‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.61Chapitre 20 sur 114 · II. MONSTRES TRIPLES · texte numérisé non relu

II. MONSTRES TRIPLES

GENRES

1 Janiceps.

Iniope.

Synote.

Déradelphe.

Thoradelphe.

Iléadelphe.

Synadelphe.

Psodyme.

Xiphodyme.

Dérodyme. Atlodyme.

Iniodyme.

Opodyme.

Hétéiopage.

Hétéradelphe.

Hétéiodyme.

Hétérotype.

Hétéiomorphe.

Epicome.

Epignathe.

Hypognathe.

Paragnathe.

Augnathe.

Pygomèle.

Gastromèle.

Notomèle.

Cépbalomèle.

Mélomèle .

Dermocyme.

Endocyme.

Les premières divisions de la classification de Geoffroy Saint-Hilaire sont fondées sur un caractère qui n'a aucune précision, ainsi que nous l'avons dit à propos de la définition de l'anomalie et de la monstruosité donnée par l'auteur. Que des déviations organiques soient plus ou moins graves, cela n'implique point une différence de nature; aussi par cette vue erronée des déviations de même ordre ont été rejetées dans des classes différentes; par exemple : l'ectrodactvlie et l'ectromélie sont certainement des degrés de déviations de même nature ; elles ont encore ce point de ressemblance que toutes deux peuvent être héréditaires ; eh bien, l'une appartient à l'embrancbement des monstruosités, l'autre à celui des hémitéries. 11 en est de même de l'e.vomphale, de l'éventration et de l'exstropbie de la vessie, qui sont des degrés inférieurs delà célosomie.

Le spina-bifida (hémilérie) arrive par des transitions souvent observées et, pour ainsi dire, insensibles, à l'anencépbalie (monstruosité). L'bypospadias (hémitérie) est un degré inférieur d'hermapbrodisme sans excès. La réunion des membres ou la symélie (monstruosité), considérée en elle-même, est très analogue aux hémitéries par jonction ou par fusion médianes.

D'un autre côté, la classification de Geoffroy Saint-Hilaire basée uniquement sur la conformation extérieure et sur l'anatomie, rassemble forcément dans les mêmes groupes des déviations dont l'origine et la nature sont complètement distinctes. Ainsi, l'absence d'un ou de plusieurs membres peut reconnaître pour cause le non-développement de ces organes ou leur destruction à la période fœtale. Cependant la classification réunira les deux cas dans le même genre.

Des groupes de déviations qui ont pour origine des lésions patbologiques, embryonnaires ou fœtales, comme les anencéplialies et d'autres (cyclocéphalies), formées par une simple déviation de l'idée formatrice, qu'on nous permette l'expression, sont comprises dans un même ordre.

dict. esc. 2e s. IX. 14

Mais le plus grand défaut de cette classification c'est que, rapprochant les faite tératologiqnes d'après leurs caractères extérieurs ou purement anatomiques, elle ne se prête point à recevoir dans des catégories distinctes des cas distincts quant à leur cause et à leur nature. Elle n'est point perfectible et les connaissances nouvellement acquises par les progrès de l'embryogénie et de la pathogénie ne peuvent la modifier.

Nous ne nous arrêterons point à critiquer les termes de tribu, famille, genre qui désignent les divisions de cette classification; ils n'ont point d'importance en eux-mêmes et, du reste, il est aujourd'hui généralement admis que les groupes de fails accidentels et sans filiation qui appar tiennent à la Tératologie, ne sauraient être assimilés aux groupes naturels des êtres organisés.

Ces critiques portent uniquement sur les bases de la classification de Isidore Geoffroy Saïnt-Hilaire ; car les catégories appelées genres sont généralement formées avec une exactitude et une précision remarquables ; les caractères sont tracés d'une manière lumineuse, les descriptions irréprochables, les cas particuliers rapprochés ordinairement sur des analogies rigoureusement exactes et lesdénominations vraies ; de sorte que la plupart de ces catégories n'auront plus à subir de nouvelles modifications. Leur détermination précise et naturelle est l'un des grands mérites du Traité de Tératologie de Geoffroy Saint-Hil.iire, ouvrage classique que beaucoup d'autres qualités remarquables rendront longtemps encore indispensable aux savants qui s'occupent des déviations organiques.

Gurlt (1852), dans son Traité d'.anatomie pathologique des animaux domestiques, adopte la division suivante : 1° Monstra simplicia seu unicorporea : a. per défection; b. per parvitatem partium ; c. per pZssionem corporis; d. fissio partium deficiens ; e. coalitio partium; f. per formam et silum alienum ; g. per excessum deformatio ; h. hermaphrodicia ; 2° monstra trigemina; 3° monstra bigemina; 4° irrégularité de parties isolées (Gurlt. Handbuch der pathol. Anat. der Haiissàugethiere. Berlin, 1832).

Otto (1841), dans un ouvrage célèbre par le grand nombre des cas de monstruosités qu'il a fait connaître, paraît s'être peu préoccupé de les distribuer méthodiquement. Voici sa classification : I. Monstra depZcienlia; 1° perocephalà ; 2° perocorma. II. Monstra abundantia; 1° ex duobus coalita; 2° luxuriantia. III. Monstra sensu strictiore deformia; 1° fissione deformia; 2° coalitu singularum partium deformia; 3° atresia deformia; 4° morbis manifeste deformia (A.-^V. Otto. Monstrorum sexcentorum, descriptio anatomica, in-fol., 30 pi. Breslau, 1841).

Vogel(1845) divise les monstruosités en sept classes : 1° par défaut; 2° par coalition d'organes ; 3° par séparation de parties normalement unies; 4° par occlusion des ouvertures naturelles; 5° par excès; 6° par situation anormale des organes; 7° par vices de conformation des organes génitauv. L'auteur a réuni dans la cinquième classe le géantisme, la polysarcie et la monstruosité double; dans la sixième l'inversion splanchnique et le pied bot... (Julius Vogel. Traité d'anat. path. générale. Trad. p. 423, in-8°. Paris, 1847).

Dans l'article Tératologie (1852) de l'Encyclopédie d'analomie et de physiologie de Todd, Vrolik, peu satisfait de toutes les classifications proposées jusqu'alors, dit que, dans sa conviction, on ne peut donner une bonne classification1 des monstruosités, et que tous les efforts faits pour atteindre ce but ont été vains; il se bornera donc à grouper les laits en s'appuyant sur l'embryogénie, son objet étant simplement de rendre la doctrine des malformations utile à la physiologie

et à la médecine (W. Vrolik. Art. Teratology. In The Cyclopœdia of Anat. and Physiol. 1852).

Enfin dans une compilation récente et fort estimable d'un très-grand nombre de cas de monstruosités, l'auteur, M. Fôrster, expose les faits en suivant une classification analogue à celle de Buffon (Auguste Fôrster. Die Missbildungen des Menschen, in-4°. Atlas. Iéna, 1861).

D'après ce qui précède, nous voyons que la Tératologie n'est point assise aujourd'hui sur une base solide : la monstruosité manque d'une définition précise, et, d'un autre côté, aucune classification n'a groupé les faits d'après leurs affinités et leur nature. La Tératologie ne peut donc être considérée comme une science constituée.

IV. Considérations générales sur le développement normal. Les êtres vivants n'existent point en miniature dans l'œuf. Le corps humain, comme celui des autres animaux, acquiert la forme et l'organisation qui appartiennent au type de son espèce par une série variée de transformations et de développements, et par un accroissement ultérieur ou simultané. Consistant d'abord en une sphère destituée de tout organe déterminé (ovule), ses premiers rudiments apparaissent sous la forme d'une vésicule primordiale (germe), et ses premiers organes sont de simples membranes dont aucune n'est destinée à survivre à la vie embryonnaire ou fœtale. Les membranes qui composent le nouvel être remplissent provisoirement des fonctions dévolues à des appareils qui surgiront plus tard ; l'embryon luimême n'occupe d'abord qu'une portion très-limitée du germe (blastoderme). Sous l'apparence de trois lames ou feuillets superposés qui se développent et s'organisent pour ainsi dire indépendamment les uns des autres, il n'a rien alors de la morphose humaine : Le feuillet le plus superficiel, par une évolution rapide, donnera naissance aux organes de la vie de relation, le plus profond aux organes digestifs, et le moyen à ceux de la circulation.

En même temps qu'apparaissent les premiers linéaments des organes, le feuillet supérieur se soulève suivant son axe, ses bords se rapprochent en embrassant les feuillets sous-jacents et le petit être revêt une forme nouvelle dans laquelle on peut reconnaître un embryon.

Vers cette époque l'embryon parcourt dans son développement des phases analogues à celles qui constituent des formes permanentes chez les vertébrés inférieurs, tels que les poissons et les batraciens. Cette période de transition s'accomplit avec une extrême rapidité et dure à peine quelques jours. C'est principalement l'existence de fentes transversales au cou, et celle des languettes interposées dont l'analogie avec les l'entes et les arcs branchiaux des poissons est manifeste, qui a donne l'idée de l'évolution progressive de l'embryon humain dans l'échelle animale. L'évolution du cœur et celle du cerveau suivent aussi sous ce rapport une progression remarquable. Mais il serait inexact de croire que, pendant ses phases transitoires, l'embryon devient poisson ou reptile; il n'en représente en réalité qu'une ébauche, et les analogies organiques consistent dans une forme plus ou moins approximative et nullement dans la fonction. Quant à son passage successif par toute l'échelle animale, c'est une opinion qui n'est plus soutenable depuis que les progrès de la zoologie et de l'embryogénie ont démontré dans les grands groupes naturels des animaux des types complètement distincts.

Les organes qui procèdent des trois feuillets du blastoderme et dont l'existence n'est point éphémère, n'apparaissent pas tout d'abord avec leur forme définitive :

Ils l'acquièrent par une évolution progressive; mais, dès l'origine, la forme, toute rudimentaire qu'elle soit, détermine l'organe avant même qu'il ait acquis sa structure propre. Les changement s qui surviennent après que la forme est acquise, sont déterminés principalement par des actes nutritifs et consistent surtout dans les phénomènes de l'accroissement. Chez l'homme, ce n'est point avant le troisième ou le quatrième mois de l'existence emhryonnaire que la plupart des organes sont morphologiquement constitués et que sous ce rapport ils n'ont plus guères à acquérir qu'un simple accroissement. Cependant il en est qui se développent beaucoup plus tardivement, tandis que d'autres s'atrophient et disparaissent.

Parmi les organes qui se développent tardivement on doit compter en première ligne ceux de la génération qui, chez beaucoup d'animaux, s'atrophient dans les intervalles du rut1, puis les dents, les poils, les cornes, enfin des éléments histologiques qui se développent ou qui se renouvellent pendant toute la durée de lu vie.

Les organes qui disparaissent sont, outre les membranes et les vaisseaux primitifs, les corps de Wulff (ou reins provisoires?), qui, chez l'homme, s'atrophient vers le deuxième mois de la vie intra-utérine, mais qui sont permanents chez les poissons. Ces corps, dont les vestiges se retrouvent parfois chez l'adulte, constituent le corps innominé (?) de Giraldès et le corps de Rosenmùller ; enfin le thymus disparaît chez l'homme après la naissance.

Ainsi, la première formation qui procède de l'œuf humain est un être simplement vésiculeux et dunt l'organisation ni la forme n'ont d'abord rien de ce qui constitue l'homme ; toutefois, cette vésicule est alors tout l'homme, comme la chenille est primitivement tout le papillon. Pour devenir papillon, la» larve subit en une seule fois une transformation totale qu'on appelle une métamorphose. Il n'eu est pas de même de la vésicule humaine primordiale, chez qui la métamorphose s'accomplit partiellement et successivement, prenant un caractère évolutif et se confondant avec le développement des organes.

Il n'existe donc point un moment précis où l'être humain, en voie de développement, cesse d'être un embryon ; mais il parvient par des transitions plus rapides dans certains organes, plus lentes dans d'autres, au degré d'organisation qui doit se perpétuer ensuite jusqu'au terme de l'existence. Pendant cette période mal déterminée qui est intermédiaire entre l'état embryonnaire et celui d'enfant nouveau-né, le petit être prend le nom de fœtus.

Dans la période fœtale, le développement du plus grand nombre des organes de la vie individuelle devient morphologiquement complet. Mais les organes de la conservation de l'espèce restent plus ou moins rudimentaires et n'acquièrent leur perfection qu'à une époque plus avancée de la vie.

Chez l'homme et chez les mammifères, dans l'état fœtal, l'existence est en quelque sorte parasitaire, et les appareils organiques les plus essentiels demeurent provisoirement sans fonction, si bien que le fœtus peut vivre, se développer et s'accroître même en l'absence d'un où de plusieurs de ses principaux organes.

Tous les animaux ne parcourent pas les phases embryonnaires, fœtales ou parfaites dans des espaces de temps relativement égaux : il en est qui restent indé-

1 Cette atrophie n'est point générale pour toutes les espèces dans une classe ou dans un ordre d'animaux. Elle existe au plus haut degré chez le moineau, ainsi que chez le serin, îa linotte, le pinson, mais non chez le coq qui est pubère en toute saison (Prévôt et Dumas] Ann. sciences naturelles, t. I, p. 275).

fitiiment dans les phases primordiales et qui n'atteignent jamais à la période ultime et parfaite des animaux d'une classe plus élevée; d'autres ne restent dans cette dernière période que pendant un temps relativement très-court : un grand nombre d'insectes, par exemple, passent la plus grande partie de leur existence à l'état de larve, c'est-à-dire à l'état embryonnaire ou fœtal. Au contraire, chez les animaux les plus élevés dans l'organisation, ces phases fœtales et surtout les phases embryonnaires durent relativement très-peu de temps et l'on peut affirmer comme une loi générale, que les premiers degrés d'organisation sont parcourus d'autant plus vite que le degré de développement auquel l'animal doit atteindre est plus élevé (Mec 1).

V. Considérations générales sur le développement anormal. L'organisme des animaux, dans son évolution, dévie quelquefois de sa progression naturelle. Il en résulte la réalisation d'un type irrégulier, aberrant, qui se manifeste plus tôt ou plus tard et qui s'écarte plus ou moins du type spécifique : c'est que depuis la première heure de son existence, l'animal est exposé à une foule de causes perturbatrices, de désordres morbides qui troublent le développement régulier des organes et lui impriment une direction nouvelle, différente de celle que la nature avait déterminée. Il est même de ces causes perturbatrices qui préexistent à l'acte de la fécondation de l'œuf; elles se trouvent soit dans quelque condition particulière de filiation, d'atavisme, de bâtardise ou de santé des procréateurs, soit dans la constitution de l'ovule, peut-être dans celle du spermatozoïde fécondant.

Les causes perturbatrices de l'évolution atteignent l'embryon à telle ou telle époque de son développement, avant ou après l'apparition de certains organes, le modifient plus ou moins profondément dans son ensemble ou seulement dans ses parties. Sous ce rapport, on conçoit que les effets de ces causes doivent être trèsvariables suivant que, dans l'espèce atteinte, la période embryonnaire est courte o-u longue, qu'elle se passe dans la condition parasitaire ou dans la condition indépendante, que les organes affectés sont permanents ou transitoires, que leurs fonctions sont ou ne sont pas actuellement en exercice, etc., et qu'il est donc impossible de rien établir de général à ce sujet.

Toutefois on peut dire avec vraisemblance que les causes perturbatrices antérieures à la fécondation impriment au développement des modifications dont le caractère est le plus souvent une déviation simple du type spécifique, et que la plupart de ces déviations restent dans les limites de la variété.

Les causes perturbatrices postérieures à la fécondation impriment ordinairement aux organes des modifications plus apparentes qui s'écartent davantage d'un développement régulier, et qui revêtent parfois les caractères d'une lésion pathologique. Ces résultats doivent différer évidemment suivant l'intensité de la cause perturbatrice, et suivant le degré auquel est arrivé le développement embryonnaire ou foeial : si les organes atteints sont à peine en voie de développement, les parties respectées pourront encore, dans leur évolution, se reconstituer avec une certaine régularité, ou même avec une symétrie parfaite ; mais si déjà ils sont en grande partie constitués quant à leur morphose définitive, les parties atteintes resteront plus ou moins profondément altérées, déformées, détruites ou déplacées, et comme dans la condition embryonnaire ou fœtale, chez l'homme et les mammifères, la vie se perpétue malgré leur absence, le développement et l'accroissement continueront de se produire dans les parties restantes.

Des connexions nouvelles, variées, imprévues, s'établiront avec les organes voisins qui, se développant et s' accroissant eux-mêmes dans de nouvelles conditions, se présenteront a un moment donné, avec une conformation différente de celle du type spécifique et plus ou moins dénuée de la régularité, de l'ordre et de la symétrie qui caractérisent l'organisme normal. Ainsi, l'homme, comme les animaux qui suivent les mêmes conditions évolutives, pourra apporter en naissant le stigmate plus ou moins profond d'une perturbation qui s'est produite à une époque indéterminée de son existence, et qui, dans l'ensemble de son être ou dans l'une de ses parties, le dévie du type organique de son espèce.

Mais la déviation, suivant la cause et l'époque où elle s'est produite, nous donnera l'image d'un type nouveau, toutefois régulier, ou celle d'un type plus ou moins difforme et sans aucune régularité.

Ces deux états ne sauraient être confondus l'un avec l'autre. Le premier résulte d'une impulsion étrangère donnée au développement primordial ou de rapports hétérogènes établis entre des parties qui ne devaient pas être associées, mais qui, après avoir subi une première déviation au type physiologique, se développent ensuite suivant les lois de l'organisme. Elles réalisent ainsi un type harmonique, mais extra-naturel.

Le second est l'effet d'une perturbation profonde, morbide ou violente, qui désorganise les parties atteintes, et ne permet leur reconstitution que dans des conditions de désordre, de déformation, d'irrégularité tout à fait incompatibles avec l'idée d'une évolution naturelle. Ces deux états distincts doivent évidemment être désignés par des dénominations distinctes aussi : aux déviations du premier groupe nous donnerons e nom de : anomalies; à celles du second groupe le nom

de : ABNOR ITÉS.

Les anomalies et les abnormités ne sont pas les seules lésions organiques que l'homme puisse apporter en naissant, L^s causes morbides qui atteignent l'enfant ou l'adulte n'épargnent pas le fœtus. Lorsque, chez celui-ci, les organes sont déjà constitués, les perturbations morbides n'occasionnent plus de trouble dans le développement qui est parfait ou sur le point de l'être; elles se traduisent alors par des altérations pathologiques qui ne diffèrent point de celles qui surviennent après la naissance; ce sont des inflammations, des éruptions cutanées, des ulcérations, des hydropi-ies, des tumeurs, etc., ou bien des déplacements, des difformités, des infirmités, qui n'ont rien de spécial, et que l'on distingue des lésions semblables survenant après la naissance en leur donnant 1 epithèle de conyéniales.

VI. Le type normal et ses variations. Avant de chercher à classer les déviations au type normal, il importe de connaître ce type et de déterminer ses caractères.

Or, dans la nature, il n'existe point pour chaque espèce d'êtres vivants, comme dans les produits de l'industrie de l'homme, un étalon, un prototype auquel on puisse rapporter les reproductions plus ou moins approximatives du modèle. Le type naturel est une création de notre esprit ; c'est la résultante de caractères plus ou moins divergents, plus ou moins semblables et jamais fixes.

Le type spécifique se déduit donc pour nous de la conception d'un ensemble de caractères présentés par les individus qui composent l'espèce, individus qui doivent eux-mêmes leur distinction particulière à des caractères propres à chacun d'eux.

Or, parmi les caractères que nous regardons comme les phis divergents dans le type dont nous avons la conception, qui nous prouvera que les uns s'écartent plus que les autres du type naturel? Nous devons donc reconnaître que nous ne possédons point un critérium qui puisse nous affirmer que ce que nous sommes disposés à regarder comme une divergence, un écart de ce type, le soit, en effet.

Toutefois, il paraît rationnel, et l'on est en quelque sorte convenu (mais c'est une convention) de regarder comme des écrts, comme des divergences les caractères que l'on observe le plus rarement. On les appelle des variations si elles sont légères et individuelles ; des variétés, si elles sont plus profondes et plus «tables l, variétés qui pourront, en se transmettant par voie de génération, former des races ou des familles distinctes.

Les variétés de l'espèce humaine qui constituent des races particulières ne doivent point nous occuper, mais les variations individuelles peuvent avoir un rapport direct avec les déviations qui constituent des anomalies.

Les variations ou les variétés sont produites par deux influences distinctes ; les unes ne paraissent avoir d'autre cause que la tendance naturelle de tous les êtres vivants à varier, au moins les conditions qui produisent les variations nous échappent le plus souvent. Elles constituent les variétés naturelles.

Les autres ont leur origine dans une altération de la santé des procréateurs ou de l'individu même, altération produite par des causes souvent faciles à apprécier. Elles constituent les variétés maladives.

VII. Variétés naturelles. Les traits du visage, le volume du tronc, les proportions des membres varient d'un individu à un autre, et de même les détails organiques des os, des muscles, des viscères, etc., la distribution des vaisseaux et des nerfs offrent des variétés nombreuses ; c'est là ce qui constitue l'essence même de l'individualité. La plupart de ces dernières variations ne peuvent être .reconnues que par l'inspection cadavérique. Elles sont signalées dans les ouvrages qui traitent de l'organisation des êtres vivants, sous la dénomination des variétés anatomiques .

Parmi les variations apparentes extérieurement, variations qui caractérisent pi us particulièrement l'individu, il en est, comme les différences de hauteur, de grosseur, de coloration du corps tout entier ou de l'une de ses parties, qui, plus ou moins exagérées, semblent parfois sortir des conditions naturelles de l'espèce. Les individus qui les présentent se font remarquer et deviennent, pour le vulgaire, des êtres à part, qu'on a même qualifiés du nom de monstres; cependant, ■ces individus ne s'écartent point du type spécifique, en ce sens qu'ils se perpétuent parfois dans l'espèce comme famille ou comme race, et qu'ils peuvent être iramenés par voie de génération aux conditions ordinaires du type primitif.

Tels sont, chez l'homme, les géants et les nains qu'on retrouve comme variétés ou races fixées; tels sont les albinos et, chez les animaux, les moutons à jambes courtes (M. Ancon), les bœufs aux narines atrophiées (B. Niata), et tant d'autres variétés ou races plus ou moins singulières ; telles sont des variations plus restreintes dans certains organes, variations qui ont une cause accidentelle ou héréditaire; par exemple, la longueur exagérée des petites lèvres chez les femmes

1 En botanique on regarde comme variétés toutes les modifications générales des végétaux qui sont assez intenses pour se conserver dans la reproduction par division, c'est-à-dire par tubercules, marcottes, boutons ou greffes. Les variations ne durent qu'autant que les végétaux qui les présentent, sont soumis à des circonstances extérieures données; elles sont donc moins fixes que les variétés.

Houzouanas, la proéminence fessiers chez les Hottentotes, Yexistence d'un rudiment caudal chez certains hommes1, celle d'une énorme queue dans une race de moutons, l'absence de cornes chez le bœuf, de queue chez le chien, le cheval, la poule ; celle d'une portion de la voûte crânienne chez les poules huppées, etc.

Les variations anatomiques, qu'il serait trop long de mentionner ici, donneraient lieu aux mêmes remarques.

L'hérédité des caractères de l'un et de l'autre procréateur est une cause des variations individuelles, puisque chacun des parents transmet à sa progéniture, tantôt l'un, tantôt l'autre, des attributs qui lui sont propres.

Cependant, si cette cause était seule agissante, les variations individuelles seraient assez bornées, mais un nombre considérable d'autres conditions viennent y ajouter leur action : la latitude ou l'altitude des diverses contrées, les climats différents, la constitution géologique du sol, la diversité de l'alimentation, l'abondance ou les privations, la liberté ou la séquestration, la domestication chez les animaux, la culture chez les végétaux, etc., toutes ces conditions impriment à l'organisme des êtres qui y sont longtemps exposés, des modifications successives qui peuvent parfois se transmettre héréditairement, et qui déterminent ainsi la formation de races distinctes ou de variétés définies.

Le rapprochement et l'accouplement des individus appartenant à ces races ou à ces variétés diverses donnent encore naissance à de nouvelles modifications dans les caractères organiques des descendants. Ces modifications résultant du croisement sont elles-mêmes passagères ou plus ou moins persistantes. Il arrive aussi que des caractères particuliers aux ascendants disparaissent dans plusieurs générations, pour reparaître dans l'un ou dans quelques-uns des descendants, même quand les degrés intermédiaires sont absolument dénués de la ressemblance.

1 J. Otton Helbigius affirme avoir vu des hommes à queue: « Les habitants des montagnes de la province de Kélang ou Quélang, dans l'île de Formose, dit ce voyageur, ont presque tous, selon leur propre aveu, des queues au-dessus de l'anus. J'en ai vu deux dont les queues chauves étaient semblables à celles de cochon. Il y a aussi d'autres hommes dans les lies Orientales et Australes-Orientales, qui ont des queues » [Ephem. nat. cur. Dec., I, ann. IX et X, 1678-1079, obs. 194 et Collect. acad., p. 447).

On a prétendu que dans la tribu des Niam-Niam, en Afrique, les individus sont ordinairement pourvus d'un appendice caudal ; mais ce fait a été nié par plusieurs voyageurs qui ont visité l'Afrique centrale. Le docteur Hubscb, médecin des hôpitaux à Constantinople, a affirmé de nouveau ce fait, il dit avoir vu, à Constantinople, une esclave négresse de cette tribu, qui avait une queue lisse et sans poils, longue de deux pouces environ et terminée en pointe. Un homme de la même race, qu'il a vu également, avait une queue, longue de un pouce et demi et recouverte de quelques poils ; enfin un enfant de race caucasienne avait une queue longue de un pouce. Un de ses aïeux avait présenté la même anomalie [Gazetle hebd. de médec. et de chirurgie, 185i). Voyez sur ce sujet : Le Bret, Notice sur l'existence d'utie race d'hommes à queue. In Archives générales de médecine, févr. 1855.

Schenk a rapporté le cas d'un individu, d'ailleurs affecté d'anomalies beaucoup plus graves, qui avait une queue très-distincte, assez longue et tout à fait comparable à celle d'un cochon [Monst. hist. memorabitis, n° 3i). Dans l'article Cas rares du Diction, des sciences médicales, p. 152, il est fait mention, d'api es le Dictionnaire philosophique de Voltaire, d'une femme, qui avait quatre mamelles et qui portait au croupion une excroissance revêtue de poils chevelus ; mais, comme le fait remarquer Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, l'appendice dont parle Voltaire était situé sur la poitrine.

D'après Serres, il existe un rapport constant entre l'évolution de la moelle épinièreet celle de la queue. Le savant anatomiste dit avoir observé un cas chez le nouveau-né, dans lequel la moelle épinière occupant toute l'étendue du canal rachidien, la colonne vertébrale était terminée par une queue (Is. Geolfroy St. H. Traité de Tératol., t. I, p. 521).

On peut donc croire qu'il se produit parfois chez l'homme des individus anormaux pourvus d'une queue ; mais quant à des races ou variétés de l'espèce humaine pourvues de cet appendice, leur existence est très-im probable.

