‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.61Chapitre 106 sur 114 · DANS LES CAMPAGNES · texte numérisé non relu

DANS LES CAMPAGNES

3° et 4° semaines . . .

4°, 5° et 6° mois. . . .

les 6 derniers mois. .

25. Ainsi, dès la première semaine de la vie, la mortalité des enfants légitimes étant prise pour 100, celle des illégitimes est de 193 dans les villes et de 215 dans les campagnes; dans la semaine suivante, la mortalité des légitimosétant toujours 100, celle des villes devient de 289 et celle des campagnes 509 ! Ainsi il y a augmentation de la différence dans les deux milieux, mais là s'arrête leur parallélisme. Dans les deux semaines suivantes, la différence des deux mor-

talités décroît dans les villes, elle continue à s'aggraver dans les campagnes ! et cet écart entre les deux mortalités continue à croître, puisque étant comme 400:290 pour le premier mois pris dans son ensemble, il devient comme 100:558 pour les deux mois suivants, et comme 1 00v546 pour les trois mois après ! Dans les six derniers mois seulement, la différence entre les deux mortalités s'atténue quelque peu, tout en restant encore formidable, comme 100:516, c'est-à-dire plus du triple. Dans les villes, au contraire, la différence des deux mortalités va s'affaiblissant rapidement dès la fin du premier mois : du quatrième au sixième, elle n'est déjà plus que de 100vl4-i, et, pour les six derniers mois, il n'y a plus de diiïérence notable entre elles {voy. la note de la page 756).

En moyenne, pour la première année de la vie, tandis que la mortalité des enfants dont le père, sous la protection de nos lois, a fait banqueroute à la paternité, monte de 100 à 169 dans les villes, elle dépasse le triple dans les campagnes, s'élevant de 100 à 507 ! Enfin, la troisième colonne de notre tableau confirme l'accusation portée par les deux premières puisqu'elle constate que l'excès de la mortalité des illégitimes, dans les campagnes, dépasse de plus en plus cette mortalité dans les villes, à mesure que s'écoule la première année de vie.

26. Conclusions du IIe tableau figure' et du IVe tableau numérique. Ces tableaux mettent encore en lumière un grand nombre de faits généraux aussi nouveaux que féconds en applications ; je ne puis en signaler très-succinctement que quelques-uns. On verra d'abord combien est considérable la mortalité absolue et relative du début de la vie, puisque, parmi ceux qui doivent succomber dans la première aimée, environ 40 pour 100 des enfants légitimes et près de 50 pour 100 des illégitimes meurent dans le premier mois ; de même, pour les enfants qui doivent s'éteindre dans le premier mois de leur existence, 40 pour 100 des légitimes et 50 pour 100 des illégitimes sont déjà morts dans la première semaine (tableau numérique B, p. 755). Ce dernier fait est assez inattendu. Si, à l'exemple des conscrits de la statistique, on n'interrogeait que les rapports des décès aux décès, pour en induire la mortalité, on devrait conclure de ces cbiffres que, dans la première semaine, la mortalité des illégitimes est moindre que celle des légitimes ; tandis que le rapport des décès aux vivants (tabl. numérique A et fig. 1), seul indicateur de la mortalité, la montre presque double pour les enfants nés hors mariage; mais de plus, au lieu de diminuer dans la seconde semaine de leur existence, elle se maintient, bien plus, elle s'accroît ! de sorte que la quote-part des décès de la première semaine, dans le total des décès du premier mois, est moindre pour les illégitimes ; de là le rapport fallacieux ci-dessus indiqué. On voit, dans tous les cas, que la mortalité des filles est constamment moindre que celle des garçons, différence qui a son maximum dès les premiers instants de la vie et se continue, en s'atténuant, jusqu'au delà du 12e mois. La mortalité des petits enfants est généralement moindre à la campagne qu'à la ville (fig. 1 et 2) ; on peut voir dans d'autres pays, en Suède par exemple (V1H tableau, p. 774), cette action favorable de la campagne sur la première enfance ; mais en France, des exceptions remarquables se présentent : l'une pour le premier mois de la vie (et se manifestant pour chacune des semaines qui le composent) ; ce n'est même qu'après le 3e mois que le bénéfice de la campagne se prononce un peu pour les enfants légitimes. La seconde exception est plus remarquable encore : elle porte sur la mortalité des enfants illégitimes, qui, ainsi que le montrent (p. 745) les longues colonnes plus foncées de nos fig. 1, 2 et 3, demeure constamment bien plus considérable à la campagne qu'à la ville! Pourquoi donc la campagne, bientôt

