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WURTEMBERG

dans la force respective des divers groupes d'âges, et par suite combien est fallacieuse au point de vue sanitaire la comparaison de la mortalité générale, inégalement influencée par des groupes aussi divers : d'adultes à faible mortalité; de vieillards et surtout d'enfants (plus influents par leur grand nombre) à forte mortalité.

C'est ainsi que, dans ce Ier tableau, si on rangeait les pays d'après l'ordre croissant de leur mortalité actuelle, la Prusse n'occuperait que le dixième rang, par suite de sa foisonnante natalité, et qu'elle aurait un rang inférieur encore si elle avait plus de vieillards. L'Angleterre occuperait relativement un bon rang, parce que, malgré son abondante natalité, d'une part, elle a peu de vieillards (ce qui résulte, comme en Prusse, de l'émigration), de l'autre, elle omet beaucoup de décès enfantins dans les premiers jours de la vie (voy. article Grande- Bretagne, § 40). Ce sont donc des influences complexes, dont beaucoup sont sans rapport avec les conditions sanitaires ; qui font la mortalité générale ce qu'elle est, et, par suite, une très-médiocre mesure des influences sanitaires qui agissent sur une collectivité.

15. Interprétation de la mortalité générale. Nous ne disons pas qu'il faille absolument rejeter ce rapport, le seul que l'on ait souvent, par exemple, pour l'Algérie ; mais il faut alors être très-réservé dans les conclusions qu'on en tire, et s'efforcer, soit par la considération de la natalité, soit par celle des conscrits, des électeurs inscrits, etc., etc., enfin par toutes les données directes ou indirectes, de déterminer quelle est, dans la mortalité observée, l'influence de la distribution des âges et celle du milieu sanitaire (voij. Algérie et Acclimatement).

C'est pourquoi, dans notre Ier tableau, à côté de la mortalité générale, nous plaçons la natalité pour les mêmes périodes, et même la matrimonialité dont elle est une fonction; la vue simultanée de ces trois rapports plus ou moins liés est toujours instructive. On remarquera souvent (mais non pas toujours), que, lorsque la natalité augmente la mortalité augmente aussi ; mais ce parallélisme n'est nullement absolu, comme plusieurs l'ont cru, et nous-mêmes après eux : l'Angleterre, le Palatinat, la Suède (1791) nous montrent souvent le contraire. Il n'y a donc pas lieu de célébrer (à l'instar de quelques mystiques) la Providence qui proportionnerait les naissances aux décès. La mort et la vie sont soumises à d'autres raisons que ces raisons de finalité.

16. Indications à tirer des mouvements plus ou moins parallèles des naissances et des décès. Si le plus souvent les naissances semblent croître en même temps que les décès, c'est que, par suite de la forte mortalité des nouveau-nés, les gros chiffres de naissances appellent de gros chiffres de décès ; si les mouvements de natalité et mortalité ne sont pas toujours parallèles, c'est que les causes, le plus souvent favorables, qui augmentent la natalité diminuent aussi la mortalité, et quelquefois dans des proportions assez grandes pour neutraliser plus ou moins l'accroissement des décès enfantins. C'est, par exemple, ce qui est manifeste en Angleterre, de 1838 à 1870, espace de temps pendant lequel la natalité n'a pas cessé d'augmenter et de passer, par une crue successive, de 31 ,33 à 36 par 1000 habitants, tandis que la mortalité est restée à très-peu près stationnaire, avec une moyenne de 82,4 décès par I0u0 habitants. Il résulte nécessairement de ce double mouvement que la mortalité de chaque groupe d'âges a dû diminuer très-sensiblement, puisque Vaccroissement continu des naissances, qui entraîne nécessairement à sa suite un accroissement des décès, a été impuissant à faire monter la mortalité. Ainsi nous sommes amenés, par la comparaison de la natalité et de la mortalité anglaise, à

conclure sûrement que la mortalité de chaque groupe (ou du plus grand nombre des groupes) d'âges s'est atténuée, bien que la mortalité générale n'accuse pas cette atténuation. J'attire l'attention du lecteur sur cette interprétation ou plutôt sur cette discussion qui souvent dévia modifier très-notablement les conclusions que l'on pourrait tirer à première vue des chiffres de la mortalité générale.

