‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.61Chapitre 90 sur 114 · SOS · texte numérisé non relu

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1 De 1861 à 1867, la population moyenne de Paris était de 1 750 000 habitant*, don* 707 000 hommes et 687 000 femmes au-dessus de seize ans et 556 000 enfants au-dessous

de cet âge.

Ce petit tableau donne donc pour chaque sexe au-dessus de 16 ans et pour les enfants au-dessous de cet âge, la probabilité d'être tués ou blessés dans l'année par les voitures ou autrement. Puisque l'on suppose un même nombre d'habitants dans chaque groupe, les différences si considérables qu'on y observe se rapportent seulement aux différences de danger que court chaque catégorie : s'il y a au moins sept fois plus d'hommes tués par les voitures que de femmes, cela dépend sans doute de ce que les hommes s'exposent beaucoup plus que les femmes ; qu'ils sont plus pressés, moins prudents et plus souvent dehors, etc. Nous avons dit que les 22 centièmes des décès par accidents ont échappé aux registres de la préfecture de police ; il est certain qu'un bien plus grand nombre de blessures lui sont demeurées inconnues, les unes par la négligence des commissaires de police, les autres parce que les blessés, surtout les moins gravement atteints, ne se sont pas souciés d'occuper la police. En effet, la préfecture a relevé, année moyenne, 627 tués et 230 blessés, ce qui donne le rapport de 3,67 blessés pour 1 tué ; or, ce rapport ne paraît pas assez considérable, car pour les mines et pour les houillères, où ces rapports sont plus exactement connus, ils sont de 5,3 (houillères) et 6,5 (mines) blessés pour! tué, et pour la ville de Bruxelles, sans doute à ce point de vue fort comparable à Paris, ce rapport est de 1 tué pour 10 à 1 1 blessés. Il est donc tout à lait présumable qu'à Paris plus du cinquième des morts par accidents et plus de la moitié des blessures échappent à la connaissance de la préfecture.

4. Age des morts par accidents. La distribution des accidents selon les âges est féconde en enseignements ; malheureusement c'est une donnée qui est rarement fournie par les documents. Seuls ceux de l'Angleterre et les excellents et très-exacts relevés de Marc d'Espine, dans le canton de Genève (1838-55), nous instruisent sur ce point.

Nous avons vu (Ier lableau) qu'il y à a Genève 5GO morts accidentelles par an et par million d'habitants des deux sexes, mais 855, si l'on ne considère que les hommes, et 285 pour les femmes. Cependant la probabilité de mourir par acci- ' dent varie extrêmement avec l'âge, et la loi de variation nous a paru très-féconde en conclusions prophylactiques. En effet, si l'on suppose un million d'individus vivants à chacun des groupes d'âge qui suivent, ce million d'individus soumis aux chances des morts accidentelles qui menacent chaque âge, donnera année moyenne: ïSO morts accidentelles dans la première année ; 863 dans les deux années suivantes ; 49© de 3 à 10 ans ; et seulement 26© de 10 à 20 ans : mais à partir de cet âge, la chance augmente d'âge en âge, et par exemple de décade en décade d'âge, selon la succession suivante: 4ii (de 20 à 30 ans), puis 48©; 566; ïisî 1040; ii93 ; 52©©, et enfin 13 40© au delà de la quatre-vingt-dixième année. Ainsi on voit combien, à Genève, croît rapidement avec l'âge la probabilité de mourir par accidents. En Angleterre, les chiffres qui reposent sur de bien plus grands nombres ne sont pas les mêmes, mais leur signification générale n'est pas changée ; ainsi, pour les hommes et toujours sur un million de vivants à chaque groupe d'âge , on trouve pour les hommes : 13©© morts accidentelles dans les 5 premières années de la vie ; 62© de 5 à 10 ans ; ?20 de 1 0 à 15 ans ; 86© de 15 à 25 ans ; 96© de 25 à 35 ans, et, dans chaque décade d'âge suivante: i©6© ; 124© ; 145© ; 156© ; 227© ; 2900 ; enfin 58©© au delà de 95 ans ; pour les femmes, la même succession donne les chiffres suivants : i©8© de 0 à 5 ans ; puis 36© ; 16© ; lOO de 15 à 25 ans ; encore 100 de 25 à 35 ans ; puis dans les décades suivantes : 140 ; 22© ; 280 ; ©O© ; iï4© ; 340© ; 636© ; ainsi, après

