TOTAL DES HOPITAUX MILITAIRES
France 33 hôpitaux militaires. 13,930 lits.
Algérie 42 — 10,530
Total 77 hôpitaux contenant 24,400 lits.
Non compris les lits des hôpitaux civils, des hôpitaux provisoires, des ambulances fixes en Algérie et des écoles.
Dans l'état actuel des choses (1873), le service des hôpitaux militaires fonctionne d'après les prescriptions d'un règlement connu sous le nom de Règlement jjrovisoire de 1865 sur le service de santé de l'armée, lequel, quoique provisoire, a été maintenu sans changement depuis l'époque de sa publication. Il devait se composer de trois parties : 1° Service des hôpitaux à l'intérieur; 2" service des hôpitaux en campagne; 3" service régimentaire. Les deux premières parties ont seules été publiées, c'est pourquoi nous n'avons pas eu l'occasion de le signaler en parlant des régiments.
Les principes sur lesquels il se base sont définis dans les préliminaires. « En ce qui concerne la science et l'art, de guérir, le service est dirigé par le corps des officiers de santé militaires; en ce qui concerne l'administration, la police et la discipline, la direction appartient, dans les hôpitaux et ambulances, aux fonctionnaires de l'intendance. » — Nous n'avons point l'intention d'entreprendre à cette place une étude critique de ce règlement; notons seulement que le débat élevé entre l'intendance et le corps médical a pour point de départ la question suivante ■- « Auprès d'un malade, où cesse le domaine médical pour commencer le domaine purement administratif et disciplinaire? » — Les deux parties sont loin de s'entendre à ce sujet, de là conflit. Le corps de santé doit évidemment fonctionner sous les ordres du commandement, et s'il plaît à ce dernier de déléguer ses pouvoirs, en ce qui concerne le service de santé, au corps de l'intendance, le corps médical peut regretter de voir le commandement se décharger ainsi d'une de ses plus belles attributions, celle de suivre le soldat dans toutes les positions, mais, en somme, il doit se soumettre. En droit, le fait est indéniable.
Le point où le corps médical croit avoir, dans l'intérêt des malades, le droit de se plaindre de la part qui lui est faite, porte sur ce qu'il affirme qu'avec le système hospitalier actuel, les médecins n'ayant aucune action directe sur l'exécution du service, se bornant à prescrire des médicaments et des aliments, n'ont point la libre disposition de toutes les ressources hygiéniques, que la science
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actuelle regarde comme plus indispensables que la thérapeutique même. — Le nicdecin peut les réclamer, mais l'on peut aussi ne point faire droit à sa demande, et, dans beaucoup de cas, tout au moins pcrd-ou un temps précieux à solliciter nue mesure qui devrait être appliquée d'une façon urgente. — Enfin, en ce qui le coucerne personnellement, le corps de santé se plaint de se trouver sous le contrôle et la direction des intendants, officiers fort distingués, du reste, mais qu'il regarde comme incompétents en ce qui concerne la juste appréciation de son savoir et de son service médical ; le médecin se plaint de n'être, entre les mains de l'intendance, qu'un agent administratif, sur le même pied que les employés de l'administration, comptables ou autres, alors que représentant la partie essentielle du service de santé, « l'élément scientifique, » il devrait pouvoir, lorsqu'il s'agit de malades ou de blessés, faire prévaloir sa façon d'apprécier et l'imposer si besoin est.
Mais nous l'avons déjcà dit, nous ne croyons pas que la polémique soit de mise dans un travail du genre de celui-ci, aussi ne faisons-nous que poser la question.
Le fonctionnement hospitalier s'exerçant sous la direction et le contrôle de l'intendance, le personnel agissant se compose : des médecins et pharmaciens réunis sous le titre A' officiers de santé ^ titre contre lequel ils s'élèvent depuis plus de cinquante ans, comme amenant une confusion, car il s'applique en France aune catégorie de médecins, fort estimables sans doute, mais d'un rang secondaire aux docteurs en médecine, grade universitaire que possède tout médecin militaire. Cette dénomination résulte sans doute du parallélisme établi entre les médecins et les pharmaciens, de leur réunion en un même corps, alors que leurs cadres sont séparés ; cette union constitue un mariage de raison contre lequel les premiers protestent depuis près d'un siècle, mais que les seconds tiennent au contraire à maintenir ; ils sont appuyés dans leurs désirs par l'administration, dont l'action directe n'aurait plus de raison d'être si dans chaque hôpital n'existait point cette chefferie à trois têtes : le médecin en chef, le pharmacien en chef et le comptable; ces fonctionnaires destinés à agir dans un but commun n'ont cependant aucune action les uns sur les autres, de là surgit la nécessité d'un chef supérieur, l'intendant. Les médecins fout observer que le fonctionnaire de l'intendance, chargé, soit dans les places de guerre, et bien plus encore dans les divisions actives, de plusieurs services, ne peut être partout à la fois. En son absence, personne ne commande dans l'hôpital ou l'ambulance. Le médecin, le pharmacien, le comptable et, dans les ambulances, l'officier du train, sont indépendants les uns des autres. Cette mesure paraîtrait partout illogique, elle l'est surtout dans l'armée.
Les médecins qualifiés du nom de « traitants, » c'est'à-dire ceux qui sont placés à la tête des services de malade, pour la seule partie médicale s'entend, étaient en vertu de l'article 17 du règlement du 23 mars 1852 désignés par voie de concours. Ce mode de recrutement semblait offrir toutes les garanties désira^ blés, et, dans notre opinion, il les offrait en effet, mais il a été supprimé par un décret présidentiel de septembre 1872. La désignation des médecins pour le service hospitalier est donc remise entre les mains des bureaux de l'administration supérieure, le conseil de santé n'étant point même consulté à ce sujet. Si cette mesure avait pour but unique d'établir, entre les médecins, une alternance pour le service régimentaire et le service hospitalier, elle paraîtrait excellente; mais prise isolément, elle porte une atteinte grave aux intérêts bien entendus des malades en ce sens qu'elle supprime la seule épreuve scientifique imposée aux médecins, pour justifier de leur aptitude à exercer des fonctions scientifiques supérieures. Elle serait, au contraire, légitime si tous les médecins devaient, à un
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moment donné de leur carrière, venir prouver que, depuis leur sortie de l'école, ils ont su non-seulement se maintenir, mais encore acquérir de nouveaux titres scientifiques. Le concours admis pour une part dans l'avancement, ou mieux rendu obligatoire pour Irancliir un certain grade, permettrait de choisir indilféremment entre tous ceux qui l'auraient subi, et encore conviendrait-il d'agir avec discernement. Le conseil de santé des armées aurait seul la compétence voulue pour exercer une mission aussi délicate.
Les médecins « traitants » sont placés sous la direction du plus ancien d'entre eux, qui porte le titre de « médecin en chef; » ils sont assistés par des médecins aides-majors. Ces derniers peuvent même, en cas de besoin, remplir les fonctions de médecins traitants. Les pharmaciens sont de même placés sous les ordres du pharmacien en chef.
Le service administratif s'exécute par le corps des officiers (V administration , que le règlement provisoire de 1865 tend à placer de plus en plus sur un pied d'égalité avec le corps médical. Ce corps possède une hiérarchie propre, sans assimilation directe avec les grades de l'armée ; il se recrute parmi des sous-officiers qui, après avoir subi un stage dans une école d'administration à Vincennes, portent ensuite le titre d'élèves d'administration, avant d'atteindre le grade d'adjudant d'administration de deuxième classe, grade qui les fait ranger dans la catégorie des officiers. Nous professons une grande estime pour le corps des officiers d'administration, et pensons qu'il y aurait lieu de lui donner dans l'armée une place et une assimilation beaucoup plus définie, à la condition de modifier jirofondément son mode de recrutement.
Sous les ordres des officiers d'administration se trouve le corps des infirmiers militaires, digne de toute notre estime pour le dévouement dont il fait preuve chaque jour. Ces infirmiers se divisent en infirmiers « d'exploitation, » ce senties infirmiers ordinaires, et en « infirmiers de visite, » recrutés parmi les premiers, après avoir subi une initiation spéciale en suivant un cours d'instruction de &n mois au Val-dc-Grâce. Placés sous les ordres directs des médecins, ils sont attachés, par série de trois, aux divisions de malades, tiennent les cahiers de visite et exécutent, sous lé contrôle des médecins, les pan.sements simples et la petite chirurgie. Les infirmiers de visite jouissent d'une solde un peu plus élevée que celle des autres infirmiers, et d'une part un peu plus considérable dans l'avancement ; cette institution demande à être considérablement étendue, et comme effectif et comme avantages matériels attachés à cette fonction, car elle rend en tous temps, mais surtout en campagne, d'inappréciables services.
Enfin le personnel des hôpitaux comprend les aumôniers et les sœurs de charité ; la présence de ces dernières dans les hôpitaux militaires, justifiée par nos mœurs et par leur inaltérable dévouement, est loin d'être cependant aussi nécessaire que dans les hospices civils, dont les infirmiers ou infirmières laissent énormément à désirer.
En ce qui touche les hôpitaux militaires, nous ne dépasserons point ces rapides indications, renvoyant, comme nous l'avons dit, à l'article spécial de ce dictionnaire {Voy. HÔPITAUX militaires).
Fonctionnement du service de santé militaire en campagne. Le fonctionnement du service de santé militaire en camfjagne a été déjà décrit et étudié d'une façon complète et magistrale à l'article Ambulances de ce dictionnaire. Nul plus que le directeur du service de santé de l'armée d'Orient, notre cher et vénéré maître, Michel Lévy, n'avait plus d'autorité pour exposer les résultats de sa
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lonctue expérience, et plus de talent pour résumer une aussi vaste queslion en quelques pages. Nous ne reviendrons donc en aucun point sur ce qui a déjà été décrit et prions le lecteur de s'y reporter entièrement.
Malheureusement, depuis le moment où Michel Lévy rédigeait son intéressante étude, de nouvelles guerres ont ouvert un champ nouveau d'observations, dont nous serions bien coupables de ne point profiter. La guerre de la sécession américaine, les campagnes du Schleswig et de Bohème, enfin la désastreuse guerre 1870-71 doivent nous faire mesurer d'une part les progrès accomplis dans la « science médico-militaire », la Militair-Sanitàts-Wesen, par les grandes armées étrangèrt's, de l'autre notre immense infériorité. Tout d'abord, disons hautement que le corps de santé militaire français se déclare entièrement irresponsable des désastres sanitaires auxquels nous avons assisté. De tous temps, et surtout dejHiis la guerre de Crimée, ses membres n'ont cessé de protester contre la mauvaise organisation de nos services médicaux, surtout en campagne; il serait trop long d'énumérer ici tous les travaux, les rapports officiels ou officieux que les médecins militaires ont produits, cherchant à faire comprendre la vérité à ceux qui tiennent la puissance entre leurs mains, les conjurant de porter remède à une situation qui allait en empirant tous les jours davantage. Les Baudens, les Scrive, les Michel Lévy, pour ne parler que de ceux qui sont morts, n'ont point été écoutés. On n'a, peut-être, voulu voir dans leurs cris de désespoir qu'une simple tactique entreprise en vue des intérêts des corps dont ils étaient les chefs. Puis, lorsque par des travaux statistiques du plus grand mérite, Chenu a traduit en chiffres indiscutables, dont les unités sont malheureusement des vies humaines, le bilan de ce que coûte à l'humanité notre orgueilleux aveuglement, lorsqu'il nous a montré les résultats chirurgicaux des ambulances anglaises, américaines, allemandes, comparés aux nécrologes des ambulances françaises, on n'a rien fait. Lorsqu'il nous a fait voir comment, en Crimée, les Anglais ont su fliire disparaître le typhus de leurs camps alors que nous perdions nos soldats par milliers, par quels moyens, dans une campagne entreprise dans les régions tropicales où la fièvre jaune, la dysenterie, les fièvres pernicieuses se développent comme les produits naturels d'un sol en pleine fermentation, les Américains sont parvenus à maintenir cependant leurs troupes dans un état sanitaire supérieur à celui de l'armée française en France ! Alors encore on est resté indifférent, ou si quelque curiosité a fait parcourir ces travaux, bientôt on a pensé à autre chose, se laissant aller à la malheureuse légèreté de notre race, légèreté qui dans le cas spécial pourrait être qualifiée de criminelle, ainsi que le disait énergiquement Baudens en revenant de Crimée.
Les médecins militaires français n'ont pas eu un moment d'illusion lorsque la guerre de 1870-1871 a été entreprise; ils ont vu que, toutes choses étant restées en l'état depuis l'Italie et la Grimée, nos services sanitaires ne répondraient en aucune mesure aux besoins d'une guerre qui devait emprunter, à des armes de plus en plus perfectionnées, une puissance destructive toute spéciale. Ils savaient tout cela, mais que pouvaient-ils faire pour s'y opposer ? rien que de demeurer dans ce rôle passif que nos règlements leur imposent et d'attendre éternellement « des ordres, » qu'hélas ! on ne recevait plus dans ces ambulances encombrées de blessés, mais où l'on manquait de tout et où nous devions rougir devant l'étounement, quelquefois railleur, plus souver.*, douloureux, des médecins et des officiers de l'armée ennemie.
Nous espérons qu'une histoire médicale de la guerre '.1? 1870-1871 mettra une
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fois de plus en lumière tous les défauts de noire organisation sanitaire en campagne, organisation qui, à vrai dire, n'existe point, puisque rien n'ist préparé à l'avance et que les ambulances, les hôpitaux provisoires, les services d'évacuation, tout est à créer lorsque la guerre é. late.Le matériel existe, c'est vrai, mais il est répai ti dans vingt hôpitaux ou magasins dispersés sur tout le territoire, et ce matériel lui-même prête à la plus légitime critique. Le personnel existe aussi, mais hors de proportion avec les besoins, et de plus il faut le désigner, le luire venir des hopiloux, souvent du fond de l'Algérie; alors on appelle des médecins, des comptables, des pharmaciens, des infirmiers, ne se connaissant point les uns es autres, on les met sous les ordres d'un sous-intendant qui ne les connaît pas davantage, on ne leur donne parfois qu'un ou deux caissons alors que le règlement en alloue le double ou le tri] île, et on les pousse en avant ; on croit ainsi avoir une ambulance. Malheureusement, l'ennemi n'a pas attendu ce moment pour engager l'action, et des milliers de blessés sont déjà tombés, alors que le personnel des ambulances est encore en quête de sa destination, ou que ceux qui ont pu l'atteindre n'ont pas les moyens matériels de se rendre utiles. Nous n'avons rien exagéré dans ce tableau ; tel fut le spectacle que purent offrir nos ambulances au début de la campagne de 1870, de nombreux rapports en font foi. Dans la suite, on s'organisa quelque peu, et à l'armée de la Loire en particulier, on finit cependant par se reconnaître et fonctionner assez régulièrement, malgré des circonstances éminemment défavorables.
Nous n'avons donc à signaler aucun progrès accompli, en France, depuis la période où fut écrit l'article Ambulance de ce dictionnaire. Le Règlement provisoire de 1865 sur le service de santé reproduit les mêmes errements que par le passé ; au poini de vue matériel cependant, il convient de signaler la voiture Masson, voiture suspendue, à deux roues, portant deux blessés couchés, devenue partie intégrante du matériel français. Légère, maniable, suffisamment ventilée puisque ses parois sont en toile, elle constitue un mode de transport assez pratique en campa-ne ; néanmoins elle présente les inconvénients de toutes les voitures à deux roues ; son mouvement de va-et-vienl très-prononcé, cadencé sur la marche du cheval ou du mulet qui la traîne, ne laisse pas que d'être fort pénible, surtout si le blessé est atteint de Iracture du membre inférieur.
L'industrie privée a fourni, dans ces dernières années, d'assez nombreux modèles de voitures, brancards ou autres objets de matériel d'ambulance. La société française de secours au v blessés, la soeiélé des ambulances de la presse et d'autres les ont utilisés pendant la guerre, enfin la récente exposition de Vienne a servi de réunion à différents types que nous signalerons très-rapidement.
Les brancards à main, devant unir une très-grande légèreté à une résistance relativement assez prononcée, ne paraissent pas susceptibles de modifications capitales et cependant le nombre des types présentés en 1867 à l'exposition de Paris, puis à Vienne, en 1873, est fort considéralde. Ain-i que le fait remarquer judicieusement M. l'Inspecteur Legouest (Traite' de chirurgie d'Armée, 2^ éd. Paris, 187'2, p. 748) le brancard ne doit servir que sur le champ de bataille, comme moyen de va-et-vient entre le lieu du combat et celui oij le blessé reçoit un premier pansement méthodique. On doit donc le rendre aussi simple que possible, en le composant d'un fond de toile cloué sur deux hampes que l'on peut tenir écartées au moyen d'une traverse en fer rond, se fi vaut à l'une des hampes par un double anneau, sur l'autre par un crochet. Ce modèle existe, il se roule et se monte très-rapidement et ne pèse pas plus de huit à dix kilogrammes. On peut
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en faire construire un grand nombre par les ouvriers les moins habiles. 11 ne iant point confondre le brancard du champ de bataille avecle brancard-lit destiné à être placé sur les voitures ou dans les wagons de chemin de l'er ; ce dernier peut avoir moins de légèreté, mais il doit aussi être plus résistant, comprendre, comme, fond, un pelit matelas et posséder un appui-tèle. 11 serait bon que chaque armée pût adopter un modèle uniforme, de façon à pouvoir faire voyager le blessé sans jamais le déplacer, soit pour le mettre en voiture, soit en chemin de fer.
Les brancards à roues ont, un moment, joui d'une grande vogue, basée sur ce qu'un seul homme peut conduire un blessé à de grandes distances sans fatigue, mais leur utilité est contestable en campagne ; ce véhicule ne peut facil''ment rouler dans les terres labourées, donne au blessé de très-fortes secousses et ne trouve guère son emploi hors des villes ou des grandes roules bien entretenues. Enfin les brancards à roues, même ceux qui se démontent comme le brancard de Gablens, fabriqué par Fischer d'Heidelberg, sont toujours fort encombrants, trèslourds et peu stables. On ne saurait guère les employer que dans les villes, les camps ou les ambulances fixes, comme celles d'une armée immobjlisée par un siège ou par un investissement.
Les voitures à deux roues conviennent dans beaucoup de cas, mais comme nous le disions en parlant de la voiture Masson, il est difficile de leur donner beaucoup de stabilité et de combattre le mouvement de va-et-vient. L'industrie privée n'a du reste produit rien de supérieur au type réglementairement adopté dans l'armée française.
Les voitures à quatre roues destinées au transport des blessés peuvent être ramenées à trois types principaux : le type caisson, le type char-à-bancs, le type tapissière.
Dans le premier type, il faut ranger les voitures-omnibus qui font partie du matériel français ; d'un poids toujours assez considérable, ces omnibus ne peuvent guère transporter plus de deux malades couchés et trois assis sur le siège, ou dix à douze assis dans l'intérieur et trois sur le siège. Ils ne conviennent donc point pour les blessés graves. Le type char-à-bancs est léger, mais laisse les blessés absolument exposés à l'intempérie de l'atmosplière ; avec de légères modifications, il peut cependant se transformer en type-tapissière, qui paraît remplir plus paifailement le rôle auquel il est destiné. Aussi est-ce dans ce genre qu'ont été construites la plupart des voitures d'ambulance moderne. Les Américains les ont utilisées les premiers, les Anglais les ont adoptées dans leur matériel sanitaire; les meilleurs modèles du genre, sont : la voiture Howard, construite en Amérique, la voiture du baron Mundy adoptée par la société de secours française pendant le siège de Paris, une autre voiture également adoptée par cette société et qui a figuré sous ce titre à l'exposition de Vienne, elle peut transporter cinq malades couchés et trois assis, enfin la voiture Kellner pouvant contenir six malades couchés. ÎVons ne pouvons entrer ici dans la di'Scri|)tion de ces différents modèles et discuter leurs mérites relatifs; voici, en quelques mots, les conditions que doit remplir une lionne voiture d'ambulanre :
Les malades doivent reposer sur une sorte de brancard-lit recouvert d'une étoffe im(ierméable, avec matelassure et appui-tête ; ce brancard doit pouvoir être mis en place sans qu'il en lésulte des secousses, le système du glissement sur rails parait parliculièrement avantageux pour atteindre ce résultat Les malades doivent être, autant que possible, soustraits à l'action des chocs latéraux et des cahots et suffisamment abrités de la pluie ou du vent ; il est nécessaire cepen-
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dant d'assurer dans la voiture une large ventilation et c'est à quoi parviennent l'acilemenl les voitures tyjio-tapjssière. Outre les blessés couchés, la voiture doit pouvoir transporter deux ou trois blessés assis et deux intirmiers au moins. Une place étant réservée pour les sacs des hommes et leurs armes, il est bon de loger dans la voiture une petite réserve de moyens de pansement, quelques aliments, de l'eau et une boisson alcoolisée.
La voiture d'ambulance militaire ne saurait être trop légère, mais cette qualité ne doit pas èti^e obtenue aux dépens de la stabilité ; elle a besoin d'être solide et résistante, car elle est destinée à voyager sur des cliemins défoncés comme le sont en général les routes parcourues par les armées et les convois militaires ; enfin elle ne doit point avoir besoin de fréquentes réparations.
Il est facile d'arriver à construire, dans ces conditions, un type uniforme, en s'adressant aux hommes spéciaux; lorsqu'on le voudra, notre armée pourra donc remplacer son matériel par un autre, infiniment plus pratique que celui dont on s'est servi jusqu'à présent. Il serait déplorable que l'on construisit encore sur les modèles anciens.
Outre ces voitures destinées au transport des blessés, les ambulances comprennent encore des voitures d'approvisionnement de matériel. Notre caisson actuel décrit à l'article Ambulakce est lourd, peu maniable, il faut un tenqjs considérable pour y trouver les objets, répartis dans des paniers qui s'encastrent les uns dans les autres comme un jeu de patience. Le type pratique paraît devoir consister, pour les ambulances actives, en une voilure plus légère dont la partie postérieure peut s'ouvrir comme une armoire, en offrant immédiatement aux regards une série de tiroirs où tous les objets matériels se trouvent d'un seul coup d'oeil. Des caissons de réserve permettent toujours de remplacer l'approvisionnement en matériel de pansements et en médicaments.