Ces faits de retour ou d'atavisme ne sont pas rares chez les animaux et les plantes qui naissent de races croisées ; mais ils existent aussi dans des races que leur ancienneté fait regarder comme pures. Maintes fois ils ont été observés chez les animaux dom stiques qui, redevenus libres, reprennent plus ou moins la livrée de leurs ancêtres sauvages. De pareils exemples ont prouvé que dans l'organisme certains caractères peuvent rester en puissance ou à l'état latent, non-seulement pendant quelques générations, mais même pendant un nombre incalculable de générations.

D'après les systèmes de Lamarck et de Darwin touchant l'origine des espèces, ces faits de retour tardif pourraient expliquer l'apparition de variations qui sont extraordinaires dans certaines espèces, mais qui sont des attributs naturels dans des espèces voisines ou même éloignées. Il serait permis, en effet, de croire à la réapparition d'une particularité appartenant à quelque ancêtre perdu dans la nuit des temps, ou bien à l'influence d'une filiation plus éloignée encore. Ainsi s'expliquerait l'existence de vertèbres coxygiennes supplémentaires chez les hommes à queue, si toutefois il en existe. Ainsi, dans les bandes ou raies colorées qui apparaissent quelquefois sur le dos ou sur les jambes du cheval, on verrait l'influence d'une parenté avec le zèbre ou l'âne ; dans l'existence d'un os trapèze et du rudiment d'un cinquième os métacarpien, on reconnaîtrait la réapparition dans le pied du même animal, d'une conformation normale chez l'Hipparion (Gandry), genre voisin, mais éteint. Enfin, dans des protubérances existant sur les os frontaux de cet animal, on trouverait un rapport plus éloigné encore avec les ruminants pourvus de cornes,

C'est peut-être par l'atavisme qu'il sera permis d'expliquer ces cas singuliers dans lesquels plusieurs enfants, appartenant à un père et à une mère bien conformés, apportent en naissant des anomalies semblables [voy. Is. Geoffroy Saint- Hilaire. Op. cit. Monstres eclroméliens. Meckel, op. cit., 1. 1, p. 15 et 59. Gurlt, op. cit., t. II, p. 5 et 172. Henle. Zeitschrift fur rationnelle Medizin, t. II, p. 7, cités par Vogel. Anal, path., p. 426).

Une autre condition de variation naturelle qui mérite de fixer l'attention des observateurs, doit être rappelée ici. Dans les végétaux, l'élément mâle peut affecter directement la conformation, non-seulement de la graine, ce qui est naturel, mais encore celle de la fleur ou du fruit qui contient celte graine. Dans les animaux, on a vu, d'une manière indubitable, le produit d'une seconde portée, conserver plusieurs des caractères du père de la première portée, quoique celui de la seconde fût tout différent du premier. (Voy. dans Burdaeh, Traité de physiologie, trad., t. II, p. 242. 1858; les faits cités chez le cheval et l'âne, par Haller; chez le cheval et le couayga, par Home et Giles; chez le sanglier et la truie, par Meckel; chez le chien, par Stark ; chez l'homme, par Osiander. Voy. aussi Allen Thomson, art. Génération, p. 468 ; inthe Cyclopcedia of Anat. and Phys., 1859. Alex. Harvey. De l'influence exercée par le mâle sur la constitution et sur la reproductivité de la femelle. Gaz. médicale de Paris, 1850, p. 156. Ch. Darwin. De la variation des animaux et des plantes. Trad., t. I, p. 420, 428. Paris, 1868).

VIII. Variétés maladives. Bien que les conditions des variations que nous avons appelées naturelles échappent à l'analyse, nous reconnaissons cependant que ces variations ne sont pas un pur effet du hasard et qu'elles sont subordonnées à certaines influences dont nous pouvons parfois apprécier la nature. Il

est d'autres conditions des variations qui nous paraissent plus prochaines et qui sont plus palpables, ce sont des conditions de santé des procréateurs dont les •causes bien connues des médecins frappent les yeux mêmes du vulgaire. Ces conditions amènent la dégradation physique et morale des êtres qui s'y trouvent longtemps exposés, dégradation qui se transmet à leur descendance avec des caractères particuliers. Ces caractères constituent des types nouveaux qui ont été appelés variétés maladives ou variétés dégénérées (B.-A. Mord. Traité des dégénérescences physiques, intellectuelles et morales de l'espèce humaine. In-8°, et Atlas in-4°. Paris, 1857. Id. De la formation du type dans les variétés dégénérées; in-4°. Paris, 18(34).

Les causes de ces variétés sont nombreuses et s'exercent souvent sur beaucoup d'hommes à la fois ; telles sont : l'abus des boissons fermentées et des narcotiques, l'usage de substances alimentaires altérées par l'ergot du seigle, par le verdet ou verdérame du maïs (?), l'action continue des émanations toxiques du plomb, du mercure, du phosphore, etc., celle des émanations paludéennes; la privation d'air et de lumière; certaines influences encore mal connues des vallées montagneuses (?) ; le travail excessif ou trop prolongé dans les manufactures, dans les mines, la misère et les excès de tous genres.

Toutes ces causes amènent, chez les individus qui y sont longtemps soumis une altération progressive de l'organisme, une véritable dégradation qui ne permet plus le retour aux conditions primitives de la santé. Et cette dégradation, bien qu'elle se manifeste avec des caractères généraux pour les êtres qui en sont atteints, cette dégradation, disons-nous, se montre avec des caractères particuliers suivant chacune des grandes causes qui l'ont amenée. Les descendants de ces individus misérables participent de la condition de leurs procréateurs ; ils apportent en naissant le stigmate de la cause dégradante qui a frappé leurs parents et nous présentent les types dégénérés des variations morbides (Morel).

Chez ces êtres dégradés, la physionomie otfre rarement la régularité et l'harmonie qui constituent la beauté physique. La tête est trop volumineuse ou trop petite, irrégulière dans la forme ; le front est bas et fuyant ; l'occiput est aplati; les pariétaux trop saillants ; les oreilles mal implantées et difformes ; les mâchoires supérieures grandes ; le nez élargi ; les lèvres grosses et saillantes ; la face irrégulière; la physionomie ingrate ; les membres supérieurs et inférieurs disproportionnés ; l'attitude du corps mal équilibrée.

Les formes des organes internes sont souvent frappées aussi d'un défaut de symétrie et de régularité. En sorte que ces êtres dégénérés ne sont point toujours renfermés dans les limites de la variété. L'appareil de la génération est plus particulièrement affecté, et la reproduction est souvent bornée. Enfin ces individus sont fréquemment atteints par des infirmités diverses.

Les fonctions intellectuelles, dont nous n'avons point à nous occuper, ne sont pas épargnées, et ces malheureux fournissent un contingent considérable d'idiot*, de crétins, d'épileptiques et d'aliénés.

On peut rapporter aux variétés par dégénérescence maladive, les crétins, les microcéphales idiots, les nains rachitiques, les dégradés alcoolisés, narcotisés, les dégénérés par intoxication saturnine, mercurielle, paludéenne auxquels on peut ajouter certains lépreux, certains pellagreux, etc.

IX. Limites des déviations organiques. Nous savons que les caractères spécifiques transmis par génération sont permanents entre certaines limites, en

outre qu'ils sont variables entre ces limites, et nous voyons, d'après ce qui précède, que les variations du type normal peuvent être nombreuses dans une même espèce ; mais pouvons-nous décider de l'écart qui sépare ces variations entre elles ou bien si elles sortent des limites des oscillations physiologiques ou spécifiques? Existe-t-il des caractères qui nous fissent reconnaître que ces limites ont été franchies; en un mot, savons-nous où finit la déviation naturelle, où commence la déviation extra-naturelle?

Nous avons, en partie, répondu à cette question lorsque nous avons dit qu'il n'existe pas un critérium qui fasse reconnaître le vrai type spécifique, ni les bornes de ses écarts ; ce n'est donc point par cette détermination que nous pourrons trouver la limite au delà de laquelle commence la déviation anormale.

Mais bien que ce critérium nous fasse défaut, nous pourrons cependant trouver dans des considérations de divers ordres des raisons suffisantes pour déterminer les caractères qui nous permettront de classer certaines déviations parmi les anomalies.

La variation physiologique implique la possibilité de vivre ; elle implique aussi celle de se perpétuer par génération ; donc, toute déviation qui serait incompatible avec la vie de l'individu ou avec celle de l'espèce ne pourrait constituer une variété, elle formerait une anomalie.

Les attributs dus êtres vivants sont généraux ou particuliers. Les premiers appartiennent à tout un embranchement, ou bien à tou'e une classe, à tout un ordre, se spécialisant de plus en plus ; il en est qui caractérisent le genre, d'autres appartiennent à l'espèce ; il en est enfin qui sont particuliers à la variété, en dernier lieu à l'individu. Evidemment les plus importants de ces attributs sont d'abord ceux qui caractérisent l'embranchement, puis la classe, puis l'ordre, puis le genre, etc.

Or, tout individu qui déroge, sous quelque rapport, aux caractères de la classe, de l'ordre, du genre dont son espèce fait partie, déroge nécessairement au type spécifique qui lui appartient, puisque ce type doit posséder tous les attributs qui caractérisent le genre, l'ordre et la classe. Cet individu sera donc un être anormal. Le même raisonnement nous conduirait à montrer que les attributs d'un se.\e, ou ceux qui sont spéciaux à une période de la vie, constitueraient aussi des anomalies, s'ils n'existaient point ou s'ils existaient, au contraire, en dehors des lois qui régissent les conditions de la sexualité ou celles de cette période de la vie dans la classe, l'ordre ou le genre auxquels appartient le sujet affecté.

L'unité individuelle, la dualité dans les organes de la vie de relation, la séparation des sexes sur deux individus différents (sauf chez quelques poissons) appartiennent à tous les vertébrés ; aucun ne possède plus de quatre membres ; la disposition à droite ou à gauche de certains organes de la vie organique existe chez tous les mammifères. Donc la duplicité d'une portion plus ou moins considérable du tronc ou de la tête, l'existence d'un cinquième ou d'un sixième membre, la coalition des deux yeux en un seul, celle des membres postérieurs, la réunion des sexes dans le même individu, constitueront chez les vertébrés une anomalie évidente; et, de même, l'inversion splanchnique chez tous les mammifères, de même la privation d'un ou de plusieurs membres, si elle n'était point accidentelle.

Un caractère également important chez les vertébrés, c'est la limitation du nombre des doigts ; aucun mammifère, en effet, aucun oiseau, aucun reptile n'a plus de cinq doigts. La polydactylie chez l'homme est donc une dérogation au

type normal qui remonte plus haut que l'espèce, et qui ne peut être considérée comme une simple variété.

Les attributs qui appartiennent à un ordre, et même à un genre d'animaux, et non à un autre ordre ou à un autre genre, constitueront aussi des anomalies, lorsqu'ils se montreront chez un individu appartenant à l'ordre ou au genre qui ne les possède point : un cheval dont le front serait pourvu de deux appendices cornus, un porc dont les pieds seraient à sabots pleins comme ceux des solipèdes, une femme qui aurait des mamelles inguinales ne nous offriraient point des variétés, ils nous montreraient des anomalies.

Mais une condition inverse, le retour de l'individu vers un type régulier dont l'espèce à laquelle il appartient paraît s'être écartée, doit constituer aussi une anomalie ; c'est ce que l'on voit dans la monstruosité de certaines fleurs que l'on appelle la pélorie. Les corolles normalement irrégulières, comme celles des linaria, des anthirrhinum, des pelargonium, etc., deviennent parfois régulières ; or, ce changement a été considéré généralement par les botanistes comme un retour vers un état primitif, c'est-à-dire vers le type de la classe dont fait partie l'espèce à laquelle appartient l'individu pélorie.

Des anomalies de même ordre se rencontrent chez les animaux. On sait que, chez les mollusques gastéropodes, le défaut de symétrie est un attribut presque général, et que la coquille spirée s'enroule sur elle-même presque toujours de gauche à droite ; mais dans quelques genres, chez les pliyses, par exemple, la coquille s'enroule inversement de droite à gauche ; or, des individus, dans les espèces de ces derniers genres, offrent parfois l'inversion de gauche à droite, comme dans la grande généralité des gastéropodes. Ces individus, anormaux par rapport au genre auquel ils appartiennent, se trouvent par conséquent dans les mêmes conditions que les fleurs péloriées. Chez les solipèdes, le pied tout entier paraît composé d'un seul doigt, relativement large et volumineux, ce qui constitue une exception remarquable dans la grande classe des mammifères ; or, dans certains cas anormaux, le nombre des doigts s'est trouvé de deux ou d'un plus grand nombre. On voit donc là un retour vers le type naturel de la classe, et, par conséquent, une anomalie analogue à la pélorie.

Ce que nous disons de l'individu, nous pouvons le dire de l'organe. Lorsque celui-ci perd ses attributs et revêt ceux d'un autre organe par une sorte de métamorphose, il forme une anomalie. Tel est le cas observé par M. Milne-Edwards, d'un crustacé clans lequel un des pédoncules oeuhires portait, au lieu d'un œil complet, une cornée imparfaite sur le centre de laquelle s'était développée une portion d'antenne (Darwin. Ouv. cit., t. II, p. 416). Chez l'homme on a vu quelquefois une dent incisive revêtir la forme d'une molaire ; or les anomalies de ce genre, rares chez les animaux, sont très-communes chez les végétaux. Elles ont été observées dans tous leurs organes.

La persistance d'un état embryonnaire qui devait être transitoire, constitue évidemment, une anomalie pour Je nouveau-né ou pour l'adulte. Telle est l'existence d'une cavité unique pour les ventricules du cœur, pour la bouche et le nez, celle d'un cloaque chez l'homme, etc. Tel serait le développement exagéré des corps de Wolff après la naissance (corps de Rosenmuller, corps innominé de l'homme (Giraldès).

Enfin, les attributs d'un sexe à l'autre, des mamelles développées chez l'homme, une conformation virile chez la femme, le plumage du coq chez la poule sont aussi des anomalies et non des variétés, par des raisons que nous avons indiquées déjà.

Parmi les exemples de déviations qui viennent d'être mentionnés, certains cas ont été regardés par les uns comme de simples variations, par les autres comme des anomalies. Malgré les considérations qui peuvent faire ranger ces déviations dans une catégorie plutôt que dans une autre, on restera quelquefois dans l'incertitude, relativement à la place qu'il convient de leur donner. Un cheval cornu serait pour tout le monde un être anormal ; mais pour beaucoup de gens qui ne voient jamais que des moutons sans cornes, le mouton pourvu de ces appendices serait, aussi un être anormal. L'appréciation dans ces cas est due à la rareté de l'attribut observé ; nous avons dit, en effet, que l'on regarde généralement comme des écarts du type normal, les attributs que l'on observe le plus rarement. Par la même raison, l'on est disposé à rapprocher du type normal les écarts que l'on observe souvent ou bien avec quelque suite, comme ceux qui sont fixes dans certaines races ou dans certaines familles. La polydactylie chez l'homme, l'absence de cornes chez le bœuf, le plumage soyeux chez la poule, etc., nous semblent former des variétés, bien que l'analyse physiologique doive nous conduire à considérer ces écarts comme des anomalies. Mais toutes ces distinctions, que nous ne pouvons établir d'une manière précise, n'ont point un intérêt bien grand pour la science, car elles n'existent point en réalité dans la nature : l'anomalie tient de la variation, comme la variation lient de l'anomalie; entre les cas extrêmes de l'une et de l'autre catégorie, il existe des nuances qui établissent des uns aux autres une liaison certaine, une chaîne continue. Or, sous ce rapport, nous pouvons appliquer à la. Tératologie aussi bieu qu'à l'histoire naturelle, les réflexions que Lamarck faisait relativement à la classification de cette dernière science : « Sans doute, il était indispensable de classer les productions de la nature, et d'établir parmi elles différentes sortes de division telles que des classes, des ordres, des familles et des genres. Les bornes de nos facultés l'exigent, et il nous faut des moyens de cette sorte pour nous aider à fixer nos connaissances sur cette multitude prodigieuse de corps naturels que nous pouvons observer, et qui sont infiniment diversifiés entre eux ; mais ces classifications sont des moyens tout à fait artificiels. Rien de tout cela ne se trouve dans la nature... » (Lamarck. Philosophie zoologique . Édition Ch. Martins, t. I, p. 40. In-8°. Paris, 1875).

X. Distinctions entre les déviations anormales. Les déviations organiques qui sortent de la variation sont de deux ordres : les unes, que nous avons proposé d'appeler des anomalies, conservent la régularité et la symétrie qui sont l'attribut des organismes normaux ; les autres, totalement dénuées de la régularité, de l'ordre et de la symétrie de ces organismes, et que nous avons proposé de nommer des abnormités.

L'anomalie est l'effet d'une cause perturbatrice, analogue sans doute à celle qui détermine la variété, mais qui produit sur le développement une action plus profonde et plus grave.

L'abnormité est une déviation dont le mode de formation s'éloigne plus encore de l'évolutiuu naturelle, et dans aucun cas, elle ne pourrait être rapprochée de la variété. Mlle survient, avons-nous dit, lorsque la cause perturbatrice atteint plus ou moins gravement des organes avancés déjà dans leur développement, mais non lotalemeni développés. 11 en résulte des lésions pathologiques véritables, et non plus de simple^ déviations de l'évolution. Mais les lésions pathologiques primordiales se trouvent modifiées dans leur apparence ou dans leur constitution par le développement ultérieur des parties atteintes ou des parties voisines, de telle

sorte qu'elles ne s'offrent point à nous avec les caractères purs et simples de l'anomalie, ni avec ceux d'une lésion pathologique survenue après la naissance.

Examinons à ce point de vue, pour nous faire mieux comprendre, deux fœtus dont l'un porterait une anomalie, et l'autre une abnormité des mêmes parties,, soit un cyclocéphale et un anencéphale :

La face du premier semble réaliser le type fabuleux du cyclope ; elle offre une orbite unique et point de nez, à moins que cet organe ne soit représenté par un court appendice placé au bas du front. Dans l'orbite existe un seul œil ou deux yeux plus ou moins fusionnés, quatre paupières réunies deux à deux sur la ligne médiane. La mâchoire supérieure est plus ou moins atrophiée; la mâchoire inférieure et la langue diffèrent peu de la condition normale.

Ce monstre, tout étrange qu'il soit, n'est point difforme : les parties qui constiluent la face, le crâne, ou celles qui représentent les organes de l'olfaction et de la vision, sont dans une symétrie parfaite. Cette symétrie apparente extérieurement, l'anatomie nous la montre dans toutes les parties internes qu'atteint la déviation. L'œil unique offre-t-il deux cornées juxtaposées ; il contient aussi deux iris, deux cristallins, deux rétines plus ou moins confondus par leur bord, suivant le degré de rapprochement ou de fusion des deux cornées. Les muscles qui meuvent les globes oculaires, sont placés à l'entour symétriquement, et reçoivent leurs nerfs respectifs. Les muscles internes manquent avec les portions correspondantes des globes oculaires.

Plus profondément, le cerveau nous offre des modifications non moins remarquables, non moins régulières, et ce sont évidemment les plus importantes.

Au heu de deux hémisphères, cet organe forme un lobe unique, médian, symétrique et privé de toutes les parties qui existent normalement sur la ligne moyenne ; ainsi, point de scissure longitudinale, ni de corps calleux, ni de voûte à trois piliers, ni de cloison transparente, quelquefois même point de couches optiques, ni de corps striés. Le cerveau manque, en un mot, de toutes les parties médianes dans une étendue plus ou moins grande d'avant en arrière, et dans un rapport exact avec le rapprochement des orbites ou des yeux. Le cervelet, les quadrijumeaux et la protubérance annulaire sont normaux. Quant aux nerfs optiques, ils existent ordinairement, distincts ou fusionnés, mais dans leur rapprochement ou dans le degré de leur fusion, ils suivent les conditions de l'œil et celles du cerveau.

Dans toutes ces parties profondément modifiées, la symétrie est si parfaite que l'anomalie semblerait pouvoir être artificiellement reproduite par le rapprochement des parties latérales homologues après l'ablation d'un segment médian.

Si l'on recherchait les termes extrêmes de ces déviations, on trouverait d'un côté des orbites presque normales, simplement rappprochées par Y atrophie des fosses nasales, d'un autre côté une seule orbite médiane, petite, et ne renfermant qu'un œil atrophié; puis, entre ces extrêmes, on rencontrerait tous les degrés formant de l'un à l'autre une transition insensible, preuve certaine que l'évolution s'est accomplie dans des conditions harmoniques et presque normales. Mais, fait digne de remarque, des déviations de même ordre, c'est-à-dire avec conservation de la régularité des parties restantes, peuvent occuper la région inférieure de la face, sans intéresser particulièrement le crâne, et l'on a vu, avec l'absence de la mâchoire inférieure et de la langue, les muscles masticateurs d'un côté (temporal, masséter, ptérygoïdien) unis sous la voûte palatine, avec leurs homologues du côté opposé d'une manière régulière, et les deux oreilles rappro-

chées et fusionnées sous la base du crâne (otocéphalie ex parte, Isidore Geoffroy Saint-Hilaire) bien que les parties supérieures de la face conservassent plus ou moins leur constitution normale. Le plus souvent, toutefois, les deux anomalies se trouvent réunies sur le même individu (G. Da\aine. Observations pour servir à l'histoire de quelques monstruosités de la face. Me'm. Soc. biol., 1849, p. 47).

L'anencéphale (ex parte) nous offre aussi une altération de la tête et parti? culièrement du cerveau : la face renversée en arrière et tournée en haut présente des narines complètes et situées normalement ; des yeux intacts, gros et saillants, comme chez les batraciens ; un front déprimé au-dessus des sourcils où la tète finit brusquement. La voûte du crâne est affaissée sur la base ou étalée de chaque côté; le cuir chevelu recouvert de longs cheveux et en partie détruit, est plus ou moins largement ouvert. Dans l'ouverture se montre une tumeur parfois volumineuse, d' apparence fongueuse, constituée par les méninges .altérées, méconnaissables et par le développement considérable et anormal des vaisseaux sanguins; quelquefois les méninges sont soudées à la peau par de véritables cicatrices (Lallemand).

La base du crâne est plus ou moins normale, mais les os qui forment la voûte peuvent manquer entièrement. Parfois séparés et déjetés sur les côtés, ils ont perdu leurs rapports réciproques. Déformés et rudimentaires, ils ne sont souvent reconnaissables que par l'analyse anatomique; mais de plus les diverses parties d'un même os qui se forme normalement par des points distincts d'ossification, se développent séparément et constituent des os nouveaux. Ces os deviennent épais, compactes et irréguliers.

Dans un grand nombre de cas, le rachis étant plus ou moins largement ouvert, les vertèbres offrent des modifications en rapport avec celles des os du crâne.

Tous les nerfs existent et souvent leur portion intra-crâmenne, considérablement allongée est flottante parmi les débris des méninges. Le nerf olfactif se retrouve sur la lame criblée, et le nerf optique est intact dans son trajet intraorbitaire ainsi que le nerf auditif dans le rocher.

Le cerveau est plus ou moins complètement absent; on en retrouve quelquefois des vestiges ou des débris sur la base du crâne ou parmi les membranes flottantes. Ces débris appartiennent tantôt à une, tantôt à une autre partie de l'encéphale ; on constate sous ce rapport un désordre absolu.

Dans l'anencéphalie, chaque individu possède son autonomie ; qu'on nous passe l'expression. La destruction des téguments, la tumeur des méninges, les restes du cerveau, l'état des os offrent de nombreuses variétés, qui ne peuvent être considérées comme les degrés d'une même anomalie. Partout l'on constate] l'asymétrie, l'irrégularité, le désordre, et ce désordre n'est pas spécial aux monstres circonscrits dans le genre anencephale d'Isidore Geoffroy Saint-Hilaire,1 il s'étend aussi à des genres que l'illustre Tératologiste a classés dans d'autres familles, telles que celhs des exencéphaliens et des pseudencéphaliens.

Ainsi donc, bien que les lésions principales chez les cyclocéplialiens et chez les anencéphaliens se voient dans le cerveau, on ne peut établir de similitude dans les caractères de la déviation chez les uns et chez les autres.

Les divergences ne nous paraîtraient pas moins grandes ^i nous examinions les deux monstruosités bu point de vue de leur mode de développement,

Dans l'évolution normale, l'embryon n'est pas encore sorti du plan du biasto

derme, que déjà les premiers linéaments du système nerveux central apparaissent ; ils possèdent d'abord la forme d'un tube qui, dans la région dorsale, se transformera en moelle épinière, et qui supérieurement deviendra le cerveau. Ce tube ou canal médullaire, s'élargissant en haut, prend la forme de trois dilatations placées à la suile l'une de l'autre ; ces dilatations ont été appelées lescellules cérébrales. La cellule supérieure ou antérieure apparaît la première. Cette cellule, dans sa partie antérieure et supérieure, s'accroît rapidement de chaque côté de la ligne médiane, mais elle n'acquiert point, suivant cette ligne, un développement semblable, en sorte qu'elle forme bientôt une vésicule déprimée en avant et en haut, sur la ligne médiane. Elle s'accroît de même avec plus de lenteur dans la partie postérieure et inférieure.

Le développement latéral se prononçant de plus en plus en avant, il en résulte que la cellule cérébrale antérieure se dédouble à droite et à gauche antérieurement et reste simple en arrière. Par des progrès ultérieurs et continus, la portion dédoublée l'orme les hémisphères cérébraux qui se replient et se prolongent audessus de la portion postérieure restée simple ; celle-ci constituera les couches optiques.

Vers le qnatrième ou cinquième moi*, la partie antérieure médiane déprimée de la première cellule cérébrale, produit le corps calleux, la voûte à trois piliers et la cloison transparente qui sépare les ventricules latéraux. Mais cette cellule cérébrale ne forme pas seulement par son évolution les hémisphères et les couches ■optiques, elle donne encore naissance aux organes de la vision et de l'olfaction. Dès l'instant où paraît le premier indice de sa division en deux vésicules latérales, elle produit en avant et au-dessous, au niveau de la partie qui appartiendra plus tard aux couches optiques, un prolongement vésiculiforme qui constituera l'œil. Ce prolongement dédoublé s'isole peu à peu en se pédiculisant; la portion antérieure dilatée deviendra le globe oculaire et le pédicule, d'abord creux formera le nerf optique. Le nerf olfactif se développe plus tard; il se constitue par un prolongement de la première cellule cérébrale dans la partie qui répond à la naissance des hémisphères cérébraux.

La cellule cérébrale moyenne répond à ce qui sera plus tard l'aqueduc de Sylvius.

La cellule cérébrale postérieure se développe en deux vésicules, placées l'une en avant de l'autre. La première formera le cervelet, la seconde constituera la moelle allongée. Mais elle donne encore naissance à l'organe de l'ouïe dam; la partie qui correspond à l'oreille interne ; celle-ci prend la forme d'un prolongement tubulé et parcourt, dans son développement, des phases analogues à celles qui constituent l'œil.

Ainsi les diverses parties du cerveau et trois des organes des sens procèdent des cellules primordiales. Plusieurs de ces parties sont donc jusqu'à certain point indépendantes les unes des autres dans leur développement définitif, et par conséquent, certaines de leurs anomalies, peuvent se former aussi d'une manière indépendante.

