres chaudes. D'après Jourdanet, la fièvre jaune n'atteindrait pas les voyageurs lorsqu'ils se trouvent élevés de 700 mètres sur le penchant de la Cordillère.

Bien que le littoral occidental du Mexique n'ait pas encore été le théâtre d'épidémies bien constatées de fièvre jaune, il n'en faudrait pas conclure que cette maladie ne puisse s'y implanter. Ce qui s'est produit pour le Brésil, pour la Piata et pour le Pérou autorise au contraire à redouter, en raison de la rapidité actuelle des communications entre les deux océans, que les ports du Mexique, du littoral de l'océan Pacifique, ne payent également un lourd tribut à ce fléau.

Plusieurs observateurs admettent l'existence d'un fièvre jaune bénigne particulièrement fréquente dans les ports occidentaux de la partie méridionale du Mexique. M. Jourdanet insiste sur son innocuité habituelle dans ces parages, et sur l'immunité qu'elle procurerait contre la véritable fièvre jaune, ce médecin en arrive même à donner cet étrange conseil : « Vous importe-t-il de vivre à la Vera-Cruz ou à la Havane? Allez prendre, au préalable, une fièvre d'acclimatation, dans quelijues ports secondaires d'oij le défaut d'étrangers exclut l'élément épidémique. Cette fièvre, selon toute apparence, sera légère, et vous serez tout aussi bien préservé pour l'avenir que si vous aviez essuyé, à la Havane même, un vomito des plus graves. »

Nous ne pouvons, d'accord sur ce point avec Bouffier et la majorité de nos confrères de la marine, conférer à des embarras gastriques ou bilieux, ni même à une fièvre bdieuse dite, à tort, d'acclimatation, la puissance de préserver ultérieurement de la véritable fièvre jaune, comme le vaccin préserve de la variole.

Le docteur Coural oppose, à l'assertion de M. Jourdanet, le fait suivant qui lui a été donné d'observer au mois d'août 1865: douze familles d'éraigrants français, ayant séjourné plus de deux années aux environs de Tabasco, étaient rapatriées, à la Véra-Cruz, par la canonnière la Pique, et une semaine après leur arrivée, de tout ce convoi un seul malade survivait aux attaques du vomito.

Mais si la fièvre jaune est un légitime sujet de terreur pour les étrangers ou pour les habitants des altitudes qui doivent séjourner un certain temps dans les terres chaudes, les fièvres palustres Ibnt, en définitive, un bien plus grand nombre de victimes, et sont autrement redoutables par leur permanence et par la généralisation de leur influence. Elles régnent, en toute saison, sur toute l'étendue du littoral, aussi bien du côté de l'Atlantique que du Pacifique, elles se manifestent sous toutes les formes connues et décrites, sous toutes les capricieuses métamorphoses de la périodicité, particulièrement pendant les mois de juillet, août, septembre et octobre. Elles n'épargnent, d'une manière absolue, aucune race.

MEXIQUE (pathologie). 501

Les formes comateuses et algides sont les plus communes. Pendant les chaleurs et la sécheresse, les fièvres pseudo-continues donneront un état typhoïque. Pendant la saison chaude et pluviale (juillet, août, septembre), les types rémittent et continus augmentent avec tendance à la perniciosité. A cette même époque, une fièvre continue encore sans paroxysme est l'indice d'une altération profonde qui ressemble plus à un empoisonnement qu'à une cachexie. Si ces fièvres n'enlèvent pas rapidement dans un accès pernicieux, le plus souvent de forme algide, elles conduisent peu à peu, par leur opiniâtreté, les organismes à l'anémie et à l'état cachectique désigné dans le pays sous le nom de consomption. L'État de Tabasco entre autres est éminemment marécageux, le cours lent des rivières, les inondations fréquentes et très-étendues en font un des points les plus insalubres du globe. Le cachexie palustre s'y montre aussi rapide que profonde.

Malgré le prétendu antagonisme des fièvres palustres et de la phthisie, la tuberculisation pulmonaire est une des maladies qui, dans les terres chaudes, rivalise de fréquence avec les manifestations du miasme des marais. Dans le Yucatan, au nord, comme au midi, aussi bien que dans l'État de Tamaulipas, à Campêche comme à Tampico, le praticien doit toujours être en garde contre le développement insidieux des tubercules dont l'évolution n'est que trop rapide.

On observe souvent à la Vera-Cruz, et sans doute dans d'autres localités du littoral oriental, des cas désignés sous le nom de typhm, et qui se présentent en même temps que sévit la fièvre jaune. « Présentant, dit Bouffier, moins d'analogie avec la fièvre typhoïde d'Europe quavec notre typhus des bagnes et des prisons, cet état morbide offre à la Vera-Cruz quelques symptômes particuliers. On dirait une fièvre jaune dont la dernière période est transformée. Les malades atteints de ce typhus ne présentent pas de sécheresse de la langue ni de fuliginosités aux dents et aux lèvres ; ils n'ont ni météorisme à l'abdomen, ni sudamina, ni pétéchies, ni vomissements noirs, ni hémorrhagies. C'est du côté des centres nerveux que l'action pathologique se concentre. A l'autopsie on ne trouve de matières noires ni dans l'estomac, ni dans l'intestin, et les plaques de Peyer n'ont pas l'aspect d'une barbe fraîchement rasée. Il n'y a pas, comme dans le typhus d'Europe, d'éruptions diverses à la peau. Enfin, la durée en est généralement plus courte.

Cependant, c'est à notre typhus que la maladie ressemble davantage. Nous la croyons d'un caractère moins infectieux que lui. Les malades chez lesquels nous avons constaté cette affection avaient, dans leur dernière période, de la stupeur, leurs sens étaient abolis, la langue restait belle, le délire et les mouvements spasmodiques se montraient dans les derniers jours, et ils s'éteignaient souvent dans les convulsions. » Nous reviendrons sur cette maladie lorsque nous passerons en revue la pathologie des hauts plateaux.

Le choléra a plusieurs fois visité les terres chaudes. Le 25 août 1833, il faisait, pour la première fois, invasion à la Vera-Cruz. Au commencement de 1854, le choléra s'apaise et la fièvre jaune reparaît, mais, en juillet, les deux maladies marchent ensemble, et côte à côte, jusqu'en octobre. Depuis lors, le fléau a reparu plusieurs fois.

La petite vércle fait de cruels ravages indistinctement, depuis le niveau de la mer jusqu'aux, altitudes de l'Anahuac. Les épidémies de 1550, 1765 et 1779 ont été particulièrement meurtrières dans tout le Mexique. Depuis 1804, année où

502 MEXIQUE (pATHotoGiE).

la vaccine s'est répandue dans le pays, les épidémies n'ont plus revêtu la même malignité.

La diarrhée atonique, la dysenterie^ Vhe'patite se rencontrent avec une fréquence variable dans les localités de cette zone, suivant les conditions particulières de composition du sol et d'orientation. Ainsi la dysenterie est endémique à Guaymas, à Mazatlan sur la côte ouest, comme à Matamoros, à la Laguna, sur la côte est.

Le phage'dénisme tropical se montre ici, comme à la Guyane et en Cochinchine, et il figure pour un chitfre assez élevé comme cause de mort sur les obituaires de la Vera-Cruz.

Terres tempérées. En l'absence de données suffisantes sur la pathologie d'un grand nombre de localités situées dans la zone dite tempérée, il nous est impossible de formuler aucune généralité à ce sujet. On comprend combien il doit exister de nuances variées, non-seulement suivant les conditions locales, mais surtout suivant que l'on envisage des centres de population situés à la limite de la zone des terres chaudes et des terres tempérées, et d'autres stations qui jouissent presque^ par leur élévation, des influences propres aux terres froides proprement dites. Nous ne saurions mieux faire, pensons-nous, pour donner une idée de la pathologie des terres tempérées du Mexique, que de prendre pour type la ville d'Orizaba (1,280 mètres d'altitude) qui, longtemps habitée par nos troupes, a été l'objet des études des médecins militaires et particulièrement de M. le docteur Poucet. Nous n'avons pas malheureusement de renseignements spéciaux sur les fièvres palustres qui sévissent à cette hauteur, attendu qu'il était à peu près impossible de faire la part des cas contractés en traversant les terres chaudes et celle des cas qui avaient pris uniquement leur origine à Orizaba, Disons toutefois que les fièvres sont plus légères, moins tenaces que dans les terres chaudes, en raison de l'attéimation des influences tropicales modifiées, plus ou moins, par l'altitude, depuis la limite des terres chaudes jusqu'à celle des terres froides, et aussi parla composition du sol, les accidents de terrain et l'exposition des centres d'habitation. Il ne faut pas oublier que l'habitude que l'on a d'arroser les champs de cannes sur les parties moyennes et supérieures de la tierra templada, amène, au point de vue de l'intoxication palustre, les mêmes dangers que les marais et les lagunes.

D'après le travail de M. Poncet, la dysenterie paraît occuper, à Orizaba, le premier rang comme fréquence et comme cause de mortalité. Les complications de cette maladie le plus souvent observées ont été la péritonite, les maladies de poitrine, les maladies du foie, les fièvres intermittentes de toutes formes. Les congestions pulmonaires, les pleurésies, les pneumonies, l'évolution tuberculeuse se manifestent particulièrement, à partir du mois d'octobre. Les maladies du foie observées à Orizaba, pendant la saison des pluies, ont été par ordre de fréquence : les congestions, les infiltrations graisseuses, les abcès. Au mois d'octobre, l'anémie et la diarrhée forment toujours la majorité des maladies. D'après M. J.-F Poyet, à Jalapa, comme dans presque toutes les autres villes de la zone pluvieuse, la saison des pluies est celle pendant laquelle dominent les cas de fièvre intermittente, de fièvre typhoïde, de phlegmasie des séreuses et des parenchymes, et enfin les névroses. Pendant la période de l'année oià les brumes sont fréquentes, on observe particulièrement des cas de rhumatisme, de fièvres éruptives et d'angines. Enfin, les phlegmasies du tissu cellulaire et des muqueuses, les embarras gastriques, les cas d'entérite, se montrent, de prélérence, pendant la saison

MEXIQUE (pathologie). b('Z

sèche. Ce qui caractérise le mieux, au point de vue pathologique, la zone tempérée, c'est l'absence de cas spontanés de fièvre jaune et l'extinction, ordinairement rapide, de la propagation de cette maladie lorsqu'elle y est accidentellement importée des terres chaudes.

Terres froides. Les renseignements scientifiques abondent sur la pathologie de cette zone. La capitale du Mexique compte parmi sa population de véritables savants, des médecins distingués qui ont coUigé de nombreux matériaux pouvant servir à édifier l'histoire médicale de cette partie du Mexique si intéressante à tant de points de vue. A l'occasion de l'expédition française, un médecin français, M. Jourdanet a publié un livre qui bien qu'entaché d'idées systématiques, n'en renferme pas moins des données très-utiles. Un médecin militaire des plus distingués, le regrettable Coindet, si malheureusement ravi à sa famille et à la science, a largement profité de son séjour sur les hauts plateaux, pour rassembler à peu près toutes les notions acquises, sous le rapport médical, concernant la région des altitudes. Aussi ferons-nous de larges emprunts à ces deux auteurs, et particulièrement au dernier.

Déjà, en traitant des altitudes {voy. ce mot), nous avons eu occasion d^exposer les phénomènes physiologiques qui se produisent chez l'homme lorsqu'il se transporte du littoral des mers aux hauteurs du plateau mexicain. Nous avons discuté la valeur des influences de la diminution de pression sur la respiration et par suite sur la composition du sang. Nous avons réfuté, avec Coindet, l'opinion trop exclusive de M. Jourdanet qui admet une anémie propre du plateau de l'Anahuac et qui en fait découler presque toute la pathogénie de celte région. Toutefois, bien que n'admettant pas que la diminution de pression fasse, à elle seule, des populations de l'Anahuac un peuple d'anémiques, nous devons signaler comme conséquence des conditions de la vie à ces hauteurs une tendance manifeste aux hémorrhagies et à l'adynaraie, d'où découle une forme insidieuse dont le médecin doit tenir grand compte, tant pour le diagnostic que pour le traitement. Nous plaçant exclusivement au point de vue pratique, nous allons examiner successivement les principales maladies qu'on observe parmi les habitants de cette zone. Typhus. (TafeardiV/o des Espagnols.) Avant de parler du typhus tel qu'il règne actuellement au Blexique, il est nécessaire que nous disions quelques mots d'une maladie qui a fait de tels ravages parmi la population indigène que l'histoire en a gardé le souvenir, mais dont la nature est restée enveloppée d'une certaine obscurité par suite du peu de rigueur des observations contemporaines. Nous empruntons les renseignements suivants à l'excellent travail de notre regretté confrère Coindet. De 1551 à 1535, apparut une maladie épidémique dont l'invasion et la marche étaient si rapides, qu'un homme plein de santé, le matin, était mort le soir. En 1545, une épidémie semblable n'enleva pas moins des 5 sixièmes des Indiens du Mexique, d'après le père Juan de Grijalva. Ce mal qui paraît être du même genre que les épidémies précédentes fut désigné, dans la langue des Aztèques, par les dénominations du Cocoliztli, Matlazahualt. « A l'entrée du printemps, sans cause connue, les Mexicains commencèrent à sentir de fortes douleurs de tête, suivies bientôt de fièvre et d'une telle chaleur intérieure, que la plus légère couverture était intolérable; indifférents à tout, on les voyait, plongés dans la terreur et l'épouvante, sortir de leurs misérables cases, puis s'étendre dans les cours, dans les rues, aflaissés sous le poids du mal ; leur corps se couvrait de taches rouges, livides, le sang s'écoulait par leurs narines et ils mouraient au bout de six à sept jours. Si quelqu'un, par

?0.l MEXinUE

l' A T rr 0 L 0 G r E

hasard, échappait à cette terminaison fatale, il conservait longtemps une telle faiblesse, qu'à chaque instant on pouvait craindre pour sa vie. Aucune maison mexicaine ne fut à l'abri de cette calamité qui se propagea de proche en proche. Cette peste ne pardonnait ni à l'âge, ni au sexe, sur plus de 600 lieues, du Yucatan jusqu'au pays des Chichimèques, elle exerça partout des ravages. Les Mexicains stupéfaits croyaient à la fin de leur race, d'autant plus que le fléau attaquait presque tous les Indiens, tandis qu'il épargnait les Espagnols et leurs enfants. Toutefois, les Espagnols mouraient d'une affection qui ressemblait au matlazahualt, provenant, d'après les historiens, de la fatigue excessive causée par les soins donnés aux malheureux Indiens et par l'haleine pestilentielle des victimes de l'épidémie. »

Eu 4577, la peste qui s'était étendue à travers toute la Nouvelle-Espagne reprit une nouvelle force au printemps, elle ne cessa qu'en novembre; elle disparut alors, comme subitement, dans tout le royaume du Mexique, après que des pluies abondantes eurent purifié l'atmosphère. Elle avait enlevé plus de deux millions de sujets, d'après les rapports envoyés au vice-roi Enriquez, et conservés dans les archives de Mexico. Des épidémies presque aussi meurtrières se présentèrent encore en 1591 et en 1756. Depuis la conquête on compterait 17 apparitions de ce fléau qui eut une importance si funeste sur Ténorme réduction que la race indienne a subie depuis l'invasion espagnole jusqu'à nos jours. Malgré l'insuffisance des détails laissés par des historiens, pour la plupart étrangers à la médecine, sur ces terribles épidémies, il est certain que cette peste était un typhus à forme hémorrhagique ne différant que par l'intensité de quelques symptômes du typhus que l'on observe actuellement, non-seulement sur l'Anahuac où il est devenu endémique, mais aussi dans toute l'étendue du Mexique. M. Jourdanet qui, suivant nous, dans ses études pathologiques sur cette contrée, a fait une part trop large aux influences météorologiques, prétend que la cause de ce typhus réside uniquement dans la diminution de pression. « Aujourd'hui comme alors, dit-il, on peut aisément se convaincre, sur ces plateaux élevés, libres de toute impureté atmosphérique (?), qu'il n'est nullement besoin d'un effluve délétère pour développer dans l'organisme l'élément typhique. Les typhus les plus graves et le plus communément mortels sont ceux qui sont causés par une insolation prolongée au milieu des campagnes les plus pures, dans les journées suffocantes du printemps... La diminution excessive de densité produit l'asphyxie, et la chaleur de l'air respiré détermine, dans le sang mal aéré, la fermentation typhoïde. »

Malheureusement, M. Jourdanet oublie que, d'après les historiens, il est constant que le Matlazahualt s'est étendu sur plus de 600 lieues de pays, du Yucatan, jusqu'au pays des Chichimèques, que ce mal coritagietix , se jouant de l'altitude comme de la latitude, sévissait sur tout le pays, à toutes les hauteurs, sans qu'on sache à quel niveau il avait pris naissance. De nos jours, le typhus endémique ne reste pas borné aux plateaux de l'Anahuac, on l'observe dans les terres tempérées, dans les terres chaudes, comme nous l'avons dit précédemment.

Le typhus (voy. ce mot), au Mexique comme partout ailleurs, se développe chez l'homme, sans distinction de race, ni de nationalité, toutes les fois qu'à une alimentation insuffisante, aux conditions multiples, défectueuses, désignées sous le nom de misère, viennent se joindre les émanations de détritus animaux en voie de décomposition. Une fois la maladie produite dans un organisme hu-

MEXIQUE (rATiioLOGiE). 505

main, elle peut se propager par contagion. Aussi, nous rallions-nous complètement à l'opinion de Coindet, dont nous reproduisons les arguments: « Voilà une ailection qui sévit, avec acharnement, sur les Indiens plongés dans la misère, vivant dans la saleté la plus sordide, dans des habitations où tout semble ordonné pour constituer une atmosphère d'air confiné, surmenés par des travaux que les conquérants leur imposent, et réduits à des aliments grossiers insuffisants, tandis qu'elle respecte ou n'atteint que faiblement un petit nombre d'Espagnols mieux nourris, mieux vêtus, mieux logés, ayant des esclaves pour les servir, et jouissant de toutes les commodités de la vie. Depuis la guerre de l'indépendance, c;s Espagnols et leurs descendants, ainsi que les métis, ont, dans les misérables cases des faubourgs infects des villes, pris la place des Indiens refoulés dans les campagnes où leurs conditions hygiéniques laissent encore tant à désirer ; ils y connaissent aussi la pauvreté, la misère avec toutes ses conséquences, et ils sont frappés à l'égîil des naturels. Si la diminution de pression avait eu l'influence que l'on veut lui attribuer aujourd'hui, elle se serait l'ait sentir aussi bien et mieux sur' les nouveaux venus que sur les Mexicains, et ce seul fait nous montre déjà toute l'erreur dans laquelle ou est tombé en attribuant le typhus à la raréfaction de l'air. Les Indiens étaient autrefois plus fortement atteints que les Espagnols, non pas en raison d'un tempérament spécial, mais par suite des conditions hygiéniques mauvaises dans lesquelles ils se trouvaient comparativement, et ces conditions devenant les mêmes pour la population blanche et mélangée, cette popul-ition a été et est également éprouvée. »

« La maladie se montre plus spécialement sur l'Anahuac, la raison en est facile à saisir, ajoute Coindet. A des niveaux inférieurs, les cours d'eau sont permanents, tandis que sur les Andes ils ne durent que pendant la saison des pluies; en d'autres temps, ils sont i\ sec, et il n'y reste que l'humidité suffisante pour produire la fermentation des détritus organisés qui s'y accumulent; or, toutes les villes de l'Anahuac, Pnebla, Mexico, Queretaro, Guanajato, Zacatecas, San-Luis de Potosi, sont traversées par des ruisseaux qui sont les réceptacles de toutes les immondices de ces villes; de sorte qu'après septembre, quand ils commencent à se dessécher, ils laissent jusqu'en juin, de vastes dépôts de matières qui, sous l'action des rayons solaires, se décomposent et répandent partout des miasmes putrides. C'est assez clair. »

A l'époque actuelle, l'incurie des Indiens dépasse tout ce que l'imagination peut concevoir sous ce rapport, aussi le typhus règne-t-il aussi bien dans les campagnes que dans les grandes cités. Il prend souvent aussi naissance au milieu des armées mexicaines dont les soldats français ont pu apprécier la sordidité. Ces armées portent ainsi partout la contagion. Les mêmes conditions qui ont fait éclater autrefois le typhus, appelé, par les Aztèques, Matlazahualt, a fait naître, au niveau des mers, le typhus qui a ravagé dernièrement l'Algérie.

A Mexico, d'après les statistiques de M. Reyès, la fièvre typhiquc, dite tvphus des hauts plateaux, figure pour 158- décès (moyenne annuelle 595,50 décès).

C'est en mars, avril et mai, moment où les lacs, les ruisseaux sont à sec, que l'on observe surtout le typhus et principalement en mai, alors que se trouvent réunies, au suprême degré, les meilleures* conditions de décomposition putride.

Grâce à l'excellente description qu'a donnée Coindet du typhus observé à Mexico, et connu sur l'Aualmac sous le nom d,e fiebre tifoidea, on peut se convaincre que cette maladie est identi(|ue avec le typhus qui sévit dans les camps, et en Irlande, sous le nom de typhus fever.

506 MEXIQUE (pathologie).

La fièvre typhoïde observée sur les hauts plateaux du Mexique ne diffère pas sensiblement de la fièvre typhoïde d'Europe, elle se développe dans les mêmes conditions. Son évolution symptomatique est conforme à celle de notre fièvre typhoïde de France, si ce n'est que dans quelques cas, l'élément intermittent, comme dans le typhus, semble se joindre à l'élément essentiel. Toutes les formes se rencontrent, mais les formes adynamiques et ataxiques sont les plus fréquentes. (Coindet.) Il faut bien se garder de ranger parmi les cas de fièvre typhoïde et de typhus, des fièvres simples continues, des embarras gastriques fébriles, qui empruntent à des conditions d'ensemble un léger cachet typhoïde. En somme, la fièvre typhoïde est rare sur l'Ânahuac, le typhus en prend presque toujours la place.

Le choléra s'est montré au Mexique à différentes époques, et, fait très-curieux, toujours un an après qu'il avait sévi en Europe. Plus les localités étaient élevées au-dessus de la mer, moins la mortalité était considérable. Par suite de l'altitude, on observe assez souvent des vomissements et. des selles contenant du sang en plus ou moins grande quantité. Aussi, admet-on à Mexico, trois formes de choléra, Talgide, l'iiémorrhagique et la douloureuse.

La fièvre jaune se rencontre quelquefois sur les hauts plateaux, mais seulement chez les sujets qui y arrivent rapidement de Vera-Cruz où ils la contractent. Elle ne s'y propage pas, du moins jusqu'à présent, car, dit, avec raison, Coindet, lorsqu'un chemin de fer abrégera les distances, il se peut qu'un régiment, par exemple, la transporte, comme un foyer vivant. En raison de l'influence dépressive qu'exerce l'altitude de 2,000 mètres sur l'économie, la fièvre jaune est plus grave et guérit plus rarement sur les hauteurs qu'au niveau des mers.

