‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.62Chapitre 34 sur 61 · MUGUET (pathologie · texte numérisé non relu

MUGUET (pathologie

ayant la plus grande analogie avec ceux qui existaient dans V œsophage. » Après cette citation Valleix donne une observation minutieuse, recueillie par lui et ■dans laquelle on lit à l'autopsie de l'intestin grêle. « Les deux dernières pla- <jues de Peyer sont couvertes d'une légère couche de matière blanchâtre, formée de grains placés les uns à côté des antres, très-rapproclics, non entraînés par un filet d'eau, mais s'enlevant avec assez de facilité. La substance qui forme ces couches est en tout semblable à celle qui tapisse la cavité buccale; les plaques au dessous sont violacées, mais n'ont subi aucune autre altération.

M. Seux rapport (p. 162) une observation intitulée : Mug^iet dans la bouche, ■le pharynx, l'œsophage et le duodénum.

Dans cette observation, on lit à l'autopsie: « La muqueuse du duodénum présente, d'abord, plusieurs plaques d'un rouge pointillé qui contrastent avec la teinte rosée de la membrane ; puis une foule de corps saillants d'un gris jaune, •de la grosseur de gros grains de semoule, en tout semblables aux grains de muguet qui existaient sur la langue; ils ne s'enlèvent pas par un frottement simple: on ne parvient à les détacher qu'en raclant pendant un certain temps. Sur plusieurs points, dans leurs interstices, on remarque une couche mince de muguet, ^grisâtre, mobile, semblable à celui qu'on trouve si souvent dans la Ijouche. » Cette altération, M. Seux la considère si bien comme du muguet qu'il n'a pas même la pensée de l'examiner au microscope, ce qui esttrès-fàcheux. Le même observateur a recueilli un cas de muguet, dans le gros intestin, auquel oa peut adresser le même reproche. Voici ce qu'on lit dans l'observation (p. 178) : « Dans le cœcum, contre la valvule iléo-cœcale, existe une plaque de 2 centimètres carrés formée par la réunion de petits grains saillants, jaunâtres, assez rapprochés.

« Tout le long du colon descendant et du rectum, on remarque aussi uncfoule de petits grains semblables, un peu irréguliers ; un filet d'eau qu'on fait tomber sur les uns comme sur les autres ne peut les enlever ; ils sont en tout semblables aux grains de muguet étalés qu'on rencontre dans l'œsophage ; en frottant fortement avec le manche du scalpel, on finit par les enlever, tout comme pour les autres grains de muguet isolés que j'ai si souvent observés ailleurs. » Il est incontestable que M. Seux connaît bien le muguet, et peut juger à l'œil nu de son existence ; mais, comme il s'agit de faits exceptionnels, le microscope seul pouvait trancher la question pour tout le monde. Les faits de muguet dans le gros intestin seraient en effet excessivement rares, puisque celui-ci, d'après le ■calcul de M. Seux, n'aurait existé que 5 fois sur 123 autopsies. M. Parrotquiest à l'affût des faits de cette nature n'a encore point rencontré de muguet dans l'intestin petit ou gros, non plus qu'à la marge de l'anus.

Anus. M. Robin dit avoir vu du muguet à la marge de l'anus dans le ser- TÎce de Trousseau. M. Bouchut dit simplement sur ce sujet que chez un enfant qui, présentait des productions du muguet dans le gros intestin, il en a constaté l'extension au pourtour de l'anus. Mais, comme ici les causes d'erreur sont aussi nombreuses que pour l'intestin, il sera bon d'attendre que le microscope ait démontré dans les concrétions qu'on aura regardées comme du muguet, la présence de l'oïdium.

Voies respiratoires. Lelut, après avoir constaté, comme je l'ai dit ailleurs, que jamais il n'avait vu de muguet dans les fosses nasales, ni les trompes d'Eus- ■tache , ajoute qu'il en a observé de ti'ès-petits points au pourtour de la glotte et aux ouvertures des ventricules latéraux. Ils étaient sous répilhélium

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et très-adiiérents à la membrane sous-jaceiUe. « Au delà, dans les voies respiratoires, ajoute Lelut, je n'ai jamais vu le mugiiel. » M. Parrot, de même que Lelut, n'a observé le muguet que dans la région de la glotte ; et comme c'est un point de l'hisloire du muguet qu'il fixe définitivement, nons lui emprunterons textuellement ce qui suit : « Dans onze cas où la présence du muguet glol tique a été notée, il affectait sept fois les deux cordes vocales inférieures, et quatre fois, celle du côté gauche seulement. 11 s'y présente sous la forme d'un ou de plusieurs petits amas, quelquefois arrondis, le plus souvent allongés suivant le grand axe de la glotte.

