MICHEL LÉVY
(le bonne heure dans le service de santé de l'armée ; en 1851, il était aide-majov dans un régiment de ligne, et il se fit recevoir docteur à Montpellier en 1854. Deux ans après, la place de professeur d'hygiène, au Val-de-Grâce, étant devenue vacante, il s'y présenta, et, ta la suite d'un concours où il fit preuve des plus solides connaissances, il fut nommé par le suffrage unanime de ses juges. C'est pendant les huit années qu'il passa dans cette position, qu'il rassembla les nombreux éléments qui devaient lui servir à la rédaction du Traité d'hygiène, Y œ\i\ve capitale de sa vie scientifique, et qui n'a pas obtenu moins de cinq éditions. En 1845, Michel Lévy fut appelé à Metz comme premier professeur de pathologie et médecin en chef de l'hôpital d'instruction, puis au bout de deux ans il revint au Val-de-Gràce avec la même situation ; enfin, en 1856, il fut promu au grade de directeur de cette grande école. Malgré sa vigoureuse constitution, Michel Léw avait contracté, dans les fatigues de sa vie de chirurgien militaire, une affection organique profonde, accompagnée d'albuminurie, qui, après plusieurs années de souffrances, l'entraîna au tombeau le 13 mars 1872.
Sans parler des nombreuses et importantes missions, dont il avait été chargé, et en tête desquelles se place celle qu'il accomplit en Orient pendant la guerre de Crimée, Michel Lév^ était parvenu aux positions les plus élevées du service de santé de l'armée et de la médecine : inspecteur général, grand officier de la légion d'honneur, membre de l'Académie de médecine , membre du comité d'hygiène publique de France, et du conseil d'hygiène publique et de salubrité du département de la Seine, etc.
Ses travaux, plus importants encore que nombreux, sont relatifs à la médecine et à l'hygiène. Comme praticien, il s'est montré observateur soigneux et exact. On lui doit d'intéressantes recherches sur cette grave et singulière maladie, désignée généralement sous le nom de méningite cérébro-spinale ; sur une épidémie do rougeole qui avait régné dans la garnison de Metz en 1847; sur une forme particulière d'étranglement interne par un nœud formé par une anse intestinale, etc.; mais c'est particulièrement en hygiène qu'il a développé ses hautes et brillantes facultés. La plus remarquable occasion qu'il ait eue d'appliquer ses vues sur la salubrité, remonte à l'époque de sa mission en Orient. Déjà, en 1849, pendant l'épidémie cholérique, il avait traité avec beaucoup d'avantage ses malades dans un pavillon isolé, où il maintenait un aération continue ; c'est ce système qu'il appliqua en grand et avec un succès complet chez les malades et les blessés de l'armée d'Orient, qu'il fit installer sous des tentes largement aérées. Michel Lévy est revenu aux mêmes idées, qui lui avaient donné de si beaux résultats, dans les tristes et douloureuses circonstances, que nous venons de traverser ; et les baraques qu'il fit élever alors au Luxembourg et au Jardin des plantes, sont pour lui l'expression du véritable système hospitalier. « Je voudrais, écrivait-il peu de temps avant sa mort, en finir avec le méphitisme séculaire des hôpitaux-monuments ; je voudrais que nos baraques pussent devenir les hôpitaux de l'avenir, avec une durée de dix ans, et, au terme de cette période, détruites et remplacées sur d'autres terrains par des constructions nouvelles, avec les corrections que l'expérience aurait suggérées. «
Ces idées ont été généralement acceptées aujourd'hui, surtout depuis que le 5 événements de la guerre de la sécession, en Amérique, en ont confirmé l'utilité pratique.
On a de lui :
I. Considérations pratiques sur Vempijème. Thèse de Montpellier, 1834, n" 34. — II. Traité
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d'hygiène publique et privée. Paris, 1843-45, in-8», 2 vol., 5' cdit.; Paris, 1869, ir-8°, 2vol.
— III. Note sur une nouvelle forme d'étranglement dite par un nœud intestinal. Paris, 1845, in-8°. — IV. Note sur la rougeole qui a régné dans la garnison de Metz pendant l'année 1846. In Rec. de Mém. de méd. milit., 2« sér., t. II, p. 151 ; 1847. — V. Note sur un cas de tympanite péritonéale. Paris, 1848, in-S». — "VI. Histoire de la méningite cérébrospinale, observée au Val-de-Grâce en 1848 et 1849. In Gaz. méd., 1849, et Paris, 1849, in-8°.
— VII. Rapport sur le traitement de la gale. In Rec. de tném. de méd. milit., 2° sér., t. IX, p. 327 ; 1852. — VIII. Rapp. sur les épidémies de 1850. In Mém. de l'Acad. de méd., t. XVIi, p. 57; 1855. — IX. Rapport sur les vins plâtrés. In Rec. de Mém. de méd milit., 2"^ série, t. XIII, p. 160; 1854. — X. Recherches sur l'immersion prolongée dans l'eau de mer. hi Ann. d'hyg., 2» série, t. XV, p. 251 ; 1861. — XI. Discours dans la discussion sur l'hygiène des hôpitaux. In Bull, de l'Acad. de méd., t. XXVII ; 1862. — XII. Rapp. sur les progrès de l'hygiène militaire. In Rajjp. sur l'exposit. de 1867. Paris, 1867, in-4°. — XIII. Note sur les hôpitaux-baraques du Luxembourg et du Jardin des plantes. In Ann. d'hyg., 2= série, t. XXXV, p. 117 ; 1871. — XIV. Eloges de Broussais. In Rec. de Mém. de méd. milit., 1" série, t. XLIX; 1859), deLARREï; articles de critique, etc. In Gaz. méd. de Paris.
E. Bgd.
miCHELIA (L., Gen., n. 691). Èenre de plantes de la famille des Magnoliacées, dont les caractères sont à peu près ceux des véritables Magnolia, et qui n'en diffèrent essentiellement qu'en ce que leur réceptacle présente, entre l'insertion de leurs étamines et celles de leurs carpelles, une portion cylindrique nue, de longueur variable. Ce caractère nous a paru tout à fait insuffisant pour distinguer génériquement les Michelia dont nous avons fait une simple section du genre Magnolia (Voy. Adansonia, VIJ, 66). Une espèce de cette section est assez fréquemment cultivée dans nos jardins botaniques ; c'est le Magnolia Figo DC. La plus célèbre des espèces utiles est le Champac ou Tschampac de l'Inde et de la Chine, plante renommée comme aromatique et stimulante. C'est le Michelia Champaca L., qu'on cultive pour le parfum de ses fleurs, dont on tire des on. giients, des essences, etc. A Java, d'après Thunberg [Voyag., II, 370), on mêle l'infusion du Champac di^ec du suc de Jamroses, et on emploie le mélange contre les stomatites, les ulcérations de la bouche, du pharynx, etc. Pour les Hindous, c'est un arbre sacré dont on pare les temples, les chambres nuptiales. L'essence qu'on extrait des fleurs, aussi estimée, dit-on, que l'essence de roses, agit sur le cerveau et peut causer des vertiges. Le bois sert pour les constructions, et l'écorce est amère, tonique, aromatique, diurétique, diaphorétique, fébrifuge. La résine exsudée des bourgeons est vantée comme antigonorrhéique. Les feuilles donnent une poudre antiartbritique, dont on prépare des décoctions pour lotions, gargarismes astringents, bains antirhuraatismaux. Les fruits sont usités contre les affections abdominales. Les graines sont acres, amères, fébrifuges ; les racines, stimulantes, emménagogues. On voit donc quel rôle considérable cette espèce joue dans la thérapeutique des pays chauds. Parmi les autres espèces de Michelia, qui ont la même réputation, mais qui sont moins fréquemment employées, il faut citer les M. excelsa^kth., montana Bl., Zisopa Dîjch., longifoUa Bl., etc. Le M. montana ou Gelatrang des Javanais a une écorce comparée à celle de la Cascarille pour ses propriétés. Les autres ont été vantés comme astringents, fébrifuges, etc. H. Bn.
L., Gen. pi., n. 691. — G^rtn., De fruct., II, 265, t. 137. — Jnss., Gen. pi., 280. — Rheede, Hort. malabar., I, 1. 19. — Lour., FI. cochinch., 547. — Blcme. FI. Jav., Magnoliac, 6, t. 1-5. — Lamk. Illustr., t. 495. — DC, Syst. veg., I, 447; Prodr., I, 79. — Baillom (H.). Histoire des plantes, ï, 140, 179, fig. 173, 174. .
raiCHELOTTl (Pietro-Antonio). Né à Trente, dans la seconde moitié du dix-septième siècle, mort à Venise le 1" janvier 1740. Michelotti pratiqua la
MICOCOULIER. b55
médecine à Venise, et acquit une grnnde réputation, soutenue, d'ailleurs, par
une très-vaste science. 11 fit une application soutenue des mathémati jues à la
médecine, déclarant qu'on en pouvait tirer un grand parti, mais qu'il fallait savoir
n'en point abuser. Il était membre de la Société royale de Londres, de l'Académie
des sciences de Berlin, de l'Institut de Bologne, et du Collège des médecins de
Venise. Il a publié :
I. Congielture sopra la natitra, confagione e remedii délie infirmita regnanti ncgli anirnali bovini, etc., nelVautonno del anno ï]\\. Venise, 1112, in-8°. — II. De separationc fluidorumin corpore animali, diss. physico-mechanico-medica. Ibid., 1721, in-4°. — III. Epistola ad illustrem celebernmum virum B. Fontenellium, in qua an aer pulmones influens cogatne an solvat sanguinem eorinn canules permeantem, inquiritur. Paris, 1724, 1726, in-4°. — IV. Rari ac prope inauditi ex utero morbi historia, una cum necessariis medicis animadversionibus. Venise, 1726, in-4°. — V. Apologia in qua BernouiUium motricis fibrœ inmusculoritmmotu inflatce curvaturain supputasse defenditur. Ibid. 1727, in-4°.
H. Mr.
iniciio:^ (Louis-Marie). Né à Montcenis (Saône-et-Loire) en 1803, 'mort à Paris le 6 mai 1866. Micbon fut reçu docteur en 1852, et nommé agrégé, après un brillant concours, l'année suivante. Il concourut plusieurs lois pour le professorat, et, malgré un talent incontestable et une grande science, il ne put jamais conquérir le titre tant recbercbé de professeur. H fit pendant plusieurs amiées un cours libre d'anatomie et de médecine opératoire, qui attira un grand nombre d'auditeurs. Il était chirurgien des hôpitaux, et membre de l'Académie de Médecine. Micbon était un praticien habile' et un opérateur remarquable, très-attentif et très-bon pour ses malades; il a emporté, en mourant, les regrets unanimes de ses confrères et de tous ceux qui avaient pu le connaître et apprécier sa rare bonté. Il a peu écrit, et seulement quelques opuscules et des thèses,
dont voici les titres :
I. Texture et développement de l'encéphale et de la moelle épinière. Paris, 1836, in-8°. — II. des opérations que nécessitent les fistules vaginales. Ibid., 1841, in-8°. — III. Bu cancer cutané. Ibid., 1848, in-8° avec 2. pi. — IV. Des tumeurs synoviales de la partie inférieure de V avant-bras, de la face palmaire, du poignet et de la main, Ibid., 1851, ili-8°, avec 2 pi. H. Mr.
MIC-M.4CS ou MICKMACKS. Une des nations septentrionales de la race algonquine [voy. Amérique, p. 618).
MICOCOULIER. Celtis L. Genre de plantes Dicotylédones, type de la famille des Celtidées. Établi pour Tournefort, adopté par Linné et par les botanistes qui l'ont suivi, ce genre répond aux caractères suivants :
Plantes ligneuses, à fleurs hermaphrodites ou polygames par avortement des étamines ou du pistil. Ces fleurs ont un calice à cinq folioles égales, concaves; pas de trace de corolle. Les étamines sont au nombre de cinq, opposées aux pièces du calice, incurvées avant l'épanouissement de la fleur et se détendant avec élasticité pour lancer leur pollen. L'ovaire est uniloculaire et contient un ovule unique, pariétal, suspendu vers le sommet de la loge : il est surmonté d'un style comt et de deux stigmates allongés, étalés, pubescents et glanduleux. Le fruit est un petit drupe qui renferme un noyau à une seule graine dans laquelle l'embryon courbé sur lui-même entoure un albumen placé au centre et presque gélatineux.
L'espèce qui nous intéresse le plus dans les Micoconliers , est le Celtis australis L. ou Micocoulier de Provence^ qui croît spontanément dans le Midi de la
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France et forme un très-bel arbre garni de feuilles alternes, longues, ovales, lancéolées, acuniinées, dentées, à nervures très-saillantes en dessous. Les fruits sont petits, peu charnus, mais ont une saveur douce assez agréable. Le bois est dur et en même temps flexible, et, dans certains points du Midi ed la France, on cultive la plante pour utiliser ce bois et en fabriquer des fourches, des manches de fouet et des objets de charronnage. Les feuilles sont réputées asf.ringentes.
Une autre espèce est le Celtis Toitmefortii Lam., rapporté par Tournefort de son voyage au Levant. Son bois est fort blanc; ses fruits jaunâtres ont une saveur douce, mais styptique.
Le Celtis occidentalisL. ou Micocoulier de Virginie, à feuilles larges, ovales acuminées, a des fruits gros, charnus, d'un pourpre foncé, qui peuvent être employas comme astrigents dans les flux de ventre.
Enfin le Celtis micrantha Swartz a une écorce résistante qui sert à faire des cordes.
ToDRNEFORT. Institutioncs, p. 612, t. 'igô. — Liské. Speciex, 1478. — Lamarck. Dkt . Encycl., lY, 136. — De Candolle. Flore Française, III, p. 515. — Endlicher. Gênera Plantarum, p. STG. — Grenier et Godron. Flore de France, 111, p. 104. Pt.
Micoiv (Francisco). Né à Vich (en Catalogne), le 28 mai 1528; il fit ses études médicales à l'Université de Salamanque, sous le célèbre professeur Alderete, et devint un des médecins les plus distingués de l'Espagne au seizième siècle. 11 se livra avec ardeur à la Botanique et parcourut plusieurs provinces de la péninsule pour en étudier la flore. On ne connaît pas l'époque précise de sa mort.
Micon a écrit un traité sur l'usage de boire froid, dans lequel il se montre bon observateur. Cet ouvrage, dit Morejon, est encore digne d'être lu, norx-seulement à cause de la vaste érudition que déploie l'auteur, mais surtout à cause des saines et solides idées pratiques qu'il renferme. Micon ne se montre pas admirateur enthousiaste'de l'emploi de l'eau de neige, il en fait connaître les indications et les contre-indications, indique les cas où l'usage de l'eau tiède ou chaude est convenable, etc. Voici le titre de ce livre :
Alivio de sedientos, en el cual se trala la necesidad que tenemos de beber frio y refrescado cou nive, y las condiciones que para esto son minister, y cuales cuerpos lopueden libremente soportar. Barcelona. 1576, in-8° et Ibid., 1792, in-8°. E. Bgd.
IWICOXTA Ruiz et Pav. Genre de plantes Dicotylédones, appartenant à la famille des Mélastomacées. Les nombreuses espèces qui composent ce groupe sont des arbres ou des arbrisseaux polymorphes, à feuilles opposées. Les tleurs sont groupées en panicules ou encorymbes terminaux, plus rarement axillaires. Elles sont formées d'un calice à tube urcéolé, campanule ou globuleux, adhérent le plus souvent à l'ovaire, à lobes courts ; de 4 à 8 pétales; de 4,8 ou 16 étamines, plus rarement d'un nombre indéfini de ces organes; ces étamines sont égales, à anthères d'apparence assez diverses, courtes ou allongées, linéaires, oblongues, ou cunéiformes, généralement incurvées. Les loges de l'anthère s'ouvrent tantôt par un pore, tantôt par des fentes ; elles sont placées sur un connectif dilaté à la base, souvent muni de deux auricule§ ou de deux tubercules. L'ovaire, le plus souvent adhérent, est parfois à moitié libre, 2-5 loculaire, surmonté d'un style grêle et d'un stigmate punctiforme, tronqué ou capité. Le fruit est une baie sèche ou coriace, renfermant, dans chacune de ses 2-5 loges, 2 ou plusieurs graines.
MICHOCOSME. f)57
Le genre Miconia ne contient pas moins de 360 espèces, parmi lesquelles quelques-unes seulement mentent d'être citées comme intéressant la médecine.
Le Miconia alata DC. {Melastoma alata Aublet), qui vient dans lesGuyanes et aussi dans les forêts du Brésil, près de Rio-Negro, est employé pour déterger les vieux ulcères. C'est la décoction qu'on emploie dans ce but. Le Miconia lœviqata DC. [Melastoma lœvigata L.j, plante très-répandue dans l'Amérique tropicale, depuis le Mexique et les Antilles jusqu'au Venezuela et dans lesGuyanes, donne des feuilles qu'on applique, après les avoir écrasées, sur les piqûres d'épines. Le Miconia Fothergilla ^and. {Melastoma Tamonea Sw.; Fothergilla mirabilis knh\.) est employé au même usage. Le suc des feuilles est mis sur les piqûres comme émoUient et adoucissant.
Le Miconia milleflora Naud. , plante très-abondante dans l'Amérique tropicale, depuis les Antilles jusqu'à la Nouvelle-Grenade et le Venezuela, esth Melastoma theœzans Bonp., que Bonpland a préconisé comme donnant une infusion théilorme excellente, préférable, dit-il même, au thé ordinaire. C'est un arbuste aromatique, à feuilles ovales, acuminées, subdentées, à 5 nervures longitudinales. Les lleur^ sont petites, blanches, odorantes. Ou pourrait le cultiver en pleine terre, dans le midi de la France.
Quelques espèces donnent une couleur noire. Tels sont le Miconia prasina DC. {Melastoma parviflora Aubl.) de la Guyane, dont toutes les parties sont employées dans ce but; et le Miconia longifolia DC. {Melastoma longifolia kuhl.), des mêmes régions, dont on n'utilise que le suc des baies ; enfin le Miconia holosericea Triana {Melastoma holosericea L.), de la Guyane, du Brésil, près du Rio-Negro, et de la Trinité, a les feuilles couvertes d'un duvet dont on fait une sorte d'amadou {Amadou de Panama), qui sert comme, hémostatique.
Ruiz et Pavo.n". Prodrotnus, 60. — De Candolle. Prociromus, III, 175. — Adblet. Plantes de la Guyane, I, 410. ~ Humboldt et Boxpla>;d. Monographie des Mélastomées. p. 17. — End- LicuEK. Gênera Plantarum, n» 6250, tab. 9. — Bemham et Hooker. Gênera Plant., 763. — Triana. Les Mélastomacées, 1871, p. 100. Pl.
miCROCÉPilALiE (de p-iy-soç, petit, et xsçpaVÂ, tête). On donne ce nom au développement imparfait du crâne et du cerveau [voy. Macrocéphalie et Crane.
miCROCOSME et MACROCOS^IE. De //wpo'ç, petit; fzax.po';, grand, et xoo-pos, monde. Ce sont deux termes corrélatifs particulièrement employés par les philosophes mystiques et hermétiques. Plusieurs écrivains de l'antiquité, entre autres Platon, Pythagore et l'école stoïcienne tout entière, considéraient le monde comme un être animé, assez semblable à l'homme, et composé, ainsi que lui, d'un corps et d'une âme. Cette opinion, développée et exagérée par le mysticisme est devenue la théorie du microcosme et du macrocosme, d'après laquelle l'homme est le miroir fidèle et le résumé de la création, c'est-à-dire un univers en petit, et l'univers un homme en grand. Les mêmes facultés et les mêmes principes qu'on aperçoit dans l'un on les attribua à l'autre, et cette assimilation une fois admise, on ne s'arrêta plus : on se laissa entraîner en même temps à deux excès opposés; on attribua à l'homme un pouvoir imaginaire et surnaturel sur les lois les plus fondamentales de l'univers, et l'on fit dépendre des phénomènes les plus éloignés de cet univers les actions et la destinée de l'homme. Il y aurait une corrélation parfaite entre l'homme et l'univers ; par exemple entre nos différents organes et les différents métaux ; entre les métaux et les principales constella-
lions ; entre la vie qui nous anime et la vie générale du monde. Ces idées se rattachent à un système plus général, panthéiste au fond, et mystique dans la forme, qui n'admet qu'une substance se révélant dans l'univers par une variété infinie, et se concentrant, ou plutôt se résumant dans l'homme {Dict. des se. ph. ; 1819, iii-S°).
Théophraste appelle l'homme, l'exemplaire de l'univers ; Phne, l'Abrégé du monde.
Minor mundus, écrit Champier {Vocabul. philosoph. Epitoma) dicitur lionio; in éjus similitudine unumquodque animal. Et dicitur minor mundus microcosnnis.
Major mundus dicitur universum et macrocosmus.
Selon Agrippa, l'échelle des nombres est dans le monde archétype, l'essence divine, de même qu'elle est l'intelligence suprême dans le monde intellectuel. Dans le monde céleste c'est le soleil ; c'est la pierre philosophale dans le monde élémentaire; le cœur dans l'homme qui représente un petit monde (microcosme), et Lucifer dans le monde infei-nal.
On a sous les titres de Mégacosme et de Microcosme deux importants traités de philosophie qui constituent un commentaire de la Genèse, et sont signés par un certain Bernard Sylvestris, que M. Haureau assure n'être autre que Bernard de Chartres, cité avec honneur par Jean de Salisbury, et qui était, vers 1148, chanceher de l'église de Chartres et évêque de Quimper. La doctrine de ce Bernard est une théologie panthéiste empruntée aux écoles d'Alexandrie, et qui consiste à admettre la communauté de substance entre la créature et le créateur. Si l'on veut connaître à fond cette théorie du microcosme et du macrocosme, il faut lire l'étonnant ouvrage de Robert Fludd, La philosophie de Moïse, publié en 1638, et dans lequel le mystique écossais développe des idées absolument semblables à celles avec lesquelles Mesmer, après plus d'un siècle et demi, devait faire tourner toutes les têtes.
Robert Fludd, dans l'origine des choses n'admet qu'un principe ou éléments primitifs, d'où dérivent tous les autres, qui n'en sont que des modifications, ou des métamorphoses. Cette idée, d'une certaine grandeur après tout, est développée dans toute son étendue. 11 considère l'âme comme un portion de ce principe, qu'il nomme universel ou catholique. Il y a une étoile ou un astre particulier pour chaque corps sublunaire ; ainsi celui de l'aimant est l'étoile polaire. Il y en a aussi pour l'homme. L'homme considéré comme le microcosme ou petit monde, est doué d'une vertu magnétique, que l'auteur nomme Magnetica virtus microcosmica. Cette vertu du petit monde est soumise aux mêmes lois que celles du grand. L'homme a ses pôles comme la terre et ses vents contraires ou favorables. Pour que son magnétisme ait lieu il faut que le corps soit dans une position con* venable. Après avoir mûrement réfléchi sur ce point, Fludd conclut que nous devons avoir la face tournée à l'orient, le dos à l'occident, et les bras tendus, l'un vers le midi, l'autre vers le nord. Alors nos deux principaux pôles, qui sont le pôle austral et le pôle septentrional , sont libres , et reçoivent ou envoient leurs influences. Ces pôles ressemblent, selon lui, à ceux de la terre. Le petit monde se divise encore en deux parties égales par une hgne perpendiculaire qui forme son équateur. Le foie, et spécialement la vésicule du fiel, est le point central des rayons du pôle sud ; la rate, celui des rayons du pôle nord. Indépendamment de ces pôles, Robert Fludd en soupçonne d'autres particuliers inconnus, des cercles et des étoiles affectés au petit monde. L'effet du pôle nord ou de la rate
eet d'attirer les sucs mélancoliques, grossiers et terrestres, et de produire des veiitosités, des vapeurs noires qui resserrent le cœur, causent des angoisses, la luélancolie, la tristesse, et quelquefois la mort. L'effet du pôle austral ou de la vésicule du fiel, est d'attirer les esprits, de produii-e la gaieté, la chaleur, la vivacité et la vie.