On s'est préoccupé de la nécessité d'amener des vivres chauds à proximité des ambulances actives et quelques modèles de voitures-cuisines ont figuré dans les dernières expositions, les unes à quatre roues conmie celles qu'a construites Kellner, de Paris, d'autres à deux roues plus légères et plus maniables. Cette question mérite d'être sérieusement étudiée à nouveau.
Nous n'avons pas à signaler ici les cacblets et litières portés à dos de mulet, il en a déjà été question à l'article Ambulance.
En résumé, le matériel du service de santé peut être divisé en plusieurs catégories répondant aux besoins suivants :
1» Service sous le feu, enlèvement des blessés : brancards à main, cacolels, litières; dans quelques cas rares, brancards à roues, exceptionnellement voitures à deux roues. Comme moyens de pansement : sacs d'ambulance, cantines portées à dos de mulet, voitures-magasins très-maniables à deux ou quatre roues.
2° Service de l'ambulance de première hgne, ou place de pansement. Utilisation des ressources locales en paille, foin et objets de couchage ; brancards, lits, etc. Pour l'approvisionnement, caissons renfermant les objets de pansement, quelques médicaments, les instruments de chirurgie et les objets nécessaires à la cuisson d'aliments ; réserve de substances alimentaires.
5» Transport des blessés aux hôpitaux provisoires ou ambulances fixes : voitures à quatre roues, voitures de réquisition du pays, etc. Dans ces ambulances, utilisation du matériel d'exploitation contenu dans les caissons de réserve et utilisation de tous les objets de literie et de couchage à requérir dans la contrée.
L'installation et l'organisation de ces ambulances fixes, véritables hôpitaux
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provisoires sera reprise à l'article Hôpital militaire de ce dictionnaire. Le fonctionnement des andjulances actives françaises ayant été décrit à l'article ambulance et ne pouvant certes pas être proposé comme modèle, nous décrirons avec plus de détails le fonctionnement des ambulances des armées étrangères qui peuvent, au contraire, nous fournir d'utiles enseignements.
D. Évacuation des blessés et malades en arrière des armées. Nous donnerons à ce paragraphe une certaine extension, car le sujet qu'il traite est de ceux que les dernières guerres ont fait particulièrement étudier ; elles ont introduit un nouvel élément dans la stratégie moderne, celui des chemins de fer ; l'Europe en effet se couvre d'un réseau de voies ferrées dont les mailles vont en se rétrécissant de plus en plus, tandis que la périphérie s'étend tous les jours, en sorte que les sciences militaires se sont enrichies d'une nouvelle source d'études, celle de l'utilisation de cet élément nouveau au point de vue des opérations de la guerre. Si les chemins de fer peuvent servir à augmenter les effectifs des armées, en permettant de transporter de grandes masses de troupes à des distances considérables, ils jouent aussi un rôle plus humanitaire en leur fournissant un nouveau moyen de secours, en diminuant, dans une certaine mesure, la terrible consommation de vies humaines que la guerre occasionne.
Eu effet, dès qu'une armée entre en campagne, avant que le premier coup de feu ait été tiré, les malades ne tardent point à se montrer; ce sont tous ceux que les premières fatigues éprouvent au point de compromettre momentanément leur santé, qui ne sont point assez robustes pour se faire de suite à cette vie active que la plupart ne connaissent point encore ; ces premières affections ont, en général, peu de gravité : quelques jours de repos, l'inlluence stimulante qu'exerce sur le soldat le désir de faire son devoir, l'exemple des camarades suffisent le plus souvent pour remettre sur pied les hommes dont les forces ont trahi l'ardeur.
Peu à peu cependant, on voit survenir des maladies plus sérieuses; les influences telluriques, l'action prolongée de la chaleur ou du froid commencent à agir sur les troupes, et, dans les circonstances de campagne en ap|iarence les plus heureuses, en dehors même de toute épidémie, l'armée éprouve des perler sensibles, ses ambulances, ses hôpitaux se garnissent rapidement de malades. Si la campagne se prolonge avec ses fortunes variables, si les troupes sont forcées de stationner longtemps sur un môme sol, si les conditions matérielles d'existence deviennent plus difficiles, le médecin doit s'attendre à voir se propager des germes épidémiques nés sur place (dysenterie, fièvre typhoïde, typhus, etc.) ou apportés quelquefois de fort loin (choléra, variole, etc.).
Lorsqu'aux causes morbides permanentes qui sévissent sur une armée, viennent tout à coup sû joindre les nombreux blessés qu'amènent les combats livrés souvent à de courtes distances les uns des autres, on peut comprendre que, quelque nombreuses que soient les ambulances, quelque bien organisés que soient les hôpitaux et les moyens de secours, on verra nécessairement s'y produire l'encombrement. Or qui dit encombrement dans un hôpital ou une ambulance, dit aussi plaies blafardes sans tendance à la cicatrisation, érysipèle, pourriture d'hôpital, infection purulente; dans ces conditions il n'est plus de chirurgie ni de médecine possibles ; les opérations les plus habilement pratiquées marchent fatalement à une issue funeste, les plaies au début les plus légères se compliquent d'accidents aussi rapides qu'inexorables.
Si dans nos hôpitaux réguliers et en dehors de toute condition particulièrement
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grave, nous voyons trop souvent apparaître les phénomènes d'encombrement, combien plus encore devons-nous les rencontrer dans ces ambulances qui se multiplient à la suite des armées, autour des cliam|is de bataille. Il semble que toutes les condi/ions les plus désastreuses s'y rassemblent comme à plaisir : multiplicité des blessés, insuffisance d'espace pour ks réunir, moyens de secours et personnel toujours hors de proportion avec les besoins, épuisement des blessés par suite des fiitigues de la campagne et par celles du combat, voisinage du champ de bataille avec ses émanations pestilentielles. Bientôt, l'une et l'autre armée ont dîi remplir de leurs blessés toutes les maisons des villa,ges, tous les groupes d'habitation; chacune d'elle se transforme en un véritable loyer d'infection, la contrée tout entière devient pour ainsi dire encombrée, car l'on n'y trouve plus un seul point où le médecin puisse espérer des conditions meille* res, des chances plus favorables pour ses blessés.
Tel est, en peu de mots, le tableau que présentent toujours les ambulances après les batailles, tableau dont nous avons tous pu vérifier une lois de plus l'exactitude pendant la dernière campagne.
Dans cette terrible occurrence, il ne peut exister qu'une seule planche de salut ; la dissémination des malades et des blessés aussi largement pratiquée que faire se peut. Il faut évacuer au plus tôt et non pas sur les villes voisines, mais autant que possible à grandes distances, car un prochain engagement peut fournir un nouveau contingent de blessés et faire renaître le danger que l'on veut combattre. Si, par la nature de ses opérations, l'armée re^te stationnaire, comme pendant un siège par exemple, cette dissémination est peut-être encore plus indiquée, car, par le seul fait de son immobihté, elle ne tarde pas à voir naître des épidémies. Telle a été, pendant la campagne récente, l'histoire de l'armée allemande autour de Metz et autour de Paris ; malgré toutes les précautions prises avec cette régularité, cette méthode et cette intelligente sollicitude pour le soldat qui font honneur aux Allemands, leur armée a éprouvé des pertes fort considérables par la dysenterie et la fièvre typhoïde (typhus abdominal).
L'expérience ét;iit depuis longtemps faite pour nous ; notre armée a éprouvé en Crimée les mêmes phénomènes; ils se compliquaient, il est vrai, de l'épuisé, ment des soldats et de l'absence de moyens hygiéniques suffisants pour les mettre à même de combattre des influences morbides,
La dissémination des malades ou blessés est importante pour eux à plus d'un titre; elle tend essentiellement à les placer dans des conditions favorables à leur guérison; loin du théâtre des opérations, ils pourront être admis dans de vrais hôpitaux, abondamment pourvus en personnel et matériel, tandis que dans les ambulances, toutes les ressources sont en général précaires; dans les hôpitaux éloignés, les médecins, se trouvant dans des conditions plus normales, ayant à leur disposition des appareils multipliés qui ne peuvent que difficilement figurer dans les ambulances, seront libres d'agir avec calme, de tenter la chirurgie conservatrice, trop souvent impialicable en campagne; en un mot, la dissémination permet d'appliquer aux blessés les règles de la médecine moderne, qui regarde 1 hygiène comme le plus indispensable de ses moyens d'action. La dissémination des malades est encore importante pour le reste de l'armée, pour le soldat valide; il n'est pas bon qu'il conserve sous les yeux le triste spectacle qu'offrent les ambulances longtemps encore après l'action; le soldat doit être convaincu que, blessé ou malade, il recevra les soins que son état réclame, mais l'on ne doit point laisser son imagination se frapper à la vue des soufl'rances de ses ca-
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niarades ; du combat il doit, s'il e4 possible, ne voir que la gloire et n'emporter que le légitime orgueil du devoir accompli.
Avant la création des chemius de fer, les évacuations des blessés ou malades ne pouvaient eu général se faire qu'au moyeu de voitures; quelquefois on put utiliser la navigation fluviale ou maritime, et organiser plus ou moins bien un certiiiu nombre de bateaux pour le transport des malades, mais les circonstances où ce mode relativement beureux d'évacuation a pu être employé sont naturellement rares et tout exceptionnelles. En principe, il n'y a d'autre procédé possible que les voitures; celles qui font partie du matériel des ambulances et qui sont disposées pour ce but spécial sont, en général, en petit nombre et ne peuvent du reste s'éloigner beaucoup de l'armée où l'on en a besoin tous les jours. Le transport doit alors s'eflcctuer, en grande partie, par le moyen de voitures de réquisition de toutes formes et de toutes grandeurs, le plus souvent non suspendues. La seule transformation possible consiste à y placer quelques matelas ou une litière d ' paille et à y coucher les blessés, en les réparlissaut dans les véhicules les moins mauvais suivant la gravité de leurs blessures. Ou peut juger a priori, et plus encore par l'expérience de nos campagnes, des inconvénients nombreux de ce mode d'agir c|ui n'est, à tout prendre, qu'un expédient.
Lorsque les armées n'ont d'autres ressources que les évacuations par voitures, celles-ci sont nécessairement très-limitées. Chaque convoi n'enlève qu'un petit nombre de blessés, sa marche est fort lente, et quoiqu'on le fasse accompagner de médecins et d'infirmiers, il est fort difficile d'assurer aux malades les ^oius médicaux pendant la route ; c'est tout au plus si le service des vivres s'exécute convenablement. A chaque halte il faut décharger les voitures ; c'est une sérieuse perte de temps et une cause de souffrances pour les blessés. En somme, de pareils convois ne sauraient marcher plusieurs jours de suite et franchir des distances considéiables.
La grande difficulté sera toujours d'avoir, à un moment donné, des moyens de transports tels que la dissémination puisse s'opérer sur une large échelle. Les chemins de fer seuls peuvent suffire à cette tâche ; l'on peut arriver, par une bonne organisation, à les adapter à ce service d'une f;içon si parfaite, que le voyage soit pour le malade une période de repos et de réfection physique et morale.
Déjà à l'article Ambulance, il a été dit quelques mots des services rendus par les chemins de fer lors des évacuations de Crimée et d'Italie ; mais lors de la guerre de la sécession américaine ce service reçut une toute nouvelle extension. Pendant les premières périodes de la campagne, les armées du Nord, comme celles du Sud, se servaient pour le transport de leurs malades des wagons ordinaires à voyageurs ou à marchandises et durent constater les d('piorables conséquences de ce système d'expédients. Cependant, dès le mois de juin 1865, le docteur Letterman, médecin de l'armée opérant sur le Potoniac, ayant à évacuer 925 malades ou blessés avec un matériel considérable, de Fndericksburg à Wa>hington, établit de véiitables trains sanitaires entre la première de ces places et le port d'Aquia-Creek, où stationnaient les navires-hôpitaux. Il avait disposé les wagons de telle façon que les malades les plus graves pouvaient, sans changer de brancard, être placés dans les wagons en quittant Fredericksburg, débarqués à Aqiua et embarqués sur les navires; les plus lé^^èrement atteints faisaient le voyage eu chemin de fer, assis dans des wagons ordinaires. A chaque train sanitaire étaient attachés un certain nombre de médecins et d'infirmiers, pourvus
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d'objets lie pansement, en sorte que les soins médicaux se continuaient pendant la route. Vers la fin de i865, le gouvernement de l'Union, sur les propositions du docteur Harris, membre de la commission sanitaire, adopta un modèle de wagon pour le transport des malades dont l'état exigeait le maintien dans la position horizontale. Ou transforma dans ce but les wagons ordinaires des compagnies de chemins de fer, qui s'adaptent merveilleusement à ce service spécial. Ces voitures sont infiniment plus longues et plus hautes que les nôtres ; elles ne présentent point de compartiments à l'intérieur, mais constituent une sorte de grande pièce, où les sièges sont disposés de chaque côté de façon à laisser libre un passage à la partie médiane. A chaque extrémité de la voiture se trouve une plate-forme avec balustrade qui communique, par une porte, avec l'intérieur du wagon, et, par un pont-volant, avec la voiture voisine. Les voyageurs peuvent ainsi circuler d'une extrémité à l'autre du train, ce qui est indispensable en raison des grands trajets que parcourent les trains en Amérique. Cette même disposition a, du reste, été adoptée en Europe sur quelques lignes de Suisse et d'Allemagne, et beaucoup de personnes ont pu en apprécier les avantages.
De chaque côté du passage central on établit deux rangs de fortes colonnes massives en bois laissant entre elles l'espace nécessaire pour un brancard, et dont l'écartement mesurait exactement aussi la largeur d'un brancard. Entre ces colonnes on put ainsi placer les brancards, suspendus au moyen de forts anneaux en gutta-percha qui, embrassant les poignées du brancard, venaient s'appuyer sur de très-grosses chevilles en bois fixées dans la colonne. Comme les poignée" des brancards devaient nécessairement dépasser un peu les poteaux, il n'était pas possible de les placer tous à la même hauteur, aussi avait-on adopté une sorte de disposition alternante, en sorte que si entre deux colonnes il se trouvait ti^ois brancards superposés, entre les suivantes, on n'en plaçait que deux. Les dimensions des wagons américains permettaient de loger de chaque côté seize brancards, divisés en quatre séries de trois et deux séries de deux, et laissant encore au centre du wagon un large espace vide occupé par un poêle et quelques sièges. Le wagon tout entier pouvait de la sorte renfermer trente-deux malades couchés.
Les brancards dont on fit usage ressemblent assez à ceux qui font partie du matériel d'ambulance français ; ils consistent en une forte toile présentant de chaque côté et dans le sens de la longueur une coulisse dans laquelle on fait glisser une hampe arrondie terminée par des poignées. Lue pièce mobile en bois vient se fixer aux deux extrémités et maintient l'écartement entre les hampes. Les dimensions du brancard américain avaient été calculées de telle façon qu'au moyen des anneaux de gutta-percha on pouvait le suspendre également dans une voiture d'ambulance, dans un wagon ou dans un navire-hôpital; tout le matériel d'évacuation avait été disposé pour que le malade, enlevé sur un brancard du champ de bataille, pi'it, sans déplacements ultérieurs, voyager sur terre et sur eau sans avoir à craindre ces transbordements souvent pénibles, et qui constituent toujours une perte de tem[is. Les anneaux en gutta-percha rendaient de grands services; ils amortissaient singulièrement les chocs que l'on éprouve fatalement dans une voiture, même bien suspendue, ainsi que dans le meilleur wagon; l'élasticité des hampes du brancard, faites en bois à longues fibres, s'ajoutait encore à celle des anneaux, en sorte que le malade ne recevait en réalité qu'un minimum de secousses fort supportables. Au commencement, on se servait d'anneaux en fils de gutta-percha tressés; mais l'expérience fit admettre bientôt de forts an-
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neaux (Vuu lilus large diumètro et d'une bonne épaisseur qui résistaient assez bien au poids qu'ils avaient à supporter. Quelques-uns se ronqjirent néanmoins ; le même inconvénient a été signalé plus tard dans les trains sanitaires allemand», dont nous aurons à parler plus loin.
La ventilation et l'éclairage du wagon américain étaient assurés par de larges fenêtres garnies de vitres mobiles, percées de cbaque côté de la voilure, et par une sorte de claire-voie, disposée sur la partie centrale de la toiture, assez semblable par sa forme aux panneaux mobiles qui, sur les navires, envoient l'air et la lumière dans les salons situés dans l'entrepont; la partie verticale de ces claires-voies était seule garnie de petites fenêtres que l'on pouvait ouvrir sans que la pluie pût pénétrer dans la voiture. Lorsqu'il en était besoin, l'on n'avait enfin qu'à ouvrir l'une des portes ou les deux portes pour produire un violent courant d'air qui balayait l'intérieur de la voiture. Cette précaution était indispensable lorsque les trente-deux brancards étaient occupés par des malades et des blessés porteurs de plaies encore en suppuration.
Dans l'espace resté libre au centre de la voiture se trouvait un poêle qui servait à la fois pour la coction des aliments, la préparation des tisanes et le cbauffage du wagon. Ce poêle jouait aussi le rôle de \entilateur par le tirage qu'il exerçait • sur l'air contenu dans le wagon. Un certain nombre de voitures, réunies à la suite l'une de l'autre, constituaient un véritable bôpital roulant auquel étaient atlacliés des médecins, des intirmiers, souvent aussi des dames-infirmières, qui formaient amsi un personnel hospitalier complet, pourvu de tous les objets matériels nécessaires, tels que médicamenis, objets de pansement, provisions de vivres, etc. Une de ces voitures pouvait être attachée à un train oïdinaire et fonctionner séparément, ses dimensions lui permettant de renlermer, outre les malades, un personnel de service sulfisant pour les trente ou trente-deux personnes qu'elle contenait.
Nous avons décrit avec quelques détails ce wagon-ambulance dont les Américains ont su tirer un parti considérable, parce qu'il a servi de modèle aux trains sanitaires organisés plus tard eu Europe. A l'Exposition universelle de 1867, on en a pu voir im modèle réduit exposé, avec divers autres objets afférents au matériel des ambulances, par un médecin américain, le docteur Evans.
La création des wagons-ambulances lait honneur aux Américains; elle étut singulièrement facilitée du reste par la grandeur des wagons ordinaires à voyageurs, qui se sont parfaitement prêtés à une transformation, tandis que, dans les chemins de fer européens, on est toujours arrêté par l'exiguïté du matériel en usage sur nos voies ferrées.
En 1860, le gouvernement prussien mettait à l'étude la question du transport des malades sur les voies ferrées, en créant une commission chargée d'expérimenter les projets présentés par le docteur Gurlt, professeur de chirurgie à l'Université royale de Berlin. Dès les premières expériences, on se trouva arrêté par une difficulté matérielle : M. Gurlt proposait de suspendre dans les wagons des hamacs à peu près semblables à ceux que l'on emploie à bord des navires, mais il se trouva que les plafonds des wagons n'avaient pas la résistance nécessaire pour supporter le poids des hamacs; les crochets auxquels il lallait les suspendre ne se lixaient point suffisamment dans la toiture, ou bien celle-ci ci'dait sous l'efiort. On parvint cependant à vaincre cette première diftlculté, mais il s'en présenta de nouvelles : lorsque le train se mettait en marche, les malades, couchés dans les hamacs, se trouvaient soumis à une sorte de balancement laté-
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rai occasionné par le monvement de lacet du wagon, perceplililc niùmc an contre du train et sans nul doute exagéré par ce l'ait que les hamacs reposent simplement sur deux points ; puis, lorsque des chocs vi^naient à se produire, lors de la mise en route, des arrêts, ou même pendant la marche, les hamacs se heurtaient les uns contre les aulres et même contre les parois du wagon, ce qui est fort dangereux lorsque l'on a affaire à des hlessés. Enfin, il nous senihlo que, d'une façon générale, le hamac ne convient en aucune façon au transport des hlessés; dans le hamac, l'homme est toujours couché sur une surface courbe, il est impossible d'y placer un individu atteint de plaie, surlout lorsque celle-ci a nécessité l'application d'un appareil. Sur les navires, on a pour ce service recours à des cachées, c'est-à-dire à des hamacs très-larges, dont le fond est constitué par un cadre en bois à fond de toile, en sorte que, malgré la suspension, la courbure ne peut se produire ni en long, ni en large. On pourrait donc, à la rigueur, employer les cadres dans les wagons, mais on n'éviterait ni les chocs, ni ce mouvement de lacet qui, dans les expériences faites en Allemagne, a été siilfisant pour donner le mal de mer aux individus transportés.
La commission chercha en vain à modifier le mode de suspension des hamacs ; elle dut abandonner ce système et se borner à en recommander un autre plus simple en apparence: celui de recouvrir le plancher du wagon d'une é[)aisse couche (le paille et d'y étendre les malades les uns à coté des autres, en les plaçant toutefois chacun sur une paillasse séparée. Les paillasses devaient être munies de chaque côté de trois fortes brides de toile, dans lesquellej on pouvait passer des hampes de brancard. Le malade se trouvait ainsi enlevé du champ de bataille ou de l'ambulance, embarqué dans le train, et débarqué à l'arrivée, sans changer de matelas.
