‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.60Chapitre 1 sur 45 · DES · texte numérisé non relu

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MILITAIRE (Profession-Hygiène)*. VI. Habitations du soldat. En temps de paix, le soldat est généralement logé dans des habitations communes qui prennent le nom de casernes, lorsqu'elles ont un caractère permanent et que, du reste, elles constituent des édifices construits en matériaux durables. La question des casernes intéresse vivement l'hygiène militaire, et, en raison de son importance, a mérité d'être traitée dans un article spécial de ce Dictionnaire {voy. Caser.ne, 1''^ série, vol. XII), dont nous acceptons toutes les conclusions. Depuis le moment oià cet article a été imprimé, les prescriptions réglementaires relatives au casernement n'ayant point encore été modifiées, ses déductions restent tout entières. Toutefois, si on France la question n'a point encore fait de progrès, on jieut trouver dans la dernière circulaire du médecin en chef de l'armée américaine quelques faits intéressants qui méritent d'être signalés (Report on Barracks and Hospitals wilh description of Military Posts. — Circular n" 4, Washington, 1870). A l'inverse de ce qui existe en France, les casernes américaines s'élèvent en dehors des villes ; cette disposition est adoptée, du reste, dans beaucoup du garnisons de l'armée anglaise, et présente l'avantage de l'économie sur l'achat des terrains, joint à l'inappréciable bienfait d'éloigner des centres populeux les agglomérations de troupes, de les placer ainsi dans des conditions à la fois plus hygiéniques et souvent plus morales.

Quelques-urs des emplacements ont été choisis sur le bord des ri^'ières ou de la mer, sur un sol sec et sablonneux, ou desséché par un système de drainage bien entendu ; l'on peut ainsi fournir plus facilement aux hommes les énormes volumes d'eau que nécessitent les soins de propreté aussi bien que ceux de l'alimentation ; de plus, en plaçant les casernes au voisinage de grands cours d'eau, on les fait bénéficier du courant atmosphérique qui suit en général leur direction ; CCS avantages sont encore plus marqués lorsque la caserne est au bord de la mer. Au fort Vancouver, en particulier, les bâtiments destinés aux troupes 's'élèvent

^ Suite [vvj. la première partie au lome VII, 2» série).

ticr e:.c. 2" s. VIII. \

Z iiiiLi 1 Aiiib (inciENE).

dans une vaste prairie, baignée au sud par la Colombie, abritée des vents du nord par une vaste forêt; ils sont entourés de grands jardins, que les hommes cultivent avec satisfaction, car ils en retirent des légumes ou des fruits et améliorent ainsi leur ordinaire. Au poir^t de vue moral, ces travaux champêtres font encore une heureuse diversion à la monotonie de la vie militaire, et, tout en détournant les soldats des plaisirs dangereux qu'ils trouveraient à la ville, les maintiennent hors des habitations, en plein air, durant plusieurs heures de la journée.

Les bâtiments, constituant plutôt des baraques que des casernes, sont construits en matériaux légers, brique et bois la plupart du temps ; ils possèdent au plus deux étages ; dans les régions à haute température, comme les États du Sud, les baraques sont pourvues de larges verandahs ; dans quelques localités un peu insalubres, les bâtiments sont élevés au-dessus du sol et soutenus par des piliers ou arcades en brique.

La ration d'air attribuée aux soldats dans les casernements américains varie singulièrement, suivant les différents postes militaires ; d'après le docteur Billings, sur 146 postes la ventilation peut être regardée comme satisfaisante dans 39, insuffisante dans 61, et très-insuffisante dans 46. Les règlements américains allouent bien 225 pieds carrés par 6 hommes dans les garnisons situées au-dessus du 38^ parallèle, et 256 dans les postes plus méridionaux, mais ces prescriptions ne sont pas toujours suivies ; la hauteur des pièces, les dispositions plus ou moins heureuses de la ventilation font essentiellement varier la ration atmosphérique.

Le système de couchage constitue la pai'tie faible des casernements américains; en J870, il existait encore aux Etats-Unis quatre-vingt-treize casernes, soit plus de la moitié, où les lits de la troupe étaient disposés en hauteur sur trois rangs, comme les couchettes des navires ; les médecins américains ne laissent pas que de combattre ces dispositions que l'on abandonne peu à peu, mais trop lentement à leur gré. Des salles de toilette [ablution rooms) existent dans ces bâtiments, et, faute de salles de bains, les hommes trouvent, sous des hangars, d'immenses réservoirs pleins d'une eau fréquemment renouvelée, lorsque le voisinage de la mer et des rivières, ainsi que la saison, ne leur permettent pas l'usage des bains en pleine eau.

Outre les salles d'escrime, les gymnases et autres installations destinées à l'amélioration physique du soldat, existent toujours des locaux destinés à son amélioration morale et intellectuelle : des bibliothèques, des salles d'éeole, quelquefois même une imprimerie. Nous ne pouvons qu'ajpplaudir à ces tendances, dont nouâ aurons l'occasion de parler plus loin au sujet de l'hygiène morale du soldat, point que le médecin ne doit pas négliger, quoiqu'il ressorte plutôt du commandement que du service des membres du corps de santé.

Ceci nous amène naturellement à parler des autres modes d'habitations du soldat.

Même en temps de paix, les corps de troupes peuvent être cantonnés dans des camps permanents ou temporaires. L'article Camp, non moins important que l'arlicle Caserne, a été traité de la façon la plus complète^ dans ce même ouvrage, par MM. Michel Lévy et Boisseau (voy. Camp, vol. XII, l'*^ série) ; nous n'y reviendrons que pour indiquer les faits récents qui afférent à cette question.

Au lendemain de la guerre de 1870-1871, les événements pohtiques dont la France eut le douloureux spectacle engagèrent le gouverneraeut à maintenir autour de Paris une certaine agglomération de troupes, organisées en divisions et corps d'armée. L'effectif de cette armée s'élevait, au 1" janvier 1875, à 98,085 hommes, dont 4,750 officiers et 93,555 soldats (général Vinoy. — l/ar-

mée française en 1875, p. 140; Paris, 1875). Ils coiislituaient ce que l'on a nommé l'année de Versaille.-;, placée, au début, sous le commandement en chef du maréchal de iMac-Malion.

Il était matériellement impossible de loger exclusivement ces troupes dans les casernes de Paris ou de Versailles et dans les forts de l'enceinte ; quelques bâtiments militaires avaient été détruits pendant le siège par lus projectiles ennemis ou par les incendies qui signalèrent la chute de la Commune ; d'autres, plus ou moins intacts, durent être mis à la disposition de la Garde de Paris, dont l'effectif venait d'être doublé ; on fut donc obligé de répartir les soldats dans six camps principaux, disposés autour de Paris et situés à Satory, Villeneuve-1 Elang, Rocquencourt, Saint-Germain, Saint-Maiir et Meudon. A d'autres points de vue, le gouvernement n'était pas fâché de placer les hommes en dehors des influences des villes, et d'essayer sur une vaste échelle le système des baraquements appliqués à l'installation permanente des troupes.

Dans une étude fort remarquable, à laquelle nous faisons de nombreux emprunts (Étude sur les casernes et les camps permanents — Ann. cVhyg. publ. et de méd. légale, 2" série, 1873, t. XXXIX), M. Marvaud, a présenté l'histoirc hygiénique de ces camps, dont il a suivi l'établissement et apprécié les résultats. C'est donc d'après ses recherches que nous parlons en ce moment. Nous regrettons de n'avoir pas encoi'e de travaux semblables sur les camps provisoires élevés pendant la guerre à Saint-Omer, Conhe, Pas-des-Lanciers, aux Alpines, à Saint-Mcdard ([jrès Bordeaux), etc. Les circonstances tout exceptionnelles de leur formation expliquent en partie l'absence actuelle de documents ; ils seront vraisemblablement bientôt établis par les médecins qui y ont résiJé.

Ces différents camps, construits d'abord d'une façon toute provisoire pendant Pété de 1871, n'ont été délinitivemcnt terminés que vers les premitrs jours de 1872 ; ils sont depuis lors, occupés par les divisions qui alternent entre Paiis et l'extérieur. Les premières baraques avaient lai?sé de vives prises à la critique, aussi les dernières ont-:dles été très-soignées; la simple paroi de planches a été remplacée par une paroi double, ou bien a été garnie, à l'nitérieur de la baraque, d'une rangée de brii|ues formant une couche des plus isolantes. Les toits, primitivement en bois et carton bitumé, ont été recouverts de tuiles et munis d'un plafond. Au lit de camp des premiers jours on a substitué le lit à tréteaux ou châlit, que le hamac tend lui-même à remplacer; enfui d'importants travaux de drainage et de voirie ont été partout entrepris pour assainir les camps et faciliter les communications dans leur intérieur. Quelques mots sur chacun de ces camps suffiront pour donner une idée de leur installation.