Arrivons maintenant aux fièvres éruptives. La fièvre scarlatine se montre parfois à l'état d'épidémie. En temps ordinaire, la mortalité à laquelle elle donne lieu n'est pas très-forte, puisque Coindet n'a pu relever que 51 décès par suite de cette maladie à Mexico, en trois ans ; elle est assez souvent compliquée de diphlhérie. La rougeole, dans la même période de temps a donné lieu à 204 décès, elle se montre aussi à l'état épidémique et sévit, comme en Europe, surtout chez les enfants. Malgré les efforts faits pour répandre la vaccine, la variole fait des ravages épouvantables dans les campagnes ; inconnue avant la conquête, c'est la maladie qui a peut-être le plus contribué à la diminution rapide de la classe des Indiens. Elle donne le maximum de ses décès pendant les mois chauds de l'année.

L'infection palustre se manifeste beaucoup plus souvent qu'on ne pourrait le croire," a priori, dans les vallées humides du plateau de l'Anabuac. Les fièvres intermittentes sévissent, dans certaines années, plus violentes que dans d'autres. Le type tierce est le plus fréquent. Dans les endroits très-marécageux, on remarque des fièvres rémittentes qui prennent presque toujours le cachet de pseudo-continuité, et chez les indigènes surtout, la forme larvée. Les accès pernicieux sont assez rares. En général les fièvres ont assez peu de retentissement sur le foie et la rate, toutefois, la cachexie palustre se rencontre chez les Indiens et les métis.

Les maladies du foie sont fréquentes, particulièrement pendant les mois chauds de l'année. C'est pendant les mois de mai et juin qu'on observe le plus de cas d'hépatite suppurée, de congestion hépatique, d'ictère, d'embarras gastrique bilieux.

La diarrhée, très-fréquente et souvent très-grave, offre la plus grande analogie par sa forme, sa marche, sa persistance avec la forme d'entérite, que les Anglais

MEXIQUE (pathologie). 507

décrivent dans les hauteurs de l'Inde, sous le nom de hilVs diarrhœa. En quatre ans, à Mexico, M. Reyès trouve qu'il est mort 2,746 individus de diarrhée (moyenne annuelle, 685,50). Souvent, en raison de l'altitude, elle donne lieu à des hémorrhagies fort sérieuses, à un état cachectique, qui nécessite un changement de climat.

La dysenterie est loin d'avoir, sur les hauts plateaux, la Iréquence et la gravité qu'elle présente à des niveaux inférieurs, à Orizaba par exemple. Elle est souvent hémorrhagique, mais elle amène, ordinairement, peu de retentissement du côté du foie.

En raison de l'amplitude des variations de temiiérature, de la raréfaction et de la sécheresse de l'air, on observe souvent sur l'Anahuac, le coryza, la laryngite, les angines, particulièrement Vangine catarrhale. Les angines surtout communes en hiver et au printemps, ont fourni, d'après M. Reyès, à Mexico, 85 décès en trois ans (moyenne annuelle, 28,35). L'angine diphthéritiqiie est relativement assez rare. La bronchite devient fort souvent opiniâtre et apporte, par sa persistance, un trouble profond dans l'économie.

Une des principales causes de mortalité à Mexico, réside dans la fréquence et la gravité des ;j?zeî<wonies ^i àe?> pleurésies . En trois ans (1858-1860) sur 51,516 décès, dans la population de la capitale, 2,965 ont eu lieu par suite de pneumonie et 252 par suite de pleurésie, total 5,195 (moyenne annuelle, 1,065). Le maximum de mortalité due à ces deux maladies, se prodnit pendant l'hiver et le printemps c'est en automne qu'on compte le moins de décès. La pneumonie laisse souvent après elle un engorgement chronique; les épancheraents pleurétiques se résorbent difficilement. L'asthme dû à l'emphysème pulmonaire est communément observé sur les hauteurs. La coqueluche règne parfois à l'état épidémique.

Les observateurs s'accordent à dire que le climat de l'Anahuac est favorable aux sujets menacés ou légèrement entachés de tuberculisation pulmonaire, mais à la condition, qu'ils jouiront de bonnes conditions hygiéniques et qu'ils vivront avec circonspection. Ils devront éviter, avec grand soin, de s'exposer aux causes qui produisent les congestions ou les inflammations de l'appareil respiratoire.

Par ces altitudes considérables, les conséquences de ces accidents sont beaucoup plus graves, que lorsqu'ils se produisent sous une pression atmosphérique plus forte, ainsi que l'indiquent, à priori, les raisonnements physiologiques. La phthisie lait de nombreuses victimes parmi la population misérable de Mexico et des faubourgs de la capitale. D'après M. Reyès, en quafre ans, il est mort 1,561 snjets ^^v phthisie, ce qui donne le chilire de 590 et un quart, soit environ la vingtième partie du total général des décès.

La sécheresse de l'air et la vive lumière de l'Anahuac paraissent contribuer à rendre la scrofide assez rare parmi les habitants des terres froides.

L'anémie {voy. ce mot), qu'elle soit idiopathique ou secondaire se produit avec les mêmes caractères et sous l'influence des mêmes causes qu'au niveau des mers. En raison de l'action du climat, tout doit naturellement concourir à lui donner naissance. Ce qui domine chez l'habitant des hauteurs, c'est le tempérament sec, nerveux, c'est la maigreur; le teint est bruni, sans incarnat; delà cette tendance à considérer les populations de l'Anahuac comme un peuple d'anémiques, alors que l'ensemble des traits n'est que la résultante des influences climatériques (Goindet).

La raréfaction de l'air, explique la prédominance des maladies du cœur. Il faut tenir compte aussi de la fréquence du rhumatisme dans leur production.

508 MI'XIOUE (rATiîOLOGiE).

Les brusques oscillations de température sont très-\ivemcnt ressenties et n'expliquent que trop combien de personnes sont atteintes de <^/o«/eî<rs ^rhumatismales et névralgiques. La diminution de pression et la tendance aux congestions et aux liémorrhagies des centres nerveux qui en résultent, rendent compte également de la fréquence des, par aljj si es.

Le cancer n'est pas plus fréquent sur les hauts plateaux qu'au niveau des mers.

La rage est excessivement rare au Mexique. D'après les informations prises par Coindet, on n'aurait jamais observé un cas de rage chez l'homme sur l'Anahuac.

La pustule ynaligne, le charbon, la morve sont connus, mais apparaissent aussi assez rarement.

En raison de l'absence de toute police sanitaire, la syphilis étend ses ravages sur les populations des villes surtout. Lors de l'expédition au Mexique, elle a causé de graves préjudices à l'armée française. Eu iS()i, d'après Coindet, sur 1,600 malades, militaires, dans les^ hôpitaux, il y avait plus de 1000 vénériens. Cette maladie ne paraîtrait avoir existé au Mexique que depuis la conquête parles Espagnols.

La pellagre n'a pas été observée au Mexique, bien que le maïs fasse la base de l'alimentation dans ce pays,

La lèpre, sons les trois formes, tuberculeuse, anesthésique et tachetée, se rencontre aussi bien sur les altitudes que dans les autres zones. La forme tachetée paraît particulièrement fréquente au Mexique.

A côté de la lèpre nous devons signaler une autre maladie de la peau, désignée sous le nom de pinta (voy. ce mot). Elle se rencontre surtout dans certaines parties du Mexique, Chiapa, Tabasco, mais existe aussi à la Nouvelle-Grenade et dans quelques localités de l'Amérique du Sud. Elle atteint surtout les nègres, les mulâtres et les métis. La manifestation de celte alfection consiste principalement en taches de couleur variable, depuis le noir foncé, jusqu'au blanc mat, en passant par les teintes violette, rouge et rosée, l.epinto ou h pinta, dont l'étiologie est fort obscure, est surtout endémique dans le district de Marcha.

Le goitre se rencontre souvent dans les mêmes localités où l'on observe des individus atteints de hpinta ou mal de lospintos. Toutefois celte fréquence n'est nullement en rapport direct avec l'élévation, au-dessus de la mer. Le goitre paraît surtout endémique dans l'Etat de Tabasco.

D'après Coindet, on rencontre, à Mexico, un fou pour 2,667 habitants; le plus grand nombre des cas de folie se manifeste de 50 à 40 ans, le plus souvent chez les sujets du sexe mascuhn et chez les célibataires. C'est pendant la saison chaude, que la folie se déclare surtout ; sa cause la plus fréquente est l'abus des boissons alcooliques.

Acclimatement des Européens au Mexique. Suivant M. Jourdanet les localités du littoral du Mexique, dont le sol nesl pas marécageux, se prêtent à l'acclimatement des hommes d'Europe, ils y prospèrent et y présentent les meilleurs types d'une santé robuste et d'un développement organique des plus satisfaisants. Les régions intermédiaires, dont l'élévation est inférieure à 2,000 mètres offrent aussi, suivant cet auteur, les meilleures conditions aux progrès de l'espèce humaine. D'après Coindet, « l'acclimatement est possible sur les altitudes de 2,000 mètres et au delà, pour l'individu comme pour sa descendance. Il exige pour se produire, probablement une aptitude de race, sûrement une certaine force d'or-

mj:;ïs3(j:>><ilu. 501}

ganisation qui permette de résister aux influences débilitantes de plus d'une sotte que l'on rencontre sur les hauteurs et, dans tous les cas, un genre de vie, une hygiène en rapport avec tes conditions nouvelles de ces lieux. »

« Les statistiques si défectueuses qu'elles soient, prouvent que la population peut certainement se doubler en 50 ans au Mexique. La race espagnole s'est parfaitement acclimatée sur l'Ânabuac et au Mexique, où elle s'est doublée de 1810 à 1862. La durée moyenne de la vie est de 20 ans environ, à Mexico, malgré les mauvaises conditions hygiéniques que l'on rencontre dans cette ville, comme dans beaucoup d'autres points du Mexique. » A. Le Roy de Méricodrt.

BiBUOGEAPHiE. — Jo^RDA^■EI . Le Mexique et V Amérique tropicale. Patis, 1864. — Muller (J.-W. de). Voyages aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Leipsig, 1864. — Coixdet. Le Mexique considéré au point de vue médico-chirurgical. Paris, 1868. — Archives de médecine navale. 1864-72. Passim. — Rec. de niém. de mécl., de chir., et de ph. mil t IX XII, XIII. A. L. R. DE M.' ' '

MEYRANX (PierretStanislas), né dans les Landes, en 1790, mort à Paris, en 1832. Il commença ses études médicales à Montpellier, et vint à Paris, où il fut connu d'abord comme naturaliste. Nommé professeur d'histoire naturelle dans les collèges, de Bourbon, de Juilly et de Gharlemagne, il a publié divers ouvrages spéciaux. Ceux qui concernent la science médicale, sont les siiivants :

I. Appréciation de la cautérisation dans la variole et dans quelques autres maladies éruptives. Paris, 1825, in-8°. — II. Anthropograpliie, ou résumé d'anatomie du corps humain, précédé d'une introduction historique et suivie d'une Biographie des anatomistes, d'un Catalogue et d'un Vocabulaire analytique. Paris, 1827, in-o2. A. Dcreao,

METSEREY. On ne sait presque rien de ce médecin militaire, qui vécut dans le dix-huitième siècle. Les deux ouvrages qu'il a laissés sont à peu près sans valeur, bien que Le Médecin d'armée ait joui, dans son temps, d'une assez grande réputation.

I. Méthode aisée et peu coûteuse de traiter avec succès plusieurs maladies épidémiques. Paris, 1758, in-12. — II. Le médecin d'armée, contenant des moyens aisés de préserver de maladies, et de guérir les gens de guerre. Ibid., 5 vol. in-12, 1754. H. Mr.

MEÏSSOIVIVIER (L\zare), médecin, astrologue, ascète, dont le nom eut un certain retentissement dans la première moitié du dix-septième siècle. Né à Màcon, en 1602, au sein de la rehgion protestante, il fît ses études médicales à Montpellier où il prit le bonnet de docteur et alla exercer la médecine à Lyon. Là, il donna un libre cours à son imagination aventureuse, et, sous le titre du Bon hermite, il publia un almanach rempli de prédictions fondées sur l'astrolo gie judiciaire. Poursuivi par ses confrères pour cette publication, il dut, à son corps défendant, cesser de la faire paraître. Ardemment préoccupé d'idées religieuses, Meyssonnier abjura le protestantisme et devint si fervent catholique, que se trouvant veuf et sans enfants il obtint un canonicat à Lyon. On place sa mort en 1672.

Nous ne parlons pas ici de ses livres sur la magie qui sembleraient appartenir à un siècle plus reculé que celui où il a vécu, mais seulement de ses ouvra^^es médicaux qui n'ont guère aujourd'hui qu'un intérêt de curiosité.

I. Œnologie ou I^s merveilleux effets du vin, ou la manière de guérir avec le vin seul. Lyon, 1656, in-8''. — II. De ahditis epidcmiœ causis parœnetica velitatio. Ibid., 1641, in-8». — in. Histoire du collège de médecine de Lyon, de son origine, etc. Ibid., 1644. — IV. Idea medicinœ verœ. Ibid., 1654, in-12. — V. Pharmacopée accomplie. Ibid., 1657, in-8». —

510 MEZLER.

VI. Cours de médecine théorique et pratique, etc. Ibid., 4664, plus. édit. Il a reproduit dans cet ouvrage le miroir de la beauté de Louis Guyon (sur le titre Meyssonnier est appelé par erreur Laurent). — VII, Brevinrium mcdicum. Ibid., 1664, in-8". — VIII. Les aphorismes d'HipiJocrate, trad. en français, avec un mélange de paraphrases, eiz. Ibid., 1668, in-12.

E. Bgd.

niEZA. (Christun-Jacob-Théophile de). Médecin danois, né à Copenhague, le 26 novembre 1756. Reçu médecin en 1781 et docteur en médecine en 1785. Il pratiqua la médecine dans plusieurs villes de province, notamment à Helsingor et l'ut médecin d'hôpital. Il mourut le 6 avril 1844. Il a publié outre des articles de littérature, la dissertation suivante :

Dissert, inaug. theor. pract. varii argumenti ad artem medendi et obstetricandi spectantis. Copenhague, 1783, in-S».

On a confondu ce médecin avec le suivant :

niEZiiL (Salomon-Théophile), né à Amsterdam le 4 septembre 1727, qui après s'être l'ait connaître comme poëte et littérateur étudia ensuite la médecine et se fit recevoir docteur en médecine à Utrecht. 11 vint résider à Hambourg, puis à Londres, et enfin à Copenhague, où il mourut le 24 juin 1800. On a de lui, sa thèse :

Demenstruis, Utrecht, 1749, in-8». A. D

niEZÉRÉii\E. Principe actif du daphne mezereum (Dublanc). On traite l'é corce par l'alcool, ou fait évaporer et l'on traite le résidu par l'éther, qui dissou la mezéréine. D.

MEZEREOIV ou MEZEREUM. On donne ce nom au Bois-Gentil, espèce du genre Dapkne. {Voy. Daphne). Pl.

MÉZlËREiS (Eau minérale de). Athermale, polyméiallite sulfatée sodiqiie forte, clilo) urée sodique et magnésienne forte, carbonique faible. Dans le département des Ardennes, dans l'arrondissement, dans le canton et à quatre kilomètres de Mézières, un forage entrepris en 1827 et poussé jusqu'à une profondeur de 140 mètres, fit jaillir une source dont l'eau, trouble d'abord, devint bientôt limpide et transparente ; son odeur est peu marquée, elle rappelle cependant celle d'une source émergeant après avoir traversé un terrain argileux ; d'une saveur franchement salée; d'une température de 16°,5 centigrades. M. Wahart- Duhesme en a fait, en 1829, une analyse imparfaite; il a trouvé que 1,000 grammes renferment les principes suivants :

Chlorure de sodium 4,670

— magnésium 1,074

Bicarbonate de chaux » 0,456

Sulfate de soude 2,914

— chaux 0,788

Total des uatiëres fixes 9,902

Les eaux polymétallites de Mézières n'ont jamais eu d'emploi thérapeutique.

MEZLEB (FpxAnz-Xav.) Né le 5 décembre 4756, à Krotzingen, près de Fribourg, en Brisgau, c'est dans l'Université de cette ville qu'il fit ses études médicales et se fit recevoir docteur en 1779. Nous le trouvons successivement médecin à Gegenbach, en Souabe; puis à Sigmaringen, où il est conseiller et médecin du

prince régnant; médecin des eaux minérales d'Imuau, et enfin médecin du roi de Bavière et médecin conseiller à Augsbourg. Mezler était un homme laborieux, très-instruit, honoré de plusieurs couronnes académiques, et qui a beaucoup écrit. Outre de nombreux ouvrages, on lui doit d'avoir, avec Hartenkeil, fondé et dirigé le célèbre journal de médecine de Salzbourg. Ce savant praticien est mort, jeune encore, le 8 décembre 1812. On a de lui :

I. De rheumatisnw. Frib., 1779, iii-4°. — II. Unfehlbares Wehrmittel gegen die Wufh-ti. Wasserscheu, welche auf Bisse wûthender Thiere folgen. Leipzick, 1781, in-8°. — III. Bedenklichkeiten ûber die jetzige Lage der Heilkunst. Augsburg, 1785, in-8°. — IV. Entwurf filr das medizinische Studium, eine Parodie, etc. Ibid., 1785, iii-8°. — V. Von der Wasscrsuclit, mit Anhang ûber die Ansteckung (Mém. cour.'), traduit du latin. Ulm, 1787, in-8°. — VI. Von der schwarzgallichten Konstitution (Mém cour.), trad. du latin. Ibid', 1788, in-8°. — VII. Uebe^- die Yortheilc des Fiebers in langwierigen Krankheiten (Mém. cour.), trad. du lat. Ibid., 1790, in-8°. — VIII. Welche Méthode ist die beste veraltete Geschwurc anden untern Gliedmassen zu heilen ? (Ouest, de prix). Wien, 1792, in-S». — IX. Versuch einer Geschichte des Aderlassens. Ulm, 1795, in-8°. — X. Ueber den Einfluss der Heilkunst auf die praktische Théologie. Ibid., 1794, in-S», 2 vol. — XI. Vorlâufige Nachrichten ûber den Kurort zu Imnau. Ibid., 1795, in-8° et Frib., 1810, in-S". — XII. Bemerkungen ûber die Viehpest. Ulm, 1792, in-8°. — XIII. Beschreibung der Braunischen Maschine, zur zweckmâssigsteti Lage einfacher und complizirtcr Beinbrûc/ic und den andern Gliedmassen. Ibid., 1800, in-4'', pi. 1. — XIV. Neueste Nachricht ûber den Kurort Imnau, etc.. Freiburg, 18il, in-8°. — XV. Unterricht ûber physische Pflichten der Eheleute. Ibid., 1812, in-8°. — XVI. Versuch eines Leitfadens zur Abfassung zweckmàssigster mediz. Topographien. Ibid., 1814, in-S", pi. o, et 1825, in-8°, pi. 3. — XVII. Versuch einer medizin. Topographie der Sladt Sigmaringeti, mit lithographischen Tafeln und Situationsplan. Ibid., 1822, in-8°.

E. Bgd.

MIASmE. Acception du mot. Définition. Le mot miasme [[/.larriix, souillure), se rencontre, avec une signification parfaitement déterminée, et correspondant à l'une de ses acceptions modernes, dans un passage des livres hippocratiques (Hippocrate, Œuvres complètes, trad. de Littré, t. VI, p. 99, mpi yyc-wv, des airs). Mais il semble que, depuis, ce terme ait été longtemps oublié, à tel point qu'on l'a considéré comme de création récente (Hequin, De la spécificité dans les maladies, p. 54) .

11 est certain que c'est depuis l'époque où la notion de la spécificité a pris un rang considérable dans la pathogénie, c'est-à-dire depuis le commencement de ce siècle, que le mot miasme a été surtout employé, et dans les acceptions les plus variées, comme le prouvent les considérations suivantes ; • A. Exclusivement réservé d'abord aux émanations nuisibles, produites, pendant la vie, par l'homme ou les animaux, ce terme a été appliqué peu à peu: 1" aux exhalaisons morbifiques qui provieiment du sol, spécialement des marais, et auxquelles on avait longtemps réservé le nom d'effluves ; 2" aux émanations putrides fournies par la décomposition des matières animales mortes ou séparées de l'être vivant, matières qui causent l'insalubrité spéciale des cimetières, voiries, clos d'équarissage, égouts, etc.

B. Par suite d'un entraînement exagéré peut-être vers les mots qui recouvrent une idée mal déterminée et difficile à approfondir, le terme miasme a de plus été employé, et telle est son acception la plus fréquente, pour exprimer le mode d'action de certains rnilieux, dits, eux aussi, foyers d'infection, parce que leurs conditions de nocuité semblent offrir quelque analogie avec les conditions précédentes, et d'oii proviennent les plus redoutables des maladies infectieuses, le choléra, la fièvre jaune, la peste, et même le typhus.

C. Rappelons enfin qne, dans ces dernières années, et surtout depuis la fameuse discussion sur la peste à l'Académie de médecine de Paiis, le mot miasme a été vulgairement usité pour exprimer l'inQuence nocive, à distance, des individus atteints d'une affection pestilentielle (peste, choléra, typhus, fièvre jaune), ou des objets qui avaient été en contact avec ces individus. Somme toute, il y avait progrès à substituer ainsi, pour expliquer la propagation de ces fléaux, une influence réelle au dogme mystique du génie ou de la constitution épidéniique. 3Iais, d'autre part, employée en ce dernier sens, l'expression miasme diffère totalement de tout ce qu'elle indique ailleurs ; cette acception nouvelle est, de toutes, la plus dangereuse peut-être au point de vue de la netteté des idées patliogéniques ; quand, autour d'un groupe de typhiques, de pestiférés, de cholériques, le mal se propage sans contact immédiat, il se passe néanmoins quelque chose de beaucoup plus net, de beaucoup plus absolu qu'une infection miasmatique ; il y a contagion, contagion à distance, atmosphérique, volatile, miasmatique même si l'on veut, mais en somme contagion aussi irréfutable que celle qui résulterait du toucher, de l'inoculation ; dire qu'alors la contagion ;i lieu par infection, est un éclectisme dangereux. Mieux vaudrait, suivant nous, dans ces cas, renoncer pleinement aux ternies infection et miasmes, termes mis en avant par les anticontagionistes, pour retarder le triomphe de l'opinion de la transniissibilité atmosphérique qu'ils ne voulaient point reconnaître comme un des modes de la contagion, toujours immédiate suivant eux.

C'est en réunissant, sous une même formule, toutes les maladies dont le germe, n'importe sa provenance, peut être transmis par l'atmosphère, que l'on a donné une extension démesurée au cadre des maladies miasmatiques. Les statistiques anglaises et américaines font rentrer dans ce cadre [morhi miasmatici) presque toutes les affections zymotiques ; il comprend non-seulement la série des maladies que nous voyons naître chaque jour sous l'influence de divers foyers d'infection : fièvix jaune, choléra, typhus, érysipèle, pyémie, pourriture d'hôpital, etc.; mais encore les affections virulentes susceptibles de transmission atmosphérique : variole, rougeole, varicelle, scarlatine, etc. Ce dernier groupe est, par conséquent, séparé, dans ces statistiques (Aitken, The Science and Pract. of Medicine, t. I, p. 185; Woodward, Camp Diseases) des maladies virulentes transmissibles seulement par contact ou inoculation [morbi enthetici) : syphilis, morve, rage, etc.

