‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.61Chapitre 17 sur 114 · MON S · texte numérisé non relu

MON S

retira, après sa retraite liquidée, à Edimbourg, où il termina ses jours en 1802. On a de lui :

I. Essay on the Dropsy. Lond., 1755, plus. édit. Trad. fr. Paris, 1760, in-12. — II. An Account of the Di&eases whichweremost Fréquent onthe BritishMilitary Hospitals, in Germany from 1761 to 1765. Londres, 1764, in-8°. Trad. en allemand, 1784, en français, 1769. — III. Treatise on Minerai Waters. Londres, 1770, 2 vol in-8°. — IV. Observations on the Means of preserving the Health of Soldicrs. Londres, 2 vol. in-8°. Trad. en français, sous le tilre: La médecine d'armée. Paiis, 1769, in-8°. Trad. en allemand, 1784. — V. Treatise on Materia medica. Londres, 1 788, 4 vol. in-8°, etc.

.iionro (Ali;xander, dit le Jeune). Frère du précédent, né à Edimbourg •en 1752, analomiste distingué. Reçu docteur en 1755, il fut comme son père professeur d'anatomie et de chirurgie en 1759, et ne quitta sa chaire qu'en 1801. Il a publié les ouvrages ci-après :

I. De testibus et semine in variis animalis. Dissertation inaugurale. Edimbourg, 1755, in-8'. — II. De venis lymphaticis valvulosis et de earum impritnis origine. Londres, 1757, 1770, in-8°; Edimbourg, 1775, in-12. — III. Oratio anniversaria harveiana in theatro coll. reg. medic. Lond. habita die, 18 oct. 1757, 1758, in-4°. — IV. State of Facts concerning the First proposai from the Lungs into the Cavities of the Pleurœ, in Answer to M. Hewson. Edimbourg, 1770, 1772, in-8° and in-12. — V. Observations of the Structure and Function oftheNervous System, lllustratcd with tables. Edimbourg, 1785, in-fol. — VI. The Structure and Physiology of Fishes explained and compared with of Men and other Animais. lllustratcd with Figures. Edimbourg, 1785, in-fol. — Vil. A Description of ail the Bursœ mucosae of the human Body, their Structure explained and compared with Huit of the Capsular Ligament of the Joints, and of thèse say, which Une the Cavities of the Thorax and Abdomen; willi Bemarks on the Accidents and Diseases which affect thèse several Say, and on the Opérations necessary for Iheir Cure, with Plates. Edimbourg, 1788, in-fol. Traduit en allemand, Leipzig, 1799 ; c'est un ouvrage remarquable pour le temps, où il a été écrit. — VIII. Expérimenta on the Nervous System with Opium and Melallic Substances ; niade chiefly with a view of determining the Nature and Effects of Animal Eleclricily. Edimb., 1793, iii-4°. — IX. Observations on the Muscles, and Particularity on the Effects of their Oblique Fibres. Edimbourg, 1794, in-4°. In Transactions o/ the Society of Ediuburgh. t. III, p. 250. — X. Tree Treatises; on the Brain, the Eye, and the Ear. lllustratcd by Tables. Edimbourg, 1797, in-4°. — XI. Description on the Séminal Vessels. In Essays Physicaland Littcrary, t. I, p. 590. — XII. Observations on gravid literi. Ibid , p. 426. — XIII. Remarks on the Intercostal Muscles. Ibid., p. 447. — XIV. The Cure of a fractured tendo Achilles. Ibid. . p. 450. — XV. Hislory of a genuine Valvules of the Intestines. Ibid., t. II, p. 568. — XVI. Description of a Human maie Monster; illustrated by Tables and Bemarks. In Transaction of Society of Edinburgh, t. III, p. 215. — XVII. Experiments relating to the Animal Electricity. Ibid., p. 231. A. D.

.tiOXRO (Trou de). Voy. Cerveau.