Une instruction du ministère de la guerre prussien, en date du 1<"' juillet 1861, réglait le transport des blessés et malades sur les chemins de fer. En voici le résuné : 1" les blessés peu gravement atteints, en particulier ceux dont les blessures siègent aux membres supérieurs, seront placés dans les wagons de 1''% 2'^ ou 3^ classe, selon la gravité du cis et aussi suivant le grade du militaire; l'on aura soin, dans tous les cas, de les faire asseoir de façon que la plaie soit dirigée du côté de l'intérieur du compartiment, afin que l'homme puisse confortablement s'appuyer dans un coin ; 'i" Les blessés graves, ceux en particulier qui sontalteints des plaies des membres inférieurs, seront placés dans des fourgons à bagage que l'on matelassera avec de la paille comme il a été dit plus haut ; 5° Chaque fourgon doit recevoir six a huit blessés, trois couchés de chaque côté dans le sens «le la longueur et deux dans les intervalles. L'espace laissé libre entre les litières est réservé aux gens de service; A" La désignation de ce personnel doit être laissée au médecin ; mais, en principe, pour cent malades graves, il n'y aura pas moins de un ou deux médecins et quinze aides de santé. On ne devra remplacer les infirmiers par des soldats des compagnies sanitaires que dans les cas d'urgence et lorsque leur retour sera assuré ; enfin il est bon d'employer toujours les mêmes agents pour le service; 5' Les voitures occupées par les blessés doivent tenir le miheu du train, afin d'éviter le mouvement de lacet Le transport s'elfectueri à giande vitesse ; l'on ne s'arrêtera que pour prendre de l'eau ou dans des cas exceptionnels. Les fenêtres resteront ouvertes sous le vent, pour donner l'air et la lumière. Les médecins doivent être munis de tous les objets nécessaires pour faire des pansements, arrêter des hémorrhagies et faire face à des besoins imprévus. Les infirmiers obéiront absolument aux instructions que donneront les
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médecins; dans un cas grave, ils pourront faire arrêter le train en hissant sur le watTon un diapean spécial ; 6° les coni);agnics de chemins de l'er et. les chef- de gare seront prévenus de l'airivée du i,rain, afin de (Tendre leurs dispositions, faire procéder rapidement an déchargement des malides, et renvoyer sans délai au point de dépari le personnel et le matériel du train sanitaire.
Tendant la guerre des duchés (18G4) et celle de Bohème (1866), les Prussiens ont suivi ces précédentes instructions qui leur ont permis défaire en arrière de leurs armées de nombreuses évacuations ; cependant ils reconnurent bientôt que ce service exigeait encore de nouvelles améliorations et que, en particulier, le mode de couchage était essentiellement défectueux; aussitôt après la paix, ils se mirent à préparer un nouveau matériel et à étudier la question encore plus à fond.
Pendant cette même guerre de 1866, l'armée autrichienne avait aussi fait usage de wagons pour transporter ses blessés, mais on les avait, comme en Prusse, simplement couchés sur le plancher de la voiture, préiilahlenient garni de paille. Le baron Mundy, qui a eu charge de l'aménagement de ces trains et de la direction de ce service, n'iiésitepas à déclarer combien cette lilière de paille est insuffisante; sous le poids du malade et par suite du mouvement de trépidation qui est une conséquence forcée de la marche, elle ne larde pas à se déplacer, à se tasser ; au bout d'un ou deux voyages, elle ne forme plus qu'une couche insuffisante pour amortir les chocs ou constituer un couchage approprié à des blessés. Il faut alors la renouveler ; or, en temps de guerre, ce n'est pas toujours chose facile que d'avoir, à portée, de grands approvisionnements de paille. Enfin, il est encore un autre inconvénient : les malades étant tous couchés à terre, les médecins et les aides doivent s'accroupir pour faire les pansements, pour leur donner des soins ; ils gardent ainsi une position iort gênante dans laquelle on est toujours plus ou moins maladroit; c'est peut-être là un faible désavantage, mais il mérite d'être pris en considération, car il ne permet pas d'assurer aux blessés tous les soins dont ils ont besoin.
Aussitôt après la campagne de Bohême, le gouvernement prussien, plus convaincu que jamais de la nécessité d'organiser le service médical de ses armées, avait nommé à cet effet une commission de médecins, renlermant toutes les illustrations militaires et civiles, dont les propositions, bientôt formulées, lurent suivies d'une série d'ordonnances royales: celle du 20 février 1868 et celle du 29 avril 1869, en particulier, règlent le service médical des armées allemandes sur le pied de paix et sur le pied de guerre.
M. le docteur Esmarch, membre de cette commission, s'était spécialement chargé de l'organisation du service de transport sur les chemins de fer. Il résolut d'appliquer en Allemagne les principes qui avaient présidé à l'organisation des trains sauilaires en Amérique, et s'entendit à ce sujet avec le con>tvucteur de ces trains, alors de passage en Allemagne, aussi bien qu'avec les principales compagnies de chemins de l'er. On reconnut que les wagons wurlembergeois se prêtaient parfaitement à la translbrmation ; ils mesurent,, en effet, 58 à 59 pieds (11"',80 à 12"') de long sur 8 à 9 de large (2'", 50 à 2">,80), et sont moiilés soit sur quatre, soit sur huit roues. Les sièges, dispo>és perpendiculairement à l'axe, laissent entre eux un passage communiquant avec deux portes placées aux extrémités de la voiture, en sorte que, grâce aux perrons qui relient entre eux les différents wagons, il est facile de circuler d'une extrémité du train à l'autre. On n'a donc plus qu'à enlever les sièges pour avoir à sa disposition
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de vérilablos cliambres, qu'il est facile tle transformer eu liôpital roulant. La commission proposa aux ministres delà guerre et du commerce d ordonner la construction de semblables voitures en vue d'une guerre prochalm, et bientôt, en effet, les chemins de fer hanovrieiis furent pourvus de ce nouveau matériel. Les voitures sont longues de24 pieds (7'°, 50), larges de 8 pieds (2"\o0) et hautes de 6 (l'",90) ; elles constituent la ([uatrième classe, destinée à ne pas recevoir de sièges, les voyageurs restant debout pendant le trajet, ainsi qu'il en était dans nos voitures de troisième classe, au début des chemins de fer, vers \ 845. Au point de vue de la transformation ultérieure, cette absence de sièges est un avantage de plus.
Au mois de juin 1868, soixante-dix voitures, nouveau modèle, avaient déjà été construites; leur nombre fut bientôt encore augmenté: l'on transforma aussi d'anciens wagons hanovriens, en sorte que, au momentde la guerre de 1870, le ministère de la guerre pouvait disposer de 200 wagons aptes à recevoir des malades.
La transformation adoptée par la commission fut la suivante: elle adopta le principe de suspension des Américains, et, pour cela, fit disposer dans les voitures quatre couples de colonnes en bois le long de la paroi extérieure ; les deux couples extrêmes sont distants de la paroi terminale de 7 centimètres seulement, mais ils présentent entre eux un intervalle moyen de 2'", 25 à 2", 40, trèslargement suffisant pour un brancard ; les deux colonnes faisant partie d'un même couple sont écartées l'une de l'autre de 70 centimètres, et comme les poutres ont elles-mêmes 7 centimètres d'épaisseur, on peut doimer au brancard une largeur de 77 centimètres, très-suffisante pour le couchage d'un malade.
Le mode de suspensiondes brancards, qui fut adopté après de nombreux essais, présente un perfectionnement par rapport au système américain. Dans ce dernier, l'anneau de gutta-percha embrasse à la fois la tige fixée dans la colonne et la hampe du brancard ; elle s'use assez rapidement et peut accidentellement sa rompre. On modifia heureusement cette disposition, en passant un anneau de cuir autour de la hampe et en garnissant de cette substance l'anneau en fer fixé dans la colomie ; la gutta-percha ne frotte plus dès lors que sur du cuir et il paraît que, grâce à cette précaution, elle résiste beaucoup plus et ne se rompt que très-exceptionnellement. Du reste, dans beaucoup de ces wagons, et pour prévenir tout danger, on avait eu soin de fixer des barres horizontales de fer entrj les colonnes, en sorte que, en cas de rupture des anneaux, le brancard tombait sur ces barres et non sur le brancard inférieur.
Dans chaque espace longitudinal entre les colonnes, on peut loger deux brancards superposés en alternant leur hauteur, c'est-à-dire que les brancards des espaces extrêmes se trouvant sur une même ligne, ceux de l'espace intermédiaire leur sont un peu inférieurs ; c'est, du reste, une disposition nécessaire pour permettre aux hampes des brancards de dépasser un peu la colonne.
Les brancards, essentiellement constitués par un fort cadre de bois à fond de toile, présentent à l'une de leurs extrémités une partie mobile qui se relève et se fixe au moyen d'une tige garnie de plusieurs dents, en sorte que le malade peut avoir la tête plus ou moins relevée, suivant son désir ; ils sont également garnis de pieds, afin que le malade ne touche pas le sol lorsqu'on pose le brancard à terre, et de rebords qui l'empêchent de tomber aussi bien quand on le charge que lorsqu'il est suspendu.
Chaque wagon peut contenir seize malades couchés, et si l'on compte que le
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trouvernement allomaml possédait 200 wagons de ce modèle, l'on arrive iî calcvi- 1er que, dès le début des hostilités, il y avait o,200 places assurées sur les chemins de fer pour le transport de ses blessés. Pendant la guerre, ces nombres ont considérablement été dépassés.
Les vvagous communiquent tous entre eux bout à bout, mais il n'est pas toujours commode d'y introduire les brancards lorsqu'ils sont réunis eu train ; il est préférable, pour charger le wagon, de le détacher, et l'éloigner un peu de son \oisin; les porteurs de brancards arrivent alors sur la voie, et, plaçant leur lardeau dans l'axe de la porte, le font très-facilement glisser sur la plate-forme, puis de là dans l'ultérieur de la voiture.
L'instruction du 26 avril! 869 prescrit dans ses paragraphes oôà-iS.aini que dans ses annexes 12 et 13, toutes les dispositions qui doivent régir le service des évacuations, ses rapports avec celui des étapes, le choix du persoiuiel accompagnant les évacuations, etc. A propos de la désignation des malades, des soins dont ils doivent être entourés, elle entre dans dus détails que nous trouverions peut-être souvent minutieux, mais qui ont cet immense avantage de ne rien laissera l'imprévu et de bien tracer à chacun sa ligne de conduite, en sorte que, au moment de l'action, il ne règne aucune incertitude. Eu campagne, la part de l'imprévu s'impose d'elle-même ; il faut, disent les Allemands, la diminuer, par avance, autant que possible, et, s'il se peut, réglementer même les exceptions, qui ne tardent pas à se montrer.
Nous allons, du reste, voir, par l'étude du service des évacuations de l'armée allemande, en 1870-71, les avantages remarquables qu'ils ont retirés de cette façon de comprendre leur devoir.
Le service des évacuations de malades ou blessés en arrière des armées est iutiniement lié, dans l'armée allemande, au service général des étapes, dont il convient de dire ici quelques mots.
Chaque corps d'armée allemand possède, dans l'étendue de sa circonscription territoriale, un point fixe, ordinairement situé dans une localité importante, qui sert de concentration au corps d'armée; de là partira tout ce qui doit être envoyé au corps d'armée mobile, là viendra aboutir tout ce qui en revient, c'est YEtappen- Anfangs-ort ; le long de la route, qui rejoint ce point au corps d'armée, sont installés des gîtes d'étapes {Etappen-ort) , éloignés de 20 à 24 kilomètres les uns des autres si la route suit une voie ordmaire, de 150 à 200 kilomètres si elle suit, au contraire, une voie ferrée ; dans ce cas, les gîtes d'étapes prennent le nom à.'Eisenbahn-Ef,appen-ort. A l'extrémité de la route, du côté de l'ennemi, existe un point de concentration nommé Etappen-Haupt-ort, oi!( l'on réunit les troupes et les objets matériels destinés au corps d'armée ou ceux qui en revient nent. Ce dernier point ne se trouve pas dans la sphère même d'action des troupes, mais aune ou deux journées de marche en arrière ; si le corps d'armée lait un mouvement en avant, son Etappen-ort se déplace et vient toujours se placer en arrière de lui.
A la tête du service général des étapes de l'armée se trouve un officier général avec le titre d'inspecteur général des étapes ; il est pourvu d'un nombreux étatmajor dans lequel figurent en particulier, outre des officiers de chaque service, un directeur des chemins de 1er, un intendant d'éla; es, un médecin en chef des étapes, un directeur des télégraphes, un directeur des postes, etc. Chacun- de ces fonctionnaires est responsable de la bonne exécution du service et donne des ordres aux i'oucliounaires analogues des étapes. Du reste, dans chaque corps
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d'armée, îl existe un inspecteur des étopes ayant rang de commandant de régiment, assisté d'olficiers et de fonctionnaires spéciaux pour chaque service L'inspecteur des étapes d'un corps d'armée ressort directement de l'inspecteur général des étapes, mais si son corps d'armée est ajipeléà agir isolément, il ne dépend plus que du général en cli&f et prend dès lors toute la responsabilité de sa propre ligne d'étapes.
Cliaque gîte d'étapes, placé sous les ordres d'un commandant d'étapes, renferme des magasins spéciaux d'approvisionnement et de vivres ; il doit, à la fois, veiller à la sécurité de la ligne et du pays environnant, maintenir le bon ordre dans les- convois à leur passage, leur fournir les vivres dont ils ont besoin, recueilles malades et concourir au service général des évacuations sanitaires. Chaque gîte d'étapes possède, dans ce but, un hôpital |)rovisoire dont l'importance varie singulièrement suivant les localités, mais qui, en principe, doit exislerpartout.
Les évacuations sanitaires par voies leirées sont placées sous la direction générale du médecin en chef des élapes de l'armée; mais pendant la can)pagne 1870-71, l'importance considérable de ce service avait nécessité la création de commissions spéciales d'évacuations àWissembourg et Forbach, c'est-à-dire aux points oià Us trains pénétraient sur le territoire ennemi, et à Épernay qui, par sa situation centrale et le nombre des voies ferrées qui y convergent, pouvait être regardé comme lieu général de réunion pour les trains sanitaires.
Chaque train devait, en principe, arriver à vide à Wissembourg ou Forbach ; la commission des évacuations, mise au courant des besoins de chaque corps d'armée, le dirigeait soit vers Epernay, soit aussi vers d'autres points spéciaux ; en général, les trains gagnaient cependant Épernay, puis se mettaient en route pour aller faire leur chargement dans les hôpitaux provisoires des corps d'armée. Au retour, ils passaient de nouveau par Wissembourg ou Forbach, et recevaient des instructions qui leur indiquaient leur itinéraire en Allemagne, les hôpitaux de réserve oij ils devaient déposer leurs malades. Pendant la route, ils se mettaient, dans chaque gîte d'étapes important, en communication avec le commandant et le médecin, recevaient de nouveaux malades, s'il y avait lieu, et déposaient ceux dont l'état ne permettait pas un plus long voyage ; ce fait ne se produisait, il est vrai, qu'exceptionnellement.
En principe, Épernay était regardé comme point de départ général de tous les trains sanitaires ; les lazarets de campagne télégraphiaient à la commission le nombre de malades qu'ils désiraient évacuer, et on leur envoyait des trains suivant les besoins; 'Wis>emhourg et Forbach avaient plutôt pour mission de rép;u'tir les malades dans les divers hôpitaux d'Allemagne. Les circonstances de la guerre et l'immense ligne qu'occupaient les armées allemandes ne permirent pas toujours de s'en tenir à ces instructions ; les commissions de Wissembourg ou de Forbach devaient quelquefois envoyer directement les trains vers le théâtre de la guerre, par exemple pour l'armée du général Werder, pendant ses opérations autour de Bellort et en Bourgogne ; au retour, il n était pas non plus possible de revenir toujours par Épernay, mais aucune circonstance ne s'opposait à gagner Wi.-serabourg ou Forbach. Après le rétablissement du pont de Kelil, quelques trains bavarois ou badois passèrent néanmoins la frontière à Strasbourg.
Cela dit comme ensemble du service des évacuations, nous étudierons en particulier les principaux détails des trains sanitaires.
Pendant la guerre, 'il trains sanitaires ont transporté les malades et les blessés de France en Allemagne, à savoir: 9 trains prussiens^ 1 saxon, 1 hanovrien.
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1 rhénan (de Cologne), 1 hessois (de Mayence), 4 bavarois, 2 wurlembergeois, 1 badois et 1 b:imbourgoois. Ces trains ont été pour la plupart organisés en |;arlie par radmmistrat.on de la guerre, en partie par les sociétés de secours ou les comités locaux ; l'assistance volontaire s'est généralisée en Allemagne, mais, beaucoup mieux comprise qu'en France, elle n'a pas cherché à s'isoler de l'élément militaire et à fonctionner comme un service spécial. Le gouvernement allemand acceptait largement les services des sociétés de secours, ie matériel et le •|icrsortiiel qu'elles lui offraient, mais en se réservant le commandement le plus absolu sur toutes choses ; il a évité de la sorte les difficultés sans nombre contre lesquelles nous avons eu à réagir pendant la guerre, cette sorte de lui te ouverte entre les services sanitaires auxiliaires et les services réguliers, lutte dont le résultat est toujours au désavantage des malades.
Une fois org.misé, le train sanitaire allemand passait sous les ordres de l'autorité militaire et conservait cette situation depuis le premier jour jusqu'au dernier.
Le mode d'aménagement de cba(|ue train variait un peu suivant sa provenance ; on n'avait pas suivi dans leur installition un modèle uniforme; les Bavarois, en particulier, s'étaient notablement écartés du type adopté par l'Allemagne du Nord.
Un train sanitaire prussien se composait, en général, de 27 voitures, comprenant: 20 wagons îi malades, l wagon-salon, 1 wagon à voyageurs, 1 wagon de provisions, 1 wagon-cuisine, 2 fourgons à bagages et 1 wagon-plate forme pour le charbon; les 20 wagons à malades, provenant des lignes banovriennes, avaient été transformés chacun suivant le type que nous avons décrit plus haut, mais auquel on fut amené à apporter quelques modifications imposées par l'expérience.
Au lieu de placer seize lits, on n'en avait logé que dix, répartis sur deuv hauteurs, six d'un côté et quatre de l'autre ; l'espace resté libre du côté où il n'y avait que quatre lits était occupé par un poêle de tôle garni de briques, destiné au chauffage du wagon, et par une petite table ; entre les deux rangées de brancards, il restait un espace assez large pour que la circulation fût facile ; le plancher du wagon était recouvert de toile cirée que l'on dut, pendant les grands froids, remplacer par des paillassons.
Le chauffage est indispensable dans les wagons pendant la saison rigoureuse; il offre moins de danger qu'on ne l'aurait cru au premier abord, et aucun accident n'a été signalé de ce fait ; les poêles garnis de briques remplissent l)ien leurs indications, à condition de brûler de bon charbon et de bien disposer le système des grilles, afin d'avoir un tirage énergique. Le wagon-plate-lornie sert au transport du cliarbon, qu'il faut toujours en approvisionnement suffisant, car sur les lignes ferrées, on ne trouve souvent que des briquettes ou de l'anthracite. Sur le poêle, est placé un vase avec de l'eau qui, par son évaporation, maintient l'atmosphère ambiante dans un état suffisant d'humidité, et, de plus, permet aux gens de service de fournir les malades d'eau chaude pour les besoins de propreté ou pour les pansements.
Mi Wasserfuhr {voy. "Wasserfubr : Vier Monaten auf einem Sanitats-zuge, mémoire extrait du Viertelsjahnschrift fur offentliche GesundlieitspfJege, et traduit par le docteur Moraclie, in Annales d' hyc/iène et de médecine léjale, "vol. XXXVn, Paris, 1872.) s'est fort bien trouvé du système de suspen.>îion par les anneaux de gutta-percha ; quatre ou cinq seulement se sont rompus dans l'espace de plusieurs mois, et cela lorsque deux malades s'asseyaient à la fois sur un des brancards inférieurs ; c'est là un inconvénient qu'il importe de prévenir,
mais que l'on ne peut toujours éviter, car les malades se fatiguent d'être toujours couchés, et l'exiguïté du wagon ne permet pas d'y iilacer des sièges. Les brancards mis on usage satisfont aux indications ; dans quelques trains on leur a ajouté un appui pour les pieds : c'est un mince avantage, tandis qu'ils ont 1 inconvénient de rendre l'appareil moins maniable pour les déchargements et de diminuer l'intervalle, déjà fort restreint, entre les deux brancards. Ceux-ci ont toujours été garnis d'un bon matelas, de draps et de couvertures de laine ?;e2a'es ; sans doute, plus le matelas est épais, meilleur il est, mais il ne faut pas non plus tomber dans l'excès contraire, car on diminue ainsi l'espace libre, ce qui gène considérablement les malades. Déjà, après un long usage, les courroies se relâchent, le fond du brancard se creuse, en sorte que la couche n'est plus horizontale, mais concave.
Il est bon de désigner chaque brancard par une lettre de l'alphabet, apposée sur la paroi du wagon ; ceux-ci devant être distingués les uns des autres par un numérotage, les lettres conviennent mieux pour les brancards ; le service des infirmiers et celui des médecins même sont singulièrement facilités par cette petite précaution.
L'éclairage du wagon s'effectuait dans les wagons prussiens par le moyen de deux lanternes à huile suspendues à des coins opposés de la voiture ; il est nécessaire d'avoir aussi de petites lanternes à main, ou mieux de petits bougeoirs bien disposés, car l'on est souvent obligé de panser les malades pendant la nuit, et, bien souvent même, il faut changer de train sans attendre le jour.
Dans un wagon bien aménagé, il doit se trouver un emplacement pour les sacs des hommes, leurs armes, leurs menus bagages ; dans les wagons prussiens on ne trouvait qu'une planche de trois pieds de long sur ini seul de large, ce qui était fort insuffisant: aussi M. Wasserfulir propose-t-il de disposer dans les voitures des filets comme ceux que l'on trouve dans les wagons à voyageurs, d'utiliser les moindres emplacements pour y loger des planchettes, y accrocher bien solidement quelques porte-manteaux ; tous ces travaux doivent être faits avec le plus grand soin, car, une fois en route, on ne peut que difficilement se procurer des objets de remplacement.
Parmi les malades transportés se trouvent souvent des officiers ; il est difficile de les placer dans les mêmes voitures que les soldats ; dans le train prussien n" 5, on avait disposé pour cet usage un wagon spécial dans lequel, en supprimant deux ou quatre lits, on ménageait un espace suffisant pour une table de toilette et deux chaises ; c'est là unluxe bien modeste, que l'on peut se permettre pour des officiers.
Les 20 wagons des trains prussiens, complètement remplis, pouvaient renfermer 196 malades couchés (19 à dix places et le wagon d'officiers à six); les trains d'autre provenance n'étaient })as tous aussi bien fournis et comprenaient, en général, quelques wagons ordinaires pour les blessés légers qui pouvaient supporter le voyage dans les conditions ordinaires. On jugera, du reste, de leur composition par la courte énumération suivante :
Les deux trains wurtembergeois, Ibrmés de longs wagons h huit roues, étaient aménagés d'après le système prussien ; dans chaque voiture, quatorze ou seize brancards se trouvaient suspendus au moyen d'anneaux de gutta-percha ; les trains comprenaient en outre 1 wagon-(;uisiiie, 1 wagon d'approvisionnements, 1 fourgon à bagages et une voiture pour le personnel dirigeant. Ils pouvaient recevoir chacun 160 malades.
