DATE DE LA MORT. DE TEMPÉRATURE. CONSTATÉ
Cinq premières heures 5°,05 55
5 à 10 heures 6°,50 52
Le temps nécessaire pour l'équilibre complet serait en moyenne de 25 heures, -au lieu de 8 à 12 heures, indiquées par Casper. Le minimum a été de 16 heures, le maximum de 58 heures. Dans sept cas, le refroidissement complet avait eu lieu entre 16 et 25 heures; dans six, entre 50 et 56 heures; deux fois, entre 56 et 57°.
D'après M. de Laborde, en moyenne, cinq heures et très-rarement huit heures après la mort, la température profonde n'est pas supérieure à 27 ou 28°. M. Niderkorn a souvent trouvé, pour la température rectale, des chiffres plus élevés: sept heures après la mort, 56°, 6; huit heures, 24°, 8 à 54°, 8; et des températures qui dépassaient 50°, douze et treize heures après le décès. 11 y a donc à cet égard des maxima et des minima dont il faut tenir compte.
Peut-on, d'après la température d'un corps, déterminer l'époque probable du décès? liainy l'a essayé, pour 46 cas, en prenant à plusieurs époques la température du corps et celle de l'air ambiant ; les différences progressives servaient de base à ses calculs, qui s'appuient sur les lois du refroidissement des corps.
La rapidité du refroidissement est tout naturellement en rapport avec la température extérieure, avec les conditions organiques du sujet et de la structure du corps. Pour les enfants et les personnes âgées et amaigries, peu d'heures suffisent ; la graisse, au contraire, conserve la chaleur. Le genre de mort a une influence; on a noté dans l'asphyxie la longue persistance de la chaleur, vingtquatre heures et plus, chez les noyés ou les asphyxiés par le charbon; les viscères abdominaux conservent souvent une chaleur très-prononcée ; certains cadavres ne sont pas entièrement refroidis en quarante heures ; mais quand le thermomètre intervient, en été aussi bien qu'en hiver, on constate au bout d'un bien petit nombre d'heures, le refroidissement caractéristique.
Ce qui fait la valeur de ce signe, c'est la rapidité et la constance avec laquelle s'opère l'abaissement thermométrique. Un lapin dont la température est de 59°,5, perd rapidement un degré sous l'influence du chloroforme ; que l'anesthésie soit poussée au point de faire périr l'animal, le thermomètre placé dans le rectum, ■descend bientôt à 57° ; au bout d'une demi-heure, c'est 56°, et successivement, par un abaissement régulier et prompt, la température se rapproche de celle de
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l'air. M. Henri Roger, plaçant un thermomètre sous l'aisselie d'un homme, au moment même de la mort, a vu le mercure s'abaisser au moins de deux degrés par heure, de sorte qu'après trois heures le thermomètre était généralement descendu à 52°, 51° ou 50°. En laissant le thermomètre à demeure, ou en répétant l'opération à deux ou trois reprises, à une heure d'intervalle, on constate cet abaissement progressif qui lève tous les doutes.
On a objecté contre ce signe que la température pouvait s'élever pendant l'agonie et même après la mort. Des cas de ce genre ont été observés à la suite de variole, de scarlatine, de typhus, de choléra, de tétanos, d'insolation. Nous avons vu dans une méningite tuberculeuse, chez un enfant, la température s'élever de r>8°,7 à 43° pendant l'agonie. Chez un homme qui succomba à une affection cérébrale, le thermomètre était à 40°, 8, et au moment de la mort, dans l'aisselle, à 41°, quinze minutes après; à 41°,4 après vingt minutes; à 41°, 6 après une demi-heure ; une heure vingt minutes après la mort, le thermomètre à 41°,6 dépassait, encore la température du moment du décès. On a encore trouvé,. douze heures après la mort, une température supérieure à celle de l'homme sain, Wunderlich a constaté sur le cadavre jusqu'à 43°,75. Le choléra offre des exemplesremarquables de ces élévations de température post mortem. Est-ce une production nouvelle de calorique par des actes organiques qui continueraient, n'est-cepas plutôt un rétablissement de l'équilibre, la chaleur concentrée dans les viscères se répandant à la périphérie? Quoi qu'il en soit de l'explication, il est de toute évidence que le médecin peut rencontrer après la mort une élévation de température, même progressive, et non un abaissement. Mais quelle sera la conséquence de ce fait exceptionnel ? La persistance de la chaleur pourra faire supposer une mort apparente. Le médecin attendra. Déjà Riolan avait dit : « Quamdiu corpus calet, si parum distat a suspendio, incisi non débet. » Ne pas affirmer le décès avant le froid cadavérique ; c'est un sage précepte auquel se conformera le médecin, et une courte attente suffira pour ramener l'abaissement progressif.
Le point important à déterminer, c'est le degré de température inconciliable avec la vie. Les maladies qui occasionnent le refroidissement le plus considérable sont Je choléra et le sclérème des nouveau-nés. Il ne paraît pas que l'homme puisse continuer à vivre lorsqu'il a perdu 14° de température; c'est la limite à laquelle Gliossat était arrivé pour les animaux dans ses recherches sur l'inanition. Cette indication s'applique aux parties profondes et non à l'extérieur du corps ; ainsi dans un cas de choléra, la température étant à 26° dans la bouche, le thermomètre placé dans l'anus marquait encore 35°. Des différences analogues ont été constatées entre les températures externe et interne, pour le frisson de la fièvre intermittente. On a indiqué comme limites pour l'homme vivant 32° et 45°, avec une moyenne un peu au-dessous de 57°. M. Roger a constaté 22° pendant la vie, pour la température axillaire, dans l'œdème des nouveau-nés; M. Parrot, 21e, 8 de température rectale chez un nouveau-né de trois jours. Les extrêmes sont rares. A part les algidités extraordinaires, chez des nouveau-nés, l'abaissement à 32° dans l'anus semble bien douteux. « Jamais dans aucune maladie, voire même dans le choléra indien, dit M. Roger, le thermomètre placé sous l'aisselle n'a baissé jusqu'à 32°. » Les uns ont fixé à 20°, d'autres à 22°, à 17° et même à 16°, la limite indiquant la mort; à 24° pour les morts subites et les asphyxies, à 16° pour les maladies chroniques. MM. Linas et Bouchut, sur plus de 1000 observations, s'accordent à considérer la mort comme certaine, lorsque le thermomètre placé dans l'aisselle ou dans l'anus s abaisse graduelle-
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ment h 28 ou 27°. Une perte de 15° dans l'aisselle, de 12° dans l'anus, la température de 25° ou de 28° constatée dans l'une ou l'autre de ces régions, ne laissent aucun doute sur la réalité de la mort ; dans beaucoup de cas on n'aura pas besoin de descendre à ces chiffres, 50° ou 52° suffiront.
Tout en admettant qu'il en soit presque toujours ainsi, des réserves ont été faites pour certains genres de mort, notamment pour la congélation. 11 est certain que dans un cas de ce genre, on ne peut se fier à la température de la peau, l'exploration même par l'aisselle inspirera des doutes, que dissiperait probablement l'introduction du thermomètre dans le rectum. Il y a lieu ici à de nouvelles recherches ; la thermomélrie paraît peu convenir pour ce genre de mort; répétée à de certains intervalles, elle peut cependant indiquer les progrès de la guérison ou l'inutilité du traitement. Dans une observation citée par M. Niderkorn, une femme exposée pendant une nuit à une pluie mêlée de neige, présentait dans l'aisselle uue température de 26°, qui deux heures après était de 28°, 6. Chez un noyé, la température extérieure s'abaisse par le contact de Teau; on a supposé que l'eau froide avalée pouvait produire un refroidissement interne qui deviendrait une cause d'erreur. La saison chaude a été considérée comme mettant un obstacle à l'emploi de ce signe; sans doute, en été, le refroidissement sera moins rapide, mais dans nos climats, la température de 50° n'appartient qu'à quelques heures des jours les plus chauds, et nous avons, même dans cette saison, une marge plus que suffisante pour constater le refroidissement caractéristique.
Le procédé opératoire est des plus simples : on se sert du thermomètre à mercure ou à alcool, divisé au moins en demi-degrés, ou mieux en dixièmes de degrés; l'échelle doit descendre plus bas que celle du thermomètre usité pour l'exploration médicale. L'aisselle est le lieu d'élection : en cas de doute, et exceptionnellement, on procède à l'exploration rectale. Il y a, en effet, une différence sensible entre les résultats de ces deux modes d'exposition. La température rectale excède celle de l'aisselle pendant la vie, de quelques dixièmes de degrés au moins, et beaucoup plus dans certaines algidités. Mais, suivant la remarque de M. Niderkorn, dans les premières heures qui suivent la mort, la différence est le plus souvent de 1 à 5° et fréquemment de 4° ; elle diminue ensuite, à mesure que l'on s'éloigne de l'époque du décès, jusqu'à ce que les températures axillaires et rectales soient en équilibre. Si le thermomètre descend à 25° dans l'aisselle, à 28° dans l'anus, la mort peut être considérée comme certaine, mais pour l'inhumation, on attendra 25 ou 22(', suivant la région. 11 conviendra toujours de constater rabaissement progressif et de répéter l'exploration au moins deux fois, à une ou deux heures d'intervalle, en tenant compte de la température de l'air. Après 15 ou 20 heures, la température caractérise le décès.
Des instruments particuliers ont été proposés pour ce diagnostic. Le thanatomètre de Nasse est un petit thermomètre à mercure, adapté à une baleine et introduite dans l'estomac comme une sonde œsophagienne; le procédé a l'avantage de saisir la chaleur au point où elle persiste le plus longtemps, mais il est certainement peu pratique. Uabiondeictisde Van Hengel constate la chaleur du rectum et du côlon descendant ; c'est un tube flexible qui aboutit à une espèce de manomètre; il contient de l'éther dont la vapeur se développe et presse sur une colonne de mercure dont la hauteur varie suivant la température des parties profondes. M. de Laborde a fait construire uue espèce de thermomètre à aiguille, qui au lieu de se terminer par une boule, finit par une partie effilée, ayant un
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enveloppe d'argent, à laquelle est adaptée l'aiguille ; cette pointe pénètre dans les tissus avec la partie effilée du thermomètre, qui contient le mercure. Un des concurrents au prix d'Ouches, a fait construire un thermomètre spécial qu'il a nommé nécromètre, et d'après lequel i! n'est pas nécessaire de lire ou de supputer les degrés. Un espace contenu entre 0 et 22° n'a aucune graduation sur le tube; là sont inscrits sur le papier blanc ces mots, mort certaine; il suffit que la colonne de mercure ou d'alcool coloré descende à ce point pour que l'on acquière la certitude du décès ; cet instrument a été construit dans le but de servir à des personnes illettrées. Quelque ingénieux que soient ces appareils, un thermomètre bien contrôlé, à degrés lisibles, est plus sûr et rend autant de services.
23° Sécrétions et absorption. Des indices de mort sont donnés par la sécheresse de la bouche, l'émission de l'urine, des matières fécales, du sperme, parla sécrétion ultime de la sueur, par l'absence de résistance de l'épithélium vésical à l'absorption, par l'arrêt de la croissance de la barbe et des poils (fait contesté), parla cessation des mouvements vibratiles des épithéliums, par la diminution du poids du corps, suite de l'évaporation et des transformations gazeuses.
24° L'immobilité. Le corps reste dans la situation déterminée par la pesanteur. Quelques mouvements cependant se produisent sur le cadavre, les uns sont provoqués par une irritation mécanique quelconque, les autres semblent spontanés. On ne doutera point de la mort, parce que les iris subissent des changements de forme, parce que les contractions intestinales se prolongent après l'agonie ou que les matières contenues dans le tube digestif continuent à progresser. Le mouvement péristaltique des intestins peut être observé pendant des heures entières sur les animaux mis à mort dans nos boucheries. Mery, pratiquant l'opération césarienne, constata que les mouvements étaient très-vifs ; Magendie fait remarquer qu'ils sont si prononcés au moment de la mort, qu'on peut les sentir à travers les parois du bas-ventre. Les mouvements vibratils de la muqueuse respiratoire et ceux des spermatozoaires s'observent encore pendant douze ou quinze heures et parfois bien plus longtemps. L'utérus conserve une contractilité ce qui suffit pour expulser un embryon qui a plus d'une fois fait supposer une mort apparente ; mais ces accouchements post mortem sont le plus souvent un effet de la putréfaction gazeuse : « Fœtus prodiit cum crépita et fragore. » Maizier a réuni de nombreux exemples de ces parts spontanés après la mort, auxquels se sont ajoutés des faits nouveaux (Pénard). Le cœur pendant quelques heures peut présenter des mouvements vermiculaires de l'oreillette droite.
