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608 MICROSPORON.

MICROSCOPE SOLAIRE. Le mici'oscope dit solaire est construit sur les mêmes principes qu'une lanterne magique. L'appareil est fixé au volet d'une chambre obscure : les rayons lumineux du dehors passent d'abord à travers un miroir, ensuite à travers une première lentille, puis une seconde (focus) à court foyer et mobile, qui les font converger et se croiser en un point. C'est sur ce point qu'est placé l'objet à examiner, et qui doit être transparent. Après avoir traversé cet objet, les rayons passent à travers un système achromatique de lentilles convergentes et vont former sur un écran placé à distance une image agrandie et renversée ; aussi faut-il, pour la voir droite, renverser l'objet lui-même.

MICROSPORON (de (/.upoç, petit, et ampoi, graine). Genre de cryptogames vivant sur la peau de l'homme, et appartenant à la famille des champignons, tribu des torulacés. Cette tribu renferme également le genre trichophyton.

Tout champignon, dit Béclard, se compose en général de deux parties, l'une végétative, appelée mycélium, formée de filaments grêles, simples ou ramifies, nus ou engagés dans la substance même du corps sur lequel le champignon vit en parasite ; l'autre de reproduction, qui naît de la première, dont elle est en quelque sorte une dépendance, et qui est constituée par les spores ou sporules.

Ces deux parties se retrouvent dans le genre microsporon avec les caractères suivants :

Le mycélium se compose de filaments ondulés, transparents, sortes de cellules étroites et allongées, pâles, dépourvues de granules intéiieurs, quelquefois bifurquées, formant avec leurs branches une couche à l'extérieur de laquelle sont les spores.

Les spores sont serrées les unes contre les autres, agglomérées en forme d'amas, de duvet, sphériques ou ovoïdes, transparentes, dépourvues comme les filaments de granules intérieurs.

Le genre microsporon diffère du genre trichophyton : 1° par son mycélium qui offre des axes et des branches feutrés ensemble, tandis que le trichophyton n'a point de filaments proprement dits, mais seulement des spores disposées en chapelet ; 2° par ses spores qui sont plus petites et sans granules intérieurs, tandis que les spores du trichophyton présentent à leur centre une très-fine poussière de granules moléculaires doués du mouvement brownien.

Le genre microspore ou microsporon, créé par Gruby, en 1843, comprend deux espèces bien distinctes que nous allons étudier successivement : 1» le microsporon furfur ; 2° le microsporon de la vraie pelade [vitiligo du cuir chevelu).

Quant au microsporon mentagrophytes, admis d'abord par Gruby, on sait qu'il n'est pas autre chose que le trichophyton tonsurans.

§ l^^ Microsporon furfur. ( Microspore pellucide ; epiphytus pityriasis versicoloris , Iluyter; — Epidermophyton, Bazin.) Découvert en 1846, par Eichsted, ce champignon serait mieux nommé epidermophyton, en raison de son siège habituel, et à peu près exclusif sur l'épiderme proprement dit.

Bescription. Ce champignon tient le milieu entre les cryptogames des teignes et les cryptogames des muqueuses dont il se rapproche souvent par un réseau très-riche, composé do tubes et filaments droits ou contournés, simples ou plus

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souvent ramifiés, avec des spores terminales. Ces filaments se distinguent de ceux de Vdidium alhicam en ce qu'ils sont plus étroits et n'ont pas de cloisons intérieures ni de granules.

Les spores sont presque toutes sphériques, plus grosses que celles du microsporon d'Audouin, de 0'"'",004 à 0'^°',006 de diamètre. Elles réfractent fortement la lumière, et paraissent, vues sur le champ du microscope, avoir un contour bilinéaire. Elles ne renferment pas de granules intérieurs.

Étude clinique. Le microsporon furfur, ou épidermophyton, est la cause des affections diverses que j'ai réunies sous le nom de crasses parasitaires, à savoir : le pityriasis versicolor, le pityriasis nigra, le chloasma ou nïacula gravidarum, les taches hépatiques, les éphélides lenticulaires, etc.

Il vit aux dépens de l'épiderme dont il occupe l'épaisseur, mais il ne semble pas pénétrer jusqu'au corps muqueux dont les cellules pigmentaires restent intactes. Quelquefois, mais rarement, on le trouve sur les poils follets.

Il peut se développer sur toutes les parties du corps, sans en excepter celles qui sont habituellement couvertes par les vêtements, comme on l'a bien à tort prétendu. On le rencontre principalement sur le tronc et sur le visage.

Il donne lieu, sur la peau, à la formation de taches dont la couleur varie dans des limites très-étendues, tantôt très-foncée, presque noire {pityriasis nigra), tantôt si pâle qu'elle se distingue à peine de la teinte normale des téguments voisins. Ces taches sont plus ou moins larges, diversement configurées ; ici, ce sont des points isolés, là au contraire de vastes surfaces continues qui s'étendent sur des régions entières. Elles sont le siège d'une exfoliation furfuracée, formée non-seulement de débris épidermiques, mais en grande partie de matière parasitaire. Ce phénomène ne se manifeste d'ailleurs qu'après un certain laps de temps, alors que le champignon, contenu dans l'épaisseur de l'épiderme, a rompu la lamelle extrêmement mince qui le recouvrait.

Comme je viens de le dire, la crasse parasitaire est constituée par un mélange d'épiderme et de cryptogame, et la coloration des taches résulte probablement dans une certaine mesure de la proportion relative de ces deux éléments. Dans le principe, les cellules épithéliales prédominent sur l'élément parasitaire, dont la recherche peut offrir alors quelques difficultés.

Examiné dans ses rapports avec les poils, le microsporon furfur diffère par un trait essentiel des champignons des teignes : il végète à la surface de ces appendices, mais ne pénètre jamais dans leur intérieur.

Quelques circonstances physiologiques ou pathologiques paraissent favoriser le développement de l'épidermophyton. Je signalerai, parmi les premières, l'état de grossesse, et parmi les secondes, certaines affections du foie dépendant de maladies constitutionnelles.

De simples lotions avec un solutum de sublimé suffisent pour détruire le parasite, et faire disparaître les éruptions occasionnées par sa présence.

§ 2. Microsporon de la vraie pelade {teigne achromateuse , vitiligo). description. Il présente dans sa structure des filaments, des branches et des spores.

Les filaments (trichomata) sont disposés parallèlement aux stries des cheveux et ondulés. Ils sont épais de 0°"",002 à O'"'»,005. Us forment comme une cellule

allongée très-grêle.

Les ramifications paraissent nombreuses et courtes ; elles se bifurquent sous un angle de 30 à 50 degrés ; elles ont la même épaisseur que les tiges. tiJCT. ENC 2' s. VII, S9

«JO MICROSPORON.

Les spores sont ordinairement globnleuses, d'un diamètre d'environ 0""",003. Elles sont transparentes et se gonflent dans l'eau.

Le champignon se propage dans le follicule pileux jusqu'au bulbe, et déracine le poil, caractère qui le distingue du microsporon furfur.

Étude clinique. Le microsporon d'Audouin est la cause efficiente de la pelade, j'entends de la vraie pelade, car il y a sur ce point tant controversé d'importantes distinctions à faire.

J'admets trois espèces de teignes, dont la pelade est une; toutes trois caractérisées par une espèce botanique différente, à savoir, la teigne faveuse par l'achorion Schœnleinii, la teigne tonsurante par le trichophyton, et la teigne pelade par le microsporon.

Ces trois champignons parasites se distinguent en général par des caractères botaniques parfaitement tranchés et faciles à saisir. Toutefois, s'il est habituellement impossible de méconnaître l'achorion Schœnleinii, il n'en est pas toujours ainsi à l'égard des deux autres mycodermes, le trichophyton et le microsporon. Il est en effet des cas où la ligne de démarcation qui existe entre ces deux espèces végétales d'ailleurs si voisines, s'atténue et devient difficile à apercevoir, soit que leurs éléments constitutifs aient subi une altération réelle, soit que des particularités plus ou moins importantes se soient ajoutées d'un côté, ou ne soient plus retrouvées de l'autre. On conçoit très-bien, par exemple, que les conditions de milieu, de terrain, que l'action dissolvante ou destructive exercée par certaines sécrétions morbides, et surtout par les topiques employés, notamment par les parasiticides , on conçoit , dis-je , que ces causes diverses puissent à la longue modifier ou altérer les deux parasites, changer les rapports et la proportion de leurs éléments, spores et mycélium, ou même dénaturer ces éléments au point d'en effacer les différences catactéristiques.

C'est aux causes que je viens de signaler que doivent être attribuées surtout la plupart des erreurs qui ont eu cours dans la science sur ce difficile sujet, erreurs que j'ai plus d'une fois partagées moi-même. Qu'est-ce en effet que le microsporon mentagrophyte, sinon du trichophyton altéré, vieilU, dégénéré, et partant méconnu ? Et l'histoire de la pelade nous retrace presque à chaque pas la même confusion dans les mots et dans les choses.

En 1853, lorsque parurent mes Recheixhes sur la nature et le traitement des teignes, dix années s'étaient écoulées depuis la découverte faite par Gruby (1843) du microsporon Audouini, et les occasions ne m'avaient pas manqué d'observer et d'étudier le nouveau parasite. Or, déjà à cette époque, il m'avait paru que le microsporon dit d'Audouin n'était pas absolument le même dans tous les cas, qu'il pouvait présenter des différences sensibles correspondant précisément à deux formes d'alopécie bien distinctes, dont je fis deux espèces de teigne, achromateuse et décalvante, et, réservant pour le champignon de la première le nom de microsporon d'Âudouhi, je désignai celui de la seconde sous le nom de microsporon décalvant. Et les différences des caractères cliniques me confirmaient dans cette opinion, que je devais abandonner plus tard pour la reprendre, quoiqu'un peu modifiée, dans ces dernières années.

En elTet, dans mon cours écrit de 1858, tout en admettant la réalité des différences microscopiques et cliniques qui me semblaient exister entre les teignes achromateuse et décalvante, je crus devoir passer outre et réunir ces deux i'ormes morbides en une seule espèce à laquelle je donnai le nom de pelade.

Cependant, cette sorte de formule une fois établie, je ne tardai pas à m'aper-

MICROSPORON. oiî

cevoir qu'elle ne pouvait suffire à comprendre tous les faits ; que certains eus d'abord rattachés à la pelade n'en avaient véritablement que l'aspect et nullement la nature. Et je reconnus que cette fausse pelade, comme je l'appelai pai' opposition avec la vraie, n'était rien moins qu'une forme particulière ou une phase de la teigne tonsurante.

Cette distinction est fondamentale. Mais où finit la pelade vraie? où commence la pseudo-pelade? tel est le point qu'il importe d'élucider.

Or, des recherches récentes ne me permettent pas de conserver à la pelade proprement dite toute l'étendue du domaine que je lui avais assigné. Je me suis de nouveau convaincu, comme je l'étais en 1853, que les deux formes d'alopécie qui la composent, si différentes par leurs caractères cliniques, ne le sont pas moins par leurs caractères microscopiques, et que, si la teigne achromateuse, ou pelade vi'aie, est bien en réalité produite par le microsporon d'Audouin, la teigne décalvante n'est pas autre chose dans un grand nombre de cas qu'une variété, une suite, ou pour employer l'expression de Gibert, l'une des phases les plus avancées de la teigne furfuracée ou tonsurante. Il y a mieux, c'est que toutes les teignes décalvantes doivent être rattachées comme de simples variétés à la teigne tonsurante.

La vraie pelade est aujourd'hui très-rare. Il est toujours facile de la distinguer cliniquement de la fausse pelade et de la teigne décalvante. Quand les surfaces dénudées offrent encore à la vue de petits tronçons de poils noirs, charbonneux, qui se brisent dès qu'on les saisit avec la pince ; quand ces petits tronçons examinés eux-mêmes au microscope laissent voir l'altération si connue des cheveux imprégnés de spores trichophy tiques, aucune hésitation n'est possible. Si au contraire il n'existe sur les surfaces dénudées que des poils blancs, grêles, lanugineux, dont la reproduction s'est faite après la chute des premiers poils malades, le microscope montrera ces poils altérés dans leur structure, écailleux à leur surface, mais en général on n'y retrouvera plus de parasites.

J'ai dit plus haut que la fausse pelade ou teigne décalvante est souvent la conséquence d'une teigne tonsurante abandonnée à elle-même ou mal traitée ; mais dans ce cas elle a toujours été précédée, dans ses périodes antérieures, d'herpès circiné et d'herpès squameux ou pityriasis alba, tandis que dans d'autres circonstances la teigne décalvante débute par une alopécie par places, sans autres symptômes qu'une chute de cheveux accompagnée d'un léger prurit et d'une brisure des cheveux et des poils qui n'existe que dans les premiers temps de la formation des tonsures. Or le seul caractère qui la distinguera dans ce cas de la vraie pelade sera l'absence de décoloration tégumentaire.

En résumé, nos recherches les plus récentes nous autorisent à penser que toute teigne décalvante ou fausse pelade est occasionnée, dans le principe, par le trichophyton : les cheveux qui repoussent sur les tonsures sont décolorés, mais les téguments conservent leur couleur normale.

Mais peut-être y a-t-il deux variétés de trichophyton : le tonsurans pour la teigne tonsurante et pour la fausse pelade ; le decalvans pour la teigne décalvante d'emblée. Dans cette dernière, la papille pilifère altérée par le champignon reproduirait des poils imparfaits, blancs, grêles, lanugineux, profondément modifiés dans leur structure, mais n'offrant ni à leur surface, ni dans leur intérieur les spores si nombreuses que l'on trouve encore après cinq ou six épilations dans la teigne tonsurante ordinaire, même alors que le cheveu vient avec sa racine dans l'épilation. Je reviens donc en définitive à l'opinion que j'avais

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d'abord émise en 1855, mais avec cette différence qu'au lieu d'un microsporon decalvans, nous nous trouvons avoir affaire à un tricliophytou decalvaus.

Pour trouver le champignon de la vraie pelade, il faut extraire avec la pince les premiers cheveux malades de la première tonsure en voie de formation, ou tout au moins d'une seconde ou d'une troisième tonsure au début, car il est rare que le mal ne se traduise que par une seule plaque de dénudation.

C'est ainsi que je comprends la vraie pelade, et par conséquent le rôle de l'épiphyte désigné sous le nom de microsporon d'Audouin. Cette affection répond à l'une des variétés du prurigo decalvans de Bateman, au vitiligo du cuir chevelu et de la barbe de M. Cazenave. Elle se présente sous deux formes différentes, selon que les surfaces sont déprimées, ou de niveau avec les parties voisines. Les poils ont d'abord un aspect sale et terne, sont décolorés, puis ils tombent en grand nombre, et l'on voit se dessiner des tonsures ordinairement ovalaires, remarquables par la décoloration de la peau. A cette période, le chan;piguon se manifeste au dehors sous la forme d'un duvet grisâtre qui passe souvent inaperçu en raison de son peu d'abondance. Le nombre des plaques ovalaires, d'un blanc de lait, est variable; on peut en compter jusqu'à quinze et vingt dispersées sur le cuir chevelu.

Comment se comporte le microsporon de la vraie pelade à l'égard du tissu qu'il attaque? Nous devons le considérer sur les poils et sur l'épiderme.

Sur la tige des poils, les spores forment parfois de petits groupes isolés ou affectant une disposition racémiforme. Cette tige elle-même présente, de distance en distance, des renflements ou nodosités constitués par les fibres longitudinales dilatées et incurvées, et au travers desquelles on aperçoit des amas de sporules. C'est au niveau de ces renflements que se brisent les poils. Sur la racine, les désordres ne sont pas moins remarquables. Le plus grand nombre des cheveux extraits ont un bouton sans capsule. La racine est recourbée en crosse, ou droite et en massue.

Sur l'épiderme, le microsporon forme ce duvet grisâtre signalé plus haut à la surface des plaques dénudées de la pelade; mais on trouve toujours avec les éléments cryptogamiques, filaments ou trichomata, un grand nombre de cellules épithéliales, La décoloration de la peau témoigne d'une action spéciale exercée sur la matière pigmentaire qui est détruite, absorbée par le parasite.

La pelade vTaie est une affection sérieuse, sinon pour l'individu lui-même, dont la santé générale n'en reçoit aucune atteinte, du moins pour le système pileux qui est singulièrement compromis, particuhèrement dans la pelade achromateuse déprimée. La calvitie est fréquente, et survient parfois rapidement; et la guérisou peut être fort difficile à obtenir lorsque la maladie existe depuis longtemps.

Cette teigne sera combattue, comme toutes les teignes, par l'emploi combiné de l'épilation et des agents parasiticides. Mais l'épilation est ici fort difficile, et il faut une main habile et beaucoup de persévérance pour triompher d'un mal aussi rebelle. ^^z'^^-

■ MlCBOTOiiu:. Nom donné à des instruments tranchants qui servent à faire des coupes fines pour l'examen microscopique {voy. Microscope).

illCTIorv (de mingere, uriner). On désigne ainsi l'acte par lequel l'urine est expulsée de la vessie. Nous renverrons le lecteur aux mots Vessie, Urêthre, Péra.NÉE, etc., pour les détails que ne saurait comporter cet article ; mais nous ne

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pouvons ici, sans risquer d'être incompris, négliger entièrement le côté anatomique de la question que nous allons traiter plus spécialement au point de vue physiologique.

Disposition anatomique de l'appareil de la miction. Cet appareil se compose essentiellement d'un réservoir musculo-membraneux, la. vessie, qui reçoit l'urine par les uretères et la rejette, au bout d'un temps variable, par le canal de Vnrèthre.

Pour expliquer comment l'urine s'accumule dans la cavité vésicale, au lieu de s'écouler immédiatement par l'urèthre, Galien avait admis autour du col de la vessie un anneau musculaire (sphincter vésical) qui, par sa contraction, amènerait la rétention normale de l'urine. Disons tout de suite que le mot contraction est impropre, et qu'en admettant l'existence du sphincter vésical, c'est sa tonicité qu'il faudrait invoquer pour expliquer la i'ermeture du col, laquelle n'est pas et ne pourrait pas être continuellement soumise à l'influence de la volonté pendant l'intervalle des mictions.

Vésale, le premier, montra qu'il n'y avait pas de sphincter vésical et attira l'attention des anatomistes sur un sphincter uréthral qui entoure la portion membraneuse de l'urèthre.

