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58 MUSCULAIRE (pathologie;.
difficile de comprendre comment la fatigue pourrait donner naissance à des altérations diffuses, respectant dans le même muscle un grand nombre de fibres et s'étendant progressivement à des muscles souvent fort éloignés, alors que les malades sont soumis au repos le plus complet. Si l'on veut faire jouer à la fatigue le rôle de cause déterminante, il faut admettre que l'exercice immodéré des muscles produit dans la moelle une sorte d'irritation et voir dans cette action le point de départ de la myélite chronique diffuse, qui tient sous sa dépendance l'atrophie des muscles.
Après l'influence de la fatigue vient immédiatement celle du traumatisme. C'est à la suite de chutes plus ou moins graves et assez sérieuses pour faire admettre un ébranlement ou une commotion du système nerveux que la maladie se développerait ; mais parmi les faits de ce genre il y en a peu dans lesquels l'atrophie musculaire se soit montrée simple. Quelques auteurs ont encore accordé un rôle à l'influence du froid et de l'humidité. Mais il nous paraît bien difficile d'apprécier la valeur de ces deux causes, qu'on ne manque presque jamais de citer dans l'étiologie de la plupart des maladies.
Quant à l'onanisme et aux excès vénériens, ils peuvent, en congestionnant la moelle, être la cause occasionnelle ou déterminante de diverses formes de myélite et, par conséquent, avoir une influence directe ou non sur le développement de la lésion spéciale à l'atrophie musculaire progressive.
MM. Rodet (de Lyon) et Niepce ont fait connaître chacun un cas d'atrophie musculaire progressive liée à la syphilis. Les altérations syphilitiques des centres nerveux ne sont pas encore assez connues pour qu'on puisse dire s'il s'agissait de la forme primitive ou secondaire de la maladie, c'est-à-dire si la syphilis avait atteint directement ou indirectement la substance grise. Quoi qu'il en soit, ces faits ont une grande valeur pratique, puisque les malades ont parfaitement guéri sous l'influence d'un traitement antisyphilitique.
Le rhumatisme, les diverses diathèses, les intoxications, rangés par quelques auteurs parmi les causes de l'atrophie musculaire progressive, me paraissent être tout à fait sans rapport avec la forme protopathique. Ils ont, au contraire, une influence manifeste sur les affections de la moelle, des méninges ou du rachis, dans le cours desquelles l'atrophie musculaire progressive peut survenir à titre de complication.
Symptomatolcgie. Le premier symptôme de l'atrophie musculaire pro-^ressive consiste dans la faiblesse de certains muscles ou de certaines parties d'un muscle. L'attention des malades est tout d'abord attirée par une fatigue inaccoutumée. Cette fatigue, qui devient surtout sensible après quelques heures de travaux manuels, ne tarde pas à s'accompagner d'une gêne plus ou moins appréciable dans l'exercice de certains mouvements. Ceux-ci n'ont plus l'étendue et la précision habituelles, et plus tard ils deviennent complètement impossibles à exécuter. Dès le début de l'affaiblissement, un examen attentif montre déjà une atrophie des muscles correspondants. Cette atrophie est distribuée d'une manière extrêmement irrégulière. Elle frappe uniquement certains muscles ; elle est individuelle, et ce qui la distingue de l'atrophie consécutive aux diverses espèces de paralysies, c'est que souvent dans un groupe de muscles soumis à l'influence d'un même nerf un ou plusieurs muscles lui échappent et contrastent par leur conservation parfaite avec l'atrophie presque complète des autres. Bien plus, il n'est pas rare de voir dans un même muscle, le deltoïde ou le trapèze, par exemple, une disparition complète de certains faisceaux, tandis
que les voisins sont intacts. Mais le plus habituellement, et c'est là un fait important, malgré sa distribution bizarre l'atrophie atteint, en général, les deux côtés, non au même degré, ni en même temps, mais sur les mêmes points, si elle est symétrique.
Le tissu musculaire altéré perd sa consistance normale, il devient mou, pâteux, moins résistant à la pression du doigt; mais ce n'est pas là, comme le croyait Aran, un signe de dégénérescence graisseuse. Lorsque l'atrophie est encore peu avancée, les parties malades sont peu déformées. 11 faut les regarder avec soin et les comparer avec les parties correspondantes du membre du côté opposé qui, à ce moment, est en général sain. On s'assure ainsi de l'aplatissement de certaines saillies, du défaut de résistance des masses musculaires qui les forment et de la diminution dans le volume et la dureté des muscles au moment des contractions volontaires.
A un degré plus marqué, les saillies sont effacées et remplacées par un méplat, puis par un creux de plus en plus marqué. La peau moins tendue, lidée, est séparée des os par une couche de moins en moins épaisse. Les tendons et toutes les parties fibreuses périarticulaires se dessinent vigoureusement ; le squelette se devine sous la peau et, suivant la distribution et la marche des lésions , il se produit des aspects tout à fait particuliers des extrémités et du tronc.
h'électrisation des muscles donne des résultats intéressants, presque toujours caractéristiques de la maladie. Duchenne, en se servant des courants induits (faradisation) , a démontré que la contractilité des muscles est conservée. On obtient la contraction des fibres tant qu'elles ne sont pas complètement détruites.
Ce fait a été confirmé depuis par tous les observateurs qui ont fait porter leurs recherches sur des cas d'atrophie musculaire protopathique.
L'effet obtenu par la faradisation est d'autant moins marqué que l'atrophie est plus prononcée. Aussi arrive-t-il un moment où la contractilité électrique ne peut plus être mise en évidence que par la suppression de l'action des antagonistes et le maintien des muscles électrisés dans le relâchement. Quand au contraire les antagonistes atrophiés n'opposent plus une résistance assez grande à l'action des muscles dont on fait l'exploration, la contractilité électrique peut paraître exagérée.
Dans d'autres cas encore, ainsi que M. Jaccoud l'a fait remarquer, l'excitation des muscles très-atrophiés peut produire la contraction des antagonistes.
Nous avons observé ce phénomène sur plusieurs malades; chez l'un d'eux, par exemple, en électrisant le triceps atrophié, on obtenait une contraction vigoureuse du biceps resté sain, le courant étant probablement transmis jusqu'à ce muscle à travers l'humérus recouvert en arrière presque exclusivement par la peau.
L'énergie des contractions faradiques est en rapport avec la diminution du volume des muscles et de la motilité volontaire. Mais en général, malgré sa persistance, l'excitabilité électrique s'affaiblit plus rapidement qu'à l'état normal et ne reparaît qu'après un repos plus ou moins prolongé des muscles (Jaccoud, Legros et Onimus). Lorsque l'atrophie est arrivée à sa dernière limite, il devient impossible d'obtenir la moindre contraction, bien que, contrairement à la loi de Duchenne, les fibres musculaires ne soient pas toutes détruites. On peut même voir certains muscles obéir encore faiblement à la volonté et ne plus répondre à la faradisation; mais le contraii'e s'observe également.
40 MUSCULAIRE (pathologie).
Les résultats obtenus à l'aide de la galvanisation des muscles sont habituellement analogues à ceux que nous venons d'énoncer. Au début de l'atrophie les muscles se contractent comme des muscles sains et les effets obtenus sont proportionnels à leur volume. Plus tard, la contractilité galvanique s'affaiblit notablement ; mais elle persiste plus longtemps que la contractilité faradique (Eulenburg), et nous avons pu obtenir plusieurs fois, à l'aide de forts courants constants, de légères contractions dans des muscles très-atrophiésqui ne répondaient plus à la faradisation.
Quand on explore les troncs nerveux, à l'aide de courants constants, de la moelle aux nerfs, ou d'un point central d'un nerf à un point périphérique du même nerf, ce mode d'examen fournit encore un résultat conforme aux précédents. Il montre, en effet, que l'excitabilité galvanique des nerfs reste intacte pendant longtemps et ne s'altère que vers la fin de la maladie.
D'après MM. Legros et Onimus l'électrisation des nerfs moteurs donnerait lieu dans quelques cas à des contractions, plus facilement que lorscjii'on explore des membres sains, ce qui démontrerait qu'à un certain moment de la maladie les nerfs périphériques ont une excitabilité exagérée. Enfin ces observateurs ont constaté plusieurs fois que les contractions obtenues par la galvanisation des nerfs sont moins fortes que celles qui sont déterminées par l'électrisation directe des muscles, et ce phénomène établirait, d'après eux, dune manière certaine, l'antériorité de l'altération des nerfs périphériques sur celle des muscles.
On pourrait encore ajouter à ces faits touchant les réactions électriques des muscles et des nerfs les propositions complémentaires ou contradictoires émises par quelques auteurs, notamment par Remak, Benedikt, Rosenthal. Nous ne croyons pas devoir le faire, car ces propositions auraient besoin d'être confirmées par de nouvelles études faites sur des cas d'un diagnostic parfaitement précis.
On admet généralement que la sensibilité cnianée de même que la sensibilité électro-musculaire sont normales. Cependant, d'après Duchenne, un bon tiers des malades présenteraient de l'affaiblissement ou même une disparition de ces deux genres de sensibilité. Ainsi, quelques-uns d'entre eux ne percevraient ni les excitations faradiques les plus fortes, ni l'action du feu. Cette anesthésie s'observerait, en général, aux membres supériem's, et irait en diminuant de la main à l'épaule ; dans d'autres cas, elle serait irrégulièrement répartie et non en raison directe du degré de l'atrophie. Benedikt a également signalé l'anesthésie légère au niveau des doigts, et ce symptôme est noté dans un bon nombre d'observations.
Les autres signes locaux sont nombreux quand on relève ceux que les auteurs ont consignés dansleui^s observations; mais parmi eux on ne doit compter, comme appartenant en propre au tableau symptomatique de la maladie, que les contractions fibrillaires, les crampes et certains phénomènes thermiques.
L'expression de contractions fibrillaires sert à désigner une série de petitescontractions se passant dans des groupes isolés de fibres musculaires. Lorsqu'elles se produisent on voit la peau alternativement soulevée et déprimée par de petites cordes fines dirigées dans le sens des fibres du muscle. Ces contractions sont très-passagères; elles se répètent plusieurs fois à de courts intervalles (deux ou trois secondes) et reviennent, pour ainsi dire, par petits accès. Tantôt limitées à une région restreinte, d'autres fois étendues à un très grand nombre de muscles, elles se montrent irrégulièrement dans des points profondément lésés ou à peine atteints, quelquefois même au niveau de muscles qui, par la suite, ne seront
MUSCILAIRE (pathologie). 41
jamais atrophiés. Elles ont lieu spontanément (<n sous l'influence d'un mouvement volontaire, et, en général, elles sont rendues plus appréciables par l'excitation cutanée ou par l'électrisation des muscles. Leur intensité est très-variable. Chez certains malades elles produisent de petites secousses ou de petits soubresauts et impriment même au niveau des membres, des doigts surtout, de légers mouvements. Chez d'autres elles sont faibles, rares, très-limitées, et ne se produisent qu'à l'occasion d'une excitation locale.
Les contractions fibrillaires ne sont pas un des signes nécessaires de l'atrophie musculaire progressive. Duchenne les a vues manquer dans un cinquième à peu près des cas. De plus, elles ne sont pas caractéristiques de cette maladie ; on les retrouve dans un bon nombre d'affections de la moelle et dans les névroses.
Les crampes, signalées dans quelques cas, sont relativement rares et ne s'observent guère qu'au début. Elles sont parfois très-pénibles et très-tenaces et ne disparaissent que pour être suivies de contractions fibrillaires.
L'atrophie s'accompagne, en général, d'un abaissement fie la température au niveau des points malades. Duchenne n'a noté ce symptôme que dans la période avancée de la maladie. Le membre atrophié est d'abord plus sensible au froid, il résiste moins à l'abaissement de la température extérieure, et cette particularité est souvent la cause d'une sensation fort pénible chez les personnes qui continuent à vaquer à leurs occupations et à s'exposer à l'air extérieur. Plus tard, on note un abaissement delà température sensible à la main, et les malades éprouvent une sensation de froid, même lorsque leurs membres sont couverts. Cependant, comme l'affection est presque toujours symétrique et que la température périphérique est très-variable, non-seulement suivant les conditions extérieures, mais aussi suivant les divers individus, il est bien difficile de se rendre un compte exact de l'abaissement réel de la température.
On a encore signalé, comme se rapportant à l'atrophie musculaire simple, des phénomènes douloureux. Nous reviendrons plus loin sur ce fait important.
Dans l'atrophie musculaire la plus simple on peut observer à côté de la faiblesse atrophique des paralysies véritables. Ainsi la forme bulbaire de la maladie a été décrite sous le nom de paralysie labio-glosso-laryngée (V. ce mot) parce que, le plus habituellement, l'atrophie manque ou mieux n'est pas apparente, et que la paralysie constitue le phénomène clinique important. Et, sans sortir du cadre de l'atrophie musculaire d'origine spinale, lorsque la maladie atteint le diaphragme et les intercostaux, elle y produit d'emblée une paralysie. Déjà, dans l'autopsie de Lecomte, Cruveilhier avait remarqué que, malgré les symptômes de paralysie du diaphragme notés pendant la vie, ce muscle était simplement aminci et non complètement atrophié. Duchenne cherche à expliquer cette sorte d'exception à la règle en supposant que ce muscle et les intercostaux, qui se comportent de même, ne peuvent plus accomplir leur fonction dès qu'ils ont perdu une certaine somme de force, et cela à cause de la résistance qu'ils ont à vaincre. Mais, en réalité, cette explication n'est pas satisfaisante, car les mêmes particularités peuvent s'observer pour la langue et d'autres muscles périphériques, et il faut savoir que, si habituellement parésie et atrophie marchant de pair sont les deux traits caractéristiques de la maladie, on peut néanmoins rencontrer de la paralysie sans atrophie.
Cette particularité présente une grande importance clinique et elle a été de la part de plusieurs auteurs l'objet de remarques dont la valeur est d'une appréciation difficile.
42 MUSCULAIRE (patuologie).
W. Roberts admet que dans certains cas la perte du mouvement des membres excède plus ou moins notablement le degré d'atrophie simple des fibres.
Des faits semblables ont été cités par M. Duménil.
D'après cet auteur l'affaiblissement musculaire peut précéder l'atrophie, et atteindre un haut degré avant que celle-ci se manifeste.
Mais c'est surtout Benedikt qui a attiré l'attention d'une manière toute particulière sur la paralysie. L'amyotrophie progi'essive serait, pour lui, une combinaison de paralysie et d'atrophie, comme la paralysie infantile, qui est d'ailleurs une maladie très-voisine. La paralysie ne serait pas proportionnelle à l'atrophie et on pourrait voir, en effet, des muscles atrophiés dans lesquels les faisceaux musculaires restants n'auraient rien perdu de leur fonctionnement, et d'autre part beaucoup de muscles paralysés dans lesquels il n'existerait pas trace d'atrophie. L'atrophie et la paralysie seraient donc, en grande partie, des symptômes indépendants.
Ces propositions et surtout les dernières nous paraissent faire jouer à la paralysie un rôle exagéré. 11 est de toute évidence qu'elles ne reposent pas sur l'étude exclusive des cas d'amyotrophie protopathique. En reconnaissant l'existence du symptôme paralysie dans l'atrophie progressive pi'otopathique, nous pensons que cette paralysie, de même que l'atrophie, est individuelle, qu'elle porte isolément sur quelques faisceaux musculaires ou sur un muscle, et nous ne croyons pas qu'elle puisse atteindre un membre entier, ou même tout un groupe musculaire correspondant à la distribution d'un même nerf. De plus, elle peut précéder ou excéder l'atrophie ; mais elle est toujours suivie ou accompagnée d'amoindrissement des muscles.
La contracture est signalée dans plusieurs observations, notamment dans celles de Gros, Oppenheimer, Valentiner, Gairdner, etc. Mais ces cas sont précisément complexes, et il est permis de supposer que ce phénomène s'explique non par la lésion propre à l'atrophie musculaire progressive, mais bien par celle des faisceaux blancs. MM. Charcot, Joffroy, Gond3ault, en démontrant les rapports intimes qui relient la sclérose syméti'ique des cordons latéraux à l'altération centrale de la moelle d'où dépend l'atrophie des muscles, ont établi ainsi la véritable signification de la contracture. C'est, en effet, un des signes de cette sclérose latérale.
On a noté parfois des phénomènes ocido-pupillaires analogues à ceux de l'ataxie locomotrice (Voisin, Fournier et Menjaud), mais dans des cas d'un diagnostic peu précis.
De même que les autres affections chroniques de la moelle, l'atrophie musculaire progressive peut donner lieu à des altérations dans la nutrition des tissus, c'est-à-dire à des troubles trophiques.
Ici encore il est difficile de savoir ce qui appartient exclusivement à la forme protopathique de la maladie. D'après Benedikt on pourrait, outre l'atrophie des muscles, observer des arthropathies, et une atrophie des os et de la peau. Roberts a signalé des congestions cutanées et de l'œdème du tissu cellulaire.
Chez un malade dont il a communiqué l'observation à M. Ollivier (thèse de 1869), 31, Vulpian a vu survenir un prurit intense siégeant aux extrémités supérieures et accompagné d'une éruption lichénoïde et herpétiforme. Enfin, plus récemment Balmer a rapporté à une action nerveuse diverses éruptions et lésions cutanées, telles que vésicules, gerçures, rhagades, survenues dans le cours de l'atrophie musculaire progressive. Le même auteur a observé, en outre, des sueurs abondantes, des hémorrhagies et congestions sous-cutanées, de l'urti-
MUSCULAIRE {tathologie). 43
■caire, de réléphaiitiasis, de la cyanose, et il rattache ces divers phénomènes aux lésions des vaso-moteurs.
Ces troubles tropliiques terminent notre énumération des symptômes locaux. Il es;t utile de remarquer qu'à part la paralysie atrophique et quelques phénomènes électi-o-musculaires, tout est à reprendre dans cette étude, et que pour ■obtenir un résultat satisfaisant il faudrait séparer nettement de la forme protopathique les diverses formes cliniques assez nombreuses dans lesquelles l'atrophie musculaire progressive est un fait secondaire ou accessoire.
Dans la forme simple de la maladie, la symptomatologie paraît être assez i^estreinte.
— De l'atrophie ou paralysie atrophique résultent des déformations, des attitudes vicieuses, dont nous emprunterons la description à Duchenne. En précisant par ses recherches sur l'électrisation localisée l'action individuelle de chaque muscle ou de ses faisceaux principaux, cet habile observateur a déterminé d'une manière remarquable le mécanisme de ces phénomènes caractéristiques,
1° Attitudes vicieuses des membres pemlant le repos musculaire. Le [)rincipe qui sert à expliquer chacune de ces déformations est applicable à tous les genres d'atrophie ou de paralysie des muscles. En effet, chaque muscle possède un anlagoniste, et l'attitude normale d'un membre ou d'une partie pendant le repos est une sorte de résultante, une situation moyenne d'équilibre sous la dépendance de la force tonique des muscles qui meuvent la région observée. Lorsqu'un muscle vient à être affaibli ou atrophié, cet équilibre est rompu, le muscle antagoniste l'emporte et entraîne la région soumise à son action dans la direction de ses faisceaux, dont la force tonique est devenue prédominante. Il se produit ainsi une attitude spéciale qu'il ne faut confondre ni avec la contracture, ni avec les déformations dues à la rétraction.
2° Troubles fonctionnels pendant les mouvements volontaires. Tout mouvement volontaire est exécuté, d'une part, par la contraction du muscle producteur du mouvement principal et, d'autre part, par la contraction synergique d'autres muscles qui fournissent un point d'appui pour le mouvement ou bien en règlent et en modèrent la direction et l'étendue.
Dans l'atrophie musculaire progressive, les modifications nombreuses qui smviennent pendant les mouvements volontaires dépendent des perturbations dans l'une ou l'autre de ces actions.
L'affaiblissement ou la suppression des mouvements propres des muscles ont ici la même importance que dans toute autre paralysie ou atrophie partielle. Cependant il faut souvent examiner les malades avec soin pour reconnaître ces phénomènes, à cause de la distribution irrégulièi'e des lésions et de leur délimitation fréquente à des muscles ou à des faisceaux accessoires qui ne compromettent qu'à un très-faible degré l'usage des membres. C'est ainsi qu'on voit des malades perdre, sans songer à s'en plaindre, un grand nombre de muscles, et en particulier ceux du tronc ; les pectoraux, les grands dorsaux, les trapèzes, les rhomboïdes. Ces malades ne réclament des soins médicaux que lorsque des muscles absolument nécessaires à certains mouvements sont affectés.
Les troubles produits dans la synergie musculaire par l'atrophie ou la paralysie partielles des muscles sont également dignes d'attention. Dans quelques circonstances ils peuvent faire croire à l'atrophie de muscles qui, cependant, sont intacts. Quand l'action des fléchisseurs des doigts, par exemple, est affaiblie, le malade ne peut fermer la main sans qu'il se produise une extension exagérée du
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poignet ; ou bien, au contraire, lorsque les extenseurs des premières phalanges des doigts n'agissent plus, la flexion du poignet se fait avec force quand le malade veut étendre ses doigts parallèlement aux mét-acarpiens. Dans le premier cas les fléchisseurs du poignet (les palmaires), dans le second les extenseurs du poignet (les radiaux et le cubital postérieur), paraissent détruits (Duchenne).
L'histoire de l'atrophie musculaire progressive est riche en faits de ce genre; il convient donc de bien connaître ces données générales pour pouvoir comprendre et interpréter toutes les déformations pouvant se montrer pendant le repos ou pendant le mouvement dans chaque région en particulier.
Marche de l'atrophie. L'atrophie musculaire progressive peut débuter par un point quelconque du corps, cependant elle est d'abord limitée à une des quatre régions suivantes, que nous énumérons par ordre de fréquence : les membres supérieurs, l'appareil de la déglutition et de la phonation, les muscles du tronc, les membres inférieurs. Née dans un de ces points ou plus rarement dans plusieurs à la fois, elle envahit peu à peu d'autres régions. Presque toujours après avoir pris naissance d'un côté du corps elle atteint tout d'abord le côté opposé d'une manière symétrique, puis peu à peu s'étend à d'autres parties.
Elle suit alors tantôt une marche ascendante, tantôt au contraire une marche descendante ; mais bien souvent aussi une marche diffuse, à la fois descendante et ascendante.
C'est encore à Duchenne que nous emprunterons les éléments de cette description.
— L'atrophie musculaire progressive débute le plus souvent par le membre supérieur droit. Il est incontestable aussi que la lésion s'empare habituellement de la main en s'a! laquant tout d'abord à l'éminence thénar ; mais il nous serait impossible d'indiquer par des chiffres la fréquence relative de ce mode d'invasion. Les indications fournies sur ce point par Aran et depuis par d'autres auteurs auraient besoin d'être contrôlées.
L'atrophie du court abducteur du pouce, qui est souvent le premier symptôme de la maladie, détermine une dépression de l'éminence thénar, et le premier métacarpien se trouve plus rapproché du second pendant le repos musculaire. Plus tiird, les muscles de la couche profonde se prenant à leur tour, la région thénar s'aplatit tout à fait et le premier métacarpien reste sur le plan du second. Après la déformation de l'éminence thénar on voit se dessiner la dépression de l'éminence hypothénar et des espaces interosseux.
La destruction des muscles interosseux fait prendre aux doigts la forme de griffes pendant l'extension delà main. Si, au contraire, les interosseux sont conservés tandis que les fléchisseurs sublime et profond sont atrophiés, les deux dernières phalanges sont maintenues dans une extension continue, qui est limitée toutefois par les brides aponévrotiques qui vont des interosseux à la face antérieure du tendon médian de l'extenseur commun. Dans le cas où le fléchisseur sublime est seul atrophié, la phalangine est seule étendue sur les phalanges^ tandis que la phalangette reste fléchie.
Bien souvent les muscles fléchisseurs et extenseurs des doigts s'atrophient après ceux des éminences thénar et hypothénar, et des espaces interosseux ; la main après avoir présenté la forme d'une griffe prend alors un aspect squelettique, et les avant-bras sont littéralement décharnés.
Plus rarement, ce sont les faisceaux musculaires de la région postérieure de
MUSCULAIRE (pathologie). 45
l'avant-bras qui sont primitivement atteints ; mais bientôt alors l'altération s'étend aussi aux autres muscles.
Il résulte de toutes ces atrophies des troubles fonctionnels extrêmement variés, souvent considérables, faisant perdre au pouce, puis ensuite aux doiyts et à la main, la plupart de leurs usages; mais nous serions entraînés trop loin s'il nous fallait entrer dans la description de tous ces phénomènes qui, d'ailleiu-s, n'offrent pas ici de caractères spéciaux. Cependant il importe de savoir que l'énumération précédente implique uniquement les faits les plus conununs, et (pie l'atrophie musculaire progressive est essentiellement capricieuse dans ses localisations et dans sa marche destructive et envahissante.
La localisation primitive de la maladie à la main et à l'avant-bras est habituellement symétrique ; lorsque la main droite tout d'abord envahie est notablement malade, la main gauche ne tarde pas à se prendre et l'altération porte alois sur les mêmes muscles, quelle que soit la profession du malade. Celte règle, assez générale, souffre encore des exceptions, et il est un petit nombre de malades chez lesquels l'affection peut rester limitée à un seul membre pendant plusieurs mois ou même quelques années. De même, lorsque les deux mains et les deux avant-bras sont atteints, les choses peuvent en rester là pendant plusieurs années. Mais le plus ordinairement l'atrophie gagne le bras au bout d'un temps variable, quelquefois assez court. Elle siège alors de préférence sur le biceps et le brachial antérieur, puis sur le deltoïde ; mais le triceps peut également être atteint. Duchenne a vu une fois ce dernier muscle entièrement détruit, alors que les autres muscles moteurs du bras sur l'épaule étaient encore peu atrophiés, et nous avons observé nous-mêrae un cas semblable.
Quand les muscles du bras sont détruits, l'humérus est, pour ainsi dire, sous la peau ; la disparition plus ou moins complète du deltoïde a pour résultat la saillie anomale des extrémités osseuses qui concourent à la formation de l'articulation scapulo-humérale. Dans ces conditions, la forme arrondie et pleine de l'épaule fait place à un méplat ou à un creux sous-acromial caractéristiques. De là résulte aussi la perte plus ou moins complète des mouvements de l'avant-bras sur le bras et de ceux de l'épaule ; parfois aussi une prédisposition aux luxations de l'articulation scapulo-humérale.
Duchenne avance que, dans tous les cas où les muscles du bras sont atrophiés, on trouve un plus ou moins grand nombre de muscles du tronc dans le même état. Cette règle souffre également des exceptions, et chez le malade que nous venons de citer à propos de l'atrophie des triceps tous les muscles du tronc étaient parfaitement conservés lors de notre examen, bien que sa maladie remontât à plus de deux ans. L'altération des muscles du tronc peut d'ailleurs rester latente pendant longtemps, à cause de la faible gène que les malades en éprouvent.
Le trapèze est, en général, le premier muscle envahi ; l'atrophie porte sur sa moitié inférieure et détermine la saillie du bord spinal de l'omoplate, tandis que la portion claviculaire du même muscle est presque toujours Vultimiim moriens de tous les muscles du tronc et du cou (Duchenne). Plus tard et successivement, on voit s'atrophier un grand nombre de muscles dans l'ordre suivant ; pectoraux, grands dorsaux, grands dentelés, rhomboïdes, angulaires des omoplates, extenseurs et fléchisseurs de la tète, sacro-spinaux, muscles de l'abdomen.
Il se produit alors des attitudes vicieuses et des troubles fonctionnels correspondants. De l'atrophie des pectoraux résultent une double excavation de chaque calé du sternum et une saillie anomale des premières côtes. La destruction du
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grand dentelé s'oppose au mouvement d'élévation du bras, et le scapulum s'écarte du tronc sous la forme d'une aile. La saillie ainsi formée est encore plus marquée quand les grands dorsaux, les rhomboïdes et les angulaires sont également atrophiés. Le bras est alors complètement inerte, et lorsqu'on lui imprime des mouvements, il fait basculer avec lui l'omoplate à la façon d'un levier de sonnette. Les déviations et les inclinaisons qui peuvent résulter de l'atteinte plus ou moins complète de ces muscles s'expliquent facilement par la connaissance de leurs usages.
Quand la maladie a envahi les muscles extenseurs ou fléchisseurs du tronc, les malades tendent à perdre leur centre de gravité. Ils y remédient par une incurvation plus ou moins marquée de la colonne vertébrale, une sorte de lordose bien étudiée encore par Duchenne. Lorsque la ligne de gravité du tronc, dirigée verticalement de la première apophyse épineuse dorsale au sacrum, tombe en arrière de cet os, la lordose est due au défaut d'action des extenseurs du tronc, soit aux sacro-spinaux.
La même ligne tombe-t-elle, au contraire, en avant du sacrum, il existe une faiblesse ou un défaut complet d'action des fléchisseurs du tronc, c'est-à-dire des muscles abdominaux. Dans ces conditions, les malades ont une démarche tout à fait spéciale ; ils sont obligés de se contourner sur eux-mêmes pour ne pas perdre leur centre de gravité, et de produire souvent une grande dépense de force dans les muscles restés sains, pour conserver en équilibre sur le bassin le tronc et la tête transformés en une colonne sinueuse. L'abdomen fait saillie en avant, tandis que les lombes et le dos sont fortement cambrés, et la tète est plu? ou moins inclinée sur la poitrine.
Dans d'autres cas, lorsque les muscles fléchisseurs et extenseurs de la tête sont plus ou moins détruits, la tête tombe en avant ou en arrière indifféremment, ce qui donne au malade une allure tout à fait caractéristique.
Arrivée à ce point, la maladie ne tarde pas à envahir les muscles de la respiration, de la déglutition et de la mastication. La langue est l'organe qui se prend le plus fréquemment, et en même temps l'orbiculaire des lèvres, puis les muscles du voile du palais et du pharjux. On peut observer alors deux ordres de faits distincts : tantôt, en effet, la langue est paralysée d'une manière plus ou moins complète sans offrir d'atrophie notable ; tantôt, au contraire, elle s'atrophie el perd son action d'une manière progressive, comme les autres muscles.
D'après Duchenne, dans le dernier cas, l'atrophie musculaire progressive en se généralisant atteindrait la langue ; dans le premier, il y aurait coïncidence de deux maladies parfaitement distinctes : l'une, l'atrophie musculaire progressive, l'autre, la paralysie glosso-labio-laryngée. Le même auteur afhrme n'avoir vu sur 159 cas d'atrophie musculaire progressive que 13 exemples d'atrophie de la langue, et il indique un certain nombre de signes qui permettraient d'établir une distinction très-nette entre l'atrophie musculaire (sans paralysie) propagée jusqu'à cet organe et la paralysie glosso-labio-laryngée, affection dont la marche est beaucoup plus rapide et qui ne s'accompagne pas d'amptrophie.
Les considérations sur lesquelles s'appuie Duchenne n'ont pas été acceptées par d'autres observateurs, et nous pensons avec eux que bon nombre des exemples à l'aide desquels on a voulu faire de la paralysie glosso-labio-laryngée une maladie distincte et indépendante ne sont que des cas d'atrophie musculaire progressive à forme bulbaire. Déjà M. Duménil, en 1859, avait rapporté, à propos de l'une de ses observations, la paralysie, sans atrophie, de la langue et
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(le quelques muscles de la flice, à la même espèce morbide que l'atrophie musculaire progressive. En 1866, M. J. Simon accepta la même opinion. Depuis les recherches de MM. Charcot, Joffroy, Gombault, Pierret, ont montré l'identité, au point de vue anatomique, de ces prétendues espèces distinctes. D'autre part, la paralysie n'est pas un fait assez étranger, ainsi que nous l'avons déjà dit, à l'atrophie musculaire progressive, pour que la paralysie sans atrophie apparente puisse être considérée comme un caractère distinctif. Nous disons sans atrophie apparente, car nous rappellerons que la musculature de la langue peut être três-appauvrie sans que l'organe soit sensiblement amoindri.
La paralysie glosso-labio-laryngée n'est pas toujours et dans tous les cas une simple localisation particulière de l'atrophie musculaire progressive, pas plus que les autres paralysies ou atrophies qui sont sous la dépendance de la myélite centrale des cornes antérieures ; mais la distinction que Duchenne a voulu établir est beaucoup trop nette et trop compréhensive. Que la langue soit paralysée sans atrophie apparente, ou atrophiée sans paralysie notable, toutes les fois que les phénomènes se passant dans la sphère des nerfs bulbaires sont sous la dépendance d'une lésion chronique à marche envahissante, détruisant les cellules nerveuses du bulbe, la maladie ne représente qu'une des phases ou vme des manifestations de l'atrophie musculaire progressive. Il n'y a là qu'une différence de siège dans les lésions et non pas une différence de nature.
Mais pourquoi observe-t-on avec des lésions semblables et à évolution identique, tantôt une paralysie sans atrophie appréciable, tantôt une atrophie trèsmarquée avec une faiblesse proportionnelle ? Cette question, qui est la même pour tous les cas où l'on observe dans l'atrophie musculaire progressive de la paralysie véritable, sera examinée ailleurs. Contentons-nous de dire ici que n'étant pas spéciale à la langue elle ne saurait infirmer l'opinion que nous venons d'exposer.
Les troubles produits par l'extension de la maladie au bulbe sont nombreux et très-importants. On en trouvera la description à l'article spécial qui doit être consacré à la paralysie glosso-labio-laryngée.
Quand la maladie s'étend aux muscles masticateurs, ce sont, en général, les abaisseurs de la mâchoire qui sont les premiers et le plus gravement lésés. La bouche ne peut s'ouvrir qu'avec effort ; puis la mâchoire inférieure ne peut plus être écartée et le malade, par un mouvement des ptérygoïdiens, est contraint d'avancer d'abord sa mâchoire inférieui'e avant de pouvoir l'abaisser de un ou deux centimètres. Enfm, lorsque l'atrophie est extrême, seul le mouvement horizontal d'arrière en avant est possible et l'introduction des aliments, même liquides, devient de plus en plus difficile.
Ces troubles de la mastication sont souvent accompagnés ou précédés pai* une déglutition laborieuse. La salive avalée difficilement se répand au dehors et les aliments sont déglutis avec peine. Lorsqu'il existe une atrophie du pharynx et de l'œsophage, le malade est obligé de boire par petites gorgées et le liquide tombe avec bruit dans l'estomac comme si on le versait dans une carafe (Duchenne) .
Les muscles de la respiration, qui sont souvent atteints dans la forme généralisée de la maladie, offrent comme la langue des phénomènes de paralysie. On peut voir une paralysie du diaphragme et des intercostaux, et ces muscles sont atteints simultanément, ou l'un après l'autre (voy. Paralysie du diaphragme et Paralysie des intercostaux).
De tous les muscles du corps ceux qui résistent le plus souvent et le plus longtemps sont ceux des membres inférieurs. Dans ces cas l'atrophie frappe le plus ordinairement les flccliisseurs du pied sur la jambe, et de la cuisse sur le bassin.
Poussée à l'extrême, généralisée autant qu'elle peut l'être, la maladie produit un amaigrissement qui laisse deviner le squelette sous la peau. Toutefois au milieu de cet anéantissement général des muscles on trouve encore, çà et là, des portions qui survivent et ne pei'mettent.pas de confondre l'affection avec le marasme simple. Cette particularité jointe aux attitudes vicieuses et aux troubles fonctionnels qui viennent d'être décrits donne aux malades un faciès caractéristique.
Telle est la description de la forme vulgaire généi^alisée de l'atrophie musculaire progressive. A coté de ce type, forcément un peu schématique, il reste encore à signaler ceux dans lesquels la maladie débute d'une façon plus exceptionnelle, soit par les muscles du tronc, soit par ceux de la face, soit enfin par les membres inférieurs.
— Le début par les muscles du tronc se serait montré une douzaine de fois sur 159, d'après Duchenne, et celui par les membres inférieurs 2 fois seulement ; quant à la localisation primitive dans la sphère des nerfs bulbaires, cet auteur ne l'aurait notée qu'une seule fois.
11 est permis de penser que ce dernier chiffre est trop peu élevé, et que plusieurs cas d'amyotrophie progressive débutant par le bulbe ont été mis par Duchenne à l'actif de la paralysie glosso-labio-laryngée.
Dans le petit nombi'e de cas où la maladie se montre dans l'enfance, M. Duchenne a fait voir qu'elle débute alors exceptionnellement par l'orbiculaire des lèvres. Celles-ci deviennent immobiles, s'épaississent, et les joues se creusent surtout pendant le rire, qui n'est plus exécuté que par le buccinateur ou le risorius de Santorini. Ainsi localisée à la face pendant quelques années, la maladie gagne ensuite les membres supérieurs et se comporte alors comme chez l'adulte.
Pai'mi les observations de ce genre, publiées par Duchenne, on trouve celle d'un nommé Hottmann (Louis) (son véritable nom est H. Alexandre) que nous avions en 1875 dans notre service. La description de l'état de sa face peut donner une idée exacte des particularités que présente la maladie dans l'enfance.
La ligure est arrondie et pleine à cause du développement du tissu celluleadipeux ; mais elle est inerte et ressemble à une sorte de masque, qui n'est guère animé que par l'expression intelligente mais un peu étonnée des yeux. Les traits sont effacés, le sillon naso-labial fait défaut presque complètement, et alors même que le malade parle et s'anime le jeu de la physionomie est aboli comme dans la diplégie faciale.
Les lèvres sont épaissies, un peu pendantes et à peine mobiles. Cependant le malade parle distinctement et n'éprouve des difficultés que pour articuler certaines labiales, b, p, v, f ; cependant la voix est légèrement nasonnée.
Le froncement des lèvres pour l'action de siffler, le gonflement des joues, sont impossibles, il en est de même du rapprochement des commissures pour exécuter ce que l'on appelle la bouche en cœur. Tous ces signes révèlent l'impuissance du muscle orbiculaire.
Dans le rire la lèvre supérieure et l'aile du nez peuvent encore être relevées en partie, mais la lèvre inférieui-e reste immobile. Les buccinateurs sont con-
MUSCULAIRE (pathologie). 49
serves et en tirant lionzontalement les commissures ils peuvent augmenter la largeur de la bouche.
Ces faits très-frappants pourraient faire penser à une paralysie labio-glossolaryngée; mais la langue est intacte, la déglutition facile et aux troubles précédents s'ajoutent encore l'inertie des muscles de la région supérieure de la face. Lorbiculaire des paupières, les frontaux, les sourcilliers sont atteints d'impuissance motrice, en un mot tous les muscles de la mimique faciale font défaut. Ajoutons qu'ils ne réagissent plus sous l'influence de l'électricité, et qu'ils ont été les premiers atteints par la maladie.
Le malade, dont la mère et le frère ont la même affection, présentait déjà quelques-uns de ces symptômes à l'âge de 3 ans, et, lorsqu'il a été vu par Duclienne pour la première fois à l'âge d'environ 9 ans, les muscles de la partie inférieure de la face, seule atrophiée alors, avaient déjà perdu leur contractilité électrique.
Si/mptômes généraux. Pendant que la nutrition locale des muscles est pervertie, l'état général des malades reste excellent et ce contraste trappant est un des signes caractéristiques de la maladie. Point de lièvre, ni au début, ni plus tard, pas de troubles appréciables dans les principales fonctions de l'économie en un mot absence de symptômes généraux. L'examen des urines fait par Bamberger et M. Lœwenhard n'a pas donné de résultats importants. Dans un cas d'analyse du sang, Bamberger a trouvé une diminution de l'albumine. Cependant la disparition de certains muscles ou groupes musculaires retentit secondairement sur l'organisme, soit en rendant l'alimentation du malade fort difficile, soit en gênant la respiration.
Ainsi dès que le diaphragme est paralysé, la respiration devient moins profonde et la moindre complication thoracique entraine les plus grands dangers. Il en est de même lorsque les intercostaux ne fonctionnent plus et si ces deux puissances respiratoires sont à la fois supprimées l'asphyxie est imminente.
Durée. Terminaisons. Pour l'accomplissemeut presque fatal de son évolution, la maladie réclame en général plusieurs années, parfois un très-grand nombre, dix, quinze, vingt ans. Cependant elle peut exceptionnellement entrahier la mort d'une manière très-rapide, lorsque, débutant par la sphère bulbaire, elle compromet gravement des fonctions qui, habituellement, sont atteintes en dernier.
A propos de la durée de la maladie, on trouve dans Roberts l'analyse de 28 cas.
La durée moyenne fut de 38 mois; il y eut 4 guérisons, 14 terminaisons par état stationnaire, et H morts. Les cas où il y eut guérison durèrent en moyenne 14 mois ; ceux où il y eut cessation des progrès de la maladie, 27 mois ; les cas mortels, enfin, eurent une durée d'environ 5 ans.
Cette statistique ne nous paraît pas exacte ; elle doit comprendre certainement des cas complexes et entre autres des faits de sclérose latérale aravotrophique dont l'évolution est relativement rapide.
La mort est souvent la conséquence d'une complication thoracique; plus rarement, elle est due simplement à l'asphyxie déterminée par la paralvsie du diaplu'agme et des intercostaux. Lorsque la lésion est à la fois bulbaire et spinale, les malades présentent des troubles respiratoires et cardiaques qui seront décrits ailleurs (voy. Paralysie glosso-labio-larv.ngle). Ils peuvent alors mourir
DiCT. KNC. 2' s. \T- «
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dans une syncope à une époque où l'affection paraît encore peu avancée, et cette terminaison funeste, se montrant souvent lorsque l'altération n'a pas encore dépassé le bulbe, est une des raisons qui ont fait considérer cette localisation bul- Ï3aire comme une affection tout à fait indépendante.
Formes. Waclismuth a admis dans l'atrophie musculaire progressive l'existence de deux formes cliniques : la forme simple, la forme rhumatismale. Sous ce dernier nom il a compris les cas dans lesquels il existe, outre des douleurs, des paralysies et des contractures. Ecrivant à une époque où les affections de la moelle étaient encore fort mal coimues , sa forme rhumatismale était certainement trop compréhensive, et plusieurs des caractères qu'il lui assigne appartiennent aux amyoirophies deutéropalhiqucs.
Cependant cette division de Wachsmuth a le mérite de montrer que la maladie n'est pas toujours uniforme, et nous croyons qu'on doit la conserver en lui faisant subir toutefois une modification. •
Nous savons que parfois, outre l'altération centrale de la moelle il existe un certain degré de méningo-myélite. Cette particularité anatomique ne nous a pas paru suffire pour caractériser une espèce morbide spéciale. Elle présente, en effet, tous les caractères d'une lésion peu importante, concomitante ou même quelquefois secondaire. Cependant cette méningo-myélite se traduit par quelques symptômes particuliers, et au point de vue clinique, les cas qui s'y rapportent nous paraissent avoir une physionomie assez bien accentuée pour constituer une forme clinique particulière.
L'atrophie musculaire progressive protopathique se présenterait donc sous deux formes ; la forme simple ou commune, et la forme méningitique ou douloureuse. La première est celle qui, cà l'exemple d'Aran et de Duchenne, nous a servi de type de description. Nous n'avons plus qu'à indiquer les caractères de la seconde.
La forme méningitique ou douloureuse est essentiellement caractérisée par des douleurs surajoutées aux symptômes habituels de la maladie. Ces douleurs se montrent quelquefois dès le début et précèdent l'atrophie, le plus souvent elles surviennent à une époque plus avancée ; enfin, elles peuvent apparaître pour la première fois pendant la période ultime.
Elles siègent le plus habituellement dans les membres malades ; mais elles peuvent s'étendre à d'autres régions et se faire sentir même dans des points qui ne seront jamais atrophiés.