MOXS (Jean-Baptiste Van), chimiste et médecin belge, né à Bruxelles le 11 novembre 1705. Se livra d'abord à l'étude de la pharmacie, et fut reçu maître en 1787, à l'âge de 22 ans. 11 s'occupa ensuite de politique, et fut élu représentant du peuple après l'occupation de la Belgique par l'armée française. Il fut chargé en 1795 de faire des recherches sur les gisements houillers de son pays, et devint associé de l'Institut national. Van Mous renonça bientôt à l'étude de la pharmacie et se fit recevoir docteur en médecine à Paris, en 1807. En 1817, il tut appelé à la chaire de chimie et d'agronomie à l'université de Louvain, et s'occupa, non sans succès, de l'amélioration de la culture des arbres fruitiers. Après la révolution de 1830, Van Mons fut nommé professeur à l'Université de Gand ; mais il | araît qu'il n'accepta pas cet emploi, et il prit alors sa retraite. Il mourut à [.ou vain en 1842. Outre de nombreux ouvrages de physique et de chimie, tels qu'une théoriede la combustion des principes d'électricité, on lui doit:

I. Pharmacopée usuelle, théorique et pratique. Louvain, 1821-1822, 2 vol. in-8». —

'II. Matériel medico-pharmaceuticœ compendium. Louvain, 1829, in-80. — III. Une édition annotée de l'ouvrage de Sweduur, Pkarmacopœa medici practiciiiniver salis. Bruxelles, 4817, 3 v. in-18. H. Quéteiet a publié une notice sur ce savant laborieux, in Annuaire de l'Acacl. royale de Belgique, 1845. A. D.

monstres, monstruosité. Nous étudierons les monstres et la monstruosité dans Tordre suivant : 1° Remarques préliminaires; 2° Etymologie et définition ; 5° Classifications diverses ; 4° Considérations générales sur le développement normal ; 5° Considérations générales sur le développement anormal ; ■6° Le type normal et ses variations ; 7° Variétés naturelles ; 8° Variétés maladives ; 9° Limites des déviations organiques ; 1 0° Distinctions entre les déviations anormales; 11° Évolution des déviations; iï° Hérédité des déviations; 15° Déviations histologiques (caractères, causes, hérédité) ; 14° Hypothèses, théories, explications concernant l'origine des déviations organiques : (Monstres unitaires : arrêt de développement, balancement des organes, développement centripète, adhérences placentaires, hydropisie primitive. Monstres composés : union similaire, affinité de soi pour soi); 15° Causes des déviations organiques (a. antérieures à la fécondation, constitution anormale du spermatozoïde ou de l'ovule; b. agissant pendant la gestation et propres à l'embryon, troubles de circulation, altération des fonctions nerveuses); \ 6° De la classification des déviations organiques d'après leur nature et leurs rapports réciproques; 17° Essai d'une classification nouvelle.

I. Remarques préliminaires. Les êtres vivants qui s'éloignent des conditions organiques de leur espèce au point que le type particulier qu'ils représentent ne peut former, en se perpétuant, une race, une lamille, une variété dans l'espèce, ces êtres sont des individus anormaux auxquels la qualification vulgaire de monstres est le plus souvent applicable. La connaissance des types extranaturels qu'ils réalisent constitue la sciences des anomalies, des monstruosités, ou la Tératologie.

Toute science parcourt nécessairement dans son évolution trois phases successives : une première, préparatoire en quelque sorte et empirique, dans laquelle sont consignés des faits bien ou mal observés, bien ou mal interprétés ; une seconde dans laquelle ces faits incomplètement connus sont coordonnés et classés d'après des rapports réels ou fictifs ; une troisième enfin dans laquelle les faits rapprochés et comparés, mieux étudiés et mieux connus permettent une appréciation exacte tle leurs caractères accidentels ou essentiels, particuliers ou généraux. Alors les lois, ou quelques-unes des lois qui les régissent sont mises en lumière ; alors seulement un système ou bien une théorie peut grouper tous les faits suivant leurs affinités et faire connaître par des vues générales la nature et les rapports des cas particuliers.