lavurable aux enfants légitimes, surtout après leur 6e mois, reste-t-elle si singulièrement funeste aux enfants nés hors mariage? C'est sans doute parce que la fille mère y est plus cruellement repoussée que dans les villes, où une certaine sympathie suit la vaillante fille mère assez courageuse pour entreprendre l'œuvre héroïque d'élever seule un enfant abandonné par son père !

27. Quelles causes président à ces douloureux phénomènes ? Elles sont vraisemblablement complexes, et il nous faudrait, pour les trouver sûrement, des analyses que les relevés ne donnent pas. Mais, quelle que soit cette complexité, nous ne voyons qu'une cause principale qui soit de nature à satisfaire à cet accroissement d'âge en âge, c'est la misère, je veux dire le malheur plus prononcé et surtout plus durable de la fille mère dans les campagnes, la dureté, plus ^rande pour elle, du milieu social, et le délaissement plus complet du père. Celui-ci, dans les villes, mène très-souvent une vie commune avec la mère ; dans les campagnes, au contraire, la détresse de la fille-mère va croissant avec les besoins croissants de l'enfant dont par suite la santé se détériore de plus en plus1. Ces raisons, je le sens, font peu d'honneur à l'humanité rustique, à la mansuétude des villages et de ceux qui y font autorité ; mais qu'on trouve d'autres causes qui expliquent aussi bien cette mortalité aggravée, j'en serai fort heureux.

28. Mouvement paradoxal de la mortalité des illégitimes delà première à la deuxième semaine d'âge. A côté de ces faits imprévus, j'en ai un autre non moins étrange, un vrai paradoxe physiologique que l'on découvre par une comparaison attentive de la mortalité des légitimes et des illégitimes pendant les deux premières semaines de leur existence. Si, en effet, soit sur le IVe tableau numérique, soit sur le tableau II figuré, on suit la mortalité respective des deux groupes, on constate que la mortalité des légitimes, garçons ou filles, soit dans les villes, soit dans les campagnes, va, comme on devait s'y attendre, diminuant de la première semaine d'âge à la seconde ; ainsi : 1° dans les villes, la mortalité des garçons, de «4,25 décès (par 1 000 nouveau-nés), dans la première semaine, descend à 19,38 dans la seconde; et de même pour les filles : de 19,2» elle descend à 15,3 ; 2° même mouvement dans les campagnes : de 31, 3« en la première semaine de vie, la mortalité des garçons s'abaisse à 23,56; celle des filles descend de «4,63 à 18,22. Ainsi le fait est bien constant à la ville comme à la campagne, pour les garçons comme pour les filles, la mortalité de la seconde semaine (ou la colonnette claire qui la représente fig. 1) est notablement moins élevée que celle de la première semaine. C'est d'ailleurs un résultat conforme à nos prévisions théoriques les mieux fondées ; nous savons bien que c'est dans le premiers jours qui suivent l'accouchement que les débilités enfantines de toutes

1 Cette distribution, cet accroissement continu de Vécart séparant la mortalité des enfants illégitimes de la mortalité des enfants légitimes dans les campagnes, alors qu'il va, au contraire, en s'effaçant dans les villes [vuy. le tabl., p. 754) ne parait pas favorable à une des explications qui se présentent comme cause possible de ce fait étrange, à savoir que beaucoup de ces enfants illégitimes, étant abandonnés, sont confiés par l'Assistance à des nourrices mercenaires de campagne, chez lesquelles ils succombent en grand nombre, allant ainsi grossir artificiellement les décès des illégitimes que l'on rapporte indûment, mais nécessairement, aux naissances illégitimes des campagnes; cependant si là était la cause, la seule cause, ce serait surtout dans les premiers mois de la vie que se ferait sentir cet écart de la mortalité des illégitimes ruraux, tandis que l'écart va se prononçant, s'aggravant avec l'âge, et c'est dans les six derniers mois d'âge qu'il est à son maximum ; j'avoue que cet accroissement me paraît bien plus en rapport avec la misère croissante de la fille-mère qu'avec le fait du transport des enfants illégitimes des villes allant mourir dans les campagnes, car il est peu vraisemblable que ce transport s'accroisse avec l'âge.

causes retranchent de, la vie bon nombre de nouveau-nés; — que celui qui a vécu une semaine a déjà prouvé une certaine solidité, — qu'en un mot, à partir du premier jour, chaque jour gagné ajoute à la chance de vivre.