Si de ces hautes régions de la philosophie panthéiste et mystique nous descendons aux livres qui traitent de l'anatomie humaine, nous trouvons, dans presque tous les auteurs des seizième et dix-septième siècles, un chapitre spécialement consacré à l'étude comparée du microcosme et dumacrocosme. Tels de ces livres d'anatomie portent même ce titre de microcosme : Le microco&me de Jean Yau Home, ou description anatomique du corps humain, 1775, in-12; Pinax microcosmographicus, d" Etienne-Michel Spacher, 1634, in-fol. ; Abrégé de l'Économie du grand et du petit monde, par Adrian Golles, 1670, in-12, etc., etc.
Comme curieux échantillon de cette comparaison qu'on établissait entre l'homme et l'univers, nous ne pouvons mieux faire que d'emprunter la plume finement taillée d'André Du Laurens, premier médecin de Henri IV, qui, dans sou Histoire anatomique, a écrit ces lignes : « Le corps de l'homme embrasse et contient en lui toutes les choses qui sont com])rises sous la loi et l'empire de la nature ; car en icelluy on peut voir représentée comme dans un miroir ou comme dans un tableau raccourcy la vive image de ce Tout que nous voyous de nos yeux. Le corps de l'homme renferme tout ce que le monde contient en sa vaste et démesurée grandeur. Les mages et les anciens Egyptiens admettoient trois parties de l'univers : l'une, suprême, qu'ils appeloient intellectuelle et an^élique, siège des intelhgences ; l'autre, moyenne, dite céleste, au milieu de laquelle préside le soleil ; la troisième sublunaire ou élémentaire, c'est-à-dire la terre. Or le chef, qui est comme la citadelle de l'entendement humain, le siège de la raison, le domicile de la sagesse, de la mémoire, du jugement, l'arsenal des pensées, ne représente-t-il pas bravement la haute et angélique partie du monde? Vous aurez la moyenne partie fort exactement exprimée dans la poitrine et le ventre moyen ; car comme le soleil préside en cette région céleste par le mouvement, rayon, et lumière, duquel toutes choses sont illuminées, de même, au milieu de la poitrine est situé le cœur, que quelques anciens n'ont pas douté d'appeler le soleil, le cœur du monde, et le cœur le soleil de l'homme... Davantage, qui ne voit que la partie sublunaire du monde est représentée aa bas-ventre ? Car les parties qui servent à la nourriture et à la reproduction sont contenues en lui, de manière qu'on peut dne hardiment que toutes les choses qui sont contenues dans ce grand univers se trouvent dans le corps humain. Voulez-vous voir les étoiles errantes en ce microcosme? La moelle coulante du cerveau représente la force humide delà lune. Les parties génitales du corps humain servent à la puissance de Vénus ; les instruments de la faconde et de la grâce conviennent à Mercure le variable et ingénieux. Nous avons déjîi déclaré l'admirable rapport du cœur et du soleil. Le foie humain, qui est la fontaine et la source d'une gracieuse vapeur, est fort bien comparé à Jupiter bénin et bienfaisant. La vessie du fiel conçoit dans soy le feu et la fureur de Mars ; l'étoile de Saturne, froide et malfaisante, est fort bien représentée par la chair mollasse et Uétriede la râtelle, qui est le réceptacle de l'humeur mélancholique... Les éclairs épouvantables, et les foudres enflambés sont représentés par les rouges suffiisions des yeux échauffés de colère et les étincelles oui en sortent. Le rugissement des int^'stins, les brouillements et obmurmuratiqns, les vents bruyants qui
sortent par la bouche et par le bas, représentent mille sortes de tonnerre. La force du souffle et les tourbillons des tempestes sont représentés par les e'xhalations des crudités, par les siiflemcnls, cornements et tintoins des oreilles. L'humeur tombant comme un fleuve dans les espaces du gosier, du larynx, et du thora.v, ressemble à la pluie, le crachat ramassé et rond à la grêle, les larmes à la rosée, les mouvements concussifs, convulsifs, tremblottants et palpitants, aux tremblements de la terre. 11 se trouve aussi des mines dans notre corps, desquelles ou tire des minéraux et des pierres, non pour bastir mais pour détruire la maison : les pierres et calculs des reins et de la vessie ressemblent aux minéraux... L'homme donc est un petit monde, un grand miracle, et sa structure est plus admirable que le bâtiment de ce grand univers, car dans un grand tableau il est plus aisé d'y peindre beaucoup de choses, que de les comprendre toutes dans un petit et raccourcy. »
1. Champiek (Symph.). Y ocabulorum philosophie, epitoma (gothique). — II. .4gkippa (Corn.) Opéra omnia. Lyon, 1600, in-S". — III. Du Laukess (Andi'é). L'histoire anatomigue en laquelle toutes les parties du corps huntain sont amplement déclarées... De la traduction de François Size. Lyon, 1621, in-S», p. 5 et suiv. — IV. Kirceer-Fuld (A.lth.) Magnes sive de arte magnetica. Cologne, 1645. — V. Abrégé de l'œconomie du grand et petit monde, par Adrian Colles, lieutenant du premier chirurgien du roi, à Dieppe. Rouen, 16/0, in-12. — VI. Van Horn (J.). Le microcosme ou description anatomique du corps humain en abrégé. Paris, 4675, in-12. — VII. Boehm (Jacob). Theologia revelata. 1750, 6 vol.. in-8°. —
VIII. Dictionnaire mytito-hermétique, par Dom Antoine-Joseph Pemety. Paris, 1758, in-8°.—
IX. Dictionnaire des sciences p>hilosophiques . Art. Macrocosue. Paris, 1849, 6 vol., in-8°.—
X. Denis (Ferd.). Tableau historique, analytique et critique des sciences occultes. Paris, 1842. in-16. — XI. Recherches physiques et métaphysiques sur les influences célestes. Londres, 1T88, in-8*; planches et figures. — XII. Les articles Alchimie, Astrologie, Cabale, Uesher, de ce dictionnaire. A.
MICROGRAPHIE. Voy. MicROscoPE et Microscope.
lîilCROSiÉTBE. Voy. Microscope, Microscopie.
ItticROPlE. État anormal de la vision dans lequel les objets sont vus trop petits. 11 en a été question au mot Macropie.
MICROSCOPE. {|^ix.,ooî, petit ; (tx-ottéw, j'examine.) Dans son acception la plus générale, ce mot désigne les instruments d'optique, permettant d'examiner, à une distance rapprochée, de petits objets dont l'image est amplifiée au moyen d'une ou plusieurs lentilles, et facilitant l'observation de détails impossibles à étudier à l'œil nu. Il existe un grand nombre d'instruments répondant à ce but, ils sont désignés par divers qualitatifs, empruntés à la disposition de la lumière, ou à des particularités de construction en rapport avec un usage spécial. Tels sont les microscopes dioptriques, dans lesquels la lumière est réfractée, les microscopes katoptriques dans lesquels elle est réfléchie, les microscopes katadioptriques qui utilisent la lumière réfléchie et la lumière réfractée ; les microscopes simples sont formés d'une seule lentille ou d'un seul système de lentilles donnant une image droite de l'objet examiné ; les microscopes composés ou microscopes proprement dits, présentent une combinaison de lentilles qui donnent une image renversée. Enfin, on distingue des microscopes à dissection, des microscopes à polarisation, des microscopes chimiques, des spectro-microscopes, des microscopes universels, des microscopes binoculaires, trinoculaires qui répondent à des dispositions variables que nous examinerons.
Dans cet article nous avons à nous occuper brièvement de l'instrument en luiniènie, de son mode d'emploi et de ses applications les plus générales à l'étude de l'anatomie et à la médecine.
Historique. Avant d'exposer le mode de construction des microscopes actuellement en usage, il est indispensable de suivre rapidement la marche des progrès accomplis dans la partie dioptrique comme dans la partie mécanique d'un instrument qui a été l'origine de progrès dont l'importance est considérable en anatoraie, en physiologie et en pathologie.
Pour tracer cet historique, il est nécessaire de considérer le microscope dans son acception la plus générale, celle d'un insti-ument qui permet d'examiner les objets en les grossissant et en montrant des détails qui échapperaient à l'inspection naturelle.
L'emploi du microscope simple en histoire naturelle, ne date que du quatorzième siècle, mais il ne s'est pas établi subitement, et l'on retrouve dans les temps les plus reculés la preuve de cette notion primitive de la possibité d'examiner les objets au moyen de lentilles.
L'art de tailler et de polir les piei'res précieuses remonte à la plus haute antiquité, on en a retrouvé les traces chez les peuples d'Orient, chez les Grecs et les Égyptiens, et l'on a même recueilh des formes qui semblent démontrer chez l'artisan, l'intention d'obtenir un effet dioptrique dont il avait comiaissance.
Pline parle de cristaux de roche taillés en forme de lentilles, et suivant Lippert 011 retrouverait la structure de lentilles convexes et concaves sur des exemplaires de pierres taillées ayant l'aspect de lentilles convexes ou concaves, constituées par du cristal de roche ou du béryl (aiguë marine).
Layard a trouvé dans les ruines de Ninive une véritable lentille plan convexe, et il semble très-ralionuel de croire que l'on devait connaître le pouvoir grossissaut de ces lentilles.
De même, divers passages de Pline semblent prouver cette conclusion ; le livre 37 [de Gemmis), renferme des citations qui montrent que l'on connaissait à Rome le. pouvoir coro.buraut des lentilles, que les Vestales se servaient de lentilles pour raviver le feu sacré, et que certains médecins cautérisaient des plaies avec la lumière solaire recueillie au moyeu de lentilles de cristal {cr\stallina pila) ou peut-être même à l'aide de lentilles construites en verre.
D'ailleurs, Aristophane (500 avant Jésus-Christ), parle des elfets comburants produits parles rayons de soleil recueillis sur une loupe. La matière qui composait ces verres grossissants étaii; du cristal de roche ou de l'émeraude, il [laraît même que ^'éron qui était myope regardait les combats de gladiateurs au moyen d'une sorte d^ lunette, ou d'une lorgnette munie d'une lentille d'émeraude. Sénèque [Nat. quœst.}, avant Pline, semble avoir reconnu le pouvoir grossissant du verre taillé. 11 existe une autre preuve de l'emploi des moyens de grossissement, chez les Romains, c'est l'exécution de travaux minutieux qui n'ont pu être opérés qu'au moyen de la loupe.
Pline (liv. VII, De Ho7ninis naturâ)^ rapporte sur la foi de Cicéron, qu'un Straboii avait écrit Y Iliade sur une feuille qui pouvait être renfermée dans une noisette, Cailicrate avait taillé dans l'ivoire des mouches et de petits animaux présentant des détails de structure qu'on n'avait pas encore observés sur les animaux vivants. Myrmécide a construit un chariot que pouvait recouvrir l'aile d'une mouche, un vaisseau qu'une aile d'abeille pouvait cacher.
Des preuves plus convaincantes nous ont été conservées, Vettori (de (jljjpto-
WCT. ENC. 2° s. VII. 30
graphia, 1759), rapporte qu'il a vu au Musée Victorio des pierres précieuses ayant la grosseur de la moitié d'une lentille, portant des gravures de figures qui étaient invisibles à l'oeil nu, enfin dans l'Histoire de l'Académie des inscriptions (t. l", p. 270), on peut lire la description du célèbre cachet de Michel Ângelo qui, mesurant 15 milhmètres de long sur 12 millimètres de large, présente 17 figures d'hommes et d'animaux, une naissance de Bacchus ou une cérémonie rapportée aux Pyanepsies, fêtes Athéniennes en l'honneur d'Apollon.
11 est donc logique d'admettre que dans l'antiquité on taillait des pierres transparentes, qu'on leur donnait la forme de lentilles concaves ou convexes, et qu'on en connaissait le pouvoir grossissant, mais ces objets de curiosité étaient extrêmement rares, leur seul usage plus répandu était l'emploi du pouvoir comburant des lentilles pour produire la cautérisation ou l'inflammation, et d'ailleurs, dans la même période, le pouvoir grossissant des miroirs concaves était connu, ainsi que le prouveat les écrits d'Archimède, d'Euclide, de Pline et de Sénèque.
Il semble même, à en juger par certains passages de Phne (lib. XXAVII, cap. 2), que l'on employait comme moyen de concentrer les rayons lumineux des lentilles ou des globes en verre, présentant des surfaces courbes et remplies d'eau.
Il faut traverser près de dix siècles avant de reconnaître des traces de l'emploi des moyens de grossissements ; c'est un Arabe Alhazen-Ben-Alhazen, vivant vers 1100, qui le premier indique l'action grossissante des lentilles plan-convexes (Opticœ Thésaurus Alhazeni Arabis Basil., 1572, lib. VII, 44 et 45). Vitello, qui, écrivant en 1270, nous a transmis les œuvres d'Alhazen,n'a pas su mettre en relief l'importance de ces données d'optique; de sorte que c'est à Bacon (1214 à 1292] que revient l'honneur d'avoir le premier montré que le pouvoir amplifiant des lentilles plan-convexe pouvait recevoir une apphcation pratique. Nous n'avons pas ici à élucider la question de priorité de l'invention des lunettes, mais il paraît certain que R. Bacon a parlé des lentilles plan-convexes comme moyen d'aider les gens à vue fiùble ou les personnes âgées, dans la lecture des manuscrits, Bacon s'en servait-il comme loupes ou comme lunettes? c'est un point controversé, mais il est démontré que vers la fin du treizième siècle et au commencement du quatorzième on fabriquait des lunettes, et les noms de Bacon, d'Alexander de Spina, d'Armati sont attachés à la découverte de cet art ; cependant trois siècles s'écoulèrent avant que la lentille fût appliquée à l'étude d'objets d'histoire naturelle.
Les Italiens ont accompli de grands efforts pour attribuer à leur nation le mérite de l'invention du microscope. Mais il est démontré aujourd'hui que c'est en Hollande que les Janssen ont fabriqué les premiers microscopes, c'est-à-dire les premières loupes destinées à l'étude des objets d'histoire naturelle. A la fin du seizième siècle, vivaient à Middelbourg deux lunetiers, dont le nom devait devenir célèbre, c'étaient Hans Janssen et son fils Zacharias, ils furent les inventeurs du microscope composé, et leurs titres n'ont été définitivement consacrés que par la connaissance que nous avons des dates précises auxquelles ils ont offert, au prince Maurice, gouverneur de Belgique, et à l'archiduc Albert d'Âu-' triche, les microscopes composés construits par eux.
C'est vers 1590 qu'on doit rapporter la date moyenne établie par les mémoires de Boreel, et à laquelle correspond l'exécution de ces microscopes. U s'en fallut de peu que la découverte ne fîit attribuée à un autre Hollandais, Drebbel, qui acquit pour sa part, à Londres, oiî d s'était établi, une célébrité rapidement étendue en France et en Italie. S'il faut en roire le témoignage de Boreel, qui
n'était ni physicien ni savant, mais avocat et envoyé par la Compagnie des Indes comme légat en Angleterre, Drebbel avait reçu de l'archiduc Albert ce même microscope de Janssen. Drebbel sut profiter de ce don, et comme le prouve la correspondance de Peiresc, on se préoccupa vivement, à Paris comme à Rome, de l'invention nouvelle.
Le microscope de Drebbel se composait de deux lentilles biconvexes, et la date de son invention remonterait à 1622 ou 1624, c'est-à-dire longtemps après la fabrication des microscopes de Janssen. En Italie, on a mvoqué en faveur de Fontana le témoignage d'un jésuite qui avait, en 1625, admiré un microscope construit par Fontana ; mais Drebbel, dès 1624, avait apporté et montré à Rome son microscope composé. Quant à Galilée, il semble plutôt avoir employé les lentilles à regarder les astres qu'à étudier les petits animaux, l'invention du télescope suffit à sa gloire.
Pendant le seizième siècle, le microscope ne fut qu'un instrument de curiosité scientifique, cependant on employait la loupe, et Georg Hufnagel, à Francfort, 1592, publiait sur les insectes un travail qui est basé sur l'emploi de la loupe.
C'est au dix-septième siècle que se sont accomplis les progrès les plus importants, le microscope simple y est devenu un moyen d'étude, le microscope composé a été perfectionné, et c'est de ce siècle que datent les premiers travaux de microscopie appliquée aux études anatomiques. Nous avons à examiner rapidement les progrès de la partie optique, de la construction mécanique, et nous signalerons l'emploi qui a été fait de ces instruments.
Les premiers microscopes, ceux des Janssen et de Drebbel, étaient sans doute des microscopes composés, à en juger par la puissance de grossissement qu'ils présentaient, et celle-ci excita singulièrement la curiosité enthousiaste des contemporains. Le microscope décrit par Fontana, en 1646, semble n'être qu'une imitation de celui de Drebbel, qui fut, dès 1619, importé à Rome; il se composait de deux lentilles biconvexes entre lesquelles était une lentille concave, il avait deux à trois pouces de long.
Le premier microscope composé dont le dessin nous soit parvenu, est celui que Hooke a représenté dans la Micrographia, en 1665. Il avait sept pouces de long, se composait de quatre tubes rentrant et renfermait trois lentilles, une objective^ une oculaire et une lentille collective ou de champ. Le microscope était presque vertical, il pouvait se rapprocher de l'objet, et l'éclairage était obtenu à l'aide d'une lampe dont les rayons, traversant une sphère de verre remphe d'eau, étaient concentrés au moyen d'une lentille biconvexe sur l'objet à examiner.
A la même époque, Eustachio Divini (1668) construisait un microscope remarquable par ses dimensions considérables. Il se composait d'une lentille objective et d'un oculaire formé de deux lentilles plan-convexes adossées par le centre de leur surface convexe. L'oculaire avait presque la largeur de la main et le tube l'épaisseur delà cuisse d'un homme ; la longueur était de 16 pouces et demi, et le grossissement variant de 41 fois en moyenne jusqu'à 141. Le diamètre du champ visuel variait de 8 pouces à 16 pouces, suivant la longueur donnée aux tubes engaînés.
Le microscope de Grindl von Ach (1685) comprenant six lentilles plan-convexes, était vertical. Zahn (1685) a décrit j>lusieurs microscopes analogues dans leur construction.
Le microscope construit par Bonannus, hoiizontal, éclairé par transparence au
moyen de deux lentilles faisant converger la lumière sur les objets, était mobile à l'aide de crémaillères ; ce microscope grossissait 200 à 500 fois.
Tels étaient les microscopes composés employés à la fin du dix-septième siècle; on trouve dans la partie optique et mécanique de grands progrès dans les derniers construits : tels sont la multiplication des lentilles et l'emploi des vis et des crémaillères pour rapprocher la lentille objective de l'objet, mais l'éclairage est resté imparfait.
Quant à la partie optique, nous voyons apparaître les doublets, e1>Huyghens (1629-1695) avait, après Grégory (1663), démontré le phénomène de l'aberration de sphéricité et indiqué le moyen de corriger ce défaut des lentilles ; il avait de plus, fait comprendre le premier que le pouvoir amplifiant réel des microscopes dépend surtout de l'objectif, c'est-à-dire de la brièveté de la distance focale de la lentille qui le compose. C'est encore à cette époque que furent construits les premiers microsco])es binoculaires, par Cherubini.
Mais pour envisager tous les progrès accomplis dans le dix-septième siècle, il faut nous occuper du microscope simple. Au-dessus de tous les constructeurs de lentille, Leeuwenhoeck a conquis une célébrité qu'il doit plus encore à ses découvertes qu'à la perfection de ses lentilles. Comme constructeur de microscopes simples et composés, Leeuwenhoeck a laissé des exemplaires remarquables de soa talent. Dans un catalogue de ses microscopes, on voit qu'il avait construit plus de 247 microscopes et environ 419 lentilles, les unes en diamant, en cristal de roche, d'autres en verre. Certains de ces microscopes sont composés de plusieurs lentilles représentant des doublets ou des triplets, mais ne représentent pas de véritables microscopes composés. A la suite de ceux de Leeuwenhoeck, moins célèbres, mais ne devant être passés sous silence, sont les microscopes de Hartsoeker, de Musschenbroeck de Leyde, qui le premier fixa l'mstruinent dans un étau et sur un pied, et inventa l'emploi du diaphragme qui ne devait que bien plus tard être appliqué au microscope composé.
En même temps que l'art de tailler les lentilles s'élevait, entre les mains de L'eeuwenhoeck, à une perfection qui n'a pas été dépassée, on commença à employer des lentilles de verre coulé ; Hooke (1665), Hartsoeker, Bonannus, Job. Musschenbroeck se sont servis de lentilles en verre, ils les ont appliquées aux microscopes simples et aux composés, ils ont ainsi obtenu des grossissements remarquablement élevés.
Arrêtons-nous dans cette revue de la partie technique et, sans vouloir empiéter sur l'article qui sera consacré à l'histoire de l'histologie, nous rappellerons brièvement l'emploi qui était fait du microscope pendant le dix-septième siècle.
Vers le milieu et surtout dans la seconde partie de ce siècle, l'usage de la loupe ou microscope simple était répandu parmi les hommes de science, eu même temps que Demisiano (1645) nommait le télescope, il créait le nom de microscope, et bien que lés auteurs du temps aient souvent confondu les microscopes et les télescopes, il est certain que les dénominations de « viicroscopium » et de « micrographia » étaient en usage au commencement du dix-septième siècle. En effet, en 1625, Francisco Stelluti publiait une monographie des abeilles renfermant les recherches qu'il avait faites à l'aide du microscope introduit à Rome un an auparavant {Qiiœ microscopio observavit). Fontana rapporte une attestation d'un jésuite, qui déclare avoir vu un microscope en 1625 « Circiter annmn 1625, Francisci Fontanœ vidisse microscopium. )> En 1655, Pierre
Borel, dans son traité des « Conspiciliorum, » ajoute une « Centuria observalionwn microscopicarum. » Enfin Wilhem Boroel, contemporain des Janssen, les signale comme inventeurs des microscopes : « Microscopia primi invenere. » Il est vrai que souvent on a rapproché dans un terme générique les lunettes, les télescopes et les microscopes, tantôt sous le nom de conspicilia, d'ocuhis artificiaiis (Zahn, 1685), mais on ajoutait ordinairement un qualificatif pour désigner les microscopes. Le terme équivalent d'eiigyoscopium, eiigyoscope, que Boreel et Zahn ont fait connaître, n'a pas prévalu.
Au point de vue de l'emploi du microscope, on retrouve de nombreux documents du dix-septième siècle qui prouveni; les applications qui en étaient déjà laites à l'étude de l'histoire naturelle, et l'on peut dire même que certains microscopes simples étaient entre les mains des amateurs de curiosité. Ceux-ci en ont souvent abusé, et, parmi les écrits microgra[)hiques les plus célèbres de l'époque, bien des erreurs ou des interprétations inexactes accompagnent les découvertes les plus remarquables.
Malgré les imperlections des instruments en usage, les microscopes simples et composés du dix-septième siècle ont cependant été l'origine de l'histologie ou de l'anatomie générale. Il suffit de rappeler les noms de Malpighi et de Leeuwenhoeck pour rappeler les premières découvertes de l'anatomie des tissus ; Malpighi comme l'inventeur des injections, de la dissection la plus minutieuse, de l'emploi des réactil's en anatomie, qui sont l'accompagnement de toutes les recherches microscopiques, doit être associe à Leeuwenhoeck, le véritable fondateur des études microscopiques.
Leeuwenhoeck fut à la fois un constructeur de lentilles d'une rare habileté, et le premier investigateur d'un monde nouveau, dans lequel il a trouvé une célébrité bien méritée par ses nombreuses découvertes. Le premier il a décrit les globules du sang (1673), la circulation dans la patte de la grenouille, l'émail et les vaisseaux des dents, les stries des fibres musculaires, la structure lamelleuse du cristallin, les cellules de l'épiderme, la structure des poils, les animalcules du tartre, enfin le névrilème, les fibres nerveuses, tels sont les titres du père de la micrographie.