Mais avant d'aller plus loin, il importe que nous disions aussi quelques mots du développement des autres organes qui sont plus ou moins intéressés dans la cyclocéphalie. Le crâne se constitue en se moulant en quelque sorte sur l'encéphale en voie de formation; les os propres du nez, ceux des fosses nasales, une partie des maxillaires supérieurs appartiennent dans leur développement à la capsule osseuse du crâne; mais le reste de la face se développe d'une manière indi

pendante. Après que les trois cellules cérébrales se sont constituées et qu'elles sont sorties du plan du blastoderme, on voit apparaître, dans la région du cou, les arcs branchiaux au nombre de quatre. Comme nous l'avons dit, ces arcs branchiaux n'arrivent point, chez les vertébrés supérieurs, à la plénitude de leur développement, car ils se métamorphosent bientôt en d'autres formations subséquentes. Il serait utile, sans doute, d'exposer ici la série de ces métamorphoses, mais nous ne pouvons en donner que l'indication sommaire.

Les parties embryonnaires qui procèdent de l'évolution et de la transformation des arcs branchiaux, sont la mâchoire inférieure, la langue, l'os hyoïde, la trompe d'Eustaehe, la caisse du tympan, les osselets de l'ouïe et le conduit auditif externe.

Ainsi les parties les plus importantes de la face, de la bouche, de l'oreille externe et moyenne, ont une origine complètement distincte de celle du cerveau, de l'oreille interne, de l'œil et des narines.

Avec ces données, cherchons à nous rendre compte de la formation des monstruosités dont nous venons d'esquisser les traits principaux, c'est-à-dire de la cyclocépkalie et de Vanencéphalie.

Dans la cyclocéphalie, les parties atteintes telles que les hémisphères cérébraux, l'œil, le nez, etc., se forment de h. cellule cérébrale antérieure. Les parties respectées, telles que l'aqueduc de Sylvius, le cervelet, la moelle allongée, l'oreille interne procèdent des cellules cérébrales moyenne et postérieure.

Non-seulement la cyclocéphalie atteint les organes nés de la cellule cérébrale antérieure exclusivement, mais encore les parties plus particulièrement frappées, appartiennent à la portion médiane-longitudinale de cette cellule. Or, comme la première cellule se divise en deux vésicules latérales par le retardement du développement de la partie moyenne antérieure et supérieure, il suffit de concevoir que cette partie médiane mette un plus long retard encore dans son évolution poi"* que nous puissions concevoir parfaitement aussi la formation de lacyclocéphalie>.

En effet, le développement de la cellule antérieure consiste en deux phénomènes qu'on peut considérer comme distincts : l'un est une évolution expansive qui fait que les parties qui seront interposées entre les hémisphères, c'est-à-dire les parties médianes, trouveront successivement leur place ; l'autre est un simple développement des parties apparues successivement.

Ainsi l'inertie évolutive de la partie moyenne de la cellule antérieure, laissera à cette celb.de sa forme primitive, c'est-à-dire celle d'une vésicule unique laquelle par son développement ultérieur, acquerra la constitution histologique du cerveau. 11 résultera donc de cette perturbation évolutive : 1° Un lobe cérébral unique, san> scissure longitudinale et dénué de corps calleux, de voûte à trois piliers, de cloison transparente, et 2° une seule vésicule oculaire, médiane comme le lobe cérébral, et cette vésicule unique acquerra, par son développement ultérieur, toutes les parties constitutives d'un œil normal.

Dans ce cas, l'orbite sera unique, et l'organe de l'olfaction manquera comme la partie du cerveau qui, normalement, lui donne naissance. La fusion des deux yeux en un seul, si toutefois on peut dire qu'il y a fusion, procède donc des premiers moments de la formation de la cellule cérébrale antérieure, car cette cellule, dans son évolution normale, se partage rapidement en deux vésicules latérales, d'où procèdent deux yeux distincts1.

* Quelques auteurs ont pensé que dans la cyclocéphalie, l'œil est primitivement double, mais que plus tard les deux globes oculaires se l'usionnent ; c'est ce qui arrive à certains

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Il est facile de concevoir comment se produisent les divers degrés de la cycloeéphalie ; ils sont en rapport avec l'époque plus ou moins tardive à laquelle l'anomalie prend naissance.

Il est également facile de comprendre l'existence, dans leur condition normale, de l'oreille moyenne, de la mâchoire inférieure et de la langue, chez un cyclocéphale, ou bien, inversement, l'absence plus ou moins complète de ces organes, bien que le cerveau, les yeux et les narines puissent exister dans des conditions presque normales. C'est qu'en effet, l'oreille moyenne, la mâchoire inférieure et la langue ne procèdent point de l'une des cellules cérébrales ; elles se développent des arcs branchiaux qui sont tout à fait indépendants de ces cellules.

En résumé : L'absence des parties dans la cyclocéphalie ou dans les monstruosités similaires n'empêche point une constitution régulière, symétrique et harmonique. La déviation suit, dans son développement et sa localisation, les conditions évolutives des organes embryonnaires qu'elle atteint; nous ne pouvons donc voir dans son mode de production que l'effet d'un changement clans la direction de l'évolution, d'où résulte la réalisation d'un nouveau type organique, régulier bien que très-éloigné du type spécifique et même du type de la classe ou de l'embranchement auquel appartient le sujet monstrueux. En est -il de même de l'anencéphalie ?

Dans cette monstruosité, le cerveau est souvent complètement absent, mais toutes les parties constitutives de la face existent : le nerf olfactif et les narines occupent leur situation normale ; les nerfs optiques et les yeux sont intacts ; le nerf auditif et l'oreille interne existent aussi dans leurs conditions ordinaires; c'est ce que remarque expressément Etienne Geoffroy Saint-Hilaire (Philosoph. anat. t. II, p. 152). qui, ne connaissant pas la subordination évolutive de ces divers organes, tire de leur existence des conclusions directement contraires aux nôtres.

Or nous avons vu que les trois organes des sens supérieurs procèdent dans leu. formation de la première et de la troisième cellule cérébrale. Donc le nerf olfactif, le nerf optique et la rétine, le nerf acoustique et l'oreille interne ne peuvent exister si les vésicules cérébrales dont ils procèdent n'ont jamais existé ; donc le cerveau, chez un anencéphale, s'est développé jusqu'au point de venir constituer les organes des sens supérieurs, et jusque-là il n'avait point dévié de son évolution normale. Donc, enfin, si l'on ne trouve plus de vestiges de cet organe chez le monstre qui vient de naître, ou, si l'on n'en trouve que des débris peu reconnaissables, c'est que le cerveau a été détruit, par une cause pathologique, à une époque postérieure à celle de la formation des organes de l'olfaction, de la vision et de l'audition.

En effet, cette destruction est attestée encore, dans divers cas, par des débris de substance cérébrale, par l'état des nerfs encéphaliques qui, à leur origine, flottent dans la cavité crânienne, par le développement des vaisseaux qui constituent la tumeur fongueuse, etc.

Dans l'anencéphale que nous observons, nous ne voyons pas la lésion pure et simple qui a déterminé la monstruosité, car la vie embryonnaire ou fœtale per-

crustacées, les cypris, les cyclopes, les daphnies, etc., qui ont primitivement deux yeux ; mais cet exemple, et je ne crois pas qu'il y en ait d'autres, est très-mal choisi, car l'œil unique chez ces petits animaux n'est point simple; c'est un œil composé et l'on conçoit facilement son mode de formation.

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sistant en l'absence des principaux organes, les parties restantes après la destruction de la substance nerveuse, ont continué de vivre, de se développer et de croître, niais dans des conditions nouvelles qui ont amené des formations hétérogènes d'où est résultée, chez ce monstre, une physionomie à part. Le développement consécutif des parties épargnées est rendu évident par l'épaississement et la consistance qu'acquièrent les os du crâne, par des connexions nouvelles qui s'établissent entre eux, par la transformation des méninges ou des vaisseaux en une tumeur vasculaire toute particulière, par l'état des téguments du crâne couverts de longs cheveux, par les adhérences qu'ils contractent quelquefois avec d'autres points de la surface du fœtus, etc., toutes conditions qui prouvent une reconstitution des parties plus ou moins détruites.

Quant aux époques relatives où se forment l'anencéphalie et la cyclocéphalie, l'existence des narines, des yeux, des oreilles internes chez l'anencéphale, prouve que la lésion primordiale est survenue cbez lui plus tardivement que chez le cyclocéphale. Toutefois, l'époque où s'est formée la déviation n'a pas dû être postérieure A la période embryonnaire. C'est ce qu'il est permis d'inférer de 1 état rudimentaire des os de la voûte du crâne, du développement isolé des divers points d'ossification qui forment des os distincts ; enfin de la disjonction des arcs vertébraux lorsqu'il existe un spina-bifida, etc.

En résumé, les parties atteintes dans l'anencéphalie sont totalement dénuées de symétrie, d'ordre et de régularité. L'altération première consiste dans une destruction et non dans une simple déviation du développement. La cause productrice est une lésion pathologique ; et la reconstitution des parties restantes a des caractères très-variables, comme les conditions de nature, de siège, d'époque, de durée et d'étendue de la lésion primordiale.

Dans la cyclocéphalie, au contraire, les déviations ne procèdent point d'une lésion destructive ou désorganisatrice apparente, car l'œil unique, par exemple, se forme suivant les conditions de la normalité, et toutes les autres parties sont régulièrement et symétriquement disposées les unes par rapport aux autres.

Aussi, dans l'anencéphalie, l'analyse anatomique seule peut faire apprécier •toute l'étendue des désordres, tandis que, dans la cyclocéphalie, l'inspection extérieure seule suffit ordinairement jour déterminer quelles sont les parties internes qui manquent, et quelle est la disposition respective des parties restantes. Il n'y a point d'assimilation possible entre les deux monstruosités ; c'est à tort que beaucoup de tératologistes les ont rapprochées dans une même catégorie.

Toutes ces considérations justifient une division des déviations organiques en deux classes, dont l'une comprend les déviations pures et simples du développement qui se produisent, comme nous l'avons exposé chez les cyclocéphaliens ; et l'autre comprend les déviations consécutives à une lésion pathologique évidente, comme chez les anencépbaliens ; nous désignerons les premières par le nom d'AxoMALiE, c'est-à-dire q.iriestpas suivant la règle;

Les secondes, par le nom d'AtmoRMiTÉ, c'est-à-dire qui ri appartient pas à une règle, qui ne suit pas de système.

XI. Évolution des déviations. D'après ce qui précède, nous pouvons définir I'Anomalie, toute modification de l'organisme offrant des caractères différents de ceux du type spécifique ou naturel, et dont l'origine est antérieure à la métamorphose ou à révolution qui constitue l'individu ou bien l'organe.

L'Aknormité est une anomalie qui survient plus tardivement dans l'évolution et qui porte le stigmate d'une lésion pathologique primordiale.

L'anomalie ou l'abnormité ne peut plus se lormer lorsque le type de l'individu ou de l'organe est déterminé.

Dans leur évolution, les animaux se particularisent de plus en plus, à mesure que leur développement progresse, comme l'a fait remarquer de Baër. Dans l'œuf, ils ne possèdent que les caractères généraux de la chisse à laquelle ils appartiennent. Dans l'embryon, ils revêtent ceux de la famille et du genre; ils acquièrent plus tard ceux de l'espèce et de la race. Après la naissance, l'individualité se prononce davantage, et les caractères sexuels, généralement, s'acquièrent plus tardivement encore.

Nous pouvons conclure de cette progression que les déviations organiques porteront atteinte au type naturel, d'autant plus profondément, que leur origine sera plus rapprochée de la première formation dans l'œuf. Non que des déviations légères ne puissent remonter très-haut dans l'évolution, mais il faut entendre seulement par là qu'à mesure que celle-ci progresse, la déviation qui survient se particularise et s'atténue, selon chaque période successive du développement.

Le caractère le plus universel de l'organisme chez les animaux vertébrés, est l'unité individuelle. C'est chez des invertébrés seulement que se trouvent des individus composés, agrégés ou conjugués. La duplicité constituerait donc pour un vertébré l'anomalie la plus éloignée du type spécifique, puisque cette condition ne se rencontrerait normalement ni dans la classe, ni même dans l'embranchement auquel appartient l'animal qui la présenterait; aussi, chez le mammifère, chez l'oiseau, le reptile ou le poisson, l'origine de cette anomalie remonte-t-elle très-haut dans l'évolution ; sa cause se trouve, en effet, dans la constitution même de l'ovule.

Chez ces mêmes animaux, la dualité dans les organes de la vie de relation constitue un caractère non moins important. La réduction à l'unité de ces organes, normalement doubles comme le cerveau, l'œil, les membres antérieurs ou postérieurs, constituerait donc aussi une anomalie fort éloignée du type spécifique. Or, dès les premiers temps du uéveloppemeut embryonnaire, dans le blastoderme même, la dualité organique se prononce, et c'est à cette première époque de l'évolution que remonte l'origine des anomalies qui ont pour caractère une fusion médiane des parties latérales, telle qu'elle apparaît dans la cyclocéphalie, l'otocéphalie, la sirénomélie, etc.

La disposition des organes de la vie végétative ou organique, par rapport à ceux de la vie animale ou de relation, est établie sur un plan uniforme chez les vertébrés ; c'est donc encore un caractère important de l'organisme des animaux supérieurs et qui apparaît dans les premières phases de l'évolution ; aussi la disposition à laquelle on a donné le nom d'inversion splanchnique, reconnaît-elfe pour cause, au moins chez les mammifères et les oiseaux, un changement qui s'opère dans la situation respective des feuillets du blastoderme, premiers temps du développement embryonnaire. De Baër a donné l'explication de cette anomalie d'après un fait qu'il a observé chez le poulet, à l'époque où le feuillet séreux se soulève hors du plan du blastoderme.

Plus tardivement se produisent la plupart des déviations organiques que nous avons désignées sous le nom de abnormités.

Bien que ces déviations paraissent non moins graves et plus graves même parfois que les premières par retendue et l'importance des désordres qui les accompagnent, elles sont en réalité beaucoup moins divergentes du type normal, et e'est ce que montre l'analyse anatomique. En effet, les abnormilés sont des déviations complexes qui représentent à la fois une lésion pathologique et une anomalie. Pour nous faire une juste idée de cette distinction, examinons un cas simple et dont la liaison avec l'abnormité est prochaine : Un fœtus qui vient au jour privé de l'un de ses membres, semble au premier abord atteint d'un déviation organique des plus graves ; mais si l'on reconnaît que cette absence de l'un des membres est due à l'amputation par le cordon ombilical ; cette déviation ne sera plus, en réalité, pour nous, qu'une infirmité et nullement une anomalie. Or si, d'après cette manière de voir, on fait abstraction, dans les abnormités, de la lésion pathologique primordiale et de ses désordres consécutifs, la part afférente à la déviation anormale, c'est-à-dire à l'anomalie, sera considérablement réduite.

Nous ne nous étonnerons donc pas de voir des monstruosités étendues, hideuses et très-graves, telles que l'anencéphalie, l'exencéphalie, la célosomie, etc. , classées •suivant L'ordre de leur importance évolutive au-dessous de la cyclopie, de l'inversion générale des organes, même au-dessous de certains cas de polydactylie. Aussi dans l'évolution de l'organisme, elles prennent leur origine à une période plus tardive et correspondent, pour la plupart chez l'homme, aux derniers temps ■de la \ie embryonnaire ou bien aux premiers de la vie fœtale.

Les anomalies congénitales suivent, dans leur évolution, l'ordre du développement des organes ; or, ce développement n'étant point simultané, les déviations apparaissent à des époques variables, mais qu'elles ne peuvent ni devancer ni retarder. Pour les anomalies du cœur, par exemple, organe dont la complexité progresse jusqu'à la naissance, leur origine est d'autant plus reculée que le cœur anormal paraît plus simple. Quant aux membres, on sait que la main et le pied précèdent, dans leur apparition, le bras et Favant-bras, la cuisse et la jambe, aussi les exemples ne sont pas rares d'individus naissant avec des mains et des pieds plus ou moins bien conformés, quoiqu'ils n'aient des autres parties des membres supérieurs et inférieurs que des rudiments tout à fait anormaux.

Après la naissance, suivant les conditions dans lesquelles il se trouvera placé, l'individu se modifiera dans les proportions de son corps, dans ses traits, dans ses attitudes et sa physionomie ; il se distinguera des autres hommes suivant son éducation, ses habitudes, ses mœurs, suivant le pay.£; qu'il habite, la profession qu'il exerce, les pensées qui l'occupent.

Les modifications produites par ces causes progressent et se diversifient pendant toute la durée de l'existence ; car chez le vieillard même, la phvsionomie traduit les conditions habituelles de l'esprit et du cœur, les passions, les maladies, les joies et les peines. Sous de telles influences, certaines parties acquièrent de la prédominance, l'organisme change insensiblement, la variation prend de la fixité et imprime à l'individu son stigmate particulier. Cependant, ces modifications ne peuvent arriver à changer le type morphologique des organes, elles restent toujours dans les limites de la variation.

D'autres conditions perturbatrices interviennent dans le cours de la vie à un moment déterminé et modifient l'organisme plus profondément encore que ces dernières, tantôt d'une manière permanente, tantôt d'une manière transitoire, ce sont les conditions sexuelles. La puberté, en développant de nouveaux organes.

fait naître de nouveaux attributs, établit des différences remarquables, soit entre deux âges, soit entre les deux saxes chez les individus d'une même espèce. Les modifications que la puberté développe d'une manière permanente dans certaines classes d'animaux, le rut le produit d'une manière transitoire dans d'autres animaux. Mais les attributs de l'un ou de l'autre sexe ne deviennent permanents que par la conservation des organes qui les ont fait naître. Les modifications de l'organisme, déterminées par le développement sexuel, ne sont non plus telles qu'il en résulte des anomalies morphologiques ; ce sont surtout des variations histologiques.

Ainsi, dans l'évolution primordiale de l'œuf et de 1 embryon chez les vertébrés, nous reconnaissons l'origine des anomalies les plus éloignées du type spécifique -y puis au commencement de la période foetale apparaissent des abnormités qui représentent des anomalies moins éloignées du type normal ; enfin, après la naissance, les déviations n'arrivent plus à constituer de véritables anomalies morphologiques ; elles restent généralement dans les limites de la variété.

Les anomalies morphologiques chez l'homme et chez les animaux voisins sont toutes congéniales. C'est qu'en effet le type spécifique est entièrement constitué au moment de la naissance, et que l'anomalie ne se produit plus lorsque l'organe est déterminé. Cette constance du développement congénial des anomalies morphologiques chez l'homme, chez les mammifères et chez les animaux qui suivent les mêmes conditions évolutives, ne peut être universelle dans le règne animal, car beaucoup d'animaux n'accomplissent point dans l'œuf tout leur développement embryonnaire et fœtal; quelques-uns parmi les vertébrés, un très-grand nombre parmi les invertébrés, passent ces phases de leur existence à l'état de liberté, c'est-à-dire à l'état de larves et n'acquièrent la perfection de leur organisme qu'après une ou plusienrs métamorphoses. Les anomalies qui les atteignent dans leur évolution finale, ne sont donc point toutes congéniales comme chez les mammifères et les oiseaux1 ; elles n'en sont pas moins des phénomènes de même nature. Cette condition de vie libre pendant la phase embryonnaire ou fœtale, c'est-à-dire à l'état de larve, doit nécessairement restreindre, chez les animaux qui y sont assujettis, le nombre des anomalies qui atteignent l'adulte. En effet, si nous voyons chez les mammifères et les oiseaux, le fœtus naître avec une anomalie grave que l'on peut qualifier du nom de monstruosité, et qui n'est pas compatible avec la vie indépendante, c'est que l'embryon chez lequel l'anomalie a commencé de se former, vivant en parasite, pouvait se passer de ses principaux organes. Il n'en est pas de même chez un insecte, par exemple, qui, à l'état de larve, doit trouver, dans l'intégrité de ses organes et de ses fonctions, les conditions qui permettent la vie indépendante.

Nous voyons dans ce fait la raison de la différence que l'on a observée par rap-

* Dn exemple très-remarquable d'anomalie, qui s'est produite dans la période de chrysalide a été observé par ftluller, chez un papillon qui avait conservé la tête de la chenille. Le fait est rapporté en ces termes par Ch. Bonnet : « M. Muller a découvert en ce genre une grande nouveauté ; il a vu un papillon dont la tête était entièrement semblable à une tête de chenille et formée de tous les organes qui mettent fa chenille en état de ronger les feuilles. Cet étrange papillon n'avait ni antennes ni trompe. L'observateur n'a pu en savoir l'histoire; il l'avait rencontré par hasard sur la tige d'une plante. Il était femelle et malheureusement les œufs qu'il pondit furent inféconds » (Ch. Bonnet, Ouvr. cit., t. IV, part. 2,pag. 29note, .

port à la fréquence ou à l'existence même de certaines monstruosités dans des classes différentes d'animaux, et dont l'explication n'a point été donnée.

Chez les batraciens anoures adultes, la monstruosité double n'existe point ; on n'en connaît au moins aucun exemple, à part quelques cas de mélomélie chez la grenouille. La même remarque peut être faite pour les insectes. Or, la duplicité trouvant sa cause primordiale dans une anomalie de l'œuf, la larve, c'est-à-dire l 'embryon libre, doit en être tout d'abord atteinte; mais comme la monstruosité composée s'oppose presque toujours au libre exercice de la vie, la larve ne peut arriver à cette période de l'évolution où elle transmettrait à l'individu parfait l'anomalie dont elle est frappée.

Ainsi, l'évolution différente donne la raison de la différence dans les anomalies,, selon les diverses classes d'animaux.

XU. Hérédité des déviations. Les êtres vivants, en se perpétuant par génération sexuelle, transmettent à leurs descendants, non-seulement le type de leur espèce, mais encore des caractères individuels qu'ils ont reçus aussi par génération ou d'autres qu'ils ont acquis dans l'exercice de la vie. Toutefois, s'ils transmettent à leur descendance certains caractères organiques acquis en dehors de l'hérédité, il est un grand nombre de modifications accidentelles, même très-graves ou très-étendues qu'ils ne peuvent nullement transmettre héréditairement. Ce sont toutes celles qui, après la naissance, sont produites par une cause violente ou traumatique, comme l'absence d'un organe ou celle d'un membre, de larges cicatrices, des déformations mécaniques, des déplacements viscéraux, etc., tandis que des modifications légères ou graves apparues sans cause appréciable pendant le développement de l'individu, comme le bec-de-lièvre, la polydactylie, la palmidactylie, l'hypospadias, l'ectromélie, etc., ;e reproduisent quelquefois dans la génération suivante ou dans des générations successives.

Quelle est la raisou de ces différences, en apparence inexplicables ? Nous pourrons la trouver, sans doute, dans le mode de formation de l'anomalie ou de la variété. En effet, nous avons dit que le type individuel, comme ie type spécifique, se constitue par l'évolution organique, et nullement par une perturbation plus ci moins violente, par une lésion qui résulterait d'une action mécanique quelconque. Ce sont donc seulement les modifications acquises dans le cours du développement morphologique ou histologique qui se transmettent héréditairement.

On croit cependant que l'homme crée à volonté, chez les animaux qu'il élève, des modifications organiques héréditaires; mais il n'en est rien. Dans la sélection qui a pour objet l'amélioration ou la transformation des races, l'homme ne fait que choisir des reproducteurs qui offrent naturellement les attributs qu'il veut propager.

Toutes les tentatives expérimentales faites pour créer artificiellement des variations ou des anomalies héréditaires sont restées et devaient rester sans résultat. Telle est une expérience remarquable de Numan, savant vétérinaire hollandais : Chez des veaux de sexes différents et au nombre de six, cet expérimentateur enleva par la trépanation une rondelle osseuse dans la partie qui sert de support aux cornes, ou bien il enleva seulement le périoste de cette partie. Chez aucun de ces animaux les cornes ne se développèrent. Lorsqu'ils eurent atteint l'âge adulte, ces animaux furent accouplés entre eux, mais tous les produits revêtirent des cornes semblables à celles qu'avaient eues les grands-parents (Numan. Considérations anatomo -physiologiques sur les cornes frontales de l'espèce bovine. Amsterdam, 1847).

Une expérience d'ablalion d'un organe, faite dans plusieurs générations consécutives chez des rats, par un savant français, ne fut suivie, à ma connaissance, d'aucun résultat. On a cité, il est /rai, des cas dans lesquels des lésions accidentelles ont pris le caractère de l'hérédité; on a parlé de chiens ou de chats qui, ayant perdu accidentellement la queue, engendrèrent des petits sans queue ou à courte queue ; on a prétendu encore que, en Angleterre, où l'habitude de courtauder les chevaux était générale autrefois, on avait remarqué que des poulains naissaient avec un nombre moindre de vertèbres coccygiennes ; mais tous ces exemples ne sont rapportés que comme des on dit. Nous pouvons leur opposer des faits sans nombre observés chez l'homme, et qui n'ont jamais donné lieu à quelque remarque semblable. |insi, l'opération de la eirconci>ion, les mutilations de la face qui se pratiquent chez certains sauvages, la perforation de la cloison du nez ou celle des oreilles pour y passer des anneaux, la déformation artificielle des pieds chez les Chinois, du crâne chez beaucoup de peuplades sauvages ou civilisées, ne donnent point lieu à une transmission héréditaire.

En effet, et nous l'avons dit déjà, pratiquer une mutilation, déterminer une difformité sur un organe tout formé, ce n'est produire ni une variation du type ni une anomalie. L'invalide de la guerre, ne nous offre ni variété, ni monstruosité.

Ce ne sont pas seulement les modifications traumatiques ou violentes survenues après la naissance qui sont inaptes à se transmettre héréditairement, toutes celles qui surviennent avant la naissance, mais dans des conditions analogues à celles-ci, ne peuvent non plus se transmettre des parents aux descendants : ainsi, l'absence d'un membre due à l'amputation intra-utérine par le cordon ombilical, les difformités proprement dites ou les déplacements herniaires congéniaux, etc.; toutes les lésions, enfin, qui ne sont pas l'effet d'une évolution déviée, et qui, par conséquent, ne constituent ni une variété, ni une anomalie, toutes ces lésions, disons-nous, ne revêtent point le caractère de l'hérédité.

XIII. Déviations histologiques. A. Caractères. Jusqu'ici nous n'avons envisagé les déviations organiques qu'au peint de vue morphologique ; c'est la forme, en effet, et non la structure qui détermine primitivement l'organe, et c'est elle seule qui a été l'objet des études des Tératologistes.

D'un autre côté, si dans la vie embryonnaire ou fœtale, l'organe, avec sa forme, apparaît avant la fonction, celle-ci ne s'établit point avant que l'organe ait acquis sa composition et sa structure spéciales. L'évolution histologk;ue n'est donc pas moins importante que le développement morphologique. Le cerveau de l'enfant nouveau-né, par exemple, est constitué en apparence comme celui de l'adulte; il offre à nos yeux tous les attributs du cerveau de l'homme fait, et le naturaliste ne se méprendrait point sur l'espèce de l'animal à laquelle cet organe appartient. Mais examinons la structure de ce cerveau : c'est à peine si la substance grise est distincte de la substance blanche; la couche corticale des hémisphères commence seulement de devenir apparente ; la proportion des fibres et des cellules nerveuses avec celle de la substance conjonctive est bien inférieure à ce qu'elle sera chez l'adulte. Or, si la couche corticale ne continuait pas de se développer, et restait, chez un adulte, rudimentaire comme chez le fœtus à terme, si le nombre relatif des éléments nerveux restait le même, le cerveau constituerait chez l'homme fait un état anormal non moins certain et non moins grave que si la forme même de l'organe était profondément altérée. Il en serait ainsi de tous les autres organes, si la structure embryonnaire ne se modifiait pas parl'évo-

lution naturelle; les fonctions ne pourraient s'établir, et cet état constituerait une anomalie non moins importante que si l'organe tout entier ne s'était pas formé.