MILITAIRE (service de santé). lUl
Le train liessois de Mayence était formé au moyen de wagons à marcliandises renfermant chacun 8 brancards sur deux hauteurs, suspendus comme dans les trains prussiens ; mais on y avait disposé, en outre, quelques bancs pour des blessés légers ou des convalescents. Ces wagons n'étaient pas pourvus de perrons, en sorte que la communication n'était pas facile pendant la marche. L'air et la lumière ne pénétraient que par la large porte latérale, plus ou moins fermée au moyen d'un rideau. Outre 20 Avagons de cette espèce, le train comprenait en outre 2 wagoys-cuisine, i wagon-salon pour les médecins, 1 wagon pour les infirmiers ou infirmières, \ wagon d'approvisionnements et 1 fourgon. Il pouvait contenir 160 malades.
Le train rhénan de Cologne se composait de 16 voitures à marchandises à 8 lits, 2 voitures à voyageurs à 12 lits, 3 wagons de troisième classe pour 52 malades voyageant assis, 1 wagon-salon, 5 voitures pour le personnel et o voitures pour cuisine et magasin. Il ne renfermait que 152 lits, mais pouvait transporter en outre 9G convalescents dans les voitures de troisième classe.
Le train de Mayence et celui de Cologne forment une sorte d'intermédiaire entre les wagons-ambulances système prussien et les wagons bavarois. Les Prussiens, ayant à transport erun nombre considérable de blessés et de malades graves ne destinaient leurs trains qu'aux gens assez gravement atteints pour garder le lit; ds formaient avec leurs blessés ou malades plus légers, des trains ordinaires à voyageurs, dans lesquels on ne donnait en route que fort peu de soins aux individus transportés ; ils étaient nourris et pansés, s'il y avait lieu, dans les ambulances de gare, par les médecins d'étapes.
Les Bavarois, au contraire, admettaient dans leurs trains sanitaires à la fois des wagons-ambulances et des wagons ordinaires. 11 semble que les Prussiens aient été un peu jaloux de la bonne installation des trains bavarois. Le docteur Peltzer. dans son très-remarquable mémoire (Peltzer : Die Deutschen Sanitatszûge und derDienst aïs Elappen-arzt. Berlin, 1872, pages 18 et suivantes) donne deux raisons de cette diiïérence : en premier lieu, les corps d'armée bavarois auraient eu pendant la campagne, beaucoup moins de blessés et de malades graves que les Prussiens ; en outre, ils auraient opéré, en général, à moindre distance de leur pays, et, par suite, de leurs hôpitaux de réserve. Nous ne comprenons pas fort bien ces deux raisons, car le 1" corps bavarois, sous les ordres du général Von der Thann, prit part à la "campagne de la Loire, combattit à Conlmiers et eut singulièrement à souffrirdans sa retraite et dans son retour offensif ; le 11 décembre, il dut même être envoyé en entier à Orléans, pour s'y refaire; à cette époque, l'effectif présent étant de 19,611 hommes, le nombre des malades et des blessés s'élevait à 10,290 ! Quant au 2'*corps( von Hartmann), après avoir participé aux batailles de Wissembourg, Wœrth et Sedan, où il éprouva des pertes considérables, il fut appelé attour de Pans et fut engagé dans plusieurs combats, notamment aux combats du Plessis-Piquer et du Petit-Bicètre.
La statistique officielle de la campagne est en désaccord avec les assertions de M. Peltzer, les Pius.>iens ont en une moyenne de 14 p. 100 de blessés, les Bavarois, 14 9 p. 100. {Voij. Engel.Di'e Verluste der deulschen Armeen, etc. Berlin, 1872).
Toujours est il que les trains sanitaires bavarois étaient mieux organisés que les trains prussiens. Leurs aménagements et leur fonctionnement se trouvent décrits avec détail dans uu intéressant mémoire de M. Rciiihold Ilirscliberc (voy. Ueinhold Hiitcliberg, die Bayerischen SpUahaye un DeiUsck-franzosicheji WCT. ESC. 2° s VllI. 11
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Kriege. Mûnchen, 1872), accompagné de douze magnififfues planches, qui font de cet ouvrage l'un des travaux les plus complets sur la question des trains sanitaires.
Après quelques tâtonnements, chaque train bavarois fut composé de : 15 voitures à voyageurs contenant chacune 5 lits, disposés comme nous le disons plus bas ; 7 voitures à voyageurs de deuxième et troisième classes chauffées àla vapeur ; 1 wagon disponible pour parer aux éventualités de la route ; 1 wagon pour le personnel dirigeant ; 6 wagons d'approvisionnements, de cuisine, de matériel, dont l'un comprenait l'apiiareil de chauffage à la vapeur ; 1 wagon-plate-forme pour le chiu'bon et le bois, en somme ; 29 voitures.
Les wagons à voyageurs des lignes bavaroises sont assez courts, en sorte que l'on ne put y placer que cinq lits, dont trois d'un côté et deux de l'autre, laissant alors un espace libre pour le poêle et quelques ustensiles. Les lits n'étaient point suspendus, mais leurs pieds reposaient sur des ressorts en acier, assez semblables à ceux des voitures, ce qui donnait une suspension bien préférable à celle des wagons prussiens ; de chaque côté du wagon s'ouvraient cinq belles fenêtres garnies de rideaux, et les wagons communiquaient entre eux au moyen de platesformes comme dans les wagons prussiens. Nous n'insisterons point plus longuement sur ces installalions, véritablement très-remarquables, et renvoyons à l'ouvrage et surtout aux planches de M. Reinhold Hirschberg, qui, mieux que toute description, feront ressortir le confortable et presque le luxe de ces wagonsambulances bavarois.
Les wagons bavarois n'avaient pas tous reçu une transformation aussi complète; on se servit aussi de fourgons à bagages ne contenant que quatre lits, et, dans quelques autres, on adopta le système de suspension prussien. Les quatre trains bavarois ont transporté en moyenne, à chaque voyage, 250 malades graves et légers, mais accidentellement jusqu'à 566 et 870 (train n" 2, envoyé à Haguenau après Reichshoffen).
Le train badois était organisé à peu près comme les trains bavarois ; il comprenait 2 wagons pour officiers à 8 hts, 5àl4et7à8 lits ; 2 wagons à voyageurs à 64 places et 4 de deuxième classe à 30 places, enfin 1 wagon-salon, 1 wagon pour le personnel, 1 wagon-cuisine et 1 fourgon. Les wagons pour malades couchés, aussi bien que pour malades assis, avaient été empruntés aux lignes wurtembergeoises et communiciuaient tous par des plates-formes. Le train pouvait donc contenir environ 140 malades couchés et 220 à 240 assis, en supposant que toutes les places fussent occupées, ce qui n'est guère praticable.
Le train saxon renfermait 19 voitures à marchandises transfoi'mées pour 8 lits, 5 voitures à voyiigeurs de quatrième classe à 10 lits, d'après le système prussien, 1 wagon-cuisine, 1 wagon-magasin, un fourgon à bagages et une plate-forme pour le charbon. 11 pouvait contenir en tout 182 malades couchés et présentait le défaut de n'avoir pas de wagon spécial pour le personnel médical.
Le train sanitaire hambourgeois forme, pour ainsi dire, une classe à part, en ce qu'il n'était pas permanent ; à chaque voyage il a été pour ainsi dire désarmé; le personnel revenait sur le théâtre de la guerre avec le matériel emballé dans des wagons à marchandises ; puis, en quelques heures, il fallait procéder à un équipement complet, réunir des wagons, disposer le matériel, en un mot, prendre des dispositions qui ne pouvaient que perdre à être ainsi faites à la hâte. On agissait de la sorte pour ne pas laisser sans emploi un nombre assez considérable de wagons, tout au moins pendant le retour à vide , mais, dans les trains prus-
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tiens, il n'en était pas ainsi, et, tout au contraire, en revenant d'Allemagne en France, cliaque train sanitaire arrivait chargé de matériel et d'approvisionnements pour la conmiission des évacuations à Epernay. Le train hanibourgeois a fait, en tout, cinq voyages dans ces conditions; son matériel lui permettait de transfoimer20 voitures et de recevoir 240 malades.
En résumé, les 21 trains sanitaires allemands renfermaient 3,724 places disponibles. Le prix de revient d'un train prussien, c'est-à-dire la somme nécessaire pour la transformation du matériel des chemins de fer, s'élevait à 2,900 thalers (10,875 francs).
En dehors des wagons spécialement destinés aux malades, les trains allemands en comprenaient, comme on l'a vu, un certain nombre d'autres destinés au personnel et au transport du matériel ; nous en dirons quelques mots, car ils ont également leur importance.
Dans les trains prussiens, les objets d'approvisionnement se trouvaient logés dans deux fourgons qui ne communiquaient pas directement avec les autres wagons, du moins pendant la marche. Les provisions de vivres, les liquides (bière, vin, eau de Seltz, etc.), se sont assez souvent congelées par suite de la températnre très-basse pendant une partie de l'hiver 1870-71 ; aussi devint-il nécessaire de placer certains de ces objets soit dans les voitures de malades, soit dans le wagon-cuisine. Dans tous les cas, les objets nécessaires à la consommation de deux ou trois jours devaient être mis à portée ; on les emmagasinait alors dans un wagon destiné à loger l'économe et quelques médecins de grade inférieur. Le personnel médical supérieur, le médecin conducteur du train, avaient à leur disposition un wagon-salon qui, primitivement, monté avec un certain luxe, ne répondait que fort mal au service spécial auquel il était destiné ; le chauffage s'y trouvait fort difficile, l'aération beaucoup trop vive, à cause de nombreuses fenêtres dont ses parois étaient percées. Les habitants de cette voiture ne l'ont rendue habitable qu'après de nombreuses transformations.
Dans les trains bavarois, la disposition des wagons de matériel paraît avoir été mieux comprise ; ils étaient au nombre de six, chacun d'eux ayant une destination spéciale ; l'un renfermait les provisions de vivres liquides, un autre les gros objets, un troisième les vêtements, etc. L'intérieur des voitures avait été divisé en compartiments et armoires, les parois étaient garnies de tablettes, en sorte que chaque objet trouvait sa place naturelle et que les mouvements de trépidation n'amenaient aucun désordre ni aucun accident.
L'installation des wagons-cuisines paraît ne pas avoir été complètement satisfaisante dans les trains prussiens ; les fourneaux étaient trop petits, les casseroles ou autres objets de cuisine en nombre insuffisant ; pour préparer trois repas par jour pour 200 à 220 personnes, malades et personnel de service, il aurait fallu cuisiner à peu près nuit et jour ; aussi devint-il nécessaire de réserver la viande fraîche.qui exige une plus longue cuisson, pour une partie seulement du personnel et des malades, et de nourrir tous les autres avec des vivres-conserves, que l'on peut chauffer beaucoup plus vite. Une autre difficulté très-sérieuse provient de la trépidation du train et des chocs incessants qui tendent à projeter les liquides hors des vases qui les renferment. Il est de toute nécessité d'avoir, pour le service de cuisine, un matériel spécial, construit en vue de ces difficultés, d'adapter aux ustensiles des couvercles vissés ou retenus par des écrous. Peut-être pourrait-on adopter avec avantage, pour los fourneaux de cuisine, le système de double suspension, comme celui de lampes à bord des navires.
ici MILITAIRE (service de santé).
Les trains bavarois possédaient un wagon spécial avec water-closets, tandisque dans les trains prussiens les malades n'avaient à leur disposition que des bailles plus ou moins bien construites et mobiles. La décence et l'hygiène exigent quo les malades puissent avoir sinon un wagon particulier, au moins des cabinets ; une pareille installation doit trouver place dans les nouveaux trains sanitaires.
Il est fort important de disposer le train suivant un ordre très-méthodique ; les chefs des trains allemands ne se sont pas toujours accordés sur ce sujet ; il est évident qu'il faut placer en tète, ou du moins dans la première partie du train, les wagons destinés aux maladies graves ; d'un autre côté, pour la facilité du service, il est désirable que les communications soient faciles d'un bout à l'autre de la section du train réservée aux malades, et cependant le wagon-cuisine ne saurait être relégué tout à lait à l'extrémité postérieure, ce qui nuirait considérablement à la distribution rapide des aliments. Dans les trains prussiens, le wagon destiné aux médecins supérieurs se trouvait tout à fait en tête, séparé de la locomotive par le wagon-plate-forme à charbon ; venaient ensuite les vingt wagons à malades, séparés en deux séries par le wagon-cuisine; enfm, tout à la gauche, le train se terminait parles wagons d'approvisionnements.
Les trains bavarois avaient adopté l'ordre suivant, nécessité par leur composition en wagons de malade et wagons à voyageurs : im wagon d'approvisionnements, douze wagons à malades communiquant, le wagon à water-closets, le wagon-cuisine, deux wagons pour le personnel médical, le directeur du frain et les gens de service, un wagon-dépôt, le wagon de réserve, le wagon avec l'appareil de chaulfage à la vapeur, les wagons à voyageurs pour les malades assis, enfm un wagon-magasin. Cet aménagement avait l'avantage de placer le personnel et la cuisine au centre du tram, à égale distance, par conséquent, des deux groupes de malades qu'il fallait desservir. Du reste, le service des malades assis, dans les wagons à voyageurs, ne pouvait s'effectuer que pendant les arrêts, toujours assez courts.
Les médecins prussiens se sont plaints d'un abus qui s'est, paraît-il, plusieuri? fois répété, « celui d'attacher au train sanitaire des wagons chargés de matériel et de troupes, et quelquefois aussi des voitures renfermant des marchandises particulières que l'on cherchait à dissimuler en plaçant sur le wagon l'étiquette mensongère : Pour l'armée. » Ces manœuvres ont pour inconvénient de ralentir considérablement la marche du train; or, il y a là un double inconvénient; s'il est à vide, on retarde singulièrement son arrivée aux ambulances, où il est impatiemment attendu ; s'il revient rempli de malades, on expose ces derniers à un voyage prolongé. Généralement, au retour en France, les wagons transportaient du matériel pour la commission d'Épernay ou pour le service des hôpitaux, parfois même du matériel de guerre; ces transports peuvent se faire sans inconvénients, à condition toutefois que les colis, ainsi ajoutés au train ne puissent se confondre avec ceux appartenant au train lui-même, et que la réquisition soit réguhèreraent adressée par l'autorité militaire, sans quoi l'on a errait naître, ainsi que cela est arrivé du reste, de singuliers abus.
A la tête du personnel se trouvait, dans les trains prussiens, un médecin, comme chef du service médical aussi bien que comme conducteur du train; d'autres trains, les bavarois, par exemple, étaient commandés par des oftlciers ; d'autres étaient placés sous les ordres de chefs pris dans difiérentes classes de la société, des princes, des chambellans, des propriétaires, etc. Sans vouloir, en aucune façon, mettre en doute l'abnégation, le zèle et le patriotisme de ces per-
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sonnages, M. Wasserfahr ^ approuve le ministère de la guerre prussien d'avoir choisi des médecins pour les placer à la tète des trains sanitaires, et nous reproduisons ses arguments, car ils sont également vrais partout :
« Il est temps que les médecins réclament énergiquement, et comme un droit, la direction de tout établissement oii se tiouvent des malades, et cela au même titre qu'un colonel commande un régiment. Dans un établissement sanitaire, tout doit viser à un seul but, la guérison des malades, et tous les services, même celui de la discipline du personnel valide ou malade, doivent être soumis à la même autorité. Cette concentration du pouvoir, dans une seule main, est surtout nécessaire dans un train sanitaire ; seul le médecin peut désigner les malades transjwrtables, les distribuer dans les lits et les wagons, en disposer en route s'il est nécessaire. Seul aussi, il doit être juge delà capacité de ses auxiliaires et leur donner des ordres pour le serviee. A côté de ces importantes fonctions, qui se rapportent aux malades eux-mêmes, la discipline, la direction du matériel, les achats ne viennent que sur un second plan ; ce sont les moyens auxiliaires pour atteindre le but principal. Si l'on donne le commandement à un officier ou à un administrateur, les rôles sont renversés, l'auxiliaire devient le principal. En guerre, partout où il s'agit de diriger des masses d'hommes, valides ou malades, à travers des difficultés que l'on ne peut prévoir, puisqu'elles changent à chaque instant, si l'on veut arriver à un but, il est de toute nécessite de confier le commandement à un seul chef, en possession de l'ensemble des connaissances techniques qui en font trouver la voie.
Or la tâche d'un train sanitaire n'est pas seulement de transporter des malades et des blessés, mais de les transporter avec les précautions qu'exigent leurs blessures et leur état de souffrance, de conserver leur vie et de rétablir leur santé, autant que cela dépend de nous, La science et l'expérience du médecin sont indispensables pour atteindre ces résultats. Ce n'est pas tout; en guerre, le médecin a affaire à une seule classe de la société, aux militaires ; les officiers ou soldats malades ne cessent pas d'appartenir à l'armée ; leur réception dans un train sanitaire, leur traitement pendant le voyage, leur arrivée dans un hôpital, doivent se faire en accord avec les règlements militaires que le médecin connaît. D'un autre côté, des rapports, des renseignements à prendre, des réquisitions à faire, tous les genres de service enfin, le mettent en rapport avec des olficiers, des médecins, des fonctionnaires de tous grades. Il devient le supérieur de tout un personnel qui, aujourd'hui déjà, appartient en partie à l'armée et au-dessus duquel il doit avoir un grade fixe. Le médecin en chef doit donc appartenir à l'armée active ou de réserve, il doit avoir un caractère et un rang militaires, afin de tenir sa place avec ses supérieurs comme avec ses inférieurs. »
Outre le médecin en chef, les trains prussiens comptaient, comme personnel, un ou deux assis ten-àrzte (aides-majors) et autant à'unter-àrzte (sous-aides) de l'armée, dix heigehûlfen (sous- officiers), et une vingtaine d'infirmiers. Ces auxiliaires, pris un peu partout, fournis souvent par les sociétés de secours et sans contrôle suffisant, étaient assez souvent au-dessous de leur mission, n'avaient aucune connaissance des soins à donner aux malades, et ne présentaient pas toujours la plus scrupuleuse honnêteté; les médecins s'en sont assez souvent plaints très-amèrement et réclament que, à l'avenir, le personnel des trains sanitaires soit organisé en temps de paix. M. Wasserfuhr demande, en particulier, la création de compagnies sanitaires de réserve prises dons les cadres des bataillons de réserve [ersaU-hulalionen), et exercées pendant quelques semaines à un service
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spécial ; il entre, à ce sujet, dans des détails que nous n'avons pas à reproduire, quoique nous pourrions y puiser de précieux enseignements pour des créations analogues dans l'armée française.
Le personnel du train wurtembergeois était plus considérable que celui des trains prussiens ; il consistait en : 1 médecin-directeur du train, 2 médecins assistants, 4 aides de santé {heigehûlfen) de l''" classe, 1 pharmacien, 12 brancardiers, 12 infirmières, 2 cuisinières et un employé aux provisions. Ce personnel variait un peu à chaque voyage. Les trains bavarois comprenaient un non)bre variable d'infirmiers et à leur tète 1 capitaine, 4 médecins, 6 sœurs de charité, 1 caporal et 3 soldats.
Les médecins auxquels était confiée la direction du train se plaignent beaucoup du nombre assez considérable de gens qui, sous prétexte d'être utiles aux malades, se faisaient admettre à un titre quelconque dans les trains sanitaires, tandis que, en réalité, ils n'y venaient que pour faire une excursion sur le théâtre de la guerre, souvent pour s'y livrer à des exploits peu honorables. C'est là un aveu qui a bien son prix, et, sans aucun doute, les médecins allemands n'expiiment pas, à ce sujet, leur pensée tout entière. La présence de femmes en particulier, dit M. Wasserfuhr, est une véritable difficulté. « J'apprécie, dit-il, la valeur d'infirmières dévouées, femmes d'éducation et expérimentées; elles peuvent rendre de grands services chez elles, dans les hôpitaux de réserve. Mais quant à ces personnes pourvues de laissez-passer portant la croix rouge, mais fort ignorantes des soins à donner aux malades, qu'un vague désir d'aventures pousse sur le théâtre de la guerre, elles sont une véritable plaie pour les médecins, les officiers et les malades. »
Ainsi organisés en matériel et en personnel, les trains sanitaires allemands constituaient de véritables hôpitaux roulants, dans lesquels les malades pouvaient être aussi bien, sinon mieux soignés que dans les ambulances et les hôpitaux provisoires où ils avaient été tout d'abord accueillis.
Le service médical leur était assuré par la présence des médecins qui, après quelques tâtonnements, avaient réglé leur service d'une façon parfaitement méthodique. Aussitôt après le départ du train chargé de malades, le médecin en chef, assisté de ses aides, faisait une visite générale, precrivait s'il y avait lieu des changements de place pour les blessés que l'on n'aurait pas couchés dans une situation convenable pour leurs blessures, faisait panser ou pansait lui-même ceux qui ne l'avaient pas été le jour même, et désignait à chaque aide les malades dont il fallait s'occuper spécialement. Les jours suivants, immédiatement après la premier déjeuner, les assisten-àrzle faisaient la visite, chacun dans leur section, donnaient les prescriptions, pansaient les blessés; le médecin en chef passait ensuite, se faisait rendre compte de chaque malade et pratiquait les pansements importants.
Aussitôt après la visite, les gens de service se livraient à un nettoyage des wagons, des ustensiles, puis, dans l'après-midi, les assisten-arzte faisaient une seconde visite après laquelle le médecin en chef passait lui-même dans les wagons pour inspecter le personnel, le matériel et donner un second coup d'oeil aux malades.
Les objets de pansement ne faisaient point défaut dans les trains prussiens; ils étaient pourvus d'appareils pour la préparation des bandages plâtrés dont, comme on le sait, la chirurgie de guerre allemande fait un grand usiige, quoique pendant la dernière campagne, ils ne paraissent pas avoir toujours donné de bons ré-
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sultats. Sur les trains, il est tout à fait impossible de les appliquer, et plusieurs fois l'on a dû en enlever qui menaçaient de produire des accidents de compression.
