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764 MORTALITE.
par une ou plusieurs formules algébriques ou numériques, ou par une courbe, en fixer les points singuliers (soit les Ages où la mortalité décroissante devient croissante, soit encore les âges où le mouvement s'accélère), ce sont des problèmes dont la solution exigerait, au point de vue des âges, des données plus précises que celles que nous avons aujourd'hui. Cependant, nous essayerons de dire, au moyen des tables de probabilité mathématique de mort et de Survie (voy. ce mot), ce que nous pouvons présumer dès aujourd'hui. Ici, sur nos tables numériques et figurées, on voit que c'est toujours de 10 à 15 ans que le danger de mourir dans l'année esta son minimum, puisque ce danger va croissant assez régulièrement pour les femmes ; que pourtant, de 15 à 20 pour les femmes, et de 20 à 25 pour les hommes, une accélération subite se manifeste, et que ce brusque accroissement est surtout marqué en France pour les jeunes hommes. Mais au delà de cet âge, les erreurs de déclaration soit des vivants, soit des décès (dont nous avons parlé p. 742), ont pour effet de grossir artificiellement les groupes 40-44,. 50-54, et pour résultat final de masquer la loi de croissance physiologique. Nous verrons à l'article Survie si ces erreurs peuvent être redressées.
V. 35. Mortalité suivant les saisons. Voici une investigation qui, à peu d'exceptions près, n'a donné jusqu'ici que de médiocres résultats, parce qu'on n'a que rarement fait intervenir simultanément la considération des âges, et que, comme nous allons le montrer, l'influence des saisons est inverse non-seulement pour l'enfance et pour la vieillesse, mais encore pour les premières semaines dévie et pour la seconde moitié de la première année, etc.; de sorte que, dès que l'on confond entre eux tous les âges, leurs influences inverses se neutralisant plus ou moins, on n'obtient qu'une résultante dissimulant les phénomènes simples que seuls on a intérêt à mettre en lumière.
Au contraire, si l'on fait l'analyse de la mortalité simultanément par âges et par mois de l'année, on a des résultats fort accusés et très-constants dans le même pays. A l'article France nous donnerons tous les tableaux figurés et numériques pour faire ressortir les faits généraux dont nous ne devons ici qu'énoncer trèssuccinctement les conclusions.
56. Influence des saisons sur la mortalité de la première enfance. En représentant par 100 la mortalitédu mois moyen de la première année d'âge (abstraction faite du premier mois de la vie que des raisons de méthode, sur lesquelles je vais m'expliquer, ont dû me faire écarter), on trouve que la période de mortalité maximum pour cette première enfance commence eu juillet (1 15,4), a son apogée en août (178) se continue en s' atténuant en septembre (153); prend fin en octobre (108,6). Deux minima sont manifestes : l'un commence en mars (92), se poursuit en avril (79,5), se prononce en mai (68,5), est encore marqué en juin (73,7) ; le second minimum commence en novembre (72), et se prononce en décembre (68,5).
Ces nombres s'appliquent aux deux sexes. Si on étudie les sexes séparément,, on trouve que les petites filles contribuent un peu plus au maximum de la fin de l'été, et les garçons à celui de la fin de l'hiver, chacun avec une différence environ de 100 : 110 pour le mois où la différence de l'influence sexuelle est la plus marquée (août et janvier).
Cependant ces résultats, qui sont à très-peu près ceux de la France en général, pour la période 1857-66, s'appliquent expressément à la population ri. raie. La population enfantine des villes (Paris excepté) accuse la nocuité de l'été par une mortalité encore plus marquée : au lieu des 100 décès mensuels moyens, on en
compte 191 en août (189 garçons et 193 filles) ; mais c'est le contraire pour la ville de Paris, ce qui explique très-bien sa latitude et son climat tempéré ; son mois d'août, toujours le plus cliargé de décès, n'en compte que 146 (139 pour les garçons et 155 pour les filles, qui partout ressentent davantage ce mois redoutable à la première enfance). En outre, il se manifeste à Paris un second maximum de mortalité très-marqué à la fin de l'hiver, et, contrairement au maximum d'été, beaucoup plus intense chez les garçons que chez les filles (1 14 garçons, 98 filles en février). A l'article France (Démographie, mortalité), des tableaux justificatifs et aussi détaillés que les documents le permettront, établiront et étendront ces résultats généraux que je ne fais que résumer ici. Cependant, ce qui appartient au présent article, c'est la question de méthode, et c'est notamment d'expliquer pourquoi j'ai dû, ainsi que je l'ai fait, écarter des décès mensuels survenus dans la première année de vie ceux qui ont lieu dans le premier mois.