C'est dans cette troisième période seulement que l'ensemble des connaissances acquises mérite le nom de science.

Toutes les sciences naturelles ont dû traverser ces trois périodes pour arriver à constituer la base invariable sur laquelle s'élève l'édifice des connaissances successivement acquises.

La Tératologie est-elle parvenue à cette troisième période de son évolution et peut-elle dès maintenant être regardée comme une science ?

Cette question doit tout d'abord être résolue, si nous voulons exposer avec quelque certitude les lois des anomalies, si nous voulons grouper tous les faits

d'après leurs affinités réelles et d'une manière invariable. C'est au moins là le caractère d'une science constituée que tous les faits nouvellement acquis viennent l'étendre et la compléter, sans renverser jamais les bases sur lesquelles elle est assise.

Si nous consultons les nombreux écrits didactiques publiés jusqu'à nos jours sur la Tératologie, nous constaterons que cette base définitive est sans cesse attaquée et que l'édifice est remanié de fond en comble par chaque auteur qui paraît successivement.

L'ouvrage le plus récent ne peut donc pas être considéré, par cela seul qu'il est le plus nouveau, comme le plus complet ou le meilleur; il est différent des autres, et ce titre ne suffit point pour que nous le regardions comme représentant actuellement l'état le plus avancé de la science.

En faisant, après beaucoup d'autres, l'étude des monstruosités, nous ne pouvons donc adopter une classification, une théorie, un système plutôt qu'un autre en nous laissant guider par cette considération que Fauleur est un savant illustre, qu'il est Français, Anglais, Allemand ou parce qu'il est le plus moderne.

Nous devons chercher si les principes sur lesquels aujourd'hui s'appuie la Tératologie sont certains, invariables, si les théories et les classifications donnent la raison des phénomènes et coordonnent les faits d'une manière satisfaisante. C'est à cette condition que nous pourrons nous diriger dans l'étude que nous allons entreprendre et signaler au moins les desiderata de la science, s'il est vrai qu'elle ne peut être constituée dès maintenant sur des bases solides.

II. Étymologie. Définition. Avant tout il importe de déterminer l'objet de la Tératologie, c'est-à-dire la monstruosité; et dès l'abord nous nous trouverons arrêtés par la multiplicité et la variété des définitions :

Le mot monstruosité, qui exprime la condition de l'être monstrueux, « dérive du latin monstrum, qui vient directement de monere, avertir, par suite d'une idée superstitieuse des anciens : qnod moneat, dit Festus, voluntatem deorum. Monstrum est pour monestrum. Monstrare est le dénominatif de monstrum. » (Littré.)

Les monstres auraient donc reçu cette dénomination de l'idée superstitieuse que s'en faisaient les anciens, pour qui c'étaient des êtres qui révèlent aux hommes des malheurs futurs. Toutefois Weinrich (M. Weinrichius, De ortumonstrorum commentarius, p. 18 verso, in-8°, Yratisl. 1595); Liceti (Forlunius Licetus. De monstrorumcausis,naturâ et differentiis, p. 7,in-4°, Patavii, 1634), et d'autres ont attribué au mot monstrum une étymologie différente. Il viendrait de à monstrando, parce qu'il désigne des individus rares, objets de curiosité qu'on montre comme toute chose extraordinaire. Quoi qu'il en soit, l'expression de monstre s'appliquait anciennement à des êtres qui, par une conformation extérieure particulière, attiraient les regards et frappaient vivement l'esprit des spectateurs. C'est encore là le sens qu'on attribue vulgairement à ce mot, sens dont il n'est guère possible de le dépouiller tout à fait.