Le service pharmaceutique n'a pas une bien grande importance sur un train sanitaire ; là, comme dans les ambulances, il ne s'agit pas de préparer des médicaments, mais simplement de faire usage de quelques substances bien choisies, de solutions titrées que l'on dose par conséquent très-rapidement ; aussi la pharmacie des trains sanitaires prussiens était-elle tout entière contenue dans deux boîtes placées dans le wagon du médecin en chef; leur contenu suffisait amplement aux besoins, et le docteur Wasserfuhr ne signale qu'une omission qui est du reste inconcevable, celle du sulfate de quinine. Le médecin en chef, ou à défaut un des assisten-àrzte, faisait après la visite la distribution des médicaments. Dans le personnel des trains sanitaires, il ne faut admettre que les gens réellement utiles, aussi ne leur avait-on pas adjoint de pharmacien ; les trains bavarois, plus largement fournis en personnel, en avaient un, au contraire ; mais pour tous ceux qui ont pratiqué la chirurgie ou la médecine de guerre, il y a lieu de se demander quels services pouvait rendre ce fonctionnaire, dont la place est bien plus marquée dans les hôpitaux de réserve, où ses services sont alors incontestables.
Au point de vue de l'alimentatation, l'administration de la guerre avait amplement doté ses trains sanitaires ; on peut en juger par l'éniimération des objets fournis réglementau'ement : café, cacao, farines et légumes secs de toute nature, boites de conserve de viande et de légumes, pruneaux, confitures, biscuits de mer et biscuits anglais, citrons, extrait de viande, viande conservée, etc. Comme boissons, l'on y trouvait de l'eau gazeuse, de la bière, du vin rouge, du vin du Cap et de Porto, du cognac et du rhum, du lait conservé. Tous ces objets étaient à l'exception de certaines conserves de viande et de l'extrait Liebig, de première qualité; le lait conservé constituait en particulier une précieuse ressource. En outre de ces provisions, le médecin en chef recevait à Epernay ou se procurait par voie d'achats et de réquisitions certains aliments frais, tels que viande, pain, œufs, saucisson de pois, etc.
Chaque soir, le cuisinier venait prendre les ordres du médecin en chef pour le repas du matin, et, dans la journée, pour celui du soir. Les repas consistaient, pour les malades, en un premier déjeuner avec soupe à la farine ou au pain, ou café au lait avec pain et beurre ; quelques malades avaient un second déjeuner avec bouillon aux œufs ou jambon et vin du Cap. Vers midi ou une heure venait le principal repas, composé de potage, un plat de viande et de légumes et un petit dessert ; enfin, le soir, on faisait une distribution générale de soupe grasse ou maigre, de pain, de beurre et de jambon. Chaque malade recevait, en outre, du vin ou de la bière que l'on préférait en général, mais qu'il était parfois très-difficile de se procurer en France. Les officiers recevaient quelques aliments spéciaux et des vins fins ; les distributions de tabac et de cigares faisaient également partie des allocations régulières.
Le personnel du service devait primitivement prendre ses vivres dans les dépôts créés dans tous les gîtes d'étapes sur les voies ferrées ; mais comme, dans la pratique, ce système n'était pas très-applicable, on en vint à nourrir tout le monde à la cuisine du train, sauf pendant les arrêts prolongés en Allemagne.
On voit, par tout ce qui précède, que l'on avait, avec raison, apporté les plus grands soins à assurer aux malades une alimentation réparatrice et appropriée à
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leur étal. Aussi celte période de voyage était-elle pour eux une période de réconfort [iliysique et moral tout à la fois. Chaque tour de roue les rapprochait du pays, cl cette influence stimulante était bien préférable au meilleur traitement pharmaceutique.
Dans les divers travaux publiés jusqu'à ce jour, les médecins allemands entrent dans de grands détails sur la catégorie des individus que les trains sanitaires doivent recevoir ; elle dépend évidemment de l'installation particulière de chaque train ; mais étant donné qu'il est destiné uniquement aux cas graves, on doit d'a« bord en écarter tous ceux dont la vie est menacée prochainement ou qui exigent une opération prochaine, ceux enfin dont le pansement nécessite des appareils très-compliqués ou un trop grand nombre d'assislants.Les pansements étaient difficiles dans Jes voitures un peu étroites ; les niédecins allemands le disent trèsnettement, il ne laut point espérer y faire une chirurgie très-aclive. Ils ont également autant que possible, évité de recevoir les maladies qui engendrent un contagium rapidement généralisable, tel que typhus, variole ; par contre, ils acceptaient fort bien les cas de dysenterie ou de fièvre typhoïde, pour lesquels le voyage même, le changement d'air sont une chance de guérison ; toutefois, ils plaçaient ces derniers dans des wagons spéciaux. Ils se plaignent que, dans maintes circonstances, leurs collègues des lazarets de campagne leur ont glissé dans le nombre des individus qu'ils auraient dû garder, tels que des amputés l'écents, des cas de fractures graves non encore placées dans des appareils, des varioleux et même des aliénés. Ce sont là des incident qu'une surveillance même attentive ne peut pas toujours éviter.
Néanmoins, la mortalité paraît avoir été des plus minimes dans les trains sanitaires ; c'est là un fait que les Américains avaient déjà signalé ; il s'explique en partie parle choix judicieux que l'on fait des malades à évacuer, mais aussi par les conditions favorables dans lesquelles les malades se trouvent à bord du train, par le stimulant que donne la joie du retour, enfin par la rapidité du voyage. Nous n'avons point encore trouvé de statistique bien précise sur ce point, si ce n'est pour le train sanitaire n" 5, qui, sur 1200 individus transportés en cinq voyages, n'eut à enregistrer qu'un seul décès.
Le nombre total des blessés ou malades transportés de France en Allemagne ne nous est pas connu ; le docteur Peltzer, médecin des étapes à Nancy, nous indique seulement que, du 23 août 1870 au 5 mai 1871, ilenestpassélM.SGO par Nancy, dont 127,582 par des trains ordinaires et 17,558 en 85 voyages de trains sanitaires. Remarquons que les trains ne passaient pas tous par Nancy, mais souvent par Forbach ou par la voie Mulhouse-Strasbourg-Kelil ; d'autres ont aussi obtenu passage au travers du Luxembourg ou de la Belgique.
Les quatre trains bavarois ont accompli pour leur part 59 voyages et transporté 10,800 malades ou blessés.
La durée des voyages variait essentiellement suivant les circonstances; elle dépendait moins de la distance à franchir que de l'encombrement quelquefois excessif des voies; en général, les séjours au point de chaigement en France duraient fort peu, les lazarets, prévenus télégraphiquement de l'heure d'arrivée, tenaient les malades prêts, et, en quelques heures, le train était en état de partir. Un nouvel arrêt se produisait à Épernay pour le chargement du matériel, l'échange des objets de literie détériorés et salis ; en Allemagne, il était besoin de quelques jours pour procéder aux petites réparations et donner au persoiniel le temps de prendre quelque repos, car, pendant toute la durée du voyage de retour, les in-
MILITAIRE (service de santé). 169
(irmiers ûtaieat presque continuellement de service et n'avaient pas d'endroit particulier pour se reposer.
La guerre de 1870-71 a surpris l'administration française sans qu'elle eût organisé un service de transport par voies ferrées pour ses malades et ses blessés l'ulurs; ce fut seulement le 19 juillet 1870 qu'un fonctionnaire de l'intendance fut désigné pour s'entendre pratiquement avec la Compagnie de l'Est au sujet de l'aménagement des wagons; les ingénieurs de cette Compagnie déployèrent immédiatement une grande activité, et grâce aux ressources dont disposaient leurs ateliers de Blontigny, près Metz, nous pouvions espérer avoir bientôt un matériel important; malheureusement les circonstances de la guerre immobilisèrent bientôt ce matériel, qui fut employé comme ambulances-annexes pendant l'inveslissementde Metz. Privées dès lors de toute ressource spéciale, les évacuations ne purent s'exécuter qu'avec une extrême difficulté et dans des conditions que les événements de cette malheureuse guerre peuvent faire comprendre. Après Sedan, en particulier, l'autorité allemande, tout en retenant les médecins, les officiers d'administration et les infirmiers, laissa déposer à la gare de Charleville plusieurs milliers de malades et de blessés que l'on dirigea tant bien que mal sur les places du Nord et de l'Ouest. Ils durent être transportés dans les wagons de la Compagnie du Nord, mais sans aucune installation spéciale, sans brancards, sans matériel et presque sans médecins, car l'on n'avait pour ce service que quelques élèves des hôpitaux de Paris accourus à la hâte, pleins de zèle, mais sans aucun doute fort peu au courant du service que les circonstances leur imposaient.
Plus tard, sur la Loire, après nos différents combats, en particuher après la retraite d'Orléans, les blessés et les malades encombraient les villes, les villages et les routes, sans que l'on pût disposer de moyens suffisants pour les enlever ; ils tombèrent à peu près tous au pouvoir de l'ennemi, qui bientôt dédaigna même de les faire prisonniers ou du moins n'en fit pas autant qu'il aurait pU. Ce sont là de tristes souvenirs, que ressentent vivement tous ceux qui en ont eu le triste spectacle ; nous n'y insisterons pas et n'y voulons puiser qu'un enseignement, celui de ne pas retomber dans les mêmes fautes, et, dans nos guerres futures, d'avoir un matériel, une organisation d'ambulances et d'évacuations à la hauteur des besoins.
Cependant le gouvernement avait à cœur de parer, dans la mesure du possible, à cette pénible situation : le 25 décembre 1870, unecirculaire duministredel'intérieur et de la guerre prescrivait de créer, sur les lignes ferrées, des ambulances provisoires pouvant contenir 1,000 à 1,200 blessés ; elle désignait dans chaque réseau les points où ces ambulances provisoires devaient être tout d'abord organisées. Du reste, sans attendre de nouveaux ordres, l'administration devait établir des ambulances, distantes au plus de 60 kilomètres, en arrière de tous les points de concentration d'une armée; les ambulances, pourvues d'un matériel élémentaire, mais suffisant, de moyens de transport, de personnel médical et administratif, avaient pour but de recevoir les malades et les blessés évacués par les ambulances des corps d'armée. La circulaire du 25 décembre entrait dans des détails fort précis sur la composition des trains d'évacuation, la catégorie de malades à y placer, le personnel médical qui les devait accompagner. Elle annonçait la création d'un service spécial d'inspection que vinrent organiser les arrêtés des 10 et 12 janvier
Sept lignes d'évacuation, disposées de façon à desservir les armées de la Loire, de l'Est et les différents corps en campagne, se trouvaient constituées et placées
170 MILITAIRE (service de santé).
chacune sous l'inspection et la direction d'un médecin inspecteur des évacuations, commissionné à cet effet par le ministre et placé sous son autorité immédiate. Ces lignes étaient les suivantes :
l^Migne. Caen et Cherbourg à Brest, par Le Mans.
2* — Vendôme et Qiiimper à La Rochelle, par Tours et Angers.
3® — Blois à Bayonne, par Poitiers et Bordeaux.
4® — Orléans à Perpignan et Tarbes, par Agen et Toulouse.
5^ — Gien et Ne vers à Nîmes et Cette, par Clermont-Ferrand.
6^ — Dijon à Besançon, Marseille et Nice.
7" — Réseau du Nord et de la Seine-Inférieure.
Les circulaires des 10 et 12 janvier 1871 (voy. Journal militaire officiel, iSTÏ, p. 108 et 176, et Annales d'hygiène publique et de médecine légale, vol. XXXVI, page 190. Paris, 1871) réglaient complètement le service des évacuations surces lignes, les devoirs des médecins-inspecteurs des évacuations et de sous-inspecteurs ; dans chacun des points importants de leur réseau, points que la circulaire du 1 0 janvier énumérait en partie, ces fonctionnaires devaient, de concert avec les préfets et les autorités militaires, faire installer des ambulances de gare et les pourvoir d'un matériel et d'un personnel suffisants. En tête de chaque ligne d'évacuation, un personnel médical désigné à cet effet avait pour mission d'examiner les individus proposés pour être évacués, les classer par Ciitégories et les diriger vers la ligne en faisant accompagner chaque train d'une feuille mentionnant le nombre et la gravité des malades; un médecin et plusieurs infirmiers, placés dans le train, assuraient, autant qu'il était possible, le service de secours pendant la route. — Prévenues télégraphiquement, les ambulances de gare préparaient pour l'arrivée du train leurs moyens de transport, les objets de pansement, et, suivant les circonstances, quelques aliments et des boissons. Les malades, rapidement examinés aussitôt leur arrivée, étaient transportés dans les hôpitaux de la ville ou séjournaient à l'ambulance de gare, ou bien enfin étaient dirigés sur un point plus éloigné.
Lorsque le train ne devait que passer par une gare, sans y séjourner, l'ambulance se contentait de donner des vivres, renouveler les pansements, s'il y avait lieu, et recueillir les malad'es dont l'état était trop grave pour leur permettre de continuer la route. — Il était recommandé de ne pas évacuer à grande distance: 1° Les malades gravement atteints; 2° les individus atteints d'affections contagieuses ; 3" ceux qui, au bout de 10 à 15 jours, devaient être en état de rejoindi'e leurs corps.
Cette organisation des évacuations ne comprenait pas la transformation des wagons et leur adaptation au service sanitaire ; mais il faut tenir compte des circonstances, se souvenir qu'à cette époque les heures valaient des semaines, que notre matériel était en grande partie immobilisé à Paris, qu'enfin l'on pouvait à peine suffire à l'indication la plus pressante, celle du transport des soldats et du matériel dirigés sur l'armée.
Il est un enseignement que nous devons tous retirer de la guerre de 1870-71, principe presque banal à force d'être vrai, mais que nous avions peut-être trop oublié : l'armée est faite pour la guerre, la période de paix ne doit être regardée au point de vue militaire que comme une préparation à la guerre. L'armée, même sur le pied de paix, doit renfermer, tout constitués, les divers services qui lui sont nécessaires pendant la guerre. Les services de secours ne font point exception à cette règle, et nous avons pu voir, pendant la guCTre, combien notre orga-
MILITAIRE (service de santé). 171
nisation était, à ce point de vue, au-dessous du rôle qu'elle devait jouer,, audessous de la mission qui lui est dévolue. Nous devons donc, dès à présent, prendre des dispositions telles que nous ne soyons pas pris encore une lois au dépourvu.
Le matériel des trains devant être préparé avant la guerre, il convient de se demander si l'on doit construire pour cet usage des wagons spéciaux, ou s'il ne convient pas mieux d'utiliser ceux qui existent sur nos lignes de chemins de fer. Dans un autre travail (voy. Morache, les Trains sanitaires, Paris, 1872), nous avons cherché à résoudre cette question au point de vue pratique, et montré qu'il serait très-facile d'utihser certains types de wagons à marchandises en y adaptant un « matériel de transformation » au moyen duquel il serait possible d'avoir trèsrapidejnent autant de trains sanitaires qu'on le jugerait nécessaire. Nous n'avons point à entrer ici dans le détail même de la transformation, disons seulement que nous avons cherché à mettre à profit les expériences faites par les Américains et les Anglais en introduisant dans nos wagons tous les aménagements que comportent leurs moindres dimensions. — Un distingué constructeur de Paris, M Bonnefond, a exposé à Vienne, en 1873, un train sanitaire fort bien aménagé, mais au lieu d'utiliser les wagons existant sur nos lignes, il a cru devoir en construire de spéciaux; ils pourraient, en temps de paix, servir de wagons à marchandises ordinaires. Le train de M. Bonnefond est très-remarquable, et nous y avons vu, avec satisfaction, introduits certains perfectionnements que nous avions signalés comme désirables dans notre Mémoire précité.
Si l'on peut obtenir des Compagnies de chemins de fer qu'elles construisent des wagons sur le modèle présenté par M. Bonnefond, ce serait un très-grand avantage, et il semblerait logique que le gouvernement l'imposât aux Compagnies. S'il est exact, au contraire, ainsi que ces dernières le prétendent, qu'avec les courbes à court rayon de nos voies et les vitesses exigées sur les lignes françaises, on ne peut adopter des wagons plus larges et plus hautsque ceux existants, force sera bien de se servir du matériel act\iel et de le transformer.
Ce qui importe, du reste, c'est que l'on agisse et que l'administration de la guerre prépare un matériel de trains sanitaires comme elle prépare le matériel d'artillerie ou celui des subsistances, que tout soit calculé pour avoir les trains prêts à rouler peu de jours après la mobilisation de l'armée. En admettant la nécessité d'un train par corps d'armée, plus un de réserve au moins, nous serions amenés à préparer le matériel de vingt trains, chacun d'eux renfermant 24 voitures ; à 200 places de malades par train, on aurait ainsi de quoi transporter 4,000 blessés; ces tixations n'ont rien d'excessif si l'on songe à l'effectif des armées modernes et au nombre des blessés que donne un seul combat. Ce qui importe, c'est que l'expérience des faits passés ne soit point perdue et que l'on ne s'endorme point dans une fausse sécurité.
V. NEUTRALISATmN DES SERVICES MÉDICAUX EN CAMPAGNE. — CONVENTION DE
Genève. De tous temps, les hommes d'honneur ont regardé comme un crime de frapper leur adversaire abattu, et, généralisant ce principe, les combattants ont eu pour principe déconsidérer l'ennemi blessé comme digne de toute leur sollicitude. Néanmoins, à différentes époques, des belligérants pensèrent opportun d'échanger des conventions ayant pour but de placer les blessés, et les hôpitaux où ils trouvent asile, sous la protection des chefs des deux partis opposés, afin de les préserver des vexa^Tbns ou même des mauvais traitem'ents que certaines troupes peu chevaleresques pourraient leur faire subir.
172 MILITAIRE (sEnvraE de s\nté).
Dans son Histoire de la cJnrurgie, publié à Paris en 1780, Peyrilhe rappelle qu'en 1745, le duc de Noailles, général français, et le comte de Stains, commandant les troupes anglaises, convinrent, sur la proposition de ce dernier, de respecter et de protéger réciproquement les hôpitaux. Le duc de Noadles eut le premier l'occasion de mettre ces [)rojets à exécution en donnant à ses troupes les ordres les plus précis pour respecter l'hôpital anglais établi à Teckenheim, sur le Mein, alors qu'il les envoyait occuper certaines positions dans le voisinage. Au combat de Dettingen (27 février 1743) il fit relever et soigner cinq à six cents blessés que les Anglais avaient dû abandonner sur le champ de bataille.
Pendant la guerre de Sept-Âns, une convention de ce genre lut de même conclue entre les mêmes belligérants. Nous donnons ci-joint le texte môme des articles relatifs à ce fait, extraits du reste d'un traité qui agite d'autres intérêts :
Traité et convention pour les malades, blessés et prisonniers de guerre des troupes de terre de S. M. très-chrétienne et de S. M. Britannique, du 6 février 1759,
Nous Louis-Jacques, Marquis du Barail. Maréchal des camps et armées du roi, commandant dans la province de Flandre et Henry Seymour Conway, major-général des troupes de Sa Majesté, colonel d'un régiment de cavalerie, et l'un des gentilshommes de la chambre de Sa Majesté, traitant au nom de Leurs Majestés
Il a été convenu
Qu'on prendra soin des blessés de part et d'autre ; qu'on payera les médicaments et leur nourriture ; que les frais seront restitués de part et d'autre ; qu'il sera permis de leur envoyer des chirurgiens et leurs domestiques avec des passe-ports des généraux; qu'au surplus ceux qui auront été faits prisonniers, aussi bien que ceux qui ne le seraient pas, seront renvoyés sous la protection et sauvegarde des généraux, avec liberté d'être transportés par eau ou par terre, suivant la plus grande commodité et convenance des lieux où l'on sera, et par le plus court chemm, à condition toutefois que ceux qui ont été faits prisonniei's ne serviront pas qu'ils ne soient échangés ou rançonnés.
Que les malades de part et d'autre ne seront point faits prisonniers ; qu'ils pourront rester en sûreté dans les hôpitaux, où il sera libre à chacune des parties belligérantes et auxiliaires de leur laisser une garde, laquelle, ainsi que les malades, seront renvoyés sous des passeports respectifs des généraux, par le plus court chemin, et sans pouvoir être troublés ni arrêtés.
Il en sera de même des commissairu>5 des guerres, aumôniers, médecins, chiz'ur^iens, garçons infirmiers, servants ou autres personnes propres au service des malades, lesquels ne pourront être faits prisonniers, et seront pareillement renvoyés.
Pendant la même campagne, les mêmes conventions furent établies par traité eu date du 1" septembre 1759, entre Pierre-François, marquis de Rougé, maréchal de camp des armées du roi, et Jean-Henri-Guillaume, baron de Buddenbrock, géuéral major de S. M. le roi de Prusse. — Les articles convenus sont absolument identiques aux précédents.
Pendant les guerres de la Révolution, le général Moreau fit présenter au général autrichien Kray un projet de traité rédigé par Percy, et dont Chenu rapporte le texte dans son Rapport sur les résultats du service médico- chirurgical aux amhulances de Crimée; Paris, 1855. — En voici les principaux passages :
Article premier. Les hôpitaux militaires seront considérés comme autant d'asiles inviolables cù le courage malheureux sera respecté, secouru et toujours libre, quelle que soit l'armée à laquelle ces hôpitaux appartiennent et sur quelque terrain qu'ils soient établis.
Art. 2. La présence de ces hôpitaux sera indiquée par des écriteaux placés sur des chemins aboutissants....
Art. 3. Chaque armée restera chargée de l'entretien de ses hôpitaux, après avoir perdu le pays où ils existent, comme' si ce pays était encore en son pouvoir Les effets continueront à lui appartenir ; les dépenses seront à son compte ; rien ne sera changé au régime de ces
JIILITAIRE (service de santé). 173
établissements, et la consigne donnée à la sauvegarde sera concertée entre les chefs de service et le commandant du poste étranger.
Art. 4. Les miliiaires guéris de leurs blessures seront renvoyés à leur armée respective avec une escorte qui leur fournira en chemin des vivres, des voitures, et les accompagnera jusqu'aux avant-postes de l'armée où ils se rendront..,.