(( Dans un cas, chaque corde vocale portail plusieurs bourgeons, rapprochés les mis des autres, de manière à former une surface mamelonnée, dépassant à peine la glotte en haut, mais s'étendant vers le bas ; de telle sorte que, chaque plaque, tout en recouvrant la corde vocale correspondante, avait à sa partie moyenne une largeur de 0'",002 environ. Du reste, c'est l'amas le plus volumineux delà mucédinéeque nous ayons rencontré dans le larynx.

« Le champignon adhère moins à cette muqueuse qu'à celle de l'estomac. Mais il y est pour le moins aussi solidement fixé qu'à celle du pharynx et de la face antérieure de l'épiglotte. Il ne cède jamais à l'action même prolougéc d'un hlet d'eau. On parvient toujours à le détacher par le raclage sans déchirer les tissus sous-jacents. »

Pourquoi le parasite se fixe-t-il sur la glotte alors que la mobilité de cette seule partie aurait du faire prévoir que l'oïdium ne s'y implanterait pas. La seule laison que l'on puisse donner, c'est que sur cette partie existe un épithélium pavinienteux, tandis qu'ailleurs les cils vibratiles peuvent empêcher les spores de se fixera la muqueuse. Si le muguet couvi'c une certaine étendue de la muqueuse sous-glottique, c'est probablement qu'après s'être solidement posé sur la glotte, il a empiété sur la portion de muqueuse voisine malgré ses cils vibratiles. Tant que dans les voies aériennes ou ne trouve pas la mucédinée solidement adhérente, mais sous forme de points blancs plus ou moins libres, de petites conci^étionsflottantes, on doit penser que ces produits ont été entraînés, par la respiration, du pharynx dans les voies respiratoires, aux derniers temps de la vie. M. Gubler, auquel il devait répugner d'admettre que le muguet pût se fixer dans les voies respiratoires, dont le liquide est habituellement alcalin, a pourtant cité deux f'bservations qu'il regardccomme des exemples du fait. Voici la plus importante, eu abrégé. Une femme, atteinte d'érysipèle, rend, dans un effort de toux, une proauciion blanche en plaque, contournée et comme moulée sur un organe cylindrique, molle, légèrement élastique et analogue à une fausse membrane, laquelle n'était autre chose qu'une agglomération de filaments d'oïdium albicans. La forme et la dimension de cette production, l'existence antérieure d'nne aphonie complète, qui diminua, à partir du moment où cette sorte de pseudo-lausse-membrane lut rejetée, tout concourait, suivant 31. Gubler, à montrer que le muguet, dans ee cas, provenait réellement des voies respiratoires. » Si l'examen n'avait pas été fait par un observateur aussi expérimenté que M. Gubler, on croirait, à lire la description des qualités physiques de ce produit pathologique, qu'il s'est agi là d une vraie fausse-membrane recouverte d'oïdium qui s'y serait implanté. 11 faut attendre de nouveaux faits suivis d'autopsie.

Poumon. Une localisation à laquelle on ne se serait pas attendu est celle du muguet dans la substance du poumon, c'est-à-dire dans les vésicules pulmonaires mêmes. M. Parrot en rapporte pourtant un exemple des plus probants.

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Un enfant de 15 jours, ayant du muguet dans toute la partie sus-diaphragmatique du tube digestif, meurt, et voici ce que présentent les poumons. Un seul point dans le sommet droit est altéré. C'est une masse de la grosseur d'un petit noyau de cerise, de couleur jaunâtre, faisant une très-légère saillie sous la plèvre, et à peine plus dure que le parenchyme voisin qui a une teinte violacée. L'aspect d'une coupe n'est nullement celui de la pneumonie et du tubercule. L'examen microscopique de quelques fragments fait voir qu'ils sont constitués par des débris du parenchyme pulmonaire, mais surtout par un nombre considérable de tubes sporifères d'oïdium et de spores. Ces dernières sont trèsvolumineuses, et les lubes sont remarquables par l'inégalité de leur calibre, leur longueur et leur état rameux. La plèvre est absolument intacte au niveau de la partie affectée, qui tranche sur les tissus voisins, uniquement par la coloration jaune gris.