Le camp de Satory, situé sur un plateau, à l'ouest de Versailles, par 1 79 mètres d'altitude, légèrement déclive vers le midi, oi"i se trouvent des étangs, est borné au nord et à l'est par des bois; sou sol est sablonneux, facilement perméable et se desséchant facilement, sauf à la partie déclive, où il est argileux et par conséquent humide dans les temps de pluie. Deux divisions y sont baraquées ; dans les premiers temps, lorsque les hommes couchaient encore sous la tente, les cas de fièvre intermittente ne furent pas rares parmi les troupes occupant la partie méridionale. Le camp de Villeneuve-l'Étang, situé dans les parcs de Saint-Cloud et de Villeneuve, par 85 mètres d'altitude, est dirigé de l'est à l'ouest, le front de bandière faisant face au nord. Son sol est argileux; lorsqu'il pleut, de larges flaques d'eau ne tardent pas à se former; aussi a-t-il été nécessaire d'empierrer fortement les routes et de creuser de larges rigoles pour assurer l'écoulement des eaux.

4 MILITAIRE (iiïgièmî).

En avant (lu front de bandière, au nord, le sol est découvert et se tenninc par une vaste plaine dominée par les collines de Montretout et de Garches ; partout ailleurs le terrain est boisé, mais de larges avenues permettent cependant une aération suffisante. Il est occupé par deux divisions d'infanterie, deux batteries d'artillerie et une compagnie du génie.

Le camp de Meudon, groupé autour du château de ce nom, sur la pente des collines qui bordent au sud-ouest le bassin de Paris, est renfermé dans les clôtures du parc, et présente une configuration plus accidentée que les précédents. Deux régiments d'infanterie sont campés sur l'esplanade, un autre est logé avec l'artillerie dans les communs du château, le génie et les chasseurs à pied sont baraqués sur une terrasse étagée en contre-bas de la façade qui regarde f'aris au nordest. Les campements, placés par 125 mètres d'altitude sur un terrain fortement déclive, seraient dans de bonnes conditions si le voisinage du vaste étang des Fonceaux, situé à 30 mètres du camp, et la présence d'un réservoir aux eaux boueuses, celui du Bel-Air, ne donnaient lieu à des émanations dont le danger se traduit par des fièvres intermittentes. Le quatrième régiment de la division est campé près du hameau de Fleury, dans une prairie artificielle ; cette prairie, connue sous le nom de Val-Fleury, est située au sud de la terrasse ; elle a la forme d'un entonnoir, au iond duquel se trouve un étang formé par l'écoulement des eaux de l'étang de Chalais, placé à l'extrémité sud de la vallée et dont le niveau dépasse de 12 mètres celui du fond de l'entonnoir. Les baraques sont disposées en étages sur les pentes du vallon, mais le sol argileux, constamment humide, y entretient une humidité permanente. Les installations laissent donc beaucoup à désirer.

Le camp de Saint-Germain s'élève sur un terrain de 950 mètres de long sur 800 de large à peu près, découpé dans la forêt de Saint-Germain et servant jusqu'à présent de terrain de manœuvre pour la garnison de cette ville. Il est entouré d'arbres de tous côtés; le sol, situé par 70 mètres d'altitude, est argileux, peu perméable, imbibé d'eau pendant les pluies qui y forment de larges mares durant presque tout l'hiver. Par contre, la ventilation y est excellente, les baraques sont disposées sur les quatre côtés du camp et laissent au centre un espace vide de 500 mètres sur 180, servant aux exercices de détail de l'infanterie. Au nord-est de l'emplacement du camp, existe un petit étang marécageux, dont le voisinage ne manque pas que d'être nuisible. Le camp est occupé par une division d'infanterie.

Le camp de Piocquencourt, situé sur la route de Versailles à Saint-Germain, affecte la forme d'un vaste parallélogramme dont le grand côté, à peu près nord et sud, longe la route de Versailles. Le sol, naturellement assez humide comme tous les terrains environnants, a été recouvert d'une épaisse couche de sable; les rues ont dû être empierrées et élevées au-dessus du sol. Le camp est occupé par une division de cavalerie et quelques détachements du train, du génie et de l'administration.

Le camp de Saint-Maur occupe, par 56 mètres d'altitude, un vaste plateau déboisé, au milieu du bois de Viucennes, où se trouvent également le Polygone, le champ de manœuvre, les redoutes de la Faisanderie et de Gravelle. Le terrain, légèrement incliné, est sablonneux, dans quelques endroits il est recouvert d'une couche de terre végétale ne dépassant pas 50 centimètres; l'écoulement des eaux y est très-facile. Les baraquements, destinés à loger une brigade d'infanterie, un bataillon de chasseurs et une compagnie d'infanterie, constituent trois groupes

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parallèles dirigés du nord-est au sud-ouest, espacés l'un de l'autre de 25 mètres environ.

Nous ne saurions entrer ici dans les détails relatils à l'installation de chacun des six camps, que le docteur Marvaud a étudiés avec une grande méthode, ni décrire les divers systèmes de baraques que l'on a successivement adoptés. En thèse générale, elles pèchent à deux points de vue principaux : l'absence d'un plancher, en sorte que l'homme n'a jamais sous les pieds que le sol plus ou moins battu, mais fortement humide et même boueux par les temps de pluie ou de neige , et l'insuffisance de la ventilation. Nulle disposition spéciale n'a été prise ù ce point de vue; le renouvellement de l'air se fait comme il peut, par les portes et les fenêtres dans le jour, par les fissures de la paroi pendant la nuit ; avec la tendance, louable du reste, que l'on a d'imperméabiliser celte paroi et d'en augmenter l'épaisseur, ces fissures disparaissent, au grand avantage de la température intérieure des baraques, au détriment de la ventilation. L'espace cubique alloué à chaque homme a été calculé par le docteur Marvaud, qui, même sans déduire l'espace occupé par les objets mobiliers et les effets d'équipement, fournit les données suivantes :

k\i ramp de Saint-Maur, chaque baraque destinée à 60 hommes, cuhe 840°'°,000 soit 14"',000 par homme.

— Meudon, — 60 — 476 ,6o0 — 7 ,944 —

— Rocquencourt, - 40 — SOS ,200 — 7 ,703 —

— Villeneuve-rÉlang, — 40 — 267 ,195 — 6 ,660 —

— Satory, — 60 — 350 ,000 — 5 ,850 —

— Sainl-Germain, — 60 — 214 ,000 — 3 ,57S —

Sauf à Saint-Maur, l'espace réservé à chaque homme est donc de beaucoup inférieur aux fixations réglementaires (12 mètres cubes), ce qui est infiniment regrettable.

Les systèmes de couchage varient suivant les camps ; dans quelques-uns, subsiste encore le lit de camp ; plus généralement on a élevé sur tréteaux un lit isolé pour chaque homme. Dans les deux cas, les trois quarts de l'espace intérieur de la baraque sont occupés par les lits ; les hommes sont forcés de s'y asseoir pour manger, pour lire, écrire ou raccommoder leur linge ; ils ont une tendance naturelle à s'y reposer au milieu de la journée et à perdre ainsi un temps qu'ils pourraient utiliser; enfin, dans la mauvaise saison, on est obligé de suspendre l'instruction faute de local. Pour parer à tous 'ces inconvénients, un ingénieur, M. Maurice, a proposé, et fait mettre eu expérience au camp de Meudon, un lilhamac, sorte de cadre à fond de toile, que l'on peut facilement rouler et rendre ainsi fort transportable (il ne pèse que 5 kilogrammes), et qui, suspendu pendant le jour au plafond de la baraque, repose la nuit par une de s.e& extrémités sur une tringle courant le long de la paroi, par l'autre sur une table mobile. Avec son système, que l'on a généralement trouvé excellent, la baraque se trouve entièrement dégagée pendant le jour et peut servir de salle de travail et de réfectoire.

Les latrines n'étaient primitivement constituées que [)ar des fosses creusées en arrière de la ligne des baraquements. Ce système, applicable aux campements temporaires, présentait de nombreux inconvénients, notamment par l'infiltration des matières animales dans le sol du camp et l'altération des eaux destinées à l'alimentation des soldats. Aussi n'a-t-on pas tardé à en reconnaître le danger et à le combattre en élevant des cabinets isolés pourvus de tinettes mobiles. Dans quelques camps, on expérimente un système de fosses mobiles connu sous le nom de système Goux; il consiste essentiellement en une tinette remplie d'une substance absorbante et désinfectante, composée de terreau, paille hachée et de char-

bon. Avant de garnir les tinettes de ce mélange, on y introduit une sorte de manchon tronco-conique, autour duquel on tasse la substance absorbante: on, retire eusuite le manchon, qui laisse à sa place un espace vide où les matières sont projetées. Les liquides sont rapidement absorbés ; en renouvelant les tinettes avant qu'elles soient remplies, on évite toute mauvaise odeur et vraisemblablement une bonne partie des émanations nuisibles.

Les infirmeries régimentaires, véritables petits hôpitaux d'attente, sont également installées sous baraque; nous y reviendrons en parlant des hôpitaiix militaires provisoires {voy. Hôpitaux militaires).