D'un autre côté, l'évolution histologique peut être déviée en quelque sorte; elle peut donner naissance à des éléments surabondants, ou modifiés, et impropres aux fonctions qu'ils sont appelés à remplir. C'est donc un ordre nouveau de faits tératologiques ou d'anomalies que les connaissances acquises en histologie . nous permettent d'établir aujourd'hui '.

La fonction d'un organe résulte de la fonction de chacun des éléments qui le composent. Les éléments organ'ques vivent d'une vie propre ; chaque cellule a son autonomie ; elle se dé\eloppe, se nourrit, se produit ou se reproduit dans h milieu intérieur, comme le fait un animal, une plante dans le milieu cosmique; chacune possède une physionomie particulière et varie entre des limites déterminées ; chacune, après avoir accompli son travail spécial, périt, disparait et est remplacée par une antre qui lui succède dans sa fonction.

Ainsi, non-seulement après avoir acquis sa forme, l'organe acquiert sa fonction par une métamorphose histologique intime, mais encore il ne perpétue cette fonction que par la succession des éléments cellulaires qui naissent, se développent, vivent comme des êtres indépendants, et cela pendant toute la durée de son existence fonctionnelle.

On comprend que ces cellules soient influencées par des conditions particulières ou nouvelles auxquelles elles sont exposées, conditions dont l'action pourra se traduire par des modifications dans la forme, dans le volume, dans la constitution, dans l'activité de la cellule, dans sa multiplication, dans sa durée, etc.; c'est, en effet, ce qui arrive d;ms une foule de circonstances diverses.

Ainsi, par exemple, l'cpiderme acquiert un développement exagéré qui a été ■désigné sous le nom d'ichthyose locale, à la suite de certaines excitations fréquemment répétées, comme on le voit souvent à la partie antérieure et inférieure des cuisses, chez les cordonniers, aux coudes chez les imprimeurs de papier, aux eous-de-pied chez les frotteurs, etc. (llayer, Traité des maladies de la peau, Paris, 1855, t. III, p. 619).

Des productions cornées i'un grand volume ont été observées par M. Jules Cloquet au front d'une femme à la suite d'une brûlure, et, par Antoine Dubois (ibid., p. 641), chez une autre femme à la suite d'une contusion. Les kéloïdes sont des productions histologiques qui se développent à la suite des plaies.

Chez un enfant âgé de deux ans qui avait eu un vésicatoire au bras pendant trois mois, Rayer vit toute la partie qui en avait été le siège se couvrir d'un grand nombre de poils qui ont persisté, et chez un étudiant en médecine, il observa un fait semblable sur des parties qui avaient été exposées à une insolation {ibid., p. 724).

Les téguments avoisinant des plaies qui sont longtemps le siège d'une inflammation subaiguë se couvrent quelquefois de poils nombreux, longs et gros. Des phénomènes semblables se produisent dans des fractures, des caries, des arthrites chroniques, etc. Huuter, Boyer, Paget et beaucoup d'autres chirurgiens en ont rapporté des exemples.

La greffe animale donne aussi lieu à un développement histologique exagéré.

1 M. Ch. Robin a donné quelques notions nouvelles sur les anomalies des cellules. Voir son ouvrage intitulé: Anatomie et physiologie cellulaire, p. 443. Paris, 1875.

La transplantation de l'ergot du coq sur la crête de cet animal en est un exemple vulgaire ; mais Mantegazza rapporte un fait de ce genre qui mérite d'être cité : l'ergot d'un coq inséré dans l'oreille d'un bœuf s'y développa pendant huit ans; il était alors long de 24 centimètres et pesait 396 grammes (Mantegazza, Degli innesti animali, etc,, Milano, 1865, p. 51, tab. 3. Cité par Darwin. Variât., t. II, p. 594).

Un stimulus parasitaire cbez les animaux détermine aussi une grande activité dans le développement des éléments histologiques ; c'est ainsi que se forment certaines tumeurs vermineuses de l'cesopbage chez le chien (tubercules vermineux), des artères mésentériques chez les solipèdes (anévrysmes vermineux) ; c'est ainsi que la peau acquiert quelquefois une véritable hypertrophie sous l'influence des excitations produites par la présence des acares dans la gale1.

Mais les plus remarquables de toutes ces productions histologiques s'observent chez les végétaux, où elles se manifestent sous des apparences diverses, soit qu'elles consistent en une hypertrophie ou une hyperplasie totius subslantice, comme dans les feuilles qui forment des coques, ou dans les épis monstrueusement déformés du maïs atteint du charbon, dans les bourgeons floraux de l'églantier qui deviennent des bédéguars, soit qu'elles se développent de points limités qui se couvrent de poils exubérants, ou de tumeurs saillantes connues sous le nom de galles.

L'excitation qui détermine la production surabondante des éléments histologiques dans ces cas est due tantôt à des animaux,, tantôt à des végétaux. Les animaux sont des insectes suceurs, des arachnides (acariens), des helminthes (anguillules) ; les végétaux sont des champignons et des vibrioniens (bactéries?).

Les tumeurs ou les tuméfactions sont composées par des cellules plus ou moins anormales, mais qui pro\iennent par prolifération ou autrement des cellules normales. La transition des unes aux autres est palpable. Les cellules anormales subissent généralement deux déviations principales, l'une dans l'exagération de leur volume, l'autre dans des déformations diverses. Ces cellules peuvent encore être modifiées dans leur vitalité et dans leur constitution intime; en effet, les tumeurs qu'elles forment ont une évolution particulière, individuelle en quelque sorte, comme nous le dirons ci-après ; elles acquièrent quelquefois une composition chimique distincte de celle du végétal qui leur donne naissance, comme on le sait pour les galles du chêne. Ainsi, au point de vue de leur genèse, ces tumeurs nous offrent une homologie évidente; au point de vue de leur évolution et de leur composition chimique, elles nous offrent quelquefois des caractères de l'hétérologie.

Nous voyons, par ces exemples, que sous l'action d'un stimulus plus ou moins prolongée, il se produit dans les tissus une exaltation de l'activité vitale, laquelle se traduit par le développement de cellules nouvelles, nombreuses, volumineuses, plus ou moins différentes des cellules normales et dont la vie se particularise et devient quelquefois indépendante de celle de la partie qui leur sert de mère et de nourrice.

Nous pourrions avec quelque vraisemblance rapprocher des faits dont nous venons de parler, comme étant leurs analogues, un grand nombre d'autres qui n'en diffèrent pour nous, sans doute, que par l'obscurité de leur cause. On ne peut mé-

1 Bœck, de Christiania, a vu les ongles mêmes devenus très-épais chez une fille affectée d'une gale grave. Recueil d'observ. sur les maladies de la peau. Christiania, 1855 et Gmtrac, lue. cit. II, p. 345.

connaître, en tout cas, dans ces faits tantôt une génération cellulaire exagérée, tantôt en même temps une constitution anormale de la formation nouvelle; nous citerons comme exemples : les tumeurs de substance cérébrale grise existant dans des parties du cerveau qui ne sont formées normalement que de substance blanche, tumeurs observées plusieurs fois chez des idiots ; des exencéphalies congéniales partielles qui sont parfois de véritables hyperplasies ; l'hypertrophie musculaire du coeur, celle des glandes lymphatiques ou celle de Ja glande thyroïde dans certains goitres; les exosloses éburnées, boutonnées, des productions raehitiques, certains nœvi, des verrues, les déviations des cornes, des ongles, des poils, des plumes, l'ichthyose, etc. Enfin certains kystes qui trouvent leur origine dans un développement exagéré des corps de Rosenmùller ou des corps innomés de Giraldès, etc.

Chez les végétaux, l'hypertrophie simple, c'est-à-dire sans cause appréciable, a été souvent observée dans les feuilles, dans les diverses parties de la fleur et des fruits. Ces cas sont considérés par les botanistes comme des monstruosités. (A. Moquin- Tandon, Éléments de Tératologie végétale, p. 136, Paris, 1841.)

D'un autre côté, certaines influences agissent en sens inverse de celles dont nous venons de parler et changent la constitution histologique des parties en détruisant plus ou moins leurs éléments cellulaires, en appauvrissant la constitution des tissus. Les exemples en sont trop nombreux pour que nous ayons besoin de nous y arrêter. Des modifications analogues ont aussi leur cause dans la suppression de certains rapports physiologiques. M. Vulpian a montré que, à la suite de l'amputation d'un membre, les cellules ou les tubes nerveux s'atrophient dans certains points de la moelle épinière, et la constitution histologique de ces parties subit une modification profonde et durable.

Enfin des déviations histologiques nombreuses et plus ou moins graves se rencontrent chez certains êtres dégénérés, chez les albinos, par exemple, chez les éléphautiasiques, etc.

B. Évolution. Les organes acquièrent leur constitution histologique avec une régularité prédéterminée, mais leurs éléments constiLutifs se renouvellent, et ce renouvellement est plus ou moins actif suivant des conditions naturelles ou accidentelles qui sont sujettes à varier. De sorte que des déviations histologiques peuvent se produire depuis les premiers temps du développement embryonnaire jusqu'au terme de l'existence de l'individu; toutefois, il est clair que ces déviations seront généralement d'autant plus importantes qu'elles seront plus rapprochées de l'époque où l'organe se constitue histologiquement, et que l'intensité des causes perturbatrices sera plus grande.

Après la naissance chez l'homme, deux phases évolutives importantes doivent encore s'accomplir; l'une est en rapport avec le développement dentaire, l'autre avec le développement sexuel. Ces phases évolutives peuvent donc donner lieu l'une et l'autre à l'apparition de productions anormales. En effet, on voit quelquefois paraître une molaire là où devait se développer une incisive, une dent double au lieu d'une simple, et d'autres dans dis parties qui devaient en être tout à fait privées.

L'évolution sexuelle ne comprend pas seulement les organes mêmes de la génération, elle porte encore son influence sur le reste de l'économie, sur le larynx, par exemple, et sur le système pileux. Il serait inutile de rapporter ici des exemples de ces modifications qui sont en rapport avec le développement ou la perte

de l'organe qui détermine le se\e, a\ec les périodes du rut chez les animaux, modifications qui sont si remarquables chez les oiseaux dont le jilumage prend un éclat nouveau, et dont la tète s'orne parfois de caroncules plus ou moins volumineuses et bizarres.

Les déviations qui se manifestent dans ces phases évolutives doivent être rapportées aux anomalies liistologiques, car les dents, les cornes, les poils et les plumes sont des produits sécrétés de l'organisme, des phanères, suivant l'expression de de Blainville, et n'ont sur l'animal qu'une exislence transitoire.

Quant au développement des organes générateurs eux-mêmes, à l'époque de la puberté ou du rut, il est alors tout histologique ; ces organes, en effet, préexistent, au moins à l'état rudimentaire, ainsi que les mamdles surnuméraires et les caroncules des oiseaux ; les anomalies qui les atteignent aux époques de la puberté et du rut sont donc aussi des déviations histologiques.

L'évolution des anomalies histologiques déterminées par des causes morbides est plus ou moins accessible à notre observation.

Celles qui atteignent les organes dans leur constitution intime ne sont appréciables pour nous d'abord que par des désordres fonctionnels, telles sont les modifications cellulaires occasionnées par l'alcoolisme, par les émanations saturnines, paludéennes, etc., celles au moins que l'on peut supposer être déterminées par ces causes. Sous ces diverses influences, les organes doivent subir dans leur type histologique des changements progressifs et plus ou moins profonds, autant que l'importance de leurs fonctions le permet, et les fonctions mêmes sont modifiées en raison de la déviation histologique. Ainsi l'on conçoit qu'il puisse s'établir, dans un organisme en apparence parfait, des anomalies profondes et dont l'analyse histologique seule pourrait nous donner la notion exacte.

Ces considérations relatives aux anomalies histologiques intimes sont encore presque entièrement du domaine de la spéculation ; il n'en est pas de même des anomalies histologiques déterminées par des influences extérieures et locales.

Il ne sera pas hors de propos d'exposer ici l'évolution de quelques-unes de ces productions histologiques.

On observe assez souvent sur les feuilles du rhododendron des Alpes des excroissances globuleuses qui sont de véritables galles. Les recherches les plus minutieuses n'y peuvent cependant faire découvrir la présence ou la trace d'un insecte. Leur volume varie depuis celui d'une très-petite tète d'épingle jusqu'à celui d'une, galle de chêne complètement développée. On reconnaît, dans les plus petites, un tissu de cellules plus ou moins volumineuses et déformées, filles des cellules normales de la base qui les porte. Dans les plus grandes, on voit, en outre, les filaments très-ténus du mycélium d'un champignon qui se ramifie dans les espaces intercellulaires. Ces filaments existent aussi dans les plus petites galles, mais leur extrême minceur les y fait méconnaître, et c'est seulement par une recherche spéciale et minutieuse qu'on peut constater leur existence. Dans tous les cas le mycélium du champignon ne forme qu'une partie insignifiante du volume de la galle.

Le développement de ce champignon dans un point du parenchyme normal de la feuille est la cause de la piolifération des cellules et de leur déviation anormale. L'évolution du champignon et celle des cellules déviées du rhododendron sont corrélatives : à mesure que celles-ci se multiplient, le mycélium grandit; puis il affleure à la surface et produit des corps reproducteurs ou conidies en nombre

prodigieux qui forment sur l'épiderme une mince couche grisâtre. Alors la galle se ramollit, l'intérieur en devient spongieux, se creuse de cavités irrégulières et tombe en détritus. Cette évolution es-t tout à fait indépendante de celle de la feuille nourrice qui existait avant la formation de la galle et qui lui survit.

Une déviation non moins remarquable du développement des éléments histologiques et de leur évolution s'observe dans les épis du maïs atteints par le charbon que détermine un ustilago (U. May dis). Les filaments du mycélium du champignon parasite pénètrent entre les cellules normales, qui prennent un grand volume en même temps qu'une prolifération exagérée. L'épi acquiert alors une grosseur, extra ordinaire, et les grains ne s'y forment pas, du moins dans les parties envahies. Toute la tumeur paraît primitivement constituée par des cellules, car les filaments de Vustilago sont, dans les premiers temps, à peine visibles aux plus forts grossissements. Plus tard, ces filaments pénètrent à l'intérieur même des cellules hypertrophiées et se développent en un tissu sporigène; les parois cellulaires se détruisent et, dans le plasma mucilagineux qui reste, il se produit une quantité innombrable de spores ; enfin toutes les cellules qui avaient été épargnées achèvent de se détruire, et l'épi monstrueux tombe en pourriture bien avant l'époque de la maturité des épis sains.

La marche de ces tumeurs parasitaires est donc analogue à celle de certaines tumeurs hétérologues des animaux et les analogies mêmes, si on les poussait plus loin, nous offriraient encore quelques aperçus remarquables : les cellules qui forment la presque totalité de la tumeur naissent des cellules normales dont la vitalité seule a été modifiée. Quant au champignon, à peu près invisible d'abord, il joue le rôle d'excitateur et ne compte point, pour ainsi dire, dans la masse de la tumeur ; il est l'agent qui la produit, qui détermine son évolution, et qui la propage.

Quelle opinion se ferait-on de la nature de ces tumeurs si, plus mince encore, le mycélium qui les pénètre échappait à nos investigations? En quoi différeraientelles pour nous des tumeurs hétérologues constituées par des cellules qui, chez les animaux, envahissent les organes comme des parasites, vivent et se détruisent, suivant une marche qui leur, est toute spéciale?

Mais ne pourrions-nous renverser la proposition et nous dire : en quoi différeraient les tumeurs hétérologues des animaux, de celles dont nous venons de parler, si ce n'était par l'extrême petitesse d'un parasite excitateur qui reste invisible à notre observation ? Nous ne voulons point affirmer l'existence d'un tel parasite, nous voulons montrer seulement que si, par le perfectionnement de nos moyens de recherche, on venait à en constater la présence dans des tumeurs hétérologues, toutes les questions si obscures, relatives à la genèse et à l'évolution de ces tumeurs, seraient, par cela même, résolues de la manière la plus claire.

Or les tumeurs végétales peuvent se produire sous l'excitation d'êtres vivants moins élevés encore dans leur organisation, et moins visibles que ne sont les champignons. Il importe, au point de vue de la question qui nous occupe, d'exposer le fait avec quelques détails.

Un savant botaniste russe, M. Michel Woronine, a vu, sur les racines du lupin des jardins (Lapinus mutabilis), de petites excroissances semblables à des galles qu'il a étudiées avec soin. Ces excroissances acquièrent jusqu'à deux centimètres d'épaisseur; les plus petites ont leur surface unie ; les plus grosses sont inégales et bosselées. Elles sont formées par deux sortes de tissu parenchymateux différents séparées en deux couches distinctes par des faisceaux vasculaires qui pénè-

trent dans l'excroissance et s'y ramifient. La couche la plus superficielle du parenchyme n'est qu'une extension du tissu cellulaire de l'écorce môme de la racine du lupin et n'a rien qui doive nous occuper particulièrement.

La couche intérieure du parenchyme constitue des masses de cellules entourées par les ramifications des faisceaux vasculaires. Chacune de ces masses croît en s'allongeant de l'intérieur vers la périphérie de l'excroissance, de sorte que les cellules du centre sont toujours les plus développées et les plus anciennes.

« Le contenu des cellules du parenchyme intérieur est un plasma incolore, peu transparent mucilogineuxqui contient d'abord (c'est-à-dire dans ses plus jeunes cellules) un nombre très-restreint de granulations. Lorsque les cellules sont un peu plus âgées, les granulations s'y montrent en nombre beaucoup plus considérable ; à un degré de développement encore plus avancé, ces corpuscules ont perdu leur forme sphérique initiale, pour prendre celle de petits cylindres ou plutôt de bâtonnets d'égale épaisseur dans toute leur étendue. Les cellules qui contiennent maintenant ces corpuscules allongés, et qui sont pour la plupart à peu près aussi larges que longues ont de 0mm,020 à 0mm,040; quelquefois cependant elles sont sensiblement plus longues dans un sens que dans l'autre, leur plus grand diamètre pouvant être de 0mtn,039 à 0mm,064, le plus petit étant de 0mm,016 à 0mm,028. On reconnaît en même temps que ces cellules, jadis polygonales, se sont graduellement arrondies et qu'elles commencent à se séparer

les unes des autres La désagrégation du parenchyme intérieur en ses cellules

élémentaires, désagrégation qui commence par les parties les plus anciennes et les plus développées des excroissances, est déjà en elle-même un phénomène très-remarquable ; mais ce qui est plus curieux et plus remarquable encore, c'est ce qui suit : Si l'on dépose sur une plaque de verre, dans de l'eau trèspure, quelques-unes de ces cellules désagrégées, on trouve dans cette eau, au bout d'un petit nombre d'heure (de six à huit et quelquefois moins) de petits corps allongés, tout à fait identiques de forme et de grandeur avec les corpuscules en forme de bâtonnets que nous avons vus plus haut être renfermés dans les cellules du parenchyme, et, chose singulière, la plupart sont doués de la faculté de se mouvoir avec plus ou moins de rapidité. Peu d'instants suffisent pour faire reconnaître que ce sont effectivement les mêmes corpuscules qui sont sortis

de leurs cellules et qui se meuvent en toute liberté dans l'eau Si l'on examine

parmi les cellules du parenchyme, celles dont le développement est le plus avancé, les plus mûres pour ainsi dire, on voit, dans leur intérieur, une masse toute composée de ces corpuscules agglomérés et immobiles : mais entre cette masse qui ne remplit pas toute la cellule et les parois de cette dernière, il existe un intervalle rempli de liquide transparent, dans lequel s'agitent çà et là des corpuscules

détachés de la masse ces corpuscules ont à peine 0min,0016 à 0m"\0028 de

longueur; l'iode les colore en jaune; un mélange d'iode et d'acide sulfurique en jaune plus foncé ou jaune brun. Sous tous les rapports ils ont la plus grande ressemblance avec ces organismes de nature douteuse, qu'on désigne sous le nom de Bacteriwn, Duj. Vibrio, Ehrenb. Zooglœa, Colin., etc., et l'on pourra sans violenter les analogies, les ranger dans la même classe.

« Il est difficile de dire au juste combien de temps peut durer la faculté locomotrice de ces petits êtres Ceux chez qui le mouvement s'est arrêté subissent bientôt de singulières transformations : d'abord ils s'allongent, puis ils se divisent en fragments qui ont aussi l'apparence de petits bâtonnets; on les voit aussi produire des sortes de gemmes, qui tantôt se détachent du corpuscule mère,

tantôt lui restent adhérents, et représentent par leur réunion des ligures variées, celles, par exemple, de colliers, de croix, de filaments moniliformes, etc. » (M. Woronine. Observations sur certaines excroissances que présentent les racines de l'Aune et du Lupin des jardins, in. Ann. des sciences naturelles. Botanique. Paris, 1867. t. VII, p. 73).

Nous avons vu, dans divers exemples, que les causes irritatives produisent dans les cellules des animaux et dans celles des végétaux des déviations analogues et il en doit être ainsi, puisque l'évolution chez les uns et chez les autres s'accomplit suivant les mêmes conditions physiologiques. Il n'est donc point irrationnel de chercher, dans les déviations histologiques des végétaux, des analogies •qui puissent expliquer celles des animaux ou qui puissent guider nos investigations relativement à la genèse et à l'évolution de ces dernières. Si nous supposions que certaines tumeurs hétérologues, chez l'homme, ont pour cause un parasite qui détermine leur évolution spéciale et qui les régénère soit sur l'individu même, soit chez un autre, mais qui échappe à nos regards, nous ferions une supposition conforme aux analogies et contre laquelle on ne pourrait élever qu'une, seule objection, c'est que ce parasite n'a jamais été vu. Or, pour connaître les phénomènes de la nature, il faut deux conditions : 1° posséder les moyens d'observer; 2° chercher ce qu'on veut voir. Le microscope nous ouvre un champ d'observation immense, mais encore trop limité; toutefois, dans ce champ trop étroit ouvert à nos investigations, que de faits se découvrent chaque jour! La galle du Rhododendron a été maintes fois vue par l'illustre Léon Dufour ; il y chercha vainement et souvent l'insecte qui, suivant lui, devait la produire; et, dans cette galle paradoxale, examinée avec d'autres idées, nous avons déterminé facilement l'existence d'un parasite, mais d'un autre genre.

Rien donc ne nous éloigne de croire que la cause de certaines tumeurs hétérologues chez les animaux, se trouve être comme dans certaines tumeurs des végétaux, un parasite, parasite qu'il faut chercher parmi les êtres vivants les plus inférieurs, les plus petits et les plus faciles à confondre avec les éléments mêmes de nos tissus. Et, dans ce cas, les éléments cellulaires qui forment la masse de la tumeur seraient simplement déviés ou anormaux.

C. Hérédité'. Les déviations histologiques, aussi bien que les déviations morphologiques, ont la faculté de se transmettre héréditairement; c'est ce que prouvent des faits nombreux; l'ichthyose (Rayer. Ouv. cit., t. III, p. 621.), par exemple, la leucopathie (id., ib., p. 563.), sont des anomalies des couches épithéliales ou pigmentaires dont la transmission des parents aux enfants a été plus ou moins souvent constatée.

Ch. Darwin a cité plusieurs cas de membres d'une même famille qui avaient, dès l'enfance, une mèche de cheveux blancs, ainsi que leurs parents et leurs grand s- parents (Darwin Ouv. cit., t. II, p. 6). Nous avons vu un lait semblable chez une mère et ses deux filles. Un homme, dont le corps entier était velu, à l'exception des pieds et des mains, observé par M. Crawfurd, en 1829, eut une fille dont tout le corps et même la face se couvrirent également de poils '-.

Des saillies cornées de la peau ont été transmises du père à l'enfant. Un fait de ■ce genre extrêmement remarquable a été souvent cité. Il a été observé pendant plus d'un siècle dans cinq ou six générations successives, et il eut pour histo-

1 Beigel a publié la relation de ce cas dans le 44e volume des Archives de Virchow. Il s'agit d'une famille du royaume d'Ava, qui présente déjà depuis trois générations des individus très-velus. La dentition en outre est très-incomplète chez ces individus.

riens : l'astronome Machin (Philosoph. Transact., 1731, n° 424.), Baker (ibidn 1755, vol. XLIX, part. I), Girardeau [Ancien Journal, 1771, t. XXXVI, p. 149), Tilesius (Altenburg, 1802, in-fol.), Etienne Geoffroy Saint-Hilaire (Note sur deux frères de la race des hommes porcs épies. Bull, philom. III, p. 145, 1802),. Lauth (Mém. de la soc. d'ag. se. et arts, de Strasbourg, 1811, t. I, p. 327), Lobstein (Anat. palh., t. I, p. 359), Gintrac (Maladies de la peau, t. II, p. 225. Paris, 1859.). Il s'agit de la famille Lambert, de Suffolk, dont plusieurs des membres se montraient dans les foires. Toute la surface du corps, excepté la face, la paume des mains, la plante des pieds et les parties génitales, était couvertes d'excroissances cylindroïdes ou cuboïdes, aplaties sur les côtés, de deux à trois centimètres de longueur, et de quatre à cinq millimètres d'épaisseur, implantées sur une peau blanche et d'ailleurs saine. Ces sortes d'épines étaient brunes, sèches, dures, mobiles et produisaient, en se choquant, un petit bruit de parchemin froissé. Ces productions cornées tombaient tous les ans, vers l'automne, et se renouvelaient ensuite. Elles se montraient généralement chez les enfants de celte famille vers le deuxième ou le troisième mois après la naissance.

Les premières observations remontent à 1751 (Machin), et les dernières sont de 1854 (London, Med. and Surg. Journal, sept. 1854, et Arch. génér. de médecine, 2e série, t. VI, p. 426).

Un homme, dont plusieurs parties du corps et surtout la face sont couvertes de poils touffus, se montre en ce moment à Paris avec son fds également velu, sous le titre de Homme-chien. Cet individu s'est fait voir dans divers pays et a occupé plusieurs fois la presse médicale (Voy. Virchow. Les hommes velus de Russie. Berlin. Klin. Wochens., 1875, n° 29; et Hayem, Revue des sciences, Paris,. 1873).

La race remarquable des moutons., dits de Mauchamp, dont la toison possède des qualités particulières, provient d'un agneau qui naquit en 1828 avec une laine longue, droite, lisse et soyeuse, bien que celle de ses parents prochains au éloignés n'eût d'autres qualités que celles de la race des mérinos ordinaires à laquelle ils appartenaient. Ce mouton transmit les précieuses qualités de sa laine à ses descendants qui forment aujourd'hui une race très-recherchée. (Nouv. dict. pratique de méd. vétérinaire, de Bouley et Beynal, art. Hérédité, p. 107). M. Eug. Gayot a formé de même une race de léporides longue-soie (Eug. Gayot, ibid., p. 172).

Enfin, l'on sait qu'il existe des races fixées de poules et de pigeons à plumage soyeux.