Nous pensons qu'il vaut mieux détacher du cadre des maladies miasmatiques toutes les affections dont on ne constate plus aujourd'hui la production que par eontage, ce contage fùt-il atmosphérique, et les réunir aux maladies virulentes inoculables, pour ne conserver dans ce cadre que les maladies infectieuses proprement dites, c'est-à-dire susceptibles de naître autrement que sous l'influence d'un organisme qui, par sa propre atteinte, en a élaboré le germe. Nous ne cherchons nullement à exagérer les différences qui séparent le miasme du virus; l'étude de la transmission des maladies infectio-contagieiises nous servira même à constater, entre ces deux agents morbides, des analogies parfois assez nombreuses pour en faire soupçonner l'identité.

Renvoyant donc aux articles CoiMagion et Virus l'étude de la transmission à distance d'une maladie exclusivement contagieuse, nous réservons le nom de miasme à l'agent par lequel les maladies infectieuses et les milieux connus sous le nom de foyers d'infection exercent, à travers l'atmosphère, leur influence morbifique sur l'organisme. Le miasme ne comprend, dans les émanations de ces

MIASMES. 5Io

foyers, que celte fraction de la cause morbide qui n'est encore ni physiquement, ni chimiquement déterminée ; dans les effluves des marais, dans les exhalaisons de l'homme et des animaux sains ou malades, dans les émanations putrides des voiries, des égouts, des fosses d'aisances, il y a deux choses : 1" des gaz délétères qui constituent le méphitisme, dont les symptômes asphyxiques sont le principal résultat ; 2" des produits bien moins connus, qui semblent arriver cnfm aujourd'hui à la limite des choses saisissables par l'homme, bien (jue leur existence n'ait encore de preuves plus certaines que les maladies qu'ils engendrent; ce sont les miasmes qui, eux, ont pour résultat la maladie infectieuse. C'est dire combien ce groupe de causes morbides est destiné à diminuer devant les propres de la science; de même que l'analyse chimique en a soustrait déjà un certain nombre de gaz toxiques, de même la détermination précise des éléments qui s'y trouvent encore dissociera enfin d'une manière définitive cet ancien faisceau des causes occultes, au bénéfice d'une étiologie plus rationnelle et plus scientifique.

Rapport du miasme avec le virus. Le miasme est à l'infection ce que le virus est à la contagion ; la malaria est à la fièvre intermittente, ce que le pus syphilitique est au chancre qu'il va produire.

Si nous comparons le miasme au virus, nous voyons que ce dernier représente une cause morbide plus nette, mieux déterminée dans sa puissance et dans son heu d'origine, et affirmée déjà par son passage à travers un ou plusieurs organismes ; ici le germe sort pleinement élaboré d'un milieu vivant, et prouve sa vertu spécifique en reproduisant, sur un milieu identique, l'affection dont il procède.

Le miasme, au contraire, intermédiaire morbide, non pas toujours entre deux malades identiques, mais entre l'organisme et un foyer d'infection, n'éveille pas l'idée d'une généalogie aussi nette : et, le voyant transrais à l'homme par un milieu, dont rien, souvent, ne rappelle le milieu humain, l'idée nous vient tout d'abord de sa création sur place, de sa spontanéité.

Voyons, cependant, si cette différence, frappante au premier abord, entre le miasme et le virus, ne peut être singulièrement réduite. Il existe, parmi les maladies d'origine miasmatique, un certain nombre d'affections dites infectio-contagieuses, qui présentent ce double caractère: 1" de naître d'un foyer qui n'est pas l'organisme humain ; 2° de se transmettre ensuite de cet organisme aux organismes semblables par les divers modes connus de contagion. Ici donc l'agent étiologique originel serait, au point de vue de la nomenclature, un miasme ; l'agent étiologique secondaire, ou de transmission, serait un virus; ces deux agents sont-ils identiques ?

Cette question, que la raison résout par l'affirmative, est d'une importance immense, car dans sa solution, se trouve impUquée peut-être celle de l'homogénie et de l'hétérogénie morbides.

Actuellement, pour grand nombre de médecins, et surtout pour WilUam Budd, qui en a fait l'œuvre de sa vie, les milieux, que lious considérons comme des foyers de maladies infectio-contagieuses, ne sont que des dépôts de germes virulents, germes provenant, comme ceux des affections uniquement contagieuses, d'organismes humains, atteints des affections mères de ces germes. Cette doctrine s'applique, pour ces auteurs, aussi bien aux maladies virulentes proprement dites qu'aux maladies infectio-contagieuses. Que la variole, que la fièvre typhoïde, que ia dysenterie (pour emprunter des exemples à ces deux groupes) éclatent dans

DIfiT. ENC. Vs. VII. 55

une localité ; point n'est besoin de rechercher péniblement la cause du développement de l'affection; si l'on ne peut remonter au malade qui l'a importée et transmise, c'est que cette affection existait déjà dans le pays à l'état de germe latent ; chaque localité conserve, pour des explosions plus ou moins prochaines ou tardives, les matériaux contagieux fournis par les explosions antérieures ; dès lors le chiffre des affections, non-seulement actuelles, mais possibles dans ces localités, devient énorme; et l'on comprend pourquoi des auteur* anglais ont fait rentrer, dans le cadre des maladies endémiques, à peu près toutes les atfections zymotiques, ces affections pouvant, grâce aux germes préexistants, éclater sans qu'il y ait à invoquer ni leur origine exotique, ni leur spontanéité.

Cette doctrine va, comme on le voit, à l'encontre de la formation sur place, de toutes pièces, au moins à notre époque, des maladies dites infectieuses, dont la filiation se trouve dès lors aussi bien assurée que celle des maladies virulentes; elles rentrent dans la loi générale du développement physiologique des espèces dont l'origine première est aussi obscure que la succession actuelle en est évidente et fatale.

Existe-t-il des faits qui confirment cette séduisante théorie?

Suivant W. Budd, les produits excrémentitiels du choléra, rapidement desséchés par la puissante irradiation solaire de la zone tropicale, sont réduits en poussière ténue, inoffensive pendant cette période de dessiccation, mais reprenant, dans les conditions d'humidité voulue, toute sa vertu spéciBque, et perpétuant ainsi l'endémie dans son berceau indien.

Il est facile de reconnaître les rapports de cette opinion avec l'importance, certainement exagérée, attribuée aux produits excrémentitiels des cholériques, comme constituant le véhicule exclusif et absolu du contage de cette affection. Les recherches faites tout récemment aux Indes ont permis de constater l'absence dans les sécrétions intestinales des cholériques, des prétendus champignons sur lesquels plusieurs auteurs allemands avaient édifié une théorie nouvelle du développement de cette affection [Pihtheorie). Quoi qu'il en soit, il est des circonstances où il faut bien admettre que l'explosion épidémique du choléra tient au retour d'activité, à la révivification des germes morbides; tels sont les cas dans lesquels, après un temps d'arrêt de plusieurs semaines, de plusieurs mois dans les pays situés en dehors de son berceau endémique, le mal reparait sans importation nouvelle, et sans qu'on puisse invoquer en ces pays sa spontanéité.

Ces conditions de latence des germes cholériques, pendant un temps souvent fort long, ont été récemment indiquées par M. Tholozan, comme base de la persistance des causes productrices des épidémies cholériques hors de l'Inde {Gaz. hehd. 1872). On voit combien ces opinions tendraient à miifier le miasme et le virtLS cholériques.

Pour la fièvre jaune, la doctrine des germes morbides préexistants est invoquée dans le même sens ; considérons seulement ce qui se passe sur la côte orientale de l'Amérique du Nord : Le vomito, qui est endémique à la Vera-Cruz, n'appai'aît à la Nouvelle-Orléans que s'il y est importé (Faget); mais, dans cette dernière ville, après s'être apaisé ou même avoir disparu durant l'hiver, il peut reparaître l'année ou les années suivantes, sans nouvelle importation ; plus au Nord, au contraire, à New-York, l'épidémie s'éteint toujours définitivement a»ec l'hiver, et ne reparaît l'année suivante qu'à condition d'une importation nouvelle. Pourquoi ces différences, suivant cette doctrine? C'est parce que le froid tue le germe de l'aflection et, comme chaque hiver il gèle à New- York, le germe y est fatalement anéanti ; à

la Nouvelle-Orléans, les gelées sont fort rares au contraire, et la cause morbide peut uiusi persister durant plusieurs années ; à la Vera-Cruz, le froid n'est jamais assez vif pour détruire le fléau dans son origine, et le prétendu miasme originel n'est que l'évolution permanente, dans un milieu toujours favorable, des germes spécifiques. ,

Il est certain que le mode de transmission de la fièvre jaune, dans ses expansions épidémiques, indique une grande analogie entre les conditions de son développement dans son foyer originel, là où on la considère comme naissant par miasme, et les conditions de son explosion en dehors de ce foyer, là où elle apparaît par communication, comme les maladies contagieuses; cette communication a lieu en effet, dans presque tous les cas, sous la simple influence des exhalaisons de certains compartiments du navire, qui constituent un foyer analogue au foyer originel ; ce sont ces exhalaisons qui sont redoutables pour la transmission du mal, et non pas le contact des passagers; le miasme a été importé ainsi de toutes pièces, et se transmet aux ports de débarquement sans avoir, par son passage à travers un organisme, subi sa transformation en virus proprement dit ; ici, comme dans son foyer originel, la cause du mal est d'origine miasmatique et non virulente.

Une confirmation directe a failli être donné à cette doctrine de l'identité des miasmes et des virus; il s'agissait, il est vrai, non plus d'une maladie infectieuse mais d'une affection regardée comme purement virulente, la rougeole. Salisbury crut en découvrir le germe dans une certaine moisissure de la paille pourrie ; ce fait qui, par lui-même, et par les applications que l'induction permettait d'eu faire aux maladies infectio-contagieuses, erît été d'une importance énorme, résultait d'une erreur d'observation.

Ouoi qu'il en soit, nous espérons que, pour la plupart de ces affections, la constatation physique ou cliimique de leur cause intime démontrera que transmises soit par l'homme, soit par un milieu miasmatique, elles procèdent toujours d'un germe identique.

Les progrès de la science ont déjà ramené vers une étiologie plus nette, plus exclusivement spécifique, certaines affections considérées comme d'une origine mixte, infectieuse dans tel cas, virulente dans tel autre ; on est aujourd'hui bien convaincu que la peste bovine ne se développe que par contagion ; et l'on commence à contester, avec des preuves imposantes, la possibilité du développement spontané, dans certains miheux, de la morve, du charbon, et des typhus; de miasmatiques, ces affections tendent à devenir exclusivement virulentes.

Nous insistons sur ces faits, et sur les aspirations scientifiques qui en découlent si légitimement : 1° parce que les virus représentent, par la régularité de leurs effets, un type que nous choisirons à chaque instant, pour lui comparer celui des miasmes; 2* parce que, dans la pratique, s'il existe de grandes analogies entre ces deux ordres de causes morbides, il s'élève encore de bien grandes différences : les unes tiennent à la complexité de ce qu'on appelle un foyer d'infection, d'où manque d'unité des manifestations morbides qui en résultent; les autres résultent des exigences de la tradition et de la nomenclature qui placent dans un même groupe certaines maladies souvent aussi contagieuses que les affections virulentes {maladies infectio-contagieuses), et d'autres maladies qui s'épuisent toujours latalement dans le premier organisme atteint [maladies infectieuses).

A. Le miasme est moins constant, moins égal dans son action. Tout d'abord l'action des miasmes semble beaucoup moins régulière que celle des vii^us. Ce qui

le prouve en premier lieu, c'est la durée incertaine de cette période initiale qui n'est pas la maladie encore, mais qui, dans les affections virulentes, en prépare d'ordinaire si régulièrement l'explosion ; je veux parler de la période d'incubation; elle est si variable pour les fièvres intermittentes, s'étendant de quelques heures à quelques mois, que j'ai proposé de remplacer ici, par le terme de période latente qui ne préjuge rien, le terme d'incubation qui ramène forcément l'esprit vers un fait physiologique à durée constante. Cette irrégularité est moins marquée certainement, mais se retrouve même dans les maladies infectio-contagieuses ; il n'en est pas une, soit choléra, soit typhus, soit fièvre jaune, soit peste enfin, dont l'incubation, que la maladie ait été puisée à son foyer originel, ou qu'elle ait été transmise de l'homme à l'homme, ne nous offre une durée très-variable, suivant des conditions parfois bien obscures, mais qui, en général, semblent indiquer surtout l'accumulation plus ou moins considérable de la cause morbide.

Ces maladies présentent également les plus grandes variations au point de vue de leur intensité. Quoi de plus variable que les résultats morbides de l'intoxication palustre bien que puisée dans le même milieu ? sur dix individus traversant ensemble un marais, l'impression toxique se révélera, soit comme date de son explosion, soit comme forme et type de la fièvre, d'une manière peut-être différente chez chacun d'eux. N'en est-il pas de même des degrés si divers des manifestations de l'infection nosocomiale chez les malades d'une même salle d'hôpital?

Ces faits, qui éloignent le miasme du vii^us, sont surtout remarquables quand la maladie infectieuse, une fois constituée dans un organisme, se transmet à un autre par contagion ; il ne semble pas que, même après son élaboration chez un premier malade, le germe morbide atteigne une identité de puissance et d'action aussi complète que celle du virus. Les agglomérations de typhiques donneront un typhus plus certain, plus rapide, et plus grave qu'un typhique isolé ; un seul pestiféré sera moins dangereux qu'une réunion de malades de son espèce. En Crimée, les dangers de contracter le typhus, et de l'avoir grave, dépendaient essentiellement du voisinage plus ou moins considérable de la cause morbide ; làbas telle ambulance succombait avec tout son personnel, tandis qu'à mesure qu'on s'éloignait de ce foyer redoutable, à Constantinople, à Marseille, à Paris, on voyait diminuer et la fréquence et la gravité des formes, en raison de la diminution de quantité des germes de transmission. F. Jacquot a insisté plus que personne sur cette différence des doses de la typhisation suivant les milieux.

Ces deux maladies, peste et typhus, s'éteignent même, en général, quand elles n'ont point un nombre suffisant de malades, pour véhicule de leur propagation. Il en est autrement de la variole, où un seul malade suffit à une explosion épidémique, où une seule pustule transmettra des formes aussi graves qu'une éruption confluente. Ces circonstances, dont il ne faut pas s'exagérer la portée, car toutes les maladies virulentes n'ont pas la régularité de la variole, nous expliquent pourquoi des esprits très-éclairés ont nié la propagation, par contage, des maladies infectieuses, trouvant que, dans cette transmission, la cause morbide otlrait des degrés d'activité plus comparables, par leurs différences, à ceux des miasmes originels proprement dits ; aussi appelaient-ils foyers d'infection ce que l'on appelle plus justement aujourd'hui foyers de contagion. N'est-ce pas cette raison qui, dans ces derniers temps, a reculé de plusieurs années la notion de la contagiosité de la fièvre typhoïde?

La nécessité de germes plus nombreux pour assurer la transmission des maladies infectieuses, nous explique pourquoi, dans tel hôpital dont tous les services

MIA;SMES. 517

auront été envahis par une épidémie d'érysipèle nosocomial, enverra cependant la maladie demeurer plus tenace, et s'attacher souvent, pour des mois ou même des années, à telle ou telle salle où, durant la période épidémique, auront été soignés un plus grand nombre d'individus atteints de cette affection.

Peut-être faut-il attribuer à cette même raison, nécessité de l'abondance des aermes le mode habituel de transmission au loin des maladies infectieuses; cette transmission a lieu surtout par des masses humaines, plus ou moins considérables, prenant un rôle actif dans la propagation du mal, non-seulement par elles-mêmes, mais par tous les véhicules de contage qu'elles transportent avec elles; tandis que la variole, la rougeole, rayonnent, pour ainsi dire, dans leur extension épidémique, autour du point primitivement atteint, les maladies infectieuses, peste, typhus, choléra, fièvre jaune, ne suivront, comme lignes principales, que des milieux mobiles spécialement favorables à l'accumulation des germes, comme les armées, les caravanes, et surtout les agglomérations de passagers qui entassent, dans les limites infranchissables d'un navire, des quantités de germes morbides.

B. Les miasmes sont plus influencés par les conditions topographiques et par les conditions de réceptivité individuelle. Considérés dans leur extension topographique, et dans leurs rapports avec les conditions d'hygiène locale et de réceptivité individuelle, les miasmes sont soumis à certaines limites plus absolues aue les virus.

Au point de vue géographique, on connaît l'endémicité de la plupart des maladies infectieuses ; c'est presque une loi pour elles, que leur permanence exclusive dans leurs berceaux originels ; les affections miasmatiques sont bien moins cosmopolites que la plupart des maladies virulentes, et l'histoire de chacune d'elles énumérera les limites de cette endémicité. Mais cependant ne nous exagérons pas la rigueur de ces limites; la géographie médicale, inaugurée en France, par Boudin, avec tant d'éclat, n'est l'œuvre ni d'un homme, ni d'un jour, et tout prouve déjà qu'il nous est réservé de voir s'étendre, au delà des bornes assignées, ou se restreindre, au contraire, les foyers morbides qui nous semblaient le mieux déterminés. On sait combien paraît s'agrandir, depuis quelques années, le berceau de la fièvre jaune ; depuis que la peste semble s'éteindre en ,Égypte, n'avons-nous pas eu, en dehors de cet antique foyer, les épidémies de Bengazy et de Mésopotamie? M. Tholozan n'a-t-il pas également attiré l'attention sur le déplacement possible, ne iùt-il que temporaire, des foyers endémiques de choléra? Il semble qu'en revanche le typhus pétéchial, sous l'influence des progrès de l'hygiène moderne, se cantonne plus étroitement chaque jour dans son berceau originel, les régions septentrionales de l'ancien monde.

Il en est de même des modifications à apporter aux premières notions de géographie médicale, sur les limites de l'extension épidémique des maladies infectieuses ; quand Mûhry écrivait son livre, il y a seize ans, la fièvre jaune touchait à peine, dans sa propagation épidémique, les limites septentrionales de l'hémisphère sud ; le développement en semblait impossible sur la côte du Pacifique ; de ce même hémisphère sud, le choléra n'avait encore touché que Java, Bourbon et Maurice. Que de progrès, depuis, dans la marche de ces deux affections !

C'est ici que surgit, dans toute son importance, la grande question de l'influence des milieux sur le développement des germes morbides; incontestable déjà quand il s'agit de virus, cette mfluence est bien plus accusée encore à l'égard des causes miasmatiques.

La variole, la scarlatine frapperont, dans une même ville, les classes diverses de la société, les quartiers riches comme les quartiers pauvres; en sera-t-il de même du choléra, de la fièvre jaune, de la peste, du typhus qui, malgré l'abondance des germes de leur propagation, s'arrêteront souvent d'une manière absolue devant certaines conditions climatiques, topographiques, ou simplement hygiéniques, tandis qu'ils reprendront une intensité exceptionnelle dans certains; milieux plus ou moins comparables à leurs foyers originels, et qui semblent leui rendre leur énergie native ?

L'importance des milieux dans le développement des maladies miasmatiques a certainement été exagérée d'une part, et trop méconnue de l'autre ; de ce désaccord entre des observateurs du plus grand mérite, est résultée la base principale du dissentiment qui menace de s'éterniser entre les partisans absolus de la spontanéité morbide, et ceux de la spécificité étiologique. Les observations sur lesquelles on s'appuie de part et d'autre doivent être sévèrement contrôlées; il y a quelques années, un vaisseau égyptien, le Sheah Gehald, arrive à Liverpool avec des passagers épuisés par les fatigues d'une longue et pénible traversée, et atteints de dysenterie. Au contact de ces passagers, le typlms éclate à Liverpool; et ce fait est cité aujourd'hui comme une preuve de la création du typhus dans des conditions d'infection qui, seules, en auraient produit le germe. Or, suivant Parkes {Statistical Sanitary and Médical Reports of the Army Médical Départvient, for 1860), le typhus existait à bord de ce bâtiment, et il y aurait eu là un simple fait de transmission.

L'organisme lui-même peut être considéré comme un milieu dont les conditions de réceptivité sont bien plus aléatoires à l'égard du miasme qu'à l'égard du virus. Cette influence de la réceptivité de l'organisme est évidente, par exemple, chez des individus employés à des travaux notoirement insalubres, comme les ouvriers qui ont opéré le dessèchement de la mer de Harlem, et qu'un régime spécial a pu soustraire aux conséquences redoutables d'une telle opération. Suivant plusieurs observateurs fort distingués, l'organisme semble pouvoir se montrer réfractaire au miasme même après en avoir subi l'imprégnation, et des conditions hygiéniques favorables pourraient éliminer le miasme typhique avant l'explosion de la maladie.

L'assuétude aux influences d'un foyer miasmatique confère un certain degré d'immunité contre diverses maladies infectieuses. Nous en avons la preuve : 1" pour la fièvre jaune ; non-seulement cette affection frappe plus particulièrement les hommes du Nord, nouvellement arrivés dans son fojer originel, mais lorsque son miasme est transporté dans les villes maritimes situées en dehors de sa zone endémique, il y produit beaucoup plus de ravages parce qu'il y trouve une masse de population complètement inhabituée à son influence ; 2° pour la fièvre typhoïde qui frappe si spécialement les jeunes gens arrivés depuis peu dans les grandes villes ; 5° pour la fièvre intermittente, d'autant plus grave que l'individu a passé plus brusquement d'un pays très-sain dans un pays à malaria. Nous avons rappelé {Traité des fièvres intermittentes, p, 528) les graves atteintes, parfois l'anéantissement des armées subitement transportées d'uue région salubre dans un foyer fébrigène, alors que l'habitant jouit d'un état sanitaire relativement satisfaisant; nous pouvons aujourd'hui citer un nouvel exemple à l'appui de cette thèse, c'est la fréquence relative des maladies et la mortalité observées à Rome, parmi les employés et fonctionnaires envoyés en cette ville depuis son occupation par le Gouvernement italien (voy. the Lancet, 1872). Pourquoi les

soldats sont-ils plus particulièrement prédisposés aux atteintes des foyers miasmatiques? N'est-ce pas parce qu'ils sont si souvent les nouveaux venus au milieu de ces foyers : nouveaux venus, 1° dans les grandes villes oîi règne la fièvre typhoïde ; 2° dans les campagnes infectées par la malaria ; 3° dans les localités oiî sévissent la fièvre jaune et le choléra dont ils raniment si souvent les germes par leur arrivée en masses?

Au point de vue des réceptivités individuelles, les races offrent, à l'égard des miasmes, des prédispositions et des immunités comme il n'en existe pas pour les virus devant lesquels les hommes sont plus égaux ; on connaît la prédisposition de la race blanche au vomito, de la race noire à la peste, des peuples du nord au typhus.

Un autre fait remarquable, c'est que, pour certaines maladies infectieuses, surtout pour la fièvre intermittente et pour la fièvre jaune, l'organisme puisse payer son tribut, arrivant d'une part directement à l'anémie palustre, de l'autre à l'immunité des acclimatés, sans avoir eu la maladie même ébauchée, comme si ces affections, pourtant si spécifiques, pouvaient se réduire à quelques modifications silencieuses de l'organisme, et que la cause morbifique perdît la cohésion nécessaire à la violence de son action habituelle.

G. Les causes banales ont plus d'influence sur le développement des maladies miasmatiques. Une autre preuve du caractère incomplet de la spécificité du miasme, comme cause morbide, c'est l'influence considérable, dans le développement des maladies infectieuses, de certaines causes banales qui ont contribué à faire nier la spécificité de ces affections.