37. On peut remarquer, en effet, que, dans cette recherche sur la mortalité comparée de chaque mois de l'année, nous nous sommes écarté en apparence de notre définition; nous n'avons pas apprécié la mortalité respective de chaque mois en comparant la mortalité vraie (rapport des décès aux vivants qui les ont fournis), mais simplement en comparant entre eux les nombres absolus et mensuels des décès, ramenés à ce qu'ils devraient être si chaque mois avait 51 jours. C'est qu'en effet, on peut supposer que, dans un grand milieu comme la France et même un département, il y a en chaque mois successif un même nombre de vivants de chaque âge ; en conséquence les rapports de mortalité y seront rigoureusement proportionnels au seul terme du rapport susceptible de fluctuation, les décès; par suite, pour apprécier la mortalité relative de chaque mois, la comparaison des décès mensuels suffira. Il e>t vrai que, pour le département de la Seine notamment, on peut craindre que les vacances, les habitudes de villégiature ne raréfient artificiellement la population de certains âges en certains mois; pourtant nous pensons que celte influence n'est pas assez forte pour masquer entièrement l'influence des saisons; d'ailleurs nous n'avons aucun moyen de l'écarter. Mais, quand il s'agit des décès des nouveau-nés survenant dans le premier mois de leur existence, il y a, en dehors de la mortalité ellemême, une cause spéciale qui doit agir très-notablement pour augmenter ou diminuer les nombres mensuels et absolus des décès enfantins, ce sont les nombres (variables selon les mois) des naissances, puisque c'est dès les premières semaines de leur vie que ces nouveau-nés fournissent leur grand nombre de décès. Or il y a des mois qui, chaque année, présentent le maximum des naissances; ainsi février en compte III (sur 1200 naissances annuelles); d'autres mois en ont constamment le minimum : tels octobre et novembre, qui n'en comptent que 92 chacun. Ainsi, toute autre influence égale, février devra fournir plus de décès de 0 à 1 mois, puisqu'il compte plus de naissances, et inversement octobre et novembre en auront moins, sans qu'il en résulte que la nocuité de février soit plus grande que celle de novembre. Pour corriger cette cause d'erreur nous avons, dans notre étude de l'influence mensuelle de la mortalité au-dessous d'un an, enlevé de chaque nombre mensuel de décès de 0 à 1 au les décès survenus pendant le premier mois de la vie l. Serait-on fondé à
1 Mais ces décès de 0 à 1 mois d'âge n'étant pas Tournis séparément par les documents, nous avons dû les calculer sur les nombres mensuels des naissances, d'après la mortalité générale du premier mois de vie. Ce mode de procéder nous semble d'autant
objecter que je n'ai ainsi corrigé que partiellement la cause perturbatrice dénoncée; que son influence doit s'étendre, en s'atténuant il est vrai, aux mois suivants; que, par exemple, l'excès des naissances du mois de février n'aura pas seulement pour effet d'augmenter le nombre des décès de 0 à 50 jours, mais aussi de 50 à 60 jours et même 90 jours dans les mois suivants, etc. ? Cependant. vu la moindre mortalité après les premières semaines d'âge, cette influence sera très-faible et, je crois, négligeable.