Ainsi des productions Idéologiques nouvelles, surabondantes, ou anormales, se transmettent héréditairement ; or l'anomalie qui consiste dans l'absence de ces productions se transmet de même par hérédité. Les moutons et les bœufs sans cornes, dont on a formé des races fixées, nous en of.rent des exemples. Heusner rapporte le cas singulier d'un pigeon totalement dénué de plumes, lequel engendra un autre pigeon femelle qui produisit des petits également privés de plumes. (Heusner. Descript. monstr. avium, amphibiorum, piscium Diss. inaug. Berol, 1824, cité par Beneke, p. 123).

Chez l'homme, l'alrichose ou alopécie se transmet quelquefois héréditairement (Raedt, Depuis. Groningœ, 1835, p. 40 et 45. Gintrac). L'absence des dents de la première ou de la seconde dentition est parfois aussi héréditaire. Le docteur Raoul Leroy-d'Étiolles a constaté ce fait chez une mère et ses trois enfants (Comptes rendus Soc. Biologie, t. III, p. 96, année 1851). L'homme-chien et son

fils dont nous avons parlé, sont aussi l'un et l'aulre privés d'un certain nombre de dents. Les individus de la famille velue, observée par Crawfurd, offraient également un développement tardif et très-incomplet des dents qui ne dépassaient pas la dizaine.

Nous avons vu que toute déformation ou toute difformité acquise après le développement des organes ne constitue point une anomalie, et qu'elle ne peut se transmettre par hérédité. En effet, l'anomalie morphologique devient héréditaire comme la variation parce que, dans le cours de l'évolution, elle s'est identifiée avec le type physiologique ou spécifique. Les anomalies histologiques doivent évidemment suivre la même loi. Elles ne seront donc transmissibles par hérédité qu'à la condition de s'être formées par l'évolution naturelle des éléments qui constituent les organes; ainsi, une cicatrice, une tumeur, un tissu étranger propagé par la greffe, etc. qui ne changent rien au type organique, ne se transmettront point des parents aux enfants.

Or, chez l'homme et chez les animaux voisins, les organes étant morphologiquement constitués, au moment de la naissance, les anomalies morphologiques transmissibles par hérédité sont nécessairement toutes congéuiales. Les anomalies histologiques, au contraire, peuvent se former après la naissance, et même pendant toute la durée de l'existence; elles moJifient donc le type physiologique h quelque époque que ce soit de la vie, et l'on conçoit que le type nouvellement acquis puisse se transmettre par génération du parent à l'enfant.

Les modifications tardives ou les variations du type histologique expliqueraient probablement la transmission du père au fils de certaines expressions de physionomie, de certains tics ou de certaines aptitudes acquises par le premier dans l'âge mûr ou même dans la vieillesse. Elles expliqueraient plus facilement encore l'hérédité de certaines constitutions, de certaines dégénérescences ou de certains vices physiques acquis par les parents d ans l'exercice de la vie.

Ce n'est pas ici le lieu d'approfondir cette intéressante question ; il nous suffira <le citer quelques exemples d'anomalies histologiques acquises, et dont l'hérédité a été quelquefois constatée. Plusieurs de ces exemples, en tant qu'anomalies histologiques, sont sans doute très-discutables, mais nous les livrons pour ce qu'ils valent, sans leur attribuer une valeur absolue.

M. Gintrac, d'après plusieurs auteurs, affirme l'hérédité de la lèpre (Ouvr. cit., t. II, p. 750) ; le goitre se transmet quelquefois de cette manière (Blain des Cormiers, Des causes qui président au développement de V hypertrophie. Paris, 1855, p. 57) ; certaines exo^toses, chez les chevaux, atteignent leur descendance (Ch. Darwin, Ouvr. cit., t. II, p. 24). L'hypertrophie du cœur s'est transmise dans certaines famillles pendant plusieurs générations (Blain des Cormiers, Ouvr. cit.) ; le même fait a été observé par Boyer pour l'hypertrophie des amygdales, et par M. Briquet pour celle des veines. D'après Morel, l'atrophie cérébrale se transmettrait aussi des parents aux enfants (Ouvr. cit., p. 58). Le même auteur rapporte des faits de rachitisme acquis et devenu héréditaire (îbid., p. 581) ; le docteur Heitzmann a donné la confirmation de ces faits par l'expérimentation sur des animaux carnassiers (Du développement artificiel du rachitisme et de ïosteomalacie. In Allegemeine Wiener medizinische Zeitung, 1873).

La transmission héréditaire des caractères organiques est aussi peu expliquée que la génération même. Les maladies qui sont déterminées par un virus se régénèrent sans doute par la transmission de ce virus du parent à l'enfant ; mais

dict. ekc. 2e s. IX. 16

em MONSTRES.

l'épilepsie, l'hystérie, les maladies mentales, les affections du cœur, celles de la peau et les dégénérescences diverses dont le fils porte les stigmates ; pourquoi,, comment sont-elles héréditaires ?

Si nous supposons que ces diverses affections sont en rapport avec la constitution histologique des organes, constitution anormale, acquise par des influences pathologiques d'une certaine durée; nous rapprocherons les conditions de la transmission héréditaire de ces affections de la condition de la transmission des anomalies et des variations du type physiologique, Par exemple, dans l'alcoolisme, dans l'intoxication saturnine, les organes étant atteints dans leur compo.-ition intime, pouvons-nous admettre que les éléments histologiques restent intacts, et que leurs modifications ne deviennent point permanentes? Le procréateur, dans ce cas, ne transmet-il pas à sa progéniture le type histologique anormal dont son cerveau, son foie, ou tel autre organe est actuellement atteint, ainsi que l'altération fonctionnelle qui en est la fatale conséquence?

L'épilepsie traumatique héréditaire du cobaye, réalisée dans les expériences de M. Brown-Séquard, ne peut-elle s'expliquer par les modifications histologiques des centres nerveux consécutives aux blessures de la moelle épinière ? (Brown- Séquard. Comptes rendus de la Société de biologie. 3e série, t. I, p. 194. Paris, 1860). Nous nous bornerons, dans la question qui nous occupe, à cette simple indication des rapports qui existent entre la transmission héréditaire des anomalies morphologiques et celle des anomalies histologiques, puis des rapports qui existent peut-être, ou probablement entre ces dernières anomalies et des éiatspathologiques transmissibles héréditairement. Tout le reste serait entièrement du domaine de la spéculation.

En effet, la question de l'hérédité des caractères organiques des parents n'est pas aujourd'hui plus avancée qu'au temps d'Hippocrate, qui disait : « Cùm nempe genitura ab omnibus corporis partibus procédât, à sanis sana, et à morbosis morbosa (de Morbo sacro, sect. III, éd. Foes, p. 303, 1557). » Les théories les plus célèbres ou les plus modernes, celle de Buffon et celle toute récente de Darwin, ne sont, en définitive, qu'une paraphrase de la manière de voir du père de la médecine.

« Chaque partie du corps organisé, chaque moule intérieur, disait Buffon, n'admet que les molécules organiques qui lui sont propres, et quand le développement et l'accroissement sont presque faits en entier, le surplus des molécules organiques qui y servaient auparavant est renvoyé de chacune des parties de l'individu dans un ou plusieurs endroits où, se trouvant toutes rassemblées, elles forment par leur réunion un ou plusieurs petits corps organisés, qui doivent être tous semblables au premier individu, puisque chacune des parties de cet individu a renvoyé les corps organiques qui lui étaient les plus analogues... » (Ghap. IV. De la génération des animaux).

L i hypothèse provisoire de la pangenèse par laquelle Darwin se propose d'expliquer la transmission héréditaire du type spécifique, de ses variétés ou de ses anomalies n\st point autre chose que l'hypothèse de Buffon arrangée au goût moderne. Le célèbre naturaliste anglais suppose que les cellules émettent de petits grains ou atomes qui circulent librement dans tout le système, et qui, dans certaines conditions se multiplient par division et se développent ultérieurement en cellules semblables à celles dont elles dérivent. Ces grains, qu'on peut appeler des gemmules cellulaires, ou simplement des gemmules se transmettraient des parents aux descendants, et se développeraient généralement dans la première génération;.

MONSTRES. 2i3

mais ils pourraient aussi se transmettre pendant plusieurs générations dans un état donnant ou de vie latente et se développer plus tard. Le retour des caractères organiques propres à un ascendant éloigsé dépendrait de ce que l'ancêtre tiausmettrait à ses descendants des gemmule? dormantes qui se développeraient occasionnellement sous l'influence de causes connues ou inconnues. Finalement, d'après l'hypothèse, la propriété de propagation dont est douée chaque cellule séparée , détermine la reproduction, la variabilité, le développement et le renouvellement de tout organisme vivant. Chaque être vivant est un microcosme composé d'une foule d'organismes aptes à se reproduire par euxmêmes, d'une petitesse inconcevable et aussi nombreux que les étoiles du firmament (De la variation des animaux, etc.).

Telle est la théorie de Darwin, la dernière expression scientifique relative à la question qui nous occupe. Nous ne serons pas moins avancé si nous avouons simplement que la cause de l'hérédité des caractères naturels ou morbides chez les êtres vivants, est recouverte pour nous d'un voile impénétrable.

XIV. Hypothèses, théories, explications concernant l'origine des anomalies. A. Historique. La connaissance des conditions par lesquelles se forme la monstruosité a dû nécessairement être précédée de la connaissance de l'évolution normale des animaux. Or celle-ci n'a été acquise que par les progrès récents des sciences. Jusqu'alors les opinions relatives aux causes et au mode de formation des déviations organiques ne pouvaient être fondées sur des faits suffisamment bien connus. Parmi ces opinions, les unes, purement imaginaires, attribuaient la cause des monstruosités à des influences surnaturelles ou extra-naturelles. Tantôt c'était la volonté divine qui menaçait ou punissait ; c'était le démon accomplissant son œuvre malfaisante ; tantôt c'était la nature qui montrait sa puissance en variant ses types, ou bien c'étaient des rapports infâmes entre des hommes et des animaux donnant des produits contre nature, etc.

Les autres opinions consistaient en des conceptions hypothétiques, relativement aux conditions de la génération des animaux et aux anomalies qui en seraient la conséquence. Suivant Empédocle, dont Phitarque nous a conservé la doctrine, les monstres sont formés par le défaut de la semence, par son mouvement trop impétueux, par son excès de division ou par son détournement. Les jumeaux et les trijumeaux proviennent de la surabondance ou d'un excès de division de cette semence. Démocrite explique la formation des monstres par le mélange dans la matrice de plusieurs semences différentes, ce qui détermine la coalition ou la séparation des parties.

Aristote attribue à l'excès ou au défaut de la semence, la production de la monstruosité par excès ou par défaut ; mais, suivant ce philosophe naturaliste, d'autres causes encore interviennent dans cette production. « Les monstres, dit-il, sont plus rares chez les animaux qui n'engendrent qu'un petit à la fois et plus fréquents chez ceux qui en engendrent plusieurs, parce que leurs produits restent longtemps au contact les uns des autres ; en effet, les produits de la conception s'unissent parce qu'ils sont rapproches. Ainsi, lorsque deux vitellus, dans un œuf, sont séparés par des membranes, il en naît deux petits, sans aucune partie surnuméraire, tandis que si les vitellus ne sont point séparés par des membranes, il naît des petits monstrueux. On a vu un serpent à deux têtes, car cet animal se reproduit par un œuf, tandis que le même fait ne s'observe point chez l'abeille qui s'engendre dans des cellules distinctes. Ces opinions d'Aristote, tout erro-

nées qu'elles soient, marquent un progrès dans la recherche de la vérité ; au reste, comme explication de la monstruosité double, elles ont été admises avec quelques modifications jusque dans ces derniers temps.

De longs siècles s'écoulèrent entre l'époque d'Aristote et les temps presque modernes où ces questions furent de nouveau agitées.

Le premier auteur qui en fasse l'objet de ses méditations est Ambroise Paré. Vient ensuite Weiniich, dont le traité de la naissance des monstres parut eu 1595. Weimich attribua l'origine de ces êtres difformes à beaucoup de causes diverses, à des influences surnaturelles telles que celle du démon, aux causes admises par Aristote et Démocrite, en outre à l'élroitesse de la matrice, aux lésions des membranes fœtales, aux violences extérieures, à l'ivrognerie, à l'imagination de la mère, etc. Liceti et les auteurs qui lui succédèrent jusqu'au dix-huitième siècle expliquèrent à peu près de la même manière l'origine des êtres monstrueux.

Lorsque les progrès des sciences et les révélations du microscope eurent jeté quelque lumière sur les phénomènes de la génération, de nouvelles opinions surgirent relativement aux causes de la monstruosité. Les savants alors, croyant que l'embryon tout formé préexiste à la fécondation, durent admettre que la monstiuosiié est également préformée dans l'œuf. L'hypothèse des germes originairement monstrueux, conçue par le médecin philosophe Régis (1690), régna longtemps dans la science ; elle fut adoptée par les hommes les plus éminents, tels que Duverney, Littre, Méry, Winslow, Haller, Meckel, etc. D'autres savants croyant que le spermatozoïde est l'embryon même qui, introduit dans l'œuf, n'a plus qu'à s'y développer, attribuaient à cet élément de la semence l'origine de la monstruosité. Parmi ces savants se trouvent Lancisi, Thummig, Boelimer, Ant. Nicolai (cités par Haller, in op. minora), Leeuwenhoek, Darwin (Erasme), Andry, Jacobi, etc.

Toutes ces opinions émanées soit de la crédulité, soit de notions scientifiques incomplètes, se produisirent dès les temps les plus reculés et se perpétuèrent presque jusqu'à nos jours; en sorte qu'on ne peut dire qu'elles appartiennent, dans l'histoire de la Tératologie, à des époques distinctes ou successives.

Vers le commencement du dix-huitième siècle, un anatomiste fiançais, L. Lémery (1754, 1738, 1742), dans une célèbre discussion contre Winslow (1753, 1754, 1740, 1742, 1743) et Haller (1735), soutint que les monstruosités ne sont pas préformées dans l'œuf, mais qu'elles sont l'effet d'un trouble apporté dans le développement d'un animal primitivement bien conformé.

A partir de cette époque, les études qui furent poursuivies sur la monstruosité ont fait reconnaître que les déviations de l'organisme animal se produisent suivant les lois ordinaires du développement des êtres vivants, mais avec l'intervention de quelque cause perturbatrice.

Harvey (1651) avait entrevu cette vérité que Wolff s'efforça d'établir vers le milieu du siècle dernier (1759). Cependant, ce sont les savants de notre époque qui la mirent complètement en lumière. Meckel (1812-1826) et Etienne Geoffroy Saint-Ililaire (1820-1859), parmi les anatomistes, firent faire à celte partie de la science les plus grands progrès. C'est à l'illustre anatomiste français surtout que la Tératologie doit d'être entrée dans une voie tout à fait scientifique. Geoffroy Saint-llilaire fit voir, en effet, que les monstruosités sont soumises à des règles invariables, et que ces règles sont identiques avec celles qui régissent les cires normaux.

L'embryogénie vint ensuite dissiper l'obscurité qui, malgré les travaux remar-

quables de ces savants, enveloppait encore un grand nombre de questions. C'est à de Baër, à Rathke, à Bisehoft, à Coste, etc., que l'on doit dans cette direction les principaux progrès.

B. Théories relatives aux montres unitaires, a. L'une des plus anciennesthéories, celle qui eut le plus de retentissement, expliquait l'origine de la plupart des monstres unitaires par un arrêt ou par un retardement de développement. L'idée première de cette théorie doit être attribuée à Harvey. L'illustre physiologiste reconnut, en elfel, que les animaux supérieurs passent par des phases de développement de plus en plus compliquées : « Sic natura perfecta et divina nihil faciens frustra, dit-il, nec cuipiam animali cor addidit, ubi non erat opus, neque priusquam esset ejus usus,fecit; sed iisdem gradibus in formalione cujuscunque animalis, transiens per omnium animal ium constitutiones (ut ita dicam) ovum, vermem, fœtum, perfeclionem in singulis acquirit. In fœtus for matione, multis observationibus hœc alibi confirmanda sunt » (G. Harvey, Exercit. anatom. de motu cordis, cap. xvn, in-18, 1654, p. 164 et in-8°, éd. 1757, p. 99). Cette observation remarquable contient au moins le germe de la théorie de l'arrêt de développement, dont Harvey fit lui-même l'application au bec-de-lièvre (hare-lip) (\d.De generatione animalium, exercit. lxix, éd. 1737, p. 514).

Dans le siècle suivant, Haller et Wolff (C.-F. Wolff, De ortu monstrorum, in ; novis comm., Petropol., t. XVII, p. 560) expliquèrent l'origine de quelques déviations au type normal telles que l'evomphale, le bec-de-lièvre, par un arrêt dans le développement des parties affectées. Plus tard, Autenrielh (Addit. ad hist. embryonis, p. 58, Tub., 1797) voulut étendre cette explication à presque toutes les anomalies. Mais ces auteurs s'en étaient tenus à de simples aperçus dénués de preuves et insuffisants pour établir leur manière de voir.

En 1805, 1806 et 1812, J.-F. Meckel ayant comparé un grand nombre de déviations organiques avec les phases successives de l'organisme embryonnaire,, montra l'analogie qui existe souvent entre les unes et les autres. (Pour le système vasculaire, in : ReiVs Archiv, Bd. VI, 1805; pour d'autres organes, in: Abhandlungen, etc., Halle, 1806, p. 280-301 ; pour tous les organes in : Manuel d'anat. pathologique, Bd. I, 1812). Tout semblait dit sur la question, lorsque Élienne Geoffroy Saint-Hilaire la reprit (1820-1821) et l'envisagea sous un autre point de vue (Philosophie anat., t. Il, p. 155, Paris, 1822 ; article Monstres du Dict. classique d'hist. naturelle, 1827, et Bull, des sciences médicales, 1826. Voy. aussi Revue médicale, I, p. 277, Paris, 1827).

Pour Meckel, l'arrêt dans le développement des organes est dû le plus souvent à une cause primitive et naturelle en quelque sorte, cette cause étant une monstruosité originelle du germe. Pour Geoffroy Saint-Ililaire, l'arrêt est toujours dû à une cause accidentelle. Les monstruosités dites par défaut sont déterminées par un retardement fortuit de développement, par V interruption d'un développement régulièrement commencé. Ainsi la théorie des arrêts de développement fut établie par les travaux de Meckel, mais elle a dû à ceux de Geoffroy Saint-Hilaire une interprétation différente pour la plupart des cas.

Le progrès accompli par la mise en lumière de cette théorie fut grand, surtout parce qu'elle élevait la Tératologie sur une base scienlifique; mais l'enthousiasme de ses inventeurs et des savants qui les suivirent lui donna une extension et une portée exagérées; il est vrai qu'alors l'embryogénie n'était point assez avancée pour contenir leurs écarts. Suivant Meckel, qui pensait que l'embryon humain,.

dans son développement, parcourt toute l'échelle zoologique et passe de l'état d'animal articulé à celui de poisson, d'amphibie, d'oiseau, le fœtus monstrueux pomait représenter soit l'une, soit l'autre de ces phases évolutives. Suivant Geoffroy Saint-Hilaire, « les êtres anormaux sont, à quelques égards, des embryons permanents ; ils nous montrent, à leur naissance, des organes simples comme aux premiers jours de leur formation, comme si la nature se fût arrêtée en chemin pour donner à notre observation trop lente le temps et les moyens de l'atteindre » (Is. Geoffroy Saint-Hilaire, Dict. d'hist. nat. de d'Orbigny, Paris, 1848, art. Tératologie, p. 463).

Nous avons dit déjà que l'embryon des animaux supérieurs n'accomplit pas exactement l'évolution que croyait Meckel, et, d'un autre côté, le monstre, à sa naissance, ne représente pas un embryon plus ou moins grossi ou grandi, comme semble le croire Geoffroy Saint-Hilaire. Tous ses organes, même ceux qui sont atteints par la déviation, se sont développés suivant les bis ordinaires , ils portent seulement le stigmate d'une cause perturbatrice ou d'une lésion qui les a frappés à un moment donné de l'évolution. Ce stigmate qui sera, par exemple, une fissure du voile du palais, a-t-il une analogie vraie avec la scissure palatine du poisson? Peut-on voir dans l'imperforation de la vulve de la femme, la réalisation d'un état normal de la taupe? Quels sont les animaux, dans les degrés inférieurs delà série, qui nous représentent le type du cyclocéphalien ou de l'anencéphalien? A quelle époque reconnaissons-nous ce type chez l'embryon?

Is. Geolfroy Saint-Hilaire ne dirait plus aujourd'hui : « Les acéphaliens, arrêtés dans leur développement beaucoup plus tôt que les anencéphaliens et les cyclocéphaliens, correspondent dans la série animale à des êtres placés beaucoup plus bas dans l'échelle, les premiers mollusques et les premiers articulés leur étant incontestablement supérieurs » (Isid. Geoffroy Saint-Hilaire, Tératologie, t. Il, monstres acéphaliens). En effet, comment un être constitué par des vaisseaux artériels et veineux, par des os et des muscles, par des nerfs, etc., de vertébrés, assemblage incohérent, incapable par lui-même d'aucune fonction vitale, peut-il être rapproché de l'organisme d'un mollusque ou d'un articulé quelconque?

A propos de l'exagération, et nous dirons presque de l'absurdité de pareils rapprochements, nous répéterons volontiers avec Breschet (art. Anencéphale) que notre siècle doit se garder de refaire les contes ridicules d'Ambroise Paré, de Liceti et autres, qui trouvaient aussi des analogies entre les êtres monstrueux et divers animaux, comme la grenouille, le crapaud, etc.

b. Etienne Geoffroy Saint-Hilaire a cherché dans le principe du balancement des organes la raison de certaines anomalies (Philosophie anatomique, t. II, p. 2i4, Paris, 1822) : « Un organe normal ou pathologique n'acquiert jamais une prospérité extraordinaire, qu'un autre de son système ou de ses relations n'en souffre dans une même raison... Ainsi, ajoute Is. Geoffroy, dans l'histoire des travaux de son père, une augmentation, un excès sur un point, suppose une diminution sur un autre, et, comme le dit Goethe, le budget de la nature étant fixe, une somme trop considérable affectée à une dépense exige ailleurs une économie » (Is. Geoffroy, Vie et travaux, p. 214).

Le principe du balancement organique est né de la considération des organes rudimenfaires dans l'économie normale des animaux. Si ce principe trouve dans la zoologie une application philosophique, cette application n'est point aussi heureuse dans la Tératologie, Aussi les exemples donnés pour venir à l'appui de la

thèse sont-ils très-peu nombreux et très-contestables : Qu'un individu bydrocépbale ait une tête volumineuse et les extrémités inférieures atrophiées (lsid. Geoffroy Saint-Hilaire, ouv. cit., part. II, liv. I, chap. îv, note), qu'à la suite de l'affaissement par compression de l'un des poumons l'autre acquière plus de développement, qu'un rein s'hypertrophie lorsque son congénère, devenu malade, a perdu ses fonctions, nous ne voyons en ceci que des effets pathologiques ou physiologiques.

Nous ne voyons pas mieux, quant au principe en question, la signification des faits suivants : Is. Geoffroy Saint-Hilaire a mentionné, d'après Martin Saint- Ange, le cas d'un homme chez qui existait du même côté un rein très-petit et une capsule surrénale très-volumineuse (ibid., part. II, liv. I, chap. iv). Le même auteur rapporte encore que les individus affectés d'ectromélie sont souvent robustes et chargés d'embonpoint (ibid., part. III, liv. I, chap. i); que, dans les cas de môle hydatique, la mort de l'embryon profite au placenta (ibid., part. III, liv. I, ch. xn).

Enfin les recherches de Numan ont semblé prouver que les vaches sans cornes donnent plus de lait que les autres (Mém. cité).

Ces exemples et un petit nombre d'autres aussi peu concluants que l'on pourrait citer encore ne suffisent point pour donner au principe du balancement des organes une importance réelle en tératologie l. On pourrait citer aussi des exemples qui lui sont tout à fait opposés, J'ai rapporté le cas d'une poule dont l'ovaire gauche ne s'était jamais développé (on sait que normalement l'ovaire gauche seul se développe chez la plupart des oiseaux) ; or, d'après le principe dont nous venons de parler, l'ovaire droit aurait dû sortir de son état d'inertie, ce qui n'était point arrivé (Davaine, Comptes rendus Soc. de biologie, ann. 1865).

c. Nous ne ferons que mentionner la théorie du développement centripète imaginé par Serres (Anatomie comparée du Cerveau, t. I, passim, in-8°, Paris, 1827), et qui, suivant cet anatomiste, rend compte de la formation des monstres par excès aussi bien que des monstres par défaut : « La formation du système vasculaire, étudiée sous l'inspiration de la belle théorie du développement centripète, révèle une loi importante à l'aide de laquelle les monstruosités par excès peuvent être, à quelques égards, rapportés à leur cause prochaine. Lorsqu'un organe est double, le tronc ou la branche vasculaire qui le nourrit est double aussi, de même que l'absence d'une partie est liée nécessairement à celle de son artère » (ls. Geoffroy Saint-Hilaire, art. Tératologie, p. 463, 1848). Telle est l'appréciation qu'Isidore Geoffroy Saint-Hilaire faisait, il y a vingt-cinq ans, de la théorie de Serres. On sait aujourd'hui que le développement des organes ne procède point de la périphérie vers l'axe central. D'un autre côté, l'artère ne pouvant exister sans l'organe, et l'organe sans l'artère, il est difficile de prouver que l'absence de l'une est due à l'absence de l'autre ; et d'ailleurs, comment expliquerait-on, par exemple, la formation du rein lorsque l'artère rénale vient, non de l'aorte, mais de l'hypo- ^astrique?

d. Etienne Geoffroy Saint-Hilaire ayant observé plusieurs cas de monstruosité <lans lesquelles le fœtus adhérait au placenta, fut porté à considérer les adhérences comme l'ordonnée et l'unique cause de la monstruosité (1822). Les

1 M. Andral, dans son Précis d'anatomie pathologique, p. 97, rapporte un assez grand nombre d'exemples de déviations qui sembleraient confirmer la loi de Geoffroy Saint-Hilaire, •quant à la tératologie; mais dans la plupart de ces cas, nous ne voyons que les effets d'un trouble apporté dans le développement des organes par la cause même de la monstruosité.

brides placentaires, suivant Geoffroy Saini-Hilaire, retiennent les viscères hors de leurs cavités ; ces brides peuvent être rompues par les mouvements du fœtus,, alors les organes rentrent, sous certains rapports, dans leurs conditions normales, mais avec des modilications plus ou moins grandes qui constituent la monstruosité. La disparition des brides ou des adhérences avant la naissances serait, suivant Geoffroy Saint-Hilaire, un fait très fréquent, et c'est ainsi qu'un grand nombre de monstruosités seraient produites par une cause dont on peut rarement constater l'existence.

Geolfroy revint plus tard sur cette opinion en ce qu'elle avait de trop général; il la maintint toutefois, et avec raison, pour un certain nombre de monstruosités (Philosoph. anat., 1822, t. II, p. 507 et passim. Archives gén. de médecine, t. XIV, p. 592, 1827).