11 ne peut être douteux que le champignon n'ait eu pour siège le tissu du poumon ; et il est probable qu'une spore, venue de la bouche ou du pharynx, s'est fixée dans une vésicule pulmonaire oîi elle aura germé et produit la masse décrite qui ne pouvait être attribuée à des apports successifs à travers les voies bronchiques (Parrot, /. c, p. 578).

Sein. Le mamelon de la femme qui nourrit un enfant atteint de muguet, comme nous l'avons dit à propos de la contagion, a été trouvé affecté de muguet qui s'y était implanté, y avait végété. Dans des cas, peut-être plus nombreux, cette partie doit servir de support momentané à des spores et à des filaments détachés de la bouche du nourrisson.

Les conditions physiques du mamelon incessamment baigné par la salive dont l'épiderme est ramolli, et sur lequel le dépôt du lait doit facilement donner naissance à de l'acide lactique, expliquent comment cette région devient un terrain favorable à la végétation de l'oïdium, qui n'y a pas de caractères particuliers.

Étiologie. Il est un fait général incontestable, c'est que le muguet, soit chez l'enfant, soit chez l'adulte, ne se développe que sur des organismes affaiblis par les privations, une nutrition imparfaite, ou une maladie déterminée.

Fort rare chez les enfants élevés dans leur famille, le muguet est une affection. qui frappe surtout la population des hospices d'enfants trouvés. C'est dans ces établissements consacrés à la première enfance que Billard, Baron, Lelut, Valleix,. M. Seux, M. Parrot, et les auteurs étrangers, ont recueilli les nombreuses observations qui ont servi à leurs études sur le muguet. La proportion des cas de cette affection, par rapport au chiffre habituel de la population de ces établissements n'a pas toujours été déterminée. Billard l'estime à un quart, Valleix également. Nous verrons qu'elle est très-considérable; disons seulement que sur 547 enfants entrés dans le cours d'une année aux enfants trouvés de Marseille, iM. Seux ai compté 402 cas de muguet.

Pourquoi le muguet se montre-t-il aussi souvent dans les hospices ? On peut donner différentes explications en faisant intervenir : l'influence nosocomiale qui est très-débilitante et qui, malgré les soins de propreté, est inhérente à ces. salles communes où sont réunis les nourrissons ; 2" la contagion sur laquelle nous aurons à nous étendre ; mais, avant tout, il faut attribuer cette fréquence à l'alimentation défectueuse ou impropre. Si les enfants sont allaités par une bonne nourrice, et aussi longtemps qu'ils reçoivent d'elle le lait qui est leur aliment naturel, ils prospèrent. Leur bouche reste saine, malgré 1 influence du milieu, malgré la contagion à laquelle ils sont exposés. Que les mêmes enhuits soient

îiUGUET (rAîiioLor.iK). oll

retirés du sein pour être nourris au biberon, il n'est pas rare de voir la scène changer, et de noter cliez eux des dérangements intestinaux, un dépérissement qui en est la conséquence ; puis enfin, la rougeur avec acidité de la bouche et le inuauet. Si, concurremment avec le lait d'un animal , on donne au petit cafant des farineux, tels que la bouillie et les gelées de pain, les etïets que nous venons de signaler sont encore plus rapides et d'une production plus certaine, attendu que 1 estomac, incapable de digérer ces matières, les laisse passer telles qu'elles dans l'intestin, où, non-seulement elles ne sont point absorbées, mais où elles jouent le rôle d'uu corps étranger irritant qui détermine une entérite.