Les premiers auteurs qui se soient occupés des monstres ne les ont point définis. Pour Aristote les monstres sont des erreurs de nature; et, suivant Pline : « L'ingénieuse nature a produit dans l'espèce humaine ces variétés et tant d'autres, jouets pour elle, merveilles pour nous. » (Pline, lib. VII, cap. 2.) « Monstres, dit Ambroise Paré, sont choses qui apparaissent contre le cours de la nature (et sont le plus souvent signes de quelque malheur à advenir) comme

un enfant qui naît avec un seul bras, un autre qui aura deux têtes. » (A.mbroise Paré. Des monstres tant terrestres que marins avec leurs portraits, Paris, 1573; œuvres complètes, lib. XXV, Des monstres et prodiges. Paris, 1561 .)

On peut dire, en quelque sorte, que chaque savant qui s'est occupé de la monstruosité en a donné une définition nouvelle ; nous voyons par là combien ont varié les opinions relativement à cette question. Il ne sera pas inutile, à ce point de vue, de rappeler ici quelques-unes de ces définitions :

« Le monstre est un animal qui vient au monde avec une forme différente de de celle de son espèce ou qui montre une énorme difformité soit dans tout son corps, soit dans l'une de ses parties. » î\Veinrich, 1595. Op. cit. p. 20.)

« Animaux, principalement humains, qui offrent quelque particularité d'organisation inusitée, très-différente de celle des parents : tels sont un homme à trois mains, un poulain à tète humaine, un enfant demi-chien... » (Liceti, 1634. Op. cit. p. 5.)

« Un monstre est un animal qui naît avec une conformation contraire à l'ordre de la nature, très-différente de celle qui caractérise l'espèce dont il sort. S'il n'y avait qu'une différence légère et superficielle on ne donnerait pas le nom de monstre à l'animal où elle se trouverait. » (Lémery. 1758. Acad. des sciences, Paris, 1738, p. 260.)

« On nomme monstre toute production organisée dans laquelle la conforma tion, l'arrangement ou le nombre de quelques-unes des parties ne suivent pas les règles ordinaires. » (Ch. Bonnet, 1762. Cons. sur les corps organisés. Œuvr. compl., t. III, p. 12, 1779).

« Monstri vox, ex ipsa linguœ natura videtur designare aberrationem animalis a consueta suœ speciei fabrica adeo evidentem, ui etiam ignarorum oculos feriat. » (Haller, 1766.)

Le savant et judicieux physiologiste ajoute : « Nobis vis vocis perinde videtur indicare fabricam etiam grandium et conspicuarum partium, alienam asolita.. Neque enim, quœ in nervis, in vasis', in musculis, in ossibus varietates , dicunlur, eas vellem monstra dicere, et difficillimum foret, si omnino subtilitates sequi vellemus, limites definire, quibus consueta et naturalis fabrica definiretur. » (Alb. Von Haller. De monstris. In Opéra minora, t. III, p. 3. Lausanne, 1768). Nous verrons que sous ce rapport la science n'est pas aujourd'hui plus avancée qu'au temps où ces lignes furent écrites.

« Les monstres sont les êtres chez lesquels le nisus formativus a suivi une direction non-seulement étrangère à leur espèce, mais même entièrement contraire à la nature. » (Fr. Blumenbach. Ueber den Bildungstrub. Gœttingen,. 1789.)

« On donne le nom de monstruosité à tous les vices de conformation, à toutes les défectuosités qui peuvent exister dans une ou dans plusieurs parties du corps de l'homme et des animaux. » (Chaussier et Adelon, 1819. Dict. des sciences médicales, art. Monstres. Paris, 1819.)

« Une monstruosité est l'état permanent d'une formation qui n'aurait dû être que passagère: » (Béclard, 1822. Leçons orales sur les monstruosités. Paris, 1822.)

« Un monstre n'est qu'un fœtus sous les communes conditions, mais chez lequel un ou plusieurs organes n'ont point participé aux transformations successives qui font le caractère de l'organisation. » (Etienne Geoffroy Saint-Hilaire. Mémoires du Muséum d'histoire naturelle, t. XII, p. 243, 1825Ï.