Les phénomènes douloureux sont difficiles à caractériser ; ils sont d'ailleurs très-variables suivant les malades. Ils ressemblent à des picotements, des brûlures ou à une constriction plus ou moins forte soit dans la continuité des membres, soit au niveau des articulations. Dans quelques observations ils paraissent avoir présenté des caractères fort analogues à ceux des douleurs des ataxiques, bien que les autres symptômes de l'ataxie ait fait défaut. Ces douleurs sont rarement continues ; elles ont lieu par accès durant un temps trèsvariable, accès qui se répètent à des intervalles assez rapprochés pendant quelques jours ; puis cessent le plus souvent pour se reproduire plus tard, quelquefois après une période de plusieurs mois ou même de plusieurs années. Dans ces conditions, lorsque les douleurs réapparaissent, elles ne siègent habituellement plus dans les mêmes points et semblent annoncer les progrès de l'atrophie dans une nouvelle région du corps. Les douleurs ou les accès douloureux m'ont paru surtout fréquents dans les cas où la sensibilité générale est atteinte. Duchenne
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avait déjà fait la même remarque. Ou uote alors soit uuc auesthe'sie plus ou moins notaJjle, soit de l'hyperesthésie, soit, suivant les points, l'un ou l'autre de ces phénomènes.
L'anesthésie occupe en général les extrémités, particulièrement les régions atrophiées; quand elle atteint les points douloureux, on observe alors pendant un temps plus ou moins long le phénomène designé sous le nom d'anesthcsie douloureuse.
L'hyperesthésie a été notée moins souvent, peut-être aussi a-t-elle été recherchée avec moins de soin. On l'observe dans la région rachidienne, lorsqu'on presse sur certaines vertèbres; elle peut se montrer aussi sur divers points du tronc et des membres. Dans le cas dont nous avons donné un résumé dans le tableau précédent (obs. de 1875), il est survenu quelque temps avant la mort une hyperesthésie intense et fort pénible, étendue à presque tous les points du corps, à l'exception de la face.
Chez quelques malades, les douleurs ont été accompagnées de divers troubles moteurs. Dans l'observation de MM. Charcot et Gombault, les crises douloureuses siégeaient dans les membres inférieurs non atropliiés, d'ailleurs, et s'accompagnaient de secousses singulières. D'autres malades ont éprouvé des soubresauts, des roideurs musculaires passagères, des crampes plus ou moins violentes. On a noté aussi des paralysies plus ou moins complètes, passagères ou persistantes. Ces derniers symptômes se rapportent probablement à une complication; mais l'étude de l'atrophie musculaire progressive n'a pas été faite jusqu'à présent d'une manière suffisamment méthodique pour que nous puissions assigner des limites très-précises à la forme protopathique et douloureuse. La description précédente ne pourra être complétée qu'à l'aide de matériaux nouveaux. Ils mettront peut-être en relief quelques particularités spéciales à cette forme touchant la fréquence relative des troubles moteurs et sensitifs, l'évolution et la durée totale de la maladie.
Physiologie pathologique. Lcs progrès accomplis en anatomie pathologique rendent compte d'une manière très-satisfaisante des phénomènes cliniques de la maladie.
Le symptôme le plus important est sans contredit l'atrophie des muscles. Duchenne l'a fort bien compris, et c'est en se fondant sur le rapport qui relie la faiblesse des mouvements à la disparition des fdjres musculaires que cet auteur et Aran ont pu établir l'existence d'une entité morbide distincte des paralysies. Gruveilhier, au contraire, même après la description si exacte d'Aran, a rangé la maladie dans les paralysies et s'est exposé ainsi au reproche d'avoir commis une confusion ; mais il est facile de montrer que cette confusion est plus apparente que réelle.
Si l'on veut bien saisir la symptomatologie de l'atrophie musculaire progressive, il faut remarquer que les symptômes n'impliquent qu'une seule condition, à savoir la diminution des puissances qui concourent à l'exécution d'un mouvement.
Supposons pour un instant qu'un mouvement quelconque, celui d'opposition du pouce aux autres doigts, soit exécuté à l'état normal par la contraction de 10,000 fibres musculaires, une atrophie musculaire frappant l'éminence thénar aura pour conséquence de faire exécuter le même mouvement par 5 000 2,000 ou 500 fibres au lieu de 10,000, et ainsi s'expliquera la faiblesse de l'action obtenue. Or, que cette soustraction de la moitié, du tiers ou plus dos
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libres musculaires d'un muscle soit l'effet d'une pai';ilysie, c'est-à-dire de la soustraction de l'influx nerveux volontaire dans un nombre correspondant de libres, ou bien le résultat d'une altération des fibres devenues incapables de se contracter, l'effet produit sera le même. L'explication que Duchenne et Aran ont proposée, contrairement à celle de Cruveilhier, n'est donc qu'une hypothèse, et cette bypotlièse ne s'est pas vérifiée. Cruveilhier ne pouvait pas l'admettre, car elle était déjà en contradiction avec les faits anatomiques qu'il a découverts. Si cependant l'opinion des deux autres auteurs a prévalu, c'est qu'encore aujourd'hui on discute sur la valeur des faits anatomiques et qu'à côté de la faiblesse musculaire, il existe un symptôme important que le mot paralysie seule n'explique pas, c'est l'atrophie du muscle. 11 semble vraiment, au point de vue clinique, que si la libre ne se contracte plus, c'est qu'elle n'existe plus, qu'en un mot l'atrophie domine la paralysie.
II y a donc là un fait particulier, que Duchenne et Aran ont cherché à mettre en lumière ; mais nous croyons que Cruveilhier en avait mieux compris la signification. Après avoir avancé que « l'affaiblissement ou la paralysie commençante précède toujours l'atrophie du système musculaire, » Cruveilhier ajoute, « que, dans aucune autre espèce de paralysie l'atrophie n'est ni aussi prompte, ni aussi complète. » Il donne ainsi une formule symptomatique de la maladie qui, encore aujourd'hui, est parfaitement conforme aux notions de physiologie pathologique nouvellement acquises.
En effet, nous savons maintenant que le siège primitif de la maladie est dans la moelle, et que la lésion atteint l'origine spinale des nerfs motem's. L'altération médullaire a pour conséquence de décrocher une à une les ûbres nerveuses de leur origine médullaire. Ces fibres ne tardent pas à s'atrophier, à la façon de celles du bout périphérique d'un nerf sectionné, et il est clair que dans cet état, elles ne transmettent plus l'influx nerveux aux fibres musculaires correspondantes. Ces fibres musculaires sont ainsi privées de l'influence à la' fois motrice et trophique de la moelle, et l'affection qui en résulte est donc bien une paralysie atropJiique. Que si les muscles ainsi atteints sont simplement affaiblis, et continuent à se contracter pendant longtemps encore sous l'influence de la volonté, c'est que la lésion médullaire est diffuse, non eéuérahsée à toutes les cellules d'une région, et qu'en conséquence un muscle atrophié possède encore un grand nombre d'éléments intacts, qui. soumis à l'influence de la moelle, se contractent et se nourrissent normalement.
En d'autres termes, les muscles éprouvent partiellement, par faisceaux, des altérations analogues à celles qui succéderaient à leur énervation ; leur paralysie atrophique est diffuse, comme la lésion primitive qui lui donne naissance. Rappelons, en outre, que précisément dans les points malades les muscles oflrent la même atrophie que celle qui succède à la section de leurs nerfs.
Cela posé, il est facile de comprendre les résultats de l'exploration électrique et en particulier la conservation de la contractilité fai'adique.
Au fur et à mesure qu'un certain nombre de fibres musculaires ne reçoivent plus l'influx nerveux, il est probable qu'elles perdent au bout d'un certain temps la propriété de se contracter. C'est du moins ce qu'on voit dans les atrophies consécutives aux lésions nerveuses. Mais à côté de ces fibres, les muscles des malades atteints d'atrophie musculaire progressive contiennent encoi-e un grand nombre d'éléments normaux sous tous les rapports, lesquels
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se contractent sous l'influence des courants induits et continus. L'intensité des réactions électriques est ainsi proportionnelle à la fois au volume du muscle et à l'état de la contractilité volontaire.
Lorsqu'à la fin de la maladie la contractilité faradique a disparu, les muscles sont dans la période ultime de l'atrophie, et à l'autopsie on ne trouve plus, dans les régions correspondantes de la moelle, qu'un nombre insignifiant de cellules nerveuses intactes.
Nous avons dit qu'outre l'atrophie, ou mieux la paralysie atrophique, on pouvait observer des paralysies véritables, c'est-à-dire une disparition en masse de la contractilité volontaire dans certains muscles. Parmi ces paralysies, nous rappellerons particulièrement celle du diaphragme, qui, sans conteste, appartient en propre à la maladie, dans sa forme simple.
Les faits anatomiques rendent également compte de cette particularité. En «ffet, il existe dans ces cas, une atrophie considérable des nerfs phréniques indiquant que la plupart des fibres du diaphragme ont été soustraites à l'influence nerveuse. MM. Charcot et Gombault ont trouvé des altérations analogues •dans un des nerfs intercostaux, et l'on sait que les muscles intercostaux peuvent de même être atteints de paralysie.
Il est probable que les origines de ces nerfs sont des points d'élection pour la lésion médullaire et que, d'une façon générale, dans certains centres les cellules nerveuses au lieu d'être frappées une à une, isolément, sont atteintes presque toutes à la fois. Les noyaux d'origine des nerfs moteurs du bulbe sont au nombre de ces centres ; ils sont atteints parfois de la même manière que les origines des phi'éniques, et c'est ainsi probablement que surviennent les symptômes de la paralysie glosso-labio-laryngée.
Diagnostic. L'atropliic niusculaire progressive est surtout remarquable par la grande simplicité de ses caractères cliniques, par la pauvreté relative de ses symptômes. A une lésion unique de la moelle, circonscrite à un système particulier de l'axe gris, correspond un groupe bien précis de phénomènes: atrophie avec faiblesse proportionnelle des muscles, conservation de la contractilité électro-motrice.
La maladie emprunte encore des caractères importants à l'absence de certains symptômes fréquents, au contraire, dans les autres maladies de la moelle. Les malades paraissent atteints d'une affection peu grave et toute locale ; leur sensibilité est rarement atteinte d'une manière profonde; ils n'éprouvent jamais de troubles de la vessie ou du rectum et ne restent confinés au lit que dans des cas •exceptionnels ou vers la fin de la maladie ; enfin on ne voit pas survenir" chez eux de graves lésions trophiques. En fixant bien son attention sur ces faits, on arrivera presque toujours à distinguer l'atrophie musculaire protopathique des autres formes d'amyotrophie et même des amyotrophies progressives, secondaires, dans lesquelles l'amyotrophie progressive, loin de constituer toute la maladie, survient à titre de syndrome surajouté. Icilalésion des muscles n'offre que rarement un faciès aussi caractéristique et de plus elle se combine à des phénomènes cliniques qui, le plus souvent, sont par eux-mêmes suffisamment accentués pour constituer une entité morbide bien définie.
En étudiant les diverses myopathies qui ont été confondues avec l'atrophie musculaire progressive, et leur nombre en est grand, nous aurons donc à préciser surtout les circonstances dans lesquelles elles survieiment, leur siège d'élection et les phénomènes concomitants qui les accompagnent, enfin leur évolution
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propre. Presque toujours, nous trouverons dans cette étude comparée des éléments suffisants de diagnostic.
Nous examinerons tout d'abord à ce point de vue celles qui dépendent, comme l'atrophie musculaire progressive, d'une altération primitive de la substance grise ; elles sont encore tous les jours l'occasion d'erreurs de diagnostic.
Il nous paraît inutile d'insister sur la myélite aiguë centrale qui, par son début brusque, sa marche foudroyante et les symptômes de paraplégie presque toujours complète qui la traduisent, se distingue essentiellement de l'atrophie musculaire.
Mais il est d'autres formes de myélite centrale, qui malgré un début plus ou moins aigu, offrent à un certain moment des symptômes très-analogues à ceux de l'atrophie musculaire progressive. On trouve dans ce groupe Xsl paralysie dite infantiie, maladie qui survient le plus habituellement dans l'enfance, mais peut se montrer aussi dans l'âge adulte et à laquelle Duchenne a donné alors le nom de paralysie spinale antérieure aiguë . Dans cette maladie de la moelle de l'enfant ou de l'adulte le début est brusque et presque toujours accompagné d'un état fébrile et de phénomènes d'excitation générale du système nerveux (convulsions dans l'enfance, délire et agitation chez l'adulte). Les symptômes atteignent trèsrapidement leur plus haut développement et ils consistent essentiellement en une paralysie extrêmement étendue, portant quelquefois sur les quatre membres. De plus, la contractilité électro-musculaire disparaît ; elle est souvent nulle déjà le septième jour (Duchenne). Ace moment il est évident qu'aucune confusion n'est possible avec l'atrophie musculaire progressive. Mais plus tard la maladie rétrograde en laissant après elle, à titre d'infirmité incurable, une paralysie atrophique d'un certain nombre de muscles. C'est alors que les malades se présentent sous un aspect qui ressemble à celui de l'atrophie musculaire progressive et que les erreurs deviennent fréquentes, surtout lorsque les malades atteints très-jeunes sont incapables de fournir des renseignements bien nets sur les phénomènes qui ont précédé cette phase ultime. Quand on voit encore aujourd'hui des hommes de la valeur de L. Clarke, Friedreich, etc., publier sous le nom d'atrophie musculaire progressive des cas non douteux de paralysie infantile, on ne saurait trop apporter de soin à l'étude du diagnostic différentiel de ces deux maladies, qui» bien que voisines, présentent une marche et un pronostic très-différents.
Lorsque l'atrophie des muscles date de l'enfance, Duchenne a fait voir qu'elle débutait par les muscles de la face, lorsqu'il s'agit de l'atrophie musculaire progressive, tandis qu'au contraire dans la paralysie infantile, l'atrophie porte sur les extrémités et le plus souvent sur les inférieures. Dans ce dernier cas, les malades, même lorsqu'ils ont perdu le souvenir de la première période, nous apprennent que depuis longtemps, souvent un grand nombre d'années, leur maladie reste stationnaire. Dans l'atrophie musculaire progressive, sauf des exceptions rares, les symptômes s'étendent et s'aggravent d'année en année ou après des temps d'arrêt. De plus, les déformations qui résultent de la paralysie atrophique de certains muscles et de l'action prédominante ou même de la rétraction des antagonistes, sont en général beaucoup plus marquées dans la paralysie infantile que dans l'atrophie musculaire progressive. Dans cette dernière maladie, enfin, à moins qu'elle ne date de l'enfance (ce qui est en somme rare), on n'observe pas l'atrophie des os et par suite le raccourcissement des membres qui sont, au contraire, assez fréquents dans la paralysie infantile. Dans la paralysie spinale de l'adulte, les éléments du diagnostic sont analogues.
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On doit avant tont se préoccuper de l'évolulioii de la maladie et l'on apprendra ainsi que les malades atteints d'atrophie des membres supérieurs ou inférieurs, quelquelois d'une région très-limitée du corps, ont été pris au début d'accidents généraux avec paraplégie ou paralysie des quatre membres. La lésion ati^ophique telle qu'elle se présente à l'observation est, en quelque sorte, le résidu d'un état antérieur plus grave. De plus, chez l'adulte comme chez l'enfant, considérées en elles-mêmes, les lésions atrophiques ne sont ni aussi diffuses ni aussi irrégulières que dans l'atrophie musculaire progressive. Bien qu'elles prédominent dans certains muscles ou dans certains faisceaux, elles portent en général sur tout un segment de membre ou sur le membre tout entier, et déterminent la formation de pieds bots ou de mains bots qui n'existent pas dans l'atrophie musculaire progressive de l'adulte et sont même rares dans celle de l'enfant. Les malades offrent alors, à première vue, un aspect tout spécial et caractéristique ; leurs membres atteints de paralysie atrophique pendent inertes, déformés, amaigris et, comme ils jouissent au niveau des grandes attaches d'une extrême mobilité, ils ont l'apparence d'appendices inutiles et grotesques, accrochés au tronc à la façon d'une jambe de pantin.
C'est en se fondant également sur l'évolution de la maladie et sur quelquesuns des symptômes concomitants de l'atrophie qu'on trouvera les éléments du diagnostic des autres formes de myélite et notamment de la maladie décrite par Duchenne sous le nom de paralysie spinale subaiguë. D'après M. Hallopeau, le complexus morbide ainsi désigné se rapporterait, avons-nous dit, à la sclérose périépendymaire avec ou sans dilatation du canal central de lu moelle. Quoiqu'il en soit, cette forme d'amyotrophie deutéropathique a été presque toujours confondue avec l'atrophie musculaire progressive, bien qu'elle s'en distingue autant par ses symptômes que par sa marche.
C'est une maladie de l'adulte à début brusque, ressemblant à celui de la paralysie infantile ; elle détermine une paralysie étendue, à marche ascendante ou descendante. L'atrophie ne se montre qu'après la paralysie et les muscles, contrairement à ce qu'on observe dans l'atrophie musculaire progressive, perdent rapidement leur contractilité électrique. L'affection n'a pas la marche régulière de cette dernière maladie ; elle est envahissante sans être fatalement progressive et bien que, dans certains cas, elle se soit généralisée et compliquée de paralysie bulbaire, dans d'autres elle a pu guérir complètement. Enfin, les malades peuvent présenter des troubles gastriques analogues à ceux des ataxiques (Charcot).
Les myélites ou méningo-my élites diffuses, qu'elles soient spontanées, consécutives au traumatisme ou le résultat de la compression de la moelle par des tumeurs, offrent presque toujours une évolution irrégulière, différant essentiellement de la marche spéciale à l'atrophie musculaire progressive. Elles se distinguent encore de cette dernière maladie par la complexité de leurs symptômes, et par le rôle évidemment accessoire de l'atrophie des muscles. Dans ces circonstances, on observe avant la myopathie des paralysies plus ou moins étendues, très-souvent de la douleur ou des troubles de la sensibilité ; dans quelques cas de la contracture et divers phénomènes d'excitation des nerfs moteurs ou des propriétés réflexes de la moelle : soubresauts, épilepsie spinale, exagération des mouvements réflexes, etc.
Quelques-uns de ces derniers phénomènes se retrouvent parfois dans la forme douloureuse de l'atrophie musculaire progressive ; mais leur présence ne produit pas de modifications importantes dans le faciès caractéristique de la maladie.
56 MUSCULAIRE (pathologie).
Parmi ces raéningo-myélites il en est une, la pachyméningite cervicale, dont le cachet spécial a été mis en évidence par MM. Charcot et A. Joffroy, et qu'on ne confundra plus aujourd'hui avec l'atrophie musculaire progi'essive. Voici d'après ce dernier auteur les principaux éléments qui peuvent servir à ce diagnostic. La pachyméningite détermine au début des douleurs cervicales ou périphériques, et des arthralgies qui peuvent simuler le rhumatisme. Plus tard, l'amyotrophie suit une marche particulière; le groupe animé par le radial est respecté, tandis que les muscles correspondant au cubital disparaissent presque complètement. La main prend ainsi la forme d'une griffe, et se place en même temps dans l'extension et la supination. Enfin, dans toutes les observations on note des troubles considérables et très-variables de la sensibilité.
— Nous avons vu que les scléroses de la moelle jouent un rôle extrêmement important dans l'étiologie de la myopathie progressive secondaire.
Quand cette dernière affection survient dans le cours de Vataxie locomotrice progressive, le complexus morbide est assez facile à débrouiller. Aussi, n'insisterons-nous ici que sur la sclérose symétrique des cordons latéraux compliquée d'amyotrophie progressive, affection qui paraît assez fréquente, et qui a maintenant sa place marquée dans l'histoire des maladies de la moelle.
Elle débute en général par un des membres supérieurs. Après avoir envahi quelques doigts ou le membre tout entier en quelques semaines, ou deux ou trois mois le membre est paralysé, puis atrophié en masse, caractère important à opposer à l'atrophie individuelle ou fasciculée des muscles. En même temps survient une attitude particulière du membre malade. Le bras est rapproché du corps, quand on cherche à l'écarter on éprouve une grande difficulté et on fait souffrir le malade. L'avant-bras est dans la pronation, le poignet est demi-fiéchi et les doigts sont repliés dans la paume de la main, formant ainsi une griffe par contracture qui diffère de celle de l'atrophie musculaire proprement dite.
Lorsque le malade veut faire un mouvement, on voit survenir dans le membre contracture un tremblement choréiforme analogue à celui de la sclérose en placpies et qui indique une altération du cordon latéral.
Bientôt se montrent tous les symptômes de l'état morbide connu sous le nom de paraplégie cervicale. Ainsi se trouve constituée une première période de la maladie. Les choses n'en restent pas là, et il survient une seconde période caractérisée par l'envahissement des membres inférieurs.
Le malade éprouve en marchant une certaine difficulté dans un des membres, puis, dans les deux. La station debout devient impossible et nécessite le séjour au lit ou le confinement dans un fauteuil. On observe alors du côté des membres inférieurs tous les signes qui appartiennent à la sclérose des cordons latéraux et ces phénomènes ne s'accompagnent nullement d'atrophie des muscles, ce qui détermine un contraste frappant entre les membres supérieurs et les infériem's.
Enfin, dans une troisième période, la lésion gagne le bulbe, et l'on voit se produire les symptômes de la paralysie atrophique glosso-labio-laryngée.
Telle serait en quelques mots d'après M. Charcot, les principaux symptômes de cette maladie complexe différant de l'atrophie musculaire progressive, nonseulement par les signes de sclérose des cordons latéraux, mais encore par la rapidité de'sa marche (durée movenne de 5 ans), les diverses périodes de son évolution et sa terminaison fatale par envahissement du bulbe.
Les seuls symptômes communs avec l'amyotrophie progressive sont les contractions fibrillaires, les phénomènes électro-musculaires, et, dans une certaine
mesure seulement, l'atrophie des muscles. {Voy. art. Moelle (pathologie) , Scléroses.)
— Après cette revue des maladies de la moelle, nous devons encore nous occuper des affections périphériques des nerfs ou des muscles eux-mêmes, affections avec lesquelles l'atrophie musculaire progressive pourrait être confondue lorsqu'elle débute par les membres supérieurs, et n'a pas encore atteint d'autres
régions.
C'est en recherchant particulièrement les déformations de la main que nous avons décrites, et surtout l'existence de la griffe des interosseux, en tenant compte du mode d'envahissement progressif et souvent irrégulier des muscles, et en étudiant les résultats de l'exploration électrique, qu'on trouve les principaux éléments du diagnostic.
Les lésions du nerf cubital, en déterminant une paralysie atrophique des muscles interosseux, donne lieu à une espèce de gi-iffe analogue à celle qu'on observe chez les malades atteints d'atrophie musculaire progressive, dont les interosseax sont altérés. Mais dans ce dernier cas, la déformation porte sur tous les doigts, tandis que dans les lésions du nerf cubital les deux derniers doigts sont plus crochus que les deux premiers. D'ailleurs, il sera presque toujours facile de remonter à la cause de l'altération du nerf: traumatisme, paralysie professionnelle par compression, fracture de l'épicondyle (Duchenne).
ha. paralysie du nerf radial sera également facile à distinguer. Elle peut provenir d'une cause traumatique ou de l'impression du froid. C'est dans ce dernier cas seulement, et lorsque déjà ancienne elle a produit l'atrophie des muscles, qu'il serait possible de la prendre pour une atrophie musculaire progi'essive commençaiile. Cependant les malades vous apprendront que leur affection est survenue brusquement, et qu'elle a présenté d'emblée les caractères d'une paralysie.
Celle-ci est limitée très-exactement aux muscles animés par le nerf radial, et bien que la contractilité farado-musculaire soit conservée, cette délimitation suffit déjà à elle seule pour éclairer le diagnostic. Mais, de plus, les muscles paralysés sont rarement très-atrophiés et l'on n'observe ni la disparition des interosseux, ni celle des muscles des éminences thénar et hypothénar.
Lorsque la paralysie saturnine est limitée aux avant-bras, il est aussi très-difficile de la confondre avec l'amyctrophie progressive. Les circonstances dans lesquelles elle survient, les autres accidents saturnins qui la précèdent ou l'accompagnent, la délimitation des parties affectées, l'absence d& contractilité faradomusculaire sont autant de signes qui permettent de la reconnaître aisément. Cependant quand elle est plus ou moins généralisée et que la cause d'intoxication par le plomb est difficile à constater, elle pourrait à la rigueur être confondue avec l'amyotrophie progressive. Mais cette forme delà paralysie saturnine frappe en masse et d'emblée tout le système musculaire (Duchenne) et par conséquent diffère nettement de la paralysie atrophique progressive.
Toutefois, une observation récente de M. Gombault montre qu'elle peut aussi être progressive. Dans ce dernier cas on la reconnaîtra encore à la distribution de la paralysie à des groupes musculaires bien circonscrits, à la prédominance des lésions dans les muscles postérieurs de l'avant-bras comme dans toute paralysie saturnine, et à l'absence de toute contractilité électro-musculaire.
Duchenne a eu l'occasion d'observer des lépreux présentant une atrophie musculaire de la main, et il a insisté avec raison sur l'importance du diagnostic dans ce cas. Outre les conditions étiologiques toujours faciles à retrouver, puisque
58 MUSCULAIRE (pathologie).
fort heureusement la lèpre ne se montre plus dans notre climat, on aura encore pour se guider la l'orme spéciale de la main. On observerait constamment, en effet, dans l'atrophie lépreuse, une contracture des fléchisseurs des doigts qu'on ne retrouve pas dans l'atrophie musculaire progressive (Duchenne).
La marche de la maladie et les phénomènes concomitants viennent lever tous les doutes. Ainsi, pour ce c[ui est de la main, l'atrophie lépreuse ne tarde pas à se compliquer d'ulcération ou de carie des dernières phalanges.
Au nombre des affections musculaires dont le diagnostic offre un certain intérêt pour nous, on ne compte guère que Yatrophie du deltoïde. Quand il s'agit d'une paralysie rhumatismale du nerf circonflexe, le diagnostic n'offre pas de difficulté. Il ne peut y en avoir que dans le cas d'une altération profonde du muscle, soit sous l'influence d'une myosite symptomatique (rhumatisme, pyrexies), soit par suite d'une lésion articulaire. Cependant, dans ces divers cas encore les circonstances étiologiques et les signes antérieurs d'une inflammation du muscle, lorsqu'il s'agit d'une myosite symptomaticjue, l'existence de douleurs articulaires ou périarticulaires dans l'arthrite ou la périarlhrite atrophique. fournissent des éléments d'une constatation, en général, facile et qui s'opposent à toute erreur. Ajoutez à cela qu'il est extrêmement rare de voir débuter l'amyotrophie progressive par les muscles de l'épaule.
Enfin, pour être complet, nous signalerons la griffe de la main dans le rhumatisme chronique. Malgré la part prise par les muscles à sa formation, les lésions articulaires et les douleurs rhumatismales ne permettront jamais de la confondre avec celle de l'amyotrophie progressive.
Nous négligeons à dessein parmi les myopathies la paralysie myo-sclérosique. dont le diagnostic est en général facile et qui sera l'objet d'un article spécial.
Pronostic. La curabilité de l'atrophie musculaire progressive est pour le moins douteuse. Il existe bien quelques exemples de guérison ; mais après en avoir distrait les atrophies symptomatiques de la syphilis, il ne reste plus que quelques observations semi-probantes. D'ailleurs, en considérant la question au point de vue de la physiologie pathologique, on voit que la guérison de l'amyotrophie ne pourrait s'effectuer que grâce à une réparation complète de la substance grise médullaire altérée. Jiisqu'à présent, rien ne démontre la possibilité d'une régénération des cellules nerveuses. Ces éléments semblent, au contraire, ne pouvoir subir que des dégénérescences ; on ne les a jamais vu proliférer d'une manière nette. Une fois détruite la substance grise perd donc probablement à jamais ses propriétés motrices et trophiques, et l'altération musculaire qui en est la conséquence devient définitive. C'est à tort, croyons-nous, que plusieurs auteurs ont attribué la gravité ou l'incurabilité de la maladie à la « mort du muscle. » Les fibres musculaires possèdent, en effet, un pouvoir régénérateur non douteux. Mais cette régénération ne s'effectue que dans des conditions déterminées et, dans le cas actuel, il faudrait, pour qu'elle eiit lieu, la restauration de l'influence trophique médullaire.
Mais si l'amyotrophie progressive proprement dite est irréparable lorsque les cellules nerveuses sont détruites, il n'en est probablement pas de même au début du processus, ou du moins certains faits prouvent que la lésion médullaire peut se localiser. L'évolution morbide reste alors indéfiniment enrayée, et les malades survivent , en conservant toutefois une infirmité plus ou moins grave qui malheureusement les met souvent dans l'impossibilité de travailler.
Mais il est difficile de compter sur cet arrêt définitif, même lorsqu'au bout
MUSCULA.IRE (pathologie). 5»
de plusieurs années, l'atrophie est encore circonscrite aux muscles primitivement envahis, car il existe des cas dans lesquels malgré un pareil statu quo. le processus morbide s'est pour ainsi dire réveillé et a déterminé l'amyotrophie de nouvelles régions.
Lorsque l'extension se fait du côté du bulbe, le pronostic acquiert son plus haut degré de gravité. Les malades ne tardent pas, en effet, à succomber aux troubles qui résultent de la paralysie glosso-labio-lanngée.
L'envahissement du diaphragme et des muscles intercostaux constitue également un danger imminent, la plus légère complication thoracique pouvant tout à coup faire périr par asphyxie.
Traitement. Lcs considérations précédentes montrent dans quel sens doit être institué le traitement de l'amyotrophie progressive. Il faut se préoccuper évidemment avant tout de circonscrire la lésion médullaire, de s'opposer à sa généralisation. Mais, jusqu'à présent, cette indication n'a été que bien rarement remplie. Duchenne croyant, jusque dans ces derniers temps, avoir affaire uniquement à une atrophie des muscles a, en effet, vulgarisé l'emploi de la faradisation localisée qui ne s'attaque, comme on l'a vu, qu'à l'altération secondaire. Cependant, dès 1856, Remak avait indiqué la nécessité de s'adresser à la cause même du mal dans les centres trophiques (il entendait par là les origines du grand sympathique), et, en 1864, il formulait nettement les principes qui doivent guider dans l'application des courants continus. L'une et l'autre méthode ont donné des résultats satisfaisants, et l'on s'accorde aujourd'hui à reconnaître la nécessité de les employer concurremment.
Remak a posé les conclusions suivantes :
1° Au début, la maladie paraît être de nature inflammatoire et nécessite des sangsues à la nuque.
2" Quand on ne peut employer les courants constants, on doit avoir recours aux douches chaudes pour réveiller l'excitabilité des cellules ganglionnaires centrales.
5" Il faut absolument rejeter l'emploi du courant induit ; dans des conditions favorables, le courant constant peut amener la guérison dans l'espace d'une année.
4° Même dans les cas invétérés dans lesquels l'atrophie des cellules ganglionnaires centrales et, par suite, l'atrophie des muscles existent déjà, les progrès de la maladie ne peuvent être arrêtés que par l'emploi du courant constant appliqué sur la moelle épinière, particulièrement sur la portion cervicale et sur les ganglions du grand sympathique.
L'exemple de Remak a été suivi par un grand nombre de médecins ; mais, même en Allemagne, on n'accepte pas l'opinion exclusive de cet auteur, et on combine l'emploi des deux électricités.
Ainsi Benedikt recommande la faradisation localisée et les courants continus. Ceux-ci peuvent être appliqués, d'après lui, suivant diverses méthodes que l'on combine au besoin : courants de la moelle aux nerfs — de la moelle aux plexus — de la moelle aux muscles — des plexus aux nerfs. Enfin il pense que la galvanisation du sympathique, qui aurait donné, dans quelques cas, des résultats favorables, doit également être utilisée en même temps que les movens précédents.
A l'exemple de Remak, Legros et M. Onimus rejettent complètement l'usage des courants induits appliqués directement sur les muscles atrophiés.
La méthode qu'ils recommandent est fort analogue à celle de Benedikt.
60 MUSCULAIRE (pathologie).
Il faut, disent-ils, pendant une partie de la séance, électriser uniquement la moelle avec un courant constant, d'une intensité moyenne, et pendant cinq à dix minutes appliquer l'électrode positive sur la moelle et l'autre sur les nerfs ou les plexus qui renferment les nerfs se rendant aux muscles atrophiés. On peut en même temps, pendant quelque temps, mais seulement pendant deux ou trois minutes, promener le pôle négatif sur les muscles malades, et faire de légères interruptions.
Comme on le voit, d'après ces auteurs, il n'est question que d'applications temporaires des courants constants. La galvanisation peut cependant être utilisée encore par un autre procédé, qui consiste à faire passer de la moelle à la périphérie un courant constant, mais faible, qu'on laisse en place pendant des jours ou des semaines. Si l'on a soin d'envelopper les petites plaques métalliques qui servent de rhéophores avec des compresses mouillées, il ne survient ni vésication, ni brûlure.
On doit d'ailleurs, en humectant les compresses, surveiller avec soin l'état de la peau, et suspendre la médication pendant plusieurs heures ou même un jour ou deux, dès qu'il survient de la rougeur.
Ce procédé, imaginé par M. L. Le Fort et sur lequel il a récemment insisté, me paraît mériter d'être étudié avec soin. {Des courants continus faibles et permanents dans le traitement des paralysies et des contractures, in Mem. de la Soc. de chir. mars, 187:2).
Bien que la faradisation localisée constitue une sorte de traitement symptomatique, Remak, Legros et M. Onimus ont été trop loin en la repoussant complètement. On ne saurait mettre en doute les bons effets que Duchenne en a obtenus dans certains cas. l\'est-il pas évident, d'ailleurs que, lorsque la lésion médullaire a une tendance naturelle à se circonscrire, ce qu'on voit quelquefois après la cessation de la cause qui l'a occasionnée, la faradisation ne peut que faciliter la régénération du tissu musculaire. Sans accorder à ce mode d'électrisation l'influence que M. Duchenne lui attribue sur les vaso-moteurs et les nerfs trophiques, on ne saurait, non plus, le considérer lorsqu'il est sagement appliqué comme un moyen, plutôt dangereux qu'utile, ainsi que Legros et M. Onimus le prétendent.
On ne devra donc pas se priver de cette ressource, à laquelle d'ailleurs certains auteurs, même parmi ceux qui préconisent la galvanisation, accordent une valeur incontestable.
Voici les procédés que Duchenne conseille :
a. Promener les rhéophores humides, aussi rapprochés que possible l'un de l'autre, sur la surface de chacun des muscles malades, avec un courant d'induction à tension plus ou moins grande, de manière à permettre à l'excitation d'atteindre tous les éléments anatomiques qui entrent dans la composition de ces muscles.
b. Exciter en général modérément les muscles, et appliquer un courant à intermittences éloiçrnées.
c. Faradiser seulement ceux des muscles atrophiés qui répondent encore à l'excitation électrique ; pai^mi ces derniers, faradiser de préférérence ceux dont les fonctions sont le plus utiles à l'usage des membres, enfin, terminer chaque séance par la faradisation légère des muscles les plus importants parmi ceux qui sont menacés d'être envahis par l'atrophie.
On a encore essayé de combattre la maladie à l'aide d'un grand nombre d'autres médications qui ont été employées seules ou concurremment avec l'électrisation.
MUSCULAIRE (pathologie). Cl
Les faits le plus importants sont ceux qui ont été publiés par Wetziar. Ils paraissent démontrer l'efficacité du traitement thermal par les eaux d'Aix-la- Chapelle, ce qui, certes, mériterait d'être vérifié.
Parmi les médications internes qui ont été préconisées, il n'y en a pas encore une seule qui ait fait ses preuves, et il nous semble qu'il vaut mieux ne pas parler de ces médications que d'encourager dans une voie qui pourrait faire perdre aux malades un temps précieux. 11 est cependant important d'essayer, chaque fois qu'on soupçonne l'existence de la syphilis, un traitement ioduré; mais on donnera l'iodure sans interrompre l'électrisation.
En terminant, nous proposerons encore l'essai d'un moyen, qui devrait toujours intervenir dans toute affection chronique de la moelle.
Nous voulons parler de l'application plusieurs fois renouvelée, à des intervalles plus ou moins éloignés, de pointes de feu sur le rachis dans les régions qui correspondent aux lésions médullaires.
Combinée à l'électrisation, il nous semble que cette révulsion énergique est appelée à rendre des services ; elle mérite au moins, vu son efficacité tout à fait remarquable dans certains cas (Compression de la moelle, mal de Pott, par Charcot) , d'être comptée au nombre des moyens rationnels à opposer à cette redoutable maladie. Georges Hayeji.
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L'état morbide connu depuis une vingtaine d'années sous ce nom est une maladie clu'onique propre à l'enfance ou à l'adolescence, caractérisée essentiellement : 1" par une diminution notable de la contractilité volontaire, qui, débutant en général par les muscles moteurs des membres inférieurs et les muscles spinaux lombaires, s'étend progressivement aux membres supérieurs et s'aggrave en même temps de manière à amener dans une période ultime l'abolition complète des mouvements; 2° par la disparition des libres musculaires primitives, l'épaississement du tissu conjonctif interstitiel, et la formation, au milieu de ce tissu, d'une quantité plus ou moins considérable de graisse, d'oii résulte une augmentation de volume, soit de quelques-uns (c'est l'ordinaire), soit de presque tous les muscles paralysés (c'est l'exception).
Maladie éminemment grave, la pseudo-bypertropbie musculaire marche à peu près constamment vers une terminaison fatale, tout en entretenant pendant longtemps les illusions des familles par l'apparence d'une riche musculature.
Cette nouvelle entité morbide porte un nom différent dans presque toutes les monographies qui en ont été faites. En 1861, Duchenne de Boulogne la signale sous l'appellation inexacte à tous égards de « paraplégie hypertrophique de V enfance de cause cérébrale » ; le nom de « paralysie pseudo-hypertrophique, » adopté plus tard par cet auteur, convient bien mieux, bien que les muscles privés du mouvement ne soient pas tous hypertrophiés. La simple désignation « d'hypertrophie musculaire » (Griesinger, Wernich, Stofella) ferait croire qu'il s'agit d'une augmentation numériiiue ou de volume des fibres charnues. Celle de « paralysie avec surcharge graisseuse interstitielle )) (Fritz et Tuefferd) implique à tort que l'abolition du mouvement est le résultat d'un trouble primitif de l'innervation motrice, et toutes les désignations qui emploient le terme de paralysie encourent le même reproche. Heller appelle notre maladie « lipomatose luxuriante progressive », Seidel « atrophie lipomateuse » , deux dénominations qui ne tiennent compte que de la substitution graisseuse, tandis que les termes de « paralysie myo-sclérique » (Duchenne) ou de « sclérose musculaire progressive » (Jaccoud) n'envisagent que l'hyperplasie du tissu conjonctif. La substitution graisseuse et la sclérose sont d'ailleurs deux altérations qui se rencontrent aussi, à un degré moindre il est \Tai, dans l'atrophie musculaire progressive.
Chacune de ces dénominations fait ressortir un fait essentiel de l'affection ; aucune n'est complète ni irréprochable. Le caractère objectif le plus saillant et le seul vraiment propre à notre maladie, c'est l'hypertrophie apparente d'un certain nombre de muscles ; nous voudi'ions pour cela consacrer ce caractère en conservant la simple appellation de « pseudo-hypertrophie-musculaire, » qui à l'avantage d'être brève joint celui de no, préjuger rien sur la prédominance du tissu conjonctif ou du tissu graisseux.
Historique. Les deux premiers cas qui appartiennent à l'histoire de la maladie qui nous occupe datent de 1856. Ils sont dus aux docteurs Coste et Gioja {Annal, clin. delV ospedale degl' incurabili di Napoli, 18o8j. On en trouve un résumé sommaire dans le mémoire de M. Seidel.
Dans les « Medico-Chirurgical Transactions, vol. XXXIV, 1852, p. 73 », le
MCT. ESC. -2° S. XI. 5
66 MUSCULAIRE-(pathologie).
docteur Meryon de Londres rapporte l'histoire de six petits malades, quatre frères d'une même famille et deux d'une autre, frappés tous les six d'une myopathie atrophique que l'auteur considère comme une atrophie musculaire progressive. Ces cas figurent sous cette rubrique dans bon nombre d'auteurs classiques; par exemple, dans Virchow {Handbuch der speciellen Pathol. u. Thérapie. Bd. I, p. 522) ; Hasse {Ibid., Bd. IV, p. 332) ; Friedberg {Pathol. u. Thérapie der Miiskel-Lâhmungen. 2. AuiT. S. 121 et 286). Des observateurs plus récents, MM. Hellcr et Sigmond et surtout Duchenne, ont assigné aux faits de M. Meryon leur vraie place en montrant, par une critique judicieuse, qu'ils appartenaient non à l'atrophie musculaire progressive, mais à la pseudohypertrophie.
Le 12 mars 1859, Rinecker présenta à la Société médicale de Wûrzbourg un garçon de huit ans et demi réduit, depuis sa plus tendre enfance, à ne pouvoir se servir qu'imparfaitement de ses extrémités inférieures : dimensions colossales des muscles du mollet, dandinement en marchant, impossibilité de poser le talon par terre, tumeurs musculaires semblables à celles du mollet sur le parcours des fléchisseurs du bras et de l'avant-bras, hypertrophie du cœur; tels étaient les symptômes observés : c'était la pseudo-hypertrophie. Rinecker, qui n'a pas la moindre idée de la nature de cette maladie, considère ces hyperti'ophies musculaires comme congénitales.
Les faits qui précèdent, présentés d'ailleurs comme des curiosités pathologiques, étaient trop isolés, trop incomplets surtout pour attirer l'attention. Aussi quand, en 1861, Duchenne, dans la deuxième édition de son livre {De lélectrisation localisée, p. 553), consacra un chapitre, bien imparfait sans doute, à \a. paraplégie hypertrophique de V enfance, de cause cérébrale, il signala, en réalité, une espèce morbide nouvelle qui doit prendre date à partir de cette époque et qui, comme tant d'autres maladies de la pathologie musculaire, doit son existence scientifique à cet observateur sagace et; infatigable. Duchenne, se fondant sur la conservation de la conlractilité électro-musculaire et l'existence des mouvements réflexes pendant les mouvements volontaires, admettait que cette paralysie, prédominante dans les membres inférieurs, reconnaissait une origine cérébrale. De là le nom de paraplégie hypertrophique de l'enfance, de cause cérébrale. Quant à l'augmentation du volume des muscles, elle était, selon lui, consécutive à cette paralysie, ordinairement congénitale, et en interprétant sti'ictement son texte on ne peut guère douter qu'il ne l'ait rapportée à une hypertrophie de la partie contractile des muscles, analogue à celle que l'on observe à la suite de l'exercice très-actif de l'un quelconque de ces organes.
U y avait là, sans doute, quelques vues erronées inévitables en l'absence d'autopsies. Mais cette affection nouvelle avait son nom inscrit dans le cadre nosologique ; elle était signalée à l'attention des observateurs et il ne tarda pas à se produire une série de faits entièrement conformes dans leurs caractères les plus saillants à ceux produits par Duchenne.
Ces faits sont auj ourd'hui au nombre de soixante-dix, en y comprenant ceux qui ont été publiés avant 1861. Nous ne mentionnerons ici que ceux qui, par l'impoi-tance des recherches auxquelles ils ont donné lieu, marquent plus spécialement dans l'histoire de cette maladie, renvoyant pour les autres à notre indice bibliographique.
La première observation qui suivit la publication de celle de Duchenne
MUSCULAIRE (pathologie). 67
mente d'être signalée par la lucidité des déductions qui y sont aiuiexées. Elle ;» été recueillie dans le service de M. le pi'ofesseur Schulzenberyer, de Strasbourg, et rapportée par M. le docteur Spielmann qui la fait suivre, à défaut d'autopsie, de considérations épicritiques dans lesquelles il pressent la vérité sur tous les points fondamentaux de cette affection.
