‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.61Chapitre 98 sur 114 · POUR 1000 HABIT · texte numérisé non relu

POUR 1000 HABIT

De 0 à 5 ans..

Ainsi, au lieu de 102 enfants de 0 à 5 ans que possède la France par 1 000 nabi- tants, Paris en a à peine 63 ; au lieu de 108 vieillards au-dessus de 60 ans qu'on trouve en France, la capitale en compte moins de 75. Si la mortalité sévissait également sur les divers groupes d'âges à Paris et en province, la mortalité générale de la population parisienne, dans laquelle les groupes qui fournissent les ai os coefficient-: 'mortuaires sont moindres, devrait être moindre aussi; si. cette mortalité générale était égale pour Paris et pour la province, c'est que la mortalité de chaque âge serait plus forte à Paris; et comme, en fait, cette mortalité est environ de 23 par 1 000 habitants en France, et qu'elle oscille entre 35 et 26 à Paris, tandis que, si elle était égale à chaque groupe d'âge dans les deux milieux, elle ne devrait s'y élever qu'à 20,2, il en résulte un excédant annuel de 5 à 6 décès par 1 000 vivants, ce qui, pour une population de I 825 000, constitue un tribut mortuaire annuel de plus de 10 000 personnes en excédant de celui que paye la province, et cela sans compter la formidable héca--

tombe fournie chaque année par les 20 à 25 000 enfants parisiens confiés aux nourrices mercenaires de campagne.

Quoi qu'il en soit, j'ai montré par cet exemple remarquable la critique et la discussion auxquelles doit être soumise la mortalité générale suivant la composition de la population dont elle émane. Sans critique , cette mortalité ne permet aucune conclusion fondée. On comprend, sans que j'aie besoin d'insister davantage, que les pays à émigration, comme la Prusse et l'Angleterre, qui perdent un grand nombre d'adultes et ont par suite beaucoup moins de vieillards que ceux à immigration (comme notre Algérie), ont une population dont les groupes d'âges respectifs sont très-différents, et que, par suite, les nombres indicateurs de la mortalité générale y ont des significations différentes et doivent être discutés.

III. 18. Mortalité par âges; discussion de sa signification et de ses mouvements. L'âge étant l'influence maîtresse et inéluctable de l'intensité de la mortalité, c'est un élément qu'il faut tâcher d'isoler dès l'abord, afin de rendre accessible la recherche des autres causes accélératrices ou retardatrices de la mortalité sur lesquelles nous pouvons espérer avoir influence et qu'il nous importe d'autant plus de connaître. C'est donc la mortalité âge par âge qu'il faut d'abord s'efforcer de bien déterminer.

Pour cela deux documents sont nécessaires :

1° Les relevés des décès par année d'âges exécutés sur les registres d'état civil que doit tenir tout pays civilisé ;

2° La connaissance du nombre des vivants par âges.

Nous renvoyons à l'article Population pour tout ce que nous avons à dire sur les dénombrements par âges. Nous indiquerons seulement les conclusions qui se rapportent à notre sujet.

19. Etablissement des listes des vivants par âge. Dans l'état actuel, si peu avancé de nos mœurs publiques, il n'y a pas à compter sur le zèle de la majorité des citoyens pour déclarer leur âge avec quelque précision. Souvent en l'absence des personnes recensées, l'âge est donné au jugé par les voisins ; de là des erreurs notables, mais plus nombreuses qu'importantes : un jeune homme n'est pas recensé pour un vieillard, ni réciproquement ; mais un bomme de 56 pourra être inscrit comme ayant 40 ans ; plus souvent encore, une femme de 45 ans comme ayant 40 ou même 59 ans ; il résulte de ces erreurs une tendance à grossir les nombres ronds, et aussi, notamment pour les femmes , les âges qui les précèdent immédiatement, ces nombres ronds étant ceux que l'on avoue difficilement avoir franchis après 28 ou 58 ans. On peut en voir la trace manifeste en Suède dans le VIe tableau numérique, p. 774, en parcourant les colonnes [5], [5], [9], [11], des rapports de la mortalité de chaque âge avec V âge précédent; on constatera que l'accroissement de la mortalité d'un âge au suivant, qui se manifeste après la 15e année d'âge, au lieu d'être régulièrement progressif, se fait par secousse aux âges 20 à 25, 50 à 55, 40 à 45, etc. ; tandis que les âges intermédiaires 25 à 50, 55 à 40, etc., se reconnaissent partout par leur accroissement beaucoup moindre, ce qui prouve : ou que les décès sont plutôt portés dans les groupes d'âge rond, 20 à 25, 50 à 55, etc. ; ou les vivants dans les groupes intermédiaires 25 à 50, 55 à 40, etc. ; et, très-probablement, les deux influences réunies concourent aux fluxions marquées sur ces tables, et se retrouvent sur toutes les autres dont les données sont sincères, non retouchées, et relevées avec fidélité. Cette perturbation se manifestant dans tous les pays, pour les vivants comme pour les morts, il serait à désirer que les nations qui ne veulent pas