Si ou y regarde bien, on s'aperçoit que les enfants élevés isolément dans la famille et qui ont le muguet sont dans des conditions analogues à celles qui pèsent sur les enfants assistés de nos hospices. Si leur mère les nourrit et qu'elle ait du bon lait, en quantité suffisante, ou bien, s'ils sont allaités par une bonne nourrice et qu'ils ne soient atteints d'aucune maladie, on ne voit jamais roïdiiun se développer dans leur bouche. Dans les conditions contraires, c'est-à-dii'e s'ils sont élevés au biberon, dès leur naissance, qu'on se hàle de leur doiuier des boissons alimentaires farineuses, on peut, comme dans les hospices, von- survenir des troubles digestifs, de l'amaigrissement et le muguet. On a l'ait jouer nu rôle à l'insalubrité du logement, et je ne voudrais pas dire ([ue ce n'est pus une condition fâcheuse, mais il est certain qu'un enfant né sain et qui a une bonne nourrice prospère dans la loge d'un concierge, dans une chaumière ou dans une mansarde ; tandis que celui qui, dans un palais, est nourri au biberon, ou reçoit liop tôt(lcsalimenl> farineux, a de grandes chances, malgré rexcelleiicedes autres conditions, poiu' dépérir et avoir du muguet. Si on observe cette afiectiou beaucoup plus souvent chez les enlluits des classes pauvres que chez ceux des classes aisées, c'csl (pu; les conditions d'alimentation y sont aussi le plus souvent à l'iuvei'se de ce que je viens de supposer.

La maladie qui, chez l'adulte, est le plus fréquemment l'occasion du développement du muguet, c'est la phthisie arrivée à sa dernière j)ériode ; alors ipte rorganisnie, é[)uisé par la consomption, ne résiste plus et est un teriaiu tout prêta se laisser envahir par le parasite. L'état des muqueuses y est d'ailleurs lent ce (pi'il y a de plus propre à favoriser le développement de la nuicédiuée. Nous aurons l'occasion de ;lonner la liste des maladies où ou a le plus souvent rencontré l'oïdium comme épiphéuomène; mais nous pouvons dire d'avauci; que tdiilc's offrent ce trait commun, de mettre d'abord les sujets dans i'adynamic. la prostration, et un état d'épuisement extrême des forces organiques ; de plus, qu'elles présentent une altération de la muqueuse gastro-intestinale.

Age. Bien que ie muguet se montre à toutes les périodes de la vie. il n'en est pas moins vrai que c'est une affection spéciale aux petits enfants. Ainsi tous ceux observés par Valleix avaient moins de douze mois quand le muguet a commencé.

Trousseau et Delpech, sur 56 cas en ont noté 11 où les enlants avaient de 2 mois et demi à 22 mois; mais, en revanche, sur les 402 faits recueillis par M. Seux, 594 enfants avaient une huitaine de jours, 1, 10 jours, I. 12 ; 4 avaient 15 jours ; 1, 17 ; et le dernier était âgé d'un mois.

On est donc dans le vrai en disant que l'immense majorité des enfants attemts de muguet le sont dans les deux premières semaines de leur vie. A l'hôpital <iQ> Enfants-Malades, où on n'entre pas avant l'âge de 2 ans, nous ne voyons le muguet que dans les conditions où il se produit chez l'adulte.

578 MUGUET (pathologie).

Constitution. Tous les sujets atteiuts de muguet qu'a observés Valleix étaient bien constitués ainsi que le prouvent les détails dans lesquels il entre à ce sujet. Billard et Guersant avaient, au contraire, admis que la faiblesse native favorisait l'apparition de l'affection. 201 fois les enfants observés par M. Seux ont été notés comme robustes; 140 fois de force moyenne, et 61 faibles. Ces statistiques, qui ont trait à des enfants presque naissants, me paraissent ne prouver qu'une chose, c'est qu'à la naissance, il y a plus d'enfants forts qu'il n'y en a de faibles, et que les uns sont aussi aptes que les autres à contracter le muguet, s'ils se trouvent placés dans des conditions favorables.

Saiso7is. Il y a sur cette question trois opinions différentes, suivant la première, les saisons, et la température par conséquent, seraient sans influence sur le développement du muguet ; c'est ce que pensent Baron et Billard. Ce dernier a pourtant tracé le tableau suivant d'après lequel il aurait dû être amené à adopter une manière de voir opposée à celle qu'il exprime, lielevé fait par Billard à l'hospice des Enfants-Trouvés de Pans.

Trimestre de janvier . . . sur 290 enfants. . . o4 cas de muguet

— avril .... sur 225 — 35 —

— juillet . . . sur 213 — iOl —

— octobre. . . sur 180 — të —

Il résulte de cette statistique que, dans le trimestre de juillet à octobre, près de la moitié des enfants a été rlïectée de muguet, tandis que dans les autres trimestres, celui-ci n'a frappé que le sixième des enfants ; de sorte qu'en o mois d'été, il y a eu presque autant de cas de muguet que pendant les 9 autres mois de Tannée, c'est-à-dire 101 contre 417.