Les muscles de la vie animale ont aussi de ces contractions spontanées ; les grimaces, les tressaillements, les mouvements des cholériques après la mort sont connus ; ils ont parfois causé un grand effroi aux assistants et ont fait douter de la réalité du décès; nous en relatons un cas à l'article Cadavre. La rigidité détermine de faibles déplacements des doigts et de la mâchoire (masticatio moriuorum). « Il y a beaucoup de merveilleux, de crédulité, et surtout d'absurdité dans ce qui a été écrit sur la mastication des morts ; de graves auteurs ont prétendu sérieusement qu'ils mâchaient dans leurs tombeaux tout ce qui était à leur portée et qu'ils mordaient jusqu'à leurs propres membres » (Monfalcon). On a fait surtout honneur aux femmes de ce privilège singulier : les cadavres féminins meuvent leurs os avec un bruit sensible, claro sonitu, dit Ranfft, cité par dom Calmet. La putréfaction gazeuse, en modifiant l'équilibre du corps, peut
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occasionner des déplacements ; un bras dérangé par le ballonnement du ventre a mis en mouvement le carillon d'alarme dans un obitoire et a fait croire un moment à une résurrection. Des mouvements variés peuvent donc troubler l'immobililé de la mort.
25° Le relâchement des sphincters. Une dernière contraction musculaire termine souvent l'agonie, le spasme est remplacé tout à coup par une résolution complète. Le relâchement des sphincters est l'effet le plus manifeste de cetteparalysie instantanée du système musculaire : les paupières, l'iris, les lèvresT l'anus, se dilatent et s'entr'ouvrent en même temps. M. Bouchut a insisté sur la valeur séméiotique de cet ensemble de phénomènes. La sortie de l'urine, des matières fécales, du sperme en sont la conséquence; pour le sperme, c'est souvent la contraction dernière de l'agonie qui en provoque l'émission.
On a attaché une grande importance au relâchement et à la dilatation permanente du sphincter de l'anus; pour quelques praticiens, ce signe donnerait la certitude de la mort ; dans la submersion, par exemple, tout secours a été regardé comme inutile, lorsque cette ouverture était constatée; VanHasselt, sans affirmer la certitude absolue du signe, n'a jamais vu rappeler à la vie ceux qui le présentaient. La dilatation instantanée du sphincter se produit dans la syncope ; elle s'est effectuée chez des pendus qu'on est parvenu à sauver; ce qui constitue le signe décisif, c'est la permanence de l'ouverture ; ce caractère, malgré son importance, n'est guère d'une constatation pratique. On a encore admis comme indice de décès la sortie par la bouche des liquides contenus d;ins l'estomac; nous avons vu cet effet se produire dans la mort par ivresse ; il est le plus souvent le résultat de la putréfaction gazeuse.
26° Le bruissement musculaire, la dynamoscopie. M. Collonges a appelél'attention sur un nouveau signe qui résulterait de la cessation d'un bruissement particulier qui existe sur le vivant, et cesse quelques heures après la mort. Ce bruissement serait perçu de deux manières, ou bien en introduisant le doigt du sujet dans l'oreille de l'observateur, ou bien en appliquant l'oreille sur un point quelconque du corps, notamment sur la poitrine. Un instrument particulier, appelé dynamoscope, parce qu'il servirait pour ainsi dire à mesurer la force vitale, est employé pour reconnaître ce bruit ; c'est un tube très-court ; un des bouts est introduit dans l'oreille, l'autre reçoit le doigt ou est appliqué sur la région que l'on explore. Le bruit entendu sur le vivant est une espèce de pétillement, sur le cadavre c'est un bruissement qui dure quelques heures, plus ou moins suivant la force du sujet et le genre de mort, qui persiste toujours aux régions précordiale et épigastrique, et qui s'éteint au moment à peu près où la rigidité commence, de la dixième à la seizième heure, après le décès ; ce bruit se reconnaîtrait même sur un membre amputé, ou il cesserait en quinze minutes environ. Il serait dû aux dernières contractions musculaires ou bien à un reste de circulation. M. Niderkorn relève à cette occasion ce passage de Burdach (trad. de Jourdam t. V, p. 428) : « Le mouvement intérieur et oscillatoire des muscles soumis à la volonté dure pendant quelques heures. Un lambeau de chair que l'on vient de couper à un animal récemment mis à mort, produit, quand on le met dans l'oreille, la sensation d'un bourdonnement, qui cesse lorsque la chair est complètement morte. De même il arrive quelquefois que les spasmes toniques persistent jusqu'au moment de la putréfaction, sens forme de tétanos ou de trismus dis mâchoires. »
Le doigt introduit dans l'oreille donne le type de ce bruit que l'on n'entend
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pas, dit M. Collongcs, avec le doigt du cadavre. Il nous a paru que dans ce second cas, le bruit se produisait encore, et qu'on pouvait' même le percevoir en introduisant dans son oreille une baguette entourée d'un linge, de manière à comprimer exactement tout le pourtour du conduit auditif. L'auscultation pratiquée sur les diverses régions du corps ne donne aussi que des résultats douteux. La difficulté est de distinguer le bruit qui se forme dans l'oreille de l'observateur,, appliquée contre le corps, du bruissement particulier qui se produirait dans les tissus et qui ne semble pas suffisamment démontré; Van Hasselt fait la mêmeremarque. Malgré les rechercbes intéressantes de l'auteur, ce signe n'a pas une évidence suifisante, et l'électricité nous donne une preuve bien plus sûre du dernier frémissement des muscles.
24. Abolition de la contractïlité musculaire . Les muscles sont un des organes qui retiennent le plus longtemps leurs propriétés vitales et qui fournissent ainsi quand elles ont cessé, un des signes les plus certains de la mort. L'abolition de la contractilîté musculaire prouve que la mort date au moins de quelques heures. Elle met le sceau pour ainsi dire au diagnostic basé sur les signes négatifs, sur la cessation des fonctions qui caractérisent la vie.
Pendant les premiers temps qui suivent le décès, le système musculaire conserve ses propriétés contractiles, et ce fait est général, on le constate pour les muscles de la vie organique, comme pour ceux de la vie animale. De ce que les muscles se contractent encore sous une influence mécanique ou galvanique, on ne peut conclure que la mort soit apparente ou seulement douteuse ; c'est une fonction ultime qui s'éteint successivement, et déjà d'autres signes caractéristiques se sont produits avant qu'elle n'ait cessé. Mais la persistance de cette contractïlité prouve au moins que la mort est récente ; s'il existe un doute, d'autres signes doivent le faire cesser.
Combien de temps dure cette première période, pendant laquelle les muscles restent contractiles? Cette limite a une grande importance; elle a été déterminée expérimentalement par Nyslen et Hdlé. La limite inférieure, fort rarement atteinte, est de une heure au moins : « Nysten n'a jamais trouvé la contractilité complètement anéantie, lorsqu'il excitait les organes musculaires, peu de temps après la mort, par exemple au bout d'environ une heure. » Ce minimum tout exceptionnel n'appartient qu'à des états pathologiques; une infiltration séreuse pénétrant jusqu'au muscle, abrège notamment cette période. La limite maximum a été de 20 heures et même de 27 heures, dans un cas d'anévrysme du cœur où les muscles ne participaient pas à l'infiltration ; les iris étaient restés six heures contractiles. Les durées intermédiaires sont de 5 à 6 heures, de 7 à 15 et à 20 heures, avec une moyenne de 7 à 8 heures pour les muscles de la vie de relation. Cette moyenne varie suivant le genre de mort et la vigueur du sujet. Les maladies influent bien plus par leur marche et leur durée que par leur nature ; les maladies chroniques altèrent beaucoup plus cette propriété que les affections aiguës. Chez les sujets non émaciés, on trouve des durées de 10 à 15 heures, mais ce ne sont pas les muscles les plus volumineux qui conservent le plus longtemps leur contractilité. Cette propriété a paru s'éteindre plus promptement chez les suppliciés que dans certaines maladies aiguës qui avaient amené un commencement d'amaigrissement ; c'est dans ces derniers cas qu'elle présentait son maximum. La paralysie qui n'a pas encore produit la dégénérescence du muscle, laisse intacte cette propriété. L'empoisonnement par l'hydrogène sulfuré diminue sa durée ; le su'fo-cyanure de potassium, comme les divers dict. exc. 2" s. IX. 43"
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sels potassiques, l'anéantit promptement ; le curare supprime l'action conductrice des nerfs moteurs, sans modifier la côntractilité.
L'ordre dans lequel s'éteint la côntractilité doit être pris en considération ; on recherchera cette propriété dans les organes qui la conservent le plus longtemps. En général, elle s'éteint rapidement dans les muscles qui appartiennent à la vie organique. Après la découverte de Galvani, en 1789, on vit d'illustres observateurs, Yolta, Bichat, entre autres, refuser au cœur et aux muscles qui sont placés en dehors de la volonté, la propriété de se contracter par l'influence galvanique. Mais après les expériences présentées à l'académie de Turin, en 1805, par Vassali, Giulio et Rossi, les nombreuses recherches de Nysten ne laissèrent plus aucun doute sur la généralité du phénomène et établirent l'ordre dans lequel il s'éteint. Dans toutes les classes d'animaux, les intestins et l'estomac perdent leur côntractilité avant les muscles de la vie animale, et le cœur est l'ultimum moriens, en ce qui concerne l'oreillette droite. La côntractilité du ventricule aortique du cœur s'éteint peu de temps après la mort, et toujours plus promptement que celle des autres organes contractiles ; ce fait donne une grande valeur au signe de mort fourni par l'auscultation de cet organe. Les intestins, la vessie, l'estomac, l'utérus, le ventricule droit, l'œsophage, les iris, les muscles du tronc, droits et obliques de l'abdomen, les pectoraux, les muscles de la face, les muscles des membres, ceux des membres abdominaux avant ceux des membres thoraciques, quoique le cas inverse ait aussi été observé, les oreillettes du cœur, la droite, la dernière, tel est l'ordre habituel que suit cette fonction en s'éteigiiant. L'exploration la plus facile et en même temps la plus décisive est celle qui s'exerce sur les membres ; c'est là qu'il convient de rechercher ce signe de mort.
Depuis la découverte du galvanisme, dit Fodéré, on avait conçu de grandes espérances pour rappeler les morts à la vie; il est certain que l'influence galvanique est un des plus puissants moyens de mettre en jeu la côntractilité des muscles qui survit aux autres phénomènes vitaux. « Ces considérations ont déterminé M. Crève et quelques médecins français à proposer l'application de l'art galvanique, pour constater dans les cas douteux la véritable mort. » Les expériences de Schmuck, Fowler, Bell, Valli, Humbold, Van Mous, etc., n'ont laissé aucun doute sur la puissance de cet agent ; des expériences faites en Angleterre, celles d'Ure à Glasgow en 1818, constatèrent sur des pendus les effets les plus effrayants. Halle, en 1798, dans son rapport à l'Institut, Nysten en 1805, par ses nombreuses expériences, avaient constaté la valeur de ce moyen. Nysten et Halle dans leur article Galvanisme du Dictionnaire des sciences médicales, en 60 vol., p. 301, posent les conclusions suivantes, qu'on peut encore admettre aujourd'hui : « Quoique cette côntractilité soit une propriété vitale, il n'est pas exact de dire que tant qu'elle existe, la vie existe, et que le galvanisme est par conséquent un bon moyen de prononcer entre la vie et la mort, comme M. Crève
et quelques autres physiologistes l'ont pré'endu « Il est vrai que, lorsque la
pile de Voltane détermine pins de contractions musculaires , la vie n existe plus, mais ce serait généralement une précaution au moins inutile d'attendre l'extinetiou de toute côntractilité pour prononcer que la mort est arrivée. On pourrait cependant employer le galvanisme, lorsqu'au bout de sept à huit heures, depuis la cessation des phénomènes vitaux, on aurait encore des motifs de croire que la mort n'est qu'apparente. »
Le procédé d'exploration peut être mécanique ou galvanique. On s'adressera
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tiu biceps ou aux gastro-cnémiens ; en pinçant fortement ces muscles, on verra se produire un bourrelet charnu formé par les fibres contractées; ce bourrelet, qu'on produit facilement par un pincement brusque, se forme tout aussi nettement sur le cadavre, dans les premiers temps qui suivent la mort, que sur le vivant ; ,il nous a paru que c'était tantôt au bras et tantôt au mollet, qu'il se développait le plus longtemps après le décès. On a proposé de mettre à nu une certaine étendue d'un muscle et de l'irriter avec la pointe d'un scalpel ; ce procédé n'est .guère à conseiller; s'il y a du doute sur la mort, le muscle se contracte aussi bien par un pincement brusque; sans préparatifs et du premier coup, on obtient ainsi un renseignement utile.
L'application du galvanisme a été faite par des instruments variés; des appareils perfectionnés ont rendu de plus en plus pratique l'emploi de ce moyen. Aujourd'hui on donne la préférence aux appareils d'induction, dans lesquels l'électricité développée par le frottement est renforcée par la bobine de Ruhmkorff. Ces appareils portatifs, d'un maniement facile, font naître instantanément un courant électrique, énergique et intermittent; ils sont de nature à populariser l'usage de ce signe. Tantôt on applique les deux rhéophores mouillés aux •extrémités du muscle que l'on explore , au biceps brachial par exemple, ou aux gnstro-crémiens, tantôt on enfonce dans le muscle des aiguilles à acupuncture pour y conduire le courant; tantôt enfin par une incision, on met les fibres à nu, afin de voir leurs derniers tressaillements. Les pôles sont changés de place; on les applique aussi sur les paupières on sur la langue. Il faut donner au courant une certaine intensité, mais ne pas le laisser agir trop longtemps sur le même muscle, qui cesserait bientôt de répondre à cette excitation. Les rhéophores seront promenés sur diverses régions du corps, afin de mettre en évidence l'extinction générale de la contractilité musculaire.