Celle-ci n'est pas d'origine cérébrale, car chez son malade les fonctions du cerveau étaient intactes. D'un autre côté, l'inégale répartition de la paialysie, l'absence de troubles dans l'excrétion de l'urine et la défécation, font repousser l'hypothèse d'une affection de la moelle. En résumé, l'auteur , qui a de la tendance à rapporter la paralysie mjopathique en question à l'atrophie musculaire progressive, se trouve conduit à admettre, soit une lésion de nutrition du système musculaire, soit une altération des nerfs trophicjues, peut-être même des racines antérieui'es, chacune de ces altérations pouvant être cause ou effet de l'autre. Quant à l'hypertrophie des gastro-cnémiens, dit M. Spielmann, elle paraît être réelle. Mais, ajoute-t-il, « nous employons à dessein le verbe paraître, puisque notre conviction n'est pas complète à cet égard; l'hypertrophie peut être due au développement du tissu adipeux dans l'intérieur du muscle, n Il est clair, d'après cela, que l'auteur a pressenti les deux caractères fondamentaux de l'affection en question : la nature purement myopathique de l'akinésie et l'apparence pseudo-hypertrophique des muscles augmentés de volume. Ces deux pressentiments ne devaient pas tarder à être justifiés.
En effet, en 1865, Griesinger publia un fait qui mérite de prendre date dans l'histoire de la paralysie pseudo-hypertrophique. L'une des suppositions émises par M. Spielmann de Strasbourg, à savoir que l'augmentation de volume des muscles pouvait bien être due au développement d'un tissu pathologique, fut conlirmée pour la première fois par l'examen histologique pratiqué sur un fragment excisé du deltoïde par le professeur Billroth. Et, à peu près à la même époque, Eulenburg et Colmheim, dans la première autopsie qui fut faite, trouvèrent le système nerveux central intact, et vinrent ainsi prêter un fondement à l'autre déduction du médecin de Strasbourg, à l'indépendance de la maladie par rapport au système nerveux central. En 1866, paraît un travail de M. Ileller sur quatre nouvelles observations auxquelles sont annexées des considérations intéressantes sur l'étiologie, l'anatomie pathologique et la nature de la maladie. L'auteur fait ressortir ses nombreux points de contact avec l'atrophie musculaire progressive, et conclut qu'elle doit être envisagée comme une paralysie purement myopathique.
Profitant de toutes ces données, et de trois cas personnels, le docteur Seid«l publia, en 1867, un travail étendu qui est une monographie complète. L'auteur rapporte sommairement toutes les observations connues jusqu'à lui et leur emprunte les éléments d'une bonne étude où les traits fondamentaux de la maladie sont nettement mis en relief.
L'année suivante, en 1868, Duchenne, de Boulogne, qui, depuis 1861, avait eu l'occasion d'obsei-ver douze enfants atteints de cette singulière affection, lui consacra un long mémoire où, rectifiant quelques-unes des idées émises dans son travail de 1861, il donne une description magistrale à laquelle nous aurons largement à emprunter.
A partir de ce moment, la pseudo-hypertrophie musculaire est nettement déterminée dans ses caractères cliniques et anatomiques, et les observations ultérieures que nous nous dispensons de mentionner ici n'y ajoutent plus rien
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d'essentiel. Nous pourrions toutefois faire une exception pour les recherches histologiques que M. Charcot a faites, il y a trois ans, sur les muscles et le système nerveux dun jeune malade mort dans le service de M. le docteur Berj^eron. Ces recherches forment un complément important pour l'anatomie pathologique, et nous aurons lieu d'y revenir plus loin.
Symptomatologie. Marche. Durée. Terminaison. Les phénomènes morbides principaux qui apparaissent régulièrement dans le cours de la paralysie myo-sclérosique peuvent être rangés, d'après leur ordre de succession, de la manière suivante : 1" affaiblissement des membres inférieurs au début: 2" balancements latéraux du tronc et écartement des jambes pendant la déanibulatiou ; o" ensellure (lordose) dans la station debout et la marche ; 4° équinisme avec griffe des orteils ; 5° hypertrophie apparente de certains groupes de muscles et le plus souvent de ceux des mollets ; 6" généralisation et aggravation de la paralysie.
1" Affaiblissement des membres inférieurs au début. Le symptôme le plus constant dans toutes les observations, celui qui ouvre la scène, qui domine pendant toute la durée de la maladie, c'est l'affaiblissement progressif des muscles de la volonté. Cet aflaiblissement débute constamment par les extrémités inférieures, s'y arrête plus ou moins longtemps, mais finit toujours par envahir ultérieurement les muscles du tronc et des extrémités supérieures, alïectant ainsi une marche inverse de celle de l'atrophie musculaire progressive. Le symptôme initial se révèle donc dans les troubles de la locomotion. Lorsque la maladie est congénitale ou qu'elle se développe dans les premiers mois après la naissance, le moment de son début est sans doute difficile à saisir; il n'y a ni fièvre, ni convulsions, ni douleur ; les enfants présentent tous les attributs d'une santé excellente; cependant, quand, vers l'âge de un an, on essaie de les faire marcher, ou ils s'affaissent, ou ils se montrent d'une maladresse insolite, n'exécutent aucun des mouvements instinctifs de la progressmn, se fatiguent vite, pleurent jusqu'à ce qu'on les reprenne dans les bras, et quand enfin, tardivement, vers l'âge de deux ou trois ans, ils se mettent à marcher, leurs mouvements sont lents, incertains, maladroits, dépourvus de vivacité. Ces troubles de la locomotion contrastent avec le beau développement des membres inférieurs qui alors n'offrent encore rien d'exagéré dans leur volume. Aussi les familles restent-elles indifférentes à cet état de choses jusqu'à ce que viennent se développer les symptômes ultérieurs.
Leur attention et leur inquiétude sont bien plus tôt mises en éveil quand la maladie se développe à une époque où l'enfant a déjà marché. Sans douleur, sans fièvre, quelquefois à la suite de convulsions, le petit sujet se fatigue plus vite pendant la marche ou la station debout ; ce symptôme va en s'accroissant peu à peu ; il arrive un moment où il devient tellement pénible que le petit malade se refuse à faire tout mouvement. Souvent à cette fatigue se joint une ilduleur plus ou moins vive dans les jointures, déterminée peut-être par la distension des ligaments, les surfaces articulaires n'étant plus maintenues en contact par les muscles malades. Peu à peu, à la fatigue succède l'impossibilité d'exécuter certains mouvements malgré les efforts de volonté les plus énergiques ; l'activité fonctionnelle des muscles diminue manifestement, il y a paralysie.
Ce sont surtout les mouvements qui exigent une flexion énergique des jambes, le soulèvement des pieds et des cuisses du sol, qui se montrent de bonne
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heure iiolablement gênés. Les petits malades butent sans cesse en marclianl ; quand ils courent, le moindre obstacle les fait tomber. Montent-ils un escalier, ils se cramponnent avec les mains à la rampe, et supple'ent par le concours des bras à l'insuftisance de leurs extrémités inférieures.
Le sentiment de la fatigue et l'impuissance motrice sont l'expression des troubles nutritifs survenus dans les fibrilles musculaires.
2° Écartement des jambes, halancement latéral du tronc, dandinement pendant la déambula tion, lordose. L'affaiblissement de certains groupes musculaires donne lieu à des attitudes spéciales, à des manœuvres bizarres, à des déformations qui sont signalées dans toutes les observations.
L'attitude, pendant la station et la dëambulation, se caractérise par deux symptômes à peu près constants : une courbure lombo-sacrée, plus ou moins prononcée, et l'écart ement des jambes.
Au début, il y a simplement un léger renversement du ti'onc en arrière ; mais la courbure se prononce de plus en plus jusqu'à produire une sorte de lordose dorso-lombaire telle, qu'un fil à plomb, tombant de l'apophyse épineuse située sur le plan le plus postérieur, passe à une distance plus ou moins grande de la face postérieure du sacrum. Cette attitude du tronc dans laquelle le centre de gravité se trouve porté en arrièi'e du promontoire a pour cause la parésie des extenseurs principaux de la colonne vertébrale (les spinaux lombaires) et pour but de prévenir la chute en avant en faisant supporter le poids du corps par les muscles fléchisseurs de la colonne (les muscles de l'abdomen). La courbure exagérée de la colonne lombaire tend à ramener quelque peu en avant le centre de gravité qui serait porté trop en arrière. Dans la situation assise au lit, les malades, ne redoutant plus de tomber en avant, laissent, entraînés pai" leur poids, incliner le tronc en avant ; l'ensellure dorso-lombaire disparait, il y a au contraire cyphose.
Lorsque le tronc est fléchi, le malade est dans Limpossibilité de le redresser par la contraction des extenseurs de la colonne vertébrale ; il n'arrive à ce résultat qu'indirectement, en soulevant peu à peu le tronc à l'aide des extrémités supérieures arc-boutées sur les cuisses. Ce n'est encore que par le concours exclusif des bras qu'il parvient à se relever de la position horizontale, lorsque les muscles psoas sont malades. Enfin veut-il s'asseoir, il fléchit lentement et graduellement les genoux, puis tout à coup se laisse tomber brusquement sur le siège comme une masse inerte.
L'affaiblissement des membres inférieurs et l'incertitude de l'équilibre portent, dès le début, les petits malades à écarter instinctivement les jambes pendant la station afin de se donner une base de sustentation plus large. En même temps, lorsqu'ils se tiennent debout, ils inclinent le corps sur le pied le plus valide, ou, quand ils marchent, du côté oii ils posent le pied sur le sol; il en résulte des inclinaisons latérales et alternatives du tronc, une sorte de dandinement dû à la faiblesse des muscles moyen et petit fessier et qui peut être considéré comme l'un des caractères principaux de la paralysie pseudo-hypertrophique.
Une des déformations les plus constantes est l'équin bilatéral. Peu prononcé d'abord, il augmente progressivement jusqu'à ce que, dans la station, le malade ne puisse plus mettre le talon en contact avec le sol : le dos du pied se trouve dans l'axe du tibia en même temps ; le bord interne s'élève, la voûte plantaire augmente, et les premières phalanges se placent peu à peu dans une
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extension exagérée sur les tètes des métatarsiens, tandis (jue les deux dernières sont infiéchies ; eu un mot, les orteils prennent la forme d'une griffe. Cette dél'urniation, qui ressemble tout à fait à l'équin produit par la contraction ou la rétrauliou du triceps jambier, reconnaît, en réalité, pour cause la prédominance d'action énorme des extenseurs du pied sur les flécliisseurs, car chez ces malades l'extension du pied se fait assez puissamment, tandis que le mouvement inverse est toujours d'une extrême faiblesse. En outre, ces équins sont inéductibles, ce qui les dislingue des équins par contracture que l'on observe dans les affections cérébrales.
■ Les symptômes que nous venons de décrire constituent la première période (période paralytique simple) dont la durée (quelques mois à un an), lelativement courte, est difficile à délorminer exactement, car le début échappe ordinairement à l'observation du médecin. Les troubles fonctionnels observés dans celle période vont en se prononçant davantage dans la suivante où nous allons voir survenir l'augmentation excessive de volume d'un plus ou moins gi'and nombre de muscles.
0° Hypertrophie musculaire apparente. A l'affaiblissement des muscles viennent se joindre, après un temps variable, des modifications de volume qui caractérisent une nouvelle phase de la maladie.
Parmi les muscles, les uns s'hypertrophient, les autres s'atrophient. La pseudohypertrophie constitue le phénomène le plus saillant de cette maladie, celui qui lui imprime son cachet particulier. Elle forme un contraste des plus remarquables avec l'état de paralysie des muscles, et, pour cette raison, entretient souvent les illusions des parents séduits par cette apparence de richesse de la musculature. L'augmentation de volume des muscles peut atteindre des dimensions colossales. Elle a été jusqu'aujourd'hui observée sur presque tous les muscles, mais elle ne s'étend pas forcément à tous ; le plus souvent même elle se localise sur certains groupes. Elle se montre d'abord et le plus constamment dans la masse des muscles du mollet ; dans toutes les observations presque sans exception, c'est l'augmentation de volume des gastro-cnémiens qui a tout d'abord attiré l'attention des personnes chargées de soigner les petits malades ; plus tard, ces muscles régulièrement développés et d'une grosseur démesurée font de tels reliefs à travers la peau, que les membres présentent quelquefois des formes herculéennes. Des muscles du mollet, l'hypertrophie s'étend progressivement et symétriquement à d'autres muscles ; ceux qui sont le plus communément atteints sont, par ordre de fréquence : les spinaux lombaires, le deltoïde, les fessiers, puis le carré des lombes, le tenseur du fascialata, le grand dentelé, les muscles de l'abdomen, ceux de l'omoplate, les adducteurs et les fléchisseurs de la cuisse, le biceps brachial, le trapèze, même les muscles de la langue (observations de Coste et Gioja et de Chvostek). La dégénérescence fonctionnelle et nutritive affecte donc dans son envahissement progressif une marche ascendante. Je ne sache pas d'observations où la pseudohypertrophie se soit généralisée à tous les muscles ; le plus souvent elle se localise à quelques endroits, surtout aux mollets. Toutefois, dans l'observation de M. Bergeron, rapportée dans le mémoire de Duchenne, on voit, que, à l'exception des pectoraux, des grands dorsaux, des sterno-mastoïdiens, elle a envahi tous les muscles des membres, du tronc, et même ceux de la face, surtout les temporaux. « Toutes les masses musculaires, à l'exception des pectoraux, présentent un volume véritablement monstrueux pour l'âge de
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l'enfant (dix ans), qui rappelle très-exactement l'hercule Faruèseet les études de musculature de Michel-Ange. »
Dans les observations de Meryon et de Coste, l'hypertrophie s'était également étendue à tous les muscles du corps. Dans la deuxième observation de Coste et Gioja, et dans celle de Rinecker, il est question de l'hypertrophie du cœur. Mais il reste douteux si cette hypertrophie doit revenir à notre maladie ou à une complication accidentelle.
Il serait cependant inexact de croire que dans la paralysie pseudo-hypertrophique tout muscle affaibli doit augmenter^ plus ou moins de volume. Bien loin de là : à côté de cette richesse apparente qui domine dans les masses musculaires des extrémités inférieures, on voit au contraire l'atrophie prédominer dans la partie supérieure du tronc : l'amaigrissement de quelques muscles contrastant avec le développement excessif des autres, est donc un des caractères constants de la paralysie pseudo-hypertrophique. Cette diminution de volume a été surtout observée sur les muscles du thorax, puis dans ceux de l'omoplate, de l'abdomen, de la colonne vertébrale, dans les adducteurs et les fléchisseurs de la cuisse, le deltoïde, le slerno-mastoïdien, mais jamais dans les muscles du mollet. Il résulte de la comparaison des observations entre elles que les mêmes muscles peuvent être tantôt épaissis, tantôt atrophiés. D'un autre côté, il n'est pas rare de rencontrer dans un même muscle les deux modifications de volume dont il vient d'être question. Ainsi, par exemple, l'une des extrémités est hypertrophiée, l'autre atrophiée ; souvent l'hypertrophie n'est pas régulière : certaines parties sont plus proéminentes, et lors des contractions dessinent à la surface des sortes d'intumescences plus ou moins dui'es. Enfin les muscles paralysés présentent quelquefois un volume normal pendant tout le cours de la maladie. Cette proposition s'est vérifiée pour tous les muscles, à l'exception toutefois de ceux du mollet. M. Duchenne a rencontré des sujets chez lesquels l'affaiblissement musculaire était plus ou moins généralisé presque dès le début, bien que l'hypertrophie restât limitée aux muscles du mollet et aux spinaux lombaires, les autres muscles frappés d'inertie conservant à peu près leur volume.
De l'exposition qui précède, il résulte que les deux symptômes cardinaux, l'abolition fonctionnelle et le développement hypertrophique des muscles, ne marchent pas parallèlement. Dans la plupart de cas, l'affaiblissement des mouvements des jambes, du dos, durait depuis très-longtemps, depuis des années même, avant que l'on vît apparaître l'hypertrophie, et toujours celle-ci frappait des muscles plus ou moins privés de mouvement. 11 en résulte encore que la pseudo-hypertrophie ne succède pas nécessairement à la paralysie, et le degré de celle-ci n'est pas en raison directe du degré de la première; l'hypertrophie ne saurait servir de mesure à l'affaiblissement fonctionnel. On peut en voir la preuve dans l'action des extenseurs du pied qui, bien que considérablement hypertrophiés, l'emportent cependant sur les fléchisseurs beaucoup moins développés.
D'une manière générale, le volume du muscle ne nous permet de rien préjuger sur l'état de la fonction. Tantôt les muscles hypertrophiés et atrophiés sont également inertes, d'autres fois ils ont simplement subi une diminution lonctiomielle qui prédomine indistinctement dans les uns ou les autres. Le degré d'aptitude fonctionnelle, en un mot, ne dépend pas du volume des muscies. mais du nombre des fibres susceptibles de se contracter qui persistent au milieu du tissu fibreux ou graisseux.
Quoi qu'il eu soit, quels que soient le mode d'extension de la pseudo-hypertrophie et le moment de son apparition, l'augmentation de volume des muscles a lieu progressivement et met en général de un an à un an et demi à atteindre son maximum.
Pendant ce temps les autres symptômes, l'écartemeut des jambes, la difficulté de la marche, l'ensellure dorso-lombaire et le balancement latéral du tronc pendant la progression vont sans cesse en augmentant jusqu'à ce que l'hypertrophie apparente ait acquis un développement moyen ou excessif; après quoi la maladie reste stalionnaire pondant plusieurs années. Durant cet intermède, qui peut conduire les petits enfants jusqu'à l'adolescence, la santé générale se maintient bonne, les parents conservent des illusions jusqu'à ce que le mal entre dans une nouvelle et dernière phase, celle de la généralisation et de l'aggravation de la paralysie; alors l'impuissance motrice des membres inférieurs, devenue plus ou moins complète, condamne à jamais les petits malades au lit : à peine peuvent-ils encore imprimer quelques mouvements à leurs jambes et dans ces efforts les muscles dessinent des reliefs volumineux et durs, bien que l'effet sur les parties à mouvoir soit très-faible. Ce qui caractérise cette dernière période, c'est l'extension progressive de l'affaiblissement musculaire aux membres supérieurs et au tronc, dont les muscles, frappés d'impuissance, au lieu de grossir, s'amaigrissent et s'atrophient d'ordinaire.
Parvenu à ce point, réduit à ne plus pouvoir se servir de ses membres, le malade végète encore un an ou deux dans le marasme et finalement est emporté par une affection intercurrente.
La cause de la mort n'est notée que dans une dizaine de cas. 11 est digne de remarque que, dans la plupart de ces observations, la terminaison fatale a été amenée par une complication du côté des organes respiratoires : pneumonie morbilleuse (Meryon) ; bronchite et broncho-pneumonie (Eulenburg) ; pleuropneumonie et phthisie (Duclienne) ; affection laryngo-trachéale aiguë (Mei'yon, Wagner) .
Quelques autres phénomènes morbides. Dans l'exposition qui précède, nous avons cherché à mettre en relief les deux symptômes fondamentaux qui dominent toute l'histoire de notre maladie : l'abolition fonctionnelle et le changement de volume des muscles.
Pour compléter celte description, il convient de mentionner quelques autres phénomènes morbides moins essentiels^ La plupart des observateurs ont naturellement interrogé la contractilité électrique des muscles malades : mais les données fournies par eux sont passablement contradictoires ; les uns, ce sont les plus nombreux, proclament qu'elle est diminuée à des degrés variables, d'autres qu'elle est presque aussi parfaite que dans les muscles sains. Ces divergences proviennent sans doute du mode d'application du courant électrique et du degré d'altération des muscles. Lorsqu'en effet, ainsi que Wernich l'a déjà fait remarquer, on place les électi'odes directement sur le muscle hypertrophié, la réaction est plus ou moins faible, même nulle ; portés, au contraire, sur le nerf correspondant, les électrodes déterminent des contractions qui diffèrent peu de la norme. C'est que, dans le premier cas, le courant rencontre dans le tissu graisseux interstitiel, mauvais conducteur, une résistance plus ou moins grande à sa propagation ; dans le deuxième cas, au contraire, l'excitation perçue par le tronc principal est transmise facilement le long des filets nerveux à la totalité des fibres musculaires qui persistent encore, et qui répondent avec une énergie
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proportionnelle à leur nombre. En un mot, les effets du courant appliqué directement sur le muscle sont d'autant moins sensibles que les masses graisseuses interstitielles sont plus épaisses; ceux du courant extra-musculaire se mesurent, au contraire, strictement sur le nombre de faisceaux non détruits : on comprend d'après cela pourquoi ces derniers effets sont tout à fait en rapport avec l'énergie des contractions volontaires, attendu que les fibres musculaires intactes répondent avec une égale facilité aux incitations de la volonté et à celles de l'électricité portée sur le nerf correspondant. En général donc la contractilité électrique tend à diminuer de plus en plus au fur et à mesure que la graisse s'accumule et que les faisceaux striés disparaissent.
Dans quelques obsei'vations (Wagner, Lutz, Eulenburg), on signale des contractions iibrillaires dues sans doute à l'irritation exercée sur les branches nerveuses inter-musculaires par les troubles nutritifs que nous révèle l'anatomie pathologique. Il est question aussi çà et là de contractions involontaires réflexes, de crampes ; et, du côté des fonctions psychiques, de retard de la parole, d'intelligence obtuse, d'idiotie même (une fois). Mais dans le plus grand nombre des cas aucim trouble cérébral ne s'est montré dans le cours de la maladie.
Chez plusieurs malades (Schiitzenberger, Behrend, Eulenburg, Wernich, Griesinger) , on a signalé du côté de la peau des extrémités inférieures des colorations variables : teinte rosée, rouge marbrée ou rouge bleuâtre ; d'autres fois un développement plus prononcé du système veineux. Ces symptômes expriment sans doute des troubles dans la circulation capillaire, mais on n'a pas le droit d'en déduire une perturbation primitive dans l'innervation vaso-motrice, car on les rencontre dans les paralysies musculaires de toute nature. Ils sont probablement l'expression de la stase sanguine, due à l'absence de contractions musculaires et au travail inflammatoire chronique dont les muscles sont le
siège.
Les diverses formes de la sensibilité sur lesquelles le docteur Seidel a plus spécialement fait des recherches minutieuses chez ses deux malades se comportent à peu près normalement. Parfois la sensibilité douloui'euse a paru un peu exagérée, surtout au pourtour des articulations des membres paralysés, le genou, par exemple, où l'électrisation et les mouvements passifs étaient difiicilement supportés. Mais, d'une manière générale, à part les modifications de coloration, les investigations du côté de la peau ont donné constamment des résultats négatifs.
La température axillaire, prise dans un grand nombre d'observations, surtout dans celles de Seidel, s'est toujours montrée normale.
Ce même observateur a pris soin aussi de montrer que les muscles malades, en se contractant, produisent moins de calorique que dans l'état sain. Il a institué dans ce but des recherches très-précises desquelles il résulte que l'acmé de la température y est bien inférieur à l'acmé normal : rarement celui-ci se trouve atteint et, dans ce cas, ce n'est qu'aux prix de contractions prolongées bien au delà de la durée nécessaire dans les conditions ordinaires.
Ce résultat pouvait être pi-évu d'après le caractère des lésions anatomiques : il s'agit, ainsi que nous le verrons, de deux altérations qui marchent parallèlement : l'atrophie des fibrilles, et la substitution du tissu cellulo-adipeux ; la première réduit la production du calorique, la deuxième interpose un corps mauvais conducteur de ce dernier, d'où l'élévation moindi'e et l'ascension plus lente de la température.
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La respiration et la circulation n'ont jamais rien présenté de particulier. Il en est de même des fonctions digestives ; plusieurs observatem-s mentionnent de la tendance à la constipation.
L'exposition symploniali(juc qui précède fait suffisamment ressortir la marc/ie, la durée, la terminaison de la maladie, pour que nous croyions inutile de revenir sur ces questions dans un chapitre spécial. Nous nous bornerons, en terminant ce paragraphe, à nous résumer dans les lignes suivantes.
La paralysie pseudo-hyperlrophique présente dans sa marche trois périodes :
1° Une période d'affaiblissement des mouvements limité, en général, aux muscles moteurs des extrémités inférieures. Sa durée varie de quelques mois à un an. C'est dans cet intervalle que l'on voit aussi ordinairement apparaître la courbure lombo-sacrée, l'écartemcnt des jambes et le dandinement pendant la déambulation ;
2° L'hyperlrophie apparente des muscles caractérise la deuxième période. Elle débute constamment par les gastro-cnémiens et s'étend de là progressivement et symétriquement à d'autres muscles affaiblis du segment inférieur du corps. Cette phase, qui dure de un à deux ans, et pendant laquelle l'augmentation de volume arrive à son maximum, est le plus souvent suivie d'un temps d'arrêt : celui-ci embrasse plusieurs années durant lesquelles la situation des malades resfe stationnaire ou s'amende même momentanément : amélioration illusoire, car cet intermède aboutit lentement et fatalement à la troisième période ; dans cette dernière étape de la maladie, la paralysie des extrémités inférieures devient complète ; l'impuissance motrice s'étend aux muscles des bras, du thorax, de la face, à ceux au moins qui ont été ménagés dans la première période. La [tlupart de ces muscles, au lieu de s'hypertrophier comme ceux des jambes, s'atrophient, au contraire, comme dans l'atrophie musculaire progressive. Le malade, condamné à jamais au lit, tombe peu à peu dans le marasme, et le plus souvent une maladie intercurrente (bronchite, pneumonie, phthisie) vient mettre lin à son existence. La durée moyenne de la maladie dans les cas mortels a été de dix à douze ans.
Anatomie pathologique. Exposé clss faits. Dans ses premières recherches sur celte maladie, Duchenne de Boulogne, manquant d'autopsies, ne put émettre que des suppositions sur l'altération des muscles et l'état du système nerveux central. Aujourd'hui même encore, les relations nécropsiques sont rares, bien que la maladie soit constamment mortelle. Mais dans leur impatience d'être édifiés sur là nature de l'hypertrophie musculaire, les observateurs n'ont pu se résigner à attendre les investigations cadavériques, et ils ont osé exciser sur le vivant même des fragments de muscle pour les soumetti'e à l'étude.
M. Billroth le premier, en 1865, fit cette opération chez le malade de Criesinger. Un petit fragment excisé du deltoïde se montra à sa surface et dans son épaisseur d'un jaune pale, et au microscope on y trouva une telle quantité de graisse que l'on aurait pu concevoir des doutes sur son origine, si l'on n'avait eu la certitude de l'avoir emprunté au deltoïde. Au milieu de ce tissu adipeux se trouvaient d'ailleurs éparses en plus ou moins grande quantité des fibrilles musculaires présentant les vai'iations ordinaires de leurs dimensions, sans atrophie ni dégénérescence granuleuse ou graisseuse de la substance contractile ; bret elles étaient normales. Sur des coupes transversales faites sur du muscle durci par la dessiccation, on trouva au milieu de ces masses graisseuses le tissu conjonctif inter-fibrillaire notablement épaissi. Peut-être, ajoute Griesinger dans
sa petite note, le développement du tissu adipeux a-t-il été précédé de l'hypertrophie de la substance conjonctive.
Heller, Wernich, suivirent l'exemple de Griesinger et arrivèrent à des résultats iuialogues aux siens ; des fragments de muscles excisés sur le vivant montrèrent toujours un énorme développement de la graisse entre les faisceaux et les fibres dissociés, raréfiés, mais normaux quant à leur structure intime. Sur des muscles atrophiés, Wernich, toutefois, a trouvé, outre la prédominance du tissu adipeux, des fibrilles manifestement atrophiées, car les variations de leur diamètre oscillaient entre 7 et 55 millièmes de millimètre et donnaient une moyenne de 17, tandis que chez les enfants et les adultes, 10 mensurations ont fourni pour limites extrêmes 17 et 34 millièmes de millimètre et une moyenne de 24,7.
Seidel, suffisamment édifié par les résultats précédents sur les altérations nuti'itives des muscles hypertrophiés et atrophiés, et dans le but de s'éclairer sur les phases initiales du processus, eut l'idée d'exciser et d'examiner un fragment d'un muscle à peu près intact, quant à sa forme et à sa puissance fonctionnelle (mesurée au dynamomètre) : c'était le fléchisseur commun superficiel des doigts. L'examen histologique pratiqué par le professeur MûUer fui complètement négatif : pas de dépôt graisseux interstitiel, structure et dimensions normales des fibrilles.
La première autopsie qui fut faite avec connaissance de cause (nous ne parlons pas de celle de M. Meryon, puisque cet observateur s'est mépris sur la nature du fait qu'il avait observé) fut celle du malade de M. Eulenburg, pratiquée par M. le docteur Cohnheim. Le développement énorme du tissu adipeux dans le sein des muscles hypertrophiés fut de nouveau vérifié, et, chose importante, l'intégrité du système nerveux central et ganglionnaire fut pour la première fois reconnue. M. Cohnheim a ensuite étudié avec un soin spécial l'état des faisceaux primitifs dans les muscles malades. Sur des fibres isolées par une coction lente dans l'alcool additionné d'un peu d'acide clilorhydrique, cet histologiste a constaté des striations aussi nettes qu'à l'état normal, fibres bien différentes, par conséquent, de celles de l'atrophie musculaire progressive, où la dégénérescence graisseuse précède toujours l'atrophie. Mais le volume de ces fibrilles s'éloignait de beaucoup de l'état normal. Dans les muscles atrophiés, elles étaient réduites au cinquième ou au sixième du volume normal, mais elles ne présentaient aucune modification appréciable dans leur structure. Entre elles se trouvait un tissu fibroïde formé, selon Cohnheim, par les gaines du sarcolemme vide. Dans les muscles hypertrophiés, particulièrement dans le gaslrocnémien, elles étaient également atrophiées, moins toutefois que dans les muscles de la partie supérieure du corps; elles mesuraient en moyenne 0,025 de millimètre, par conséquent deux ou trois fois moins que les fibres normales ; ici point d'excès de tissu fibreux.
Telles sont les connaissances anatomiques, fruit de ces premières recherches faites de l'autre côté du Rhin ; elles nous éclairent sur la vraie nature de l'hypertrophie musculaire, et dissipent cette bizarre contradiction d'un organe dont la fonction diminue à mesure que le volume augmente. Bien que ce résultat soit dû aux excisions musculaires inaugurées par M. Billroth, nous ne saurions approuver cette méthode qui, sans aucune utilité pour les malades, les expose à tous les accidents des plaies qui suppurent.
Nous nous associons donc pleinement à la critique sévère que le docteur Fritz a adressée à M. Billroth et à ses imitateur-?.
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Eu France, Dnchenne (de Boulogne), dès 1864, à peuples en même temps que Gricsinger, a songé à étudier sur le vivant même la nature de cette singulière altération musculaire. Pour se procurer de petits fragments de muscles, il se servit d'abord du harpon de Middeldorlï, employé en Allemague pour aller à la recherche des muscles trichinoses de l'homme. Mais peu satisfait de cet instrument, il en imagina un autre, l'emporte-pièce histologique (la description de ce petit appareil figure dans son Mémoire sur la paralysie pseudo-hypertrophiqiie. Arch. de méd., 1868), à l'aide duquel il a réussi à chercher de petits fragments dans la profondeur des muscles sans provoquer beaucoup de douleur et sans exposer les petits malades aux accidents d'une plaie ordinaire. Mais si, d'un côté, ce procédé ne comporte aucun des inconvénients de l'excision, il donne peut-être, d'un autre côté, des résultats moins complets. Ainsi les parcelles musculaires amenées par l'emporte-pièce peuvent bien être étudiées par la dissociation, mais elles sont trop petites pour se prêter aux coupes, aux études d'ensemble. Ensuite on peut se demander, avec M. le professeur Charcot, si dans cette petite opération les îlots de tissu conjonctif ne sont pas entraînés de préférence par l'instrument, qui saisirait, au contraire, beaucoup plus difficilement enti'e ses mors les agrégats de cellules adipeuses. Quoi qu'il en soit, c'est en lévrier 1864 que Duchenne a pour la première fois enlevé, à l'aide de son instrument, chez le petit garçon de huit ans qui fait le sujet de l'observation Yll de son mémoire, des fragments des muscles jumeaux et deltoïdes. Par la dissociation, on constata que des fibres musculaires peu nombreuses se trouvaient mêlées à une quantité considérable de tissu fibreux interstitiel, au milieu duquel étaient disséminées en plus ou moins grand nombre des vésicules adipeuses de grosseurs différentes. La plupart des fibres avaient conservé lem* diamètre normal. Quelques-unes cependant étaient amincies d'un tiers ou de moitié ; presque toutes avaient conservé leur striation, mais elle était beaucoup plus lîiie qu'à l'état normal.
En 1867, Dudieime eut l'occasion de répéter ses recherches sur un autre petit malade, celui de M. Bergeron (observation XII du mémoire) dont il sera encore question. A des intervalles assez éloignés, des fragments furent enlevés, à l'aide de l'emporte-pièce, sur différents muscles hypertrophiés, et soumis à l'étude histologique par M. Ordonez. Les résultats furent tout à fait concordants avec les précédents : fibres musculaires enclavées dans une trame épaisse et serrée de tissu conjonctif, normales quant à leur volume, très-finement striées, dépourvues de striation sur place ou avec striation longitudinale sur d'autres.
Quatre années plus tard, ce jeune malade succomba et les principales pièces -!e l'autopsie communiquées à M. le professeur Charcot lui donnèrent l'occasion le faire l'étude histologique la plus complète et la plus précise que nous possédions. Elle porta sur :
1" Divers fragments provenant des muscles pectoraux, sacro-lombaires, psoas,. qui avaient échappé à la pseudo-hypertrophie (le psoas était mèma un pea diminué de volume), et sur le deltoïde considérablement hypertrophié ;
2" Le renflement cervical et la moitié supérieure de la région dorsale de la moelle épinière ;
3° Divers tronçons pris sur les nerfs sciatiqucs, médians et radiaux :
4° Un fragment de la paroi musculaire du ventricule gauche.
Nous ne saurions mieux faire que de reproduire à peu près complètement la
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note dans laquelle M. Charcot rend compte de ses recherches avec sa concision ordinaire.
Muscles. Les altérations des psoas, pectoraux, sacro-lombaires, peuvent être considérées comme la première phase du processus morbide, les phases ultimes se trouvant représentées dans le deltoïde. Sur des dissociations et des coupes pratiquées dans les premiers muscles, on constate que les faisceaux musculaires sont séparés par des travées fibreuses épaisses, dépassant les dimensions de ces derniers, infiltrées de noyaux et de cellules fusiformes qui sont d'autant plus rares que l'évolution de l'altération paraît plus avancée.
Le développement de vésicules adipeuses entre les fibrilles conjonctives marque une nouvelle phase de processus. Discrètes d'abord et comme perdues au milieu des faisceaux conjonctifs, elles se multiplient peu à peu au point de se substituer à ces derniers. Cette substitution, à peine ébauchée dans les muscles non hypertrophiés, devient générale dans les muscles hypertrophiés. Ainsi les coupes transversales du deltoïde sont composées presque entièrement de masses de cellules adipeuses, tassées les unes contre les autres, au milieu desquelles on rencontre de loin en loin des ilôts de faisceaux musculaires, envjcloppés de toute part par des fibrilles, des tractus conjonctifs isolés, sans faisceaux musculaires, enfin, ce qui est le plus rare, des faisceaux musculaires isolés, dépouillés de leur enveloppe fibrillaire.
Ainsi, dans le psoas où l'altération commence, elle est caractérisée par l'épaississement des travées conjonctives qui séparent les faisceaux musculaires, sans traces de vésicules adipeuses; dans les pectoraux et les sacro-lombaires, où elle est plus avancée, celles-ci commencent à se montrer discrètement ; enfin, dans le deltoïde hypertrophié, la masse du tissu est presque entièrement composée par de la graisse substituée au tissu musculaire et au tissu fibreux.
En un mot, la néoformation fibreuse représente la phase initiale du processus, la substitution graisseuse, la période terminale, et à mesure que celle-ci progresse, le tissu fibrillaire et les faisceaux musculaires tendent à disparaître. De même que ses prédécesseurs, Wernich et Cohnheim, M. le professeur Charcot a constaté dès le début et poursuivi, dans toutes les phases de la maladie, une réduction de diamètre très-sensible dans les faisceaux musculaires ; l'atrophie est même telle sur beaucoup de points qu'il devient difficile de distinguer les fibres contractiles au milieu du tissu conjonctif interstitiel. Comme ses prédécesseurs, M. Charcot a vu aussi que jusqu'aux dernières limites de l'émacialion la gaine et les noyaux du sarcolemme se montrent intacts, la substance musculaire conserve sa striation et ne présente point de dégénérescence granulograisseuse. Il est tombé toutefois sur quelques rares exceptions qui lui ont montré des faisceaux dépourvus de striations, plus ou moins granuleux, ou striés distinctement en long ; ailleurs il s'en est trouvé dont la substance musculaire était divisée en fragments encore nettement striés, et entre lesquels se trouvaient accumulés des amas plus ou moins nombreux de noyaux distendant la gaine du sarcolemme. Mais, encore une fois, c'est là l'exception ; l'immense majorité des tubes n'a présenté, jusqu'au dernier terme, que les caractères de l'atrophie simple, sans multiplication des noyaux avec persistance de la striation en travers.
La description qui précède vient corroborer et compléter ce que les recherches antérieures nous avaient appris sur les altérations des muscles. Mais ce qui donne un haut intérêt à la relation de M. Charcot, ce sont ses investigations sur
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diverses parties du système nerveux. Ici nous n'avions qu'une autopsie avec résultat négatif, il en a été question plus haut; mais la moelle ayant été dans ce cas examinée à l'état frais ou après un durcissement incomplet, des lésions trèsfines, comme l'atrophie des cellules nerveuses motrices, et la sclérose des cornes antérieures, de la substance grise, auraient pu échapper à l'investigation. Le résultat négatif de M. Gohnheim méritait plus ample confirmation. Des coupes multipliées, pratiquées sur les parties les plus diverses des régions cervicale et dorsale de la moelle n'ont révélé aucune altération à M. le professeur Charcot- « Partout nous avons trouvé les faisceaux blancs antéro-latéraux et postérieurs dans un état d'intégrité parfaite ; la substance grise dont nous avons fait l'objet tout spécial de nos investigations ne présentait aucune trace d'altération. Les cornes antérieures n'étaient ni atrophiées ni déformées ; la névroglie y avait sa transpai^ence accoutumée et les cellules nerveuses motrices en nombre normal n'offraient dans les diverses parties qui les constituent aucune déviation du type physiologique. Ajoutons enfin que les racines spinales, tant antérieures que postérieures, ont paru parfaitement saines » [loc. cit., p. 255).
Il est inutile de faire ressortir l'intérêt qui s'attache à ces faits nécropsiques auxquels la haute compétence de l'éminent observateur de la Salpé trière donne une valeur absolue.
Description générale. Après avoir réuni dans l'aperçu qui précède les divers documents que nous possédons sur l'anatomie pathologique de la pseudo-hypertrophie, il ne nous reste plus qu'à résumer dans une description générale le caractère des altérations musculaires et leur mode d'évolutions tels qu'ils se dégagent de l'étude de ces faits.
La paralysie myo-sclérosique est caractérisée par une modification grossière du volume et de la structure de la plupart des muscles soumis à la volonté. Déjà à l'œil nu, on constate, outre l'hypertrophie ou l'atrophie, que la coloration rouge normale est remplacée par une teinte beaucoup plus pâle, ou même d'un blanc jaunâtre ; souvent toute apparence de la structure musculaire a disparu, le muscle paralysé ou non présente tous les caractères d'un lipome.
L'examen histologique fait sur des fragments frais dissociés, sur des coupes transversales et longitudinales, montre que les changements macroscopiques sont liés à trois altérations fondamentales dont la succession marque des phases diverses de la maladie.
Ce sont : 1" l'hyperplasie du tissu connectif interstitiel ; 2" l'interposition de vésicules adipeuses entre les faisceaux des fibres conjonctives ; 5" la diminution du diamètre transversal et l'atrophie simple des fibres musculaires au milieu du tissu connectif ou adipeux nouvellement formé.
Ces altérations siègent indistinctement dans tous les muscles paralysés, hypertrophiés ou atrophiés. C'est le degré qu'atteint l'hyperplasie conjonctive et lipomateuse qui fait la différence entre ceux-ci et ceux-là. A'ous pouvons eu dire autant pour la consistance vai'iable des masses musculaires à l'état de repos: dans certains cas les muscles hypertrophiés sont fermes, durs ; d'autres fois ils sont flasques, pâteux. Ces différences sont à rapporter à la masse, à l'âge du tissu conjonctif néoformé, au degré de tension qu'il développe dans les masses graisseuses par sa rétraction lente autour de ces dernières.
Dans leurs investigations histologiques, la plupart des observateurs allemands n'ont rencontré que de la graisse interposée entre les faisceaux musculaires, et pour cette raison la dénomination de lipomatose luxuriante a prévalu chez eux.
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tandis que les faits analysés par les observateurs français ont mis en évidence le rôle de 1 hyperplasie conjonctive. En présence de cette divergence qui évidemment repose sur des faits d'observations exacts, nous sommes amené à nous demander si elle ne tient pas à l'évolution même du processus, si la sclérose et la lipomatose ne sont pas des phases de la même lésion. Cette supposition vaguement avancée par Billroth, émise de nouveau et appuyée sur des faits et des réflexions judicieuses par Duclienne {loc. cit., p. 506), fut définitivement confirmée par M. Charcot auquel ses recherches ont permis de reconstituer en quelques sorte le mode d'évolution de l'altération musculaire. A l'origine, l'hyperplasie connective et l'atrophie simple d'un certain nombre de faisceaux musculaires sont les seules lésions qu'on observe. A cette époque, ou bien la substitution graisseuse fait complètement défaut, ou bien elle ne joue qu'un rôle évidemment accessoire. Cette première phase paraît répondre à la première période clinique, signalée paitous les observateurs, période dans laquelle les seuls symptômes appréciables consistent dans l'affaiblissement plus ou moins prononcé de certains muscles, ceux-ci ne présentant pas encore d'hypertrophie apparente. La deuxième période, période d'hypertrophie musculaire, est marquée par le développement, aux dépens des éléments conjonctifs, de vésicules adipeuses qui s'interposent entre les fibrilles conjonctives et s'y substituent peu à peu. D'habitude celte substitution graisseuse se fait assez rapidement ; dans quelques cas elle est tardive: le muscle alors s'atrophie quelque peu avant de subir l'augmentation de volume; c'est en effet au développement du tissu adipeux qu'il est redevable de son hypertrophie apparente, bien plus qu'à l'épaississement du tissu fibreux, principalement mis en cause par Duchenne. Dans les observations de Kuoll et deRussel, l'hyperplasie seule du tissu conjonctif sans infiltration graisseuse a donné lieu exceptionnellement à une certaine augmentation de volume, bien éloignée toutefois de ces hypertrophies colossales qui s'emparent des muscles vers la fin de la maladie et oii l'étude histologique a toujours montré pendant la vie et après la mort les caractères de la substitution graisseuse au plus haut degré.
11 est incontestable que le tissu fibreux interposé entre les faisceaux musculaires est de formation nouvelle, car au début, ainsi qu'il résulte des observations de MM. Billroth, Charcot, Knoll, Wernich, il est infiltré de jeunes cellules embryonnaires, arrondies ou fusiformes, provenant de la multiplication des éléments du périmysium internum.
Nous croyons donc inexacte l'opinion de M. Cohnheim d'après lequel ce tissu fibreux proviendrait uniquement du tassement des gaines vides du sarcolemme. Toutefois il n'est pas improbable qu'un certain nombre de celles-ci se trouvent mélangées avec les masses fibreuses néoformées ; il n'est pas impossible non plus que les noyaux du sarcolemme prennent quelque part à la néoformation. M. Charcot dans son cas, et M. Friedreich dans les deux siens, trouvèrent sur quelques points une prolifération très-manifeste des noyaux musculaires.
