PÉRIODE DE REPOS
Lever à 5 h. 30' ou 6 h
Soins de propreté de 5 h. 30' à 6 h. 45'
Premier râpas 6 h. 45'
Travail de 7 h. à 10 h
Repas et repos de 10 h. à 11 h
Parade et reprise du travail de 11 h. à 4 h. 50' ... . Diner à 3 heures
La période d'activité aura duré dé sept heures du matin à quatre heures trente minutes du soir, soit neuf heures trente minutes, sur lesquelles il y aura huit heures trente minutes de travail et une heure seulement de repos. Cela paraît peu,
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mais remarquons que cela se passe en hiver, où le travail matériel est beaiicoup moins pénible qu'en été ; tous les ouvriers font autant et même plus ; enfin il ne s'agit pas d'un travail continu mais alternant. Ce qui doit être exigé, c'est l'activité physique et morale, l'absence de toute oisiveté. A cinq heures et demie du soir, le soldat aurait terminé son service, mais si l'on juge opportun de le laisser libre pendant les quelques heures qui le séparent de la retraite, l'on n'en doit pas moins exiger que ces heures de liberté soient employées pour son développement intellectuel -, c'est }X)urquoi tous les illettrés seraient envoyés à sept heures dans les écoles régimentaires, les hommes suffisamment instruits dans les salles de lecture, les bibliothèques, dont les casernes doivent être pourvues. Le commandement sera toujours libre de donner à ces derniers, mais à ceux-là seuls, des pei'missions de la soirée; en revanche, si, pendant la semaine, nous désirons voir le soldat complètement actif, nous voulons lui donner la libre et absolue disposition du dimanche, depuis l'heure du déjeuner jusqu'à celle du coucher ; la permission de neuf heures serait accordée d'une façon générale et non pas celle de dix heures, qui force l'homme à se coucher trop tard et lui enlève plusieurs heures de sommeil.
On objectera à ces idées que l'on tendrait ainsi à transformer le soldat en un véritable écolier ; mais en effet c'est bien ainsi que nous le voulons traiter, et on peut le faire, avec des hommes de vingt à vingt-trois ans, comme le seront dans quelque temps tous les soldats ; d'autre part, peut-on comparer cette vie, même avec toutes ses rigueurs, à celle du marin, qui passe de longs mois sur son navire sans voir la terre, qui, dans les relâches, n'obtient à peu près jamais la permission de descendre à terre, et fait souvent une campagne de trois ans sans y avoir mis les pieds quatre fois. La marine ne nous donne-t-elle pas, au contraire, l'exemple du courage, de la disciphne ; n'est-elle pas le type de ce que devrait être l'armée? — Cette dernière ne saurait, dans les sociétés modernes, former une classe à part ou plutôt une société dans la société, elle devient une grande école oii tous les hommes passent à leur tour ; ils y entrent jeunes honmies, ils doivent en sortir citoyens, aptes à défendre leur pays, à participer à sa vie politique, à devenir eux-mêmes chefs d'une famille où ils sauront établir la discipline parce qu'ils y auront été soumis pendant leur séjour sous les drapeaux .
Dans l'armée, il n'y a point que les soldats, c'est-à-dire des élèves, il y a encore les officiers, c'est-à-dire des maîtres. Les premiers ne doivent faire que passer dans l'armée, les seconds y faire leur carrière et par conséquent s'y intéresser et s'y plaire. C'est dire qu'il est impossible d'imposer à ces derniers la vie aussi régulière qu'aux simples soldats ; déjà, par le fait des exercices qu'ils dirigent, des leçons qu'ils doivent être appelés à professer, plusieurs heures de la journée seront employées ; les autres doivent leur appartenir en propre. C'est par d'autres moyens qu'on doit les engager au travail; nous n'avons point à y insister ici, non plus qu'à tracer les principes suivant lesquels il est nécessaire de les associer tous, à l'instruction de leurs hommes, et ne point, au contraire, les en dégager par l'adjonction dans les régiments d'officiers instructeurs. Tout officier doit être instructeur, sinon il perd la majeure partie de son rôle.
Les exercices auxquels le soldat est soumis sont, en première ligne, l'étude pratique de l'arme que l'on place entre ses mains, le fusil pour le fantassin, le canon pour l'artilleur, le sabre et le fusil pour le cavalier. Incidemment on doit donner cependant à chaque soldat une teinte des antres exercices : le fantassin
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devra pouvoir, à la rigueur, servir une pièce ; l'artilleur combattre en fantassin, la carabine à la main. Ces exercices sont les plus longs, ils sont continuels, car, alors, que le maniement d'armes est parfaitement connu, la pratique du tir ne l'est jamais suffisamment, puisque l'objectif du soldat est, en somme, de placer un projectile dans la poitrine d'un adversaire. A côté du maniement d'armes, la marcbe et les diverses formations sur le terrain ont, surtout pour le fantassin, une importance capitale; cette étude s'étend depuis l'école du soldat jusqu'aux grandes formations de division, où l'individu lui-même n'est plus qu'une fraction d'unité dans la main du général. Les exercices participent, à certains points de vue, de la gymnastique proprement dite; aussi est-ce avec raison que les premières leçons, sont dans quelques armées, consacrées à une sorte de débourrage tout à fait indispensable chez la plupart des recrues. — Voici ce qu'écrivait en 1 81 7 le général comte de la Roche-Aymon : « La position du soldat sans armes ou avec ses armes, en rang ou en lile, ne doit être ni forcée, ni contraire à l'organisation de son corps : on ne saurait assez répéter que la souplesse des mouvements et l'aisance du corps sont le premier but auquel on doit tendre. Il serait peut-être à désirer, pour y parvenir plus sûrement, que l'on s'écartât de la routine habituelle. Avant de donner aux recr\ies les premiers principes de la position du soldat, il serait préférable de commencer par les débourrer et les assouplir en les faisant d'abord marcher, courir, sauter, remuer les bras sans aucune règle et de ne les amener aux premières leçons de la position militaire qu'après leur avoir ôté cette roideur qui se rencontre toujours dans les recrues (La Roche-Aymon, Des troupes légères, ou réflexions sur l'organisation, l'instruction et la tactique de l'infanterie et de la cavalerie légère, Paris, 1817, p. H3).
Gymnastique. Ces principes sont, en partie, mis à exécution dans l'armée française depuis 1847, époque à laquelle une instruction spéciale vint réglementer ce genre d'exercices, auxquels président des instructeurs brevetés à l'École militaire de Joinville-le-Pont. Un médecin militaire est attaché à cette école pour y professer un cours élémentaire d'anatomie appliquée aux exercices du corps. D'après le règlement de 1847, la gymnastique comprend les exercices élémentaires et ceux d'application. Les premiers comprennent : 1° ceux qui sont plus particulièrement propres à l'assouplissement, tels que les mouvements variés de la tête et du corps, des bras et des jambes, la course et les exercices physiques ; 2" les différents équilibres ; 5" le développement élémentaire de la force des muscles par le mouvement des bras avec ou sans boulets et massues, le mouvement des jambes, en diverses positions, et les différentes espèces de luttes, le jet des pierres ou des projectiles à des distances plus ou moins éloignées. Sous le nom d'exercices d'application, on comprend les sauts, l'escalade, la course et la vollige. Le soldat est exercé progressivement à tous les sauts avec armes et bagages, sans instruments ou avec la perche. Il passe ensuite aux exercices, par suspension, des barres et des cordes horizontales ou inclinées, aux exercices des poutres horizontales, inchnées, oscillantes, à la marche sur des pierres ou des piquets, à l'exercice des échasses. Les hommes arrivent alors aux exercices de pratique ; après avoir appris à monter ou à descendre par les échelles, les cordages, etc., après avoir pratiqué les exercices du mat, de î'octogone, des planches à rainure, ils parviennent enfin à l'escalade d'un mur avec ou sans instruments.
Ils sont alors exercés à la course sans armes, puis avec armes et ensuite avec armes et bagages ; plus tard, ils exécutent la course cadencée en portant des objets utiles à la guerre, tels que fascines, sacs à terre, gabions, projectiles, etc.
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Ils sont aussi exercés à porter et à traîner des fardeaux dont le transport exige le concours de plusieurs hommes, tels qu'échelles, poutres, caissons, affûts.
On complète les exercices de la course, par la course en montant ou en descendant, la course en arrière, la course entre des pierres et enfin la course de vélocité, dans laquelle la longueur du pas est déterminée sans armes et avec armes et bagages. Les derniers exercices d'application sont ceux de voltige sur la poutre, sur les barres parallèles fixes et mobiles, sur le trapèze et sur les chevaux de bois.
Toutes ces prescriptions sont excellentes ; il faut seulement qu'elles soient exécutées complètement et que la gymnastique soit considérée comme partie essentielle de l'instruction donnée dans les corps de troupes. Il va de soi, et Y Instruction pour la voltige militaire du 26 juin 1842 le fait remarquer avec raison, que l'instructeur s'attache à donner de la hardiesse aux hommes, en leur rendant cet exercice aussi agréable que possible et en prenant toutes les précautions nécessaires pour qu'ils ne se blessent ni ne se découragent point. On ne devra jamais perdre de vue que la sécurité, l'attrait, la bonne volonté et le plaisir même, sont les premiers et les plus sûrs éléments du succès dans cet exercice. On évitera avec soin de brusquer les hommes et de tourner leurs efforts en ridicule, quand ils ne réussiront pas, de les punir pour des maladresses involontaires. Il ne faut pas non plus exiger d'eux, dans ce travail, une attitude strictement militaire qui les fatigue sans utilité pour l'objet qu'on se propose, et ne pas réprimer avec trop de sévérité les éclats de gaieté et les élans de plaisir auxquels il est heureux qu'ils se livrent pendant cet exercice, qui les y porte naturellement quand il est bien dirigé. Enfin, il ne faut demander dans tout ce travail, qui n'a été militarisé en quelque sorte que dans le but de faciliter son étude et son application au grand nombre, qu'une régularité, une exactitude, une perfection relative.
