Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.62
MORTEFOXTAIXE (Eau MINÉRALE hji) ,athennale, sulfatée calciqiie moyenne., sulfureuse et carbonique faible, dans le département de l'Oise, dans l'arrondissement et à dix kilomètres de Senlis, dans le canton de la Chapelle-en-Serval, est un village peuplé de 587 habitants, près duquel émerge une source, dite source sulfureuse de Morte fontaine. Son eau claire et limpide a une odeur hépatique trèsprononcée, et une saveur amère assez désagréable. Des bulles gazeuses, les unes grosses, les autres assez fines, la traversent et viennent s'épanouir à sa surface; sa température est de 15'^, 5 centigrade.
M.M. Chevalier et Henry (Ossiau), (pii ont l'ait une analyse qualitative de l'eau de la source sulfureuse de .Alortefontaine, ont trouvé qu'elle renferme à peu près les mêmes éléments que l'eau d'Enghien et de Pierrefonds, et en quantité à peu près analogue. Ainsi, ces deux chimistes y ont rencontré du sulfate de cliaux, du sulfure de calcium, des bicarbonates terreux, quelques chlorures, de la matière organique, et comme gaz, des acides sullhydrique et carbonique. Le sulfhydromètre de Dupasquier indique qu'elle a de 9°, 5 à 10°.
Emploi thérapeutique. L'eau de la source sulfureuse de Mortefontaine est exclusivement employée en boisson par les gens de la contrée, à la dose de deux à trois verres, pris le matin à jeun. Elle a une réputation d'efficacité, qu'elle mérite d'ailleurs, dans les affections catarrhales des voies aériennes, digestives et urinaires, qui coïncident avec des manifestations cutanées ou qui en sont la conséquence. Les maladies de la peau contre lesquelles elle a le plus d'action sont celles qui occasionnent une sécrétion, comme l'eczéma, l'jmpétigo, etc. La (réquentation un peu suivie de la fontaine sulfureuse de Morteiontaine, ne remonte [as à une époque éloignée ; ses elfets thérapeutiques à l'intérieur engageront peut-être à la création d'un établissement dans lequel ces eaux, en bains et eu douches, pourront rendre d'utiles services. A. R.
mORTBER. Eu pharmacie, ou se sert souvent du mortier pour pulvériser, ou contondre, ou mélanger intiniemeut les substances médicamenteuses. Le mor-
DICT. ENC. 2° S. A. 1
tier de fer, avec pilon du même métal, est le plus employé ; il convieut pour les substances dures qui ne sont pas susceptibles d'être altérées ou colorées par le ler. Si les substances sont mieux résistantes, surtout si elles sont salines, on prend un mortier de marbre ou de porcelaine, avec pilon de même nature ou de bois. Si elles ont une réaction acide, c'est au mortier de porcelaine ou de verre qu'où a recours. Entiu, on se sert babituellement d'un petit mortier d'agate pour pulvériser les substances qu'on veut soumettre à l'analyse cbimique {Voy. Pulveri-
SATIOiX). D.
MORTiFiCATioiv. Voy. Gangrène.
mORTiLLA. Feuillée, dans ses Plantes médicinales , donne ce nom à une plante du Brésil dont les baies fournissent un suc rouge qui sert à taire une boisson rafraîchissante. C'est peut-être une espèce de Vaccinium.
Feuillée. Plantas médicinales, III, 45. — Mérat et De Lexs. Diclionnaire de matière médicale, lY, 479. Pl.
MORT-îXÉ. Ce mot composé peut s'entendre d'enfants nés après la mort, ou morts en même temps que nés. Le premier sens, qui est le plus correct, justifie l'usage qui a prévalu (malgré Bescherelle) de n'imposer la marque du pluriel ou du féminin qu'au participe né : les mort-nés, une mort-née ou plusieurs mort-nées.
Mort-né peut être pris ou comme adjectif : des garçons mort-nés, des filles mort-nées; ou comme nom : un mort-né, des mort-nés.
\ . Définition. La composition de ce mot donne une idée première de sa signification : c'est le produit de la conception expulsé sans vie du sein maternel. Cependant on est convenu de n'attribuer la dénomination de mort-né qu'à un produit viable, c'est-à-dire assez développé pour être apte à la vie indépendante. On est également d'accord pour n'attribuer cette qualité qu'à un fœtus âgé de plus de six mois. Avant cet âge, le produit expulsé prend le noxa à' avorton; après cet âge (époque oii la taille du fœtus est généralement au-dessus de 25 centimètres), il est dit mort-né, qu'il soit mort avant ou pendant l'accouchement. Mais il cesse d'être mort-né dès qu'il a vécu après l'accouchement, ne serait-ce qu'un instant, c'est-à-dire dès qu'il a respiré, car c'est cet acte fondamental qui constitue la prise de possession de la vie indépendante.