58. L'analyse que nous venons de donner de la mortalité de la première année de la vie selon les mois de l'année, est la seule qui soit possible avec les documents officiels français. Elle ne l'est même plus puisque la nouvelle administration a eu la mauvaise inspiration de supprimer cette division des décès par mois ; elle ne publie plus que les décès de 0 cà 5 ans. Mais quelques documents étrangers, et quelques relevés dus à l'initiative privée, suffisent, sinon pour déterminer avec précision, au moins pour révéler que, pendant les premières semaines de l'existence, l'influence des saisons est autre ; ce ne sont plus les chaleurs de la fin de l'été qui sont redoutables, mais surtout les froids de l'hiver. C'est ce que le docteur Lombard de Genève a bien mis en lumière pour I'àutriche (voy. ce mot, p. 447); c'est encore ce qu'on observe en Hollande (voy. ce mot), en Italie (id.), en Suisse (id.). Ainsi en Savoie le docteur Lombard dit que sur 1 000 décès annuels, de 0 à 1 mois, on en compte 390 dans les quatre mois les plus froids (décembre, janvier, février et mars) et seulement 23© dans les quatre mois les plus chauds (juin, juillet, août, septembre). Nous avons, de notre côté, fait une recherche du même genre pour l'empire d'Autriche pendant la période de huit ans 1853-59 *. En supposant donc, comme il est expliqué dans la note,
meilleur que, par lui, nous enlevons aux décès mensuels de 0 à 1 an seulement les décès du premier mois de vie que les naissances ont dû fournir, calculés d'après le coefficient moyen de mortalité de ce premier mois; or la différence entre ce chiffre calculé des décès de 0 à 1 mois et le chiffre réel reste avec les décès mensuels que nous allons étudier, et c'est pour le mieux, car les décès qui font cette différence sont justement dus aux influences sanitaires des mois que nous cherchons à isoler des variations dues aux fluctuations mensuelles de la natalité. Pourtant cette méthode est encore passible d'un léger reproche : c est que ce ne sont pas seulement les naissances de chaque mois qui produisent les décès mensuels du premier mois de vie; les naissances du mois précédent y contribuent; par exemple l'enfant qui est né le 25 iuin peut mourir en juillet, avant d'avoir dépassé son premier mois d'âge : ainsi le nombre des naissances survenues en juin aura une influence sur le nombre des décès de 0 à 1 mois survenus en juillet, etc.; mais commeYâge moyen des décédés de 0 à 1 mois est de 10 à 11 jours, ou 1/5 de mois {voy. Décès) , on peut supposer que tous les décès ont lieu à cet âge moyen (les choses se passent comme s'il en était ainsi), et dès lors on formera les groupes de naissances qui ont vraiment produit les décès mensuels du premier mois de vie en formant pour chaque mois de l'année des nombres composés de 1/5 des naissances du mois précédent et 2/5 du mois considéré; ce sont ces nombres de naissances qui, multipliés par la dîme mortuaire générale du premier mois de vie, donneront les nombres de décès de 0 à 1 mois imputables à chaque mois par le fait des nombres mensuels des naissances et de leurs fluctuations, mais abstraction faite des influences sanitaires des mois. Celte 'dernière correction, d'ailleurs, sans modifier notablement les résultats obtenus sans elle, les rendra plus précis ; par elle, on serrera de plus près la vérité.
1 Tour cette recherche, la méthode expliquée ci-dessus n'est plus bien applicable; l'inégale natalité des divers mois de l'année ne permet pas de conclure avec quelque précision la mortalité relative du premier mois de vie propre à chaque mois de l'année sur la seule considération des nombres absolus des décès mensuels. Il faut ici calculer directement la mortalité de chaque mois en comparant les décès mensuels de 0 à 1 mois d'âge avec te groupe de naissances qui les ont produites, cp qui se fait par le moyen que j'ai indiqué dans la note précédente, en prenant 1/5 des naissances du mois précédent et les 2/5 du mois considéré; on obtient ainsi les coefficients de la dîme mortuaire du premier mois de vie en chacun des mois de l'année; pour comparer plus facilement ces coefficients entre eux, il sut-
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que la mortalité du mois moyen soit 100, elle s'élève à iil pendant les quatre mois les plus froids, et s'abaisse à 89,5 pendant les quatre mois les plus chauds.