Dans les armées étrangères, l'enseignement de la gymnastique occupe un rang très-important ; en Angleterre, elle est enseignée d'après les principes développés dans une instruction s|)éciale émanée des bureaux de l'état-major général (Archibald Mac-Laren. — A military System of Gymnastic Exercises. — Morse Giiards, 1862), et fait partie d'un ensemble de moyens, propres à développer la vigueur des jeunes gens, auxquels on donne le nom de training the recruits ; la gymnastique, continuée, même chez les hommes déjà entraînés, ne laisse pas que de les développer encore, principalement en augmentant la circonférence Ihoracique, ainsi que celle des bras et des euisses. Il résulte des expériences faites par le major Hammersley, au camp d'Aldershott, en 1862, que les moyennes de ces accroissements ont été, chez 360 hommes exercés pendant deux mois, de ;
Augmentation de la circonférence tlioracique 41 millimètres.
— — de Tavant-bras. . . 13 —
— — du bras 16 —
Abel est arrivé, en Allemagne, à des conclusions analogues {Mihtair-Aerztliche Zeitung, 1861, p. 257); il a trouvé 75 fois sur 100 la circonférence thoracique augmentée de 26 à 51 millimètres, cette dilatation portant à la fois sur la cage thoracique sur le grand pectoral et les autres muscles tlioraciques ; le poids des individus entraînés avait augmenté d'environ 2 kilogrammes, quoique le tissu graisseux eût fortement diminué.
Chant. Danse. Escrime. Le chant peut être considéré dans l'armée comme un véritable exercice; c'est à ce titre qu'il fait partie de l'enseignement professé à l'École de Joinville ; il a, en effet, sur le développement de la poitrine une action remarquable, et peut accompagner avec avantage certains exercices spéciaux,
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desquels il concourra puissamment à marquer la cadence et le rliytlmie. Le chant exerce aussi la plus heureuse influence sur le moral du soldat; dans les marches, il soutient la cadence du pas, tout en faisant trouver la route moins longue et en portant l'esprit vers les choses gaies. 11 est <à désirer que, lorsque les circonstances le permettent, les chefs de corps encouragent la création d'orphéons dans les régiments, auxquels les chefs de musique et certainement des officiers même pourraient prêter un concours de direction. Dans quelques corps, on a pu obtenir de la sorte des résultats remarquables. Lorsque le chant individuel ne dépasse pas trop les limites de la bienséance, il est bon que les officiers ne soient pas trop sévères sur la nature des chansons militaires, qu'au besoin ils ferment l'oreille si même ils ne daignent sourire; lorsque le soldat chante, il oublie la fatigue et les ennuis du métier, souvent son esprit se reporte vers les souvenirs de la famille et du village ; ce sont là des sentiments que la discipline ne saurait vouloir réprimer.
La danse, en raison des mouvements variés qu'elle fait exécuter à un grand nombre de muscles, est un bon exercice de gynmaslique militaire ; elle sert à donner de la grâce et à entretenir la force et la souplesse dans les membres. Enseignée théoriquement et pratiquement par les prévôts d'armes dans les régiments, elle fait partie hitégrante des exercices du soldat; pratiquée spontanément par ces derniers dans les camps, elle est une distraction salutaire que le commandement doit encourager en lui ofhant le concours de la musique du régiment.
L'escrime est sinon indispensable, du moins très-nécessaire au soldat ; il doit pouvoir manier l'arme qui lui est confiée. Pour le cavalier surtout, qui porte un sabre comme arme d'attaque et de défense, on ne saurait trop activer cette catégorie d'exercices ; l'escrime lui donne cette individualité que l'on n'acquiert pas dans les exercices d'ensemble, assouplit ses muscles en les développant, et augmente singulièrement l'effet utile qu'on doit demander à cbaque homme pendant le combat. La pointe, la contre-pointe, l'espadon, l'escrime à cheval sont les différents genres d'escrime mis en pratique dans les corps; en vertu de circulaires récentes, les chefs de corps doivent y envoyer les jeunes soldats dès qu'ils sont passés à l'école de bataillon ou d'escadron.
Éqidtation. L'équitation constitue le principal exercice des cavaliers ; aussi lui consacre-t-on un temps considérable, trop prolongé même au dire de quelques officiers qui voudraient voir substituer, aux longues séances du manège, des exercices plus directement militaires et plus pratiques. Nos méthodes d'instruction auraient, disent-ils, pour effet de former tout au plus dix ou douze passables écuyers par régiment, en ne développant pas assez, chez les autres, cet esprit d'indépendance et de sécurité sans lequel on ne saurait être un bon cavalier militaire. A ceci, nous n'avons rien à répondre, et ne pouvons trancher les éternelles questions sur le mode de dressage, sur l'assiette à donner au cavalier, sur le travail individuel. Ce que nous pouvons constater, au point de vue de l'hygiène, c'est l'effet de l'équitation sur l'organisme.
Excellent exercice, recommandé avec raison dans beaucoup de cas, l'équitation peut être néanmoins une cause réelle d'accidents ou de maladies. En dehors des chutes et des blessures qui en résultent, elle expose tout d'abord le jeune soldat à des irritations de la peau des fesses et de la partie interne des cuisses, à des excoriations de l'épiderme et à des éruptions furouculeuses souvent longues et rebelles. C'est une période d'initiation à laquelle bien peu peuvent échapper et où quelques-uns même contractent un profond découragement. Certains vieux ca-
valiers, forts de îeur expérience, conseillent aux recrues des onctions graisseuses, le suif classique des casernes ; d'autres, au contraire, affirment que mieux vaut encore abandonner les choses à elles-mêmes ; plus on cède, disent-ils, à la douleur, et plus on prolonge la [lériode d'accoutumance ; nous sommes un peu de cet avis. Sans doute, lorsqu'il y a ulcération ou furoncle, on doit proscrire pour quelques jours l'exercice de l'équitation, mais pour le reprendre dès qiie cela devient possible. Peut-être trouverait-on quelque avantage à hâter le durcissement de l'épiderme et du derme, en pratiquant sur la peau des onctions avec un mélange d'alcool et de savon, additionné d'un peu de tannin cette préparation ne tarde pas à rendre la peau beaucoup moins souple et moins sensible.
Rarement ces premiers accidents ont une issue sérieuse ; cependant lorsque des furoncles onde petits abcès se développent au pourtour de l'anus, une fistule peut en devenir la conséquence ; on observe également à leur suite des adénites inguinales, mais rarement avec tendance à la suppuration.
Le système de selle que l'on emploie dans les régiments de cavalerie a singulièrement varié depuis quelque vingt ans , dans leur construction, on a surtout eu en vue l'hygiène hippique, et beaucoup moins l'intérêt du cavalier luimême.
Les unes cependant sont disposées de telle sorte que l'homme repose fatalement sur le périnée, sur ïenfourclmre en terme d'équitation ; d'autres au contraire plus larges, moins anguleuses, permettent au cavalier de reposer sur les fesses et la partie interne des cuisses. Les premières amènent beaucoup plus souvent des excoriations, des abcès perinéaux, des orchites, sans donner pour cela une meilleure assiette au cavalier. Les cavaliers qui portent encore le pantalon basané en cuir ( il n'en existe plus en France heureusement) sont plus exposés aux excoriations qu'avec les pantalons de drap, encore faut-il que la peau soit séparée de ce vêtement par un caleçon bien ajusté, ne faisant pas de plis; la chemise doit être également bien tendue, ou mieux encore, un peu relevée, sans quoi elle ne tarde pas à se couper, à faire de gros plis qui se traduisent sur la peau par des vergetures et quelquefois des excoriations.
L'allure du cheval joue un rôle très-important dans l'hygiène de l'équitation ; le pas, le trot et le galop constituent les trois allures de la cavalerie ; du pas, il y a peu de choses à dire ; le Irot, au contraire, est l'allure lapins avantageuse pour le cheval, mais aussi la plus pénible pour le cavalier novice. Suivant que le cavalier prend un point d'appui sur les étriers et s'élève, en accompagnant la cadencû des mouvements de l'animal, ou bien que, fixé sur la selle par les cuisses vigoureusement ramenées en dedans, il participe directement aux secousses de sa monture, le trot est dit à l'anglaise, ou à la française. Il est incontestable f[ue le premier système est infiniment plus avantageux pour le cavalier qui ne se déplace presque pas, et peut prolonger l'allure très-longtemps sans en éprouver aucune espèce de fatigue ; le trot à la française communique à tout le corps une série de secousses réellement intolérables pour les débutants, avec certains chevaux, les anglo-normands en particulier. L'agitation, les mouvements secs et saccadés que perçoivent les viscères abdominaux et thoraciques se traduisent par du malaise, de la douleur, une congestion de plus eu plus prononcée de la face, des troubles circulatoires, quelquefois des vomissements.