« Les monstruosités sont les diverses aberrations congénitales de la nutrition, d'où résulte pour l'èfre qui les présente une conformation d'un ou plusieurs de ses organes, différente de la conformation qui appartient à son existence extrautérine, à son espèce ou à son sexe. » (G. Andral, Précis d'anat. pathologique, t. I, p. 91. Paris, 1852; et Dict. méd. art. Monstres).

Le plus simple examen montre les défauts de toutes ces définitions ; il serait inutile de les relever ici. La plupart excluent de la monstruosité un grand nombre de déviations graves soit parce qu'elles n'admettent que celles qui sont apparentes extérieurement, soit parce qu'elles ne donnant point de place aux monstres doubles, soit parce qu'elles écartent toutes les déviations postérieures à la naissance. Les autres préjugent la question de la formation des monstres en l'attribuant exclusivement à un arrêt de développement ; d'autres accordent à la monstruosité une extension en quelque sorte illimitée.

Isidore Geoffroy Saint Iliiaire s'efforça de trouver une définition qui fut plus exacte, la voici : « Les monstruosilés sont des déviations du type spécifique, complexes, très-graves, vicieuses, apparentes à l'extérieur et congéniales. » (Isidore Geoffroy Saint-Hilaire. Histoire générale et particulière des anomalies xle V organisation, t. I, part. I, ebap. IV, Paris, 1852.)

Cette définition retombe dans les défauts que nous avons déjà signalés ; aussi l'illustre auteur du traité de Tératologie en proposa-t-il une autre à laquelle il paraît accorder la préférence :

« La monstruosité est une anomalie très-grave, rendant difficile ou impossible l'accomplissement d'une ou de plusieurs fonctions, ou produisant cbez les individus qui en sont affectés, une conformation vicieuse, très-différente de celle que présente ordinairement leur espèce. » (Ouvr. cit., part I, chap. I.)

La monstruosité étant une anomalie très-grave, il importe de connaître le sens que l'auteur attache à cette dernière expression.

« L'anomalie est toute déviation du type spécifique ou, en d'autres termes, toute particularité organique que présente un individu comparé à la grande majorité des individus de son espèce, de son âge, de son sexe n (Ouv. cit. ibid.). Ceci revient à dire que toute anomalie très-grave est une monstruosité, mais que toute monstruosité qui n'est pas très-grave est une anomalie. Or, la gravité est une appréciation de sentiment et, de plus, telle anomalie pourra être trèsgrave cbez un animal et non cbez un autre. La limite posée par Geoffroy Saint- Hilaire est donc purement arbitraire. Au reste, sa définition même établit qu'il n'y a point une différence de nature entre l'anomalie et la monstruosité, et que la distinction en est tout artificielle.

On voit par ce qui précède que la première opinion qu'on s'est faite de la monstruosité a été basée sur la conformation extérieure; mais, plus tard, l'étude anatomique des êtres monstrueux ayant montré que des déviations organiques non moins grandes peuvent se rencontrer dans la conformation des organes internes, sans qu'elles soient apparentes à l'extérieur, il devint nécessaire de modifier le? définitions premières. On reconnut encore qu'il existe entre les monstruosités les plus graves et des déviations organiques à peine notables des transitions insensibles, des liaisons certaines qui établissent une assimilation forcée des unes aui autres. D'où vint la nécessité de classer dans la même catégorie, et de désigner par la même expression, d'une part, un monstre hideux et difforme, d'une autre, un individu parfaitement et heureusement constitué à l'extérieur, mais dont l'organisation interne ne posséderait point une conformation régulière.

MONSTRES. 20j.