Ainsi, scientifiquement parlant, mort-né doit se dire exclusivement d'un enfant né sans vie, ou plutôt n'ayant pas respiré, mais dont le développement égale ou dépasse 25 centimètres de long, parce que cette longueur suppose une vie intra-utérine de plus de six mois.
2. V ariahle et mauvaise détermination des mort-nes en statistique. Cependant, il s'en faut de beaucoup que, dans les publications des statistiques officielles, et par suite sous la plume des statisticiens, la dénomination de mort-né conserve cette précision. En statistique, la définition du mort-né varie avec les pays, ou même, comme en Prusse, avec les provinces. Aujourd'hui, en Suède (au moins depuis 1860 et peut-être avant), en Norwége (depuis 1866), en Danemarck (depuis 1860), les mort-nés admis par la statistique officielle sont définis à peu près avec la môme rigueur que pour la médecine légale, et ne comprennent que les enfants âgés de plus de six mois et n'ayant pas respiré.
D. Mais dans la plupart des autres pays, et notamment en France, les documents officiels, et par suite les statisticiens, appellent improprement mort-nés, non-seulement les vrais mort-nés, ci-dessus définis, mais encore tous les nouveau-
TICS qui, venus vivants, sout morts avant leur inscription sur les registres, — soit sur ceuxde l'ûtat civil chez les pays qui en ont un (France, Belj^ique, Suisse, l'ioinnanie, piovinces rhénanes de Prusse, etc.), — soit snr ceux des diverses confessions, pour les pays où les registres sont restés entre les mains du clergé (les autres pays allemands, la Hongrie, l'Espagne, la Russie, etc). Pour la plupart de ces derniers pays, les mort-nés et les nés vivants, mais morts sans ha])tcmc (c'est tout un pour le prêtre), sout relevés indistinctement. Il est vrai que certains pays, comme. l'Italie, la Bavière, l'Espagne, ont recommandé aux prêtres (pli tiennent les registres de distinguer les vrais mort-nés des enfants nés vivants et morts avant le baptême ; mais nous avons plusieurs motifs de douter que celle distinction soit généralement faite ; elle contrarie d'ailleurs les hal)itudes et les idées du clergé, surtout du clergé calliolique, qui voit une distinction capitale et d'origine divine entre le baptisé et le non-haptisé, tandis que, entre ceux qui ont succombé sans baptême, le prêtre conçoit à peine une différence conventionnelle et d'origine profane.
Quoi qu'il en soit, il résulte de cette diversité dans l'entente des mort-nés une grande indétermination de ce groupe. Car il augmente ou il diminue suivant les lois et règlements dans les pays d'état civil, suivant les religions, les mœurs et coutumes, la soumission du clergé aux lois et aux prescriptions civiles, le développement intellectuel des prêtres dans les pays où les registres leur appartiennent encore.
4. Ainsi, en France, en Belgique, la loi accorde trois jours aux familles pour l'inscription des nouveau-nés, et cette inscription se fait généralement dans le cours du deuxième et du troisième jour ; tout nouveau-né qui succombe avant ce temps est inscrit sur le registre des mort- nés ; en outre tout fœtus présenté sans vie, serait-ce un avorton Agé de moins de six mois, est inscrit comme mort-né, sui tout dans les grandes villes où l'on ne sait que faire de son cadavre. Pourtant à Bruxelles où, grâce au docteur Janssens, tout ce qui concerne la statistique humaine est soigné au plus haut point, il n'en est pas ainsi ; on y inscrit à part les avortons. En d'autres pays, en Italie, en Angleterre (?), la loi accorde cinq jours (au lieu de trois) pour l'inscription. Mais, tandis qu'eu Italie les enfants morts avant ce temps sont inscrits à part comme morts avant rinscnj)tion, et en distinguant ceux qui sont déclarés être nés vivants de ceux nés morts, en Angleterie jusqu'cà ce jour (1875), on ne tient aucun registre, ni des mort-nés, ni des morts avant l'inscription, pour laquelle la loi accorde je ne sais combien de jours, et l'usage davantage {voy. la note de la p. 4). Enfin, dans les pays Allemands, la plus grande anarchie règne sur ce point de démographie : le clergé y détient presque partout les registres ; et, tandis que la loi a bien la prétention de ne pas confondre le vrai mort-né avec le mort avant le baptême, le clergé maintient presque partout la confusion. Ce qui la porte au comble, c'est que l'époque du baptême varie avec les usages locaux : ainsi, tandis qu'en Saxe cette cérémonie n'a guère lien que le huitième jour de la naissance (et chez les protestants russes que le quinzième jour), dans le Mecklembonrg elle a lieu très-peu de temps après la naissance; et dans le grand -duché de Bade, il arrive même que par zèle pieux on baptise (et conséqucmment on porte comme nés vivants) de vrais mort-nés, sortis morts du sein maternel ^ Cependant la Bavière,
' Déclaration de tiardcck, chef du Bureau de la statistique officielle du Graud-Duclié, au 1" Conférés international de statistique, tenu à La Haye en 1801». Voy. le Coinplc rendu, 2= pariie, p. 77, ia-i°. La Haye, 1870.