Malgré tous ces inconvénients, il a été convenu jusqu'à présent dans la cavalerie française que le trot à l'anglaise était éminemment disgracieux, nullement militaire et devait être proscrit de la façon la plus absolue. Les autres cavaleries
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européennes en font cependant usage, et les officiers français eux-mêmes y ont recours lorsqu'ils montent en deliors du service. Que le trot à la française donne au cavalier plus d'assiette et de solidité, nous n'avons pas à le discuter, mais s'il parait acceptable dans les l'égiments montés en chevaux souples, aux avantmains longues et flexibles, il devient quelquefois intolérable avec les grands et lourds chevaux de la grosse cavalerie.
On a maintes fois accusé l'équitation de produire l'obésité, eu en donnant pour preuve certains officiers de cavalerie devenus en effet fort obèses vers la fin de leur carrière ; c'est là une erreur réelle. Les officiers de cavalerie auxquels on fait allusion montent au contraire fort peu à cheval, mènent une existence relalivenient sédentaire, quelques-uns ont un travail de bureau qui les maintient immobiles pendant une partie de la journée ; à côté de cela, ils font usage d'une ahmentation beaucoup trop réparatrice pour le travail plus que modéré auquel ils se livrent ; telles sont les vraies causes de leur obésité, de la goutte et des hémorrhoïdes, que l'on a voulu considérer également comme conséquence directe de l'équitation.
Les Scythes, grands cavaliers, étaient, dit-on, relativement assez froids an point de vue des facultés génératrices ; Brown a fait la même remarque sur les Mameluclîs ; on a signalé l'atrophie des testicules chez le roi Charles Xll de Suède quipassasavie à cheval. Nous ne possédons aucun moyen de vérifier l'exactituile de ces assertions ; la dernière en particulier ne saurait constituer probablemejic qu'un fait de coïncidence. Toujours est-il que les militaires servant dans la cavalerie ne paraissent, en aucune façon, inférieurs à leurs camarades de l'infanterie, au point de vue de l'aptitude génésique. Sans doute, l'excès de l'équitation, la congestion permanente qu'elle entretient dans le bassin, la fatigue générale qu'elle entrahie peuvent déterminer un relâchement des sphincters des canaux éjaculateurs et, comme conséquence, la spermatorrhée, de même qu'elles entraînent parfois une dilatation du canal inguinal et des hernies, rhématuiïe même ; mais, quoi qu'en ait dit Lallemand, nous ne pensons pas que de telles infirmités soient beaucoup plus communes chez les cavaliers militaires que chez les autres soldats ; on semble avoir été guidé, dans ces conclusions, bien plus par l'induction théorique que par l'observation exacte des faits.
Marches. En dehors des exercices ordinaires auxquels se livrent les troupes, et comme complément à ces exercices, comme préparation au service en campagne, les hommes sont exercés à la marche, d'abord pendant quelques heures et sans l'équipement complet, puis, avec toutes les fournitures de campagne, et pour accomplir la valeur d'une étape ordinaire, variable de 20 à 40 kilomètres.
Le mécanisme de la marche a été étudié dans ce Dictionnaiie, (article Locomotion) ; il n'y a donc point lieu d'y revenir, mais peut-être de s'arrêter quelques instants sur l'hygiène de la marche, et spécialement sur celle des marches au point de vue militaire.
Le nombre de pas exécuté en un temps donné est réglé : 1° par la longueur de la jambe qui se porte en avant; 2° par ladui-ée des oscillations qu'elle exécute. Or cette durée, comme celle du pendule, est proportionnelle à la racine carrée de la longueur de la jambe, abstraction faite de l'accélération que lui communique l'eifort musculaire. Toutes choses égales d'ailleurs, la vitesse de la marche est donc une fonction de la taille , il y aura par conséquent, pour chaque individu, une vitesse qu'il ne pourra excéder sans gêne.
Pour un homme de taille moyenne, cette vitesse maximum a été évaluée par
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E. et G. Weber (Mécanique de la locomotion chez Vliomme, in Encyclopédie aiiatomique, traduit par A.-J. Jourdan, Paris, 1843) ainsi qu'il suit :
Longueur du pas 0'",8656
Durée du pas 0"',55'2
Vitesse de déplacement ou espace parcouru en une seconde. . 2",60S
Chemin parcouru en une heure 9,589 mètres.
Certaines personnes, entraînées à la marche, ont pu soutenir les vitesses considérables pendant un temps relativement assez long; c'est ainsi que Parkes cite l'exemple de célèbres pedestrians ayant parcouru le mille anglais (1,609 mètres) en sept minutes, soit à la vitesse de 8 milles 1/2, 13,676 mètres à l'heure. Le capitaine Saunders, pedestrian renommé, a pu franchir 10 milles (16,090 mètres) en une heure et trente-trois minutes, et 21 milles, soit 35,789 mètres, en trois heures.
Dans les armées, dont la marche est le principal mode de locomotion, on en est arrivé à des fixations empiriques qui, par lé fait, sont le résultat de longues expériences.
Dans l'armée française, on divise les marches, au point de vue de la rapidité, en:
Pas ordinaire .... de 66 cent, de iong, à la cadence do 76 à la minute, 5 kil. à l'heure.
Pas de route .... de 66 — — 90 — 5',56 —
Pas accéléré de 66 — — 110 — 4 .41 —
Pas de charge .... de 75 — — 120 — 5 ,40 —
Pas'fîymnastique. . . de 83 — — 16S — 8 ,16 —
Dans l'armée prussienne, le pas accéléré est de 73 centimètres, à la cadence de 112 à la minute, soit 4 k. 90 à l'heure; le pas de charge {sturmschritt) de 0 m. 85, à la cadence de 120 à la minute, soit 5k. 97 à l'heure ; le pas gymnastique {Laufschritt) de 0 m. 83, à la cadence de 165, soit 8 k. 16 à l'heure.
Dans l'armée anglaise, les différents pas sont divisés ainsi qu'il suit :
Slow lime 75 centimètres à la cadence de 75 a la minute, soit 5'',37 à l'heure.
Quick time 75 — — 110 — 4 ,93 —
Stopping out 82 — — 110 - 5 ,41 —
Double 90 — — 150 — 8 ,10 -
Ces vitesses sont indépendantes des pauses dont il y a lieu de tenir compte et dont nous aurons à parler plus loin.
Le pas dit « ordinaire « n'est employé que dans les exercices et pour rompre plus parfaitement les hommes à la cadence de la marche, pour leur faire prendre une bonne position et leur enseigner à produire exactement la quantité d'efforts nécessaires, mais rien en plus. Les mouvements réglementaires de la marche ne sont point identiques dans les différentes armées; c'est ainsi qu'autrefois, dans la garde russe, l'ordonnance de la marche prescrivait de lever la pointe du pied usqu'au niveau du genou opposé, la cuisse et la jambe restant presque en ligne droite. L'effet pouvait être saisissant, mais il ne s'obtenait qu'aux dépens d'une grande fatigue. Dans l'armée allemande, les hommes sont exercés à fléchir assez fortement les genoux pour que le pied retombe carrément sur le sol ; d?iis l'armée française, la pointe du pied doit, au contraire, venir toucher le sol un instant avant le talon, ceci dans le but de décomposer le choc par la flexien des articulations plantaires.
Du reste, le pas ordinaire paraît être abandonné dans nos exercices et remplacé en toutes circonstances par le pas accéléré. Certains officiers regrettent cette suppression, non point comme ennemis des nouveautés, mais parce que, suivant
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eux, le pas ordinaire constituait un excellent exercice gymnastique et une préparation à la précision des manœuvres. Nous sommes assez tentes de nous ranger à leur avis.
Quoi qu'il en soit, le pas de route ou le pas accéléré est le véritable pas de marche; il permet à l'homme de franchir une distance de A kilomètres à l'iieure, ce qui est une excellente moyenne militaire. Pour que la marche s'exécute sans trop de fatigue, il convient du reste d'abandonner le soldat à lui-même, de l'autoriser à rompre le pas, et même, si l'on ne craint point d'allonger trop les coloimes, de faire marcher les hommes en file des deux côtés de la route. En campagne, lorsque tout un corps d'armée se trouve engagé sur une seule route, ce dernier principe n'est pas toujours applicable.
La quantité maximum de marche que l'on doit exiger du soldat varie singulièrement suivant la charge qu'il transporte, suivant la saison, l'heure de la journée, l'état des routes, l'alimentation dont il faitusage, enfin suivant la longueur même des colonnes engagées sur une même route. Les étapes de 20 à 25 kilomètres constituent une bonne moyenne qui peut être soutenue plusieurs jours de suite sans inconvénient. Un régiment ne mettra pas moins de six à sept heures à la faire, en comprenant les pauses indispensables, une division Imit ou neuf heures. Nous touchons ici à l'un des plus difficiles problèmes de la science de la guerre, celui du calcul des marches, dans lequel doivent entrer une foule d'éléments, parmi lesquels la vitesse même de la marche ne joue pas le rôle cnpital. Le temps nécessaire pour la formation de la colonne, puis à la fin de la route, le temps indispensable pour que la queue arrive au point qu'occupait la tête, l'ordonnance parfaitement régulière du convoi, les intervalles indispensables à maintenir entre les différents corps pour éviter les arrêts suivis de marche plus rapide, en terme technique les à-coups, tous ces éléments doivent être pris en sérieuse considération par les officiers chargés de régler l'ordre du convoi.