L'absence de toute contractilité musculaire sous l'influence d'un appareil d'électricité d'induction, capable de dégager des étincelles de 1 à 2 millimètres ou -de 1 à 2 centimètres, suivant l'instrument employé, peut être considéré comme nn signe certain de la mort. Dans le concours d'Ourches, plusieurs médecins et inotamment M. Crimotel, avec un appareil perfectionné, ont proposé comme signe usuel, avant toute inhumation, l'absence de contraction des muscles de diverses parties du corps constatée sous l'influence de la bobine de Ruhmkorff. On a même •demandé que dans chaque cimetiôie, dans chaque église, un appareil de ce genre fût déposé pour faire cette dernière expérience au moment de l'inhumation.
On a objecté contre ce signe que la contractilité musculaire pouvait déjà s'éteindre pendant la vie. Les muscles roidis par le tétanos cessent d'être sensibles à tous les stimulants, le maximum de contraction possible étant produit par la maladie elle-même. Certains genres de mort, l'empoisonnement par l'hydrogène sulfuré, par les sels potassiques, hâtent le moment où la contractilité s'éteint, mais il ne paraît pas qu'ils l'aient jamais détruite pendant la vie. En sectionnant la portion cervicale du grand sympathique, on prolonge la durée de la contractilité; l'effet opposé se produit en galvanisant le nerf. Une injection de sang tiède fait renaître la contractilité qui a disparu; ce sont des expériences physiologiques qui n'atténuent pas la valeur du signe, constaté sur divers points du système musculaire. Des scrupules peuvent s'élever encore ; l'opérateur est inhabile, l'appareil est en mauvais état, le courant galvanique est trop faible; s'il est trop intense ou trop prolongé, il fait disparaître la propriété même dont il doit découvrir les traces ; c'est un signe négatif qui a ses chances d'erreur. Mais si
l'opération est bien conduite et faite avec un appareil perfectionné, elle donne des résultats certains.
Quelle que soit la valeur de ce signe, reconnue par Marc, par Manni, constatée par les expérimentateurs modernes, malgré le perfectionnement des appareils portatifs et commodes qui en rendent aujourd'hui l'application facile, il n'est pasprobable qu'il devienne jamais d'un usage bien général, La contractilité s'éteint à une époque où d'autres caractères d'une évidence incontestable vont donner 1» certitude de la mort. Sans doute il y a inconvenance à procéder à l'inhumation,, lorsque le corps est chaud et que les muscles se contractent encore, la mort étant d'ailleurs hors de doute, mais une simule attente, l'attente légale suffit et au delà, pour atteindre l'époque à laquelle cette propriété disparaît. Malgré ces restrictions, le diagnostic ne se privera pas d'un moyen expéditif et puissant, parce que d'autres signes peuvent le remplacer; on en fera usage dans les cas d'épidémie, de maladie contagieuse, de mort simultanée d'un certain nombre de personnes, toutes les fois qu'on aura un intérêt à constater rapidement la mort; c'est en outre un des bons moyens de reconnaître l'époque probable du décès.
25. Rigidité cadavérique. Au moment où cesse la contractilité musculaire, apparaît la rigidité cadavérique ; elle appartient à la fibre musculaire, elle caractérise la présence du muscle ; elle envahit les fibres lisses comme les fibres striées, les muscles qui appartiennent à la vie organique, comme ceux qui sont soumis à l'empire de la volonté, les fléchisseurs comme les extenseurs ; elle sedéveloppe dans toutes les espèces animales, elle est constante chez l'homme», quels que soient l'âge et le genre de mort. On connaissait depuis longtempsl' existence de ce signe. Zacchias avait dit : Membra in mortuo rigida evadunt, non flexibilia. Mais c'est Louis qui a surtout mis en évidence la valeur decette rigidité : « Des recherches faites avec toute l'attention dont j'ai été capable, dit-il, et que j'ai suivies pendant plusieurs années sans interruption,, m'ont fait voir sur plus de 500 sujets qu'à l'instant de la mort, c'est-à-dire au moment de la cessation absolue des mouvements qui animent la machine du corps humain, les articulations commencent à devenir roides, même avant ladiminution de la chaleur naturelle. Il résulte de cette remarque que la flexibilité des membres est un des principaux signes par lesquels on peut juger qu'une personne n'est pas morte, quoiqu'elle ne donne d'ailleurs aucun signe de vie. » Nysten a complété ces recherches ; nous n'avons pas à énumérer les travaux. {Voy. art. Cadavre) qui depuis Sommer, Hunter, Burdach, Laennec, Muller, Valentin, Brucke, Funke, Fouquet, Ranke, Pélikan, etc., jusqu'à MM. Brown- Séquard, Larcher et Niderkorn, etc., ont eu pour résultat de mettre hors de doute la valeur de ce signe.
La théorie même justifie l'importance que l'on attribue à la rigidité. On ne peut, plus la considérer aujourd'hui comme une dernière manifestation vitale, ce qu'on appelait l'agonie du muscle ; elle est bien positivement occasionnée par une modification moléculaire et chimique du tissu. Le muscle devient acide après la mort,. comme à la suite d'efforts violents ; peut-être est-ce sa réaction habituelle, masquée par le liquide alcalin qui l'imbibe ; quand la circulation s'arrête, l'acidité prédomine et détermine la coagulation de la synthonine ou myosine, matière albumineusequi remplit la fibre. Cette matière coagulable est comme à l'état de solution concentrée dans le muscle vivant ; elle passe après la mort à l'état de grumeaux. Quand on exprime cette substance du muscle, il perd la faculté de se raidir. Le muscle redevient souple, quand l'ammoniaque sature l'acide et quand la fibre
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se désorganise. Le muscle roidi exhale après la mort plus d'acide carbonique que pendant la vie. Quoi qu'il en soit de la précision de ces théories, tout indique que dans la rigidité, le muscle se modifie matériellement, c'est plus qu'un signe fonctionnel, c'est une altération anatomique et chimique du système musculaire.
Le diagnostic est facile ; tout le corps se durcit peu à peu et prend un état de roideur telle que, suivant l'image connue, on peut le soulever comme une planche par l'une ou l'autre de ses extrémités et le placer debout, les pieds reposant sur le sol. Cette roideur siège dans les muscles; Nysten incisant la peau, les aponévroses, les capsules synoviales d'une articulation, a montré que le membre conservait toute sa rigidité, mais qu'il devenait souple dès que les muscles qui passent sur l'articulation étaient coupés. Le cadavre prend un aspect caractéristique, les saillies musculaires se prononcent ; mais, suivant la remarque de Louis : « Les muscles qui servent aux actions contraires sont dans le même état, et il n'y a aucune marque à laquelle on puisse juger qu'un d'eux est dans une action forcée. »
La rigidité produit des déplacements ; nous avons constaté pour les mâchoires .un rapprochement d'un centimètre, les dents pénètrent par une sorte de morsure dans un disque de cire et de stéarine placé entre les deux mâchoires ; le pouce et l'index, éloignés d'un centimètre au moment de la mort, finissent par se toucher, et un pistolet placé dans une main encore souple, est serré avec force par les doigts raidis. Cette rigidité peut être portée au point de résister aux plus violents efforts ; les muscles se déchirent plus facilement que pendant la vie.
L'époque à laquelle parait la rigidité cadavérique et h durée de ce phénomène lui donnent une grande valeur. Elle se développe en même temps que la chaleur diminue, le thermomètre a levé tous les doutes à cet égard. Le moment où s'éteint la contractilité musculaire est accompagnée de deux signes caractéristiques.
Combien de temps après la mort la rigidité commence-t-clle? On a à cet égard une moyenne et des extrêmes. Le plus souvent, c'est au bout de quelques heures, de six à douze heures qu'on la voit paraître; après 24 heures, elle est générale; elle diminue ensuite pour cesser après 36 ou 48 heures. Les indications données par les observateurs sont très-diverses, les unes s'appliquent à la rigidité qui commence, d'autres à la période d'état ; elles constatent aussi des variations notables dans la marche de ce phénomène.
M. Niderkoin, dans un travail récent sur quelques-uns des phénomènes de la rigklité cadavérique chez l'homme, a constaté que, sur H 6 cas observés chez des adultes, la rigidité a été générale et complète, pour 14 articulations ou groupes d'articulations, dans les délais suivants, après la mort :
2° heure 2 cas.
5" lieure 1 i
4e heure 51
5° heure 14
6* heure 20
1' lieure Il
8" heure 7
9" heure 4
10e lieure 7
11* heure 1
12e heure. . »
13e heure 2
Total 113 cas.
Trois fois après 12 heures, la rigidité n'était pas à son maximum. Ainsi la quatrième heure a offert le maximum des cas; entre 3 heures et 7 heures, 90 fois
sur 116, la rigidité était complète. En tenant compte de ces proposions, dit M. Niderkom, nous pouvons dire le phénomène très-précoce, s'il survient avant la troisième heure, en temps normal, de la troisième à la septième heure, tardify au delà de 8 à 10 heures. La conservation la plus prolongée de la souplesse générale, de toutes les articulations, a été de 7 heures 45 minutes.
La rigidité est précoce ou tardive, avec des écarts notables ; elle peut commencer avant que la vie ne soit complètement éteinte, et n'être même que la continuation d'une contraction pathologique ; nous en avons vu un exemple dans un cas de tétanos. La roideur se montre promptement sur des muscles épuisés. Louis avait déjà constaté qu'elle se produisait chez des vieillards au bout d'une demi-heure et même d'un temps plus court ; il en est de même chez les enfants affaiblis et tombés dans le marasme. Ces rigidités précoces sont éphémères, au bout de quelques heures, elles ont cessé ; elles sont assez faibles et assez peu durables pour qu'on ait pu les méconnaître. D'autres fois la rigidité est tardive, elle ne se développe qu'au bout de 20 heures et même plus tard ; alors elle peut se prolonger au delà de 48 et de 72 heures ; Nysten l'a vu durer 6 ou 7 jours.
On tiendra compte pour le diagnostic des influences diverses qui font varier la marche de ce phénomène; l'âge, le sexe, la constitution, l'épuisement du système musculaire, le genre de mort, modifient les résultats. En général toutes les causes qui portent atteinte à la contractilité musculaire hâtent le développement de la rigidité. L'œdème explique la raideur nulle ou peu marquée de quelques, articulations, bien que cet effet ne soit pas constant. Nysten avait déjà remarqué que les roideurs hâtives cessent promptement, que celles qui. paraissent tard ont une longue durée. Il existe cependant certains étals pathologiques dans lesquels la rigidité se développe très-promptement et a une durée et une intensité extraordinaires, tels sont le tétanos et l'empoisonnement par la strychnine.
Les influences externes ont moins d'effet que les conditions internes. Les températures très-élevées ou très-basses ont été considérées, d'après Sommer, comme hâtant l'apparition de la rigidité, avec cette différence que dans le premier cas elle cesse plus vite, tandis qu'elle se prolonge davantage dans le second. L'immersion d'un muscle dans l'eau chaude, à 45°, Je roidit promptement. Van Ilasselt a fait la remarque que le séjour dans un lit chaud ne modifiait pas le développement de la rigidité. La température ambiante, d'après M. Niderkom, n'a point influé sur sa marche ; des roideurs précoces ou tardives se sont rencontrées indifféremment avec des températures basses ou élevées. Sur 100 observations, 22 fois la rigidité était complète, quoique l'aisselle du cadavre donnât une température supérieure à 56°, 5 ; 55 fois, la température dépassait encore 52° ; 10 fois clic s'élevait au delà de 59; la rigidité s'était toujours montrée avant que l'équilibre ne fût établi avec la température ambiante.
La durée du phénomène permet une constatation facile et répétée ; aucun doute n'est possible quand la rigidité est devenue générale et qu'elle a atteint son maximum d'intensité. L'important est de distinguer la rigidité commençante de celle qui finit. Le diagnostic se base sur l'état des muscles ; ils ont conservé leur souplesse ou ils ont cessé d'être raides ; les premiers se contractent encore sous uneinfluence mécanique ou galvanique, les seconds ont perdu cette propriété. L'abaissement de la température et un commencement de putréfaction caractérisent d'ailleurs la fin de la rigidité. Une autre induction sera tirée de l'ordre dans lequel la rigidité commence et s'éteint.
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La marche de la rigidité est généralement régulière ; elle commence d'une manière insensible, elle envahit peu à peu toutes les parties du système musculaire, puis elle diminue et cesse successivement ; elle a dans son ensemble et pour chaque muscle ses périodes d'invasion, d'état et de décroissance.
