pour les femmes
A cette preuve nouvelle de la morbidité plus considérable des femmes, nouspouvons ajouter ce dernier fait, que, de ces chiffres, le département de la Seine, à lui seul, supporte 124,727 journées de traitement de femmes; et surtout nous pouvons en donner l'explication par le nombre considérable de filles publiques détenues en traitement à la maison de correction de Saint-Lazare.
Morbidité des employés et ouvriers des chemins de fer. On trouvera, à l'article Chemins de fer de ce Dictionnaire, des détails complets sur l'hygiène professionnelle et les aptitudes morbides des mployés et ouvriers attachés à ces exploitations.
Nous nous bornerons à emprunter aux recherches statistiques de Devillicrs, sur le personnel du chemin de fer de Lyon, quelques résultats intéressants à comparer avec ceux des autres corporations qui contribuent à nos recherches sur la morbidité.
Ici encore, le chiffre annuel des cas de maladie l'emporte sur celui des vivants; de 150 p. 100 en 1865, ce chiffre a été :
En 1868 de 44.219 sur 35.061 agents et ouvriers, ou 126 % du personnel. En 18U9 de 43.165 sur 36.302 — ou 118 —
La diminution assez marquée, survenue depuis \ 865, dans le chiffre proportionnel des cas de maladie, peut être rapportée, à bon drojt, à une sévérité plus grande de l'examen corporel d'admission des ouvriers et employés, et au renouvellement, à divers intervalles, de cet examen, d'où résultent le renvoi des infirmes et une épuration incessante du personnel.
La durée de la morbidité est représentée :
En 1868, par 286,562 journées de maladie; ce qui donne pour chaque cas une durée moyenne de 5 jours 34.
En 1869, par 258,568; durée moyenne de chaque cas : 5 jours 52.
Si nous nous reportons à la morbidité des catégories examinées plus haut, nous constatons que la durée moyenne des maladies des employés des chemins de fer est notablement inférieure : 1° à celle des indigents des bureaux de bienfaisance qui oscille entre 12 et 14 journées; 2° à celle des détenus dans les prisons de France, qui s'élève, pour les hommes, à 16 journées et une fraction. Cette morbidité moindre, facile à expliquer, du reste, par la différence des conditions individuelles et des conditions de milieu, a été constatée non-seulement par Devilliers, mais aussi par Gallard, pour le personnel de la ligne d'Orléans.
11 est intéressant de constater, dans ces rapports, malgré les occasions si fréquentes de traumatisme, soit sur la voie, soit dans les gares, soit dans les ateliers, la prédominance des maladies internes, trois fois plus nombreuses pendant les deux années 1868 et 1869, que les maladies de cause externe (:: 63,834 '. 25 548). Ces dernières maladies sont plus ou moins fréquentes, il est vrai, suivant les dangers professionnels ; elles forment :
1° Chez les conducteurs et wagonniers, [dus du quart des malades;
2° Chez les ouvriers des gares, mécaniciens et chauffeurs, environ un tiers;
5° Chez les ouvriers des ateliers et magasins, plus de la moitié.
11 est intéressant surtout de constater ici aussi l'influence, sur la morbidité, de certaines conditions en apparence tout accessoires, dont quelques-unes, d'ordre presque moral, confirment ce que nous avancions plus haut à l'égard des difficultés de détermination de l'état morbide, suivant les conditions sociales des individus.
Ainsi, le maximum relatif des malades est fourni, non point par les ouvriers ni les employés de la voie, mais par ceux qui appartiennent aux services ambulants des bureaux de la ville (camionneurs, facteurs) ; ce sont, de tous les employés, les moins complètement surveillés, les moins disciplinés, ceux probablement dont les excès sont les plus fréquents. Puis viennent, comme fréquence de maladie, les ouvriers des gares, les mécaniciens, les chauffeurs; mais, qu'on ne s'y trompe pas, cette fréquence est surtout factice; ces ouvriers étant, de tous, les mieux payés, ils ont moins besoin que les autres de leur gain du lendemain, et profitent du moindre prétexte d'indisposition pour se reposer.
Si, enfin, les employés des bureaux des gares sont fréquemment malades, et
pour peu de temps, c'est qu'ils sont, plus que les autres, à proximité du secours médical et accusent, plus volontiers, leurs moindres indispositions.
Il y a moins d'atteintes déclarées, au contraire, par le groupe des ouvriers éloignés de ces secours, par les hommes de la voie, qui ne se constituent malades que quand ils le sont réellement, et dont la morbidité dure, en général, plus longtemps que chez les autres.
Quant à la gravité de la morbidité, c'est-à-dire à la mortalité des malades, comme l'a fait remarquer Gallard, elle est moindre que dans la population civile d'âge correspondant. Ce fait n'a rien d'étonnant, vu les conditions de sélection imposées au personnel des chemins de fer.