J'ai indiqué, dans mon Traité des fièvres intermittentes, l'influence incontestable sur le retour des accès, d'une simple variation de température atmosphérique, de l'usage d'une boisson glacée, etc.; j'ai rappelé que le retour en France, c'est-à-dire dans une région salubre, mais relativement froide, occasionnait parfois des accès pernicieux chez des individus revenant de Rome ou d'Algérie, et qui semblaient soustraits à toute aggravation de leur intoxication palustre. Des faits analogues ont été observés par nos collègues de la marine : Raoul rapporte que les fièvres pernicieuses ne sont pas rares à bord des bâtiments qui descendent les fleuves des régions tropicales, au moment oiî ces bâtiments sortent des rivières pour prendre le large (Fonssagrives, Hygiène navale, p. 224). Dans ces circonstances, il est probable que l'abaissement de la température extérieure, et l'humidité plus considérable de l'atmosphère agissent non-seulement comme cause occasionnelle banale, mais en diminuant l'activité des fonctions éliminatrices de la peau.

Pour les autres maladies infectieuses, les causes vulgaires jouent un rôle analogue ; on sait l'influence des fatigues sur les chances d'explosion du choléra (Cazalas), sur celles du typhus (Vital), l'influence de l'irradiation solaire, de l'intempérance sur celles de la fièvre jaune, et encore du choléra (Rriquet) .

11 semble donc tout d'abord, et l'expérience confirme cette espérance, qu'il sera possible à l'homme, par les simples moyens de l'hygiène, de se soustraire aux influences miasmatiques, beaucoup plus facilement qu'aux affections virulentes.

Malgré le vague que ces faits d'observation peuvent jeter dans les doctrines de la spécificité, doctrines qui confondent habituellement le miasme avec le virus, on voit leur importance pratique, importance énorme surtout pour les médecins qui, comme les médecins militaires, ont à s'occuper autant de prophylaxie que de thérapeutique : s'il peut suffire d'opposer des barrières administratives, isolement, cordons sanitaires, etc. aux maladies virulentes, c est l'hygiène surtout qui

■^20 MlASMtS.

interviendra contre le développement des ??i/flsmes et des affections miasmatiqno.s.

La cause banale enfin peut avoir nue conséquence plus complète encore, devenir cause déterminante, et créer, en dehors de toute influence miasmatique, telle affection regardée comme étant habituellement d'origine infectieuse. La dysenterie catarrhale, qui résulte de l'action unique d'un refroidissement nocturne, est, à nos yeuv, an point de vue clinique et anatomique, identique à la dysenterie dite infectieuse, contractée au milieu des émanations putrides, ou par l'usage d'eaux corrompues ; nous avons constaté, pour notre compte, l'identité des lésions et des symptômes de la dysenterie des climats chauds où on l'a rapportée surtout à l'infection, et de la dysenterie des climats tempérés qu'on a considérée comme d'origine plus spécialement catarrhale. La résultante des causes variées de la dysenterie est, en somme, la congestion du gros intestin ; que cette congestion soit directement produite par l'usage de boissons ou d'aliments de mauvaise qualité ; qu'elle résulte d'émanations putiides dont la diarrhée, premier degré de la dysenterie, est un des résultats vulgaires; qu'elle succède enfin à un refroidissement périphérique brusque. L'auteur moderne qui a le plus soigneusement déterminé les causes si variées de la dysenterie, Delioux de Savignac, a parfaitement établi aussi l'unicité de cette affection.

Pour la fièvre typhoïde même, on n'a pu encore, relativement à son étiologie, circonscrire, que d'une manière vague, les conditions qui semblent en favoriser le développement spontané ; aujourd'hui, le cercle où se trouve cette inconnue est encore assez vaste pour que nous voyions invoquer les causes les plus variées, depuis les impressions morales jusqu'aux émanations des foyers putrides. Preuve nouvelle que la spécificité d'évolution d'une maladie n'en établit pas d'une manière absolue la spécificité étiologique.

De ces considérations sur les effets des miasmes, il semble donc résulter que bien des influences étrangères à cette cause morbide elle-même, peuvent en favoriser ou en annihiler l'action. Il faut surtout tenir compte des conditions de l'organisme luimême, qu'on regarde trop volontiers comme un milieu inerte et passif, et auquel est certainement dévolu un rôle, plus important qu'on ne l'admet, dans l'origine et dans l'évolution de la cause miasmatique. Dans une discussion récente sur l'infection purulente {Bulletins de l'Académie de médecine, 1870-1872) nous avons vu avec satisfaction s'affirmer la réalité et l'importance de ce rôle, et la clinique prouver de nouveau combien les influences du miasme chirurgical sont subordonnées, soit aux conditions du traumatisme, soit à l'état général du malade {voy. P.-E. Chauffard, De la Fièvre traumatique et de l'infection purulente, Paris, 1872).

Constitution du miasme. Si l'on se reporte au savant article consacré, dans ce dictionnaire, à l'histoire de la médecine, on verra le rôle énorme joué dans tous les temps par les influences atmosphériques considérées comme causes de maladies ; mais on verra aussi combien est apparue tardivement l'idée de spécificité morbide, et combien plus tardivement encore la recherche scientifique, dans l'atmosphère, des éléments nuisibles correspondant à cette idée. C'est tout récemment qu'un de nos plus illustres savants exprimait l'espoir que « le médecin triomphera un jour de ces fléaux, menaçant la vie de l'homme sous les noms de venins, de virus, de miasmes, àe, contagions » (Chevreul, 1865).

On sait tout ce que Boussingault a fait dans cette voie. Depuis les recherches actuellement nombreuses sur l'air des marais, depuis les études analogues sur la composition de l'atmosphère des grandes villes, on a presque complètement

MIASMES. 52t

abandonné la pensée que les propriétés niorbifiques des miasmes puissent tenir à l'action des gaz connus qui résultent, dans ces divers milieux, d"un surcroit d'échanges organiques et de modifications chimiques. Les animaux subissent l'influence nocive de l'air confiné, bien qu'on enlève à cet air, au fur et à mesure de sa production, son excès d'acide carbonique (Gavarret) ; on sait que les gaz invoqués jusqu'aujourd'hui, comme cause de la malaria, ne produisent, par euxmêmes, rien qui rappelle la fièvre intermittente {voy. article Marais) . C'est donc surtout à la matière organique, si abondante dans l'atmosphère des villes et des marais, que l'on a demandé compte de la nocuité de cette atmosphère ; tel est bien le sens de la définition du miasme, par M. le professeur Robin : « Les miasmes sont des particules des substances organiques altérées, volatiles ou emportées par les liquides volatils lors de leur évaporation, qui proviennent des tissus animaux ou végétaux en voie de décomposition, des déjections, des exhalations pulmonaires ou sudorales d'animaux sains et malades, et déterminent alors des accidents différents. »

On connaît la ténacité, dans son milieu atmosphérique, de cette masse de matière organique qui, sous forme de poussière, résiste aux réactifs chimiques avec lesquels on enlève l'acide carbonique et la vapeur d'eau, et ne disparaît que par la combustion ou par son affinité pour certains corps poreux.

On sait comment à cette notion de la corruption de l'air, par la matière organique, s'est substituée la doctrine des germes morbides dont Ehrenberg avait indiqué le nombre immense, en parlant de la voie lactée des organismes inférieurs.

La difficulté était de déterminer, dans ces quantités infinies de poussières animées qui saturent notre atmosphère, quelle est la fraction qui peut intervenir dans les phénomènes généraux de la vie, et devenir peut-être dangereuse et mortelle pour l'homme.

On connaît l'.œuvre de Pasteur, et l'application faite de sa grande découverte à la pathogénie des maladies infectieuses, en substituant à la doctrine du milieu seplique celle du milieu fermentescible.

Pour apprécier la légitimité de l'application de cette doctrine à la genèse morbide, il faut l'étudier dégagée de quelques opinions et de quelques faits analogues qui ont une grande valeur, mais non une valeur absolue dans la question qui nous occupe. « Les anciens médecins, dit Bordeu, avaient tellement senti à quel point les miasmes approchent de l'être vivant qu'ils en avaient fait des animaux qui vieiment par essaims s'emparer des corps. » Il n'y a là évidemment qu'une hypothèse qu'on ne peut comparer aux faits p-sécis réclamés par la science moderne. Les maladies parasitaires même que nous connaissons comme telles depuis quelques années, la teigne, le muguet, la gale, sont-elles comparables à des maladies générales qui naîtraient sous l'influence d'un ferment animé? Il y aurait peut-être analogie comme transport du germe par l'atmosphère : mais, dans le muguet, la gale, la teigne, le germe morbide, une fois arrivé dans l'organisme, se crée un milieu local, périphérique, sans solliciter rien de comparable aux troubles généraux des maladies spécifiques qu'on a , pour ce dernier motif surtout, rapprochées des fermentations. Dans les observations modernes, il n'est guère qu'une affection de ce genre dans laquelle le rôle étiologique d'organismes inférieurs ait semblé prédominant, c'est le charbon; et, chose remarquable, le savant observateur qui attribue le développement de cette affection aux bactéridies, M. Davaine, émet les doutes les mieux fondés sur le transport atmcsphérique

de ces germes animés dont, suivant lui, les mouches seraient le principal véhicule.

L'extrême vitalité des organismes inférieurs, leur révivilicatiou complète sous l'influence d'une certaine température et d'une certaine humidité, après une période quelquefois très-longue de mort apparente, leur mort définitive par l'action d'un froid ou d'une chaleur intenses, rappellent involontairement des modifications analogues subies par les miasmes dans les divers milieux où nous les envisageons. Mais il n'est point nécessaire que la matière organique soit animée pour montrer à l'égard de notre organisme, d'après le mode des influences extérieures, ces alternatives d'action et d'indifférence.

Si l'atmosphère recelait les germes morbides sous forme d'organismes microscopiques, ces germes occuperaient, sans doute, comme la niasse des poussières les plus légères, une couche supérieure à celle des poussières minérales ; le transport par les courants atmosphériques en serait relativement facile, comme celui des grains de pollen, par exemple. Or mieux on observe, plus on voit combien on s'était exagéré la puissance de diffusion des miasmes; tandis que les sables du Sahara sont transportés jusque sous le ciel de Rome, les germes du typhus, du choléra semblent à peine pouvoir être entraînés à quelques mètres de distance de leurs foyers. Au lieu de présenter la légèreté des infusoires atmosphériques, ces germes, par les limites de leur transport, sembleraient plutôt devoir être analogues à ces granulations, relativement pesantes, considérées, par Chauveau, comme la matière du contage.

Il n'y a que la Malaria qui aille relativement au loin, et nous verrons pourtant qu'elle constitue, par l'impossibilité de sa transmission d'homme à homme, un des miasmes les moins comparables, dans son action, aux ferments animés.

L'observation directe et les recherches expérimentales ont été compliquées du reste par le fait de cette quantité considérable de germes réellement renfermés dans l'atmosphère, germes souvent indifférents pour l'homme, mais qui, malgré les précautions les plus minutieuses, s'introduisent dans les appareils les mieux disposés en apparence pour la culture des matières dont ou espère voir sortir, sous forme de microphyte ou de microzoaire, la cause intime des maladies infectieuses. On sait à quelles conséquences erronées est arrivé Hallier par suite de ces incidents de laboratoire qui lui ont fait admettre comme représentant le miasme du choléra, celui du typhus, certaines végétations microscopiques où d'autres mycologues, spécialement de Bary, ont reconnu les espèces les plus vulgaires et les plus inoffensives.

N'en est-il pas de même de la fameuse théorie de Salisbury, sur le germe organisé des fièvres intermittentes. L'auteur établit l'existence, à la surface du sol de certains pays marécageux de l'Ohio, de petites cellules oblougues très-analogues aux cellules d'une algue du genre palmella. Il constate que ces spores ne se rencontrent dans l'atmosphère que pendant la nuit , qu'elles ne s'y élèvent qu'à une certaine altitude (35 à 100 pieds) au-dessus du sol, et, chose importante, on retrouve ces cellules dans l'expectoration des fébricitants ; on en constate l'élimination par les voies urinaires. A ces faits, déjà si probants en apparence, Salisbury ajoute une preuve expérimentale ; il place, sur les rebords d'une croisée, de la terre provenant des prairies en question; cette croisée est laissée ouverte pendant la nuit ; et, au bout de douze jours, des fièvres tierces bien caractérisées se développent chez des jeunes gens habitant la chambre aérée par cette croisée, bien qu'on soit dans un district salubre, éloigné de 5 milles de tout pays marécageux.

Nous accordons à Salisbury la réalité de l'existence des spornles de palmelles dans les terres qu'il a examinées , l'existence même de sporules analogues dans les crachats et les urines des fébricitants ; mais, de là à la preuve d'une action pathogénique de ces corps organisés, il y a loin. Et d'abord quel est le pays, situé à 5 milles d'une zone marécageuse, dans lequel on pourra coucher impunément, les fenêtres ouvertes, durant douze nuits consécutives? A pareille distance de nos pays palustres, il faudra moins longtemps pour subir l'action du miasme en s'y exposant ainsi au moment de son maximum d'énergie. Mais J'admets que les deux sujets de l'expérience aient été réellement intoxiqués par la terre placée sur le rebord de leur croisée ; qui prouvera que cette intoxication soit due aux sporules de Palmelles renfermées dans cette terre, et non à la terre elle-même? Ce qui m'inspire ce doute, c'est que, dans les prairies même oîi il recueillait ces germes, Salisbury leur attribue un mode d'action qui me fait croii'e que ce ne sont pas eux qui donnaient la fièvre, dont il fallait chercher la cause à côté, en dehors d'eux. En effet, l'auteur appuie complaisamment sur cette circonstance d'iuie sensation particulière et très-pénible de sécheresse et de constriction de la bouche, la gorge et le larynx, sensation dont il avait été frappé lui-même, quand, pendant ses recherches, il avait dû se soumettre à l'inspiration de l'atmosphère chargée de cellules de Palmelles. Or jamais le poison palustre ne produit semblable sensation ; chez ceux-là même qu'il doit tuer par l'intensité de son action, ce miasme pénètre complètement inaperçu. Aussi ne sommes-nous point étonné que d'autres observateurs aient démontré, expérimentalement aussi, l'impuissance des Palmelles à produire la fièvre ; cette algue ne mérite pas plus le nom de ferment fébrifère qu'aucun de ces nombreux microzoaires et microphytes renfermés dans l'atmosphère des marais, et dont quelques-uns ont été successivement incriminés, mais sans preuves suffisantes.

L'étude, plus complète, des germes atmosphériques, tend aujourd'hui, surtout d'après les travaux de Béchamp, de Trécul, de Chauveau, en France ; d'Huxtley, en Angleterre, à prouver que, loin de faire espèce distincte, ces germes se relient les uns aux autres par des métamorphoses qui, de l'état de simple granulation, peut les élever aux formes plus complètes de lepiotrix et de bactérie. D'après ses dernières recherches. Pasteur lui-même considère aujourd'hui les fermentations comme pouvant résulter de la vie de tout être, de tout organe, de toute cellule, sur lesquels on suspendrait momentanément l'action de l'oxygène libre {Comptes rendus, 7 octobre 1872). 11 semblerait donc que les organismes, préposés aux fermentations physiologiques et morbides, sont loin de présenter toujours des caractères très-nets d'espèce, et par conséquent, au point de vue médical, de spécificité; d'autre part, les microzoaires, observés par Coze et Feltz dans le sang des différentes maladies infectieuses et même virulentes, offrent entre eux la plus grande ressemblance.

Ces faits paraissent indiquer qu'il est peu probable qu'on doive arriver à constater des germes animés d'espèce complètement distincte pour chacune des maladies miasmatiques ; on sait que Lemaire avait proposé de considérer toutes ces affections : typhus, peste, choléra, fièvre jaune, dysenterie , fièvre intermittente,, pourriture d'hôpital, comme les résultats variés d'une cause commune, les matières organiques en putréfaction, doctrine que nous sommes loin de soutenir, mais qui, en somme, répondait jusqu'à un certain point au nombre immense de germes putrides répandus en tous lieux.

De la difléience de ces maladies, nous conclurions plutôt à la différence de

''2i MIASME.-

leurs causes ; mais, en outre, en voyant que chaque miasme, quelle que soit son origine, putride, nosocomiale, tellurique, est susceptible de se révéler par des effets morbides également très-divers dans leur forme et leur gravité, nous avons peine à croire que ce miasme soit l'unité étiologique comparable à l'unité ferment dont les effets sont toujours caractérisés par leur profonde similitude. Nous hésitons donc à reconnaître à cette cause morbitîque une forme, des limites déterminées, une existence, en un mot, comparable à celle de l'être qui fait espèce; et, si le miasme est réellement une particule organique, nous nous en tiendrions plutôt à la définition de M. Robin (voir plus haut).

Notre opinion ne préjuge rien à l'égard des maladies virulentes proprement dites dont la régularité d'évolution, la spécificité absolue de cause font certainement des types plus comparables que les affections miasmatiques aux diverses fermentations [voy. articles Contagion, Fermentation, Virus).

On a peut-être actuellement une tendance trop complète à augmenter le cadre (les maladies spécifiques, et, par conséquent, à multipher le nombre des germes morbides qui, suivant cette doctrine, correspondent à chacune d'elles. Le clinicien, qui assiste aux évolutions d'un milieu morbide, aux modifications lentes et graduelles des constitutions médicales, admet difficilement la pensée de germes ([ui, introduits Fun après l'autre dans ce milieu, en feraient varier beaucoup plus brusquement les types pathologiques ; le naturaliste, au contraire, le chimiste, habitués à constater les différences fondamentales des espèces physiologiques, tout comme celle des venins, des poisons, des ferments, seront, en médecine aussi, partisans de la préexistence des germes, et regarderont comme une rêverie la spontanéité morbide qui est cependant, en certaines limites, un des attributs de l'organisme, et qui, dans les maladies infectieuses surtout, joue un rôle incontestable.

11 faut aujourd'hui quelque courage pour retenir, sur une pente trop facile, les jeunes générations qui ne demandent naturellement qu'à voir sous forme déterminée, saisissable, ce que nous sommes obligé de considérer encore comme obscur et complexe ; les partisans des doctrines parasitaires sont parfois entraînés, par leur aspiration même vers la vérité, à oublier combien il reste à faire pour transformer en réalités scientifiques ces attrayantes hypothèses.

Il faut donc que la clinique ne cesse de contrôler les résultats obtenus en dehors d'elle par les savants qui sont aujourd'hui la gloire de la France, et dont la médecine utilise, chaque jour, les découvertes expérimentales.

En résumé nous voyons, par l'histoire de l'évolution de quelques maladies infectieuses, les miasmes présenter, dans leurs effets et sans doute aussi dans leur nature, une grande analogie avec la cause spécifique par excellence, le virus; ailleurs, au contraire, ils semblent perdre cette spécificité et se rapprocher, dans leur influence sur l'organisme, des causes les plus banales, les moins exclusives. Que Ton se s'exagère pas la portée de ce désordre apparent, de ce manque d'homogénéité de nature et d'action des influences miasmatiques ; le nombre des affections rapportées à ces causes est assez considérable pour nous offrir, comme tous les groupes morbides, des types plus ou moins nets, plus ou moins indécis ; et, d'autre part, les sources même des miasmes sont, nous allons le voir, assez nombreuses et assez variables pour nous rendre compte de l'irrégularité de leur action morbifique.

ÉTUDE DES MIASMES EN PARTICULIER. Nous suivrous, pour cctte étudc, la classification généralement admise des miasmes en : i" émanations putrides, résul-

MIASMKS. 525

tant de la décomposition des matières animales ; 2" tniasmes proprement dits, provenant de l'homme ou des animaux, sains ou malades ; 5" miasmes provenant du sol, ou effluves, ou miasmes telluriques. L'origine encore incertaine de la peste, de la fièvre jaune, du choléra, nous engage à réunir dans un quatrième groupe les miasmes rapportés, mais par analogie seulement, aux influences telluriques.

Une remarque importante à iaire tout d'abord, c'est que l'on ne peut, en vénérai, établir de rapport entre la nocuilé de ces différents miasmes, et l'impression qu'ils produisent sur le sens de l'odorat ; les émanations putiides, dont l'impression sur ce sens est si marquée, peuvent, en certains cas, entraîner une mort rapide ; mais chaque jour elles s'imposent, sans grand danger, à des millions de personnes ; les miasmes provenant de l'homme, dans un miheu confiné, affectent bien moins l'odorat, mais sont bien plus redoutables comme causes morbifiques; enfin les exhalaisons du sol, qui donnent les fièvres pernicieuses, ne se révèlent souvent par aucune impression de ce genre, et ne rappellent même que rarement la fétidité de l'eau corrompue.

Il n'y a, dans ces faits, rien de paradoxal ; et, sans doute, ils dépendent d'une loi plus générale, la destruction des germes spécifiques par la putréfaction.

1° Émanations putrides. Ces émanations sont fournies par les matières organiques en décomposition, qu'elles proviennent des produits excrénientitiels (latrines, égouts, voiries de matières fécales), ou de la putréfaction du corps de l'homme ou des animaux (cimetières, abattoirs, clos d'équarrissage, raffineries, boyauderies, etc.). On sait les accidents qui surxnennent quelquefois subitement, entraînant la mort des fossoyeurs, des égoutiers, des vidangeurs ; cette mort est parfois si rapide qu'on l'a rapportée à l'action immédiate et directe d'un principe toxique absorbé par les premières muqueuses qu'il rencontre (fosses nasales et sinus ethmoïdaux), plutôt qu'à l'inhalation pulmonaire des gaz délétères qui existent réellement dans les fosses d'aisances et dans les cadavres exhumés sans précautions suffisantes ; pour Riecke, l'intermédiaire de cette impression foudroyante était le nerf olfactif.

« Ces combinaisons fétides, mortelles pour l'homme, appartiennent, disent Fourcroy et Berzéhus, à un autre ordre de corps que les produits connus de la putréfaction, et contiennent une substance plus divisée, plus fugace, qui échappe aux physiciens et constitue la matière active de ces fluides dangereux. »

L'étude plus approfondie du méphitisme permet d'en rapporter aujourd'hui les accidents à l'influence de gaz mieux déterminés par l'analyse chimique {voy. les articles Autopsie, Cimetière, Égodt, Méphitisme).

Ce qui, dans cet article, doit nous occuper plus spécialement, c'est l'action plus lente des émanations putrides proprement dites, de ces émanations qui ont semblé à quelques observateurs éminents si peu dangereuses en elles-mêmes, qu'ils ont vanté la santé des gens qui les subissaient, n'y voyant désormais qu'une cause d'incommodité et non d'insalubrité.

Chaque année cependant, dans leurs rapports à l'Académie de médecine sur les épidémies, les médecins de province, ceux surtout qui pratiquent dans les campagnes, insistent sur la dangereuse influence des miasmes fournis par les immondices, les égouts, les voiries, les cimetières, etc.

Cette dangereuse influence est susceptible d'abord d'aggraver notablement l'état sanitaire des populations ou des habitants qui la subissent.

Il y a quelques années seulement, Deville a observé une mortalité considérable

parmi les locataires de deux maisons iaft^ctées par les émanations de paniers à poissons {Ann. dlujg., !2<= série, t, XVI).