Les observations de Valleix recueillies pendant les trois mois d'été manquaient de point de comparaison. Aussi cet auteur, tout en croyant à l'influence de la chaleur sur le développement du muguet, en appelle-(-il à l'observation ultérieure pour résoudre ce point litigieux? M. Seux semble avoir répondu à la question. Les 402 cas observés par lui se sont répartis de la façon suivante au point de vue qui nous occupe. Relevé fait du l*^"" février 1852 au 1'^'' février 1855 à l'hospice de la Charité de Marseille.

Trimestre de février . . . sur 130 enfants. . . 96 cas de muguet.

— mai sur 132 — 97

— août .... sur 126 — 116 —

— novembre. . sur 13'J — 05 —

Non-seulement M. Seux s'autorise de ces tableaux pour affirmer la plus grande fréquence du muguet pendant les mois d'été, mais il en tire cette autre conclusion : que l'affection est plus fréquente dans le midi qu'au nord, puisqu'à l'hospice des Enfants-Trouvés de Paris, on ne voit que 25,50 pour 100 des enfants atteints de muguet, tandis qu'à Marseille la proportion est de 75,50.

11 ressort d'une autre statistique de M. Seux que c'est aussi pendant les mois d'été que la mortalité est le plus élevée. Ces conclusions paraissent être suffisamment justifiées et répondre à l'état réel des choses, quand toutes les autres conditions sont identiques.

État de la bouche, son acidité. Outre les causes générales que nous venons d'indiquer ilen est de plus prochaines, déplus immédiates, telles que l'altéraliou de la muqueuse buccale et l'acidité du liquide qui la lubréfie. Nous avons parlé en quelques mots de ces deux conditions à propos de la symptomatologie, et

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pourtant, h vrai dire, ce sont moins là des symptômes du muguet que des conditions qui iavorisent le développement, la germination de l'oïdium. Aussi croyonsnous devoir y revenir dans ce chapitre de l'étiologie, surtout eu ce qui concerne l'acidité. La majeure partie de ce qui va suivre est empruntée aux recherches de M. le professeur Gubler, recherches qu'il commença en 1849, et dont il tiia toutes les conséquences dans un beau mémoire lu à l'Académie de médecine en 1857.

Connaissant la nature cryptogamique du muguet, et, d'un autre côté, sur de l'exactitude de cette donnée générale, formulée par Dutrochet, que la plupart des végétaux cryptogamiques inférieurs se développent de préférence dans les liquides acides, M. Gubler entreprit ses investigations. En 1852, il avait déjà une somme de faits assez considérable pour pouvoir affirmer {Gaz. méd., 26 juin 1852). que les enfants affectés du muguet ont toujours une extrême acidité de la bouche, et que la réaction sur le papier de tournesol se montre avant qu'on aperçoive aucune trace de muguet ; mais qu'alors, il existe déjà une rougeur framboisée des muqueuses qui, avec l'acidité, permet de prévoir l'apparition du cryptogame.

Dans la séance du 4 août 1857, M. Gubler lisait, à l'Académie de médecine, un mémoire fort remarquable où il établissait définitivement sa manière de voir. 11 avait à cette époque un total de quatre-vingt-dix-neuf observations chez les enfants à la mamelle, et de neuf recueillies chez des adultes. Dans tous ces faits l'acidité de la bouche avait été constante; attendu que les quelques exceptions qui s'étaient montrées trouvaient leur explication dans les conditions suivantes : la bouche avait été neutre ou alcaline : I" parce qu'elle retenait un peu d'une boisson alimentaire alcaline: 2° parce que du sang ou du sérum y avaient été exhalés; 3" parce que les sécrétions pouvaient avoir repris leurs qualités normales avant que le muguet eiit été entraîné. D'après ces observations, l'existence de l'oïdium et l'acidité de la bouche ne sont pas deux phénomènes parallèles, dépendant d'une cause comnmne. Mais le premier paraît bien dépendre du second, au moins dans une certaine mesure, puisqu'il lui est consécutif dans la presque universalité des cas. Cette conclusion, qui n'est peut-être pas absolument rigoureuse au point de vue de la logique, paraît bien être vraie, puisque tous les faits ont jusqu'ici concouru à en démontrer l'exactitude.

