IS
Chutes dans les puits
Travail dans les puits
Éboulements dans les puits el
les fosses
Coups de mines ,
Chute de piliers
Éboulements subits dans les travaux
Chaînage sur les voies
Gaz explosible . .
Mofette
Inuptions des eaux
Machines
.accidents exceptionnels
Lorsque ces accidents se présentent, on éprouve presque toujours une certaine difficnllé pour relever le blessé, le transporter dans les galeries et surtout pour le faire sortir par les puits de remontage. Des appareils particuliers ont été inventés pour rendre ce transport aussi peu douloureux que possible.
M. Valat a présenté à rAcadémie des sciences, en 1855, un lit formé par une sorte de coflie. Muni au fond d'un petit matelas, ce lit s'ouvre latéralement pour recevoir le blessé et se referme sur lui quand il est placé. On remonte l'appareil à l'aide de cbaînes, comme on le fait pour les bennes. Des bras qui deviennent horizontaux et dépassent le coffre, le transforment en brancard quand il est une fois dehors, et servent à transporter le blessé à son domicile. Ces mêmes bras, eii s' abaissant et devenant alors des pieds, permettent de faire halte sans que le coffre touche à terre. Ce système, quoique fort ingénieux, est, parait-d, assez peu employé. M. Riembault lui préfère de beaucoup les gouttières en fil de fer que Bonnet (de Lyon) employait dans les fractures, et qui, convenablement disposées et rembourrées, reçoivent le blessé et permettent de le porter sans secousse jusqu'à son lit, où il est dépos;é avec le système lui-même. Nous n'avons pas du reste à insister sur ces détails, non plus qu'à parler des appareils divers imaginés pour pénétrer dans les endroits où l'air vicié a déterminé l'asphyxie des mineurs.
II. Des mines en particulier. A. Mines d'argent. L'argent se rencontre très-rarement pur (natif), il est ordinairement allié ou combiné avec d'autres corps, arsenic, cuivre, sulfures de plomb, d'antimoine, etc., et enfin à l'état d'amalgame. 11 n'y a donc pas, à proprement parler, de mines d'argent. Delacoux, qui a pratiqué longtemps au Mexique et qui a rempli les fonctions de médecin des mines du Fresnillo, lesquelles, dit-il d'ailleurs, ne diffèrent pas des autres mines analogues du même pays, va nous fournir de curieux documents sur cette question .
L'entrée principale, toujours perpendiculaire, n'a- jamais plus de 2 mètres de rayon ; cette entrée, appelée tiro, n'est qu'un puits dont la profondeur varie de 100 à 200 mètres au-dessous de l'horizon local. A cette entrée principale, qui est quelquefois la seule, viennent aboutir des galeries horizontales dirigées dans tous les sens, comme autant de rayons autour d'un axe. Dans les galeries débouchent une infinité d'autres voies qui successivement se sont multipliées et ont été pratiquées soit comme moyen d'exploration, soit pour l'exploitation du minerai. L'air de ces mines est modifié par des circonstances trop nombreuses, trop variables, pour que l'on puisse en apprécier la composition d'une manière certaine. Le milieu géologique, la profondeur, le genre de tiavail, le nou)bre d'ouvriers employés dans un espace donné, lui impriment des changements continuels. Une particularité digne de remarque, c'est la température ; elle n'est point subordonnée aux lois de la géologie, mais dépend de la présence d'un grand nombre d'individus et de la grande quantité de luminaire qu'exigent les travaux. Ainsi il arrive que, dans des galeries, il règne une chaleur de 36° à 40°, alors que dans d'autres, supérieures ou inférieures, la température est celle de nos caves. La transilion de ces milieux souterrains à un état thermul exagéré, dans une atmosphère libre et froide, est une des causes les plus actives de maladies chez les mineurs (pneumonies aiguës, congestions pulmonaires rapidement mortelles, elc). Il se trouve encore, dans les profondeurs des mines, des principes uosologiqucs, peut-être moins déterminés que les précédents, mais non moins actifs, non moins terribles dans leurs effets. Des hommes travaillent dan? une galerie, suivent un
filon, loiit est sans apparence de danger. An bout de quelques jours ces mêmes hommes deviennent tristes, soucieux, indifférents pour tout, oubliant mémo leurs habitudes et leurs besoins. A cet état moral se joint bientôt un état physique non moins remarquable, caractérisé par la pâleur et l'amaigrissement ; on ne voit là qu'une maladie imaginaire, tout au plus de l'anémie; Delacoux croit à une intoxication par des émanations métalliques, l'arsenic en particulier, et due peut-être aussi à l'usage des eaux qui coulent dans la mine, bien que quelques analyses n'aient pas paru justifier cette opinion.