Pour apprécier l'état sanitaire des troupes cantonnées dans les camps permanents autour de Paris, il est nécessaire de remarquer tout d'abord que tous les hommes qui en faisaient partie venaient de subir pendant toute une année des fatigues, des privations de toute nature. Les uns, et c'étaient les plus heureux, avaient tenu la campagne pendant le rude hiver de 1870-1871 ; qu'ils vinssent de l'armée de la Loire, de celle du Nord ou de la Normandie, ou qu'ils eussent traversé les terribles moments de la campagne de l'Est, terminée par un internement en Suisse, les causes de détérioration organique ne leur avaient pas manqué. Les autres débris de nos anciens régiments, avaient passé, qui deux ou trois, qui six ou huit mois, dans les douleurs d'une captivité, sur les détails de laquelle nous n'avons ])as à entrer ici. Pour les remettre de ces fatigues, ils avaient dû fournir une courte, mais laborieuse campagne, en avril et mai 1871. Toutes les conditions semblaient donc réunies pour les rendre plus impressionnables que jamais aux influences morbigènes et favoi'iser le développement des affections, dont ils avaient pris le priiicipe pendant la campagne ou la captivité". Or, pendant la période qui s'écoule du 1'''' septembre 1871 au 51 août 1872, l'armée de Versailles présentait une proportion d'entrées aux hôpitaux de 242 sur 1,000 hommes d'effectif, tandis qu'en 1869 les troupes en garnison à Paris, Versailles, etc., au milieu delà période de paix, en avaient fourni 291 pour 1 ,000. Les chilfres analogues pour toute l'armée à l'intérieur avaient été, de 1862 à 1 868, de 313 pour 1 ,000 ; en 1868, de 336 ; en 1869, de 305. Ces résultats ne constituent pas encore un enseignement suffisant ; ils méritent cependant d'être retenus.

Du reste, parmi les soldats composant cette armée de Versailles, les uns ont séjourné dans les casernes de Paris et de Versailles, les autres dans les camps; les premiers ont offert la moyenne de 243 entrées aux hôpitaux sur 1,000, les seconds 242, chiffres identiques et prouvant que l'influence heureuse, accusée par la statistique générale, ne doit pas être exclusivement attribuée au système' du campement.

La valeur hygiénique des différents camps peut être appréciée en partie par e nombre des malades qu'ils ont fourni.

Au camp de Satory les entrées aux hôpitaux représentaient J98 pour 1000 de l'effectif,

— Villeneuve-l'Étang, -- — 237 —

— Meudon, — — 241 —

— Saint-Gerraain, 286 —

— Saint-Maur, — — 294 —

— Rocquencourt, — — 222 ~

L'expérience faite depuis près de deux ans autour de Paris est-elle concluante, et, comme le prétendent quelques persoimes, doit-on généraliser le système des campements permautnts pour les corps de troupe? La question est complexe^ et plusieurs éléments doivent entrer en ligne de compte.

MILITAIRE (hygiène). 7

Au point de vue hygiénique, il faut tout d'abord distinguer les campements, tels qu'on les comprend en ce moment, et le système des casernes b:n'aquées comme nous en voyons en Angleterre et aux États-Unis. Si dans l'installation des logements et leur aménagement intérieur, si dans la vie quotidienne des troupes on tient compte de toutes les données de l'hygiène, il est évident qu'il vaut infiniment mieux pour elles vivre loin de l'agglomération des villes, dans de vastes Dâtiments bien aérés, isolés les uns des autres. Ceci est incontestable ; mais maintenir la troupe dans des cantoimements à peine salubres, lui faire habiter des baraques étroites, et tiès-froides en hiver, sous le prétexte que le camp vaut mieux que la caserne, voilà où est l'erreur. D'un autre côté, des militaires trèsimpartiaux voient à ce campement longtemps prolongé d'autres désavantages ; l'instruction générale et spéciale des hommes ne peut être entreprise au camp que dans la belle saison ; mieux vaudrait donc ne les y envoyer qu'à cette époque, et pendant l'hiver les garder dans les villes, mais s'ingénier alors pour consacrer presque tout leur temps à une instruction de détail bien dirigée. Puis, il n'y a pas que des soldats dans l'armée, il y a les ofliciers et les sous-officiers ; croit-on que dans les camps permanents les premiers se perfectionneront beaucoup, les seconds élaboreront leur insiruclion générale et même l'instruction militaire théorique ? On peut leur donner des livres, organiser des bibliothèques ; mais les officiers, comme les soldats, seront pris de la nostalgie de la ville, de la civilisation; dans les camps autour de Paris, dès que l'on a une. après-midi de liberté, on vient la passer en ville, et le temps se perd sans profit.

Non, à chaque saison son emploi : à l'hiver, pour les officiers et les sous-officiers le travail théorique, la direction de celui des soldats, à ces derniers l'instrucl ion primaire et la préparation aux examens pour le grade de sous-officier; pendant la belle saison, au contraire, vidons les casernes, envoyons toute l'armée dans les camps et sur les terrains de manoeuvre, elle y appliquera ce que la théorie lui aura appris pendant l'hiver. De cette alternance de si^jour résultera pour tous une satisfaction réelle et le sentiment qu'on attend de grandes choses d'une armée ainsi conduite; la santé des hommes y gagnera aussi;, cette saison de vie 'eu plein air sera l'équivalent d'une véritable villégiature.

L'expérience des camps sous Paris n'est pas concluante. Au début on a eu moins de malades qu'en garnison, et encore cette différence n'est pas bien sensible pour la période 1871-1872 ; mais les camps étaient nouveaux, les baraques, le sol luimême n'étaient pas encore infectés. On verra peut-être dans quelque temps l'état sanitaire changer du tout au tout; déjà au commencement de 1873, l'on a pu constater de très-nombreux cas de fièvre typhoïde, assez graves en général, et très-répandus; l'infection des camps semble commencer*.

Corps de garde. Accidentellement, les militaires sont obligés de séjourner dans des locaux spéciaux, nommés corps de garde, destinés à abriter, pendant les heures de repos, les hommes préposés à la garde d'un point stratégique, ou en temps de paix, d'im édifice public, d'une prison, etc. Nous reviendrons plus loin sur le service de garde à propos du service en général, disons de suite que les corps de gar'de doivent être établis dans les conditions hygiéniques identiques à celles des chambres des casernes. Si les mêmes hommes n'y séjournent pas toujours, il n"y a jamais vacuité de l'édifice, puisque la garde descendante est tou-

' Depuis que ces lignes ont été écrites, la nouvelle organisation de l'armée en 18 corps a amené le départ de beaucoup de régiments, le licenciement de l'armée de Versailles et l'abandon de plusieurs camps.

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jours remplacée par une garde montante. C'est dire que l'air devra y être facilement renouvelé, et qu'on devra veiller à ce que la ventilation puisse y être constante, et non pas intermittente par l'ouverture des fenêtres et des portes. L'ameublement des corps de garde est des plus simples : un lit de camp pour les hommes, un râtelier d'armes, une planche pour les sacs en font tous les frais. Quelquefois, il y existe une table, généralement des bancs ; or ces deux objets sont indispensables, car dans Tiiitervalle des factions, il est bon que les hommes puissent manger proprement, lire et quelquefois même y recevoir quelques théories ; les vingt-quatre heures ne sont pas alors absolument perdues.

Au corps de garde, même en temps de paix, à plus forte raison en campagne, les soldats n'ont d'autre objet de couchage que la demi-couverture; à condition que le service ne se répète pas trop souvent, ceci est bon et a pour but d'endurcir l'homme en lui apprenant à se passer de confortable. Les corps de garde sont chauffés en hiver au moyen de poêles, et l'allocation de chauffage y dure deux mois déplus que dans les casernes. Généralement elle est plus que suffisante ; les hommes ont une tendance à pousser le feu outre mesure, ce qui ne laisse pas que d'avoir de grands inconvénients, en les faisant passer subitement par de brusques et fortes variations de température, la nuit surtout, lorsque leur tour arrive d'aller en l'action. Il est du devoir du chef de poste de veiller à ce service, et de bien persuader à ses hommes qu'il n'est pas nécessaire de brîiler toute la quantité de combustible allouée pour les vingt-quatre heures. Lorsque, ainsi que cela arrive généralement, le poêle est en fonte, on aura soin d'y superposer un bassin toujours rempli d'eau, afin de prévenir le dessèchement de l'air et les accidents qui peuvent en être la conséquence [voy. Chauffage).

L'éclairage se fait au moyen de chandelles, lampes à huile ou à pétrole, becs de gaz, suivant les localités.

En campagne ou au camp, le corps de garde est placé dans toutes sortes de bâtiments, quelquefois même il n'existe que virtuellement, les hommes étant obligés de bivouaquer. Les règles générales, présidant à l'hygiène du campement, devront être observées, en tant qu'elles sont com.patibles avec la nécessité du moment.

Salles de police. Les corps de garde renferment ou communiquent souvent à des prisons ou violons, à des salles de police. Ceci nous amène naturellement à parler des lieux de détention destinés aux militaires. Les cachots ou prisons seront établis d'après les principes étudiés spécialement à l'article Prisons (voy. ce mot). Il n'est donc point nécessaire d'en parler ici, car, qu'ils soient destinés à des militaires ou à des civils, ils doivent répondre aux mêmes indications. Les salles de police sont et ne doivent être autre chose que des locaux où les soldats punis pour des fautes peu graves sont momentanément consignés. C'est dire que l'on ne saurait, à aucun titre, se refuser à prendre dans leur aménagement toutes les conditions nécessaires à la santé des hommes.