Mais bêlas! un phénomène inverse se manifeste pour les enfants illégitimes. Leur mortalité va croissant de la première semaine à la seconde; elle s'élève à la ville de 46,8 à 56 pour les garçons et de 39,8 à 4*,6 pour les filles; à la campagne elle monte de 6ï,3 à ?2 pour les garçons et de 55, » à 63 pour les filles. Comment expliquer cet accroissement du danger de mort à mesure que l'enfant va s'emparant de l'existence?

C est la un fait grave pour les malheureuses filles-mères, plus ^rave encore pour nos cruelles lois, car la physiologie ne saurait ni l'expliquer, ni l'admettre. 11 nous paraît bien plutôt relever de cette amère « maxime » de Talleyrand : « // faut se défier de son premier mouvement, il est presque toujours bon. » Le premier mouvement de la mère abandonnée est dé soigner son enfant; le second... enfin telle qu'elle soit, la cause n'est pas physiologique; très-vraisembîablement comme la précédente, elle tient aux dures conditions du milieu social qui submerge la mère et l'enfant délaissés par le père; comme la précédente, elle a sa racine dans nos mœurs et dans nos lois qui, si indulgentes, si protectrices pour le père odieux et criminel se dérobant aux devoirs de la paternité, sont si exigeantes et si cruelles pour la mère et pour l'enfant abandonnés.

En résumé, la mortalité des illégitimes dans le premier mois de la vie e.-t si formidable que, malgré la disposition disgracieuse que j'ai dû adopter, je n'ai pu encore faire tenir dans la page la haute colonne qui représente la mortalité des illégitimes de la campagne. J'ai donc rapporté à côté le sommet de la colonne tronquée.

29. Influence différente de la campagne suédoise et de la campagne française. J'attirerai encore l'attention sur un autre (ait assez surprenant. En France, la mortalité de la première enfance, même légitime, jusqu'au 5e mois de vie, est plus grande à la campagne. Ce n'est qu'après le 5e mois que la campagne commence à faire sentir (pour les légitimes seulement) sa favorable influence. En Suède, au contraire, l'avantage du milieu champêtre se fait sentir, et trèsvivement sentir dès le premier mois, puisque la mortalité de ce premier mois, qui est de 56,7 daus les villes, n'est que de 4?, 5 dans les campagnes, tandis qu'enFrance, de8i,5 dans les villes, est de 8? dans les campagnes; c'est ce que nous établirons avec quelques détails dans l'article Suède.

En creusant ce sujet si grave pour notre pays, on peut presque établir que l'infériorité de la vitalité eufantinede notre pays, comparée à celle de la Suède, ne résulte pas d'une question de race ni de climat, mais d'une question d'instruction. En effet, que le lecteur veuille d'abord noter sur notre Ve tableau numérique (p. 763) l'extrême différence de la mortalité enfantine en Suède et en France; ainsi, dans la première année de la vie, sur 1 000 enfants de 0 à 1 an, nous en perdons 216, la Suède n'en perd que 146 1 A quelles causes attribuer une si triste différence ? Puisque nous avons établi que tout phénomène biologique a pour raison ou le milieu ou l'hérédité (voy. MiîsoLOGiE),lerude climat des pays Scandinaves (la Norvège et le Danemarck sont dans le même cas), serait-il plus favorable à la vitalité des nouveau-nés que le doux climat de France? Les Suédois jouiraient-ils de quelque privautés héréditaires contre la mort prématurée? rien n'autorise à le penser. En effet, la mortalité de cette première enfance des villes suédoises et des villes françaises est fort voisine; elle est de 222 par 1 000 enfants de 0 à 1 an en