La situation du mineur mexicain est l'exagération de celle du mineur de nos contrées ; il croupit dans une horrible misère, sans famille, à peine vêtu, absorbant le dimanche, en libations, le gain qui aurait dû le faire vivre toute la semaine, enfin ne se nourrissant que d'aliments de rebut. On comprend combien un pareil état de choses doit augmenter et la fréquence et l'intensité des maladies. Rien de plus déplorable que les conditions dans lesquelles ils se trouvent quand ils sont blessés ou malades. Delacoux trace le douloureux historique des efforts infructueux qu'il a tentés pour changer cet état de choses ; il a obtenu, tout an plus, quelques améliorations. Sur 6,000 ouvriers employés au Fresnillo, il a soigné, du 1^"' novembre 1856 à décembi'e 1 857 inclusivement, 1 ,944 malades qui peuvent être représentés par le tableau suivant : 1° Blessures graves, fractures coniminutives des membres, fractures du crâne et plaies pénétrantes, 68 ; — 2° blessures et solutions de continuité simples, n'ayant nécessité aucune opération grave, 1,092 ; — 3° pneumonies diverses, anémies d'intoxication minérale, 465 ; — 4° bronchites, laryngites et phthisie des bocardeurs, 184 ; — 5° diarrhées, dysenteries mercurielles ou sans causes déterminées, 92 ; — 6° empoisonnements mercuriels violents ou lents, 21 ; — 7" brûlures, 22.
Le chiffre des morts a été de 455, un peu plus du quart ; mais la mortalité pour chaque catégorie a lourni des contingents bien dilférents. Les cas chirurgicaux, même les amputations des membres au nombre de 44, et les maladies tranmatiques ne figurent que pour une fraction. Là, très-rarement, pourriture d'hôpital, phlébite, résorptions purulentes, tétanos. Les plaies pénétrantes de poitrine, d'aldomen et les fractures du crâne ont eu les mêmes conséquences que partout ailleurs. Les pneumonies brusques et violentes avec désorganisation du tissu pulmonaire, les anémies auxquelles ahoutissent les empoisonnements métalliques, figurent dans la mortalité pour les neuf dixièmes, les phtliisies des bocardeurs ou ulcéreuses ont presque toujours une issue funeste. Les empoisonnements mercuriels violents ont eu quelquefois une terminaison heureuse, mais les empoisonnements lents, de même nature, n'ont jamais pardonné.
B. Mines de cuivre. Elles ne paraissent pas déterminer d'accidents spéciaux. Le cuivre se renconti'e dans les mines à l'état natif, d'oxydes, de carbonate, de sulfure, ce dernier souvent associé avec le fer (pyrite cuivreuse) ; il n'y a donc pas là d'émanations à craindre, et tout dépend des locahtés oîi a lieu l'exploitation, de la profondeur, de la salubrité des galeries, du genre de vie des ouvriers, etc. Nous n'insisterons pas plus longtemps sur ce point.
G. Mines de fer. Le minerai de fer que l'on exploite est celui qui renferma, assez de ce métal pour que l'exploitation en puisse être faite fructueusement par les procédés employés dans l'industrie. En général, on rejette celui qui contient du phosphore, du soufre ou de l'arsenic, qui privent le fer de l'une de ses propriétés principales, la ténacité, et l'on exploite seulement : l'oxyde de fer magnétique; le peroxyde de 1er anhydre ou fer oligiste-, l'hydrate de peroxyde de ier;
]g cai'honnle de protoxyde de fer, fer spathiffue ou fer carbonate des houillères. Ces composés, oi\ le voit, n'ont rien de nuisible par eux-mêmes ; il n'y a pas là d'éléments toxiques dont l'absorjition puisse détei'miner des accidents spéciaux plus ou moins sérieux. Quant aux mines elles-mêmes, l'extraction du métal se fait, soit à ciel ouvert, soit dans des galeries souterraines; nous ne parlerons que de ces dernières. Le meilleur travail que je connaisse sur cette question est une dissertation iiiaugiu^ile soutenue à Montpellier, en 1824, par le docteur Jolieu, et relative aux mines de fer de Vic-Dessos, dans l'Ariége. Elles sont contenues dans la montagne de Rancié, et l'on y arrive par une pente assez douce. Les galeries sont hautes de denx mètres et demi, et soutenues d'espace en espace par des piliers, laissés à dessein dans le cours de l'exploitation, et qu'il n'est pas permis d'entamer, de crainte que leur destruction n'entraîne des éboulements. De là, on descend à d'autres espaces plus profonds à l'aide d'escaliers taillés dans le roc. 11 y a là de vastes galeries soutenues de la même manière ; seulement on a eu le tort de ne pas employer assez de charpentes pour retenir les terres, et l'on a eu quelquefois des éboulements.