Nous avons vu qu'à côté de lui Hartsoeker, Hooke, Stelluti, Boreel, Bonannus, Graaf, van Hoorn, Vereheyen, enfin Swammerdam, concourent à la création de la nouvelle science, par l'emploi du microscope aussi bien que par le perfectionnement des moyens de dissection et d'injections.
Pendant la plus grande partie du dix-huitième siècle, la construction des microscopes et des loupes accomplit des progrès assez lents, dans la partie mécanique et le mode d'éclairage ; c'est ainsi que, pour le microscope simple, Wilson, en 1702 et 1740, emploie le microscope fixe avec un miroir mobile, et atteint un grossissement de 400 . Joblot {Description et usage de nouveaux microscopes, Paris 1718), invente un porte-loupe à trois genoux qui est le point de départ des microscopes simples, Lieberkûhn employait en 1734, un instrument assez analogue à celui de Leeuwenhoeck, composé de deux lentilles, l'une servant d'objectif, l'autre de condensateur de la lumière, de plus, celle-ci était réfléchie sur l'objet par un miroir concave situé entre l'objectif et l'objet.
Lyonet invente la platine, et se sert d'un miroir placé au dessous d'elle pour éclairer l'objet. Cuif, dont le microscope fut décrit par EUisen 1756, construit un microscope qui depuis a porté le nom de microscope de Raspail, il se sert de l'éclairage par un miroir situé au-dessous de la platine.
•"•se MICROSCOPE.
Les microscopes composés sont également perfectionnés, Joblot, en France, décrit un microscope universel dans lequel il existe cinq lentilles.
Le progrès le plus remarquable fut réalisé par Hertelde Halle qui, le premier, en 1715, réunit dans le microscope composé, la position horizontale ou inclinée, la vis micromélrique, la platine, et l'éclairage par transparence au moyen du miroir, c'est le premier microscope complet.
L'emploi du miroir à éclairage fut perfectionné par Culpeper et Scarlet, et par Ciiff, il resta désormais une condition indispensable du microscope. Cuff, Lyonet l'appliquèrent à la loupe.
Les progrès les plus importants devaient être réalisés à la fin du dix-huitième siècle, et au commencement du dix-neuvième, ils sont liés à la découverte des causes de l'aberration de sphéricité, et l'aberration chromatique, ainsi que des moyens de lutter contre ces causes d'imperfection du microscope.
C'est Newton qui, dans son optique (1704), signala le premier l'importance de l'aberration chromatique comme cause de diffusion des images observées par les instruments d'optique, et quelques années après la mort de Newton, Chesler More-Hall, réussit à associer le crown glass et le flint glass, et en 1755, fabriqua des lentilles achromatiques pour les télescopes. Euler indiqua en 1768, les principes de construction d'un microscope achromatique à six lentilles, mais il n'est pas démontré qu'Euler ait jamais fait construire un microscope sur ces données. Ce travail, cependant, a été le point de départ des découvertes ultérieures qui ont réalisé le perfectionnement conçu par Euler. Tandis que l'acliromatisme fut rapidement obtenu pour les lentilles des télescopes, il n'en a pas été de même pour les microscopes, et les instruments les plus renommés à la fin du dix-huitième siècle, ceux d'Adams, de Dollond, du duc de Chaulnes, de Dellabarre n'étaient pas réellement achromatiques. On fit de nombreuses tentatives. Fuss 177'4et .Epinus 1784, à Saint-Pétersbourg, les van Deyl à Amsterdam parvinrent à construire des objectifs achromatiques, il paraîtrait même suivant Harling, que Hermann van Deyl, en 1807, fabriquait un microscope achromatique très-parfait. Vers la même époque, les essais furent multipliés par Brewster, en Angleterre (1815), Fraiinhofer à Munich (1811), Domet, en France 1827, Charles, de l'Institut de France, J800 à 1801, Marzoli en Italie. Puis, en 1824, Selligue présenta à l'Académie des sciences, un microscope dont l'objectif était construit pour être achromatique, il avait été exécuté par Charles et Vincent Chevalier, mais l'instrument était défectueux. Enfin Charles Chevalier parvint à construire des lentilles achromatiques et exemptes d'aberration sensible.
Au point de vue de la construction, les progrès réahsés étaient : l'idée de tourner le côté plan de la lentille vers l'objet, la soudure des lentilles par le baume de Canada, enfin la possibihté de rendre achromatiques les objectifs composés et d'obtenir l'emploi des forts grossissements.
De 1825 à 1850, Chevalier perfectionna ses procédés, et profitant de l'application du prisme au microscope par Amici (de Modène), il construisit le microscope horizontal, que l'on peut considérer comme supérieur à tous ceux qui l'ont précédé.
A partir de ce moment, les fabricants ont accompli des progrès constants, dans la disposition mécanique et dans la partie optique sur lesquels nous aurons à insister lorsque nous en indiquerons les applications. Dès maintenant, nous signalerons comme les inventions les plus importantes, celle des objectifs à correction due à Ross, et celle des lentilles à immersion due à Amici (1855), enfin,
la connaissance des principes ayant rapport à l'angle d'ouverture des objeclils.
Description du microscope composé. Le microscope est constitué comme parties essentielles par une séiie de lentilles disposées dans un tube, représentant kl partie optique, et parles pièces destinées à supporter les objets à en faire varier la distance, le miroir à éclairage, le pied, et des accessoires représentant la parlie mécanique. Nous examinerons ces diverses parties en prenant comme type, un microscope composé ordinaire tel qu'on l'emploie pour l'étude de l'anatomie.
Partie optique. Elle se compose de deux systèmes de lentilles, dont l'un se place à l'extrémité supérieure du tube sur lequel l'œil de l'observateur s'applique d'oiî le nom d'oculaire sous lequel il est désigné ; l'autre qui est vissé à l'extrémité inférieure du tube et rapproché de l'objet à examiner, est désigné sous le nom d'objectif.
L'oculaire et l'objectif sont des systèmes eux-mêmes composés, mais pour établir le principe physique des microscopes, on peut les considérer comme deux lentilles bi-convexes, l'une objective, plus petite, à court foyer fortement grossissante, l'autre oculaire plus grande et d'un moindre pouvoir amplifiant.
•La figure 1 ci-jointe , empruntée au traité de physique de Drion et Fernet, indique la marche des rayons dans le microscope réduit à sa partie physique et en quelque sorte schématique.
L'objet AB est placé au-dessous de la lentille objective //', un peu au delà du foyer /', c'est-à-dire à ime distance un peu supérieure à la distance focale principale, par conséquent il y a une image réelle Âj B^ renversée et amplifiée. Cette première image est examinée à l'aide de la lentille oculaire LL' comme avec une loupe {voy. ce mot), placée à une distance telle que l'image réelle Ai B^ soit placée un peu au-dessus du foyer F' de la lentille oculaire de façon que les rayons partis de A^ B^ sont réfractés eu traversant l'oculaire dans les directions LF, L'F, ces rayons prolongés par en bas, tels que les verrait l'œil placé en F donnent l'image droite, virtuelle et amplifiée A'B'. L'œil voit donc l'objet AB en B'A', c'est-à-dire en image virtuelle renversée et amplifiée par los deux lentilles oculaire et objective. Or le calcul prouve que l'image B'A' est vue à la distance delà vision distincte.
L'étude de cette figure démontre qu'il y a une relation nécessaire entre la distance des lentilles et leur pouvoir gros*ssant ou mieux leur distance focale, elle prouve encore que l'objectif est la partie importante au point de vue du grossissement réel ; en effet, dans le microscope, on examine à la loupe l'image amplifiée par l'objectif, tous les détails doivent donc exister nettement dans cette image, et si l'objectif présente des défauts, s'il a un faible grossissement, l'oculaire n'amplifiera qu'une image diffuse, déformée ou pauvre de détails, bien plus, l'ocnlairp. nnnrra aiouter ses défauts aux précédents. Nous avons vu par les don-
Fig . 1.
'oculaire pourra ajouter ses défauts aux precc
568 JilLROSCOPE.
nées historiques que les difficultés à résoudre, ont été considérables dans la pratique, et l'on n'a pu construire des microscopes véritablement utiles dans les recherches d'anatomie que lorsqu'on est parvenu à corriger les défauts de l'appareil optique, dont les deux principaux sont l'aberration de sphéricité et l'aberration de réfraiigibilité ou aberration chromatique ; l'étude particulière des diverses parties du microscope montrera par quelles conditions ces progrès ont été obtenus.
Oculaire. Cette partie est composée ordinairement de deux lentilles vissées aux deux extrémités d'un cylindre qui se place sans frottement à l'extrémité supérieure du tube au corps du microscope. Depuis l'invention de Huyghens, qui en 1670, eut l'idée de perfectionner l'oculaire en y ajoutant une deuxième lentille, depuis que Boscowitch en 1770, montra que l'on corrigeait ainsi en grande partie l'aberration chromatique, on emploie presque exclusivement l'oculaire de Huy;^hens ou oculaire négatif, c'est-à-dire un oculaire dans lequel la lentille la plus éloigné de l'œil et la plus rapprochée de l'objectif est disposée de façon à être située entre l'objectif et l'image réelle que celui-ci forme. Cette lentille est appelée verre de champ, lentille collective.
La figure suivante emprunfée an cours de physique de Verdet fera comprendre le rôle de cette lentille.
Fig.2.
Deux flèches indiquent la marche que suivraient suivant A'/3 les rayons provenant de l'objectif et qui iraient former en «S une image réelle, or, ces rayons reçus par la lentille collective OC, sont réfractés et forment en a'|5' l'image réelle remplaçant a|3.
C'est l'image a (3' que la lentille oculaire C'O', montre en image virtuelle A'B' grossie et placée à la distance de la vision disrincte.
Cette figure permet de voir que la lentille collective n'ajoute rien au grossissement et qu'au contraire elle offre des avantages considérables ; en effet, ayant pour résultat de rendre plus convergents les rayons émanés de l'objectif, elle les rassemble sur une surface relativement moindre, dans la proportion de a^ à a/3.
Cette propriété a pour résultats d'augmenter l'intensité lumineuse de l'image, et aussi le champ du microscope, c'est-à-dire l'espace dans lequel un point placé devant l'objectif, doit être compris pour que l'image en puisse être vue à travers
l'oculaire. Enfin la disposition du verre de champ permet de corriger, comme nous l'avons déjà dit, l'aberration chromatique.
Nous ne pouvons insister sur cette partie physique qui sera exposée aux articles (Dioptrique. Optique), l'oculaire renferme, en outre, entre les deux lentilles, un diaphragme destiné à exclure les rayons divergents colorés provenant de l'objectif.
Objectif. Le système de lentilles représentant la lentille objective est formé par la réunion habituelle de trois lentilles achromatiques, c'est-à-dire des lentilles doubles formées d'une lentille convexe en crown glass et d'une lentille plan-conave en flint glass soudées par le baume de Canada. Ces lentilles sont réunies dans un cône tronqué métallique qui se visse en bas du tube du microscope. Elles sont disposées de façon que la lentille la plus petite et la plus forte soit placée en bas, elle porte le nom de lentille fronlale ou inférieure de l'objectif.
La construction des objectifs présente de grandes difficultés, mais elle a, dans ces vingt dernières années accompli de grands progrès, grâce à l'étude approfondie des moyens de reconnaître les qualités nécessaires à un objectif, et à l'appréciation des conditions qui permettent de les remplir. Un bon objectif doit posséder les pouvoirs pénétrant, définissant, résolvant, il doit donner un champ de vision trèsplan, et enfin, présenter une distance frontale suffisante (Robin, Traité du microscope^ p. 178).
Le pouvoir définissant consiste dans la production d'une image bien accentuée à contours nets vigoureux, il dépend de la perfection avec laquelle sont corrigées les aberrations sphérique et chromatique ; il peut être apprécié par l'étude comparative de l'image produite par l'emploi successif d'oculaires de plus en plus forts, et cet examen nécessite une grande habitude des études micrographiques. L'expérience a démontré que la réunion de plusieurs lentilles est nécessaire pour arriver à corriger les aberrations.
Le pouvoir pénétrant représente la possibilité d'examiner des parties d'un objet situées un peu en dehors du foyer considéré comme un point mathématique, c'est-à-dire que le pouvoir pénétrant permet d'examiner dans une certaine épaisseur un objet microscopique, mais cette propriété ne peut s'obtenir que pour des objectifs qui ne possèdent pas un très-fort grossissement.
Le pouvoir résolvant permet d'apprécier certains détails d'objets transparents" désignés sous le nom de test objets, présentant des stries, des aréoles, des lignes très-fines et qui servent dans les essais des microscopes, mais cette qualité offre pour les recherches médicales, une importance moindre que le pouvoir définissant et même que le pouvoir pénétrant.
La distance frontale appelée aussi foyer ou distance focale, représente l'espace qui peut séparer l'objet examiné de la lentille frontale de l'objectif. Comme on recouvre l'objet d'une plaque de verre et que les fragments, les coupes des tissus présentent une épaisseur qu'on n'obtient qu'avec une grande pratique, on comprend l'importance qu'offre la distance frontale, et la nécessite de posséder des objectifs qui ne soient pas à foyer trop court.
Pour comprendre comment on trouve difficilement réunies à un même degré ces diverses qualités, et pourquoi certaines d'entre elles doivent être sacrifiées suivant le but et le genre de travaux que poursuit un micrographe, il faut connaître l'importance de Vangle d'ouverture des lentilles, c'est-à-dire l'angle formé par les rayons extrêmes de l'objet et qui sont réfractés par la lentille objective, de façon à pouvoir concourir à la formation de l'image grossie par l'oculaire. On
comprend que parmi les rayons extrêmes émanant d'un objet un grand nombre ne traversent pas la lentille; ceux qui sont principalement utilisés appartiennent à la région centrale de la lentille, mais en outre, il y a des rayons obliques utilisables, et ces rayons plus éloignés du centre, offrent un grand avantage pour la production dans l'image des inégalités des reliefs résultant de l'action de la lumière sur les parties diversement réfringentes d'un objet ; plus les rayons extrêmes recueillis seront écartés, plus grand sera l'angle d'ouverture, et mieux on profitera des effets produits par ces rayons obliques, dont le nombre est en rapport avec cet angle d'ouverture.
L'importance de ce fait démontrée par Lister en 1830, a imposé aux constructeurs des recherches qui ont apporté des progrès très-heureux, grâce aux productions de Pioss, Powell, Amici, et plus tard Nachet père.
Les avantages d'un angle d'ouverture développé se rapportent principalement au pouvoir résolvant, les images gagnent en lumière, c'est-à-dire en vigueur et en clarté, les fines stries des objets sont plus nettement reconnues, mais d'autre part, comme l'a démontré M. Nachet, fils, il y a nécessité de tenir compte d'autres conditions; ainsi pour obtenir le pouvoir pénétrant, l'angle d'ouverture ne doit pas être très-prononcé ; pour avoir une distance frontale, c'est-à-dire, un foyer suffisamment étendu, l'angle d'ouverture ne doit pas dépasser certaines limites, celles-ci, d'ailleuts, ont une certaine étendue ; ce qui explique les qualités particulières aux microscopes suivant que les fabricants ont recherché le développement de l'une ou l'autre de ces qualités.
En dehors des difficultés inhérentes à la construction des lentilles et à leur combinaison, il en existe d'autres qui ont été reconnues par la pratique et qui, bien qu'ayant leur origine en dehors de l'objectif, ont nécessité des transformations particuhères dans leur disposition ; dans les études micrographiques, les objectifs sont séparés de l'objet à examiner par une lamelle mince de verre, et souvent par des liquides ayant une réfringence très-variable. Il résulte de la [irésence de la lamelle à couvrir les objets agissant comme un milieu réfringent, une déviation dans les rayons lumineux qui la traversent, et celle-ci porte principalement sur les rayons les plus éloignés du centre, de sorte que l'œil au Heu d'une image plane apercevra des images superposées, la différence de hauteur des diverses images est représentée à peu près par le tiers de l'épaisseur de la lamelle ; pour de faibles grossissements et pour des lamelles très-minces, l'image ne subit pas d'altérations sensibles, mais il n'en est pas de même pour les forts grossissements. Dans les objectifs ordinaires, on remédie à cette action de la lamelle en corrigeant l'objectif, c'est-à-dire, en espaçant les lentilles de manière qu'elles donnent une image nette pour des verres d'une certaine épaisseur déterminée pour chaque grossissement, mais lorsqu'on est amené à faire varier l'épaisseur de la lamelle, l'objectif qui n'est corrigé que pour une incidence déterminée, ne l'est plus pour une incidence différente telle que la produit la lame de verre plus épaisse ou certains liquides employés dans la préparation ; l'image perd de sa netteté, il fallait donc trouver le moyen de pouvoir corriger l'objectif à volonté.
Amici employait à cet effet une quatrième lentille concave-convexe qu'il plaçait derrière l'oiDJectif, et cette lentille était différente suivant le sens qu'il fallait donner à la correction. C'est Andrew Ross, qui en 1857, découvrit un procédé plus pratique et construisit les premiers objectifs à correction dans lesquels un système particulier permettait de rapprocher ou d'écarter légèrement la première
des deux autres, celles-ci étant seules fixes, et la première étant placée dans un cylindre qui pouvait être rapproché ou éloigné des autres lentilles. Depuis, Hartnack a rendu les deux lentilles extrêmes mobiles, la moyenne étant seule fixe, enfin, Wenham a rendu fixe la première lentille ou frontale, tandis que les deux autres sont mobiles, ce système a été adopté par Nachet. Un index extérieur permet de se rendre compte de la distance donnée aux lentilles. Les objectifs à correction sont indispensables dans les recherches très-minulieuses, lorsqu'il s'agit de déterminer avec une grande précision, les détails les plus délicats de la structure des éléments.
L'action de la lamelle couvre-objet ayant pour résultat la réfraction des rayons qui la traversent et la nouvelle réfraction de ces rayons par la couche d'air qui sépare l'objectif de la lamelle constitue une cause de diffusion de l'image que le savant et ingénieux Amici est parvenu à éviter en inventant les objectifs à immersion. Le principe de l'immersion consiste à réunir la lentille frontale à la lamelle par un liquide ayant un pouvoir réfringent égal à celui du verre. A cet elfet, il se servait d'une goutte de glycérine mêlée à l'essence danis qui, déposée entre l'objectif et la lamelle, constitue entre ces deux parties un milieu qui au point de vue de la réfringence les réunit complètement. Plus tard, on a vu que l'eau peut remplacer ce liquide, à condition qu'on emploie des objectifs à correction. Les avantages de l'immersion sont considérables au point de vue pratique, en effet, l'immersion augmente la lumière du champ du microscope, elle permet d'employer des lentilles à angle d'ouverture moins grand pour une même précision de l'image, enfin elle augmente la distance frontale, c'est-à-dire allonge le loyer de l'objectif. Le mode d'emploi de ces objectifs est d'ailleurs facile, il suffit de déposer une gouttele-tle d'eau distillée sur la lentille inférieure ou frontale de l'objectif, puis on laisse tomber une gouttelette d'eau sur la lamelle et l'on rapproche lentement l'objectif de la lamelle, de façon à établir le contact, puis à mettre le microscope au point.
Le tube du microscope est le cylindre dans lequel l'oculaire est placé à la partie supérieure, où il glisse sans frottement, la partie inférieure terminée en forme de cône tronqué porte un pas de vis sur lequel s'adapte l'objectif. Le tube est ordinairement double, c'est-à-dire qu'il contient un tube rentrant qui permet (l'éloigner l'oculaire de l'objectif, pour obtenir un plus fort grossissement, mais cette distance ne peut être portée qu'à des limites restreintes, parce que la lumière est diminuée, et en outre, il y a inconvénient à employer des tubes trop longs, qui deviennent gênants pour l'observation. Le tube, dans toute sa longueur y compris l'objectif, ne doit pas dépasser 20 centimètres.
Partie mécanique du microscope. Nous ne pouvons ici passer en revue toutes les modifications apportées dans la disposition de ces diverses parties, nous voulons seulement en indiquer le rôle, et rappeler les conditions qu'elles doivent présenter pour répondre aux usages ordinaires du microscope en médecine.
Prenant pour exemple l'excellent modèle de Nachet qui convient aux recherches habituelles, et qui est représenté dans la figure 5. On voit que le tube AB est reçu dans un collier G, dans lequel il glisse à frottement dur. Ce colliei est fixé à la colonne D, qui est divisée en deux parties par une articulation, la partie inférieure est fixée à un pied large et lourd, tandis que la partie supérieure D supporte à la fois le collier et la platine P, le diaphragme situé sous la platine et enfin le miroir M. La colonne D est composée de deux parties, l'une extérieure creuse, et l'autre intérieure pleine. La partie creuse est munie d'une vis qui per-
met d'élever plus ou moins le collier par conséquent de rapprocher très-lentement le tube et l'objectif de la platine qui supporte l'objet à examiner.
La platine P, est la plaque destinée à recevoir les objets, elle est ordinairement formée par une lame circulaire de verre noir dépoli enchâssée dans un disque de cuivre, elle est percée en son centre d'une ouverture circulaire à bords très-nets destinée à laisser passer la lumière. La monture de cuivre est percée de deux trous qui reçoivent deux lames de laiton dites chevalets, servant à fixer la préparation.
La platine peut être simplement formée d'une plaque de cuivre noircie, mais elle offre l'inconvénient d'être altérée par les liquides des préparations, La platine est ordinairement fixe, mais on la rend quelquefois mobile autour de son centre, elle ■^st dite à tourbillon, cette disposition l'offre plus d'avantages notables avec '' .1 construction actuelle des microscopes.
Le pied du microscope très-variable dans sa disposition, est en enivre massif auquel on ajoute souvent un lest de plomb, la forme en est également variée, la qualité qu'il doit présenter en premier lieu est la solidité, c'est-à-dire qu'il doit être disposé de façon à faire contre-poids au tube dans ses diverses inclinaisons, c'est pour cela qu'en général, on lui donne une forme de fer à cheval ou celle d'un parallélogramme allongé du côté de la platine, et présentant des angles arrondis.
Les deux dernières parties du microscope dont il nous reste à parler servent à l'éclairage, l'une est le miroir qui porte sur l'objet les rayons lumineux, l'autre le diaphragme qui sert à régler la distribution de ces rayons.
L'éclairage des objets examinés au microscope se fait par lumière directe ou par lumière transmise, l'éclairage direct obtenu au moyen d'une loupe qui s'articule sur le corps du microscope, n'est employé que pour de faibles grossissements, et pour l'examen des objets opaques. Dans les recherches anatomiques on utilise à peu près exclusivement l'éclairage par transparence, c'est-à-dire que les rayons lumineux sont recueillis sur un miroir placé au-dessous de la platine et dont le centre répond au centre du trou de la platine. Ce miroir est concave, en verre étamé ou argenté, il est fixé au pied du microscope ou s\n- la colonne inférieure au moyen d'un système d'articulations qui permet de le mouvoir en tous sens, et de le rapprocher plus ou moins du centre de la platine, de sorte qu'on puisse chercher la lumière, pour la transmettre à l'objet. Le foyer du miroir doit se produire un peu au-dessus du niveau de la préparation. On utilise surtout les rayons j)rovenant du centre du miroir qui pénètrent presque verticalement ou
Fiff. 5.
sous une incidence très-faible dans la préparation, mais on obtient un mode d'éclairage particulier, dit éclairage oblique en disposant le miroir, de façon que le centre en soit situé en dehors de celui de la platine et par conséquent de l'objectif. Les rayons lumineux traversent alors obliquement la préparation, et comme le tissu ou l'élément examiné présente des parties diversement réfringentes, il se produit dans l'image des effets d'ombre qui permettent d'apprécier ou de résoudre des détails qui échappent à l'éclairage ordinaire.
L'éclairage oblique peut être obtenu au moyen d'un prisme adapté sous la platine, comme l'a fait Nachet en 1847.