Morbidité dans les Sociétés de secours mutuels. Les recherches entreprises depuis le commencement de ce siècle sur la fréquence et la durée des maladies aux diverses périodes de la vie, ont accumulé une série de documents pleins de valeur pour l'étude de la morbidité qui, au point de vue statistique, est constituée par ces deux faits ; malheureusement nous n'y trouverons que peu de détails sur le côté de la question, que nous avons déclaré l'un des plus intéressants pour nous, sur la nature des affections qui ont constitué cette morbidité.
Le rapport de cette question avec l'organisation, et la prospérité des sociétés de secours mutuels, est évident. Chacune de ces institutions s'engageant à remplacer, pour les sociétaires, le gain du travail, en cas de maladie, il importe, avant tout, de savoir tout d'abord jusqu'à quel point, et en quelle mesure, la société pourra faire honneur à cet engagement. Le succès d'une pareille société sera donc basé, non-seulement sur le montant des cotisations individuelles qui constitueront son capital, mais sur la possibilité de pourvoir, avec ces ressources, aux frais occasionnés par la morbidité de tous ses membres, morbidité qui sera représentée annuellement par le chiffre des journées d'abstention de travail, à la suite de maladie. Les causes de l'insuccès des associations de prévoyance, dont si grand nombre ont périclité ou succombé, tiennent à la disproportion entre les contributions apportées et les secours distribués. C'est ce besoin d'équilibre entre les recettes et les dépenses qui a été, surtout en Angleterre, l'objet de longues recherches, basées soit sur des probabilités en rapport avec la mortalité, soit sur des séries de faits observés, recherches ayant pour but de déterminer, de la manière la plus rigoureuse, avec quelles chances de morbidité, c'est-à-dire de frais pour l'association, se présente tout candidat à cette association.
Avant de pénétrer dans l'analyse de ces recherches, nous nous bornerons à rappeler que, souvent, les résultats en ont été exagérés en tel ou tel sens, suivant le point de vue auquel on s'est placé ; à l'époque où ces associations commençaient à se généraliser en Angleterre, et où elles avaient pour objectif essentiel un but philanthropique, celui d'assister les malades (c'était alors par excellence les sociétés des amis : Friendly Societics), les calculateurs ne songeaient nullement à exagérer les risques financiers de l'institution pour rendre plus difficile ou plus onéreuse l'admission de nouveaux sociétaires; mais, depuis cette époque, les so ciétés mutuelles se sont peu à peu transformées d'institution charitable en assurance sanitaire; et, dans la vue de leur offrir plus de garanties, certains auteurs, Bêcher entre autres, se sont laissés entraîner à forcer les chiffres de morbidité des différentes périodes de la vie; exagération qui avait pour conséquence d'élever le taux de la contribution de chaque membre de ces associations.
Un premier fait avait éveillé l'attention; c'était la ruine de plusieurs sociétés qui, constituées par un certain nombre de personnes, et négligeant de recevoir de
nouveaux membres, avaient vu, d'année en année, augmenter démesurément le chilfrede leurs dépenses, les recettes demeurant toujours les mêmes.
La raison de ce fait apparut plus évidente chaque jour; on observa que C:tte augmentation de dépenses s'appliquait spécialement à certaines catégories de sociétaires, à celles qui correspondent aux périodes d'âges les plus avancées. On reconnut que cette progression dans la somme des secours distribués, suivant les âges, s'accomplissait même, sur la masse des sociétaires, avec une régularité évidente et fatale, et l'on comprit qu'en admettant aux mêmes conditions à participer aux bienfaits des sociétés de secours deux individus d'âge différent, on devait presque toujours, comme l'a dit Villermé, faire avec le jeune un bien meilleur marché qu'avec l'autre.
Taudis que le premier, pendant une longue série d'années, rapportera plus qu'il rie coûtera à la société, le second pèsera immédiatement sur le budget ; se faire recevoir à l'âge de quarante-cinq ans dans ces associations, c'est y entrer au moment le plus onéreux: pour elles, c'est-à-dire à la veille des maladies longues et fréquentes ; aussi est-ce au moment où l'homme en aurait le plus besoin que ces sociétés, si antérieurement il n'en faisait point partie, sont devenues le moins abordables pour lui.
La plupart des sociétés ont adopté en effet certaines limites d'âge au delà desquelles nul n'est admis, 16 ans d'une part, 40 de l'autre; puis, afin de pouvoir proportionner, pour chacun, le montant de sa cotisation annuelle aux risques qu'il imposait à la société par le seul fait de son âge, on aborda l'étude de ces variations de la morbidité suivant les périodes de la vie.