Suède, et de 2 £6 en France (faux mort-nés restitués). Il ne parait donc pas que, pour expliquer la profonde différence qui existe entre la mortalité générale des entants des deux nations, il y ait à invoquer des influences de climat ou de race, car ces sortes d'influences agissent également dans les villes et dans les campagnes, et l'excès de la mortalité en France porte exclusivement sur nos enfants campagnards. Qu'est-ce donc qui, sous ce rapport, rend si disparate le paysan suédois et le paysan français? Ah! une dilférence profonde : c'est que tous les Scandinaves, hommes et femmes, savent lire et écrire, et qu'ils lisent, tandis que nos paysans et surtout nos paysannes le savent rarement, et que ceux qui savent, ne lisent pas ! Aussi, quand la campagne suédoise perd 100 enfants de 0 à 1 an, nous en perdons 157! Cette différence nous coûte chaque année 46 000 enfants de 0 à 1 an : tant est homicide l'ignorance1 !

50. Mortalité maximum (a) et minimum (b) de la première année de la vie. (a) La mortalité maximum qui menace la première enfance peut dépasser 900 pour 1 000, elle peut même atteindre 1 000 pour 1 000 ou la totalité des enfants de 0 à 5 ans, comme il arrive des Européens en Egypte, au Sénégal, etc. Quant au rapport de 900 pour 1000 dans la première année de la vie, il représentait la mortalité ordinaire des enfants trouvés avant 1789; c'est encore, pour les mêmes enfants, celle qui est signalée par Husson dans la Loire-Inférieure et à très-peu près (874 par 1 000) dans la Seine-Inférieure, au moins pour l'an 1860). Communément, pour cette même catégorie d'enfants, on trouve qu'elle est encore de nos jours environ de 700 (Nièvre, selon le docteur Monod) à 500 ; enfin, la mortalité de l'ensemble des enfants trouvés de Paris, et suivis à la campagne pendant la période 1859-58, et portant sur 48 525 enfants admis, a été de 5CO par 1 000. Ces coefficients de mortalité sont d'autant plus élevés qu'il s'agit ici de la dîme mortuaire, toujours moindre que la mortalité proprement dite (p. 754), et ordinairement de nourrissons, c'est-à-dire d'enfants qui sont déjà depuis plusieurs jours en possession de la vie; les nombreux déchets des premiers jours qui suivent l'accouchement, ne donnant pas lieu à l'envoi en nourrice, déchargent d'autant cette mortalité pourtant encore si exorbitante!

Cependant, sur les grandes collectivités naturelles, cette énorme mortalité ne peut s'observer normalement, car elle est destructive de la collectivité elle-même et par conséquent contradictoire avec son existence. Quelle est donc la plus forte mortalité enfantine compatible avec la conservation d'une collectivité naturelle? C'est une question complexe, car elle est sous la dépendance d'un autre élément, la natalité. Tant que les naissances surpassent les décès, la population peut, ou

i En effet, clans la période 1856-G5, on compte, pour les deux sexes, en nombre rond, 120 OOO décès campagnards de 0 à 1 an, plus 26 450 mort-nés (se décomposant, d'après les enquêtes belges, en 20 450 vrais mort-nés, et 6 OOO faux mort-nés) à ajouter aux décès ci-dessus, pour les rendre comparables aux décès suédois qui comprennent ces morts des premiers jours, en tout 126 OOO décès de 0 à 1 an, à la campagne, imputables à une population enfantine du même âge de ssssoo, ce qui donne une mortalité de «14 par an et par 1 000 enfants. Mais si (de même que les enfants de nos villes françaises subissent à peu près les mêmes coefficients mortuaires que ceux des villes suédoises), nos enfants campagnards n'avaient à supporter que la mortalité des campagnes suédoises («30,0 par an et par 1 000), notre population enfantine rurale ne fournirait plus chaque année que 80 OOO décès de 0 à 1 an au lieu de 126 OOO. et par là nous aurions une économie annuelle de 46 OOO jeunes gens de 0 à 1 an, victimes de l'ignorance de nos ruraux ! Il se trouve que c'est justement la population enfantine qui nous a été ravie par la conquête, et que cette économie, si elle pouvait se réaliser, reconstituerait les 1 (300 000 citoyens retranchés de vive force à notre patrie.