Cette observation juste de Vésale ne convainquit pas Blanchi qui rejeta toute espèce de sphincters et supposa le col fermé par une valvule pylorique ; mais celle-ci n'existe que dans certains cas pathologiques.

Lieutaud et, après lui, Boyer et Guthrie voulurent que l'occlusion du col de la vessie fut amenée par un anneau Ugamenteux et élastique que l'analomie a été, jusqu'à présent, impuissante à démontrer.

Il paraît parfaitement prouvé, aujourd'hui, qu'il n'y a pas de sphincter dans la vessie autour de l'orifice uréthral ; mais l'existence d'un sphincter de l'urèthre est, au contraire, un fait constant.

D'après Sappey, la moitié postérieure de la portion prostatique de l'urèthre est embrassée par un anneau musculaire ou sphincter. Cet anneau est formé de fibres lisses et il est beaucoup plus épais en arrière qu'en avant. En outre la portion membraneuse de l'urèthre présente des fibres circulaires striées qui constituent le sphincter uréthral d'Amussat. Elle est, de plus, embrassée par un groupe de faisceaux musculaires appartenant au muscle orhiculaire de l'urèthre et au muscle de Wilson.

Le premier de ces muscles a été décrit par Jarjavay, et on peut regarder le second ou muscle de Wilson comme la portion postérieure du premier. Ces deux muscles naissent de la symphyse du pubis et de la masse fibro-spongieuse qui remplit l'intervalle compris entre cette symphyse et la paroi supérieure de l'urèthre. Ils servent à comprimer le canal et offrent, au-dessus d'eux, un plexus veineux, le plexus de Santorini, sur lequel nous aurons à revenir.

Telle est la disposition de l'appareil rétenteur de l'urine ; il nous reste à décrire l'appareil expulseur. Examinons, pour cela, d'une part, la musculature de la vessie, et, d'autre part, son innervation.

La tunique musculaire de la vessie a été étudiée, avec beaucoup de soin, d'abord par Mercier et ensuite par Sappey. Suivant ce dernier anatomiste, elle se compose de trois couches. La première ou superficielle est formée défibres longitudinales, la seconde ou moyenne est constituée par des fibres circulaires ; la troisième enfin ou profonde présente des fibres plexif ormes qui s'envoient des anastomoses réciproques.

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Les fibres longitudinales antérieures émanent de l'arcade pubienne par des lamelles aponévrotiques désignées sous le nom de ligaments antérieurs de la vessie. Les autres fibres naissent, chez l'homme, de la prostate, et, chez lalenime, de l'aponévrose périnéale supérieure et da tissu qui unit le col de la vessie au vagin [voy. Périnée, Urèthre, Yessie).

Les filets nerveux qui commandent aux muscles vésicaux sont de deux ordres. Les uns proviennent des troisième, quatrième et cinquième paires sacrées : ce donc des nerfs rachidiens. Les autres appartiennent au plexus hypogastrique qui vient du grand sympathique et dans la constitution duquel entrent des rameaux provenant des branches antérieures des paires sacrées.

On doit à Budge d'avoir montré les deux voies suivies par l'agent nerveux moteur pour se rendre à la vessie. L'une de ces voies émane du cerveau, tandis que l'autre provient d'un point très-limité de la moelle situé, chez le lapin, au niveau delà quatrième vertèbre lombaire. Les fibres motrices du sphincter, appartiennent exclusivement au cordon cérébro-sacré; elles sont soumises à l'action de la volonté. Quant à celles de la vessie, les unes appartiennent à ce cordon et sont sous la dépendance de la volonté ; les autres, nées de la moelle, font partie du plexus hypogastrique et sont à l'abri de faction volontaire.

Enfin, la vessie n'a pas seulement des nerfs moteurs, elle possède aussi des nerfs sensitifs, et il résulte des recherches de Budge que ceux-ci sont exclusivement contenus dans le plexus hypogastrique.

Ainsi, il y a, dans la vessie, indépendance réciproque du sphincter et des muscles expulseurs ; la moelle exercera donc une double influence sur la miction, suivant qu'elle agira comme centre fonctionnel ou comme agent de transmission.

Description de la miction et des phénomènes qui l'accompagnent. Le premier phénomène par lequel s'annonce la miction, c'est cette sensation bien connue de tout le monde sous le nom de besoin ou d'envie d'uriner. A l'état normal, cette envie correspond toujours à une distension plus ou moins grande de la vessie par l'urine.

Quand on a une fois perçu la sensation du besoin de la miction, il peut arriver deux cas : ou bien l'on essaye de résister à ce besoin, ou bien, au contraire, on cherche à le satisfaire.

Dans le premier cas, la sensation perçue s'accentue de plus en plus, et l'on ne tarde pas à éprouver un sentiment de gêne au périnée en même temps qu'une légère démangeaison à l'extrémité libre de l' urèthre. Bientôt ces phénomènes disparaissent, mais bientôt aussi ils reviennent, et, si on résiste encore, ils s'éloignent de nouveau pour revenir plus forts, plus prompts, plus pressants. Le malaise s'accompagne même de frissons qu'on peut qualifier de douloureux. On voit alors le patient changer de contenance. S'il est assis, il se renverse en arrière ; s'il est debout, il rapproche les jambes et quelquefois croise les cuisses l'une sur l'autre. En même temps, sa respiration devient haletante et il évite de faire de grandes inspirations. Cependant les frissons se succèdent presque sans discontinuer ; une sueur froide vient couvrir le front et le sujet épuisé abandonne la lutte. L'urine alors s'écoule lentement, malgré les efforts qu'il peut faire pour activer son cours et arriver plus vite au soulagement.

Dans le second cas, c'est-à-dire lorsqu'on obéit immédiatement au besoin d'uriner, on observe, tout au début de la miction, la mise en jeu d'un eftort qu'il est surtout facile de constater chez les autres. Que si, par exemple, dans une promenade, au milieu d'une conversation, l'un des causeurs veut procéder à la

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miction, les autres pourront parfaitement remarquer qu'il s'interrompra brusquement dans son discours, ne prononçant plus que des paroles entrecoupées ou gardant même tout à fait le silence. Quand on accomplit la miction, ou écarte légèrement les jambes et l'on rejette l'urine suivant un jet parabolique continu dont l'amplitude varie beaucoup d'un individu à l'autre. Cette amplitude diminue à mesure que la miction s'avance et, quand elle est près de finir, l'urine s'écoule par jets saccadés, puis par simples gouttes qui tombent verticalement. A ce moment se produit, le plus souvent, un léger frisson, qui, partant de l'appareil urinaire, s'irradie le long de la colonne vertébrale. Ici se termine la série des phénomènes que nous voulions décrire et que nous allons maintenant chercher à expliquer.

Théorie physiologique de la miction. Le mécanisme par lequel l'urine est expulsée de la vessie constitue, à vrai dire, la miction; mais l'étude de ce phénomène serait incomplète si elle n'était pas précédée de quelques considérations sur la manière dont ce liqiùde arrive dans le réservoir vésical et s'y accumule.

On a cru, pendant longtemps, que le passage de l'urine des uretères dans la vessie se faisait goutte à goutte et d'une manière continue. La plupart des traités d'anatoraie et de physiologie répètent encore cette assertion. Il résulte cependant des observations et des expériences de Blandin, publiées dès 1830, que l'écoulement de l'urine dans la vessie est au contraire intermittent. Il existe un vice de conformation appelé Vexstrophie de la vessie où la face interne de cet organe devient accessible à la vue. Dans un cas de ce genre, où les orifices des uretères étaient parfaitement à nu, Blandin vit ces orifices s'entrouvrir à intervalles trèsréguliers et assez courts pour livrer passage à l'urine. Si des observateurs, et Blandin lui-même auparavant, ont cru voir le contraire, cela tenait à ce que les ouvertures des uretères étaient dissimulées derrière les plis de la muqueuse vésicale qui formaient alors des sinus où l'urine s'accumulait et d'où elle semblait s'écouler eu nappe. Les expérieuces faites sur les animaux ont parfaitement montré que les uretères se laissent dilater par l'urine avant de s'ouvrir, et que cette ouverture a lieu d'une manière intermittente.

Sous quelle influence s'effectue l'introduction de l'urine dans la vessie ? Est-ce, comme on l'a dit, par son propre poids ? Cela est difficile à admettre chez les quadrupèdes et impossible chez l'homme qui serait étendu, la tète en bas, sur un plan incliné. Or, nous avons observé sur nous-même que, dans cette situation, l'urine continuait à s'écouler dans la vessie. Il n'y a, pour cela, qu'à se coucher sur le plan incliné immédiatement après la miction et à voir si, au bout de quelque temps, et sans changer de position, on peut de nouveau effectuer la miction. L'expérience nous permet de répondre par l'affirmative. Magendie avait autrefois invoqué l'influence de la pression abdominale, mais cette pression s'exerce aussi bien sur la vessie que sur les uretères et ne peut, par conséquent, avoir aucun effet. On a aussi fait intervenir la contractilité des uretères. Ces canaux sont, en effet, pourvus d'une tunique musculaire assez épaisse, et il résulte des expériences de Mùller qu'ils se contractent sous l'influence d'un courant galvanique. Donders a observé des contractions rhythmiques sur les uretères du chat et du lapin. Goubeaux a aussi vu ces contractions sur le cheval, et elles s'effectuent toujours du bassinet sur la vessie. Plus récemment, Vulpian a observé sur le chien, que, pendant leur contraction, les uretères devenaient cylindriques en même temps que- leur cavité diminuait. On peut admettre que les choses se passent de même chez l'homme, et on se rendrait ainsi compte du lait observé par

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Blandin que l'arrivée de l'urine est plus rapide au début qu'à la fin de l'écoulement. L'ouverture de l'orifice vésiccl de l'uretère s'annonce par un jet qui s'écoule ensuite en bavant et ne tarde pas à s'arrêter tout à fait pendant plusieurs secondes après lesquelles l'écoulement recommence. Les choses ne se passeraient pas autrement si les uretères se contractaient sur leur contenu, puis se relâchaient pour se contracter de nouveau. A cette contraction des uretères il faut ajouter l'inliuence de la sécrétion urinaire qui agit continuellement pour chasser l'urine du rein vers la vessie. C'est l'impulsion due à cette continuité de la sécrétion qui remplit l'uretère, et la contractilité de celui-ci n'agit que pour faire passer l'urine dans la vessie.

Comment se fait-il que l'urine s'accumule dans la vessie et ne s'écoide pas immédiatement par l'urèthre ou ne reflue pas par les uretères?

Une expérience bien simple montre que le retour de l'urine par les uretères est impossible. Si, après la mort, on pousse dans la vessie, par le canal de l'urèthre, un liquide ou un gaz qui distende le réservoir urinaire, ces fluides ne peuvent ensuite s'échapper par les uretères. La raison en est que ceux-ci font un trajet de plus d'un centimètre dans la paroi de la vessie avant de s'ouvrir à son intérieur. Il suit de là qu'un fluide contenu dans la cavité vésicale, s'il tendait à s'échapper, comprimerait en même temps la partie de l'uretère qui rampe dans la vessie et se fermerait, pour ainsi dire, le chemin à lui-même. La vessie, une fois distendue, ne pourra donc jamais se vider par les uretères.

Il est moins facile de comprendre pourquoi l'urine ne s'écoule pas par l'urèthre. Pendant la vie, on peut, pour expliquer cette rétention, invoquer la tonicité du sphincter; mais, après la mort le cadavre conserve son urine, même après la disparition de la rigidité cadavérique. Comment cela se fait-il? Si l'on opère la section des nerfs qui se rendent au sphincter de la vessie, ainsi que l'ont fait Giannuzzi etNawrocki, on voit que la résistance de ce sphincter s'araoindnl beaucoup. Ces deux expérimentateurs, après avoir ouvert l'abdomen d'un chien vivant, mis la vessie à nu et lié un uretère, ont introduit dans l'autre une canule munie d'un robinet. Cette canule communiquait, par le moyen d'un tube eu caoutchouc, avec un entonnoir rempU d'eau à 55 degrés et glissant sur une tige verticale. On appréciait la résistance du sphincter par la hauteur de la colonne d'eau qui était nécessaire pour qu'il y eût écoulement continuel par l'urèthre. -Cet écoulement ne dépendait pas des contractions de la vessie, car il cessait aussitôt qu'on fermait le robinet.

Sur un chien mâle, il fallut une pression de 65 centimètres d'eau pour déterminer l'écoulement continuel. Cette pression s'abaissa à 34 centimètres après la section des nerfs et elle resta la même après la mort de l'animal.

Sur un chien femelle, la pression nécessaire pour vaincre la résistance du sphincter de la vessie, après la section des nerfs et après la mort, fut trouvée de

22 centimètres.

Il résulte de là qu'après la mort il y a une résistance notable du sphincter de la vessie et que cette résistance est la même que celle qu'on observe, sur le vivant, après la section des nerfs qui se rendent à l'appareil vésical.

Les auteurs des expériences que nous venons de rapporter ont cherché la

. raison de ces faits dans la longueur du canal de l'urèthre. Pour notre part, nous

ne croyons pas que la longueur de ce canal puisse contribuer à remplacer le

sphincter paralysé ou mort. Nous serions plutôt porté à regarder la structure de

l'uièthre comme étant la cause de la résistance qu'il oppose, après la mort, au

MICTION. 617

passage de l'urine. Tous les anatomistes signalent dans les parois du canal excréteur de l'urine un grand nombre de fibres élastiques. Ces fibres n'existent pas au col même de la vessie, mais elles sont très-nombreuses dans l'urèthre, et, pendant la vie ou après la mort, ce sont elles qui font que les parois de ce canal restent en contact et y reviennent immédiatement quand, après les avoir écartées, on cesse de dilater le canal. On sait que les fibres élastiques ne sont pas soumises à l'action du système nerveux ; donc, rien d'étonnant à ce qu'elles fonctionnent après la mort comme pendant la vie. C'est aussi par la présence des fibres élastiques que nous expliquons ce fait observé par Giannuzzi et Nawrocki à savoir que, cbez les animaux morts, si l'on divise l'urèthre jusqu'au voisinage de la vessie il y a immédiament écoulement, même sous une pression très-petite. Ajoutons enfin que si la résistance de l'urèthre, après la paralysie ou la mort du sphincter, est plus considérable chez le mâle que chez la femelle, nous n'en voyons pas la cause dans la plus grande longueur du canal, mais bien dans la présence de la prostate. Celle-ci n'existe pas chez la femelle et, chez le mâle, elle réagit par son élasticité contre la pression exercée sur elle par les aponévroses qui la brident.

Voyons maintenant comment l'urine est expulsée de la vessie et examinons la miction proprement dite, c'est-à-dire l'acte musculaire.

La tunique musculeuse de la vessie, en même temps qu'elle se contracte, dilate l'orifice interne de l'urèthre, mais ce résultat est surtout produit par la couche profonde ou plexiforme. Les fibres de cette couche sont en effet dirigées loiigitudinalement du sommet de la vessie vers le col. La plupart même traversent ce col et vont se terminer sur la muqueuse uréthrale. Quand les faisceaux piexiformes se contractent, leur partie vésicale, en se rapprochant du centre du réservoir urinaire, diminue la capacité de celui-ci, tandis que la partie de ces faisceaux qui répond au col dilate, en se redressant, l'oritice de l'urèthre. 11 résulte, de plus, de la disposition anatomique de ces faisceaux, une simultanéité d'action des différentes parties de la tunique musculeuse. Ainsi, la mise enjeu de la couche plexiforme produit un triple effet : contraction en masse de la vessie, dilatation du col et expulsion de l'urine. Enfin, les fibres longitudinales superficielles et les fibres circulaires de la vessie viennent eu aide à la couche profonde pour activer le rejet de l'urine.

Sous quelle influence s'effectuent ces contractions? Il est évident qu'elles sont la conséquence d'un réflexe dont le point de départ est la muqueuse en contact avec l'urine. Mais quelle est la partie de cette muqueuse qui donne naissance à la sensation du besoin? Nous ne croyons pas que ce soit la muqueuse vésicale qui est habituée à être impressionnée par l'urine et dont les nerfs sensitifs sont surtout situés à la base. Que peut faire à cette muqueuse la quantité plus ou moins grande d'urine contenue dans la vessie ? Nous admettons entièrement, sur ce point, la théorie de Kûss qui consiste à voir dans la muqueuse prostatique le point de départ du réflexe de la miction. Voici comment naîtrait ce réflexe : Quand l'urine est arrivée à produire un certain degré de distension de la vessie, le col s'entr'ouvre par le fait même de cette distension, et l'urine pénètre dans la région prostatique de l'urèthre. Elle rencontre là une muqueuse très-sensible qui n'est en contact avec l'urine qu'au moment de la miction, et il est tout naturel de supposer qu'elle réagisse en donnant lieu à un réflexe sous l'influence de ce contact. Une preuve à invoquer en laveur de cette opinion, c'est la sensation de picotement qu'on éprouve alors à la fosse naviculaire et dont le véritable siège

618 MICTION.

est à l'extrémité prostatique de l'urèthre. On sait aussi que si l'on irrite légèrement le méat on éprouve immédiatement le besoin d'uriner, quand bien même la vessie est vide. Enfin, dans la période aiguë de lablennorriiagie, l'inflammation du canal force à chaque instant les malades à la miction, et cependant la vessie ne contient, le plus souvent, que quelques gouttes d'urine.

11 n'est donc pas douteux, d'après ce qui précède, que la sensation du besoin d'uriner ne prenne naissance dans le canal de l'urèthre et non dans la vessie.

Comment se fait-il que l'urine qui est arrivée dans la région prostatique ne se Iraye pas immédiatement un chemin dans toute la longueur du canal, et que, par suite, la miction n'ait pas lieu? Il suffirait, pour s'en rendre compte, d'invoquer la tonicité du sphincter ; mais elle n'agit pas seule : sous l'influence du réflexe déterminé par l'arrivée de l'urine sur la muqueuse uréthrale, il se produit une véritable contraction du sphincter prostatique. Cette contraction a pour effet de faire rentrer l'urine dans la vessie, et alors cesse la sensation du besoin. Mais l'urine continue à s'écouler par les uretères, et il y a bientôt une nouvelle ouverture de l'orifice vésical, puis une nouvelle ondée dans la région prostatique, puis un nouveau réflexe, et ainsi de suite jusqu'à ce que la résistance du sphincter prostatique soit vaincue. A partir de ce moment, le col de la vessie reste ouvert et l'urine arrive jusqu'à la région membraneuse. C'est alors, croyons-nous, que se produisent ces frissons caractéristiques sur lesquels nous avons déjà appelé l'attention. Ils sont très-probablement produits par le contact prolongé de l'urine, qui est un liquide irritant pour une membrane qui n'y est pas habituée. C'est, pour ainsi dire, un frisson de chatouillement, et chaque frisson indique que l'urine vient de s'avancer un peu plus dans le canal.