MM. Guérard et Chevalier ont signalé la fièvre et les troubles digestifs dont sont fréquemment atteints les boyaudiers, dans les premiers temps surtout de leur profession.

En Angleterre, les observations de ce genre ont été faites sur une large échelle; sous l'influence d'une diminution notable des émanations putrides, diminution obtenue par l'assainissement des égouts et des fosses d'aisances, on a tu baisser dans une proportion considérable, quelquefois de moitié, le chiffre de la mortalité annuelle de certaines localités (de 55 à* 19 sur 1,000 habitants dans le-district de l'arsenal de Woolwich) ; à Londres même, l'assainissement des quartiers situés au niveau de la Tamise, quartiers infects à l'époque où ce tleuve jouait le rôle d'égout collecteur, à ciel ouvert, de cette vaste capitale, a été suivi d'une amélioration considérable de l'état sanitaire.

On peut analyser davantage les résultats de cette influence malfaisante et reconnaître que son action ne se borne pas à l'aggravation des maladies régnantes, mais qu'elle joue le rôle plus complet de cause déterminante de certaines affections.

C'est la diarrhée surtout qui en résulte; un document officiel {Second Report of the Médical Officer of the Privy Conncil. Londres, 1860) établit que, dans les districts considérés comme les plus salubres au point de vue de l'hygiène locale, la mortalité annuelle jjar diarrhée ne dépasse pas 50 sur 100,000 habitants ; tandis que, dans d'autres districts où l'air est vicié par le produit des décompositions organiques provenant surtout des excréments de l'homme, ce chiffre varie de 106 à 266 sur 100,000 habitants.

L'action morbitique des émanations putrides sm* l'appareil gastro-intestinal a été prouvée expérimentalement par Henri Barker qui, soumettant des chiens à une atmosphère imprégnée des gaz de fosses d'aisances , a vu se développer chez eux de la diarrhée et des vomissements.

Cette influence septique, qui, à son premier degré, se révèle par la diarrhée, peut-elle déterminer, à un degré plus élevé, des formes morbides plus complètes, considérées même comme spécifiques ? Pour Requin, la diarrhée d'amphithéâtre était un acheminement à la fièvre typhoïde. Mux'chison a rapporté d'une manière exclusive cette dernière affection à la décomposition des matières animales {horn of putrescence) ; sa fréquence, sa ténacité dans quelques villages de France semblent tenir à la quantité de matières fécales accumulées en plein air, s'infiltranl au loin dans le sol et constituant, sous l'influence de l'irradiation solaire, un foyer miasmatique plus intense peut-être, pour la population soumise à cette atmosphère, qu'une salle encombrée d'hôpital.

Les partisans de la préexistence des germes de la ûène typhoïde n'accordent d'influence morbifîque à de semblables foyers qu'autant qu'ils recèleront en même temps le germe de cette maladie, germe qui, dès lors, comme celui du choléra, trouverait, dans ce« milieux, les conditions voulues pour centupler de puissance et de diffusion.

Les matières animales en décomposition, et spécialement les cadavres d'hommes t d'animaux, ont été considérées comme constituant les foyers originels de la peste, dont la disparition actuelle eu Egypte serait due à l'application de lois hygiéniques trop longtemps négligées. Griesinger admet une certaine analogie clinique et pathogénique entre la peste et la septicémie, suite de piqûre analo-

miqiie ; Ramazzini nous dépeint la face livide des tossoyeiiis de son temps ; et, devant ce portrait, on se rappelle involontairement la pâleur des pestilérés dont la mort survient quelquefois avec une rapidité comparable à celle des accidents du méphilisme.

Il suffit de se rappeler la guerre de Crimée, où nos troupes subirent les exhalaisons de tant de cadavres d'hommes et d'animaux pour admettre difficilement que ces exhalaisons puissent, à elles seules, engendrer cette affection ; cette preuve a d'autant plus de valeur que ces conditions d'insalubrité se produisaient dans un pays oii jamais, comme l'a remarqué Michel Lévy, il n'y avait eu de guerre prolongée sans que ce fléau en fût la conséquence.

Les émanations cadavériques ont semblé favoriser l'explosion du typhus, sans que nous les regardions comme ayant rempU, là non plus, le rôle de causes déterminantes.

II en est autrement de la dysenterie qui, dans les armées en campagne, semble résulter aussi bien des émanations fournies par la décomposition des matières fécales que de la putréfaction des cadavres. Depuis Végèce, on sait combien cette maladie a d'affinité pour les camps permanents. Que les selles des dysentériques soient réellement chargées d'un contage spécial ou qu'elles ne possèdent, comme les selles normales, qu'une simple influence miasmatique, elles multiplient singulièrement la cause morbide par leur abondance, leur fréquence, leur liquidité, rimpossibiUté pour les malades, dans les camps surtout, de se rendre aux fosses d'aisances, d'où les nombreuses souillures dont le sol est imprc'gné rapidement dans un camp atteint de dysenterie.

Quant à l'influence, sur la dysenterie, de la putréfaction cadavérique, n'a-t-on pas vu tout récemment, sur le champ de bataille de Sedan, encombré de cadavres d'hommes et de chevaux, se renouveler l'explosion de dysenterie dont Vaidy avait été témoin, dans des conditions analogues, au lendemain d'une bataille sous le premier empire ?

II est un groupe d'affections dont je tiens à signaler les rapports étiologiques avec les émanations putrides, rapports dont m'ont convaincu les différentes épidémies appartenant à ce groupe; ce sont les affections bilieuses. Jadis elles prenaient fréquemment le nom de maladies putrides ; mais, pour nous en tenir à l'observation plus exacte et plus complète des temps modernes, nous ne rappellerons ici que quelques faits tout récents : les affections bilieuses observées en France par MM. Laveran {Épidémie de la caserne de Lourcine en 1865, in Rec. de mem. deméd. milit., 1866), Worms {Epidémie de la garnison de Saint- Cloud, même Rec, 1865), CarviUe {Épidémie de la maison centrale de Gaillon, in Arch. gén. de méd., 1864) ont fait explosion dans des conditions d'infection locale. M. Rizet a pubfié récemment aussi {Rec. de mém. de méd. milit., 1867j l'histoire d'une épidémie d'ictère produite, à Arras, par le curage d'un fossé rempli d'une masse de détritus organiques ; cette histoire rappelle les accidents analogues observés, à Paris, lors du curage de l'égout Amelot.

Au début de la guerre de sécession, à l'époque où les troupes, nouvellement appelées, étaient réunies dans de vastes camps auxquels les Américains n'avaient point encore appliqué les grands principes d'hygiène militaire qu'ils ont adoptés depuis, l'ictère fut très-fréquent; il y en eut plus de 10,000 cas pendant la première année de la guerre ; dans la seule ai'mée du général Grant, 80 hommes sur 1,000 en furent atteints (Woodward); et l'affection semble avoir eu pour cause principale les exhalaisons d'un sol imprégné de produits excrémentitiels.

528 MJASMES.

Ce sont des faits de ce genre qui ont engagé W. Budd à considérer les constitutions médicales bilieuses comme résultant de germes miasmatiques spéciaux qui prendraient une activité exceptionnelle sous l'influence de certaines conditions météorologiques. On sait combien, pour M. Fuzier, est considérable le rôle de la décomposition animale dans la genèse de la plus redoutable des alfections bilieuses, la fièvre jaune.

Enfin, c'est parmi les populations soumises aux conditions les plus complètes d'infection que se develo[)pent la fièvre typhoïde bilieuse d'Égj'pte (Griesinger), et la fièvre à rechute, cette autre biUeuse des pays les plus misérables de l'Europe et de l'Asie.

2" Miasmes humains. Les recherches de Boussingault sur la composition de l'atmosphère de Paris, les recherches analogues faites en d'autres grandes ailles, à Madrid, spécialement par Ramon de Lunà, à Manchester, par T. Smith, ont prouvé surabondamment que l'air des grands centres de population présentait, comme l'air confiné, une quantité considérable d'acide carbonique et de matière organique azotée.

A l'influence de cette malaria urbana semblent correspondre deux conséquences pathologiques principales : 1" impression brusque de ce milieu sur le nouveau venu, impression pouvant se terminer par une forme morbide aiguë, la fièvre typhoïde ; 2° anémie lente et progressive chez les anciens résidents et les acclimatés. Sans forcer les ressemblances, ne pouvons-nous comparer cette influence double à celle de la malaria des campagnes insalubres, la malaria fébrigène qui donne aux nouveaux venus les accès violents, parfois pernicieux, aux indigènes et aux acclimatés l'anémie palustre ?

L'influence morbide du miasme humain s'affirme surtout dans les conditions qui en empêchent plus complètement encore la difl'usion atmosphérique, spécialement dans les agglomérations hospitalières, et dans certains milieux où s'accumulent pendant de longues années les produits de l'exhalation pulmonaire et cutanée.

Tels sont ou plutôt tels étaient les bagnes, les prisons, les navires où jadis l'air ne se renouvelait que par l'ouverture accidentelle et momentanée de portes et de fenêtres insuffisantes ; à cette époque, le typhus spontané, sans importation de germe, était chose commune ; et si, aujourd'hui, le loyer originel de cette affection est restreint aux limites de quelques pays misérables, la réduction de son cadre géographique est un des témoignages irrécusables des progrès de l'hygiène publique.

Cette diminution incontestable de fréquence du typhus spontané dans nos climats a entraîné quelques esprits distingués à y déclarer actuellement impossible la formation des foyers générateurs de cette affection. On a prétendu en faire une maladie entièrement exotique, ayant, comme les autres affections pestilentielles, un berceau endémique bien déterminé, en dehors duquel le mal ne pourrait se manifester que par transmission du genre morbide, c'est-à-dire par contagion. Nous ne pouvons admettre cette opinion ; la guerre de Crimée a été la preuve la plus imposante, dans les temps modernes, du développement spontané du typhus à la suite d'une longue période de privations, de misères, d'encombrement surtout. Depuis cette époque, on a vu, en d'autres circonstances encore, cette affection naître de toutes pièces sous l'influence du miasme humain, en dehors de toute contagion. Un des exemples les plus récents de ce fait est l'épidémie qui, en 1864, frappa l'équipage de la frégate égyptienne l'ibraïmieh, puis une partie du

personnel de l'iiôpital maritime de Toulon. L historien de cette épidémie, Courrier, a prouvé l'explosion spontanée du mal à bord de cette frégate, pendant la traversée d'Alexandrie à Toulon; les germes de l'affection n'avaient point été importés d'Egypte où elle ne régnait pas, et où elle est très-rare; malgré l'oubli de toutes les règles hygiéniques de la part de ce peuple malheureux et fataHste, la douceur du climat permet, à terre comme à bord dans les rades, une constante aération des espaces habités, et en diminue les conditions d'insalubrité. Aussi, malgré la malpropreté du personnel et du matériel, l'équipage de llbraïmieh se trouvait il, au départ, soustrait aux influences miasmatiques du bord, grâce à la ventilation que permettait l'élévation de la température ambiante. L'épidémie ne se développa qu'au moment où, à l'afiproche des côtes nord de la Méditerranée, l'équipage chercha à se préserver de l'abaissement de la température par une réclusion aussi absolue que possible, et par la fermeture hermétique des sabords et des hublots des postes de couchage. Cette explosion toute locale de typhus ne rappelle-t-elle point ces nombreux faits cités par Lind d'apparition subite du typhus à bord des bâtiments dont les gros temps obligeaient de fermer toutes les ouvertures ?

Le miasme humain prend des conditions spéciales d'intensité et de nocuité sous l'influence de diverses modifications de l'organisme qui le produit. On sait que la famine a été considérée comme une des causes génératrices du typhus ; en Crimée même, quelques médecins ont voulu établir une filiation pathogénique entre la maladie d'alimentation par excellence, le scorbut, et le typhus ; dans plusieurs guerres de siège, les deux maladies ont en clfet coïncidé ; mais il faut tenir compte de la production simultanée, en pareil cas, de la cause essenlielle de chacune de ces deux affections : encombrement pour le typhus, manque de vivres frais pour le scorbut. 11 suffit d'étendre un peu le cercle des observations pour voir que, dans ces cas, il y a eu surtout coïncidence susceptible d'analyse ; Lind lui-même n'a-t-il pas admirablement indiqué la distinction étiologique de ces deux affections, alors même qu'elles apparaissent dans le [jIus restreint et le plus identique des milieux, dans un navire?

Mais, cette distinction une fois établie, nous sommes obligé de reconnaître l'influence énorme de l'état famélique sur la production du miasme humain. Le manque de nouveaux matériaux d'assimilation empêche l'élimination des produits excrémentitiels qu'ils sont appelés à remplacer ; ceux-ci deviennent une source d'infection et pour l'organisme lui-même et pour ceux qui respireront les exhalaisons de cet organisme. Dans ces conditions, l'individu famélique est dangereux pour les autres, mais surtout pour lui-même, et semble subir une autoinfection. Le miasme humain devient miasme typhique.

On peut rapprocher de ces conditions individuelles, créées par la famine et la misère, les altérations subies par l'organisme sous l'influence de certains troubles morbides. J'ai admis, pour mon compte, qu'un mouvement fébrile violent, caractérisé par l'intensité des accidents gastro-intestinaux, conmie celui de la fièvre rémittente palustre, pouvait entraîner le développement de la fièvre typhoïde {Traité des fièvres intermittentes, p. 285). J'ai exposé, à l'appui de cette opinion, non-seulement un certain nombre d'obsenations personnelles, mais une série importante de faits empruntés aux médecins les plus autorisés qui ont pratiqué en Itahe, en Algérie, aux Indes, à ceux-là même qui n'admettent pas en principe la transformation typhique des fièvres palustres. Si, en France, l'embarras gastrique précède si souvent la fièvre typhoïde, n'est-ce point en raison de l'altération de ces

DICT. ENC 2" s. VII. 34

sécrétions qui, à l'état normal, détruisent peut-être, comme l'a dit Lemaire, les nombreux germes morbides qui nous entourent et que nous produisons nousmêmes ? Stich admet également que l'organisme animal porte en lui-même, dans le contenu de l'intestin, peut-être aussi dans celui de l'exhalation pulmonaire, les matériaux d'un empoisonnement putride ; leur influence, dans le cours normal des processus physiologiques, semble être détruite par les sécrétions même de la muqueuse, par une élimination rapide, par leur destruction, en un mot ; il y aurait là une véritable action antizymotique dont la suspension expliquerait l'explosion morbide (Griesinger, Maladies infectieuses, p. 195),

Nous rappellerons plus loin que, d'après les expériences de Chauveau, il est sage de ne pas s'exagérer cette influence préservatrice des sécrétions gastriques même à l'état normal.

Enfin, comme l'a établi Bouillaud, les accidents putrides ultérieurs delà fièvre typhoïde résultent de la résorption, plus facile encore par la muqueuse idcérée, des produits septiques renfermés dans l'intestin.

Le miasme nosocomial, qui n'est que la variété la plus commune du miasme humain, peut, à son plus faible degré, ne produire que des troubles gastriques, des érysipèles bénins, des ictères simples ; puis, analogue au miasme palustre, il entraînera, à un degré plus élevé d'intensité, l'apparition des formes morbides les plus graves, bien plus redoutables que les accès pernicieux, non point eu elles-mêmes, mais par leur faculté de contagion qui les transforme quelquefois en de véritables fléaux.

L'histoire du typhus, de la pourriture d'hôpital, de l'infection purulente, de l'érysipèle infectieux, de la fièvre puerpérale, accumule preuves sur preuves des dangers du miasme humain, surtout quand à la somme des exhalations normales viendra se joindre, comme nouvelle cause de viciation de l'atmosphère, une masse plus ou moins considérable d'émanations putrides et pathologiques.

Faut-il admettre que des germes distincts président alors au développement de chacune des maladies nosocomiales ? Y a-t-il un germe spécial pour l'infection purulente, un autre pour le typhus, un troisième pour l'érysipèle, pour la pourriture d'hôpital, etc.? Nous ne le pensons pas; la coïncidence fréquente de ces divers accidents nous paraît indiquer la profonde analogie, sinon l'identité, de leurs causes dont les conditions de l'organisme modifieront les effets pathologiques, comme elles modifient si souvent les elfets des miasmes.

Chacune de ces affections présentera, comme toutes les maladies miasmatiques, le caractère de se renforcer singulièiement dans le milieu qui lui a donné naissance ; tandis que la fièvre palustre, la fièvre jaune et la plupart des maladies virulentes, comme nous l'avons démontré pour la variole (Léon Colin, De la variole au point de vue épidémiologique, Paris, 1875), ne s'aggravent que peu ou point, quelle que soit l'agglomération des malades, le typhus, la pourriture d'hôpital, l'érysipèle infectieux continueront à y puiser le miasme dont ils émanent, et l'on verra l'affection croître chaque jour par le progrès incessant de l'intoxication.

Dans ce milieu redoutable, un hôpital encombré, le malade offre souvent, en outre, des conditions spéciales de réceptivité morbide ; ce ne sont plus seulement les poumons, les voies digestives qui sont ouvertes à l'absorption des substances délétères renfermées dans l'air qu'il respire ; souvent il existe des plaies dont Gaspard a prouvé tous les dangers pour la pénétration des substances putrides et qui constituent la raison des périls qui, dans les hôpitaux, meaaceut spécialement les blessés cl les femmes en couches.

Quelle que soit l'opinion que l'on adopte sur la cause intime des graves acci dents propres à ces deux catégories de malades, il est certain que l'infection purulente et la fièvre puerpérale offrent une grande analogie, entre elles-mêmes d'une part, et d'autre part avec le type le plus grave des affections nosocomiales, le typhus ; aussi croyons-nous qu'elles méritent à juste titre les noms de typhus puerpéral et typhus chirurgical. La similitude de ces deux affections est confirmée : 1° par ce fait que la fièvre puerpérale n'apparaît point seulement dans les maternités, mais bien souvent aussi dans les petits services d'accouchements annexés aux grands hôpitaux, et dans lesquels existe moins peut-être un miasme spécifique puerpéral que le miasme humain ; 2° par cet autre fait que ces deux maladies s'accompagnent de l'apparition, dans les salles où elles sévissent, de maladies et de symptômes qui semblent bien ressortir à la même influence morbide : érysipèle, ophthalmies, inflammations des séreuses ; 3" et qu'enfin, dans l'un et l'autre cas, il se manifeste, chez les malades qui ne sont ni blessés ni en état puerpéral, des accidents morbides analognes qui indiquent que la cause morbide peut devenir assez intense pour agir sans que l'organisme présente la lésion qui est d'ordinaire indispensable cà la réceptivité de ces deux affections.

Ce qui semble encore prouver leur analogie respective et leur ressemblance avec le typhus, c'est l'amélioration obtenue, dans tous ces cas, par la dissémination des malades et la rareté relative de l'infection purulente, de la fièvre puerpérale, dans les climats où le typhus lui-même est rare en raison de la douceur de la température qui permet une ventilation permanente et complète des hôpitaux les plus considérables.

Mais nous ne pensons pas que, malgré ces preuves si évidentes de l'influence du milieu nosocomial, il faille faire abstraction de la part énorme prise, dans la grande majorité des cas, par l'organisme du malade à l'élaboration et surtout à l'action morbide du miasme soit chirurgical, soit puerpéral; MM. Vèrneuii, Legouést, Gosselin ont rappelé récemment combien était considérable le rôle joué par la plaie elle-même, dans le développement de ces affections ; M. E. Chauffard a réuni toutes les preuves de l'importance des conditions soit générales, soit locales du malade, auxquelles nous accordons nous-même la plus grande valeur. Notre opinion à cet égard a été confirmée sur une large échelle dans la circonstance suivante: durant le siège de Paris (1870-71), l'hôpital mihlairede Bicêtre, dont nous étions le médecin en chef, reçut près de 8,000 varioleux ; malgré la quantité de pus et d'exhalations morbides fournies ])ar ces malades, nous n'observâmes pas d'accidents d'infection i)urulente en nombre relativement plus considérable que dans les autres ambulances m les varioleux n'étaient point réuni;, en masses; en eirt-il été de même si, au lieu de varioleux, nous eussions eu des blessés qui, certainement, n'offrent pas en général des plaies aussi étendues, mais chez lesquels le traumatisme est plus profond et joue, par conséquent, un rôle spécial dans le développemenl des accidents pyémiques?

Mieux vaut étudier que nier cette complexité de l'étiologic d'affections que, certainement, il serait plus simple de pouvoir rapporter à l'action unique d'un mrus ou d'un miasme déterminé. N'oublions pas : 1" que la fièvre puerpérale, comme l'infection purulente, peut apparaître sporadiquement, à la campagne, dans les châteaux (Bourdon, Des maternités) ; 2" qu'on ne peut donc encore récuser ici l'influence si vague, mais si certaine, de l'épidémicité. Cette influence se révèle même dans nos hôpitaux : en effet, si le miasme puerpéral consistait exclusivement en matériaux organiques suspendus dans l'air, adhérents aux

murs, aux objets de literie, comment expliquer des faits comme celui que rapportait récemment encore M. Paul Lorain : absence de tout accident chez des femmes admises dans un service d'accouchement qu'on avait tenu fernïé pendant 10 jours, en raison de la gravité de l'épidémie puerpérale qui y régnait, et dans lequel, durant cette courte période de fermeture, on n'avait appliqué aucune mesure de désinfection [Société médicale des hôpitaux de Paris, 10 décembre i869).

On sait enfin la part énorme qui revient au miasme de l'encombrement dans le développement et l'aggravation de certaines maladies qui en ont pris le nom d'infectio-contagieuses, la diphthérie, l'ophthalmie purulente; sans doute, ici l'encombrement ne joue souvent que le rôle de milieu favorable au développement d'un germe spécifique importé. Il n'en est pas de même de la stomatite ulcéreuse qui , dans notre armée , se développe fréquemment par le seul lait de réunions trop considérables de jeunes soldats ; elle apparaît spécialement lorsque les salles d'un hôpital renferment un nombre exceptionnel de malades, surtout s'ils sont atteints de fièvre typhoïde. Mais, si l'encombrement joue un rôle incontestable dans le développement et l'aggravation de tant de maladies, il faut se garder de l'invoquer partout et toujours, comme on a trop de tendance à le faire dans la pathogénie des affections les plus diverses.

3° Miasmes provenant du sol. Les émanations miasmatiques qui, sous l'influence d'une certaine température, s'élèvent du sol et constituent des causes morbifiques, se rattachent à deux ordres de faits distincts.

a. Dans grand nombre de cas, le sol sert uniquement de suhstratum à une masse plus ou moins abondante de matières organiques, de provenance animale surtout, comme aux environs des camps, des villes et surtout des villages où les matières fécales subissent souvent, en plein air, toute la série des modifications qui doit les rendre au règne minéral. Ces matières se trouvent fréquemment ainsi, grâce aux pluies, grâce à la porosité du sol, à son manque de déclivité, dans un état de diffusion qui centuple l'action de la chaleur atmosphérique, et par conséquent leur puissance d'infection ; ainsi imprégné de substances organiques en putréfaction, le sol peut constituer un réceptacle de causes morbifiques extrêmement dangereux ; mais il ne modifiera en rien la nature des émanations qui, dans une fosse d'aisances, dans un égout, dans un vase même, présenteraient, à surface égale et sous l'influence de la même température, des conditions de nocuité pleinement identiques.