-plutôt paraît pouvoir s'entretenir. Je dis que la vitalité d'une telle population peut quelquefois n'être qu'apparente. En effet, une population qui aurait beaucoup d'adultes et peu d'enfants, aurait un nombre de décès nécessairement restreint : qu'une cause quelconque vienne y accroître considérablement la mortalité , la natalité ne tardera pas à s'accroître dans la même proportion, en vertu d'une concordance démograpbique très-souvent observée (voy. Natalité). Il pourra se faire que, pendant les premières années , la natalité soit supérieure à la mortalité. Mais qu'un pareil mouvement persiste longtemps, cette population qui, en apparence, présentait les éléments d'une forte résistance, verra peu à peu ses naissances diminuer, sa mortalité s'accroître, et sera fatalement anéantie, sans que la mortalité de chaque âge ait augmenté, sans que la fécondité des femmes nubiles ait diminué. C'est qu'une autre population se sera substituée à celle que nous avons supposée, le temps ayant peu à peu éliminé les adultes, c'est-à-dire les individus qui, dans le principe, donnaient beaucoup de naissances et peu de décès; la population sera alors composée de beaucoup d'enfants, donnant beaucoup de décès, tandis que la population adulte affaiblie, au moins en nombre, donnera trop peu de naissances pour remplir les vides creusés par la mort dans les jeunes générations. On aura donc bientôt D> S0. — Ces remarques ne sont pas sans application dans l'étude des colonies, et dans l'appréciation de l'acclimatement. Ces considérations nous mèneraient à traiter des rapports nombreux qui existent entre la natalité et la mortalité et de la comparaison par différence des naissances vivantes (S0) avec les décès (D) suivant les trois cas possibles S0 > D, S0 <C D> So = D. C'est une étude que nous •devons renvoyer à l'article Natalité.

Reprenons notre question au point de vue pratique sur le maximum de la mortalité des nouveau-nés, observée chez les nations ou dans les provinces qui se suffisent à elles-mêmes. En première ligne, parmi les pays civilisés (je veux dire parmi ceux qui publient leurs documents statistiques), il faut placer le royaume de Bavière (avant les réformes de 1860), chez lequel la mortalité (période 1850-59) de la première année de vie s'élève environ à 400 sur 1 000 enfants de 0 à 1 an (soit la dîme ou probabilité de mort =31© sur 1 000 naissances vivantes). Mais dans cette monarchie si catholique, la première de l'Europe pour le coefficient de bâtardise, et par suite pour la haute mortalité enfantine, on peut encore distinguer les provinces de Basse-Bavière où la mortalité s'élève à 4»a (la dîme à 343), c lies de Haute-Bavière et de Souabe dont la mortalité atteint 55© (la dîme environ 4©4) l.

1 C'est surtout quand les coefficients mortuaires atteignent ces hauts chiffres, qu'il importe de distinguer, pour la premièreenfance, la mortalité proprement dite (D0— i/P0— î), de la dîme mortuaire (D0— i/S«). Dans la Haute-Bavière, d'une part, la dîme mortuaire est de 0,4»»; c'est-à-dire que sur 1000 naissances vivantes (S0), 40» enfants succombent avant d'avoir atteint la fin de leur première année, et que 593 la dépassent; d'autre part, la mortalité est de 0,565; c'est-à-dire que, si par un dénombrement exact, ou à son

défaut par la formule (S°~^~Sl) k (ici £=0,92), soit (2S0 — D0..i) X0,46 [voy. p. 7al,ou

art. Population], on connaît la population enfantine constituée par ces 1000 naissances vivantes et dont l'âge est échelonné entre Oet 1 an (Po-i), en divisant les décès qu'elle fournit

dans l'année (D0-i) par celte population qui est ici de 732( ~ \ , on a la mortalité 0,505.

Ainsi 407 décès de 0 à 1 an sur 1 000 naissances vivantes donnent la dîme mortuaire ou probabilité de mort des nouveau-nés; et 565 décès de 0 à 1 an sur une population de 1 000 enfants dont l'âge est compris entre 0 et 1 an, donnent la mortalité proprement dite. Voilà deux méthodes d'apprécier les sévices de la mort qu'il importe aux démographes de

51. Ce qu'il importe le plus de déterminer, c'est la mortalité minimum de la première enfance, celle que nécessitent les fatalités inéluctables résultant soit desimperfections de notre organisme, soit des sévices des milieux extérieurs.