Les tacticiens regardent comme un excellent résultat d'obtenir d'un coi^ps d'armée une marche quotidienne de 20 kilomètres. Le colonel Lewal (Conférence sur la marche d'un corps d'armée, Paris, 1870) voudrait que l'on pût arriver à 24 kilomètres; en y joignant les mouvements de bivouac au départ et à l'arrivée, les hommes n'auraient pas fait moins de 28 kilomètres. Les campagnes les plus rapides n'ont pas donné des résultats plus élevés, et, lorsqu'on parle démarches de 10 heues et plus, ce sont des faits absolument accidentels et le plus souvent exagérés. Le relevé de toutes les campagnes de 1796 i 1815, de la guerre d'Italie, 1859, de la guerre de Bohème, 1866, ne donne pas des moyennes supérieures à 25 kilomètres; la moyenne générale est de 21'', 89. Les Romains, du reste, passés maîtres dans l'art de mobiliser les troupes, ne parcouraient pas de plus grandes distances; dans la première campagne des Gaules, César, pressé de s'opposer à l'irruption des Helvètes, fait des marches de 24 à 25 kilomètres ; il avait avec lui cinq légions, soit environ 30,000 hommes; pendant la guerre, il ne fait plus que 20 kilomètres. Dans une autre circonstance, ce général quitte les Séquanes pour aller combattre les Belges ; il se rend de Besançon à Vitry-le- François en quinze jours, soit en tout 230 kilomètres, ou 15'', 30 par jour.
Dans les marches forcées de 1815, Napoléon ne put jamais obtenir plus de 56 kilomètres (le 15 juin), et encore d'une fraction seulement du deuxième corps ; les autres corps n'en firent que 30 en moyenne. Dans la dernière campagne, nous avons souvenir de marches de 32 à 36 kilomètres, mais également par des fractions de corps qu'un pareil effort surmenait au delà de toute expression. De
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pareilles marclies peuvent être commandées dans de graves circonslances, mais on est bientôt obligé de donner un jour de repos absolu à la troupe, et l'on perd ainsi le bénéfice de la rapidité que Ion avait cru obtenir.
Le colonel Lewal, calculant mathématiquement la distance occupée sur une route par un corps d'armée à deux divisions, en ne laissant entre les diverses parties (avant-garde, gros, réserve, convoi et arrière-garde) que le minimum indispensable, fixi cette distance à 41 kilomètres, la troupe marchant par le liane, les voitures par une sur la route; en doublant les voitures, c'est-à-dire en les faisant marcher par deux de front, on gagne 10 kilomètres ; si les corps marchent en colonne serrée, par demi-sections d'infanterie et les voitures par deux, le corps tout entier n'occupe plus que 25 kilomètres. Il en résulte que la queue de la colonne ne se mettra en marche que cinq ou six heures, souvent bien plus encore, après l'avant-garde. Si l'on s'obstine à prescrire le rassemblement de tout le corps avant la mise en route, les hommes de la réserve, du convoi et de l'arrièregarde seront privés de repos pendant tout ce temps, ne prendront point d'aliments chauds, seront déjà fatigués avant d'avoir fait un kilomètre.
Une étude sérieuse de ces questions de tactique et l'application des principes qui en découlent sont, on le voit, d'une haute importance au point de vue de l'hygiène des troupes en campagne.
Les colonnes une fois engagées sur la route, il convient d'ordonner des pauses de 10 minutes tous les 4 kilomètres; elles sont indispensables à l'homme pour se délasser un instant, soulager ses épaules du poids du sac, rectifier son chargement ou satisfaire ses besoins naturels. Il importe également que la sonnerie « halte, » qui signale la pause, soit immédiatement transmise de la tête à la queue de la colonne, au moins pour chaque régiment, et que l'on ne fasse point serrer la colonne; sans cette précaution, lorsque les dernières compagnies arriveront au point voulu, le temps de la halte sera expiré, la marche re|)rise pour la tète de colonne, et ces compagnies n'auront jamais l'opportunité de poser le sac à terre et de se reposer un instant. C'est, du reste, ce qui arrive le plus souvent, au grand préjudice des soldats, ainsi fatigués bien inutilement.
Sauf exceptions, les marches sont toujours commencées dès le matin, à une heure plus ou moins avancée, suivant les saisons ; en été, il convient de mettre la tête de colonne en route vers quatre heures au plus tard si l'étape doit être très-longue, et de régler la marche pour que les derniers hommes aient atteint le bivouac avant midi. En campagne, en raison de la longueur des colonnes, il est difficile d'atteindre ce résultat. En Algérie et dans les pays chauds, il faut cependant se soumettre absolument à ces prescriptions, ««ous peine de voir se produire des accidents très-sérieux.
Quelquefois il est possible de couper la route en deux parties inégales, en faisant une grande halte de quatre ou .cinq heures au milieu de la journée ; à titre exceptionnel et pour de faibles colonnes, ce système peut être accepté, quoique pendant ces quelques heures les hommes ne puissent pas toujours goûter un repos véritable; ils préféreront toujours faire un effort un peu plus prolongé et arriver de meilleure heure à l'étape définitive.
Lorsque les marches de nuit ne sont pas commandées par les circonstances de la guerre, il convient de les éviter avec soin, même dans les pays chauds, pour lesquels on les croirait préférables. Privé de sommeil aux heures où la nature engage tous les animaux au repos, le soldat se met en marche d'abord sans déplaisir, mais, à mesure que la nuit avance, il perd de sa gaieté, son moral subit
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rinfluence des ténèbres qui l'environnent; le sens de la vue, auxiliaire indispensable de la marche, lui fait en partie défaut ; il ne mesure plus le pas qu'il va exécuter, se heurte contre les cailloux de la route, et, en résumé, arrive au gîte beaucoup plus fatigué qu'après une marche de jour. De véritables dangers l'attendent, du reste, pendant ces marches de nuit, si, comme il arrive souvent dans les pays chauds, il traverse des localités humides précisément à l'heure où les vapeurs miasmatiques se condensent au niveau du sol.
Le Règlement su7^ le service en campagne de 1832 dit, article 122 : « Les jours de marche, la soupe est autant que possible mangée avant le départ. » Cette prescription est excellente; il convient en effet qu'avant de demandera l'organisme un effort considérabk , on lui fournisse des matériaux transformables en force; il ne viendrait à l'idée de personne de vouloir faire marcher une machine sans en aUmenter le tourneau, mais l'organisation animale est si bien ordonnée qu'elle peut puiser de la force dans les réserves qu'elle a accumulées ; c'est néanmoins une propriété dont il ne faut pas user trop souvent. Lorsque le départ de la tète de coloiuie est effectué de très-bonne heure, les troupes, qui devront s'ébranler dans les deux heures consécutives ne peuvent prendre autre chose que le café ou tout autre aliment de préparation rapide, soupe au saucisson de pois, conserves, etc. ; comme elles arrivent à l'étape de bonne lieure, il n'y a pas inconvénient. Les autres corps peuvent, au contraire, préparer le rejias ordinaire; au besoin, les cuisiniers seront éveillés sans bruit une heure avant leurs camarades. Pendant la l'oute, les hommes pourront avoir recours à leurs petites réserves de biscuit et ne négligeront pas de remphr leur gourde d'eau, ou mieux d'un mélange d'eau et de café, avec ou sans cau-de-vie, ce qui constitue la meilleure et la véritable boisson du soldat en route. En revanche, les officiers et sous-officiers veilleront à ce que les hommes ne quittent point les rangs pour se précipiter sur les sources, fontaines ou flaques d'eau saumàtre que l'on pourra rencontrer. Le cas échéant, on placera môme un factionnaire à ces prises d'eau, afin d'en interdire l'accès d'une façon absolue, ou de ne permettre que d'y remplir les gourdes. Les médecins devront être consultés à ce sujet, et, s'il y a lieu d'autoriser l'accès d'une source, feront disposer par quelques hommes, armés de pelles ou de pioches, un petit bassin pour que la prise de l'eau devienne plus facile et plus rapide. On ne perdra point de vue que les diarrhées, les embarras gastriques, les dysenteries mêmes qui sévissent sur les colonnes en marche, reconnaissent souvent pour cause une infraction à ces règles d'une hygiène cependant élémentaire, mais que l'autorité la plus sévère ne parvient pas toujours à imposer.
Lorsque les marches s'accomplissent soils des températures pai'ticulièi'emerJt chaudes, que le soldat reste exposé durant dé longues heures à» l'influence des rayons solaires, il convient de multiplier les pauses et de ralentir sensiblement la vitesse de la marche ; ceci nous entraîne, du reste, à dire quelques mots des accidents que cet exercice peut déterminer.
Accidents des marches. Tout d'abord, par le fait seul de la locomotion, les jeunes soldats sont particulièrement exposés à des courbatures, des fatigues anormales, qu'un entraînement préalable peut quelquefois éviter. Le frottement des pièces de l'équipement, le poids du sac sont autant de causes de souffrance dont il y a lieu de tenir compte en soulageant momentanément les hommes, soit parleur admission dans les voitures à bagages, soit en les autorisant à y placer leurs sacs. Au bout de quelques journées de route, l'accoutumance s'établit du
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reste lorsque les étapes ne sont pas trop pénibles et que les circonstances sont favorables ; il en est de même des blessures causées par la chaussure dont nous avons déjà dit quelques mots eu traitant la question du vêtement. Les vieux soldats ont l'habitude de se graisser les pieds avec du suif, ou à défaut, tout autre corps gras ; quelque répugnante que soit cette pratique, elle est néanmoins consacrée par l'expérience, et doit être approuvée à la condition d'exiger aussi le lavage, à l'eau et au savon,\ne fois arrivé à l'étape. D'autres conseillent le tannage de la peau du pied par le savon et l'alcool ; ce dernier procédé a autant d'avantage que le premier, mais ne sera jamais mis en usage par les simples soldats qui préléreront toujours réserver leur faible ration d'eau-de-vie pour l'usage interne; dans le fait, on ne saurait trop les en blâmer.