A cet instant, la miction n'est pas encore obligatoire, et on peut continuer à résister. La région membraneuse de l'urèthre est, en effet, abondamment pourvue de fibres musculaires, non-seulement lisses, mais encore striées, et ces fibres sont renforcées par deux muscles constricteurs, celui de Jarjavay et celui de Wilson. Tout ce système musculaire peut, si on le veut, se resserrer sur le canal de l'urèthre et l'étrangler au point de résister à la colonne d'urine qui tend à l'ouvrir. Mais cette résistance ne saurait durer longtemj)s ; le sphincter, fatigué, se relâche, et enfin l'urine s'écoule lentement, car les fibres musculaires, trop distendues, ont perdu une partie de leur élasticité, de leur ressort. Telle est la théorie de la résistance à la miction avec l'explication de ses intermittences signalée, pour la première fois, par Kûss.

Lorsqu'on n'essaye pas de résister au besoin d'uriner et qu'on obéit aux premiers avertissements, l'effort précurseur de la miction se manifeste aussitôt. Alors les muscles de l'abdomen secondent puissamment ceux de la vessie ; mais ces derniers jouent le rôle le plus important, car ils peuvent, à eux seuls, effectuer la miction, ce que ne sauraient faire les premiers. Poussée par les contractions vésicales et abdominales, l'urine triomphe de la tonicité du sphincter de l'urèthre, écarte devant elle les parois en contact de la muqueuse, et s'écoule au dehors en décrivant un jet parabolique. Si l'amphtude de ce jet varie avec les individus, cela tient surtout à l'énergie plus ou moins considérable de la force expulsive; mais il est certain que la longueur du canal de l'urèthre exerce une légère influence. Un urèthre long, toutes choses égales d'ailleurs, aura une amplitude de jet moins considérable qu'un urèthre court. L'expérience est facile à faire. Que l'on prenne un vase rempli d'eau et muni d'un tube horizontal d'où s'élance le liquide, on verra la parabole augmenter d'amplitude si, le niveau restant le

MICTION. 619

même dans le vai5e, on vient à raccourcir le tube. Cependant les chirurgiens ont, depuis longtemps, noté la diminution d'amplitude du jet chez les amputés He ici verge. Ce fait tient simplement à ce que l'orifice de sortie, au lieu d'être le méat urinaire, est la surface de section du canal dans un endroit oij le calibre de ce canal est plus considérable. Il en résulte alors un débit plus grand, mais une amplitude moindre. A l'état normal, on peut, en tirant sar la peau de la verge donner au jet d'urine une plus grande portée, car, en opérant ainsi, on rétrécit l'orifice de sortie. Il est clair aussi que l'amplitude du jet varie avec la quantité d'urine contenue dans la vessie.

Quand, vers la fin de la miction, l'urine s'écoule par jets saccadés, c'est que le plancher périnéal se soulève pour amener l'évacuation complète de l'urine, et que le bulbo-caverneux se contracte pour projeter au dehors la dernière colonne liquide contenue dans le canal. Les quelques gouttes qui tombent verticalement à la fin de l'acte sont rejetées par le fait du rapprochement des parois du canal de l'urèthre.

Avant que le jet sorte et pendant qu'il sort, on écarte instinctivement les jambes pour empêcher la compression de la portion bulbeuse du canal par les muscles de la région interne de la cuisse. On rapproche les cuisses pendant que l'on essaye de résister au besoin d'uriner pour venir en aide à 'la contraction du muscle de Wilson par la compression de la région bulbeuse de l'urèthre. Quant au frisson final de la miction, on peut l'expliquer par l'évaporation de l'urine autour du méat urinaire. Ce serait alors un phénomène analogue à celui qui se produit sur toute la surface du corps quand on sort du bain.

Il est encore facile de comprendre pourquoi le besoin d'uriner se fait sentir, quand on est couché, plus tard que lorsqu'on est debout. Cela tient à ce que la charge provenant du poids de l'urine sur l'orifice uréthral est moins considérable dans le premier cas que dans le second, et qu'il en est de même de la pression exercée par la masse intestinale sur la vessie. C'est pour la même raison que, lorsqu'on est assis, on lutte contre le besoin d'uriner en se renversant autant que possible en arrière.

Dans tout ce qui précède, il a été à peine question des différences qui distinguent la femme de l'homme au point de vue particulier qui nous occupe. Or ces différences consistent essentiellement dans la longueur moindre du canal de l'urèthre, dans la direction plus verticale de son trajet, dans la situation pour ainsi dire cachée du méat urinaire, et enfin dans l'absence de la prostate.

Il est facile de déduire de là que, chez la femme, le jet rencontrera le sol plus près de l'orifice de sortie que chez l'homme ; elle se mouillera donc plus facilement que lui. La femme devra prendre alors, tant pour éviter de se mouiller que pour faciliter la miction, une position accroupie dans laquelle elle écartera plus ou moins les cuisses.

L'absence de la prostate, dans le sexe féminin, se fera surtout sentir lorsqu'une pression brusque viendra à s'exercer sur la vessie, comme par exemple dans les éclats de rire immodérés. 11 arrive souvent que, dans ces circonstances, la femme laisse échapper quelques gouttes d'urine. Les jeunes garçons, qui ont la prostate peu développée et sont enclins au fou rire, ont, sur ce point, quelque analogie avec la femme.

Des rapports de la miction avec l'érection et la défécation. L'érection, chez l'homme, empêche-t-elle la miction ? Oui et non. Cela dépend du genre d'érection. On doit à Bœckel d'avoir montré clairement qu'il pouvait y avoir érection isolée

620 MIECHOW.

des corps caverneux sans participation du bulbe et du gland. C'est à ce genre d'érection qu'appartient celle qui survient lorsque la vessie est remplie d'urine. 11 y a alors compression du plexus de Sanlorini. Ce plexus, situé entre la vessie et le pubis, reçoit la veine dorsale de la verge, et c'est sa compression qui amène l'érection. Or la miction est possible avec cette érection des corps caverneux; mais on ne. saurait l'effectuer quand l'érection delà verge est complète, c'est-àdire quand au gonflement des corps caverneux se joint celui du corps spongieux, Cela doit tenir à la contraction des fibres musculaires du sphincter prostatique et peut-être bien aussi à celle des aponévroses limites de la prostate qui, ainsi que l'a montré Sappey, contiennent beaucoup d'éléments musculaires. Ces contractions auraient pour but de s'opposer à la sortie de l'urine de la vessie et à l'entrée dans cette cavité du sperme qui doit être éjaculé.

Nous dirons peu de chose des rapports de la miction avec la défécation. Quand on se livre à celle-ci, il est presque impossible de ne pas effectuer celle-là. Mais, heureusement, la réciproque est loin d'être vraie. La défécation exigeant un effort plus considérable que la miction, la première entraînera la seconde, et en général la seconde précédera la première. G. G\rlet.

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MIECHOIV (Matthias), né vers le milieu du quinzième siècle, mort à Cracovie, en 1525, fit ses études médicales en Allemagne et eu Italie et devint premier médecin du roi de Pologne, Sigismond, puis il quitta la médecine, entra dans les ordres ; et mourut chanoine de Cracovie. Il est utile d'ajouter, qu'il employa sa fortune à fonder des écoles et des hôpitaux,' et qu'il légua à l'université de sa ville une somme suffisante pour la fondation d'une chaire de médecine et une autre d'astrologie.

La Biograpliie Hœter lui attribue un traité : De conservanda sanitate. A. Dhbeau.

MIEL. La connaissance du miel remonte aux temps les plus reculés dont l'histoire ait conservé le souvenir. L'homme, à la recherche des fruits et des racines qui ont été ses premiers aliments a dû rencontrer en même temps et utiliser les rayons des abeilles. Quelques animaux, guidés par leur instinct, se livrent à la même recherche. Dans l'antiquité, le miel jouait dans l'alimentation un rôle bien plus important que de nos jours. Il remplaçait complètement le sucre de canne et de betterave que la science moderne prépare en si grande abondance, et livre à un prix minime. Aussi la culture des abeilles était-elle plus répandue, et les admirateurs de l'industrie de ces insectes, plus nombreux. Aristomaque de Soles (un précurseur de Huber) consacra cinquante-huit ans de sa vie à observer leurs mœurs et leurs travaux (Pline, XI, 9).

Au fond du calice des fleurs, au point où s'insère la corolle, se trouvent des glandes qui sécrètent la matière sucrée qui doit former le miel. L'utilité de cette sécrétion pour la plante est évidente. Les insectes, pour s'en emparer, se couvrent de pollen qu'ils vont porter au loin, et deviennent, par les mouvement imprimés aux organes sexuels, des agents actifs de fécondation. Le sucre ainsi récolté, ne constitue nullement le miel. Il est élaboré dans l'estomac des abeilles qui le déposent dans les alvéoles oii il doit servir à la nourriture des larves, et à celle de la colonie pendant la disette de ileurs. Cette transformation du sucre des fleurs en miel par les abeilles était connue des anciens.

I. Préparation. Matière médicale. Pour récolter le miel, on chasse les insectes à l'aide de fumée, ou on les engourdit avec du chloroforme. On peut plus simplement les faire passer dans une ruche vide dont les parois sont enduites de miel, et après la récolte des gâteaux, leur rendre leur première demeure. De cette manière, les abeilles ne sont pas détruites et se remettent de suite au travail pour réparer la perte subie.

Le miel contenu dans les alvéoles ne ressemble nullement à celui qui se trouve dans le commerce. Il se présente sous forme d'un sirop liquide, épais et parfaitement transparent. Les rayons placés sur des claies et exposés au soleil, laissent écouler la plus grande partie de ce liquide qui constitue le miel vierge. On peut extraire des gâteaux ainsi épuisés, par pression et à l'aide de la chaleur une nouvelle quantité de miel plus coloré et inférieur au premier en quahté. Le résidu de ces opérations est la cire.

Le miel ainsi récolté est d'abord liquide. Bientôt il se trouble, par suite de la formation de cinstaux de sucre, et se solidifie plus ou moins de manière à acquérir la consistance et l'aspect qu'on lui connaît.

Le miel du Languedoc^ est le plus estimé en France. Il vient de Narbonne, dans le département de l'Aude. 11 est blanc teinté de jaune paille, aromatique, et de saveur agréable. Le miel le plus recherché après celui de Narbonne, provient du Gatinais^. 11 est moins grenu, plus blanc et moins aromatique. On le préfère pour les mellites, en raison de sa moindre tendance à cristalUser. Le miel de Bretagne est le moins estimé de tous, il est coloré, coulant, d'une saveur désa-

1 Formé par les départements suivants: Aude, Hérault, Gard, Haute-Garonne, Tarn, Lozère, Haute-Loire et .\rdèche.

* Gatinais, ancienne province, comprenant une partie du département de Seine-et-Marne et les arrondissements de Pithiviers, Montargis et Gien dans le département du Loiret.

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gréable. Ces mauvaises qualités proviennent du sarrasin que l'on cultive en ;^r;iii(l dans celte province, et du peu de soins et de propreté des fabricants pendant la préparation.

Depuis une quinzaine d'années, on importe de Valparaiso en Europe une grande quantité de miel connu dans le commerce sous le nom de miel de Chili. Comme ce miel n'a pas encore été décrit par les auteurs, je vais donner les renseignements qui m'ont été fournis sur ce sujet par MM. .\labarbe et G'% qui s'occupent sur une grande échelle du conunerce des miels.

Le miel de Chili est contenu dans des barils cerclés en fer, de capacités différentes. Le Havre et Liverpool sont les deux ports qui font le plus grand commerce de cette substance.

Quand la récolte est médiocre en France, ce miel est un précieux appoint pour la consommation, car il peut remplacer complètement les produits indigènes.

Le miel de Chili est de qualité fort irréguUère, il en existe de toutes les nuances et de toutes les saveurs. 11 y en a de pâteux et de grenu; et il n'est pas rare de trouver dans le même baiil un miel panaché de nuances et de qualités trèsdifférentes.

Ce miel a souvent une saveur de fumée qu'il faut attribuer ou à une manière vicieuse de chasser les abeilles, ou à la négligence du producteur qui verse trop tôt le miel en sirop dans les barils qui sont toujours charbonnés à l'intérieur.

Les commerçants en gros qui achètent des lots importants font des classements et trouvent certaines qualités qui peuvent rivaliser avec nos meilleurs miels gatinais, alors que les basses qualités valent à peine nos miels de basses provenances françaises.

Le grand mérite du miel de Chili est de supporter la chaleur sans se détériorer. Après deux et trois années, cette marchandise est encore dure et en bon état de conservation, alors que nos miels indigènes sont ordinairement mous et fermentes une année après leur récolte.

Telles sont les principales espèces de miel qu'on trouve dans le commerce. Les autres variétés ont bien moins d'importance en raison de leur production restreinte. Parmi ces dernières se trouve le miel arabe, récolté dans nos possessions en Algérie par les indigènes. Ce miel est foncé en couleur, analogue au miel de Bretagne, presque liquide, rempli d'impuretés, et fermentant avec la plus grande fiicilité. On ne peut l'employer pour les mellites qu'en le purifiant énergiquement. Mentionnons enfin, en dernier lieu, le miel du mont Hymette, dont la réputation a traversé les âges pour arriver à nous. J'ai eu occasion d'en examiner un échantillon. Il était semi-liquide, de couleur ambrée et d'odeur agréable. Sa saveur était très-aromatique et évidemment due aux plantes sur lesquelles il avait été récolté par les abeilles. En somme, il est le meilleur miel de table que j'aie jamais goûté, et mérite sa réputation.

IL Composition chimique. La composition des naiels est complexe. Elle varie suivant les différentes espèces. Le miel est surtout formé par le mélange de sucres où domine le glucose qui lui donne son aspect grenu et fait dévier à droite le plan de polarisation. 11 contient en outre une petite quantité de sucre de canne, déviant également à droite, mais susceptible d'interversion par les acides, ce qui n'a pas lieu pour le premier, et du sucre incris tallisable déviant énergiquement à gauche. On y trouve enfin des acides organiques libres, un principe aromatique complexe et variable, une certaine proportion de cire, de la marmite, une matière colorante et une petite quantité de matières grasses et azotées.

le ac-

III. Altérations ht falsificatiojns. Le miel peut être altéré par suite dt fauts de soins dans sa préparation. Celui qui est obtenu par pression à chaud, contient quelquefois de la cire fuciie h. reconnaître en le dissolvant dans l'eau. 11 peut aussi renfermer des débris d'insectes. Ceux-ci proviennent soit des larves d'abeilles ou couvain qui ont été tuées pendant la préparation du miel, soit d'insectes étrangers qui ont pu pénétrer dans les récipients mal fermés, et qui ont péri, retenus par la viscosité. Les matières azotées qui proviennent de la décomposition de ces débris animaux, sont une cause active de fermentation pour le miel qui devient écumeux et doit être rejeté.

On peut ranger parmi les miels altérés, ceux qui proviennent en tout ou partie d'espèces différentes de l'abeille et qui peuvent être enivrants ou vénéneux. Toutefois, cette altération, est peu à craindre dans nos pays où l'apiculture est développée.

11 paraît que le miel de l'abeille domestique peut acquérir des propriétés toxiques lorsqu'il est récolté sur des plantes vénéneuses. Tournefort et Auguste Saiat-Hilaire ont signalé sous ce rapport les miels provenant des Apocynéen, de YAzaleapontica, plante commune sur les bords méridionaux de la mer Noire, et du Rhododendrum ponticum. M. Seringe a vu en Suisse du miel recueilli sur les Aconitum napellus et ponticum, produire des accidents sur les pâtres du pays.

Les effets dus awa miels vénéneux ont été connus de toute antiquité. Ils sont mentionnés dans les livres sacrés. Aux environs d'Héraclée, dans la province de Pont, on rencontrait un miel appelé maïnomenon ou furieux, à cause de son action sur l'économie. Ces accidents devaient être bien plus fréquents autrefois, parce que la chasse aux abeilles sauvages était plus commune et plus productive. C'est un de ces miels vénéneux que les soldats de Xénophon avaient mangé. Voici comment ce dernier décrit les symptômes observés : « Tous les soldats qui mano^èrent des gâteaux de miel eurent le transport au cerveau, vomirent, furent purgés; et aucun d'eux ne pouvait se tenir sur ses jambes. Ceux qui n'en avaient que goûté avaient l'air de gens plongés dans l'ivresse ; ceux qui en avaient pris davantage ressemblaient les uns à des furieux, les autres à des mourants. On voyait plus de soldats étendus sur la terre que si l'armée eût perdu une bataille, et la même consternation y régnait. Le lendemain, personne ne mourut; l'accès cessait peu à peu, à la même heure où il s'était déclaré la veille. Le troisième et le quatrième jour, les empoisonnés se levèrent, las et fatigués comme on l'est après l'effet d'un remède violent. » Il n'y a rien à ajouter à cette description si nette pour donner une idée des accidents que peut produire l'ingestion d'un miel vénéneux.

La falsification la plus importante qu'on fait subir au miel, consiste à l'additionner d'une certaine quantité de sirop de fécule. Elle a été signalée par M. Stanislas Martin. Le sirop de fécule du commerce contient toujours du sulfate de chaux, tandis que le miel pur ne renferme jamais de sels calcaires. Cette circonstance permet de reconnaître la fraude. Il suffit pour cela de dissoudre le miel suspect dans l'eau distillée, et de filtrer la solution à travers un filtre bien lavé à l'acide chlorhydrique faible. Tous les papiers à filtre contiennent en effet des sels de chaux dont la liqueur sucrée s'empare avec avidité. On poufrait, pour être plus sîàrement à l'abri de cet inconvénient, filtrer le hquide à travers une couche de verre pilé retenu dans la douille d'un entonnoir. Pour la même raison, on peut ne recueillk, pour faire l'essai, que les dernières portions de la liqueur filtrée. Guibourt a insisté avec beaucoup de raison sur les précautions à

prendre en ce cas, et sans lesquels l'essai chimique peut induire en erreur. La liqueur limpide ne doit précipiter ni par le chlorure de baryum, ni par l'oxalate d'ammoniaque. 11 est certain qu'on pourrait préparer, à l'aide de la diastase, du sirop de fécule exempt de sulfate de chaux, mais cette opération serait trop longue et trop dispendieuse pour les fraudeurs, qui préfèrent le sirop que le commerce fournit partout, tout préparé et à bas prix. Dans ce cas, la dégustation permettrait de reconnaître la fraude. Le sucre de fécule, quelle que soit son origine, a une saveur fraîche et un arrière-goùt légèrement amer, facile à reconnaître par des essais comparatifs. La proportion de sirop de fécule et de sucre de fécule ainsi ajoutée est quelquefois considérable. M. Chevallier a eu l'occasioa d'examiner des miels à la confection desquels « 7inlle abeille n avait tj^avaitlé. » Ils étaient devenus complètement solides et invendables pour l'acquéreur. Lassaigne rapporte un fait semblable.