Louis, Nysten, Sommer, MM. Larcber, Niderkorn, ont étudié sa marche et ont constaté que l'ordre de son développement pouvait varier : mâchoire inférieure, nuque, visage, tronc, membre supérieur, membre inférieur, tel est à peu près l'ordre indiqué par Nysten et qui nous semble le plus constant. M. Larcber considère comme plus habituel l'ordre suivant : mâchoire inférieure, membres inférieurs, cou, membre supérieurs. M. Niderkorn a constaté de^ résultats analogues : la mâchoire inférieure, le cou, les membres inférieurs, les membres supérieurs, mais très-fréquemment plusieurs articulations occupaient en même temps le même rang et l'ordre spécifié était loin d'être absolu. Pour un membre donné, certaines articulations marchaient de pair, telles que la hanche et le genou, l'épaule et le coude.
On remarquera la longue persistance de la rigidité à la mâchoire inférieure, aux orteils et aux doigts. La rigidité se développe promptement aux mains et y persiste longtemps. Van Hasselt fait observer, comme Sommer, qu'elle commence souvent au cou ; d'autres fois, c'est par les mains ; il pense qu'elle envahit habituellement les membres supérieurs avant les inférieurs. Nous avons aussi remarqué que les muscles du mollet se contractaient plus longtemps par le pincement que ceux du bras, et que le membre supérieur redevenait souple pendant que les jambes conservaient encore leur roideur; il est vrai que les bras sont souvent l'objet de manœuvres qui peuvent les assouplir. On est plus porté à rechercher la rigidité à la mâchoire et aux bras qu'aux autres parties du corps, ce qui explique aussi comment la roideur de ces parties est, d'abord remarquée. L'altération ou l'épuisement d'un muscle a pu hâter sa rigidité.
Les muscles de la vie organique sont ordinairement roides avant ceux de la vie animale ; la rigidité atteint la tunique musculaire des vaisseaux comme celle du tube digestif et delà vessie. Paget a constaté que les différentes parties du cœur ne se roidissaient pas en même temp< ; la rigidité commence par le ventricule gauche, elle finit par l'oreille droite. Certains agents toxiques, notamment la digitaline, hâtent et rendent plus intense la rigidité du cœur. Le mouvement péristaltique des intestins peut se conserrer longtemps ; d'après Mayer et Nasse, ce phénomène a été observé chez des animaux dont les muscles extérieurs étaient roidis, l'abdomen ayant une température de 34° (Van Hasselt).
Trois objections ont été faites à la valeur de ce signe ; il ne serait pas constant, il peut se produire pendant la vie, il peut être confondu avec unétatpathologique. Que la rigidité soit un fait général, on ne peut plus le nier, après les recherches de Louis, de Nysten, de Sommer, etc. ; l'observation de tous les jours le confirme ; Laennec a constaté ce phénomème chez les animaux à sang froid, les crustacés, les mollusques, les insectes. La rigidité peut manquer sur un muscle désorganisé par la paralysie ; l'état graisseux l'affaiblit et le supprime ; mais c'est un effet local, et le diagnostic ne se base pas sur l'examen d'une portion restreinte du système musculaire. Haller, dit-on, veillant sa propre fille, n'aurait constaté après une attente de quelques jours aucune trace de rigidité, mais on ne peut guère attacher de valeur à une observation faite dans de pareilles conditions. On a dit que la rigidité manquait dansla mort par la foudre ; nous l'avons reconnue très-énergique et avec sa marche ordinaire, dans trois cas de ce genre. La rigidité ferait défaut
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d'après Maschka dans l'empoisonnement par les champignons, suivant d'autres dans l'asphyxie par l'hydrogène sulfuré ou sous l'influence des cyanures; elle se produit très-certainement dans ces derniers cas ; il en est de même pour les intoxications les plus variées, pour les hémorrhagies , le scorbut, les hydropisies, les .affections typhoïdes, le choléra. Certains genres de mort l'accélèrent et l'affaiblissent, nous ne croyons pas qu'on ait démontré qu'ils la suppriment. Fouquel .a constaté que la rigidité ne se développait pas chez des individus congelés dont on réchauffait le corps ; mais, suivant la remarque de Van Ilasselt, il faudrait .avoir la preuve que la rigidité n'avait pas précédé la congélation. B'osfeld aurait vu, au contraire, cette rigidité s'établir après qu'on avait fait cesser la congélation. D'après Monde et Casper, la fibre ne se roidirait pas dans l'embryon qui est au-dessous de l'époque delà viabilité ; le fœtus peut être atteint de rigidité dans l'utérus môme ; la roideur des muscles a été reconnue à Strasbourg sur dos jumeaux nés au cinquième mois ; dès que la fibre musculaire est formée, pourquoi ne subirait-elle pas cette modification caractéristique? M. Larcher, il est vrai, croit que la rigidité peut faire exceptionnellement défaut ; malgré ces autorités, on est conduit à admettre que des rigidités prématurées et très-faibles, ou 3jien absolument tardives, expliquent les observations dans lesquelles elle a paru manquer. Sans doute, dans les cas de ce genre, la rigidité ne servira pas au diagnostic, mais ces cas sont exceptionnels, et il est peu de phénomènes qui aient à la fois autant de constance et d'évidence.
La rigidité cadavérique peut se produire pendant la vie, à la fin d'une agonie qui se prolonge ; chez un homme épuisé par une fièvre typhoïde, des traces de rigidité parurent, dit Brown-Séquard, trois minutes avant que la circulation ne s'éteignît ; nous avons vu dans le tétanos la contraction pathologique persister au moment de la mort et se confondre avec la rigidité, sans qu'il y ait eu entre elles d'intervalle et de différence appréciable ; Dehaën avait cité un fait analogue ; Sommer a constaté que le spasme tétanique des mâchoires avait été immédiatement remplacé par la rigidité cadavérique.
Quand on injecte sur un animal du chloroforme dans une artère, les muscles correspondants se raidissent aussitôt (R. Coze), et cette roideur se continue après la mort, précédant la rigidité des autres membres, qu'elle dépasse même en intensité et en durée; l'injection pratiquée sur le cadavre, lorsque les muscles sont encore mous, détermine de semblables effets et la roideur locale que l'on produit ainsi devance et surpasse celle des autres muscles et se prolonge plus longtemps. On peut, pendant la vie, faire alterner la roideur et la souplesse, en supprimant et en rétablissant tour à tour la circulation. Une injection de sang tiède, pratiquée après la mort, ranime la confractilité d'un muscle déjà atteint par la rigidité (Drown-Séquard); mais ces expériences délicates s'appliquent à des muscles isolés et jamais, pendant la vie, on n'a vu apparaître cette rigidité générale qui n'omet aucun muscle et qui caractérise la mort.
La rigidité cadavérique peut-elle être confondue avec une roideur pathologique? h*, diagnostic différentiel se pose pour le tétanos, la syncope convulsive, la catalepsie, la contracture compliquant la syncope ou l'hystérie, l'éclampsie, l'asphyxie, la congélation. Les signes distinctifs, déjà établis par Louis, sont les suivants : 1° dans la mort apparente, la roideur des membres est un accident primitif qui se manifeste en même temps que la perte de connaissance ; l'inflexibilité, signe delà mort réelle, est un symptôme consécutif ; nous avons apprécié les rares exceptions â cette loi ; 2° le muscle contracture est dur, inégal, avec prédominance des fié-
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classeurs, et dans un état de dureté que ne présentent pas les muscles antagonistes ; si la mort est réelle, les muscles qui servent aux actions contraires sont dans le même état ; 5" lorsque la roideur tient à la convulsion des muscles, on aura toutes les peines imaginables à étendre le membre, et si Ton y parvient, il retournera avec violence à sa position première ; sur le cadavre, au contraire, l'articulation une fois forcée redevient souple, et les muscles ne reprennent pas leur roideur. Une restriction doit être apportée à ce dernier signe ; Malle a reconnu, et ce fait est facile à vérifier, que si la rigidité est détruite au moment où elle commence, elle peut se reproduire ; Brown-Séquard a constaté ce même phénomène sur des animaux pendant les premières heures de la rigidité. Le signe de Louis n'a sa valeur absolue qu'au moment où la roideur est à la période d'état, et pendant la décroissance; mais la manière même dont la rigidité se rétablit après avoir été vaincue par un effort, fournit un caractère dislinctif ; ce n'est pas un retour brusque du muscle sur lui-même, c'est un durcissement qui se produit peu à peu, dans la même forme qu'une rigidité commençante.
Aux caractères que présente la rigidité, s'ajoutent les signes de la maladie qui a dû produire la roideur ; dans le tétanos on a la marche de cette affection, la connaissance conservée jusqu'à la fin, la roideur qu'on ne peut faire cesser ou qui se reproduit dès qu'elle est vaincue: l'éclampsic puerpérale a son commémoratif ; pour la catalepsie, c'est la permanence dans une position donnée, qui se modifie sans résistance, c'est de la souplesse plutôt que de la roideur; dans l'empoisonnement par la strychnine, la violence des crises ne laisse aucun doute; la contracture est passagère dans la syncope ; dans l'hystérie, elle est précédée ou accompagnée de phénomènes qui ne prêtent guèie à l'illusion. Il faut, en effet, la coïncidence du refroidissement, de l'absence du pouls, de la perte absolue de la sensibilité, pour que l'idée d'une rigidité cadavérique puisse se présenter à l'esprit ; la même remarque s'applique à l'asphyxie.
Le diagnostic delà congélation offre plus de difficultés, le cadavre congelé est aussi roide que le corps atteint d'une rigidité à son maximum ; mais il est de toute évidence que, dans un cas de ce genre, ce n'est pas d'après la roideur des membres qu'on jugera de la réalité du décès. Ici encore on trouverait des différences caractéristiques; il est facile de voir que dans la congélation tous les tissus sont durcis ; que ce n'est pas une roideur qui siège uniquement dans les muscles. L'état des tissus congelés se distingue, en outre, par le bruit que les parties congelées font entendre, lorsqu'on essaye de fléchir les jointures. Nyslen a comparé ce bruit au cri de l'étain qu'on ploie ; il est causé par la fracture de petits glaçons renfermés dans le tissu cellulaire. Si le cadavre étant dégelé et rendu souple est plus tard envahi par la rigidité, elle redeviendra comme dans les cas ordinaires le signe de la mort.
Il est permis de conclure de l'ensemble de ces faits que la rigidité cadavérique est un signe certain de la mort, et qu'elle peut être facilement distinguée d'une contracture pathologique. Nous ne croyons pas qu'il y ait un seul cas où l'on s'y soit réellement trompé. Dans l'observation de Davis, cité par Deschamps (p. 80), la roideur qui apparut pendant une éclampsie puerpérale n'a pas abusé le médecin; il n'en a pas moins continué des soins qui furent couronnés de succès. Jamais on n'a constaté de retour à la vie après une rigidité générale. Si, dans quelques asphyxies, on a pu signaler une certaine roideur, une rigidité locale qui n'a pas empêché la guérison, il n'est pas certain, comme le remarque Van Hasselt, que ce ne fut pas une contracture pathologique. Comme application pratique, la règle
est de constater la rigidité sur plusieurs régions à la fois, à la mâchoire, aux bras et aux jambes ; si elle est partielle, on reconnaîtra qu'elle est décroissante, par l'absence de contractilité des muscles redevenus souples, et à cette époque, d'ailleurs, le thermomètre et les indices de la putréfaction, lèveront les derniers scrupules. La rigidité donne habituellement la certitude de la mort, dix à vingt heures après le décès.
26. La réaction acide du muscle. Alcalin pendant la vie, le muscle présente une réaclion acide quelque temps après la mort. Nous avons expérimenté ce signe en 18G9, avec M. Hepp, sur 44 sujets; c'est un indice d'une mort récente, mais qui n'est point absolu; chez des enfants, sur des individus affaiblis, ayant succombé à la tuberculisation, à l'hydropisie, et chez lesquels la rigidité cadavérique avait été peu prononcée et passagère, la réaction alcaline persistait indéfiniment. La réaction acide était le fait le plus général, dès qu'on s'éloignait du moment du décès; elle accompagnait la rigidité commençante et surtout la rigidité confirmée; déjà deux heures après la mort, le muscle pouvait perdre sa réaction alcaline ; l'acidité se prononçait de plus en plus, nous l'avons vue très-inlense, une vingtaine d'heures après la mort, dans trois cas de fulguration à Strasbourg et à Nancy. Cette acidité était persistante, elle se prolongeait pendant toute la durée de la rigidité cadavérique et au delà; on la rencontrait encore le troisième et le quatrième jour, et dans un cas de submersion, après dix-huit jours en été, elle n'avait pas cessé. Nous n'avons pas vu reparaître l'alcalinité, dont le retour indiquerait la putréfaction ammoniacale. Il est probable que la réaction acide commence par les muscles qui se roidissent les premiers.