La présente convention, seulement applicable aux militaires blessés, sera publiée à l'ordre des deux armées et lue. dans chaque corps, deux fois par mois...
Malheureusement le général Kray ne voulut point adhérer à cette pensée généreuse.
Sans vouloir eri aucune foçon nous attribuer un mérite exceptionnel, il est ce pendant permis de faire observer que les armées françaises ont toujours professé un grand respect pour les blessés ennemis. Napoléon le témoigna à plusieurs reprises, et dans des guerres plus récentes, nous croyons avoir rempli les devoirs qu'inspire l'honneur non moins que l'humanité. En Crimée, les blessés russes que les hasards de la guerre firent tomber entre nos mains, reçurent des marques de sympathie non équivoque de tous ceux qui les approchèrent, et de même nos adversaires firent dans les mêmes circonstances preuve du plus grand dévouement pour les blessés français faits prisonniers par leurs soldats. Toute cette guerre de Crimée fut, du reste, m.'irquée par les relations courtoises et chevaleresques dont firent preuve les belligérants qui, le lendemain de la paix, purent se serrer la main comme deux adversaires après un duel, où la lutte la plus acharnée n'a point diminué une profonde estime réciproque.
Au début de la campagne d'Italie, l'empereur Napoléon s'empressa de proclamer hautement ces principes, en décrétant, au lendemain de Montebello, les dispositions suivantes {Moniteur de l empire français du 28 mai 1859} :
« L'empereur Napoléon III, voulant diminuer autant qu'il dépend de lui les maux que la guerre entraîne avec elle, et donner l'exemple de la suppression des rigueurs qui ne sont pas nécessaires, a décidé, à dater du 28 mai, que tous les prisonniers blessés seraient rendus à l'ennemi, sans échange, dès que leur état eur permettrait de rentrer dans leur pays. » — Et ces prescriptions furent exécutées à la lettre.
Pendant celte même campagne 1859, un philanthrope genevois, M. Henri Dunant, admis à visiter les ambulances françaises et à parcourir le terrain des champs de bataille, fut frappé de l'insuffisance numérique des services sanitaires français; épouvanté par l'horreur des champs de bataille, il écrivit sous cette impression son ouvrage : Un Souvenir de Solferino, Genève, 1862, et au lieu de proposer, comme il semblait logique, d'augmenter les services sanitaires militaires, il conclut à la nécessité d'établir des sociétés civiles de secours , fonctionnant avec des ressources fournies par toutes les classes de la société et amenant sur le terrain du combat des infirmiers et des infirmières volontaires. La Société d'utilité 'publique de Genève prit cette question à sa charge, et son président, M. Gusiavc Moynier, suscita, en 1863, une conférence internationale d'études à laquelle prirent part quatorze délégués étrangers. En 1864, des représentants dûment accrédités des puissances suivantes: France, Bade, Belgique, Danemark, Espagne, Italie, Pays-Bas, Portugal, Prusse, Suisse, Wurtemberg signèrent, le 24 août, une convention internationale relative aux militaires blessés sur le champ de bataille; elle prit le nom de Convention de Genève comme, en général, les traités diplomatiques prennent le nom de la ville oii ils ont été signés. — Le protocole de la convention fut laissé ouvert, afin de laisser l'adhésion possible à d'autres puis-
174 MILlTAIRfc; (siiuv,cE de 5Ainté].
sances; en ûiit, l'Angleterre, l'Autriche, la Bavière, la Russie, la Suède, la Turquie et les États-Unis, la Perse même, y ont adhéré depuis.
Texte de la Convention pour V amélioration du sort des militaires blessés dans les armées en campagne, signée à Genève le 22 août 18G4.
Article premier. Les ambulances et les hôpitaux militaires seront reconnus neutres, et. comme tels, protégés et respectés par les belligérants, aussi longtemps qu'il s'y trouvera des malades ou des blessés.
La neutralité cesserait, si ces ambulances ou ces hôpitaux étaient gardés par une force militaire.
Art. 2. Le personnel des hôpitaux et des ambulances, comprenant l'intendance, les services de santé, l'administration, le transport des blessés, ainsi que les aumôniers, participera au bénéfice de la neutralité lorsqu'il fonctionnera, et tant qu'il restera des blessés à relever ou à secourir.
Art. 5 Les personnes désignées dans l'article précédent pourront, même après l'occupation par l'ennemi, continuer à remplir leurs fonctions dans l'hôpital ou l'ambulance qu'elles desservent, ou se retirer pour rejoindre le corps auquel elles appartiennent.
Dans ces circonstances, lorsque ces personnes cesseroiit leurs fonctions, elles seront remises aux avant-postes ennemis par les soins de l'armée occupante.
Art. 4. Le matériel des hôpitaux militaires demeurant soumis aux lois de la guerre, les personnes attachées à ces hôpitaux ne pourront, en se retirant, emporter que les objets qui sont leur propriété particulière.
Dans les mêmes circonstances, au contraire, l'ambulance conservera son matériel. Art. 5. Les habitants du pays qui porteront secours aux blessés seront respectés et demeureront libres.
Les généraux des puissances belligérantes auront pour mission de prévenir les habitants de l'appel fait à leur humnnité et de la neutralité qui en sera la conséquence.
Tout blessé recueilli et soigné dans une maison y servira de sauvegarde. L'habitant qui aui'a recueilli chez lui des blessés sera dispensé du logement des troupes, ainsi que d'une partie des contributions de guerre qui seraient imposées.
Art. 6. Les militaires blessés ou malades seront recueillis et soignés à quelque nation qu'ils appartiendront. Les commandants en chef auront la faculté de remettre immédiatement aux avant-postes ennemis les militaires ennemis blessés pendant le combat, lorsque les circonstances le permettront et du consentement des deux parties.
Seront renvoyés dans leur pays ceux qui, après guérison, seront reconnus incapables de servir.
Les autres pourront être également renvoyés, à la condition de ne pas reprendre les armes pendant la durée de la guerre.
Les évacuations, avec le personnel qui les dirige, seront couvertes par une neutralité absolue.
Art. 7. Un drapeau distinctif et uniforme sera adopté pour les hôpitaux, les ambulances et les évacuations. Il devra être, en toute circonstance, accompagné du drapeau national.
Un brassard sera également admis pour le personnel neutralisé ; mais la délivrance en sera laissée à l'autorité militaire.
Le drapeau et le brassard porteront : croix rouge sur fond blanc.
Art. 8. Les détails d'exécution de la présente Convention seront réglés par les commandants en chef des armées belligérantes, d'après les instructions de leurs gouvernements respectifs et conformément aux principes généraux énoncés dans cette Convention.
Art. 9. Les hautes puissances contractantes sont convenues de communiquer la présente Convention aux gouvernements qui n'ont pu envoyer des plénipotentiaires à la conférence internationale de Genève, en les invitant à y accéder : le protocole est à cet effet laissé ouvert.
Art. 10. La présente Convention sera ratifiée, et les ratifications en seront échangées à Derne dans l'espace de quatre mois, ou plus tôt si faire se peut.
En foi de quoi les plénipotentiaires respectifs l'ont signée et y ont apposé le cachet de leurs armes.
Fait à Genève, le vingt- deuxième jour du mois d'août de l'an mil huit cent soixantequatre.
La Convention fut pour la première fois régulièrement mise à exécution pendant la guerre de Bohême 1866, et l'on s'aperçut bientôt qu'elle donnait prise à de singuliers abus. Aussi en 1867, lors de l'Exposition universelle à Paris, des mem-
MILITAIRE (service de sIanté). 175
bres des différentes sociétés de secours se réunirent-ils, mais sans avoir de caractère officiel, pour rédiger un projet de convention à substituer à celle du 22 août 1864. Ce projet porte la date du 29 août 1867, mais comme il n'a aucune valeur internationale, il semble inutile de le reproduire. Cependant, un certain nombre de gouvernements envoyèrent quelques mois après des plénipotentiaires à Genève, munis de pouvoirs réguliers; ils signèrent le 20 octobre 1868 cinq articles additionnels à la Convention du 22 août 1864, et dix articles destinés à faire étendre la neutralité aux services sanitaires des marines belligérantes.
Dans le fait, cette Convention nouvelle ne doit être regardée que comme un projet, car les ratifications ri en ont point été échangées, mais on s'accorde néanmoins à les appliquer, sans qu'il semble devoir leur être attribué une valeur interna* tionale absolue. Voici du reste le texte de ce projet {Moniteur du 23 octobre 1868):
Projets d'articles additionnels à la Convention conclue à Genève le 22 août 1864.
Les gouvernements de l'Allemagne du Nord, de l'Autriche, du grand-duclié de Bade, de la Bavière, de la Belgique, du Danemaik, de la France, de la Grande-Bretagne, de l'Italie, des Pays-Bas, de la Suède etde la iNorwége, de la Suisse, de la Turquie et du Wurtemberg-
Désirant étendre aux armées de mer les avantages de la Convention conclue à Genève, le 22 août 1854, pour l'amélioration du sort des militaires blessés dans les armées en campagne, et préciser davantage quelques-unes des stipulations de ladite Convention, ont nommé pour leurs commissaires, messieurs...
Lesquels, dûment autorisés à cet effet, sont convenus, sous réserve d'approbation de leurs gouvernements, des dispositions suivantes .
Art. 1". Le personnel désigné dans l'article 2 de la Convention continuera, après l'occupation par l'ennemi, à donner, dans la mesure dos besoins, ses soins aux malades et aux blessés de l'ambulance ou de l'hôpital qu'il dessert.
Lorsqu'il demandera à se retirer, le commandant des troupes occupantes fixera le moment de ce départ, qu'il ne pourra toutefois différer que pour une courte durée, en cas de nécessités militaires.
Abt. 2. Des dispositions devront être prises par les puissances belligérantes pour assurer au personnel neutralisé, tombé entre les mains de l'armée ennemie, la jouissance intégrale de son traitement.
Abt. 5. Dans les conditions prévues par les articles 1 et 4 de la Convention, la dénomination d'ambulance s'applique aux hôpitaux de campagne, et aux autres établissements temporaires qui suivent les troupes sur le champ de bataille pour y recevoir des malades et des blessés.
Abt. 4. Conformément à l'article 5 de la Convention et aux réserves mentionnées au protocole de 1864, il est expliqué que pour la répartition des charges relatives au logement de troupes et aux contributions de guerre, il ne sera tenu compte que dans la mesure de l'équité du zèle charitable déployé par les habitants.
Abt. 5. Par extension de l'article 6 de la convention, il est stipulé que, sous la réserve des officiers dont la possessioi\ importerait au sort des armes et dans les limites fixées par le deuxième paragraphe de cet article, les blessés tombés entre les mains de l'ennemi, lors même qu'ils ne seraient pas reconnus incapables de servir, devront être renvoyés dans leur pays après leur guérison, ou plus tôt si faire se peut, à la condition toutefois de ne pas reprendre les armes pendant la durée de la guerre.
Articles concernant la tiïarine.
Art. 6. Les embarcations qui, à leurs risques et périls, pendant et après le combat, recueillent ou qui, ayant recueilli des naufragés ou des blessés, les portent à bord d'un navire soit neutre, soit hospitalier, jouiront, jusqu'à l'accomplissement de leur mission, de la part de neutralité que les circonstances du combat et la situation des navires en conflit permettront de leur appliquer.
L'appréciation de ces circonstances est confiée à l'humanité de tous les combattants.
Les naufragés et les blessés ainsi recueillis et sauvés ne pourront servir pendant la durée de la guerre.
Art. 1 Le personnel religieux, médical et hospitalier de tout bâtiment capturé est déclaré neutre. 11 emporte, en quittant le navire, les objets et les instruments de chirurgie qui sont sa propriété particulière.
176 MILITAIRE (service de santé).
Art. 8. le personnel désigné dans l'article précédent doit continuer à remplir ses fonctions sur le bàlimenl capturé, concourir aux évacuations des blessés faites par le vainqueur; puis il doit être libre de rejoindre son pays, conlormèment au second paragraphe du premier article additionnel ci-dessus.
Les stipulations du deuxième article additionnel ci-dessus sont applicable au traitement de ce personnel.
Art. 9. Les bâtiments-hôpitaux militaires restent soumis au droit de la guerre, en ce qui concerne leur matériel ; ils deviennent la propriété du capteur ; mais celui-ci ne pourra les détourner de leur allectaiion spéciale pendant la durée de la guerre.
Art. 10. Tout bâtiment de commerce, à quelque nation qu'il appartienne, chargé exclusivement de blessés et de malades dont il opère l'évacuation, est couvert par la neutralité : mais le fait seul de la visite, notifié sur le journal du bord, par un croiseur ennemi rend les blessées et les malades incapables de servir pendant la durée de la guerre. Le croiseur aura même droit de mettre à bord un commissaire pour accompagner le convoi et vérifier ainsi la bonne foi de l'opération.
Si le bâtiment de commerce contenait en outre un chargement, la neutralité le couvrirait encore, pourvu que ce chargement ne fut pas de nature à être confisqué par le belligérant.
Les belligérauts conservent le droit d'interdire aux bâtiments neutralisés toute communication et toute direction qu'ils jugeront nuisibles au secret de leurs opérations.
Dans les cas ui'gents, des conventions particulières pourront être faites entre les commandants en chef , pour neutraliser momentanément d'une manière spéciale les navires destinés à l'évacuation des blessés et des malades.
Art. 11. Les marins et les militaires embarqués, blessés ou malades, à quelque nation qu'ils appartiennent, seront protégés et soignés par les capteurs.
Leur rapatriement est soumis aux prescriptions de l'article 6 de la Convention et de l'article 5 additionnel.
Art. 12. Le drapeau dislinctif à joindre au pavillon national, pour indiquer un navire ou une embarcation quelconque qui réclame le bénéfice de la neutralité, en vertu des principes de cette Convention, est le pavillon blanc à croix rouge.
Les belligérants exercent à cet égard toute vérification qu'ils jugent nécessaire.
Les bâtiments-hôpitaux militaires seront distingués par une peinture extérieure blanche avec batterie verte.
Art. 15. Les navires hospitaliers équipés aux frais des sociétés de secours reconnues par les gouvernements signataires de cette Convention, pourvus de commission émanée du souverain qui aura donné l'autorisation expresse de leur armement et d'un document de l'autorité maritime compétente, stipulant qu'ds ont été soumis à son contrôle pendant leur armement à leur départ final, et qu'ils étaient alors uniquement appropriés au but de leur mission, seront considérés comme neutres, ainsi que tout leur personnel.
Ils seront respectés et protégés par les belligérants
Ils se feront reconnaître en hissant, avec leur pavillon national, le pavillon blanc à croix rouge La marque distinctive de leur personnel, dans l'exercice de ses fonctions, sera un brassard aux mêmes couleurs ; leur peinture extérieure sera blanche avec batterie rouge.
Ces navires porteront secours et assistance aux blessés et aux nautragés des belligérants, sans distinction de nationalité.
Ils ne devront gêner en aucune manière les mouvements des combattants.
Pendant et après le combat, ils agiront à leurs risques et périls.
Les belligérants auront sur eux le droit de contrôle et de visite; ils pourront refuser leur concours, leur enjoindre de s'éloigner.
Les blessés et les naufragés recueillis par ces navires ne pourront être réclamés par aucun des combaltanis, et il leur sera imposé de ne pas servir pendant la durée de la guerre.
Art. 14. Dans les guerres maritimes, toute forte présomption que l'un des belligérants profile du bénéfice de la neutralité dans un autre intérêt que celui des blessés et des malades, permet à l'autre belligérant, jusqu'à preuve du contraire, de suspendre la Convention à son égard.
Si cette présomption devient une certitude, la Convention peut même lui être dénoncée pour toute la durée de la guerre.
Art. 15. Le présent acte sera dressé en un seul exemplaire original, qui sera déposé aux archives de la Confédération suisse.
Une copie authentique de cet acte sera délivrée, avec invitation d'y adhérer, à chacune des puissances signataires de la Convention du 22 août 1864, ainsi qu'à celles qui y ont suc-r cessivement accédé.
,En foi de quoi, les commissaires soussignés ont dressé le présent projet d'articles additionnels et y ont apposé le cachet de leurs armes.
Fait à Genève, le vingtième jour du mois d'octobre de l'an mil huit cent .=oixante-huit.
MILITAIRE (service de santé). 177
La Convention de Genève de 1864, seule officielle, et les arlicles additionaols de 1868, ont été l'objet de tant d'interprétations et de tant d'abus qu'il semble nécessaire de les commenter rapidement et de bien préciser la valeur qu'ils possèdent. Plusieurs médecins français ont déjà entrepris cette tâche, eu particulier le professeur Léon LeI'ort dans son très-remarquable ouvrage la Chirurgie militaire et les sociétés de secours, Paris, 1872, et le médecin-major Arnould, dans une conférence faite à la réunion des officiers, le 11 niarsl873 (J. Ai^nould, Étude sur la Convention de Genève, Paris, 1873).
A qui s'applique d'abord la neutralité, est-ce aux malades et aux blessés? En aucune façon ; l'article 6 de la Convention stipule que « les blessés militaires ou malades seront recueillis et soignés, » or cela s'était toujours exécuté entre armées civilisées, et il semble même y avoir quelque chose de blessant pour l'honneur des combattants que de leur imposer par traité ce que riiuinanité leur commande. Les blessés « reconnus incapables de servir » seront, dit cet article 6, renvoyés dans leur pays après guérison ; niais à vrai dire cette mesure semble bien naturelle, car on a tout intérêt à se débarrasser de ces invalides qui ne peuvent plus nuire à leurs ennemis. Quant aux autres blessés, ils « pourront, » dit la Convention, ils « devront, » dit l'article additionnel 5, être renvoyés à condition de ne pas reprendre les armes pendant la durée de la guerre. Cette condition es inapplicable, aussi bien à des soldats qu'à des officiers ; les premiers n'ont pas le droit de se soustraire aux lois militaires de leur pays, qui leur ordonnent de servir; pour les seconds, outre qu'ils sont soumis à ces mêmes lois, ce serait manquer absolument à l'honneur que de s'engager à rester inactifs, alors que toute la patrie est en armes, et cela dans une simple vue d'intérêt personnel, pour acheler leur liberté. Enfin il est encore stipulé que, par consentement mutuel, les commandants en chef « auront la faculté de remettre aux avant-postes les militaires ennemis blessés pendant le combat, n Or, puisqu'il faut un consentement mutuel, il n'était pas besoin de l'insérer dans la Convention. Il arrivera souvent qu'un parti ne tiendra en aucune façon à reprendre ses blessés, si par exemple il est en pleine retraite, sans moyens de secours assurés ; dans ces conditions, mieux vaut, pour les blessés eux-mêmes, rester entre les mains de l'ennemi. Il résulte de ces explications que les blessés et malades ne sont point neutralisés.
L'article 1 de la Convention reconnaît la neutralité des « ambulances et hôpitaux militaires, » sans parler des hôpitaux ou hospices civils, tant qu'il s'y trouvera des malades ou des blessés, et comme tels, ils seront protégés et respectés ; mais cette neutralité n'implique point la rétrocession du matériel des hôpitaux militaires proprement dit; l'article 4 le spécifie nettement, non moins que l'article additionnel. Seul, le matériel «d'ambulance, » c'est-à-dire celui de l'hôpital mobile, de l'hôpital roulant, est eflectivement neutralisé et doit laire retour à l'adversaire. Mais le commandant en chef demeure seul juge du moment où cette rétrocession doit s'exécuter.
Le personnel des hôpitaux et ambulances, comprenant les services de santé, d'administration, d'intendance, de transport, les aumôniers, est absolument neutralisé. En quoi consiste cette neutralisation? En ce que, lorsque l'hôpital et l'ambulance sont tombés entre les mains de l'ennemi, ce personnel peut, dit l'article 3, doit, dit l'article additionnel n° 1, continuer ses soins aux malades ou blessés qui s'y trouvent. Puis, lorsq\i'il demandera à se retirer, le commandant des troupes fixera le moment de son départ, « qu'il ne pourra toutefois dilférer que pour une courte durée, en cas de nécessités militaires, » en fait, il agira certdinement comme il croira convenable, et c'est justice. L'article 3 de la Convention laissait le per-
DicT. E:(r. 2° s. VUI, 12
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sonnel libre de continuer ses soins ou de se retirer, il obligeait le commandant des troupes à le faire conduire aux. avant-postes. Cette mesure était inapplicable; tout d'abord elle blessait le sentiment d'humanité en permettant au personnel sanitaire d'abandonner les blessés immédiatement, puis elle constituait une obligation militaire irréalisable. Un commandant militaire ne peut admettre que des médecins ou autres quittent ses lignes, quand bon leur semble, pour retourner chez leurs nationaux et leur rendre compte des opérations qu'il exécute ou qu'i. prépare. Cette neutralité deviendrait de l'espionnage.
Le personnel visé par l'article 1 de la Convention n'est évidemment neutralisé que « lorsqu'il fonctionnera, ou tant qu'il restera des blessés à secourir, » en sorte qu'un de ces neutres pris en dehors de son centre d'activité, à un moment oili il n'exerce point son ministère, ne serait point couvert par la Convention. Il serait trop facile d'envoyer un médecin au voisinage de l'ennemi faire une reconnaissance ; évidemment il ne ferait plus alors le service de médecin, mais celui de soldat et serait de bonne prise. Cependant il n'est pas besoin que le médecin ou autre neutralisé soit près de malades ou de blessés pour être neutre, il suffit qu'il fonctionne, c'est-à-dire qu'il soit dans une situation où son service l'oblige à être, en marche, à la suite de son anîbulance, de son régiment, etc. Cette neutralité entraîne la liberté d'emporter avec soi les objets qui sont Ja propriété personnelle du neutre.