L'atrophie et la disparition des fibrilles musculaires marchent paiallèlement à l'hyperplasie fibreuse. Incontestablement il y a des fibres musculaires qui disparaissent, car si les masses graisseuses nouvellement formées venaient à s'ajouter au volume normal des muscles, le volume total devrait être trois fois plus considérable. Mais comment disparaissent-elles? Tous les observateurs notent avec soin que leurs diamètres sont diminués à des degrés variables, que cette diminution peut aller jusqu'au sixième de leur épaisseur normale, qu'elle est surtout prononcée dans les muscles atrophiés, mais qu'à part cette gracilité elles conservent
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jusqu'aux dernières limites de rémaciatioii leurs caractères normaux. La striation transversale, est-il dit partout, ne cesse d'être parfaitement accusée, les noyaux du sarcolemme ne sont ni gonflés, ni multipliés, et la substance musculaire ne présente aucune trace de dégénérescence graisseuse ; bref les fibres contractiles disparaissent généralement par l'atrophie simple, produite par la pression du tissu fibreux interstitiel, et, exceptionnellement, par la dégénérescence granulograisseuse que MM. Charcot, Cohnheim, ont rencontrée sur de rares points de leurs préparations ; frappant contraste avec l'atrophie musculaire progressive où l'atrophie est toujours précédée de la dégénérescence graisseuse des fibres ! Toutefois M. Meryon, dans sa relation nécropsique, mentionne que les fibrilles musculaires avaient subi une dégénérescence granulo-graisseuse aussi générale et aussi complète que dans l'atrophie musculaire progressive. Ce résultat isolé d'ailleurs est tellement on opposition avec les déclarations formelles et unanimes des autres observateurs, que jusqu'à nouvel ordre il faut le considérer comme exceptionnel, nous n;> voulons pas dire erroné, quoique dans l'espèce une erreur soit plus facile à commettre qu'on ne le croit : il suffit que des granulations graisseuses, provenant du tissu cellulo-adipeux interstitiel, viennent à recouvrir les fibrilles et à masquer les striations, l'image microscopique est alors suffisamment altérée pour donner le change à un observateur peu exercé.
Nous devons encore mentionner ici un autre détail relatif à la fibrille musculaire ; c'est la ténuité de la striation transversale signalée par Duchenne et KnoU, et à laquelle le premier de ces observateurs attache une importance diagnostique peut-être exagérée ; car les autres relations sont absolument muettes sur ce sujet, et d'après M. Ranvier, cité par M. le professeur agrégé A. Ollivier (in thèse d'agrég., p. 182, 1869), il serait douteux que ce fût là le signe d'un état pathologique.
Rappelons enfin, pour compléter cette étude anatomique, que dans les trois autopsies de MM. Meryon, Cohnheim et Charcot, le système nerveux central et périphérique fut trouvé absolument intact.
Pathogénie. Nature. Cet exposé de l'anatomie pathologique nous conduit naturellement à l'examen de la question pathogéuique et nosologique.
Avant 1861, Duchenne (de Boulogne) ayant constaté chez tous ses malades de l'obtusion intellectuelle, du retard de la parole, fut porté à rapporter la maladie à une lésion cérébrale. Depuis cette époque, l'intégrité complète des fonctions intellectuelles signalée dans presque toutes les observations, le développement insolite de l'intelligence dans quelques autres, sont venus démentir cette supposition que l'auteur d'ailleurs n'avait émise que sous toutes réserves, en attendant de nouveaux faits, et surtout les décisions de l'anatomie pathologique. Celles-ci, ainsi que nous l'avons vu, ont été formelles ; les trois autopsies que nous possédons sont unanimes à nous montrer l'intégrité parfaite du cerveau. La paralysie pseudo-hypertrophiqiie n'est donc pas une maladie susceptible d'être rapportée à une lésion cérébrale.
Ou ne saurait méconnaître que la pseudo-hypertrophie se confond, par beaucoup de points essentiels, avec l'atrophie musculaire progressive; de part et d'autre une paralysie lente envahit progressivement la plupart des muscles soumis à la volonté; de part et d'autre ces muscles subissent en mémo temps des altérations profondes dans leur structure. Des deux côtés encore la prédilection pour le sexe masculin et la prédisposition congénitale tiennent le premier rang dans l'étiologie. La similitude, comme l'on voit, est grande ; elle a
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paru suffisante à quelques-uns pour admettre l'identité. Friedreieli, entre antres, rejette le caractère primordial des lésions spinales dans l'atrophie musculaire progressive et confond celle-ci et la pseudo-hypertrophie dans une seule entité morbide, une myopathie primitive dont ces deux maladies ne seraient que des variétés produites par la différence de l'âge. Considérer comme secondaire l'atrophie des cellules spinales antérieures delà moelle, c'est émettre une opinion que les recherches si précises de ces dernières années ont rendue de plus en plus contestable. Mais quand 31. Friedreich proclame que la pseudo-hypertrophie n'est autre chose que l'atrophie musculaire progressive, modifiée par les conditions inhérentes à 1 âge, il oublie complètement que cette dernière maladie se montre chez les enfants avec les mêmes traits fondamentaux que chez les adultes, et pour toute argumentation nous le renvoyons aux études de Duchenne sur l'atrophie musculaire progressive de l'enfance. M. W. Muller refuse aussi toute autonomie à la paralysie myo-sclérosique, mais cette fois c'est au bénéfice de la lésion spinale considérée comme primitive : cet observateur avance que tous les faits groupés artificiellement sous ce nom pourraient être ramenés à l'une quelcon(pie des formes d'amyotrophie spontanée liée à l'atrophie des cellules nerveuses motrices de la moelle. Or, il nous semble difficile de réunir des faits aussi distincts. Les lésions musculaires qui se rattachent à l'atrophie des cornes antérieures sont caractérisées par la destruction granulo-graisseuse des fibres contractiles, sans production de tissu pathologique intermédiaire; dans l'espèce, au contraire, les faisceaux musculaires disparaissent par atrophie simple et au milieu d'une masse de tissu cellulo-adipeux telle qu'on n'en trouve dans aucune forme damvotrophie spontanée. En un mot, là les fibres deviennent graisseuses et meurent parce que leurs centimes trophiques sont peu à peu détruits ; ici elles s'atrophient lentement au milieu d'un travail phlegmasiquc local, comme la cellule hépatique dans la cirrhose. Au surplus, l'anatomie pathologique a parlé, et, bien que les faits nécropsiques soient rares, la question est tranchée dans le sens de l'intégrité absolue de la moelle, intégrité proclamée dans les trois autopsies que nous possédons. On pourrait être tenté de faire des réserves au sujet des deux premières dues à M. Meryon et à M. Cohnheim, mais les soins qui ont présidé à l'examen histolo gique de la moelle et la compétence spéciale de l'observateur doiment à la troisième, celle de M. Charcot, une valeur tout à fait décisive.
Nous devons ici mentionner un fait qui semble être en contradiction avec les trois précédents. Il s'agit d'une observation publiée par M. Otto Barth {In Arch. der Heilkiinde, 1871, p. J20j et rapportée par cet observateur à la paralysie pseudo-hyper trophique. L'autopsie, faite avec le plus grand soin, révéla, en outre de l'hyperplasie graisseuse d'un certain nombre de muscles paralysés, une sclérose symétrique et étendue des faisceaux latéraux de la moelle et une atrophie des cellules motrices des cornes antérieures. M. Charcot a soumis cette observation à une critique serrée de laquelle il ressort qu'autant par rhistnire clinique que par les lésions spinales, elle revient non à la paralysie [>seudo-hypertrophique, mais au type morbide sur lequel le premier il a appelé l'attention : l'atrophie progressive des cellules nerveuses des cornes antérieures, compliquée de la scléi-ose symétrique des cordons latéraux. Nous n'avons donc pas à tenir compte de. .cette observation ; elle ne porte aucune atteinte à notre conclusion : la paralysie pseudo-hyper trophique doit être considérée comme indépendante de toute lésion appréciable de la moelle épinière ou des racines nerveuses.
UCT. E.vc. 2^ s. \[. i;
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Les diverses anomalies dans lu eoloration el la température de la peau que nuus trouvons mentionnées dans beaucoup d'observations, et qui sont l'indice de troubles de la circulation capillaire, ont fait penser quelquefois à une altération primitive du grand sympntbique ou des nerlspériphériques. Cependant elles peuvent être associées aux jjaralysies musculaires de toute nature coumie manifestation de riivperéniie profonde due à l'inertie du muscle et dans l'espèce à la pblcgmasie cbronique. Au surplus, des reclierches directes tendent à mettre hoi's de cause le système nerveux périphérique. Cohnheim a vainement cherché des altérations dans le grand sympathique, et M. le professeur Charcot a trouvé toutes les apparences de l'état noi'inal dans l'examen liistologiquedes divers fragments provenant des nerfs sciatiques, médians et radiaux. Cet observateur a même poursuivi l'intégrité des filets nerveux jusque dans le sein des masses nuisculaires, à l'exception toutefois d'un cas oîi l'un des filets appartenant au psoas présenta une hypertrophie très-prononcée des cylindres axiles.
Malgré ces faits négatifs, nous ne saurions mieux faire que d'imiter la prudente réserve de M. le professeur CharcoL, au sujet des nerfs périphériques ; et nous nous bornerons à proclamer l'indépendance de la myopathie hypertrophique par rapport au cerveau et à la moelle, réservant la question des lésions nerveuses périphériques jusqu'à ce que de nouvelles recherches nous aient plus amplement édifié à ce sujet.
Que si maintenant on nous demande de définir notre maladie d'a[)rès les lésions hisktlogiques des muscles, nous serons amené à en faire une myosite interslitieUe chronique. Comme telle, elle se place à côté de ces altérations lentes des viscères auxquelles on a donné le nom de cirrhose ou de sclérose, avec lesquelles elle présente la plus grande analogie ; elle s'en distingue ]»onrtant par un trait caractéristique : la transformation en vésicules adipeuses des éléniL'nls du tissu coujonctif néoformé, transformation qui tôt ou tard s'empait fatalement d'un certain nombre de muscles. Mais il importe de faire remarquer qu'aucune des lésions musculaires que nous avons décrites n'est exclusive à la paralysie pseudo-hypertrophique et ne saurait suffire, par conséquent, à la caractériser, et c'est précisément j)our avoir mécomni ce fait que M. Otto Barth, ayant rencontré dans les muscles de son malade l'hyperplasie conjonctive et la substitution graisseuse à des degrés variables, a cru à tort avoir affaii'e à la paralysie pseudo-hypertrophique. C'est attribuer à ces lésions musculaires une valeur nosographiquc qu'elles n'ont pas. On rencontieen effet l'hyperplasie interstitielle ava' atrophie simple des fibres musculaires dans la paralysie, suitede lésions traumatiques des nerfs (Erb, Montegazzaj et dans la paralysie spinale infantile. Quant à la substitution graisseuse avec ou sans accroissement de volume, elle peut survenir aussi dans la paralysie spinale, dans l'atrophie musculaire progressive où nous l'avons constatée nous-mème; enfin, ajoute M. Charcot, à qui nous empruntons ces détails^ il semble que, dans ces cas, la substitution graisseuse des niuscKs se rattache quelquefois à une lipomatose généralisée (il en était ainsi dans l'observation de M. Barth) qui s'accuse par l'accumulation de la graisse non-seulemenf ■dans les musefes, mais encore sm' la peau et dans les viscères.
Diagnostic. Le diagnostic se fonde sur l'appréciation des symptômes cliniques et au besoin sur l'examen anatomique des muscles pendant la vie. Le» signes fournis par ces deux sources d'investigations sont assez nets, assez caractéristiques <lans leur ensemble pour qu'en général le médecin attentif ne rencontre pas de .difficulté sérieuse dans le diagnostic. Il suffit pour cela de se rappeler d'une part
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Uaffaiblisseinent initial des membres inférieurs, les moditicalions singulières Je la station, de la marche, auxquels vient se joindre tôt ou tard le phénomène objectif le plus caractéristique : l'hypertrophie d'un certain nombre de muscles ; d'autre part, les lésions histologiques des muscles paralysés, l'hyperplasie fibreuse, la substitution graisseuse, la raréfaction des fibrilles musculaires avec diminution de leur diamètre transversal, conservation de leur striation sans transformation granuleuse ou graisseuse.
Toutefois, avant que le diagnostic ne soit pour ainsi dire inscrit sur les membres des petits malades, il peut y avoir une réelle difficulté à se décider entre la paralysie pseudo-hypertrophique et quelques autres étals pathologiques qui présentent plusieurs caractères communs avec elle. Les maladies qui pourraient prêter à cette confusion sont l'atrophie musculaire progressive de l'enfance, la paralysie spinale atrophique, la marche tardive occasionnée par certaines lésions cérébrales ou par l'arrêt de développement de la faculté coordinatricequi préside à l'équilibration et aux mouvements instinctifs de la progression. Nous allons en quelques mots résumer les éléments du diagnostic en suivant 2>as à pas Duchenne (de Boulogne) qui en a tracé le tableau de main de maître.
Il résulte des observations de cet éminent médecin que ralro[)liie musculaire progressive de l'enfance débute de cinq à sept ans par les muscles de la face, particulièrement l'orbiculaire des lèvres, que quelques années plus tard, suivant comme chez l'adulte une marche descendante, elle s'étend aux membres supérieurs, au tronc, puis finalement aux membres inférieurs, détruisant toujours les muscles partiellement, irrégulièrement les uns après les autres, et qu'enfin, <lans cet envahissement successif, l'abolition du mouvement reste constamment subordonnée à l'atrophie et se mesure sur le degré de celle-ci.
Bien différents sont les caractères de la paralysie hypertrophique. Elle débute [lar les extrémités inférieures, procède de bas en haut, atteint rarement les muscles de la face que l'autre n'épargne jamais ; l'abolition du mouvement frappe d'emblée et simultanément un grand nombre de muscles moteurs dont (pielques-uns s'hypertrophient plus tard et qui, dans tous les cas, renferment encore des faisceaux striés au moment où ils deviennent impuissants.
Ces caractères sont précisément le contre-pied de ceux de l'atrophie musculaire progressive, et ce contraste clinique se retrouve encore sur la table d'autopsie qui nous montre, d'un côté, la dégénérescence granulo-gi-aisseuse des faisceaux musculaires, et, d'autre part, la sclérose, la substitution graisseuse et l'atrophie simple de la fibre avec conservation de sa striation jusqu'au dernier terme de l'émaciation.
Des distinctions non moins tranchées opposent la paralysie pseudo-hyperlrophique à la paralysie spinale infantile. Mouvement fébrile initial, paralysie soudaine complète et en masse, allant en diminuant et se localisant ensuite dans un plus ou moins grand nombre de muscles, contractilité électrique affaiblie dès le début dans les muscles paralysés, et revenant après un certain temps dans ceux dont le tissu n'a pas été altéré ; dans une période très-avancée, déformations partielles et variées des membres, atrophie des muscles, du tissu osseux dans la région où Tinnervation ne s'est pas rétablie : tels sont les caractères de la paralysie spinale, bien différents de ceux de la paralysie pseudohyjxirtrophique, qui jamais à aucun moment ne s'accompagne de lièvre ; qui. loin d'être soudaine, de présenter son maximum d'intensité et d'extension dès le début pour aller de là en s'atténuant débute, au contraire, par uti simple.
84 MLSLLLAIKE (paiuologie).
afl'aihlisseinenl des extrémités inférieures, lequel met des années à se généraliser et à devenir de la paralysie euniplète.
Rien de plus tranché que cette diversité d'allures : d'un côté, summum des accidents dès le début, et marche décroissante à partir de ce moment; de l'autre, début incertain, mais marche fatalement progressive de la paralysie, avec augmentation de volume dans certains muscles. Ici la contractilité électrique l'este normale ou diminue lentement ; là elle est affaiblie ou abolie dès le début, et elle revient peu à peu dans les muscles qui doivent récupérer leurs mouvements. Enfin, indépendamment des différences révélées par le microscope dans la lésion musculaire, l'anatomie pathologicjue nous montre, dans la paralysie spinale infantile, une lésion primitive des cellules motrices de la moelle ; dans la pseudo-hypertrophie, l'intégrité de l'axe céréhro-rachidion.
Un mot, en terminant, sur la marche tardive. Est-elle produite par l'arrêt de développement de la faculté coordinatrice des mouvements instinctifs de la progression, ou résulte-t-clle d'une lésion cérébrale ? Nous n'observerons, lorsque l'enfant conmience à marche)', ni ensellure, ni écartemcnt des jambes, ni danchuemenl, et, s'il y a une affection cérébrale en cause, le médecin sera naturellement mis siii la voie. par des troubles intellectuels qui manquent le plus souvent dans la paralysie pseudo-hypertrophique, par la persistance des mouvetnents réflexes dans les membres paralysés, par l'intégrité constante de la con- Iraclilili' (•i('cfri(jue.
Étiolo^e. Eu attendant que nous apprenions à connaître la cause efficiente directe qui nous échappe, nous ne pouvons mettre en avant que des influences pathogéuiques générales exploitées dans toutes les maladies à étiologie obscure et qui dans cette forme d'amyotrophie jouent un rôle incontestable.
La prédilection de la pseudo-hypertrophie musculaire pour le sexe masculin est frappante : elle s'affirme dans le chiffre de la statistique générale et dans l'histoire partiiulière de quelques familles. Sur les 70 cas que nous avons trouvés dans la littérature médicale, 62 appartiennent au sexe masculin, soit 88,5 p. 100, et 8 au sexe féminin, soit 11 p. 100.
D'un autre côté, quand, ainsi que l'observation en a été faite plusieurs fois, la maladie vient à atteindre plusieurs enfants d'une même famille, elle choisit toujours ses victimes parmi les enfants mâles, à l'exclusion des filles, bien que les uns et les autres soient soumis aux mêmes conditions hygiéniques. Dans la famille dont M. le docteur Meryon rapporte l'histoire, on voit, sur huit enfants, quatre tilles bien portantes, et quatre garçons qui succombèrent tous à la paralysie pseudo-hypertrophique.
Après le sexe, l'âge : la pseudo-hypertrophie musculaire est essentiellement une maladie de l'enfance. Le plus souvent le début en a été difficile à préciser. Toutefois dans plus de la moitié des cas, les symptômes initiaux se sont montrés dans les premières années de l'existence ; la maladie devient moins fréquente à une période plus avancée de l'enfance, et elle disparaît assez rapidement après l'âge de la puberté. Plus de la moitié des cas appartient aux cinq premières années de la vie, l'autre moitié tombe da^ns le deuxième lustre ; huit fois la maladie s'est développée dans la période de onze à seize ans et cinq fois seulement dans l'âge adulte, entre vingt et quarante ans.
Une remarque intéressante, c'est que chez nos huit individus du sexe féminin, la maladie s'est monliée en moyenne beaucoup plus tard que chez les petits garçons, aulii' preuve de l'inégale prédisposition des deux sexes. Lulz rapporte
MUSCULAIRE (pathologie). 85
l'observation de deux sœurs chez qui la maladie coinmença seuioujeiil vers l'âge de vingt ans, Eulenburg celle d'une femme qui commença à souffiir ver? quarante ans.
A côté du sexe et de l'âge, se place un élément étiologique d'une importance égale : la prédisposition congénitale et, dans queLpies cas, héréditaire.
Dix relations (Coste, Mei^^on, Hellcr, Griesinger, Wernich, Wagner, Lutz, Seidel, Adams, Russel) nous présentent l'histoire lamentable de deux, trois, quatre enfants mâles de la même fanùUe frappés successivement à l'exclusion des filles. Il n'existe sans doute pas d'exemple de la transmission directe de la maladie de l'un des deux parents aux enfants. Cela se conçoit quand on songe qu'il s'agit d'une affection de l'enfance qui enlève ses Victimes avant l'âge de la puberté. Mais quelques foi t s sembleraient prouver, et cela est réellement curieux, que les filles, qui y' sont si réfractaires à côté de leurs frères, sont cependant aptes plus tard à la transmettre à leurs enfants mâles, sans Jjamais l'avoir contractée elles-mêmes. Ainsi les trois frères dont Heller rapporte l'histoire étaient issus de la même mère, mais le premier ne provenait pas du même père que les deux autres. L'influence paternelle est donc ici hors de cause ; la prétlisposition congénitale des enfants ne pouvait être imputée qu'à la mère. Or celle-ci avait perdu autrefois un jeune frère atteint de la même maladie que ses fils : d'où l'on peut conclure qu'elle avait reçu de ses ascendants, et transmis à ses enfants, le germe d'une maladie qui ne s'est pas développée chez elle, mais qui a frappé toute sa génération mâle à l'exclusion de ses deux tilles.
Les observations de Lutz ne sont pas moins instructives à cet égard ; ici, toutefois, les malades sont trois sœurs utérines dont l'ahiée était d'un premier lit. La mère a toujours été bien portante, mais un de ses frères, une sœur et une nièce ont succombé à la paralysie pseudo-hypertrophique. Ici encore l'intluence du père ne peut être incriminée : l'origine de la diathèse remonte aux grands parents maternels, la mère en hérite et la transmet à ses enfants sans lui payer son tribut ; chez eux (probablement parce que ce sont des tilles), elle se révèle tardivement vers la vingtième année.
Un fait digne de remarque encox'e, c'est que, dans les familles où deux ou un plus grand nombre d'enfants ont été atteints, ils l'ont toujours été à peu près au même âge.
La prédisposition créée par la naissance, le sexe, l'âge, est susceptible de s'exagérer sous l'influence d'autres causes accessoires. Coste et Gioja, Heller, font jouer un certain rôle au logement humide et froid habité par leurs malades; toutefois Duchenne n'a eu à constater cette cause dans aucune de ses observations. Très-souvent la paralysie pseudo-hypertrophique se développe d'emblée ; toutefois, dans les cas de \Yernich et de Seidel, elle fut précédée de scrofule ; chez deux frères dont l'histoire est rapportée par Griesinger, elle se montra à la suite de la rougeole, et dans une observation de Benedikt et de Duchenne, les petits malades avaient présenté antérieurement des convulsions.
Pronostic et traitement. Le prouostic de la paralysie pseudo-hypertroplùque est éminemment grave. Arrivée à la deuxième période, à la période d'hypertrophie , la maadie ne cesse de progresser et de se généraliser malgré tous les efforts de la thérapeutique la plus variée. La mort arrive ordinairement dans l'adolescence parle fait d'une maladie intercurrente.
8(. MLSCILAIKE (pathologie).
Doux c;is lioiueux du ilocleur Duclicnnr montrent (juc la guérisoii est possible dans la première période. Malheureusement ee sont les deux seuls faits où la maladie ait été arrêtée dans sa marche fatale.
Le pronostic que )ious venons de formuler laisse prévoir la triste expérience de la the'rapeutique. L'iodure de potassium administré dans quehpies cas, le 1er, le quinquina, l'huile de foie de morue, souvent employés, n'ont en rien influencé la marche de la maladie. La galvanisation du grand sympalliiijue du cou a donné à Benedickt une amélioration très-sensible chez trois malades. Elle est demeurée sans résultat chez un des malades de Friedreich et elle aurait même été préjudiciable an malade de R(i(|U('llt'.
Ducheimc , de Boulogne , doit les deux succès" auxquels nous avons fait allusion tout à l'heure à.la faradisalion localisée, employée pendant la première période et continuée pendant plusieurs mois. Cette méthode a donné également de bons résultats à Roquette.
En somme, la faradisalion localisée dans la première période de la maladie
compte seule jus(pi'aujourd'hui (|uel(jues résultats encourageants. Puisse-t-elle,
aidée d'une gynuiaslique rationnelle, de l'hydrothérapie, de frictions, de
massages et d'un régime fortiliant, ne pas tromper les espérances qu'elle
permet de concevoir, et nous donner un moyen elticace d'agir contre luu'
maladie si grave, mais heureusement assez rare! A. Kelsck.
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MUSCULAIRE (i'\thologie chirurgicalk). 87
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g lY. Pathologie chirurgicale. Les chapitres de l'histoire p;ithol()gifpic des milles que nous réunissons sous ce titre comprennent : 1" les lésions Iraumatiques proprement dites, contusion, rupture, hernies, déplacements, plaies, myosite traumatique.
2° Les affections parasitaires qui jieuvent se développer primitivement sous les muscles {cysticerques, hydatides), la trichinose devant être l'objet d'un article spécial (Voy. Trichinose).
3° Les néoplasies ou tumeurs des muscles.
I. Lésions Tii.\u>iATiQUES des muscles. Les muscles sont exposés à toutes les causes de traumatisme qui peuvent affecter les parties molles ; leurs lésions accompagnent celles des téguments, du squelette, mais les muscles peuvent être eux-mêmes le siège de lésions Iraumatiques qui les intéressent exclusivement, ou qui par leur importance dominent les altérations des autres tissus ; c'est pourquoi nous avons à traiter ici de la contusion, de la rupture, des hernies et déplacements musculaires, des plaies des muscles et de la myosite traumatique. Nous n'insisterons pas sur les lésions des tendons qui par leur importance méritent des descriptions spéciales {voy. Tendons).
CojVtusiox des muscles. Elle se produit dans des circonstances très-variées, tantôt sans lésion de continuité de téguments, tantôt elle s'accompagne de plaies, de déchirures cutanées, elle est alors compliquée de plaies contuses des diverses parties molles.
La contusion sous-cutanée peut être produite par un choc contre un corps dur, ou par un coup porté avec un instrument contondant, elle s'observe en outre dans les fractui'es et les luxations, où elle peut être compliquée de déchirures et de désordres plus ou moins graves dans la texture du muscle.
A son degré le plus simple la contusion produit dans le muscle des phénomènes de contraction qui s'étendent à une partie des faisceaux ou au muscle entier ; les fibres musculaires se contractent d'abord énergiquement, puis présentent des contractions ou tressaillements fîbrillaires, auxquels succèdent soit le relâchement, soit une contraction tonique. Allison, dans son étude sur la contusion des muscles, compare ce premier degré à la commotion cérébrale, et te désigne sous le nom de stupéfaction des muscles ; il est très-facile de vérifier
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expérimenlaleniciit ces phénomènes sur des muscles mis à nu, ou sur les muscles des membres amputés.
Les expériences de Benett Dowler et de Bro^^ n-Séquard ont en effet montré que même sur des membres séparés du trotic, ou sur les muscles pendant quelques heures après la mort, un choc violent détermine une contraction énergique. Suivant Allison, lorsque le muscle au moment de la contusion est en contraction, il se relâche bientôt, ou reste dans un état de contraction atonique, mais dès qu'un mouvement se produit, la contraction du muscle contus s'accompagne d'une vive douleur, de tremblement, de saccades, et ne peut soutenir un effort. Si les chocs sont répétés il n'y a plus de contractions, mais une simple tuméfaction, comme dans les muscles dont l'irritabilité disparaît quelques heures après la mort. Brown-Séquard a constaté qu'une heure après la mort , la main d'un homme chargée d'un poids d'un kilogramme le soulevait sous l'influence d'un choc porté sur les muscles de l'avant-bras.
Dans les cas légers on n'observe pas d'altérations dans la texture des muscles, en dehors d'une infiltration sanguine plus ou moins passagère, mais la contusion peut s'accompagner de désordres plus graves, tels que lépauchement de sang, la rupture ou la désorganisation des fibres musculaires. Dans les contusions sous-cutanées, et même dans le cas de fractures et de luxations, la résorption de l'extravasation sanguine, la réparation du tissu musculaire, s'opèreni en général très- facilement ; la suppuration est exceptionnelle, mais s'il y a ruptui'e des fibres, épanchement considérable, il peut survenir une myosite qui suivant l'intensité des lésions prend la forme aigiie suppurée, ou prend une marche chronique et se termine par de l'atrophie musculaire et une paralysie ou une contracture du muscle.
Lorsque l'épanchement sanguin est considérable, il peut survenir un abcès ou une tumeur hématique, laquelle peut longtemps persister et être l'origine d'accidents ultérieurs. Les symptômes de la contusion musculaire sont en premier lieu la douleur, conséquence du choc et de la contracture passagère ; la douleur persiste, elle est réveillée par le toucher, et surtout par les mouvements, instinctivement le malade cherche à placer le membre ou la partie frappée dans l'immobilité, d'où résulte souvent une attitude particulière importante h bien étudier, mais facile à comprendre en tenant compte du point contus et de l'action musculaire.
La contusion guérit facilement par des moyens simples, l'eau froide, les lotions résolutives, les bains, l'électrisation par les courants ; il est rare qu'on doive recourir à des antiphlogisliques locaux ; lorsque la contusion est i;ompliquée, les indications thérapeutiques dépendent surtout des lésions concomitantes, comme dans les fractures, les luxations, les contusions avec destruction de la peau et des tissus [voy. Plaies des muscles et myosite). La plupart des auteurs qui ont traité de la contusion musculaire indiquent l'atrophie musculaire et la paralysie du muscle comme une conséquence non rare de la contusion musculaire. Mais à notre avis, en dehors de la rupture et de la myosite, il faut ordinairement rattacher à la contusion des nerfs qui animent le muscle ces phénomènes consécutifs.
Lo'sque l'altrition est considérable, le muscle peut être profondément altéré sans qu'il y ait lésion de continuité des téguments, dans ces cas il se fait une rupture musculaire, avec des épanchements sanguins plus ou moins considérables qui peuvent être suivis de la formation d'abcès, ou d'hématomes, en
MUSCULAIRE (pathologie chirurgicale). 89
même lemps que les parties recouvertes par les muscles peuvent être le siège de lésious encore plus imporlantes, comme dans les contusions de la p»roi abdominale [voy. Abdomen (cliiriu'gie)].
La contusion des muscles à un degré modéré peut s'accompagner de douleurs vives comparables à celles de l'entorse ; lorsqu'il y a eu épanchement de sang ou rupture, elle laisse à sa suite du gonflement œdémateux, qui disparaît ordinairement ainsi que ces douleurs en l'espace de plusieurs jours ; les cas de douleurs persistantes avec atrophie ou rétraction consécutive des muscles sont plutôt la conséquence de la contusion des nerfs que de la contusion des muscles. Il en est autrement des plaies contuses avec broiement des muscles qui donnent lieu à des accidents beaucoup plus graves dont il ne saurait être question ici.
Rupture sous-cutanée des muscles. Jlalgré les conditions nombreuses qui peuvent déterminer la rupture des fibres musculaires, les chirurgiens ont jusqu'au dernier siècle négligé de consacrer des chapitres particuliers, dans leurs traités dogmatiques ou dans leurs monographies, à la rupture sous-cutanée des muscles.
En effet, en mettant de côté les observations de Lieutaud, de Morgagni et de Petit, il faut reconnaître que la rupture musculaire a été confondue avec divers phénomènes de contusion et d'efforts brusques, lombago, coup de fouet, entorse; l'on avait seulement étudié la rupture de quelques tendons ou ligaments.
Ce n'est qu'en 1781 que Roussille Chamseru appela l'attention de la Société royale de médecine sur les ruptures musculaires ; les observations qu'il rapporta, jointes à celle que Fagues communiqua l'année suivante à l'académie de chirurgie (sur la rupture des muscles extenseurs de la jambe), servirent de point de départ à la dissertation inaugurale de Jean Sédillot (1786). Ces études aux({uelles s'ajoutèrent les observations de Déramé [Mémoires de la Soc. média. d'Ohserv. pour 1797) furent complétées dans le mémoire de .1. Sédillot publié par la Société de médecine de Paris en 1817, qui est resté la monographie la plus complète sur ce sujet. Dès lors, la rupture musculaire sous-cutanée est citée, plus ou mains longuement étudiée par les auteurs classiques. Bichat qui avait semblé, suivant Sédillot, la mettre en doute, rapporte dans la dernière édition de VAnaiomie générale qu'il en a observé des exemples. Reydcllet a consacré un article étendu dans le dictionnaire des Sciences médicales (1819). Boyer, Larrey, S. Cooper, Richerand, Ollivier, Yelpeau ont publié diverses observations, et Nélaton dans sa Pathologie externe donne le résumé de quarantetrois observations qu'il avait pu réunir eu ajoutant à toutes celles qui précèdent deux faits personnels ; on doit y joindre les nouveaux exemples cités par Holmes, Richardson, Bouquet, Sanson, Vidal, l'article de Cruveilhier {Anatomie pothologique), l'article de Follin [Pathologie externe), enfin parmi les observations plus récentes celles de Legouest, Virchow, Verneuil et de Uhde (1874).
Etiologie. La rupture sous-cutanée des muscles peut siéger soit dans le tendon lui-même, soit à l'union du tendon et des fibres musculaires, comprenant celles-ci dans une étendue plus ou moins grande, soit dans le corps même du muscle. Les ruptures musculaires proprement dites sont celles qui intéressent les fibres charnues ; il est difficile d'établir sur les observations publiées la fréquence absolue du siège de la rupture, parce qu'un grand nombre d'entre elles sont incomplètes, et peuvent donner lieu à une discussion. C'est ainsi que Sédillot établissait que treize fois sur vingt et un cas la rupture siégeait à l'union des
90 MUSCULAIRE (pathologie chirvrgicale).
fibres tendineuses et des libres musculaires, tandis que >'élatoii, sur quiuanteneuf faits comprenant ceux de l'auteur précédent, admet que la rupture siégeait (piatorze fois dans le corps du muscle, \ingt-neuf fois sur le teudou ou au point d'union du tendon et des libres musculaires^ La remarque faite par Nélatoii que les muscles flécbisseurs présentent plus souvent la rupture intra-musculaire que les extenseurs, ceux-ci offrant plutôt la rupture à l'insertion tendineuse ou à son voisinage, est restée vraie, comme expression de la généralité des cas, cependant la rupture s'observe sur les extenseurs et sur les flécbisseurs. La rupture des muscles droits antérieurs de l'abdomen est de beaucoup plus fréqueute; si l'on ajoute les ruptures du psoas, du biceps» du sterno-mastoidien, du couturier, du grand adtlucteur de la cuisse (obs. Uhde), ou peut penser que la structure ordinaire des flécbisseurs, dont la portion cbarnue est relativement plus développée en é[)aisseur et eu longueur, est une condition auatomique prédisposant à la rupture siégeant dans le corps du muscle ; cependant on compte des observations de rupture siégeant dans le muscle ou à quelque distance du tendon, pour les principaux muscles extenseurs, le deltoïde, le droit antérieur de la cuisse, le vaste externe, les jumeaux, divers faisceaux des extenseurs des gouttières vertébrales. De sorte que si l'on met de côté les ruptures du droit antérieur de l'abdomen, et les ruptures musculaires tendineuses proprement dites du teudou d'Acbllle, ou du ligament rotulieu, il n'y a pas uuuombre suffisant d'observations complètes et indiscutables, pour établir une comparaison entre les deux ordres de muscles, extenseurs ou fléchisseurs. Mais il reste ce fait que les ruptuies des tendons du triceps crural, du tendon d'Achille, l'arrachemeut do lolécrane, sont plus fréquents que les ruptures des muscles correspondants.
Les conditions dans lesquelles se sont produites les ruptures musculaires sont très-variées; ht plupai't de celles qui sont spontanées résultent d'un choc violent; quelques-unes sout dues à un choc direct; eulîn, elles peuvent être s])ontanées, mais liées à un état pathologique des muscles.
Une révision rapide des observations où la cause est indiquée démoutre ces divei-ses conditions.
Les ruptures du grand droit antérieur de l'abdomeu présentent des e^enjpbdes (hverses eiiTonstances du traumatisme.
C'est ainsi qu'un eiïort de vomissement a produit la rupture de ce muscle chez un malade atteint de fièvre bilieuse, probablement typhoïde (observatiwit de Lieutaud. de Boyer et Desroches, de Velpeau) ; les convulsions du tétanos oui souvent amené la rupture musculaire (Larrey, Curling, Gray ) ; il en est de même des chocs directs, tels qu'une chute d'un lieu élevé, un boulet de canon ( Larreyi. un coup de pied de cheval (Platinaud, Journal de Desault, Legouest, Richardsc»).
Des ejfforts survenant dans des conditions anormales, c'est-à-dire pendant une chute; les efforts de l'accouchement (Uicheraud), une action trop vive pour soulever une auge de cimeut (Sédilloti, le coït (Vidal de Cassis), complètent l'étude des causes de ruptures musculaires. En parcourant les articles particuHers (bras, rupture du biceps, diaphragme, psoas), on retrouvera la plupart de ce^ circonstances. Or, il en est de même pour les autres muscles: en eiïet, nou* voyons, dans les efforts de course, la rupture du droit antérieur de lu cuisse (Dupuytren), des muscles postérieurs de la cuisse (Sevestre, cité par Revdellet): les jumeaux sont rompus pendant le saut (Fagues), ou bien l'effort est produit dans des conditions difficiles à interpréter ; tel est l'effort dans des chutes pour retenir le corps (Boyer, Droit antérieur de la adsse; l'hde, Ruptures deVœidw-
MUSCULAIRE (pathologie chirurgicale). 9\
leur de la cuisse; Ruptures du droit antérieur de la cuisse). L'effort violent n'agit pas seulement sur les extenseurs, mais aussi sur les fléchisseurs ; tels sont les exemples de vupivu'e du biceps dans le mouvement nécessité poiir jeter une pelletée de terre (Sanson), un effort brusque pour retirer la baioiniette hors du fourreau (Uhde) .
Pour le sterno-mastoïdien, Cavalier cite deux cas dans lesquels il y eut un effort considérable de ce muscle ; dans un cas, c'était pendant une chute, et, dans l'autre, le blessé s'efforçait de retenir la tète hors de l'eau. H suffit quelquefois d'un simple mouvement un peu brusque, comme dans le cas cité par Roussille Chamseru, ou le malade eut une rupture des muscles du mollet en mettant son bas. Il arrive certainement, dans des conditions de ce genre, des ruptures partielles comme dans le tour de reins, dans des mouvements de lor- ••iou (Jarjavay) ; chez des manœu\res qui portent des fardeaux lourds, on observe très-souvent des ruptures partielles dans les muscles de la régioii lombaire, dans le trapèze ou les muscles de la région cervicale.
Le choc direct pour le droit antérieur de la cuisse (Uhde), comme pour le droit antérieur de l'abdomen, peut produire la rupture.
C'est en tenant compte de ces données cliniques qu'on peut étudier le mécanisme de la rupture musculaire, au sujet du(}uel des explications très-divei-ses ont (hé proposées, parce qu'on s'est laissé influencer outre mesure par des idées préconçues sur la résistance des muscles. Trouvant, d'une part, les muscles faciles à déchirer sur le cadavre, et, d'autre part, s'exagérant la résistance du muscle en contraction, on a pu croire que la rupture se faisait par allongement forcé du muscle relâché.
Sédillot, tout en combattant l'opinion exagérée de Bichat sur la résistance du muscle en contraction, accorde cependant une trop gramle importance à la distension forcée des muscles ou d'une partie des muscles. Comme l'ont pensé lle\dellet et Cruveilhier, l'observation prouve que c'est sur le muscle contracté que porte la rupture toutes les fois qu'il a été possible de bien établir les conditions de la rupture. Pour bien comprendre le mécanisme de la rupture, il faut examiner les diverses causes signalées dans les observations plutôt que de se baser sui" des idées préconçues qui, suivant la remarque de Gi'uveilhier, offrent cet écueil « de tourner la difficulté sans la résoudre, et de se contenter de subtilités alors qu'il faudrait aborder franchement la question » (Cruveilhier, Anatomie pathologique, t. 1, p. 3).
(Sw ne comprend nullement, en tenant compte de la disposition des muscles autour des articulations, qu'un allongement forcé puisse rompre les muscles lorsque ceux-ci ne sont pas en contraction ; les muscles à Vétat de relâchement se prêtent aux mouvements les plus exagérés tant qu'il n'y a pas déplacement des saillies osseuses; par conséquent, tout allongement forcé amènera la déchirure des ligaments, la luxation ou une fracture, plutôt que la rupture musculaire, et si celle-ci survient, c'est par l'action directe des saillies osseuses ou alors par un arrachement véritable qui n'est plus une rupture musculaire (comme dans les cas d'arrachement d'une phalange ou d'un doigt avec le tendon et une portion du muscle).
On pourra tout au pins admettre la rupture par allongement forcé dans les cas oij le muscle serait déjà altéré et rétracté, comme dans le torticolis, mais jusqu'à présent, on n'a pas signalé de rupture musculaire de ce genre.
Lorsfj[ue le muscle est à l'état de contraction, les conditions sont tout à fait
92 MUSCULAIRE (patiiologik chihukgicale).
dllïéieiites, lo muscle contracté se raccourcit, d'où le changement dans la position des leviers osseux ; le muscle forme une masse résistante qui lutte contre les résistances qui tendent à Tallouger. A l'état normal, grâce à rassociation des mouvements et aussi au sens musculaire, la résistance du muscle est proportionnée à l'effort qu'il produit. Celte résistance est telle qu'elle peut amener la fracture du levier osseuï, ou un déplacement des surfaces articulaires, ou l'arrachement du tendon à son insertion osseuse. Mais que l'une de ces conditions varie, la rupture musculaire peut avoir lieu. Par exemple, un choc brusque, agissant sur le muscle contracté, peut déterminer la rupture, comme dans les cas de rupture du droit antérieur par un boulet arrivé à la tin de sa course (Larrey), de rupture du diaphragme chez un cheval par un violent coup de fouet (Boyer). Si le muscle est altéré, il suffira d'un effort peu violent pour amener la rupture. Tels sont les exemples de rupture du droit antérieur de l'abdomen, du psoas, chez des malades atteints de fièvre typhoïde. Cependant, si l'on comprend cette lésion, il est difficile d'en expliquer entièrement le mécanisme autrement que par une hypothèse.
La première conséquence des altérations des muscles symploraatiques des fièvres graves est une diminution dans la résistance du faisceau musculaire qui contient des fibres plus ou moins atteintes ; le muscle se contracte encore, mais il n'est plus homogène, et lorsqu'il s'agit du droit antérieur de l'abdomen, muscle polygastrique, on conçoit facilement que la contraction des segments restés sains puisse amener la distension et la rupture des segments plus altérés. Et cet accident se produira d'autant plus facilement que la contraction sera plus énergique, connue dans l'effort et le vomissement.
Les véritables cas de rupture musculaire se font dans un effort brusque, soit involontaire et instinctif comme dans les chutes, soit dans un effort exagéré. Dans ces deux conditions le muscle est contracté, par conséquent, raccourci; à l'état normal, le muscle cède et cesse de se contracter lorsque l'impression ou la notion d'une résistance exagérée est transmise au cerveau ; mais si l'effort est trop violent, que l'harmonie des mouvements associés ne soit pas complète, en un mot que le muscle ou un faisceau contracté supporte seul un effort considérable, il est rompu par l'excès de la résistance qui tend à l'allonger, les fibres sont brisées pendant leur contraction.
La plupart des cas de rupture dans le saut, dans les efforts tentés pour se retenir dans une chute, ou pour lancer un objet lourd ou le retenir pendant qu'il tombe, doivent être expliqués de cette manière. Enfin, dans les cas de rupture des muscles tétanisés, on doit admettre à la fois une altération dans la fibi'e musculaire, et un effort exagéré ou inconscient.
Les ruptures musculaires sont complètes ou partielles (partielles plutùl dans les muscles extenseurs, complètes plutôt dans les fléchisseurs suivant Nélaton), elles peuvent être simples ou compliquées, dans celles-ci il peut y avoir contusion, épanchements sanguins intra-musculaires, comme dans les cas cités par Larrey et par Richardson pour le grand droit antérieur de l'abdomen, enfin il peut y avoir des altérations musculaires primitives, et des complications internes telles que la péritonite dans le cas pai'ticulier de rupture des muscles de l'abdomen ou du diaphragme.
L'anatomie pathologique de la rupture musculaire n'a été faite sur le cadavre que pour des cas compliqués, on a trouvé les faisceaux et les fibres rompues séparés par un épanchcment sanguin plus ou moins prquoncé, l'infiltration
MUSCULAIRE (pathologie chirubgicalk). 95
s'étend sous les aponévroses dont l'état n'a pas été encore bien étudié, elle
pénètre entre les faisceaux, et lorsque la lésion est un peu plus ancienne, on
trouve des altérations musculaires qui peuvent être rapportées à la myosite qui a
favorisé la rupture ou à des phénomènes secondaires de myosite traumatique. La
plupart des indications données par les auteurs sur les phénomènes ultérieurs de
la rupt\ue sont déduits de l'examen clinique ou d'une comparaison entre les
ruptures et les sections sous-cutanées des muscles. C'est ainsi qu'on admet que
l'épanchement siégeant dans l'espace qui sépai^e les deux bouts sectionnés se
résorbe peu à peu, et qu'il est remplacé par un tissu fibreux de cicatrice. Cette
cicatrice forme, dans les cas favorables, une sorte d'intersection fibreuse qui,
pouvant être comparée à ces intersections tendineuses des muscles polygastrifpies,
permettrait le rétablissement de la fonction. Il serait à désirer qu'on put établir
l'étude anatomo-pathologique des ruptures sur des observations directes.