Évidemment la conséquence serait inverse si la natalité avait diminué et que la mortalité générale fût restée la même; c'est ce qui s'est présenté en Suède de 1751 à 1810, et aussi, je crois, en Islande. Mais il arrive le plus souvent, comme on le voit pour la Suède et pour la France depuis le commencement du siècle, que la mortalité et la natalité diminuent concurremment. Alors, si on ne possède pas d'autres données plus analytiques, il est sans doute fort difficile de présumer si la diminution de la mortalité générale est seulement la conséquence obligée de la diminution de la natalité, ou si son apparente atténuation est encore insuffisante et cache une faible aggravation de la mortalité des groupes d'âges étudiés isolément, ou si, au contraire, la mortalité générale a décru dans une proportion plus grande que ne le commandait la diminution de la population enfantine, car ies trois cas se peuvent présenter. Il y a là un problème, une discussion utile et délicate que je signale aux démographes. Je n'en donnerai qu'un exemple succinct.

Considérons et comparons ces doubles mouvements en France et en Suède depuis le commencement du siècle : en France la mortalité des hommes s'est abaissée de «9,8 à 83,5, soit comme 100 à 79 ; celle des femmes, de 26,9 à ■««,6, ou comme 100 est à 84; en moyenne, l'atténuation a été de 100 à 81,4. délie de la natalité (32,5 à 26,4) a été également comme 100 est à 81 ,3, c'està-dire presque identique. Cela ne veut pas dire que les deux mouvements se sont neutralisés, et que la diminution de la mortalité est fictive et résulte seulement de la diminution des naissances; nous verrons le contraire à l'article France.

Cependant la Suède, suivant que l'on considère le siècle passé ou le siècle actuel, présente deux mouvements fort différents : dans le siècle passé, de 1751 à 1810, il y a statu quo de la mortalité (environ **,5) et décaissement de la natalité (de 36 à 31 ou de 100 à 86) : on en peut conclure à coup sûr qu'il y a eu aggravation de la mortalité d'un ou plusieurs groupes d'âges, sans quoi cette diminution de la population enfantine eût nécessairement entraîné une diminution dans la mortalité générale ; mais à partir du commencement de ce siècle nous voyons la mortalité décroître fort régulièrement (sauf on 1851-60, ce qui résulte au moins en partie de l'accroissement de la natalité dans la même période), et parallèlement le même mouvement se manifester dans la natalité seulement ; mais tandis qu'en France ces deux régressions sont égales, et toutes deux dans le rapport de 100 : 81,3; en Suède la mortalité s'est abaissée (depuis 1800) dans le rapport plus marqué de 100 : 74,7, et la natalité seulement dans celui de 100 : 88,5. De la comparaison de ces rapports, il ne peut rester de doute sur le caractère plus favorable des mouvements de la Suède comparés à ceux de la France depuis 1800- Si, comme nous le montrerons par le détail à l'article France, la mortalité de chacun de nos grands groupes d'âges paraît •pourtant avoir notablement diminué depuis le commencement du siècle, il faut que ceux de la Suède l'aient fait dans une proportion bien plus marquée; et c'est encore ce que nous constaterons à l'article Suède. Notre but, ici, est moins de découvrir et de fournir les faits de la mortalité, que de donner les. méthodes •qui, malgré les imperfections des documents actuels, permettent soit de la déter-

MORTALITE.

miner avec le plus de précision possible, soit au moins (à défaut de documentssulh-ants), de la présumer, et surtout de préserver des erreurs si fréquentesauxquelles donne lieu, à ce sujet, l'interprétation fautive des chiffres.

17. Influences des migrations sur la mortalité générale. Après avoir examiné et discuté les modifications nécessaires que l'accroissement de la population enfantine amène dans la mortalité générale, sans qu'il en résulte certainement un accroissement correspondant dans la mortalité de chaque groupe d'âges pris isolément, il faudrait discuter les influences de même ordre qui se produisent par suite des migrations des adultes : car ces migrations, modifiant l'effectif numérique des âges dont la mortalité est la moindre, modifient par cela même la mortalité générale. Nous en donnerons seulement l'exemple suivant : La population parisienne, par l'appel incessant du travail et du plaisir, s'enrichit d'une immigration incessante des âges adultes qui sont aussi les âges de faible mortalité, tandis que l'enfance et la vieillesse, qui sont les âges de forte mortalité, sont séduits plutôt par la campagne ou par la tranquille vie provinciale, et quittent volontiers la capitale. De ce double mouvement résultent, dans la composition de la population parisienne, les différences mises en lumière par le tableau ci-contre.

DISTRIBUTION DES VIVANTS ET DES DÉCÈS DE CHAQUE AGE POUR 1 000 HABITANTS DE CHAQUE COLLECTIVITÉ. — PÉRIODE 1861-1868.

FRAiNCE.

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