‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.61Chapitre 53 sur 114 · DES MALADES POUR 100 HABITANTS · texte numérisé non relu

DES MALADES POUR 100 HABITANTS

DE MALADIE

PAR MALADE

l'AR SOCIÉTAIRE.

Hommes 1857. .

Femme, 1837. .

Homme* 1858. .

Femmes 1858. .

Ces divers tableaux confirment plusieurs des faits précédemment constatés, tout en faisant ressortir certaines circonstances spéciales au point de vue de la morbidité des sociétés de secours mutuels en France.

D'après le tableau 1 nous voyons que la proportion des malades sur 100 sociétaires est plus considérable qu'en Angleterre (29 au lieu de 24) ; mais que la moyenne de la durée des maladies est notablement moindre en notre pays, puisqu'elle n'est que de 19 à 20 par malade au lieu de 40. La morbidité moyenne de chaque sociétaire, c'est-à-dire le contingent de maladie qui reviendrait à chaque sociétaire dans l'hypothèse où tous les membres de l'association seraient également malades, varie de 5 à 6 journées par an; en sorte que nous ponvons affirmer que la morbidité des sociétés françaises n'est guère que la moitié de la morbidité des sociétés anglaises, et qu'elle est inférieure aussi à celle qu'avait supputée Deboutteville.

Comparativement aux maladies des ouvriers de chemins de fer, nous voyons que la durée de la maladie dans chaque cas est plus considérable dans les sociétés de bienfaisance, 19 à 20 jours au lieu de 5,52 (voir page 339) ; mais la sélection imposée au personnel dés chemins de fer, l'éloignement des infirmes et des vieillards suffisent à nous indiquer pourquoi on doit être plus longtemps malade dans ces associations.

INous constatons, d'après le tableau 2, une homogénéité remarquable des conditions de morbidité des divers groupes de sociétés réparties suivant les zones géographiques, auxquelles elles appartiennent, preuve que les influences climatiques, pourtant si diverses dans notre propre pays, sont combattues, dans leurs manifestations, par une homogénéité de la population plus grande qu'en Angleterre, où certains districts sont exclusivement agricoles, exclusivement miniers, etc.

Enfin le tableau 5 a nne grande importance, en ce que l'on ne trouve pas, dans les autres pays, de tableau similaire permettant la comparaison de la morbidité masculine et féminine. De ce tableau, il résulte que si, pendant une année, en 1857, le nombre proportionnel des femmes malades a été un peu plus considérable que celui des liommes (31,65 pour 100 au lieu de 27,61), les moyennes de journée par malade et, les moyennes par sociétaire sont toutes deux à l'avantage des femmes : au lieu de 18 jours de maladie, comme chaque malade homme, chaque malade femme n'en a eu que : 13,96 en 1857 ; 15,25 en 1858 ; d'autre part la morbidité répartie sur toute l'association n'est représentée que par 4,40 jours par tète de femme, celle des hommes étant de 4,90, en 1852 ; et la différence est plus grande encore l'année suivante (4,53 jours, pour les femmes ; /' 5,21 jours, pour les hommes). Ces chiffres [trouvent que l'admission des femmes dans ces sociétés ajoute aux ressources et ne les diminue point ; ils démontrent l'erreur de ceux, qui, malgré l'évidence dos faits, persistent à regarder l'introduction des femmes dans une société comme dangereuse pour son avenir financier.

Quant aux tableaux 3 et 4, très-import mts pour nos sociétés, ils représentent malheureusement des périodes de la vie, dont la limitation ne correspond pas à celle qui est généralement adoptée dans les autres corporations.

Il nous reste, pour en finir avec la morbidité des sociétés de secours, l'étude des importants travaux d'un homme qui a fait, de cette question, l'œuvre de sa vie, et que sa compétence spéciale a élevé à la présidence de l'Institut des sociétés des amis d'Angleterre, Arthur Scratchley.

Scralchley pense avoir été conduit, par ses très-nombreuses recherches, à la découverte de la véritable loi de morbidité (True Law of Sickness), dont nous allons chercher à rendre l'expression :

1° A partir de l'âge où ont cessé les maladies de l'enfance et où s'est affermie la constitution, c'est-à-dire à partir de quinze ans, il y a un certain minimum constant de morbidité annuelle, auquel l'espèce humaine (d'après ce qui se passe chez un grand nombre d'individus) est sujette à ehaque période de la vie. Ce minimum moyen de morbidité (que notre auteur appelle la partie constante de la morbidité) dépend de la race, du climat, etc., et semble, d'après les observations faites dans le Royaume-Uni, osciller, suivant les professions, entre les limites annuelles de 5 et 6 jours par an.

2° En outre, à chaque âge, tout individu est exposé, suivant encore sa profession, son aisance, etc., à une nouvelle dose de morbidité qui vient s'ajouter à sa part de morbidité constante. Cet excès de morbidité, au lieu d'être identique à toutes les périodes de la vie, s'accroît avec l'âge ; mais pour le déterminer, chez n'importe quel individu, il suffit, suivant Scratchley, d'additionner les excès de moibidité de la cinquième et de la dixième année qui ont précédé l'âge de l'individu examiné.

Exemple: un ouvrier appartient à telle profession dont la morbidité constante est 6 jours -ffa; nous voudrions, connaissant la morbidité de cet individu à 20 et à 25 ans, déterminer, par le calcul, quelle sera sa morbidité à 30 ans, c'est-àdire 5 et 10 ans après les deux dates précédentes?

Or les tables de Finlaisoit nous apprennent que pour cette profession, a moyenne de morbidité annuelle est de :

6 jours yJq à 20 ans; ce qui indique un excès, sur la constante, de f^ de jour.