D'après l'initiative d'Oliphant, une commission lut instituée en Ecosse pour examiner le mode de répartition des secours distribués à leurs membres par les sociétés de ce pays, et pour déduire, de l'ensemble de ces faits, la loi de fréquence et de durée des maladies aux différents âges. La commission écossaise basa son rapport (Report on Friendly or Benefits Societies, Edimbourg, 1824) sur le dépouillement complet des registres tenus par plus de 70 sociétés, et pendant des périodes plus ou moins longues, les plus courtes étant de 5 ans, d'autres étant de 10, 20, 40 ans, les plus longues comprenant jusqu'à 25 années consécutives. Chacun de ces registres mentionnait non-seulement le chiffre des secours distribués aux sociétaires, d'où l'on pouvait déduire la morbidité totale de la société, mais encore les conditions d'âge de ceux qui avaient été secourus.
Ce travail considérable u offre les résultats de l'expérience, année commune, d'environ 7,500 individus qui, multipliés par le nombre moyen d'années que ce travail comprend, donnent plus de 100,000 observations ou cas particuliers » (Villermé).
U en résulte, dit Villermé, que la durée moyenne du temps qu'un ouvrier est malade de maladies qui ne proviennent point de débauche, pendant les 50 années consécuti\es comprises dans l'intervalle de 20 à 70 ans, est de tout près de deux années, réparties de telle manière qu'à 20 ans on ne compte guère, durant une année, qu'une demi-semaine, ou mieux, quatre jours de maladie;
A 50 ans, très-peu plus ;
 40 ans, trois quarts de semaine ;
A 45 ans, sept jours ou une semaine ;
A 50 ans, neuf à dix jours ;
A 55 ans, douze à treize jours, près de deux semaines ;
A 60 ans, environ seize jours, deux semaines un tiers, deux semaines et demie;
A 65 ans, trente à trente et un jours ou un mois;
A 70 ans, environ 73 à 74 jours, ou près de deux mois et demi.
Par conséquent, la durée du temps qu'un individu est malade pendant une année, autrement dit sa morbidité, s'accroît, termes moyens :
Depuis l'âge de 20 ans jusqu'à celui de 30 ans, de fort peu, c'est environ une demi-journée ;
D'une journée et demie ou à peu près, depuis 30 ans jusqu'à 40 ;
Autant depuis 40 ans jusqu'à 45 ;
De près de trois journées depuis 45 ans jusqu'à 50 ;
Autant ou un peu plus depuis 50 ans jusqu'à 55 ;
De 4 journées ou environ depuis 55 ans jusqu'à 60 ;
De 2 semaines entières ou de 14 joui s, depuis 60 ans jusqu'à 65 ;
Enfin de 6 semaines, ou de près d'un mois et demi, depuis 65 ans jusqu'à 70 ans.
La commission écossaise estime, en outre, qu'au dessous de l'âge de 20 ans, la durée moyenne des maladies doit être, par an, d'environ trois jours (un peu moins que de 20 à 30 ans), tandis qu'au dessus de 70 ans, toujours pour les ouvriers, cette durée moyenne va jusqu'à 4 mois ou 16 semaines et demie.
Enfin nous empruntons à ce même rapport la proportion du chiffre des malades à celui des vivants ; nous supprimons seulement les fractions ; et nous constatons qu'on a trouvé, en moyenne :
1 malade sur 156. 9'i vivants au-dessous de 20 ans
— 87.89 — de 20 à 30 ans.
— 75.74 — de 50 à 40
— 50.61 — de 40 à 50
— 27.65 — de 50 à 60
— 9.23 — de 60 à 70
— 3 14 — passé l'âge de 70 ans.
D'après ces chiffres, on voit que la durée annuelle de la morbidité, et les proportions des malades aux vivants ne sont en somme que les moyennes d'un certain nombre de périodes d'âge, quinquennales ou décennales. Pour en faire l'application à une année de la vie en particulier, on a diminué, ou, au contraire, augmenté un peu la durée moyenne de maladie attribuée à la période, suivant que l'âge précis, pour lequel on voulait établir le calcul, se trouvait au commencement ou bien à la fin de cette période. C'est en opérant ainsi qu'on est arrivé à établir la table suivante (p. 343), répondant à peu près à toutes les questions générales, qui intéressent l'organisation des sociétés de secours mutuels en Ecosse.
Cette table rend tout d'abord évidente la différence de progression de la morbidité suivant les périodes d'âges considérées; tandis que la quotité du temps de maladie s'élève lentement dans la première moitié de ce tableau, au point qu'il faut franchir une période de 25 ans (de la 21e à la 46e) année pour voir doubler les chances annuelles de morbidité (0,575 de semaine, ou près de 4 jours durant la 21e ; 1.052, ou moins de 8 jours, durant la 46e), nous voyons, au contraire, cette progression devenir très-rapide à mesure que les individus avancent en âge, et pendant la seconde période de 25 ans (de la 46e à la 70e), les chances s'augmentent au point de décupler (1,032 durant la 46e; 10,701 durant la 70e). Quant au mode même de morbidité, la commission écossaise reconnait que les | du temps total de maladies revient à des affections chroniques, et deux autres cinquièmes à des affections qui obligent de garder le lit.
L'exemple donné par ia commission écossaise fut suivi dans les pays voisins ;