Nous avons vu combien est mobile la mortalité de l'enfance selon les circonstances ambiantes ; mais nous ne savons pas encore avec beaucoup de précision à quel degré elle peut descendre; et les cbiffres que je vais citer ne sont certainement pas les plus bas possibles, mais seulement les moindres qui, à ma connaissance, aient été observés. La mortalité des enfants dans les familles des lords anglais comparée avec la mortalité générale de l'Angleterre pour le groupe d'âge de 0 à 5 ans, montre que la mortalité de l'ensemble des enfants anglais de 0 à 5 ans (qiii serapproebe fort de la nôtre) est à la mortalité des enfants de l'aristocratie comme 8:5; c'est encore le rapport que le docteur Mannisse, dans une appréciation peu sûre d'ailleurs, a trouvé exister à Bordeaux entre les décès enfantins de 0 à 2 ans provenant d'un même nombre de familles riches et de familles pauvres. Il semble donc qu'on puisse, en attendant des documents plus nombreux et surtout plus précis, conclure provisoirement que la mortalité enfantine des familles riches, en France comme en Angleterre, est environ les 5/8 de la mortalité commune (qui se rapproche toujours de celle des pauvres); et, si ce rapport reste le même pour la première année de la vie (ce qui est au moins probable, car la vie est d'autant plus soumise à l'influence des milieux qu'elle est plus fragile), la mortalité générale étant en Fiance de 204 (la dime de 178), celle des enfants de la bourgeoisie aisée ou riche ne serait que de Ç6.

D'un autre côté, dans le rapport de M. le docteur Th. Roussel, il y a une communication de M. le doiteur Monot (mais trop sommaire pour se prêtera la discussion) qui a pour lieu d'observation le M or van (Nièvre), et fort propre à montrer combien est malléable la mortalité de l'enfance. Pour les nouveau-nés qui viennent de Paris (petits Paris), abandonnés sans contrôle au trafic des meneuses et des nourrices mercenaires, la mortalité (dîme) s'élève à îi© par 1 000; pour les enfants assistés du déparlement de la Seine, sous le contrôle des agents de l'administration, et recevant les visites rares (trimestrielles) des inspecteurs, elle descend à 240; pour les nourrissons attentivement survei'lés par le personnel de la société protectrice de l'enfance (membres des comités et médecins inspecteurs), elle descend encore et oscille entre 18© et oo. Enfin celte mortalité s'abaisserait encore dans une condition bien intéressante et bien digne de réflexion : c'est celle où. les filles-mères reçoivent des secours suffisants (je suppose, par exemple, les subsides que l'on accorde à une bonne nourrice). Il faut non-seulement qu'elles puissent soigner leur enfant, mais qu'un léger intérêt matériel s'ajoute à l'amour maternel, que flétrit et qu'éteint la misère, et les encourage à la conservation de leur enfant, de façon qu'elles suivent avec plus de zèle les conseils des médecins viïiteurs. Ce mode, partout où il a été employé sans parcimonie, a produit les meilleurs résultats et, au dire autorisé du docteur Monod, a abaissé la mortalité au chiffre de îO pour 1 000 l.

ne pas confondre et auxquelles il faut, en conséquence, donner deux dénominateurs distincts. Nous avons montré, p. 153-5Ô, que, si la première est la plus mathématique et la plus directe pour les premiers âges, la seconde, ou mortalité ou danger de mort, est la seule qui puisse être employée directement pour tous les autres âges.