M. Delagrée a proposé de pratiquer sur le tronc et les membres de petites incisions d'un à deux centimètres de long et d'un centimètre de profondeur, de bien étancher la plaie et d'y placer le p.ipier de tournesol ; il rougit au bout de six à huit heures, la teinte devient de plus en plus manifeste, jusqu'à trente-six ou quarante-huit heures, pour s'affaiblir et disparaître au moment où la putréfaction se développe, la réaction alors devient alcaline.
La réaction acide du muscle est un signe de mort, avec ces restrictions : ce phénomène peut se produire pendant la vie sur un muscle épuisé par des contractions excessives ; mais ici l'effet serait local, tandis que l'acidité cadavérique envahit tout le système; l'alcalinité persiste chez les sujets infiltrés et amaigris, dont la rigidité a été faible et passagère. La réaction acide indique une mort qui date de quelques heures.
Ce signe est d'une application peu pratique, il suppose une incision ou une excision. Pour le constater, on détache quelques fibres des biceps que l'on étend sur une plaque de verre; on les recouvre d'un papier non collé, neutre et légèrement humide, sur lequel on applique deux bandes de papier de tournesol, l'une bleue, l'autre rouge, d'une grande sensibilité; la réaction se produit rapidement. Pour éviter l'incision, on pourrait retirer quelques fibres musculaires au moyen du trocart adapté aux explorations histologiques. Mais on ne sera guère disposé à faire usage de ce signe dans les cas douteux ; la mort étant certaine, c'est un indice qui s'ajoute aux autres pour caractériser l'époque probable d'un décès.
26. Histologie du muscle. Les modifications que présente lu fibre musculaire fournissent aussi des signes ; nous avons examiné, avec M. Feitz, les changements qui se prodaisent dans le muscle, pendant la période qui s'étend du moment de la mort jusqu'au vingt-septième jour (voy. Cadavre). Les modifications observées sont les suivantes : 1° muscles encore souples, premières heures, beaucoup de
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fibres pâles et transparentes, sans stries ou à peine striées; 2° pendant la rigidité, six à sept heures après la mort, stries transversales, bien marquées, de plus en plus évidentes ; 5° rigidité au déclin ou disparue, stries transversales ressemblant à des disques qui s'empilent et se détachent des parois de la fibre; 4° plus tard, stries remplacées par des granulations noirâtres, qui remplissent la fibre dont la forme est conservée ; 5° à une époque plus avancée, fibres divisées, étalées en filaments, granulations fines et irrégulières très-persistantes, quelques cristaux et globules graisseux qui disparaissent. Un état pathologique peut modifier ces caractères. La série de ces transformations a paru assez régulière, pour être un. indice de l'époque de la mort.
27° Putréfaction. Nous arrivons maintenant au signe qui a toujours été con sidéré comme le plus caractéristique, à la décomposition du corps humain. Les organes dont la vie est éteinte se modifient dans leurs propriétés physiques, dans leur forme, leur couleur et leur structure ; de nouvelles combinaisons chimiques se produisent, des organismes accessoires précipitent la décomposition; tous les tissus, à l'exception des productions cornées, des ongles, des cheveux, des dents, offrent ces stigmates de la mort. Zacchias résume ainsi l'opinion de son temps : Mortis probatio est difficilis, imo impossibilis probationis, antequam signa putrefactionis cadaveris se prodant... Mortuum essehominem non nisi ex cadaveris putredine pro certo deprehendi potesl (Consilium 79, argum. 2 et 21). On a dressé la longue liste des auteurs qui partageaient cette opinion ; elle avait même reçu une sanction théologique : Hac enim putredine prœsente in Lazaro, ci/jus cadaver foetebat, cum quatriduanus esset, non potuit idlo modo dubitari an mortuus esset, nec ne. Win^low, Mercatus, Lancisi recommandaient d'attendre la putréfaction pour affirmer la mort ; Bruhier n'admettait pas d'autre preuve; Portai, Hufeland regardaient la putréfaction comme le seul signe infaillible. La putréfaction suivant l'expression de Julia Fontanelle, est le cachet de la mort; le temps seul est le juge compétent sur la vie et la mort, disait Luga, et le plus sûr moyen est de garder le cadavre jusqu'à ce que les caractères de la putréfaction se manifestent. « Traitons toujours le corps comme s'il était vivant, et ne renonçons à nos moyens que lorsque la putréfaction commence à s'établir » (Davis). En Angleterre, cette pratique est encore suivie, et c'est par ce motif, dit Guy, que le danger de la mort apparente y est presque inconnu.
Quelques auteurs ont toujours protesté contre L'absolu de cette opinion ; Winslow affirme, di>ait Louis, que la putréfaction est le seul signe de la mort; n'a t-il donc ouvert que des cadavres putréfiés; sinon, d'après son opinion, n'est-il pas aussi coupable que Vésale? Cette doctrine simplifierait bien la science ; l'attente seule, remplacerait l'étude approfondie des signes. Mais cette opinion absolue n'excluait pas le septicisme ; on se demandait à quels signes on pouvait reconnaître la putréfaction, et à quel degré elle caractérisait la mort? Les auteurs citent des observations de mort réelle à la suite desquelles les corps ne s'étaient pas décomposés, et des cas de retour à la vie, malgré un commencement de décomposition ; la putréfaction elle-même devenait un signe douteux. Les recherches modernes ont eu' pour résultat de mieux faire connaître les caractères de la putréfaction, d'indiquer les signes qui se développent les premiers et d'établir leur valeur.
Pour apprécier cette preuve, les points suivants doivent être examinés : \° quels sont les caractères de la putréfaction ; 2° peut-elle se développer pendant la vie ? 3° quels sont les états morbides qui la simulent ? 4° à quel degré doit-elle être parvenue pour constituer un signe certain ; quels sont les plus sûrs
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indices de la putréfaction commençante? 5° on déduit de ces faits l'application (pratique du signe.
1° Les signes de la putréfaction sont un changement de la coloration de la peau, le ramollissement des tissus, le développement des gaz, l'odeur cadavérique, la désorganisation prompte du sang et de la fibre musculaire, l'apparition ■d'organismes accessoires.
La teinte bleuâtre ou verdâtre, à l'air libre, commence par les flancs, communément à droite, s'étend à tout, l'abdomen, gagne le thorax, envahit a\ec des nuances variées de bleu, de vert, de rouge sombre ou de brun noirâtre, tout l'extérieur du coqs. A- la coloration verte, caractère spécifique, se joignent, aux •endroits déclives, des colorations plus ou moins foncées qui dépendent de l'imbi- .bition et de la transsudation du sang. Les tissus se ramollissent, I'épiderme se détache, les gaz se développent dans les vaisseaux, dans les cavités séreuses, dans le tissu cellulaire, le ballonnement du ventre accompagne la coloration verdâtre. De l'écume sort de la bouche et des narines ; le sang est spumeux; ses globules s'altèrent, la fibre musculaire, fortement striée, devient granuleuse.
L'odeur cadavérique, très-prompte à paraître, se développe de plus en plus ; elle est impossible à méconnaître et elle a toujours été considérée comme caractéristique : « His accedit unum aut infallibile morlis signum,partium nempe, aut partis alicujus livor, et œstuatio cadaveris, et foetor ex ipsius jam putredine orlum ducens : est enim foetor proprium putredinis ace idens » (Zacchias). Cette odeur est générale, elle ne part point d'une région limitée, à moins qu'une circonstance particulière n'ait produit une décomposition locale. Ses caractères varient suivant les phases de la putréfaction; elle est successivement causée par des effluves organiques, des hydrogènes sulfurés et phosphores, par de l'ammoniaque et par des acides gras, à une époque avancée de la décomposition. Nous ne placerons pas parmi les preuves de la mort la présence des larves de divers diptères, mitsca carnaria, cadaverina, sarchophaga mortuorum, qui s'abattent aussi sur les corps vivants. On peut attacher plus d'importance aux moisissures, infusoiris, mycodermes, bactéries, vibrions, qui précipitent la destruction des corps, mais dont l'histoire appartient à la putréfaction considérée sous un autre point de vue.
Combien de temps faut-il attendre pour constater les signes manifestes de la putréfaction? Ce temps est variable suivant les saisons, les climats, la température, l'humidité, l'état électrique de l'air, la situation du cadavre, le milieu dans lequel il est placé : mais une influence non moins notable doit être attribuée aux conditions physiologiques et au genre de mort. Une putréfaction rapide ■se développe chez les sujets gras et sanguins, lymphatiques, gorgés de sucs, chez les femmes mortes en couches, dans les empoisonnements par les narcotiques, et à la suite de certaines fièvres putrides, des affections gangreneuses, des suppurations étendues, où il semble que la décomposition ait commencé pendant ,1a vie. Chaque médecin a pu voir des exemples de ces putréfactions comme instantanées, dont le développement rapide n'était pas prévu. Sa marche est lente chez le vieillard, chez les individus amaigris et desséchés. Dès le début, la putréfaction semble, suivant les cas, affecter deux formes distinctes, la combustion lente, attribuée à l'action de l'oxygène, et la décomposition accélérée par l'action des ferments. En général, la putréfaction devient manifeste au moment •où cesse la rigidité cadavérique, sans qu'il y ait un rapport théorique bien défini entre ces deux phénomènes. Le plus souvent, au bout de vingt-qu?tre
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ou de trente-six heures, la décomposition se révèle par des signes évidents; en été, la marche est plus rapide ; quelques heures suffisent ; mais dans la saison froide on peut conserver des cadavres pendant plusieurs jours, pendant même deux ou trois semaines, sans qu'ils présentent des signes extérieurs de putréfaction. Nysten a vu la putréfaction ne commencer que le seizième jour dans un cas d'asphyxie par la vapeur de charbon ; nous ne parlons pas de l'obstacle presque indéfini que la congélation apporte à la décomposition des corps. Pour obtenir cette preuve du décès, pour en hâter l'apparition, il faut placer le corps dans des conditions favorables de température et d'humidité.
2° On a objecté contre la valeur de ce signe que la putréfaction pouvait sedévelopper pendant la vie ; un membre sphacélé, les fausses membranes qui tapissent le pharynx, les parois décollées d'un abcès ancien, les plaies atteintes de la pourriture d'hôpital, la plèvre et son contenu dans le pneumo-thorax, lemucus purulent des narines, les pustules coufluentes de la variole, les bubons de la peste, les eschares et les ulcères intestinaux de la fièvre typhoïde, les abcès urineux, ceux qui sont voisins du rectum et qui s'accompagnent d'issue des matières et d'emphysème, l'urine et le muco-pus accumulés dans une vessie malade, les débris de placenta dans un utérus purulent ou gangrené, peuvent être sur un individu vivant le siège d'une décomposition putride, avec fermentation ammoniacale. Mais cette putréfaction locale, liée à un état déterminé et qui appelle l'attention, ne peut être confondue avec la putréfaction ordinaire qui envahit tout le cadavre et qui est en même temps manifeste sur quelques pointsd'élection.
5° Certains états pathologiques peuvent simuler la putréfaction, mais la confusion ne repose que sur quelques apparences. Uodeur fétide de la gangrène du poumon, de la sécrétion bronchique dans certaines phthisies, de la sueur, de l'ozène, de la variole confluente, ont pu inspirer des doutes ; Thierry rapporte qu'un enfant de dix ans exhala pendant trois jours une odeur cadavéreuse, dans le cours d'une fièvre maligne ; mais ces odeurs diverses ne sont pas celles de la putréfaction, et le diagnostic d'ailleurs ne se base pas sur un seul signe.
La gangrène est l'état qui présente le plus d'analogie avec la décomposition putride, lorsqu'à l'odeur fétide se joint le ramollissement des tissus, mais l'odeur n'a pas le même caractère ; la gangrène est circonscrite à une région, elle attaque le plus souvent les membres; la putréfaction n'a pas de limites précises, elle débute par l'abdomen. Louis a retracé les caractères différentiels de ces deux états : « Jamais la gangrène sèche n'a eu lieu sur un corps mort, parce qu'il n'y a dans un mort, ni la chaleur, ni l'action des vaisseaux, par laquelle les sucs se durcissent et deviennent avec les solides une masse homogène qui forme la croûte solide que nous appelons eschare. La putréfaction qui attaque les morts est toujours une gangrène humide, c'est une espèce de dissolution. Mais cette gangrène est bien différente de celle qui attaque les parties d'un corps vivant. Dans ce cas-ci on voit une tuméfaction, une tension, une rougeur inflammatoire qui sépare le mort du vif. La surpean se détache de la peau et produit des vésicules remplies de sérosité. Dans les morts, au contraire, la peau est d'abord pâle, elle devient d'une couleur blanche grisâtre ; elle prend après des nuances plus foncées; elle devient d'un bleu qui tire sur le vert et ensuite d'un bleu noirâtre qu'on aperçoit à travers la peau, qui prend elle-même cette dernière couleur. » On répétera avec Louis : « Ces observations sont faites d'après la nature même, h et lèvent tous les doutes.