En France, deux auteurs ont entrepris des recherches de même ordre : le docteur Marmissèpourla ville de Bordeaux ; ses données, interrogées d'après la méthode indiquée dans notre note, nous ont fourni comme mortalité relative du premier mois de vie en chacun des mois de l'année (100 étant la mortalité du mois moyen), les nombres suivants répondant à chaque mois, placés dans le même ordre queles mois du calendrier: fiO, — 122, 2, — 105,4, — *9,7,— 84,4, — 116,4 (juillet) ; — 108,6, — 106,6, — 9*,», — 88,5, — 108. Ainsi à Bordeaux ce sont en même temps les mois les plus froids (janvier, février, mars, décembre) et les plus chauds (juillet, août, septembre) qui sont les mois de plus forte mortalité, tandis que les mois tempérés (avril, mai, juin, novembre) sont ceux de moindre mortalité. Enfin M. C. Maher, ex-directeur du service de santé de la marine, qui vient de publier une Statistique médicale de Rochefort (1874), où les documents originaux abondent et paraissent colligés avec le plus grand soin, donne, entre autres, des relevés de décès enfantins par semaines et mois d'âge pour chaque mois de l'année. Malgré que les nombres sur lesquels portent ces relevés soient trop faibles (2162 décès de 0 à 1 an, dont 277 dans la première semaine de vie, 204 dans la seconde, 747 dans le premier mois, etc.), ils ont déjà une signification très-nette. Par exemple, les décès du premier septénaire de vie sont aih.°i distribués pour 1200 décès annuels : février 191, janvier 165, décembre 149, mars 132, novembre 12?; ces mois les plus froids sont les plus chargés de décès (100 étant la moyenne mensuelle), tandis qu.^ juillet n'en a que 39, mai 42, septembre 56, avril 58. Dans le second septénaire de vie les enfant? résistent déjà mieux au froid, janvier et décembre deviennent moins redoutables, et, aux âges suivants, on pourrait s'étonner de voir les mois de septembre, d'octobre et d'août offrir la mortalité maximum, si on ne rappelait que nous sommes ici en un pays palustre et que ce sont là les mois d'élection de cette influence. Quoiqu'il en soit, il résulte manifestement de tous ces faits que si, d'une manière générale, ce sont surtout les chaleurs de la fin de l'été et de l'automne qui sont funestes à l'enfance, il n'en est pas de même pour les premières semaines de la vie; alors, ce sont d'abord les mois d'hiver qui sont redoutables. Nous conclurons encore de ces faits que les relevés officiels, pour fournir à l'hygiène privée et publique les enseignements qu'ils contiennent, doivent être plus analytiques qu'ils ne le sont d'ordinaire, et qu'on doit publier, pour ces premières semaines de l'existence, les décès simultanément par semaine ou par mois d'âge et selon les mois de l'année.
59. Influence des mois sur la mortalité de 1 à 5 ans. Les effets des saisons sont encore très-marqués à cet âge; on y retrouve les mêmes influences que dans les dix premiers mois de la première année. Pour les campagnes c'est encore août (128,2 au lieu de 100) et septembre (137,2), puis octobre (1 12,6) qui sont le plus chargés de décès. Dans les villes, le maximum se montre plus intense et un peu plus tôt : dès juillet il y a 1 1 0, en août 1 43,3, en septembre 1 30,5 ; mais en octobre seulement 99,6. Pourtant, dans le département de la Seine, la distri-
fira d'en taire la somme ; puis, prenant cette somme égale à 1200, on calculera ce que deviennent les coefficients de chaque mois dont la mortalité moyenne est évidemment représentée par 101). C'est ainsi qu'ont été obtenus les nombres que nous donnons ci-dessous. Cependant, pour l'Autriche, pour qui ce travail était fait depuis longtemps, nous avons obtenu la mortalité mensuelle par le rapport des décès de chaque mois aux naissances des mêmes mois, ce qui donne des coefficients un peu moins précis, mais au fond peu différents.