1 Intéresser par tous les moyens imaginables la mère et les familles à la conservation de leurs enfants, et ne jamais les intéresser à leur perte, serait la clef de bien des progrès dans la vitalité enfantine. Rien ne sert de se récrier contre le prosaïsme de ce moyen; il faut \oir les faits et, par eux, connaître les secrets ressorts des phénomènes collectifs,

MORTALITE. 761

32. Nous venons de déterminer quelques-uns des plus bas coefficients de la mortalité enfantine offerte par quelques groupes spéciaux ; recherchons maintenant quelle est la moindre mortalité des collectivités naturelles, nationales ou provinciales. Nous ne pouvons pas espérer trouver de vraies valeurs minimum représentant la seule mortalité nécessaire aux fatalités, aujourd'hui inéluctables, soit des organismes, soit des milieux : car quel est le groupe collectif un peu nombreux (les seuls qui soient relevés à part) qui ne renferme ses misérables, ses ignorants venant mêler une cause contingente aux causes nécessaires ? Cette réserve faite, nous citerons en France le département de la Creuse, département où la mortalité des nouveau-nés est la moindre, et cela constamment depuis- 1840, c'est-à-dire depuis que les documents connus permettent cette recherche : ainsi, tandis que dans la période 1857-66, la mortalité de la vie a été de 2©4 (la dime de 178) en France, elle n'était que de 131 (dime 1 18) dans la Creuse; cependant la mortalité enfantine de ce déparlement, tout en restant la moindre, a très-notablement augmenté de la période décennale 1840-49 à 1857-66, puisque la mortalité n'était à cette première époque que de 94 (la dîme de 87).

D'un autre côté, en Suède, il y a aussi une province, et fort au Nord (!) où la mortalité enfantine reste au-dessous de ÎOO : c'est Jemtlands, où elle n'est que de 9? et la dime 90,8. La mortalité enfantine en Norvège parait également très-faible, car la dîme ne serait que de 103,3 par 1 000 S0 et la mortalité 113. De l'ensemble de ces faits nous conclurons que dans une collectivité, en un pays salnbre, à climat froid ou tempéré, toute mortalité enfantine qui dépasse 95 à ÎOO décès annuels par i 000 enfants de 0 à 1 an ou une dîme mortuaire de plus de 92 à 95 (sur 1 000 naissances vivantes) renferme encore des cause*

qu'il ne faut préjuger ni sur les sentiments de quelques-uns, ou meilleurs ou pires, ni sur ceux qui s'étalent comme enseigne. Il ne faut pas, dis-je, d institutions qui intéressent à la perte des enfants ! L'Angleterre en a plusieurs de ce genre et qui portent les fruits les plus odieux, ce sont des mutualités dites d'enterrement (voy. p. 778% dans lesquelles les familles reçoivent une prime à la mort de l'un des leurs, et notamment de leurs enfants, pour pourvoir aux frais d'enterrement : si la prime des ayant-droit dépasse les frais, il y a un excédant, un profit pécuniaire à chaque décès. Eh bien, d'après le président du congrès international des sciences sociales tenu cette année même (1874) à Glascow.la statistique a montré que la mortalité des enfants de ces mutualités est très-supérieure à la mortalité normale des mêmes classes ! C'est sur de tels faits, et non sur une vaine phraséologie, qu'il faut se régler pour juger les institutions désirables et celles qui ne le sont pas. L'un des enseignements les plus certains qui en résultent, c'est que nos lois, nos institutions, nos mœurs ne doivent jamais mettre l'intérêt individuel en opposition avec l'intérêt public. Nos lois infligent une peine à celui qui porte atteinte aux intérêts collectifs. Les dogmes religieux, en tirant à vue sur un autre monde une lettre de change rémunératrice à longue échéance, mais à intérêt formidable, se sont efforcés de se conformer à ce principe, mais avec un succès qui laisse beaucoup à désirer d'une part comme de l'autre; — les lois, parce quela perspective d'un danger a toujours été moins efficace pour arrêter l'activité humaine que l'espoir d'une félicité ne l'est pour la solliciter; — les dogmes, parce que la lettre de change n'a jamais, et aujourd'hui moins que jamais, joui d'un crédit incontesté. Ce qu'il faudrait découvrir, c'est l'accord nécessaire et immédiat, l'accord, en vertu de la force des choses, de l'intérêt privé et de l'intérêt public! Les mœurs, l'opinion, en accordant le plus souvent l'estime publique à ceux qui, par leurs actes, concourent au bien public, et cette estime, si précieuse au cœur de l'honnête homme, étant aussi un puissant élément de crédit et de pouvoir tandis que la mésestime entraîne l'impuissance, ont satisfait dans une grande mesure au desideratum formulé. Il tient à nous, à l'éducation publique, d'y satisfaire de plus en plus. Dans le sujet qui nous occupe, l'Assistance publique, en agissant comme la fille du Pharaon, en choisissant la mère pour nourrice, y satisfera au plus haut point, et du même coup créera de bonnes mères et d'excellentes nourrices, qui conserveront à la Patrie en quête d'hommes un grand nombre de jeunes existences vouées aujourd'hui à une mort prématurée.

contingentes de mort que peuvent supprimer ou atténuer les mesures d'hygiène actuellement en notre pouvoir.