Les autres falsifications consistent en addition d'amidon, de flirine de châtaigne, de haricots, de sable, etc. Toutes ces fraudes grossières sont faciles à reconnaître en dissolvant le produit suspect et en examinant le résidu insoluble soit au microscope, soit à l'aide de réactifs convenables. Une dernière fraude moins connue, consiste à couler, à l'aide d'une douce chaleur, les miels blancs du Nord et de l'Ouest sur du romarin qui leur communique du bouquet, et à les vendre pour des miels du Midi, toujours plus estimés et d'un prix plus élevé. On rencontre ordinairement dans ce cas, des feuilles de romarin qui décèlent la fraude.

IV. Pharmacologie et bromatologie. Le miel n'est point, à proprement parler, un médicament. On utilise sa saveur sucrée dans certaines préparations pharmaceutiques où le sucre pourrait le remplacer sans inconvénient. Le gros miel, ou miel brun de Bretagne, est un peu laxatif. Il jouit sous ce rapport d'une vogue populaire, et est employé en lavements, à la dose de quelques cuillerées à bouche que l'on fait dissoudre dans l'eau. Ce miel est également employé par les vétérinaires. Le miel sert surtout à préparer les mellites. Le mellite simple, est du sirop de miel. On le purifie en ajoutant, pendant l'ébuRitiou du liquide, du charbon, de la craie et des blancs d'oeufs battus avec de l'eau. Le chaibon décolore le produit, la craie sature les acides libres qui sont une cause de destmction du sucre, et l'albumine opère la clarification comme dans le sirop. Le mellite simple peut servir de véhicule à différents médicaments, et porte alors les noms de mellite de roses, de mercuriale, de scille ; quand on ajoute un acide, la prépai'ation prend le nom d'oxymel simple, scillitique, de colchique, etc. Toutes ces préparations se conservent un peu moins bien que les sirops correspondants, et sont un peu plus laxatives.

Le miel constitue un aliment salubre, susceptible de rendre de grands services dans les campagne et de revêtir différentes formes. Mélangé à l'eau; il constitue l'hydromel. Cette liqueur peut subir la fermentation vineuse, et fournit ainsi une boisson alcoolique agréable et hygiénique, surtout si on l'aromatise convenablement à l'aide de baies de genièvre, de fleurs de sureau, etc. On peut introduire le miel dans la fabrication de la bière, où il remplace avantageusement le sirop de fécule. Sa saveur sucrée et agréable permet de l'associer aux aliments insipides. Il sert à la fabrication des pains d'épices deRheims. Ses propriétés légèrement laxatives le rendent précieux, et se retrouvent dans toutes ses préparations. Sur nos tables, il figure soit à l'état de miel vierge, soit sous forme de gâteaux, tels qu'on les retire de la ruche. Dans ce dernier cas, il est

AUEUS (eau MiNÉnAiE he). 625

d'un goût bien plus délicat. C'est sous cette forme qu'on le sert en Suisse. Pendant la saison favorable, il accompagne toujours le beurre et le café au lait, qui furment les déjeuners légers. p. Coulier.

' MIELS MÉDICAMEIWTEIJX. Voy. McLLrrES.

M1ER§ (Ea.u MiiNÉRALE de) athermcile, sulfatée sadique moyenne, carbonique moyenne, dans le département du Lot, dans l'arrondissement de Gourdon, aux limites des deux communes de Miers et d'Alvignac, à deux kilomètres de distance de chacun des deux bourgs, dans un joli vallon occupé par des champs fertiles ou des bouquets de bois, de l'ombre et de la fraîchem- desquels les buveurs ne manquent pas de profiter pendant le temps qu'ils passent auprès de la source minérale. La saison commence avec le mois de juin et finit avec le mois de septembre (Chemin de fer d'Orléans, ligne de Péiigueux ù Toulouse, station de Rocamadour).

L'eau de la source de 3Iiers est incolore, claire et limpide, elle n'a pas d'odeur spéciale, sa saveur est un peu amère sans être désagréable; des bulles gazeuses la traversent ou viennent s'attacher aux parois internes des vases qui la conlicnnent. Sa température est de 10\2 centigrade. Son analyse chimique officielle a indiqué que 1 ,000 grammes renferment les principes suivants :

Sulfate de soude 2,675

— chaux 0,954

Bicarbonate de chaux 0,215

— raagucsie 0,120

— soude 0,071

Chlorure de magnésium 0,750

— sodium 0,020

Silice 0,480

Alumine 0,037

Osyde de fer 0,030

, Matière organique 0,015

Total des matières fixes 3,365

Les moyens balnéolhérapiques font complètement défaut à Miers, et l'ea'i de la source est exclusivement employée en boisson. Nous ne pouvons trop nous élever coutie une habitude que la topographie de la source de Miers a fait prendre aux buveurs qui craignent d'affronter, le matin, la distance d'Alvignac, oii sont surtout les hôtels, au puits oii émerge la source de Miers. Nous voulons parler de cette eau minérale apportée dans des dames-jeannes que les malades prennent ordinairement dans les maisons oià ils sont logés. Nous avons dit trop de fois les inconvénients d'une semblable pratique, pour que nous donnions encoie une fois les motifs qui nous font déplorer l'usage où l'on est, à quelques stations, de boire sur 'place des eaux transportées.

L'eau de Miers s'administre à la dose de quatre à douze verres pris le matin à jeun et à dix minutes ou à un quart d'heure d'intervalle. Les buveurs doivent ingérer, une heure après leur dernier verre d'eau, une tasse d'un bouillon léger et liède, et faire au bout de deux ou trois heures leur repas principal. L'expérience a appris, en effet, que la digestion d'un repas un peu copieux le soir était difficile, et que les eaux étaient mohis facilement supportées le lendemain. Il est recommandé aussi, à Miers, de faire le moins d'usage possible de fruits et de légumes pendant la cure, car l'estomac est moins disposé à les accepter que les potages et les viandes.

Action thérapeutique. L'eau de Miers, à la dose de quatre ou cinq verres, est aisément digérée; elle augmente l'appétit et n'a aucune action sur l'intestin;

DicT. ENc. 2' s. vu. 40

mais si elle est prise en quantité plus considéiabic, huit et même douze verres, par exemple, elle n'est pas assimilée aussi facilement et elle purge le plus souvent. Le médecin interrogé sur la question de savoir si cette eau augmente les sécrétions intestinales en vertu des 2 grammes de sulfate de soude et des 0,750 grammes de chlorure de magnésium qu'elle tient en dissolution, ou bien si la purgation est due plutôt à l'espèce d'indigestion qu'occasionne une proportion aussi considérable d'eau ingérée à une distance aussi rapprochée, est assez embarrassé pour répondre d'une manière catégorique. Les deux explications peuvent convenir en effet à l'un et à l'autre mode d'action des eaux de Miers suffisamment sulfatées sodiques et chlorurées magnésiennes pour donner la clef de leur efficacité évacuante ; d'un autre côté, la dose à laquelle on est obligé de les porter, pour obtenir une exonération intestinale, est assez considérable pour qu'il n'y ait rien d'étonnant à ce que le tube digestif ne les accepte pas sans une protestation quelquefois énergique. Quoi qu'il en soit, l'eau de Miers, en faible quantité, réussit bien aux dyspeptiques qu'elle soulage au bout de quelques jours seulement ; aux anémiques et aux chlorotiques qu'elle reconstitue en leur rendant la possibilité de bien digérer, et en déterminant chez eux un effet analeptique dû à la petite quantité d'oxyde de fer qu'elle contient. Cette eau minérale à dose élevée et procurant une, deux ou trois évacuations alvines liquides et même quelquefois davantage, tous les matins, avant et après le premier repas, rendent des services aux personnes affectées de. constipation habituelle, d'hémorrhoïdes non fluentes ou fluant trop peu, de migraines, d'hypertrophie du foie ou de la rate, de fièvres intermittentes même rebelles aux anti-périodiques les plus suis. Les catarrheux de l'estomac, des reins et de la vessie, les graveleux phosphatiques et uriques, certains diabétiques enfin ont été soulagés et quelquefois guéris par l'emploi méthodique de l'eau de Miers qui doit être prescrite dans les affections des voies uro-poiétiques surtout, à des doses assez élevées pour augmenter très-sensiblement la sécrétion urinaire. L'eau de Miers enfin, lorsqu'elle produit des selles journalières et liquides, est une bonne médication contre les congestions" ou l'imminence des hémorrhagies intra-crâniennes ; elle est aussi utilement employée par les hémiplégiques chez lesquels il importe à un très-haut degré d'entretenh' la liberté du ventre, ou de révulser d'une manière prolongée et peu fatigante sur la membrane muqueuse qui tapisse la partie moyenne et inférieure du canal digestif.

Durée de la cure, de 15 à 25 jours.

On exporte, mais sur une assez petite échelle, l'eau de la source de Miers. L'analogie de composition chimique, d'action physiologique et curative de cette eau française, avec une eau très-célèbre de la Bohême, celle de Marienbad {voy. ce mot), nous autorise à penser que le temps n'est peut-être pas éloigné où le transport à distance de l'eau de Miers prendra une extension beaucoup plus considérable ; il se peut même que cette station du département du Lot acquière plus d'importance, ait un établissement minéral sur sa source ou près de son griffon, si l'on améliore le captage de la source, si l'on augmente son rendement journalier, et si l'on fait installer des moyens de chauffage qui élèvent la température de l'eau au degré du bain et de la douche. A. Rotureau.

MlCiBAlME. Synonymie : Hemicrania, hémicrânie (wf*i(ry?, moitié, x/i«vtev, crâne). En allemand, migràne; en anglais, megrim; en italien, emicrania, magrana; en espagnol, Ja^wem, migrana.

DÉFiMTioN : La meilleure définition d'une maladie doit résulter de l'exposition, de la discussion des symptômes, ainsi que de l'étude de l'anatomie et de la pliysiologie pathologiques. Une pareille définition ne peut être cherchée qu'à la fin de ce travail. Nous nous bornerons donc pour le moment, avec la plupart des auteurs classiques, à définir la migraine : une maladie caractérisée par des accès de céphalalgie très-intense, le plus souvent uni-latérale, ayant pour siège particulier la région orbitaire et temporale, mais se répandant sur la moitié correspondante du crâne jusque dans la région sous-occipitale; accompagnée de malaise général, de troubles divers des organes digestifs, ainsi que des grandes fonctions; traversée par des crises de vomissements, à la suite desquels se manifeste une amélioration momentanée ou durable avec un état de coUapsus qui prélude au sommeil terminal.

Étiologie. Un grand nombre d'auteurs s'accordent à reconnaître une migraine idiopathique ; une autre sympathique, qui serait liée à l'état de souffrance de quelque viscère ; enfin une migraine symptomatique d'une lésion de l'encéphale ou de ses enveloppes. Cette division qu'il est aisé du reste d'appliquer à toute la pathologie symptomatique a- l'inconvénient, pour les migraines sympathiques, de trancher en faveur de la douleur de tête une question de priorité quelquefois douteuse ; quant aux migraines symptomatiques ne sont-elles pas plutôt des accidents migrainiformes que de véritables migraines? Encore moins faut-il, avec Sauvages, admettre les dix formes étiologiques de migraine qu'il caractérisait par les épithètes d'oculaire, odontalgique , des sinus, coryzale, hémorrhoïdale, hystérique, purulente, insectale, néphralgique et lunatique. La division en migraine simple et migraine constitutionnelle nous semble répondre avantageusement, par sa généralité même, aux diverses variétés que peut présenter cette affection ; la migraine est d'ailleurs trop personnelle, pour ainsi dire, pour qu'il soit aisé de la faire entrer dans une division dont la prétention à l'exactitude n'aboutirait qu'à un défaut de largeur.

De l'accord de tous les auteurs, les femmes sont plus exposées que les hommes à l'affection qui nous occupe ; elle apparaît rarement avant l'âge de quinze ans, rarement aussi pendant la vieillesse ; le début de la menstruation et la ménopause sont les deux périodes opposées qui la voient le plus fréquemment naître. Mais les hommes partagent largement avec les femmes le privilège de la migraine. Ceux qui appartiennent aux professions dites libérales, où le cerveau prend une grande part dans le travail général, les gens de lettres, les médecins, etc. , eu font souvent la triste expérience.

Dans la très-grande majorité des cas, sinon dans tous, la migraine n'est qu'un des symptômes d'une maladie diathésique parvenue à l'une quelconque de ses périodes ; elle apparaît dans la première période de la dartre ; souvent aussi, mais avec un caractère moins douloureux, dans la première période de l'arthritis (Bazin) . Nous admettons la migraine des tuberculeux sans tubercules encéphaliques. Trousseau a insisté dans ses cliniques sur les rapports intimes, rapports assez grands pour donner lieu à de véritables substitutions pathologiques, qui existent entre les dartres, le rhumatisme, la goutte, les hémorrhoïdes, la gravelle et la migraine. Chaixot a constaté de son côté une relation intime entre la migraine et le rhumatisme noueux. Sur 50 femmes atteintes de rhumatisme noueux, 12 avaient eu autreiois des migraines intenses. Aussi cette affection se rencontre-t-elle fréquemment avec un caractère héréditaire, elle est alors constitutionnelle. 11 est important de distinguer la migraine constitutionnelle et l'état

diathésiquc dont dépendent ses accès, d'avec l'accès de migraine simple et les causes variables qui peuvent lui donner naissance.

C'est ainsi que l'accès de migraine est un des symptômes fréquents de l'anémie, surtout de celle qu'on observe dans les pays chauds (Barudel). Certaines personnes sont prises d'accès sitôt qu'elles s'exposent à une fatigue quelconque, ou à la suite de la privation prolongée d'aliments, ou bien au contraire après quelque écart de i-égime. Quelquefois cette affection est consécutive à l'action trop vive ou trop prolongée de la lumière (Piorry) ; à l'impression de certaines odeurs, ou à des veilles pi'olongées, elle apparaît quelquefois à chaque époque menstruelle. Ajoutons que ces dernières causes qui donnent parfois des accès simples, sont encore plus souvent pour les gens diathésiques et prédisposés, chez les gens sujets aux migraines, un prétexte à l'apparition de ce qu'ils ne nomment que trop sciemment leur accès de migraine.

Comme en outre ces malades sont fréquemment atteints d'autres affections qui sont, comme la migraine, filles de la même diathèse , la douleur de tète a été rattachée, dans ces cas et à titre de sympathie, à l'état de souffrance d'un autre organe de l'estomac, de l'utérus, etc.... Il faut, il est vrai, convenir qu'un certain nontbre de dyspeptiques sujets à la migraine, la voient céder devant un traitement approprié à la dyspepsie ; mais cela ne prouve qu'une chose, c'est que le traitement a été général comme la dyspepsie elle-même était un trouble général et non simplement stomacal ; on peut en dire autant de la dysménorrhée, des affections de l'appareil utéro-ovarien et de l'hystérie.

Quant à la migraine palustre, fièvre larvée (Trousseau) sous le manteau de la migraine, elle n'est pas à proprement parler une migraine. L'anémie palustre peut néanmois déterminer cette affection à Fétat simple. Encore mieux ce qu'où a nommé la migraine des ouvriers qui travaillent les métaux (Calmeil) doit-elle être rangée dans le groupe des encéphalopathies métalliques.

SïMPTÔMEs. L'accès de migraine s'annonce assez souvent par un certain nombre de phénomènes prodromiques qui apparaissent parfois la veille du jour oti il doit éclater, ou dans la matinée même de ce jour si le début ne coïncide pas avec le réveil; on éprouve alors un sentiment de réfrigération, des horripilations, des pandiculations, un malaise général qui se traduit par de l'inaptitude au travail intellectuel, et une irrascibilité d'humeur bien connue des familiers du malade. On voit surtout survenir un état de malaise des voies digestives (dyspepsie acescente) de la constipation, de la diurèse ou quelquefois une diminution dans la quantité de l'urine qui devient plus dense et plus colorée. Puis, des troubles sensoriels multiples peuvent apparaître : parésie de l'oreille ou plus souvent hyperesthésie de ce sens, ainsi que de l'odorat, vertiges, éblouissements. Piorry a insisté sur une forme particulière de l'affection (migraine irisalgique) dans laquelle les troubles optiques prennent une intensité particulière ; il semble, dit-il, qu'un nuage se manifeste au centre de l'image qui se peint sur la rétine, puis apparaissent autour du point obscurci des arcs lumineux, ou sur ce point même des lignes de feu en zigzag qui présentent un scintillement continuel. Parfois le globe de l'œil est douloureux au toucher ; enfin, petit à petit, à mesure que ceux des phénomènes précédents qui se sont montrés atteignent leur apogée, la douleur de tête d'abord limitée à un point au niveau de la tempe ou de l'œil vient marquer le début de l'accès.

Cette douleur qui restera le plus souvent limitée à nn seul côté (liémicrànie) ne tarde pas à augmenter eu intensité et en étendue; elle devient tantôt sus-

oibitaire, tantôt, temporale, quelquefois sincipitale ou occipitale ; enfin elle peut être frontale et bilatérale. Ajoutons toutefois que, dans ce dernier cas, l'un des côtes semble plus douloureux que l'autre ; d'abord limitée à l'un de ces points, la douleur envahit les autres et les occupe simultanément ou successivement, elle peut passer d'un côté à l'autre de la tète, et il n'est pas rare de voir l'accès qui avait débuté à gauclie se terminer cà droite ou réciproquement.

Il est du reste difficile d'établir ici une règle. On peut dire : autant de tètes, autant de migraines, car chaque malade, en particulier, semble subir d'une façon spéciale les caprices de cette affection.