Par ces considérations, l'expression de monstruosité dut être appliquée aux déviations organiques les plus légères comme aux plus graves, et l'on put qualifier de monstre l'homme atteint d'un bec de lièvre qu'une opération chirurgicale fait disparaître, emportant du même coup la monstruosité et une qualification désobligeante. Si l'on a cherché, comme l'ont fait Lémery, puis iïaller et Geoffroy Saint-Hilaire, à restreindre l'étendue de cette expression en établissant des catégories parmi les déviations organiques les plus graves et les plus légères, réservant la qualification de monstruosité aux premières, il faut reconnaître que cette distinction est tout arbitraire. Aussi Bonnet élait-il dans le vrai, lorsqu'il disait d'un sexdigitaire : « Gratio, monstre à vingt-quatre doigts, transmet donc ses monstruosités à la plupart de ses enfants... Voilà donc une famille de monstres qui se propagent... » (Bonnet, Considérations sur les corps organisés, in OEuv. compl., t. III, p. 522. 1779). Et dernièrement encore, au congrès anthropologique de Vienne, un médecin a pu présenter sérieusement sous la qualification de monstre un homme qui portait cinq dents surnuméraires ' !

Il tombe sous le sens que l'expression de monstruosité appliquée à ces déviations organiques est exagérée et prête au ridicule.

Il ne serait pas bien difficile de prouver, croyons- nous, que les principales difficultés que l'on a trouvées à définir l'objet de la tératologie, viennent de l'impossibilité de faire concorder le sens bien déterminé et consacré d'un terme antique et vulgaire avec l'expression de notions nouvelles et d'un ordre tout différent. Les mots monstruosité et monstre manquent de précision scientifique, car on ne peut les dépouiller absolument d'un sens universellement consacré ; or, pourquoi n'en ferait-on pas le sacrifice? Bien d'autres expressions qui ont eu cours dans la science ont été délaissées lorsque leur significaiion a cessé d'être en rapport avec l'état des connaissances acquises. On ne se sert plus que dans le langage vulgaire du mot amphibie, cryptogame, parasite, etc. Ainsi, nous abandonnerons ceux, de monstre et monstruosité en tant qu'expressions scientifiques, tout en les employant dans certains cas, avec leur sens vulgaire, pour la commodité du langage.

Au reste, nous rentrerons ainsi dans la vérité, car rien n'est monstrueux dans la nature ; les êtres que nous regardons comme tels ne dérogent nullement à ses lois. C'est ce que nous verrons dans la suite de cet article.

III. Classifications. Les classifications des monstruosités données par les divers auteurs ne sont pas moins nombreuses et moins différentes les unes des autres que les définitions. Il serait intéressant, et instructif à la fois, de les passer toutes en revue ; elles confirmeraient pleinement ce que nous avons dit du vague et de l'incertitude qui ont régné jusqu'à nos jours sur la connaissance des monstruosités, et nous trouverions dans les dernières venues la preuve que ce vague et cette incertitude sont loin encore d'être dissipés.

Liceti (1654) avait divisé les monstruosités en dix groupes, parmi lesquels l'un comprend les monstres composés de parties appartenant à divers animaux du même genre; exemple : un enfant demi-chien ; un autre comprend des monstres composés de parties appartenant à des animaux de genres tout à fait différents ; exemple : un homme demi-diable.

4 Nègre pourvu de cinq dents surnuméraires. Fait présenté comme rapprochant l'homme* du singe. Congrès scientilique de Vienne, 1872, in Revue scientifique, p. 996. Paris, 1872.

Vinrent ensuite les classifications de Wolfart et Waldschmidt (1724 ou 25); (Wolfart, Diss. de foetu monstroso duplici. In-i°. Marbourg en liesse, indiquée par Isidore Geolfroy Saint-Hilaire) ; celle de Huber de Bàle , élève de Haller (1748) ; (Huher, Programma siste?îs, Observationes atque cogilationes nonnullas de monstris, demonstrationibus suis prœmissas. Cassel, in-4", 1748) ; puis celle de Buffon, qui répartit tous les monstres dans trois classes : 1° par excès ; 2° par défaut ; 3° par renversement ou fausse position des parties (Buffon, Hist. nat., suppl. IV, p. 578).