Il n'en est malheureusement pas ainsi ; généralement situées au rez-de-chaussée, humides, mal éclairées, peu ou point ventilées, les salles de police voient leur insalubrité encore augmentée par la présence d'un baquet aux immondices, destiné aux besoins des détenus. Énoncer ces défauts, c'est indiquer le remède. L'adjudantmajor de semaine, sous ses ordres l'adjudant, auquel l'article 215 de l'ordonnance du 2 novembre 1833 sur le service intérieur confère la surveillance des salles de police et prisons, doit veiller à ce que ces locaux soient tenus dans Va. plus grande propreté, que les planches et lits de camp soient fréquemment

balayés et conipli'tonient sécliés lors dos lavages, que les murs soient blanchis à la chaux plusieurs fois par an. Ils veilleront à ce que l'on n'y renferme pas un nombre d'hommes supérieur à la capacité hygiénique du local, que, du reste, la salle de police soit absolument évacuée pendant plusieurs heures de la journée, pour permettre la ventilation en ouvrant largement portes et fenêtres; ils prescriront enfin que le baquet aux immondices soit nettoyé plusieurs fois par jour et désinfecté avec un mélange de charbon et de sulfate de fer.

Au génie militaire, chargé de la construction des casernes, il convient d'étabhr ces lieux de discipline dans des conditions meilleures, aux médecins des corps de troupes d'y faire de fréquentes visites pour s'assurer si toutes choses s'y passent suivant les lois de l'hygiène, et de ne pas hésiter à éveiller l'atlention du commandement sur les dangers d'un séjour aussi insalubre pour les hommes.

Ceux-ci emportent, en entrant à la salle de police, une demi-couverture, et y trouvent une paillasse sur le lit de camp. La paille doit en être renouvelée fréquemment et ne pas être convertie par un long usage en un véritable fumier, ce qui arrive encore bien souvent. La surveillance moi aie ne doit pas y être moins attentive que la surveillance matérielle. « Ces chambres de correction, disait déjà Biron en 1815, dont la nécessité est indispensable pour maintenir l'ordre dans l'intérieur des corps de troupes, ne sont pas tenues toujours comme elles devraient l'être; le soldat vit dans l'oisiveté et l'insouciance et, comme il y est envoyé pour les fautes les plus légères, il s'y accoutume à la paresse, à la malpropreté, et y prend le germe des vices honteux et des passions viles qui le conduisent souvent à des fautes plus graves, et quelquefois même à des crimes. »

C'est dans ce lieu même établi pour la conservation de la discipline, que s'exalte le plus souvent l'esprit d'indiscipline et de mécontentement. C'est là que se forment les projets de désertion et les moyens de les exécuter. Il importe donc de surveiller ces salles de détention sous le rapport moral, d'y mettre en vigueur des moyens suffisants de police et de salubrité, et d'obliger les militaires qui y sont enfermés, à se livrer à quelques occupations journalières de nature à les distraire et à calmer leur imagination exposée à s'exalter ; c'est un des objets les plus importants sur lesquels les officiers supérieurs doivent diriger leurs vues paternelles et leur active sollicitude.

Cantonnements. Les habitations du soldat en campagne varient, à chaque moment d'une existence essentiellement soumise à l'imprévu ; le plus généralement, cependant, il est possible de cantonner les troupes dans des villages ou des fermes, et à bien des points de vue, ce système paraît préférable à celui de les faire camper en rase campagne. Nous avons déjà développé cette idée en traitant de l'équipement du soldat en campagne {voy. t. YIII, 2^ série, p. 762). Dans ces conditions, les soldats sont répartis dans les diverses maisons, dans les granges, les greniers, les écuries ; ils ne peuvent évidemment y trouver les objets de couchage en quantité suffisante; mais il sera généralement possible de leur procurer de la paille; avec leur couverture ils se compléteront ainsi une installation toujours plus salubre que la tente-abri ou que le bivouac, car ils seront au moins à l'abri du vent et de la pluie. La saison et le climat joueront du reste un rôle considérable dans la détermination que prendra le commandement; en dernière analyse, il subordonnera tous les intérêts à celui qui les prime tous : le succès des opérations militaires.

Le système du cantonnement ne laisse pas que de présenter certains inconvénients au point de vue de la santé des troupes et de leur discipline.

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Echappant, aux regards de leurs officiers, les hoinmes ont une tendance a se laisser aller à des actes coupables envers les habitants, à négliger leurs devoirs mihtaires, à commettre ces nombreux délits qui sont presque impossibles lorsqu'on les garde sous la main ; enfin, il est fort (bfticile d'éviter l'encombrement, car l'autorité en est amenée à loger, dans chaque habitation, le minimum d'hommes qu'elle peut contenir. Si le cantonnement ne doit pas se prolonger, ceci a peu d'inconvénients; au contraire, si les mêmes troupes restent quelque temps sédentaires, ou si les mêmes locaux sont journellement occupes par des troupes de passage, comme lorsqu'une armée tout entière doit passer par les mêmes routes, il devient indispensable de s'assurer que les règles de police intérieure sont exécutées dans les cantonnements, aussi bien qu'elles le sont en temps ordinaire dans les casernes. C'est dire que les maisons et écuries doivent être nettoyées et aérées chaque jour, que les immondices ne s'y accumulent point, que les cours et les rues ne se transforment point en dépots de fumier. Sans ces précautions, l'on verra éclater, parmi les hommes cantonnés, des accidents morbides dus à l'oubli des règles de l'hygiène ; la fièvre typhoïde, en particulier, ne tarderait point à y sévir, ainsi qu'on l'a vue frapper les armées allemandes cantonnées dans les villages autour de Metz et autour de Paris. Dans ces conditions, les médecins devront signaler au commandement le danger qui menace, et ce dernier ne devra pas hésiter non plus à prendre les mesures nécessaires : faire évacuer et mettre en interdit des groupes d'habitatations, des villages entiers, les isoler au besoin par un cordon de quarantaines. Mieux vaudrait encore exposer les troupes aux dangers d'un campement improvisé, que de les maintenir dans des locaux où les germes morbides sont en pleine activité.

En résumé, le commandement, éclairé par l'avis des médecins, saura faire varier, suivant les localités et les circonstances de la guerre, le système du cantonnement avec celui du campement, faisant alterner les dilférenls corps de troupes de façon à maintenir le moins possible les mêmes hommes dans les mêmes emplacements. D'une façon générale, on peut dire que le cantonnement ne peut être appliqué qu'à des troupes bien disciplinées,. complètement dans la main de leurs chefs qui, plus encore que dans les camps, devront redoubler de vigilance pour arrêter les abus, et mieux encore pour les prévenir.

Les règles hygiéniques à observer dans les camps, celles qui président à leur installation sont étudiées à l'article Cxmp (voy. ce mot, 1"'^ série, t. XII). Nous n'avons donc point à y revenir.

Casernes défensives. Casemates. Les exigences du service de guerre dans les places fortes, les forts détachés, les forteresses nécessitent souvent l'abandon des casernes ordinaires, des camps, des baraques ou autres modes d'habitation, pour forcer les défenseurs de la place à loger dans les abris que l'on a ménagés dans l'inténeur même des travaux de fortification, et que l'on a rendus à peu près inaccessibles aux projectiles de l'assiégeant. En temps de paix même, il n'est pas rare que des fractions de corps soient logées dans ces mêmes abris. Dans ces constructions les nécessités de la défense priment à peu près toutes les indications hygiéniques ; cependant, il ne faut jamais les perdre absolument de vue, et plus ces réduits ont chance d'être insalubres, plus la science a le devoir d'intervenir pour en diminuer le danger.

L'étude spéciale de ces locaux connus sous les noms de casernes défensives, casematées, blockhaus, réduits des ouvrages à cornes, caponnières, casemates,

MILITAIRE (hygiène). 11

nous entraînerait dans des détails par trop techniques, en tous cas un peu longs, pour lesquels nous renvoyons aux traités spéciaux {voy. en particulier notre Traité d'hygiène militaire, Paris, 1874); nous nous bornerons à tracer ici rapidement les principaux points sur lesquels doivent porter les précautions, au titre de l'hygiène.

La plus grande difficulté hygiénique, dans les abris casemates, est naturellement d'y maintenir une ventilation suffisante, tout orifice pouvant permettre au besoin l'entrée des projectiles et dimiinier la sécurité non moins que la solidité de l'habitation ; en conséquence les fenêtres, même sur la face opposée à l'attaque, ne sont guère admissibles et sont remplacées par des meurtrières destinées à la mousqueterie. La ventilation qu'elles procurent est totalement insuffisante, il est prudent de disposer des cheminées d'appel pour enlrahier l'air au dehors ; à l'entrée de ces cheminées, qui doivent s'ouvrir largement, on établira un foyer avec grille ouverte ; dans les cas d'encombrement, ou lorsque les abris seront remplis de la fumée de la poudre, comme pendant un combat, il sera nécessaire d'y allumer un grand feu pour activer puissamment le courant ascensionnel. Ces dispositions ont été appliquées avec succès dans certaines constructions militaires, au fort de Bitche en paniculier, où trois étages de casemates se tronvent disposés audessous de la plate-forme du fort. Les cheminées d'appel ont fonctionné avec avantage pendant les péripélies d'un long siège (guerre 1870-1871) ; les quelques casemates pourvues de ces cheminées, avec foyer intérieur, ont toujours joui d'une salubrité parfaiie, aucun accident d'encombrement n'y a été signalé, et cependant elles étaient habitées par une garnison fort nombreuse; dans les casemates, au contraire, simplement aérées parles meurtrières, l'on pouvait constater, chez les habitants, des signes non équivoques d'un manque d'air suffisamment réparateur, et d'empoisonnement par les miasmes humains. Malgré le danger auquel on exposait les hommes, il devint indispensable de faire évacuer ces locaux pendant plusieurs heures de la journée.