Les plus graves accidents qu'entraîne immédiatement la marche sont ceux qu'occasionne la chaleur. 11 n'y a point lieu de présenter ici l'histoii-e complète de ces accidents (voy. les mots Chaleur, Insoi.atio.n') sur lesquels de récents travaux ont particulièrement appelé l'attention. Depuis que les armées existent, on a eu à lutter contre l'action de la chaleur et l'impression des rayons solaires; aussi l'histoire des accidents qu'ils déterminent se confond-elle avec celle des campagnes. Aussi bien dans les armées de l'antiquité que dans celles de notre époque, on a vu des bataillons entiers, des cor[)s d'armée momentanément désorganisés par cette influence : en citer des exemples serait trop long ; du reste, il suffit d'avoir fait une marche militaire en été, d'avoir assisté à une revue, pour avoir été témoin d'un ou de plusieurs accidents de ce genre.
Les accidents causés par la chaleur peuvent se produire : 1° par l'action directe des rayons solaires agissant sur le corps nu ou en partie recouvert par ^es vêtements; 2° en dehors de l'action directe des rayons solaires, par le seul fait de l'élévation de la température. Cependant cette dernière ne suffit pas pour les déterminer toujours ; il est certain que la nature du sol sur lequel on marche, nu ou couvert de végétation, rocheuK ou garni de terre végétale, l'état hygrométrique de l'atmosphère, la tension électrique, l'état de maladie ou de santé des individus, leur alimentation, le poids du chargement et enfin les idiosyncrasies sont autant de facteurs qui concourent à déterminer ou à diminuer l'impressionnabilité du sujet à l'action du calorique.
Jusqu'à ces derniers temps, on confondait les accidents dont nous parlons sous le nom générique de: coup de soleil, de chaleur, insolation, heat apoplexy, hitzschlag etc. quoiqu'ils appartinssent à deux classes pathologiques très -tranchées au point de vue de l'étiologie, comme à celui des symptômes et de la pathogénie.
A la suite d'une exposition prolongée à la i-adiation solaire, les militaires, alors surtout qu'ils ont pour coilfure des casques métalliques ou des schakos sans couvre-iiuque, peuvent présenter subitement les symptômes de la congestion, ou plus simplement de l'hypérémie cérébrale ; après une période marquée par de la céphalée et des vertiges, l'homme ne peut bientôt plus rester debout, il tombe, la face rouge, vuUueuse, les conjonctives injectées, la pupille rétrécie. Des vomissements, indice d'une excitation directe du bulbe, se déclarent ; en même temps les battements du cœur diminuent, le pouls est dur et résistant. Le coma s'établit parfois et, dans la forme apoplectique, précède toutes les autres manifestations. La mort n'est pomt rare dans ces derniers cas. Cet ensemble de phénomènes constitue la congestion cérébrale classique, dont on retrouve les lésions à l'autopsie ; quelquefois même de véritables foyers hémorrhagiques ont été déterminés par une congestion poussée à l'extrême.
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L'autre forme d'accidents, à laquelle convient plutôt le lerme de cou]) de chaleur, d'asphyxie de chaleur, est plus difficile à analyser au point de vue de lu pathogénie. Quelquefois le coup de chaleur est précédé de symptômes prémonitoires d'ime durée variable, décrits par Barclay {Statlst. Sanitary and Med. Armj Pieports, for 1859, London, 1861, p. 171) et Longmore {Indian Ann. of Med. Science, april 1860, p. 396), tels que nausées, contractions épigastriques, émission et même incontinence d'urines claires et abondantes et abolition de la transpiration ; cet accident débute aussi d'emblée par la forme aiguë. Dans une première période, le malade est pris de délire avec convulsions, puis il tombe affaissé, avec pâleur de la face, accélération des battements du cœur et du pouls, et surtout élévation extraordinaire de la température du corps, appréciable des assistants, le thermomètre marquant 40" (Taylor), 42" et même 44" (Wood) ; Taylor [Lancel. 1859); H.-C. Wood(Ort Sunstroke, Am. Journ. ofMed. Science, 1863, p. 377). Presque immédiatement après, la respiration devient stertoreuseet se ralentit, des signes de congestion pulmonaire apparaissent évidents à l'auscultation, le pouls et les battements du cœur deviennent de plus en ]ilus faibles, intermittents, la peau se refroidit et prend une teinte livide. Pendant ce temps, la température du corps augmente encore (44", 45") ; des convulsions cloniques, quelquefois de véritables crises épileptiformes ne précèdent la mort que de quelques minutes. Cette succession de phénomènes s'explique en partie, grâce aux travaux modernes de physiologie relatifs à l'action de la chaleur sur les tissus vivants; elle est caractérisée d'abord par une excitation fonctionnelle, puis par la destruction de la propriété contractile des tissus musculaires, les nerfs sensitifs perdant assez rapidement leurs propriétés spéciales ; les nerfs moteurs les conservant au contraire plus longtemps.
Sous l'influence de la chaleur se manifeste d'abord une première période d'excitation des éléments musculaires du réseau artériel superficiel ; les vaisseaux se contractent, d'où pâleur, décoloration des tissus, suspension des fonctions de la peau, et par suite augmentation rapide de la sécrétion urinaire. L'excitation gagne les vaisseaux cérébraux, d'où ischémie cérébrale avec accélération des battements du cœur et des mouvements respiratoires. Mais la dépression ne tarde pas à succéder à l'excitation, les muscles cardiaques perdent leur propriété contractile (à 45" toute contractilité musculaire est abolie), la circulation devient stationnaire, les viscères se congestionnent, enfin le cœur devenant bientôt absolument inerte, la mort ne tarde pas à être la conséquence fatale de ce processus. Le diaphragme a perdu lui-même ses propriétés contractiles et la suppression de cet énergique élément de l'acte respiratoire ne laisse pas que déjouer un rôle très-sérieux dans l'arrêt de la circulation cardio-pulmonaire (Vallin, Du mécanisme de la mort par la chaleur extérieure, in Arch. gén. de médec, décembre 1871 et janvier 1872; &\, Recherches expérimentales sur l'insolation et les accidents produits par la chaleur, in Arch. gén. de médec, lévrier 1870). Dans un intéressant mémoire soumis à l'Académie des Sciences, Guyon {Des accidents caiisés par la chaleur dans l'infanterie en marche et de leur aggravation par la position couchée ; Comptes rendus de l'Acad. des Sciences, t, LXV, p. 487, 1867) a insisté sur le danger que présentent, au point de vue de .eur contact avec le sol échauffé, les couches inférieures de l'atmosphère ; aussi le cavalier est-il moins exposé que le fantassin aux coups de chaleur, et ce dernier ne doit-il jamais, pendant les haltes, être autorisé à se coucher sur le sol. C'est en effet pendant les haltes que ces accidents se manifestent plus particuliè-
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vemeiit, à ce point même que le man'cbal Bugeaiid diil y rciulrc les officiers attentifs par un ordre du jour du 17 juillet 1846, eu leur prescrivant de ne point laisser leurs hommes se coucher, mais de leur permettre simplement de déposer leurs sacs. Le danger de la haute température des couches inférieures de l'air est, du reste, bien connu des habitants des pays chauds; en certaines contrées, comme à Batavia, les Européens ont dû s'interdire absolument la locomotion pédestre pendant les heures chaudes de la journée et recourir, pour ce fait, aux voitures, La couche surchauffée atteint dans ces régions, l-^jSO à 1"",50 de hauteur.
Au point de vue du traitement, il importe essentiellement de distinguer l'une de l'autre ces deux formes d'accidents. Dans l'insolation vraie, de larges ablutions froides sur la tête suffisent, avec le transport du malade à l'ombre. Dans le coup de chaleur, les ablutions froides doivent être encore plus abondantes afin de combattre l'élévation anormale de la température. Mais une indication au moins aussi importante est celle de favoriser la circulation par des frictions, des excitants, des dérivatifs puissants. Hutchinson a essayé les injections hypodermiques de morphine, afin de s'opposer au spasme des vaisseaux en paralysant légèrement les fibres musculaires de la vie organique. De nouvelles recherches basées sur la physiologie sont nécessaires pour fixer la thérapeutique de ces accidents.
Dans tout ce qui vient d'être dit au sujet des marches, nous nous sommes constamment placés au point de vue du service en campagne, car ce service constitue le type de la vie militaire. Les marches entreprises en temps de paix, soit dans un but de simple exercice, soit dans les changements de garnison ou les grandes manœuvres doivent être réglementées comme les marches en campagne; leur exécution est cependant beaucoup plus facile, on le comprend aisément , mais les mêmes déductions leur doivent êti'e appliquées. Sur les routes ordinaires, en France, la marche n'offre aucune difficulté, la longueur des étapes appelle seule l'intérêt ; du reste, il est de règle de donner aux hommes un jour de repos sur cinq, ce qui permet aux plus fatigués de se remettre complètement.
Le transport des troupes par voies lerrees est, au point de vue militaire, une variété du service des marches, mais il en dilfère totalement au point de vue de l'hygiène. Tout ce qu'elle est en droit de réclamer, c'est que les hommes ne soient pas trop entassés dans les compartiments, que la ventilation soit entretenue sans être excessive et que les distributions d'aliments soient opérées régulièrement. L'usage est de placer neuf hommes par compartiment de dix places dans les wagons ; la dixième place est réservée pour les sacs; ceci n'est pas tout à fait suffisant, car les armes, le campement, occupent un espace considérable, et les hommes plus ou moins resserrés trouvent difficilement un sommeil réparateur ; aussi, à la longue, ce mode de transport ne laisse-t-il pas que d'être fatigant, sans présenter de dangers sérieux néanmoins. Il faut néanmoins tenir compte de ce fait, et, à moins d'exceptions, ne pas demander aux soldats une longue marche, après qu'ils viennent de passer en chemm de fer un, deux ou trois jours, comme il arrive fréquemment lors des grandes concentrations. On doit aussi leur laisser le temps de préparer un repas chaud, ce qu'ils n'ont pas eu l'opportunité de faire pendant le voyage.