Symptômes. Lorsque la rupture est la suite d'un elfort violent, les malades éprouvent une sensation comparable à celle d'un coup de bâton, d'un coup de fouet, il leur semble qu'une corde se rompt au niveau du muscle atteint, en même temps qu'il se produit un bruit de craquement, sourd, mais qui, dans certains cas, aurait été perçu par des personnes environnantes. S'il s'agit d'un muscle des membres, il y a sentiment d'engourdissement, le bras devient inerte, la jambe fléchit, le malade tombe ou reste courbé suivant le siège de la rupture. En tous les cas, le moindre mouvement réveille une douleur vive, les muscles congénères se contractent instiuclivement, et. le malade reclierche l'attitude qui amène le repos complet de la partie douloureuse. Au niveau de la rupture et à son voisinage, on perçoit des signes variables suivant le muscle atteint, il y a gonflement et apparition plus ou moins prompte d'une ecchymose. A la palpation, on peut sentir entre les deux tronçons musculaires une dépression dans laquelle existe quelquefois un épanchement fluctuant, et plus tard un noyau tibreux induré. La douleur est exagérée par la palpation et surtout par les mouvements.
Dans les ruptures des muscles superficiels on peut, en exerçant une pression légère sur les deux extrémités musculaires, rapprocher celles-ci et faire disparaître momentanément leur saillie.
Le diagnostic des ruptures partielles est difficile à établir, les expressions de tour de reins, coup de fouet, lumbago, diastasis musculaire, se rapportent trèsprobablement à des ruptures de l'aisceaux musculaires", et l'on est autorisé à diagnostiquer une rupture lorsque la sensation de craquement, la douleur vive, survenant dans un effort violent et exagérée par les mouvements, ne peuvent être rapportées à une entorse ou à l'arrachement d'un ligament, mais il est souvent très-difficile de distinguer entre une rupture et certaines douleurs névralgiques.
On a signalé à l'article Lumbago la difficulté de ce diagnostic pour lequel, il est vrai, l'hésitation n'a qu'une importance pratique médiocre. Il n'en est plus de même pour les ruptures complètes, qu'il importe de reconnaître le plus exactement possible. Le siège de la douleur et de la déformation permettra, ordinairement, d'éviter toute confusion entre l'entorse et la rupture musculaire, entre rarrachement du tendon d'Achille et la rupture du triceps sural, entre l'arrachement de l'insertion olécranienne du triceps brachial et la rupture de ce muscle, la rupture du droit antérieur de la cuisse et la rupture du ligament rotulien. Dans tous les cas où l'on pourra sentir nettement, sur les limites de hi
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dépression, la saillie supérieure et inférieure des deux U'onçous musculaires, lu diagnostic sera facile à établir. Cependant lorsque la rupture siège au voisinage de l'insertion des fibres musculaires sur le tendon, il devient Irès-difficile de distinguer entre les ruptures tendineuses et les ruptures musculaires, c'est principalement pour le droit antérieur de la cuisse que la confusion a été faite, à ce point que certaine observation rapportée par Dupuytren comme rupture du tendon du triceps crural est considérée par Sédillot comme une rupture musculaire et que Nélaton a classé parmi les ruptures tendineuses plusieurs des observations citées dans le Mémoire de Sédillot.
Ces cas sont très-embarrassants lorsqu'on cberclic à établir un diagnostic rétrospectif d'après des obsei'vations souvent incomplètes, mais l'étude minutieuse du siège de la dépression, et de la déformatioti qui se produit pendant le mouvement, permettra ordinairement de faire le diagnostic, si l'on tient compte de la disposition anatomique exacte des insertions musculaires et tendineuses.
Marche. Les ruptures musculaires partielles portant sur quelques taisceaux seulement guérissent rapidement, et lorsque la douleur a disparu on les abandonne à elles-mêmes ; les ruptures complètes offrent une gravité très-valialdc.
Lorsqu'elles sont réellement le résultat d'un effort, elles guérissent après uu repos asser long, si l'épanclicment n'est pas considérable, la cicatrisation tibreuse [»ermet ordinairement le retour des fonctions du muscle, mais la gène des mouvements peut persister fort longtemps.
Les cas dans lesquels on a observé des abcès, des hématomes à la suite de ru}>* tures, sont plus rares et pour la plupart rentrent dans les ruptures compliquée^: d'altérations musculaires primitives et dans les ruptures par contusion, les maladies concomitantes telles que le tétanos, l'épilepsie et le delirium treniens, modilient naturellement le pronostic de la rupture musculaire qui n'est alors (]u'un accident.
La gravité exceptionnelle des ruptures du diaphragme, des muscles tle l'abdomen, du psoas, est la conséquence des complications qui les accompagnent, telles que la péritonite, les contusions viscérales. Leur étude est faite aux articles spéciaux. {Voy. Diaphragme, (hernie), diaphragmatique, Psoas).
La durée de la réparation de la rupture complète peut être évaluée à trente ou quarante jours en moyenne, mais on ne saurait fixer la limite pour les rupture» incomplètes ; après la guérison, il reste de la raideur, et lorsque la cicatrice est étendue, on peut observer la double contraction des deux tronçons musculaires (par exemple, pour le droit antérieur de la cuisse) ; l'effet de la contraction musculaire est en conséquence diminué dans la vitesse de bi contraction et dans sa puissance. Cependant le plus souvent le muscle récupère, à la longue, toute sa puissance.
La durée de la réparation des fonctions du muscle ne saurait être tîxée d'une manière générale, la raideur du muscle déchiré partiellement pereiste d'autant plus longtemps, qu'il y a eu contusion. Dans certains cas, la réunion du muscle ne se fait que très-incomplètement, le muscle devient incapable, et la gêne du mouvement auquel il est destiné ne diminue que par les moyens prothétiques.
Les indications thérapeutiques immédiates dans la rupture musculaire sont de faire cesser la douleur, de favoriser la résorption de l'épandroment, de ran-
MUSCULAIRE (pathologie chirurgicale). 95
procher les extrémités musculaires, par conséquent on tixeia les muscles dans le repos, par un bandage approprié ; s'il s'agit d'un membre, on déterminera facilement l'attitude nécessaire po\u' faire cesser la douleur et pour placer le muscle dans la position la plus favorable au rapprocbement de ses extrémités. Une compression méthodique à l'aide d'un bandage roulé, ou un bandage unissant, constitue le moyen le plus approprié dans les ruptures des muscles des membres. Le repos est l'indication formelle de la période de cicatrisation, plus tard, il peut être nécessaire de favoriser la rétraction de la cicatrice, en même temps qu'on donne un point d'appui au muscle ; les bandages en peau de chien lacés et serrés à volonté, ou même des bandages élastiques répondent à ce but. Enfin, l'on doit se préoccuper de favoriser la nutrition du muscle et les frictions excitantes alcooliques, un massage tempéré, les douches, seront employées avec avantage ; l'électrisation répond au même but, mais il faut employer les coiirants faradiques avec prudence, pour ne pas déterminer des contractions trop vives on préférera au début les courants continus descendants, en y ajoutant les courants induits lorsque l'on est sur que la cicatrisation est produite. Dans les ruptures partielles aux muscles du tronc, on peut employer avec succès les courants induits dès le début et, si la douleur est intense, les injections sous-cutanées de morphine.
Dans un travail récent, sur la cinésiulgie. M. Gubler rapportant un grand nombre d'observations qui pour une majeure partie se rapportent au lumbago par rupture musculaire, et dont plusieurs sont des exemples, à notre avis, très-nets de ruptures partielles du trapèze, du deltoïde, etc., M. Gubler préconise et démontre les heureux effets de la faradisafion galvanique, c'est-àdii'e des courants induits , il emploie de préférence l'extra-courant , comme moins douloureux; je considère ces exemples comme tout à fait démonstratifs, d'autant mieux que dans plusieurs cas de rupture musculaire partielle des faisceaux du trapèze ou du deltoïde, j'ai plusieurs fois constaté l'utilité de l'action presque immédiate des courants volta-faradiques ; j'avais employé les courants induits des deuv ordres, qui étaient bien supportés par les malados. 11 importe de faire remarquer que ces indications concernent les ruptures partielles de faisceaux musculaires, et non les ruptures complètes qui, jusqu'à présent, n'ont pas été traitées par l'électrisation.
Hermès musculaires. On désigne ainsi la tumeur formée par une portion du tissu musculaire, faisant saillie au dehors de l'aponévrose rompue. La description que Reydellet en a donnée en 1819 prouve qu'à cette époque on n'avait que des notions très-incomplètes sur cette affection ; les chirurgiens avaient observé, dans certains cas de traumatisme, la saillie des portions musculaires à travers l'aponévrose déchirée on incisée, ils avaient i-econnu la nécessité du débridement, mais ils ne semblent avoir connu que les hernies traumatiques avec plaie extérieure, et nous n'avons pas retrouvé de description complète d'une hernie sous-cutanée, avant les faits cités par Dupuytren, Larrey et Bérard. Les hernies ont donc été confondues avec les déplacements musculaires ou avec les ruptures ou toute autre espèce de tumeur.
L'existence des hernies musculaires est actuellement démontrée par des observations nécroscopiques ou par l'étude faite pendant une opération, les faits cités par Bérard, Mourlon et Dauvé sont concluants, c'est pourquoi ces douze observations de hernies musculaires que nous connaissons et parmi lesquelles deux ou trois sont douteuses, parmettent une étude générale de cette affection.
96 MUSCULAIRE (pathologie chirurgicale).
clans laquelle il reste cependant bien des points incomplètement connus. Étiologie. A pai't le fait cité par Mourlon d'une hernie siégeant sur le muscle couturier, et qui a succédé à une incision à la cuisse, les hernies musculaires sous-cutanées se produisent à la suite d'clïorls violents dans lesquels l'aponévrose d'un membre est rompue; il est très-probable que la gauie musculaire est également rompue et dans plusieurs cas il y a eu rupture musculaire partielle. On peut admettre avec FoUin et Dupuytren que la déchirure de l'aponévrose se fait lentement, et cette hypothèse est surtout invoquée pour les cas oii la hernie s'est produite chez des cavaliers, au niveau des adducteurs ou à la partie interne du mollet les pressions répétées par l'exercice peuvent prédisposer à l'amincissement ou à l'éraillemeut de l'aponévrose ; il faut dans ces cas faire une grande part au développement musculaire et à la puissance de contraction qui résulte de l'exercice, mais il faut bien admettre qii'uu effort musculaire brusque est la seule condition bien démontrée dans la production de la hernie. Celle-ci a été observée surtout chez des cavaliers, des militaires (Dupuytren, Larrey, Mourlon, Dauvé) ; dans ces cas, c'est à la suite d'une pression vive des cuisses, ou dans le mouvement d'enfourcher le cheval, que la hernie s'est produite à la partie interne et supérieure de la cuisse, aux dépens du premier adducteur ou d'un des muscles de la partie interne de la jambe, jumeau ou soléaire (cas de Dupuytren).
\]\\ effort violent dans l'exercice gymnastique du saut de rivière a déterminé une hernie musculaire du jambier antérieur (Mourlon) . Une contraction violente au moment d'une chute imminente a été suivie de hernie musculaire du droit antérieur de la cuisse (Laugier), et c'est à un effort que ce dernier auteur semble rapporter une hernie musculaire du triceps crural observée par lui. C'est donc surtout à la cuisse et à la jambe sur des muscles puissants, bridés par des aponévroses qui ont à résister à des contractions vigoureuses, qu'on observe les hernies musculaires. Toutes ces observations ont été faites sur des hommes, la hernie musculaire doit être très-rare chez la femme, car Després n'en cite que deux cas : l'un emprunté à Teevan où il s'agit d'une tumeur de nature discutable, observée dans le sterno-mastoïdien et qui pourrait être considérée comme une myosite consécutive à une rupture, l'autie rapporté par Sédillot est une tumeur musculaire, probablement une hernie, siégeant à l'avautbras sur l'un des muscles.
L'auatomie pathologique des hernies musculaires est à peine comme, on ne possède à ce sujet que des notions tirées de l'examen clinique, et les résultats d'une opération. La portion musculaire qui fait hernie varie de la grosseur d'un dé à celle d'un œuf de poule ou d'une pomme d'api, elle est plus ou moins saillante suivant l'état de contraction, et lorsqu'elle est affaissée, on sent les bords ordinairement indurés de l'ouverture aponévrotique. Le fait de bouillais, cité par Bérard, est le seul exemple de dissection d'une hernie musculaire, et la description en est malheureusement assez incomplète, nous croyons intérBssantd'en reproduire les particularités anatomiques. 11 s'agissait d'une tumeur survenue à la partie interne et supérieure de la cuisse chez un nommé Baulmer, raffineur, qui, en portant contre son ventre une caisse pesant ioO livres, ressentit une vive douleur accompagnée de craquement à la partie interne et supérieure de la cuisse. Il se forma à la partie interne de la cuisse à quatre pouces au-dessous du ligament de Fallope, entre le premier adducteur et le droit interne, une petite tumeur grosse comuic un œuf de pou e'.
MUSCULAIRE (patuologie cmiiUKGicALE). 97
« On pratiqua l'opération le 22 novembre 1829. La peau fut incisée ilans l'étendue de trois pouces. On aperçut en face de la plaie une ouverture faite à l'aponévrose fascia lata; une portion charnue se trouvait engagée dans cette ouverture, et se présentait sous l'aspect d'un corps mou, rougeàtre. Jusque-là on ne se doutait pas encore de la nature de la tumeur, on agrandit l'ouverture aponévrotique, et l'on chercha à saisir la prétendue tumeur graisseuse ; impossible de la rencontrer. Alors on fit prendre au malade la position qu'il affectait lorsqu'il avait iutcntion de la faire saillir, et l'on vit que cette tumeur était formée par une portion du muscle premier adducteur qui s'engageait dans l'ouverture faite à l'aponévrose. »
Symptômes. 11 est des cas où la hernie musculaire parait s'être produite lentement, et sans symptômes immédiats, mais ordinaiiement le blessé perçoit au moment d'un effort violent un craquement qui peut être assez fort pour avoir été comparé par le cavalier de Mourlon à un coup de pistolet, la douleur peutêtre assez vive pour déterminer la syncope (cas de Rouillais) ou Lien il n'y a que la sensation d'un engourdissement ; des cavaliers ont pu rester à cheval malgré la production brusque de hernie musculaire à la cuisse (Mourlon, Larrej). Cependant il existe le plus souvent une gène des mouvements qui s'accroît au bout de quelque temps, et qui porte l'attention du blessé sur le siège de cette sensation, il perçoit alors uue tumeur plus ou moins grosse, laquelle fait une saillie plus ou moins considérable, suivant les mouvements ou les attitudes des membres. La tumeur se présente sous la forme d'une grosseur sous-cutanée circonscrite, mobile, de consistance pâteuse et se réduisant partiellement ou complètement lorsque le muscle sous-jacent est en repos, elle durcit au contraire et augmente de volume lorsque ce muscle se contracte.
La tumeur n'est pas pédiculée et se confond par sa base avec le muscle, ou a pu dans l'état de réduction sentir les bords de l'orifice de l'aponévrose (Larrey). La palpation ne réveille pas de douleurs.
Les hernies tendent à augmenter de volume, mais leur accroissement semble très-lent; elles amènent, non pas des troubles graves dans les mouvements, mais de la gène et un peu de faiblesse pour certains efforts. Nous dirions volontiers qu'elles ne sont graves que par les erreurs de diagnostic auxquelles elles peuvent donner lieu. La hernie traumatique avec plaie, citée par Mourlon, a guéri en un mois par suite de la rétraction du tissu cicatriciel. Dans le cas de Rouillais, l'opération a été suivie de guérisou.
Le diagnostic des hernies musculaires présenterait de grandes diflîcultés, à en juger par les erreurs commises, cependant il a été fait par- Larrey, Mourlon (dans deux cas) et Laugier (dans deux cas). Maintenant que l'existence de ces tumeurs est démontrée, il semble plus facile de les reconnaître, en se basant sur les commémoratifs, l'apparition brusque et, parmi les caractères les plus importants, les changements de consistance de la tumeur pendant la contraction ou le relâchement musculaire, l'absence de l'inlluence de la toux, la matité et surtout le siège permettant de ne pas les confondre avec les hernies. Il peut être difficile de les distinguer des tumeurs intra-musculaires, cependant, si celles-ci peuvent changer de volume et de consistance pendant la contraction, elles ne présentent pas au moment de la réduction la sensation des bords de l'orifice apnoévrotique ; comme ce signe n'a pas été souvent observé, on comprend qu'il puisse v avoir des cas fort difficiles, c'est alors que la ponction exploratrice avec le trocart à crochet de Duchenne de Boulogne pourrait donner des renseignements, en permettant
DICT. ENC. -2' S. XI. 7
!J8 ML'SCLLAIRK (i-athologie cuiulkgicalk).
(i'i^xaiiiiiK'f au microscope une parcelle de la tumeur ; c'est à la suite tl'uuc poucliou exploratrice n'ayant donné lien qu'à im écoulement sanguin que M. Cusco pensa à la possibilité d'une tumeur musculaire (observation de Larrey).
La hernie sera distinguée de la t\xmeur formée par un muscle rompu, celle-ci étant circonscrite d'un côté seulement par une dépression ; de plus, comme l'a fait remarquer Monrlon, dans les ruptures musculaires les mouvements et la contraction musculaire sont rendus impossibles pour un temps assez long à cause de la douleur très-vive qu'ils éveillent ; lorsque la rupture est très-ancienne, il peut [lersistei' une tuméfaclion musculaire présentant une grande analogie avec une hernie ; Virchow et Verneuil ont décrit deux tumeurs tle ce genre siégeant sur le biceps brachial et ils ont indiqué, comme moyen de diagnostic, ce fait que la tumeur montait et descendait pendant les mouvements d'extension et de flexion de l'avant-bras (Verneuil) ou bien la possibilité d'allonger et de réduire la tumeur par nue pression douce (Virchow). Il serait utile dans les cas analogues de rechercher si l'électrisation localisée ne permettrait pas d'établir des signes différentiels nouveaux.
Traitement. L'étude des faits dans lesquels la Jiernie musculaire a guéri à la snitc de l'incision de la peau (Rouillais et Monrlon), a sans doute inspiré à Follin le conseil qu'il donne de tenter la guérison radicale. Une incision pénétrant jusqu'au muscle, l'application d'une mèche pour entretenir la suppuration et délerminer ainsi la formation d'une bride cicatricielle destinée à obturer l'ouverture aponévrotique, tel serait le procédé à employer. Cependant, si l'on tient compte de la faible tendanceque présentent les aponévroses et lesfasciasà réparerleurs solutions de continuité, on sera peu encouragé à tenter une oj)ératioa qui peut être inutile; d'ailleurs le traitement palliatif suffit ordinairement ; l'application d'un bandage compressif, tel qu'une jambière, un cuissard ou un brassard de coutil ou de cuir lacé, permettra de maintenir les parties de façon à ce que les mouvements ne soient ni gênés ni diminués de force ; Follin conseillait d'ajouter ime pelote au bandage, mais il n'indique aucun fait démontrant l'eflicacité de ce bandage. Eiiiiii dans les cas de heinies peu volumineuses, on pouri\iit ne rien faire que rassurer le malade, par un diagnostic précis sur la bénignité de l'affection qu'il porte.
LuxATiOiN DES MUSCLES ET DES TENDONS. Les musclcs pcuvcut être déplacés par les saillies osseuses dans les luxations et les fractures, par des tumeurs développées dans les tissus du voisinage, les os, les artères, les nerfs, etc., mais dans tous ces cas le changement de position est un phénomène secondaire, et l'on se préoccupe de la cause du déplacement. Dans les luxations, il est rare que la réduction ne soit pas suivie immédiatement du rétablissement des rapports musculaires, mais si la luxation n'est pas réduite, il peut en résulter pour le muscle une transformation dans son mode d'action, tel est l'exemple cité par M. Bouvier : chez un cul-de-jatte dont la rotule était luxée en dehors des condyles, le muscle triceps crural ayant suivi par son insertion inférieure le déplacement permanent de la rotule était devenu fléchisseur de la jambe sur la cuisse.
Les luxations des muscles, telles que plusieurs auteurs les ont comprises, sont des déplacements des muscles ou des tendons, existant en dehors de toute autre complication. Bien que la première notion des déplacements musculaires ait été retrouvée dans Hippocrate à propos de la luxation de la mâchoire, l'existence de la luxation des muscles est encore un sujet de discussion, et l'on peut dire qu'on dehors de quelques observations d'ailleurs très-incomplètes, on ne connaît que
MUSCL'L.VIRE (i'atholuuie chirurgicale). 09
quelques exemples de luxations musculaires auxquelles s'appliquerait }»his loî;iquement la dénomination de luxations de tendons, mais comme il serait diltîcile d'établir une distinction rigoureuse entre le déplacement du muscle ou celui d'une des parties qui le composent, nous examinerons dans cet article Fétat actuel de nos connaissances sur les déplacements et la luxation des muscles.
Si on laisse de côté quelques indications vagues tirées d'Hippocrate et des commentaires de v. Swieten, sur les aphorismcs de Boerliaave, Pouteau est le premier qui traite complètement des luxations des muscles; malheureuscmenl les observations qu'il cite sont peu démonstratives, et Motte, de Lyon, a facilement établi que la plupart d'entre elles doivent être rapportées aux ruptures musculaires, telle est du moins l'opinion de la plupart des chirurgiens (Heydcllet, Vidal, FoUin, Nélaton, Jarjavay, Chassaignac, Volkmann, Pitha). Les observations de Portai et de Gauthier ne sont pas plus concluantes, les seuls exemples de luxations musculaires qui puissent être discutés ou admis sont des exemples de luxations du tendon de la longue portion du biceps et des tendons des muscles péroniers. Jarjavay, dans un mémoire très-complet sur cette question, soumettant à une critique très-sérieuse les observations connues sur les deux sujets, a démontré que la plupart des observations de la luxation du tendon du biceps peuvent être rapportées à des erreurs de diagnostic. Les faits de CoAvpo]', de Bromfield, de Monteggia, de Stanley, de Smith, de Soden, les seuls où l'on ait observé à l'autopsie un déplacement du tendon, ont été invoqués comme preuve de cette luxation ; or, d'une part, pour les quatre dernières l'autopsie a démontré surtout une luxation de la tète humérale , et le déplacement du tendon, décrit très-incomplétement, est tout à fait secondaire ; Stanley luimême, décrivant l'autopsie d'une luxation de l'épaule, hésite à admettre la luxation tendineuse ; d'autre part, l'observation de Cowper qui s'est en quelque sorte multipliée en passant à travers les citations de Manget, Petit-Radel, n'est cependant nullement probante. On y trouve bien plutôt les signes d'une altération de la bourse séreuse sous-acromiale ; en effet, comme l'a fait remarquer Jarjavav, la plupart de symptômes indiqués par Cowper, Bromfield, Monteggia, se rencontrent dans les cas étudiés avec grand soin et dans lesquels Jarjavay a pu démontrer cliniquement que la lésion siégeait dans la bourse séreuse sous-acromiale. Cette lésion consiste dans un gonflement inflammatoire occasionné par la contusion ou la déchirure de cette bourre séreuse, et qui produit un ensemble de svmptômes caractéristiques ; Jarjavay les résume ainsi :
« Sensation d'un déplacement au moment de l'accident, gonflement dans le moignon de l'épaule, douleur qui empêche les mouvements du bras, principalement l'abduction; avant-bras fléchi sur le bras, et comme conséquence, rigiiHté du nuiscle biceps et fatigue au pli du coude ; augmentation de la douleur et bruit au-dessous de l'acromion quand on lève le bras du malade dans l'abduction, c'est-à-dire quand on fait glisser au -dessous de cette apophyse le trochiter de l'humérus (ce bruit, espèce de claquement, donne la sensation de la réduction de quelque chose de déplacé, et il se reproduit toutes les fois qu'on fait subir un mouvement de rotation à Pos maintenu dans la position horizontale) ; disparition de la douleur et retour des mouvements par le repos, l'application d'une écharpe sous l'avant-bras, et de compresses trempées de liquides résolutifs sur le moignon de l'épaule ; persistance habituelle du claquement alors même que la douleur ne se fait plus sentir et que les mouvements sont redevenus libres n (Jarjaïay. Ga:,elte hebdomadaire, 1871, p. 559).
100 MUSCULAIRE (pathologie cuirlugicali' ).
Otuiml on compare celte description à celles qni ont été données sons le titre de luxations du tendon du biceps, on partage cette opinion de Jarjavay, que jusqu'à présent on ne connaît pas d'exemple démonstratif de cette affection, affection (nnystérieuse, » comme dit Pitha.
Il n'en est pas de même d'une autre série d'observations qui établissent l'existence de la luxation des tendons péroniers. Les faits sont ici plus abondants; Monte-^o-ia, Velpeau, Bonnet, Jarjavay, Dcmarquay, Robert, Pitha, ont rapporté des exemples de la luxation des tendons des péroniers {voy. M. Péroniers); et en dehors de ceux-ci, nous n'en connaissons aucun autre de luxation des muscles.
Les déplacements volontaires des muscles n'existent pas, ce sont des déplacements de tendons produits par la contraction musculaire et aidés de certaines attitudes; Schiiïcn a prouvé la possibilité pour les tendons péroniers, en montrant que la limitation du bruit de claquement produit à volonté par ces déplacements brusques est un des moyens que les « spirites ;> emploient pour faire croire à une manifestation des esprits frappeurs.
Plaies des muscles. Elles conqjrennent les piqûres, les sections, les plaies contuses et les plaies par armes à feu.
Les piqûres des muscles sont bénignes. Les nombreuses opérations dans lesquelles les muscles sont traversés par des trocarts et les ponctions exploratrices ou cvacuatrices démontrent que lorsqu'on n'emploie que des trocarts oidinaires il n'y a à la suite de la piqiire aucun phénomène appréciable ; on a supposé plutôt que démontré que dans ces cas les trocarts agissent en écartant les tissus, et que les ûhves musculaires seraient simplement écartées. Cette supi)Osition est vi'aie [lour des aiguilles des trocarts capillaires ; mais nous croyons (lue dans les ponctions faites avec un trocart dépassant un millimètre de diamètre, les muscles sont forcément lésés dans quelques-unes de leurs libres; d'ailleurs ces lésions sont aussi inliocentes que peu étendues. J'ai vu plusieurs fois, à la suite de thoracentèse à l'aide de la canule n" 4 de l'aspirateur DieulafoY, que des parcelles nnisculaires s'engageaient dans les yeux de la canule et étaient arrachées au moment de retirer l'instrument; et cependant la petite plaie, dans ces cas, a toujours guéri sans complications. On a même utilisé cette innocuité des petites déchirures musculaires pour l'exploration des affections du tissu musculaire. Le trocart de Duchenne, de Boulogne, qui permet d'arracher une parcelle de muscle, a été souvent employé par Yirchow, par Duchenne et par nous sans amener aucun accident. Les plaies par des instruments piquants plus volumineux, taillés en triangle ou en carré, à bords plus ou moins rugueux, tels que les limes, les fleurets, etc., peuvent être plus sérieuses parce qu'elles s'accompagnent d'une déchirure plus ou moins étendue; cependant, lorsqu'elles ne s'accompagnent pas de la présence de corps étrangers, elles guérissent ordinairement avec la plus grande facilité.
Les plaies par instruments coupants sont produites ou dans des luttes avec des couteaux, des tranchets et les divers instruments coupants employés dans l'industrie, enfm par les armes de guerre. Comme elles s'accompagnent de lésions des téguments, nous n'insisterons pas sur leur histoire, renvoyant à l'article Plaies. Nous indiquerons seulement quelques-unes des particularités qu'elles présentent.
Les plaies des muscles s'accompagnent de plaies plus ou moins étendues du tégument; elles sont simples ou compliquées de lésions des nerfs ou des vais'
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seaux ; les plus simples sont celles que l'on pratique dans la niyotoniie et qu'on peut considérer comme sous-cutanées. La plaie cutanée, ordinairement plus étendue en largeur que la plaie musculaire, ne correspond pas toujours à la [daie musculaire. Dans les plaies par épée de combat, les plaies par coups de pointe, le trajet est plus ou moins oblique, il peut même changer complètement de direction suivant que le muscle a été coupé au moment de la contraction ou du relâchement; il en est de même pour les aponévroses et les fascias. Ces conditions sont quelquefois favorables lorsque la plaie est nette et que le changement de direction de la plaie cutanée rapproche la section musculaire d'une section sous-cutanée ; mais cette disposition même peut constituer un danger s'il y a eu dilacération des fibres musculaires, épanchement sanguin considérable, enhn s'il se produit ultérieurement une myosite, et alors il peut devenir nécessaire de pratiquer un débridement. Ces cas sont heureusement rares, et se présentent plutôt dans les plaies produites par des instruments mal affilés, ou qui laissent dans la plaie des débris (comme pour les flèches des peuplades sauvages) .
Les plaies sont rarement dirigées suivant l'axe des faisceaux musculaires; ordinairement elles les divisent transversalement ou obliquement, et dans certaines parties, à l'abdomen, au cou, à la langue, elles peuvent diviser dans un sens différent les libres musculaires. La section est complète ou partielle.
Le premier phénomène consécutif à la section est l'écartement des lîlires musculaires lésées,- et celui-ci, peu considérable dans les cas de section partielle, est beaucoup plus prononcé dans les cas de section complète; cet écartement est plus manifeste dans certaines positions. En général, dans les plaies obliques ou transversales, l'écartement des bords de la plaie ou des deux tronçons musculaires est le moins prononcé lorsqu'on met le membre dans l'attitude qui l'approche les deux points d'insection, c'est-à-dire la flexion pour les fléchisseurs, l'extension pour les extenseurs, l'adduction ou l'abduction pour les adducteurs ou les abducteurs. Suivant l'étendue de la plaie des téguments, ces phénomènes sont plus ou moins appréciables : la palpation les fait reconnaître, et les expériences de myotomie ont permis de bien étudier les phénomènes qui se passent lorsque la section est sous-cutanée. On peut, à cet égard, considérer deux modes de réunion : l'une par première intention, l'autre par seconde intention ou suppuration ; dans le premier cas, il y a rétablissement de l'intégrité du muscle, d'autant plus facile que les fascias ou les téguments sont moins largement sectionnés.
Les phénomènes intimes du processus de cicatrisation ou de suppuration seront décrits plus loin, mais nous en indiquerons ici la marche générale. Dans la réunion par première intention, il se fait entre les faisceaux musculaires une infiltration sanguine qui représente une sorte de caillot, et qui, non-seulement remplit l'espace qui sépare les faisceaux coupés, mais s'étend plus ou moins loin ; il y a en même temps infiltration plastique, gonflement du tissu cellulaire et compression des fibres musculaires. Le tissu musculaire n'est pas détruit dans la réunion par première intention, et la cicatrice se fait aux dépens du tissu cellulaire et du sarcolemme ; il se fait une sorte d'intersection tendineuse, qui rétablit les fonctions du muscle ou des faisceaux sectionnés.
Dans la réunion secondaire, les phénomènes varient suivant l'étendue de la plaie. Dans les sections partielles avec perte de substance, la suppuration du muscle est partielle; celui-ci se couvre rapidement de bourgeons charnus aux
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dépens du lissii cellulaire, des fascias et même de la peau; la cicalrisalion se fait assez rapidement, la peau, les lascias et les muscles forment une cicatrice dense, épaisse, peu mobile, qui subit ultérieurement des modifications. En elfet^ tandis ([ue les plaies tendineuses forment des cicatrices adbérentes à la peau plus ou moins irrégulières ou difformes, les plaies musculaires par sections laissent des désordres moins graves, et grâce à la contraction des muscles la cicatrice cutanée devient souvent indépendante de la cicatrice musculaire. 11 en est quelquefois autrement dans les plaies par coups de sabre ayant largement divisé les parties molles d'un membre, parce qu'il y a alors des adhérences entre les divers muscles inégalement rétractés, leurs aponévroses, leurs tendons, les gaines synoviales et le périoste même. Comme dans ces cas il y a souvent de la suppuration, de la myosite, les phénomènes sont plus conq)lexes et se rapprochent de ceux qu'on voit dans les plaies contuses. Legouest et Hutin ont décrit des exemples de ces lésions éloignées des blessures par instruments tranchants, qui ont été ordinairement observées chez les blessés par armes de guerre.
Les ])laies contuses des muscles sont produites par déchirure, arrachement, broiement; elles ne nous arrêteront pas longuement, parce qu'elles sont étudiées comme contusions ou plaies contuses. Cependant nous devons insister sur quelques caractères particuliers (juelles présentent. La réparation en est d'autant plus difiicile que les lésions du tissu musculaire ne correspondent pas à des débridements extérieurs, et que les épanchements de sang, les produits de l'inflammation restent au milieu des tissus, d'autant jjIus que, suivant l'état de contraction du muscle, suivant la position au moment de l'accident, les jilaies contuses présentent des anfractuosités, des dispositions irrégulicres qui inthuMil singulièrement sur leur marche.
Les plaies par projectiles de guerre, les balles, les portions d'obus, les débris métalliques des armes ou de l'habillement fournissent les exemples les plus variés de ces plaies. Je n'ai pas à les étudier ici; mais je rappellerai que les plaies pai' balles ou par projectiles sont accompagnées de perte de substance dans toute l'étendue de leur trajet; celle-ci est, suivant les expériences de Simon, moins prononcée si les muscles ont été traversés dans l'état de relâchement. En général, dans les muscles contractés au moment de la blessm'C, le trajet est irrégulier, mâché, contenant des détritus formés par des portions de tissus contus et flottant dans la cavité, l'obturant quelquefois. L'ouverture des aponévroses ne correspond pas au trajet' musculaire, ainsi qu'on peut le vérifier par le sondage de la plaie. Pour toutes ces raisons, la cicatiisation des plaies musculaires par balles et projectiles présente souvent des complications graves, dues à la suppuration, à la rétention du pus et plus encore à la présence de corps étrangers ou des produits de destruction des tissus; elles guérissent par production cicatz-icielle et non par régénération.
Les déchirures des muscles par morsures présentent certains caractères importants lorsque la blessure est large, comme dans les morsures par des bêtes fauves ou dans les coups de griffe; la cicatrisation se fait assez facilement, mais irrégulièrement, dans les morsui^es de chien et surtout celles du cheval. La gravité des accidents qui se produisent souvent consécutivement, tels que les phlegmons, les abcès, est, suivant nous, le résultat des contusions musculaires, c'est-à-dire de l'altération profonde des libres musculaires.
Nous n'insisterons pas sur les plaies avec arrachement, avec broiement, pi'o-
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(luiles par les iiuu-liincs, parce que dans ces cas les lésions niusculairos soni en (juelqne sorte secondaires et qu'elles sont étudiées comme plaies contnses.
Phénomènes qui accompagïient ou compliquent les plaies des muscles. Mijosite traumatique. Cicatrisation. Régénéralion des muscles. Les nombi'eux travaux {|ui, dans ces dernières années, ont été laits dans le but d"étudier le processus cicatriciel des muscles, les phénomènes qui accompagnent les plaies sous-cutanées du tissu musculaire, rendent nécessaire d'examiner, dans un chapitre, les conséquences immédiates et éloignées des plaies des muscles, au point de vue anatomo-patliologiquc, c'est-à-dire la myosite traumatique. C'est principalement par dos exjiériences qu'on a étudié les phénomènes immédiats, tandis que cliniquement on a surtout observé les phénomènes ultérieurs.
Nous examinerons les cas les plus simples tels que l'on peut les obtenir expérimentalement, c'est-à-dire les plaies ou sections sous-cutanées des muscles. Les premières études de ce genre ont été faites par Gendrin, et depuis, les recherches expérimentales de ^^'aldeyer, Weber, Maslowsky, Gnssenbauer, Volkmann et Demarqnay, pour ne citer que les plus récentes, permettent de faire l'exposé des phénomènes qui accompagnent les sections nmsculaires.
11 faut distinguer deux périctdes : l'une comprenant les phénomènes tiaiini;itiques, l'autre les phénomènes de réparation ou de cicati'isation.
On est à peu près d'accord sur la description des altérations qui sont le lésultat inmîédiat des sections musculaires; cette première période, qui correspond au traumatisme et peut se prolonger vingt-quatre heures, comprend comme phénomènes l'écartement des fibres sectionnées qui forment sous l'aponévrose une sorte de cavité, où se fait un épanchemcnt sanguin; celui-ci limité par ra|»(>névrose et les parties voisines est fort peu prononcé. Les moditications histologic{ues sont très-rapides ; en quelques heures on voit survenir une infiltration de leucocytes au voisinage de la plaie, dans le tissu conjonctif, autour des capillaires, et, dès le lendemain, on trouve de ces leucocytes jusque dans le sarcolemrae des fibrilles musculaires, en même temps qu'il y a dans les capillaires une stase sanguine par coagulation du sang aux extrémités sectionnées, avec une congestion assez vive autour de la plaie.
Les altérations musculaires sont fort inq^ortantes à étudier; ajoutées aux précédentes, elles constituent la myosite traumatique, et elles ont été l'objet d'études nombreuses, mais dont les résultats sont loin d'être identiques.
Dès la première période, on constate au début des lésions d'ordre traumatique; il va rétraction des libres nuisculaires, le sarcolemme forme des replis qui masquent la striation, les extrémités des fibrilles musculaires sont gonflées, le protoplasma présente l'aspect de la dégénérescence vitreuse, mais seulement à l'extrémité des fibrilles; cependant cette dégénérescence n'est pas due à un processus pathogénique, car celui-ci ne survient que quelques heures plus tard,
La seconde période est caractérisée par des phénomènes d'irritation plus ou moins intenses, mais dont on retrouve toujours les caractères principaux; ils existent dans le tissu cellulaire, dans le tissu musculaire. Du côté du tissu cellulaire, c'est le gontlement des corpuscules, une prolifération ou une infiltration des corpuscules blancs autour des vaisseaux, dans le tissu conjonctif qui sépare les faisceaux nuisculaires; le processus est d'autant plus prononcé qu'on est plus voisin de la surface de section, il sert de préparation au processus cicatriciel, on retrouve l'infiltration et la multiplication des corpuscules embrvonnaires et le gonflement des faisceaux du tissu conjonctif jusque d.ins le tissu
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cellulaiio sous-aponévroticjue, et bientôt même sur les bords de la boutonnière faite à l'aponévrose, dont les corpuscules fusiformes sont gonflés, plus apparents, et dont les noyaux semblent nuiltipliés par prolifération, le tissu cellulaire sous-cutané est lui-même tuméfié, congestionné , et il semble se continuer directement avec le tissu cellulaire sous-aponévrotique à travers la boutonnière; le caillot est en quelque sorte isolé au centre même de ce tissu cellulaire.
Du coté du tissu musculaire, il se passe des phénomènes non moins importants, bien qu'ils soient bornés à une très-petite étendue, puisque dans des sections sous-cutanées ce n'est pas même sur une épaisseur d'un millimètre qu'on observe les altérations que nous allons décrire. Les extrémités des libres nnisculaires présentent l'aspect d'une dégénérescence vitreuse ; dans le plus grand nombre des libres, le contenu musculaire a perdu sa striation, il semble tuméfié, gonflé, divisé en petits blocs irréguliers réfringents; parallèlement à cette altération, on observe les caractères de la dégénérescence granuleuse, et c'est celle-ci qui se montre délinitivement sur toute Ictendue de la section; les libres musculaires ont perdu leur striation, elles semblent converties en un amas de substance grenue formée de flnes granulations, elles sont devenues jaunâtres, opaques ou noires quand on les examine par transparence ; enfin on trouve dans les fibres mêmes des éléments arrondis très-nomlireux, sur la nature desquels on a beaucoup discuté, (^es noyaux, qui ont les caractères communs aux noyaux du sarcolemme et aux corpuscules embryonnaires, ont été considérés tour à tour comme des leucocytes ou corpuscules embryonnaires infdtrés dans la cavité formée par le sarcolemme lui-même, ou comme des noyaux du sarcolemme en voie de prolifération; entin quelques-uns ont voulu y voir des noyaux musculaires provenant des libres détruites et même l'ormcs par la prolifération des anciennes fibres (Neumann. llofmann, Gussenbauer); quoi qu'il en soit, cette période peut être considérée comme coi-respondant aux phénomènes d'irritation traumatique, iniiltration des tissus, prolifération des cellules embryonnaires et même des éléments formateurs de la libre musculaire. C'est la préparation de la période de cicatrisation ou de néofurmation ; celle-ci présente une étendue très- variable, comme durée ; les phénomènes qui la constituent sont variables, suivant que ïon considère le tissu cellulaire ou le tissu musculaire proprement dit.
Du coté du tissu cellulaire, on observe la résorption du caillot, la disparition de la congestion vasculaire, la formation d'un tissu libreux cicatriciel unissant à la fois les deux surfaces musculaires sectionnées, avec la cicatrice de l'aponévrose et celle du tissu cellulaire sous-cutané, on trouve, suivant l'époque d'observation, la production de corps tibi'oplastiques , de tissu fibreux dont les faisceaux, d'abord indistincts, se sépai'ent plus tard et forment une sorte d'intersection fibreuse unissant les deux tronçons du muscle qui ont été coupés.
Le tissu musculaire proprement dit subit des modifications; les éléments embryoplastiques et les leucocytes, les éléments résultant de la prolifération des noyaux musculaires disparaissent ordinairement, soit qu'ils aient été résorbés, soit qu'ils aient servi à la formation du tissu fibreux cicatriciel.
Telle est l'opinion généralement admise. Cette partie du processus a été la plus discutée, parce que c'est de la connaissance exacte de cette période qu'on peut conclure à la possibilité de la régénération musculaire. Tandis que la plupart des observateurs qui ont étudié la réparation des muscles sectionnés n'admettent pas la régénération, d'autres expérimentateurs ont cru reconnaître, vers
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la troisième semaine après la section, des cellules fusiformes puis striées rappelant les cellules myoplastiques ; celles-ci auraient pour point de départ, suivant les uns (Waldeyer), les noyaux de tissu conjonctif; à la fois le tissu conjonctif, le périmysium interne ou sarcolemme , et les noyaux musculaires, suivant Otto Weber. Maslowsky a cru pouvoir démontrer, h l'aide de la coloration des globulcsK blancs, par les injections intra-veineuses ou parenchymateuses de cinabre ou d'indigo , que les muscles se régénéraient par transformation des leucocytes en cellules fusiformes prenant un aspect strié et constituant des fibres musculaires nouvelles, mais Hoffmann, en particulier, a démontré qu'il y avait des causes d'erreur dans l'emploi de ces procédés. Neumann admet la régénération par néoformation de fibres musculaires naissant des fibres anciennes par bourgeonnement ; enfin Gussenbauer, à l'opinion duquel s'est rattaché Yolkmann. a décrit la régénération de fibres par bourgeonnement et surtout par subdivision des extrémités des fdjres musculaires sectionnées. Malheureusement, des expérimentateurs très-habiles n'ont pu retrouver la néoformation musculaire, tels sont Hayem, Bouchard, Demarquay, Robin, ils expliquent tout autrement le processus de la multiplication des noyaux musculaires. 11 y aurait, en effet, à la période de multiplication des noyaux musculaires, apparition de ces cellules qu'on a comparées aux cellules myoplastiques, mais ces éléments s'arrêtent dans leur développement; ils deviennent granuleux, graisseux, se résorbent et ne forment pas de fibres musculaires nouvelles. Si nous comparons ces résultats si divers avec ce que la pratique montre si souvent, la restitution complète des mouvements musculaires à la suite de sections de plaies contuses, de luxations, de fractures compliquées, et si nous tenons compte de la démonstration actuelle de la régénération des fibres musculaires dans certaines myosites symptomatiques, nous constatons que la régénération à la suite de myosite traumatique n'est pas démontrée ni décrite dans toutes ses phases, mais nous espérons que des recherches nouvelles nous la feront connaître.