Le second danger à combattre est constitué par l'humidité, due soit à l'absence de ventdation, soit au mode lui-même de construction : épaisseur considérable des murs l^.SO à 3 mètres quelquefois, superposition de masses de terre par-dessus la maçonnerie, etc.. Le constructeur devra donc enduire la surface intérieure d'une couche de ciment hydrofuge; en garnir également le sol ou le recouvrir d'asphalte, en lui maintenant une inclinaison suffisante pour l'écoulement des eaux, et donner issue à celles-ci par de petites conduites ouvertes à la partie la plus déclive. Lorsque les casemates seront habitées, on aura soin d'y maintenir la propreté la plus rigoureuse, les faisant balayer avec soin deux lois par jour, essuyer s'il y a lieu, avec un faubert ; les immondices devront être enlevées avec exactitude, et ne pas s'accumuler dans les recoins obscurs où l'on n'a que trop de tendance à les refouler. 11 serait utile, dans certains cas, de répandre sur le sol une poudre antiseptique, composée de sciure de bois et d'une faible proportion d'acide phénique. On détruirait ainsi une bonne partie des matières organiques.

Le chauffage des casemates peut s'opérer soit au moyen de poêles, an bois ou au charbon, soit au moyen de larges cheminées ouvertes qui servent également à la ventilation ; ce dernier système est de beaucoup le meilleur lorsqu'il peut être appliqué ; malheureusement, dans les cas de siège, le combustible manque souvent, ou du moins on le ménage pour le conserver en vue de la cuisson des aliments.

Un des services les plus importants, au point de vue de l'hygiène, est

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celui des latrines; dans la plupart des fortifications, il n'en a pas été tenu compte; aussi l'on en est réduit à faire usage des baquets, source puissante de méphitisnie, aussi détestables au point de vue de l'hygiène, qu'à celui de la décence; si l'on n'eu veut faire usage, les hommes doivent, pour satisfaire leurs besoins, gagner l'extérieur et s'exposer ainsi au danger. Dans le fort de Bitche, les choses se passaient ainsi ; plusieurs de nos hommes ont été tués en allant dans les fossés satisfaire leurs besoins naturels. Un officier prussien, Von Cohausen n'a pus craint de consacrer de longs travaux à cette importante question ; dans un mémoire intitulé : Die Kriegs-latrinen in Archiv, fur die Officiere der K. Preiiss. Artillerie und Ingenieure Corps, 1870, il a proposé un système de latrines à l'abri de la bombe pour les casernes casematées ou autres réduits ; il ne s'agit pas seulement de mettre les hommes à l'abri du danger, mais aussi d'empêcher les gros projectiles de venir crever les fosses d'aisance, et déterminer ainsi des infiltrations de liquide, aussi compromettantes pour la santé des hommes que pour la solidité des bâtiments.

L'éclairage des casemates est toujours insuffisant pour la même raison que la ventilation ; aussi, est-il nécessaire d'y entretenir presque constamment des lanternes ou autres sources de lumière artificielle qui deviennent une nouvelle cause de violation de l'atmosphère ambiante; en un mot, toutes les conditions d'insalubrité semblent s'y donner rendez-vous ; il importe donc de les combattre avec plus de métliodç que jamais, si l'on ne veut voir la garnison s'affaiblir par les maladies, tout au moins perdre bientôt cette vigoureuse santé, indispensable aux défenseurs d'une place assiégée ; c'est affaire au commandement et aux médecins de ne négliger aucun détail, fùt-il en apparence le plus superficiel. Ils n'oublieront, ni les uns ni les autres, qu'en agissant ainsi, ils contribuent à la défense d'une façon pi'esque aussi directe qu'en assurant le service des remparts ou celui des approvisionnements.

VII. Entretie?) pe la santé. Modificateurs physiques. A. Soins de propreté. La propreté personnelle est indispensable à la sauté de l'homme qui vit isolé ; elle l'est encore bien davantage pour ceux qui partagent les mêmes habitations avec un grand nombre de leurs semblables. Faire comprendre ces exigences au soldat par la voie du raisonnement, est sans doute une excellente mesure, malheureusement cela ne suffit point; il faut encore exiger de lui la plus scrupuleuse propreté personnelle comme on exige celle de ses armes et de ses vêtements. Les simples soldats, malgré l'adoption du service obligatoire, appartiendront surtout aux classes de la société, dont l'éducation moins complète, ne leur a pas appris la nécessité des soins corporels, et qui, soumises aux travaux manuels, ne peuvent non plus se donner toujours le luxe d'une propreté méticuleuse.

Le soldat doit être rigoureusement tenu pi'opre, et l'on y arrivera, si le commandement l'exige, et en facilite les moyens. Jusqu'à présent, il n'en a point été ainsi ; au point de vue militaire, un soldat est dit propre lorsque ses habits et ses armes sont bien entretenus, mais ces dehors brillants cachent souvent une déplorable négligence ; sauf pendant les jours caniculaires, le soldat ne prend jamais de bains officiels ; il se lave la figure et les mains, mais n'a aucun ustensile de toilette, ni de serviette pour s'essuyer, eu sorte qu'il doit faire ses ablutions à la pompe de la cour de la caserne, et remonter en courant dans la chambrée pour s'essuyer à ses draps. La sollicitude des chefs de corps ne peut modifier cet état de choses qui est imposé par l'absence de tout règlement spécial, de toute installation; si même un homme plus délicat voulait, à ses frais, posséder une

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cu\ette et des serviettes, il n'aurait pas de place pour les loger, et ne tarderait pas à se les voir enlever, peut-être encourrait-il une punition pour désordre dans ses effets.

Les choses étant ainsi, et personne ne peut le contester, on doit avouer qu'il y là une véritable révolution à accomplir. La question est du reste pendanle ; car plusieurs médecins et officiers l'ont déjà signalée. On a proposé d'installer, dans les cours des casernes, de vastes hangars sous lesquels seraient disposés des lavabos recevant l'eau d'un tuyau courant le long du mur d'appui, et percé d'autant de robinets qu'il existe de récipients. Une planche, disposée à quelques décimètres au-dessus du tuyau, permettrait aux. hommes de déposer leurs effets pendant la toilette ; les serviettes seraient fournies par les lits militaires au nombre de une par homme et par semaine. La fréquentation des lavabos étant obligatoire, cbaque compagnie s'y rendrait successivement sous la conduite de ses sousofticiers. Étant donné que chaque homme dût y passer cinq minutes au minimum, on calculerait le nombre des robinets de telle façon que toute la troupe s'y succéda en une demi-heure, c'est-à-dire à raison de un robinet pour six hommes d'effectif {Des lavabos pour les troupes dans les casernes; Bulletin Réunion des officiers, 1872, p. 891). Si, du reste, ladisposition de la caserne le permet, les lavabos pourraient exister dans les corridors même, ce qui aurait l'avantage de ne pas exposer les hommes aux refroidissements, surtout en hiver; plus ils auront l'eau à leur portée, plus ils seront tentés de venir se laver plusieurs fois dans la journée, après les exercices, par exemple, après les repas ou l'astiquage des armes et de la sellerie.

Bains. Ceci rentre du reste dans le domaine de l'appUcation ; on tranchera les difficultés le jour oii on le voudra réellement. Mais ce n'est pas encore suffisant; il faut que les soldats prennent, de temps à autre, de grands bains de propreté, et que, plus souvent encore, ils puissent se laver les pieds à l'eau chaude et au savon. L'absence de chaussettes, l'obligation de se graisser les pieds pendant la marche, rendent ces soins plus indispensables encore chez les soldats que chez tous les autres hommes. Ici l'on se heurte encore contre les difficultés d'installation, d'insuffisance des locaux, de dépenses à imputer à la masse d'entretien déjà si fortement chargée. A l'article Case[!KE, il en a déjà été fait mention [voy. ce mot, !''« série, t. XII); au paragraphe traitant de l'alimentation, nous avons dit, incidemment, qu'eu adoptant dans les cuisines de vastes appareils à foyer intérieur, on pourrait, d'une part, réaliser des économies sur le combus tible, de l'autre, échauffer une quantité d'eau suffisante pour permettre de donner un bain, tous les mois, au moins à chaque homme de troupe. Dans quelques régiments, des essais de ce genre ont été tentés; au 13'^ bataillon de chasseurs, le docteur Riolacci {voy. in Recueil, Mém. me'd. mil., 5" série, t. XVUI, 1867, p. 108 ; Nouveau système de bains appliqué au 15^ bataillon de chasseurs) est arrivé à donner, à chaque homme du bataillon, un bain tous les quinze ou vingt jours. Chaque baigneur, accroupi dans un bassin circulaire, plongeait dans l'eau jusqu'au-dessous de la ceinture. Tous les bassins étaient placés dan5 une même pièce chauffée l'hiver ; chaque individu y restait vingt minutes, après quoi on renouvelait l'eau; le nombre des bassins étant de six, en deux heures on baiguait 56 hommes. Le prix de chaque bain ne s'élevait pas à plus de 2 centimes pour frais de chauffage.