Quel que soit le mode d'éclairage, il est impossible d'utiliser tous les rayons renvoyés parle miroir, celui-ci, en effet, n'est pas exempt des aberralionset l'on doit surtout recueillir les rayons voisins du centre, une lumière trop vive est d'autre part un défaut, parce qu'elle empêche de saisir les détails, on régularise l'éclairage au moyen de diaphragmes adaptés au-dessous de la platine.
Le diaphragme est formé par une plaque circulaire percée de trous et mobile sur un axe fixé au-dessous de la platine, de façon que chacun des trous puisse être amené au centre de l'ouverture de la platine, les trous doivent avoir des bords très-nets et leur diamètre varie suivant le grossissement employé, ou suivant l'intensité de la lumière; avec les objectifs très-puissauts, le diaphragme présente une ouverture semblable à une piqûre d'aiguille. Les diaphragmes sont diversement disposés, les plus employés représentent des cylindres qui se vissent sous la platine et dans lesquels on ajuste les diaphragmes de divers diamètres. Les diaphragmes cylindriques sont préférables, mais ils nécessitent des dispositions qui ont été très-variées dans le but de permettre de remplacer facilement un diaphragme par un autre sans déranger la préparation ou l'éclairage. Enfin depuis Dujardin on a construit des diaphragmes condensateurs dans lesquels existe un système de lentilles achromatiques, permettant de recueillir les rayons lumineux, soit à leur foyer, soit au-dessus ou au-dessous, c'est-à-dire convergents ou divergents.
Microscopes spéciaux. Il n'entre pas dans notre plan d'étudier toutes les modifications introduites dans la construction des microscopes. Eu parcourant les catalogues de Nachet, Chevalier; les dessins des traités de Frey, de C. Robin, de Harting, Carpenter et Queckett, on verra combien sont variées les dispositions particulières aux constructeurs, à Nachet, Chevaher, Verryck, en France; Powel etLealand, Smith et Beck, Ross, Piliischer, Baker-Higley, en Angleterre; Plossl, à Vienne; Schiek, à Berlin; Zeis, àléna, etc. La plupart de ces modifications concernent la forme du pied, les mouvements de la platine, le mode d'inchnaison du tube, enfin la grandeur du modèle ; c'est ainsi qu'on a construit le microscope de poche, le microscope à observation des faces horizontales, le microscope à main servant à la démonstration, les microscopes montés de manière à permettre l'observation de la cornée ou des diverses surfaces, tels que Ross et Nachet les ont récemment inventés.
Parmi les modifications les plus importantes, il faut compter celles qui ont été la conséquence de l'application du prisme au microscope et dont le mérite revient à Amici. Le prisme a permis, non-seulement la construction du microscope horizontal, mais il a donné la possibilité de construire des microscopes à plusieurs corps, c'est-à-dire permettant l'examen par plusieurs oculaii'es, et conséquemnient par plusieurs observateurs, d'un même objet grossi par un seul objectif. Les plus simples sont les microscopes binoculaires. Nous avons vu que Chérubin,
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en 1681, et Jahn, en 1702, a\aient construit des microscopes binoculaires; mais ils ne pouvaient pas fournir des images nettes ; il n'en est plus de même des microscopes binoculaires inventés par Riddell (1853), en Amérique; Nachet, en France (1852), et Wendham, en Angleterre.
Il faut distinguer dans ces microscopes deux genres particuliers : en premier lieu ceux qui donnent des images stéréoscopiques, et qui servent à l'observation par les deux yeux ; dans ceux-là, une disposition spéciale de plusieurs prismes placés au-dessus de l'objectif donne lieu à deux images recueillies par deux corps de microscope qui peuvent s'écarter ou se rapprocher, suivant que les yeux sont plus ou moins distants; c'est M. Âlired Nachet qui, le premier, a réussi à construire un microscope de ce genre, réellement stéréoscopique, circonstance due à la disposition des prismes, laquelle permet l'entre-croisement des images. Les autres microscopes multioculaires sont destinés à permettre à plusieurs personnes d'observer la même démonstration. Nachet a construit un microscope composé de trois tubes permettant à trois personnes d'observer en même temps la même préparation. Ces instruments sont d'une application très-restreinte en France, à cause de leur prix.
L'emploi du prisme a produit une disposition très-importante, celle du microscope renversé, qui permet d'examiner les objets par leur face inférieure, la platine se trouvant placée au-dessus de l'objectif. L'avantage de cette disposition est très-considérable dans les recherches chimiques, parce que la lentille objective n'est pas soumise au dégagement des vapeurs des divers produits employés dans les préparations. Ces microscopes sont désignés sous le nom de microscopes renversés pour les observations chimiques. Chevalier (1859), Nachet (1850), Laurence Smith, en ont construit les premiers modèles. Ils peuvent être utilisés dans les recherches d'histologie normale, quand on veut étudier l'influence des gaz^ des diverses vapeurs sur les éléments ou les tissus ; dans ces cas, on ajuste à la platine des appareils particuliers portant le nom de chambres ou cellules spéciales, et permettant d'examiner les éléments dans des liquides ou des gaz à température constante.
M. Nachet a récemment construit un microscope renversé d'un grand modèle, basé sur un principe tout différent et constituant une innovation très-importante. Nous avons vu que l'oculaire amplifie l'image de l'objectif, et que plus l'oculaire serait éloigné de l'objectif, plus le grossissement serait prononcé; mais, pour que l'image ainsi obtenue soit nette, elle doit représenter tous les faisceaux fournis par l'objectif. Or ces rayons sont d'autant plus divergents que la distance de l'oculaii-e à l'objectif est plus grande ; il faudrait donc employer des lentilles oculaires d'un diamètre considérable pour une grande longueur du corps du microscope; en outre, celle-ci constituerait un très-grand désavantage pour l'observateur; avec la lentille de champ on a pu diminuer cette longueur, mais elle est restée soumise à la hauteur habituelle des tables et surtout à la distance de la vision distincte; en augmentant la puissance des verres de champ, on multiplierait les causes de diffusion ou d'imperfection de l'image. M. Nachet a eu l'idée de diviser le tube en deux parties coudées à angle aigu ; l'une, verticale, {lorte à son sommet l'objectif, c'est le tube renversé; l'autre, s'élevant obliquement à angle très-aigu, est surmontée par l'oculaire; au point d'intersection est placé un miroir à surface supérieure argentée, incliné de façon à ce qu'il renvoie de bas en haut, dans le coude oculaire les rayons reçus de haut en bas par le tube vertical objectif. La distance totale qui sépare l'objectif de l'oculaire est ainsi portée
à 90 centimètres, et l'on peut observer avec l'objectif à immersion à des grossissements de 5,000 et 4,000. L'intervention du miroir argenté, qui ne nuit ni à la quantité de lumière, ni à la netteté des images, a permis de porter à ses limites extrêmes la distance de l'oculaire à l'objectif, réalisant ainsi les tentatives anciennes de l'utilisation du pouvoir grossissant de l'oculaire.
Comme microscopes spéciaux, nous aurions à signaler les microscopes solaire et photo-électrique, le microscope à gaz; mais ces instruments diffèrent essentiellement de ceux que nous venons de décrire, ils seront étudiés à l'article Op- TiQDE. Le microscope catadioptrique ne présente plus qu'un intérêt historique. L'idée première d'employer le pouvoir grossissant des miroirs elliptiques ou concaves à l'examen des petits objets appartient à Newton ; mais ce n'est que depuis Barker (1736) el Smith (1758) qu'on a construit des instruments de ce genre pouvant servir à l'observation. Amici, Cuthbert, Pott, Tulley, Brewster, ont multiplié leurs essais depuis ces quarante dernières années sans avoir réussi à faire admettre ces microscopes. Le principe en est très-simple ; la lentille objective est remplacée par un système de miroirs qui donnent une image grossie de l'objet examiné ; celle-ci est d'ailleurs observée et amplifiée par un oculaire. Les miroirs sont au nombre de deux et placés au fond du corps du microscope ; l'un, elliptique, a sa concavité tournée vers l'oculaire ; un petit miroir est placé au devant du premier, de façon à envoyer au miroir concave l'image des objets placés audessous de lui, dans une ouverture pratiquée au tube, et au niveau de laquelle est disposée la platine; l'image de l'objet est renvoyée par le petit miroir plan incliné au miroir elliptique, et celui-ci renvoie une image amplifiée, que l'on examine avec l'oculaire. En théorie, l'emploi du miroir devait annuler les difficultés de construction de l'objectif; mais, comme le grossissement dépend surtout de l'oculaire, car le miroir donne un grossissement constant, ces microscopes ne peuvent être puissants, et d'ailleurs leur foyer est beaucoup trop court.
Accessoires du microscope. On peut grouper sous ce titre des appareils qui constituent des moyens de rendre l'observation microscopique plus précise, soit par le mode d'éclairage, soit en permettant la mensuration, le dessin et la reproduction des images, ou répondant à des observations spéciales, telles que l'étude des caractères de polarisation et de spectroscopie, soit enfin ceux qui servent à évaluer le grossissement du microscope, et le pouvoir pénétrant des lentilles, enfin les accessoires de la platine destinés à étudier l'action des gaz, des vapeurs, l'influence de l'électricité sous ses diverses formes. Quelques-uns d'entre eux seront décrits dans divers paragraphes, les plus importants doivent nous arrêter ; ce sont les micromètres, la chambre claire, les test- objets.
Micromètres. Micrométrie. On donne le nom de micromètres à des instruments destinés à mesurer la- grandeur des objets examinés au microscope, et à apprécier le pouvoir grossissant des microscopes. Les premières tentatives faites dans le but d'apprécier la grandeur des objets microscopiques, ont pour auteurs les premiers observateurs ou constructeurs.
La méthode employée primitivement par Robert Hooke, empruntée à la pratique des astronomes, est encore l'une des plus simples, mais elle réclame une Vision parfaite et une grande habitude. C'est la méthode de la double vision. Elle consiste à observer par un œil, l'œil gauche par exemple, à travers l'oculaire, l'image amplifiée, en même temps que l'œil di^oit fixe une règle divisée en fractions de pouces et placée à la hauteur de l'objectif ; on peut avec un certain effort d accommodation voir l'image de l'objet superposée à la règle divisée, et mesurer
le nombre de divisions qu'elle occupe. Si l'objet examiné est mesuré d'avance dans sa grandeur réelle, qu'il représente par exemple un dixième de millimètre, on peut suivant le nombre de divisions auxquelles il correspond sur la règle placée à côté de l'objectif, conclure au grossissement total ou apparent du microscope, et si ce grossissement est préalablement déterminé, ou peut, à l'aide d'un simple calcul, déterminer la grandeur réelle de l'objet.
Ce procédé est employé pour dessiner les objets, mais il n'est pas assez exact pour servir de base à la mensunition des objets microscopiques et moins encore à la mesure du grossissement réel.
Leeuwenhoeck (1684), employait un moyen plus simple en apparence, il comparait directement les objets observés et des grains de sable dont il déterminait approximativement le volume par le nombre de grains contenus dans une surface d'un pouce carré. 11 est remarquable qu'un procédé aussi simple ait permis à Leuwenhoek une approximation assez précise, c'est ainsi qu'il évalue le volume du globule rouge du sang à -^^tô ^^ pouce, c'est-à-dire près de 1 centième de millimètre, l'erreur n'est que de quelques millièmes de millimètres, puisque le globule rouge mesure en moyenne 7 millièmes de millimètres.
Un piincipe très-différent présida à la construction des premiers micromètres exacts, basés sur l'emploi des vis, tels sont les micromètres de Martin 1759, d'Adanis, qui étaient appliqués sur l'oculaire, une aiguille pénétrant dans le tube du microscope, par conséquent permettant de fixer un point de l'image, est mise eu mouvement intérieurement par une vis dont les pas ont un écartement mesuré à l'avance ; un système particulier ou indicateur du nombre des tours de la m's permet extérieurement de mesurer la course parcourue par l'aiguille, c'est-à-dire le nombre de tours de vis nécessaire pour que l'aiguille parcoure toute la largeur de l'objet examiné. On peut ainsi déduire la mesure de cet objet. Ailleurs, comme dans le micromètre d'Adams, c'est un vernier extérieur qui mesure l'étendue du mouvement.
Le micromètre oculaire à vis a été perfectionné; l'emploi de la vis a été transporté de l'oculaire à la platine, cependant tous ces procédés complexes ont été abandonnés, parce que les progrès de la gravure micrométrique, ou l'art de tracer sur le verre, des divisions très-fines et très-rapprocbées, a permis l'emploi de micromètres beaucoup plus simples.
Les micromètres en verre, sont des disques ou des lames qui portent à leur centre des divisions de la ligne ou du millimètre, représentées par des traits d'une délicatesse extrême.
Déjà à la fin du dix-huitième siècle, Coventry avait pu diviser le pouce en des intervalles correspondant à ^^ de millimètre, actuellement depuis les remarquables niicromètres de Nobert dont les divisions ont été portées à un deux-millièmes de millimètre, oïi peut se procurer au prix de 50 francs un micromètre présentant la division du millimètre en 1000 parties, et pour 10 francs un micromètre offrant le centième du millimètre !
Le micromètre à divisions aussi fines est destiné à être examiné sur la platine, comme un objet microscopique, d'où le nom de micromètre objectif, à lui seul il permettrait la mensuration des objets, et il a été autrefois employé dans ce but, il est évident que l'espace occupé par un globule rouge sur un micromètre objectif employé comme plaque de verre, occupera un certain nombre de divisions qui expriment en millièmes de millimètres, si le millimètre a été divisé en 1000 parties, la lai-geur du globule. Mais on conçoit qu'un pareil moyen de mensuration ue
répond pas aux nécessités de la pratique, c'est pourquoi le micromètre objectil' est employé comme moyen de mensuration du grossissement du microscope plutôt que comme moyen de détermination de la grandeur des objets, mais nous verrons qu'il offre une grande importance dans les épreuves préalables qui permettent la mensuration.
Le micromètre appliqué à l'oculaire, ou oculaire micrométrique, est l'instrument usuel dans la pratique du microscope, il consiste en un disque de verre portant de fines divisions, soit comme le fait avec raison Nachet, 1 millimètre divisé en 10 parties. Ce disque est introduit dans l'oculaire sur le diaphragme, entre la lentille oculaire et la lentille de champ, par conséquent lorsqu'on regarde à travers l'oculaire on aperçoit les divisions du micromètre plus ou moins grossi suivant la puissance de la lentille de l'oculaire ; cet oculaire micrométrique étant mis dans le tube du microscope comme un oculaire ordinaire, on aperçoit à la fois l'objet qu'on examine et les divisions du micromètre, par conséquent on peut calculer le nombre de divisions correspondant à la largeur d'un élément anatomique , et l'oculaire étant mobile en tous sens, on peut toujours niettie les divisions en rapport avec les deux bords extrêmes d'un élément ; pour conuaitre la grandeur réelle de celui-ci, il suffit de connaître la valeur d'une division micrométrique, or les fabricants d'instruments doivent toujours donner une table indiquant la valeur des divisions micrométriques correspondant au numéro de l'oculaire et de l'objectif. Il suffit d'avoir soin de tenir le tube élevé, pour ces observations. On peut donc, à l'aide du simple oculaire micrométrique, étant établie la table des grossissements, apprécier très-facilement la grandeur des éléments.
L'oculaire micrométrique et l'oculaire objectif servent en outre à calculer le grossissement des microscopes, ainsi que nous le verrons plus loin.
La chambre claire ou caméra lucida est uu appareil employé par les dessinateurs et dont la description appartient à la physique. Nous ne nous occuperons ici que des applications faites au microscope. Le but de la chambre claire est de permettre de voir en même temps la préparation et un plan situé à côté du microscope, de façon que l'image vienne se placer sur ce plan et qu'on puisse en suivre les contours à l'aide d'une pouite de crayon, c'est-à-dire exécuter le calque de l'image. Des procédés assez nombreux remplissent cette condition. Dès 1825, Sœmmering employait un petit miroir placé au-dessus de l'oculaire, et renvoyant à l'œil de l'observateur l'image du microscope et l'image d'un plan de papier placé au voisinage. WoUaston, en utilisant le prisme, a construit une chambre claire qui est l'origine des perfectionnements ultérieurs. Araici, et après lui Chevalier, puis Nobert, Oberhaûser et Nachet ont composé des chambres claires qui permettent de décalquer les images microscopiques avec une grande précision, lorsqu'on a pris l'habitude du maniement de ces instruments. La chambre claire la plus employée en France est celle de Nachet, elle offre l'avantage de pouvoir être appliquée sur le microscope vertical. Elle se compose d'un prisme à peu près rhomboïdal, enchâssé dans une armature mobde sur un collier qui s'adapte facilement au-dessus "de l'oculaire.
Le prisme présente deux surfaces obliques disposées de telle façon que l'image du papier et du crayon placée horizontalement à côté du microscope, est réfléchie vers l'œil de l'observateur qui regarde l'oculaire : en outre un petit pribinc est collé sur la face incUnée du prisme superposée à l'oculaire, de sorte que la face inférieure horizontale du petit prisme paiallèlo à l'oculaire, reçoit les rayons
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provenant du microscope ; comme cette face inférieure du petit prisme et la face supérieure du grand prisme sont parallèles et horizontales, les rajons ou l'image reçue par l'oculaire traversent sans déviation les deux prismes, i'image microscopique arrive à l'oeil en même temps que l'image du papier et du crayon, celle-ci étant réfléchie par la partie ouverte du prisme.
Du grossissement des microscopes. Le prohlème de la détermination du pouvoir amplifiant des microscopes ou du grossissement est résolu par des procédés divers qui reposent sur l'emploi des micromètres et de la chambre claire. Le procédé de double vision n'offre pas de garanties suffisantes, et même pour les procédés que nous allons signaler, il y a certaines difficultés pratiques à surmonter, cependant un micrographe doit s'exercer à la mensuration des grossissements, parce que, pour un instrument et le même observateur, les conditions de l'examen restant identiques, certaines causes d'erreur disparaissent, et un observateur qui a établi le pouvoir amplifiant du microscope qu'il emploie habituellement, peut, en se servant d'échelles construites par lui, rendre singuhèrement facile la mensuration et la reproduction des objets d'étude.
Le premier procédé exact pour la détermination du grossissement est celui d'Amici (1821). Il est basé sur l'emploi du micromètre objectif et de la chambre claire ; un micromètre objectif, ou plaque divisée en centièmes de millimètres, est placé sur la platine ; il est examiné comme une préparation et au moyen de la chambre claire l'image en est reportée sur un écran de papier placé à la distance de la vision distincte, 22 à 25 centimètres suivant la vue de l'observateur, de sorte qu'on peut ainsi retracer sur l'écran les intervalles amphfiés qui séparent les divisions micrométriques ; on décalque donc sur le papier les centièmes de millimètres amplifiés, il suffit alors de mesurer avec un millimètre la valeur de l'écartement des divisions. Supposons qu'un centième de milhmètre représente sur le papier un espace de 1 millimètre, on conclura que l'image du centième de millimètre a été amplifiée cent fois. Malheureusement ce procédé si simple est accompagné d'erreurs que MM. Robin et Nachet ont mises en évidence. Le grossissement ainsi obtenu n'est qu'apparent, il est très-supérieur au grossissement réel, parce que l'on suppose que l'image perçue est reportée à la distance de la vision distincte ; il n'en est pas ainsi, et l'image est instinctivement reportée à une distance moindre, soit environ 45 à 14 centimètres, de sorte que les calculs étabUs par ce procédé représentent des grossissements supérieurs des trois quarts à l'amphfication réelle.
Le procédé de Robin, basé sur l'emploi du micromètre objectif et d'un micromètre oculaire particulier, est certainement le plus exact et le plus facile à employer. On emploie d'une part un micromètre objectif divisé eu centièmes de millimètres placé sur la platine comme une préparation, d'autre part un oculaire micrométrique construit de telle façon que la plaque micrométrique soit divisée en dixièmes de millimètres, la lentille frontale grossit 10 fois, par conséquent montre les divisions micrométriques de la gi-andeur d'un millimètre ; regardant par cet oculaire le micromètre objectif, on voit suivant les objectifs employés qu'un certain nombre des centièmes de millimètre du micromètre objectif correspond exactement à plusieurs divisions de l'oculaire micrométrique ; supposons qu'on observe ainsi que l'image grossie d'un centième de milhmètre se superpose à quatre divisions du micromètre oculaire, on conclura que un centième de milhmètre est vu dans la grandeur de 4 millimètres, donc l'appareil tout entier a un pouvoir amplifiant égal à 400, c'est-à-dire que le microscope grossit 400 fois,
mètres, c'est-à-dire que le grossissement est égal à 50 : -^ ou — -^ ou
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dans les conditions données de la distance de l'objectif à l'oculaire, et des lentilles employées. Dans la pratique, ce procédé se modifie, on emploie seulement la pax'tie centrale du micromètre oculaire, c'est-à-dire qu'on cherche combien 50 divisions de 1 dixième de millimètre recouvrent de centièmes de millimètres sur le micromètre objectif, un calcul très-simple permet de déterminer le grossissement; par exemple si les 50 dixièmes de milhmètre sur l'oculaire correspondent à l'image de 12 divisions du micromètre objectif, on conclura que 12 centièmes de millimètre sont vus par l'oculaù-e, dans la grandeur de 50 milli-
-— r-, soit 416. En d'autres termes, on obtient le grossissement en divisant
5000 par le nombre des divisions micrométriques objectives auxquelles se superposent les 50 divisions micrométriques oculaires.
Il existe d'autres moyens de mesurer le grossissement, mais ils ne sont pas pratiqués, tel est le calcul des grossissements basé sur la distance focale de chacune des lentilles employées ; diverses formules ont été indiquées dans ce but, celle de Yerdet en est un exemple • appelons G le grossissement total du microscope, g le grossissement de l'objectif qu'on détermine à l'avance, A la distance de la vision distincte, et /"la distance focale principale de l'oculaire, on calculera
le grossissement total suivant la formule suivante : G = g ( 1 -1--7.).
Cette formule donne le grossissement, mais non la puissance du microscope ; celle-ci est représentée : par le quotient du grossissement par la distance de la vision distincte.
Si l'on songe à la complexité des lentilles employées, qui forment de" véritables doublets ou des triplets, dans lesquels la valeur du grossissement est exprimée par des formules spéciales, on comprend combien il serait difficile de mesurer la distance focale d'un objectif très-puissant, de sorte que le cidcul n'est pas un moyen pratique. D'ailleurs, la mesure du grossissement ou de ia puissance ne suffit pas ; nous avons, à propos de l'objectif, parlé du pouvoir définissant, du pouvoir pénétrant et du pouvoir résolvant. Ces qualités de la lentille objective sont les qualités du microscope, on les apprécie au moyen d'épreuves basées sur l'examen de prépai'ations spéciales qui portent le nom de test'objets ou objets d'épreuve.
Les test-objets ou préparations d'épreuves. L'idée première d'employer des écailles de papillons connue un moyen d'apprécier la puissance du microscope, suivant que certains détails d'une finesse extrême sont aperçus, appartient à Leeuwenhoeck, qui observa sur la poussière des ailes du papillon du ver à soie des stries parallèles visibles seulement à un fort grossissement, trouvant chez les autres papillons des stries plus ou moins fines, il montra qu'on pourrait établir une série de préparations dans lesquelles les stries seraient de plus en plus fines et difficilfts à apercevoir, par conséquent pouvant servir à éprouver la puissance des microscopes. Le Baillif, en 1823, et surtout Goring, ont mis en relief l'importance des test-objets ; dans un remarquable chapitre de son Microscopic Cabinet, Goring fait l'histoire des test-objets et les divise en deux groupes, comprenant d'une part les test-objets transparents servant à reconnaître le pouvoir pénétrant, et les test-objets opaques permettant d'apprécier le pouvoir définis-
sant. Los test-objets de Goriiig sont iioiubrcux, ils consistent pour la plupart eu écailles ou plumules d'ailes de papillon ; parmi les plus employés autrefois étaient les écailles de la Forbicine ou Lepisma saccharina, insecte de l'ordre des Tliysanoures, dont les écailles sont rondes ou coniques ; les écailles rondes présentent deux ordres de stries longitudinales et transversales qui, en se réunissant, forment des stries obliques qu'on ne voit distinctement qu'avec un grossissement de 100 à 150 diamètres ; dans les écailles des ailes de Pieris brassicœ (grand papillon du chou), on ne peut voir nettement l'entre-croisement des fibres transversales et longitudinales qu'à l'aide d'un grossissement de 300 à 400 fois. Amici, en 1846, employait comme test-objet les écailles du papillon Satyrus janira, lesquelles présentent des ligues longitudinales et des lignes transversales, celles-ci étant éloignées de pj,Vo ^^ millimètre.