En un mot, le rôle joué ici par le sol est tout aussi passif que dans les cas oii il est imprégné de substances bien définies dans leur composition chimique. Les différents gaz qui le pénètrent, comme le gaz sulfhydrique au voisinage de certaines sources thermales, le gaz hydro-carboné qui l'infiltré sous nos pavés quand les conduits d'éclairage ne sont pas suffisamment isolés, n'empruntent rien au sol de leur nocuité ; il en est de même d'une solution saturnine qui, imprégnant le sol, donnerait lieu, sous l'influence de la chaleur, aux émanations qu'on obtiendrait, par le même moyen, dans un laboratoire.

On ne peut dès lors rapporter à une influence spéciale du sol ni l'embarras gastrique, ni la diarrhée, ni la fièvre typhoïde, ni la dysenterie, ni certaines affections bilieuses entraînées par les matériaux putrides dont il est couvert ; la même cause produirait ailleurs le même effet; ce ne sont pas des affections telluriques.

b. Il en est autrement du miasme qui donne lieu à l'intoxication que j'ai plus spécialement appelé : intoxication telluvique. Lorsqu'un sol qui, grâce à la nature de ses éléments et de la ten)pérature ambiante, pourrait être fertile comme laplupart

des terres vierges ou incultes des climats chauds, n'épuise point cependant cette puissance de rendement par une végétation suffisante, il se produit, à sa surface, des éjnanations fébrifères. Les médecins (J.-N. Périer, Lacroix, A. Martin) qui ont observé les fièvres intermittentes dans leurs vastes zones d'endémicité des pays chauds, ont reconnu comme nous, depuis longtemps, l'insuffisance du miasme exclusivement palustre pour expliquer l'immensité du règne de ces affections; dès 1865, notre distingué confrère, M. Brassac, employait aussi le ♦erme de miasme tellurique pour désigner l'émanation fébrigène là où le marais classique manquait absolument et oii se produisaient cependant des fièvres intermittentes très-légitimes (thèse inaiig., 1865). Ces effluves ne tiennent pas seulement aux gaz fournis par la putréfliction des matières organiques ; car cette pulréfaction, s'accomplissant ailleurs qu'à la surface ou dans les entrailles de la terre, ne donnera pas la fièvre aussi facilement qu'on l'a prétendu ; les émanations de l'eau corrompue par des fleurs en décomposition, par des plantes conservées dans un appartement, peuvent produire des malaises plus ou moins graves; mais la fièvre paraîtra plus sûrement si l'on respire les émanations de la terre végétale, de l'humus, soit dans un appartement, soit en plein air, dans une campagne à sol productif et mal cultivé. Loin de nous la pensée de contester la puissance fébrigène des marais, ce type de la cause productrice des fièvres intermittentes ; mais nous croyons que, dans l'influence complexe de cette cause, on incrimine trop exclusivement la putréfaction végétale, sans tenir un compte suffisant du rôle joué par le milieu où s'accomplit cette putréfaction, le sol.

Les teiTes surchargées de matières organiques en décomposition, comme les champs régulièrement engraissés pour l'agriculture, seront bien moins insalubres que les terres vierges, moins riches cependant en substances végétales putréfiées, mais que n'assainit point une végétation suffisante.

Dans cette manière d'envisager la cause des fièvres, nous nous séparons donc des observateurs qui, les voyant aussi apparaître dans des localités non marécageuses, les ont attribuées exclusivement à l'abondance des produits de décomposition végétale, et ont employé en ce sens les termes de miasmes humatiles (J.-N. Périer) ou telluriques (Lacroix des Rousses, A. Martin, Bérenguier).

Pour la production de la fièvre, il faut non-seulement des matières végétales, de l'humidité, de la chaleur, comme tout le monde l'admet, mais il faut un autre élément, le sol, qui nous semble presque aussi indispensable à la production de la fiè\Te qu'à la végétation.

L'eau marécageuse la plus riche en détritus végétaux, la plus insupportable à l'odorat, donnera moins la fièvre que le sol qu'elle recouvre dès que ce sol sera mis à nu ; d'après nos recherches sur Vingestion des eaux mare'cageiises (Ann. d'hyg., 1872), ces eaux, employées en boisson, ne développeraient pas la fièvre intermittente aussi facilement qu'on l'admet; quoi de moins comparable à un marais que ces terres vierges des pays chauds, si arides en apparence, et dont un coup de pioche fait jaillir pour l'homme soit la mort, soit un accès pernicieux? Si, plus au nord, les marais semblent indispensables à l'élaboration du miasme fébritère, c'est qu'il existe à leur pourtour, à chaque alternative de dessèchement, un sol dont la puissance de végétation, mal exploitée, peut être comparée à celle des terres des climats chauds. Mais encore faut-il reconnaître chaque jour davantage que, même dans nos pays, le marais n'est pas une condition essentielle de l'intoxication tellurique ; on a pu s'en assurer pendants les travaux de terrassements faits pour la construction des forts de Paris ; n'en est-il pas de même dans

nos provinces ? J'ai dit ailleurs déjà combien était intéressant à cet égard le travail de M. Diiboué {De Vimpahidisme), qui prouve non-seulement que les éta^.s morbides réputés palustres peuvent se montrer dans des pays vierges d'im paludisme, mais encore qu'en France c'est peut-être surtout à l'état inculte des terres qu'il faut rapporter, le plus fréquemment, l'origine de la fièvre intermittente.

Les exhalaisons fébrifères fournies par les marais nous semblent n'être ellesmêmes qu'un des modes de production du miasme tellurique. Entre la mort d'un individu succombant à un accès pernicieux pour avoir respiré les émanations des terres vierges des pays chauds, et celle d'un voyageur enlevé pour avoir traversé, à l'heure et à la saison dangereuses, un foyer marécageux, il n'y a aucune différence ; le poison a été le même, a tué aussi rapidement et avec des symptômes identiques ; pas de différence entre les lésions anatomiques ; mais notons bien que dans un de ces cas seulement il y a eu présence d'un marais, dans l'autre, simple action du sol ; quel est l'élément commun dans ces deux conditions eii apparence si différentes? Ce n'est certainement pas le miasme palustre, c'est le miasme tellurique. Si, pour beaucoup d'auteurs, le marais est considéré encore comme la cause indispensable de la fièvre intermittente, c'est qu'on a donné gratuitement le nom de foyers marécageux à une foule de localités, soit de la zone im'dilerranéenne, comme Rome, l'Algérie, l'Egypte, soit de la zone tropicale, dans lesquelles cette tîèvre est très-commune et ne provient certainement que des exhalaisons d'un sol riche et mal cultivé.

Le miasme fébrifère, qu'il provienne des marais, ou qu'il résulte des émanations des terres vierges, peut varier d'intensité suivant le degré de température qui en favorise la production ; mais nous le considérons comme toujours identique à lui-même, quelles que soient les localités dans lesquelles il se produira ; l'intoxication tellurique relève en tous lieux de la même cause morbide, réclame partout une médication invariable dans sa formule principale, et ne varie dans ses manifestations symptomatiques que suivant diverses circonstances dont les deux principales sont pour moi : 1° le degré de température ambiante ; 2° la date de la première atteinte de l'organisme. L'influence de la température se manifeste par la distribution géographique des diverses formes de la fièvre, d'autant plus continues qu'on les observe plus près de l'équateur, d'autant plus intermittentes qu'on les observe pins près des limites septentrionales de la malaria ; j'ai établi, sur des chifi'res nombreux, cette loi de répartition des types des fièvres telluriques. Quant à l'influence de la date de l'intoxication, elle peut se tradnire ainsi : plus cette date est éloignée, plus l'individu sera prédisposé aux types à paroxyjjmes éloignés (tierce, quarte, irrégulier) ; plus elle est récente, plus les types se rapprocheront de la continuité (quotidien, rémittent, conriuu). Voilà pourquoi les fièvres rémittentes et continues sont plus communes dans les armées en campagne, soit aux Indes, soit en Algérie, soit même en Allemagne et en Hollande, alors que l'indigène de ces divers pays, intoxiqué, lui, depuis de longues années, n'est atteint que de fièvres intermittentes. Transporté pour la première fois sur un sol hisalubre, le soldat commence alors la série des manifestations morbides dont l'indigène a franchi déjà les premiers échelons ; la lièvre rémittente ou continue domine d'autant plus dans l'armée, que cette armée provient d'un pays plus salubre, tandis que les habitants eux-mêmes ne présentent plus que les attributs de la cachexie palustre et les divers types de la fièvre d'accès. Telle est pour nous la cause principale des profondes différences d'opinions qui,

presque toujours, ont, à cet égard, séparé les médecins d'armée des médecins résidants dans ces pays à fièvres ; quoique intoxiqués à la même source, les malades, de part et d'autre, offrent parfois des types morbides complètement différents. Voyant des fièvres tierces à Tours, et des quartes à Saumur, Trousseau disait : « le type semble tenir bien plus à la nature du miasme, à la localité qu'à l'individu. » Pour nous, ces différences tiennent surtout à la date de l'intoxication ; tandis que, dans les localités de tout temps marécageuses, comme la Bresse, la Sologne, les environs de Rochefort, la population sera arrivée aux manifestations ultimes de l'intoxication, aux types les plus intermittents, comme la quarte, on verra les habitants d'une localité voisine, récemment impaludée ou défrichée, n'offrir encore que les types moins avancés, le tierce ou le quotidien. La fréquence des fièvres continues et rémittentes en Amérique, ne tient-elle pas au mouvement d'émigration qui, chaque année, jette sur un littoral des populations entières, en généi\il indemnes d'atteintes antérieures de fièvres, et chez lesquelles la série morbide commence par son type initial qui est la continuité ou la rémittence ?

Quant à la constitution même du miasme teîlurique, il est certainement de nature matérielle, pondérable; il semble même devoir être, de tous les miasmes, le plus saisissable : il se rattache, dans son expansion à la surface du sol, à certains phénomènes météorologiques très-appréciables ; comme un gaz, comme une ]îarticule organique, vivante ou non, il est transporté par les courants atmosphériques ; il est même très-probablement recelé dans cette abondante rosée, si riche en matière organique qui, matin et soir, recouvre les pays à lièvres.

On peut dire qu'en somme il existe, dans la nature et surtout dans le groupe des causes morbides non contagieuses, peu d'influences susceptibles de s'éloigner autant de leur foyer originel et offrant dès lors autant de chances d'être isolées, circonscrites, déterminées, en un mot, par la science.

Nous espérons qu'on arrivera plus facilement à cette détermination en étudiant l'atmosphère, non pas des marais, mais des terres vierges nouvellement mises en culture ou défrichées ; le marais, ce milieu si complexe, a toujours fourni aux expérimentateurs une masse considérable de matières organiques dont la majeure partie doit être mise hors de cause dans la genèse des fièvres intermittentes, et ' complique ainsi les difficultés de l'analyse.

Si, maintenant, nous nous rappelons que ces fièvres ne sont pas contagieuses et que l'action du sol ne va pas au delà du sujet atteint, nous admettrons plus difficilement que l'action de la cause morbide puisse être comparée à celle d'un ferment animé dont la reproduction par le milieu où il se développe est une loi constante ; nous comparerions plutôt cette action à celle des ferments amorphes, qui ont pour type la diastase et qui se détruisent en exerçant leur action.

Si, d'autre part, nous nous rappelons que de toutes les maladies infectieuses, les fièvres palustres sont celles qui offrent les variétés les plus nombreuses dans leur incubation, dans leur intensité, dans leur expression symptomatique, nous douterons même de leur dépendance d'une influence comparable à un agent de fermentation, si régulier dans les actes qu'il détermine.

11 est un autre ordre de preuves invoquées à l'appui de l'origine, par ferment, des fièvres telluriques ; ces preuves sont tirées de l'action toxique du sulfate de quinine sur certains organismes inférieurs considérés comme germes de la fièvre intermittente. Il suffit de savoir que les sels de quinine exercent cette action sur presque tous les organismes microscopiques, et qu'il partage cette propriété

ô^O MIASMES.

avec beaucoup de corps non fébrifuges, pour ne pas s'exagérer la valeur de cet

argument.

On a émis tout récemment (Comptes rendus de l'Acad. des sciences, octobre 1872), l'opinion que le germe des fièvres, au lieu d'appartenir à la classe des infusoires, était du groupe des mucédinées ; on a allégué : 1° la fréquence des moisissures dans les lieux très-humides, comme le sont les pays marécageux; 2" l'action toxique du sulfate de quinine sur ces moisissures. Or je doute beaucoup de la réalité de cette dernière action ; en eflet, dans les solutions acidulées de sulfate de quinine, on voit se former, probablement sous l'influence de l'acide sulfurique, un nuage de moisissures que ce sulfate ne détruit nullement.

Eu résumé, je rapporterais plus volontiers la fièvre intermittente à des émanations j^azeuses, encore mal déterminées, qu'à l'influence de particules solides, vivantes ou non, suspendues dans l'atmosphère.

4° Miasmes rapportés par analogie aux influences teUuriques. Parmi les maladies infectieuses il en est trois : la peste, la fièvre jaune, le choléra, qui, en raison des conditions climatériques et topographiques de leurs berceaux, en raison de l'analogie de leurs symptômes, ont été fréquemment, surtout depuis Ghervin, rapportées à des influences comparables à la malaria.

Mais rien encore ne confirme positivement cette hypothèse ; ce sont là des affections d'origine endémique, c'est-à-dire limitée géographiquement et inconnue dans sa raison d'être, et non pas tellurique ; du reste, pour chacune de ces affections, la limite de son foyer originel, sa tendance à la propagation épidémique, son traitement, l'absence d'une cachexie consécutive, parfois sa contagiosité, créent une barrière qui la sépare de l'intoxication palustre. Malgré la part probable qui revient, dans leur développement, à la décomposition des matières organiques, le nom de foyers infectieux, donné aux localités oij surgissent ces trois affections, n'implique nullement qu'on ait constaté qu'elles se rattachent à des conditions du sol lui-même, comme la malaria qui en dépend absolument.

C'est altérer le sens de l'expression tellurique que l'apphquer aux affections de localités, aux endémies; le goitre, le crétinisme, le bouton d'Âlep, l'éléphantiasis des Arabes, types des endémies, seraient alors considérés comme d'origine tellurique.

La suette a été regardée comme relevant de cette origine ; si, dans certaines épidémies, elle a coïncidé avec des inondations, des travaux de curage de fossés, coïncidence de la plus haute valeur, nous croyons que cependant ces faits ne sont pas la règle ; en général la maladie n'apparaît qu'à des intervalles fort irréguliers ; souvent elle abandonne, sans modification appréciable du sol, certaines localités pour n'y reparaître jamais ; elle semble dépendre surtout de certains phénomènes météorologiques : vents, brouillards, etc., et ne nous semble pas résulter, au même degré, des émanations telluriques.

Nous voyons fréquemment rapporter, bien à tort suivant nous, aux émanations du sol, d'autres affections qui, elles aussi, tiennent surtout aux influences atmosphériques ou à des causes vulgaires; ainsi, une armée en campagne, dans un pays infecté par la malaria, contractera presque toujours en même temps et les fièvres et la dysenterie, sans que cette dysenterie doive, cependant, être rapporîée à l'intoxication palustre ; dans ces conditions, elle résultera surtout des brusques oscillations de température subies par les troupes obligées de bivouaquer ou n'ayant que des abris insuffisants ; ces mêmes influences développeront la dysenterie tout aussi bien dans les régions où ne régnent pas les fièvres intermittentes.

N'est-ce point rhiimidité atmosphérique plutôt que les émanations du sol qu'il faut accuser de la fréquence des ophlhalmies en Belgique, en Egypte môme où ces affections sont communes surtout au voisinage des cour» d'eau ?

Le scorbut lui-même a été longtemps considéré comme propre aux habitants des pays humides, marécageux; cette opinion a un côté vrai qu'il faut savoir dégager : dans ces pays, en effet, le scorbut se rattache au sol, non-seulement parce que ce sol inculte produit la misère, mais encore en raison de l'humidité atmosphérique développée par la surface des marais; cette humidité agit certainement sur la nutrition en compromettant les fonctions de la peau ; voilà pourquoi, avec des approvisionnements égaux, les équipages sont atteints de scorbut plus rapidement dans les mers du Nord, toujours couvertes de brouillards, que sous des latitudes plus méridionales ; pourquoi aussi le scorbut a disparu de la Hollande, des environs de Strasbourg, de Munich, depuis la disparition de grandes surfaces marécageuses.

Dans nombre de circonstances où il était difficile de déterminer la cause de certaines affections franchement épidémiques , ou seulement d'une fréquence exceptionnelle, n'en a-t-on point rapporté l'origine à des émanations, à des vapeurs sortant de la terre? Telle était la doctrine de Sydenham pour les constitutions médicales ; telle était celle de Laënnec pour la pneumonie ; telle est celle de quelques médecins pour les affections catarrhales, affections que les Anglais et les Américains placent au nombre des maladies miasmatiques. Si l'on veut bien observer que ces divers états morbides se développeront aussi bien à bord d'un bâtiment, en pleine mer, que dans n'importe quelle résidence à terre, on ne pourra certainement admettre leur origine par exhalaisons telluriques. Ce qui fait précisément le caractère de la malaria, et la distingue des autres miasmes, c'est qu'elle naît essentiellement du sol ou d'un milieu analogue, que le séjour en mer constitue le meilleur moyen de s'y soustraire, comme le prouve l'immunité des équipages naviguant sous les latitudes où l'atterrissement est le plus dangereux. Milieux miasmatiques. D'après notre définition, le miasme a pour véhicule l'air atmosphérique ; mais il est naturel de se demander si la nature de ce véhicule ne peut changer sans enlever au miasme ses propriétés morbifiques.

1" Boissons. Les recherches de Chauveau semblent indiquer que l'absorption de substances putrides, par les voies digestives, est plus certaine qu'on ne l'admet, et que les sécrétions gastriques n'en conjurent pas toujours les effets. Les expériences de Coze et Feltz prouvent aussi la facilité d'absorption par la muqueuse gastro-intestinale. Ces faits expérimentaux répondent aux observations démontrant l'influence, sur le développement de la fièvre typhoïde et du choléra, de boissons chargées de matières organiques en décomposition, et surtout de matières provenant, par infiltration, des égouts et des fosses d'aisances. Nous avons cependant révoqué e:i doute l'importance exagérée attribuée à ce mode de contamination {Union méd., sept. 1875).

Pour la dysenterie, l'influence étiologique de l'ingestion d'eaux corrompues, soit par des matières végétales, soit par des matières animales est un fait incontestable dont nous-même avons accumulé les preuves dans un travail sur ï Ingestion des eaux marécageuses (Ann. dlujg., S** série, t. XXXVIIf, 1872).

Quant à la production des fièvres intermittentes par l'usage interne de ces eaux, nous la considérons comme bien plus douteuse, malgré les faits rapportés par des auteurs du plus grand mérite, faits donc nous avons également discuté la valeur dans ce même travail.

Nous ne prétentions pas que la muqueuse buccale, que celle des fosses nasales ne concourent pas à l'absorption du miasme palustre ; mais c'est uniquement alors par le contact de ces muqueuses avec l'air inspiré.

En visitant les pestiiérés, les typhiques, bien des médecins ont été frappés d'une sensation de picotement à la langue, avec salivation plus ou moins abondante. Frank attachait une importance notable à ces phénomènes qui nous paraissent résulter surtout de sensations réflexes dont la cause excitante est l'odeur des malades ; nous ne pensons pas qu'ils indiquent, à eux seuls, l'absorption par le tube digestif. Nous ne croyons pas, du reste, que, ni dans le typhus pêtécliial, ni dans la peste, ni dans la fièvre jaune, les boissons aient jamais été le véhicule soit du miasme originel, soit du contage.

2° Habitats. Ces conditions que nous avons déjà signalées, en démontrant l'influence des milieux sur la genèse des maladies infectieuses, ont une importance énorme dans le développement et la nociiité des miasmes.

Le type de la résidence salubre, à ce dernier point de vue, serait un milieu où l'influence miasmatique serait nulle ou immédiatement neutralisée ; tel parait devoir être, au premier abord, le séjour à bord d'un navire, en pleine mer, loin de toutes côtes insalubres, ou bien encore la résidence dans les climats froids dont la température ne suffit pas à l'élaboration et à l'activité des miasmes.

Malheureusement, si l'homme a pu parfois utiliser les avantages de semblables séjours, en étabHssant, par exemple, dans la zoue tropicale, des hôpitaux, et des comptoirs flottants qui l'ont soustrait aux effluves telluriques, les conditions habituelles de son installation soit en mer, soit dans les pays froids, sont la source d'autres émanations qui, de ces lieux de résidence, peuvent faire les foyers d'infection les plus dangereux.

Nos confrères de la marine, et, plus spécialement, dans ces dernières années, MM. Fonssagrives et Le Roy de Méricourt, ont démontré tout ce qui pouvait se développer de causes d'insalubrité à bord des navires. Cette insalubrité, qui engendrera peut-être les formes diverses des typhus, la dysenterie, les fièvres bilieuses, est plus redoutable que celle de nos plus misérables demeures ; car, nulle part, autant que dans un navire, l'homme n'est placé constamment au voisinage de foyers d'air confiné, rendus plus délétères par les exhalaisons du chargement et de la cale où séjourne une eau corrompue, et dont la température est parfois si élevée.

Dans les climats polaires, la nécessité de s'abriter contre les rigueurs du froid ne réduit-elle pas l'habitant à subir, dans d'étroites demeures, les dangers de l'encombrement?

Oh comprend, d'après ces exemples, toutes les modifications qu'imprimeront au développement et à la nocuité des miasmes, les diverses conditions de climat, de saison, de locaUté, d'influences atmosphériques, et même professionnelles, auxquelles l'homme est subordonné.

o° Climats. Dans les pays chauds, l'homme est plus en rapport avec les influences atmosphériques et telluriques dont la température augmente l'énergie, et il subit par conséquent davantage l'action des exhalaisons du sol; en ces climats, le miasme complique presque constamment les influences nocives de la température, et il intervient, à titre d'élément pathogénique, dans la production même des affections qui ont été considérées comme exclusivement dues à l'action de la chaleur, telles que le heat-apoplexy. Quelquefois cependant les longues sécheresses, et l'intensité de l'irradiation solaire mettent l'homme à l'abri, dans ces

régions, des émanations de la décomposition des matières animales qui se dessèchent et se momifient rapidement sans infecter l'atmosphère autant que dans nos climats tempérés. La terre, au contraire, se fendillant sous rintluence de cette haute température, semble centupler la surface de ses exhalaisons. Aussi est-ce le miasme tellUrique qui, de tous, décroit le plus régulièrement d'intensité et de nocuité à mesure que l'on s'éloigne de l'équateur.

Les miasmes humains, au contraire, vu l'abaissement de la température qui, dans les régions froides, oblige l'homme à s'enfermer dans des demeures plus étroites et plus complètement closes, augmentent de nocuité à mesure qu'on se rajiproche de ces régions ou des altitudes correspondantes.