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Lulion est tout autre à la fin de l'été : c'est à peine si le seul mois d'août (105,5) offre un léger excès de décès au-dessus de la moyenne (100). Ici le maximum se reporte vers la fin de l'hiver et le commencement du printemps : janvier (103), février (112), mats (120), avril (116) et môme mai (107); le minimum à la fin de l'automne et commencement de l'hiver : septembre (92), octobre (87), novembre (81), décembre (86). La différence des sexes est très-peu marquée.
40. Influence des saisons sur les adolescents et les adultes. L'influence des mois sur la mortalité se continue aux âges suivants : encore très-notable de 5 à 10 ans, elle s'atténue de 10 à 20 ans et se poursuit en s'affaiblissant jusqu'à 40; mais de 50 à 60, elle se prononce de rechef, en présentant un ordre nouveau qui va s'accentuant jusqu'aux limites de l'âge.
Influence des saisons sur la mortalité des vieillards. Par exemple de 60 à 70 ans, ce sont, avec décembre (103), les quatre premiers mois de l'année : janvier (117), février (118), mars (115) etc., qui ont le maximum de la mortalité; tandis que juin (83), juillet (78), août (82), septembre et octobre (90), ont le minimum. Celte distribution se prononce à tel point que, dans le département de la Seine, de 80 à 90 ans, la mortalité de janvier est à celle de juilletseptembre comme 155 : 71 (voy. l'article France, pour plus de détails).
VI. 41. Mortalité selon l'état civil. Au point de vue qui nous occupe, il y a à distinguer deux conditions d'état civil : 1° la mortalité respective des enfants nés dans le mariage et hors mariage ; 2° la mortalité comparée des adultes suivant qu'ils sont célibataires, époux ou veufs.
1° Mortalité comparée des enfants légitimes et illégitimes. Nous avons déjà parlé (p. 751) de la mortalité beaucoup plus considérable des enfants nés hors mariage, et, g 28, le paradoxe physiologique qu'ils présentent.
Cette mortalité est telle qu'en France, dans lapériode 1856-65, la dîme mortuaire (p. 734-35) des légitimes étant de I6ï,3 [180,7 pour les garçons et 15» pour les filles], celle des illégitimes s'élève à 326,5 (343 pour les garçons, 308,5 pour les tilles), soit dans le rapport 100 : 195. Maisnousavonsvu aussi que cette aggravation était infiniment plus prononcée dans les campagnes que dans les villes, puisque, par exemple, la dîme mortuaire des garçons est dans les villes de 186 pour les légitimes et de 295 pour les illégitimes, soit dans le rapport de 100 : 159 ; tandis que pour les campagnes ces mêmes valeurs sont de 199,6 pour les légitimes et de 466 pour les illégitimes, c'est-à-dire dans le rapport de 100 : 259. Pour les filles la différence s'accuse encore plus : dans les villes leur dîme mortuaire de 158 pour les légitimes monte à 226 pour les illégitimes, c'est-à-dire dans le rapport 100 : 143; mais dans les campagnes ces mêmes valeurs fournissent la proportion 151 : 419 :: 100 : 277.
11 importe cependant de faire remarquer que cette mortalité des enfants illégitimes n'a rien de nécessaire ni de fatal, que ces innocentes créatures ne demandent qu'à vivre, et qu'entre autres M. le docteur Monoda vu que les filles-mères, lorsqu'elles sont sérieusement secourues dans leur détresse et encouragées à élever, à allaiter leurs enfants, oflrent la moindre mortalité, observée pour la première enfance (*© par 1 000). Donc si nos 75,000 naissances illégitimes, moyenne annuelle, livrent un tribut mortuaire de 24 500 décès, au lieu de 12 500 qu'elles -eussent comptés si elles eussent été légitimes, il est certain que le surplus, 12 000, est l'effet des soins insuffisants que ces enfants ont reçus ; mais il n'est pas permis de dire que dans ces conditions l'incurie maternelle est fitale, irrémédiable, puisqu'il résulte des relevés statistiques du docteur Monod que, lors-
qu'on vient utilement en aide à ces mères, lorsqu'on leur permet d'être les nourrices de leurs propres enfants, elles les élèvent avec un succès qui dépasse les résultats des mères légitimes, parce que les épouses s'adiessent trop souvent aux nourrices mercenaires.