Les mineurs forment deux catégories de travailleurs : les plus âgés, connus sous le nom de périers, qui arrachent le minerai du filon que l'on exploite, et les plus jeunes ou courbatiers, qui le portent à dos, dans des hottes, jusqu'au dehors des galeries, oii des femmes les chargent sur des mulets pour les transporter aux foi'geset fonderies {voy. Feu).
Les ouvriers de Vic-Dessos offrent ceci de particulier, qu'ils se recrutent exclusivement parmi les habitants de quelques villages situés près de la mme, et qui, excipant d'anciens privilèges, empêchent les étrangers de travailler avec eux. Ces hommes sont, en général, maigres, robustes, d'une taille ordinaire, bien que quelques-uns atteignent une stature assez élevée. Les courbatiers sont un peu voûtés, comme semble l'indiquer leur nom, par l'effet de leur genre de travail. « Ils accoutument leurs enfants encore jeunes, dit M. Jolieu, au pénible travail qu'ils ont fait dans leur jeunesse; c'est ce qui les exténue et dérange le développement du corps. Aussi ces enfants sont-ils d'abord faibles et chétifs ; néanmoins l'habitude les aguerrit, et peu à peu ils deviennent capables de supporter les fatigues que hur étal exige. » Leur nourriture est assez frugale : pommes do terre cuites seules ou mélangées de chou rouge ; un morceau de lard rance et du pain de seigle; ils boivent du vin de Roussillon noir et épais ; aux jours de fête ou de chômage, ils font des repas excessifs avec de la viande fraîche, du pain de blé et beaucoup de vin de Roussillon, qu'ils préfèrent au petit vin du pays.
Outre les éboulements dont nous avons parlé et qui proviennent surtout de leur négligence à étançonner les galeries, ces ouvriers ont^ncore à craindre la mofette; certaines galeries donnent naissance à de l'acide carbonique en quantité assez grande pour avoir déterminé des asphyxies. Divers pohits de l'exploitation ont dû être abandonnés pour ce motif. D'autres fois, ce sont des eaux souterraines qui se font jour dans les travaux, et obligent de laisser ces parties dangereuses. Du reste, la vie des mineurs de Vic-Dessos n'est nullement abrégée par Iciu's travaux, et beaucoup d'entre eux atteignent un âge fort avancé. Comme tous les autres mineurs, ils sont sujets à la dyspnée, à l'asthme, que l'auteur aliribue surtout à l'action des poussières; puis aux ihumatisnies, aux affections catarrhales et inflammatoires des voies de la respiration.
Ces observations sont confirmées par les résultats de l'enquête déjà citée sur les mines de la Grande-Bretagne. Les hommes occupés, dans le Yorkshire, aux
mines de fer, sont pleins de force et de santé, exempts de cette caducité précoce et de ces maladies que l'on ob>erve dans les mines de mercure, de plomb, etc. Leur vigueur est atlribuée : 1" à l'excellente vealiiation des mines; 2° à l'âge, ordinairement pins avancé, auquel ils commencent leur travail, c'est-à-dire à une époque oîi la consLitutiou s'est développée ; 3" à la plus forte proportion de substances animales qu'ils font entrer dans leur alimentation; leur régime est beaucoup plus substantiel que celui des autres mineurs.
D. MiAEs DE MERCURE. U y a cu Europc deux mines de mercure très-importantes qui fournissent, à peu près seules, cj métal à tout l'univers; ce sont celles d'Almaden en Espagne, la plus considérable, et d'Idria en lllyrie. Dans les mines d'Idria, la descente se fait par des escaliers eu pierre d'une inclinaison de 5 degrés et qui mènent jusqu'à 150 mètres de profondeur; on arrive plus lias par des puits munis d'escaliers de bois ou même d'écbelles verticales. Les galeries sont solidement murées en briques, elles ont eu général 2 mètres de hauteur; celles de recherches sont beaucoup plus étroites. On y a établi, autant que possible, des courants d'air; cependant, dans quelques galeries, la température s'élève à 35" centigrade. Le travail à cette température, dans un milieu vicié, est très-préjudiciable aux ouvriers.