Actuellement on emploie de préférence des test-objets constitués par les cellules des diatomées, algues microscopiques composées d'articles ou cellules dont la paroi siliceuse présente des stries ou des rugosités d'une finesse extrême qiii ne peuvent être appréciées, ou, en d'autres termes, qu'on ne peut résoudre qu'à l'aide d'objectifs très-puissants. Parmi eux, le Pleurosigma anc/ulala est un des test- objets qui ont le plus exercé la sagacité des micrograpbes. En effet, ce testobjet qui représente à un faible grossissement un losange à angles arrondis, d'apparence unie, offre avec les objectifs puissants, grossissant de 100 à 200 fois, . trois combinaisons de lignes transversales ou obliques qui circonscrivent de petits hexagones. M. Lackcrbauer, avec l'objectif à immersion n" 7, de Nachet, a pu obtenir des photographies qui paraissent prouver que ces hexagones représentent de véritables saillies arrondies.
La Navicula affinis ou test d'Amici, présente des stries longitudinales qu'on peut voir avec l'éclairage oblique et un bon système à immersion, et des raies transversales très-ténues séparées par un intervalle de 2 dix-millièmes de ligue de Paris, soit environ 6 dix-millièmes de millimètre.
Cette finesse remarquable des stries donne à ce test-objet une grande valeur; il a, en effet, servi à l'Exposition de Londi'es de 1 862 comme moyen d'épreuve des microscopes. 11 existe d'autres test-objets tels que la surirella gemina, la grammatopliora, etc., etc.
Les test-objets que nous nous contentons de citer, renvoyant aux traités de Harting et de Garpenter ceux qui désireraient une étude plus approfondie, sont empruntés au règne animal, ils présentent quelques imperfections, ils ne sont pas mathématiquement identiques les uns avec les autres, c'est pourquoi un mécanicien des plus habiles a cherché à les remplacer par des test-objets construits mécaniquement. Nobert est arrivé à une perfection extraordinaire en construisant des plaques à graduations tellement fines que celles du premier groupe représentent pour 1 millimètre 445 lignes parallèles, or il a fabriqué trente groupes dont le dernier offre 5544 stries pour 1 millimètre.
Le seul inconvénient de ces plaques d'épreuve est la difficulté de leur exécution et par suite leur prix.
il ne faut pas perdre de vue que les test-objets permettent surtout d'apprécier le pouvoir résolvant des microscopes, qui ne représente qu'une partie des qualités nécéssaii-es aux études histolôgiques ; on emploie, pour résoudre c'est-à-dire distinguer et analyser les stiies, la lumière oblique, moyen d'éclairage adju- \imt en liistologie. Cependant l'étude des test-objets est un excellent exercice pour ceux qui veulent acquérir promptement l'habitude de bien interpréter les
images fournies par le microscope, et se former à l'usage des divers modes d'éclairage.
Représentation des objets microscopiques. La reproduction des images observées au microscope est un complément nécessaire des études micrographiques, elle permet, d'une part, de fixer des détails qui peuvent n'être pas permanents dans les préparations : d'autre part, le micrographe est le meilleur dessinateur des préparations microscopiques, pour lesquelles il existe peu d'artistes capables de reproduire les images en se servant du microscope. Enfin le dessin est le moyeu de se familiariser avec la grandeur des éléments ; et la nécessité de suivre par le dessin les détails d'un élément ou d'un tissu est une garantie de persévérance dans l'observation, et conséquemment de l'exactitude dans la description. Il y a plusieurs moyens de dessiner les objets observés au microsco[)e, le plus simple consiste à copier sur le papier les images microscopiques, mais ce procédé suppose une grande habitude du dessin, et de plus, il n'existe pas de guide certain, permettant à l'œil de reproduire les dimensions exactes de l'objet observé. Le procédé de la double vision consiste à regarder la préparation avec l'oeil gauche, et à reproduire avec l'œil droit sur un papier disposé à la distance de la vision distincte ou à la hauteur de la platine le tracé des détails observés, de façon que la préparation et le dessin se superposent exactement et que celui-ci représente un calque de celle-là. Ce moyen n'est accessible qu'à des micrographes habiles, et pour ceux-là même il présente des causes d'erreur dans l'appréciation du volume ou de la grandeur des éléments. En effet, dans la double vision, pour obtenir des images réellement semblables par les deux yeux, il faut que l'accommodation soit la même, or l'œil qui examine dans l'oculaire tend à s'accommoder pour \epunctumproximum, par conséquent pour une distance de 15 à 15 centimètres, chez un observateur emmétrope, c'est donc à 15 centimètres environ ou à ime distance qu'il faut rechercher empiriquement pour chaque observateur qu'on devra disposer le papier sur lequel on dessinera. Il est nécessaire ordinairement de surélever le papier à dessin de façon qu'il soit plus rapproché que la platine, c'est-àdire vers le milieu du tube du microscope. Si le papier est plus haut ou plus bas, le dessin représentera des propositions agrandies ou diminuées de l'image, enfiw pour les parties centrales du microscope la double vue donne des images qui u'out pas le même grossissement que pour les parties périphériques.
Ces difficultés et ces causes d'erreur expliquent pourquoi le dessin à l'aide de la double vision, fort utile quand on veut procéder rapidement, n'offre pas à lui seul des garanties d'exactitude suffisantes.
Il est un moyen de rendre ce procédé beaucoup plus exact, c'est de le combiner avec l'usage de la chambre claire, comme je l'indiquerai plus loin.
Le procédé le plus ordinaire de reproduction des images microscopiques est basé sur l'emploi de la chambre claire. Au point de vue technique il présente des particularités suivant l'appareil employé, par exemple avec le prisme à dessin ordinaire, il faut disposer près du microscope un plan incliné ou un pupitre qui permet de calquer l'image reportée sur le papier à dessin. Je décrirai le procédé qui m'a paru présenter les conditions les plus favorables dans la pratique habituelle. Je donne la préférence à la chambre claire de Nachet. Celle-ci étant montée sur le tube du microscope et le tube étant baissé, on écarte la chambreclaire, qui est mobile sur un pivot, on dispose sur la platine la préparation de façon que les parties à dessiner soient le plus près possible du centre, et alors on pousse la chambre claire jusqu'à ce au'elle corresponde au centre de l'oculaire, et
que la partie ouverte du prisme soit dirigé vers la droite. Ensuite sur un coussin ou une boîte un peu plus élevée que la platine, soit de 1 centimètre au-dessus, je place un carré de papier Bristol teinté en bleu ou gris bleuté. En examinant à travers le prisme on voit l'image de la préparation reportée sur le papier, et alors avec un crayon fin, on en décalque les contours.
Il y a des difficultés assez nombreuses dans l'emploi de la chambre claire, elles dépendent de la hauteur à laquelle on place le plan à dessiner, de l'éclairage variable de la préparation ou du papier à dessin, de l'amplitude doimée par un oculaire à fort grossissement.
Si on place le papier à dessin trop haut, on aperçoit mal le crayon et l'on ne peut décalquer, si on place le papier trop bas, soit sur la table, à la hauteur du pied, l'image est très-araplifiée, les dessins sont trop grands pour être reproduits par des planches, et de plus, comme la chambre claire ne renvoie pas les images verticalement mais un peu obliquement il y a déformation des éléments observés. C'est pourquoi la hauteur moyenne de la platine dépassée d'un centimètre est un point intermédiaire préférable. Cette hauteur correspond avec le microscope Nachet et le tube baissé à 16 centimètres environ; le plan à dessiner doit dépasser laplaliire, parce qu'on peut ainsi rapprocher le dessin du corps du microscope et gagner sur la surface à dessin 2 à 5 centimètres qui permettent de reproduire une plus grande étendue du champ d'observation, tout en maintenant la préparation et le dessin rapprochés du centre.
Lorsqu'on n'a pas à dessiner des détails extrêmement délicats, il vaut mieux employer avec la chambre claire de faibles'oculaires, parce que le champ étant moins grand, on peut représenter une étendue plus grande de la préparation. L'éclairage relatif de lobjet observé et du papier à reproduction demande certaines précautions ; il faut que l'un et l'autre soient à peu près également éclairés. A cet -effet, comme ordinairement le papier blanc est trop lumineux, on emploie du papier gris bleuté, on obtient un effet semblable en interposant, entre le papier à dessin et la fenêtre qui éclaire, un écran de verre bleu ou de papier huilé qui fait ombre sur le papier et permet de- se servir de toute espèce de papier à dessin. D'ailleurs, dans la pratique, on apprend facilement à modifier l'éclairage du papier; on emploiera en outre des crayons finement taillés, ou même un petit moyen très-utile, consistant à déposer au-dessus de la pointe du crayon un peu de couleur blanche, qui met eu relief la pointe du crayon.
Toutes ces précautions pourraient paraître minutieuses ; mais elles ont l'avantage de permettre une précision plus grande du dessin et elles sont dans ]>ien des cas indispensables ; en effet, c'est grâce à elles que l'on peut suivre des transformations de forme qui s'opèrent rapidement. Pour citer un exemple, j'ai pu, grâce à ces moyens, dessiner avec précision onze modifications successives de la forme d'un leucocyte, examiné pendant vingt minutes, et il m'eût été facile de produire entre chaque type de mouvement amiboïde deux ou trois dessins intermédiaires. {Sur les mouvements dits AmiboUes, Archives générales de médecine, juin-juillet 1866.)
La chambre claire offre en dernier heu, lorsque le procédé est basé sur des règles ainsi fixées, l'avantage de servir aux mensurations habituelles. Quand on examine à une distance constante et avec les mêmes objectifs, on peut remplacer la mensuration micrométrique par un procédé plus simple, consistant à exécuter d'avance des échelles ou mieux des cadres micrométriques répondant ù chacun des objectifs ou des oculaires que l'on emploie habituellement.
Pour faire les échelles, on examine avec la chambre claire et les divers objectifs ou oculaires un micromètre objectif, soit un millimètre divisé en 100 ou 500 parties, et l'on décalque sur le papier les divisions telles qu'on les observe. On a ainsi tracé une échelle représentant le centième ou le demi-centième de millimètre, si on examine alors le micromètre dans un autre sens, c'est-à-dire en le disposant à angle droit sur la direction première, on obtient mie nouvelle image de divisions perpendiculaires à celles qu'on vient d'observer, et alors on peut calquer des divisions qui coupent les précédentes à angle droit ; on obtient ainsi des divisions qui, pour la partie centrale du champ, sont à peu près carrées, et représentent une échelle dans le sens vertical et dans le sens horizontal. Il suffit alors de reporter ces échelles, sur du papier transparent ou de la toile à décalquer que l'on fixe sur un cadre de carton. On inscrit les numéros de l'oculaire et de l'objectif, de sorte qu'étant donné un dessin exact à la chambre claire fait dans les conditions exactement semblables, on peut rapidement mesurer la grandeur des éléments en appliquant l'échelle transparente sur le dessin.
Un moyen de reproduction des images, qui a reçu depuis quelques années de grands perfectionnements, est la reproduction photographique. On a inventé de nombreux appareils qui, appliqués sur les microscopes, permettent d'obtenis^^ne photographie des images telles que les donne l'objectif. Les premiers essais de photographie microscopique ont été appliqués au microscope solaire par Donné (1840) et Vincent Chevalier (1840), et depuis les travaux de Moitessier, de Girard les procédés ont été portés à un degré d'exactitude qui a permis à Lackerbauer, Gerlach, Roudanouski, Luys, Duchenne de Boulogne, de publier des photographies remarquables; mais comme ce moyen n'est pas d'une apphcation ordinaire dans la pratique, nous n'avons pas à insister sur la technique compliquée qu'il comporte, et que l'on trouvera dans les ouvrages suivants : (Moitessier, la Photographie appliquée aux recherches microscopiques, Paris, 1866 ; — J. Girard, la Chambre noire et le microscope, photographie pratique, Paris, 1869).
Il nous reste à signaler parmi les accessoires du microscope des appareils répondant à des recherches spéciales. Les uns servent à étudier certaines propriétés de la lumière, tels sont le polarimètre et le spectroscope ; ils seront décrits dans des articles spéciaux, les autres, beaucoup plus nombreux, ont pour but de favoriser l'éclairage, tels sont les diaphragmes condensateurs de Dujardin, de Ross et le miroir réflecteur de Lieberkuhn destiné à éclairer les objets opaques.
On a utilisé dans l'observation microscopique divers modes d'éclairage artificiel ; en général on est obligé d'adapter aux diverses lampes employées des réflecteurs ou même des écrans de verre dépoli ou de verre bleu, qui ont nécessité la construction de lampes spéciales, telles que la lampe à gaz de Higley.M. Ranvier emploie un mode d'éclairage qui a l'avantage de donner une lumière monochromatique. L'appareil que M. Ranvier a installé au laboratoire du Collège de France est construit sur le principe de la combinaison d'un bec de gaz et d'un bec fournissant un courant d'air obtenu par pression hydrauhque. Un fil de platine trempé dans une dissolution de soude est placé dans la flamme et donne une belle lumière jaune.
Les divers accessoires de la platine sont les valets, ou tiges de cuivre, destinés à maintenir les préparations dans les microscopes fixes ou inclinés ; les plus simples sont des lamelles portant un pivot qui se place dans des trous pratiqués à travers la platine; dans les microscopes perfectionnés, les valets sont installés sur la platine de façon à pouvoir être facilement manœuvres, et même on a rendu
leurs mouvements plus précis encore à l'aide de vis permettant les déplacements les plus délicats. On emploie égilement des platines spécialement disposées pour étudier l'action des courants électriques, l'influence de la température sur les éléments. Ces appareils sont plus particulièrement employés dans les recherches d'histologie normale, et quelques-uns seront décrits plus loin.
Emploi do microscope en médecine. Micrographie. Depuis vingt-cinq ans, les progrès accomplis dans la construction et dans les procédés d'investigation du microscope ont placé cet instrument au premier rang parmi les moyens d'observation utilisés dans les sciences naturelles. Le microscope, permettant de découvrir, d'analyser, de comparer des objets qui échapperaient aux recherches les plus minutieuses, appuyé des procédés mécaniques ou chimiques très-nombreux qui facilitent l'étude des particules les plus déliées, devait avoir une influence considérable sur les progrès des sciences biologiques. Les premiers observateurs, les premiers micrographes ont été naturellement portés à exagérer le rôle prédominant des recherches microscopiques dans la solution deS problèmes les plus complexes de la pathologie générale, à un moment oii les moyens d'observation et de contrôle n'étaient pas suffisamment exacts ou multiphés. Aujourd'hui, il n'est plus nécessaire de montrer que l'instrument et la méthode d'observation ne sont pas responsables des divergences dans l'interprétation des résultats qu'ils peuvent produire. Le microscope n'a pas en réalité fondé une science spéciale appelée micrographie. On ne peut admettre sous ce titre que l'ensemble des procédés techniques permettant l'étude, au moyen du microscope, des nombreux objets qu'elle comporte. Le micrographe est celui qui, connaissant ces procédés, les applique ou les perfectionne.
Malgré les oppositions dirigées contre l'importance des déductions des études microscopiques, celles-ci ont pris une place qui s'étend de jour en jour dans les diverses sciences composant le domaine médical. En anatomie, l'histologie ou anatomie générale a été complètement transformée, sinon créée par l'usage du microscope ; la notion vraie des éléments, des tissus, des principes immédiats, des humeurs, a pour base l'emploi du microscope, à ce point qu'on fait quelquefois le terme anatomie microscopique synonyme d'histologie et d'anatomie générale ; mais l'usage ne doit pas consacrer cette expression qui n'est pas bien définie.
En embryogénie, c'est avec le microscope qu'on pourra continuer la série des remarquables découvertes dues à l'emploi de la loupe et des grossissements faibles.
En physiologie, le microscope a déjà fait connaître la composition morphologique des humeurs; il permet de démontrer la circulation; sans le microscope, on ignorerait les mouvements vibratiles, les mouvemenis amiboïdes, les phénomènes intimes delà contraction, ceux des sécrétions glandulaires, de la desquamation épithéliale ; et nous ne parlons pas des conséquences de l'étude des tissus, des éléments ou des humeurs dans ses applications à la physiologie.
En pathologie, les études microscopiques nous donnent le moyen de suivre les processus dans les divers tissus ; l'histoire des tumeurs serait impossible à établir sans le microscope, les affections parasitaires, les transformations des tissus, les néoplasmes ne peuvent être classés naturellement sans l'intervention des caractères reconnus avec le microscope. Il n'est pas une question de pathologie générale dont la théorie puisse être établie sans qu'on y tienne compte, avec une importance variable, mais nécessaire, des données obtenues par l'observation micrographique.
Le microscope est employé en clinique comme un des moyens adjuvants du
diagnostic et du pronostic, permettant l'examen des altérations des humeurs, telles que le sang, l'urine, le pus, les crachats ; il constitue dans certains cas le moyeu le plus certain du diagnostic ; par exemple, dans la néphrite albumineuse, les affections de la vessie, la spermatorrhée, il permet, par l'étude des produits extraits dans une ponction exploratrice, le diagnostic des tumeurs; il a démontré la nature parasitaire de certaines affections cutanées, et fait connaître certaines maladies restées inconnues ; telles sont la leucocythémie, la trichinose, dont le diagnostic s'établit par l'examen à l'aide du microscope.
En médecine légale, le microscope permettant l'examen des tissus, la distinction des tissu* animaux et végétaux, celle des éléments de diverses humeurs, des spermatozoïdes, des globules du sang de l'homme et des animaux, des mucus, des poils, des cheveux, du tissu cellulaire, nerveux, adipeux, donne des renseignements qu'on demanderait vainement à la chimie, et dont la valeur, qui peut être décisive, est désormais reconnue ; les traités de médecine /égale renferment les règles qui doivent présider à ce genre d'examen.
La connaissance des procédés techniques micrographiques est donc indispensable pour le médecin qui doit avoir une éducation complète; c'est pourquoi nous exposerons brièvement la technique microscopique, en ce qui concerne plus particulièrement l'étudiant, l'anatomiste et- le médecin.
La technique microscopique comprend, à proprement parler, l'ensemble des notions physiques et historiques précédemment exposées; leur application au choix du microscope, à l'apprentissage du maniement, à l'examen des objets; enfin, comme partie la plus étendue et la plus difficile à acquérir, la connaissance des procédés qui servent à exécuter la préparation microscopique ; c'est-à-dire tous les moyens employés dans les études microscopiques.
Choix d'unmicroscope. Il est très-important, pour celui qui veut apprendre à se servir du microscope, de posséder, dès le début des études, un instrument perfectionné. Les modèles fabriqués actuellement sont fort nombreux, et chacun d'eux présente certains avantages qui les font employer suivant les conditions dans lesquelles l'observation doit être faite.
Pour l'anatomiste et pour le médecin, les grands modèles de microscopes, dits universels, ne sont pas indispensables ; ce n'est pas par l'usage des modèles les plus perfectionnés que l'on commence les études micrographiques. Les conditions nécessaires du microscope peuvent se résumer brièvement; le corps doit être solide, le tnbe peu élevé, de façon à faciliter l'examen sur des tables ordinaires, la disposition du miroir doit permettre l'éclairage gablique, les diaphragmes seront facilement remplacés les uns par les autres, la vis micrométrique, celle qui sert à la mise au point, doit être facile à manœuvrer, enfin les oculaires et les objectifs réclament un examen des plus sérieux. Nous avons vu que la pmssauce de l'instrument dépend, en premier lieu, de l'objectif; il faudra donc se défier des oculaires trop forts qui tendent à faire croire à un grossissement qui est seulement apparent. Ce n'est pas au début des études (ju'on peut apprécier les qualités d'un bon microscope, il faut avoir recours aux conseils de ceux qui possèdent l'habitude des recherches microscopiques, et surtout se méfier des instruments d'occasion, même lorsqu'ils portent un nom connu, parce que les lentilles peuvent être avariées, ou surajoutées. On peut d'ailleurs s'adresser à nos fabricants les plus en renom : Nachet, Hartnack, A. Chevalier, Verrick, en leur indiquant la nature des travaux que l'on veut entreprendre. 11 ne faut pas viser à l'économie sur les parties capitales ; on peut négliger les accessoires complexes
tels que les vis à mouvements rapides, et même les moyens -d'inclinaison du corps du microscope, et comme le prix est surtout augmenté par le nombre des objectifs, par leur puissance, on peut d'abord n.- choisir qu'un petit nombre d'objectifs, et le mieux est de prendre un microscope auquel on pourra ultérieurement appliquer de forts objectifs, lorsqu'on se sera familiarisé avec l'emploi d'objectifs ordinaires.
D'une manière générale, un bon microscope d'étude doit pouvoir donner jusqu'à 500 diamètres de grossissement réel. Trois oculaires grossissent de 5 à 10 lois. Trois objectifs qui, par leur combinaison avec les précédentes, ont un grossissement de 80 à 600, suffisent pour les études ordinaires.
En prenant chez Nachet les objectifs 1, 5, 5, et les oculaires 1, 2, 5, on peut étudier la plupart des éléments et des tissus.
Dans ces conditions, on trouve chez Nachet des microscopes dont le prix varie entre 150 et 200 francs; le microscope moyen modèle droit, qui peut recevoir un objectif à immersion n" 7, donnant des grossissements jusqu'à 1,400, revient à 300 francs environ; le modèle n" 8 d'Hartnack, dans d'excellentes conditions, coûte environ 575 à 400 francs ; le petit modèle à platine tournante de Chevalier coûte environ 510 francs. Ainsi, entre 150 francs et 500 francs, on peut obtenir, à Paris, d'excellents microscopes d'étu'de suffisant, les moins coûteux, au début des études, les plus élevés, à la plupart des recherches d'anatomie pathologique.
Étude préliminaire et maniement du microscope. Une fois en possession de l'instrument, il faut se familiariser avec le maniement de chacune des parties. Quelques indications sur cette étude préliminaire ne seront pas inutiles, parce qu'elles faciliteront au débutant des essais qui sont quelquefois pénibles, et d'ailleurs il est nécessaire désormais que tout médecin sache au moins examiner au microscope, les préparations qui servent aux démonstrations .
Le microscope doit être placé sur une table solide, non soumise à des ébranlements ou à des oscillations, et qui soit assez basse pour permettre l'examen vertical ; au besoin on élèvera un peu le siège, de façon cependant que l'on puisse, étant assis, avoir les genoux sous la table. Pour l'éclairage, on choisira de préférence le nord-est, et l'on aura soin de se protéger contre la lumière diffuse ou les rayons solaires par des écrans, ou pai' du papier huilé collé sur les vitres, ou par une visière placée au-dessus des yeux.
Pour étudier une préparation, il faut être familiarisé avec les manœuvres qui permettent l'éclairage, la mise au point, s'habituer à éviter les causes d'erreur, et enfin savoir interpréter les images.