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Les taches cutanées, les pétéchies qui accompagnent le scorbut, les fièvres graves, pourraient-elles induire en erreur ? Orfila parle de taches rouges, violettes ou livides, offrant jusqu'à un certain point l'apparence de celles qui se développent pendant la décomposition pulride. Fodéré rapporte que le corps d'une jeune femme était couvert de taches violettes et noires quatre heures avant qu'elle ne succombât à une attaque d'hystérie. On ne voit point d'analogie dans ces taches avec la disposition, le siège et la marche de la coloration putride. La septicémie ne produit point les mêmes lésions cutanées, tout en hâtant la putréfaction. Peut-on supposer qu'une contusion atteignant l'abdomen au lieu d'élection, y détermine une ecchymose qui sera prise pour la teinte bleuâtre du flanc ? Si le médecin rencontrait cette singulière coïncidence et qu'un doute s'élevât dans son esprit, malgré l'absence d'odeur putride, une simple incision suffirait pour caractériser la lésion.
4° A quel degré la putréfaction doit-elle être parvenue pour donner la certitude de la mort? A cet égard, on avait autrefois poussé bien loin le scrupule. La putréfaction n'est pas un signe tellement certain, disait Louis, qu'il ne puisse induire en erreur...; si l'on se contente d'un commencement de putréfaction, les taches livides de la peau et la mauvaise odeur du sujet détermineront le jugement, mais les taches livides ne sont point des marques certaines de pourriture, et l'on sait qu'en maladie surtout, le corps peut exhaler une odeur trèsfétide. La putréfaction parfaite, à laquelle personne ne peut se méprendre, ne met pas infailliblement à l'abri du danger affreux de donner la sépulture aux vivants. » Bruhier demande que la putréfaction soit constante, absolue, quel que soit le temps qui doive s'écouler; Davis entend par putréfaction une décomposition universelle, avec taches livides sur toute l'étendue de la peau et odeur fétide s'exhalant de toutes les parties du corps ; Orfila exige, comme Marc, que la putréfaction soit parfaitement établie, « un commencement de putréfaction ne suffit , pas pour affirmer que la vie a cessé, puisqu'on a vu des personnes se rétablir dans l'espace de quelques heures, quoique la peau fût couverte de taches violettes et qu'elle répandit une odeur infecte. » Avec ces réserves, ce signe si certain serait peu utile, et ne s'obtiendrait qu'au prix d'une longue attente, préjudiciable aux vivants. Mais c'était l'expression de préjugés anciens plutôt que d'une observation scientifique ; Louis lui-même, dans ses recherches ultérieures, démentait ce septicisme. L'évidence est déjà acquise par une longue série de signes qui ont précédé la putréfaction ; nul doute à cette époque ne peut s'élever sur la réalité du décès.
La coloration verdâtre de l'abdomen, signe initial de la putréfaction, a été •de la part de M. Deschamps l'objet de recherches d'un grand intérêt pratique; Cette coloration verdâtre est le premier signe extérieur de la putréfaction ; elle commence à l'abdomen, dans la fosse iliaque droite, dans le flanc droit, audessus de l'aine, et de là elle envahit promptement les parties latérales du basventre; il faut la saisir au début, pour ne la voir que d'un seul côté La coloration s'étend ensuite à d'autres régions, au cou, à la poitrine, au dos, aux membres, mais alors la putréfaction est très-avancée. Quel que soit le genre de mort, c'est toujours par l'abdomen que cette coloration commence, à l'air libre ou dans le cercueil; si, chez les noyés, elle débute par le haut du sternum, M. Deschamps l'attribue à ce que le corps en flottant présente celte région au contact de l'air; elle se montre d'abord à l'abdomen sur des cadavres que l'on maintient au fond de l'eau. Il nous parait cependant que le genre de mort n'est pas étranger à
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la putréfaction plus rapide du thorax, nous avons constaté la tache brunâtre du thorax dans l'asphyxie par la vapeur du charbon. La coloration verdâtre peut aussi commencer par la poitrine dans les cas d'emphysème, et autour d'une blessure ou d'un ulcère ; mais ce sont des faits exceptionnels ; l'abdomen est son siège d'élection, chez l'homme et chez les vertébrés supérieurs.
Tant que le corps conserve sa température naturelle, et que les muscles se contractent par le galvanisme, le ventre ne se colore pas ; la teinte verdâtre se produit pendant la rigidité, à l'époque surtout de la rigidité décroissante. Elle parait deux ou trois jours après la mort, souvent il suffit de vingt heures ou même d'un temps plus court. Si la température est très-basse, se rapprochant de zéro, les cadavres peuvent rester plusieurs jours sans présenter cette coloration, mais elle se produit dès que le dégel arrive, assez promptement même à 4 ou 5°. Un cadavre qui passe de zéro à 20°, peut au bout d une journée offrir ce stigmate. La coloration se montre avec une grande rapidité à la suite des phlegmasies des viscères abdominaux, des épanchements péiïtonéaux, des fièvres puerpérales. Si le signe tarde à paraître, on peut hâter son développement en élevant à 20 ou 25° la température de la chambre mortuaire et en y répandant des vapeurs d'eau ; on peut aussi appliquer des compresses mouillées sur l'abdomen ; M. Deschamps avertit cependant qu'il faut éviter un trop fort degré d'humidité ; on a proposé de placer une cruche d'eau chaude dans le lit pour provoquer l'apparition de ce signe. Rapide à se produire chez l'enfant, chez la femme, quand les tissus sont mous et imprégnés de liquides, celte teinte se montre plus tard chez les indiyidus âgés et amaigris. L'attente est d'ailleurs sans danger, puisque cette coloration est le phénomène initial de la putréfaction, qui semble à l'abdomen marcher ■de dehors en dedans ; en effet, malgré la coloration verte des parois, on constate à l'aulopsie que les viscères sont bien conservés. Dès que la tache se montre, on cesse l'emploi des moyens qui ont servi à en hâter l'apparition, le but est atteint et on le dépasserait, d'une manière nuisible pour l'hygiène, en provoquant une putréfaction plus avancée.
La tache suffira pour que l'inhumation soit permise, la putréfaction est évidente dès le début. La coloration abdominale ne peut être confondue avec une -ecchymose, le siège, l'étendue, la nuance de la coloration les distinguent, et si Ton pouvait conserver un doute bien invraisemblable, il serait levé par une ■simple incision, montrant l'absence de sang épanché et l'extension de la couleur verte au derme et à la couche superficielle des muscles, dans lesquels elle pénètre de plus en plus.
Cette coloration a été comparée à la modification de la chlorophyle des feuilles qui jaunissent et brunissent avant de tomber, elle est due à un phénomène chimique qui se passe dans les tissus et que l'on a attribue à l'influence des gaz sulfurés qui se développent dans l'abdomen, sur la matière colorante du sang dans les muscles et dans la peau. Quoi qu'il en soit de sa cause, ce phénomène est indélébile, les lavages ne s'altèrent pas, il n'est guère modifié par les procédés d'injection et de lotions qui ont pour but de rétablir la physionomie des noyés altérés par la putréfaction. Pourrait-on confondre cette coloration avec une teinture artificielle? L'idée bizarre viendrait-elle de colorer l'abdomen pour établir la réalité d'un d.:cès? M. Deschamps rapporte l'observation d'un teinturier, chez lequel la coloration bleuâtre et comme cyanosée de la peau des membres embarrassa quelques moments le diagnostic. Cette teinture serait épidermique et disparaîtrait par le lavage avec une eau acide ou alcaline, qui se
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colorerait. Van Hasselt constate que chez les nègres et les hommes de couleur,. cette teinte verte se produit aussi, il conseille d'appliquer des compresses humides sur la peau et de gratter l'épiderme pour la rendre plus évidente.
6° Comme application pratique, on ne peut trop recommander l'usage de ce signe, il rend usuel le diagnostic de la mort par la putréfaction, dont il est leprodrome nécessaire et infaillible ; il peut être attendu sans danger, provoqué mèm? si l'inhumation doit être prompte ; il s'accompagne d'ailleurs d'autres signes caractéristiques, la rigidité, les lividités, les allérations de l'œil. An moment où la coloration verdâtre de l'abdomen paraît, rien n'est plus certain que la mort.
II. Diagnostic. Le diagnostic se base sur un seul signe, réputé pathognomonique, ou sur un ensemble de caractères. Un seul signe peut suffire et nousavons indiqué les caractères et les épreuves, qui, pris isolément, donnent la. certitude de la mort. Le public réclame ce signe infaillible et unique, que chacun peut percevoir, comme la garantie la plus sûre contre le péril d'être inhumé vivant ; mais cette garantie est illusoire si l'appréciation du signe est livrée à une personne étrangère à l'art médical. Le signe le plus sûr peut être mal constaté ; l'erreur est plus facile et plus grave quand l'observation ne porte que sur un point. Vous augmentez les garanties, en variant les recherches ; la nature l'indique, elle multiplie les signes à mesure que l'on s'éloigne du moment de la mort. C'est à un ensemble de caractères qu'il faut demander la certitude de la mort, mais ce n'est pas en réunissant des vraisemblances que l'on arrive à ce résultat, c'est en groupant des caractères qui par eux-mêmes sont concluants. Les signes incertains contribuent au diagnostic ; aux signes négatifs qui annoncent l'extinction des propriétés vitales, s'ajoutent lessignes positifs, les altérations organiques et chimiques que détermine la mort. Le médecin réunit les caractères les plus sûrs et en même temps les plus faciles à constater ; quelques épreuves complètent l'évidence.
Les ouvrages classiques admettent trois signes certains de la mort ; la cessation de la contractilité musculaire sous l'influence du galvanisme, la rigidité cadavérique, la putréfaction. Une liste plus longue peut être dressée ; elle comprendrait : la cessation prolongée des battements du cœur constatée par l'auscultation, l'interruption de la circulation capillaire, mise en évidence par diverses épreuves, l'absence d'effet des ventouses scarifiées, l'abaissement de la température à 25 ou 30° dans les parties internes, l'empreinte parcheminée de la peaur l'action du calorique, les lividités, suite de l'hypostase, la tache scléroticale, le plissement et l'obscurcissement de la cornée, l'affaissement et le trouble de l'œil, l'abolition de la contractilité musculaire, la rigidité cadavérique, l'altération dn sang et de la fibre musculaire, la putréfaction initiale attestée par la coloration verdâtre de l'abdomen. Chacun de ces signes suffirait, mais le précepte, c'est. de les réunir, suivant la période, pour établir une conviction.
Les occasions du diagnostic sont le moment de la mort, lorsqu'il convient d'annoncer le décès, de cesser les derniers soins, de commencer les préparatifs funèbres ; ce sont les morts accidentelles et subites, l'hystérotomie, l'embryotomier le permis d'inhumer et l'autopsie. Le diagnostic peut être immédiat ou tardif.
Le diagnostic immédiat se pose au moment même de la mort ou dans une période qui a pour limites les premiers indices de la rigidité. Celui qui assiste au moment suprême ne peut se faire d'illusion. La face cadavéreuse, la décoloration de la peau, la dilatation instantanée de la pupille, l'absence des bruits du
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cœur constatée par une auscultation de quelques minutes, la résolution générale, l'abaissement de la mâchoire inférieure, l'ouverture des sphincters, attestent la cessation de la vie. Que l'on y ajoute, et dans cet ordre, l'épreuve de la ventouse scarifiée, de la brûlure de la peau, de la phlyctène explosible des «doigts, de l'empreinte parcheminée, et l'on ne conservera plus de doutes. La ithermométrie confirmera ces signes et la température régulièrement décroissante arrivera bientôt au degré incompatible avec la vie ; le trouble de la cornée ne tardera pas à se produire et les lividités cadavériques au bout de six à huit heures et même moins, cloront cette première période. Avec les signes initiaux, on est autorisé à pratiquer l'hystérotouiie qui n'a guère de chances, comme la statistiques le montre, que dans le premier quart d'heure qui suit l'extinction de lia vie. La conviction du médecin sera donc formée au moment même de la mort ou dans les premières heures qui la suivent ; il y sera aidé par le commémoratif, pur la marche de la maladie, par l'agonie même, par la nature de l'accident ; il est telle lésion traumatique qui par elle-même démontre le décès. La certitude de la mort peut être acquise avant l'apparition des signes regardés autrefois comme les seuls certains.
Le diagnostic tardif ou définitif précède l'inhumation ou l'autopsie; il correspond aux deux périodes de la rigidité et de la putréfaction. Ici les preuves se multiplient ; au bout d'une vingtaine d'heures, on a les caractères suivants : les lividités cadavériques, l'absence de contraction musculaire sous l'influence du galvanisme, la rigidité commençante ou établie, la température au-dessous de 25°, la tache scléroticale, le trouble de l'œil, l'acidité du muscle, l'altération de la fibre musculaire et des globules sanguins. Sans doute dans cette période, l'électricité rendra des services; elle peut conduire à un diagnostic plus prompt, lorsque dans une épidémie, par exemple, on a intérêt à hâter l'éloignement des corps; on l'a aussi conseillée dans le> inhumations rapides qui se font sur les champs de bataille. La rigidité, les lividités, le thermomètre au-dessous de 25°, autoriseront toutes lss opérations délinitives ; ce sont les signes qui dans cette 1 ériode guideront le médecin vérificateur. Presque en même temps, ou après une légère attente, apparaîtront les caractères de la décomposition putride. La flaccidité de l'œil, la tache verdàtre de l'abdomen qui, précédées par tant de signes, mettent, pour ainsi dire, le sceau au diagnostic. On peut hâter artificiellement la production de ces derniers caractères. La science est armée de ■caractères tellement positifs qu'on peut aujourd'hui retourner l'aphorisme de "Winslow, en déclarant que la certitude d'être mort est égale à la certitude de mourir.