42. Les crèches et les enfants naturels. Malheureusement elles sont rares, les localités où l'on vient efficacement au secours de ces nouveau-nés que le père (sous la protection de la loi française) a abandonnés aux soins impuissants d'une pauvre fille, elle-même repoussée. Le martyrologe de l'enfant naturel et de sa mère est long et navrant. La dureté envers la fille-mère et son enfant, surtout en province, est trop commune ; et celte dureté, il faut l'avouer, est non-seulement dans les mœurs publiques, mais encore dans les comités dit charitables, qui, par exemple, en plein Paris, repoussent l'enfant naturel de la crèche ï La fille-mère, qui, en continuant le travail dont elle subsiste, voudrait garder son enfant, l'allaiter, commencer cette vie de sacrifices, qui la relève à ses yeux et aux yeux de tous ceux dont les préjugés n'ont pas desséché le cœur, celle-là, pour laquelle surtout devrait être faite la crèche (institution qui, je l'espère, sera sans avenir pour la mère de famille, dont la place est au foyer et non à l'atelier), c'est celle-là, dis-je, que les comités, prétendus charitables, repoussent! A cette crèche, dont le nom rappelle intentionnellement le premier berceau du fils de .Marie, il n'y a pas de place pour le fils sans père légal ! Quelle est donc cette cruelle charité? où s'inspire-t-elle? Là où plus que partout ailleurs il y a deux grandes, deux touchantes misères à secourir, un innocent enfant à conserver à la vie, une jeune femme à protéger, à rendre à la dignité en lui rendant possible l'œuvre de dévouement qu'elle sollicite, un homme à élever pour la patrie en quête de citoyens, pour la patrie qui, par suite de la pauvre fécondité des épouses, ne s'accroît, ne se maintient que par cet appoint des naissances hors mariage ! Eh bien, c'est cet enfant qui aspire à la vie, c'est cette femme qui aspire au dévouement, que les comités des crèches repoussent ! Et ils renvoient l'enfant à la mort et la femme au désespoir et à l'ignominie* !
43. Mortalité des enfants trouvés. Avec la catégorie des enfants nés hors mariage en général, il y a celle des enfants abandonnés, dits enfants trouvés ou assistés, dont le nombre s'élève à plus de 76 000, de 0 jusqu'à 12 ans, âge auquel ces enfants cessent de recevoir des secours. Or, de 0 à 12 ans, la mortalité annuelle de la population générale oscille entre 33 et 35 pour 1 000, et celle des enfants trouvés (en la période 1845-55, une des moindres), a été de ioo, c'est-à-dire trois fois plus considérable. Ces valeurs, sur lesquelles on aura à revenir avec plus de détails à l'article Enfants assistés, sont assez significatives pour montrer l'importance de cette comptabilité, aujourd'hui mal faite et mal dirigée. Ces enquêtes, entreprises de temps à autre par les administrations, n'ont, le plus souvent, d'autre objet que d'arriver à une conclusion posée à l'avance : par exemple, on fera une enquête pour prouver que la suppression
1 Cette société, qui se dit chrétienne, n'est-elle donc composée que d'irréprochables, puisque je 'vois chacun lancer à la fille-mère la pierre que le Maître ne permettait qu'ironiquement à l'homme sans péché de jeter à la femme adultère, qui, sans doute, était autrement coupable? Elle voudrait bien nous le faire accroire! Et cette dureté de cœur, simagrée de vertu, coûte, chaque année, la vie à douze mille innocents nouveau-nés! Pour nous médecin, qui savons combien, parmi ceux, nous oserons même dire, parmi celles qui ont toute liberté du pécher, il en est peu qui s'en abstiennent, nous trouvons que la cruauté envers la fille-mère, et conséquemmentenversson enfant, est un des traits les plus odieux de l'hypocrisie moderne \voij. art. Mariage).