\J éclairage se fait au moyen du miroir et se règle par l'usage du diaphragme ; il faut donc dès l'abord connaître les diaphragmes qui correspondent aux divers objectifs, ce qui est facile en suivant les renseignements donnés par le fabricant ; d'ailleurs on s'habitue vite à choisir les diaphragmes convenables, suivant les sensations plus ou moins nettes produites par l'image. On apprendra le maniement du miroir en commençant par l'éclairage à la lumière transmise, c'est-à-dire celui dans lequel les rayons sont réfléchis par le miroir sur les préparations et la traversent dans la direction du tube. Au début, on éprouve quelque difficulté à diriger le miroir de façon qu'il éclaire bien la partie centrale du diaphragme, et lorsqu'on emploie des grossissements très-forts avec des diaphragmes à ouverture extrêmement fine, cette difficulté s'exagère. Le moyen qui permet d'éviter de longs tâtonnements, consiste à étudier la manœuvre du miroir avec le microscope dégarni de l'objectif. Une préparation est mise sur la platine, le diaphragme étant
adapté, on incline alors le miroir sur son axe transversal, c'est-à-dire en tournant les vis latérales et, procédant avec patience, on aperçoit bientôt, en regardant à travers le tube, une lueur plus vive dans une certaine position, alors on meut légèrement le mii'oir sur son pivot horizontal ou oblique et l'on obtient un éclairage complet, la préparation devient lumineuse au niveau du trou du diaphragme ; on peut à ce moment garnir le tube, de ses lentilles.
L'éclairage oblique consistant à envoyer obliquement sur la préparation les rayons du miroir, s'obtient en rapprochant le miroir de la platine et l'inclinant de façon que la préparation soit traversée par des rayons obliques par rapport à la platine, mais rapprochés le plus possible de la direction horizontale. Ce mode d'éclairage fait voir des saillies et des creux exagérés par la différence de réfringence des divers éléments de la préparation. L'éclairage direct des objets opaques ne convient que pour de faibles grossissements, il est en quelque sorte extérieur au microscope ; il se fait à l'aide de loupes, de condensateurs d'un maniement très-facile.
Le microscope étant éclairé, la préparation fixée ou placée sur la platine, le tube armé de ses lentilles, il faut procéder à la mise au point.
La mise au point consiste à rapprocher le tube, et par suite l'objectif, de la préparation, de sorte que celle-ci soit placée aussi près que possible du foyer, en d'autres termes qu'elle produise une image nette. Cette opération comporte deux temps : dans le premier on rapproche l'objectif de la préparation, de façon qu'on aperçoive vaguement quelques' contours ; dans les grands microscopes, ce mouvement de descente est effectué par deux grosses vis à crémaillère, ordinairement c'est la main qui exécute l'abaissement progressif du tube, qui alors se meut à frottement doux ; il faut, dans ces cas, veiller à ce que le tube glisse par une légère pression, mais qu'il ne joue pas dans le corps du microscope, ce qui exposerait à une brusque descente dans laquelle l'objectif peut briser la préparation. Avec l'habitude on arrive à disposer le tube du premier coup, à une distance variable, suivant le grossissement employé, mais très-voisine de la mise au point. Au début il faut procéder lentement, et arrêter le mouvement dès qu'on aperçoit vaguement la préparation. On exécute alors le second temps au moyen de la vis raicrom étriqué. Celle-ci doit être ordinairement maintenue à la partie moyemie de sa course, on peut ainsi, en tournant la vis, rapprocher l'objectif à la distance nécessaire.
Le microscope étant éclairé et mis au point, on procède à l'examen de l'image, cependant les mains ne doivent pas rester inactives, on fera mouvoir la préjjarationavec une main, très-légèrement, en s'habituant à tenir comptedu renversement de l'image, et de l'autre, on fera exécuter à la vis des demi-tours alternatifs dans les deux sens, afin d'examiner les divers plans de rol)jet, pour en concevoir les rehefs, les stries, la structure ; de plus 'des mouvements légers d'inclinaison du miroir mettront en évidence les cavités ou les reliefs.
Il faut d'abord procéder avec les grossissements faibles, non-seulement parce que l'examen est plus facile, mais parce qu'ils font connaître l'ensemble de la préparation, et permettent de la fixer dans une certaine direction qui place au centre même la partie que l'on veut étudier plus complètement. Ensuite il devient facile d'employer des grossissements plus forts. Cette précaution devient indispensable quand il s'agit d'employer les objectifs à immersion, parce que les mouvements imprimés à la préparation par la main deviennent beaucoup trop brusques.
Les raoyeiiS de fixation de la pfé|(aratioii, à l'aide de valets ou de cliarlots plus ou moins complexes, ne sont pas nécessaires pour les recherches ordinaires, ils sont seulement utilisés dans les démonstrations, et dans les recherches délicates ou prolongées; il faut que l'étudiant apprenne dès le début à se passer de<;.es moyens complexes.
Lorsque le microscope est mis au point, l'observateur, pour bien voir l'image et en apprécier la signification, doit apprendre à éloigner les causes d'erreur. Les unes sont dépendantes de l'instrument ou de la préparation ; telles sont les poussières qui peuvent siéger dans les lentilles ou sur le verre delà préparation, des fragments d'étoffe, des écailles d'épiderme, des poils, des graines d'amidon, des plumules de diverses graines, peuvent se déposer siu" les lentilles ou sur la préparation, maison apprend vite aies reconnaître; d'autre part, des stries ou des bulles siégeant dans les plaques de verre de la préparation, des bulles d'air, des globules graisseux, sont des obstacles qui n'ont d'importance que jiour les observateurs tout à fait inexpérimentés, ils deviennent même quelquefois un moyen de faciliter la mise au point; en effet, quand ou examine un liquide trèstransparent, présentant des éléments peu nombreux, on se sert souvent des stries, des bulles du verre, ou des bulles d'air renfermées dans la préparation pour constater que la mise au point répond ou à la lamelle du verre, ou à la mince couche de liquide qu'elle recouvre.
L'état delà vision du micrographe, considéré en dehors des imperfections ou des affections qui peuvent s'opposer momentanément à l'emploi du microscope, a pour conséquence certaines modifications dans les diverses manœuvres. La mise au point effectuée pour un emmétrope ne l'est pas pour le myope ou le presbyte; dans les démonstrations, on engage souvent les élèves à garder leurs lunettes, mais cette précaution n'est pas suffisante, parce que dans l'examen microscopique, ainsi que nous l'avons déjà dit, l'œil s'accommode à la distance minima de la vision distincte. Il faut donc être prévenu qu'un certain effort d'accommodation est nécessaire pour voir nettement dans le microscope. Pour les myopes ou les presbyopes, il faut presque toujours une mise au point particulière, ce qui s'obtient facilement par la vis micrométrique.
On regarde au microscope avec un seul œil, l'autre œil étant maintenu fermé; la plupart des observateurs s'habituent à ne pas fermer l'œil qui n'observe pas, et à ne pas tenir compte des sensations de celui-ci. Cette habitude est bonne à prendre; à mon avis, il y a moins de fatigue à maintenir ouvert l'œil inoccupé qu'à maintenir l'occlusion des paupières; nous avons vu d'ailleurs qu'il est souvent très-utile de se servir des deux yeux, quand on veut, en l'absence d'une chambre claire, dessiner les détails d'une préparation. Il y a donc tout avantage à savoir utiliser ou négliger à volonté l'impression de l'œil qui n'observe pas dans le microscope. L'œil qui regarde dans l'oculaire doit être aussi rapproché que possible de la lentille, et pour éviter que les cils, ne viennent couvrir le champ visuel, on s'exerce à maintenir les paupières immobiles et légèrement écartées. L'œil de l'observateur est souvent le siège de phénomènes entoptiqnes, désignés sous le nom de mouches volantes, de globules et de filaments, qui reconnaisnent diverses causes. Lorsqu'elles ont la forme de taches brillantes ou irisées, passant du rouge au vert, elles tiennent à la persistance sur la rétine d'une impression lumineuse vive. Les perles, globules, cercles, cordons de perles et do gouttelettes, filaments, sontproduits par la vision rétinienne d'éléments siégeant à la surface de la cornée ou dans les humeurs de l'œil ; ils ont été bien décrits
par Donné, Doyle, Dondei'S et Duncaii, et leur histoire est complètement traitée dans l'Optique physiologique d'Helmoltz et le Traite du microscope de Robin. Il nous suffit d'indiquer les moyens de les reconnaître et de les l'aire dispai-aître. On les distingue de l'image microscopique, par leur position ti\e ou par la direction de leurs mouvements ; si on fait mouvoir la préparation, les images entoptiqucsne suivent pas le mouvement, ou bien elles offrent une translation en sens inverse, et dans tous les casindépeudanle. Pour les faire disparaître, lorsque le clignement ne suffit pas, il ne faut pas frictionner l'œil, mais on cesse momentauéiuent l'examen, on regarde un objet sombre. Dans les conditions habituelles delà vision normale, les phénomènes entoptiques sont tout à fait momentanés.
Toutes ces difficultés étant surmontées, on sait voir au microscope l'image d'une préparation; il faut encore pouvoir l'interpréter. On ne doit pas s'attendre à voir du premier regard un élément en forme de sphère ou de fibre, de canalicule, de. plaque ou de cavité, comme on se les représente à la lecture des descriptions ; il faut savoir que les objets n'apparaissent que comme une coupe pratiquée suivant le plan correspondant au foyer. L'objet renfermé entre deux lamelles de verre, entouré d'un liquide intermédiaire, représente, dans le cas ordinaire de l'e.xamen par la lumière transmise, une sorte de prisme complexe dont les deux surfaces sont parallèles : et, comme les deux lames sont en verre, les rayons entrent et sortent à peu près parallèles. Ce prisme composé donne des aspects variés, c'està-dire des creux et des rehefs, parce que le pouvoir réfringent des diverses parties composantes est différent et permet la distinction de ces parties ; d'où l'aspect de cercles, de courbes et de stries, qui représentent une sorte de projection de la coupe des préparations sur le plan examiné.
Une sphère apparaîtra donc suivant un cercle ; de plus, elle agira sur la lumière transmise comme une lentille concave ou convexe, et donnera l'image d'un cercle ; un élément ayant forme de fibre se présentera suivant des sections ovoïdes, elliptiques ou paraboliques; mais, comme dans les microscopes on n'obtient pas l'image mathématique d'une surface de section située sur un même plan, réclai. rage et la mise au point, offrant toujours quelques imperfections au point de vue mathématique, de plus, l'accommodation de l'œil variant elle-même, il résulte de toutes ces conditions qu'il faut un certain exercice pour interpréter l'image. En général, l'emploi de|la vis micrométrique et le maniement du miroir permettant d'étudier dans ses divers plans le prisme constitué par la préparation, on arrive prompleraent à apprécier les détails, non suivant une coupe, mais suivant une série de coupes, et par conséquent à en rétablir la forme réelle.
Il a été possible de calculer mathématiquement les phénomènes de réfraction des cylindres, des sphères, des surfaces ondulées, des dépressions, des cavités, des vacuoles. Naegeh et Schwender ont appliqué des notions de mathématiques trop compliquées pour être reproduites ici ; elles sont analysées dans le Traité du microscope de Robin. D'une manière générale, on peut dire que les éléments anatomiques ayant un pouvoir réfringent plus faible que l'eau, le verre et l'air, produisent facilement une image, et d'ailleurs les réactifs employés, en les colorant ou en modifiant leur état moléculaire, par exemple en coagulant les matières colloïdes, enfin agissant diversement sur chacune des parties composantes, telles que l'enveloppe, la protoplasma, le noyau, les canalicules, déterminent des différences dans le pouvoir réfringent de chacune des parties constituantes.
La netteté des images ou la vigueur des impressions rétiniennes, lorsqu'on examine les objets par transparence, dépend de la différence qui existe entre la
réfraction de la préparation et celle du liquide ou véhicule delà préparation. Les contours sont d'autant plus marqués que le tissu observé présente un indice de réfraction plus élevé au-dessus de celui du verre, de l'eau, de la glycérine, en uii mot du véhicule de la préparation.
Les variétés de forme de contour de l'image résultent des sens divers suivant lesquels la lumière est réfractée par les sphères, les cylindres, les cavités, les saillies plus ou moins régulières, offrant une composition chimique variable. Les détails de structure représentent ainsi une série de prismes ei de lentilles qui agissent et par leur pouvoir réfringent et par leur pouvoir dispersif.
On apprend vite à savoir interpréter les images microscopiques, lorsqu'on examine certains objets dont la forme ou les détails sont faciles à connaître, tels que des gouttes d'eau, des gouttes de graisse ; les cristaux des éléments organiques, tels que les cellules végétales, les grains de pollen, les globules blancs, les globules rouges, ou enfin les test-objets.
Ces études préliminaires accomplies, l'observateur sait examiner des préparations toutes faites, mais il lui reste à connaitre les moyens de faire des prépai-ations destinées à l'étude et des préparations persistantes servant à la démonstration, ce qui constitue la technique microscopique proprement dite. Nous ne ferons pas une étude complète des procédés si nombreux que renferment les traités du microscope et qui, presque chaque jour, viennent favoriser la découverte de nouveaux détails, confirmer des travaux antérieurs ou résoudre une question Utigieuse, mais nous devons montrer que c'est en multipHant les moyens d'action sur les tissus, les humeurs, en étudiant ceux-ci dans les conditions les plus variables, qu'on arrive à établir, par une série de réactions ou de manipulations, la structure intime des infiniment petits. Cette complexité dans les moyens d'observations est en réalité une richesse de moyens d'éviter les erreurs, et les niicrogrâphes actuels tiennent à honneur de préciser la technique dans ses moindres détails, donnant ainsi aux recherches microscopiques une base solide destinée à éviter les entraînements d'une idée préconçue et d'un examen partial ou trop rapide. Dans les paragraphes suivants nous nous occuperons à peu près exclusivement des procédés qui sont utilisés par les anatomistes et les médecins pour les études d'histologie normale ou pathologique et pour les examens cliniques. Nous aurons donc à passer en revue les procédés mécaniques de la dissection histologique, les moyens chimiques de réaction, les méthodes de coloration, les liquides servant de véhicule, et les procédés spéciaux qui sont utilisés dans des recherches délicates.
De la dissection microscopique. Des coupes. Une préparation microscopique destinée à être examinée par transparence doit nécessairement présenter la plus grande ténuité, l'épaisseur la plus faible; il faut donc, pour étudier un tissu, obtenir une parcelle de ce tissu assez mince pour être transparente, assez étendue pour montrer la disposition relative des éléments qui le constituent ; enfin il est nécessaire de pouvoir étudier ces éléments séparément et avec les grossissements les plus forts. La dissection est le moyen d'isoler certaines parties; elle s'exécute par divers procédés.
Pour des tissus frais, comme les muscles striés et les muscles lisses, pour les membranes fines, les capillaires, on peut enlever avec les ciseaux et avec des pinces très-fines de minces parcelles et les porter directement sur la plaque de verre dite porte-objet, où elles sont placées dans de l'eau Ou un autre liquide, puis l'ecouvertes par la. lamelle de ^ette très-fine qui est désignée ordinairement
par le nom de lamelle à couvrir, et que l'on trouve, comme les plaques, chez tous les fabricants de microscopes.
La section par les ciseaux et l'arrachement des tissus par les pinces sont ordinairement un procédé insuffisant. Il est souvent nécessaire de dissocier, c'est-àdire d'écarter les diverses parties, ce qui s'obtient par l'action de fines aiguilles ; celles-ci sont des pointes d'acier plus ou moins aiguës et de courbure variable, mousses ou tranchantes. Les aiguilles à cataracte, et même les couteaux à cataracte, sont fort commodes pour la dissection ; les aiguilles à manche court sont d'un emploi gênant.
La dissection se fait soit à l'œil nu, soit mieux avec la loupe montée de Brûcke ou un microscope simple à faible grossissement; comme les parties molles d'un (iiible volume sécheraient rapidement, on pratique la dissection soit dans l'eau, soit dans un des liquides additionnels ordinaires ou dans des liquides favorisant la séparation de divers éléments. Pour recueillir les fragments dissociés, parce qu'il est rare qu'on puisse dissocier sur la plaque même qui sert à déposer la préparation, on emploie des pinces fines ou des soies de sanglier montées sur un long manche, ou mieux encore des pinceaux fins qui servent à laver la préparation, à l'étendre, à la transporter dans les divers liquides qui doivent agir sur elle; le pinceau, dont l'emploi s'est répandu, convient fort bien pour les manipulations des plus fines préparations ; on peut s'en servir même pour dissocier les tissus ; il écarte les éléments qui sont libres dans les cavités ou qui sont peu adhérents les uns aux autres ; il permet d'apprécier la ténacité de cette adhéreuce, de mettre en évidence certains prolongements.
* En combinant la dissection, la ddacération, la dissociation par ces divers moyens avec l'action des macérations et des réactifs, on arrive à séparer les fines particules des tissus, les éléments anatomiques, et à les étudier avec les plus Ibrts grossissements; mais pour obtenir une étude d'ensemble d'un tissu, il faut pouvoir examiner une section à surface large et à fine épaisseur : le procédé des coupes est alors le moyen dont la pratique importe le plus au micrographe.
La coupe est une mince lame d'un tissu permettant l'examen par transparence. Le procédé le plus simple est celui du rasoir : supposons qu'on ait à examiner du cartilage, prenant dans la main gauche une portion de cartilage, on lu maintient avec les trois premiers doigts de la main, dans une position horizontale; puis de la main droite, armée d'un rasoir tenu horizontalement, on enlève par une première section les parties les plus superficielles, de façon à obtenir un plan régulier, alors on peut successivement faire des sections d'une épaisseur très-faible, et les coupes ainsi pratiquées sont placées dans des liquides ou sur le porte-objet. On peut d'ailleurs faire des coupes dans les divers sens.
La difficulté pratique consiste à faire les coupes d'une égale épaisseur et trèsfines ; en dehors de l'habileté de l'opérateur, la consistance des tissus ou la différence de résistance des parties qui les composent fait qu'on obtient rarement des coupes homogènes et ayant une grande étendue. Divers moyens sont employés, par exemple pour les muqueuses, les membranes, on peut comprimer celles-ci entre deux lames de verre ou mieux deux plaques de liège, de façon à ne laisser dépasser qu'une très-petite partie entre les bords des plaques, et avec le rasoir on sectionne cette partie. Les coupes étendues sont très-difficiles, et même souvent impossibles à obtenir sur les tissus mous à l'état frais ; elles sont d'autant plus aisées à pratiquer que les tissus présentent une résistance plus marquée, comme les cartilages, les pièces sèches, la moelle de sureau, etc., etc., c'est pourquoi
on a d'ordinaire recours à des procédés qui permettent de donner aux tissus une plus grande résistance, c'est-à-dire au durcissement préalable des objets. Enfin on a inventé des appareils spéciaux pour pratiquer des coupes plus Unes et plus étendues que celles fournies par la section au rasoir. Le couteau double de Valeiitin, composé de deux lames qu'on rapproche à l'aide d'une vis, les lames fines en forme de couteaux ou de lance, les rasoirs plats sur un côté, permettent des coupes plus fines que celles du rasoir; mais il est important que ces instruments soient assez pesants et montés sur un manche assez solide pour permettre plus de précision dans la section ; le couteau rasoir à lame à la fois large et mince, tel que Charrière en a fabriqué, offre les avantages réunis de la solidité du rasoir et de la minceur des couteaux plats .
Des appareils plus complexes et plus exacts ont été construits pour permettre des coupes fîues et larges, ce sont les microtomes . Ils présentent la disposition générale suivante : la pièce sur laquelle on veut faire la coupe est renfermée dans un cylindre ou une boîte angulaire oîi elle est maintenue par des vis de pression ou d'autres moyens ; le plan inférieur du tube est mobile au moyen d'un curseur ou vis micBométrique permettant d'élever ou d'abaisser le tube, et d'en dépasser le niveau supérieur ; cette extrémité est garnie d'un plateau ou d'une table parfaitement plane. Lorsqu'on élève la préparation au-dessus du niveau du plateau, on peut, à l'aide d'un couteau plat, retrancher toute la partie qui dépasse, et comme les mouvements de la vis permettent de graduer avec une grande précision la hauteur de la préparation au-dessus du plateau supérieur, on peut obtenir des coupes extrêmement fines et très-régulières. Les microlomes les plus employés sont de FoUin, de Luys, de Ranger, de Queckett et de James Smith. Dans d'autres microtomes (Nachet), la lame coupante est fixée sur la table elle-même, et grâce à la forme spirale de cette lame et à la marche de son mouvement, la section s'opère avec une extrême précision. Dans un tout autre principe, Henseua construit un microtome permettant des coupes verticales et s'adaptant au microscope lui-même.
Avec ces appareils, comme par la section simple, on emploie une série de petits procédés permettant de manier les petits objets : on colle ceux-ci sur du liège, on les renferme dans de la moelle de sureau, et mieux encore dans de la paraffine; on obtient ainsi des petits blocs faciles à maintenir et dans lesquels on pratique des coupes comprenant à la fois la petite pièce et les parties qui l'enlourent. On dégage alors la coupe d'avec les autres tissus, au moyen du lavage ou par l'emploi du pinceau.
La dureté des tissus peut constituer un obstacle aux coupes ; on a alors recours au ramolhssement par les réactifs : par exemple pour les os on emploie la macération dans l'acide chlorhydrique ou encore dans l'acide chromique ou l'acide picrique; on peut, après une macération plus ou moins longue, pratiquer avec un fort rasoir des coupes assez fines comprenant à la fois la moelle et du tissu osseux ou du tissu cartilagineux ; mais on opère souvent par des moyens mécaniques, pratiquant des coupes aussi fines que possible avec la scie des horlogers, on use ces coupes sur une meule, sur un plateau de grès ou sur une fine pierre à aiguiser; on maintient la petite préparation sur la pierre avec le doigt ou bien avec un petit tampon de liège ou un cachet recouvert de caoutchouc : on arrive par des frottements prolongés à amincir et polir des lamelles assez fines pour être examinées.
La dissection, la dissociation, la section en coupes minces sont, comme on
vient de le voir, associées dans la plupart des cas à l'actioii de réactifs nombreux; il ne nous est pas possible de décrire on détail tous les procédés convenant à chaque tissu, à chaque élément : nous nous bornerons à des indications générales, renvoyant pour les détails aux traités de technique, ou aux divers articles de ce dictionnaire concernant les tissus, les humeurs et les éléments anatomiques; à l'article Macération, on trouvera d'ailleurs des indications plus spéciales.
La coction, dans divers hquides, est un moyen de ramollissement souvent utilisé; il en est de même de la dessication et de la congélation, qui servent à durcir les tissus.
Des réactifs et des liquides additionnels employés dans les études microscopiques. Les humeurs ou les tissus que l'on examine au microscope sont soumis à l'action de réactifs, qui répondent à des buts fort variables. Les réactifs sont employés sur les organes et les tissus comme moyens de conservation, de durcissement et de ramollissement. La coupe elle-même est soumise à diverses manipulations qui ont pour but une action isolante par rapport à certains éléments, ou une action colorante; les préparations ou les coupes, une fois portées entre les deux lames de verre qui servent à l'examen, sont renfermées dans un liquide , additionnel destiné à conserva l'aspect de la préparation dans un miheu humide ou diversement réfringent; on peut aussi faire agir les réactifs pendant l'observation microscopique; enfin on emploie certains liquides additionnels et diverses substances pour conserver la préparation d'une manière permanente.
L'emploi des réactifs destinés à conserver ou à raodifiep.es organes ou portions d'organes qui doivent être l'objet de la dissection microscopique constitue, à proprement dire, la macération. L'étude en a été faite dans un article précédent {voy. Macérations).
Le classement des réactifs employés en microscopie sur les coupes ou des parties limitées d'un tissu serait difficile à établir suivant des caractères naturels, parce que les liquides agissent tantôt par leur pouvoir réfringent, comme la "glycérine ou le baume de Canada qui servent de véhicule aux préparations; tantôt par leur action chimique sur certains éléments, comme l'acide acétique qui gonfle le tissu lamineux; tantôt à la fois comme moyens chimiques et modificateurs des tissus en même temps qu'ils colorent certaines parties, tels que l'acide chromique, l'acide pirique ; dans d'autres cas ils servent de réactifs proprement dits, comme l'iode sur l'amidon, et l'iode et l'acide sulfurique sur la substance amyloïde.