Ces tentatives font honneur à leurs préconisateurs, mais elles ne sont point encore partout applicables; ce qu'il faut, c'est la réglementation des bains

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pour les troupes, la créatioa de salles de boins avec baignoires dans chnquc caserne, et l'obligation pour les compagnies d'y envoyer les hommes sous la conduite des sous-officiers, suivant un tour réglé par le commandement. (]ettc mesure, que nous en sommes encore à réclamer pour nos soldats, existe déjà dans plusieurs casernes élrangères. A la caserne du régiment de fusiliers, n" 108 (Prince Georges), à Dresde, on a ménagé dans les sous-sols un vaste local, comprenant une chambre de bains à deux baignoires pour officiers, avec salle pour se déshabiller, une salle de bains à douze baignoires pour soldats, et autant d'installations pour douches ascendantes et descendantes, en sorte que 24 hommes peuvent se nettoyer à la fois ; à la caserne du 1" régiment de uhlans de la garde, à Potsdam, on peut donner des douches à huit hommes à la fois, soit à tout un escadron en deux heures, car on ne reste que peu de minutes sous la douche. Le système des douches a été essayé en France dans le 33" d'jnfanterie, sous la direction du docteur Duiial, à Marseille [voy Dunal. Notice sur les aspersions froides employées dans le 33'' d'infanterie. Recueil, Mém. méd., mil, t. V, 1861, p. 380); avec un matériel dont le prix de revient ne dépassait pas 200 francs, on parvenait à donner des douches à 350 hommes en quatre heures. En Hollande, pays de la propreté par excellence, nous retrouvons des aménagements analogues ; à la caserne de Krampen, existe une salle de bains à vingt-huit baignoires, où chaque homme est conduit une fois la semaine et séjourne dans l'eau pendant une demi-heure; le dimanche est réservé aux sous-officiers ; chaque bain revient à un centime environ ; la dépense totale varie entre 2,500 et 3,000 florins (5,108 à 6,250 fr.) par an.

L'armée française ne saurait rester plus longtemps en arrière; il importeque l'on se hâte d'organiser des salles et des appareils de bains dans les casernes déjà existantes, de prévoir ce service dans la construction des nouvelles.

En été, avons-nous déjà dit plus haut, la troupe est conduite aux bains froids. Cette mesure rentre plutôt dans la catégorie des exercices militaires, car la natation y devient l'objet d'un enseignement véritable, plus appliqué cependant en théorie que dans la pratique. L'ordonnance du 2 novembre 1853 (art. 60) et les circulaires des A juin 1835 et 25 mai 1859 désignent le médecin-major du régiment comme seul appréciateur de Tusage des bains froids pour les hommes de son corps ; il doit du reste les accompagner ou les faire accompagner par un de ses aides ; l'école de natation doit être pourvue de couvertures de laine, de brosses à frictions et des principaux appareils pour rappeler la vie chez ies asphyxiés (instruction du 18 mai 1852); à cet effet, une boîte de secours fait partie de l'arsenal réglementaire de chaque régiment; enfin le conseil de santé des armées, dans une note du 13 avril 1844, a résumé les principaux soins à donner aux noyés ou autres asphyxiés.

Bans nos climats, les bains froids ne peuvent être donnés que pendant les mois d'été et les premiers mois d'automne, soit en moyenne de juin à octobre; les conditions de climat^ de région, de température accidentelle font naturellement varier ces périodes. Les bains mihtaires doivent être pris en présence d'un officier, assisté d'un nombreux personnel de sous-officiers, de maîtres-nai-eurs prêts à porter secours aux imprudents ou à ceux qu'un danger menace ; les bains devront être surveillés avec les précautions indiquées par les lois de l'hygiène, ils ont fait l'objet d'un travail spécial [voy. Bains, t. VI, 1''^ série), nous n'avons donc pas lieu d'y insister ici. Les corps de troupes cantonnés dans les localités situées aux bords de la mer trouveront dans les bains d'eau de mer un puissant moyen

MILITAIRE (hygiène). 15

de stimulalion pour la santé des hommes. Les bains de mer (voy. Bains de mer, t. VI, l'*^ s6rie) seraient avec avantage vulgarisés dans l'armée, tant au point de \ue hygiénique qu'au point de vue thérapeutique. Plusieurs circulaires ministérielles autorisent l'évacuation, sur les hôpitaux de Nice, Marseille, la Rochelle ei Calais, des hommes dont l'état de santé réclame l'emploi des bains de mer; mais ce n'est point suffisant, car ces mêmes hommes vivent à l'hôpital et ne séjournent au bord de la mer, au milieu des effluves marines, que pendant l'heure des bains; or, il paraît incontestable que le séjour prolongé sur la grève, au soleil, a au moins autant d'action que le bain lui-même. 11 serait très-facile à l'administration de la guerre d'établir, sur l'un des points du littoral, ou même sur plusieurs, de petits camps baraqués destinés à recevoir les hommes d'une certaine zone territoriale, que l'on dirigerait sur les bains de mer sans les hospitaliser pour cela. On pourrait même, pour que le temps ne soit pas absolument perdu, utiliser ce séjour au bord de la mer pour perfectionner les hommes au tir à grandes distances, chose que l'on peut rarement obtenir dans les polygones trop peu vastes pour les armes nouvelles. Les enfants de troupes, en particulier, devraient y être envoyés presque en masse, car, à bien peu d'exceptions près, ils sont en général malingres et suspects de scrofulisme.

La natation est un exercice militaire au même titre que la gymnastique ; il est important que le soldat y soit exercé : dans quelques cas elle pourra devenir utile à l'homme de guerre en campagne, en outre elle lui permettra de sauver parfois la vie à l'un de ses semblables. Les peuples de l'antiquité, les Grecs, les Romains en particulier, ne laissaient pas que d'y attacher une grande importance et faisaient, entente saison, fi'anchir des rivières aux jeunes gens, après les exercices violents des cham[is de Mars. La natation est réglementée dans l'armée française suivant les vues du commandant d'Argy (instruction du 27 mni 1851). M. d'Argy part de ce principe que l'organisaiion de l'homme ne le rend pas spontanément propre à exécuter les mouvements simultanés des jambes et des bras, nécessaires pour la natation; suivant cet officier, il y a avantage à exercer l'homme eu dehors de l'eau. A cet effet, avant d'être admis à l'école dans l'eau, les mihtaires sont soumis, pendant quelques séances, aux exercices préparatoires sur un chevalet à sangles. Lorsqu'ds ont acquis une habitude suiïisante à sec, ils passent à l'école dans l'eau, où ils sont dirigés par des moniteurs et des auxiliaires choisis à l'avance. La plupart d'entre eux sont également moniteurs de gymnastique et ont passé par l'école de Joinville, oii ils ont acquis leur brevet. En tant qu'exer^ cice, la natation ne saurait être assez recommandée par les chefs de corps et les médecins, car elle rend le bain beaucoup plus profitable pour la santé, en multi^ pliant les mouvements, et augmente ainsi la réaction de l'organisme contre le froid. Une circulaire du maréchal Niel a prescrit, en 1868, aux corps de cavalerie d'exercer les hommes à franchir les rivières avec leurs chevaux, à exercer, par conséquent, les animaux à la nage, d'abord sans cavalier, puis enfin montés. Ceci rentre absolument dans les exercices militaires proprement dits ; il est à désirer que cette instruction, trop négligée, soit reprise et poussée à fond, alors surtout que le rôle des cavaliers, comme éclaireurs, teild à prendre de plus en plus d'importance et doit les amener à pouvoir franchir les obstacles, quels qu'ils soient.

Hygiène des cheveux et de la barbe. A côté des soins généraux de propreté, il ne faut point non plus que le soldat néglige certains soins spéciaux d'une importance réelle. C'est avec raison que les règlements prescrivent de porter les cheveux

16 iilLITÂIKE (hygiène).

ras, de deux ceiilimètres au plus de longueur; une brosse et un peigne, de l'eau claire suffisent à maintenir la tête dans un parfait état de propreté. Jadis il n'en était pas ainsi; avant la Révolution, l'usage général delà poudre avait amené les soldats à faire usage d'un affreux cosmétique composé de suif et de farine ; on en conçoit sans peine les inconvénients pour le cuir chevelu aussi bien que pour les vêtements. Sous la Révolution et pendant les premières années de l'empire, la farine disparut, mais les perruques, les queues et les cadenettes, si glorieusement portées par nos belles armées du Rhin et d'Italie, ne laissaient pas que d'être une source de malpropreté, de vermine, d'accidents cutanés de toute nature. 11 ne fallut rien moins que l'autorité, le prestige et l'exemple j)ersonnel de l'empereur, pour faire tomber ces appendices que les vieux grognards n'abandonnèrent qu'à regret. Il y aurait même une histoire curieuse à faire sur cette révolution intérieure à laquelle beaucoup de corps de troupes firent une résistance acharnée. Victoire est restée à la loi et à l'hygiène; ne nous en plaignons pas. Le port de la barbe fut aussi l'objet de nombreuses décisions, aujourd'hui presque oubliées, en ce sens que la moustache et la mouche, ou la moustache et la barbe au menton, connue sous le nom de barbiche, attribuées jadis comme faveur distinctive a certaines armes spéciales, sont entrées dans le domaine public de l'armée. Une seule prescription reste debout : elle interdit le port delà barbe entière à toute l'armée; au point de vue de la propreté, cette mesure semble, au premier abord, excellente ; elle est contestable cependant, en raison de l'obligation des rasages fréquents. Cette opération, pratiquée par le perruquier de la compagnie ou de l'escadron, n'est pas sans danger ; la promiscuité du rasoir entraîne la contagion des affections dermiques parasitaires, des différentes dartres, pityriasis, eczéma, lichen et autres qui pullulent dans les casernes et nécessitent en somme de nombreuses journées de traitement. D'un autre côté, on ne saurait exiger que chaque homme se rase luimême; en campagne, il est de tradition (|ue les soldats sont laissés libres de porter toute leur barbe. On pourrait donc, sans nuire à la discipline, comme le craignent quelques lanatiques du règlement, autoriser le port de la barbe entière, à condition qu'elle soit très-courte et lavée tous les jours ; si certains individus manquent à celte ordonnance, on les punit sévèrement pour l'exemple, et l'habitude est bientôt prise. Enfin ce serait une petite économie de temps et même d'argent, puisque les allocations, minimes, il est vrai, du perruquier, sont prélevées sur l'ordinaire. Les règlements doivent être faits dans l'intérêt des hommes et du service en général, et non pas dans celui de la mode; pénétronsnous de ce principe.