Les dernières recommandations des mourants se rapportent souvent à la •crainte d'être descendus vivants dans la sépulture. Plus d'un testament renferme <les prescriptions à cet égard; un long délai, des épreuves douloureuses, des incisions à la plante de« pieds, la section d'une artère, l'embaumement, l'autopsie, sont demandés dan* ce but. L'inutile et l'étrange se trouvent dans ces «dispositions testamentaires. La veuve Rosuy, de Blackheath, comté de Kent, ordonne par testament à son médecin de lui trancher la tête, quand il la croirait morte, et lui alloue 50 livres d'honoraires. Les héritiers réclament contre cette disposition qui paraît choquante ; le vice-chancelier décide que des piqûres à la plante des pieds sont suffisantes, qu'elles seront pratiquées par le médecin qui touchera le legs convenu; l'opération ordonnée était illusoire, mais la longueur du procès avait permis à la putréfaction de se produire. On dit que pour le
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Masque de Fer la décollation du cadavre fut ordonnée dans le but de se prémunircontre une mort apparente ou simulée. Les indigènes de Socotora, disent lesvoyageurs, introduisaient un suc empoisonné dans la bouche des morts, voir même des mourants, avant l'inhumation. Les ablutions et les cérémonies du culte israélite sont une garantie contre le danger d'être enterré vif; elle n'a point toujours paru suffisante; un de nos élèves, appartenant à ce culte, avait recommandé par son testament de différer l'inhumation le plus longtemps possible, puis il demandait à son professeur de constater la réalité de la mort, et se défiant encore de cette précaution dernière, de faire ouvrir une des carotides et une des fémorales, ce qui fut religieusement exécuté. La section de l'artère temporale n'entraînant aucun inconvénient dans le cas de mort apparente, peut aussi être pratiquée. Quelles sont les recommandations à conseiller aux personnes, et elles sont nombreuses, qu'agite la crainte d'être inhumées vivantes? C'est d'exiger un délai d'au moins quarante-huit heures, une vérification répétée à quelques heures d'intervalle, la rigidité cadavérique, le thermomètre à 24° dans l'aisselle, et la tache verdàtre des parois abdominales ; la certitude absolue sera ainsi acquise.
IV. La mort subite. L'étude des causes de la mort appartient à la physiologie et à la pathologie; l'hygiène publique en déduit des lois générales, des conséquences importantes pour la salubrité ; la médecine légale s'occupe des problèmes particuliers que soulèvent les cas de mort suspecte ou subite, et des faits médicaux qui en droit se rapportent à un décès.
Au point de vue matériel, les causes de la mort sont physiologiques, pathologiques, traumatiques ou chimiques ; prenant en considération le caractère de l'événement, on distingue la mort en naturelle, par accident, par suicide, par homicide, par supplices.
IV. De la mort subite. La vie peut s'éteindre soudainement sous l'influence de causes internes ou externes, mécaniques, toxiques ou pathologiques. L'usage a réservé le nom de morts subites aux effets instantanés et imprévus des caures intrrnes ou pathologiques. Les caractères de la mort subite sont les suivants : 1" L'absence de toute action traumatique ou toxique, sans exclure toutes les influences venant du dehors; on y rattache, au contraire, ce qui tient à l'action de la température, de l'attitude, des mouvements, des impressions morales, l'em semble des causes qui se distribuent dans les six classes de l'hygiène; 2° la santé ou l'apparence de la santé, ou un état de maladie qui ne menaçait pas la vie d'Un péril actuel; l'imprévu, au moment même de la mort, la disproportion apparente entre la cause et les effets, caractérisent cet événement. Sous le nom de mort subite, disait Morgagni (lettre 26e), j'entends celles, prévues ou non, qui emportent promptement le sujet, contre son attente, ou celle des autres personnes, en ce moment-là; 3° La soudaineté du décès, dont le type est la fulguration, la section de la moelle allongée, l'empoisonnement par l'acide cyanhydrique et la syncope. Mais la condition de temps ne peut être absolument précisée; à la mort subite appartiennent aussi les morte promptes et imprévues. La mort subite, disait Lancisi, enlève par une maladie d'une course rapide, sans agonie ou après une courte agonie, des hommes ordinairement sains ; elle survient inopinément. En réalité, toute mort est subite : « Nullam novi mortem nisi repentinam, sive punclo temporis contingentent... universœ mortes punclo temporis contingunt. » C'est le chemin vers la mort, que nous appelons agonie ou maladie, qui
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est long ou court, et ce qui m'étonne, ajoutait-il, c'est que cette machine humaine, si compliquée et si frêle, ne soit pas toujours brisée par un choc imprévu, au lieu d'être lentement épuisée par la vieillesse ou par de longues maladies. Les morts les plus promptes ont lieu dans un temps divisible et appréciable. Si la syncope est aussi rapide que la fulguration, il faut, dans la plupart des cas, quelques minutes au moins pour que la vie s'éteigne. Les auteurs rattachent avec raison à la mort subite celles qui sont à la fois rapides et imprévues, quand même la vie a mis pour s'éteindre un quart d'heure, une heure et même plus, deux ou trois heures environ, à la condition toujours d'une marche rapide et d'une invasion inopinée. Le mécanisme est d'ailleurs le même, et les caractères anatomi ;ues ne diffèrent pas. La mort subite est donc la cessation soudaine ou très-rapide de la vie, par suite de causes internes ou pathologiques, en dehors de toute action mécanique ou toxique, survenant inopinément chez une personne qui paraissait en bonne santé, ou dont l'état de maladie ne faisait pas actuellement prévoir une issue fatale. La mort subite doit donc être étudiée dans l'état de sauté ou de maladie, et ce dernier point de vue n'est pas le moins important.
On a cru que les morts subites n'étaient pas également fréquentes à toutes, les époques, qu'elles pouvaient même paraître épidémiquement. Il semble résulter des statistiques qu'elles sont plus communes en été et en hiver; l'action de la température s'ajoute alors aux causes ordinaires; mais les causes individuelles sont évidemment prédominantes. La mort subite survient dans les circonstances les plus inattendues, à toutes les époques, à tous les âges. La statistique de la justice criminelle relève le nombre des morts subites qui ont donné lieu à des enquêtes judiciaires ; c'est environ un millier de cas chaque année, mais nul doute que les faits de ce genre ne soient infiniment plus nombreux. La plupart de ceux qui se produisent dans la pratique médicale et dans les services hospitaliers n'attirent point l'attention de la justice.
L'application médico-légale se rapporte aux articles 81 du code civil et 44 du code d'instruction criminelle, qui exigent une visite médicale dans les cas de mort dont la cause est inconnue ou suspecte, on s'il existe des indices de mort violente. Le médecin fera son rapport sur l'état du cadavre, sur les causes de la mort, sur les circonstances qui y sont relatives. Il constatera : 1° le fait du décès : signes de la mort, diagnostic de la mort apparente; 2° la cause du décès : démontrer l'absence de toute cause mécanique ou toxique, caractériser l'état morbide qui a déterminé la brusque cessation de la vie. La partie négative de l'enquête est la plus importante, la justice ayant surtout intérêt à connaître l'absence de toute trace de blessure ou d'empoisonnement; 3° les circonstances mêmes du fait qu'il est. utile d'approfondir, les influences qui ont amené la mort subite.
L'expertise, en matière de mort subite, offre souvent de grandes difficultés, et par la nature même du problème et par les circonstances qui ont accompagné l'événement. Des causes diverses peuvent arrêter tout à coup le jeu des organes, et dans les cas foudroyants, ne laisser que des traces peu appréciables. C'est au milieu d'une rixe, par l'effet de la colère ou de ta peur, que la vie s'éteint brusquement ; le diagnostic différentiel oflre ici d'assez grandes difficultés : la syncope a-t-elle été déterminée par un coup violent porté à l'épigastre ou par l'émotion morale? La congestion pulmonaire est-elle spontanée, consécutive à une asphyxie mécanique, à un empoisonnement par l'opium? La mort subite peut encore avoir lieu dans des conditions absolument suspectes. Morgagni a réuni, d'après Donatus et Sehuring, et ses recherches propres, plusieurs exemples de morts
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soudaines pendant les rapports sexuels, et dans des lieux qui autorisaient tout soupçon. C'étaient le plus souvent des hommes qui succombaient. Morgagni cite aussi l'observation d'une femme; dans ce dernier cas la mort fut occasionnée par la rupture d'un anévrysme de l'aorte. Nous avons fait l'autopsie d'un homme de 50 ans, qui mourut subitement dans ces conditions suspectes, par suite d'une congestion pulmonaire et d'une affection chronique du cœur.
L'intérêt pratique de cette question est considérab'e; dès la plus haute antiquité, elle occupe les médecins comme les philosophes ; c'est l'épée de Damoclès suspendue sur chaque homme. Hippocrate, Galien, indiquent ceux que la mort subite menace; Pline la mentionne; Jules César, dit Plutarque, soupant chez Lepidus, la veille des Ides, les convives proposèrent cette question : quelle mort était la meilleure? C'est la moins attendue: « Repentina, » s'écria Jules César. Lancisi, par des paroles éloquentes, montre que la mort subite n'est à désirer à aucun point de vue : « Attendue a vobis ne forte graventur corda vestra in crapula et ebrietate et curis hujus vitœ, et superveniat in vos repentina dies » (Luc, cap. 21, vers. 54). La mort ne surprend point le sage, dit le fabuliste, il est toujours prêt à partir. La médecine s'occupe des causes qui produisent la mort subite, de l'hygiène qui l'éloigné, des signes qui la font prévoir et du traitement qui peut dissiper les accidents ou retarder le moment fatal. Les travaux sur ce sujet sont anciens et nombreux, mais ils ne sont vraiment utiles que depuis les progrès de l'anatomie pathologique. Aux observations de Valsalva, de Bonnet, de Lancisi, de Morgagni, de Bichat, de Louis, s'ajoutent les recherches modernes qui ont fait connaître de nouveaux genres de mort. Les effets des maladies, de l'état puerpéral, de la congestion pulmonaire, des altérations du sang, des embolies, de l'insuffisance des valvules, des lésions des parois du cœur, ont été l'objet d'une attention particulière; la pathologie spéciale réclame l'étude isolée et détaillée de ces faits nombreux, dont on ne peut présenter ici qu'un tableau d'ensemble.
Le diagnostic médico-légal se base sur l'examen des causes, des symptômes et •des caractères anatomiques.
Les causes se répartissent entre les six classes de l'hygiène; elles font naître ou elles activent la maladie qui détermine la mort subite; elles précipitent la fin, mais à part quelques cas d'une grande évidence, elles éclairent peu le diagnostic. L'insolation, un froid excessif, sont de ces causes qui peuvent ne laisser aucun ■doute. La constriction exercée par les vêtements, notamment celle du cou et du thorax, fournit parfois un indice; nous avons vu sur un idiot, trouvé sans vie ilans un grenier où il s'était endormi sur de la paille, la cravatle serrée avec tant de force autour du cou, que l'action de ce lien avait dû provoquer la congestion cérébrale et pulmonaire, cause de la mort. Un brusque changement d'attitude, une course rapide, un effort violent, déterminent la syncope, l'anémie cérébrale, la rupture d'un anévrysme. On dit qu'à Londres, les personnes qui habitent loin du centre de la ville et qui chaque soir regagnent avec hâte les stations de chemin de fer, sont sujettes à des affections du cœur et présentent des cas de mort subite. Cette fin soudaine a été observée pendant l'acte vénérien, les efforts de la défécation, pendant les douleurs de l'accouchement. Pour les ruptures d'anévrysmes de l'aorte, on peut souvent reconnaître l'action qui a déterminé la crise finale; un homme, après un repas copieux, monte rapidement chez son propriétaire et meurt en lui payant son terme; le soupçon de mort violente qui s'élève est écarté par les résultats de l'autopsie; c'était la rupture d'un anévrysme de l'aorte, en
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doigt de gant, dont la paroi amincie avait cédé à un dernier effort, la plénitude de l'estomac ayant en même temps gêné la circulation. Une femme meurt tout à coup en pompant de l'eau, une hémorrhagie méningée provenait de la rupture d'arlères athéromateuses ; une autre s'al'.aisse en lavant son plancher, c'était une déchirure d'anévrysme aorlique. On pourrait multiplier ces exemples ; la rupture du cœur, si nre d'ailleurs, s'est produite dans les attaques d'épilepsie. La position horizontale, jointe à la méditation, a été signalée par Morgagni comme une cause d'apoplexie cérébrale. Les impressions morales figurent avec des cas célèbres parmi les causes de morts subites, il en est de même de la douleur physique produite par les opérations les plus insignifiantes; mais les renseignements à cet égard ont peu de valeur sans l'autopsie. Une forte contention d'esprit peut causer des effets analogues; on a des exemples assez nombreux de prédicateurs qui sont morts en chaire, autant sans doute par affection du cœur que par apoplexie.