Les phénomènes de la myosite traumatique ne sont pas toujours aussi simples et ils peuvent se compliquer d'épanchements de sang, de ruptures étendues, enfin de suppuration ou abcès phlegmoneux, c'est-à-dire de myosite traumatique suppurée.
Abcès phlegmoneux des muscles {Myosite traumatique suppurée). Nous ne saurions étudier ici toutes les causes de myosite suppurée, sans répéter en grande partie ce qui a été dit à propos de la myosite aiguë ou des myosites symptomatiques suppurées, la plupart des auteurs ont confondu dans une même étude les abcès musculaires, quelle qu'en ait été l'origine. Mais si l'on n'envisage que les abcès musculaires phlegmoneux d'origine traumatique, c'est à peine si l'on peut en réunir quelques exemples bien authentiques. Després, dans sa thèse d'agrégation, a montré que la plupart des observations ayant rapport aux abcès chauds musculaires sont incomplètes, et dans un travail récent, Rœseler (thèse 1875) n'a pu réunir, en dehors des faits de psoïtis traumatique, suite de contusion, qu'un seul exemple d'abcès consécutif à une ■rupture musculaire dans un autre muscle que le psoas, il s'agit d'une rupture du corps du biceps, observée par M. OUier (Gaz. des Hôpitaux 1875, p. 419). L'abcès fut ouvert trois semaines après l'accident, il s'écoula un verre de pus et la cicatrisation fut rapide. Si on ajoute les faits bien authentiques de psoïtis traumatique de Deramé, Dance, Marchai de Calvi, Hoy et Labbé, on reste convaincu de l'existence des abcès musculaires consécutifs au traumatisme, mais
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on voit que leur histoire se confond presque complètement avec celle du psoïtis.
H importe cependant de se rappeler que les abcès phlegmoneux peuvent se pioduire à la suite du traumatisme, afin de ne pas les confondre avec les cas de myosite spontanée, dont la gravité est bien plus considérable. In mode de terminaison des plus rares des abcès musculaires a été signalé par ^inçent( Lyon Médical, n" 2ô, 1874), qui en cite les deux seuls exemples dans lesquels le diagnostic puisse être considéré comme certain, il s'agit de fistules musculaires qui, dans ces cas, étaient consécutives à une myosite supposée; il importe de ne pas confondre ces lésions avec des gommes suppurées, ou avec un kyste suppuré, en ellét, nous citons plus loin un exemple de fistule musculaire lausse, constituée par un kyste hydatique.
Bkclures. Congélation. Lorsque les lésions sont assez étendues pour désorganiser les muscles, soit dans les brûlures des 5* et 6* degrés, les altérations nmsculaires proprement dites n'offrent qu'un intérêt secondaire, la gangrène et l'élimination des parties molles mortifiées constituent un ensemble symptom.itologique, qui est étudié aux articles Brûlure et Congélation.
H. Affections parasitaires. Kystes hydatiques des muscles. Observés pai' Dupuylren, les kystes liydati(jues ont été l'objet de plusieurs études; Yelpeau, JNélaton, en ont cité des faits, Davaine en rapporte des observations et le rapport de Fernet à la société anatomique, en 1865, les observations de Parmentier, le cba()ilre que leur a consacré Després, la thèse d'Orillard, montrent que ces kystes ne sont pas trop rares. Malheureusement la plupart des observations ne sont pas ct)uq)lètcs, et même on a souvent confondu les kystes intermusculaires et les kystes intramusculaires. C'est ainsi que Desprésa réuni 14 observations de kystes hydatides et qu'en y joignant les observations nouvelles , nous en comptons 19 qui doivent être rapportées aux muscles, tandis que nous pourrions citer plus de cinquante cas de kystes développés dans le tissu cellulaire des membres, c'est-à-dire intermusculaircs.
Les observations qui nous servent de base sont dues à Dupuytren, Soulé, jVélaton, Gerdy, Yelpeau, Blandin, Parmentier, Després, Cross, Sanné, Dolbeau, Verneuil et Cruveilhier ; nous rejetons avec Després et avec Bergmann les faits cités ailleurs comme kystes musculaires tels que les observations de Jannin, Baron, Bidloo, Rossi, Defrance et Roux, Kern etBremser, nous ajoutons aux cas étudiés par Després, dans sa thèse des tumeurs des muscles, les quatre observations citées dans la thèse d'Orillard (Thèses de Paris 1809, n° 282), et dues à Dolbeau et à Nicaise, enfin 4 autres faits signalés pai' Cailleux, Frueth, Verneuil, Cruveilhier fils, ce qui porte à 23 le nombre des cas d'hydatide musculaire proprement dite sur lesquels nous basons ce travail.
Au point de vue du siège, on peut ranger ainsi qu'il suit par ordre de iVéquence les muscles qui en sont atteints, le biceps humerai, 4 fois (Dupuytren, Soulé, Blandin, Cruveilhier), le deltoïde, 2 fois (Dolbeau, Cross), le triceps, 1 fois (iXélaton), le brachial antérieur, 1 fois (Gerdy), le grand pectoral, 2 fois {Nélaton, Verneuil), le sous-épineux, 1 fois (Dolbeau), le gi'and dentelé, 1 foi^ {^elpeau), le carré des bombes, 1 fois (Soulé), la masse sacro lombaire, 2 lois {Nélaton et Després, Velpeau et Sanné), le grand fessier, le droit antérieur de l'abdomen, l'adducteur de la cuisse (Sanné et Liégeois). Il y a donc une fréquence bien plus grande pour les membres supérieurs et les muscles du .tronc, c'est en quelque sorte le contraire de ce qui existe pour les kystes intermusculaircs.
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puisque sur 45 cas, Bergmann n'eu cite que 1 1 pour les membres supérieurs, 20 pour les interievu's, et 12 pour le cou, c'est-à-dire au-dessous du sternomastoïdien, ou près d'un des bords de ce muscle, et il est à remarquer que la plupart des kystes indiqués comme situés dans la région sterno-mastoïdienne sont sous-musculaires. Dans le cas où le sexe et l'âge sont indiqués, on voit une proportion presque égale d'hommes et de femmes. Dans 5 cas, l'âge oscille enti;e 20 et 27, mais on en observe à 40, 57, 68 ans, et c'est surtout chez la femme que l'âge est moindre. Quand on compare le petit nombre de faits bien démontrés de kystes intramusculaires avec les kystes hydatiques des autres organes, on voit qu'ils sont relativement rares; en effet, les 25 cas que nous avons réunis sont bien au-dessous du chiffre même des kystes hydatiques du cœur, dont L. de Welling a réuni dans sa thèse (des kystes hydatiques du cœur, Savy 1872) plus de 30 cas.
Nous n'examinerons pas ici les conditions générales de l'existence des hydatides pour ce qui concerne les muscles, les observations sont trop peu nombreuses, mais nous ferons remarquer d'une part que les muscles offrent une disposition défavorable pour les hydatides, plus encore à cause de leur éloi- ^nement des cavités digestive et respiratoire que par l'obstacle que leurs mouvements peuvent apporter au développement des kystes, puisque le cœur 4'st autant en mouvement que tout autre nmscle ; il nous faut avouer que nous ne connaissons rien de particulier sur les conditions de développement des hydatides dans les muscles. L'anatomie pathologique de ces tumeurs est ellemême fort incomplète, en ce sens que dans la plupart des cas on s'est contenté de signaler l'existence d'une ou plusieurs hydatides, ce[)eu».lant quelques ohsertions, celles de Sanné, Dolbeau, Cruveilhier, etc., en particulier, nous permettent d'établir la disposition habituelle de ces kystes ; le kyste hydatique se compose dune poche à parois plus ou moins denses, ou bien représentant une enveloppe mince confondue avec les fibres musculaires qui y adhèrent, ou bien, dans certains cas, d'aspect fibreux pouvant atteindre une épaisseur de plusieurs millimètres ; la face externe , formée de tissu fibreux et vascularisée, est unie aux libres musculaires, les faisceaux adhérents sont décolorés, atrophiés, il y a induration du tissu conjonctif et du tissu musculaire. Cette enveloppe peut atteindre 4 à 5 millimètres d'épaisseur dans les kystes à plusieurs hydatides (Ex. : Cruveilhier fils). La paroi est mince ou, au contraire, elle est formée de couches stratifiées : cas d'hydatide uniloculaire (Velpeau) ; suivant qu'il y a inflammation, la paroi devient plus dense , de consistance élastique ou même crétacée. Tantôt il y a une hydatide, tantôt, ce qui est le plus souvent indiqué, les hydatides sont multiples ; cependant, dans les kystes intramusculaires, les hydatides sont en général peu nombreuses, et surtout moins que ilans les kystes des autres organes ou du tissu cellulaire des membres.
On a trouvé dans le liquide de ces kystes ou des hydatides (2 à 5j ou des débris d'échinocoques, caractérisés par la présence de crochets. La quantité de liquide contenue dans la poche et extraite par la ponction ou l'.incision a varié suivant l'appréciation des observateurs entre 10 et 50 grammes ou beaucoup plus ; la dimension du kyste, lorsqu'elle a été indiquée, est d'environ le volume d'une noix à un œuf de poule. Le kyste observé par Soulé, dans le biceps, mesurait 4 centimètres de rayon, celui que M. Dolbeau a vu dans le sons-épineux mesurait 14 centimètres sur 15 ; ces dimensions sont en général inférieures à celles des kystes observés dans le tissu cellulaire des membres, le liquide peut
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être purulent, les échinocoqucs ne se démontrant plus que par leurs crochets, comme dans le cas de Sanné, deNélaton et Després; enfin il y a quelques cas où l'on a pu croire à l'existence d'une hydatide sans échinocoqucs, soit que l'on n'ait pas suffisamment recherché les crochets, soit qu'on ait eu affaire à une hydatide stérile. 11 est même intéressant de signaler que, dans certains cas où très-évidemment on comptait à l'œil nu plusieurs vésicules hydatiques, on n'a pas trouvé de crochets d'échinocoque. Tel est en particulier le fait de Cruveilhier fils. (Tumeur hydatique du biceps brachial.)
Nous connaissons peu la marche de ces kystes ; en général les malades ne les reconnaissent que lorsque le volume en est quelque peu développé. La durée du développement varie entre plusieurs mois et sept ans ; les causes banales Je contusion, d'effort, sont le plus souvent invoquées. Comme les autres kystes hydatiques, ils peuvent se terminer par inllammation ; dans un cas de Soulé (1852), lin kyste du biceps humcial a donné lieu aune fistule musculaire, à la suite de riullammation et de l'ulcération de la poche kystique. 11 peut y avoir suppuration et enkystement par transformation caséuuse du contenu de la poche, et même, la calcification y a été signalée.
Le diagnostic des kystes hydatiijues musculaires, n'ayant été fait que dans deux cas par Diq)uytren et Nélaton, on ne s'étonnera pas que nous n'insistions pas sur les symptômes de ces tumeurs, qui ont été, dans la plupart des observations, indiqués après l'opération qui a révélé la nature de la tumeur, il sullit de dire que les kystes hydatides des muscles ont été confondus avec des tumeurs fibreuses, des cancers même, et surtout des lipomes ou des abcès froids, pour que l'on comprenne la difficulté du diagnostic et l'absence de caractères distinctifs faciles à apprécier.
L'étude de la marche, l'absence des signes caractéristiques voisins ou éloignés d'altérations secondaii'es, la connaissance de l'existence de tumeurs hydatiques musculaires, surtout le frémissement hydatique, qui n"a été perçu que par Dupuytren et Nélaton, telles sont les conditions qui ont permis le diagnostic, et il est utile de savoir qu'en présence d'une tumeur reconnue intramusculaire, la fluctuation, la fausse sensation de fluctuation, même une sensation de tumeur dure arrondie ou mal définie, peuvent correspondre à un kyste hydatique, comme à im lipome ou à toute autre tumeur. Le cas publié par Cailleux prouve qu'un kyste hydatique, situé au niveau du ligament de Poupart, présentait tous les signes d'un abcès migrateur.
11 est donc nécessaire pour éclairer le diagnostic, même dans le cas où l'on croirait percevoir le frémissement, de pratiquer une ponction exploratrice, soit avec le trocart aspirateur, mais il faut savoir que dans ces cas même on peut percevoir des sensations de dureté, des frottements qui pourraient introduire en erreur, comme dans le fait de Liégeois où le trocart, en se mouvant dans la tumeur, paraissait rencontrer des parois résistantes, et offrait dans certains endroits une dureté pierreuse. Le frémissement hydatique est le seul signe pathognomonique, mais il est à remarquer que deux célèbres cliniciens ont seuls pu le reconnaître.
Au point de vue thérapeutique, les observations nous prouvent que dans aucun cas la mort n'a suivi l'incision ou l'ablation de ces tumeurs, les douze cas dans lesquels le mode opératoire et le résultat ont été indiqués peuvent être divisés ainsi qu'il suit ; quatre cas dans lesquels l'incision a suffi pour amener la guérison, et huit cas où l'énucléation a été suivie de succès. On n'a observé de
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complications que dans le cas de Soulé, où des accidents septicéiniques ont accompagné l'incision d'un kyste hydatique de la région lombaire.
Malgré le petit nombre des résultats connus, nous croyons pouvoir conclure au point do vue thérapeutique que l'incision largement pratiquée avec injections détersives antiseptiques , et l'application des mèches imbibées de solution d'acide thymique, d'acide salicylique ou d'autres liquides antiseptiques, conviennent dans le cas où le diagnostic peut être fait ; mais l'ablation complète ou l'énucléation de la tumeur paraît un mode d'intervention qui jusqu'à présent a été plus iréquent que l'incision, mais non moins etïectil'. C'est pourquoi, d'accord avec Després, nous conseillons l'incision, tout en constatant l'innocuité de l'ablation.
Cxjsticerques dans les muscles. La présence des cysticerques dans les muscles comme dans d'autres organes a été souvent signalée dans des autopsies, depuis qu'ils ont été découverts par Werner, en 1786, et après lui décrits par Steiabach et Lorchye, Laennec et Dupuytren; Davaine a recueilli plus de douze observations de cysticerques des muscles chez l'homme qui sont loin de représenter le nombre des faits observés, puisque Rudolphi en trouvait quatre à cincj cas par an sur 250 autopsies faites à Berlin; et dans la plupart des cas où les cysticerques existaient dans le cerveau ou d'autres viscères, on les a trouvés dans les nmscles; dans le cœur même les cysticerques ont été observés assez souvent. Malheureusement, on n'indique pas toujours avec précision le siège de ces vers vésiculaires, et par exemple, pour les trois cas où ils ont été enlevés sur le vivant, il s'agit peut-ôtre plutôt de vers situés dans le tissu cellulaire, tels sont les faits de Cbabert où le cysticerquc était dans la langue d'un enfant, et fut enlevé; de Grève, où les cysticerques furent enlevés de la partie interne des joues ; de Berend, où un cysticerque occupait la lèvre d'un enfant ; et le fait de Billroth où des cysticerques occupaient le nez et la langue ; cependant quelques faits bien observés prouvent que les cysticerques peuvent occuper la substance musculaire elle-même: ils y forment un ou plusieurs kystes, entourés d'une paroi fibreuse plus ou moins épaisse, et peuvent y subir diverses transformations, soit par suite de la dégénérescence des parois ou de la mort du ver avec production "* de matière fibrineuse ou caséeuse, ou même calcaire. On comprendra que nous n'ayons pas à insister sur ces faits qui, jusqu'à présent, sont surtout intéressants F au point de vue de l'hclminthologie, mais dont l'histoire clinique n'est pas encore * faite. Aux observations citées par Da vaine et reproduites par Després, il convient ^ d'ajouter divers cas dus àPaulicki, Heschl, et dont l'analyse a été faite par Meissner {in Schmidt's Jahrbûcher, 1874, n" 11), et ceux de Lancereaux, Delore et
'* Broca publiés dans la thèse de Boyron sur la ladrerie chez l'homme (Paris. 1876).
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** III. Néoplasies ou ïUHEiRs DES MUSCLES. Caucer des muscles. (Carcinome, li"* Épitbéliome, Squirrhe). Les muscles peuvent être atteints de dégénérescence îl'' cancéreuse ou des diverses espèces de carcinomes, soit que la dégénérescence résulte lit* de l'envahissement par propagation des organes voisins, soit qu'elle existe primitiiil^ vement dans le tissu musculaire, ou enfm qu'elle s'y développe en même temps que ssi* dans d'autres tissus. En d'autres termes, le carcinome des muscles est primitif ou secondaire. Le cancer secondaire est relativement assez fréquent, il a été observé d*' sur les points les plus variés, mais principalement dans les muscles qui avoisinent îê"' le siège le plus ordinaire des cancers ; c'est ainsi que la langue, les muscles orbicuèi(f' laires des lèvres, des paupières et le sphincter anal, sont très-souvent atteints de
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carcinome et plus particulièrement du carcinome épithélial. Les muscles de la poitrine, du thorax et même les muscles intercostaux sont souvent atteints des dégénérescences épithéliale, squirrheuse, carcinomatcuse vraie, provenant de l'extension ou de la récidive des tumeurs du sein. Les muscles de la paroi abdominale, le grand droit lui-même, le psoas, le diaphragme, peuvent être envahis par les dégénérescences des organes voisins, le foie, l'estomac, les intestins; enfin, les muscles des membres peuvent être plus ou moins déplacés, atrophiés ou envahis par des cancers développés à la peau ou dans les autres tissus. On devrait s'attendre à rencontrer de nombreux matériaux sur le cancer et sur le carcinome des muscles, il en est tout autrement, elles documents qui existent sont tellement incomplets qu'un examen sérieux ne leur laisse, en quelque sorte, qu'un intérêt historique. D'ailleurs, il s'agit d'une question tellement complexe qu'elle n'est pas résolue encore pour les glandes, la peau, les viscères, et, en définitive, on comprend que nous ne sachions pas exactement le mode de transmission au tissu musculaire des épithéliomes, des carcinomes, ajoutons môme des sarcomes, alors que l'on connaît si imparfaitement le développement du carcinome primitif.
Le mode de propagation du carcinome et de l'épithéliome aux muscles dépend de circonstances très-diverses, il varie suivant l'espèce de cancer et suivant les organes musculaires eux-mêmes. C'est ainsi qu'on peut admettre trois phases ou trois modes d'envahissement et d'altérations musculaires, l'épondant à la compression, rinfillralion, l'ulcération.
Les effets de la compression s'observent principalement dans les muscles des membres, les exemples sont faciles à trouver, et les origines sont très-variées; par exemple, la compression du soléaire et des jumeaux, du poplité dans le cancer de la tête, du tibia dans le cancer des ganglions poplités, l'envahissement des muscles masséter temporal et sterno-mastoïdiens dans les cancers de la parotide ou des ganglions lymphathiques situés entre les muscles du cou et de la mâchoire; dans la plupart de ces cas, le muscle est refoulé, aplati à la sm'f;\ce de la tumeur, ses faisceaux sont écartés et présentent, divers degrés d'atropliie, appréciables à l'œil nu par la décoloration des fibres musculaires, leur aspect semi-transparent rappelant l'aspect vitreux du sucre d'orge. Au microscope, on peut retrouver non-seulement de l'atrophie, mais aussi une iiiultiplication des éléments du tissu cellulaire ou même des éléments du myolemme, c'est-àdire de l'atrophie, et aussi de la myosite chronique avec hyperplasie du lissu cellulaire. Il y a, en définitive, une dissociation des faisceaux musculaires avec un état hyperplasique très-notable ; mais les fibres musculaires elles-mêmes ne sont pas atteintes, et cette phase de compression peut être caractérisée par des phénomènes mécaniques. Ceux-ci, d'ailleurs, prédisposent à la période d'infiltration ou d'envahissement du tissu musculaire proprement dit.
Il est difficile de séparer l'envahissement par ulcération et l'inliltratiou comme périodes pathogéniques distinctes; cependant il existe des différences anatomiques dépendant de l'organe musculaire, de la nature de la dégénérescence et des conditions dépendant de la marche ou de l'état de récidive de cette dégénérescence. A l'égard de l'organe il y a une grande différence entre la propagation du cancer épithélial et du cai-cinome des lèvres, de la langue, et celle des cancers développés dans les membres. En effet, à la langue, aux lèvres, aux paupières, au rectum, c'est-à-dire dans les sphincters, le carcinome encéphaloïde ou squirrheux, l'épithéliome, développés dans les" glandes qui pénètrent jusque dans les interstices musculaires, et ne sont séparés des faisceaux musculaires que par
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du tissu lamineux et cellulo-adi peux lâche, les éléments dégénérés se multiplient facilement au milieu même des faisceaux, entre les fibres ; ils se propagent par les lymphatiques et les vaisseaux, sans rencontrer un obstacle résistant; au contraire, dans les muscles des membres, les aponévroses sont un obstacle mécanique auquel s'ajoute la distribution vasculaire et lymphatique de l'organe musculaire, ordinairement indépendante de celle des organes voisins. Il résulte de ces dispositions anatomiques que c'est principalement aux sphincters, à la face, à l'aisselle, au voisinage des glandes, qu'on observe la destruction rapide du tissu musculaire, taudis que les muscles des membres résistent plus longtemps et présentent plutôt les phases d'atrophie du tissu musculaire avec hyperplasie du tissu conjonctif et infiltration des dégénérescences que les muscles qui ont. avec les glandes des rapports plus intimes.
En tenant compte de la nature même de la dégénérescence, nous voyons l'ulcération plus fréquente dans le cancer épithclial, l'infiltration dans le squirrhe, dans le cancer molanique, et dans le cancer colloïde elle atteint son plus haut degré, se propageant dans les interstices avec la plus grande facilité.
(in égard à l'état, ou plutôt la période de la dégénérescence, des différences analogues se présentent. Au niveau des cicatrices, comme dans les tissus avoisiiiant les tumeurs secondaires, l'infiltration domine, c'est-à-dire que la dégénérescence dissocie, envahit les faisceaux secondaires et même les fibres musculaires, à des distances souvent très-grandes, comme dans les muscles pectoraux, à la suite des carcinomes du sein récidives ; l'ulcération n'est plus qu'un cpiphénomène, lié aux transformations que subit la dégénérescence cancéreuse ellemême. D'ailleurs l'infiltration est loin de représenter un envahissement progressif delà dégénérescence, elle se fa itsouvent très-irrégulièrement et l'on peut trouver dans un même muscle de nombreux noyaux cancéreux, variant du \olume d'un grain de millet à une noisette, séparés par des portions saines ou dans lesquelles on ne trouve pas la dégénérescence, ou bien réunis en forme de chapelets à grains irréguliers, disposés le long des faisceaux musculaires ; ces novaux disséminés se rencontrent principalement dans la généralisation du cancer, dans la carcinose miliaire et dans le cancer métastatique.
Les recherches histologiques faites sur le développement du cancer dans les muscles sont relativement peu nombreuses, elles concernent plus particulièrement le carcinome épithélial et le carcinome proprement dit. Neumann a donné un résumé historique et critique très-complet sur ce sujet. Schrôder van der Kolk et Kôlliker ont vu des cellnles cancéreuses à l'intérieur même des faisceaux primitifset paraissant entourées par le sarcolemme ; suivant Popper et C.-O. Weber les cellules cancéreuses proviendraient de la multiplication et de la transformation des noyaux musculaires. Yolkmann, qui a fait sur ce sujet des recherches fort intéressantes {Vlrchow's Archiv, Bd. L., p. 5i5), a démontré que les cellules cancéreuses peuvent traverser le myolemme, envahir l'intérieur de sa cavité, c'est-à-dire se développer dans les tubes du myolemme et s'y multiplier en détruisant par compression les fibrilles musculaires; il compare, avec raison, ce mode d'envahissement à la perforation des veines par les cellules cancéreusesau degré le plus avancé on peut trouver des tubes de myolemme, entièrement envahis par les cellules cancéreuses. Yolkmann a figuré les divers aspects de cette dégénérescence, il a démontré comment la fibre primitive semble érodée, ulcère par l'envahissement des cellules cancéreuses, dans les faisceaux voisins des dépôts carcinomateux. Ceux-ci offrent les altéi'ations de l'atroiihie simple
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de la dégénérescence graiiulo-graisseuse et l'élat cireux, et forment autour de la masse carcinomateuse une sorte de sac de substance musculaire, comparable à la coque osseuse qui entoure les masses cancéreuses qui, développées dans l'os, écartent et refoulent les lamelles osseuses.
M. Robin, dans la partie anatomique de cet article, a donné la description et la ligure de la multi[dication des noyaux du myolemme.
Le carcinome métastalique, c'est-à-dire les noyaux cuncéieux, épithéliaux ou appartenant à d'autres espèces de cancer, ne sont pas rares dans les muscles; je n'insisterai pas sur leur étude parce que déjà j'ai signalé l'importance du rôle des lym})hatiques et des vaisseaux comme voie de transmission des dégénérescences, et que la métastase cancéreuse ne doit pas être traitée dans cet article. Le cancer ou carcinome primitif des muscles est, de l'avis de la plupart des anatomopathologistes, tellement rare, que l'existence n'en serait démonlrée que par un très-petit nombre de faits, et ceux-ci ont eux-mêmes été soumis à de justes critiques. L'étude complète que Després a faite de ces observations rend actuellement très-facile l'exposé de cette question. Warren a pu réunir sept cas de cancer, dit primitif, Bérard en a cité un exemple, et Teevan a donné l'indication bibliograpbique ou l'analyse de plus de trente cas de cancers musculaires; enfin plusieurs pièces anatomiques ont été présentées à la Société anatomique comme cancers primitifs des muscles, p'ar Broca, Feréol, Parmentier, Vidal, et vers cette époque, Demarquay, Cbassaignac, Âzam, ont publié des observations de cancer musculaire; enfm M. Vignes, dans sa tlièse Sur les tumeurs dites cancéreuses des muscles de la vie de relation, 1862, a lui-même publié un cas nouveau qii'il rapproche des faits connus en France. Tous ces faits réunis forment environ un total de cinquante observations; mais, si on les examine de lires, et qu'on y cherche des preuves complètes, leur valeur est bien diminuée. Les exemples de Warren, sous le titre encéphaloïdes et squirrhe, ne sont nullement démontrés être des tumeurs primitivement musculaires; il reste deux exemples de mélanose. Parmi les faits si nombreux de ïeevan, il faut retrancher les tumeurs fdjreuses et fibroplastiques, il reste environ quinze exemples de cancers médullaires; or, pour i)resqué tous ceux à propos desquels il y a des renseif^nements suffisanls, on trouve qu'il y a eu antérieurement d'autres tumeurs, que ce sont, par conséquent, des récidives, ou, comme dans l'observation de Paget, des cancers métastatiques. Les autres faits sont tellement écourtés qu'on ne peut leur donner aucune valeur. Les observations citées par Vignes peuvent être groupées de la manière suivante : Cruveilhier, Vidal, Broca, Lebert, ont vu des cancers secondaires ou des cancers généralisés; Azam, Chassai^nac, Gosselin (cité par Parmentier), ont rencontré des tumeurs fibro-plastiques. Quant aux citations de Dieulafoy de Toulouse, ce sont de simples notes qui ne peuvent être discutées. Les deux faits de M. Second Féréol {Bull. Soc. anat., 1858) nous paraissent devoir être considérés comme des cancers métastatiques.
Restent le fait de Bérard, celui de M. Vignes et ceux de M. Parmentier. Dans le cas rapporté dans le Compendiiwi, il s'agissait d'une tumeur encéphaloïde du «rand pectoral chez une jeune fille âgée de 15 ans ; il y a eu récidive avant la cicatrisation; elle a été vue par de nombreux observateurs, mais aucun n'en a laissé une histoire anatomique que l'on puisse étudier.
La tumeur, considérée par M. Vignes comme primitive et développée dans le poplité, était fort volumineuse, Cruveilhier l'a considérée comme un cancer en-
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céphaloïde, Michon l'avait enlevée comme fongus hématode encéphaloïde; ici encore Fexamen anatomique est insuffisant ; on peut tout aussi bien croire à ua sarcome ou à une tumeur des ganglions du creux poplité.
Parmentier a rapporté trois faits, dans lesquels Demarquay a opéré des tumeurs cancéreuses des muscles : le premier cas a rapport à un encéphaloïde de la partie antérieure et moyenne de la cuisse droite ; mais, ainsi que l'a fait observer M. Després, il n'est nullement certain que la tumeur ait eu le muscle pour origine. Dans le second exemple il s'agit d'une tumeur du muscle fessier enlevée chez un professeur de 66 ans : cette tumeur a récidivé comme un cancer ; or, suivant l'examen dû à M. Luys : « La tumeur est formée par un stroma du tissu conjonctif en voie d'hypergéuèse. Le tissu nouveau paraît avoir eu son développement primitif aux dépens du tissu cellulaire interstitiel. » Ces caractères s'appliqueraient, suivant nous, aussi bien, sinon mieux, aux tumeurs embryoplastiques ou aux sarcomes qu'à un carcinome. Le troisième fait, rapporté par Demarquay {France médicale, 1860) concerne une tumeur de la cuisse, située dans le droit antérieur; il y eut quatre récidives, l'examen histologique dii à MM. Dufour et Luys ne permet pas d'affirmer que ce soit un carcinome vrai .
Tels sont les faits; en nous plaçant au point de vue de la clinique, nous trouvons une grande confusion dans les diverses tumeurs enlevées comme caacers primitifs, et de plus, l'absence des renseignements les plus indispensables ; au point de vue histologique, aucun examen complet, authentique, tel qu'on peut aujourd'hui l'exiger, ne permet d'admettre le cancer primitif des muscles et encore moins d'établir des distinctions entre l'épithélioma, le squirrhe, le carcinome, au point de vue du développement primitif.
Au contraire, toutes les formes de cancer ont été observées dans les muscles, soit secondairement par envahissement ou propagation de voisin;ige, soit à l'état de dépôts métastatiques ou par propagation à distance ; et dans tous les cas cette propagation se fait parle tissu conjonctif ou lamineux, par les lymphatiques et les vaisseaux.
Sarcomes. Tumeurs embryoplastiqiies , fibroplaUlqucs. Les dé"-énérescences désignées sous ces noms sont très-fréquemment observées dans les muscles, surtout à l'état de formation secondaire ; dans des cas nombreux, elles ont été considérées comme priiiiitives. Dans ce groupe plus complexe encore que les carcinomes, il serait indispensable de distinguer entre les diverses espèces de sarcomes ; mais pour le moment, il y a peu d'intérêt cà tenir compte des observations dans lesquelles l'examen histologique n'a pas été complètement flùt, et nos connaissances se bornent à des notions générales restreintes au poiut de vue clinique, ou à quelques travaux histologiques concernant la genèse et le mode de développement de ces dégénérescences.
Nous ne ferons donc pas une étude complète de ces tumeurs, mais nous avons à indiquer certains résultats importants des travaux faits sur ce sujet. Le mode de développement ou d'envahissement du sarcome dans les muscles a été plus particulièrement l'objet d'études nombreuses, et diverses opinions ont été soutenues tour à tour. Tandis que Wittich (1854), Rineck, Rindfleisch, Sick, Virchow, ont conclu de leurs recherches histologiques que le sarcome n'envahit que le tissu cellulaire (la substance musculaire étant simplement atrophiée ou ne présentant que des altérations passives telles qu'une multiplication des noyaux précédant l'atrophie), FOrster, Waldeyer, admettent que les novaux du
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sarcolemmc [tarlicipeal à la dégénérescence, ils se multiplieul et se transtbnneiU en cellules lusiformes ou arrondies telles que celles qui constituent le sarconu' médullaire et le sarcome à cellules fusiformes.
Enfui, il existe une opinion en quelque sorte mixte, suivant laquelle il y a dans les cléments musculaires des altérations secondaires actives et passives, telles que la multiplication des noyaux du sarcolemmc qui, suivant certaines circonstances, se transforment en cellules de sarcome ou en noyaux musculaires. Billroth a donné des exemples de ces altérations dans deux obseivations, l'une sous le titre de myoma cysticum, qui est, suivant lui, un sarcome avec déveloi)pement de noyaux musculaires, l'autre constituait un sarcome médullaire du sein récidivé ; dans ce cas certaines fibres étaient atrophiées, d'autres présentaient une multiplication des noyaux musculaires {Virchow''s Arch., 1856. p. 172, vol. IX, et ibid., 1860, p. 69, vol. XVIII).
Dans un travail plus récent, où ces notions historiques sont exposées en détail, le docteur Sokolow de Saint-Pétersbourg {Virchow's Arch., 1873, vol. 57, 1). 321) a étudié les altérations musculaires résultant de sarcomes myxomateux secondaires, de sarcomes lusocellulaires et médullaires, c'est-à-dire de tumeurs qu'on peut considérer comme embryoplastiques et fibroplastiques ; les conclusions du docteur Sokolow distinguent très-nettement les phases de la transformation des noyaux des libres musculaires en éléments conjonctifs ; dans un premier stade il y a multiplication des noyaux ou corpuscules musculaires, puis un stade de dilférenciation dans lequel les noyaux du sarcolemme et les noyaux musculaires se transforment en corpuscules fusiformes ou arrondis, c'est-à-dire corpuscules du tissu conjonctif ; dans le dernier stade la différenciation s'achève, la substance des fibres musculaires est atrophiée, elle disparaît par résorption.
L'histoire clinique des sarcomes primitifs des muscles est encore à fuijc, parce que l'on ne peut tenir compte d'un grand nombre des faits signalés par les auteurs comme sarcomes ou tumeurs fibreuses récurrentes de Paget. Teevan a, dans son résumé, confondu la plupart de ces dénominations. Il est cependant probable que les matériaux ne manqueraient pas pour des études histologifjiies et cliniques; en effet, Yolkmann affirme avoir enlevé des sarcomes musculaires à l'avant-bras, à la nuque, à la plante du pied, à la cuisse, et ne met pas eii doute leur origine musculaire, soit au centre même des muscles, soit plutôt à la surface, et ces tumeurs se développent plus particulièrement au voisinage des lendons, sinon dans les tendons eux-mêmes. Yolkmann a vu des sarcomes dévi^loi)pés dans le tendon du triceps crural, dans le ligament de la rotule et dans le tendon d'Achille.
Ces sarcomes appartiennent le plus ordinairement à l'espèce fasciculée ou à cellules fusiformes : ce sont des tumeurs fibroplastiques ; ils ont peu de tendance à s'étendre aux ganglions, mais ils récidivent très-facilement sur place ; il est donc important de les enlever le plus tôt possible, et aussi complètement que le j)ermet leur position ; comme la dégénérescence envahit les tissus assez loin, il est quelquefois nécessaire d'amputer le segment du membre atteint. La facilité avec laquelle le sarcome envahit la gaine des vaisseaux, en lui faisant subir des transformations sur lesquelles Rindfleisch a appelé l'attention, rend Topération agsez délicate, car lorsque ces tumeurs sont voisines de gros vaisseaux, il devient nécessaire de les sectionner, parce qu'on ne saurait se contenter de les isoler de la tumeur pour peu qu'ils y adhèrent; le moindre changement visible ou perceptible au toucher répond alors à des lésions histologiques qui amènent la récidive.
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Ceiiondant lorsque l'abhition a été complète, surtout lorsqu'il y a eu ain{.utation, ou peut observer uue guérison persistante, mémo dans les sarcomes à
petites cellules.
Le sarcome myxomateux primitif a été observé dans les muscles, c'est ainsi que Koning a enlevé un myxome des adducteurs de la cuisse, chez une femme de 40 ans; il y eut quatre récidives. Yolkmann, en 1871, a opéré l'extirpation d'un tibro-myxome qui avait envahi le muscle couturier ; mais cet auteui- reste luimême dans le doute sur l'origine primitivement musculaire de cette tumeui-. Les autres espèces de sarcomes, le glio-sarcome des nerfs, les tumeurs mycloides des os, c'est-à-dire les tumeurs à médullocelles, à myéloplaxes, de Robin, s'observent secondairement dans les muscles ; c'est surtout à la mâchoire, et plus encore aux muscles du jarret, qu'on voit ces dégénérescences. En une seule année, chez Velpeau, j'ai vu des exemples de ces diverses variétés et même un glio-sarcome qui avait envahi tous les nmscles du mollet, a récidivé sur place et à distance ; mais dans ce cas, ce ne sont point des tumeurs musculaii-es proprement dites, puisque l'origine est dans les os, le tissu médullaire, les ganglions, les nerfs, et il n'y a pas lieu d'insister sur ce sujet dans cet article.
Tumeurs fibreuses. Fibromes. N'ayant pas à parler ici des tumeurs fibreuses de la langue, dont Richard, Notta, ont rapporté des exemples cités par Després, nous devons constater que les tumeurs fibreuses des muscles sont tellement rares, que nous n'en pouvons citer qu'un exemple, rapporté par Yolkmann, et dans ce l'ait même, les détails histologiques sont incomplets, la tumeur siégeant dans les muscles du bras était fort volumineuse, elle s'étendait de l'omoplate à l'olécrane et renfermait des lacunes et des productions chondroïdes constituant des caractères exceptionnels (Yolkmann, Geschwulste der Muskeln, p. 890).
Després a pensé avec raison que les observations de Teevan, décrites sous le nom de fibrous tumours, doivent être considérées comme des tumeurs fibroplastiques ou sarcomateuses ; la tumeur présentée par Lebert à la Société anatomique (1844, vol. 19, p. 78, Bull, de la Soc. ayiat.), et qui avait été enlevée au niveau du vaste interne par Denonvilliers, est également difficile à classer, de sorte que ce groupe de tumeurs fibreuses qui n'est pas nettement défini au point de vue histologique paraît devoir disparaître comme tumeur musculaire proprement dite ; les tumeurs fibreuses qui ont été observées dans la paroi abdominale dépendent, à notre avis, des expansions tendineuses, ce sont des tumeurs des tendons ou des aponévroses d'insertion, et non des tumeurs du tissu musculaire proprement dit.
Enchondrome. Ce genre de tumeur n'a été observé que très-exceptionnellement : par Schulz, par Secourgeon, dans les muscles de l'éminence tbénar ; par Manec, dans le muscle triceps crural, et pai- Yolkmann dans le triceps brachial. Dans ces cas, la cause semble avoir été le traumatisme ou plutôt une série de traumatismes ou d'efforts violents habituels, et, ainsi que le ftiit observer Yolkmann, on peut considérer ces enchondromes comme des productions analogues aux ossifications de la myosite ossifiante.
On rencontre l'enchondrome comme tumeur secondaire ou par propao^ation dans des cas d'enchondrome de la parotide, du sein ou des os ; dans ces conditions la néoformation se propage par envahissement du tissu cellulaire, et refoule le tissu musculaire.
Hématomes. Lorsqu'on retranche des prétendues tumeurs hématiques d'une part, les épanchements sanguins consécutifs à la rupture des muscles, et
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dont la rcsoi'ption est fort lente, tels que les épanchements sanguins décrits par Cruveilliier, Larrey, Richardson et Legouest, siégeant la plupaii dans les muscles de I'Abdomen, et d'autre parties exemples de ruptures musculaires, de Pouteau, Michel Deramé et Richerand, on trouve un très-petit nombre d'exemples d'hématomes musculaires. Virchow en a cité plusieurs, observés dans le grand droit de l'abdomen et dans le psoas. L'hématome dans le grand droit de l'abdomen est consécutif à une rupture musculaire; l'hématome observé par Lemi» et par Virchow, dans le milieu du muscle iliaque, était remarquable par son volume considérable : 6 centimètres d'épaisseur sur 7 de large et 8,5 de long, il formait un kyste à parois épaisses, à dureté cartilagineuse ; il était survenu à la suite d'une chute chez un homme atteint d'hémoj)hilie. Le fait de Velpeau et Trélat se rapproche, à plusieiu's égards, des précédents, il s'agissait d'une soi'te de kyste, à parois épaisses, contenant des caillots, des concrétions fibrineuses, à divers degrés d'oiganisation ou de dissociation, la tumeur, de la grosseur d'un œuf de dinde, siégeait dans le triceps brachial. Després a rapproché avec raison de ces hématomes une observation de Moore, citée par Teevan comme tumeur fibreuse, et qui semble pouvoir être considérée comme un hématome siégeant dans le grand pectoral. Cette tumeur, survenue à la suite d'une contusion sur le sein, avait le volume d'un œuf de poule et renfermait des caillots et des concrétions fibrineuses. Ces quelques exemples ne permettent pas de faire une histoire clinique de ces tumeurs, dont l'étude hislologique est d'ailleurs trèsincomplète.
Kystes. Les observations précédentes s'appliquent aux tumeurs décrites comme kystes séreux ou hématiques des muscles dont Després cite trois observations, l'une de Warren, d'autres de KôUiker, de Tatum et de Ruchanan ; les critiques adressées par divers auteurs à ces observations sont, en quelque sorte, méritées, et, quant à présent, on doit renoncer au classement de ces tumeurs. Tumeurs ér édiles. Angiomes. La plupart des anatomopathologistes ont rencontré des tumeurs érectiles caverneuses des muscles (Cruveilhier, Béraud, Rindfieisch, Virchow,- Cornil et Ranvier) ; mais, en clinique, les angiomes musculaires ont été plus rarement observés. Després a cité neuf faits cliniques dans lesquels la tumeur a été opérée. J'ai pu étudier une portion d'angiome caverneux musculaire du soléaire opéré par Demarquay en 1869, et dont l'observation n'a pas été publiée. Ce petit nombre de faits permet néanmoins d'établir les caractères principaux de ces tumeurs.
Les angiomes musculaires appartiennent habituellement à cette variété dite caverneuse et qui est constituée par un tissu érectile rappelant l'aspect d'un corps caverneux de l'urèthre. Dans la tumeur, qui après l'ablation a diminué de volume singulièrement et parfois d'une manière surprenante, on trouve autour de quelques caillots de sang et quelquefois de dépôt fibrineux un stroma fibreux réticulé formant des mailles ou des alvéoles irrégulières circonscrites par des cloisons iibreuses très-résistantes, à la surface desquelles s'étend un endothélium à cellules fusiformes. Dans les cloisons on peut retrouver des fibres musculaires striées, quelquefois même des vaisseaux et du tissu adipeux.
Dans d'autres cas, le tissu érectile de nouvelle formation a subi des altérations, il s'y forme des concrétions fibrineuses, une partie s'atrophie, on y retrouverait même des kystes (Tillaux), desphlébolithes, une partie de la tumeur peut être transformée en tissu fibreux ou en tissu adipeux. Enfin, dans quelques cas, la tumeur occupe à la fois la peau et les muscles, de telle sorte qu'il est diffi-
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cile de décider si la tumeur est musculaire à proprement parler ; tels sont le fait de Shaw cité par Campbell, et ceux de Birkett et de Maisonneuve rapportés par Desprcs. Les mentions de tumeurs érectiles veineuses, que ce dernier auteur donne suivant Richet et Denonvilliers, n'ont aucune valeur anatomopatliologique, et dans ces cas il s'agit sans doute de tumeurs érectiles caverneuses.
Le siège est très-variable, on a trouvé ces angiomes dans le demi-membraneux (Teevaii, Liston, Campbell, Morgan), le grand dorsal (Legros, Clark), le long supinateur (Demarquay, Union médicale, 1861, t. II, p. 587), le rond pronatem- (Nélaton et Tillaux, Société anat., 1861, p. 10), le triceps (Richet), le biceps (Cru veilhier). Dans le fait inédit de Demarquay la tumeur occupait le jarret, probablement le demi-membraneux. Dans le cas de Volkmann, la tumeur, de la grosseur d'un œuf, siégeait dans le fléchisseur profond des doigts chez une femme. ;L'àge des opérés varie entre 10 ans (Liston) et 70 ans (Teevan). La malade de Demarquay avait 29 ans, l'homme qu'il a opéré était adulte, la tumeur opérée par Nélaton existait chez une jeune fille ; il n'y a donc pas de données suffisantes pour établir la congénitalité de ces tumeurs, cependant il semble rationnel de l'admettre.