Cli. Bonnet (1779), ensuite, divisa les monstres en quatre genres : 1° ceux qui présentent une conformaLon extraordinaire dans quelques-unes de leurs parties; 2° ceux qui ont quelques-uns de leurs organes ou de leurs membres autrement distribués que dans l'état naturel ; 5° ceux auxquels il manque quelques parties ; 4° ceux qui ont, au contraire, plus de parties que l'état naturel ne le comporte (Cb. Bonnet, Ouv. cit., p. 12).

La classification de Blumenbach (1780?) n'est pas essentiellement différente de ceile de Bonnet (Blumenbach, Handbuch der Naturgeschichte. 1779-1780).

Malacarne (1801) établit parmi les monstres un plus grand nombre de divisions et, le premier, il désigna chacun de ses groupes par un nom caractéristique tiré du grec : 1° microsomie; 2e micromelie; 3° macrosomie ; 4° macromclie ; 5° polyeschie; 6° eschomélie ; 7° atélie ; 8° métathésie; 9°polysomie; 10° polymélie; 1 1° androgynie; 12° diandrie; 15° digynie ; 14° andrologomelie (I omrae qui a des membres de brûle) ; 15° alogandromélie (brute qui a des membres d'homme) ; 1G° alogermaphroditie (brute qui a les deux sexes) (Vincent Malacarne, De' mostri wnani, de' caratteri fondamentali, su cid se ne potrebbe stabilire la classifwazione, etc. Padoue, 1801, in-4, 3 pi., et Mém. délia Societa ital., t. IX).

La classification de Voigtel (1804) admet dix classes de monstruosités, parmi lesquelles deux mentionnent une distinction nouvelle et rationnelle : l'une comprend les êtres qui sont simplement pourvus de parties surnuméraires, et l'autre les êtres qui sont formés par la réunion de deux germes, établissant ainsi un*1 division vraie parmi les monstres par excès (F. G. Voigtel. Handbuch der patltologischen Anat. In-8. Halle, 1804-1805).

MecLel (1815) ajoute aux trois classes établies par Buffon une quaineme classe : celle des hermaphrodites (J. F. Meckel. De duplicitate monstrosa commentât™, p. 2, in-foL, 8 pi. Halle et Berlin. 1815). Plus tard, dans son Anatomie comparée il donna la classification suivante : déviations : 1° de configuration (fabrica aliéna) ; 2° de rapports (situs mulatus) ; 5° de nombre ; 4° de volume; 5° de coloration {Anat. comp., t. L, p. 418. Trad. franc. Paris, 1828. Voy. aussi : Man. d'anat. pathologique. Haile, 1812, 1815, et Manuel d'anat. générale. Trad. franc., t. I, p. 76. Paris, 1S25).

Adelon et Chaussier (1819) adoptèrent en partie la classification de Buffon : 1° monstres par excès; 2° monstres par défaut ; mais leur troisième classe comprend toutes les déviations que les diverses parties du corps présentent sous le triple rapport de leurs dimensions (géants, nains, macr acéphales, etc.) ; de leur situation (transposition des viscères, hernies congéniales, exomphales, etc.), et de leur conformation particulière {bec-de-lièvre, exstroversion de la vessie, imperforations, etc. (Adelon et Chaussier. Dictionnaire des sciences médicaœs, art. MoiNSTnuosiTÉ. Paris, 1819).