[publier leurs listes des vivants ou des morts par année d'âge, les fournissent au imoins, non comme il est d'usage de 15 à 20 (la 20e année non entamée), de 20 à 25, de 25 à 30, de 30 à 55, de 55 à 40, etc., ce qui a pour résultat ordinaire de grossir les groupes renfermant les nombres ronds (30 à 35, etc.) pourf ■les décès, et, le plus souvent, les groupes qui les précèdent (25 à 30) pour les| vivants, mais les publiassent par groupes quinquennaux de 13 à 18, de 18 à 23, f de 23 à 28, de 28 à 33, etc. l Cette simple précaution de notre administration ferait disparaître les fluxions dues aux influences des nombres ronds. Dans le même but, les Anglais publient leurs relevés par périodes décennales 15 à 25; 25 à 35 ; 35 à 45, etc., mais ces intervalles de dix ans sont trop grands, et d'ailleurs ils sont encore des nombres ronds, mais non 23, 28, 33, etc.

Quand les nations font connaître leurs relevés par années d'âges, ce qui est encore bien préférable pour les travaux ultérieurs, les démographes, qui emploient ces listes brutes, leur feront subir avec beaucoup d'avantage les groupements indiqués et, avec les sommes de ces périodes quinquennales, rétabliront facilement la régulière et naturelle succession des nombres (Voy. Population). Cependant, comme le même vice atteint les successions des vivants et des décès, nous avons trouvé (après expérience) que le travail de remaniement des chiffres officiels, toujours un peu délicat et encore plus laborieux, ne donnait pas des modifications assez notables pour être poursuivi dans tous les cas.

Tableaux numériques (p. 746). Le IIIe, plus complet, se compose de trois éléments : 1° la liste de fait des vivants, moyenne de deux dénombrements (Suède, Angleterre) ou de trois (France); 2° la liste des décès par âges ou

1 C'est ce que nous avons indiqué à l'article Age, mais avec une légère modification. A partir de la 15° ligne de l'article, on lira : « C'est en groupant les relevés par périodes d'âges de 18 à 23 ans (et non de 17 à 22), de 23 à 28 (et non de 22 à 27, etc.), de 28 à 33, etc. ... 9 Et plus bas on lira : Soit donné Pi8..ss, P23. 28 ; le nombre des vivants de 18 à 23, de 25 à .28, etc., on aura... » en conséquence la formule suivante sera rectifiée comme il suit:

« 3Pl8..B+2ft,..18 = p2o u et JPi»-«8 + 2ft8..S, = ft5 g0( ^ a.ns. ^ su.te> En effetj

quand on déclare 40 ans, il est dans l'usage de placer le déclarant dans le groupe Pio..*t ; pour que P40..U soit au milieu du groupe quinquennal, il faut donc prendre P3S..43 (43e année non entamée) et ensuite Pk.m, etc., et d'autant plus que la tendance du déclarant est de se rajeunir. Ajoutons que, au lieu des groupes quinquennaux, si on veut considérer la population à chaque année d'âge, on y arrivera plus facilement par solution graphique au moyeu d'une courbe construite sur une abscisse dont les divivions représenteront les âges année par année, et les ordonnées (perpendiculaires élevées à chaque âge sur cette abscisse) représenteront, par leur hauteur, le nombre des vivants à chaque âge. Or, en supposant que chaque petit groupe quinquennal se rapproche beaucoup de la somme d'une progression arithmétique, on aura ^^ = Pm..ïi; -^p = Pas.»., etc.; on connaîtra donc P20..21; P25..21;

P00 .31 • etc., et en prenant sur les ordonnées correspondantes à chacun de ces âges des longueurs proportionnelles à ces nombres, on aura de cinq en cinq une série de points par lesquels on pourra faire passer une courbe qui, coupant les ordonnées intermédiaires, déterminera, par la hauteur de leurs intersections sur l'abscisse, les nombres des vivants qu'il convient de prendre pour les termes intermédiaires P21..22; P22..23; P23..2&; etc. Ces considérations et méthodes s'appliquent à peu près aussi bien au rétablissement de la succession -' naturelle des décès altérée par des raisons de même ordre; cependant si certains âges . (comme paraît l'être celui de 22 à 24 ans) sont le siège d'une aggravation spéciale de la mortalité , toute méthode d'interpolation qui suppose une régulière succession tendra à effacer ces importants détails.

„ n + t, c'est le groupe d'âge : par exemple 20 à 25, 25 à 30 , etc., alors t = s, ou par

année d'âge 20 à 21, 21 à 22, etc., alors t = i; ainsi t est le temps que les individus restent

dans le groupe étudié, quoique l'on calcule d'ordinaire la mortalité non pendant le temps t,

mais pendant l'unité de temps, l'année ou le jour, unité qui ne saurait être plus long

.que t (voy. p. 785).

Page 1