DICT. ENC. 26 S. JX. 49
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dés tours est un bienfait pour l'humanité. Une telle méthode fausse nécessairement tous les résultats obtenus et ne mérite aucune confiance.
2° 44. Mortalité des adultes selon leur état civil. Il nous reste à parler de la mortalité des adultes suivant qu'ils sont célibataires, époux ou veufs. Nous avons peu de chose à ajouter à ce que nous avons établi à l'article Mariage, où le lecteur ;i pu voir l'influence considérable de l'association conjugale sur la vitalité, et l'énergie a\ec laquelle elle la consolide à tous les âges, excepté pour les trop 'eunes époux. Nous répondrons un mot seulement à une critique de M. Herbert- Spencer.. Il ne contredit pas, il est vrai, le fait que nous avons signalé et démontré, — la moindre mortalité des époux, soit qu'on les compare aux célibataires, soit aux veufs; le fuit est incontestable, nous le croyons incontesté, et c'est à sa mise en lumière que nous tenons le plus. Mais M. Herbert-Spencer conteste que ce soit l'effet de la vertu propre de l'association conjugale; il n'y voit qu'un résultat de la sélection sexuelle, qui fait, assure-t-il, que ce sont les meilleurs qui sont appelés à cette association. Mais alors comment arrive- t-il que, aussitôt cette association rompue, le veuf reprend et le plus souvent dépasse la mortalité du célibataire? Le veuf pourtant a été aussi l'élu du mariage; tant qu'a duré l'union, sa vitalité en a largement bénéficié ; et aussitôt qu'elle est rompue, il revient à sa mortalité de célibataire et la dépasse ! Comment expliquer ces mouvements, si on nie l'efficacité du lien conjugal? D'ailleurs j'ai développé à l'article Mariage les autres raisons qui militent en faveur de la vertu propre de l'association conjugale. J'ai montré qu'elle n'est pas moins puissante pour consolider la moralité et la santé que la vitalité elle-même.
VII. 45. Mortalité par professions. A l'article Bretagne (Grande-), p. 621 , nous avons donné la mortalité par âges et par professions d'un certain nombre de groupes professionnels. Nous y avons constaté à chaque âge les différences les plus tranchées. Ainsi, à l'apogée de la vie, c'est-à-dire de 35 à 45 ans, nous avons vu que, pour 1 000 individus de chaque profession, il succombe par an 6 ministres du culte ou magistrats, tandis que la mortalité du même âge s'élève à 9, 10 — 12 pour les ouvriers de divers métiers et près de 13 pour les mineurs ; mais 13 à 14 pour les médecins! et 19 pour les aubergistes et marchands de spiritueux! Nous y avons relevé ce fait bien remarquable que les lords et hauts rentiers ont une mortalité enfantine (0 à 5 ans, p. 608) et sénile des plus restreintes, mais qu'aux .•iges de force et de virilité, par exemple de 35 à 45 ans, leur mortalité (il à 18 par 1000) égale ou dépasse celle des professions ouvrières les plus infimes (maçons, cordonniers, ouvriers des manufactures de tissus, etc.); d'où la conclusion que l'extrême richesse, dès qu'on en peut user et abuser, devient aussi délétère que les plus infimes professions1; il faut les impuissances de l'âge pour que ces grosses fortunes deviennent un élément d'hygiène et de vitalité, qui dès lors n'est à nul autre comparable.
1 On nous a répondu que la cause que nous invoquions comme la plus vraisemblable pour expliquer ce fait étrange, eût été bonne it y a cinquante ans, lorsque l'aristocratie s'enivrait sans vergogne; mais aujourd'hui (notre enquête se rapporte aux années 18G0-G1) tout cela serait bien changé : la vie des hommes (il ne s'agit que d'eux) de ces hautes classes serait exemplaire, et l'aggravation constatée devrait plutôt être attribuée aux dangers du service de l'État et surtout de la marine, à ceux du sport et à ceux des longs voyages. Nous n'avons pas compétence pour en décider ; nous nous étonnons seulement qu'une classe change aussi vite ses habitudes séculaires; au fond d'ailleurs l'objection ne porte pas, elle tend au contraire à établir que c'est bien l'emploi que les hauts lords font de leurs loisirs qui aggrave leur mortalité ; seulement cet emploi, au lieu d'être toujours blâmable, mériterait souvent des éloges.