La propreté de la bouche et des dents doit être surveillée avec attention par les officiers et les médecins ; le règlement alloue une brosse à dents à chaque soldat; il faut qu'il s'en serve et qu'elle figure dans son équipement autrement que pour les revues; les stomatites sont fréquentes dans l'armée, elles puisent souvent leur origine première dans l'absence de ces soins quotidiens, sans lesquels le tartre s'accumule sur l'émail des dents et ne tarde point à irriter la gencive, à déterminer la chute de la dent elle-même. C'est un des points sur lesquels doit porter l'investigation du médecin, lors des visites corporelles.

Visites corporelles faites par les médecins. Les visites corporelles, instituées primitivement pour combattre les progrès de la syphilis et de la gale dans les corps de troupes, doivent réglementairement être subies, à des intervalles peu éloio-ncs, par toute la troupe, y compris les sous-officiers, qui souvent laissent à désirer autant que les soldats; elles sont également subies par tout homme qui part en

permission ou en revient, le médecin étant tenu de viser la permission pour attester que le titulaire n'est atteint d'aucune affection contagieuse. Elles doivent être absolues et ne pas se trouver bornées aux. parties génitales et aux mains ou aux avant-bras, sans quoi l'on a de grandes chances de voir échapper un grand nombre d'hommes, atteints cependant d'accidents cutanés localisés sur la poitrine, aux mains ou aux jambes; enfin elles permettent au médecin de se rendre compte de la propreté générale et de réclamer, s'il y a lieu, auprès du commandement, pour que les hommes soient plus sérieusement surveillés.

Les parties génitales, sur lesquelles son inspection sera particulièrement minutieuse, doivent être maintenues dans un état de propreté rigoureuse, trop ignorée de beaucoup de jeunes gens, plus souvent par ignorance que par mauvaise volonté. Ces sentiments, quelque honorables qu'ils soient, doivent être combattus par le raisonnement, et, s'il le faut, avec une paternelle fermeté; quant aux hommes chez lesquels la malpropreté ne tient qu'à la négligence, ou a le droit d'exiger d'eux la soumission la plus absolue.

Les chefs de corps ne se montrent pas en général hostiles à ces visites générales, quoiqu'elles viennent prendre un certain temps et troubler l'ordre du service journalier; il vaudrait mieux les y voir figurer comme tous les exercices : il en est ainsi dans la marine française, et l'on s'en trouve bien. Il importe aussi que les médecins militaires les passent très-sérieusement, ce qui n'a pas toujours lieu malheureusement. Ces officiers possèdent, dans les corps de troupes, une autorité morale considérable, s'ils le veulent, ils doivent la faire tourner au profit de l'hygiène et ne point se lasser de demander des améliorations, a fortiori, de remplir les obligations que le règlement leur impose.

B. De l'exercice et des exercices ynilitaires. Nous n'avons point la prétention d'étudier ici l'exercice comme modificateur physique et d'apprécier son influence sur le développement physiologique de l'individu, nous renvoyons pour ce fait à l'article spécial {voy. Exercice) de ce Dictionnaire, nous ne l'envisageici qu'au point de vue exclusivement militaire.

Exercices militaires. Les Romains, nos maîtres en art militaire, avaient adopté un principe que l'on ne saurait trop conserver : La guerre doit être une méditation, la paix un exercice. C'est résumer en quelques mots ce que doit être pour l'armée la période de paix : un temps de préparation continuelle, une mise en étude des faits dont la nécessité est démontrée par la guerre, un prélude à de nouvelles campagnes. Si l'on n'adopte point cette idée et qu'on ne l'applique pas à chaque heure, à chaque minute de la vie militaire, les armées permanentes sont une erreur : elles dévorent inutilement au budget de la nation des sopimes considérables, elles tiennent, sans raison, éloignée de leurs familles et de leurs travaux la partie la plus virile de la population.

Les exercices militaires sont donc, avant toutes choses, la préparation des exercices plus violents que nécessitera la guerre; bien entendu ils sont encore un puissant moyen de maintenir la santé, de la fortifier, d'endurcir le soldat et d'éloigner de lui les sources morbifiques, car un corps endurci aux exercices corporels est infiniment moins susceptible d'être affecté par les maladies. Déjà, du temps de Grecs, la gymnastique était en usage pour préparer la jeunesse aux fatigues de la guerre et pour l'endurcir aux combats (Homère, Iliade, livre I, cil. v) ; si nous passons sans transition au plus grand tacticien, au premier général de l'antiquité, à César, ne voyons-nous pas ce chef illustre apprécier si bien la nécessité de l'exercice des armes et des travaux militaires, qu'il exerçait

tiicT Eisr. 2' s. Vlli 2

18 MILITAIRE (hygiène).

lui-même ses troupes, noii-seulemeiit dans leurs quartiers, mais encore dans le camp et en présence de l'ennemi. Hirtius rapporte que César, étant dans son camp retranché de Ruspine, avec l'ennemi sur les bras, ne laissait pas que d'exercer une partie de son armée pendant que l'autre travaillait aux retranchements (Polybe, liv. I, cli. xv). Les Romains, du reste, ne connurent et n'ap[)liquèrent réellement bien qu'un seul art, celui des combats; enflammés par l'enthousiasme guerrier et l'amour de la gloire, ils étaient tous soldats par leurs goûts et leur éducation ; Rome entière n'offrait qu'un camp d'exercice, où tout respirait la guerre et où les jeux même des gladiateurs formaient de véritables combats. Us s'exerçaient sans relâche dans le champ de Mars, à découvert quand le temps le permettait, à couvert quand il tombait de la pluie ou de la neige. Aussi Rome pouvait-elle fournir des légions prêtes à marcher à l'ennemi dès le lendemain de leur mobilisation ; enfin les Romains, outre leurs exercices militaires, prenaient la guerre pour base de leurs mœurs, de leurs usages, de leurs fêtes, de leurs jeux et de leurs institutions politiques et religieuses ; voilà ce qui explique la supériorité de leurs armes pendant des siècles, et leur chute lorsque les mœurs s'amollirent au contact des civilisations de la Grèce et de l'Orient. — N'oublions point ces leçons, et sans faire ici d'inopportunes récriminations, demeurons convaincus que nos soldats seraient aussi solides que ceux de César s'ils étaient exercé*, occupes et conduits de la même manière.

Dans l'histoire moderne même, ne '.rouvons-nous pas de semblables exemples J souvenons-nous des troupes réunies par Napoléon au camp de Boulogne en vue de la descente en Angleterre ; quinze mois d'exercices et de travaux continuels suffirent pour former des hommes en état de supporter les plus violentes fatigues et constituer une armée invincible qui, en une seule campagne, dicta des lois au reste de l'Europe. Tel avait été encore le système de Frédéric P'. Ne pouvant se donner la supériorité sur ses nombreux et redoutables ennemis, ni par la quantité, ni par la qualité de ses troupes en partie composées d'étrangers, il résolut du moins de les surpasser par l'habileté et la célérité de ses manœuvres ; il réunit ses soldats dans des camps d'exercice, les fit manœuvrer avec beaucoup de soin et parvint de cette manière à former des armées lestes et manœuvrières avec lesquelles il ne craignit pas de hasarder, sur les flancs de ses ennemis, ces mouvements hardis qui balancèrent si souvent les avantages du nombre et lui procurèrent plusieurs fois la victoire.

En tant que modificateur, l'exercice favorise et augmente l'action des organes du mouvement; le repos les affaiblit, et par sa continuité jette l'organisme dans l'inertie. Tous deux sont cependant nécessaires pour l'entretien de la santé; elle ne saurait se soutenir que par la régularité et par l'harmonie dans l'exécution des fonctions du système organique.

Lorsqu'on veut tirer de l'exercice tous les avantages qu'on peut en attendre pour la santé, il faut l'approprier aux forces de l'individu ; or, un soldat, nouvellement arrivé sous les drapeaux, surtout celui dont la constitution n'est pas forte, ou celui qui est peu habitué aux fatigues corporelles, doit être initié peu à peu aux travaux militaires : il a besoin d'être ménagé dans les exercices. Cette même mesure doit être strictement prise pour les militaires sortant de maladie. Lorsque l'individu ne fait qu'entrer au service militaire, il ne faut pas vouloir trop presser son instruction ; ses exercices doivent être modérés, et il importe de lui bien faire comprendre que l'exercice contribue à améliorer sa santéj à le rendre plus robuste et à le rendre digne de l'honneur qui lui est fait de servir sa patrie.