On s'est demandé, en ce qui concerne l'armée française, si les fonctionnaiies de l'intendance et les officiers d'administration sont toujours neutres. La réponse est indécise, mais il semble logique de les reconnaître comme tels, lorsqu'ils font partie intégrante du personnel de l'ambulance ou de l'hôpital, et au contraire comme non neutralisés, s'ils n'y exercent qu'un service de surveillance ou de direction générale, surveillance et direction qu'ils pratiquent en même temps sur d'autres branches du service administratif. Dans l'organisation actuelle, les sous-intendants attachés aux 'divisions ne paraissent donc pas couverts, non plus que les officiers d'administration des vivres, du campement ou des bureaux, tandis que les officiers d'administration des hôpitaux doivent l'être au même titre que les membres du corps de santé. En ce qui concerne le train des équipages, les hommes et les animaux doivent évidemment être neutralisés lorsqu'ils conduisent des voitures d'ambulance, ou a fortiori lorsqu'ils ramassent des blessés.
L'article 5 de la Convention avait introduit un principe inapplicable, cilui que la présence d'un blessé dans une maison constituait une sauvegarde, exemptait du logement et d'une partie des contributions de guerre. A ce titre le vainqueur ne trouverait jamais une maison pour loger les hommes et une botte de foin à mettre en réquisition, tout lui serait fermé. Aussi l'article 4 additionnel spécifiet-il « qu'il ne sera tenu compte que dans la mesure de l'équité du zèle charitable des habitants, » c'est-à-dire que le vainqueur agira comme il le voudra ; un commandant de troupes distinguera facilement à qui il a affaire, s'il est en présence de gens dévoués et consacrant toutes leurs ressources disponibles aux soins des blessés, ou au contraire de ce genre de personnes qui veulent « un blessé x parce que c'est bien porté et que l'on se crée ainsi à bon compte des titres à la reconnaissance publique.
La Convention de Genève établit, article 7, qu'un drapeau et un brassard, portant croix rouge sur fond blanc, seront le signe adopté pour reconnaître les a;iibulances ou hôpitaux, ainsi que le personnel y attaché. Cet article spécifie que le drapeau à croix rouge devra être accompagné du drapeau iia,tional, et que la délivrance du brassard sera laissée aux soins de l'autorité luilitaire.
MILITAIRE (service de santé). l79
Pendant la dernière campagne, on a pu constater un véritable* abus de ces insignes; les sociétés de secours se sont attribuées le droit de délivrer des brassards, malgré la Convention qui ne confère ce droit qu'aux autorités mililaii^es, il est facile de comprendre pourquoi ; puis, tout le monde en a pris ; on en a mis sur les chapeaux, les casquettes, la poitrine. On a placé des drapeaux à cioix rouge sur des immeubles de toute nature, et à l'approcbe de l'eimeini, les villes ou villages prenaient véritablement un véritable air de fête en se pavoisant ainsi de ces gracieuses coulem-s. Seuls les véritables et les premiers neutralisés, les médecins militaires, n'osaient point porterie brassard, fort à tort sans doute, mais ils étaient excusables de ne point vouloir être confondus avec la foule de gens qui se disaient « dans les ambulances. »
L'abus a été tel, que ce signe distinctif ne semble plus avoir de crédit, et que l'on se demande s'il serait respecté dans une guerre nouvelle. Au reste, la croix rouge sur fond blanc n'a de valeur que lorsqu'elle indique un lieu où se trouvent des blessés ou malades militaires, lorsqu'elle désigne des gens attachés à leur service. Elle ne protège ces derniers que d'une façon fort peu effective, et a pour but d'empêcher qu'ils soient, pendant l'action, directement attaqués par un ennemi, mis enjoué à bout portant, surtout de leur permettre de circuler plus librement, lorsqu'ils se trouvent, pour leur service, dans des points, occupés par l'armée opposante. Hors de là ce signe n'a aucune valeur. On a maintes fois signalé un abus bien plus grave de cet emblème ; on l'a accusé de servir à l'espionnage, à la trahison, de couvrir des convois de munitions de guerre. Il est difficile de prouver si ces allégations, que les armées ennemies ne manquent jamais de 's'adre>ser, sont véritablement fondées. Elles constitueraient une manœuvre criminelle; si la ruse est admise à la guerre, si l'espionnage est peut-être une nécessité de part et d'autre, ces manoeuvres ne doivent point se couvrir d'un emblème respectacle entre tous, et qui ne peut le rester que s'il est employé avec une entière bonne foi.
M. Léon LefOrt demande avec juste raison qu'un fanal de couleur spéciale, rouge si l'on veut, remplace pendant la nuit le drapeau ou le brassard; c'est un desideratum très-justifié et qu'il conviendrait de remplir.
M. Arnould insiste sur la nécessité de répandre parmi les belligérants, surtout parmi les simples soldats, une exacte connaissance des obligations que leur impose la Convention de Genève ; il formule ainsi qu'il suit une note qui pourrait leur être lue et faire partie des théories sur le service en cavipagne. Nous la reproduisons, car elle semble éminemment pratique :
d" Les malades et les blessés de l'ennemi sont sacrés pour nous ; nous les soignerons et les rendrons autant que possible.
Nos malades et nos blessés sont sacrés aussi pour l'ennemi ; il les soignera et nous les rendra de même.
2° Les médecins, les aumôniers, les infirmiers, les brancardiers, les soldats du train de santé, sont neutres, quand et parce qu'ils soignent les blessés, c'est-à-dire qu'il ne peuvent être frappés ni faits prisonniers. On les reconnaît, de jour, au brassard blanc à croix rouge qu'ils portent au bras gauche ; la nuit, par une lanterne à croix rouge.
3° Les hôpitaux et les ambulances des deux parties sont également neutres ; c'est-à-dire que la force année ne doit ni les attaquer, ni les défendre, ni s'y abriter. On les reconnaît au drapeau blanc à croix rouge, accompagné du drapeau national, et qui ne doit être arboré que quand il y a des blessés dans un local.
4» On ne doit jamais, dans un combat, s'inquiéter du personnel de santé ni des ambulances qui pourraient se trouver dans la direction du tir ou de la marche de bataille.
5° Tout militaire convaincu d'avoir enfreint l'une ou l'autre de ces prescriptions ou d'avoir pris indûment les insignes de neutralité sanitaire sera traduit devant le conseil de guerre^
IbO MILITAIRE (service de santé).
Yl. Assistance civile aux ulessés militaires. Société de secours. Les sociétés civiles de secours aux blessés militaires sont nées sous l'impulsion partie de Genève en 1862; elles ont été singulièrement secondées en France par la conviction dans laquelle sont tombés quelques bons esprits que, pendant la guerre de la sécession, les institutions sanitaires américaines, dont chacun connaît le degré de perfection, sont exclusivement du fait de sociétés privées, l'État et le commandement militaire y étant demeurés absolument étrangers. C'est là une erreur profonde : au début de la campagne, les États fédéraux du Nord n'avaient point d'armée et tous les services durent se créer d'emblée ; or les Américains, habitués à ne se reposer sur personne du soin de leurs propres affaires, constituèrent une commission sanitaire privée qui se donna la double mission de recueillir dans toute l'Union des dons et recours en faveur des malades et des blessés, de les répartir entre ces derniers et de pousser le gouvernement dans la voie d'une organisation complète et méthodique du service de santé aux armées. Ce dernier du l'este ne recula point devant celte tâche et oi'ganisa un corps de sauté nombreux, pourvu du plus puissant matériel sanitaire que jamais armée ait possédé. La commission sanitaire continua son rôle pendant toute la durée de la guerre, en fournissant au service de santé militaire des approvisionnements supplémentaires, en se faisant le promoteur de recherches scientifiques et appliquées, en cherchant à répandre l'instruction spéciale parmi le corps de sauté un peu mélangé que l'armée possédait, en suivant les militaires dans toutes leurs situations, surtout lorsqu'ils étaient aux hôpitaux, pour les réconforter moralement, leur venir en aide. En un mot, 3a commission sanitaire s'est faite Vauxiliaire, toujours bien accueillie, du service de santé régulier.
En Europe, et surtout en France, les sociétés de secours sembleut avoir compris leur rôle différemment. Elles se sont, dès l'abord, complètement isolées dii corps de santé de l'armée, et, profitant de la Convention signée à Genève, convention dans laquelle elles ne sont même point nommées , ont regardé ces stipulations comme leur bien propre, s'attribuant les insignes de la neutralité comme leurs, les distribuant à leur guise et, au moyen d'articles de journaux habilement conçus, de différentes manoeuvres que l'on pourrait quelquefois qualitier.de réclames, ont puissamment agi sur l'opinion publique, surtout au début de la guer.e. Avant l'investissement de Paris, la Société de secours a mis en route quelques ambulances dont nous n'avons pas à retracer l'histoire, m;ùs qui, de l'aveu de eurs propres chefs, le professeur Lefort, le docteur Lucas-Championnière et autres distingués praticiens, sont loin d'avoir rendu les services que, mieux organisées, elles n'auraient pas manqué de fournir. A Paris, les ambulances de la Société de secours "et les ambulances de la Presse ont eu un rôle plus brillant ; mais faut reconnaître que la tâche leur était singuhèrement favorisée par le peu d'étendue de leur zone d'activité. En province, des sociétés locales ont également mobilisé quelques ambulances; dans la mesure de leur force, elles ont contribué à subvenir à l'insuffisance numérique du personnel de santé militaire, eu grande partie retenu à Metz ou dans d'autres places, jusqu'à la lin de l'année 187U, et, plus tard, non moins insuffisant en raison du nombre considérable des corps de troupes organisés par la défense.
Dans les villes elles-mêmes, les sociétés de secours ont étabh quelques hôpitaux provisoires, irrégulièrement dénommés du titre d' « Ambulances, » alors que leur service était au contraire absolument fixe. Dans jdusieurs localités le personnel volontaire a fait preuve du plus entier dévouement et a droit à une vive reconnaissance,
MILITAIRE (service de santé). 181
Au lendemain de la guerre, un grand nombre de brochures, de publications de loiite nature, emprunlant souvent des allures officielles, ont hautement })roclamé les services rendus par leurs auteurs, sociétés ou individus; elles ont afiëcté de ne point Taire la moindre mention du service de santé régulier de l'armée, qui avait cependant déployé une activité considérable, mais croyait plus honorable de garder le silence comme il convient à des gens qui ont fait leur devoir pour le devoir seul. Certaines notabilités des sociétés de secours semblent même conclure à l'inutilité de conserver désormais un service sanitaire régulier, se iaisant fort de le remplacer avec avantage dans toutes ses attributions.
Il importe peu, en définitive, pour le soldat blessé ou malade, d'être soigné par tels ou tels, l'important est qu'il le soit, et si l'assistance civile pouvait suffire à ce rôle, il y aurait tout avantage à dégrever le budget de l'armée des dépenses qu'entraîne le service de santé. Malheureusement il serait excessivement dangereux de s'engager dans une voie pareille, car si en temps de paix on pourait, dans quelques grandes villes, trouver assez de médecins civils pour assurer le service des hôpitaux, encore faudrait-il cependant leur offrir des honoraires, et l'économie n'existerait point. Le service régimentaire, le service dt.'s places et des hôpitaux d'Algérie ne serait en outre pas assuré; mais ce serait surtout en temps de guerre que l'on éprouverait l'impossibilité de suffire aux besoins. Remarquons-le bien, le service hospitalier des arméesne peut se comparera celui de la population civile ; la société, en soignant ses pauvres, exerce la charité ; l'Etat, en soignant ses soldats, remplit un devoir ; elle l'exerce dans la mesure de ses moyens, plus ou moins complètement, tandis que l'État doii aux soldats des soins complets et aussi bien dirigés qu'il est possible. Le commandement ne peut donc se reposer sur personne de l'exécution de cette partie de ses attributions et doit avoir sous ses ordres un personnel toujours prêt à marcher, recruté avec discernement, dont il peut exiger un dévouement de tous les instants, et qu'il pourvoit d'un matériel suffisant, préparé à l'avance. Enfin, pour exercer fructueusement la médecine dans l'armée, il est indispensable d'en faire partie, afin d'étudier les conditions de son existence, afin de pouvoir apprécier et prévenir le développement des influences morbides qui y abondent etchercher à appliquer, dans ces conditions spéciales, les ressources que fournissent les sciences médicales dans leur ensemble.
Il faut donc un service médical régulier dans l'armée et vivant pour l'armée seule. Mais à côté de ce service, doit-on autoriser, en campagne, les sociétés de secours à placer leurs ambulances civiles, indépendantes, acceptant un jour les ordres du commandement pour avoir le droit de s'y soustraire le lendemain, comprenant un personnel fort estimable dans son ensemble, mais que le commandement ne connaît point et sur lequel il n'a pas de prise. La chose paraît absolument impossible à tous ceux qui ont quelque idée du fonctionnement des armées. Le commandement y doit être un et n'avoir sous ses ordres que des militaires, et non point des militaires de circonstance, mais des hommes éprouvés. On a pu juger, dans la dernière guerre, de l'insuffisance des organisations ébauchées comme le furent au début, les gardes mobiles, pendant toute la campagne, les gardes nationales mobilisées et les francs-tireurs, insuffisance qui ne tenait point cependant au manque de dévouement, car les hommes sont partout les mêmes. Nos nouvelles lois militaires cherchent au contraire à militariser tous les éléments utilisables en astreignant chaque citoyen au service militaire, en organisant ces éléments en corps réguliers, en les plaçant tous sous la main du commandement. Or ce qui est vrai pour les troupes de combat l'est aussi pour le personnel de se-
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cours ; tout y doit être militaire, préi.aré à l'avance, soumis au commandement et mobilisable au premier coup de télégraphe.
Tel est du reste le mode de procéder adopté par les armées européennes, et ce qui est vrai en Allemagne ou en Autriche ne sauiait être faux en France.
Le rôle des sociétés de secours paraît donc être déplacé lorsqu'elles tendent à fonctionner dans l'armée elle-même ; il demeure au contraire singulièrement précieux en dehors de l'armée, et pourrait trouver un champ d'activité fort étendu en provoquant dans le pays des dons et des secours, avec lesquels on organiserait des hôpitaux provisoires dans les villes, et mieux, en dehors de celles-ci, dans les campagnes toujours plus salubres que les cités, en s'efforçant d'y recueillir es blessés ou malades évacués de l'armée, de combattre ainsi l'encombrement des hôpitaux militaires réguliers, en mettant à la disposition du commandement et des malades, du matériel, des objets de pansement, des vêtements, des aliments de choix, en subvenant ainsi à des besoins toujours renaissants. Ces secours matériels pourraient être distribués par les soins d'agents, admis par le commandement à séjourner dans les armées, s'enquerrant des points oii leurs secours peuvent être le plus utiles, se multipliant en un mot pour remplir un rôle qui ne manque point do grandeur.
En ce moment, en particulier, les sociétés de secours pourraient rendre aux blessés futurs de signalés services. L'armée ne possède point un matériel sanitaire suffisant, ni comme quantité, ni surtout comme qualité; le gouvernement, en présence des dépenses énormes nécessitées par l'organisation de l'armée, ne pourra évidemment arriver de longtemps à réunir ce matériel ; que les sociétés de secours provoquent un mouvement dans le pays, qu'elles réunissent des fonds et les emploient à la construction de voitures d'ambulance, de trains sanitaires, de tentes, de linge à pansement, puis, que chaque année elles fassent don à l'armée de ce qu'elles auront ainsi produit, et certes la reconnaissance la plus vive les viendra payer de leurs patriotiques efforts.
En Allemagne et en Autriche, les sociétés de secours ont également cherché à s'isoler de l'armée, à demeurer indépendantes, mais les gouvernements ne les ont point laissées s'engager dans cette voie et ont su restreindre leur action en dehors de l'armée active; auxarmées, tout doit êtremilitaire, etl'on a trop de sens pratique en Allemagne pour n'avoir point compris qne les choses ne peuvent marcher autrement. L'Allemagne, encore féodale à bien des points de vue, a vu dans ces dernières années l'ordre militaire et hospitalier de Saint-Jean se reconstituer sur des bases nouvelles ; l'orgueil des Johanniters , recrutés exclusivement dans la noblesse et se donnant pour mission de diriger et surtout d'inspecter les services sanitaires des armées, a été l'objet de plaintes nombreuses en Allemagne; de l'aveu des militaires allemands, ces Johanniters n'ont en somme rendu que bien peu de services. On a récemment proposé d'introduire en France cette organisation en relevant l'ancien ordre de Malte; sans aucun doute, beaucoup déjeunes hommes appartenant à la double aristocratie de la noblesse et de la fortune rechercheraient l'honneur de porter la croix étoilée et le brillant uniforme des chevaliers de Malte, mais une semblable institution ne parait point d'accord avec les idées de notre société moderne, et nous persistons à croire que son utilité serait plus que douteuse.
Il ne faut pas oublier que, d'après les nouvelles lois militaires, tout Français est soumis au service militaire de vingt à quarante ans; les médecins ne faisant point exception à cette règle, le gouvernement possède des ressources plus que
suffisantes pour constituer un nombreux jiersonnel niéilical de réserv.i. Quant aux sociétés de secours, elles sont condamnées à ne pouvoir recruter leur personnel que parmi les hommes de quarante et un ans au moins, ce qui rendrait à peu 1 près impossible le fonctionnement de leurs ambulances actives.
VII. Organisation du service de santé milîtaire a l'étranger. Nous n'as vous point la prétention de donner ici l'histoire complète de l'organisation du ! service de santé dans les différentes armées étrangères, mais d'en présenter simplement le sommaire, renvoyant pour plus de détails aux documents originaux.
A. Empire allemand. Dans l'armée prussienne, le corps de santé militaire forme un corps spécial fonctionnant sous l'autorité de ses chefs directs et du commandement et possédant la situation militaire absolue, le Soldaten-Stand comme vivant avec le soldat et participant à ses dangers , tandis que les administrateurs militaires ne sont point considérés comme tels. Il comprend les grades ci-après :
General'Slab-Arzt. , avec rang de général-major.
General-Arzt \ f"'™^'- , , ,
( lieutenant-colonel.
/,,£,.,., ( commandant.
Vber-Stab-Arzt } ... ,.
I capitaine en 1".
„. . , . ( capitaine en 1".
Stab-Arzt i ' . . „ „.
( capitaine en z".
, . , , , ( lieutenant en 1".
Assistenz-Arzt | lieutenant en ««.
JJnter-Ant Porte-épée laenricii.
Le General-Stab-Arzt centralise l'ensemble du service, est au ministère de la guerre le chef d'un département spécial, et commande le corps; les General-Aerztc sont chefs du service médical dans les corps d'armée, les Ober-Stab-Aerzte et les Stab-Aerzte sont chefs du service médical des divisions, des régiments, dans les hôpitaux médecins traitants. Les Assitenz-Aerzte et les Unter-Aerzte sont les aides de leurs supérieurs dans les corps de troupes et les hôpitaux. En temps de paix, les General-Aerzte deviennent chefs du service médical de la région territoriale correspondant à leur corps d'armée ; dans les régiments, les médecins sont répartis en temps de paix à raison de un Stab-Arzt et un Assistenz-Arzt ou Unter-Arzt par bataillon d'inf^interie, légiment de cavalerie ou Abtheilung (division de 2 bat teries) d'artillerie. Il n'existe point de catégorie spéciale de médecins d'hôpitaux, les médecins de régiment y soignent eux-mêmes les malades de leur corps.
En temps de guerre, le service sanitaire s'augmente des médecins du Beurlaiibtenstand, c'est-à-dire des médecins qui, après avoir fait leur service comme médecins volontaires d'un an sont rentrés dans la pratique civile et appartiennent aux contingents de réserve ou de Landwehr, suivant leur classe. (Voir, pour ce qui concerne l'organisation du Beurlaubtenstand, l'article Militaire (Hygiène), § 4, t. yil, 2" série, p. 699). Après l'année de service obligatoire ils ont le grade d'Unter-Arzt et peuvent acquérir le grade d'Assistenz-Arzt en venant faire trois mois de service, après lesquels ils subissent une épreuve d'acceptation devant une commission formée de tous les médecins de leur division.
Les pharmaciens de l'armée sont des employés civils, sans assimilation avec les grades de l'armée, remplissant leur année de service obligatoire dans les lazarets. En temps de guerre, ils sont mobihsés comme les médecins du Beui baubtenstand, mais sans avoir le grade militaire. Ils sont subordonnés aux médecins. Un pharmacien de corps est attaché aux médecins-généraux de corps d'armée pour la tenue des comptes pharmaceutiques, l'inspection et l'approvisionnement des
iSi MILITAIRE (service de santé),
pharmacies de làzarel. Un seul pharmacien remplit ces fonctions pour deuxcorps d'armée.
Sous les ordres des médecins militaires se trouvent : \°\es Lazareth-gehûlfen, aides de lazaret, divisés en deux classes; ils répondent à nos intlrmiers-niajors de • visite, 2° les Krankemvàrter, infirmiers proprement dits. Les uns et les autres sont recrutés parmi les soldats ayant un an de service au moins, sont instruits par les médecins dans le lazaret de leur garnison, puis sont répartis dans les corps de troupes (à raison d'un aide de lazaret par com|'agnie) et dans les hôpitaux. Dans les corps de troupes, on désigne chaque année un certain nombre d'hommes connue brancardiers, Krankentràger. Ils reçoivent du médecin une instruction spéciale, puis, chaque année, tous les brancardiers du corps d'armée sont réunis au quartier-général pour recevoir une instruction complémentaire d'un médecin désigné à cet effet. Ils sont ensuite renvoyés au corps, puis, en temps de guerre, sont désignés à raison de quatre par compagnie pour l'enlèvement des blessés.
Le recrutement du cor[js de santé s'exécute en principe par la voie des deuxécoles de médecine militaire : L'Institut royal Frédéric-Guillaume et Y Académie royale médico-chirurgicale militaire. Les élèves de l'Institut sont logés et reçoivent une indemnité mensuelle de div thalers (57 fr. 50), les élèves de l'Académie n'ont point d'indemnité et les plus anciens seuls sont logés. Les uns et les autres font leurs éludes médicales à l'Université de Berlin, et reçoivent à l'école militaire des répétitions et des cours spéciaux. L'entrée aux écoles a lieu par voie de concours parmi les jeunes gens pourvus du certificat d'aptitude aux études universitaires [Zeugniss fur Universitàts-Studie^i) .Les élèves classés en tète de la liste d'admission peuvenl entrer à l'Institut. Les études sont de quatre années; après l'oljtention du titre universitaire de docteur, ils passent dans l'armée avec le grade de Unter- Arzt ; les élèves les plus distingués sont attachés à l'hôpital de la Charité de Berlin où ils sont logés, et trouvent ainsi toute facilité pour terminer leurs études. Les autres vont dans les regimen^s ; lorsque les Unter-Aerzte ont subi l'examen de pratique, Staats-Priifung, indispensable pour exercer la médecine en Prusse, ils sont admis au grade d'Assistenz-Aerzte.