Accidents spéciaux tenant au service. Le fantassin, le cavalier, l'artilleur, et, en général, les hommes de tous les services, sont soumis, en général, aux mômes iniluenccs, aux mêmes causes de maladies. Nous avons plus particulière-
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ment parlé des fantassins, qui constituent la masse de l'armée ; les autres individualités ont cependant leur vie particulière qui les expose ù certains dangers. Les rapports continuels qu'ont les cavaliers avec leur monture se traduisent par des coups de pieds, morsures, accidents fréquemment observés pendant les pansages ; la manutention des fourrages détermine quelquefois l'apparition d'éruptions spéciales aux bras et aux épaules, attribuables à la présence sur les végétaux de parasites, récemment étudiés par les vétérinaires militaires, qui y ont vu la cause des éruptions analogues sur le cou et la tête des chevaux.
L'artilleur, le soldat du train, sont, plus encore que le cavalier, exposés aux contusions et aux écrasements de membres par les voitures et les pièces d'artillerie, par les travaux de force qu'ils doivent exécuter. Les ouvriers militaires, charpentiers, boulangers, bourreliers, etc., partagent, avec leurs collègues de la vie civile, les dangers spéciaux qu'entraînent les différentes espèces de travaux et sur lesquelles nous n'avons point à entrer ici {voy. dans ce Dictionnaire les articles spéciaux des Professions) .
Le maniement des armes- à feu, soit en exercice, soit en campagne, est une cause fréquente d'accidents. En dehors des cas malheureux, où l'imprudence en est la cause directe, il en est d'autres spéciaux, que le médecin militaire ne doit point ignorer. C'est ainsi que le fusil modèle 1866 détermine parfois une blessure toujours identique chez l'individu qui le manie, à savoir, la fracture, quelquefois l'arrachement du premier métacarpien de la main droite, par suite de la pénétration prématurée de l'aiguille dans la cartouche, alors que le tonnerre n'est pas encore fermé. Cet accident, étudié par M. l'inspecteur Legouest [Blessures par le fusil Chassepot, in Gaz. hebdom. demédec. et de chirurgie, 1869), par Treille [Des causes et du mécanisme, des accidents accasionnés par le maniement du fusil Chassepot, in Bull. Réun. des off., 1872, p. 886 et 906), et d'autres observateurs, se produit lorsque l'aiguille, encrassée, ne rentre pas dans sa gaîne ou si la cartouche est mal confectionnée, si son cahbre est un peu supérieur à celui du canon. La transformation du Chassepot et l'adoption de la cartouche métallique, actuellement en voie d'exécution, feront disparaître cette cause d'accidents.
Avec les canons se chargeant par la bouche, il arrivait quelquefois que le pointeur négligeait de placer le doigt sur la lumière pendant l'acte de chargement ; un violent courant d'air s'établissait alors dans la pièce, ranimait des culots de gargousse non entraînés par l'écouvillon, et la nouvelle gargousse prenait feu alors que les servants étaient encore en train de refouler, l'écouvillon à la main. L'arrachement de l'avant-bras, des brûlures fort graves résultaient de cette imprévoyance et de l'imparfaite exécution d'un commandement, précis cependant {Voy. Morache, Des accidents cause'spar la déflagration prématurée de lapoiuhe dans le canon, in Recueil des Mém. de méd. c/t., troisième série, vol. V, p. 176).
Avec les canons se chargeant par la culasse, cet accident n'est pas à craindre, mais il est arrivé quelquefois que l'obturation incomplète de la culasse, dans nos pièces de sept (système Reffye), ou un défaut de construction, aient amené la projection en arrière de la culasse mobile et par suite la mort du chef de pièce. Cet accident ne s'est produit, du reste, qu'avec les pièces construites par l'industrie privée pendant le siège de Paris.
La mauvaise construction des armes à feu peut déterminer, pour les fusils, des crachements qui brillent la face du tireur, pour les fusils et les canons des éclatements ; mais ces circonstances sont excessivement rares, en temps ordinaire et
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se prodnispiit surtout lorsque, comme dans la deruièrc guerre, on a dû recourir à des armes livrées par l'industrie civile et surtout par les industries élrangèi'es, quelquelois peu scrupuleuses en pareille matière.
YIII. Le soldat en campagne. L'étal normal du soldat est la guerre, c'est dans ce but qu'il existe, et dans l'organisation de l'armée, tout doit être combiné de telle façon que le pied de paix ne soit qu'une période d'attente et de préparation incessante, période que l'humanité doit désirer aussi longue que possible, mais qui ne doit pas dégénérer pour le soldat en période d'inactivité, d'amollissement et quelquefois de paresse. Lorsque les campagnes pouvaient être prévues longtemps à l'avance, qu'un long espace de temps séparait la déclaration de guerre de l'entrée effective en campagne, lorsqu'après quelques manœuvres et un ou deux combats, les armées ennemies prenaient leurs quartiers d'hiver et que les hostilités se trouvaient suspendues soit par un armistice, soit par une tacite convention, on pouvait songer à préparer les soldats pour l'entrée en campagne et leur faire subir un entraînement véritable, de façou ta les faire entrer dans la carrière déjà entraînés et rompus à la fatigue. D'un autre côté, les armées composées de contingents restreints, restant plusieurs années sous les drapeaux, n'auraient pu supporter continuellement l'activité et la dépense de forces que nécessite la période d'entraînement.
Avec nos armées modernes, il peut et il doit en être tout autrement. Les quatre années exigées par la loi de 1872, et dans notre opinion ces années pourraient être encore diminuées presque de moitié, au moins pour l'infanterie, ne !■ auraient être mieux employées qu'à dresser le soldat en vue de la guerre éventuelle, à le faire presque vivre de la vie de campagne, à lui faire prendre l'habitnde et même l'enthousiasme de son rôle. Sur de jeunes et vives imaginations comme celles des Français, venus au régiment alors qu'ils sont encore, sauf ceux des villes, tous pleins de cette verdeur native, de cette impressionnabililé dont il faut savoir user, que ne peuvent produire des chefs également vifs, intelligents, jeunes, tout au moins dans les grades qui sont en rapport direct avec le soldat ! Lorsque l'on aura ainsi maintenu pendant deux on trois ans le soldat dans un entraînement physique et intellectuel, on pourra sans crainte le renvoyer dans les réserves, dans l'armée territoriale, il conservera la marque ineffaçable de son passage au régiment ; si on lui demande de venir tous les ans reprendre, pendant quinze jours, son fusil et son uniforme, ce sera pour lui une période de réfection morale, un repos relatif au travail des champs ou de l'atelier.
En se maintenant dans cette voie, l'on ne tardera pas à avoir une armée grande parle nombre, mais plus forte encore parla cohésion, par le patriotisme et certainement par la santé. Sans nul doute, les maladies du soldat peuvent être attribuées à des causes d'origine complexe, au changement de vie, à l'acclimatement, à l'encombrement dans les casernes ; mais quel rôle — imposjible à fixer dans la statistique — n'y jouent pas l'ennui, l'énervement qu'entraîne la vie militaire comme on l'a comprise jusqu'à présent. Au moment d'entrer en campagne, que ne gagnerait-on pas, même en restant sur le terrain de l'hygiène à avoir des individus entraînés, robustes et qui se sentiraient tout heureux de faire enfin pour tout de bon ce qu'ils auraient fait pendant un ou deux ans pour se préparer à ce grand jour. Ni les marches excessives, ni le chargement anormal, ni la nourriture spéciale ne viendraient les surprendre, à tout cela ils seraient préparés puisque la période de paix les y aurait déjà familiarisés.
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11 ne faut pas s'y tromper, de deux clioses l'une : si l'on suit les errements du passé, l'armée ne sera qu'une réunion d'Iiommes agglomérés, aussi bien dans les camps que dans les casernes, ennuyés par leur inactivité, dégoûtés par les exercices monotones autant que peu profitables de la place d'arme, énervés par un astiquage indéfini de leur équipement; au moment de la guerre, il faudra les transformer en soldats; si, au contraire, on veut résoliiment se lancer dans une "modification complète delà vie militaire en prenant pour base le service en campagne, on aura une véritable armée. Qu'à de pareils soldats on donne une bonne organisation, que tous les rouages de la grande machine soient bien calculés et, au moment suprême, lorsque la patrie aura besoin de tous ses enfints, au signal donné par le télégraphe, chacun saura prendre son rang ; les unités tactiques arriveront à l'heure dite aux points de rendez-vous ; les corps se mettront en route avec ce calme, cette précision que seule peut présenter la puissance véritable; on arrivera enfin devant l'ennemi et, à ce moment, l'on s'apercevra bientôt de ce que valent sur le champ de bataille des soldats ainsi préparés!
A rencontre des hygiénistes militaires, nous ne pouvons donc pas étudier une « période de préparation à la guerre, » cette période c'est la paix elle-même. C'est pourquoi dans les paragraphes précédents, en traitant de l'alimentation, du vêtement, des exercices, nous avons toujours envisagé la période de campagne, pour régler d'après elle le fonctionnement du temps de paix.