L'influence de la digestion est certainement prépondérante : le médecin doitêtre averti de la fréquence des cas dans lesquels l'ingurgitation rapide d'aliments mal divisés, détermine une asphyxie, mécanique, dont la cause échappe aux assistants, et qui est prise pour une mort subite par cause interne; une attention particulière doit être apportée à l'introduction, par des causes diverses, de sang, de pus, de corps étrangers dans les voies respiratoires. Un repas copieux gène mécaniquement la circulation; des congestions pulmonaires ou cérébrales se développent pendant le travail de la digestion. L'influence de l'ivresse figure ici en première ligne parmi les causes directes ou indirectes de la mort subite; l'inanition est aussi une des causes signalées.
L'âge et le sexe fournissent peu d'indications; la mort subite se rencontre aux extrêmes de la vie. L'époque menstruelle, l'état de grossesse et plus tard la puerpér.dité deviennent des causes particulières de morts subites. Hippocrate avait déjà noté l'influence de la constitution : « Natura crassi citius intereunt quant graciles » (aph. 47). C'est dans un état valétudinaire que se trouvent les plus sûrs indices. Ceux qui tombent en de fréquentes et fortes défaillances, sansaucune cause apparente, dit Hippocrate (aph. 176), meurent subitement- Galien, d'après l'état du pouls, avait prédit une mort subite (de preesagio ex pulsu) ; mais l'intermittence du pouls n'est vraiment dangereuse que jointe à de la dyspnée. Une maladie latente ou qui semblait légère, est une des causes lesplus habituelles de ces trépas soudains : « Nemo nisi valetudinarius aut intempérant obiit, a dit Lancisi, pour les cas as e^ nombreux qu'il observa à Home eu 1705 et 1706. Avec les progrès de l'anat mie pathologique, cette assertion est encore mieux justifiée; la science a diminué le nombre des morts subites qui semblaient apparaître en pleine santé. L'état graisseux du coeur, l'influence des valvules, de simples v.-irices, sont le point de départ des accidents morlels; mais ces états étaient inconnus et deviennent l'objet d'un diagnostic rétrospectif.
Les symptômes éclairent peu le diagnostic, leur marche est rapide, l'observateur est troublé. Le malade éprouve parfois des pressentiments, il annonce sa mort prochaine. Un homme, dit Morgagni, a une tumeur anévrysmale de l'aorte sensible à l'extérieur; la peau s'amincit, elle se rougit; le sang coule, il le voit; averti de sa mort prochaine, il recommande son âme à Dieu, prend un bassin pour roc voir le sang et succombe peu après. Des symptômes de ce genre ne laissent aucun doute; il en est de même des hémorrhagies pulmonaires, des vomissements de sang, des congestions violentes dans lesquelles les conjonctives se
déchirent et s'ecchymosent. L'occlusion de l'artère pulmonaire par une embolie détermine aussi des troubles caractéristiques, la dyspnée subite portée au plus haut point, les palpitations du cœur, l'intelligence restant intacte jusqu'au dernier moment. Mais il est rare que les symptômes permettent d'affirmer le genre de mort; le médecin même qui assiste à une mort subite peut rester dans le doute sur sa cause; la syncope qui termine la scène fait cesser brusquement toute différence sj mptomatique.
L'autopsie cadavérique peut seule constater la lésion qui a causé la mort; si l'anatomie pathologique ne résout pas tous les doutes, elle en limite le nombre. Si les observations ne sont pas complétées par l'autopsie, dit M. Louis, qu'apprcndront-elies? « Rien, si ce n'est qu'il y a eu mort subite ou du moins très-prompte, dans des circonstances où il est impossible de le prévoir. On ignorera s'il y a un rapport entre l'état des organes et les symptômes; on pourra tout soupçonner, tandis que, si après l'examen attentif des viscères, le problème n'est pas résolu, au moins nous en approchons le plus possible, et ce qui est un grand point, nous évitons les fausses suppositions. » Depuis les recherches de Louis, le nombre de ces cas douteux a été de beaucoup réduit par la connaissance de divers genres de mort qui, autrefois, échappaient aux observateurs. L'apoplexie nerveuse des anciens est remplacée par l'anémie cérébrale et par la syncope qui rendent compte des morts subites sans lésion de tissu. L'anatomie pathologique constate l'altération matérielle qui a été le point de départ des accidents, et le mécanisme de la mort. Le diagnostic différentiel porte sur deux points, la possibilité d'une cause traumatique ou celle d'un empoisonnement. Dans les congestions cérébrales et pulmonaires, l'analyse chimique est souvent nécessaire pour déterminer la cause de ces lésions.
La mort subite est caractérisée par l'arrêt simultané, ou successif dans un temps très-court, des fonctions du cerveau, des poumons et du cœur. C'est le trépied de la vie, suivant l'expression célèbre de Bichat; déjà cette formule avait été donnée par Lancisi, à l'occasion des morts subites : « Tria majoris ususso- Uda et fluida : » les organes de la respiration et l'air, le cœur, les vaisseaux et le sang, le cerveau, les nerfs et le fluide nerveux ; la vie dépend du mouvement régulier de ces solides et de ces fluides. « Je ne doute pas, dit Murgagni, qu'il ne faille chercher ou dans le cerveau ou les nerfs, ou dans les poumons et la trachée, ou dans le cœur et les vaisseaux la cause des morts subites. » C'est la division naturelle de cette étude; on recherche,- dans chacun de ces trois appareils, la lésion qui a subitement arrêté la vie, mais comme le point de départ de cette lésion existe quelquefois dans d'autres organes, on peut admettre une quatrième classe de morts subites caractérisée par un phénomène initial en dehors des trois grandes fonctions.
La lésion locale a pour siège le cerveau, les poumons et le cœur, soit isolément, soit conjointement, comme pour les poumons et le cerveau. Sa nature est variable, elle existe avec ou sans altération du tissu ; c'est une congestion sanguine ou une anémie, une compression, une déchirure, un obstacle mécanique, une paralysie qui n'a point de caractères anatomiques. Les deux extrêmes se rencontrent dans ces autopsies, des dé:*ordres considérables, des ruptures et des épanchements, des lésions douteuses et l'intégrité apparente des tissus. Il est certain que les progrès de la science ont de beaucoup diminué ces derniers cas, et que l'anémie cérébrale, la syncope, la congestion pulmonaire, la thrombose, expliquent la plupart des morts subites que l'on attribuait autrefois a des maladies
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sans matière. 11 faut distinguer parmi les lésions celles qui sont efficientes et celles qui ont agi comme prédisposantes ou adjuvantes. L'hygiène, le pronostic réclament cette étude qui fournit à la médecine légale des indications précises sur les causes du décès ; les altérations du tissu du cœur, les lésions valvulaires offrent des signes caractéristiques. On recherchera encore dans les organes éloignés, dans le tube digestif, le péritoine, les veines des membres, les lésions qui ont pu être le point de départ des accidents mortels.
Les caractères d'ensemble jettent une vive lumière sur le mécanisme de la mort. M. Devergie a appelé avec raison l'attention sur ce point : « La mort par le cerveau, ou par les poumons, ou par le cœur, a des caractères matériels d'ensemble tout aussi tranebés qu'une altération pathologique locale. Ces caractères se déduisent, non- seulement de l'état dans lequel se trouve l'organe qui, le premier, a cessé de remplir ses fonctions, mais encore de l'état des deux autres organes principaux de l'économie et de celui des principaux troncs vasculaires, veineux et artériels. Cet état est une conséquence du point de départ de l'arrêt de la circulation qui a accompagné la mort. » Si la mort a lieu par les poumons, la circulation s'arrête primitivement dans ces organes; les cavités droites du coeur, les veines caves sont gorgées d'un sang liquide, le plus souvent, comme dans l'asphyxie; les cavités gauches du cœur eu renferment beaucoup moins et le système artériel est plus ou moins vide. Quand la mort commence par le cerveau, la respiration s'embarrasse, les poumons se congestionnent, la circulation se prolonge assez longtemps pour engorger de sang noir le système vasculaire du cerveau et des poumons, et pour que des caillots plus ou moins décolorés se forment dans les gros vaisseaux; le sang se trouve dans les deux moitiés du cœur, plus à droite qu'à gauche ; il n'est pas aussi complètement liquide dans ce genre de mort qui est moins soudain. Si la mort débute par le cœur, le sang y reste à pou près distribué comme pendant la vie, parfois même on distingue par sa couleur plus rouge le sang arlériel du sang veineux ; le cerveau et les poumons ne sont pas congestionnés. C'est pour bien constater les caractères d'ensemble qu'il faut, dans les autopsies de mort subite, examiner les organes en place, conserver leurs rapports, ménager les gros vaisseaux dont l'ouverture prématurée ne permettrait plus d'apprécier la distribution du sang. On tiendra compte des phénomènes d'hypostase dans chaque organe, comme des lividités de la peau; c'est une mesure de la quantité de sang qui s'y était accumulée pendant la vie.
La statistique médicale a pour but de déterminer l'influence des différentes causes et la fréquence relative des morts subites qui ont pour point de départ le cerveau, les poumons elle cœur. Une statistique de ce genre ne peut se baser que sur des autopsies, en ce qui concerne la cause de la mort. Recueillir les observations sans nombre qui ont été publiées, ce serait un travail considérable et qui, peut-être, n'atteindrait pas le but. Beaucoup de médecins ont fait connaître des •cas isolés et se sont attachés, ce qui est d'ailleurs le plus utile, à approfondir l'histoire dételle ou telle maladie. Une statistique d'ensemble ressort mieux peutêtre d'une pratique individuelle un peu étendue. Nous analyserons ici les quarante cas recueillis à Paris par M. Devergie et qui ont été la base de ses importantes recherches sur la mort subite, et quatre-vingt-huit autopsies que nous avons pratiquées, quatre-vingt-trois à Strasbourg, cinq à Nancy, presque toutes avec le concours et sous les yeux de nos élèves. Tous ces faits ont été recueillis dans des conditions à peu près de même nature, sur des personnes qui semblaient bien portantes ou peu malades, appartenant, la plupart, à la population indi-
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gente, et dont la mort soudaine avait plus ou moins att'ré l'attention de la p> lice. .
Ces faits se distribuent ainsi suivant les saisons : dans les cas de M. Devergie, 17 dans les mois d'hiver, décembre, janvier et février; 15 pour le printemps, mars, avril, mai ; 4 en été, juin, juillet, août; 4 en automne, septembre, octobre, novembre ; les mois maximum sont mars, 11 cas; février, 8 ; minimum, juin et août, 0. Dans nos observations, l'hiver présente 59 cas ; le printemps, 15; l'été, 18; l'automne, 6. Maximum, février 19 et janvier 12; minimum, août, septembre et octobre, 1. Les mois froids, décembre à mars, offrent, dans les deux statistiques, plus des deux tiers des cas, 28 sur 40 dans la première, 46 sur 78 dans la seconde, 74 sur 1 18 en les additionnant. D'où il résulte, comme l'avait remarqué M. Devergie, que c'est en hiver et, en général, pendant les mois où la température est la plus rigoureuse que les morts subites sont les plus communes» L'été, pour nous, l'a emporté sur le printemps, le mois de juillet dépassant même le mois de mars. Quant, à l'influence de la saison sur le genre de mort, elle est manifeste en ce qui concerne les affections pulmonaires, au nombre de 50 pour la période d'hiver, de 10 pour le printemps, de 8 pour l'été. Les morts subites par le cerveau ont eu leur maximum en lévrier et en juillet; les maladies du cœur semblent plus également réparties. Les causes déterminantes sont, difiieiles à préciser; à l'action de la température s'ajoute, comme influence principale, l'alcoolisme, signalé par M. Devergie 14 fois sur 40 cas, et que nous avons souvent constaté, par les renseignements et par l'analyse chimique. L'inanition, i:rs repas copieux, une course rapide, des efforts de défécation, l'influence du coït dans deux cas, l'époque menstruelle, la grossesse, l'avortcment figurent aussi parmi les causes.
Sur les 44 cas ob;ervés à la Morgue, 5 seulement appartenaient au sexe féminin. On enconclutque l'organisation de l'homme, et notamment l'ampliation de sa poitrine, ses habitudes d'intempérance, les exercices violents auxquels il se livre, les variations de température qu'il supporte habituellement, l'exposent plus q>'e la femme aux morts subites. Nos observations donnent, pour le sexe féminin, une proportion plus forte , 29 femmes et 59 hommes sur 88. Si nous comparons les sexes quant aux genres de mort, nous trouvons, pour les affections cérébrales, 9 hommes et 6 femmes : pour les maladies du cœur, 7 hommes et 8 femmes ; pour les morts subites dont les poumons sont le point de départ, la proportion des hommes l'emporte de beaucoup cl s'élève à 45 contre 15.