La douleur est lancinante, gravative, elle revient dans le cours de l'accès par une série de petits accès dont l'intermittence n'est jamais complète, et va crescendo à partir de son début ; le moindre mouvement, la marche, l'ascension d'un escalier l'exaspèrent ; les malades comparent alors la douleur qu'ils éprouvent à celle que déterminerait une masse liquide ballottée dans la boite crânienne, ou bien à celle que produirait la pression du crâne par un étau. La face qui exprime la souffrance est généralement pâle, malgré l'exaltation calorifique perceptible i^i la main et au thermomètre. Certaines personnes deviennent rouges cependant, soit au début, soit h la fin de l'accès, soit même pendant toute sa durée ; nous aurons lieu plus tard de nous expliquer sur ce point. L'œil du côté douloureux paraît plus petit que l'autre, ou du moins l'ouverture des paupières semble moins grande. La plupart des auteurs donnent la pupille comme tantôt dilatée, tantôt contractée; le fait est qu'elle peut passer pendant l'accès par l'un et par l'autre de ces états. On a, dans certains cas, vu se produire des ecchymoses de la conjonctive (Calmeil). Môllendorff a observé à l'ophthalmoscope la dilatation des vaisseaux rétiniens. L'artère temporale présente sous le doigt le relief d'un cordon dur et noueux ; en même temps ses battements semblent amplifiés. La face entrahiée par l'action prépondérante des muscles du côté malade prend une expression grimaçante ; par la même cause le sourcil du côté douloureux s'élève au-dessus du sourcil opposé. Ces contractions musculaires prennent parfois le caractère de véritables convulsions ; de pareils phénomènes peuvent même se produire sur les muscles du cou et sur ceux des membres du côté opposé à la migraine. Enfin on peut assister à la généralisation de mouvements spasmodiques, convulsifs, faisant songer à une névrose grave. A ces troubles de la motilité, peuvent se joindre des troubles correspondants de la sensibilité (fourmillements, paralysie), ou de la circulation capillaire (pâleur, réfrigération des membres d'un côté).

Dans certains cas rares on a noté un véritable embarras de la parole. L'intelligence est profondément atteinte. Tout travail intellectuel, si simple soit-il, est devenu impossible, et le malade n'a qu'une pensée : rester immobile, loin de tout bruit et de toute lumière.

Le centre circulatoire semble être peu impressionné. Dans certains cas cependant le pouls se ralentit. La circulation capillaire subit des variations considérables. Une particularité curieuse remarquée par l'un de nous sur lui-même et sur certains de ses clients, c'est la faciUté de respiration que donne la migraine, facilité qui rappelle les effets de l'arsenic. Des sujets affectés de palpitations en sont exempts pendant une période de l'accès. Les extrémités sont froides en même temps que la chaleur intérieure est élevée. On observe des frissonnements et une grande impressionnabilité au froid. La sensibilité pour les odeurs devient exquise. Mais ce qui ne tarde pas à augmenter la souffrance du malade, c'est un

état comparable au mal de mer, une sorte d"étourdissement et de nausée générale plus pénible peut-être que le vomissement même qui ne tarde quelquefois pas à se produire, mais qui manque dans un grand nombre de cas.

La peau est froide et se couvre de sueurs surtout aux mains. Les urines, lorsqu'elles n'ont pas été modifiées plus tôt, sont abondantes et décolorées. Les vomissements terminent souvent l'accès, mais il n'en est pas toujours ainsi. Momentanément abattu plutôt que soulagé après chacun d'eux, le malade éprouve au contraire un véritable redoublement du mal. Ces vomissements sont bilieux, abondants ; lorsqu'ils ne marquent pas la fin de l'accès, ils peuvent être très-nombreux. On voit des malades vomir jusqu'à quinze et vingt fois pendant la journée. Tel est l'ensemble des symptômes qui caractérisent un violent accès de migraine, mais on ne les voit pas toujours atteindre cette intensité. Les malades peuvent souvent, pendant une partie de l'accès au moins, vaquer à leurs occupations habituelles; un certain nombre peuvent manger; il semble même que sous l'influence de la mastication il se produise une sédation, mais les souffrances ne reviennent ensuite que plus fortes. Il y a d'ailleurs au point de vue de la douleur des degrés très-variables, non-seulement pour chaque malade, mais pour chacun des accès du même malade.

Durée, terminaison, marche de Vaccès. La durée de l'accès est souvent en raison directe de son intensité, elle est en moyenne de 8, 10 et plus souvent 12 heures, fréquemment, de 16 à 24 heures ; on cite des exemples où la migraine a duré 2, 4 et même 5 jours (Tissot, Labarraqne). Fodére et Prunelle disent avoir observé des migraines qui suivaient exactement la marche du soleil ; elles croissaient jusqu'à midi pour décroître ensuite jusqu'au coucher. L'observation ne semble pas confirmer cette loi.

Le vomissement marque, avons-nous dit, dans un grand nombre de cas la fin de l'accès ; mais on peut aussi constater d'autres phénomènes critiques : des épistaxis, une transpiration abondante et localisée aux pieds, un fluv salivaire ou lacrymal, un écoulement séreux par la narine du côté malade. Dans tous les cas, après avoir atteint leur summum, les symptômes deviennent plus tolérables; le coUapsus survient, le malade s'endort, et le lendemain au réveil il n'a plus que le souvenir de ses souffrances et une courbature qui ne tarde pas à disparaître. Les troubles, qu'a pu subir la nutrition pendant l'accès, peuvent néanmoins laisser de son passage un souvenir plus durable.

L'un de nous a vu une dame d'une quarantaine d'années, sujette à des migraines d'une violence et d'une durée exceptionnelles qui, pendant une certaine période donnée de la courbe des accès, offrit le phénomène singuher de la décoloration de toute la portion de cheveux formée pendant la crise et quelque temps après. Si.bien qu'au bout d'un certain nombre de mois on observait sur beaucoup de cheveux, non sur tous, des zones alternativement blanches et noires. Des échantillons de ces cheveux zones ont été conservés.

Marche de la maladie. Si après avoir considéré l'accès en lui-même, nous nous occupons de l'ensemble des accès qui constituent la maladie, nous voyons que certaines personnes sujettes à l'affection qui nous occupe éprouvent des accès tantôt du côté gauche, tantôt du côté droit ; généralement alors un des côtés donne lieu à des accès plus douloureux que l'autre. Les accès du côté gauche passent pour plus fréquents. En général le côté affecté par la migraine est le même chez chaque sujet ; toutefois on voit parfois, à une certaine période de la vie, les accès changer de côté. Il n'est pas rare de voir la santé prendre pen-

fiant quelque temps, à partir de l'accès, un caractère florissant qu'elle perdra petit à petit, jusqu'à ce qu'un nouvel accès, souhaité quelquefois par le malade qui a acquis l'expérience de ses résultats, ^^enne à la façon d'une crise inaugurer une période plus heureuse. Le retour des accès est variable : certains hommes sont atteints de migraine régulièrement tous les mois, d'autres personnes en sont atteintes tous les huit jours, tous les jours; Junker cite une migraine qui revenait toutes les heures, et ne durait qu'un quart d'heure. En un mot les accès de migraine peuvent mettre dans leurs retours plus ou moins espacés une exactitude singulière, capable de faire prévoir leur début pour ainsi dire montre en main {hemicrania Iiorologica).

Il est très-rare qu'un accès de migraine soit unique dans la vie. En général les accès vont en se rapprochant pendant une période de la vie, pour s'éloigner et disparaître dans une autre; mais leur disparition a souvent pour résultat de donner place à d'autres manifestations diathésiques : les douleurs de la goutte, l'asthme, les hémorrhoïdes et les affections cutanées. Dans d'autres cas, elle s'éteindra sans substitution pathologique, sur le seuil de la vieillesse.

Tant qu'un sujet est, pour ainsi dire, en puissance de migraine, ses accès se ressemblent assez généralement ; la seule variabilité qu'on observe est l'alternance de deux sortes d'accès, les uns considérables, les autres réduits, qui semblent être à la migraine ce que le petit mal est à la grande attaque d'épilepsie.

Physiologie pathologique. L'apparition brusque de l'accès de migraine, l'intensité de ses symptômes et sa disparition rapide étaient de nature à éveiller la curiosité des observateurs, et à solliciter de nombreuses explications de leur part; aussi les médecins s'engagèrent-ils de bonne heure dans la voie des hypothèses, surtout lorsqu'à l'inverse d'Hi[>pocrate, de Galien et d'.\rétée de Cappadoce, ils sentirent la nécessité de séparer la migraine des autres affections caractérisées par la céphalalgie. Alexandre, de Tralles, semble avoir le premier éprouvé ce besoin ; la migraine fut pour lui une sorte de réponse aux souffrances de l'estomac ; son opinion régna jusqu'à Charles Lepois (1618), le doyen de la Faculté de Pont-à-Mousson, qui, faisant de la migraine une affection essentielle, la croit due à la fermentation d'une matière bilieuse qui distendrait les membranes du cerveau. Hoftman, Willis, Fordyce, accusent l'influence des esprits animaux. Enfin, Tissot (1815) revient à l'idée d'un consensus pathologique avec l'estomac.

Mais le besoin d'une localisation plus anatomique se faisant sentir, Devilliers et Deschamps {Dict. des sciences médic.) attribuent cette affection à une maladie des sinus frontaux; Chaussier et Pinel n'y voient qu'une névralgie des nerfs de la septième et surtout de la cinquième paire. Le professeur Bouillaud décrivit la migraine ou céphalalgie externe comme une né\Talgie des branches du trijumeau destinées à la peau du crâne, par opposition à la névralgie de ce nerf avant sa sortie du crâne ou céphalalgie interne. Plus tard, Auzias-Turenne la croit due à une compression du trijumeau par les sinus caverneux.

Cependant la nature essentiellement centrale de la migraine n'avait pas échappé à un certain nombre d'observateurs : Calmeil regardait cette céphalalgie spéciale accompagnée de troubles de sens et de vomissements comme l'expression dune double lésion du système nerveux central et du système périphérique ; il regardait cette lésion comme une tluxion sanguine vers les parties intéressées. Piorry, développant peut-être outre mesure l'un des modes de production de certaines migraines, regarda cette affection comme une névralgie ascendante qui, partie

des épanouissements nerveux de l'iris, aboutirait au centre sensitif, lequel à son tour, par voie réflexe, transmettrait le mouvement pathologique à d'autres organes. Si l'on ajoute à cet aperçu historique l'opinion de Bomberg, qui considère la migraine comme une névralgie encéplialique, on voit que le cerveau ainsi que le système nerveux sensitif général ou spécial ont été successivement mis en cause; mais il est encore une division du système nerveux sur laquelle les hypothèses n'ont pas manqué depuis quelques années de prendre appui, le système nerveux ganglionnaire.

Observant sur liii-mème lu pâleur de la face, la dilatation pupillaire et le retrait de l'œil du côté malade, puis la rougeur de la conjonctive et de l'oreille correspondante à la fin de l'accès, enfin l'état de dureté de la temporale, Dubois- Reymond fut frappé des rapports que présentait cet ensemble pathologique avec le tableau qu'avait dessiné Claude Bernard après l'excitation du grand sj-mpathique cervical. Il regarda donc la migraine comme étant toiijours une tétanisation du grand sympathique cervical. Il supposa que les branches invisibles de la carotide ou de la vertébrale étaient dans le même état que Tarière temporale; il imagina que la nausée était due à un changement de pression dans l'intérieur du crâne, mécanisme inutile à supposer, alors qu'une action réfléchie sur le pneumogastrique l'explique suffisamment ; enfin, que le point de départ de la migraine était dans cette partie de la moelle que Budge et Haller ont nommée centre cilio-spinal. La douleur, dans cette hypothèse, serait due à la pression du sang sur les parois vasculaires tétanisées, explication qui est loin d'être suffisante. La participation du centre cilio-spinal serait d'ailleurs accusée par l'existence d'un point douloureux au niveau des apophyses épineuses correspondantes (Schacht). Cette douleur n'est d'ailleurs pas constante.

Quant à nous, nous admettons d'autant plus volontiers les vues de Dubois- Beymond, que nous y étions arrivé de notre côté par l'observation dès mêmes faits et par la constatation d'un phénomène qui avait échappé jusqu'ici : savoir, le calme du cœur et l'aisance respiratoire qui accompagnent une période de l'accès d'hémicrânie.

Déjà avant Dubois-Reymond, Cahen, sans être aussi explicite, avait montré tout le parti qu'on pouvait tirer des phénomènes observés par la physiologie sur le système nerveux vaso-moteur, dans l'étude de certaines névroses; quoi qu'il en soit, l'hypothèse de Dubois-Reymond, à part un certain nombre de restrictions, est encore celle qui, en rapport avec l'état actuel de la science, explique le mieux la plus grande partie des phénomènes qui caractérisent Ja migraine ; mais elle ne les explique pas tous, parce que la migraine est un phénomène complexe, et parce que les connexions entre les divers départements du système nerveux sont trop mtimes pour que les désordres qui troublent l'un puissent laisser son voisin dans le calme.

Il semble, en effet, incontestable que le trijumeau joue un rôle dans la migraine; d'un autre côté, les phénomènes oculo-pupillaires sont sans doute en rapport avec le désordre des vaso-moteurs du cou, mais les troubles cérébraux indiquent assez un trouble encéphalique.

Il est donc vraisemblable que l'ébranlement parti des vaso-moteurs retentit sur les nerfs sensitifs et sur l'encéphale, qui à leur tour deviennent le centre de réflexion de phénomènes morbides sur les organes éloignés. Ajoutons que la migraine n'est pas toujours dans sa cause prochaine identique à elle-même : c'est ainsi que Môllendorf a constaté, non pas l'excitation, mais bien la paralysie des

MIGRAINE. 6ô3

vaso-moteurs céphaliques. Enfin, n'oublions pas que les symptômes ne se prûsGiitent pas au médecin avec cette sorte de discipline que crée artificiellement le physiologiste : ainsi la pupille, dans la migraine, est quelquefois contractée et la conjonctive injectée, alors que la face est pâle. Cette dernière est quelquefois roage (migraine pléthorique des auteurs) .

En outre, il ne serait pas impossible que l'état de vascularisation de la face eût, non son pendant, mais bien son opposé dans l'état de vascularisation du cerveau. Sans doute on se fait de ces contradictions autant d'auxiliaires en les regardant comme le témoignage d'autant de stades successifs dont chacun aurait été spécialement envisagé par chacun des auteurs en contradiction ; mais les lois de l'organisme sont moins simples c[ue celles que nous utilisons, isolément, en physiologie expérimentale; ou plutôt elles le sont davantage. Que l'ébranlement atomique, qui peut être la cause prochaine de la maladie, aboutisse à l'hypérémie ou à l'anémie, peu importe ; car la névralgie congestive ne diffère en rien, comme nature de douleur, de la névralgie anémique ; le délire anémique ne diffère pas, comme objectivité, du délire hypérémique. Cette distinction de nature a pourtant une grande importance au point de vue du traitement; aussi, tout en profitant de ce que ces théories successives ont d'ingénieux, faut-il bien se garder de prendre ce qu'elles ont d'exclusif.

Si donc nous voulions, fidèle à la promesse que nous nous étions faite, donner les éléments d'une définition qu'il serait aisé de compléter parce que nous avons dit au début, nous dirions que la migraine est une névralgie complexe des centres nerveux, des nerfs sensitifs et des nerfs vaso-moteurs, caractérisée par des modifications directes ou réflexes de l'intelligence, delà sensibilité et delà circulation locale, ainsi que de la circulation générale et des grandes fonctions.

Sans illusion sur les desiderata de cette définition, nous croyons qu'elle a la sagesse de ne pas préjuger au delà de ce que nouspei^met d'affirmer l'observation.

Diagnostic 11 est quelquefois plus malaisé qu'on ne pourrait le croire d'établir d'une façon certaine le diagnostic de la migraine. Sur ce point, les affirmations du malade ne seront pas sans importance pour le médecin ; car il est peu de gens sujets à la migraine qui' se trompent sur la saveur particulière de leurs douleurs, l'accès qui les tourmente fùt-il plus fort qu'aucun de ceux qui l'ont précédé. Le malade lui-même sent bien la différence qui existe entre la migraine et la céphalalgie qui suit un refroidissement ou qui se montre au début de la plupart des maladies aiguës. Le médecin sera d'ailleurs renseigné dans ce cas par la moindre intensité des douleurs, par l'état du pouls qui n'est jamais fébrile dans la migraine, par l'absence de phénomènes réflexes, par la durée de la céphalalgie qui est plus longue en général que celle de la migraine.

La névralgie faciale se caractérise par une hyperesthésie de la face phis vive que dans la migraine, par la présence de points douloureux qr.i n'existent pas dans cette affection. La confusion a cependant été faite; Fabrice de Hilden eu donne la preuve lorsqu'il recommande, dans la migraine, d'examiner si le malade n'a pas de carie dentaire.

Le clou hystérique mérite d'autant plus d'être signalé ici que la migraine ellemême est fréquente chez les hystériques. Mais la fixité de la douleur causée par le clavus hystericns, son caractère térébrant et son siège au niveau de la suture sagittale, le caractérisent suffisamment.

La confusion la plus dangereuse qu'on puisse faire au point de vue du pronostic serait de prendre pour une migraine les accidents migrainiformes (migrai-

G5i • MIGRAI Ni;.

lies symptomatiques de quelques auteurs), auxquels donnent lieu les lésions profondes de l'encéphale ou de ses enveloppes. L'erreur est d'autant plus facile que les symptômes sont souvent absolument les mêmes, et que même dans le cas de lésions profondes on observe des intermittences complètes. Disons toutefois que ces intermittences sont souvent de courte durée ; que les antécédents du malade pourront apprendre qu'il n'a jamais eu de migraine, qu'il n'est ni dartreux ni arthritique; ils pourront apprendre qu'il est en puissance de syphilis ou de tubercules. L'observation pourra révéler la paralysie d'un muscle oculo-moteur, phénomène qu'on n'observe pas dans la migraine. D'une façon générale, les symptômes de migraine survenant brusquement et avec ce caractère de répétition très-fréquente, presque quotidienne, qu'ont souvent les accidents dont nous parlons, doivent être tenus pour suspects. La marche de la maladie, et, surtout dans les cas de syphilis, le succès de la thérapeutique, ne tarderont pas d'ailleurs à légitimer un diagnostic jusqu'alors réservé.