Parmi les affections endémiques attribuées à des foyers d'infection, celle dont le miasme semble le plus dépendre des conditions de température extérieure, c'est la fièvre jaune; on connaît la différence de sa gravité et de son expansion soit sur le littoral européen, soit sur le littoral américain de l'Atlantique suivant les degrés de latitude où elle se manifeste. Peut-être est-ce l'inverse pour la peste ; si fréquemment importé de l'Egypte vers le Nord, il semble que sou miasme ait peu d'affinité pour les climats chauds, auxquels ne l'ont jamais transporté, sauf une fois peut-être en 1832, les nombreuses caravanes qui, partant de la Basse- Egypte, communiquent fréquemment avec les pèlerins venus de l'Inde à La Mecque. N'en est-il pas de même des typhus qui semblent, au moins dans leurs explosions épidémiques, avoir plus d'affinité pour les climats froids et tempérés que pour les climats chauds?

De cette différence apparente de rapports des germes du vomito et de ceux de la peste avec la température extérieure, on a conçu l'espérance de détruire les premiers par l'action d'un froid intense, les seconds par l'emploi du calorique.

La maladie infectieuse dont les germes semblent le plus rélractaires aux influences des climats, c'est le choléra ; l'immense développement géographique pris par cette affection, la constitution de foyers épidémiques en Europe, paraissent indiquer que le miasme cholérique est bien moins subordonné aux conditions extérieures de température.

4° Saisons. Les rapports des affections miasmatiques avec les saisons sont évidents : Chacune de ces maladies vient, pour ainsi dire, à son heure pour disparaître fatalement à une époque déterminée ; la fièvre jaune, la peste, le choléra n'éclatent, dans leurs berceaux, qu'en certaines saisons qu'il faut bien connaître pour savoir en éviter les dangers. N'en est-il pas de même pour les fièvres intermittentes? Si ces dernières maladies, par leur tendance aux récidives, peuvent réapparaître, à diverses époques de l'année, chez tel sujet antérieurement atteint, elles ne se manifestent, comme première invasion, qu'en une période de l'année bien déterminée, période dont la durée est en général d'autant plus longue qu'on se rapproche davantage de l'équateur. Nous avons pu indiquer, mois par mois, dans un tableau {Traité des fièvres intermittentes, p. 55), le nombre des soldats français malades aux hôpitaux militaires de Rome, pendant les 16 ans qu'a duré l'occupation de cette ville (1849-1865). Chaque année on voit, d'après ce tableau, le chiffre des malades augmenter brusquement à partir du mois de juillet, et décliner à partir du mois d'octobre. Ce n'est pas seulement dans leur fréquence, c'est encore dans leurs foi'mes et dans leurs types que les fièvres intermittentes sont en rapport intime avec les saisons ; sur le littoral méditerranéen, par exemple, les types rémittents et continus n'apparaissent guère qu'au moment des grandes chaleurs, au mois de juillet et pendant la première quinzaine du mois

54n MIASMES.

d'août; ils signalent le début de la période épidémique; les fièvres quotidiennes, puis les tierces, ne deviennent communes qu'à la fin d'août; et enfin, de tous les types, le dernier à se produire est le type quarte n'apparaissant guère qu'en octobre et en novembre, époque où l'abaissement de la température met fin à cette période épidémique. Il en est de même des fièvres pernicieuses : les formes à réaction fébrile violente, comme la plupart des délirantes et comateuses, ou à symptômes gastro-intestinaux très-intenses, comme les cbolériques, sont plus fréquentes pendant les mois de juillet et d'août ; celles, au contraire, où la tendance au Gollapsus est plus considérable, comme les cardialgiques, les ictériques, les syncopales, se manifestent de préférence à la fin de l'épidémie annuelle, au moment où h température s'abaisse notablement.

5° Localités. Il est difficile, avons-nous dit, d'affirmer si une maladie, fréquente dans une localité, est en rapport étiologique avec des influences miasmatiques qui la créent de toutes pièces, ou si elle indique le réveil, soit périodique, soit irréguliev, de germes préexistants ; on se demande, dans cette dernière hypotbèse, quelles sont les circonstances météorologiijues qui ont pu déterminer ce réveil ; et il faut encore, en maintes circonstances, comme pour les explosions de fièvre puerpérale, s'en tenir à l'obscure influence du génie épidémique.

Quoi qu'il en soit, certains foyers d'infection présentent des conditions de topcgra['liie,de configuration et de structure du sol, assez bien déterminées; tels sont surlout les foyers de fièvres, intermitlentes, d'origine palustre, les foyers de fièvre jaune, de peste, de cboléra {voij. ces mots).

Les localités situées sur le littoral de la mer, dans- les pays cbnuds, semblent plus spécialement prédisposées à l'éclosion des miasmes de la fièvre jaune et des formes ictériques palustres; le mélange des atmosphères terrestre et maritime parait nécessaire à la formation de ces miasmes. Le voisinage, moins étroit, d est vrai, du littoral, semble également favorable aux foyers de la peste et du cboléra qui se développent néanmoins à l'intérieur des masses continentales.

Nous avons insisté longuement, dans notre traité des fièvres intermittentes, sur l'influence des conditions d'agglomération sociale, ou de dissémination des populations sur le développement et les dangers du miasme palustre; ces fièvres constituent, avec la dysenterie, les principales maladies des campagnes dans toute la zone des climats chauds, et dans une partie des climats tempérés. Le choléra, la peste, la fièvre jaune, au contraire, ont une affinité remarquable pour les grands centres de population, non-seulement dans les diverses circonstances de leurs expansions épidémiques,mais encore dans leurs conditions natives, dans leurs foyers originels.

Tous les faits que j'ai cités à l'appui de l'immunité relative des grandes villes situées au centre de campagnes infectées par la malaria, comme Rome, Ravenne, Ajaccio, etc., sont confirmés par des observations analogues pour Tunis (,]. Rochard), Constantinople (Fauvel), et enfin la Nouvelle-Orléans où la fièvre intermittente ne pénètre pas plus avant que l'extrémité des faubourgs, tandis que le vomito sévit surtout au cœur de la ville (Faget).

Ces faits n'ont rien d'inexplicable ; ces grandes villes, par l'obstacle qu'opposent, aux miasmes atmosphériques de la plaine, les murs et les édifices qin les entourent, par le pavage des rues, qui empêche toute émanation teliurique locale, offrent à la malaria des obstacles d'autant plus complets, qu'on se rapproche de leur centre ; dès lors, par une infraction complète aux lois ûe répartition de la salubrité dans les pays non palustres, mieux vaut habiter près de ce centre ; c'est

MIASMES. 5 il

l'inverse de ce qui existe dans les villes de nos climats, dont la périphérie représente, en général, le maximum de salubrité. Dans les pays à fièvres, l'habitant des villes est plus robuste que celui des campagnes.

.l'ai démontré celte augmentation de salubrité à mesure qu'on se rapproche du centre des villes entourées d'une zone périphérique de malaria, en établissant le plan médical de Rome, d'après les atteintes subies par les divers corps de la garnison française répartie dans les différents quartiers de cette ville ; comme exemple, je ne rapporterai qu'un fait à l'appui de cette thèse : En 1864, pendant que j'étais à Rome, un même régiment français comptait, le 26 août, 145 de ses hommes malades aux hôpitaux, dont 157 fournis par un bataillon logé à la périphérie de la ville, et 6 seulement par un autre bataillon, numériquement égal, mais caserne au centre.

On s'est laissé cependant entraîner à la pensée d'un singulier antagonisme entre les miasmes telluriques, d'une part, et les miasmes d'origine humaine d'autre part; en voyant l'immunité dont jouissent contre la fièvre certains quartiers infects du centre des grandes villes, comme le Ghetto à Rome, on a cru réellement que cette infection était l'une des causes préservatrices de leurs habitants contre la malariu. Dans son livre si remarquable {De restituenda salubritate Agri Romani, 1667), Doni insiste sur cette puritication de l'air par l'agglomération humaine « purgatio quce ab hominum frequentia efficitiir. »

Nous avons traité longuement ailleurs cette question des rapports de la malaria avec la densité des populations. Rappelons que, pour d'autres causes morbides, on a cru également à cet antagonisme des miasmes entre eux : «un médecin, dit Benedetti, pour conjurer l'explosion de la peste, conseillait aux habitants délaisser pourrir, au milieu des rues, des cadavres de chiens; » A. Paré lui-même dit qu'il est bon « en temps de peste, de nourrir un bouc en la maison où l'on habite, l'odeur du bouc empêchant l'air pestiféré d'y prendre place » [voy. Beaugrand, Ann. d'hyg., 2^ série, t. XVII). 11 est inutile de nous arrêter à de semblables opinions que réfutent, comme nous l'indiquerons plus loin, certains états morbides complexes, entraînés par l'influence simultanée de plusieurs foyers miasmatiques de nature différente.

On remarque fréquemment la gravité exceptionnelle de certaines maladies d'origine miasmatique dans les petites localités; tous les ans, l'Académie de médecine reçoit des rapports d'épidémies indiquant spécialement les ravages produits par la fièvre typhoïde, par la dysenterie, dans quelques villages, ou même dans des fermes isolées. Nous observons dans l'armée des faits analogues; quelques petites villes de garnison sont presque chaque année le théâtre d'épidémies, de fièvre typhoïde plus graves et plus tenaces que dans les grands centres militaires. Nous pensons que ces différences tiennent surtout à la défectuosité des conditions d'hygiène locale ; nous avons dit plus haut que l'atmosphère de certains villages se transformait souvent en véritable foyer d'infection, par la négligence des précautions les plus élémentaires pour l'isolement des matières fécales et des autres substances putrescibles ; les casernes des petites villes laissent à cet égard bien plus à désirer aussi que celles de Paris et des principales villes degaoïison.

C'est donc là une question de salubrité locale ; c'est par l'application des mesures d'assainissement de semblables milieux, que certaines nations, l'Angleterre en particulier, sont arrivées à rendre leur sol plus réfractaire à l'explosion et à la propagation des maladies miasmatiques, et à s'affranchir plus impunément, en temps d'épidémie, des entraves du régime quaiantainaire {voy. Quaraîstai.ne).

6° Atmosphère. Ce n'est pas seulement par ses conditions de température que l'atmosphère a une influence considérable sur l'élaboration et la diffusion des miasmes; c'est encore par ses autres qualités physiques, par ses propriétés chimiques et par les divers météores dont il est le théâtre.

Au point de vue physique, les miasmes semblent plus légers que l'air atmosphérique : le miasme nosocomial qui engendre le typhus, celui qui engendre la pourriture d'hôpital, celui qui engendre la fièvre puerpérale, tendent à monter comme le prouvent les observations citées par MM. H. Larrey (pour la pourriture d'hôpital), Haller, d'Edimbourg (pour le typhus), P. Dubois (pour la fièvre puerpérale); les malades sont plus exposés à ces trois affections s'il existe d'autres services d'hôpital au-dessous des salles qu'ils occupent.

Quant à la malaria, nous avons démontré, dans notre Traité des fièvres intermittentes, que le séjour à une altitude insuffisante, au-dessus du foyer palustre, était plus dangereux que la résidence au niveau même de ce foyer; Timmimité absolue ne s'obtient qu'à des hauteurs d'autant plus considérables qu'on observe dans des pays plus chauds.

Au point de vue chimique, l'air atmosphérique agit en oxydant les matières organiques, et il hâte leur transformation.

Cette action chimique va-t-elle plus loin? Ne renferme-t-elle point le secret du réveil des prétendus germes morbides, et ne pouvons-nous espérer y trouver un jour la raison de la modification des constitutions médicales, et des influences rapportées au génie épidémique ? La découverte de l'ozone n'a pas encore fourni toutes ses conséquences. Un célèbre médecin anglais, J. Simon, admet que certaines variations du milieu atmosphérique peuvent entraîner une décomposition spécifique des excréments, décomposition communicable aux autres substances organiques, et entraînant ainsi l'infection de l'air. Nous nous bornons à mentionner cette hypothèse.

Quant aux météores, on connaît l'importance de leur rôle : si la sécheresse semble plus favorable au développement des miasmes de la fièvre jaune, les pluies activent ceux de la peste, du choléra; pour la fièvre intermittente engendrée par les marais, elle est plus grave et plus commune pendant les années sèches qui, diminuant la couche d'eau qui les recouvre, en met le fond plus complètement à nu ; dans les immenses régions, au contraire, où la malaria est le résultat des exhalaisons du sol, les pluies sont extrêmement dangereuses parce qu'elles favorisent singulièrement ces exhalaisons; l'humidité, combinée avec une température suffisante, réveille la cause morbide. Il semble en être de même pour le miasme humain : Chalvet, en mouillant les matières organiques recueillies par le grattage des murs de l'hôpital Saint-Louis, a vu se manifester l'odeur putride spéciale à la décomposition des substances animales.

L'action des vents est d'une tout autre nature : elle est surtout physique, bien que, par la diffusion des miasmes, ils en activent l'oxydation atmosphérique.

Ils ne transmettent qu'à de courtes distances les miasmes du choléra, du typhus ; ils ont plus d'action sur celui de la fièvre jaune, mais surtout sur celui de la fièvre intermittente. Au lieu d'être véliicules des miasmes pour des individus plus ou moins éloignés, les vents préservent parfois les populations en balayant les émanations miasmatiques qu'elles respirent. Aussi les calmes sont-ils dangereux pour les habitants des foyers palustres ; ils sont redoutés à Cayenne ; pendant mon séjour à Civita-Vecchia, on constatait que le maximum des entrées à l'hôpital correspondait au maximum des calmes. On sait combien sont insalubres

certaines forêts vierges de l'ancien et du nouveau monde, forêts impénétrables aux courants atmosphériques, et sous lesquelles s'abritent les émanations d'un sol toxique.

Si les foyers palustres sont moins dangereux dans Thémisphère austral, ce fait peut tenir, suivant l'opinion de M. Pauly, à l'intensité des vents périodiques qui, beaucoup plus libres dans leur parcours en raison de la dimension moindre des surfaces continentales de cet hémisphère, en assainissent plus complètement l'atmosphère.

La rareté des fièvres, pendant les travaux de percement de l'isthme de Suez, est peut-être aussi le résultat de la prédominance constante des vents soufflant de la Méditerranée.

Les calmes semblent également plus dangereux, pendant les épidémies de fièvre jaune, de choléra, de peste, pour les villes qui en sont le théâtre.

En résumé, les agents météorologiques, en particulier la chaleur, l'humidité, les vents, jouent un rôle considércd)le dans le développement des miasmes. Ils peuvent en centupler ou en amruler la production, mais ils n'en sont pas la cause originelle.

7" Conditions individuelles. L'homme lui-même, enfin, crée parfois, par son mode de condition sociale, des milieux plus spécialement aptes au développement de certains miasmes ou plus exposés à leur action.

Nous connaissons déjà l'influence de certaines professions qui rapprochent l'homme des foyers d'émanations putrides et nosocomiales {voy. articles Amphithéâtre, Médecin). L'armée, cette masse importante d'une population dont elle représente la jeunesse et la vigueur, n'est-elle pas spécialement prédisposée à des influences miasmatiques ? Nous le constatons :

a. En temps de guerre; hvrée à toutes les influences du sol et de l'atmosphère, l'armée offre alors un tableau pathologique différent de celui des habitants du pays qu'elle occupe ou qu'acné parcourt ; dans la campagne romaine, nos soldats étaient malades autrement que les habitants de Rome protégés par leurs maisons et les conditions de salubrité relative de la ville ; l'histoire des armées en campagne nous montre partout des différences de ce genre.

C'est dans les guerres prolongées que l'on trouve la meilleure preuve de la fréquente association des causes morbides, d'origine surtout miasmatique, pour enfanter des maladies complexes qui sont la meilleure preuve qu'il n'existe point d'antagonisme entre les différents miasmes ; il y a longtemps que les médecins militaires ont signalé l'existence, en Algérie, de fièvres typhoïdes palustres, indiquant, par celte appellation, la complexité de l'étioiogie de ces affections qui relèvent à la fois du miasme humain et du miasme tellurique ; cette forme mixte est également admise par les médecins anglais aux Indes, et surtout par les médecins américains qui, pendant la guerre de sécession, ont donné le nom de typliomalarial fever à l'affection prédominante dans l'armée des États-Unis, et dans laquelle sont réunis, comme cause morbide, les éléments typhique, palustre et scorbutique {voy. Woodward, Camp Diseases of the United States Armies, Philadelphie, 1865). Il y a, pour la production de cette fièvre, influence simultanée du miasme humain (idio-miasmata) et des miasmes provenant du sol, du réservoir commun [koino-miasmata) . De cette étiologie, parfois plus complexe encore, résultent souvent des types morbides qui échappent à (oute description méthodique, et qui ont été signalés spécialement durant la guerre de Grimée. « Les fièvres intermittentes et rémittentes, la diarrhée, la dysenterie, le scorbut, le

choléra et le typhus, qui constituaient la pathologie presque toute entière de l'armée de Crimée, forment, dans nos livres classiques, des entités morbides parfaitement distinctes les unes des auti es. Quand ces maladies se présentaient isolées et sans complitaton, ce qui était fort rare, il était facile de les reconnaître; mais, quand elles se trouvaient combinées plusieurs ensemble, c'étaient de beaucoup les cas les plus fréquents, le problème pathologique était plus difficile à résoudre. Ces affections composées ne constituaient pas des maladies nouvelles, inconnues, comme on pourrait le supposer, mais bien des affections complexes, mixtes, composées d'entités morbides connues ; et ce n'est qu'en mettant de côté les théories des écoles, fondées sur la simplicité des maladies, et en appelant à son secours le concours de l'analyse clinique, que le médecin parvenait à débrouiller ce chaos pathologique si confus; à déterminer, d'une manière rigoureuse, le nombre et la nature des éléments constituants de ces états morbides con)plexes et leur degré d'inilueuce dans la solution définitive des maladies » (Cazalas, Maladies de l'armée d'Orient, Paris, 1860).

h. Eu temps de paix, les soldais, réunis en agglomérations plus ou moins considérables, constituent des groupes d'unités presque identiques, dont chacune concourt, au même degré, à l'élaboration du même produit morbide, dès qu'une condition d'insalubrité vient à surgir pour tous ; de là, une fréquence plus considérable des affections produites par le miasme humain , de la fièvre typhoïde en particulier; il en est de nos casernes et de nos hôpitaux militaires, en temps d'épidémie, comme de ces services où l'on ne reçoit que des blessés, ou des femmes en couches, malades tous de même catégorie, de même réceptivité, et contribuant parallèlement à l'élaboration d'un miasme commun, dangereux, au même degré, pour chacun d'eux, que ce soit le miasme lypbique, chirurgical ou puerpéral.

Les prédispositions spéciales des classes pauvres de la société aux influences miasmatiques ne tiennent pas seulement à là défectuosité des conditions hygié niques de leurs habitations, mais également cà l'insuffisance du régime dont on connaît l'importance comme élément de résistance aux émanations morbifiques.

L'influence des professions sur la réceptivité morbide individuelle varie trop, suivant les pays, pour nous permettre d'établir des lois à cet égard ; c'est ainsi que dans nos climats salubres, l'hal itant de la campagne est le type de la force, de la santé, de l'immunité morbide ; mais celte immunité, il la perd dans les pays marécageux et dans presque toute la zone des pays chauds où « le plus pernicieux des exercices est celui qui rend l'homme fort et vigoureux dans les contrées salubres, le travail de la terre. »

Moyens a opposer au développement et a l'action des miasmes. La puissance de l'homme n'est pas la même contre toutes les influences miasmatiques.

On peut dire, cependant, que l'hygiène possède déjà à elle seule, contre ces influences morbifiques, des moyens d'action bien plus complets que contre les causes des maladies virulentes, dont le développement est, beaucoup plus indépendant des condhions d'insalubrité du milieu oii elles se développent.

Quand l'oiigiiie de ces miasmes est limitée à un foyer déterminé, quand elle est la conséquence d'un oubli ou d'un abandon des règles de l'hygiène, l'homme est maître de la situation. Il peut réduire à néant les émanations putrides, même celles qui sont fournies par les plus grands centres de population ; quelle difterence entre les conditions hygiéniques et sanitaires actuelles de Londres, et celles

qu'offrait cette même ville avant qu'on liansforniàt, en une source de richesse agricole, le foyer infect des eaux de la Tamise !

Il en est de même des miasmes fournis par l'homme vivant ; les conditions actuelles d'installation des prisons, des bagnes, des hôpitaux, semblent impropres à la réapparition des épidémies locales de typhus. L'hygiène hospitalière en particulier fait chaque jour des progrès ; le luxe architectural est subordonné aux nécessités des aménagements salubres, et l'esprit scientifique attaque vigoureusement les dangereuses légendes qui ont perpétué jusqu'à nous l'entretien de grands foyers miasmatiques. On comprend enfin qu'il est des affections qu'on re doit pas hospitaUser; récemment encore P. Lorain a réclamé, avec la plus convaincante éloquence, la suppression des maternités; il a ajouté son témoignage à ceux de Cruveilhier, P. Dubois, Depaul, Danyau, et cette solution a été consacrée d'avance par le rapport de M. Bourdon, à la Société médicale des hôpitaux de Paris (14 janvier 1870).

11 existe actuellement une émulation, tout aussi digne d'encouragement, entre

les médecins de notre flotte, pour arriver à supprimer ou à réduire les émanations

miasmatiques qui font, de tant de navires, de véritables foyers d'infection flottants.

Un grand exemple a été donné par la marine anglaise : grâce à la remarquable

installation des vaisseaux-hôpitaux de l'expédition d'Abyssinie, le médecin en chef

de cette expédition, de Massy, a transformé, «n milieux d'une salubrité parfaite, ces

i établissements souvent si dangereux, et a singulièrement diminué, pour sa part,

; tout ce que l'on pouvait redouter d'une semblable campagne; tant il est vrai,

^ dirons-nous avec un de nos savants confrères, qu'une bonne hygiène est un des

éléments qui concourent à l'organisation de la victoire.

On a donc bien des chances de réussir contre les émanations putrides et contre le miasme humain ; en est-il de même des exhalaisons du sol ?

On a triomphé de bien des foyers palustres, quand ces foyers ont été attaqués avec vigueur et constance par des populations riches et laborieuses, conditions qui se rencontrent surtout dans les pays civilisés. Mais, dans les pays oià le nouveau venu commence par perdre une certaine somme de forces pour acquérir son acclimatation, comme dans les climats chauds, de semblables travaux dépassent parfois la puissance humaine; et de longues périodes s'écoulent durant lesquelles il faut, à chaque instant, abandonner la lutte entreprise, et chercher un refuge soit momentané dans quelque localité salubre par son altitude ou son isolement en pleine mer, soit définitif par le retour dans un climat moins meurtrier.

Grâce surtout aux travaux de Jules Rochard, de Dutroulau, on n'impose plus aujourd'hui aux soldats et aux marins envoyés dans nos colonies insalubres, une lutte aussi longue et aussi désespérée qu'autrefois contre les influences miasmatiques : on a réduit de moitié, de 4 à 2 ans, le séjour en Cocliinchine et au Sénégal : « Cette mesure est des plus sages, a dit avec raison un de nos collaborateurs ; conservatrice de la vie et de la santé des hommes, elle assure mieux en même temps la défense du pays occupé et le fonctionnement régulier de tous les services (Brassac, Arch. de méd. waw., t. XIX, 1873). » Ceux qm seront obligés de résider dansles pays à fièvres se rappelleront que le danger est à son maximum pendant la nuit ; les villages qui bordent la zone périphérique de la campagne romaine, sont situés sur des altitudes où chaque soir le travailleur peut venir se dérober à l'air empoisonné de la plaine ; ce que l'indigène des régions palustres redoute avant tout, c'est le brouillard du soir, brouillard éminemment toxique.