Les adhérences qui unissent le foetus à ses enveloppes sont causées, suivant Simpson, qui en a fait une étude parljculière, par des exsudations plastiques ou des pseudo-membranes produits d'une inflammation aiguë ou chronique du placenta (Simpson. Edinburg. Mcd. and Surg. Journal, n° 127, April 1856; et Gaz. méd. Paris, 1836, p. 395. Edinb. Journ., vol. XIV, p. 305. Dublin. Med. Journal for November, 1830, vol. X, p. 220).

A côté des abnormités déterminées par les adhérences, on peut placer des lésions congéniales qui en sout très-voisines autant par la cause qui les a produites que par l'apparence extérieure. Ces lésions consistent en des destructions des membres dues à la constriction opérée par le cordon ombilical ou par quelque bride qui s'enroule autour de la partie, l'étreint comme une ligature, et finalement en opère la section plus ou moins complète. Montgomery, savant médecin irlandais, a indiqué le mécanisme de cette amputation intra-utérine dont il a rassemblé environ douze obs:rvations recueillies principalement en Angleterre et en France. (W.-F. Montgomery, Dublin Med. Journal, 1832, vol. I, p. 140; et The Cijclopœdia of Anat. and Physiol., vol. II, 1859, art Fœtus). Cependant le fœtus, qui apporte en naissant une lésion de cette nature, n'est point atteint d'une anomalie ou d'une abnormité. L'amputation spontanée n'arrivant, en effet, qu'à une époque avancée de l'évolution embryonnaire ou fœtale, alors que le petit être est déjà morphologiquement constitué.

Les adhérences qui se forment entre l'embryon et ses enveloppes déterminent ordinairement des lésions graves dans le développement des organes qui en sont le siège ; ces lésions ont un caractère de désordre qui les distingue des anomalies ou des déviations simples du développement ; elles constituent de véritables abnormités ou malformations qui, le plus généralement, consistent en de profondes fissures, en des ectopies des organes, en des destructions plus ou moins complètes soit des parois du crâne et du tronc, soit des membivs. Elles occupent ordinairement la tète ou les parties antérieures du thorax et de l'abdomen et sont l'une des principales causes des monstruosités exencéphaliques et célosomiennes.

e. La théorie que nous allons exposer et qui donne la raison de la formation des monstruosités les plus hideuses, l'anencéj halie par exemple, est la première qui ait expliqué par des phénomènes naturels une condition de l'organisme animal, regardée jusqu'alors comme surnaturelle. Cette théorie toute scientifique, mais toute médicale aussi, n'a pas eu la bonne fortune d'être agréée par la plupart des Tératologisles de notre sièqle qui, Naturalistes et Anatomistes avant tout, n'ont vu dans les monstruosités autre chose que des déviations simples de l'évolution organique.

Dès 1706 (?), avant les discussions de Lémery et de Winslow, Morgagni, ayant constaté l'absence du cerveau chez un fœtus qu'il avait disséqué à Foi li, Morgagni. disons-nous, émit l'opinion que ce viscère ne manquait pas dès le principe, mais qu'il diminua par l'hydrocéphale qui le réduisit en eau et qu'il s'écoulapar un trou qui se trouvait à l'extrémité supérieure de l'épine (J.-B. Morgagni. Épist. anal., XX, n° 5657). Dans son traité De causis et sedibus morborum (1760), rappelant ce fait et le comparant avec un grand nombre d'autres observés par divers savants, Morgagni établit que les monstruosités qui consistent dans une absence plus ou moins étendue du cerveau et de la moelle épinière ont pour cause première une accumulation d'eau dans le crâne ou dans le rachis : « De quelque manière que l'eau s'accumule contre nature dans la cavité du cerveau, dit l'illustre anatomo-palhologiste, et quelle que soit sa source, elle pourra certainement, si ce viscère ne forme pas encore un corps concret, empêcher sa concrétion par sa position intermédiaire ; ou s'il est déjà solidifié, elle pourra, en

s'insinuant entre ses parcelles, les séparer insensiblement » Après avoir exposé

l'examen anatomique d'un fœtus hydrocéphale, il ajoute : « Il restera encore un grand nombre d'objets que vous devrez attribuer à la force de compression exercée par l'eau, soit dans l'obstacle qui s'oppose à l'accroissement de certains os du crâne, soit dans la dépression de quelques-uns, soit dans la déjection de quelques autres sur un côté, soit enfin dans leur désunion Il n'est pas douteux que sur le fœtus l'eau ne puisse distendre suffisamment ces parois (celles des ventricules latéraux) qui sont beaucoup plus minces et plus molles pour les détruire enfin entièrement ou presque entièrement et pour s'écouler souvent avec le cerveau dissous ou à moitié dissous , à travers les téguments étendus et relâchés du cerveau et du crâne, après qu'elle s'est ouvert une voie dans l'endroit le

moins résistant » (J.-B. Morgagni, De sedibus et causis morborum per ana-

tomen indagatis. Epist. anat. med. XII, de lujdrocephalo et aqueis spinœ tumoribus. § V-VI1I, 1760).

Ces citations montrent combien les opinions de Morgagni étaient nettes et absolues sur la question ; aussi les avait-il appuyées sur de nombreux arguments qui ont été simplement reproduits par le petit nombre de savants qui ont adopté sa doctrine.

Béclard fut du nombre de ces derniers, et non-seulement il adopta l'opinion de Morgagni touchant l'origine de l'anencéphalie, mais encore il chercha à expliquer de la même manière celle de l'acéuhalie (Mémoire sur les fœtus acéphales. In Bulletin de la Facidté et de la Société de médecine, t. IV, p. 447, 493, et t. V, p, 888; années 1816-1817. Paris, 1818). Une hydropisie de la moelle s'étant formée dès les premiers temps de l'existence intra-utérine aurait défruit cet organe, et par suite, elle aurait empêché le développement des parties qui en reçoivent leurs nerfs, ou bien, si leur développement était déjà commencé, elle en aurait amené l'atrophie ou la destruction.

Béclard rapporte comme un argument à l'appui de cette thèse, qu'il existe ordinairement des vestiges des parties détruites; mais surtout il s'appuie sur l'ordre dans lequel se développe la moelle épinière et le cerveau, et sur l'absence des parties qui lui paraissent être en relation avec ce développement. Si la moelle épinière devient le siège d'une hydropisie avant que le canal rachidien soit ossifié, elle se détruira, et par suite, cesseront de se développer tous les organes qui en reçoivent des nerfs ; si c'est la par'ie supérieure seule qui est détruite, les nerfs des sens supérieurs, le crâne et la face ne se forment pas ; si cette destruction

atteint la moelle cervicale, les nerfs du larynx, du poumon, du cœur, ainsi que ces organes mêmes n'existeront pas, etc.

L'acéphalie aurait donc pour cause primordiale l'hydropisie dos centres nerveux, puis secondairement la destruction des nerfs, et avec elle, celle des parties qui les reçoivent.

On ne peut admettre aujourd'hui l'hypothèse par laquelle Béclard explique l'absence de la tète, des poumons, du cœur et même des membres, car l'embryon se forme indépendamment du système nerveux, et si jamais ce système prend quelque part à la constitution des parties, ce ne peut être que lorsqu'il est luimême déjà histologiquement formé, c'est-à-dire, chez l'homme, après le troisième ou le quatrième mois de la vie intra-utériue; or l'acéphalie remonte à une époque bien plus reculée du développement embryonnaire.

Sans nier l'influence de quelque condition morbide dans la production de l'acéphalie, nous ne pouvons regarder cette condition comme l'unique cause de la déviation organique, car l'acéphale, privé de l'organe central de la circulation, vit nécessairement dans une condition parasitaire et qui n'est pas sans quelque analogie avec celle d'un monstre double hétérotypien. Les communications vasculaires qui ont été constatées dans plusieurs cas, par le cordon ombilical, entre l'acéphale et son frère jumeau (Méry, Moreau, Depaul, Spliedt), prouvent que le développement des deux individus s'est fait dans un blastoderme commun. L'acéphale est donc, sous certains rapports, l'analogue de l'individu parasitaire chez les monstres hétérotypiens et peut-être l'état rudimentaire de l'un et de l'autre peutil s'expliquer par des conditions semblables. C'est une question sur lajuelle nous aurons à revenir à l'article Diplogenèse.

Mais si l'on peut douter que l'hydropisie des centres nerveux, chez l'embryon, soit la cause ou l'unique cause de l'acéphalie, les mêmes raisons de doute n'existent point relativement à l'anencéphalie et aux abnormités de cet ordre.

C. Théories relatives aux monstres composés. Plusieurs explications différentes ont été données de la formation de la monstruosité composée :

1° Le monstre double provient d'un germe atteint originairement de la duplicité que le développement ultérieur rendra manifeste ;

2° Il provient de deux germes appartenant à deux vitellus distincts et originairement normaux qui se réunissent dans le cours du développement ;

3° Il résulte de la coalescence de deux vésicules germinatives ou de deux germes contenus dans un même vitellus;

•4° 11 provient de la division accidentelle d'un germe ou d'un blastoderme unique ;

5° Enfin il est formé par l'introduction dans l'ovule de deux animalcules spermatiques qui se développent simultanément.

Nous examinerons la valeur de toutes ces hypothèses à l'article Diplogenèse. Nous dirons seulement ici que des faits déjà nombreux et nos connaissances, relatives au développement de l'œuf, nous autorisent à croire que la formation d'un monstre double résulte de la présence de deux vésicules germinatives ou de deux cellules embryogènes sur un vitellus unique1.

Les anatomistes du dix-huitième siècle n'avaient point laissé sans l'apercevoir

1 Voyez l'histoire de tous ces faits dans notre Mémoire sur les anomalies de l'œuf. In Soc. de Biologie, année 1800 et in-8°, J.-B. Baillièie, 1801.

le fait de l'union symétriqne des monstres doubles; mais Etienne Geoffroy Sùnt- Hilaire le mit en lumière, et en fit l'expression d'une loi : Les deux sujets qui forment par leur union un monstre complètement ou partiellement double, dit Is. Geoffroy Saint-Hilaire, dans l'exposition des travaux de son père, sont toujours unis par les faces homologues de leurs corps, c'est-à-dire opposîs côté à côté, se regardant mutuellement, ou bien adossés l'un à l'autre. Et non-seulement ils sont unis par les faces homologues; mais, si vous pénétrez dans leur organisalion, vous les trouvez unis de même par les organes homologues. Chaque partie, chaque viscère, chez l'un correspond à un viscère, à une partie similaire chez l'autre. Chaque vaisseau, chaque nerf, chaque muscle, placé sur le plan d'union, s'est conjoint au milieu de la compilation apparente de toute l'organisation avec le vaisseau, le nerf, le muscle de môme nom appartenant à l'autre sujet, comme les deux moitiés, primitivement distinctes et latérales d'un organe unique et central le font normalement entre elles sur le plan médian, au moment voulu par les lois de leur formation et de leur développement » (Is. Geoffroy Saint-Hilaire, Vie, Travaux, etc., de Etienne Geoffroy, p. 298).

Telle est la loi d'union similaire qui, suivant son illustre auteur, régit toujours les monstres doubles.

Mais quelle explication donner de cet ordre constant, de cette symétrie nécessaire? « Il existe, dit encore Is. Geoffroy Saint-Hilaire, entre les éléments similaires de l'organisation une véritable affinité' élective, une sorte d'attraction intime, comparable aux attractions moléculaires des physiciens, aux affinités électives des chimistes, c'est-à-dire presque inexplicable, à jamais incompréhensible dans son essence, mais prouvée par les faits. Tel est le principe fécond aperçu et établi, en 1826, par Geoffroy Saint-Hilaire, sous le nom d'affinité on d'attraction de soi pour soi » (Id., ibid.,^. 302).

Voilà donc deux lois qui, suivant Geoffroy Saint-Hilaire et suivant son école, régissent l'évolution des monstres doubles. C'est avec regret que nous croyons devoir dire qu'elles sont complètement vaines.

L'union par.des parties similaires est loin d'être constante : c'est parce que l'on a cherché la symétrie dans un seul groupe des monstres doubles, dans les autositaires que l'on a été frappé de la constance de l'union similaire ; elle n'existe point dans le groupe des monstres parasitaires ; or ces derniers ont été séparés des premiers dans la classification, soit précisément à cause de leur défaut de symétrie, soit parce que ce défaut de symétrie devient pour l'un des composants une cause d'atrophie ou d'imperfection, et ce sont ces conditions qui semblaient autoriser la séparation absolue des monstres dits parasitaires d'avec les monstres autositaires. On faisait en ceci une pétition de principe, comme nous croyons l'avoir montré dans notre mémoire sur les anomalies de l'œuf (Mém. Soc. Biologie, 1860, p. 218 et in-8°. J.-B. Baillière. Paris, 1861 ; p. 40). D'ailleurs, nous avons cité dans ce même mémoire cinq cas de monstres autositaires dans lesquels l'union existait entre des parties qui n'étaient point anatomiquement homologues.

La symétrie des deux composants est. cependant la condition la plus fréquente parmi les monstres doubles; or elle s'explique simplement par une condition ordinaire dans la constitution de l'œuf; en effet, le germe reçoit, dans la formation de l'ovule, une orientation virtuelle dont il s'écarte peu ; il se développe donc sur la sphère vitelline dans une direction déterminée. Deux germes accidentellement développés sur un seul vitellus doivent recevoir une orientation sem-

blable ou peu différente; dans leur développement ils se présenteront donc symétriquement l'un par rapport à l'autre.

Mais, de plus, le développement môme du germe donne la raison de l'union intime des organes par leurs parties similaires sans l'intervention d'une force particulière ou d'une affinité admise, de nos jours encore, par Cosle (Origine de la monstruosité double chez les poissons osseux. In Compt. rend. acad. des se. , t. XL, p. 933. 1855), et Ch. Darwin (De la variât, des animaux, t. II, p. 561, 405). L'embryon monstrueux, en effet, n'est point, dès l'origine, un petit être plus ou moins semblable à l'animal parfait, et dont les organes entrent en coalescence à un moment donne. L'embryon monstrueux, comme l'embryon normal, est primitivement contenu dans le plan du blastoderme et consiste en trois feuillets ou membranes superposées. Lorsque la présence de deux vésicules germinatives sur un même vitellus, détermine la formation de deux centres de développement, les deux blastodermes qui se constituent arrivent plus ou moins rapidement au contact l'un de l'autre suivant le degré de leur rapprochement, et, comme ils sont composés alors de formations cellulaires de même nature, ils s'unissent sans laisser de traces de leur séparation primitive. Or, dans cette union, chacune des trois lames de l'un des blastodermes rencontre nécessairement celle qui lai correspond dans l'autre blastoderme, et il n'en peut être autrement. Lors donc que, dans le développement ultérieur, les organes naissent des trois couches superposées, ceux de la vie de relation se rencontrent dans le feuillet superficiel, ceux de la vie organique dans le feuillet profond et les autres dans le feuillet intermédiaire; ainsi, sans l'intervention de quelque condition nouvelle, le blastoderme double, formé par deux centres distincts, donnera naissance à un embryon double par une évolution identique avec celle qui donne naissance à l'embryon simple.

L'union des parties similaires dans un monstre double n'est donc point l'effet d'une attraction inexplicable et à jamais incompréhensible dans son essence; elle s'explique par le mode de développement du blastoderme dont se forment ensuite successivement les divers organes.

Si la monstruosité double, ainsi envisagée, ne confirme point les deux lois d'Etienn: Geoffroy Saint-Hilaire, elle confirme au moins cette grande pensée qui a dirigé les travaux de notre illustre compatriote, à savoir que les monstres euxmêmes ri échappent pas aux lois générales de V organisation; ils en subissent V empire et en prouvent V universalité.

XV. Des causes de la monstruosité. Nous pouvons juger, d'après tout te qui précède, que la formation des monstruosités n'a rien de surnaturel. Les déviations organiques se produisent d'api es les lois ordinaires de l'évolution, et suivant des conditions qu'il nous est parfois possible d'apprécier. Nous reconnaissons alors qu'une cause perturbatrice est intervenue à un moment donné, soit dans la formation primordiale des éléments de la semence ou de l'œuf, soit dans le cours du développement de l'être qui en provient.

Quelles sont les causes qui peuvent imprimer à l'évolution une direction nouvelle et vicieuse? Elles sont évidemment très-nombreuses et très-variées. On pourrait les partager en quatre catégories :

1° Les unes sont antérieures à la fécondation et se trouvent dans une condition organique ou dans une condition pathologique de parents (père ou mère). Elles

donnent lieu aux variations ou aux anomalies héréditaires, aux variétés maladives ou à la dégradation des descendants; elles peuvent même, en faisant naître dans le germe ou l'embryon une lésion de quelque organe, devenir la condition évolutive d'une anomalie ou d'une abnormité nouvelle. Nous ne pouvons nous étendre davantage sur ce sujet dont nous avons parlé ailleurs.

2° D'autres peuvent se rencontrer dans la constitution de la semence ou de l'œuf. Il n'est point question ici de cette inconnue dont la recherche serait nécessairement vaine, par laquelle sont transmis du père et de la mère à l'enfant les qualités physiques et morales, le tempéramment et les maladies. Il s'agit de la constitution organique du spermatozoïde ou de l'ovule. L'observation directe a prouvé que la constitution de ces éléments primordiaux de la génération est sujette à des anomalies diverses. Quelles conséquences ces anomalies peuvent-elles avoir pour le développement de l'embryon? Examinons donc à ce point de vue l'élément mâle, puis l'élément femelle.

a. Elément mâle. Les spermatozoïdes chez les animaux n'ont pas toujours les mêmes dimensions ni la même activité, mais ce sont là des variations simplement. Chez les hybrides, les spermatozoïdes dilièrent ordinairement beaucoup de ceux des deux espèces parentes. Prévôt et Dumas (Observ. relatives à l 'appareil générateur, etc. In Ann. se. nat., 1. 1, p. 184. Paris, 1824), plus tard Hausmann (Ueber der Manijel der Samenthierchen bei Hausthierchen. Hannover, 1844), ont vu que ceux du mulet sont constitués par un simple globule privé de filament. R. Wagner a constaté que les spermatozoïdes de l'hybride du serin et du chardonneret sont plus petits que ceux des deux parents et n'ont pas le filament caractéristique, tourné en spirale ou en tire-bouchon comme chez ceux-ci; en outre, ils ne sont pas groupés en faisceaux ; ce qui provient sans doute de leur petit nombre dans les cellules du développement (R. Wagner's, Physioloyy § 20, cité dans Art. Semen, Cyclopœdia of Anat. and PiiysioL, p. 508).

Chez les végétaux hybrides, ou a quelquefois signalé aussi des anomalies dans le pollen. Chez le Cytisus Adami, forme intermédiaire entre le C. Laburnum et le C. purpureus, Darwin a vu les grains du pollen petits et ridés, et dans deux autres hybrides du même genre, le professeur Gaspary a trouvé beaucoup de grains difformes ; leur proportion se montait à 84 p. 100 chez l'un, et à 20p. 100 chez l'autre (Ch. Darwin, ouv. cit., t. 1, p. 412).

Ces exemples ne suffisent pas pour donner quelque importance aux anomalies des corpuscules séminaux dans la production des déviations organiques chez les êtres vivants. Ils montrent au moins que ces anomalies peuvent exister et qu'elles méritent d'attirer l'attention des observateurs.

11 n'esl peut-être pas hors de propos de mentionner ici le fait suivant : d'après d'assez nombreuses expériences, il parait prouvé que, dans la fécondation, le nombre des spermatozoïdes ou des grains de pollen n'est pas indifférent pour le développement de la graine ou de l'œuf et même pour le développement normal du sujet qui en provient (Darwin, ouvr. cit., t. II, p. 387).

b. Elément femelle. L'ovule, avant la fécondation, offre parfois des anomalies sur l'existence desquelles on ne peut conserver aucun doute ; elles ont été maintes fois observées. Mais il en est une qui nous intéresse tout particulièrement, c'est la présenee de deux vésicules germinatives dans un vitellus unique. Par le développement ultérieur de l'ovule pourvu de ces deux vésicules germinatives ou de deux cellules embi yogènes, on explique la formation d'un monstre

double. C'est une question dont nous nous sommes occupé ailleurs. Quant aux autres déviations de l'ovule ou de l'œuf, elles ne paraissent point avoir d'importance au point de vue de la question qui nous occupe1.

L'ovule des végétaux subit aussi des déviations sur lesquelles nous avons trèspeu de données. Peut-être, d'après une observation de Thwailes, trouvera-t-on parfois dans sa constitution quelque condition analogue à celle de l'ovule animal pourvu de deux vésicules germinatives (M. G.-H. Tliwaites. Ann. and Mag. of Nat. HisL, Mardi, 1848 cité par Darwin, ouv. cit., I, p. 412 et 414).

3° D'autres causes de déviations, agissant postérieurement à la fécondation, se trouvent chez la mère de l'individu monstrueux : Elles consistent dans des conditions de santé, dans des maladies semblables à celles dont il a été question cidessus, mais récemment acquises, dans des manœuvres abortives, dans des coups ou des secousses violentes, etc.

a. L'une de celles qui ont été le plus souvent invoquées, c'est l'influence sur le fœtus de l'imagination de la mère. Cette cause de déviation, admise par les plus anciens auteurs qui se soient occupés de la monstruosité, a été généralement niée par les modernes, En effet, pendant la gestation, il n'existe aucune relation directe entre la mère et son produit ; aucune liaison nerveuse ne relie les deux êtres l'un à l'autre, et la circulation même est tout à fait distincte de part et d'autre. En outre, des déviations organiques qui ont été attribuées à l'imagination de la mère, chez l'homme, se rencontrent chez les animaux ovipares et chez des êtres inférieurs complètement dépourvus de toute faculté intellectuelle, tels que des insectes, et même des vers intestinaux.

b. Une autre cause qu'on peut faire dépendre aussi de la mère, est une compression qui serait exercée sur !e fœtus dans la grossesse gémellaire ou dans d'autres circonstances. On a attribué à cette compression la formation des monstres doubles, l'anencéphalie et l'acéphalie, la coalescence des membres et des doigts, le pied bot, etc.

Les monstres doubles existent chez les oiseaux ; pendant l'incubation, le contenu de l'œuf diminue de volume et de poids ; la coalescence des deux embryons n'est donc point déterminée par Ja compression qui va diminuant avec les progrès de l'évolution. La duplicité reconnaîtrait-elle, chez les mammifères et chez les oiseaux des conditions différentes ? Quant à la coalescence des membres ou des doigtsr on oublie, lorsqu'on l'attribue à la compression, que le fœtus est plongé dans le liquide incompressible de l'amnios. L'acéphalie reconnaît pour cause des conditions particulières dont nous avons dit quelques mots ; enfin, aucun fait n'a étéplus souvent signalé que l'abondance extraordinaire des eaux de l'amnios dans la grossesse qui produit un anencéphale. La compression intra-utérine comme cause de monstruosité ne supporte donc pas l'examen.

4° Un quatrième ordre de causes des monstruosités se trouve dans le germe en voie de développement, et ses dépendances ou dans l'embryon même.

a. La mole Iiydatique est une anomalie des premiers organes du germe dont le développement histologique a été dévié par la destruction plus ou moins complète ou la no n- formation de l'embryon.

La brièveté du cordon ombilical et le défaut de réunion de ses vaisseaux ten-

1 Voyez un- résumé de nos connaissances à cet égard dans mon Mémoire sur les anomalies de l'œuf cité, et à l'article œlf.

dent à produire la scission de la paroi abdominale et l'exomphale. L'excès de longueur de ce cordon peut donner lieu à des enroulements autour du cou ou des membres dont nous avons signalé les mauvais effets, et à des nœuds qui nuisent à la circulation et au développement du foetus. Nous avons parlé déjà des déviations déterminées par des adhérences de l'embryon aux membranes de l'œuf.

b. L'inversion générale des viscères tient, comme nous l'avons dit, à une inclinaison anormale de l'embryon, lorsqu'il s'élève au-dessus du plan du blastoderme.

Certaines conditions morbides, les lésions mécaniques ou pathologiques de l'embryon doivent être regardées comme des causes très-fréquentes des déviations organiques. Nous avons exposé comment quelques-unes de ces lésions déterminent des abnormités.

L'expérimentation sur des œufs de poule en incubation a confirmé pleinement ces manières de voir. C'est Etienne Geoffroy Saint-Hdaire qui ouvrit cette voie de recherches (Sur les déviations provoquées et observées dans un établissement d'incubations artificielles. Arch. gén. de méd., t. XIII, p. 289, et Journ. compl. des sciences médicales, t. XXIV, p. 256, 1826) parcourue avec succès par plusieurs expérimentateurs contemporains (Panum. Arch. de Virchow (1859), et Compte rendu acad. des sciences, t. XLYIII, p. 922. Paris, 1859. Dareste- Société de Biologie et comptes rendus acad. des sciences. Passim) .

Mais il est deux ordres de causes de déviations appartenant à l'embryon qui doivent être exposées ici avec quelques détails. Les unes se trouvent dans une disposition particulière des organes de la circulation qui paraît parfois imprimer au développement embryonnaire des modifications plus ou moins anormales ; les autres se trouvent dans des altérations du système nerveux qui, soit par la paralysie, soit par la contracture de certains muscles, soit par une action trophique, provoquent des déviations ou des difformités du tronc ou des membres.

c. Serres a signalé la concordance des anomalies du système vasculaire avec les anomalies des autres systèmes. Il est bien clair que l'absence d'un organe ou son augmentation numérique, son atrophie ou son hypertrophie entraînent une diminution ou une augmentatiou dans le volume ou le nombre des vaisseaux qui desservent cet organe ; on peut conclure aussi que l'inverse serait vrai ; toutefois, la tacilité qu'ont les vaisseaux de se suppléer par des anastomoses et par un accroissement consécutif de leur calibre ne permet pas de regarder comme une cause ordinaire des monstruosités les variations qui atteignent ces canaux. La direction et la distribution variables des artères et des veines sont généralement sans importance, si l'on en juge par leurs nombreuses variétés anatomiques.

Dans le blastoderme, le trajet et la distribution des branches vasculaires secondaires n'ont aucune constance. Lorsque deux embryons se forment dans la même aire germinative, les vaisseaux qui doivent se distribuer à l'un et à l'autre sujet, s'arrangent comme ils peuvent sans direction préordonnée ; aussi, la complexité des gros vaisseaux de la poitrine est souvent très-grande dans la monstruosité double. 11 arrive donc, après la naissance, que les conditions de la circulation fœtale changent de telle sorte que, chez les individus associés, le cours du sang ne peut s'établir régulièrement dans les vaisseaux déviés, et que beaucoup de ces monstres doubles meurent en venant au jour1.

; Comme exemple de cette complexité nécessairement mortelle, nous citerons, parmi beaucoup d'autres : un monstre double, décrit par Villette, monstre dont l'un des composants seulement donna en naissant quelques signes de vie. Le cœur unique avait trois oreillette;,

Dans l'évolution d'un blastoderme simple, il peut se faire aussi que l'arrangement des vais-eaux lors de la formation du cœur se dévie de l'ordre normal ; il en résulte parfois que le sang, au sortir de l'organe central de la circulation, arrive dans des parties qui ne doivent point le recevoir immédiatement, et que d'autres en soient privés plus ou moins.