Il est clair que cette limite, minimum provisoire de la mortalité des collectivités naturelles, doit descendre encore vers une dîme de 70 à 75, ou audessous, pour les groupes spéciaux artificiels, tels ceux des hautes classes qui emploient toutes les ressources de la science et de la fortune à la conservation de leurs enfants.

35. Nous avons cru devoir entrer dans les détails ci-dessus pour ce premier âge, qui paye à la mort un si lourd tribut dont l'allégement préoccupe aujourd'hui les savants, les philanthropes et les législateurs eux-mêmes. Mais il nous est impossible de poursuivre une telle analyse âge par âge ; elle nous entraînerait trop loin et ferait double emploi avec l'étude des tables de Survie, qui sont les mesures précises de la probabilité mathématique de mort. Pour ce qui concerne la mortalité de notre pays, nous renvoyons le lecteur à l'article France.

Cependant le Ve tableau ci-contre donne comparativement la mortalité par grands groupes d'âge dans tous les pays de l'Europe qui fournissent des documents.

54. Mortalité selon les sexes. Le fait général qui domine tous les autres à propos de l'influence sexuelle est bien singulier : c'est justement à l'âge où la sexualité semble n'être qu'une virtualité, un devenir, que son influence sur la mortalité est la plus considérable, à savoir dans la première année de la vie, où la mortalité des garçons l'emporte toujours sur celle des filles. Cette différence se retrouve dans tous les pays sur lesquels on a des documents et pour toutes les périodes. Mais, comme elle se mesure plus facilement et plus directement par la dîme mortuaire de la Survie de la première année, c'est à cet article que nous renverrons pour donner la Survie comparée des divers pays et diverses époques. Disons seulement ici, qu'en général la différence des chances de mort est telle que, alors qu'il meurt 100 petites filles il succombe sur un même nombre naissances vivantes 1 16 à 1 17 garçons. Ce rapport se trouve presque identique en France (1 16,9 en 1857-66) comme en Suède (1 16,5 en 1861-70) ; et, depuis un siècle que la Suède tient registre de ses habitants, les oscillations de ce rapport, étudié par périodes quinquennales successives, sont resserrées entre le minimum 1 1 1 qu'on observe plutôt dans le siècle dernier, et le maximum 1 1 8 qui se rencontre seulement en ce siècle. Cette tendance de la mortalité des garçons à dépasser de plus en plus celle des petites filles se retrouve aussi chez nous, puisqu'il 1840-49 ce même rapport n'était que de 1 1 5 et qu'il s'élève aujourd'hui à près de 1 17. Les deux tableaux figurés p. 728 et 7-45, joints à cet article, et les tables numériques delà mortalité pour la France, la Suède et l'Angleterre (p. 746), produisant les documents les plus précis que nous connaissions, permettent, au lecteur de comparer la mortalité respective de chaque sexe à chaque âge. Mais après le premier âge de la vie, il ne paraît plus y avoir de loi générale ; et, si l'on voit la mortalité des femmes anglaises l'emporter sur celle des hommes environ dans le rapport de 96 : 100 de 15 à 55 ou 40 ans, âge de la parturition, rien de semblable ne s'observe en Suède, où la mortalité masculine l'emporte sur la féminine, à tous les âges, et particulièrement dans les villes (p. 772). C'est donc un sujet qu'il faut étudier pays par pays. A l'article Fr/>xe, nous comparerons sous ce rapport les diverses nations avec la nôtre, et nous rechercherons la loi de décroissance et de croissance de la mortalité dans la succession des âges. Déterminer celte loi, même empiriquement, pour chaque pays et pour chaque sexe,

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