Les douleurs prodromiques du zona ophthalmique donnent lieu à une douleur hémi-crànienne ; mais cette douleur est continue, ne s'accompagne pas de vomissements, enfin se termine par l'éruption.

L'inflammation d'un sinus ou la présence de larves dans sa cavité donnent quelquefois heu à des symptômes très-analogues à la migraine. Mais dans ces cas la douleur est continue ou tout au moins rémittente, plutôt qu'intermittente. L'existence d'un coryza chronique, qui se développe consécutivement, plaiderait encore contre l'hypothèse d'une migraine. Notons enfin la fixité de la douleur au niveau d'un sinus en opposition avec le caractère vague et d'un siège indécis delà douleur hémi-crànienne. C'est cependant sur une semblable erreur que reposent la migraine des sinus et la migraine insectale admises par Sauvages, la migraine due à des larves d'œstres, citée par Calmeil.

Pronostic. La migraine n'est pas une affection grave, en ce sens qu'elle n'entraîne jamais la mort et que chacun connaît un certain nombre de personnes qui, sujettes à la migraine, vivent cependant de la vie commune ; il est pourtant des cas où son intensité et ses fréquents retours la mettent au rang des aftections les plus cruelles. On l'a vue, soit par elle-même, soit par les différents troubles qu'elle a, sinon fait naître, du moins accompagnés, altérer profondément la constitution. Certains malades ont vu leurs cheveux blanchir très-prématurément, phénomène qu'il faut distinguer de l'albescence immédiate et intermittente dont nous citions tout à l'heure un remarquable exemple; d'autres deviennent incapables de se livrer au travail intellectuel. Mais ces cas sont heureusement rares.

Les anciens auteurs insistaient beaucoup sur ce qu'ils nommaient les métastases ou les répercussions de la migraine. N'en déplaise à ceux qui sont sujets à cette affection, Tissot disait : « C'est un vrai malheur de ne plus avoir la raigraine, w II citait à l'appui l'exemple d'un homme qui, guéri de sa migraine, fut pris d'une diarrhée incoercible, et qui ne dut à rien moins qu'au retour de sa migraine la guérison de sa diarrhée. Wepfer, Schobelt, Laurent, Percy, ont cilé de ces cas. Trousseau craignait les substitutions réciproques de la migraine et de la goutte. Ce que nous avons dit des rapports de la migraine avec les diatbèses explique suffisamment ces faits, qui, pour avoir été exagérés, n'en sont pas moins incontestables.

Tbaitement. La pluralité des remèdes que nous citerons ici, plutôt à titre historique que dans un autre but, prouve assez qu'aucun d'eux n'a eu le bonheur d'effacer ses concurrents; et cependant, ainsi que cela arrive toutes les fois qu'on

met sa confiance dans l'empirisme et non dans des lois thérapeutiques, cliacun ci'eux a eu sou heure de célébrité : ré\'ulsifs, narcotiques, émissions sanguines, évacuants, excitants, toniques, tout a passé pour être le remède contre la migraine.

Des emplâtres de lierre terrestre et de vinaigre (Galien) , des pommades à l'ail (Alexandre de Tralles), le fer rouge (Albucasis, Fabrice de Hilden), ont été employés. Labarraque a conseillé les sinapismes et les vésicatoires sur les membres inférieurs. Piorry pratique la révulsion sur l'estomac avec un mélange d'alcool et de teinture de cannelle ; des compresses d'éther ont été mises sur le front ; on a conseillé des applications d'ammoniaque sur la voûte palatine.

Avicenne employait l'opium, l'absinlhe et le concombre. Le laudanum, au début de l'accès (AUory) ; l'acétate de morphine [Ricord, Descayes (d'Haïti)] ; le chlorhydrate de morphine (Mérat, Magistel), ont été préconisés. D'autres ont conseillé les frictions de belladone sur les paupières (Piorry), ou sur les cheveux (Trousseau). La jusquiame, le datura, le castoréum, ont eu leurs partisans.

Ambroise Paré, Turner, Wepfer, ont pratiqué l'artériotomie temporale ; Portai ouvrait la veine à la tète ; Tissot se louait des sangsues.

Ce dernier médecin employait également les vomitifs, qui réussissent en effet à merveille dans les céphalalgies qui accompagnent l'embarras gastrique, mais qui ne font que simifler la migraine.

La teinture de coccinelle septempunctata a joui longtemps d'une vogue singulière (Sauter). On employait aussi l'huile de Cajeput, et la liqueur anodine d'Hoffmann (Brown). La paullinia sorbilis est restée célèbre; le café (Hammon), le thé, le quinquina, le sulfate de nickel (Simpson), l'ammoniaque cà l'intérieur (BaraiHier) ; à l'extérieur, le cyanure de potassium, les armures aimantées, les chaînes métalliques (Burq) , ont été vantés.

Watson a conseillé la liqueur de Fowler ; le trèfle d'eau, la pulsatille ont été préconisés. Corvisart (neveu) employait la pepsine.

Enfin la digitale, le bromure de potassium, la compression des carotides, l'électrisation du sympathique au cou, ou celle de la moelle (Benedikt, Eulenburg, Guttmann), ont joui dans ces derniers temps d'une certaine faveur. Mais bien grand serait l'embarras du praticien qui, sur la foi de noms plus ou moins illustres, se croirait autorisé à puiser, les yeux fermés, dans cette liste de panacées. Le désappointement suivrait de près l'emploi du remède. Et cependant chacun d'eux, sauf quelques substances sans valeur, a pu avoir son succès.

H faut donc commencer par èhminer ce qu'on pourrait nommer les doublures, c'est-à-dire les médicaments qui ne font que représenter en réduction les propriétés saillantes des médicaments principaux. Il faut distinguer le traitement de la maladie migraine de celui de l'accès qui en est la manifestation; il faut, de plus, se soutenir que la migraine est variable, dans ses causes éloignées comme dans sa cause prochaine. La migraine des goutteux ne réclamera pas le même traitement que la migraine des dartreux. Si les alcaUns conviennent à l'une, les arsenicaux conviennent à l'autre. C'est dans ces migraines diathésiques, coexistant avec la dyspepsie, que la pepsine a pu donner de bons résultats; le régime sera donc ici une des conditions premières de la guérison ; et les migraines célèbres guéries par l'usage de l'eau fraîche en boisson, celles de Marmontel, de Halleret de l'illustre Linné, appartenaient sans doute à cette catégorie.

La migraine des anémiques ne réclamera pas le même traitement que celle des pléthoriques ; le fer, le quinquina et l'hydrothérapie conviendront à l'une ; les

émissions sanguines, les évacuants siéront à l'autre. Enfin, quelle que soit l'origine de la migraine, l'accès devra être combattu par des moyens différents, selon qu'il sera asthénique ou irritatif, que le système vaso-moteur sera paralysé (MôUendorf), ou au contraire tétanisé (Dubois-Reymond) . La digitale, le bromure de potassium, le sulfate de quinine, la paulliniamème, soulageront l'une; l'opium soulagera l'autre. On en peut dire autant de l'électricité et de la compression. Régime approprié à la diathèse, traitement de l'accès approprié au mode varinble d'existence de la migraine qu'on a à soigner : telles sont donc les seules indications qu'il soit légitime de donner. Renvoyant le lecteur, pour la thérapeutique des diverses diathèses dont peut dépendre l'accès de migraine, à l'étufle de chacune d'elles, et nous bornant aux principes généraux que nous venons de formuler, nous dirons que, pour traiter l'accès, le praticien pourra choisir avec avantage dans un certain nombre de substances, telles que ; l'opium, le café, la digitale, la q\iinine, les poivres, lapauUinia. L'association de plusieurs substances, telles que la digitale et la paullinia, avec la quinine, pourra présenter quelque avantage. Toutes ces substances, qui, sauf l'opium, agissent pnr la tétanisation dn vaso-moteur, ont l'avantage de remplir la principale des indications fournies par les symptômes. Malgré son action inverse, l'opium à haute dose agira quelquefois avec succès contre l'élément douleur, ce qui est l'essentiel. Nous n'insistons pas; car la thérapeutique n'a pas à dicter ici des recettes applicables à chaque mod'un dictionnaire. C'est au médecin à tenir compte des lois générales de la patho logie et de la thérapeutique, d'une part; de l'individualité de son malade, de l'autre. Sans doute, dans l'affection qui nous occupe plus que dans aucune peutêtre, le succès ne couronnera pas toujours un effort méritoire; néanmoins le médecin, suffisamment éclairé sur les causes d'une migraine, sur sa nature et sur l'action thérapeutique du médicament qu'il aura décidé d'employer, aura la satisfaction, sinon toujours de guérir, souvent au moins de soulager.

A. GCBLER et A. BORDIER.

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A. G. et A. B.

MIGRATIOIK {migratio). 1. Migration en général. C'est l'acte par lequel un groupe plus ou moins considérable d'êtres vivants change le lieu géographique de leur séjour. Ou dit, émigration, si ou considère le départ, la sortie du pays abandonné, et, depuis peu, immigration si on songe à l'arrivée dans le nouveau pays adopté. Les animaux et surtout ceux qui vivent en société, notamment les oiseaux et les poissons dont les milieux se prêtent mieux aux longs et rapides voyages, offrent, non moins que l'homme, des exemples de nombreuses mi"rations, mais avec cette différence remarquable, au moins pour ce qu'il nous est donné de constater de nos jours, que, chez la plupart des animaux, les mif^rations importantes sont temporaires, périodiques et s'étendent à presque toute la collectivité : elles sont des phases régulières de l'existence. Au contraire, dans nos sociétés actuelles, ce sont les moindres migrations qui ont ce caractère périodique : telles, à Paris, étaient autrefois celles des Savoisiens ramoneurs, et encore aujourd'hui celles des Limousins maçous, etc. (g 40); et inversement à la campagne celles des Parisiens et autres citadins. Nous n'avons pas l'intention de nous arrètei' ici sur ces mouvements essentiellement temporaires, quoiqu'ils jouent certainement un rôle très-important dans l'hygiène de nos citadins ; mais il y aura un article Villégiature qui dira les ressources sanitaires qu'offrent ces migrations temporaires et l'art de les diriger. Elles apportent encore une perturbation considérable dans les enquêtes démographiques, ainsi que nous le montrerons à l'article Paris.

2. Migrations en démographie. Ce sont ces grands mouvements, importants ou par leur masse ou par leur continuité, qui entraînent les hommes, soit isolément, soit en familles, soit en groupes sociaux, à quitter leur patrie pour aller s'établir, le plus souvent sans esprit de retour, sur une terre étrangère. Il est manifeste que ces mouvements migratoires des peuples ont existé de tout temps ; mais nous ne savons guère des siècles passés que les migrations violentes effectuées à main armée et par groupes considérables. C'est ainsi que l'histoire nous montre les pays les plus fertiles, comme l'Egypte, l'Inde, envahis, et souvent à plusieurs reprises successives, par des peuples plus forts qui s'y établissent, en tuant ou en réduisant en esclavage les précédents possesseurs. C'est ainsi que les territoires les plus fertiles ont été assurés aux a meilleurs » quand toutefois les influences climatériques n'ont pas promplement vengé les vaincus, et fait disparaître le vainqueur, comme nous l'avons étabh dans notre article AccLisiATEiiEiM.

En fait, où rencontrer de nos jours un peuple certainement autochthone? Peutêtre les Hyperboréens, et encore? La plupai't des peuples que nous connaissons, et nous-mêmes Celtes, Gaulois et Francs, ne sommes que des immigrés. Dans l'article AccLiMATEMEM, iious Rvons esquissé à grands traits ces migrations que l'iiistoire ou l'érudition nous ont révélées. Nous n'y reviendrons pas ici, et nous réserverons les pages qui nous sont accordées aux seules migrations contemporaines.

5. Division du sujet. Suivant notre usage dans nos articles généraux de démographie (Mariage, etc.), nous exposerons d'abord les faits [I] : la puissance absolue et relative des diverses migrations dont il existe des documents ; et ensuite nous en déduirons [llj p. 645, les conséquences démographiques et nationales

que les faits nous paraissent comporter, surtout pour notre patrie ; enfin [III], p. 650, les préceptes hygiéniques déduits des faits observés.

I. 4. Statistique des migrations. Au point de vue de la comptabilité sociale, une nation peut être assimilée à une usine. Quelle que soit la production, hommes ou choses, la tenue des livres n'en a pas moins les mêmes règles, les mêmes obligations : enregistrer exactement tout ce qui entre, tout ce qui sort; établir la balance de ce double mouvement, et vérifier par l'état de la caisse et des produits en magasins (inventaire ou dénombrement) l'exactitude de la comptabilité des mouvements (entrés ou sortis). Elle a aussi le même but : permettre à la direction suprême (chef d'usine ou chef d'État) de connaître et surtout de faire connaître à tout instant la marche progressive ou rétrograde de chaque élément des activités associées dont elle a la surveillance, afin, d'une part, de pouvoir en rendre compte aux intéressés, et d'autre part, afin que les savants (ingénieurs ou économistes) puissent, par l'étude des conditions concomitantes au gain ou au déclin de chaque élément, établir ou présumer les conditions favorables ou nuisibles. C'est ainsi que cette comptabilité est à la fois un moyen de contrôle, une garantie, et un instrument de science et de progrès.

5. Pourquoi cette comptabilité, exigée par la loi et par les mœurs quand il s'agit des choses, nel'est-elle plus quand il s'agit des hommes? Sans doute toutes les nations civilisées, au moins en Europe, ont entrepris un commencement de comptabilité des phénomènes sociaux ; c'est ainsi que, par l'enregistrement des naissances et des décès, elles commencent à tenir le compte ouvert de ceux qui entrent dans la vie et de ceux qui en sortent. Mais, dans un pays qui n'est pas fermé à tout mouvement extérieur, il est clair que cette comptabilité est incomplète, puisqu'il y a d'autres voies pour entrer et sortir de la collectivité étudiée : l'immigration et l'émigration ; et que, entrer dans un groupe humain, soit par naissance, soit par immigration; en sortir, soit par décès, soit par émigration, est à peu près la même chose pour la nation, si ce n'est que dans l'entrée ou la sortie par migration, portant très-généralement sur des adultes à l'apogée de Texistence, le gain ou la perte a une tout autre importance. C'est une considération sur laquelle nous aurons à revenir (§ 69). U y a déjà, il est vrai, des nations qui ont une comptabilité de leurs mouvements migratoires, sinon complète, au moins s'efforçant de le devenir. L'Angleterre, la Suède, la Prusse, la Bavière, le duché de Bade, Brème, etc., en Europe; les États-Unis, en Amérique, nous offrent des modèles de cette enquête.

6. Pourquoi faut-il avouer que, parmi les nations, la France vient en tête de celles qui ne savent rien de leurs mouvements migratoires ? En ce point, elle va presque avec l'Espagne, la Russie, la Turquie, la Grèce ! Nous ne pourrons donc présenter un état complet des mouvements migratoires même de l'Europe, et pour notre pays nous en serons réduits à nous en informer en Amérique, comme un commerçant qui, n'ayant de livres en propre, ne pourrait se faire une idée de ses opérations qu'en consultant la comptabilité de ceux qui ont reçu ses produits. Ajoutons encore que cette statistique des émigrants, chez les nations qui en tiennent une, est trop disparate pour se prêter à de nombreuses comparaisons des pays entre eux, et par suite pour pouvoir être relevée dans un tableau d'ensemble. Nous sommes donc obligés de passer en revue nation par nation.

7. Migration européenne. Bien que chaque contrée, sans compter ses mouvements intestins, soit toujours le siège des deux mouvements, l'un d'entrée et l'autre de sortie, il est certain qu'en Europe, et en chacune des nations qui la

composent (la France peut-être exceptée), c'est réniigration qui l'emporte et de beaucoup. Nous allons les passer rapidement en revue, par ordre de l'importance relative de leur émigration.

Notons que, dans tout le cours du texte de cet article, on a pris soin que les chiffres en caractères dits égyptiens [I, 2, 3, 4] se rapportent toujours aux valeurs absolues ; les chiffres en caractères gras [l , 2, 3, 4| aux valeurs relatives ; tandis que les caractères maigres ou itahens [l, 2, 3, 4j déterminent les périodes chronologiques auxquelles se rapportent les faits sociaux signalés.

8. Iles Britanniques. C'est chez nos voisins que depuis le plus de temps, depuis 1815> et avec le plus de précision et de détails, on tient registre de l'éniiiïration ; or, en ces 56 ans, on a enregistré partant des ports de l'Angleterre 7 013 637 éaiigrauts, dont 4 472 672 (près de 64 pour iOO) allaient aux États- Unis S I 391 771 (près de 20 pour lOO) à l'Amérique anglaise (Nord) (Canada, etc.), et 988 423 (plus de 14 pour lOO) en Australie, Tasmanie et Nouvelle-Zélande. Si depuis 1815 on prend les moyennes quinquennales de cette émigration, on ohtient la succession suivante, qui montre la progression et la puissance de ce mouvement :

Période 1815-1819 movpnne annuelle i9 seo émiprants.

as 115

En 1870

En 1871

On voit que c'est surtout depuis 18i5, et, plus précisément, depuis 18i7 que l'émigration a pris les plus grands développements , sans doute par suite des disettes de 1846 et 1847. Aussi, de 1847 à 1870, l'émigration totale a-t-elle été de 5 337 000, dont 3 692 624 ou 69,a pour lOO aux États-Unis, 645 638 ou 12 pour iOO à l'Amérique anglaise (Nord), 864 081 ou 16 pour fOO en Australie, etc.

Mais il faut s'empresser d'ajouter que la totahté de ces émigrants, transportés parles navires anglais, ne sont pas sujets britanniques. Pendant la dernière période de dix années (1861-70), dont j'ai le détaU sous les yeux, il y a un total de I 9B7 570 émigrants, soit 196 757 par année moyenne, dont 28 431 environ (14 à 15 pour lOO^ sont étrangers (Germains ou autres), et 157 1 83 sujets britanniques, et 1 OOOde ces derniers se décomposent ainsi : 521 Irlandais, 385 Anglais (et Galles), 94 Écossais. Cependant, depuis trois ans (1869-71), l'émigration anglaise proprement dite s'est accrue plus que Témigration irlandaise, et l'a dé-

1 Les États-Unis qui tiennent aussi lei^ comptabilité n'en avouent que 3 ss? 85o enregistrés comme habitants des îles Britanniques et auxquels on peut ajouter les 284 soo enregistrés comme venant de l'Amérique anglaise, qui n'a servi que de passage {voij. la note suivante).