L'avancement ultérieur au grade de Stab-Arzt a lieu presque exclusivement à l'ancienneté, mais pour acquérir le grade à'Ober-Stab-Arzt, il est nécessaire de subir un examen d'aptitude.
Les médecins-volontaires d'un an, pourvus du diplôme de pratique, peuvent être admis latéralement dans le cadre normal comme Assistenz-Aerzte .
Les hôpitaux militaires de l'intérieur ou lazarets de garnison sont placés sous la direction du médecin en chef, mais ressortent du commandement au point de vue de la discipline générale et de la surveillance à exercer pour constater la régulière exécution du règlement. La partie administrative est remise entre les mains du Lazareth- Inspecter compétent pour tout ce qui concerne le matériel et les finances, mais placé sous la direction et la surveillance du médecin en chef. L'intendance militaire a le droit de contrôle sur les hôpitaux militaires au point de vue de la régularité des écritures, des dépenses, en un mot de tout ce qui touche aux intérêts financiers de l'Etat. Ces dispositions n'ont été mfses en application que depuis le 1^"' janvier 1873, et après l'expérience favorable faite, pendant la campagne de 1870-71, en confiant déjà la direction des lazarets de guerre aux médecins.
Les lazarets de garnison sont organisés dans toutes les villes où la garnison dépasse l'effectif d'une compaguie; le nombre des lits est calculé sur le pied de
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-îj de l'effectif, mais il ne peut être inférieur à dix. Lors des mobilisations partielles de corps d'armée, comme pour les grandes manœuvres, il est établi des lazarets de cantonnement au voisinage des points de concentration.
Le fonctionnement du service de santé en temps de guerre mérite d'être signalé à l'attention, car il a reçu la consécration de l'expérience pendant la dernière campagne. L'unité étant le corps d'armée à deux divisions plus les sei vices accessoires, nous déci'irons le fonctionnement pour un corps d'armée, pris comme
Tout d'abord le régiment à trois bataillons possède ses 6 médecins, 12 Lazarethgebûlfen et 48 Krankentrager (brancardiers). Comme matériel, il emmène trois voitures sanitaires, 18 brancards et 3 sacs d'amlmlance. En outre, cbaque aide de lazaret ou brancardier porte une musette garnie de linge, et cliaque soldat conserve, cousu dans sa pocbe gauche, un petit paquet de toile huilée contenant de la cliarpie, une compresse et une bande. Lorsque le combat est engagé, la moitié des médecins et des aides reste sous le. feu pour enlever les blessés, l'autre moitié constitue, unjieu en arrière, une première Verbcmdplatz, ou place de pansement, ou bien renforce celle qui est formée par les détachements sanitaires.
Les Sanitàts-Detachment, constituent l'ambulance volante, ils existent au nombre de trois par corps d'armée, un pour chaque division, un de réserve ou pour l'artillerie du corps. Leur personnel et leur matériel comprennent:
COMPOSITION DU SANITATS-DETACHEMENT PRUSSIEN. (3 par corps d'armée.)
,. n , .,• , / 2 Stab-Aerzte.
1* Personnel médical, l m i„ ■ ,„ , »„„,.« . 15 As^lstellz-Aer^te.
7 médecins ) i Apotheker (pharmacien).
1 pharmacien ... g Lazareth-Gehùlfen. ^* ^'^^^ (8 Kraiikeu-Waner.
!1 Kittmeister (capitaine de cavalerie).
2 Lieutenants.
1 Payeur.
2 Bevier-Aufseher (surveillants), 1 FeldweSiel (sergent-major).
12 Sous-Officiers.
12 <ierreUe (caporaux).
124 Krankentrâger (brancardiers).
S" Train. / 1 Wachlmeister (maréchal des logis cher).
5 sous-officiers. . . ) 2 Sous-Ofliciers.
26 hommes (26 Conducteurs.
2 Voitures d'ambulance.
2 voitures de bagages.
6 Voitures pour transport de blessés.
3 brancax'ds à roues.
42 brancards à main.
Soit, en totalité : 206 personnes.
Le capitaine exerce le commandement sur tout le personnel ; le médecin n'a d'autorité que sur le personnel médical. Pendant la bataille, la partie médicale organise la Verbandplalz , la partie militaire s'occupe du va-et-vient entre ce point et la ligne do. feu. A mi-chemin, on a fait stationner les six. voitures de transport, les blessés sont amenés par les brancardiers qui hissent le brancard sur la voiture et en prennent un vide pour retourner sous le feu. Au lieu de pansement, oii se trouve du reste le médecin général du corps d'armée, il est formé trois sections médicales : une seciion de diagnostic où l'on trie les blessés en leur apposant une fiche indicatrice de la blessure, une autre section chargée de l'application des appareils inamovibles, une troisième des opérations. Les blessés déjà pan-
Matériel '
Personnel administratif.
16 personnes . . . .
186 MILITAIRE (service de santé).
ses sous le feu par les médecins de régiment et les blessés légers sont dirigés sur le lazaret de campagne le plus voisin.
Les Feld-Lazarets constiluent les ambulances de seconde ligne, ils sont au nombre de 12 par corps d'armée et comprennent :
COMPOSITION DES FELD-lAZARETS PRUSSIENS '
(12 par corps d'armée )
Il Ober-Staij-Arzt, commandant.
1 Stab-Arzl.
3 Assistenz-Aerzle.
1 Pharra.ci = n.
9 Lazarelh-Gehûlfen.
1 T.azareth-Iiispeclor.
1 Complable.
12 Krankenwiirler; 1 Cuibinicr.
1 Garçon de pharmacie.
il Feldwebel pour la police.
2 Sous-Onîciers (1 secrétaire et 1 capitaine d'armes), 1 \Vach.mei.,(er du train.
4 Soub-Ofliciers ou Gefreïte du train.
15 Conducteurs du train.
!2 caisses d'ambulance.
3 voituresde matériel.
1 omnibus.
En tout 54 personnes
Le médecin en chef exerce le commandement sur tout le personnel, il relève du General-Arzt du corps d'armée quand le lazaret est mobile, du General-Arzt de Ja ligne détapes lorsqu'il est immobilisé. Pendant le combat, le médecin en cliel envoie son personnel médical au sanilats-detachment le plus voisin et reste luimême en arrière pour organiser le lazaret et se disposer à recevoir les blessés. Ceux-ci lui arrivent tout pansés, avec son personnel, et le lazaret entre en fonctions comme hôpital. Dès que les évacuations ont pu être entreprises par le service des étapes et que le lazaret s'est vidé, il plie bagage et va rejoindre son corps d'armée, si pendant ce temps ce dernier a marché en avant.
Nous avons montré plus haut comment fonctionne le service des étapes et n'avons point à y revenir.
Si l'on ajoute à ces organisations actives le service des hôpitaux de garnison et des hôpitaux temporaires, soit sur le territoire national, soit en dehors de ce territoire, on peut comprendre quel nombre considérable de médecins doit posséder l'armée prussienne et a fortiori toute l'armée allemande. Le nombre en est évalué ainsi qu'il suit dans le Militairaerztliche Zeitschrift d'avril 1873,
1* Médecins attachés à la partie immédiatement mobilisable de l'armée.
A Médecins généraux d'armée.
24 Médecins généraux.
52 Médecins divisionnaires.
15 Directeurs de lazaret.
152 Méilecins en clief d'établissement sanitaires mobiiés. 185 Médecms en chef de corps de troupes. 568 Stab-Aerzte.
1587 A.tsisleiiz ou Unter-Aerzie.
11 Chirurgiens consultants.
72 Méilecins traitants d'hôpitaux temporaires. 152 Aides, — —
2800 Médecins de tous grades.
MILITAIRE (service de santé). 187
2* Médecins attachés aux formations a mobiliser ultérieurement-
12 Mpilecins généraux.
30 Médecins en chef de corps de troupe, 391 Stab-Acrzte.
610 Assijtenz ou Unter-Aerzte.
S Chirurgiens consultants.
lOSl Médecins de tous grades.
Le pied de guerre de l'armée allemande exige donc en totalité 5,851 médecins de différents grades. Ce personnel est formé : 1" Par le cadre permanent du corps de santé; 2" par les médecins du beurlaubtenstand (réserve et landwelir) ; 3° par les médecins n'ayant plus, en vertu de l'âge, d'obligation de service, mais qui consentent à y rentrer pour la campagne ; 4° par des étudiants ayant au moins trois ans d'études ; S** par des médecins étrangers dont on accepte éventuellement le service.
Pendant la dernière campagne 1870-1871, on a réuni 5,679 médecins se divisant en :
Service régulier j Cadre permanent. . . . H56 médecins.
de l'armée. . j Beurlaubtenstand. . . . 1565 —
MéJrcins civils ayant repris du service . . 241 —
Étudiants en médecine 842 —
Médecins étrangers 77 —
Total 3679 médecins.
Nous avons vu plus haut des médecins figurer avec le titre de « chirurgiens consultants. » Ces fonctions sont confiées à quelques grandes notabilités scientifiques, à des pi^otesseurs de Faculté de médecine, auxquels on confère un grade militaire provisoire, et qui parcourent les ambulances actives ou les hôpitaux temporaires, pour offrir le concours précieux de leur expérience et de leur habileté professionnelle, remphr certaines missions, provoquer des conférences, etc.
B. Austro-Hongrie. Le corps de santé militaire austro-hongrois se compose sur le pied de paix (décret impérial du 50 mai 1870) :
2 General-Aerzte avec rang de général-major.
20 Oherslab-Aerzte de 1'* classe .... colonel.
,„ , J ,20 — de 2" classe lieutenant-colonel.
I» du cadre permanent g,, S.ab-Aerzte commandant (major).
comprenant.. . . 592 Régiments-Aerzte, 1" classe. ... 1
/ 292 - 2- classe . . . . f ':ap>la">e.
146 Ober-Aerzte lieuten. en 1" (Ober-Lieut.).
2* Des médecins volontaires d'un an, docteurs en médecine, servant avec le titre à! Assistenz-Arzt et l'assimilation de lieutenant en second.
En temps de guerre, il se complète : \° Par l'adjonction des anciens volontaires d'un an, classés dans la réserve en qualité d'Assistenz-Aerzte ou de Ober-Aerzte 2" des anciens médecins de l'armée qui passent dans la réserve avec leur grade lorsqu'ils quittent le sem'ice actif; 5" éventuellement par l'adjonction de méde oins civils s'engageant à servir pour la durée de la guerre.
Le coros de santé militaire autrichien ionctionne sous l'autorité de ses chefs hiérarcliiques et du commandement. — Il est réparti dans les régiments et dans les hôpitaux, mais ces Ibnctions ne sont pas, comme en Prusse, confiées aux mêmes personnes. — Le service régimentaire est confié aux Régimeiit-Aerzte, aux Ober-Aerzte et aux volontaires d'un an, docteurs ; le service hospitalier prend ses chels dans les Stab-Aerzte et ses médecins traitants dans les médecins d'un grade inférieur; les Ober-Stab-Âerzte sont placés à la tête des grands hôpitaux ou sont attachés aux grands commaudenients.
188 MILITAIRE (service de santé).
A la tète du corps se trouve l'un des çeneral-ârzte, qui dirige l'instruction et exerce l'autorité disciplinaire sur les médecms et le personnel pharmaceutique; il préside la commission de santé et centralise le service des sociétés d'assistance civile de secours aux blessés. Le second general-arzt est chef de la 14^ division du ministère de la guerre, qui a pour attributions de centraliser et de diriger tout ce qui est relatif aux prescriptions hygiéniques dans l'armée, à la statistique médicale, au matériel du service de santé, aux hôpitaux, etc.
Le recrutement du corps de santé avait, jusqu'à l'année 1872, été confié à une École spéciale, le Josefimim, ou Académie Joséphine, mais elle a étéhceuciée, et l'on espère assurer un recrutement suffisant au moyen des volontaires d'un an, docteurs qui, à l'expiration de leur temps de service, prendront goût à la carrière et y demeureront. — Les jeunes gens qui étudient la médecine peuvent, en effet, accomplir leur année de service obligatoire avant leur réception au doctorat, mais ils sont alors simples élèves, ou après leur réception au doctorat ; dans ce dernier cas, ils fout quelques mois de stage dans un hôpital à leur choix et finissent leur année dans les corps de troupes.
Tous les volontaires d'un an, docteurs ou non, suivront à l'avenir des cours professés dans les hôpitaux militaires et comprenant l'hygiène militaire, l'organisation de l'armée, le service en campagne, la manœuvre du matériel sanitaire, les opérations et bandages usuels, la pharmacopée militaire. Les cours dureront du l"^"" octobre à la fin de septembre, et se termineront par un examen passé devant une commission spéciale. Cet enseignement parait très-suffisant pour des médecins de réserve, mais il ne semble point assez complet pour les médecins du service actif; nqs collègues de rarmée autrichienne émettent de vives craintes sur l'avenir Ju corps dont le recrutement leur semble compromis par la suppression du Josefinum.
La troupe sanitaire, Sanitclts-Truppe , constitue un élément important du service de santé; elle se divise, en temps de paix, en 23 sections, attachées chacune aux 25 grands hôpitaux militaires ; chaque section se compose en moyenne, et sur le pied de paix, de : 1 capitaine, 1 ou 2 lieutenants, 1 cadet, 1 sergentmajor, 6 sergents, 10 ou 12 caporaux et environ 100 à 110 soldats. En temps de guerre, par l'appel des réserves, l'effectif de la troupe doit se monter (circulaire du 10 juillet 1872) à 5 officiers supérieurs, 257 officiers, 23 cadets, 289 sergents-majors , 669 sous-officiers , 970 caporaux, 10,756 gelreite et soldats, 1031 pionniers et ordonnances. Ces 14,000 hommes doivent servir à former:
40 détathcinents sanitaires de division d'infanterie 5 100 hommes.
25 — — — de ravaleiie à 12 hommes.
15 — pour hôpitaux de campagne de 500 malades à 153 hommes.
7 — — — de 600 malades à 205 hommes.
La troupe sanitaire exécute en temps de paix le service des hôpitaux auxquels elle est attachée; elle reçoit l'instruction militaire par ses officiers, l'instruction technique d'un des médecins de l'hôpital.
Les hôpitaux de garnison de l'armée autrichienne sont, avons-nous dit, au nombre de 23 ; leur direction appartient an plus ancien médecin militaire qui porte le titre de médecin en chef et préside la commission administrative composée, outre ce médecin , du commandant de la section de la troupe sanitaire et du comptable. Elle a pour attributions de diriger l'exploitation, l'adminislration etla gestion des tonds; en cas de non-entente entre .ces membres, les questions sont portées, pour les affaires militaires, au commandant de la garnison, pour les affaires
WIMTAIRE (service de santé). 189
sanitaires, au médecin en chef du commandement général, pour celles qui intéressent la comptabilité, à l'intendance. — En dehors des séances delà commission, le médecin en chef a pour attributions de \eiller aux intérêts sanitaires des hommes malades, de prévenir l'encombrement, de régler tous les détails du service, de s'assurer de la bonne exécution du service médical, de l'alimentation, de l'instruction des volontaires d'un an ; militairement, il est subordonné au comiiiandantdela garnison, au point de vue professionnel, au chef du service de santé du grand commandement. Le commandant de la troupe sanitaire exerce le commandement militaire sur sa troupe, fait exécuter les ordres du médecin eu chef pour le service sanitaire et veille au boa entretien du matériel de campagne. Il est subordonné au commandant de la garnison et au commandant supérieur de la troupe sanitaire.
Le comptable dirige l'administration du détail, la oomplabilité, la registrature et la correspondance ; il contrôle et dirige le service des approvisionnements. Dans Je service, il est subordomié au médecin en chef, et, au point de vue militaire, au commandant de la garnison.
Le service pharmaceutique de l'armée est exécuté par une régie directrice et une réserve avec laboratoire; elle comprend 25 pharmacies d'hôpital, 1 d'invalides, H de garnison. La régie centralise le service des pharmacies en ce qui concerne le personnel, l'approvisionnement et la comptabilité; elle est elle-même contrôlée par une commission composée du General-Aerzt, chef du corps de santé, d'un médechi délégué par la 14" division du ministère, d'un fonctionnaire de l'intendance, d'un professeur de chimie et d un professeur de matière médicale.
Les pharmacies des hôpitaux assurent fa préparation et la distribution des médicaments, elles sont placées sous la directioti technique du médecin en chef, l'autorité militaire du commandement et le contrôle administratif de l'intendance. Les pharmacies de garnison sont des succursales de la réserve et approvisionnent, eu médicaments et objets de pansement, les hôpitaux de troupe et les régiments.
Le service pbai'maceutique de l'armée comprend 65 personnes, à savoir : 1 directeur-régisseur, 7 administrateurs de 1"''^ et 2^ classe, 54 employés, 3 aides et les volontaires d'un an diplômés-pharmaciens ou non diplômés qui manipulent les drogues, préparent les médicaments.
En dehorsdes 25 hôpitaux de garnison, des « hôpitaux de troupes » reçoivent les malades dans les villes où les grands hôpitaux n'existent point; mais le personnel médical, militaire ou administratif est entièrement emprunté aux régiments. A leur tète se trouve un médecin, président d'une commission administrative. Le fonctionnement s'exécute d'api'ès les mêmes principes que dans les hôpitaux de garnison.
Lorsque l'armée austro-hongroise est mobilisée, les hôpitaux de garnison doivent mettre sur pied le personnel et le matériel nécessaires à la formation des étabhssements sanitaires. Ces derniers sont de deux sortes : l'établissement sanitaire de division, fonctioimant en première ligne, et l'hôpital de campagne, fonctionnant en seconde. L'établissement sanitaire d'une division d'infanterie doit fournir, pour le combat : 2 stations de secours, 1 station de pansement divisionnaire, 1 ambulance, 1 réserve de matériel sanitaire. — Celui d'une division de cavalerie n'organise que : 1 station de secours et 1 station de pansement.
Les hôpitaux de campagne appartiennent à deux catégories : l'hôpital indivis de 500 malades, l'hôpital de 600 malades, divisible en trois sections. — En outre, le long de la ligne d'étapes existent des dépôts de malades pour les hommes légère-
ment atteints, des stations de malades analogues aux lazarets d'étapes prussiens, des établissements sanitaires de réserve.
Le service médical est placé, en campagne, sous la direction du médecin en chef de l'armée, des médecins en chef des corps d'armée, des médecins en chef des divisions, enfin des médecins de régiment, respectivement subordonnés les uns aux autres pour tout ce qui concerne le service, la préparation et l'exécution des moyens de secours, etc., toutes fonctions remplies sous le contrôle et le commandement des généraux commandant les corps d'armée et division, des colonels, en ce qui concerne les régiments.
Pendant le combat, le service s'exécute de la façon suivante : Les médecins des corps de troupe se réunissent à un point désigné à l'avance par le commandement ou à défaut par le médecin en chef de la division ; ce lieu de secours prend le nom de HUfs-Platz; il en existe deux par division. Ce point doit se trouver à 1,000 ou 1,200 pas de la ligne de tir. Des patrouilles sont formées au moyen d'hommes fournis par les régiments à raison de 1 sergent par régiment, 1 caporal par bataillon, 5 hommes par compagnie. — Chaque équipe de trois hommes possède un brancard, chaque homme une musette remplie de linge ; un certain nombre d'équipes constituent une patrouille sous les ordres d'un caporal. Elles ont pour mission de porter les blessés à la place de secours, d'appliquer un premier pansement sur place et d'abriter les blessés non transportables.
Le service de la place de secours t st fait par une section de la compagnie sanitaire et doit toujours rester en contact : 1" par les patrouilles de brancardiers avec la ligne de feu : 2° par les voitures avec la place de pansement ou Verband-Platz, qui constitue l'ambulance de seconde ligne.
Pour former le Verband-Platz, le médecin divisionnaire, après avoirreçuduchef d'état-major de la division communication des positions de combat, choisit un emplacement convenable à 3,000, à 5,0U0 pas en arrière, et l'organise avec le concours des médecins des corps de troupe de la division, pour le service médical, et le concours de la compagnie sanitaire pour la partie matérielle. Les blessés y arrivent de la Hilfs-Platz à pied s'il se peut, ou en voiture s'ils ne peuvent marcher, ils y reçoivent des soins; c'est là que les plaies sont complètement explorées; on pratique les grandes opérations, on applique aux fractures les appareils inamovibles, s'il y a lieu, et on évacue tout ce qui est transportable sur l'ambulance divisionnaire {Divisions-Sanitàts- Ambulance)^ échelon intermédiaire entre la place de pansement et les hôpitaux de campagne. Cette ambulance divisionnaire est constituée en arrière, à une distance variable suivant le terrain; elle fonctionne, au besoin , comme hôpital temporaire pouvant recevoir 50 blessés graves, au plus, et a surtout pour mission d'effectuer les évacuations de blessés à l'aide de voitures de réquisition, de procurer aux malades de passage des boissons et des aliments, de procurer du repos et un traitement médical aux blessés qui arrivent épuisés ou présentent les indications d'opérations. L'ambulance divisionnaire suit les mouvements de la place de secours, reculant ou avançant avec elle, de manière à maintenir entre les deux une distance de deux kilomètres environ. Elle est surtout et avant tout un lieu de passage. — Le service médical de ces trois échelon-, place de secours, place de pansement, ambulance divisionnaire, est donc fait par les médecins de corps pour ce qui concerne le service médical, par les brancardiers détachés des corps et la compagnie sanitaire pour ce qui concerne le transport et le matériel.
Les établissements « en arrière » ligne sont constitués pour les hôpitaux dé
MILITAIRE (service de santé). 191
guerre, Feld-Spitàler. Le plan de mobilisation de l'armée austro-hongroise comporte 15 hôpitaux indivis de 500 malades, 27 hôpitaux de 600 malades divisibles en li'ois sections. Le personnel et le matériel y sont répartis ainsi qu'il suit :