Enfin il est très-ordinaire de combiner ces réactifs de façon à obtenir les colorations variées des diverses parties des tissus ; c'est ainsi qu'on peut à la fois employer la coloration, par le nitrate d'argent, de la substance intercellulaire des cellules épitliéliales et la coloration par le carmin des noyaux de ces cellules, comme l'a fait Ranvier.
Dans les objets examinés par transparence, toutes les manipulations concourent à un but qui se rapporte eu général à des phénomènes d'ordre physique; en effet, on modifie la réfringence et le pouvoir dispersif des diverses parties constituantes de l'objet examiné; on peut donc dire que le mode d'action des substances employées comme réactifs aboutit à une modification dans le pouvoir réfringent ou le pouvoir dispersif des parties constituantes des tissus ou des éléments, soit par l'imprégnation des substances molles, soit par la soustraction de certains principes comme les sels calcaires, soit par la coloration des éléments,
DlCl. LNC. •2° S. VU. StJ
o9-i MICROSCOPE.
L'euu, en gonflant les éléments, l'eau sucrée et l'alcool en les déshydratant, dtterniineut à la lois des changements dans la forme des éléments et des variations dans le pouvoir réfringent, qui constituent des moyens d'appréciation de la structure intime aussi bien que les réactifs qui, détruisant certains éléments, en laissent d'autres intacts, ou qui agissent en coagulant ces substances albuminoïdes et colloïdes.
Ces données générales établies, il est utile de grouper les réactifs employés en un certain nombre de classes permettant leur étude; c'est pourquoi, nous plaçant au point de vue du mode d'action des réactifs, nous proposons la classification suivante :
Les véhicules, réactifs neutres ou à action physique proprements dits;
Les réactifs altérants, dissolvants ou isolants, durcissants ou coagulants; • Les réactifs spéciaux, correspondant à certains éléments normaux ou pathologiques;
Les réactifs colorants.
Véhicules ou Réactifs neutres et comervateurs. En microscopie, ou considère comme neutres des substances liquides renfermant des agents chimiques , en faible proportion et qui ne déterminent pas dans les tissus des altérations cliimiques modifiant la forme des éléments; ils servent à l'examen des objets. Les réactifs neuties par excellence sont les humeurs dans lesquelles les éléments organiques sont en contact normalement : l'humeur aqueuse, la sérosité amniotique, le liquide céphalorachidieu, le sérum du sang et des hydropisies sont employés comme Hquides additionnels, c'est-à-dire qu'on dépose une goutte de ces humeurs sur la lame de verre porte-objet et, qu'après avoir disposé les éléments à examiner dans cette goutte, on recouvre avec la fine lamelle porte-objet.
L'iode sérum ou hquide de Schultze, décrit à l'article Macération, est très-convenable pour l'étude des éléments anatomiques : les globules blancs du sang y conservent pendant quelque temps leurs mouvements amiboïdes.
D'ailleurs, toutes les fois qu'on examine une humeur, la partie liquide de celle-ci est le meilleur véhicule, celui qui modifie le moins la structure des éléments qu'il contient.
L'eau, les solutions de sucre, de gomme," ne sont pas des hquides neutres; en effet, ils agissent ordinairement sur la proportion d'eau contenue dans les diverses parties des éléments : avec leur aide, on peut hydrater ou déshydrater les tissus; l'eau douce agit très-activement sur les tissus des animaux ou des plantes marines; l'eau gonile les tissus, les mucus; elle agit suivant la quantité ajoutée, produisant dans les cellules des phénomènes osmotiques dont l'étude sert à apprécier la texture de certains éléments, comme les globules blancs, les globules rouges, les cellules nerveuses et certaines substances amorphes ou iutercellulaires. L'eau peut donc agh- comme un réactif dissolvant el coagulant ; mais elle possède une propriété précieuse, à savoir, la faiblesse de son pouvoir réfringent, qui facilite l'apparition des moindres détails de l'objet exammé.
Les autres véhicules les plus employés sont la glycérine et l'acide chromique en solution très-faible. La glycérine, lorsqu'elle est pure, n'est pas inactive; elle rend les préparations très-transparentes, et à la longue les altère en gouILnit les tissus; mais, lorsque ceux-ci ont macéré dans l'alcool ou l'acide chromique, la glycérine est un excellent liquide conservateur. L'acide chromique, en solution très-faible (1 pour 5,000 ou 4,000), est un liquide excellent pour l'observation des éléments et pour leur conservation. Les liquides additionnels conservateurs^
c'est-à-dire destinés à recevoir les préparations permanentes, varient avec les divers objets et avec les tissus. La glycérine, dans laquelle on dissout l'ichtyocolle ou de la gomme, constitue un excellent moyen de conservation des préparations humides ; le baume de Canada, la térébenthine de Venise en solution concentrée dans l'alcool ou le chloroforme, sont des liquides très-employés comme véhicules des préparations sèches ; ils ont l'avantage de présenter un très-faible pouvoir de réfraction. Les liquides conservateurs sont nombreux et consistent en des mélanges d'eau, d'alcool, de glycérine, auxquels on ajoute des solutions faibles de sublimé, d'acide arsénieux, d'alun ou d'acide chromique, suivant les tissus ou les éléments qu'on veut conserver.
Les réactifs altérants pourraient être désignés sous le nom d'isoliuits, parce qu'ils servent à mettre en lumière telle ou telle partie d'un tissu. Ils sont employés sous forme de macérations ou comme liquides additionnels. Par exemple, l'acide acétique dilué est employé pour donner de la transparence aux tissus mous et principalement au tissu lamineux; le vinaigre de bois fait apparaître les nerfs et l'acide tartrique, les glandes; la soude, la potasse ramollissent les tissus lamineux ou gélatineux, servent à isoler les cellules épithéliales, les cellules des poils ; en résumé, les réactifs altérants, soit qu'ils durcissent, ramoUissent ou isolent certains éléments, donnent des indications précieuses sur la composition histologique ou la composition chimique des objets étudiés. Quelques-uns d'entre eux servent comme dissolvants des principes contenus dans les tissus ; ainsi les acides chlorhydrique, nitrique ou la combinaison de l'acide cblorhydrique et de l'acide tartrique, servira à dissoudre les sels calcaires et à donner de la transparence aux préparations, en même temps qu'elle permettra de retrouver dans une production calcaire les éléments qui y sont contenus. D'autres, comme l'éther, le chloroforme, l'ammoniaque, la benzine, servent à dissoudre la graisse contenue dans les tissus. L'emploi de ces réactifs doit être étudié pour chaque tissu, chaque élément {voy. Macérations et les divers articles sur les tissus et les éléments).
Les réactifs colorants ont une importance considérable en histologie; leur emploi est basé sur diverses propriétés des tissus ; la composition chimique des différentes parties des tissus détermine un pouvoir de diffusion variable pour la plupart d'entre elles; en outre, la texture même, si complexe par les sailhes, les cavités, les lacunes, les canalicules, ou, en d'autres termes, la disposition des pores facilite une distribution particulière des substances colorantes.
Il serait difficile, dans l'état actuel de la science, d'établir une théorie complète du mode d'action des substances colorantes ; mais les connaissances que nous possédons sur leurs propriétés générales permettent de prévoir que cette partie de la technique deviendra bientôt plus raisonnée qu'empirique.
Les substances colorantes agissent en général sur les tissus par imbibition ; suivant les propriétés des diverses parties constituantes, et suivant les procédés de manipulation, elles se fixent sur certaines parties ; c'est ainsi que le nitrate d'argent sert à colorer la paroi cellulaire épithéhale ou la partie intermédiaù-e dite ciment, qui sépare les cellules ; que le carmin colore les noyaux des cellules ; que le chlorure d'or colore en rouge violet les cylindres d'axe des tubes nerveux ; que l'acide osmique colore en noir les substances grasses des éléments, et démontre le tube nerveux dans les corpuscules dePaciiii. L'acide chromique, l'acide picrique colorent la plupart des noyaux et les mettent en relief. Mais, en dehors de l'imbibition, certaines matières colorantes ont une action plus complexe, c'està-dire que les substances colorantes peuvent exercer en même temps une action
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chimique ou spéciale sur tel ou tel tissu ; par exemple, le perclilorure de fer conserve la coloration rouge des vaisseaux en coagulant le sang; le perclilorure de palladium colore en jaune les libres musculaires lisses.
Dans la teinture microscopique, on recherche principalement les substances et les procédés qui donnent une teinture fixe, non soluble dans l'eau, la glycérine, les véhicules ordinaires ; c'est pourquoi des matières colorantes très-puissantes, comme l'aniline, la fuchsine, sont d'un emploi restreint dans les préparations humides ; d'autres substances ont l'inconvénient d'être modifiées par les acides ou les liquides qui imbibent les préparations; par exemple, l'hématoxyline, ou matière colorante du bois de campêche, offre des tons variant entre le rose tendre et le rouge sang lorsqu'elle est en solutiou acidulée, ou bien une coloration bleu violet lorsqu'elle est rendue alcaline ; or les préparations humides, imprégnées d'acide chromique ou d'acide acétique, tendront à faire pâlir la coloration ; mais cette propriété peut être utilisée dans certaines recherches; en effet, le passage de la coloration du rouge au violet peut être étudié sous le microscope et à rintérieur même des tissus, de sorte qu'on voit apparaître des détails nouveaux pendant l'imbibition même. Pour cette étude, il suffit, après avoir coloré la coupe avec l'hématoxyline rose, d'ajouter entre les deux lames quirecomTent la préparation quelques gouttes d'une solution d'alun ou d'une solution de potasse trèsdiluée.
Les teintures les plus employées et les plus précieuses ont pour base l'emploi du carmin. La solutiou ammoniacale de carmin ou carminate d'ammoniaque peut donc être prise comme exemple des procédés de coloration des tissus. Ce qui importe en histologie, c'est, non pas la coloration générale des tissus, mais la coloration de certains éléments ou de certaines parties des éléments, tels que les noyaux, ou le ))rotoplasma, ou la substance qui unit les cellules.
La teinture ammoniacale de carmin a été appliquée par Gerlach, en 1858, à la coloration des éléments cellulaires ; il remarqua, le premier, la facilité que présentent les noyaux des éléments cellulaires à la coloration par le carmin.
Le mode habituel de préparation est décrit par Frey dans les termes suivants (Le Microscope, par Frey, trad. par Spillmann ; Savy, 1867, p. 167) :
« On prendra plusieurs centigrammes de carmin, qu'on mêlera à une trentaine de grammes d'eau distillée ; puis on y ajoutera quelques gouttes d'ammomaque. Une partie du carmin est dissoute et traverse le filtre avec tout le liquide. Une autre portion du carmin, non dissoute, reste déposée sur le filtre et peut être employée à divers usages. Lorsqu'un liquide filtré répand une odeur d'ammoniaque, il est bon de le laisser une demi-journée ou même une journée entière à l'air, et placé sous une cloche, afin de faire volatiliser entièrement l'ammoniaque. Si, au bout de quelque temps, on remarque qu'il s'est formé un précipité globuleux de carmin, il suffira d'ajouter une seule goutte d'ammoniaque pour en opérer la solution. »
On se sert de la dissolution de carmin pour préparer des bains de teinture, c'est-à-dire que dans un godet ou un verre de montre on mélange par gouttes cette solutiou à de l'eau distillée, et c'est dans ce bain qu'on plonge la coupe microscopique qu'on veut colorer. Plus le bain est coloré, plus rapidement la préparation prend une coloration rouge ; mais il est préférable d'employer de faibles colorations, parce qu'il y a inconvénient à ce que la coloration pénètre et imbibe trop profondément les tissus.
Lorsque la coupe est colorée, c'est-à-dire dans un espace de temps variant entre
quelques minutes et plusieurs heures, on la transporte dans un bain d'eau pure ou mieux d'eau légèrement acidulée, ou encore dans une solution étendue d'alcool légèrement acidulée par l'acide acétique. La coupe est alors disposée sur la lame de verre, au sein du liquide additionnel, ou bien traitée par divers réactifs dans le cas où l'on veut la conserver.
Le mode d'action de la teinture de carmin varie suivant des conditions nuiltiples ; en premier lieu, la teinture employée sur les tissus frais colore en général les parties les plus actives des cellules, quelquefois le protoplasma, mais ordinairement les noyaux des éléments cellulaires ; c'est pourquoi ce réactif est précieux pour mettre en relief les noyaux des cellules épithéliales, les noyaux des cellules du tissu conjonctif, les éléments des tumeurs en voie de développement ou de prolifération, les cylindres d'axe et le tissu conjonctif des centres nerveux, circonstance de la plus grande importance dans l'étude des scléroses, oij le carmin est un réactif pour l'œil nu presque autant que pour le microscope.
La teinture de carmin agit très-diversement, suivant les préparations antérieures auxquelles les tissus ou les coupes ont été soumis. Par exemple, l'emploi des acides, des alcalis, la macération dans l'eau, empêchent l'action du carmin ou en dénaturent les effets. La macération préalable dans l'alcool facilite au contraire la coloration des noyaux, si l'on a soin de laisser macérer quelques instants la coupe dans un peu d'eau pour la gonfler légèrement, avant de la mettre dans la teinture. L'âge même des éléments, leur état de nutrition amènent quelquefois des changements dans le mode de coloration ; par exemple, les cellules épithéliales glandulaires des glandes salivaires se comportent différemment, comme l'a montré Ranvier dans les glandes à l'état de repos ou les glandes épuisées par une sécrétion prolongée (wî/. Maxillaires [Glandes], Physiologie, t. V, 2^ sér., p. 250).
L'acide chromique n'empêche pas la coloration, et même il semble la rendre plus fixe; mais il retarde l'action du carmin, quelquefois il la modifie de sorte que le contenu d'une cellule épithéliale peut se colorer avant le noyau. Il est bon de faire macérer quelque temps la coiîpe faile sur les tissus durcis par l'acide chromique dans l'eau distillée ou dans de l'eau alcoolisée. L'acide picriqne agit d'une manière analogue, mais on l'emploie en combinaison avec le carmin.
La plupart des réactifs durcissants, les chlorures de palladium, de fer, nuisent à l'action du carmin; mais, avec quelques procédés particuliers, le carmin peut encore dans ces cas être employé comme moyen d'étude. Le carmin est la matière colorante par excellence des tissus épithéliaux, du tissu conjonctif ou lamineux, du tissu nerveux.
La combinaison de la teinture de carmin et de Vacide picrique a été l'objet d'études techniques très-délicates de la part de M. Ranvier, qui est arrivé à isoler sous forme de combinaison un corps cristallisé, qu'il nomme picrocanninate d'ammoniaque, celui-ci offre une puissance colorante très-grande, et agit sur les éléments frais plus favorablement que la teinture de carmin ordinaire.
Voici le mode de préparation de M. Ranvier : on verse dans une solution saturée d'acide picrique du carmin dissous dans l'ammoniaque jusqu'à saturation ; puis on évapore dans une étuve. Après réduction des quatre cinquièmes, la liqueur refroidie abandonne un dépôt peu riche eu carmin qui est séparé par tîttration. Les eaux mères évaporées donnent le picrocarminate solide sous la forme d'une poudre cristalhne, de la couleur de l'ocre rouge. Cette poudre doit se dissoudre entièrement dans l'eau distillée; une solution au centième est la plus
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convenable. On emploie alors la solution comme celle du carminate d'ammoniaque, qu'elle peut remplacer dans la plupart des préparations.
Le carmin est employé en teinture avec d'autres formules permettant d'obtenir des colorations rouges, ou lilas, comme dans la teinture de Tiiiersch, dans laquelle le carmin, dissous dans l'acétate d'ammoniaque, est mélangé avec une solution d'acide oxalique et d'alcool ; elle est très-utile pour l'étude des épithi'iiums et des tumeurs épithéliales, La teinture de carmin de Beale a pour formule ; carmin, 50 centigrammes; acétate d'ammoniaque liquide concentré, 50 centigrammes ; glycérine pure, 50 grammes; alcool, 15 grammes.
Les procédés sont les mêmes avec ces teintures qu'avec les précédentes, c'està-dire qu'on porte la coupe dans le bassin de teinture, qu'on la fixe ou la nettoie par l'eau distillée, l'alcool, l'acide acétique.
Teintures par réduction. Un certain nombre de sels métalliques présentent la propriété d'être réduits par les substances albuminoïdes ou les matières ornaniques, et certains éléments ou des parties d'éléments fixent l'oxyde du métal ou e métal de sorte qu'on obtient des colorations variables, dont l'usage a déjà produit des résultats remarquables.
La coloration par le nitrate d'argent, employée par Dujardin, a été introduite dans la pratique par Hiss et Recklinghausen. Legros, Ranvier, Froramanu Grandry, ont établi des règles qui précisent l'emploi de ce réactif, et par leurs recherches ont démontré la valeur considérable de ce moyen d'étude.
Lorsqu'on fait macérer pendant quelques minutes, dans une solution faible de nitrate d'argent, des coupes fines d'un tissu organique, par exemple des portions de l'épithélium des muqueuses, le nitrate d'argent passe à l'état de chlorure d'argent et imbibe les éléments anatomiques, l'action de la lumière détermine la précipitation de l'argent sous forme de poussière noirâtre qui colore certaines parties des éléments. C'est pour les épithéliums ou les endothéliuras que cette coloration présente les aspects les plus remarquables. La coloration brunâtre ou noirâtre de l'argent met en évidence les parois des cellules épithéliales et la substance cimentaire qui les sépare. De plus, le nitrate argentique agit sur certains éléments, il agit sur le cylindre-axe des tubes nerveux, sur la substance contenue dans les cellules nerveuses, la substance des centres nerveux ; et, comme l'ont montré Frommann, Grandry, Ranvier, ce réactif permet de faire apparaître des détails de structure inconnus avant l'emploi du nitrate d'argent. Le procédé de coloration est très-simple, mais les résultats sont très-variables ; en général, il faut employer des solutions très-faibles, soit 1 gramme de nitrate d'argent pour 400 grammes d'eau distillée avec soin. On plonge dans un bain de cette solution une coupe fine, on l'y maintient pendant quelques minutes, on lave la préparation à l'eau distillée, et on la laisse noircir par l'action de la lumière. Les plus beaux résultats sont obtenus par les solutions les plus faibles, et en maintenant les préparations dans l'obscurité pendant plusieurs heures de façon à retarder la coloration. Les coupes ainsi teintées en brun tendent à prendre une coloration noire foncée ; pour éviter cet inconvénient, on peut employer un procédé emprunté à la photographie, c'est-à-dire qu'on fixe la coloration en plongeant pendant quelques minutes la coupe colorée dans une solution d'hyposulfite de soude ; on peut ainsi obtenir la teinte la plus favorable à l'examen et la conserver désormais.
M. Ranvier a montré que l'on pouvait combiner la coloration par le nitrate d'argent et celle du carminate d'ammoniaque. Pour faire apparaître, dans un revê tement épithélial dont les cellules sont dessinées par le nitrate d'argent, les noyaux,
il faut, après l'imprégnation par la solution argentique, porter la préparation clans une teinture de carmin additionnée d'acide oxalique, de façon que l'ammoniaque soit combinée à l'état d'oxalate, puis laver à l'eau distillée et examiner dans une solution d'acide oxalique dans l'eau ou la glycérine au vingtième.
Le nitrate d'argent n'agit avec précision que sur des pièces fraîches. 11 â été d'ailleurs utilisé comme moyen d'injection colorante ; il est alors combiné à des solutions de gélatine, comme l'ont fait Legros pour les endothéliums vasculaires et Ranvier pour l'étude du tissu lamineux ou conjonctil.
Le chlorure d'or ou le chlorure d'or et de potassium, le chlorure d'or et de sodium, ont été employés dans ces dernières années pour l'étude des nerfs et des terminaisons nerveuses, par Cohnheim pour la cornée, par Langerhaus pour la peau, par Gerlacb pour les éléments du système nerveux central, par moi pour l'étude des nerfs des muscles lisses. Le chlorure d'or ou les chlorures doubles constituent des réactifs précieux pour l'étude du système nerveux, mais des recherches multipliées m'ont persuadé qu'on ne saurait le considérer comme un réactif en quelque sorte spécifique ou caractéristique des fibrilles nerveuses. Le chlorure d'or, les chlorures d'or et de potassium ou de sodium, mis en présence des tissus organiques, c'est-à-dire sous forme de bains, dans lesquels on laisse la coupe pendant un temps variable, colorent les tissus en jaune paille ; par l'exposition à la lumière, le sel est décomposé et l'or (en nature avec sa coloration violette) se fixe sur les divers éléments, l'or se dépose principalement sur les substances albuminoïdes graisseuses, et sur les substances protoplasmiques, mais suivant les procédés employés, suivant les manipulations l'or peut colorer presque tous les tissus. C'est principalement la différence dans l'intensité de la coloration qui est utilisée pour les recherches, .\insi le tissu chondroïde du cartilage en voie de calcification, le tissu élastique même, l'éplthélium en formation, les fibres musculaires lisses peuvent être colorés par le chlorure d'or.
Cependant le chlorure d'or possède une action en quelque sorte élective sur les éléments du tissu nerveux, il colore le cylindre d'axe en violet et en rouge foncé, il colore les cellules nerveuses, noyau et protoplasma. C'est pourquoi il est d'une grande utilité dans les recherches sur les terminaisons nerveuses.
Le chlorure d'or est employé à l'état de solutions au cinq-centième ou au deuxcentième, le chlorure d'or et de potassium, le chlorure d'or et de sodium en solution au centième ou au deux-centième. Je préfère le chlorure d'or et de potassium comme agissant plus régulièrement.
11 est difficile d'établir des règles absolues pour l'emploi de ces réactifs. L'épaisseur des tissus, et des conditions dont nous ne pouvons délimiter l'influence, viennent souvent troubler l'exactitude des procédés, et comme on n'est pas toujours maître d'agir avec une grande précision, il est bon d'utiliser plusieurs solutions, ayant des titres différents.
On fait macérer de fines portions du tissu dans lequel on veut rechercher les nerfs, ou des coupes dans la solution de chlorure d'or et de sodium ou de potassium, ou de chlorure d'or à ;^^ ou à j^. Avec le chlorure d'or au centième, la macération d'une demi-heure peut suffire pour une épaisseur du tissu de 1 millimètre, avec le chloriire d'or et de potassium on peut prolonger la macération pendant une heure et plus encore.
L'action du réactif est complète lorsque les tissus ont pris une teinte jaune pâle. Les préparations sont alors portées dans un godet, l'empli d'eau distillée légèrement acidulée avec l'acide acétique. On laisse macérer aussi longtemps qu'il est
nécessaire pour obtenir la coloration violette par dépôt de l'or. Il faut un temps assez variable, quelquefois trois ou quatre jours, et même davantage. La coloration est souvent irrégulière, on n'utilise que les parties les mieux colorées.
La lumière ne semble pas agir sur la durée de la réduction, mais ia chaleur active celle-ci. J'ai été conduit par l'observation de ce fait à imaginer un procédé qui rend plus rapide et plus homogène la coloration par l'or. 11 consiste à faire chauffer les préparations qui ont macéré dans la solution de chlorure d'or. Les préparations au chlorure d'or, tendent à prendre une coloration foncée qui nuit à leur conservation ; on peut fixer l'or au moyen de l'hyposulfite de soude, comme pour le nitrate d'aigent, l'acide acétique m'a paru remplir le même but, à condition de laisser macérer les préparations colorées par l'or pendant deux ou trois jours dans une solution d'acide acétique ou d'acide pyroligneux ou esprit de bois, ou encore d'acide tartriqne ; la préparation après cette macération doit être lavée avec soin dans l'eau distillée.
L'acide osmiqiie est réduit par les substances grasses et par les éléments d'un grand nombre de tissus, les fibres hsses, les épithéliums, les substances amorjjhes, le protoplasma des jeunes cellules ; mais il a pour propriété principale de colorer les cylindres d'axes des nerfs, les terminaisons nerveuses, et de montrer les cellules tubulées des tubes nerveux ; il colore ces éléments en brun noirâtre, il agit en outre chimiquement.