L'abouchement du canal artériel avec l'aorte chez le fœtus, dirige vers les parties inférieures du tronc la plus grande partie du sang placentaire ; or une anomalie dans l'insertion de ce vaisseau sur l'aorte, peu*, donner au sang placentaire une direction opposée ; de là résultent suivant le docteur E. Le Roy, des changements dans la nutrition et le développement des organes pendant la vie intra-utérine (Essai sur la circulation des parties supérieures du fœtus et sur les conséquences de ses anomalies in-8° fig. Paris, 1875).

On a cru voir aussi dans l'existence d'une seule artère ombilicale la cause de la sirénomélie (Lévy, De monstrositate Sireniformi. Havniae, cité par F. -G. Beneke, De ortu et causis monstrorum disq. Gottingœ, 1846, p. H 3); mais nous aurions à rappeler ici ce que nous avons déjà dit relativement à la théorie de la formation des anomalies organiques consécutives à celles des artères, imaginée par le professeur Serres.

d. Chez les animaux supérieurs, le système nerveux est l'ordonnateur et le régulateur des fonctions ; aussi, est-on naturellement conduit à lui attribuer une part prépondérante dans le développement de l'organisme D'un autre côté, l'observation a montré que, après la naissance chez l'homme et chez les mammifères, les maladies du système nerveux produisent des difformités plus ou moins graves, des altérations de la nutrition et même des lésions pathologiques dans les parties qui sont en relation avec les nerfs affectés. Or des effets semblables peuvent évidemment être produits dans les organes soumis à l'action des nerfs aussitôt que ceux-ci entrent en exercice, c'est-à-dire avant la naissance, pendant la vie intra-utérine.

D'après ces considérations plusieurs savants ont attribué aux lésions du système nerveux la formation de certaines difformités congéniales, et même celle de plusieurs monstruosités. Cette opinion paraît d'autant plus rationnelle qu'il semble évident que le système nerveux doit avoir une influence plus puissante encore, lorsque les organes en voie de développement n'opposent point aux forces qui les régissent ou qui les troublent, une forme définie et des connexions déterminées.

Nous avons dit déjà que, suivant Béclard, en l'absence du système nerveux, les organes embryonnaires ne se forment pas, ou même qu'ils se détruisent avec la destruction de ce système. Le savant anatomiste attribuait, en outre, à la paralysie des muscles ceitaines déformations des membres, telles que le pied bot. Plus tard, Rudolphi, puis M. Jules Guérin ont soutenu que les déviations de cette nature sont, au contraire, l'effet de la contracture des muscles.

deux ventricules gauches et point de ventricule droit. Les gros vaisseaux offraient des anomalies non moins graves (Joum. des progrès, t. VIII, p. 157. Paris, 1828). Nous citerons encore un monstre double décrit par le docteur A. l'uech, et dont l'un des composants, atteint d'anencéphalie, ne possédait point d'aorte thoracique, ou abdominale. Presque au sortir du -cœur, l'aorte pénétrait dans le canal racliidien par le trou de conjugaison, situé entre la septième vertèbre cervicale et la première dorsale ; elle parcourait ce canal entre la pie-mère et l'arachnoïde, en fournissant dans son trajet les artères intercostales, diaphragniatiques et lombaires, qui sortaient par les trous de conjugaison correspondants. 11 serait trop Ion;: de mentionner ici toutes les autres anomalies artérielles de ce monstre composé (Voy. Albert Puech, Étude sur un monstre double, in-8°. Montpellier, 1850).

Un organe ne possède point sa fonction spéciale avant qu'il ait acquis sa constitution histologique propre. Le système nerveux, comme les autres systèmes, ne peut donc jouir des propriétés qui lui sont dévolues pendant qu'il est encore constitué par des cellules embryonnaires ; or, chez l'homme, les premiers linéaments de la structure nerveuse n'apparaissent pas ajant le troisième mois de la vie intra-utérine.

« Les considérations tirées de la structure, dit Bischotf, sont très-peu favorables à l'hypothèse d'une influence exercée par le système nerveux sur la formation et le développement des autres organes du fœtus. Nous ne commençons à voir des effets certains, non équivoques, de l'agent nerveux que quand la texture des nerfs s'est assez développée pour cela, c'est-à dire après le milieu de la vie intra-utérine, époque à laquelle le fœtus exerce des mouvements à l'égard desquels nous pouvons bien admettre qu'ils sont provoqués par l'agent nerveux. €'est pourquoi, si l'on veut établir une dépendance quelconque entre l'agent nerveux et la manière dont les autres organes se séparent du germe et se développent, il faudrait commencer par admettre que cet agent affecte d'abord, avant l'apparition de la texture et de la structure des nerfs, une autre forme que nous n'aurions cependant aucun moyen de démontrer, et dont toutes les particularités nous seraient inconnues » (T. L. G. Bischoff, Traité du développement de V homme et des mammifères, p. 469. In-8°. Trad. Paris, 1845).

L'étude des animaux inférieurs, à laquelle on pourrait ajouter celle des plantes, prouve d'ailleurs que le développement d'un organisme vivant peut s'accomplir régulièrement en l'absence du système nerveux. Si l'on objectait que, chez ces animaux, les cellules et les tubes nerveux échappent à nos investigations par leur petitesse, cet argument serait facile à réfuter. Les polypes hydraires, par exemple, sont des animaux assez volumineux pour que les investigations histologiques ne présentent point de difficulté et soient complètes au point de vue qui nous occupe. Ces polypes sont constitués par trois couches de cellules ou trois membranes superposées ; or, « dans aucune région et dans aucun tissu du corps de l'hydre, il n'existe d'organe ou d'élément qui puisse être rapporté à un système nerveux distinct » (Cb. Uouget, Études anatomiques et physiologiques sur les invertébrés. Polypes hydraires. InMém. Soc. biologie, t. IY, p. 400. Paris, 1852).

Le blastoderme des animaux supérieurs, formé de trois couches cellulaires de même que le polype hydraire, ne possède évidemment non plus aucun des éléments du système nerveux, et ces éléments ne sont pas plus distincts pendant les premières périodes du développement embryonnaire.

Mais l'inspection histologique n'est pas seule à prouver l'inertie fonctionnelle du système nerveux chez l'embryon, des expériences précises ont montré que la contraction des muscles ne peut être provoquée par l'électrisation des nerfs, avant que la structure propre à l'un et à l'autre de ces systèmes soit déterminée. D'un autre côté, l'expérimentation sur des embryons de grenouille a fait voir qu'après une destruction plus ou moins étendue des centres nerveux, les memi>res se développent dans les conditions de la normalité (Vulpian, Expériences faites sur des embryons de grenouille, et relatives à l'influence des lésions des centres nerveux sur la production de certaines déformations. In Comptes rendus Soc. biologie. 1861, et Archives de physiologie, 1872, p. 90).

Nous devons donc regarder le développement de l 'organisme dans les premières phases embryonnaires, comme tout à fait indépendant du système ner-

dict. ekc. 2e s. IX. 17

•veux ; or la plupart des anomalies morphologiques se formant dès cette première époque, ne peuvent, par conséquent, reconnaître comme cause une altération, physique ou fonctionnelle du système nerveux. Les déviations congéniales attribuablcs à cet ordre de causes sont celles qui surviennent pendant la période fœtale, telles que certaines abnormités, des vices de conformation, des déformations comme certains pieds hots qui compliquent fréquemment les anomaliesr enfin des déviations histologiques, telles que la production exagérée de cheveux ou de poils chez les anencéphales, etc.

Nous venons d'énumérer ou d'exposer très-succinctement les causes les pluscommunes ou les plus importantes des déviations organiques, celles au moins qui ne nous sont point tout à fait cachées. Mais le mode d'action de ces causes est généralement recouvert pour nous d'une grande obscurité. Les explications que l'on croit en donner en invoquant le défaut, l'exagération ou la perversion de 1 énergie plastique, de la force formatrice, l affinité des parties similaires, etc., sont tout aussi vides de sens que les explications qu'on cherchait autrefois dans les caprices de la nature.

C'est par une connaissance plus approfondie du développement des organismesvivants que nous arriverons à reconnaître avec plus de précision les causes desanomalies, et que nous pourrons concevoir comment les déviations s'accomplissent

XVI. De la classification des déviations organiques d'après leur nature et leurs rapports réciproques. Une classification méthodique doit réunir dans des groupes déterminés tous les faits de même nature, et rapprocher ces groupes d'après leurs rapports réciproques. Mais les phénomènes de la Tératologie sont plus complexes que ceux qui régissent l'organisation normale, et la forme extérieure ni la constitution anatomique ne suffisent point seules à déterminer la nature du fait à classer, par exemple :

Voici deux fœtus qui viennent au jour privés de leurs membres inférieurs, et chez lesquels les cuisses ne sont représentées que par des moignons informes. Ces fœtus seront appelés monstres, et, d'après la plupart des classifications, ils seront placés parmi les monstres par défaut. Cependant, si l'on remonte aux conditions de leur monstruosité, on la trouvera peut-être déterminée par deux causes d'un ordre bien différent : chez l'un, les extrémités inférieures ne se sont point développées ; elles n'ont jamais existé, et la condition de cette anomalie se trouve dans une anomalie semblable de la mère; elle est due à l'hérédité. Chez l'autre, les extrémités inférieures se sont norma'ement développées; mais à une époque plus ou moins avancée delà vie fœtale, une constriction opérée parle cordon ombilical a suspendu la vie dans les membres déjà formés; ils se sont détruits par gangrène. Ce dernier fœtus est-il anormal comme le premier? Nullement; il n'est pas plus anormal que l'invalide qui a perdu ses jambes à la bataille.

Ces deux déviations au type physiologique, quoique semblables par l'apparence extérieure, ne sont donc point de la même nature et ne peuvent être classées dans la même catégorie. La première sera une anomalie et rentrera dans les cas dont nous avons à nous occuper ici; la seconde sera une lésion pathologique, une infirmité qui ne trouve point ici sa place.

Ainsi une classification méthodique en Tératologie doit quelquefois séparer dans des groupes différents des cas en apparence semblables ; elle ne doit prendre en considération que la nature même des déviations pour les classer en groupes distincts et rapprocher ces groupes suivant leurs rapports réciproques.

Pour établir cette classification, deux conditions sont nécessaires :

La première, c'est que les faits soient de telle nature qu'ils puissent rentrer dans des groupes suffisamment déterminés;

La seconde, c'est que ces faits soient suffisamment bien connus.

Or, ce serait une erreur de croire que les faits de la Tératologie sont en tout comparables aux faits naturels et qu'ils sont régis exclusivement par les mêmes lois, c'est à-dire qu'ils ont entre eux des rapports de filiation, de parenté en quelque sorte, qui les constituent en genres ou eu familles naturelles.

Chez les êtres normaux, dans le règne végétal ou animal, un certain nombre d'espèces ont des rapports assez étroits et assez constants pour qu'on puisse les considérer comme appartenant à une même famille ; cependant les limites qui circonscrivent ces familles sont plus ou moins artificielles dans nos classifications, et ce n'est point seulement entre les familles que les limites sont incertaines : des modifications graduées, des transitions insensibles se trouvent entre les animaux et les plantes, entre les invertébrés et les vertébrés, entre les végétaux cellulaires et les végétaux vasculaires, enfin dans les divisions secondaires des êtres organisés comme dans leurs divisions principales. Ne devons-nous point nous attendre à une indétermination bien plus grande encore lorsqu'il s'agira d'établir nos divisions, non plus d'après des rapports naturels exclusivement, mais sur des caractères qui empruntent aux causes qui les produisent une variété et une instabilité nécessaires ? Si la classification d'une science doit nous donner l'image fidèle de cette science, celle de la Tératologie doit donc laisser entre ses divisions une indétermination, une incertitude bien plus grande que celle de la botanique ou de la zoologie. Elle doit faire, en effet, une large part à la variabilité des causes accidentelles, qui sont généralement le point de départ des déviations. Si la classification avait pour chaque cas anormal une place bien déterminée, elle serait nécessairement artificielle.

D'un autre côté, la plupart des faits de la Tératologie sont encore aujourd'hui recouverts d'une grande obscurité quant aux causes qui les déterminent, quant au mode d'action de ces causes, quant à l'époque où elles se produisent, quant à l'évolution même des parties atteintes, et conséquemment quant à la nature de la déviation. Et nous savons qu'il ne suffit point de connaître la forme et la constitution anatomique d'un être anormal pour apprécier les rapports qu'il peut avoir avec d'autres êtres anormaux, et pour déterminer sa place dans une classification méthodique.

Ainsi une classification des êtres anormaux ne peut nous offrir, dans ses divisions, une rigueur que celle des êtres normaux eux-mêmes ne nous donne point ; elle ne peut faire rentrer dans un cadre bien déterminé des faits indéterminés quant à leur nature et quant aux connaissances que nous en avons.

En cherchant une base nouvelle sur laquelle on puisse asseoir et coordonner méthodiquement tous les faits, nous savons donc bien que la classification que nous proposons aujourd'hui sera loin d'être parfaite. Toutefois, nous pensons que nos connaissances en Tératologie sont suffisantes pour établir les principales divisions que comporte cette science, en laissant aux travaux futurs à coordonner les faits encore incertains et à les faire rentrer dans les groupes principaux que nous proposerons d'établir dès maintenant.

Quant aux dernières subdivisions des déviations organiques correspondant à ce qu'on appelle en histoire naturelle des familles ou des genres, un grand nombre des groupes qu'elles peuvent constituer ont été formés d'une manière remarquable

par les deux Geoffroy Saint-Hilaire et, sans cloute, les travaux futurs n'auront rien à y reprendre. Il leur manque cependant de ne pas avoir été toujours coordonnés d'après leurs rapports naturels, rapports que des connaissances insuffisantes sur l'évolution normale des êtres vivants ne permettaient pas de reconnaître alors. C'est donc à déterminer la nature des déviations organiques, à établir leurs rapports réciproques que doivent tendre aujourd'hui les travaux des Tératologistes et non, comme on le l'ait trop généralement, à chercher quelque nouvelle subdivision dans des groupes déjà trop subdivisés, à mettre en lumière quelque monstruosité nouvelle qu'on désigne par un nom nouveau ; ce n'est point par cette voie que la Tératologie fera des progrès réels. Nous rappellerons encore à ce propos ce que Laniarck disait aux naturalistes de son époque : « En vain les Naturalistes consumeront-ils leur temps à décrire de nouvelles espèces, à saisir toutes les nuances et les petites particularités de leurs variations pour agrandir la liste immense des espèces inscrites, en uu mot à instituer diversement des genres. Si la philosophie de la science est négligée, ses progrès seront sans réalité et l'ouvrage entier restera imparfait » (Latnarck, ouv. cit., 1. 1, p. 68).

XVII. Essai d'une classification nounelle. Les déviations organiques se présentent sous deux aspects différents :

1° Elles sont régulières, souvent symétriques, constituées d'après un type qui ne varie que du plus au moins; exemp'e : les cyclopes, les sirenoméliens, certaines catégories des monstres douMes, etc. Ces déviations ont été déterminées par une cause préexistante au développement des organes, laquelle en a changé l'évolution; nous appelons ces déviations des anomalies.

2° Elles sont irrégulières, ordinairement non symétriques, désordonnées; de telle sorte qu'on ne trouverait pas deux cas tout à fait semblables ; exemple : les célosomiens, les txene.éphaliens, les anencéphaliens, etc. Ces déviations ont été déterminées par une cause qui s'est produite lorsque les organes étaient déjà en partie développés et qui en a trouhlé l'évolution ultérieure. Très-souvent on retrouve des traces de la lésion primordiale, telles que des adhérences ou des brides placentaires, des hydropisies, etc. Nous appelons ces déviations des abnormités.

Les anomalies portent sur les éléments organiques, ce sont des anomalies histologiques ; elles modifient le type d'un ou de plusieurs organes, ce sont des anomalies morphologiques .

Les abnormités atteignent plusieurs organes importants ; on peut alors leur donner le nom de malformations.

Elles atteignent un seul organe ou bien une partie circonscrite; on peut les appeler des vices de conformation.

La constitution des êtres vivants est établie en vue de deux grandes fonctions:

a. L'une est en rapport avec la vie de l'individu ;

b. L'autre avec la vie de l'espèce.

Ces fonctions sont exercées par des organes indépendants. On peut au moins philosophiquement les considérer comme tels, car dans un grand nombre de cas leur indépendance est absolue.

Celle des organes de la vie individuelle est évidente chez tous les animaux qui ont une période de larve, chez tous ceux, tels que les hyménoptères, qui vivent en colonies dont les travailleurs sont toujours neutres ; elle est encore évidente «hez ceux qui ont des périodes de rut hors desquelles les organes sexuels dispa-

missent plus ou moins complètement; enfin elle n'est pas moins mtnifeste chez beaucoup d'autres avant la puberté et dans la vieillesse. Chez les végétaux, elle est tout aussi certaine, car il en est beaucoup et même de très-élevés dans l'organisation qui ne se propagent ordinairement que par des bourgeons. C'est ce qui arrive souvent à des plantes qui ont été transportées dans de nouveaux climats.

D'un autre côté, l'indépendance des organes de la vie de l'espèce est manifeste en ce que ces organes n'ont, chez un grand nombre d'individus, qu'une existence transitoire. Il est bien vrai que leur apparition imprime à toute l'économie un cachet particulier, mais l'individu préexiste et survit aux organes de la reproduction sexuelle.

Cette indépendance est plus évidente encore chez beaucoup d'animaux dont l'existence se compose d'un certain nombre de stades successifs. Les premiers appartiennent à la vie individuelle, les derniers à la vie de l'espèce ; c'est ainsi que beaucoup d'insectes, après la métamorphose, ne vivent plus que pour s'accoupler, pondre et mourir ; c'est ainsi que d'autres animaux plus dégradés ne représentent, dans la dernière phase de leur existence, qu'un ovaire vivant, et parmi les végétaux, un grand nombre n'ont été longtemps connus du vulgaire et des botanistes que dans l'organe seul de la reproduction. Les êtres vivants accomplissent donc une double fonction par des organismes distincts, indépendants, et dent l'évolution n'est généralement point simultanée ni toujours subordonnée ; aussi les déviations qui atteignent ces organismes peuvent-elles se produire d'une manière indépendante.

Les déviations des organes de la vie individuelle et celles des organes de la reproduction ou de la vie de l'espèce se divisent donc naturellement en deux catégories distinctes. Dans les uns comme dans les autres, nous constaterons des anomalies morphologiques, des anomalies histologiques et des abnormités.

Mais la déviation peut porter aussi sur le produit de l'organe sexuel, c'est-à-dire sur le spermatozoïde ou sur l'ovule, et cette déviation, bien simple d'abord, comme le peut être toule déviation d'un élément histologique, pourra amener, par révolution et le développement de cet élément, une formation embryonnaire plus ou moins complètement déviée du type spécilique de ses procréateurs.

Ainsi la déviation histologique du produit d'un organe sexuel donnera lieu chez l'embryon futur à des anomalies d'un ordre tout, nouveau, et qui devront occuper sans doute une place à part dans la classification.

D'après toutes les considérations successivement émises dans cet article, nous proposerons de classer de la manière suivante les lésions organiques et. les déviations au type spécifique qui ont. reçu de divers auteurs la dénomination de monstruosités, et qui ont été décrites comme telles dans les ouvrages concernant la Tératologie. >

PREMIÈRE DIVISION, déviations des organes de la vie individuelle.

Clause pbemière. Variations.

Ordre premier. Variations naturelles.

Changement de direction et de situation des vaisseaux, des nerfs, des muscleset des ligaments ou variétés anatomiques ; abouchement irrégulier des vaisseaux et des conduits excréteurs compatible avec l'intégrité des fonctions (embranchements anomaux similaires de Geoffroy Saint-Hilaire). Os, muscles surnuméraires {ex parte), géantisme, nanisme, albinisme, etc.

Ordre deuxième. Variations maladives.

Dégénérescence, dégradation, crétinisme, etc.

Classe deuxième. Anomalies morphologiques.

Ordre premier. Déviations du type spécifique par aberration de l'idée formatrice.

Inversion générale ; métamorphose d'un organe dans un autre ; duplication d'un organe naturellement simple, augmentation de nombre (hypergenèse de Breschet ex parte), etc. Chez les végétaux : pélorie, métamorphose, prolification, fasciation.

Ordre deuxième. Changement dans les connexions des organes par développement hétérotopique de l'un ou de plusieurs de ces organes.

Transposition des viscères ou hétérotaxie, ectopie du cœur, de l'aorte, du rein, etc. Chez les végétaux : déplacements.

Ordre troisième. Changement dans les connexions par union d'un système organique avec un autre système.

Abouchement d'un vaisseau du système artériel avec un vaisseau du système veineux (embranchements anomaux dissimilaires de Geoffroy Saint-Hilaire). Abouchement de l'œsophage avec uue bronche1, d'un uretère avec le vagin ou le rectum, du rectum ou de la vessie avec le vagin, etc. Chez les végétaux : adhérences dissemblables.

Ordre quatrième. Changement dans les connexions par union de parties naturellement disjointes.

Réunion des deux hémisphères cérébraux, des capsules surrénales, des reins, des doigts (syndactytie). Chez les végétaux : cohérence, soudure (synophtie ex parte, synanthie, syncarpie).

Ordre cinquième. Changement dans les connexions par arrêt d'évolution de parties intermédiaires.

Cyclocéphalie, otocéphalie, symélie.

Ordre sixième. Permanence d'une condition imparfaite embryonnaire ou fœtale par arrêt de développement.

Défaut d^ développement ou agénésie d'un organe ou d'une partie d'un organe; absence d'un membre (ectromélie, eclrodactylie ex parte), de l'iris, de la cloison interauriculaire ou interventriculaire du cœur, perforation congéniale du diaphragme, fissure indienne, bec-de-lièvre ex parte, etc. Atrésie des orifices extérieurs : narines, bouche, anus, etc. Chez les végétaux : avortements.

Ordre septième. Permanence d'un organe embryonnaire ou fœtal qui doit disparaître dans le cours de l'évolution.

Persistance des vaisseaux omphalo-mésentériques, du canal artériel, de l'ouraque, des corps de Wolff, du thymus, d'une partie de la larve chez l'adulte.

Classe troisième. Abnormités.

Ordre premier. Malformations.

Eventration, célosomie, exencéphalie, pseudencéphalie, anencéphalie. Chez les végétaux : chloranthies ex parte.

Ordre deuxième. Vices de conformation.

Schistocéphale (Gurlt), fissure de la face, bec- de-lièvre ex parte, gucule-deloup, fissure sternale, spina-bifida, exstrophie de la vessie, pied bot exparte,etc.

Classe quatrième. Anomalies histologiques.

Leucopathie, chloasma, melasma. Chez les végétaux : chromisme.

Atrichose, hypertrichose. Chez les végétaux : glabrisme, pilosisme.

1 Un cas de ce genre très-remarquable a été rapporté dans la Gazette des hôpitaux, 20 janvier 1874.

îchthyose squammeuse, épineuse, excroissances cornées.

Absence d'une ou de plusieurs dents; dents surnuméraires, prolifères.

Hypertrophies partielles, hyperplasies, polysarcies, naevi, etc.

Dégénérescences avec productions histologiques nouvelles (?). Chez les végétaux : coques, galles.

Permanence de la structure embryonnaire (?), atrophies. Chez les végétaux : avortements ex parte.

DEUXIÈME DIVISION. Déviations des organes de la vie de l'espèce.

PREMIÈRE SECTION. Déviation de la sexualité.

Classe première. Sexes réunis dans les espèces à sexes normalement séparés (Hermaphrodisme) .

Classe deuxième. Sexes séparés dans les espèces à sexes normalement •réunis (Hétérogamie) .

Classe troisième. Absence dé sexe ou hermaphrodisme neutre {ex parte) (Agamie).

DEUXIÈME SECTION. Déviations dans la conformation des organes sexuels.

Classe première. Variations.

Formes diverses ou dimensions exagérées des nymphes, de l'hymen, du papillon de la trompe de Fallope, etc.

Classe deuxième. Anomalies morphologiques.

Sous-classe première. Anomalies morphologiques dans les organes mâles.

Anorchidie, monorchidie, absence ou augmentation du nombre des vésicules séminales.

Sous-classe deuxième. Anomalies morphologiques dans les organes femelles. Absence d'un ou de plusieurs ovaires, de l'utérus, du vagin, de la mamelle ; augmentation du nombre des trompes de' Fallope ; utérus bicorne chez la femme; vagin cloisonné, imperforé, communiquant avec la vessie ou le rectum. Mamelles surnuméraires, déplacées (inguinales chez la femme).

Classe troisième. Ahnormités.

Ordre premier. Malformations.

■ Hermaphrodisme faux ou apparent.

Ordre deuxième. Vices de conformation.

Cryptorchidie, synorchidie (?), hypospadias.

Classe quatrième. Anomalies histologiques

Àhsence ou agénésie des tubes séminifères du testicule, des vésicules de de <Graaf, à l'époque de la puberté; kystes dermoïdes de l'ovaire, zoomyliens ex parte; adénome de la mamelle. (?)

TROISIÈME SECTION. Déviations dans les produits des organes sexuels.

•Classe première. Anomalies simples ou unitaires.

:Sous-classe première. Dans les produits mâles (spermatozoïdes, pollen).

Sous-classe deuxième. Dans les produits femelles (ovule).

Ordre premier . Déviations dans la conformation de l'oeuf.

Ovule ou jaune sans vésicule germinative, sans albumen, sans coquille ; œuf sans jaune ou sans vitellus ; ovules ou vitellus multiples dans la xmême coque (chez les oiseaux : œuf à deux ou plusieurs jaunes, œuf inclus dans un autre) ; déformation de la coque, etc.

264 MONSUMMANO (eaux minérales et grottes de).

Ordre deuxième. Déviations dans révolution primordiale de l'ovule ou anomalies du germe.

Développement isolé ou anormal de l'amnios, du cliorion (môle hydatique) ; zoomyliens ex parte.

Classe deuxième. Anomalies doubles ou par duplication (Diplogenèse).

Plusieurs vésicules cjerminatives ou plusieurs cellules embryogènes dans un seul ovide, d'où dérivent :

Ordre premier. Les monstres composés autositaires. Chez les végétaux : synophties des embryons.

Ordre deuxième. Les monstres composés parasitaires.

Ordre troisième. Les monstres omphalosites.

Ordre quatrième. L'inclusion fœtale. (?)

"Voy. pour chacun des genres des Anomalies, les mots qui les désignent; pour la Tératologie comparée et. expérimentale et pour les rapports des anomalies avec les circonstances de naissance, de vie, de mort des monstres avec la statistique et la médecine légale, etc., le mot Tératologie. G. Da vaine.

MOXSL'MMAXO (Eaux minérales et grottes de). Mésothermales et hyperthermales, amétallites, carboniques faibles, en Italie, en Toscane, à distance à peu près égale et à deux heures et demie des villes de Florence et de Pise, entre le val d'Ombrone et le val de Nievole (la station du chemin de fer toscan de Nievoie est à trois quarts d'heure de Monsummano), sur le flanc d'une montagne qui t'ait partie de la chaîne de Montalbano, descendant des Apennins pisloïens et qui s'appelle le Monsummano Alto, à 272 mètres au-dessus du niveau de la mer. Le Monsummano, que quelques géologues ont cru à tort être d'origine volcanique, est presque exclusivement formé d'un calcaire grisâtre, compacte, donnant de la chaux de bonne qualité, appartenant au lias inférieur et contenant quelques ammanites de différentes espèces. Son sommet est une roche en partie nue, air point culminant de laquelle se trouve un hameau composé d'une pauvre église et de quatre cabanes; la base du Monsummano est plantée d'oliviers d'assez chétive apparence.