L'acidité de la bouche n'est évidemment pas la seule condition du développements de l'oïdium, autrement on devrait voir celui-ci apparaître toutes les fois que la bouche serait trouvée acide, ce qui n'est pas le cas. Il faut d'autres circonstances qui se trouvent dans la santé générale, l'état de la muqueuse buccale, la milieu où se trouve l'enfant, etc. D'ailleurs, comme le fait observer M. Gubler, il est possible que, si on examinait au microscope la muqueuse acide dans tous les cas oïl il paraît n'y avoir aucune production cryptogamique, on découvrirait coinnie cela lui est arrivé, des spores, en voie de germination là où l'œil nu ne voit rien. 11 est certain que l'oïdium n'est pas la cause de l'acidité, puisque celle-ci existe, souvent pendant plusieurs jours, avant que l'on puisse, même avec le microscope, découvrir la moindre trace de muguet. Mais, d'un autre côté, il semblerait résulter d'expériences faites par M. Gubler, que le mycélium, une fois développé, peut entretenir l'acidité et en augmenter l'intensité.

Comment la salive devient-elle acide ? D'après une explication de Dumas et de Boudet, les liquides buccaux sont de deux espèces : les salives proprement dites, qui proviennent des glandes salivaires, parotides, sublinguales, sous-maxillaires. Ce liquide est toujours alcalin; d'autre part, les mucosités fournies par les autres

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glandes des diverses régions de la bouche, de la langue, de l'isthme du gosier; ces mucosités, généralement peu abondantes, sont souvent acides. Que la salive diminue par rapport aux mucosités, il peut en résulter, à un premier degré, l'état neutre des liquides de la bouche, à un degré plus élevé leur acidité.

Claude Bernard n'adopte pas cette théorie. 11 n'est pas démontré, suivant lui, qu'aucune glande de la bouche sécrète du liquide acide. L'acidité passagère ou plus ou moins durable du liquide buccal est due à la fermentation acide, lactique ou autre, que subissent les matières organiques déposées à la surface de la muqueuse (particules alimentaires), ce qui a lieu au contact de l'air : le matin à jeun, quand on a parlé longtemps, ou dans le cas de maladie.

M. Quinquaud [Nouvelles recherches sur le muguet. Arch. dephysiol., 1868, 1. 1, p. 270) a donné une autre explication du fait. D'après lui, l'acidité est le résultat d'une fermentation qui se produit aux dépens des principes a/otés salivaires préalablement altérés par la maladie. Qu'on adopte l'une ou l'autre de ces explications, l'important est que le fait existe.

M. Seux a fait, sur 87 enfanis de l'hôpital de la Charité et 13 du dehors, des recherches qui lui ont fait admettre que la salive des enfants au lait, en bonne santé, est habituellement acide, et, après avoir exposé en détail ses recherches, il arrive aux conclusions suivantes :

1" Que la bouche des nouveau-nés en bonne santé est acide;

!2" Que cette acidité est d'autant plus prononcée que les nouveau-nés sont avancés en âge ;

3*^ Que l'allaitement n'est pour rien dans cette acidité ; et il continue :

(c Le fait de l'acidité normale de la bouche du nouveau-né étant bien établi pour moi, je me ti'ouve amené à considérer cette disposition comme une cause prédisposante du muguet, car personne n'ignore aujourd'hui que l'élément végétal qui constitue cette production se développe de préférence au milieu des acides. Cette acidité uormale de la bouche chez le nouveau-né ne pourrait-elle alors expliquer la prédilection du muguet pour cet âge?

« Dès lors, il est probable que l'acidité de la bouche chez l'adulte atteint de muguet précède cette affection, en est peut-être une cause et non la conséquence. »

M. Guhler, qui ne croit pas que l'acidité permanente de la bouche puisse èlre la règle dans aucune condition de la vie, admet que M. Seux sera peut-être tombé, par hasard, sur une série de sujets dont la bouche devait accidentellement son acidité à la présence du lait aigri, ou que les enfants, dont 87 appartenaient à l'hôpital, étaient un peu malades, ce qui pourrait bien être le cas, puisque 75,50 p. 100 des enfants de cet établissement eurent le muguet.

Au travail de M. Seux, il oppose le tableau suivant dû à Natalis Guillot :

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