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Mais le point de méthode sur lequel nous tenons ici à appeler l'attention, c'est l'indispensable nécessité de faire cette enquête simultanément par âges et par professions. Rien de différent, en effet, comme les âges de chaque collectivité professionnelle : les uns sont presque tous jeunes, comme les garçons bouchers, les valets; les autres renferment beaucoup de vieillards, tels les magistrats, les prêtres, etc. Il en résulte que, par le seul fait de leurs âges plus avancés, la mortalité générale de ces derniers groupes devrait être plus élevée ; et pourtant, dans le tableau cité, nous voyons la mortalité générale des prêtres (anglais) et des magistrats n'être que de 1*,4 pour mille, tandis que celle des bouchers, beaucoup plus jeunes, est de 18. Il s'ensuit nécessairement que la mortalité relative à chaque âge doit être beaucoup plus considérable chez ces derniers; et si je rapproebe la mortalité des valets, presque tous jeunes (il,*), de celle des prêtres (13,4), dont un grand nombre sont âgés, je ne pourrai rien tirer de cette relation. Je pourrais citer beaucoup d'exemples analogues; et j'en conclus qu'il n'y a, au point de vue sanitaire, aucune connaissance sérieuse à fonder sur la mortalité comparée des groupes professionnels, si l'on n'y considère pas en même temps les âges.
Mais de quelle lumière n'est pas suivie l'étude de la mortalité, considérée simultanément par âges et par profession ? Les quelques lignes ci-dessus et le tableau indiqué montrent combien de faits peu soupçonnés sont mis en évidence par cette étude : la forte mortalité des médecins, qui n'est dépassée que par celle des bouchers, par celle des mineurs, et surtout par celle des débitants de boisson* alcooliques qui, presque à chaque âge, l'emporte sur celle de tous les autres groupes professionnels.
Cette féconde investigation est manifestement la base de toute hygiène professionnelle, et pins que cela, de toute hygiène publique : c'est elle qui mettrait sur la voie de maint méphitisme non soupçonné, et qui aiderait à sonder le goufre profond où s'engloutissent chaque année tant de morts prématurées. Comment se iàit-il qu'une enquête si facile, notamment en France à cause de notre excellent état civil, soit pourtant négligée?
VIII. 46. Mortalité selon V habitat à la ville ou à la campagne. Après la première année d'âge (voy. p. 756), c'est jusqu'à présent une règle qui paraît générale que la mortalité est plus grande dans les villes que dans les campagnes. Ainsi, en France (non compris le département de la Seine), la mortalité générale a été (1861-65) de ai, 5 décès pour 1 000 habitants dans les campagnes (ai,* pour les hommes, a«,4 pour les femmes); elle s'est élevée à 86, i dans les villes (36,6 pour les hommes et as, 5 pour les femmes) ; l'excès est donc dans le rapport 100:121,4. Mais il est à remarquer que cet excès est plus marqué pour les hommes (100: 122) que pour les femmes (100: 1 18), différence que nous retrouvons, et beaucoup plus accentuée en Suède. Mais avant de quitter la France, remarquons et expliquons le fait singulier que présentent le département de la Seine et la ville de Paris. La mortalité de cette capitale estmoindre que celle des autres villes de France ; dans la Seine elle ne dépasse pas as, 6, et à Paris as, 4 (malgré le choléra de 1865, sans lui as) ; mais cette différence, qui paraît d'abord favorable à Paris, a sa raison d'être dans la composition spéciale et déjà signalée de la population parisienne, où l'on compte beaucoup d'adultes aux âges de travail et de faible mortalité, et relativement peu de vieillards et peu de très-jeunes enfants, à <es extrêmes qui contribuent surtout à grossir les mortuaires (voy. p. 741). Poursavoir au juste à quoi nous en tenir sur ce sujet, il nous faudrait comparer,
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