85 ans, les vieilles femmes paraissent plus menacées que les vieux mâles par la mort accidentelle ; mais elles le sont beaucoup moins à tous les autres âges. Pour les deux sexes, la même succession aux mêmes périodes d'âge donne les nombres suivants: 12©©; 480; 4GO ; 480; 500; 550 ; Ï2© ; 82©; 1060 ; 198©; 312© ; 6©20. Ainsi ce sont partout les vieillards, puis les enfants, en un mot, les âges extrêmes de la vie qui sont les plus exposés aux accidents. Cette distribution est d'autant plus inattendue et remarquable que les âges relativemeut épargnés sont ceux où les obligations professionnelles exposent le plus aux accidents, tandis que ceux qui y exposent le moins sont les plus frappés ! Ainsi la sollicitude de la famille, l'amour maternel lui-même ne sauraient remplacer la vigilance individuelle, somnolente ou impuissante cbez le vieillard, non encore éveillée diez l'enfant ; c'est un fait que nous ne négligerons pas dans nos conclusions.

5. Causes et nature des accidents. Le tableau suivant donne la distribution des accidents en France, relevée par l'enquête judiciaire dans la période 1851-60.

La cause des accidents varie naturellement avec chaque pays. Ainsi, tandis que par 1000 morts accidentelles, il y a en France 438 noyés, il y en a 537 en Suède, 603 en Danemark et 745 en Norvège ; mais en Angleterre seulement 154 (dont 150 hommes). Dans ce dernier pays, le gros coefficient de la fréquence relative est pour les décès à la suite de contusions et fractures (400 dont 300 hommes) ; ensuite les brûlures (190 dont 102 femmes): puis les asphyxiés (174 dont 97 hommes). On reconnaît ici les faits et gestes de la grande industrie et de l'exploitation minière si particulièrement redoutable. Nous réservons pour un autre travail l'étude des accidents selon les professions, dont nous sommes en train de réunir les documents ; mais, à titre d'exemple, arrêtons-nous un instant sur Tindustrie minière, sur laquelle quelques documents précis sont entre nos mains. En France, on a relevé, de 1860-64, une moyenne annuelle de 69 254 ouvriers employés aux mines de houilles, lignites et anthracites. Il y a eu, année moyenne, 1124 accidents avec 198 ouvriers tués * et 1051 blessés2; ce qui donne à chaque ouvrier 0,00286 danger annuel de mort accidentelle et ©,©151 ? chance d'être blessé ; et ensemble ©,©18©3 guignon d'être tué ou blessé. On remarquera combien cette chance est considérable, puisqu'il en résulte que, sur deux ouvriers travaillant pendant trente ans dans les houillères, on peut gager avec chance de gain que l'un d'eux sera tué ou blessé pendant sa carrière; ou bien, sur 1000 ouvriers travaillant pendant trente ans dans les houillères, 541 seront certainement tués ou blessés (86 tués et 455 blessés). Les autres exploitations minières sont notablement moins dangereuses. Cependant les mines de cuivre, qui occupent 686 ouvriers, ont donné 2 tués par 1000 ouvriers, mais 42 blessés (et la houille seulement 15) ; les mines de sel gemme 2,3 à 2,4 tués et environ 1© blessés; enfin l'ensemble des mines (les houillères exceptées) qui occupent 10,950 ouvriers ont par 1000 donné i,* tués et il blessés.

Enfin, en ajoutant à ces exploitations, celle des carrières 3, on trouve un total

1 Ce chiffre comprend, et ceux qui sont tués sur le coup, et ceux qui succombent aux suites immédiates de la blessure; les blessés sont ceux dont l'incapacité de travail dépasse un septénaire.

- Le nombre des tués pour les houillères et mines réunies est de 2,7 en France, et 2,8 en Beigique, par 1 000 ouvriers; mais le nombre des blessés qui est, en France, de 15, no serait que de 1 à 2 en Belgique : différence qui tient sans doute à une détermination difiérente du blessé.

z Les renseignements sur les carrières sont certainement fort incomplets et beaucoup d'accidents sont cachés aux ingénieurs.

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