* Il résulte de ce rapport que sur les 4 472 672 émigrants que l'Angleterre déclare avoir transportés aux États-Unis, il y a environs 450 000 étrangers non britanniques; il reste donc, d'après la comptabilité anglaise 3 822 672 sujets britanniques transportés aux États-Unis depuis 1815 ; or, suivant la comptabilité de la grande République, elle a reçu 3 as? sso habitants des îles Britanniques comme immigrants. Ce faible écart est très-remarquable et prouve l'excellence de cette comptabilité.

passée depuis 1869- Ainsi, en 1871 , en nombre absolu, on a enregistré : 1 02 452 Anglais, 71 067 Irlandais, 19 232 Écossais, 53 246 étrangers et 6 438 inconnus.

9. Cependant, ce qui est plus significatif que ces valeurs absolues, ce sont les coefficients de V émigration britannique ou rapports des émigrants annuels à la population. Ainsi, dans la période 1863-70, on trouve que, par i OOO habitants de chaque catégorie, il y a eu : 3,31 Anglais, 5,1 Écossais et 16,4 Irlandais (et tous ensemble 6 émigrants par i ooo sujets britanniques), tandis que dans les deux dernières années (1870-71) ces coefficients sont devenus 4,7 — 6,5 — 13,8.

D'ailleurs aucun mouvement n'est plus mobile que les mouvements migratoires; c'est ainsi qu'en 1868 l'émigration anglaise proprement dite, qui n'était que de 55 000 à 60 000 depuis six ans, monte tout à coup à 90 000 en 1869, s'élève à 105 300 en 1870, se maintient cà 102 000 en 1871, et monte encore en 1872! De loin, il est souvent fort difficile d'expliquer ces mouvements subits. On peut dire cependant que, dans les cas ci-dessus, les luttes du capital et du travail par les coalitions et grèves en ont été la cause principale.

10. La. composition selon les sexes, l'état civil et râgeàe la population émigrante, a été la suivante : sur lO ooo émigrants (1865-70), on trouve 6 Oîolionimes et 3 930 femmes, qui se divisent en 2 335 époux (i ito h. et i «a» f.), 5 660 célibataires ou passant pour tels [Single] (3 900 h. et i 760 f.) ; en tout,

' 7 995 adultes ou jeunes gens, et a 005 enfants, dont 430 âgés de moins d'une année («30g. et 200 t.), et l 575 enfants de 1 à 12 ans (830 g. et 745 f.).

11. La desti/miio^i de ces émigrants est aussi fort digne d'intérêt. Dans les dix dernières années (1861-70), 40 ooo émigrants, partis des ports d'Angleterre, avaient la destination suivante : 7 840 allaient aux États-Unis, 1 484 en Australie, Tasmanie et Nouvelle-Zélande; 998 dans l'Amérique anglaise (Nord), et 345 dans d'autres régions. Mais si, dans cette répartition, on recherche la part contributive de l'Angleterre proprement dite, de l'Ecosse, de l'Irlande, on trouve que sur l ooo émigrants de chaque groupe national, vont :

Aux États-Unis 651 Anglais, 660 Écossais, 880 Irlandais, 810 étrangers.

Eu Amérique (Nord) anglaise. 131 Anglais, 151 Écossais, 51 Irlandais, 149 étrangers.

En Australie, elc 163 Anglais, 159 Écossais, 65 Irlandais, H étrangers.

Et ailleurs 55 Anglais, 30 Écossais, 4 Irlandais, 30 étrangers.

Ainsi se marque, d'une part, la préférence marquée que tous accordent à la grande République, malgré les bienveillants efforts de toutes sortes que font les Anglais pour entraîner les émigrants vers leurs possessions; et, de l'autre, le peu de sympathie des Irlandais pour les colonies anglaises, où ils restent encore sujets d'une domination odieuse parce qu'elle a eu pour origine la conquête et de longues spoliations et oppressions.

12. Cependant il y a dans la comptabilité anglaise une catégorie d'émigrants dont le transport est exécuté aux frais de l'État. Ce sont particulièrement des colons (ou des convicts ?) que l'on destine à l'Australie, à la Tasmanie et à la Nouvelle-Zélande. Pendant la période de vingt-quatre ans (l8i7-70), 339 500 de ces émigrants ont été ainsi transportés. Par i OOO, on comptait 764 adultes et 236 enfants, dont 28 au-dessous de 1 an, 208 de 1 cà 14 ans (l02g. et 106 f.); les 764 adultes se composaient de 897,5 époux (148,3 h. et 149,8 f.), et de 466,5 personnes réputées célibataires (183,5 b. et 283 f'.). Sous le rapport de leur natalité, ces colons spéciaux se composaient de 504 Anglais proprement dits, de 152,5 Écossais, de 343 Irlandais, de 5 étrangers.

15. Lnfm un détail important est fourni sur leui' mortalité. Pendant une Ira-

MIGRATION. 6il

versée d'environ trois mois, ou le quart de l'année, la mortalité a été poui les adultes hommes 5 par i OOO (soit environ ao par an et par i OOO); pour les

adultes femmes, 6 (soit 84 pour l'année) ; pour les garçons de 1 à 12 ans, 39 (soit 156 par an !) ; pour les filles du même âge, 4a (soit 168 par an!) ; enlin pour les nouveau-nés de 0 à 1 an, 150 pour les garçons et 140 pour les filles (soit 600 et 560 par au et par i OOO î).

11 résulte de ces chifïres, qui paraissent très-fidèlement relevés, que les mauvaises conditions de cette longue et pénible traversée sont préjudiciables à tous les âges, puisque tous dépassent la mortalité ordinaire à ces divers groupes {voy. Mortalité), et notamment plus préjudiciables aux femmes qu'aux hommes, mais surtout beaucoup plus funestes aux enfants de 1 à 12 ans, dont la mortalité normale à cet âge est de 88 à 25 par an et par 1 OOO, au lieu de 160; ainsi leur danger de mort est plus que sextuplé par les souffrances du voyage ! 11 est vrai que ce transport étant aux frais de l'État, on peut présumer que c'est au profit de la classe nécessiteuse et que le confortable y est au minimum.

14. Il faudrait, en regard de cette formidable émigration (6 émigrants par an et par 1 OOO habitants !), dire l'immigration ; mais nous n'avons trouvé nulle part la comptabilité de ce mouvement, c'est seulement par les excellents census décennaux, dans lesquels les étrangers sont soigneusement relevés, que nous pouvons, par ses résultats, nous faire une idée de l'immigration en Angleterre, et encore faut-il observer que, dans ces dénombrements, l'Angleterre compte et attribue à chaque lieu tous ceux qui y ont passé la nuit ; il en résulte que les simples voyageurs ne sont pas distingués des domiciliés.

Quoi qu'il en soit, d'après le census de 1861, l'Angleterre (et Galles) comptait 57 526 hommes et 26 564 femmes nés au dehors des îles Britanniques, à savoir : 5 972 hommes et 3 530 femmes (Américains); — 321 honmies et 197 femmes (Africains) ; — 24 1 hommes et 1 1 7 femmes (Asiatiques) ; — enfin 50 844 hommes et 22 590 femmes (Européens), parmi lesquels je citerai : 7 052 hommes et 5 937 femmes (Français) ; — 14 505 hommes et 6 933 femmes (Germains), plus 5 254 hommes et I 952 femmes (Prussiens), plus I 421 hommes et 248 femmes (.\utricliiens) ; — 3 467 hommes et 2 045 femmes (Hollandais) ; — 7 039 hommes et 457 femmes Scandinaves (Danois, Suédois et Norwégiens); — 3 800 hommes et 700 femmes (Italiens) ; — à peu près I 200 Suisses de chaque sexe ; — environ 2 000 Belges; — I 633 Russes, avec 2 510 hommes et I 106 femmes (Polonais). Ou voit que ce sont surtout les gens de langue allemande (30 313), puis les Français (13 000), qui immigrent en Angleterre; d'après les recherches ci-après (§ 57), de tels nombres supposent une immigration moyenne annuelle d'au moins I 000 à I 500 Germains et peut-être de I 000 à I 200 Français (car les Français séjournent moins que les Germains).

15. Émigration allemande. Selon l'ordre de leur importance, après l'émigration anglaise et irlandaise, vient l'émigration allemande, qui chaque année amène environ 100 000 Allemands et plus depuis ces dernières années (précisément 88 700, année moyenne depuis 20 ans, non compris les Allemands autrichiens), auxseulsÉtats-Unis. Or, d'après la comptabilité prussienne, pour fournir lOO émigrants allemands prussiens aux États-Unis, il faut i30 émigrants en général ^

C'est donc notablement plus de 100 000 Allemands qui quitteraient leur patrie

1 II est vrai que d'après la comptabilité de la Bavière il n'en faut que 103, la presque totalité de leurs émigrants allant aux États-Unis.

DICT ENC. 2* î. VII. 41

chaque année pour aller s'établir, soit en Amérique (Nord), soiteii Australie (dès 1866, on trouve 10 000 Allemands établis à Victoria depuis peu d'années); mais combien sont en Russie? Nous n'en savons rien, si ce n'est que le nombre en est grand. Non-seulement il y a sur les côtes delà Baltique, dans le Caucase de puissantes colonies allemandes ; mais toute l'administration russe est infiltrée d'Allemands ; la Prusse à elle seule enregistre près de I 000 immigrants allemands passant chaque année en Russie, et, pour les pays ainsi limitrophes, il s'en faut de beaucoup que tous les sortants soient enregistrés. Ajoutons que le dénombrement français de 1866 constate en France 106 606 Allemands, ce qui supposait une immigration annuelle d'au moins 5 000 Allemands ; nous en avons signalé 30 300 en Angleterre; enfin la Suisse, la Hollande, la Belgique reçoivent aussi d'assez nombreux émigrants allemands.

Après avoir ainsi pris une idée générale de l'émigration minimum des Germains, voyons avec quelques détails celle de quelques pays prussiens et allemands où la comptabilité de l'émigration est bien tenue. Nous en comiaissons trois : la Prusse, la Bavière et le duché de Bade.

16. Migration ■prussienne. Comme toute contrée, la Prusse est le siège de deux mouvements, l'un d'immigration de moindre importance, l'autre d'émigration plus considérable.

17. 1" Immigration. De 1862 à 1867, ces entrées ont été annuellement d'environ 4 500, dont I 450 ne sont guère que des déplacements des Allemands du Nord et 2 100 des Allemands du Sud. En 1865, ce mouvement atteint son maximum (5 309). Ainsi, cette immigration est presque entièrement factice, puisque, par 1 OOO, elle se compose de 33© Allemands du Nord et de 4'SO Allemands du Sud changeant de logis ; au fond elle se réduit à 90 Polonais, 90 Belges et Suédois, et à 20 ou 30 rapatriements d'Allemands américains, en chiffres absolus et par an c'est à peine un gain de 900 à I 000 étrangers ou Polonais, puis Belges, qui lui arrivent. Ces immigrants (Allemands ou étrangers) se composent, par i OOO, de 645 hommes au-dessus de 14 ans et de lOO enfants de chaque sexe au-dessous de cet âge. La majorité, ou 63 pour lOO, se fixent dans les trois provinces de Brandebourg, du Rhin et de Saxe prussienne.

18. Émigration prussienne. Depuis 1859, époque oii remontent mes documents, l'émigration prussienne suit une marche rapidement progressive. De 9 807, en 1859, elle atteint, par une progression presque régulièrement accélérée, 38 545 en 1871, et est annoncée devoir dépasser ce chiffre en 1872; ou, si on aime mieux, de 10 000 annuellement dans la période 1859-62, elle atteint et dépasse 20 000 en 1866 et 1867, c'est-à-dire pour l'ancienne Prusse avant les annexions qui ont suivi la bataille de Sadowa (1866), s'élève à 26 000 en 1868, à 38 545 en 1871, et paraît devoir atteindre 40 000 en 1872-

19. 11 convient de faire observer que, sur les 100 000 émigrants (en nombre rond) sortis pendant la période de 6 ans 1862-67, la seule sur laquelle j'ai des renseignements détaillés, 17 236, ou lï pour lOO, déclarent devoir se fixer dans les autres États allemands, et I 300 en Autriche. Sur ces 100 000 émigrants l'administration en a découvert 41 000 environ qui se sont esquivés, dont 15 000 pour échapper à la conscription, et 26 000 pour des motiis inconnus. Parmi ceux qui ont régularisé leur dépait, 31 324 se sont confiés à des agences d'émigration.

20. Sur ces 100 000 émigrants, il y a 35 300 hommes et 10 980 femmes adultes ou solitaires, ou chefs de familles, plus 15 500 garçons et 14 920 filles

au-dessous de 14 ans, enfin 8 500 fils et 14 800 filles d'émigrants au-dessus de cet Tige. Le lieu de leur destination se répartit ainsi d'après leur déclaration : 17 000 ne quittent pas l'Allemagne (déclaration souvent fallacieuse) ;. près de 3 000 ^ont en Hollande ou en Belgique (d'où un bon nombre sans doute iront en Amérique), près de 4 000 en Pologne ou en Russie; 63 000 en Amérique du Nord, 3 500 dans l'Amérique du Sud, 3 000 en Australie, 6 500 ailleurs.

21 . Encore ne sont-ce là que des chiffres minimums, au moins à en juger, d'une part, d'après le formidable contingent d'Allemands que reçoivent les États- Unis chaque année (§ 15), et dont il est constant que les Prussiens forment une part importante, et de Vautre par le déficit que la statistique prussienne, exécutée avec tant de précision, constate exister entre les sorties (décès et émigrants) et les entrées, (naissances et immigrants). Par exemple, dans la petite période triennale 1865-67, ce déficit s'élève à 52 446 habitants ; l'émigration constatée, y compris (pour la dernière année) les provinces allemandes conquises (Hanovre, Hostein et Nassau), s'élevant eu ces trois ans à 83 667, et l'immigration à 13 054, la différence, ou 70 613, est la perte par migration enregistrée à laquelle il faut ajouter le déficit à l'accroissement énoncé ci-dessus, ce qui fait une perte totale de 123 059 pour trois ans, ou annuellement de 41 000 ; soit encore 2, 13 par an et par 1 OOO habitants. Cependant on voit que cette émigration avouée et soupijonuée, toute considérable qu'elle soit, est encore inférieure à l'émigration anglaise (3,8), ou écossaise (5,1) ou irlandaise (16,4), durant la période à peu près identique 1863-70- D'ailleurs, telle est la puissante fécondité de la Prusse que, malgré ses pertes, elle s'est encoi-e accrue dans la même période (sans les annexions violentes) de 435 443 habitants ou de 145 148 par année, soit un accroissement de 7.53 par an et par 1 ooo habitants.

22. 11 faudrait maintenant contiimer la même revue pour chaque État de la Confédération germanique, mais il règne tant d'irrégularité dans la tenue des livres de l'émigration que c'est une entreprise fort difficile. Les uns, comme l'Autriche, ont un parti pris d'ignorer leurs émigrations, et n'en font aucun relevé; tandis que d'autres la confondent avec celle des pays voisins.

23. Beaucoup de colons allemands s'en vont par des ports étrangers : Anvers, Copenhague, le Havre, Liverpool; cependant le plus grand nombre s'embarquent immédiatement dans les ports allemands de Brème ou de Hambourg. Nous avons pu seulement nous procurer la comptabilité très-soignée du port de Brème. J'y trouve que depuis 1865 jusqu'en 1870, il part de ce port une moyenne annuelle d'environ 60 000 émigrants; en 1871, il y en avait encore 60 500. Il est donc présumable que la distribution par nationalité, dont je n'ai le détail que pour cette seule année, est à peu près celle des années précédentes puisque la somme est la même. Or, en 1871, sur ces 60 500 émigrants partant du port de Brème presque tous à destination des États-Unis, il y en a 24 195 (dont II 2 1 5 femmes) , qui sont Prussiens, 5 306 (dont 2 444 femmes) Bavarois ; plus I 328 du Palatinat, 3 300 du Wurtemberg, 3 512 de Baden, 2 241 de la Hesse; I 226 de la Saxe; I 371 de Thuringe, l 061 d'Oldenbourg, 585 de Brème, 369 d'Alsace et Lorraine; 230 du Mecklembourg et 950 de diverses autres petites localités de la Confédération : Brunswick, Anhalt, Lippe, Mecklembourg ; en tout 45 674 Allemands de la Confédération.

Mais on y trouve encore 7 273 Tchèques de la Bohême, seulement 58 Hongrois et 997 divers sujets Autrichiens, 911 Suisses, 97 Russes, etc. Enfin environ S 000 sont dits Américains du Nord retournant dans leur pays. Ajoutons que sui

6i4 MIGUATION.

ces émigraiits, on compte 27 239 hommes et 2 1 311 femmes ayant plus de 10 ans ; 4 645 garçons et 4 3S5 filles de 1 à 10 ans, et I 460 garçons avec I 406 filles au-dessous d'un an. Ces chiffres, bien que s'appliquant au départ du seul port de Brème donnent une idée générale de la part contributive de chaque État allemand ou autrichien à l'émigration ; on remarquera la forte émigration relative des Tchèques, puisqu'en 1871, par le seul port de Brème, il en part 7 273 ; sur une population de moins de 4 millions, c'est presque une émigration de 8 pour i OOO ; mais nous ne savons pas depuis quand s'est prononcé ce mouvement,

24. En ce qui concerne chaque État, nous prions le lecteur de se reporter aux différents articles (Bavière, Bade, Saxe, "Wurtemberg, etc., etc.).

Pour la Bavière, dont la monographie a déjà paru, nous avons peu à ajouter à ce que nous avons dit des mouvements migratoires très-notables de ce centre allemand. Il nous paraît que depuis notre article, et bien que nous n'ayons pas de nouveaux documents, l'émigration bavaroise s'est plutôt accrue, au moins à en juger par les départs de 5 306 de Bavière propre et I 328 du Palatinat, en tout 6 634, cardans la dernière période quinquennale que j'ai étudiée (1857-61), il n'y avait que 4 954 émigrants annuels, dont 3 515 seulement s'embarquaient pour l'Amérique. Les mêmes observations s'appliquent au duché de Bade.