Une fois en campagne, ou du moins dès que l'armée est concentrée, de nouvelles conditions viennent cependant à surgir et celles-là il n'est point possible d'y préparer le soldat, car elles sont toutes spéciales ; quelques-unes sont à peu près fatales et en parties inévitables. D'autres sont absolument fortuites, résnltont de circonstances sur lesquelles l'autorité militaire n'a point de prises, tout au plus peut-on chercher à en atténuer les efl'ets.
La première des causes morbifiques auxquelles le soldat se trouve exposé est avant tout la fatigue ; sans aucun doute, l'entraînement qu'il a subi pendant la paix l'a singulièrement endurci, mais pas au point de le rendre insensible. La concentration des armées se fera dorénavant par chemins de fer jusqu'à la limite d'une zone vraisemblablement peu éloignée du théâtre des opérations, mais une fois engagés dans cette zone, les corps d'armée pourront avoir de grands mouvements à opérer très-rapidement. La cavalerie, en particulier, commencera son service d'éclairage, service d'autant plus pénible au début qu'elle aura un grand terrain à battre pour chercher le contact avec la cavalerie de l'ennemi. L'infanterie, d'autre part, se massera avec l'artillerie et les différents services, suivra le mouvement en avant de la cavalerie ou participera à des travaux de retranchement, de forlification passagère. — Toute cette période de début des hostilités est particulièrement pénible; à ce moment l'on doit s'atlendre à voir les efi'ectits diminuer très-rapidement, dans une proportion qui atteint quelquefois le dixième de l'effectif total. — Cette proportion peut vraisemblablement être diminuée, mais il faut prévoir le fait et chercher à l'atténuer, dans la limite du possible, en multipliant les précautions hygiéniques pendant les marches, ainsi qu'il a été dit du reste au paragraphe précédent.
A. Le combat. L'action s'engage enfin, la bataille est livrée, elle constitue pour le soldat un effort surhumain que l'excitation du moment rend seule possible. L'hygiène, on peut le dire, est outrageusement violée partout et dans toutes les foiines, mais dès que la bataille est terminée, elle reprend tous ses droits et
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rentre dans les attributions du commandement. Si les précautions ont été bien prises, si les services administratifs ont fonctionné avec régularité, le point capital à ce moment, c'est-à-dire l'alimentation du soldat, sera assuré par d'abondantes distributions. C'est avec raison que nous disons ici que l'alimentation est le point capital, car au milieu du désarroi qu'entraîne le combat le plus heureux, avec l'agglomération énorme d'hommes sur un point limité de territoire, le maintien de distributions régulières devient un problème des plus difficiles, qu'une administration aussi intelligente qu'active ne parvient pas toujours à résoudre. Les ressources locales sont bientôt épuisées, on peut dire d'une façon triviale, qu'elles n'ont fait qu'une bouchée ; les bestiaux, les provisions de farines et de grains sont réquisitionnés dès les premiers moments, les champs en culture — si c'est la saison — ont fourni leurs derniers légumes et cependant il fmit h tout prix que le soldat soit nourri et reçoive même de larges distributions.
Rarement, en effet, l'armée restera immobile; victorieuse, elle va poursuivre l'ennemi, opérer de grands mouvements stratégiques alors que l'adversaire est encore sous l'impression de la défaite ; vaincue, l'armée devra, bien plus encore : opérer des mouvements rapides et aussi précis qu'il sera possible, afin que la défaite ne se transforme pas en déroute, et qu'elle même puisse gagner promptement une nouvelle ligne de positions.
Il est d'observation que jamais les armées ne souffrent autant de la faim que pendant les journées qui précèdent ou celles qui suivent immédiatement le combat. Le médecin, n'a aucun rôle à jouer en pareille matière, on le comprend; à peine peut-il éveiller l'attention du commandement, qui seul peut modifier la situation, si du reste les services administratifs ont pris à l'avance des mesures efficaces.
Le combat a eu pour résultat fatal d'amener en action le service de santé, partie constituante de l'armée. Déjà, sans doute, il a dû fonctionner et soigner ou évacuer les premiers malades, mais à ce moment sa tache est centuplée. Des milliers de blessés gisent sur le sol, il faut les relever, les transporter aux ambulances, les panser, pratiquer d'urgence les grandes opérations avant la période de réaction, créer des hôpitaux provisoires en utilisant les châteaux, les fermes, les écoles, les églises, etc. ; bientôt on doit penser à organiser la dissémination des blessés en évacuant au loin et par les voies rapides tous ceux qui sont transportables. Puis vient; la question de l'organisation des hôpitaux de campagne, en un mot, la mise en activité du service de santé dans tous les détails qu'il comporte. Sans nul doute, l'hygiène joue dans ces questions un rôle capital, essentiel, mais comme elles touchent également à l'organisation du service de santé, organisation que nous n'avons point à traiter ici, nous renvoyons pour ce fait aussi bien que pour la question des hôpitaux, des infirmeries, de tout ce qui a trait en un mot au soldat maïade ou bkssé, aux articles de ce Dictionnaire, Ambulances, Câmi'S, Hôpitaux, Service de santé Militaire, Soldat (maladies du), Mortalité.
B. Le champ de bataille. Les champs de bataille présentent, dans un espace de terrain souvent fort étendu, un effrayant ensemble de conditions anti-hygiéniques, les unes passagères, d'autres au contraire, profondes et qu'il importe de faire disparaître. Ce n'est pas en vain que deux armées, c'est-à-dire deux agglomérations d'hommes, y ont séjourné pendant quelque temps et s'y sont heurtées; elles laissent après elles des témoignagnes irrécusables de leur passage, et ce sol qu'elles ont occupé sera pourl ongtemps une source de méjihitisme, d'émanations morbigènes dont l'influence nocible ne tardera pas à se produire.
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Les principales causes du méphitisme des champs de batailles sont les suivantes : 1" Mélange à l'air ambiant des gaz de la poudre, azote, acide carbonique, sulfure de carbone, oxyde de carbone, hydrogène sulfuré, etc. Cette viciation n'est que passagère sur le champ de bataille lui-même; les courants atmosphériques, les orages qui succèdent fréquemment aux grandes décharges d'artillerie suflisent pour balayer les gaz délétères ; cependant lorsque des fermes ou des maisons ont été le théâtre de luttes prolongées, ces locaux peuvent conserver pendant plusieurs jours une odeur toute spéciale, rappelant celle de la poudre, preuve incontestable que l'air y est encore chargé d'un des gaz de la poudre, d'hydrogène sulfuré en particulier. Ce serait un milieu dangereux pour les blessés que l'on voudrait y transporter ; 2° Infection du sol par les détritus de toute nature que laissent les armées sur leur passage; débris d'aliments, matières fécales, etc.; 3" Infection du sol et de l'atmosphère par les cadavres d'hommes et d'animaux et même localement par le sang répandu sur le sol ; 4° Infection des eaux courantes, des marais ou étangs, des puits et des sources par des débris organiques de toute nature.
L'hygiéniste doit s'occuper spécialement de cette infection du sol et des eaux, celie de l'atmosphère disparaissant rapidement lorsque l'eau et le sol ont été remis en leur état primitif, ou que du moins les sources d'infection ont été annihilées par des procédés judicieusement choisis et appliqués.
Cette tache incombe essentiellement à l'armée victorieuse qui peut et doit se faire assister par les populations locales, plus intéressées que personne à ce que le méphitisme ne persiste pas trop longtemps. Alors même que l'armée victorieuse, décidée à s'éloigner rapidement du champ de bataille pour continuer ses opérations, ne paraîtrait pas directement intéressée à les faire, elle doit pourvoir cependant à l'ensevelissement des cadavres de ses propres soldats et à ceux de l'ennemi, ne fut-ce que par humanité. Enfin, l'intérêt des blessés des deux armées, dont un grand nombre séjourneront longtemps dans les fermes, les habitations, les villages avoisinants, exige également l'assainissement de la contrée ; il est dillîcile de dire en quelle proportion le méphitisme du champ de bataille influe sur la marche des plaies chez les individus stationnant dans ces maisons, mais cette influence est indéniable.
L'histoire des guerres anciennes et modernes, de nombreux exemples particuliers qu'il serait trop long d'énumérer ici, ne sauraient laisser aucun doute à cet égard. On consultera à ce sujet les travaux spéciaux et en particulier la remarquable étude qu'en a fait, sur notre instigation, le docteur Th. Peiu {Essai sur Vhygiène des champs de bataille, thèses de Paris, 1875). Au reste, l'histoire des épidémies est également riche d'enseignements de ce genre et montre clairement ja relation intime qui existe entre leur développement et leur marche d'une part, et d'autre part, l'existence de foyers de méphitismes dus à la décomposition de matières animales.
La désinfection du sol ne peut être considérée comme complète que lorsque les foyers de putréfaction ont été mis hors d'état de répandre dans l'atmosphère les gaz qu'ils dégagent, ou mieux lorsqu'ils ont été absolument détruits. L'enfouissement des cadavres et autres détritus organiques paraît, au premier abord, le procédé le plus simple, le plus expéditif et le plus pratique. Il demande à être exécuté d'une façon très-complète et présente toujours des inconvénients qu'il convient de signaler.