Breschet (1823) divisa les déviations organiques ou cacogénèses en quatre

ordres : les agénèses, les hypergénèses, les dîplogénèses et les hétérogénèses. Comme Voigtel, Breschet sépara les monstruosités doubles des autres déviations organiques, et de plus il établit la distinction des monstres par inclusion (intérieurs ou par pénétration) d'avec les autres monstres doubles (extérieurs, par fusion ou par adhérence). Chacun de ces ordres est subdivisé en genres caractérisés par un nom particulier : agénésie, diastématie, atrésie, symphysie, etc., et ceux-ci sont divisés en espèces, qui sont aussi désignées par un nom spécial : anencépbalie, acépbalie, hémicéphalie, aprosopie, apleurie, asternie, acardie, etc. Le quatrième ordre réunit des états organiques qui n'ont aucun rapport entre eux, comme les grossesses extra-utérines, les ectopies, la polypédie, la leucopalbie, etc. (Brescbet. Dict. de médecine, lre édition, tome VI, p. 524, 1823, art. Démations organiques).

Nous ne mentionnerons que pour mémoire, afin d'abréger, la classification de Charvet (1827), qui eut quelque retentissement (Cbarvet. Recherches pour servir à l'histoire générale de la monstruosité, p. 6. Thèse de la Faculté des sciences) ; celle de Gerdy (1851), de Bouvier (1831), celle d'Ollivier, d'Angers (1859), qui range les déviations organiques suivant leur degré de gravité, et enfin celle de Cruveilhier (Gerdy. Thèse de concours à la Faculté de médecine de. Paris, 1831 . — Bouvier. Thèse de concours, 1851 . — Ollivier. Dict. de médecine, 2e édition, art. Monstres, 1859. — Cruveilhier. Anat. pathologique) .

La diversité de toutes ces classifications montre leur insuffisance et leurs défauts réciproques; Isidore Geoffroy Saint-IIiLhe en a fait une critique judicieuse à laquelle nous renvoyons le lecteur ; mais ce savant tératologiste n'a pas réussi à faire adopter universellement celle qu'il a lui même proposée. Nous allons la donner avec quelque détail, parce qu'elle est, suivant nous, la moins imparfaite qui ait été proposée jusqu'aujourd'hui (Isidore Geoffroy Saint-Hilaire (Ouv. cit., t. I et II. Paris, 1852-1857).

Classification de Isidore Geoffroy Saint-Hilaire.

Les déviations organiques forment quatre divisions primaires ou embranchements.

I simples Hémitéries.

Anomalies ) l Hétérotaxies,

f complexes I Hermaphrodisme,

l Monstruosités.

Les Hémitéries sont les anomalies simples comprenant les variétés organiques et les vices de conformation.

Elles sont divisées en cinq classes, qui ne portent pas de noms particuliers et sont relatives : 1° au volume; 2° à la forme; 3° à la structure; 4° à la disposition ; 5° au nombre et à l'existence.

Les Hétérotaxies ou inversions organiques ne comprennent qu'une classe divisée en deux ordres : 1° Inversion splanclmique; 2° Inversion générale.

Les Hermapiu'.odismes comprennent deux classes : 1° sans excès dans le nombre des parties; 2° avec excès dans le nombre des parties.

Les Monstruosités comprennent deux classes : Dans la première sont les monstres unitaires; dans la seconde les monstres composés.

Ces deux classes sont subdivisées en ordres, tribus, familles et genres.

1° Les Monstres unitaires, comprenant trois ordres qui sont : les autosites, c'est-à-dire ceux qui sont capables de vivre et de se nourrir (au moins à l'état iœtal) par le jeu de leurs propres organes ; les omphalosites qui vivent d'une vie

purement passive, laquelle ne se soutient que par leur communication avec la mère; enfin les parasites, qui sont des masses irrégulières composées d'os, de dents, de poils, de graisse, vivant d'une vie végétative et parasitaire ;

2° Les Monstres composés comprenant, deux ordres : 1° les autositaires, formés par l'union de deux individus sensiblement éyaux et vivant chacun par ses propres organes ; 2° les parasitaires, formés par l'union d'un individu normal et complet avecunindividuplusoumoinsrudimentaire, qui lui est adjoint et qui vit à ses dépens.

Le tableau suivant présente les subdivisions de ces différents ordres :

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