MILITAIRE {hygiène). 19

L'homme est gouverné par riiifluence de l'habitude; il est certain que le passage d'un genre de vie à un autre lui est (juelquefois pénible et nuit souvent à sa santé ; nous le constatons tous les jours dans l'armée en voyant la morbidité et la léthalité peser plus lourdement sur les premières années de service que sur les suivantes; il est donc important que les chefs usent toujours de précaution, même avec les jeunes gens fournis par les professions les plus rudes, comme celle des paysans, à plus forte raison avec les ouvriers des villes, avec ces représentants des classes industrielles chez lesquels le développement du corps est loin d'être aussi avancé que chez les habitants de la campagne.

Les exercices militaires n'ont pas seulement pour but de développer le physique du soldat et de le perfectionner dans le maniment des armes, ils influencent encore son moral ; de là cet axiome bien connu « occupez le soldat, vous le rendrez sage ; « il est certain que la discipline étant indispensable dans l'armée, l'un des moyens principaux de l'obtenir consiste à faire fuir aux soldats l'oisiveté, et même à fatiguer leurs corps par des exercices non point immodérés, mais cependant suffisants. Tous les chefs militaires seront de cet avis et reconnaîtront l'influence heureuse de l'exercice sur le moral du soldat, mais si l'on dépasse le but, si l'on s'éternise dans les mêmes manœuvres, l'homme perd bientôt tout feu sacré, devient indifférent, ne fait plus son devoir que par routine et au lieu de l'assouplir, on tend à l'abrutir. C'est dire qu'd faut mtroduire dans son service une variété indispensable à sa bonne exécution, faire alterner le m:iniement d'armes avec la gymnastique, les exercices sur le terrain avec ceux de la chambre, la théorie militaire avec l'instruction générale.

Distribution du temps. Un mot encore avant d'entrer plus avant dans les détails : combien peut-on exiger d'heures de travail pour le soldat? quelle proportion doit-on lui laisser entre le repos et l'activité? A ce point de vue, nous partageovis absolument les visées d'un éminent écrivain militaire, le colouel Lewal {voij. la Réforme de V Armée, Paris, 1871), et convenons avec lui que l'on doit exiger des soldats une somme de travail égale à celle que fournit un ouvrier travaillant pour gagner sa vie, sans tomber dans l'excès bien entendu ; le service mUitaire ne doit pas être un temps de paresse, mais un temps d'étude, une période d'activité ; il importe que le soldat ne prenne point goût à la vie désœuvrée; il faut qu'en renirant dans la vie civile il retourne avec plaisir au labeur quotidien, y trouve presque un adoucissement, qu'il rentre au village ou à l atelier amélioré, rompu à la faligue et satisfait de son sort. Jadis on désirait que le soldat prît goiit à son métier, qu'il y prolongeât son existence ; le principe moderne doit être absolument inverse; il faut, au contraire, que le soldat souhaite d'abréger ce temps d'initiation, que son intérêt le porte à travailler beaucoup, à se livrer avec zèle à son métier ; cet intérêt privé est également d'accord avec l'intérêt de l'armée, qui demande des hommes honnêtes, disciplinés, travailleurs, avec celui du pays qui nous a confié des jeunes gens et veut les retrouver citoyens.

On objectera, il est vrai, que, dans les corps de troupes, les hommes sont actuellement très-occupés, qu'ils n'ont pas un moment à eux ; le fait n'est pas exact; avec les tableaux de service actuels, on multiplie les revues, les théories dans les chambres, on coupe la journée de telle sorte qu'il y a une heure ou une demi-heure de perdue entre deux occupations, on n'a pas le temps d'en commencer une autre dans l'intervalle, on flâne en attendant. — « A quai, dit le colonel Lewal {loc. cit., p. 519), servent ces soins méticuleux pour disposer artislement sur un mouchoir tous les effets d'un homme? Quelle utilité trouve-t-on à ces

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pansages interminables où les cavaliers se rebutent à frotter indéfiniment des animaux depuis longtemps propres? Tout le monde sait que cela ne sert à rien, et cependant on continue toujours. Cela est bon, prétend-on, pour maintenir les hommes au quartier ; voilà un motif contre lequel on ne saurait assez s'élever. Ne peut-on trouver des occupations profitables au lieu de travailler dans le vide? Pense-t-on que le soldat soit dupe et qu'il ne voie pas l'absurdité de la besogne qu'il lui faut accomplir? Cela n'est pas un système. C'est l'abrutissement au lieu du perfectionnement par le travail.

« Tout ce qui est inutile est nuisible. Il vaut mieux ne rien faire, laisser les hommes se reposer plutôt que de les astreindre à des occupations sans but et sans profit.

« Les manœuvres ou exercices, à heures fixes pour tous, sont une des plus funestes habitudes que nous ayons. Rien n'écœure davantage, rien ne stérilise plus l'instruction pratique. On va sur le terrain à la même heure ; on se disperse en classes ou en pelotons, et sur tout le champ de manœuvre on exécute la même leçon : on ne peut pas faire autre chose.

« L'ensemble est énervé par cette monotonie; les soldats aussi bien que l'officier, chacun bâille et consulte sa montre ; c'est un ennui mortel qui attiédit tout le monde. Personne n'a de goût à la besogne, ce n'est plus un école d'instruction, c'est une corvée, un supplice. On rentre enfin, et c'est fini ]ionr la journée; on a exécuté à peu près pour éviter les punitions, on n'a montré ni goiàt, ni zèle, ni dévouement. Ou ravale le métier à ses rudiments les plus vulgaires; on use le temps, mais on ne fait rien pour donner un peu d'attrait au service, varier les occupations, y attacher un but ou un intérêt.

« Grâce à ce système, qui se caractérise par deux mots : routine et insouciance, les officiers savent peu leur métier, les soldats encore bien moins, et on les rend à leur famille, paresseux, débauchés et mauvais citoyens. »

Peut-être y a-t-il dans ces dernières paroles un peu d'exagération, en tous cas, qui peut prouver le moins cherche à prouver le plus, et c'est en montrant les dernières conséquences du système suivi jusqu'à présent que M. Lewal voudrait y faire renoncer pour jamais. Nous ne saurions le suivre dans les détails pratiques qu'il propose pour l'emploi du temps et n'en retenons ici que le principe, celui d'occuper le soldat pendant un temps égal à celui de l'ouvrier travaillant manuellement, soit neuf à dix heures, coupées par quelques repos, et en admettant encore dans les travaux une alternance indispensable à tous les points de vue. Telles sont, du reste, les exigences du service dans l'Ecole militaire, oii l'on ne reçoit que des jeunes gens de 18 à 20 ans, n'appartenant pas en général aux professions manuelles et auxquels on impose chaque jour, et cela pendant dix mois, du gymnase, de l'équitation, quatre heures d'artillerie, deux heures de bataillon ; ils ont en outre un travail de tête assez considérable et cependant le régime est loin de leur être mauvais.

D'après le règlement du 2 novembre 1853, sur le service intérieur dans les -, corps d'infanterie et de cavalerie, le réveil a heu: pour l'infanterie, à cinq heures f '^dans les mois de mai, juin, juillet et août, à six heures en mars, avril, septem- ' bre et octobre; à sept heures en novembre, décembre, janvier et février. Dans la 'cavalerie, le réveil est sonné à quatre heures trente minutes en mai, juin, juillet ' et août, à cinq heures en mars, avril, septembre et octobre; à six heures en novembre, décembre, janvier et février. La retraite varie également entre sept heures et huit heures et demie du soir. L'appel au quartier a lieu une demi -heure

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après la retraite, et l'extinction des feux à dix heures. On doit fournir an soldat sept heures de sommeil; en supposant qu'il se couche à neuf heures, il aura donc toujours le nombre d'heures suffisant pour se livrer au repos. Dans les régions chaudes, comme le midi de la France, et surtout en Algérie, il faut lui accorder en été deux heures de repos pendant les heures médianes de la jmirnée ; le règlement le veut ainsi ; dans ces garnisons la retraite est battue à dix heures et demie du matin et le réveil à deux heures et demie du soir ; pendant ces quatre heures, les hommes doivent être présents à la caserne, où ils restent libres de l'emploi de leur temps.

En laissant à l'homme une demi-heure au plus pour sa toilette et les différents soins de propreté, on peut commencer le service, en été, à cinq heures ; en hiver il sera peut-être nécessaire de le retarder jusqu'à sept heures ou sept heures et demie. Sur ces bases, voici comment l'on peut employer les heures de la journée, aussi bien dans l'infanterie que dans la cavalerie ou les autres armes;

PERIODE DETE.

Lever à i heures

Soins de propreté de 4 h. à 4 h. 45'

Premier repas à 4 h. 4o'

Travail de 5 h. à 9 h. 30'

Repos et déjeuner de 9 h. 30' à 11 h

Parade et reprise du travail de 11 h. à 12 II. 30'

Repos de 12 II. 30' à 2 11

Travail de 2 h. à .5 h

Repos à 5 h , , . .

PERIODE DE THAVAII,.

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