6 jours jYo à 25 ans, c'est-à-dire -^ ou -| de jour en plus que la constante.

Si nous voulons connaître la morbidité de cet individu à 50 ans, nous additionnerons les excès de morbidité à 20 et 25 ans, ce qui nous donne j— de jour; en ajoutant cette somme à la morbidité constante, 6 jours -^, nous aurons 6 jours jjq qui représentent la solution demandée; et ainsi pour les âges suivants.

Si cette formule est la bonne, on comprend certains corollaires émis en outre par l'auteur, comme celui-ci : la différence de morbidité entre tel âge et un âge plus avancé de 5 ans, est égal à la différence entre la morbidité de deux âges moindres que le premier, l'un de 5 ans, l'autre de 15 ans.

Ainsi la différence entre la morbidité entre 55 et 30 ans, est égale à la différence de morbidité entre 30 et 20 ans.

Ce qui donne une réelle importance à la loi formulée par Scratchley c'est que par son application il est arrivé à déterminer, à priori, les variations de la morbidité aux diverses périodes de la vie; et que les tables qu'il a obtenues offrent une ressemblance remarquable avec celles que Finlaison a obtenues de l'observation directe (voy. Arthur Scratcbley, Treatise on Friendly Societies, containing an Exposition of the True Law of Sickness, with Rides, and Tables, Londres, 1859).

Dans son étude sur les sociétés de secours mutuels d'Angleterre (Paris, 1865), Franqueville a réuni un certain nombre de documents, moins officiels peut-être, mais qui nous permettent de voir dans quelle mesure on s'écarte, dans la pratique, des règles absolues formulées par le rapport précédent, et nous indiquent, •d'une manière plus saisissable peut-être, le mode d'appréciation des dangers de maladie des diverses professions par les administrations de ces diverses sociétés.

Pour le taux des cotisations, les hommes sont généralement répartis en quatre classes suivant la nature de leurs occupations:

La première classe contient les hommes qui ne font partie d'aucune des quatre autres catégories.

La deuxième classe comprend les professions rentrant dans les travaux faciles, légers (Light Labour) ; ces professions sont les suivantes : artistes, boulangers, barbiers, blanchisseurs, libraires, fabricants de brosses, bouchers, fabricants de boutons, bergers, caliats, ouvriers pharmaciens, employés, tailleurs, douaniers, teinturiers, graveurs, cochers, cuisiniers, imprimeurs, fermiers, facteurs, chefs d'atelier, jardiniers, bijoutiers, chapeliers, quincailliers, corroyeurs, opticiens, marchands ambulants, fabricants d'étoffes, de bouchons, de papier, plâtriers, potiers, cordiers, domestiques, boutiquiers, ouvriers en soie, fabricants de savons, chandelles et bougies, garçons d'écurie, couvreurs, bimbelotiers, tisserands.

La troisième clas^e se compose des ouvriers occupés à un travail fatigant (Heavy Labour); sonteompris dans cette catégorie : les laboureurs, briquetiers, distillateurs, maçons, charretiers, tonneliers, verriers, meuniers, plombiers, serruriers, scieurs de long, charpentiers, forgerons, bateliers.

Enfin la quatrième classe, où figurent des professions entraînant des risques particuliers de maladie, se subdivise elle-même en quatre sous-cla>ses : 1° les marins; 2° les peintres; 3° les employés de chemins de fer; et 4' les ouviiers des mines.

Chacune de ces classes paye une cotisation différente pour avoir droit à une indemnité identique en cas de maladie. De plus, pour chacune d'elle, le taux de la cotisation s'élève chaque année avec l'âge du sociétaire ; et ces deux principes

de variation de la cotisation payée correspondent à deux principes également vrais de variation de la morbidité, d'après la profession et d'après l'âge du sujet. L'importance de la condition professionnelle est toile que si, une fois admis, l'ouvrier change de métier, et en prend un qui diffère de ceux auxquels appartiennent la plupart des autres membres, une enquête médicale décide s'il y a un surcroît de danger, et s'il y a lieu d'augmenter le taux de la cotisation.

Morbidité des ouvriers de l'arsenal de Copenhague. Nous plaçons ici l'étude d'un travail intéressant de Finger, travail s'appliquant à un groupe très-limité peut-être d'individus, mais, par cela même, ayant fourni à l'auteur des résultats d'une extrême précision.

11 a trouvé une population se prêtant merveilleusement aux recherches à entreprendre : c'est une classe d'hommes occupés toute leur vie à la construction ou à l'équipement de la flotte royale à Copenhague ; enrôlés dès l'âge de dix ans, ils sont, après quelques années d'apprentissage, reçus parmi les ouvriers royaux; et, quand les progrès de l'âge ou les maladies ont usé leurs forces, ils passent dans le bataillon des vétérans, demeurant ainsi, jusqu'à leur mort, en position d'être complètement suivis au point de vue de leur santé et de leur maladies. Tous ces ouvriers, quelle que soit leur maladie, sont obligés d'entrer à l'hôpital, et. y entrent dès lors parfois pour des maladies légères ou peu mortelles, syphilis, maladies cutanées, fièvres bénignes.

Sur 1,100 ouvriers, ainsi suivis par Finger pendant une période de quinze années, de 1825 à 1840, il en est entré 7,608 à l'hôpital, ce qui fait 507 par an, ou presque la moitié. La durée de la maladie n'a pas été notée dans 52 cas seulement; les cas restant oirt duré 155,205 jours, ou chacun, eu moyenne, 20 jours. Le tableau suivant résume l'évolution de cette morbidité suivant les périodes d'âge quinquennales.

durée

DUBÉE MOYENNE

MALALH ~

MOYENNE

MALADES

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