La découverte de la grotte et des sources thermales de Monsummano ne remonte qu'à l'année 1849; des ouvriers qui extrayaient de la pierre sur le flanc méridional de la montagne firent une ouverture verticale par laquelle sortirent des bouffées d'air chaud ou de vapeur. Les pierres tombant dans cette caverne, mettaient un temps assez long avant d'arriver au fond; elles produisaient un bruit faisant aisément reconnaître qu'elles rencontraient une nappe liquide. Apres avoir agrandi l'orifice de la carrière, on put se rendre un compte plus exact de la disposition, de la forme et de la contenance de la crypte qu'on avait fortuitement rencontrée. Le propriétaire du terrain, le poète Dominico Gusti, fit ouvrir en 1852 une autre porte latérale par laquelle on entra plus facilement dans la grotte de Monsummano. L'année suivante, un établissement convenablement installé par M. Nencini put recevoir les visiteurs et les malades.

Nous allons voir, par la description de la grotte de Monsummano, que la thérapeutique tiie un profit beaucoup plus grand de son atmosphère que de son eau minérale, qui n'est que très-accidentellement employée à l'établissement de M. Parlanti. Nous avons largement puisé pour les parties descriptive et physiologique dans le travail de M. Grandeau. MM. les docteurs Périer, Tivarelli, P. Berryer nous ont puissamment aidé pour ce qui concerne la thérapeutique des

MONSUMMANO (eaux minérales et grottes de). 265

eaux et surtout des grottes de Monsummano. La visite que nous avons faite nousmême on 1865 des chambres contenues dans le Monsummano nous permet d'affirmer que tout ce qu'ont dit les auteurs que nous venons de citer porte le cachet de la plus complète exactitude.

« La direction générale de la grotte est S.-E. N.-O., dit M. Grandeau ; son entrée est située à 20 mètres environ du pied de la colline et est, en contre-bas du sol de l'établissement, de 8 à 10 mètres. On y pénètre par un escalier qui aboutit à un premier tepidarium dont la température est d'envirom 20° centigrade. Un vestibule étroit conduit à un second tepidarium où le thermomètre marque de 24 à 25° centigrade et qui n'est séparé de la grotte que par une porte de chêne. Les divers passages sont en partie tapissés de stalactites comme l'intérieur de la grotte. La première excavation dans laquelle on pénètre est une vaste salle irrégulière, oblongue, qui mesure 40 mètres dans sa plus grande longueur sur 12 à 15 mètres de largeur et 4 à 5 de hauteur ; la moitié environ de celte première chambre est occupée par un lac d'une eau parfaitement limpide. A gauche de la première chambre est un passage assez large qui conduit à une deuxième caverne où se trouve le lago maggiore, qui occupe toute la longueur de la chambre (50 mètres) et presque toute sa largeur. Un trottoir dallé et muni d'un garde-fou règne tout le long de la pièce. Enfin, à l'ouest du lac, est la chambre n° 4, la plus remarquable de toutes par lu beauté de ses stalactites et par la profondeur de ses eaux. A droite et au nord de la première chambre est la grotta bianca, appelée ainsi à cause de la blancheur des stalactites qui la décorent. La longueur totale de la grotte est de 150 mètres à peu près; il est impossible de traduire l'impression que fait éprouver le spectacle saisissant de ces immenses stalactites de forme, de couleur et d'aspect si variés ; tout ce qu'on en peut dire reste bien en deçà de la vérité. Les lacs ne tarissent jamais pendant l'été, les passages seuls sont secs; la crue des eaux rend presque impraticable l'accès de l.i chambre n° 4 pendant les mois d'octobre et de novembre.

« Avant de parler de la composition de l'air et de l'eau de la grotte, disonsquelques mots des concrétions calcaires qui constituent les parois des diverses chambres. L'intérieur de la grotte de Monsummano offre les plus beaux échantillons de stalactites et de stalagmites qu'on puisse rencontrer. La transparence, l'aspect et la densité de ces concrétions sont très- variables. Elles sont entièrement formées à leur superficie, dans la pièce n° 1, de petits cristaux confus, de carbonate de chaux incolore, translucide, en forme de grains de riz. Ces stalactites semblent avoir été submergées pendant un certain temps, et les cristaux qui les recouvrent ont dû se déposer dans l'eau. L'écoulement de l'eau, des vapeurs et des gaz a lieu de la chambre n° 1 à la chambre n" 4. Quelques spécimens de stalactites, détachés de la voûte en plusieurs endroits, ont donné, par l'analyse,, des résultats identiques. Chauffés à 250° centigrade, ils perdent environ 7 p. 100 de leur poids, parce que leur eau d'interposition est volatilisée. 100 grammes de résidu sec renferment les principes suivants :

Carbonate de chaux 93

— magnésie 3

Sulfate de chaux 3

Alumine )

Silice , > 1

Oxyde de fer '

Oxyde de manganèse, lithine, soude . , . traces,

•26G MONSUMMANO (eaux minérales et grottes de).

« La température de la grotte est à peu près invariable, quels que soient les 'Changements de la température de l'air extérieur et la hauteur de l'eau dans les lacs. Son état hygrométrique ne varie presque pas non plus. On respire dans les •différentes chambres avec la plus grande facilité, la combustion s'y effectue parfaitement et les bougies semblent même y brûler avec un éclat particulier. Il n'y a pas de courant d'air apparent, et les corps en ignilion mettent le même temps à se consumer dans la grotte que dans un appartement ordinaire. La présence prolongée de plusieurs personnes dans cet espace restreint n'altère en aucune façon la composition de l'atmosphère. Il résulte de là que le renouvellement de l'air, pour n'être pas appréciable à nos sens, n'en doit pas moins exister. Une expérience directe le prouve d'ailleurs : des feux de Bengale allumés dans la première et dans la deuxième chambre ont rempli ces deux pièces d'une fumée intense; les pièces n° 5 et n° 4 avaient une atmosphère parfaitement claire pendant la déflagration de la poudre. La chambre n° 3 fut envahie par la fumée en moins d'un quart d'heure, mais la transparence de l'air de la pièce n° 4 ne fut en aucune façon troublée. Il était facile de s'apercevoir dans ce dernier compartiment qu'un courant d'air, parti de la première chambre, chassait la fumée dans les divisions 2 et 5 et dans le couloir seulement qui conduit au n° 4. 11 faut trois heures environ pour que l'air de la grotte se renouvelle complètement. L'air des diverses pièces de la crypte de Monsummano ne renferme ni hydrogène sulfuré, ni azote; il n'a pas une composition identique dans les quatre compartiments. Ainsi, dans la première chambre, il contient en moyenne : azote, 79.55; oxygène, 20.65, et aucune trace de gaz acide carbonique; dans la seconde : azote, 79.56; oxygène, 20,64, et pas d'acide carbonique; dans la troisième : azote, 77.67; oxygène, 20.55, et acide carbonique, 2; dans la quatrième enfin : azote, 79.22; oxygène, 20.78, et aucuns trace d'acide carbonique. »

La température de l'eau qui baigne le sol de la grotte est généralement supérieure à celle de l'air, et elle ne décroît point en raison de l'élévation de l'eau des lacs. M. Berryer a trouvé que la température de l'air extérieur étant de 24° centigrade, celle de la première chambre est de 28°1 centigrade ; celle de la deuxième, de 28°2 centigrade ; celle de la troisième, de 52u centigrade ; et celle de la quatrième, 55° centigrade. La température de l'eau est en moyenne, de 28°7 dans le lac de la première chambre, de 50°7 dans le lac de la chambre n° 2, de 51° à 51°5 dans le lac de la chambre n° 5, et de 52° dans le lac de la chambre n° 4.

M. Targioni Tozzetti a trouvé, en 1854, par 1,000 grammes d'eau, les principes suivants :

Carbonate de chaux 0,5340

Sulfate de chaux 0,4898

— magnésie 0,4092

— soude 0,0352

Chlorure de sodium 0,2378

Silice, alumine, oxyde de fer, matière org. 0,1000

Total des matières fixes 1,8040

( azote 91 ce. 58

Gaz ! acide carbonique 84 75

( oxygène 23 33

Total des gaz 199cc.66

M. Grandeau a indiqué une proportion d'oxygène beaucoup moins considérable que M. Targioni Tozzetti dans l'eau des lacs de la grotte de Monsummano. Après avoir fait réduire, par évaporation, 150 litres de l'eau du lac de la deuxième chambre, il a obtenu ainsi un demi-litre d'eau mère et un dépôt abondant de sels

MONSUMMANO (eaux minérales et grottes de). 267

calcaires. lia examiné ces matières au spectroscope et il y a reconnu la présence de la lithine et de la potasse, mais il n'y a trouvé ni cœsium, ni rubidium, ni iode, ni brome, ni arsenic.

L'eau des lacs est claire et limpide, mais elle se trouble en se refroidissant après cinq ou six heures ; elle a une saveur fade et un peu amère ; elle n'est presque jamais administrée à l'intérieur. On ne rencontre dans l'eau des lacs, ni même dans l'atmosphère de la grotte, aucun être doué de vie, ni conferves, ni insectes, ni végétaux d'aucune espèce. Les lapins et les pigeons, etc., mis par M. Grandeau, se sont parfaitement portés dans l'air des divers compartiments de la grotte. La diminution de l'oxygène, l'augmentation de l'acide carbonique ou l'obscurité complète peuvent-elles expliquer l'absence des animaux d'organisme inférieur dans la caverne de Monsummano ?

L'établissement thermal de M. Parlanti, situé à environ trois kilomètres au sudouest de la grotte et sur l'autre versant du Monsummano Alto, se compose de douze salles de bains et de douches. Les Bagni Parlanti sont assez peu fréquentés, la cure consiste presque exclusivement en inhalations des vapeurs de l'eau de la grotte dont il nous reste à indiquer les effets physiologiques et curatifs.

Emploi thérapeutique. La première impression que l'on éprouve au spectacle de l'intérieur de la grotte de Monsummano, toujours artificiellement éclairée, est la surprise et l'admiration. Les stalactites et les stalagmites qui hérissent, de la base au sommet, la voûte de chacun de ses compartiments, leur coloration et leur forme changeantes, leur aspect qui fait ressembler chacune d'elles ou un de leurs groupes aux dessins les plus fantastiques et les plus bizarres, saisissent assez le baigneur au premier moment pour qu'il ne fasse aucune attention aux effets physiologiques du milieu nouveau où il est transporté. Dès qu'il revient à la réalité et qu'il se voit assis, dépouillé de tous ses vêtements, sur les gradins inférieurs, s'il ne veut pas se soumettre à une température élevée, et sur les marches supérieures s'il est besoin, au contraire, d'une chaleur plus intense, il s'aperçoit que toutes les parties de son corps sont recouvertes d'une abondante transpiration qu'accompagne une sensation d'un bien-être marqué et qui dure aussi longtemps qu'il séjourne dans la grotte de Monsummano. Il est frappé aussi de ce fait que la sueur n'est en aucune proportion avec le degré de chaleur de l'air et des vapeurs qui l'environnent. Il est habituel, lorsque les pores de la peau sont ouverts dans une étuve sèche ou humide, que l'on éprouve une constriction frontale assez pénible, une faiblesse quelquefois assez prononcée et un sentiment de brisure dans les membres ; il n'en est pas de même à la grotte de Monsummano où l'on se sent agité, léger et dispos, d'une lucidité d'esprit dont on a parfaitement conscience. Si l'on y prolonge son séjour, on arrive à une excitatiou semblable à celle que donnent presque toujours les infusions de café ou de thé vert. Les mouvements respiratoires ne semblent être ni diminués, ni augmentés chez les personnes en santé, mais ils sont plus faciles chez celles qui ont une dyspnée accidentelle ou habituelle. Les battements cardiaques et artériels sont et plus forts et plus nombreux, mais ils ne s'élèvent jamais assez pour déterminer la moindre gène occasionnée par un commencement de congestion pulmonaire ou cérébrale. Une séance même assez longue dans la grotte de Monsummano ne trouble en aucune façon la digestion et n'a pas une influence bien sensible sur toutes les excrétions. La durée des inhalations varie d'une demi-heure à une heure et demie ; ■c'est le plus souvent le matin à jeun que les malades se rendent aux chambres de la grotte.

268 MONSUMMANO (eaux minérales et crottes de).

Los bains et les douches d'eau de l'établissement Parlanti ne sont guère fréquentés que par ceux qui veulent prendre des bains et des douches de propreté, de fantaisie ou d'agrément.

Les accidents variés sous la dépendance du rhumatisme, comme les douleurs générales ou locales, superficielles ou profondes, siégeant dans les articulations, les muscles, les troncs nerveux, ou les viscères, etc., rentrent dans la sphère d'action des inhalations humides de la grotte de Monsnmmano. Seulement, il est important, comme nous l'avons dit ailleurs, que les rhumatisants aient un trèsgrand soin de se garantir contre l'air extérieur qui leur semble très-froid lorsqu'ils sortent après être restés dans un état de transpiration profuse et continuelle entretenue par l'atmosphère de la grotte de Monsummano. Les névralgies, survenues après un refroidissement subit, celles qui alternent avec des manifestations ihumatiques ou qui succèdent à ces manifestations, les névralgies rhumatismales en un mot, .-ont aussi du ressort des bains de vapeur de Monsummano, et il est remarquable que ce sont princip dément ceux qui souffrent de douleurs anciennes et souvent intolérables dans le trajet des nerfs sciatique et crural qui se trouvent le mieux du séjour dans la chambre n° A, dont la température est la plus élevée et l'atmosphère la plus constante. Nous nous souvenons d'un malade qui était en proie depuis trois ans à des accès fréquents et intolérables d'une névralgie du cordon spermatique et du testicule que dix séances successives débarsôrent complètement, tous les moyens pharmaceutiques ayant été auparavant nutilement employés quoique consciencieusement suivis. MM. les docteurs Yivarelli et Berryer ont plusieurs fois constaté que les hypertrophies hépatiques et spléniques occasionnées par des fièvres intermittentes paludéennes fréquentes dans le pays, étaient promptement et heureusement modifiées à la suite de dix à quinze séances dans la grotte de Monsummano. Ces deux confrères ont publié aussi des guérisons de syphilides après un séjour d'une quinzaine de jours dans les vapeurs de la grotte de Monsummano. 11 est important d'ajouter que ni le sulfate de quinine, ni les préparations mercurielles n'ont été employés par eux, concurremment avec l'action des étuves, pour déterminer le résultat heureux auquel ils sont arrivés.

Lorsque nous aurons signalé les effets favorables que retirent, d'un séjour dans la grotte de Monsummano, les malades qui sont depuis longtemps en proie à des laryngites, à des bronchites chroniques simples et à des asthmes essentiels, nous aurons parcouru la série des affections qui sont le plus souvent ob-enées à cette station de la Toscane. Quoique plus de dix mille malades aient été traités par la fréquentation exclusive de la grotte de Monsummano, nous sommes persuadé que la thérapeutique athmiatrique de cette station intéressante, n'a pas dit son dernier mot et que des études ultérieures fixeront mieux encore sur des succès qui ne sont mis en doute par personne, quoiqu'ils aient été considérablement exagérés par un engouement irréfléchi ou un intérêt facile à deviner. Quoi qu'il en soit, nous avons dû appeler spécialement l'attention des médecins sur un poste thermal où les maltdes peuvent suivre un traitement pendant toutes les saisons de l'année, et particulièrement en hiver. On doit savoir en effet, et nous dirons combien Pise (voy. ce mot) a une place élevée parmi les stations hivernales de l'Europe.

La durée de la cure est de dix à vingt jours.

On n'exporte pas l'eau des lacs de la grotte de Monsummano.

A. Rotureaïï.

EiDnoGrAniiE. — Takg:om Tozzetti. La grolta di Monsummano. Firenze, 18j5. — Meneghi»

MOATAGNITE. 2G9

(Giuscppe). Annali dell', Università pimna, l. III, p. H. — Périek. Note sur les eaux minérales de Monte-Calini, suivie d'une note sur les etuves de Monsummano . Puris, 1860. — Rotukeau (Armand). Des principales eaux minérales de V Europe, l'aiïs, 1804, t. III. p. 300- 579. — (Iiiandeau (L.). Notice sur la grotte thermale de Monsummano, in Annales de la Société d'hydrologie médicale de Paris, t. X, p. 515-565; 1803-1804. A. R.

MOXTAttNANA (Les deux).

Ulontagnana (Babthélemy), le père, a été un professeur distingué en l'université de Padoue, sa pairie; il mourut vers l'année 1400, laissant un recueil de ses ouvrages sous ce titre :

Selecliorum operum in quibas ejusdem consilia variique iractatus alii, tùm proprii, tùm ascititii, continentur, liber unas et alter. Venise, 1497; in- fol. Lyon, 1520-1525; in-4°; Francof., 1004, in fol.

Ulontagnana (Baiithélemy), le fils, également professeur à Padoue, alla ensuite exercer son art à Venise, où il mourut en \ 525. On a de lui ces opuscules :

I. Anlidotarium. Venet., 1499, in-fol. — II. De balneis patavinis. Venet., 1400, in-fol. — III. De balneorum variclatc, etc. Basil., 1537, in-tol. — IV. Consilia. Venet., 1490, in-fol., Goth. et Luf;d., 1525, in-4°; Yenet., 1565; in-fol. — V. De dosibus. Lugd., 15S4, in-8°. — VI. De compositione et dosi medicamentorum, in-8°. — VII. De herpete, phagedena, sphacelo et cancro. Venet., 1589, in-4°. A. C.

MOXTAGNE (Jean-Fr.-Camille), savant botaniste, né le 15 février 1784, à Vaudoy (Seine-et-Marne). Orphelin de bonne heure et sans ressources, il s'engagea, en 1798, dans la marine militaire, et fit plusieurs campagnes, particulièrement eu Egypte, où son goût pour les sciences naturelles trouva un premier aliment. Promu, grâce à son intelligence, à des fonctions plus élevées, il put, à son retour en France, se livrer à l'étude de la médecine, il passa successivement par les différents grades du service de santé de l'armée, et résida surtout en Italie dans le royaume de Naples. Fait prisonnier après la défaite et la cbute de Murât, il profila de sa captivité en Allemagne pour refaire son éducation. Rentré en France et réintégré dans les cadres de l'armée, il quitta définitivement le service militaire en 1852 et se fixa à Paris, où il entreprit sur les végétaux inférieurs, les cryptogames, cette série de recherches qui ont fondé sa réputation. C'est alors qu'il fit paraître successivement sous forme de mémoire et dans divers recueils, les résultats de ses études. Membre de l'Institut (1855), de l'Académie de médecine (1802), île la Société centrale d'agriculture (1852), etc., il s'éteignit, le 5 janvier 1866, à l'âge de quatre-vingt-deux ans. Il a donné l'ensemble de ses travaux sur les cryptogames dans l'ouvrage suivant, fruit de ses longues et patientes investigations.

Syllogc generum specierumque cryptogamorum, quas in variis operibus descriptas icombusque illustralas, nunc ad diagnosim reductas, nonnullasque novas mterjectas ordinc systemalico disposuit. l'arisiis, 1850, in-8°. E, Bgd.

MOXTAGXITE F. Genre de la famille des Agaricinées, créé par Fries et dédié par lui à notre compatriote C. Montagne, très-laborieux et méritant cryptogamL-te.

Ce genre dont on ne connaît encore qu'une espèce, M. Candollei (Ag. arenarius DC), mérite pourtant une mention particulière, non-seulement parce que celte espèce est française, mais aussi parce que sa forme insolite peut éclairer la morphologie générale des Agaricinées.

Sa station n'est pas moins extraordinaire que sa forme. Longtemps et profon-

270 MONTAGNITE.

dément enseveli dans les sables maritimes les plus meubles de la Provence (et de l'Algérie?), M. Candollei présente alors la forme générale d'un petit tronc de cône presque cylindrique, un peu en barillet, d'un blanc sale çà et là très-légèrement ochracé, pouvant avoir, en son état moyen de développement, cinq à six centimètres de hauteur et environ trois de diamètre. Sa partie inférieure, plus étroite, est formée par un bulbe de vingt et quelques millimètres de diamètre, à flancs convexes, arrondi en dessous, où il se termine par une longue radicule restiforme, profondément radicante. L'extrémité supérieure du cylindre est couronnée par un disque qui sera celui du chapeau : il a 25 à 50 millimètres de diamètre ; il est le plus souvent méplat ou même légèrement cupule au centre, tandis que son pourtour, non encore bien étalé, mais déjà débordant un peu la circonférence du stipe lui-même légèrement évasé, est régulièrement strié-incisé, et se continue en un grand nombre de longues lanières, contiguès mais indépendantes, d'abord brusquement recourbées en bas, parallèles entre elles et au stipe qu'elles revêtent jusqu'au bulbe comme un manchon. Par une section suivant l'axe, on découvre que ces apparentes lanières sont les dos des lames, nombreuses et pressées, que forment les replis de l'hyménium; d'abord ses lames blanchâtres, onduleuses sur leurs faces, larges, minces et fragiles, ont les tranchants appuyés sur le stipe et le dos, surtout vers leur extrémité supérieure ou centrale, en continuité avec les segments ou lanières du disque, tandis que leur extrémité libre descend d'aboi d jusqu'au bulbe, sur le pourpour duquel se rencontre un petit épaulement avec bordure fibrilleuse pour les recevoir; il est alors manifeste que celte bordure fibrilleuse est le débris d'un faible voile aranéeux et débile, recouvrant le dos des lames jusqu'au disque, et le vestige d'une volve, ou celui de l'hyménophore manquant. En outre, il arrive souvent que le Bord (ou marge du chapeau) , constitué par l'ensemble des extrémités libres des lames, est lobé; car il dessine, sur le pied du stipe auquel il est alors appliqué, quatre ou cinq larges festons, qui témoignent que ce manchon lamelle s'est développé par quatre ou cinq faisceaux faisant autant de lobes. Cependant ce stipe s'allonge, devient consistant et sous-ligneux; le disque qui le couronne, à cause de sa forme méplate, pousse devant lui et soulève péniblement le sable en un petit monticule, qui décèle la présence du fungus bien avant qu'il soit extérieurement visible (mécanisme qui ne lui permet de se développer que dans les sables les plus légers) ; aussitôt la tête dégagée, les lames,, fermées jusqu'alors, mais déjà noircies, s'étalent enfin en un chapeau qui, sauf le disque, est exclusivement composé de lames rayonnantes; ces lames sont libres de toute autre adhérence que la mince lanière émanée du disque, laquelle, s'insérant au dos de chaque lame (en arrière) , la relie à ce même disque alors bien étalé, à surface squamulée grisâtre et subocracée. Ainsi, à part ce disque (qui peut être regardé comme n'étant que le sommet un peu évasé du sfipe), pas d'hyménophore, pas de couche charnue, pas même de pellicules persistantes au chapeau, comme en présentent les coprins les plus débiles, mais des lames nues, libres, rayonnantes, falcilormes, qui passent de bonne heure du blanc au noir, et qui constituent seules la périphérie, dont le diamètre atteint au moins 6 à 8 centimètres. Le stipe qui, sans le bulbe, a jusqu'à 10 et 11 centimètres de longueur, et environ 1 centimètre de diamètre, est sub-cylindrique, un peu atténué en bas et dilaté vers le haut ; il est alors largement fistuleux avec un axe ou corde aranéeuse comme Coprinus Comatus; sa surface striée est vêtue de pelures squameuses plus brunes, résultant des éraillures de sa tunique externe par suite de la rapide croissance des derniers jours ; le bulbe lui-même est couronné d'une bordure

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quelquefois double qui paraît être : Y une (l'intérieure), les débris des érailluresde la partie de cette tunique externe du slipe qui rappelle singulièrement les vestiges du vélum que j'ai signalé dans Am. vaginata (voy. Amanites, m,, p. 495) ; — Vautre bordure (l'extérieure), est le reste de la débile volve aranéeuse, dont j'ai parlé plus baut.

Cette singulière espèce de fungus, avec le genre dont elle est le type, trouve sa place auprès des Coprins et notamment de C. Comatus; mais elle s'en distingue nettement par la genèse et les faibles connexions de ses lames libres, le manque d'anneau et les tissus résistants, presque ligneux, du stipe et du bulbe ; on a dit aussi, par la non-déliquescence? mais M. de Seynes, qui a souvent récolté le M. Candollei, et à l'obligeance duquel nous devons d'en pouvoir donner une bonne description (il nous a confié son herbier et ses dessins), a constaté que, si l'on recueille et renferme ce fungus avant sa sortie des sables et son dessèchement presque simultané, il ne tarde pas à se ramollir et à se résoudre, sinon en eau noire, comme les vrais coprins, au moins en un putrilage comme Am. vaginata. Enfin ce qui contribue à caractériser ce genre et à lui assigner une place au voisinage des Coprins, ce sont les basides couronnées de quatre spores plutôt grosses, ovoïdes allongées, bientôt brunes, et absolument noires en masse.

Cependant on trouve, dans ces mêmes sables maritimes méditerranéens, un autre champignon également longtemps hypogé, qui, enfin déhiscent et se desséchant aussitôt qu'il a élevé sa tête au-dessus des sables brûlants, expose sa glèbe noire au sommet d'un stipe de même taille et de même forme que M. Candollei ; il pourrait donc être pris pour un Montagnite, comme l'a fait l'illustre Fries luimême, n'en jugeant, il est vrai, que par des descriptions ou des dessins manifestement insuffisants. Ce fungus, nommé par Fries Montagnites Dunalii, n'est point une Agaricinée : sa glèbe est lacuneuse et non lamellée ; et, quand on le récolte avant sa déhiscence, on constate facilement la forme globuleuse et la constitution interne d'un Gasteromyces dont la glèbe intérieure est traversée par une colonne centrale, prolongement du stipe, laquelle se développant amène la déhiscence circulaire du péridium ; c'est donc une Podaxinée*, dont Montagne a fait le type d'un genre Gyrophragmium : c'est le G. Delilei Mont., trouvé et décrit pour la première fois par Delille (voy. Podaxinées), sous le nom de Ag. ocreatus.

Les auteurs sont muets sur la saveur et l'odeur de M. Candollei ; sans doute elles sont peu notables. Quant aux propriétés de ce fungus, elles sont inconnues jusqu'à ce jour. Bertillon.

Bibliographie. — Flore fr., DC, t VI, p. 45 ; Ag. arenarius. — FniEs (E.). Epicrisis, p. 45.

— Ann. se. natur., 1843. — Montagne. Considérations générales sur les Podaxinées, p. 6.

— Du même. Expl. se. de l'Algérie, pi. 21, fig. 1. — Du même. Dict. univers, d'hist. natur. (Ch. d'Orbîgny), t. VIII, p. 339. — Corda. Icônes fungorum, t. VI, p. 85, pi. 20; 1854. — De Seyxes (J.). Ess. d'une FI. mycol. du Gard, p. 65 , 1865. — Du même. Bull, de la Soc. de bot. de Fr., p. 604, 1862. — Enfin, dessins inédits de M. de Seyxes. B.

noM.iiGLT (Eau minérale de) voy. Grandevrol.

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