25. Mais il importe, pour bien pénétrer l'extrême prolification tudesque, de rappeler qu'outre cette émigration en lointain pays, la race allemande s'infiltre par pénétration insensible chez tous leurs voisins, et, par leur caractère souple et doucereux, leur esprit d'ordre, de persévérance laborieuse, leur intelligence des choses pratiques et fructueuses, ils s'y sont fait partout une place importante dans le haut commerce et dans la banque oii ils luttent avec succès contre les Juifs, etc., et forme un gros contingent de la population des villes. Nous avons mis ce point bien en lumière dans noire monographie sur l'Autriche: non-seulement 60 pour lOO de la population du Tyrol, 3î de celle de la Bohème, 50 de celle de la Silésie (dont le fonds était slave), il pour lO© de celle de la Hongrie, 24 pour lOO de laVoivodie, Serbe etBanat,sont maintenant allemandes ; mais ce sont surtout les villes de ces contrées qui sont pacifiquement conquises par les Germains (préliminaire redoutable de l'annexion violente). Ainsi par lOO citadins, il y en a 23 Allemands àCracovie, 33 à Pragues, 41 càLaibach ; 4î à Brùnn et à Temesvar, 48 à Pesth-ofen, 66 à Presbourg ; et à Oldenbourg, en pleine Hongrie, 99 ! la ville est prise ! Même phénomène se ^asse dans le Schleswig autrefois danois ! On sait les conséquences, et la parole du poète « Où est la patrie allemande? Partout oiî raisonne la langue allemande ! » Avis aux intéresses.

26. La Russie, malgré son étendue, est loin d'être préservée de l'infiltration germaine. Son administration est envahie : des villes, des territoires entiers, soit sur les confins de la Baltique, soit en Pologne, soit dans les provinces du Caucase, sont des colonies allemandes prospères et foisonnantes.

La Moldavo-Valachie, la Hollande, la Belgique, la Suisse et la France, reçoivent leur part toujours croissante de ce dangereux tribut. C'est ainsi que notre dénombrement de 1851 ne comptait que 57 061 Allemands, chez nous, mais celui de 1866 en dénonce 106 606 (dont 48 793 femmes).

27 . Migration suédoise. Une auti-e émigration dont la comptabilité est parfaitement tenue est celle de la Suède. Cette émigration était assez faible jusqu'en ces dernières années : ainsi, pendant 'la période décennale 1851-60 eHe n'a été (année moyenne) que de I 690, ce ([ui, pour une popularion de 3 660 000, fait 0,462 ér.^igrants annuels par « OOî) habitants ; pendant la période suivante, elle s'est

élevée à 1 2 245 pour une population d'environ k 080 000, soit 3 émigrants paraii et par i OOO. Mais c'est surtout dans les dernières années, 1867-70, que sous l'influeuce des disettes 1867-68, l'émigration s'est élevée à une moyenne annuelle de 28 970 émigrants, soit 6,8» par i OOO !

28. Par 1 OOO émigrants suédois, on compte Sîî hommes et 488 fenmies, dont 103 couples et 24» enfants (184 garçons et 118 filles) au-dessous de 15 ans. Soiis le rapport des âges, ces émigrants se composent : de içe,* âgés de moins de 10 ans ; 175,3 de 10 à 20 ; 365 de 20 à 30 ; de 165,5 de 30 à 40 ; 74,4 de 40 à 50 ; 43,1 au delà de 50 ans. Sous le rapport de la destination des émigrants, sur 1 OOO ; 801 vont en Amérique ; 74 eu Danemark et 55 en Norwége ; 48 en Hollande ; 18 en Finlande ; 3 en Angleterre ; 1 en France ou eu Italie ; 18 en autres lieux. Près de 34 pour lOO sont agriculteurs, 38 serviteurs, 18 à 13 ouvriers ; lO commerçants et 9 marins.

29. ha Norwéye, comme la Suède, a vu son émigration prendre d'énormes proportions. Jusqu'en 1840, on avait à peine enregistré I 200 émigrants ; mais dans Ja période décennale, 1841-1850, il y en a (7 000 ; en 1851-60, 27 000 ; etiliu, de 1861 à 1868 leur nombre total s'élève à 85 300 soit près de 9 500 par an, pour une population à peine de I 730 000, soit une émigration annuelle de 5,5 par 1 OOO émigrants et même de 8,3 pour les 4 dernières années 1866-69! Une émigration aussi considérable pour un petit pays peu fertile, quoi qu'atténuée par une immigration notable de I 000 à I 200 personnes par année (0,6 3 0,7 par 1 OOO) est certainement menaçante pour sa prospérité et d'autant plus que ce sont surtout les campagnes qui émigrent (95 pom' lOO) tandis que l'immigration profite presque exclusivement aux villes. L'insuffisance des produits ruraux qui s'est surtout révélée à la suite des mauvaises récoltes de 1866-67, parait être la cause principale de cette formidable émigration qui, dans les dernières années (1866-69), a réduit l'accroissement de la population à 5 pour i ooo et par au, tandis que par l'effet de l'excédant des naissances sur les décès elle devrait augmenter de 18 à 13 par 1 OOO. La presque totalité de l'émigration norwégienne se fait en Amérique. Sur 1 OOO émigrants : 334 hommes et 195 femmes sont célibataires ; 884 de chaque sexe, époux; 5 hommes et 18 femmes, veufs.

30. Le Danemark a aussi une émigration notable dont les chiffres me manquent pour de longues périodes. Je vois seulement qu'en 1871, 6 422 émigiants sont sortis du port de Copenhague dont 3 906 Danois, ce qui, pour une population de I 780 000 constitue une émigration d'environ 8,8 pour 1 OOO. Ces émigrants Danois se rendent presque tous aux États-Unis qui en 1871, compte en effet dans leur population 30 000 habitants natifs du Danemark.

31. Nous sommes également imparlaitement renseignés sur l'émigration hollandaise ; mais elle doit être élevée, car d'une part, elle fournit des colons à ses nombreuses colonies (colonies trop insalubres pour se créer une population propre), et d'autre part, le dernier dénombrement des États-Unis dénonce dans sa population 46 800 Néerlandais ; c'est-à-dire, suivant les habitudes américaines, nés eu Hollande. C'est un chiffre qui paraîtra d'autant plus considérable, que la même comptabilité des immigrants aux États-Unis n'a enregistré, depuis 1820, que 31 118 entrées de Hollandais dont environ 20 328 dans les 20 années 1851-70, ce qui fait une moyenne d'environ I 000 émigrants par an aux États-Unis K

* C'est une contradiction qu'on retrouve pou)> les Danois, les Suisses (§ 35), les Mexicains, etc. Le dénombrement de iUlO, qu'il y a tout lieu de croire bien lait, trouve plus de ces nationaux que la comptabilité des mouvements n'a inscrit d'entrées. Ce sont des contradictions que

52. En Belgique, l'émigration enregistrée est assez faible: det.oà l,t par an et par i ooo en 1841-50, elle s'élève à a (8 85G) pour la décade suivante; mais d'autre part, dans cette même période, elle a reçut,» immigrants (6 000) par an et par 1 OOO, sa perle annuelle ne serait donc que de O,» par 1 OOO, soit de près de 3 000 habitants. Mais, il me paraît certain qu'une partie importante de l'émigration belge, celle qui se fait au profit des pays limitrophes (Hollande, Prusse et surtout France), s'exécute par infiltration lente et continue, et, par là, échappe à l'enregistrement. En eflet, s'il n'y a aux États-Unis que 1 2 553 Belges de naissance et dans la période 1851-70 une immigration moyenne de 608 Belges ; en France, le dénombrement de 1866 a trouvé sur noire sol 275 888 Belges (et 204 740 en 1861), ce qui ne peut supposer une immigration de moins de 14 000 Belges chaque année, et sans doute beaucoup plus à cause du rapatriement très-fréquent.

53. La Russie, envahie par l'immigration allemande, ne nous livre aucun des secrets de son émigration, d'ailleurs peu importante, au moins à l'Occident, excepté à certains moments pour les peuples violemment annexés : les Polonais, les Mingréliens, etc.

34. Migration suisse. Nous ne connaissons pas de renseignements directs de ces mouvements pourtant très-prononcés vu le petit pays qui en est le siège.

Immigration, Les institutions libérales de la Suisse et la puissante beauté de ses sites, lui amènent un nombre très-grand d'étrangers, qui s'y fixent au moins temporairement (Allemands, Anglais, Itabens et Français), puisque, déjà en 1860, le dénombrement y signale 117 607 étrangers sur une population totale de 2 534 243 ; c'est-à-dire de 46 par i OOO tandis que la France n'en a que lî ; l'Angleterre en 1861 4,a ; mais les États-Unis en 1870, l-**.

55. Émigration. Nous sommes encore moins renseignés siu' le nombre des émigrants Suisses, mais nous savons par les comptabilités étrangères qu'il est considérable. D'après l'enregistrement des États-Unis, dans la période 1820-40, 400 à 500 émigrés venaient chaque année aux États-Unis; mais en 1851-60 et 1861-iO, cette émigration s'élève à une moyenne annuelle assez régulière de 2 500 émigrants ; il paraît même que cette inscription est fort incomplète, car il en résulterait que depuis 1820, c'est-à-dire depuis 50 ans, un total de 6! 572 Suisses seraient entrés aux États-Unis dont un bon nombre avait certainement succombé en 1870, et pourtant en 1870 le dénombrement américain trouve 75 1 53 habitants nés en Suisse, ce qui exigerait une immigration annuelle, depuis plus de 20 ans, de 3 000 à 3 600 personnes (§ 5,1 note). Je trouve encore 6 800 Suisses sur les rives de la Plata ; nous en avons trouvé 42 270 en France, mais dont un bon nombre sans doute, n'y sont que temporairement. Quoi qu'il en soit, il résulte de ces chiffres que si la Suisse est le lieu du séjour de II 7 000 étrangers, rien que dans les trois centres ci-dessus désignés, elle a fourni une population de 1 24 000 de ses émigrés sans comprendre l'Italie et l'Allemagne où elle a certainement bon nombre de citoyens. Je ne rappelle que pour mémoire de l'émigration temporaire qui lui était propre pai- le louage de ses miliciens, cet usage étant aujourd'hui aboli par la loi suisse; mais cette émigration temporaire n'en a pas moins eu des résultats bien importants pour la théorie de la démographie, celui d'avoir accru la natalité {voy. § 66 et 67).

56. Il nous reste encore à parler des peuples du Midi de l'Europe : de la Grèce

nous ne pouvons guère expliquer, résultant peut-être d'omissions des entrées, ou de ce que, dans le dénombrement, on a compté comme étrangers les entants des émigrés, nés aux Etats, ce qui est pourtant contraire aux lois de la république et à ses usages.

et de l'Espagne. Nous dirons peu parcoque nous savons peu. Cependant les Grecs isolément émigrent volontiers, leurs marchands se rencontrent partout dans l'Orient en Egypte et sur toutes les côtes asiatiques.

57. "Si les temps des grandes migrations espagnoles et portugaises sont passés, leurs colonies reçoivent encore un nombre important d'émigrants de la métropole, soit passagèrement pour y chercher une rapide fortune, soit définitivement.

C'est ainsi qu'en 1860 et 1861, les seules années dont j'aie les relevés officiels, Cuba a reçu chaque année 1 0 000 à 1 2 000 Espagnols ; Porto-Rico, 800 à 900, tandis que I 500 à 2 000 sont allés se fixer à Montevideo et dans la République-Argentine qui, en 1869, compte en effet parmi ses habitants 34 000 natifs espagnols. De même, en 1860et enl861, 200 à 300 Espagnols vont aux îles Philippines, 400 à 500, et sans doute quelquefois beaucoup plus, s'étabUssent dans notre Algérie, y prospèrent plus que tous autres immigrants, notamment plus que les colons français ,et y constituent une population d'origine espagnole qui s'élève aujourd'hui (1872) à 74 400. Enfin en chacune des deux années 1860-61, 8 000 à 9 000 Espagnols entrent en France, mais la plupart sans doute en simples voyageurs et avec intention de retour.

58. Migration italienne. L'Italie fournit une émigration très-notable, mais fort imparfaitement connue : d'abord dans tout le Levant, sur les côtes de la Méditerranée se rencontre une nombreuse population italienne plus ou moins domiciUée : à Constantinople (4 740), à Smyrne (2 900), à Alexandrie (7 540), au Caire(3 370), à Tunis (5 900), à Trieste (15 000), etc. L'ensemble de cette population est évaluée, en 1871, à environ 38 000 par les statisticiens italiens. Ils estimaient aussi à 40 000 la population italienne des États-Unis (census de 1861), mais les Américains n'admettent avoir reçu 1820-70 que 24 000 colons italiens et ne relèvent que 17 157 de leurs habitants vraiment nés sur terre italienne. D'après les mêmes autorités italiennes, Francisco comptait 7 000 Italiens, Pernanbouc 18 000 ; Ruenos-Ayres 36 000 (mais le dénombrement de la Répubhque- Argentine de 1869 en compte 71 442 !) Saint-Fé 10 000, le Pérou 8 000, en tout une population de plus de 100 000 Italiens dans le nouveau monde.

39. Notre Algérie reçoit aussi des colons italiens et maltais, les premiers constituent en 1872 une population de 18 350, et les seconds de II 512 ; l'une et l'autre prospèrent. Enfin, les Italiens sont assez répandus en Europe mais surtout en France où le dénombrement de 1866 en trouve 99 624 (dont 36 070 femmes), tandis que l'Angleterre en 4861 en comptait à peine 4 500 (dont seulement 700 femmes).

En France ce sont nécessairement les départements limitrophes ; Bouches-du- Rhône, Var (17 600), Alpes-Maritimes, la Corse, qui renferment les gros contingents delà population italienne. La Suisse compte aussi 13 800 Italiens.

40. Cependant la statistique italienne qui ne donne que des documents de seconde main souvent fort contradictoires, et plus officieux qu'officiels, pour cette vraie émigration, ouvre au contraire une comptabilité officielle pour ce qu'elle dénomme ïémigration périodique, destinée sans doute à répondre aux appels de certains travaux périodiques. Ainsi, en 1861, cette migration a déplacé, dans l'intérieur 14! 290 personnes, et 43 800 de l'intérieur à l'étranger.

41. Migration française. Il nous reste, en Europe, à dire ce que nous savons des migrations actuelles des Français ; il est fâcheux d'avoir d'abord à confesser que directement, et par notre propre comptabilité, nos connaissances sont trèsimparfaites et entachées de nombreuses lacunes et de grosses erreurs. D'ailleurs

nous n'avons pas, à proprement parler, de comptabilité des monvements migratoires, mais seulement celle d'une mesure fiscale et policière, le passe-port, trèsirrégulièrement appliquée et à laquelle échappent tous ceux qui peuvent y échapper ; et c'est dans les départements frontières, justement les plus migrateurs, que ces sorties sans passe-port sont les plus nombreuses. Et cependant par leur nombre, nos immigrants comme nos émigrants sont loin d'être sans importance pour la patrie ; et bien que, d'après leurs chillres respectifs, les entrées et les sorties semblent assez près de se compenser, il n'en est plus ainsi quand on compare la qualité, la distribution, de ceux qui nous viennent et de ceux qui nous quittent, et surtout l'immigration temporaire des premiers, et l'émigration définitive des seconds. En effet, ceux qui nous quittent pour s'établir ailleurs (les seuls que j'appelle émigrants) appartiennent à nos départements frontières qui, dans quelques locahtés, vont se dégarnissant ; en outre une part de plus en plus importante de ces émigrants appartient à la population agricole et leur départ aggrave le vide qui se fait dans nos campagnes. Au contraire, les immigrants sont presque exclusivement, ou des domestiques, ou des ouvriers de la grande industrie ou du commerce, venant dans nos grandes villes accroître une concentration funeste à la santé physique et morale. Enfin, considération plus grave encore, ceux qui sortent en vue de s'établir en pays étrangers vont presque tous au delà des mers et nous quittent définitivement. Pour la plupart eux et leur descendance sont à jamais perdus pour la patrie en pénurie de citoyens, tandis que la grande majorité de nos immigrants ne sont que des immigrants temporaires des pays limitrophes, un tout petit nombre se donne définitivement. Ainsi il s'en faut, malgré l'apparente équivalence des nombres, qu'il y ait pour nous compensation entre les sorties et les entrées. C'est donc un mouvement qui intéresse notre prospérité et qui, en conséquence, devrait être suivi, enregistré avec soin, non par des mesures policières ou fiscales propres seulement à dissimuler le mal et à nous tromper sur son importance et sur les mouvements; mais par un simple enregistrement comme en Angleterre ou en Amérique, auquel il faudrait intéresser l'émigrant.

-42. Immigration. Nous n'avons donc aucune comptabilité du mouvement annuel de nos immigrants ; c'est seulement par nos dénombrements quinquennaux que nous savons, et fort imparfaitement, le nombre des étrangers domiciliés sur le sol français. Le tableau suivant permettra de se faire une idée de leur nombi'e et de la part respective de chaque nationalité dans ce mouvement, et de son accroissement depuis 1851 jusqu'en 1866-

S l'on excepte le département de la Seine, la plupart des étrangers résident presque exclusivement dans les départements riverains de leur patrie.

45. Cependant quelques-uns de ces étrangers, vivant sur notre territoire, se fopt naturaliser. Au census de 1851, on rencontre 13 525 de ces Français par naturahsation (soit 35,55 par 1 000 immigrés); en 1861, il yen a 15 259 (soit 30,î par 1 000 immigrés) ; en 1866, il y en a 16 286 (soit 25,65 par 1 000 immigrés, 19,4 hommes et 6,3 femmes). En 1866, ces immigrés se décomposent en 12 301 hommes et 3 985 femmes, sans compter, je pense, les femmes étrangères de naissance, qui sont naturalisées par le fait même de leur mariage avec des Français; de ces dernières nous ne savons rien. Je regrette aussi qu'on ne nous ait pas renseigné sur la nationalité antérieure des naturalisés. On verra, par nos recherches postérieures sur la comptabilité des États-Unis (§ 57), que les 655 000 étrangers (en y comprenant les 19 541 dont la nationalité n'a pas été

POPULATION ÉTRANGÈRE RÉSIDANT EN FRANCE d' APRÈS LES DÉNOMBREMENTS

Belges

Italiens ....

Allemands . . .

Suisses

Espagnols . . .

Anglais

Hollandais . . .

Polonais ....

Américains. . .

Russes

Scandinaves. . .

Grecs

Turcs

Moldo-Valaques .

Divers

128 103 63 307 57 OEI 25 485 29 736 20 357 i) 9 338

Total

Inconnus sans doute étrangers

Français par naturalisation

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