A Almaden, les travaux ont lieu à une très-grande profondeur; le fdon de San- Pedro, qui donne 80 pour 100 de mercure, est à 40i) mètres au-dessous du sol. A Almaden comme à Idria, le fond des excavations tend à être envahi par les eaux, et des machines d'épuisement sont incessamment en jeu pour en procurer l'assèchement. De là, des deux côtés une humidité constante dans les parties basses.
L'extraction du minerai à Almaden est obtenue par éclatement à l'aide de la poudre. Le trou de mine est foré et chargé comme il a été dit plus haut, et l'ouvrier ne revient ordinairement que le lendemain, alors que les dangers résultant et de l'explosion et de la déflagration de la poudre ont disparu. Le minerai détaché est chargé dans des paniers, porté à un tour à l'aide duquel il sort de la mine. Ce transport est confié à déjeunes garçons de quinze à seize ans.
Les premiers temps du travail sont ordinairement accompagnés de fatigue, d'un peu de malaise et d'anorexie, avec dégoiit pour la viande. Plus tard peuvent survenir des accidents spéciaux, dus à ce travail. Un fiiit incontestable, c'est la présence, dans les galeries, de vapeurs hydrargyriques. La couleur blanche que prennent les objets en or portés dans la mine en sont la preuve incontestable. L'intoxication mercurielle débute par les glandes salivaires et la muqueuse buccale ; aussi observe-t-on la chute des dents à un âge encore peu avancé. Plus tard, et dans des conditions que nous devons faire connaître, apparaissent le tremblement, les mouvements convnlsifs. Nous noterons encore lu Iréquence de la dyspnée et des affections rhumatismales dues aux mêmes causes que dans toutes les autres mines. On a beaucoup parlé de l'excitation vénérienne chez les ou\riers employés aux mines de mercure. M. Roussel n'a pas trouvé la preuve de cette assertion, mais il a constaté une chose fort curieuse, c'est que les malades tremblants et affaiblis par l'intoxication conservent jusqu'à la fin lein's facultés génératrices. On avait dit que le séjour dans les mines suffisait pour guérir les affections sy|ihilitiques; cela paraît tout à fait controuvé. Quant à l'intelligence, elle suit le déclin des forces physiques et se montre très-déprimée chez les malades anciens.
Du temps de Jussieu (1717), il y avait à Almaden deux catégories de mineurs :
les ouvriers libres, habitant pour la p'upart la localité même, et des esclaves ou forçats, condamnés à ce travail. Aujourd'hui il n'y a plus de forçais, mais ils sont, on peut le dire, remplacés par des malheureux, de différentes provinces, que la misère oblige à venir chercher des ressources à Almaden. Jussieu avait signalé des différences notables dans l'état sanitaire de ces deux classes ; on les rencontre encore actuellement. Les habitants qui travaillent là sont surtout occupés à forer les trous de mine, ce qui les expose beaucoup à l'intoxication, et cela d'autant plus que le fdon est plus riche; ils sont aussi occupes au charriage du minerai éclaté et au travail extérieur de la distillation, et cependant ils sont beaucoup moins fréquemment, mais surtout moins gravement atteints que les étrangers, parce que, instruits par l'expérience et par la tradition, ils mettent en pratique beaucoup de précautions très-importantes et se trouvent, au milieu de leurs familles, dans des conditions hygiéniques bien pins avantageuses. Ce sont eux qui offrent la plus longue durée de travail, trente et quarante ans, et cependant, dit M. Roussel, leur vie moyenne n'est guère que de soixante ans. Il n'en est pas de même pour les autres, ordinairement occupés au travail des pompes à épuisement manœuvrées à bras. Placés au fond des plus profondes excavations, ils sont soumis non-seulement à l'air vicié par le métal et par d'autres émanations méphitiques, mais encore à une humidité continuelle ; joignez à cela un état de misère extrême encore aggravé par la débauche et l'oubli des plus simples précautions, et vous comprendrez facilement les causes de la différence que nous signalons entre ces deux classes de travailleurs, liien de plus commun chez eux , outre l'intoxication, que les rhumatismes et les affections des voies respiratoires.
D'après un rapport statistique que M. Roussel a pu se procurer sur l état sanitaire des mines d'Alraaden pour la période quinquennale 1855-1859, il a tracé le tableau suivant :