Il serait difficile de retracer les symptômes de ces tumeurs, puisque le diagnostic n'en a été fait qu'une fois par Liston et, dans ce cas, il y avait tumeur érectile sous-cutanée pulsatile. En général, on a observé des signes de lipome, de tumeur fibreuse, les contractions musculaires amenaient des changements dans la consistance et la forme. Pour établir le diagnostic il faudrait, chaque fois qu'on est en présence d'une tumeur musculaire à caractères douteux, rechercher si la tumeur est réductible par la pression, s'il y a des pulsations ou des mouvements d'expansion ; la ponction exploratrice, qui a été faite dans quelques cas, donnerait issue à une grande quantité de sang.
Jusqu'à présent, l'ablation de ces tumeurs a été pratiquée sans accidents; mais l'opération présente de réelles difficultés, dès les premières incisions la tumeur diminue, il y a écoulement de sang notable, et il est nécessaire de procéder avec une grande attention si l'on veut enlever toute la tumeur. D'ailleurs, dans tous les faits signalés, la guérison a été obtenue à la suite de l'opération. Les procédés d'exérèse convenant à ces tumeurs sont l'ablation par la dissection, lécrasement linéaire qui réussit si bien pour les tumeurs érectiles des lèvres et de la langue, et au besoin, lorsque le diagnostic pourra être fait, l'emploi du galvanocautère est plus particulièrement indiqué pour l'ablation de ces tumeurs.
Lipomes des muscles. Ces tumeurs sont extrêmement rares, quelques cas ont été observés dans la langue {voy. Langue, t. P"', 2^ série, p. 599). Plusieurs faits prouvent que le lipome peut se développer entre les muscles {voy. Lipome, 2* série, t. II, p. 641) ; mais en dehors des faits cités par Laugier et Bastien, FoUin, Massau, Bouisson, qui concernent la langue, je ne connais que deux cas de lipomes musculaires proprement dits, l'un signalé par Volkmaun, siégeant dans le milieu du muscle demi-membraneux, dépassant la grosseur d'un œuf de canard ; le second cas de lipome primitif des muscles a été présenté par Farabeuf le 9 juillet 1875, à la société anatomique, c'est un lipome du muscle couturier trouvé sur un cadavre, il siégeait sous l'aponévrose d'enveloppe du muscle et adhérait aux fibres musculaires elles-mêmes.
Hypertrophie partielle des muscles. Néo formation musculaire. Depuis les travaux qui ont démontré la nature de la pseudohypei trophie musculaire, et ceux qui ont fait connaître la structure du prolapsus de la langue ou macro-
118 MUSCULAIRE (pathologie ciiutuuGicALE).
glossie, on serait en droit de dire, avec Yolkmann, que l'hypertrophie numérique, c'est-à-dire l'hyperplasie musculaire, n'offre aucun intérêt pratique, et que d'ailleurs rien n'est moins démontré que l'hypertrophie vraie, si quelques faits n'iinposaicut une certaine réserve à cet égard. On verra à l'article Myome qu'il peut y avoir un développement partiel de nouvelles libres musculaires, et à propos de la régénération des muscles, nous indiquons les auteurs qui croient avoir démontré la néoformation des fibres musculaires ; lorsqu'on étudie le mode de développement des muscles on voit que la multiplication des fibres musculaires ne serait pas un fait incompatible avec les notions actuelles de physiologie et d'histologie. Elle a été observée chez la grenouille comme phase normale de développement ; Budge a déduit de la numération du nombre des fibres musculaires chez des nouveau-nés, comparées à celles des mêmes muscles chez des adultes, que le nombre des fibres musculaires primitives a augmenté avec l'âge. En pathologie, Webcr et Bouisson admettent encore que dans certaines formes de macroglossie il y a hyperplasie musculaire ; enfin Fi'iedreich, dans son traité {Uber progressive Muskelatrophie, ûber ivahre und falsche Muskelhypertrophie) , a réuni dans un chapitre plusieurs observations qui démontreraient, suivant lui, l'existence de l'hypertrophie vraie portant sur certains groupes de muscles. Ces observations, dues à Auerbach, Berger et Friedreicli, sont toutefois trop complexes et trop peu nombreuses pour que uous insistions sur ce sujet. ■ A. Hénocqce.
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g V. Affections syphilitiques. Les affections syphilitiques des muscles, et notamment les tumeurs syphilitiques musculaires, ont fixé depuis longtemps l'attention des observateurs, mais ce n'est que dans ces dernières années qu'on a étudié avec soin non-seulement les affections musculaires profondes se rattachant à la syphilis tertiaire, mais encore les affections plus fugitives, plus légères et qui font partie des manifestations secondaires de la maladie.
120 MUSCULAIRES (affections syphilitiques).
Mijosalgies. En tête des affections syphilitiques secondaires des muscles, il faut placer lesmyosalgies. Elles sont caractérisées par de la douleur accompagnée d'un certain degré d'impuissance musculaire.
Les douleurs myosalgiques de la syphilis sont quelquefois généralisées dans une grande partie du système musculaire, et constituent une sorte de courbature générale assez fréquente au début de la syphilis. Cette courbature, très-bien décrite par M. Bassercau, coexiste souvent avec un mouvement fébrile assez prononcé, mais, s'il n'y a pas en même temps de douleur déterminée et fixe, cet état, quoique susceptible d'être rattaché à une affection musculaire, rentre plutôt dans les symptômes généraux ou prodromiques non localisés de la syphilis. Les localisations de la douleur se font tantôt sur un muscle unique, ou seulement sur une portion de muscle, et tantôt au contraire sur une région tout entière, ou du moins sur certaines masses musculaires prédisposées.
Bon nombre de céphalées syphilitiques sont probablement des myosalgies de l'occipito-fi'ontal ; mais ici l'étalement des fibres musculaires et la grande étendue de l'aponévrose et des tissus fibreux péricrâniens rendent difficile le diagnostic du siège anatomique précis de la douleur.
Les myosalgies localisées dans les muscles du cou, et principalement dans la portion cervicale postérieure du trapèze et du sterno-mastoïdien, constituent le torticolis syphilitique.
Les masses musculaires de la région lombaire sont aussi fréquemment affectées ; d'où résulte un lumbago syphilitique parfois très- caractérisé.
Les muscles de l'épaule, du bras et de l'avant-bras, ne sont pas toujours exempts de ces endolorissements ; il en est de même de ceux de la hanche, des cuisses et de la jambe. Le muscle psoas a été aussi trouvé douloureux et contracté, au point de faire croire à une véritable psoïfe. Dans tous ces cas, le symptôme essentiel, c'est la douleur.
La douleur myosalgique syphilitique ne s'accompagne d'aucune altération appréciable du muscle qui est simplement endolori. Il n'y a ni tuméfaction générale, ni induration circonscrite, ni lésion perceptible d'aucun genre. U y a, il est vrai, impuissance apparente du muscle, mais cette impuissance est le résultat de la douleur, et il suffit au malade de surmonter une souffrance, pai^fois il est vrai très-pénible, pour amener la contraction et reproduire le mouvement. Les douleurs, que la contraction réveille, sont aussi exaspérées par la pression ou par la simple palpation, ce qui permet au médecin d'en limiter en général très-exactement le siège et l'étendue. Enfin elles présentent, comme la plupart des douleurs syphilitiques, une exacerbation nocturne parfois très-prononcée. Les myosalgies syphilitiques ont beaucoup d'analogie avec le rhumatisme musculaire, mais leur évolution n'est pas la même et le diagnostic est le plus souvent rendu facile par les antécédents des malades, ou par les phénomènes concomitants qu'ils présentent.
En général, ces douleurs sont peu persistantes, quelquefois même elles sont tout à fait légères et fugaces ; dans certains cas elles se calment facilement, mais pour reparaître bientôt et subir même plusieurs récidives successives. Leur durée varie de quelques jours à plusieurs semaines.
Les douleurs syphilitiques musculaires ne nécessitent que le traitement général habituel de la syphilis, et ce sont les symptômes concomitants qui règlent la nature et la durée de ce traitement, plutôt que la myosalgie elle-même. Tantôt c'est le mercure qui est indiqué, tantôt au contraire l'iodure de potas-
MUSCULAIRES iafiecïions syphilitiques). iSi
siiim. Les applications calmantes et narcotiques sur le siège de la douleur, les frictions, les massages, les bains de vapeur, sont indiqués comme moyens locaux et adjuvants, mais, en général, le traitement antisyphilitique suffit pour remédier à la maladie, surtout dans les cas légers et récents.
Contractures. Outre les douleurs musculaires syphilitiques, on a décrit des rétractions qu'on a crues indépendantes de toute lésion organique ; mais les observations citées ne sont pas toutes concluantes.
Les unes, les plus nombreuses, décrites comme des contractures du sphincter anal, sont des exemples de contracliou spasmodique de l'anus sous riatluence de fissures vraisemblablement dénuées de spécificité. D'autres sont des cas de paralysie du moteur oculaire externe prise pour une rétraction du muscle droit interne de l'œil. D'autres, enfin, sont de véritables rétractions syphilitiques, mais coïncidant avec une myosalgie (torticolis, psoïte), ou survenues à la suite d'une lésion passée inaperçue et ayant laissé persister le trouble fonctionnel dont elle avait été d'abord la cause matérielle. La myosite diffuse s'accompagne souvent de contractures. Il en est de même des gommes qui, après la guérison, laissent parfois le muscle à l'état de rétraction permanente. Ph. Boyer, Bouilly et Guyot (Hayem, Revue des se. med. 1874, p. 260), ont rapporté chacun un cas de myosite du masséter ayant amené le resserrement de la màciioire.
Cependant certaines rétractions syphilitiques du biceps brachial ont été décrites comme des affections essentielles, indépendantes de toute lésion organique du muscle. Dans ces cas, les mouvements ni la pression ne réveillent une sensibilité bien vive. On n'aperçoit dans le muscle que de la dureté et de la roideur, sans aucune altération morbide appréciable. Le mouvement d'extension de l'avant-bras sur le bras ne peut se faire qu'incomplètement, à moitié ou aux deux tiers; en cherchant à aller au delà on détermine de violentes douleurs. 11 y a là peut-être autre chose qu'une simple contracture. Tout en reconnaissant l'intégrité des surfaces articulaires qui, en général, a été bien constatée, on peut admettre, ou bien qu'il a existé dans le muscle une tumeur ancienne disparue, ou bien qu'il est le siège d'une myosite peu prononcée, ou d'une tumeur en voie de développement, mais non appréciable. Quoi qu'il en soit, le traitement spécifique a paru dissiper assez vite les symptômes, et c'est une raison de plus en faveur de l'essentialité de la contracture.
. Tremblement. Le tremblement est une manifestation assez rare de la syphilis secondaire. Cependant c'est un symptôme syphilitique observé souvent chez les femmes à Lourcine, et décrit par M. Aparicio {Etude sur le tremblement syphilitique, Paris, 1872) et par M. Fournier {Leçons sur la syphilis chez la femme, 1875, p. 734), qui, en quatre années, a pu en recueillir une trentaine de cas.
Le tremblement syphilitique est un accident secondaire assez précoce, et c'est du troisième au neuvième mois de la syphilis qu'il a été le plus fréquemment observé ; il survient brusquement et sans être annoncé par aucun signe précurseur. 11 est toujours partiel, occupant exclusivement les membres et principalement les membres supérieurs; il est parfois circonscrit, unilatéral, limité par exemple à un seul bras. C'est toujours aux mains qu'il est le plus accusé et le plus facilement appréciable pour le malade comme pour le médecin.
Etudié à l'aide du sphygmographe, le tremblement syphilitique paraît consister tantôt en une sorte de trépidation musculaire à rapides et très-petites secousses, et tantôt en des oscillations plus accentuées, plus étendues, comparables à celles de l'alcoolisme. Entre ces deux extrêmes, tous les degrés inter-
122 MUSCULAIRES (affectfons syphilitiques).
mcdiaires peuvent s'observer. Quelle qu'en soit du reste la forme, l'observateur, en plaçant la main sur le membre affecté, perçoit nettement dans les masses musculaires une agitation convulsive, une sorte de frémissement fibrillaire.
Le tremblement syphilitique procède en général par accès, à la suite d'une émotion, d'un changement d'attitude, ou même sans provocation, sans excitation d'aucun genre. Ces accès peuvent se produire dans la journée, par séries, ou bien se suspendre pendant plusieurs jours, pour reparaître et ainsi de suite. Dans d'autres cas le tremblement est continu, mais avec des rémissions et des exacerbations successives (Fournier).
Chez quelques malades, le tremblement ne persiste pas au delà de huit à quinze jours ; mais chez d'autres il peut se prolonger, avec des intervalles de repos, pendant des semaines et des mois.
Dans les cas légers, c'est à peine s'il attire l'attention des malades; mais souvent il apporte une gène notable dans les travaux de la main, surtout quand il s'accompagne de spasmes musculaires et de soubresauts des tendons.
Le tremblement syphilitique guérit en général très-bien avec le mercure, et en tout cas, il est bien différent du tremblement luercuriel qu'on n'observe que chez les individus soumis à une intoxication hydrargyrique profonde ou prolongée {Voij. Mi;rc[)RE et Maladies mercurielles).
Il existe encore d'autres formes de tremblement syphilitique, mais alois l'affection n'est pas à proprement parler musculaire ; elle a son origine dans des altérations profondes des centres nerveux et coïncide en général avec des paralysies, des troubles intellectuels et des symptômes cérébraux graves et anciens.
Débilité et amaigrissement musculaire. Dans la période secondaire de la syphilis et surtout près du début de la maladie, on observe fréquemment une diminution plus ou moins notable de la force musculaire. Les malades ont conscience de cet état, ils se plaignent de perdre leurs forces ; ils ne supportent pas aussi facilement la marche, l'exercice, la fatigue ; ils ne sont plus capables de faire le même travail qu'avant la maladie.
M. Fournier a cherché à se rendre compte, à l'aide du dynamomètre, de ce déchet des forces musculaires principalement chez les femmes atteintes de syphilis secondaire.
Dans un assez grand nombre de cas, sur le tiers environ des malades, la force musculaire n'épi^ouve aucune atteinte bien appréciable ; mais dans les autres cas qui sont les plus nombreux, la force musculaire est affectée et diminuée à des degrés variables. Il y a des déchets de 2 à 6 kilogrammes, ce sont les plus légers; des déchets de 10, 12 et 15 kilogrammes; enfin la perte peut aller jusqu'à 20 et 25 kilogrammes. Ces grandes déperditions sont raines, mais elles oui été constatées d'une façon très-positive chez certaines femmes excitables, nerveuses et fortement atteintes par la diathèse.
Quel que soit le degré auquel il arrive, l'affaiblissement musculaire n'est que momentané ou temporaire, excepté toutefois chez les malades dont la débilitation est profonde et qui en sont à la période tertiaire et viscérale de la maladie.
L'a force revient aux muscles en même temps que la reconstitution s'effectue dans l'ensemble de l'organisme, en sorte que cet état ne présente aucune indication spéciale, si ce n'est la nécessité d'insister sur la médication tonique et reconstituante.
M. Fournier a décrit aussi un véritable amaigrissement musculaire de nature syphilitique, observé également chez les femmes, sans qu'il fasse pourtant défaut chez les hommes.
MUSCULAIRES (affections syphilitiques). 125
Cet amaigi-isseraent s'accuse par une diminution de volume de la masse musculaire et une diminution corrélative des forces. 11 coïncide toujours avec un amaigrissement bien plus prononcé du tissu cellulo-adipeux. Ici encore, à côté de cas légers, il y a les cas moyens, et ceux dans lesquels le phénomène est porté à ses plus extrêmes limites ; chez quelques malades l'émaciation arrive au plus haut degré et coïncide du reste avec un état de véritable cachexie syphilitique. Les muscles sont grêles, petits, sans relief, et dans les cas très-graves, terminés par la mort, on constate en effet que la fibre musculaire a subi une atrophie réelle et considérable.
Atrophie musculaire progressive. On a observé plusieurs cas d'atrophie musculaire progressive dans le cours de la syphilis. M. Rodct {Union médicale, t, 1, p. 405, 1859) en a publié une observation. M. Fournier {loc. cit., p. 748j a relaté un fait analogue. Moi-même j'ai vu plusieurs malades affectés d'atrophie musculaire progressive à la suite d'accidents syphilitiques très-réels quoique, eu général, remontant à une époque éloignée. Je n'ai jamais obtenu aucun résultat favorable de l'emploi du traitement antisyphilitique. D'ailleurs l'atrophie musculaire progressive ne m'a pas paru manifestement liée à la syphilis, avec laquelle elle n'a peut-être eu, dans ces cas, que des rapports de coïncidence. M. Cholmeley {Brit. med. journ., t. I, p. 172) a cité plusieurs cas de paralysie syphilitique accompagnée d'atrophie musculaire locale; de son côté M. Caréty [Annales de dermatologie, 1874) a rapporté deux observations d'atrophie syphilitique des interosseux des mains.
Mtjo&ite gommeiise. C'est à M. Bouisson [Tumeurs syphilitiques des muscles. Gaz. médic. de Paris, 1846) qu'on doit les recherches les plus complètes sur cette affection, déjà signalée, il est vrai, par Astruc, Boyer, Lagneau, Ricord. Plus récemment elle a été l'objet de recherches intéressantes, dues notamment à iVélalou, Aotta, Melchior Robert, Virchow, .Murchison. J'ai eu de mon côté d'assez nombreuses occasions d'observer des tumeurs gommeuses musculaires ; c'est une maladie qu'il importe au plus haut point de bien diagnostiquer, car elle peut donner lieu à des méprises dangereuses pour les malades qu'on serait tenté dans certains cas de soumettre à des opérations graves, et qui guérissent en général avec la plus grande facilité à l'aide du traitement spécifique.
La myosite gommeuse diffuse est d'abord caractérisée par le gonflement du muscle avec inflammation et douleur. Peu à peu une matière plastique particulière se dépose dans le tissu musculaire. Plus tard surviennent le raccourcissement et l'atrophie du muscle, et enfin la dégénérescence fibreuse, cartilagineuse, osseuse (Ricord). « Les contractures musculaires, dit Yirchow, ont pour cause des dégénérescences calleuses du tissu musculaire, altérations analogues à celles que produit l'inflammation rhumatismale. Au milieu du tissu interstitiel des faisceaux musculaires se développe un tissu conjonctif, qui se sclérose et détruit, après l'avoir atrophiée, la fibrille musculaire primitive » [Syphilis constitutionnelle, faris, 1860, p. 105).
La myosite gommeuse circonscrite offre aussi plusieurs degrés de développement .
Le muscle, au premier degré, est le siège d'un gonflement circonscrit, d'une consistance demi-dure, plus grande que celle de l'œdème. Une section de la partie malade montre quelques faisceaux musculaires décolorés au milieu d'un épanchement plastique de couleur grisâtre ou jaunâtre. M. Ricord a figuré [Iconographie, pi. 28 bis) une tumeur musculaire syphilitique prise probablement
124 MUSCULAIRES (affections syphilitiques).
à ce premier degré d'évolution, elle occupait le jambier antérieur. M. Taylor a noté une induration analogue du sterno-niastoïdien chez un enfant nouveau-né syphilitique [Med. Times, novembre 1874).
Au second degré, la matière épanchée se ramollit. Le produit morbide se liquéfie, devient visqueux, filant, semblable à une solution de gomme. Ou bien l'inflammation se développe dans la tumeur avec une certaine acuité, et du pus se forme au centre du muscle. Les fibres musculaires ramollies se détruisent et des foyers purulents s'établissent dans la partie affectée pour s'ouvrir à l'extérieur. L'ouverture extérieure elle-même peut s'agrandir beaucoup et prendre l'apparence d'une vaste ulcération s'étendant au loin dans la profondeur des tissus. ■ « L'analogie porterait à croire, dit M. Bouisson, que l'élément cellulo-scléreux qui unit les fibres charnues, ou qui leur forme une gaine, est le premier envahi. Mais lorsque la lésion est avancée et quelle a revêtu un de ses modes de terminaison, soit par suppuration, soit par induration, tous les éléments anatomiques paraissent affectés ; et, suivant le degré plus ou moins avancé du travail morbide, les fibres musculaires semblent plongées dans une matière de nouvelle formation, ou bien elles sont ramollies et détruites, ou bien encore elles sont transformées en tissu induré, cartilagineux et même osseux. »
Selon M. Bouisson certains abcès intra-pelviens des muscles psoas et iliaques pourraient bien être des suppurations de tumeurs syphilitiques de ces muscles. Il cite à l'appui de son opinion l'observation d'un malade qui eut un abcès pelvien à la suite d'un bubon, ce qui d'ailleurs n'est pas très-rare et constitue un exemple d'adénite suppurée étendue des ganglions de l'aine à ceux de la fosse iliaque, plutôt qu'un cas véritable de gomme musculaire.
Au troisième degré, les tumeurs syphilitiques non suppurées, comme nous venons de le voir, s'indurent, deviennent scléreuses, et de l'état scléreux la tumeur peut passer à l'état cartilagineux et même osseux. La transformation des muscles en tissu osseux sous l'influence de la syphilis parait bien démontrée. Dubreuil a possédé le squelette d'un Arabe qui eut la syphilis et chez lequel, outre de nombreuses exostoses, il y avait eu ossification d'un grand nombre de muscles à leurs insertions. M. Bouisson a vu, au musée de la Faculté de Strasbourg, une masse osseuse considérable, développée dans le carré de la cuisse.
Au point de vue histologique les gommes des muscles iirésentent les mémos caractères que celles des autres régions (voy. Gommes syphilitiques).
Le siège des tumeurs syphilitiques musculaires est très-variable. M. Bouisson en a observé dans le grand fessier, le trapèze, le sterno-mastoïdien, le vaste externe et quelques autres muscles du membre inférieur ; il en a observé dans le grand pectoral chez un homme qui avait en même temps une périchondrite des cartilages costaux. Le même chirurgien a en outre constaté dans des muscles de régions très-diverses des traces d'ossification. Vidal a cité une observation de tumeur syphilitique du droit antérieur de la cuisse ; Becquerel une oljservalion de tumeur du deltoïde. Melchior Bobert en a vu une du biceps brachial ; M. Zambaco en a vu une semblable qui, en englobant le nerf cubital, avait déterminé une rétraction et un engourdissemeut du membre en même temps qu'une paralysie incomplète des deux derniers doigts. La plus volumineuse que j'aie eue à traiter siégeait au mollet et était logée dans le centre du jumeau interne. M. Dron a présenté à la Société des Sciences médicales de Lyon (janvier 1869) une pièce pathologique très-remarquable, relative à des gommes suppurées des masses musculaires de la cuisse, principalement du triceps et des adducteurs.
MISCULAIRES (affections syphilitiqles). 125
M. Lancereaux a remarqué, dans les cas qu'il a observés, que c'étaient les muscles des membres inférieurs qui étaient affectés et que l'altération occupait non pas le corps, mais l'une des extrémités musculaires et en général le point d'insertion des fibres contractiles sur les toiles aponévrotiques ou les cordages tendineux. La langue, les joues, les lèvres, le palais, où l'on observe assez souvent des gommes sous-muqueuses, peuvent en préscuter quelquefois d'iutermusculaires. Les muscles du pharynx (Machon) et du larynx (Norton) sont aussi sujets à ces mêmes exsudations. Le diaphragme (Murchison) n'en est pas exempt, et nous verrons que le cœur en est aussi affecté.
Toutefois, l'intérêt pratique qui s'attache au diagnostic de ces tumeurs, lesquelles guérissent si bien avec les spécifiques, sans opération, exigerait qu'on ne se prononçât pas à la légère sur leur siège, et qu'on n'admît pas leur existence par simple analogie sur des points où on ne l'a pas constatée jusqu'à ce jour d'une manière certaine. Ainsi Bouisson et Vidal seraient tentés de comprendre dans cette classe de tumeurs un certain nombre d'engorgements de la prostate et de l'utérus, organes où je ne sache pas qu'on ail rien décrit qui ressemble positivement aux lésions qui nous occupent.
Jl faut reconnaître aussi qu'il est le plus souvent impossible de déterminer sur quel tissu l'exsudation s'est faite en premier lieu, si c'est dans le tissu cellulaire sous-tégumentaire, ou intermusculaire, ou bien dans la fibre musculaire ellemême. Cest souvent dans le cours de la maladie seulement que le siège de la lésion dans le muscle uelaisseaucun doute. Le muscle lui-même peut être dépassé ; l'altération s'étend alors plus ou moins loin dans les tissus environnants.
Les tumeurs musculaires syphilitiques un peu volumineuses sont généralement douloureuses dans l'état de repos du muscle, et la douleur s'exaspère dans l'état de contraction.
Lorsque^des cordons nerveux sont comprimés, ces douleurs deviennent névralgiques et des rétractions s'ensuivent. Quelquefois le muscle affecté se rétracte par le fait de l'atrophie ou de la dégénérescence de ses fibres propres.
Ces tumeurs sont mobiles ou fixes. Si le muscle est en repos, la tumeur peut être explorée avec facilité; ou lui imprime eu sens divers des mouvements qui servent à la distinguer des tumeurs des parties voisines qui seraient venues adhérer au muscle. Si l'organe est en contraction, la tumeur acquiert plus de fixité et de résistance.
Les tumeurs musculaiies sont d'abord de consistance médiocre ; elles deviennent ensuite molles, fluctuantes, et quelquefois même elles s'abcèdeut et s'ouvrent au dehors. Plus tard encore elles peuvent devenir assez consistantes, puis trèsdures, comme les tissus cartilagineux ou osseux qui les ont envahies. Leur forme est ordinairement globuleuse ; leur volume varie depuis celui d'une petite noix jusqu'à celui d'une orange. 11 n'y a ni changement de couleur à la peau, ni adhérence avec cette membrane, aucune sensation de chaleur insolite, à moins que des accidents phlegmasiques ne s'y développent. Les ganglions du voisinage ne sont pas engorgés ; on a voulu faire une exception pour ceux des régions sous-maxillaires dans les cas de tumeurs des lèvres ; mais je soupçonne fort ces prétendues tumeurs syphilitiques musculaires des lèvres d'avoir été en réalité des chancres indurés du bord libre..
Le diagnostic présente peu de difficultés; aux symptômes que nous avons fait connaître s'ajoutent généralement la coïncidence de périostoses ou d'exostoses et des antécédents de syphilis plus ou moins ancienne.
126 MUSGRAVE (les deux).
Les tumeurs syphilitiques des muscles, en d'autres termes la myosite gommeuse sous ses différentes formes, rentrent dans la classe des accidents franchcments tertiaires et des lésions viscérales profondes. On doit traiter ces tumeurs avec l'iodure de potassium, et même ce médicament a besoin d'être administré à hautes doses, en commençant par 1 à 2 grammes pour aller jusqu'à 5 à 6 grammes par jour.
M. Boiiisson dit avoir administré avec avantage chez plusieurs malades les préparations d'or. Quand les malades sont débilités, cachectiques, on peut interrompre l'emploi de l'iodure de potassium, recourir aux toniques, au fer, au quinquina, pour revenir ensuite à l'iodure. On a aussi conseillé les bains sulfureux et les bains de vapeur.
Les applications émollientes et résolutives, les frictioiis avec l'onguent napolitain, avec les pommades iodurées ; l'emplâtre de Yigo, les vésicatoires volants, la compression, feront la base du traitement local qui, dans ces cas, n'est qu'accessoire.
Myocardite. Le myocarde est assez souvent le siège de lésions syphilitiques gommeuses; en tous cas, il existe dans la science un assez bon nombre d'observations très-précises de myocardite syphilitique diffuse ou circonscrite. On pourrait décrire ces affections à côté de celles dont les autres parties du système musculaire sont le siège ; mais il est préférable de les rapprocher des lésions du péricarde et des autres éléments du cœur et de réunir ainsi toutes les affections syphilitiques de cet organe {voy. Cœur). J. Rollet.
muscuLiLiRE DE Là. CUISSE (ARTÈnE). Vojj. CiiURALE (Artère).
MUSCULAIRES SUPÉRIEURE ET U^IFÉRIEURE (ÂRTÈriEs). Voy.
Ophthalmiques.
MUSCULIIVE OU SYIVTOXIIXE. Voy. MusouLAiRE (Tissu). MUSCULO-CUTAMÉ DU BRAS (Nerf). Voy. Brachial (Plexus). JMUSCULO-CUTAI^É DE LA JAMBE (Nerf). Voij. Poplité EXTER^E (Nerl).
MUSCULO-CUTAIXÉS DE LA CUISSE IIVTERIVE ET EX.TEBXE (Nerfs).
Voy. Crural (Nerf).
MUSCULO-PIIRÉNIQUE (ArtÈRE). Voy. MaMMAIRE INTERNE.
MUSÉ\IME. Matière amorphe, soluble dans l'eau et l'alcool, insoluble dans l'étlier, de saveur forte, trouvée par Thiel {Journ. de Pharm. (5), t. XLII, p. 176) dans le Musenna, écorce de VAlbizzia anthelmintliica, écorce employée en Abyssinie comme taenifuge. Schdtz.
MUSGRAVE (Les deux).
Miisgrave (Guilladme). Médecin savant, non moins savant antiquaire, né eu 1657, à Garlton-Musgrave, dans le comté de Somerset, mort le 23 décembre 1721, après avoir été; docteur en médecine de l'Uuiversité d'Oxford (6 juillet 1689), membre du collège des médecins de Londres, secrétaire de la Société royale. Presque tous ses ouvrages roulent sur l'archéologie, précédés cependant de deux bonnes dissertations sur la goutte :
I. De legionibus epistola. De aquilis romanis epistola. Exeter, 1713, iii-.S». — II. Disser-
MUSICAUX (uKuns). 127
lalio de dca sainte, inqua illius stjmbola, tempia, statua:, nummi, Inscripliones exhibentur, ilhistrantur. Oxford, 1710, io-8". — III. AnliquUales Biitanm-Belgicce. Kxester, 1719-20, 4 vol. in-8°, figui'es. — IV. Gela Brilanniciis; accedil domus Sevoianœ synupsis chronologica, et de icuiicula quondaiii M. régis .Elfredi dissertalio, 1716, in-8°, lig.
musgrave (Samuel). Petit-Iils du précédent, mort le o juillet 1782, ù Exeter, su \ille natale, où il exerçait la médecine, a laissé plusieurs opuscules de liltéia'cure, et un seul petit écrit sur l'art de guérir, intitulé: Apologia pro medicina empirica. Oxford, 1765, in-4°. A. C.
MtSItAUX (Druits). On désigne par ce terme, en patliologic et eu auscultation, divers bruits remarquables par leur sonorité particulière, par leur timbre, et semblables aux notes que rendent certains instruments de musique sous l'archet ou pur le souille.
Ces biuils musicaux sont de plusieurs sortes : les uns se p'oduiseut dans des cavités naturelles ouvertes à l'extérieur et contenant de l'air, comme le tube digestif et les voies respiratoires ; les autres se forment dans les cavités closes qui constituent l'appareil de la circulation sanguine (le cœur et les vaisseaux). Pour les premiers de ces bruits, nous nous bornerous à mentionner ceux qu'on peut entendre dans les cas de rétrécissemeut ou d'occlusion de l'intestin par étranglement interne, alors que, sous l'influence des contractions énergiques des parois hypertrophiées, dans les circonvolutions situées au-dessus de l'obstacle, les gaz sont chassés avec force d'une anse distendue dans une autre anse. Dans les voies aériennes, il se forme de véritables bruits musicaux, les uns graves comme le son d'une corde de basse vibrant sous rarchei (râle ronflant), les autres aigus, comme les notes les plus hautes du violon, ou qu'on a comparés, justement, soit au roucoulement de la tourterelle, soit au sifflement du vent à travers les fissures d'une porte (râle sibilant).
Les tons graves se produisent le plus ordinairement dans les premières divisions bronchiques, lorsque leur membrane muqueuse, légèrement gonflée par la congestion ou l'œdème inflammatoires, est tapissée d'une certaine quantité de mucus, lequel détermine, au passage de l'air inspiré et expiré, des obstacles vibrant avec biuit : le mécanisme de formation des tons aigus semble être le même, avec une différence de siège, ceux-ci étant déterminés par les vibrations que l'air produit dans les ramuscules des bronches. Ils peuvent se former également dans les diverses sections des conduits aérifères, tantôt limités au niveau d'un rétrécissement pathologique et perçus eu ce point circonscrit, et tantôt étendus à toute la poitrine, par suite d'un spasme plus ou moins généralisé des bronches, comme on l'observe dans certains accès d'asthme. Souvent les bruits ronflants ou sibilants alternent, s'unissent, de manière à produire tour à tour ou ensemble les intonations les plus variées, -r- Ils sont généralement l'indice de la bronchite à sa première période, avant que les mucosités soient sécrétées avec assez d'abondance pour que l'air qui les traverse éclate en bulles. Quand le sifflement est intense et prédomine sur le ronflement, on pourra en induire que la bronchite est accompagnée A' emphysème pulmonaire. C'est dans les violents accès d'asthme, et en proportion de la dyspnée, que cette sibilance musicale est à son maximum et qu'elle est entendue même à distance.
Les bruits musicaux des cavités closes et des canaux que traverse le sanopeuvent se produire dans le cœur ou dans les gros vaisseaux artériels ou veineux. Dans pres({ue tous les cas, on ne les entend qu'en appliquant directement l'oreille ou le stéthoscope sur le lieu de leur production.
128 MUSICAUX (bruits).
Dans le cœur, ilà apparoissent d'ordinaire comme le plus haut degré des bruits de souffle et de râpe ; ils indiquent presque toujours des lésions matérielles des orifices cardiaques et de leurs valvules (notamment le rétrécissement d'orifices qui devnner.t être libres ou l'inocclusion d'ouvertures qui devraient se fermer après chaque mouvement du cœur), lésions constituées par des dépôts solides, crétacés, sur le pourtour des orifices, ou sur les faces et les bords des \alvules ; les*aspérités de ces dépôts rugueux brisent avec bruit la colonne sanguine; de là divers sons musicaux vaiiables (bruit de piaulement, bruit de scie, etc.) dont l'intensité est quelquefois telle, qu'ils sont perçus à distance et par le médecin et par le malade lui-même. — Ajoutons que dans certains cas, d'ailleurs excessivement rares, ces bruits pathologiques se produisent au cœur, bien que les lésions physiques précitées fassent défaut, mais alors que l'on constate chez les malades une modification profonde dans la composition du sang : on se rappelle les expériences de M. Dechambre qui faisait naître des souffles cardiaques chez des chiens auxquels on pratiquait des saignées répétées ; ces souffles augmentaient progressivement d'intensité à mesure que lu soustraction du liquide sanguin était plus considérable, et ils finissaient par deveuir musicaux.
Les bruits musicaux que l'on perçoit au niveau de Vaorte ont un même mécanisme de production et une même siguification morbide que ceux du cœur (ils y sont beaucoup plus rares). — Mais les plus remarquables de ces phénomènes stéthoscopiques (et ceux dont l'explication physique est le plus difficile) sont ceux que l'on entend sur le trajet des troncs vascidaires. Là, comme dans le cœur, ils sont le degré le plus élevé des bruits de souffle : c'est ainsi qu'un souffle léger, doux, comme sourd et étouffé, devient bruyant, fort, avec intonations de plus en plus sonores, de manière à imiter le murmure d'un coquillage appliqué à l'oreille ou une sorte de ronflement semblable à celui du jouet d'enfant appelé diable. Dans certains cas, le son est moins fort, moins bruyant ; mais il est plus musical, il est constitué par des modulations variées, par un véritable chant, lequel se compose de quelques notes aUernant et se succédant avec plus ou moins de régularité ; Laënnec a même écrit quelques-uns de ces airs : c'est ce qu'on a appelé, après lui, le chant des artères. — Les bruits musicaux vasculaires, dont le siège principal est dans les vaisseaux du cou, à droite, sont les signes lés plus manifestes de ïanémie et surtout de la chlorose, et leur mtensité est généralement en nip[:ort direct avec le degré de l'altération du sang.
M. le docteur Chairou nous a fait voir, dans ces dernières années, le plus curieux exemple d'une généralisation de ces bruits musicaux dans tout le système circulatoire. Il s'agit, dans ce fait extraordinaire, d'un homme d'une quarantaine d'années, de constitution robuste, pléthorique plutôt qu'anémique, et en même temps qui souffrait de palpitations et de dyspnée. On constatait et dans la région cardiaque (sans autres signes évidents de maladie organique), et sur le trajet de tous les vaisseaux un peu gros (même aux poignets et aux extrémités inférieures), un véritable chant du cœur et des artères : cette musique était si bruyante qu'elle était perçue par le malade lui-même et entendue à une distance de quelques centimètres du thorax ; il nous fut impossible d'en trouver la c:uise, ou tout au moins les conditions physiques, soit dans une lésion matérielle de l'appareil de la circulation, soit dans une altération du sang.
Daiîtii et Henri Roger.
.HL'SHIEXS (IIygiène des). Tout individu qui se livre à des travaux d'imaf^inaliou s'expose à certains troubles, parmi lesquels dominent ceux du système nerveux central. Envisagés à ce point de vue, artistes et hommes de lettres subissent des influences analogues ; une sensibilité native prédispose en outre les uns et les autres à des troubles que l'exercice de la protessioii luit éclore dans la suite, en raison directe des abus de travail et des entraînements que subit l'individu. Les oi'gaiiisations faites pour ressentir pi ofondément l'effet de la musique sont doués d'une impressionnabilité qu'ils portent aussi d.ins n\\ champ autre que celui de la musique. Il est d'observation avérée que la line^.-e et la délicatesse de l'ouïe ne sont pas l'apanage des individus apathiques et insensibles; l'irritabilité du musicien est proverbiale, et il est incontestable q\ie toutes les influences, intellectuelles, morales et aflictives, retentissent sur lui avec une intensité toute particulière. Les sollicitations fréquentes de l'ouie paraissent en outre nécessiter, plus que celles de tout autre sens, une conuexité d'activité cérébrale qui peut être lacilenient poussée jusqu'à l'exaltation.
Il nous sera permis de citer textuellement la description d'un compositeur, au sujet des impressions qu'il éprouve à l'audition de la musique de son choix : « Tout mon être semble entrer en vibration, dit-il; c'est d'abord uu plaisir délicieux où le raisonnement n'entre pour rien ; l'habitude de l'analyse vient ensuite d'elle-même faire naître l'ddmiration ; l'émotion, croissant en raison directe de l'énergie ou de la grandeur des idées de l'auteur, produit successivement une agitation étrange dans la circulation du sang ; mes artèri's battent avec violence ; les larmes, qui d'ordinaire annoncent la fui du paroxysme, n'en indiquent souvent qu'un état progressif qui doit être de beaucoup dépassé. Eu ce cas, ce sont des contractions spasnjodiques des muscles, ua tremblement de tous les membres, un engourdissement total des pieds et des mains, une paralysie partielle des neris de la vision et de l'audition ; je n'y vois plus, j'entends à peine, vertige.... demi-évanouissement.... ».et lorsque ce même compositeur est exposé à entendre une musique dont le défaut principal lui paraît être : u la platitude jointe à la fausseté d'expression, je rougis, dit-il, comme de honte ; une véritable indignation s'empare de moi ; ou pourrait, à me voir, croire que je viens de recevoir un de ces outrages pour lesquels il n'y a pas de pardon ; il se fait, pourchasser l'impression reçue, un soulèvement général, un effort d'excitation dans tout l'organisme, analogue aux eflbrls du vomissement quand l'estomac veut rejeter une liqueur nauséabonde » (Berlioz).
Il serait contraire à toute notion physiologique d'admettre que des impressions auditives aussi vives puissent se produire fréquemment, sans que l'organisme tout entier y gagne une impressionnabilité très-grande à tout ébranlement venant du dehors.
Les facultés aifectives, les passions, les besoins intellectuels et moraux de tout ordre, prennent une acuité qu'il serait impossible de méconnaître ; l'attrait du travail conduit le musicien à des excès de production qui l'épuisent à son insu la surexcitation et l'entraînement lui tenant lieu de force réelle. Les sollicitations du public, auquel il a presque constamment affaire, le conduisent à leur tom' à dépasser aisément la mesure de ce qu'il peut faire ; l'enivrement du succès les déboires de l'insuccès, les craintes et les attentes fiévreuses, l'aspiration léfilime vers l'idéal qu'il ne peut jamais atteindre, les joies auxquelles succède le découragement, les émotions incessantes, profondes et si variables, tout cet ensemble d'excitations et de dépressions font que le musicien subit au plus haut deoré des DiGT. ENc. r «. M. 9
influences qui ébra)ilenl son système nerveux. Ajoutez que, lorsqu'il s'agit d'un artiste, les exigences matérielles de la profession lui imposent des veilles, et assez souvent encore des habitudes de vie, peu faites pour apaiser ses nerfs surmenés.
Qu'y a-t-il d'étonnant que c'est dans leur syslème nerveux que les musiciens sont le plus souvent atteints? Aucune classe de la société n'est exposée aussi fréquemment aux troubles nerveux en général et aux troubles cérébraux tout particulièrement. La céphalalgie, la migraine, les étourdissements, le vertige, l'insomnie, les perturbations sensoiielles, l'irritabilité générale, l'hjpochondrie, la mélancolie, sont les phénomènes que l'on observe chez eux. Toutes les formes de vésanie choisissent en outre de nombreuses victimes parmi les musiciens.
La suractivité du système nerveux ne laisse pas que de nuire aux fonctions organiques ;. les digestions sont fréquemment mauvaises, et la nutrition générale s'effectue médiocrement. De là, la pâleur si frû^quente du musicien, et tout le cortège de symptômes qui se rattachent à l'anémie, les pal[)ita lions, les faiblesses et les divers troubles du même ordre.
11 est une particularité digne d'être notée. Les dispositions musicales se révèlent presque toujours dès l'enfance ; non-seulement on cite nombre de musiciens ayant composé avant de savoir lire, mais en admettant même ces dispositions comme exceptionnelles, ou peut dire qu'en général l'instinct musical est extrêmement précoce ; il est en outre presque toujours transmis par hérédité, de sorte que l'enfant né musicien se trouve presque toujours dans un milieu apte à comprendre et à apprécier ces dispositions et même à en exagérer la valeur et la portée. Delà, la tendance dedévelop|ier ces facultés natives, et d'astreindre l'enfant à un travail absolument nuisible, eu égard à son âge, et qui laissera des traces ineffaçables.
Est-il nécessaire de placer à côté de ce sombre tableau les préceptes de saine hygiène de l'artiste? Ils se résument en un seul mot, la modération. Les jouissances musicales, comme toutes celles qui relèvent des hautes aptitudes de l'homme, n'ont rien de nuisibles en elles-mêmes; elles répondent à un besoin d'un ordre très-élevé que l'on peut satisfaire impunément, et avec tout le bénéfice qui se rattache au libre exercice d'une disposition innée. L'exercice de la musique implique l'idée d'une joie pure et douce faite pour apaiser et consoler: c'est l'exagération qui est l'ennemie ; mais la profession qui nous occupe a de si grandes séductions, et ses entraînements sont si irrésistibles, que l'abus est nécessairement à côté de l'exercice. Heureusement que bon nombre d'organisations solides échappent à toutes les influences nuisibles, et qu'il existe des musiciens qui bravent impunément \ intempérie nerveuse.
A l'exception du compositeur qui n'exécute pas ses œuvres, les musiciens sont soumis à un véritable travail manuel, variable suivant le genre de l'instrument, mais dont chacun exige une dextérité obtenue au prix de longs efforts.