i MORT-NE.
dont les registres sont aussi entre les mains du clersc, se flatte de connaître ses vrais mort-nés. La Serbie émet, par l'organe de son délégué au congrès de La Haye, la prétention un peu singulière de n'avoir pas de mort -nés! ce qui veut dire bien certainement qu'on ne les enregistre pas.
5. Résultats de V indétermination des mort-nés. Ces quelques exemples suffisent pour montrer combien cet indispensable élément de démographie est encore imparfait. Cette lacune jette une perturbation notable dans l'étude des mouvements de population, dans la détermination de la morlalilc, surtout du premier âge, et jusque dans le calcnl des tables de survie. Par exemple, en France, avant 1836 (et mieux 1841), le plus grand nombre des mort-nés (ou environ la moitié d'après Demoiiferrand) était seul inscrit sur une liste spéciale; l'autre moitié étai portée sur la liste des décès et non sur celle des naissances, ce qui altérait indu ment le rapport So — D servant à déterminer l'accroissement annuel de la population et rendait non moins fautif le rapport D/P et surtout Do-i.m/N servant à déterminer : le premier, la mortalité générale, le second, celle de la première enfance, base et point de départ des tables de survie {voy. ce mot). Quanta l'Angleterre, qui néglige non-seulement l'inscription des vrais mort-nés, mais encore le nombre très-notable (plus grand chez elle qu'ailleurs, et surtout qu'en Fiante) des enfants morts avant l'inscription, elle décharge fautivement son compte de mortalité générale et surtout de mortalité enfantine.
6. On conçoit, dès lors, combien ce défaut de détermination uniforme des mort-nés frappe d'inexactitude la démogra[)bie comparée des nations, pourtant si instructive. En effet, d'une part, nous avons des nations, comme les pays Scandinaves, qui ne comptent que les vrais mort-nés, et dont tous les autres décédés (même les nouveau-nés n'ayant respiré que quelques minutes) vont grossir le nombre des enfants morts prématurément; dans d'autres pays, comme en France, en Belgique, le plus grand nombre de ceux qui succombent dans les deux premiei's jours sont portés aux mort-nés, et déchargent d'autant les mortuaires enfantines; à fortiori dans les pays où le temps donné pour l'inscription est moins resserré et souvent bien arbitraire; enfin, surtout en Angleterre, on peut dire que les enfants qui succombent dans les premières semaines et quelquefois au delà du premier mois, échappent à toute inscription * [voy. article Bre- TAGJiE (Grakde), p. 606).
7. Distinctions des vrais et des faux mort-nés en Belgique et en France. Cependant, au milieu de cette confusion, nous sommes heureux de trouver la
Belgique qui, régie par le même code et les mêmes usages que nous, a introduit, depuis 1841, une importante séparation dans l'inscription des enfants présentés sans vie à la mairie, selon qu'ils ont succombé avant ou pendant ou après l'accouchement. Cette excellente analyse, inspirée par l'amour de la science non moins que de l'humanité, est devenue d'autant plus précieuse pour nous que l'esprit rétrograde qui, depuis 1866, s'est abattu sur la statistique belge pour supprimer tout ce qui faisait sa su[)érionté scientifique, a fait disparaître cette utile distinction des vrais mort-nés-. C'est pourquoi nous donnerons les résultats
1 Voy. les Registres, en g-énéral, j'cssim et notamment le supplément du 25° Report, p. VI, où W. Farr avoue que, pour (aire économie des Irais d'enterrement, on retarde l'inscription des nouveau-nés dont la débilité fait craindre une fin prochaine.
- Entre autres signes de cette rétrogradation de la Statistique belge, si illustrée par Quetelet et la Commission centrale qu'il présidait, il l'aut signaler la cessation de l'excellente publication annuelle des Documents stalistiques, placée sous lu direction si progressive et si soignée de JI. X. lleuscliliny, et avec elle, l'enquête des Gariscs de décès, qui louniissait déjà des
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