D'ordinnire, après le combat, l'autorité militaire met en réquisition les popu-
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lations locales pour rétablissement de vastes fosses, dans lesquelles on jdace les cadavres côte à côte, souvent sur plusieurs couches de profondeur. Les déblais enlevés pour les creuser, servent à les recouvrir et à élever des tumulis qui ont pour but d'interposer une forte épaisseur de terre entre les cadavres et l'air extérieur. Lorsque les ressources locales le permettent, il convient d'arroser les cadavres avec de la chaux vive, mais, le plus souvent, ce produit est bientôt absolument impossible à se procurer. Sur les tumulis on a généralement l'habitude, lorsque les choses sont faites régulièrement, de semer des plantes fourragères à croissance x-apide , avides d'azote, comme le trèfle ou l'avoine ; les racines, pénétrant profondément dans le sol, vont absorber les produits ammoniacaux au moment même de leur dégagement et activent même, par leur présence, la rapidité de la décomposition putride.
Des corvées de militaires concourent à ce travail funèbre avec les habitants, et dirigent ces derniers ; des officiers font procéder, en même temps, à la constatation de l'identité des cadavres, chose souvent fort difficile même pour leurs nationaux, presque impossible pour les cadavres de l'armée ennemie.
Si le nombre des morts n'est pas trop nombreux, si les fosses sont suffisamment profondes, qu'une couche minimum de 2 mètres de terre recouvre les cadavres, en un mot si le travail est exécuté avec intelligence et sans trop de précipitation, le procédé de l'enfouissement peut être recommandé ; du reste c'est celui que l'habitude a fait généralement conserver.
Malheureusement il n'en est pas toujours ainsi. Lorsque sur un champ de bataille sont tombés dix ou vingt mille morts, quelquefois encore beaucoup plus, lorsque comme, par exemple, autour de Metz, les combats se sont succédé très-" rapidement (journées des 14, 16 et 18 août 1870), on peut dire que, quelque bonne volonté que l'on apporte au service des inhumations, la tâche est au-dessus de la possibilité. Il ne s'agit pas seulement des cadavres humains, les chevaux sont aussi tombés par milliers, des animaux de boucherie ont été immolés pour les besoins de l'armée, souvent Ont succombé eux-mêmes à des épizooties infectieuses (le typhus des bêtes à cornes s'observe fréquemment dans les troupeaux à la suite des armées, campagnes de 18J2, campagne de 1870-71). Si les sentiments de la piété la plus élémentaire engagent à s'occuper d'abord des cadavres humains, l'intérêt des vivants exige aussi que l'on ne néghge pas les cadavres d'animaux qui, plus volumineux que les hommes, constituent des foyers de méphitisme plus abondants.
Aussi, dans l'immense majorité des cas, l'enfouissement des morts est-il exécuté dans des conditions telles que bientôt il devient presque illusoire. Les cadavres, séparés de l'air par une trop faible couche de terre, sont en partie mis à nu ou tout au moins dégagent des gaz méphitiques en abondance ; les tumulis, mal construits, s'effondrent, leurs bords s'écroulent sous le poids des terres, ou bien, placés sur des terrains eu pente, ils sont entraînés ou détruits lorsque quelques pluies se produisent. Le méphitisme, un instant dissimulé par ces procédés d'enfouissement incomplets, ne tarde pas à éclater dans toute sa force, et des épidémies meurtrières, des maladies infectieuses de diverses natures sévissent sur les populations voisines de ces tristes localités.
Différentes circonstances activent ou retardent le développement du méphitisme sur les champs de bataille : la saison, en premier lieu. On sait eu effet que le froid est un puissant moyen de conservation des substances organiques ; en hiver, les champs de bataille pourront donc demeurer relativement assez
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peu nocibles, mais an printemps et l'été snivant, la décomposition reprentlia toute sa force. La sécheresse agit en sens inverse, et, toutes choses égali s d'ailleurs, la rapidité de la putréfaction sera en proporlion de la quanlitf d'eau hygrométrique de l'atmosphère. La nature du sol n'a pas une action moins mai quée; sur le champ de bataille de Sedan, Créteur a pu vérifier une fois de phis les laits plusieurs fois signalés déjà, en particulier par Orfila, puis par Tardicu. Les terrains argileux ont la propriété de former avec les cadavres une masse compacte qui se dessèche très-rapidement et ne laisse plus pénétrer ensuite ni les insectes, ni l'humidité ; dans le sable et les terrains sablonneux, la ))utréfaction des cadavres est également fort lente, tandis qu'elle est active dans les terrains friables, déjà chargés de détritus organiques. Les vêtements agissent comme enveloppe protectrice et retardent la putréfaction, en particulier le drap et la laine ; en exhumant les cadavres du champ de bataille de Sedan, on a pu constater que, sur un môme corps, les mains et la figure étaient déjà méconnaissables, tandis que le tronc et les jambes étaient parfaitement conservés; à côté et dans les mêmes terrains, les cadavres provenant des ambulances, et enveloppés dans leurs suaires, présentaient une décomposition bien plus complète.
La poudre, en raison de l'hydrogène sulfuré qu'elle dégage au contact de l'humidité, agit comme activant de la décomposition ; à Sedan, à Gravelolte et sur les différents points oîi l'on a exhumé les cadavres, on a pu remarquer que ceux qui avaient été enterrés pêle-mêle avec différents débris de guerre, des gibernes garnies de cartouches en particulier, étaient beaucoup plus décomposés que les autres. L'eau semble avoir une action conservatrice, ou du moins la putréfaction y est un peu retardée ; aux environs des champs de bataille, les différents couri d'eau, les étangs, les puits eux-mêmes contiennent, en général, des cadavres que l'on y a précipités pour les faire disparaître dans le premier moment; à Sedan, la Meuse en avait reçu un assez grand nombre que l'on (?) avait éventrés pour les empêcher de remonter à la surface, lorsque les gaz venant à dilater l'abdomen le poids spécilique du sujet sensiblement diminué l'aurait rendu plus léger que l'eau.
En présence de la difficulté des enfouissements, on comprend qu'un grand nombre d'hygiénistes militaires proposent l'incinération des cadavres sur les champs de bataille; ce procédé de destruction des matières organiques a du reste été maintes fois employé dans l'antiquité et à des époques moins reculées même; en 1814, on a brûlé aux environs de Paris des milliers de cadavres d'hommes et d'animaux, et, pendant la guerre de 1870-71, ce procédé a été mis en usage par Créteur dans la désinfection du champ de bataille de Sedan, par divers ingénieurs dans celle des champs de bataille autour de Paris. On peut, pour y arriver, adopter plusieurs procédés; le plus généralement employé consiste à élever de larges bûchers recouverts d'une forte couche de charbon de terre ; les cadavres y sont disposés par rangées, entremêlées de couches successives de charbon, le tout est arrosé de goudron ou d'autres matières inflammables ; les propriétés comburantes du pétrole et des huiles minérales peuvent être utilisées en pareil cas. Créteur, agi;-sant plusieurs mois après l'enfouissement des cadavres, et craignant de les déplacer, a pu parvenir à les brûler dans les fosses même. Il faisait enlever la terre des fosses jusqu'à ce qu'on rencontrât la couche noire et fétide qui se trouve en contact avec les cadavres, arrosait cette terre avec de l'eau pliéniquée, puis découvrait complètement la niasse en putréfaction. Il la saupoudrait alors d'une couche de chlorure de chaux et y faisait couler du goudron,
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en cherchant autant que possil)le à l'infillrer entre les différentes couches de cadavres. Le goudron se trouvait enflammé avec l'aide de paille humectée de pétrole et, au moyen de ce dernier produit, on étendait le feu à toute la fosse. L'intensité de la chaleur devenait bientôt telle qu'il était impossible d'approclier à plus de 5 mètres du foyer , en une heure au plus, les fosses les plus remphes étaient réduites des trois quarts ; les détritus de la combustion consistaient en os plus ou moins agglomérés par une couche de résine concrète ; les terres voisines des cadavres, ayant subi l'action d'une température très-élevée, avaient perdu toute odeur cadavérique. Une fumée noire très-épaisse s'élevait de la fosse et déterminait sur les mains ou la figure des assistants la formation de phlyctènes, de même qu'elle détruisait des myriades de mouches ou insectes attirés autour des fosses. Cette action irritante est due à la présence, dans cette fumée, d'une forte proportion d'acide phénique, résultant, dit Créteur, de la réaction du chlorure de chaux sur le goudron. Après la crémation, les fosses étaient recouvertes de tumulis sur lesquels on ensemençait de l'avoine.
Sans aucun doute, l'incinération n'est malheureusement pas encore entrée dans nos mœurs, mais elle ne semble pas pouvoir être proscrite, si l'on se place sur un terrain philosophique un peu élevé; les peuples les plus respectueux pour la mémoire des morts l'ont pratiquée de tous temps, et ont su dégager l'idée du principe immatériel de l'âme survivant à la destruction de l'enveloppe. Que les éléments dont notre corps se compose soient jetés dans la grande circulation, à la suite d'une décomposition lente comme la putréfaction, ou d'une oxydation plus rapide comme la combustion, qu'importe ? Ce n'est pas à un misérable amas de matériaux envahis par la putréfaction que s'adresse notre souvenir, mais à la vie elle-même qui l'auimait jadis ! Cependant l'incinération ne s'oppose en aucune façon au culte légitime dont nous voulons entourer ceux dont nous pleurons la perte, surtout quand ils sont morts pour la patrie. Les cendres, les ossements, pieusement recueillis, seront conservés dans des monuments qui marqueront la place où sont tombés ces héros du devoir. Les intérêts mêmes des familles seront sauvegardés par l'adoption des cartes d'identité qui, portées par chaque individu, seront enlevées avec soin par les officiers ou les médecins chargés de présider à ces tristes fonctions. Ces cartes d'identité ont été pour la première fois adoptées en Amérique, pendant la guerre de la sécession, et consistaient en une petite carte en parchemin, conforme an modèle ci-joint :