La disparition de la peste de sou ancien foyer d'eudémicité, disparition attri-

ricT. tnc. 2* s. VU. 35

buée aux mesures hygiéniques dont l'honneur revient surtout à des médecins et à des administrateurs français, peut faire espérer qu'on arrivera, peut-être, à lutter aussi, avec avantage, contre les conditions originelles du choléra et de la fièvre jaune. Mais, tout en approuvant les travaux d'assainissement du sol dans les foyers de ces deux affections, sommes-nous assez svirs de l'influence de ce sol sur leur production, pour en espérer l'extinction?

Ici encore l'homme aura donc souvent à fuir devant un danger dont il ignore ou ne peut détruire la cause génératrice; mais, dans cette fuite, il deviendra souvent lui-même l'agent d'une propagation épidémique dont les dangers et la prophylaxie sont spécialement étudiés à l'article Qdarastaijnes.

Dans les circonstances au contraire oii l'homme devra subir forcément le contact ou le voisinage de foyers infectieux, il en combattra l'influence par des moyens d'ordre physique, chimique ou thérapeutique.

d" Moyens physiques. Parmi ces moyens, figure en première Ugne toute mesure ayant pour objet d'opposer une barrière aux émanations insalubres : Fenfouissement des matièr.es animales en décomposition en est un exemple élémentaire. Dans les pays fiévreux, le pavage des rues est une des conditions essentielles de la salubrité des villes oii l'on obture ainsi les sources d'exhalaisons telluriques locales ; dans nos villages, le pavage du sol n'en préviendrait-il point l'infiltration par tant de matières putrides qui favorisent l'explosion des épidémies de fièvre typhoïde et de dysenterie ?

Depuis longtemps, on cherche à préserver spécialement les individus obligés de subir l'influence des foyers miasmatique. La Uste des appareils employés ou proposés était longue déjà en 1829, année oij D'Arcet publiait dans les Annales d'hygiène (P'^ vol. de la 1*' sér.), un mémoire intéressant sur oe sujet. On a préconisé dans ces derniers temps, surtout depuis les belles études de Pasteur sur les germes atmosphériques, l'emploi de filtres en coton placés devant la bouche pour la purification de l'air inspiré dans les milieux insalubres; le pansement ouaté est considéré, par les partisans du miasme chirurgical, comme agissant dans le même sens ; on sait les bons résultats qu'en a obtenus A. Guérin. Un. médecin anglais, le docteur Stenhouse, a fait fabriquer un respirateur en charbon de bois qui aurait l'avantage de condenser à la fois les particules organiques suspendues dans l'air inspiré et une quantité considérable d'oxygène atmosphérique ; d'où résulterait une oxydation rapide de ces matières. M. Le Roy de Méricourt a proposé, po«r soustraire, à l'émanation des miasmes de la cale, les ouvriers employés au déchargement sanitaire des navires, l'emploi de l'appareil respiratoire de Rouquayrol, appareil qui permet de porter avec soi une atmosphère salubre au milieu des influences les plus méphitiques {Bull, de l'Acad. de méd., 10 janvier 1865).

Le pansement des blessés hors des salles donne de bons résultats et dans les hôpitaux, et dans les infirmeries vétérinaires, en empêchant le contact de la plaie avec l'atmosphère des salles.

L'aération est un autre moyen physique, d'une immense utilité pratique, contre les miasmes. On sait que, contre la malaria, le drainage agit non-seulement en enlevant au sol une certaine quantité d'eau favorable à l'élaboration miasmatique, mais aussi en favorisant son aération et en précipitant ainsi l'oxydation des matières organiques dont il est imprégné.

La ventilation atmosphérique, comme la ventilation souterraine, active également l'oxydation des matières organiques ; mais elle agit surtout d'une mamère

purement physique par la dispersion du miasme. Dans certaines conditions, la ventilation peut avoir des inconvénients en favorisant l'imprégnation miasmatique ; à Rome, on avait engagé les soldats français à se conformer à un usage local enfermant le soir, au crépuscule, les fenêtres de leurs casernes; c'est en ce moment que, durant la saison des fièvres, la malaria est à son maximum d'inteusité ; et mieux vaut s'y soustraire, même en subissant momentanément les inconvénients de l'air confiné. Mais ce ne sont là que des circonstances exceptionnelles qui ne doivent pas faire oublier l'importance de l'aération contre les foyers d'infection. La ventilation a été la base de la prophylaxie opposée à toutes les émanations morbifiques et dans tous les milieux. Dans son mémoire sur les épidémies de Languedoc, Bannau engage les habitants des villes voisines des Ueux palustres à élever des mouhns à vent qui purifieront l'air par le mouvement de leurs ailes; les divers foyers de chaleur, les grands feux allumés dans la campagne entraînent le renouvellement des couches miasmatiques de l'atmosphère, et sont employés fréquemment à l'époque dangereuse de la moisson dans les pays à fièvres. Mais la ventilation n'est réellement avantageuse et pratique que dans les limites restreintes d'un foyer miasmatique occupé par l'homme : caserne, théâtre, hôpital, navire. Depuis l'introduction de la vapeur dans notre flotte, la diminution de la place réservée aux équipages et aux passagers, en raison de l'installation de la machine, ont fait proposer divers moyens de ventilation dont le plus efficace et le plus facilement applicable est le système d'un médecin de la marine royale britannique (système Edmund) ; M. Le Roy de Méricourt voudrait en outre qu'on ménageât, à bord de tout bâtiment, au-dessous du chargement, une chambre à air permettant d'obtenir la siccité, la propreté et l'aération constante de cette partie du navire qui devient si fréquemment le réceptacle de tant de causes infectieuses.

La ventilation des hôpitaux agit non-seulement contre l'élaboration du miasme nosocomial, mais contre les émanations spécifiques de certaines maladies infectieuses. Toutes ces affections cependant sont loin d'exiger au même titre une aération considérable ; les fièvres intermittentes s'aggravent peu par l'agglomération des malades ; le choléra lui-même est bien moins influencé par ces agglomérations que la fièvre jaune, la dysenterie et surtout que les typhus.

Kous n'avons à décrire, en cet article, aucun des systèmes employés ou pro- |)Osés pour l'aération des hôpitaux ; nous ferons cependant remarquer que la plupart des appareils généraux de ventilation offrent, malgré leur perfection, l'inconvénient de déterminer, dans les salles qu'ils traversent, un courant plus ou moins direct entre la bouche d'entrée et la bouche de sortie, sans agir sur toute l'atmosphère de la salle, spécialement sur l'air retenu stagnant dans les angles de la pièce ou dans les objets de literie du malade. Ramon de Luna a proposé un système qui, au lieu de s'appliquer à la collectivité des malades, pourrait ne s'adresser qu'à ceux dont l'affection est de nature à produire des miasmes dangereux ; il appelle ventilateur cliniqtie cet appareil qui, par aspiration, soustrait l'atmosphère propre du malade, et spécialement l'air retenu dans le matelas. Il en est des maladies infectieuses devenues contagieuses, comme des maladies virulentes dont les germes s'accumulent si près des malades (Chauveau); le typhus, la fièvre puerpérale se transmettent généralement de lit en ht, preuve nouvelle de la nécessité d'une aération locale de celui qui en est atteint.

De tous les moyens physiques de combattre les miasmes, le plus radical, puisqu'il les détruit, c'est la chaleur ; toutes les poussières atmosphériques d'origine

Ji8 MIASMES.

organique disparaissent par la combustion, comme le démontrait encore récemment Tytidall ; qu'on applique donc la combustion, dans les limites du possible, à tous les récipients de ?nws/nes; nous disons ailleurs (art. Quarantaines) les bons résultats du flambage des parois intérieures des navires substitué à des procédés bien plus coiiteux, bien moins efficaces; j'ai moi-même proposé d'installer à l'avenir les varioleux de nos grandes villes sous des baraques qui, après un certain temps d'exercice, seraient détruites par le feii, afin de supprimer ainsi des masses de germes morbides qui s'accumulent dans nos hôpitaux permanents ; le simple flambage au gaz ne pourrait-il être appliqué à l'intérieur des baraques de blessés afin de détruire des foyers d'érysipèle, de pourriture d'hôpital ?

Quant aux objets infectés par les malades, literie, linge à pansement, la cli;ileur encore est le meilleur désinfectant ; il en est de même des instruments de chirurgie ; il faut, dit Tyndall, les chauffer à une température aussi élevée que le permet leur trempe.

2" Moyens chimiques. L'étude des agents chimiques à opposer au développement et à l'action des miasmes, est une des questions les plus intéressantes de la prophylaxie et de la thérapeutique.

Cette question gagne surtout à être analysée scientifiquement, et décomposée, pour ainsi dire, suivant qu'il s'agira de combattre l'une ou l'autre des trois prinpales variétés de miasmes que nous avons étudiées, putride, nosocomial ou tellurique ; grâce à cette distinction, on comprendra qu'il y a mieux à faire qu'à se contenter de recommander l'emploi, toujours et partout, des désinfectants, ou, si l'on admet la théorie des ferments, des antizymotiques .

Pour le miasme fébrilère, dont la cause la plus commune à la surface du globe est certainement l'état inculte de régions immenses dans la zone des climats chauds et au sud des climats tempérés, il faut se rappeler avant tout que ce miasme exprime la richesse et la puissance de production de la terre ; les modilications chimiques à imposer au sol doivent donc être puisées surtout dans l'ordre des agents susceptibles de l'amender sans en diminuer la valeur, et l'on demandera le remède aux savants qui, à l'exemple de Boussingault, Barrai, ont étudié ces rapports intimes du sol et de la végétation. Nous ne pouvons donner ici tous les détails de cette question que nous avons longuement traitée en faisant l'histoire de la prophylaxie de la malaria {Traité des fièvres intermittentes, p. 460 à 533) ; il n'est pas aujourd'hui de médecin, ayant pratiqué dans les pays fiévreux, qui ne demande cette transformation du sol inculte et toxique en champs fertiles et salubres ; à ceux dont la conviction n'est pas encore absolue, nous recommanderons spécialement le livre de M. Duboué {De V impaludisme), qui, depuis plusieurs années, s'est fait, pour une vaste région de la France, l'avocat de cette belle cause et en a démontré l'intérêt.

L'assainissement de la campagne romaine elle-même devient une tâche relativement facile pour le gouvernement italien, qui peut y consacrer tant de bras et obtenir au besoin de son armée tout ce que l'Algérie a obtenu des travaux de nos soldats.

Pour les miasmes putrides, la série des agents désinfectants {voy. article Désinfectants) , fournit les moyens les plus nombreux et les plus variés de les détruire ; mais, ici encore, le moyen le plus avantageux et le plus efficace consiste à demander au sol la transformation utile des matières dont ils proviennent et à les faire concourir aux besoins de l'agriculture et à la richesse du pays.

11 n'en est point ainsi du miasme nosocomial ; ici, rien n'est à utiliser, tout est à détruire ; je ne passerai pas mw plus en revue la série des désinfectants de

nos salles d'hôpital qui ont été récemment l'objet des études intéressantes de Chalvet et de Réveil ; je rappellerai seulement que d'après un hygiéniste fort distingué, Ramon de Luna, l'acide hypoazotique, bien moins dangereux pour l'homme que le chlore et l'acide nitrique fumant, serait le type des agents chimiques susceptibles de détruire le miasme atmosphérique ; Ramon de Luna s'est assuré au moyen du septomètre de Smith (au permanganate de potasse) qu'en un moment donné, l'acide hypoazotique était, de tous les gaz pouvant être employés en ce but, celui qui réduisait le plus la quantité de matières organiques contenues dans l'atmosphère.

3° Moyens thérapeutiques. Comme agents thérapeutiques, l'indication la plus rationnelle étant toujours la destruction de la cause morbide, on comprendra que l'on ait cherché à atteindre dans l'organisme le miasme morbitîque au moyen des substances dont on connaît, par expérience, la puissance antimiasmatique.

Il était naturel d'opposer aux affections causées par les émanations putrides ou par le miasme de l'encombrement, les substances qui ont la propriété d'entraver la décomposition des matières animales, d'en faire la base d'une médication antiputride, que l'on ait recours, en ce but, aux acides, à la créosote, au perchlorure de fer, à l'acide phénique, etc. Mais la thérapeutique, dont nous ne pouvons ici indiquer que les tendances, subit actuellement surtout l'influence de la doctrine des fermentations, dont la réalité lui donnerait un nouveau caractère de puissance et de précision.

Si, par exemple, l'analyse des faits répondait aux espérances que l'on a pu concevoir, dans ces dernières années surtout, de déteraiiner d'une manière précise la cause essentielle des fièvres telluriques, s'il était prouvé : 1° d'une part, que la malaria fût la conséquence d'un principe visible et palpable, analogiiu à un ferment, et saisissable dans le sol lui-même; 2° d'autre part, que les divers accidents de l'intoxication, produite par ce sol, fussent le résultat du passage dans le' sang de ce même principe, on arriverait à réaliser une des plus belles conceptions thérapeutiques en combattant, par une méthode unique, le germe fébrifère à son origine dans le sol et à son passage à travers l'organisme; ou confondrait, en un mot, dans une seule et même médication, les indications du traitement et de la prophylaxie.

Dans un travail récent, l'illustre secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, M. Dumas, a démontré combien il était intéressant de rechercher l'action physiologique des corps, non-seulement sur les organismes supérieurs, mais encore sur les êtres microscopiques et en général sur les substances organisées et amorphes, auxquelles est dévolue l'œuvre complexe des ferm.entations. On voit de quel profit serait à la thérapeutique rationnelle l'étude des composés qui agissent sur la vie des ferments, sans compromettre celle des organismes élevés ; c'est dans cette voie évidemment que se trouve la base de toute médication antizymotique. Le borax, qui entrave la plupart des fermentations et qui, d'autre part, est employé avec succès contre une affection parasitaire comparées une fermentation, le muguet, représente, par son innocuité sur l'organisme, le type des substances qu'on utiliserait à ce titre ; l'étude analogue des silicates (Rabuteau et F. Papillon) semble présager que le nombre de ces substances s'accroîtra chaque jour.

Nous attendons avec d'autant plus de confiance les résultats de ces recherches qu'elles seront dirigées et contrôlées par leur savant initiateur, M. Dumas. IVous n'aurons donc pas à craindre ici de généralisation trop hâtive ; dans ce même travail, M, Dumas a rappelé que la théorie vitale des fermentations n'excluait nulle-

ment les influences analogues d'ordre purement physico-chimique ; il faut nous rappeler au même titre que l'action toxique de telle substance sur un organisme inférieur, sa puissance antizymotique, en un mot, est loin d'être en corrélation absolue avec sa puissance médicamenteuse sur les organismes supérieurs ; n'oublions pas que ce n'est encore que par analogie que l'organisme malade a été comparé à un milieu lermentescible. « Plus on comprend l'importance de l'expérience et de l'induction, a dit un de nos savants collaborateurs à ce Dictionnaire (L. Boyer, Histoire de la médecine, p. 165), plus on doit se montrer rigoureux vis-à-vis d'elles, afin de ne pas être trompés. »

Ce qui nous porte à admettre d'aussi sages réserves, c'est que le sulfate de quinine, par exemple, qui, par l'évidence de son action thérapeutique contrôles fièvres palustres, par son influence toxique si évidente sur les organismes inférieurs, par ses propriétés antiputrides et antifermentescibles, pourrait être considéré comme type des médicaments anlimiasmatiques, ne nous semble cependant posséder à l'égard du miasme palustre qu'une puissance d'action fort problématique; d'une part, en effet, il ne détruit pas ce miasme absorbé par l'organisme, comme le prouve la fréquence des récidives chez les individus qui en ont pris d'énormes doses, après avoir été soustraits, par leur changement de résidence, à de nouvelles conditions d'infection lellurique ; d'autre part, l'analyse de faits nombreux nous a permis d'établir qu'administré préventivement aux personnes exposées à la malaria, ce précieux antipériodique n'a pas rendu, dans grand nombre de cas, plus de services que beaucoup d'autres substances, les sulfites en particulier, dont la valeur thérapeutique ne peut cependant être comparée à la sienne (Léon Colin, Études sur les sels de quinine, in Bulletin général de thérapeutique, 15 et 50 juillet 1872).

Aux médications qui ont pour but.de neutraliser le miasme en le détruisant jusque dans l'organisme, doivent s'ajouter les moyens de le soustraire, de l'éliminer. Les lotions, dans le typhus, ont non-seulement pour résultat l'abaissement de la température fébrile, mais encore la suppression d'une certaine quantité de sécrétions morbides qui augmentent à chaque instant l'intoxication du malade.

C'est dans un but analogue que beaucoup d'auteurs conseillent, comme indispensable, l'usage de la flanelle aux individus atteints d'intoxication palustre ; l'activité de la peau concourt à l'élimination du poison. Les crises intestinales ont semblé favorables, au même titre, dans le cours de l'infection purulente (Yerneuil), de la fièvre puerpérale (Hervieux). Mais il est des maladies infectieuses dans le traitement desquelles il serait dangereux de recourir, par analogie, aux évacuations intestinales ; tel est le choléra,, dont on aggraverait la lésion et le principal symptôme par une telle méthode.

A côté des miasmes à soustraire et à détruire, restera toujours, pour le médecin, l'organisme malade avec ses troubles, ses altérations, et les indications variées qui en résultent. Ces indications qui, de toutes, sont les plus importantes, puisqu'elles relèvent de l'expérimentation par excellence, la clinique, ne peuvent être étudiées que dans les articles spéciaux consacrés à chaque maladie d'origine miasmatique. Léon Colin.

Bibliographie.— Tardied. Voiries et cimetières. Paris, ISo'â. — Lorain (P.). De l'état puerpéral chez le fœtus et l'enfant nouveau-né. Paris, 1855. — Guéraed (A.), Dubois (P.). Depaui, Beau, Trousseau, Cruveilbier, Daxïau, Velpeau. Discussion sur la fièvre puerpérale. In Bull, de VAcad. de méd., 1858. — Ramon de Luna. Études chimiques sur Vair atmosphérique de Madrid. In Ann. d'hyg., 2° série, t. XV; 1861. — Laeeey (H.). Notice sur l'hygiène des hôpitaux militaires. Paris, 1862. — Levï (M.). De la salubrité des hôpitaux. Paris, 1862. —

MICHAELIS (les). 551

Barker (Henry). On malaria and miasmata. London, 1863. — Cralvet, des Désinfectants. In Mém. de l'Acad. de viéd., t. XXVI, 1865. — 0. Réveil. Des désinfectants. In Arch. gén. de niéd.,i. I, 1863. — Faget. Mémoires et lettres sur la fièvre jaune. Nouvelle-Orléans, 1864.

— CozE ET Feltz. Recherches expérimentales sur la présence des infusoires dans les maladies infectieuses. Strasbourg, 1866. — Lemaire. De la constitution du miasme humain. In Comptes rendus de l'Acad. des sciences, 1867. — Doboué (de Pau). De l'Impaludisme. Paris. 1867. — CHACFF.4.RD (E.]. De la spontanéité et de la spécificité dans lesmaladies. Paris, 1867.

— Le Roy de Méricodrt. Rapport .itir les progrès de l'hygiène navale, 1867. — De sième. Expédition anglaise en Abxjssinie. In Gazette hebdomad., 1868. — Herviecx. De l'empoisonnement puerpéral. Paris, 1869. — Colin (Léon). Traité des fièvres intermittente.^. Paxïi, 1870. — Yallin (E.). Art. Marais. In Dict. encyclopédique des sciences médic, t. IV, 2' série.

— BorRDo\. Des maternités, Rapport lu à la société médicale des hôpitaux de Paris. 1870.

— Chadveau. Théorie de la contagion médiate ou miasmatique, 1871. — Tholozan. Note sur le développement de la peste à bubons. In Gaz. hebd., 1871. — Tyndall. Poussières et maladies. In Revue des cours scientifiques, 1870-71. — Tholozak. Durée du choléra asiatique, etc. In Gaz. hebd., 1872. — Ddmas. Recherches sur la fermentation alcoolique. Paris, 1872. — Dd même. Sur les fermentations appartenant au groupe de la dicustase. Paris, 1872.

— CouLiER. Des femients. In Gaz. heb., 1872. — Do même. Ventilation économique et chauffage, 1872. — Colin (Léon). De l'ingestion des eaux marécageuses comme cause de la dysenterie et des fièvres intermittentes. In Ann. d'hyg., 2= série, t. XXXVIII, 1872. — Du même. Influence de la date de l'intoxication palustre sur le type des manifestations morbides. In Gaz. hebd.. 1872. — Chaufeaiu) (E). De la fièvre traumatique et de l'infection purulente. Paris, 1873. — Nous renvoyons en outre le lecteur aux principaux livres d'hygiène, et d'épidémiologie, et aux bulletins de l'académie de médecine correspondant aux discussions sur la peste, la fièvre puerpérale, la fièvre jaune, et l'infection purulente. Consulter aussi la bibliographie des articles : Atmosphère, Choléra, Dysenterie, Erysipèle, Feementatiom, Fièvre jaune, Fièvre typhoïde. Géographie btédicale, Infection, Infection porolehie, Marais, Peste, Poueritdre d'hôpital, Ventilation. L. C.

mCADE^IA. Nom donné par Robert Brown à une plante de la famille des

Sapotées, que Denham et Glapperton disent produire le beurre du Soudan. On ne

connaît encore rien de certain sur ce végétal.

Robert Brown. Notes du voyage du Soudan de enhau et Glapperton. — Mérat et De Lens Dict. Mat. Medic, IV, 416. Pl.

MICAS. Les micas appartenant à la minéralogie plutôt qu'à la chimie, nous nous bornerons à dire que, caractérisés par la grande facilité du clivage, qui permet de les diviser en feuilles très-minces, en paillettes, ils sont formés essentiellement de silicates d'alumine, de potasse, de fer et de magnésie. On employait autrefois les lamelles du mica comme porte-objets des préparations microscopiques sèches. D.

MICHAELIS (Les). On connaît quatre médecins de ce nom, mais qui ne semblent pas être de la même famille :

michaelis (Jean), eut pour père Jean Michaelis, sénateur de la ville de Soest,

dans la Westphalie, et naquit en 1606. Il devint maître en philosophie à Leipzick

(1650), docteur en médecine (1651), professeur extraordinaire de médecine ;

professeur de philosophie (1653) ; professeur de pathologie et de thérapeutique

(1657); médecm du prince de Saxe, Frédéric-Guillaume (1641); archiàtre de

l'électeur de Saxe, Jean-Georges II (1662). 11 mourut en 1667, âgé de 61 ans,

laissant la réputation d'un savant chimiste et d'un habile praticien. Outre qu'il

a édité l'ouvrage de Henry abHeer, intitulé : spadacrene, hoc est,fonsspadanus,

ainsi que celui de Jean Hartmann {Praxis chymiatrica) , celui enfin de l'Espagnol

Caravantes [Practica medica), il a laissé une \ingtaine de dissertations réunies

sous ce titre :

I. Opéra medica omnia medico'chemica conjuncta. Norinbergœ, 1688, in-4'' et II. Regulce circa modum, Pharmacopola visitandi, observandœ, 1680, in-12.

Page 1