Les autres réactifs qui donnent lieu à une coloration par réduction sont plutôt des réactifs chimiques ou spécifiques de certains éléments, c'est ainsi que le perchlorure de fer colore les noyaux et même la subtance fondamentale des cartilages, en brun jaunâtre (couleur de l'oxyde de fer) ; que le chlorure de palladium colore les éléments des tissus qui ont macéré dans l'acide chroniique, en brun foncé, que le permanganate de potasse colore un grand nombre d'éléments en brun rougeâlre; les procédés employés comportent des opérations analogues à celles que nous venons de décrire. Les réactifs de ce genre prendront une plus grande importance et seront multipliés grâce aux travaux de la technique microscopique, mais ils n'ont pas quant à présent une importance pratique nécessitant de notre part une étude particuHère, et nous devons porter le même jugement siu' les procédés de coloration qui ont pour base des réactions chimiques complexes, nous les signalons seulement comme les premiers essais de procédés qui doivent être perfectionnés et qui n'attendent pour être acceptés dans la pratique, que des applications à de nouvelles recherches.
L'action combinée du sulfate de fer et du cyanoferrure de potassium peut servir de type. Comme l'a montré Leber, une cornée de grenouille placée cinq minutes dans une solution de 1/2 à 1 p. 100 d'un sel ferreux, portée ensuite dans le cyanoferrure de potassium prend une coloration bleue qui porte sur la substance intermédiaire seule ; avec le sulfate de cuivre et d'ammoniaque, 2 p. 100, puis le cyanoferrure de potassium, on obtient une coloration rouge. Dans la même voie, on a employé l'azotate d'uranium (à 5 p. 100) et le cyanoferrure de potassium.
Les réactifs décolorants ont une certaine utiUté en histologie, parce qu'une coloration trop foncée présente certains inconvénients. En général les préparations colorées par le carmin tendent à pâlir, la glycérine agit tomme décolorant et finit par rendre les préparations trop transparentes. Luys, dans ses reproductions photographiques des coupes faites sur le cerveau, a employé un procédé particulier pour décolorer les coupes teintes en jaune verdàtre par l'acide chromique.
M. Luys emploie une première macératioii dans une solution concentrée de
soude, puis la macération dans Tacide chlorhydrique aux deux tiers, et un lavage prolongé dans l'eau distillée.
Certains tissus sont colorés par un pigment qui résiste aux réactifs ordinaires et empêche l'étude des éléments. G. Pouchet (cité par Duval) emploie pour décolorer les tissus pigmentés la macération dans un bain de glycérine additionnée de qiielqiies gouttes d'eau oxygénée, que l'on trouve dans le commerce sous le noju à'auréoline de Robari. Pour les colorations mélaniques que l'on rencontre à l'état pathologique, j'emploie la teinture ammoniacale de cpmin; les coupes, après une macération variant entre quelques minutes et plusieurs heures, suivant la coloration noire plus ou moins foncée, sont en grande partie décolorées ; les éléments infiltrés de matière mélanique deviennent orangés, rouges ; et l'on peut ainsi distinguer la mélanose du pigment proprement dit ou de l'infiltration noire due aux poussières de charbon ou au noir de fumée. De plus, on peut poursuivre les transformations successives de la matière colorante du sang en matière mélanique.
Des préparations microscopiques. Tous les procédés opératoires qui viennent d'être exposés concourent à disposer la coupe dans les conditions les plus favorables à l'examen. La préparation microscopique est formée par l'objet à examiner, les lames de verre qui le fixent et le liquide qui l'entoure. Les moyens de faire la préparation ne sont pas les mêmes, suivant qu'on veut procéder à l'examen rapide ou conserver un objet pour des examens ultérieurs.
Les objets indispensables pour les préparations sont les lames de verre, dont l'une, dite plaque ou lame porte-objet, offre une surface assez étendue pour recevoir l'objet et des étiquettes indiquant la nature de l'objet, ou la date, ou les procédés employés. Ces plaques porte-objet se trouvent toutes faites dans le commerce; les plus ordinaires on plaques moyennes mesurent 75 millimètres de large sur 45 millimètres de haut, avec une épaisseur variant de i millimètre à 1 millimètre et demi ; elles doivent être faites en verre de glace bien pur, et non pas avec de la vitre ordinaire. La lamelle couvre-objet est beaucoup plus mince, elle est carrée ou ronde; les lamelles carrées, correspondant aux plaques moyennes, ont 2 centimètres de côté; les plaques rondes présentent des diamètres très-variables. L'épaisseur de ces lamelles doit être d'autant moindre qu'on examine avec de plus forts grossissements ; mais, pour les recherches ordinaires, il est bon d'tmployer des lamelles d'un tiers de millimètre qui sont assez résistantes pour être nettoyées facilement. La forme carrée est plus aisée à manier, et cette circonstance doit être prise en considération, parce qu'au début on est exposé à casser un grand nombre de plaques. Les plaques doivent ê(re tenues très-nettes, et nettoyées souvent, avec un linge fin, avec l'alcool ou l'éther.
Les lames de verre étant nettoyées, on place la plaque de verre bien d'aplomb sur la table à examen, oii sur une boîte peinte en blanc ou en noir, suivant la coloration de lacoiipe. On dépose, avec un pinceau ou une pipette, sur la partie centrale de la plaque porte-objet, une ou plusieurs gouttes du liquide choisi comme véhicule, soit la glycérine ; prenant alors à l'aide d'un pinceau ou des pinces la coupe ou l'objet dans le bain oi^i il a été déposé pour la macération ou la coloration, on la dépose avec précaution sur la goutte de liquide placé sur le porte-objet ; il reste à recouvrir avec la lamelle, de façon qu'il n'y ait pas de gouttelettes d'air comprises sous la lamelle et que la coupe plonge bien dans le liquide.. A cet effet, la lamelle carrée est doucement appliquée de champ sur la plaque porte-objet, à une petite distance de la préparation; ou la maintient avec le pouce et l'index de la main gauche, d'abord verticalement, puis on l'inchne légèrement
sur la oonpe, à l'aide d'une aiguille maintenue par la main droite on soutient la lamelle quand elle est très-incliuée sur la plaque; on laisse doucement appuyer la lamelle sur le liquide, le liquide remplit très-également l'angle aigu ainsi formé par la lamelle et la plaque; éloignant ou abaissant l'aiguille, on laisse la lamelle s'appliquer sur la coupe. S'il n'y a pas assez de liquide, on peut en ajouter par les bords ; s'il y en a trop, on l'absorbera avec un pinceau ou du papier buvard.
Quand, au lieu d'une coupe, il s'agit d'un liquide à examiner, on a ordinairement avantage à faire pénétrer ce liquide en couche mince et régulière; on utilise pour cela la capillarité qui se manifeste entre les deux lames de verre. Celles-ci ayant été bien nettoyées, on applique simplement la lamelle sur la plaque, et au bord de celle-là on dépose une goutte du liquide. Pour que la couche soit uniforme, il faut que les lames soient bien planes. Il est d'un usage très-commode de préparer d'avance de ces plaques ; à cet effet, il suffit de faire tomber à chacun des quatre angles delà lamelle une gouttelette de cire vierge ou de paraffine, qu'on a fait chauffer ; en même temps, on appuie légèrement sur le centre de la lamelle avec une aiguille ; la cire, en se refroidissant, fixe la lamelle ; une goutte de liquide, appliquée au bord de la lamelle, se répand par capillarité entre les deux plaques et sous une couche très-mince. Des plaques, ainsi préparées, peuvent être rendues transportables par un moyen très-simple : on fixe un petit carré de verre épais à chaque extrémité de la plaque avec un des ciments dont nous parlerons. Les plaques peuvent ainsi se superposer, les deux cales de verre empêchant le contact des lamelles des deux préparations superposées. Ces lames sont très-utiles dans la pratique, parce qu'elles permettent de recueillir des liquides dont on ne peut obtenir que de petites quantités, et de les conserver à l'abri de l'air pour les examiner à loisir.
Les préparations définitives s'exécutent par des procédés assez délicats et trèsnombreux, qui ne sauraient être étudiés complètement que dans un traité de technique ; nous indiquerons seulement les procédés les plus communs et les plus faciles à exécuter promptement.
Pour obtenir une préparation définitive pouvant être conservée longtemps, il tant que l'objet soit dans un liquide conservateur et que la plaque soit fixée, c'està-dire scellée de façon que le liquide ne puisse transsuder.
Les liquides conservateurs varient suivant la nature du tissu ou de l'objet à examiner. Très-souvent on se contente des véhicules ordinaires, tels que la glycérine, à laquelle on mélange diverses substances conservatrices, le chlorure de sodium, le sucre, le sublimé, l'acide arsénieux, l'alun, le bichromate de potasse, plusieurs sont désignés du nom de l'auteur qui les a employés, hquides de Pacini, de Goadby, de Thwaites, de Strauss, d'Ordonnez.
Les liquides les plus faciles à manier et les plus en réputation ont pour base la glycérine, mais celle-ci ne peut être employée pure que pour un petit nombre de tissus, ceux qui ont été durcis et colorés. Le mélange de glycérine et d'icthyocolle dans les proportions de 1 partie d'ichthyocolle pour 5 d'eau et 4 de glycérine inventé par Deane, est facile à préparer, on fait dissoudre à chaud l'icblhyocolle dans l'eau et on mélange avec la glycérine en se refroidissant, ce liquide prend la forme d'une gelée; pour l'employer, on chauffe légèrement et on dépose le liquide S4ir le porte-objet. Le mélange de Legros a une composition analogue, il est composé d'une solution concentrée de gélatine mBlangée à parties égales d'une solution saturée d'acide arsénieux et de glycérine. On peut également employer la glycérine mélangée à une solution concentrée de gomme arabique.
Ces mélanges sont les plus faciles à manier, ils conviennent à la plupart des • tissus que l'on veut conserver, mais pour les éléments délicats les liquides de Pacini et de Goadby sont préférables. La formule en a été variée à l'infini; nous en citerons une seule: Mélange de Pacini, sublimé 1 partie, chlorure de sodium 2 parties, glycérine 15 parties, eau distillée, 115 parties. Mélange de Goadby : «Sel de cuisine 120 grammes, alun 20 grammes, sublimé 20 centigrammes, eau bouillante 1/2 litre.
Un grand nombre d'objets ou de tissus peuvent être conservés à l'état sec; pour les injections colorées fines, ce mode de conservation est des plus favorables. On emploie ordinairement les térébenthines, ou des résines qui sont liquéfiées par la chaleur ou des solutions térébenthinées, dont la plus commune est le baume de Canada dissous dans le chloroforme ou dans l'alcool, elle offre cet avantage de pouvoir être maniée à froid, elle sert en outre de ciment fixant la lamelle. Les préparations pour être renfermées dans les liquides térébenthines doivent être desséchées préalablement. On chasse l'eau contenue dans la préparation par une série de manipulations assez délicates ; on fait d'abord macérer pendant 1 2 à 24 heures la coupe de tissu dans de l'alcool absolu, on la place sur du papier à filtrer, et, au moment où l'évaporation est complète, on la plonge dans de l'essence de térébenthine pendant quelques heures. Placée dans le baume de Canada dissons dans le chloroforme, la préparation se conserve très-longtemps transparente et en parfait état. Lorsqu'on emploie le baume de Canada, ou la térébenthine molle de Venise, il faut chauffer ces substances ainsi que les plaques de verre, le procédé est minutieux et réclame l'usage de quelques appareils, par exemple celui de Frederik Marshalle, décrit par Robin {Traité du microscope, p. 569).
Le scellement des préparations consiste non-seulement à fixer la lamelle couvre-objet sur la plaque porte-objet, mais aussi à circonscrire un espace isolé de l'air et formé par la lamelle, la partie de la plaque que celle-ci recouvre, et par un ciment on l'a dépose autour de la lamelle. Cet espace nommé cellule contient le véhicule et l'objet ; quand il ne s'agit que de conserver temporairement des préparations pour les transporter ou les revoir, on peut employer des ciments faciles à manier, le plus usuel est le bitume de Judée, dissous dans la benzine ou dans l'essence de térébenthine, pour sceller la préparation à l'aide d'un pinceau trempé dans la solution de bitume on dépose sur le bord de la lamelle des gouttes de la solution qui s'étendent sur une largeur de quelques millimètres sur la lamelle et la partie voisine de la plaque. 11 est essentiel que le liquide servant de véhicule ne déborde pas du tout la lamelle, pour que l'application soit exacte. On laisse sécher le bitume et on applique plusieurs couches s'il est nécessaire. La térébenthine de Venise ou le baume de Canada dissous dans le chloroforme constitue un ciment qui sèche rapidement, mais qui est moins épais.
La cire à cacheter dissoute dans l'alcool, ou la paraffine liquéfiée par la chaleur sont des ciments faciles à employer et suffisant pour conserver les préparations pendant quelque temps.
Pour les préparations définitives il est nécessaire de procéder avec plus de soin, il faut en général préparer à l'avance les cellules afin que la lamelle n'appuie pas sur la préparation. La cellule est alors formée par un anneau de bitume de Judée, ayant 2 à 5 millimètres de largeur, et qui forme une sorte de bourrelet d'épaisseur variable au centre duquel est compris l'objet à examiner. Pour faire des cellules régulières on emploie un instrument particulier dit table tournante à faire les cellules, à l'aide duquel on trace à l'avance l'anneau qui circonscrit la cellule,
r.04 MICROSCOPE.
on laisse sécher le vernis et l'on ajoute autant de couches de bitume qu'il est nécessaire ; dans certains cas, où l'épaisseur doit être très-grande, on se sert d'un . anneau de caoulchouc, qui est fixé et recouvert par le bitume de Judée; on trouve également dans le commerce des cellules toutes préparées dans lesquelles un disque de verre, percé à son centre, forme une cavité destinée à recevoir la préparation et le véhicule. La cellule étant préparée, il suffit d'y mettre la coupe du tissu ou l'humeur qu'on veut conserver de recouvrir, avec la lamelle et de hitev • celle-ci avec le bitume de Judée ou un autre ciment.
Avec des cellules ainsi disposées, les lamelles rondes sont employées de préférence, car elles présentent un aspect plus régulier. L'important est dé bien sceller les préparations, l'élégance dans ces manipulations ne s'acquiert qu'à la longue. La préparation étant faite, on colle aux deux extrémités de la plaque de petites étiquettes sur lesquelles on inscrit la provenance le sujet de la préparation, ou la date ou tout autre détail, tel que l'indication du véhicule.
Les préparations sont collectionnées et conservées dans des meubles particuliers, constitués par des tiroirs très-peu élevés, rappelant la disposition des médailliers, on trouve également des boîtes en forme de livres, ou des cartons pouvant contenir des préparations disposées à plat. La disposition qui permet de laisser la préparation horizontale est la meilleure, les autres détails de construction importent peu ; mais on fera bien d'adopter une largeur et su i tout une longueur constante pour les plaques, ce qui facilite le rangement des préparations.
Des moyens de recueillir les pièces pathologiques, destinées aux études microscopiques. Après avoir indiqué la série des procédés qui permettent l'exécution d'une bonne préparation, il nous paraît utile d'indiquer les précautions à prendre pour recueillir les pièces destinées à des recherches d'anatomie microscopique normale ou pathologique, de façon à utiliser le mieux possible, les objets d'étude fournis par les autopsie ou les préparations. Il y a certaines pièces pathologiques qui réclament une dissection attentive par les procédés ordinaires, dans le but d'étudier certaines connexions, telles sont les plaies des vaisseaux, les sections de nerfs, les luxations, les fractures ; le rôle de l'histologie est dans ces cas considéré comme secondaire, et nous n'avons pas à nous occuper ici de l'étude anatomique à l'oeil nu, qui offre une importance si considérable, et qui est d'ailleurs la base nécessaire d'un examen microscopique complet.
Pour bien connaître et décrire une tumeur il est de toute nécessité d'en étudier avec soin les connexités, c'est ainsi qu'on pourra reconnaître le mode d'envahissement des produits morbides, déterminer le siège précis de certaines lésions. Comme il arrive souvent que la pièce est abandonnée complètement à l'histologiste pour en taire l'examen ; il est important de prendre immédiatement toutes les précautions qui favorisent un examen accompli.
Lors donc qu'on a déterminé avec soin les connexions d'une tumeur, qu'on a isolé certaines parties importantes, telles que des nerfs, des vaisseaux, qu'on a tiré de l'examen à l'œil nu les premières notions de densité, d'élasticité, de coloration indispensables à la description, en s'aidant de quelques coupes pratiquées avec prudence et dont le choix judicieux demande des connaissances analo mopathologiques préalables, on peut faire l'examen immédiat à l'état frais de certaines portions de la tumeur, choisissant dans les diverses parties de celles-ci de façon à examiner des spécimens de toutes les particularités qu'elle présente. Ordinairement on n'a pas le loisir de procéder ainsi ; il est en outre nécessaire de
laire durcir, ou de colorer, ou de traiter par les réactifs. On évitera les lavages de la pièce par l'eau, qui infiltre les tissus et altère certains éléments ; et, s'il faut transporter la pièce anatomique, le meilleur procédé consiste à la renfermer dans du taffetas gommé; un procédé très-simple permet de conserver intactes pendant près de quarante-huit heures les pièces pathologiques, il consiste à les entourer d'ouate imbibée d'eau alcoolisée, soit un tiers d'alcool, puis à les recouvrir d'un taffetas imperméable ; on peut ainsi les expédier au besoin par la poste. Il est très-avantageux d'utiliser certaines parties des tumeurs fraîches au point de vue de quelques questions d'anatomie normale ou pathologique, qui réclament l'étude sur des tissus pour ainsi dire encore vivants ; c'est ainsi qu'on peut séparer sur la pièce des vaisseaux pour en étudier l'épithéhum ou les nerfs vaso-moteurs; des fibres lisses, pour en rechercher les nerfs ; des espaces lymphatiques, pour reconnaître leurs dilatations, leurs altérations. On peut alors employer l'imprégnation par le nitrate d'argent, la coloration par le chlorure d'or, en général les procédés techniques basés sur les réactions obtenues à l'état frais ; c'est par ces précautions qu'on pourra se procurer facilement dans les membres amputés des tissus offrant les mêmes conditions favorables que ceux des animaux qu'on sacrifie dans un but anatomique. il est bon d'employer habituellement divers moyens de durcissement, tels que la macération dans l'alcool, l'acide chromique à un deuxcentième, ou le liquide de MûUer; il est indispensable, pour favoriser le durcissement, de séparer la pièce en des parties peu volumiui^uses et de suivre les préceptes indiqués à l'article Macérations. Enfin on multipliera les macérations suivant les cas, et surtout suivant la nature des tissus à examiner.
Au bout d'un temps variable, qu'on apprend vite à apprécier, on peut pratiquer les coupes ; alors celles-ci sont soumises aux divers bains de réaction ou de coloration que nous avons indiqués. Il est très-utile de conserver les tumeurs qu'on a déjà étudiées, pour comparer, en cas de récidive ou d'autopsie, les produits primitifs et les produits secondaires. En général, c'est à l'alcool qu'on donne la préférence, même pour les pièces ayant durci dans l'acide chromique. Nous étendre davantage sur ce sujet, serait empiéter sur les divers articles : Pièces
ANATOMIQUES, CONSERVATION, InJECTIO.NS, MaCÉRATIONS, HiSTOLOGIE, daUS IcsqUcls
ou trouvera des notions plus particulières ; mais nous devons signaler des procédés d'examen qui ont acquis dans ces dernières années une importance considérable, parce qu'ils permettent l'étude de certaines propriétés qui intéressent à la fois la physiologie et l'histologie. Tels sont les moyens d'examiner les tissus ou les éléments sur l'animal vivant, ou dans des conditions d'humidité et de température analogues à celles de l'animal vivant.
Les appareils les plus employés sont les chambres à eau, les chambres humides, les chambres chaudes, et les chambres à gaz.
Les chambres à eau, dans leur forme la plus simple, sont constituées par des cellules plus ou moins profondes ; autrefois creusées dans la plaque porte-objet, elles sont remplacées par des cellules plus profondes, telles qu'on les obtient en fixant sur la plaque porte-objet une couronne de verre plus ou moins épaisse, qui, recouverte par la lamelle, constitue un espace qu'on peut clore hermétiquement par un ciment après y avoir renfermé des animalcules ou des algues, dont on veut étudier les mouvements ou le développement.
Les chambres à eau ou cuves à eau sont des appareils plus perfectionnés qu'on trouve chez divers fabricants.
Les chambres humides sont d'une applic.\tion plus ordinaire dans les études
histologiques. La chambre de Kecklingliauseti est composée d'un anneau de verre coupé dans un verre de lampe ou dans un large tube assez volumineux pour recevoir le tube du microscope, et d'un manchon de caoutchouc en forme de cône tronqué engainant par en haut le tube ou l'anneau du miscroscope, cl par en bas s'appHquant sur le bord supérieur de l'anneau de veree. Le caoutchouc permet par sa souplesse de lever ou d'abaisser la chambre humide. L'anneau de verre repose par le bord inférieur sur une plaque porte-objet en verre qui est trèslarge et reçoit la préparation recouverte ou non d'une lamelle de verre, c'est ordinairement une substance molle ou un liquide renfermant des éléments, qu'on examine; pour entretenir l'humidité dans la chambre ainsi constituée, on place à l'intérieur des rondelles de sureau ou des bandelettes de papier à filtre imbibées d'eau, on entoure également de papier mouillé le bord inférieur de l'anneau. J'ai trouvé avantage à donner à l'anneau de verre une assez grande hauteur, soit 2 centimètres, c'est plutôt alors un manchon, qui permet de voir la préparation, facilitant ainsi la mise au point, la surveillance et le maniement de la préparation.
Cette chambre humide nécessite l'emploi d'un objectif à immersion, elle permet l'étude des humeurs et des tissus des animaux dont la température ne dépasse pas celle de l'air ambiant ; ainsi les mouvements des amibes, les mouvements amiboïdes des globules du sang des Tritons, des grenouilles, de l'escargot, et les tissus de ces animaux peuvent être étudiés pendant plusieurs heures avec cette chambre humide.
Cet appareil peut être transformé en chambre chaude au moyen d'un porte-objet particulier, permettant de chauffer la préparation à un certain degré, le porteobjet dont l'idée première remonte à Dujardin, est formé par une plaque métallique chaullée à ses deux extrémités par deux lampes à alcool. Le porte-objet employé par Schnltze, Hayem et moi, pour l'étude des mouvements amiboïdes est fort difficile à manier, pour obtenir nue température constante; on lui préfère les chambres chaudes, dans lesquelles la température est lournie par un courant d'eau chaude. Ces chambres chaudes telles que les emploient ou les fabriquent Polaillon et Ranvier, Nachet, A. Chevallier et Verrick permettent l'étude des éléments ou des tissus sous une température constante ou n'offrent que des variations peu importantes.
Ces appareils ont été diversement modifiés, chaque observateur apportant des perfectionnements suivant le but de ses recherches ou son ingéniosité, on a construit des chambres à gaz permettant d'étudier l'action de divers gaz sur les éléments anatoraiques, comme l'a fait Stncker ; Nachet a exécuté une chambre à gaz d'un maniement facile avec le microscope renversé ; il nous suffit de signaler ces appareils. De même nous ne décrirons pas les moyens qai servent à fixer les animaux, tels que la grenouille, pour étudier sur la langue, la patte, l'intestin, les phénomènes de la circulation; c'est au laboratoire qu'on apprend tous les moyens pratiques et qu'on s'habitue à construire soi-même beaucoup d'appareils qui, achetés chez les fabricants, sont fort coûteux.
Nous n'avons pas traité des injections qui servent à colorer les vaisseaux ou les espaces lymphatiques, parce que la plupart des procédés employés appartiennent
la technique anatoraique autant qu'à la technique microscopique proprement dite, et qu'il y a avantage à réunir sous un même chapitre, les injections en général. Voy. IîSJECTio»s (aiiatomie).
A.. Hekocque.
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