En adoptant la classification ordinaire, admise dans tous les traités classiques, eu instruments à corde, et en instruments à vent (les membranes tendues peuvent être négligées), nous constatons d'abord que ce sont les premiers surtout qui exigent des applications manuelles d'une grande dextérité. Sans doute que, parmi les seconds, le hautbois, la flûte, la clarinette, nécessitent un mécanisme digital assez complexe, et même, dans la plupart des autres instruments à vent, la précision des mouvements de la main joue un certain rôle; mais ce ne sont mmoins cependant les instruments à corde qui imposent à l'artiste une dextérité
el une précision de mouvement exiiènies. C'est le piano surtout qui exige de l'artiste un travail mécanique vraiment prodigieux. On a essayé de déterminer exactement la quantité d'effort musculaire nécessaire pour la production de chaque son sur le piano : en la multipliant par le nombre de notes exécutées en un temps donné, on obtient un chiffre tout à fait inattendu; aussi n'est-il pas rare de constater chez le pianiste certains troubles ([ui peuvent aller jusqu'à une variété de crampe fonctionnelle se rapprochant de celle des écrivains.
Le violoniste exécute des efforts à peu près égaux de la main gauche, et comme ses doigts pressent directement les cordes sur lesquelles ils glissent constamment, il en résulte une dimiiuition de la sensibilité tactile des doigts de la ninin gauche ; les troubles fonctionnels, qui peuvent se rattacher à un exercice immodéré, sont de même nature que chez le pianiste. Mais une différence très-tranchée se rapporte à la station que prennent les artistes : le pianiste est toujours assis, le violon est plus souvent debout. La station assise prolongée conduit à une certaine stase sanguine dans les ramifications de la veine porte ; de là, production d'hémorrho'ides et de constipation. Les fonctions du foie sont aisément troublées dans ces circonstances, et la glycosurie, la teinte ictérique, sont des phénomènes assez fréquemment observés. Chez la femme, la circulation utérine peut subir des influences, mais on manque de données précises à ce sujet. A cette occasion, nous dirons seulement que les hémorrhagies utérines ont été signalées chez les femmes qui jouent l'orgue en faisant marcher les soufllets avec les pieds.
Les instruments, dont les cordes sont pinc^'cs, telles que la harpe, la guitare et la cithare, laissent à l'artiste des marques caractéristiques aux doigts, que nous signalons en passant, et nous arrivons aux instruments à vent.
Leur jeu exigeant la mise en action, non-seulement de tous les muscles, mais des organes mêmes de la respiration, la question qui se présente est de savoir quelle influence ils exercent sur l'artiste.
Avant l'introduction dans l'armée de nombreux corps de musiciens, toute évaluation siir ce sujet eût été impossible. C'est lors de la fondation du Conservatoire de musique vers la fin du siècle dernier, qu'on dota l'armée de musiciens jouant d'instruments à vent. Peu de temps après, Franck émit l'opinion que le jeu des instruments à vent constitue un exercice violent prédisposant à des hémoptysies. Maygrier, sans donner plus de preuves à son assertion que Franck, émet une opinion analogue [Grand dictionnaire, Phthisie). Benoiston (de Chàteauneun a, le premier, fait un essai de statistique comparative dans l'armée française, et il était arrivé à cette conclusion que la mortalité par phthisie, qui a été, pour les soldats de toute l'armée, en sept ans, de 1 sur 14, avait atteint les musiciens dans une proportion double.
Nous citerons seulement pour mémoire l'opinion de M. Lombard (de Genève), qui a trait plutôt à toutes les professions qui exigent des efforts vocaux qu'à la classe des musiciens dont nous nous occupons en ce moment. Toutefois, comme ceux-ci se trouvent nommés dans sa statistique, nous dirons que pour M. Lombard, le jeu des instruments à vent constitue un exercice favorable au point de vue hygiénique, au même titre que le chant, la déclamation, l'enseignement oral et la prédication.
Barallier essaie de faire des distinctions, d'une part, entre l'action des instruments à vent selon leur choix, et, d'autre part, entre les individus qui ks exeroent. D'après lui, certains instruments amènent des embarras et des stases
dans la circulation, chez des individus sanguins et à cou court ; et d'autres instruments provoquent des etoulTements et de l'ojipression chez des individus à poitrine étroite et à constitution faible.
M. Burq, dans un liavail tout récent qu'il intitule : la Gymnaslique pubnonaire contre la Phthisie pulmonaire, traite aussi, à côté de l'influence de l'exercice vocal, la question qui nous occupe ici. Cet auteur, qui est partisan du jeu des instruments à vent comme moyen prophylactique, voire même comme moyen curatif de la phthisie, divise son sujet en deux parties. Dans la première, il s'appuie sur la seule autoiité d'un cerlain non)hre de facteurs d'instruments; mais leur opinion, dans cette matière, nous paraît, nous l'avouons franchement, d'une faillie portée. Dans la seconde partie de son travail, iM. Burq, beaucoup mieux inspiré, compulse les statistiques et met très-ingénieusement en lumière ce que la statistique de Benoiston (de Chàteauneufj a eu de défectueux. Tout en admettait que M Burq a mieux interprété les faits que le célèbre hygiéniste qu'il combat, nous considérons comme excessives et exagérées les conclusions générales de ce dernier auteur.
Eli vérité, que la mortalité soit plus grande chez les musiciens dont nous parlons, comme le veulent certains auteurs, ou que cette mortalité soit moindre qu'elle ne l'est en général, comme d'autres auteurs l'alfirment, ces lésultats ne prouvent rien. Il est une première question à se poser, qui a été par trop négligée, à savoir, si ce sont les individus à complexion faible et à souffle court, qui s'avisent à choisir une profession exigeant des efforts respiratoires considérables. Ce n'est guère probable. Il se fait sans aucun doute une certaine sélection qui trouble singulièrement les conclusions que l'on peut tirer des chiffres bruts. La proportionnalité, de favorable qu'elle est, peut devenir défavorable et vice versa, selon le choix des hommes que l'on destine au corps de musique. Le choix tombe-t-il en général sur des individus dont l'apparence et la constitution cliétives ne paraissent pas aptes au service effectif des armes, ou au contraire sont-ce les plus robustes que l'on destine aux bandes de musique ? Aous n'avons pas de réponse péremptoire à ces questions. Il faut donc de toute façon convenir que l'influence du jeu des instruments à vent sur l'organisme en général et plus particulièrement sur la phthisie est encore inconnue. Maurice Krishabeh.
MUSIQUE. Les lois générales de l'acoustique, dont relève la musique, sont traitées dans d'autres parties de cet ouvrage {voy. Acoustique et Soin) et ne doivent point être exposées ici. Nous ferons tous nos efforts pour éviter, dans la mesure du possible, les définitions physiques, et nous serons très-sobres aussi de termes techniques appartenant aux traités d'harmonie. Il nous incombe de faire connaître, par un aperçu succinct, et à titre de complément, les travaux qui ont introduit dans la théorie de la musique des éléments d'appréciation relevant de la physiologie; quelques considérations sur la musique en général termineront notre travail.
Il est de notion vulgaire que deux ou plusieurs sons simultanément perçus par l'oreille doivent se trouver dans des rapports de vibration exacte pour produire cette consonnance musicale que l'on appelle un accord ^ L'accord musical
* L'accord parfait est formé de la tonique, de la tierce, de la quinte et de l'octave ; de toutes les combinaisons simultanées des sons c'est l'accord parfait seul qui dans une phrase harmonique donne à l'oreille le sentiment du repos et de la solution ; c'est l'accord parfait qui termine d'une manière satisfaisante pour l'oreille toute espèce de période harmonique.
implique donc nécessairement l'idée de vibrations sonores qui ne se conirarient pas; deux, ou plusieurs notes, siuiuUaiiément perçues, dont les vibrations se contrarient, forment des hatlements ^ et donnent la sensation de dissonance qui se traduit eu nous par une impression désagréable et irritante.
La science moderne vient de démontrer que ce qui est vrai pour l'accord n'est pas moins vrai pour une seule note : la théorie de la musique, telle qu'elle se présente aujourd'hui, est entièrement basée sur cette notion première que chaque note isolée, et qui, par conséquent, nous paraît être un son simple et unique, est, en vérité, un composé de plusieurs sons, qui exercent, comme tout à l'heure l'accord, une action simultanée sur notre oreille. Dans une note musicale, il existe un son fondamental et plusieurs sons accessoires : tous sont • entre eux dans des rapports de périodicité de vibration qui nous donnent la notion (le leur concordance; ces rapports de périodicité de vibration viemient-ils à faire défaut, nous avons le sentiment d'un bruit. La division, qui consiste à distinguer nettement entre une note musicale et un bruit, ne repose donc pas sur des impressions plus ou moins individuelles, mais bien sur des laits réels et mathématiquement calculables. 11 faut seulement partir de cette donnée fondamentale : qu'il ne se produit pas de son sim[)le, unique dans la nature, que tout son qui arrive à notre oreille est nécessairement complexe, un véritable chœur, composé d'un son dominant et de plusieurs sons partiels et satellites; ceux-ci sont toujours plus élevés dans la gamme que le son dominant. C'est une analyse trèsrigoureuse qui a démontré que c'est la périodicité des vibrations sonores ou leur non-j)ériodicité qui constituent la différence entre une note musicale et un bruit; mais il serait inutile de dire que ces vibrations sonores sont toujours trop nombreuses pour que l'oreille en distingue les intervalles ; la nat\ire de la perception auditive n'en dépend pas moins de la périodicité de ces intervalles. Les vibrations sont dites périodiques lorsque le temps extrêmement court qui s'écoule entre chaque ébranlement sonore du corps vibrant est rigoureusement le même; la membrane du tympan qui exécute des mouvements périodiques isochrones (la durée de la transmission est négligeable) avec ceux du corps vibrant, les transmet, par le nert acoustique, au centre auditif où se pioduit une sensation calme, douce et constante qui n'est autre que la perception d'une note nmsicale. La durée des vibrations est-elle, au contraire, irrégulière, c'est un composé de sons différents, en général très-rapides et très-brefs, qui se heurtent et se contrarient entre eux; ils se succèdent confusément et viennent frapper la membrane du tympan en lui imprimant des vibrations que le nerf acoustique transmet au centre nerveux, comme la sensation désagréable d'un bruit.
Si nous appuyons tant sur cette différence, c'est qu'il est, avant tout, nécessaire de se bien pénétrer de cette notion première que note musicale et bruit sont composés d'un grand nombre de sons simples, chacun d'eux contribuant dans la mesure de sa valeur, à l'impression auditive. Nous verrons dans un instant qu'il a été possible d'obtenir expérimentalement la sensatjon d'un son
Tous les autres accords sont désignés par l'intervalle de leur composition qui les distino-ue «le l'accord parfait. On nomme accord de sixte, par exemple, l'accord formé de la tonique, de la tierce, de ia sixte et de l'octave, parce que c'est la sixte qui établit la différence d'avec l'accord parfait; et ainsi de suite.
* C'est Sauveur qui a donné le nom de battements à ce phénomène musical qui est produit par des sons simultanés dont les vibrations ne co'incident entre elles dans aucune proportion, comme cela arrive pour les deux sons les plus rapprochés l'un de l'autre dans la gamme musicale.
simple iini(|ue et non composé, et qu'on a été conduit à diviser les notes musicales et les bruits en autant de sons simples qu'ils renfermaient, et à préciser ainsi la valeur de chacun de cessons simples avec toute la rigueur d'une expérience physique. Celte expérience a conduit en même temps à des résultats des plus importants : la définition du timbre et la détermination de la loi de formation des voyelles.
Déjà Rameau avait formulé l'idée que les notes musicales sont un composé de plusieurs sons simples, auxquels il a donné le nom d'harmoniques, comme la lumière est un composé de plusieurs rayons; des physiciens et des philosophes ont, depuis le siècle dernier, cherché des solutions dans la même direction; mais c'est un physiologiste contemporain, Helmhollz qui, le premier, est parvenu à démontrer la justesse de cette théorie; c'est à lui surtout qne revient l'honneur d'avoir enrichi l'acoustique de données nouvelles, en définissant, par des lois de sim[)le mécanique et par des lois physiologiques déterminées, l'art de la musique dont les éléments seuls, les sons, avaient été analysés jusqu'ici. L'inspiration musicale n'en restera pas moins indépendante ; aucune entrave ne peut ni ne doit être imposée au génie, qui, par son essence même, est inconscient et surtout insouciant de calcul ; mais l'œuvre même du génie, l'harmonie et la mélodie pourront être soumises dorénavant à l'investigation et à l'analyse de la science exacte.
Qu'il nous soit permis d'invoquer d'abord une expérience très-connue et trèsfacile à répéter. Si, en se plaçant très-près d'un instrument de musique muni d'une table d'harmonie, une harpe par exemple, ou un piano dont l'étoulfoir est soulevé, on vient à produire un son très-fort sur un autre instrument qui se trouve très-près du premier, on entend sur celui-ci, qui cependant n'a pas été touché, un son d'une intensité variable, mais dont la valeur musicale a des rapports tout à fait précis avec le son de l'instrument qui a fait naître le phénomène. Celui-ci se produit non-seulement sur tout instrument de musique, mais aussi sur tout objet facilement mis en vibration sonore, tel que membrane tendue, cloche, etc. Le son ainsi provoqué a été nommé son par influence. Or, sur un instrument à cordes, — nous choisissons l'exemple de la harpe, parce qu'il est le plus facile à comprendre, — toutes les cordes n'entreront pas en vibration par influence, mais seulement celles qui ont des rapports de périodicité de vibration précis avec le son provocateur. L'intensité du son provoqué^ est en raison directe non-seulement avec l'intensité du son provocateur, mais aussi avec sa justesse. En effet, chaque note étant un composé de sons simples en nombre déterminé, et chacun de ces sons simples n'agissant par influence qu'à la condition d'avoir des rapports de périodicité précis avec les sons simples qui composent la note provoquée, comme ce sont ces rapports précis qui constituent la justesse du son, il s'ensuit que la justesse du son provocateur est un élément de puissance, et que, par conséquent, l'intensité du son provoqué est en raison directe avec l'intensité et \a justesse du son provocateur. C'est ainsi qu'on pourrait expliquer que des chanteurs d'un voix puissante et juste aient pu, en rapprochant leur bouche d'un verre en forme de cloche pendant qu'ils émettaient une note, le faire éclater lorsque le son était précisément celui qui faisait vibrer le verre par influence. Une autre expérience prouve d'une manière non moins frappanle le degré
' On voudra bien nous passer les termes de son provocateur et de son provoqué, qui n'ont pas été employés, mais dont nous nous servirons pour éviter des désignations plu? lonsues.
de puissance par influence des notes dont la périodicité est en rapport exact avec celle des corps influencés, ou, en d'autres termes, la puissance des notes justes. Deux diapasons du plus grand calibre, exactement semblables, sont fixés chacun sur une caisse résonnante et éloignés à une grande distance l'un de l'autre; si l'on produit au moyen d'un archet sur l'un des diapasons un son léger dont on éteint les vibrations aussitôt, on voit le second diapason entrer en vibration à son tour et continuer exactement le son du premier. Celte expérience, qui n'est qu'une répétition sous une autre forme de celle fuite avec les deux instruments de musique que nous venons de signaler, donne cependant en plus la mesure de rétonnante puissance de l'action par influence des sons justes, lorsqu'on songe à la lourde masse d'acier d'un diapason mise en mouvement par des oscillations de l'air trop faibles pour ébranler des grains de poussière.
On parvient à étouffer les sons accessoires de la note d'un diapason en plaçant celui-ci sur une caisse résonnaiite dont les dimensions sont calculées de lacon a ce que la caisse ne puisse être influencée que par le son fondamental du diapason : la caisse alors renforce puissamment celui-ci et éteint les sona parasites. Les choses se passe::! de même lorsqu'une membrane tendue est appliquée sur une caisse résonnante ; quels que soient le nombre et la diversité des vibrations sonores qui arrivent sur elle, elle ne se laissera influencer que par un seul son, celui qui correspond aux proportions de sa caisse résonnante, et restera indifférente à tous les autres. Or, cette membrane tendue existe dans notre appareil auditif, et n'est autre que la membrane du tympan. En appliquant à l'orifice de l'oreille successivement des résonnateurs aptes à isoler des sons, le problème qui consiste à décomposer une note musicale eu sons simples se trouve résolu.
C'est là l'expérience fondamentale de Helmholtz. Elle l'a conduit à déterminer pour chaque note musicale la valeur du son fondamental et des sons parasites. Le résonuateur de Helmholtz consiste en un globe creux de verre ou de cuivre, pourvu d'un orifice d'un côté et se terminant de l'autre par une pointe semblable à la queue d'une poire, que l'on introduit dans le conduit auditif. Cette pointe se tiouve fermée ainsi par la membrane du tympan qui se met en vibration par influence chaque fois qu'elle est sollicitée par le résonuateur. 11 s'ensuit que si l'on a soin de boucher l'autre oreille, on ne peut percevoir qu'un seul sou, celui que le résonuateur transmet à la membrane du tympan, quels que soient le nombre et la qualité des sons extérieurs. C'est ainsi que l'expérimentateur, au milieu d'un concert comme au milieu des bruits les plus confus, parvient à s'isoler absolument ; il ne peut entendre qu'un son, et ce son cette fois est bien unique, c'est-à-dire simple, non composé. En variant les dimensions des résonnateurs et de leur orifice, l'expérimentateur choisit à son gré le son qu'il veut entendre à l'exclusion de tous les autres, et il arrive ainsi à connaître exactement et le nombre et laquahtédes sons simples qui constituent une sensation auditive quelconque. Supposons que l'expérimentateur veuille analyser au milieu d'un concert une seule note d'un seul instrument de musique, Viit^, par exemple, d'un violon. Il appliquera à son oreille successivement tous les résoimateurs jusqu'à épuisement, et il percevra ainsi nécessairement l'un après l'autre tous les sons simples qui composent Vut^. Les résonnateurs font ici le même office que le prisme pour l'analyse de la lumière, et c'est grâce à ces expériences que Helmholtz est parvenu à déterminer les lois du timbre.
Il n'est point nécessaire de définir ce que l'on entend sous la dénomination de timbre; personne n'ignore que la même note musicale prend un caractère diffé-
renl suivant l'instrument qui la produit. Ij'ut^ d'im violon, tout en ayant, la même valeur musicale que Vut^^ d'un corde chasse, en diffère à un point extrême; dans la même classe, les instruments se distingnent aussi beaucoup entre eux : la même note, suivant qu'elle est produite par une vielle ou une harpe, ou, en prenant pour exemple les instruments à vent, par une flûte ou nn hautbois, prend les qualités inhérentes à la nature de l'instrument, qui permettent de reconnaître la provenance du son. La voix humaine ne pourrait être confondue avec le son d'un instrument quelconque, et, ici, nous arrivons à l'application des mêmes différences de timbres par rapport aux voyelles. En effet, une note musicale — nous prenons toujours pour exemple Vuti — est chantée par la même personne avec des voyelles différentes, soit en a, e, i, o, u, ou, eu; la valeur diatonique de la note ut-i est restée invariablement la même, et, cependant, il faut bien que la note ait changé de caractère chaque fois qu'une voyelle a été substituée à une autre, puisque notre oreille a perçu des différences très-marquées. C'est le timbre de la note qui a changé avec chaque voyelle, et c'est ainsi que la définition du timbre implique nécessairement la définition des voyelles.
Il ressort de l'ensemble des recherches de Helmholtz dans cette direction que le timbre musical résulte de la fusion de sons accessoires plus ou moins nombreux et plus ou moins intenses avec le son fondamental de la note qui est la tonique. U a fixé, pour chaque instrument comme pour chaque note de la gamme, le nombre et les rapports des sons simples. De la précision de ces diverses valeurs est résultée la détermination exacte des qualités qui différencient les instruments entre eux ; en d'autres termes, la détermination exacte du timbre. On comprend aisément que la formation des voyelles trouve son explication dans le même ordre d'idées : il est permis de supposer que les organes modificateurs du son constituent autant d'instruments différents qu'ils produisent de voyelles différentes, et c'est ainsi que les données ph\siques qui précisent la loi du timbre précisent en même temps la loi sur la formation des voyelles. Ce sujet sera traité ailleurs dans cet ouvrage {voy. Pakole), mais devant en signaler ici quelques éléments d'appréciation, nous allons citer une expérience très-explicite de Helmholtz.
Deux tuyaux de caoutchouc aboutissent à l'orifice de deux carafes de dimensions identiques et reçoivent l'air au moyen d'un soufflet ; la hauteur des sons produits ainsi dépend de la dimension des carafes, et se confondent en un seul qui, dans l'expérience de Helmholtz, était le si^i; cette note arrivait à Toreille en formant la diphthongue ou. L'expérimentateur versa ensuite, lentement, de l'huile dans l'une des deux carafes, il eu fit monter, par ce moyen, le son, qu il arrêta à l'octave de la première note, soit en s/bs; lorsiju'alors l'expérimcntaleur fit résonner ensemble les deux carafes, il obtint exactement la même note que tout à l'heure, mais avec la voyelle o à la place de Vou. Cette expérience, par sa simplicité même, établit une analogie saisissante avec ce qui se passe pour la cavité pharyngo-buccale, eu égard aux diverses formes d'amplitude que nous lui donnons dans la formation des voyelles.
Les cordes vocales étant les générateurs du son, ce sont les cavités sus- et sousglottiques qui constituent leur résonnateur ; surtout la cavité pharyngo-buccale, par les modifications extrêmement multiples que lui impriment la langue, les lèvres, les fosses nasales, le voile du palais. Les harmoniques de chaque note chantée, qui s'accordent avec les dimensions du résonnateur pharyngo-buccal, s'accusent avec force, tandis que les autres restent sombres et étouffées ; c'est
ainsi que la désinence d'un grand nombre de mots de la langue italienne imprime à la cavité pliaryngo-buccale des formes qui l'approprient particulièrement aux sons filés de certaines voix (soprano et ténor).
Nous avons signalé les résonnateurs spéciaux de lielmholtz, qui permettent df reconnaître dans une note musicale le son fondamental et les harmoniques. Avec un peu d'exercice on peut, d'une manière beaucoup moins compliquée, faire la même analyse au moyen de l'oreille. Supposons toujours que notre expérience porte sur Vid^, dont il s'agit d'entendre l'octave et les principales harmoniques.
Ou attaque sur un piano le sol^ de réchelle notée ci-dessus, et on laisse retomber l'étouffoir aussitôt, afin d'empêcher les cordes du sol^ de résonner ; on frappe ensuite avec force la note ut^, et comme l'oreille a gardé souvenir du soh qu'elle vient d'entendre, elle le percevra parfaitement dans la noie iity, dont le sol, est le troisième son partiel . La même expérience réussira aisément pour le cinquième son partiel, lem^; il faut un peu plus d'habitude "pour entendre les autres harmoniques, mais on peut parvenir cependant à les percevoir. Si on a soin de laisser la note lit,; s'éteindre d'elle-même, on entend mieux à la fin les notes harmoniques que le son fondamental. Lorsqu'on exécute la même expérience sur une seule corde d'un violon, on obtient en même temps la notion que les harmoniques d'une note se produisentpar des noeuds de vibration exactement comme les sons que produit le doigt sur la corde du violon, à cela près que le doigt glisse sur la corde successivement, tandis que les harmoniques naissent avec le son fondamental simultanément; ce qui revient à dire, qu'en réalité, la corde qui donne le son ut^ se subdivise en 2, 5, 4, 5 parties, etc., et vibre à la fois, dans sa totalité, en donnant le son fondamental, et dans chacune de ses parties, en donnant les sons harmoniques. IVotre oreille perçoit tous ces sons, qui se superposent sans se contrarier, et se les représente comme une note unique; mais l'analyse nous montre maintenant que ce qui nous paraît une note unique est un véritable chœur; et on peut dire que chaque son d'un instrument de musique est le centre de plusieurs systèmes d'ondes sonores, indépendantes quoique simultanées.
Nous n'entrerons pas plus avant dans la description de ces expériences; il appartient à des traités spéciaux de préciser le nombre et la valeur des bariuoiiiques de chaque noie musicale; disons seulement que les harmoniques sont toujours supérieures à la note fondamentale, et que les premières harmoniques remplissent les places de l'accord parfait. Mais il n'en est pas de même de celles qui suivent; parmi celles-ci, il y en a qui sont en dissonance avec la dominante. Une oreille exercée peut entendre jusqu'à seize harmoniques à la fois-
11 y a avantage pour certains instruments à supprimer quelques harmoniques, la septième et la neuvième par exemple, qui, étant en dissonance avec la tonique, donnent au son un caractère strident. Les luthiers ont été empiriquement conduits à cette notion; c'est ainsi que, dans le piano, ils placent le marteau en des points circonscints entre le septième et le neuvième de leur longueur, et étouffent ainsi les harmoniques dissonantes.
Tons les instruments à cordes sont extrêmement riches en harmoniques, et c'est ajuste titre que la lyre est le symbole de la grande harmonie. Ils peuvent être divisés en deux classes, suivant que les cordes sont frappées ou pincées, et suivant qu'elles sont ébranlées par un archet : ces derniers sont les plus riches eu harmoniques.
Les instruments à vent, bien moins favoris'és sous ce rapport, peuvent être à leur
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tour divisés en deux caiégories. Dans les uns, le souffle se heurte contre une arête, €t dans les autres il met en branle une languette qui forme anche, ou bien ce sont les lèvres du joueur qui font elles-mêmes office d'anche. C'est pour donner aux tuyaux d'orgue, relativement pauvres en harmoniques, une puissance et un éclat qu'ils n'auraient pas saus cela, qu'on en renforce certaines notes d'un jeu spécial composé de plusieurs tuyaux (de trois à sept) d'étain, accordés dans le rapport des consonnances harmoniques, c'est-à-dire à l'octave ou à la quinte, los uns des autres. Cet ensemble de tuyaux donne à l'oreille la sensation d'une seule note très-riche en harmoniques, et par conséquent d'une grande puissance qui s'emploie pour le plein jeu, et que l'on désigne par le terme technique de fourniture. Les sons des ir)struments à membrane tendue ont très-peu d'harmoniques, et donnent ce que les musiciens désignent soiis la dénomination àe musique noire, taudis que les instruments riches en liarmoiiiques produisent la musique colorée. Ouantaux timbales et aux cloches, que nous ne signalons que pour mémoire, ils ne peuvent guère être considérés comme instruments de musique, quoiqu'ils soient utilisés pour certains efl'ets d'ensemble. Tout l'art des fondeurs de cloches consiste à trouver une forme dans laquelle les haimoniques ne contrarient pas trop les sons fondamentaux ; ils y parviennent parfois, tout eu y étant coaduits empiriquement.
Nous airivons maintenant à la partie physiologique de notre sujet. L'auatomie Comparée nous prouve surabondamment que de tout l'appareil auditif, le nerf acoustique seul est indispensable pour la perception des sons ; toutes les pièces, sans exception, qui constituent l'oreille des vertébrés supérieurs, peuvent manquer dans certaines classes d'animaux inférieurs qui n'en possèdent pas moins la faculté de l'ou'ie : le nerf acoustique seul, incité directement par les tissus qui l'entourent, suffît ii cet effet. On sait depuis longtemps, du reste, que les organes si complexes de l'oreille ne servent qu'à renforcer, à multiplier par résoiuiance et à rendre plus nets et plus distincts les sons avant leur arrivée au centre de perception. Les recherches modernes vont plus loin. JVous avons vu, un peu plus haut, qu'on est parvenu à établir rigoureusement la différence qui existe entre un bruit et un son musical; cette proposition physique trouve son corollaire dans la théorie physiologique qui tend à établir qu'à l'organisation même de l'appareil auditif de l'homme et de certains vertébrés correspondent des capacités de perception différentes aussi. D'après l'expérimentateur auquel nous devons la majeure partie des travaux récents dans celte direction, certaines parties de l'organe de l'ouïe seraient sensibles à toutes les vibrations sonores sans distinction de nuance, et même plus particulièrement sensibles auv secousses et aux trépidations confuses et rapides du bruit ; d'autres parties de l'oreille effectueraient au contraire une véritable sélection délicate des vibrations sonores, en ne transmettant au centre nerveux que l'impression des sons musicaux. 11 appartient à d'autres parties de cet ouvrage d'exposer en détail l'anatomie et la physiologie de Voreille {voy. ce mot); mais il nous est indispensable d'exposer ce qui, dans les recherches de Helmholtz et des quelques physiologistes qui l'ont suivi, a particulièrement trait à notre sujet.
Inutile de nous occuper de la surface de réception et de réflexion des ondes sonores constituées par le pavillon de l'oreille, ni du rôle du conduit auditif externe, dont la forme et la direction sont sans notable influence sur la qualité des sons, auxquels s'ajoutent ceux que les parois crâniennes transmettent direc-
tement au tympan eu les modifiant quelque peu. L'oreille moyenne et l'oreille interne méritent seules notre attention ici {vojj. iwur plus de développements
Oreille) .
Le mouvement de l'arliculation entre l'enclume el le marteau a été compare à celui des clefs de montre modernes (de Bréguet), qui permettent le jeu des surfaces dans un sens, mais non en sens inverse, les dents de la clef venant dans ce dernier à butter les unes contre les antres. « L'articulation du marteau avec l'enclume présente, ditHelmhoUz, quelque chose d'analogue à ces dents, notamment à la partie inférieure; celle correspondant au marteau est en dehors, api)hquée au tympan, et celle de l'enclume en dedans ; inversement, vers la partie supérieure de la surface courbe articulée, l'enclume tend plutôt à se mouvoir en dehors et le marteau en dedans. « Il s'ensuit que lorsque le marteau est tiré en dedans avec son manche, il entraîne l'enclume en faisant corps avec lui, tandis que l'enclume ne le suit point lorsqu'au contraire le tympan est poussé en dehors avec le marteau. Les dentelures des surfaces d'articulation cédant et ghssant les unes sur les autres, avec un frottement très-faible, cette disposition présente cet avantage que l'étrier ne peut être arraché de la fenêtre ovale, quel que soit l'accroissement de densité de l'air dans le conduit auditif « Si, par suite d'un mouvement de déglutition, dit Helmholtz, l'air pénètre dans la cavité du tympan, le contact cesse d'être complet entre le marteau et renclume. Dans ce cas, l'intensité des sons faibles des régions moyennes et aiguës de la gamme n'est pas sensiblement modifiée, tandis qu'on remarque un très-considérable atfaiblissement dans les sons forts. Ceci peut s'expliquer de la manière suivante : l'adhésion des surfaces d'articulation suffit à transmettre un mouvement faible de l'un à l'autre des osselets, tandis que, pour les fortes secousses, elles peuvent, en gUssant, se déplacer l'une sur l'autre, et ne peuvent, par conséquent, transmettre les mouvements dans leur intégrité. A intensité égale, les sons graves sont affaiblis parce qu'ils demandent toujours des mouvements plus prononcés pour devenir perceptibles. » Les osselets produiiiùent à l'audition des sons intenses « utie sorte de craquement » que l'expérimentateur peut entendre dans sa propre oreille « chaifue fois qu'un son très-fort, notamment un son
grave, arrive jusqu'à elle » Le moindre déplacement du manclie du marteau
(effectué par son muscle propre) détermine un changement sensible dans la courbure de la membrane du tympan. Il s'ensuit que les portions moyennes du tympan obéissent docilement aux oscillations de l'air, pendant que le mouvement se transmet avec une énergie sensiblement plus grande au manche du marteau ; il se produit une seconde réduction d'amplitude correspondante à un accroissement de la force dans la transmission du mouvement du manche du marteau à l'étrier. L'amplitude de course de l'étrier est très-petite, et, d'après les mesures de Helmholtz, ne dépasse pas -^ de millimètre. La membrane du tympan, poussée à l'intérieur des conduits auditifs lorsqu'il y a accroissement dans la pression de l'air, pousse à son tour les osselets en dedans ; c'est la base de l'étrier qui surtout s'enfonce profondément dans la fenêtre ovale. Politzer a fait l'expérience qui consiste à introduire sur une oreille séparée, dont le labyrinthe était intact, un tube de verre étiré dans la fenêtre ronde; ce tube faisant office de manomètre, on y vit distinctement, d'une part, monter l'eau dès qu'on augmenta la pression de l'air de l'autre côté du tympan ; et, d'autre part, l'étrier s'enfoncer en même temps dans la fenêtre ovale.
La pression de l'air provoque le refoulement du liquide du labyrinthe vers
la leiièlre ronde, dont la membrane flexible cède à la pression, et la cloison membraneuse du limaçon se trouve poussée par ce mécanisme contre la rampe du tympan. L'inverse se produit pour une diminution dans la pression de l'air.
Les vibrations communiquées à la caisse sont notablement diminuées d'amplitude lorsqu'elles se trouvent transmises à l'oreille interne ; le liquide du labyrinthe leur présente, en raison de sa densité, une force de résistance bien plus grande que l'air de la caisse, mais si légèrement que ce liquide soit mis en brunie, ses vibrations sont communiquées aux prolongements nerveux extrêmement ténus qui déterminent la sensation auditive.
En somme, le problème mécani(jue résolu par les appareils de l'oreille moyenne consiste à transformer les mouvements de la membrane du tympan qui sont d'une grande amplitude et d'une petite, force, en mouvements de faible amplitude et do grande force, qui ne sont autre que ceux du liquide labyrinlhique.
Le système de membranes très-fines qui constitue le labyrinthe nierabraneuv et contient le liquide labyrinthique, reçoit toutes les terminaisons des nerfs auditifs, et c'est leur ensemble qui constitue, en vérité, la partie fondamentale du sens de l'ouïe. A chaque anifioule du vestibule n)embraneux, au saccule el à l'utricule, se rattache une saillie en forme de bourrelet où pénètrent les cordons filiformes des nerfs de l'audition ; il en est de même pour chaque canal demi-circulaire. Ces filets nerveux cpii plongent partout dans l'endùlympbe sont mis en contact, dans l'utricule et le saccule, avec de petits cristaux calcaires, au moyen d'une masse muqueuse. Cette substance calcaire qui se présente chez les vertébrés supérieurs, sous l'aspect de véi'itables calculs blancs et cassants comme du marbre, constitue chez l'homme une poudre très-fine dont le rôle dans l'audition semble être fort important. Breschet, qui les désigne sous le nom d'otolithe et d'otoconie, fait remarquer qu'elle nage dans le liquide de l'utricule el du saccule, et il suppose que les molécules de cette substance calcaire, mis eu branle par le choc des ondes sonores, viennent se heurter contre les extrémités terminales des filets du nerf acoustique en contribuant de cette façon à augmenter l'intensité des impressions auditives.
M. Sappey combat cette opinion de Breschet qui serait démentie par l'observation ; car « la poudre calcaire du vestibule, dit cet auteur, adhère aux parois du saccule et de l'utricule à peu près comme les cellules épithéliales, mais seulement d'une manière beaucoup moins intense : c'est pourquoi elle s'en détache assez promptement après la mort. Flottante alors dans le liquide de Scarpa, elle peut refluer avec le liquide de l'utricule dans les canaux demi-circulaires membraneux, et particulièrement dans le tube commun aux canaux supérieurs et postérieurs, » oiî l'autijur l'a rencontrée plusieurs fois. Si nous citons ici textuellement l'éminent anatomiste, c'est qu'il est utile de connaître les arguments qu'il invoque contre le mémoire de M. Breschet dans lequel, d'après lui, on ne trouverait qu'un fait nouveau : l'existence de la poussière calcaire du vestibule sur laquelle, afin d'en grossir l'importance, Breschet voulut reconstruire toute l'iiisloire du labyrinthe. Mais les recherches récentes de Hemlholtz tendent à prouver, contrairement à l'avis de M. Sappey, que cette poussière calcaiie a réellement l'importance que lui attribue Breschet. Tout en constatant, comme M. Sappey, que ces petits cristaux sont en effet intimement fixés à la membrane des petits sacs, Helmholtz n'en admet pas moins qu'ils sont très-propres à déterminer une excitation mécanique dans la masse nerveuse exactement comme cela arri\e
avec le tétanoraoteur de Heidenhain^ Les petits cristaux du vestibule étant, eu raison de leur poids, plus difficiles à mettre en vibration que leur milieu ambiant, l'endolymphe, ils sont surtout mis en action dans les mouvements brusques de l'endolymplie, par consé(|uent à roccasioii des bruits.
Ces cristaux ne constituent pas, du reste, le seul élément d'excitation mis en mouvement par le liquide de l'oreille. Selon Max Schultze, la surface intérieure de l'épithélium des ampoules est munie de crins raides et élastiques se terminant par des pointes très-fines et qui, à leur tour, seraient aptes à exciter les cordons nerveux implantés entre leur base, dans l'épithélium mou.
Voilà donc les appareils auxiliaires particuliers, moitié durs, moitié élastiques, qui vibrent facilement, mais dont les vibrations s'éteignent très-rapidement. Or, lorsqu'un corps élastique perd son mouvement après un petit nombre d'oscillations (au bout de dix environ), il n'est pas apte à vibrer par influence; mais la vibration par influence étant une condition nécessaire pour provoquer un sou musical, il s'ensuit que l'ensemble des appareils du vestibule membraneux ne peut recevoir que les vibrations provenant des bruits, mais qu'il est inapte à la perception des sons musicaux. Celle-ci incombe aux appareils du limaçon membraneux.
Les deux canaux d'inégal diamètre du labyrinthe membraneux, dont l'un est "antérieur et l'autre postérieur, communiipiant avec le saccule par un cul-de-sac sous-jacent à celui-ci, pénètrent dans le tube cochléen dont ils complètent la cloison et arrivent jusqu'au sommet du Umaçon où ils se terminent à leur tour par un cul-de-sac. Ils constituent ensemble une espèce de prisme dont le sommet est formé par la bandelette sillonnée. La paroi antérieure du prisme est formée par la membrane de Reismer (son existence, mise eu doute, a été coidirmée par M. Loewenberg), sa paroi postérieure est formée par une autre membrane plus épaisse, la membrane basilaire. Une troisième membrane, celle de Corti, se trouve dans l'espace circonscrit par les deux parois du prisme, qui se trouve ainsi divisé en deux canaux, l'un antérieur, l'autre postérieur. Le premier de ces canaux contient l'endolymphe, comme le vestibule; dans le second, qui est beaucoup plus mince, on trouve l'organe de Corti qui parait être avec la membrane basilaire elle-même, de tout l'appareil auditif, la partie la plus importante pour l'audition. C'est ici que viennent aboutir les dernières ramifications nerveuses après avoir traversé le canal cochléen.
La membrane basilaire, étroite à sa naissance, dans le voisinage de la fenêtre ovale, s'élargit à mesure qu'elle s'approche du sommet du limaçon. Elle croît, d'après V. Henseu et Henle, dans le rapport de 1 à 20. La face antérieure de sa zone interne ou zone lisse supporte les pihers internes de l'organe de Corti, tandis que la l'ace antérieure de sa zone externe ou zone striée donne attache aux piliers externes du même organe. Cette membrane basilaire du limaçon est déhiscente; elle se déchire très-facilement dans la direction radiale, tandis qu'en sens inverse elle présente une résistance assez grande à cause même de la solidité de ses fibres radiales; il s'ensuit que, « dans sa position naturelle, celte membrane peut être fortement tendue, dans la direction perpendiculaire à l'axe contre la cloison extérieure du limaçon, tandis qu'elle n'est que faiblement
> On sait que dans cet instrument le nerf d'un muscle est faiblement frappé par un petit marteau d'ivoire, de façon à produire dans le nerf une excitation énergique et prolono-ée qui se manifeste pas une contraction également énergique et prolongée du muscle correspondant.
tendue clans le sens de sa longueur; car elle no pourrait résister à une tension un peu forte dans ce sens » (Helmlioltz) . Or, une membrane présentant une tension différente dans diverses directions ne se comporte pas dans ses vibrations comme une membrane tendue également dans tous les sens ; s'il y a dans celle-ci propagation régulière et uniforme dans toutes les directions, il en est tout autrement dans celle-là. La membrane basilaire semble se présenter, par ses fibres radiales, comme un système de cordes tendues, pouvant vibrer chacune indépendamment, et dont les attaches transversales ne serviraient qu'à soutenir la pression de rendolyiupbe contre ces cordes; pression périodiquement variable, suivant les ondulations que lui imprime le souvenant du dehors. Celui-ci ferait vibrer, par influence, la membrane basijaire dans les paities où le son propre des fibres radiales tendues se rapprocherait le plus du sou extérieur ou provocateur. Étant donné ces conditions physiques et la structure de la membrane basilaire, c'est la partie voisine de la fenêtre ronde qui doit vibrer à l'unisson des sons aio-us, et la partie qui arrive jusqu'au sommet du limaçon, à l'unisson des sons
graves
Nous arrivons à l'organe de Corti. Nous avons déjà parlé du mode d'implantation sur la membrane basilaire des arcs ou des fibres de Corti, par leurs piliers appelés aussi bâtonnets auditifs. Unis en avant et écartés en arrière, ils forment une longue série de petites voûtes dont l'ensemble constitue une espèce de prisme à base implantée sur la membrane basilaire et à sommet dirigé vers la voûte du limaçon. D'après la première théorie de Helmholtz, ce n'est pas à la membrane basilaire, mais aux fibres de Corti que serait dévolue la propriété de sélection des ondes sonores. Cette interprétation se présentait d'une manière particulièrement séduisante, et qu dque modifiée depuis, elle mérite d'être exposée en détails. On peut se représenter les fibres de Corti comme un ensemble de cordes vibrantes dont l'ensemble constitue un véritable clavier nerveux d'une sensibilité exquise, chaque fibre pouvant être mise en branle par influence. Théoriquement, on doit admettre qu'une seule fibre est ébranlée par le son simple qui lui correspond exactement, que « chacune de ces fibres est accordée sur un ton différent, et qu'elles forment une série régulière, correspondant à la gamme musicale; » mais il est extrêmement probable que, dans le fait, c'est plutôt une zone de fibres qui sont mises en mouvement à la fois, leur nombre étant de beaucoup supérieur au nombre des sons musicaux. Ainsi s'expliquerait que nous avons des sensations auditives continues suivant que les sons extérieurs montent ou descendent, tandis que ces sensations ne seraient qu'une succession de soubresauts si une seule fibre correspondait à chaque son. Chaque son étant constitué d'une tonique et d'un grand nombre de sons accessoires ou harmoniques, un certain nombre de zones de fibres seraient ébranlées à la fois. En évaluant, avec Kôlliker, à 3000 le nombre des fibres de Corti, plus de 400 fibres correspondent à chacune des sept octaves des instruments de musique, soit un groupe de 35 I pour chaque demi-ton, « en tout cas assez pour expliquer la distinction des fractions de demi-ton, dans la limite où elle est possible. »
Selon E-. H, Weber, des musiciens exerces peuvent percevoir encore une ditférence de hauteur correspondant au rapport de vibrations de jj <^^ demi-ton, valeur qui serait encore plus faible que celle qui correspond à la distance de l'une à l'autre des fibres de Corti. Helmlioltz en conclut que dans la production d'un son dont la hauteur est comprise entre celles des deux fibres de Corti, toutes deux sont mises eu vibration par une influence; mais celle dont le sou
propre est le plus voisin du son provocateur vibrera avec plus d'intensité ; c'est donc de la délicatesse avec laquelle on sera capable de comparer l'intensité d'ébranlement produit sur des fibres très-voisines, que dépendra la finesse de perception des sons musicaux de hauteur très-rapprochée. Pour la perception des sons complexes d'un accord, les choses se passent identiquement, à l'étendue près, comme pour une note de musique : autant de sons simples qui constituent l'accord (nous savons maintenant qu'ils sont extrêmement nombreux, puisque chaque note de l'accord possède, outre sa tonique, toute une série d'harmoniques), autant de groupes de fibres se mettent à l'unisson des vibrations. L'oreille très-exercée d'un musicien perçoit presque toutes les sensations isolées correspondant aux sons simples des notes qui constituent un accord; on peut juger par là du degré d'acuité que peuvent acquérir les organes essentiels de perception des sons musicaux.
Ce que nous venons de dire explique non-seulement les sensations de hauteur , mais aussi celles du timbre. Si on se rapporte à la définition donnée au début de ce travail, on sait que le caractère du timbre ne dépend que du nombre et de la diversité des sons satellites ou harmoniques qui accompagnent le son tbndamental ; il est alors aisé de comprendre que la perception du timbre provient de ce qu'un sou complexe met en branle, outre les fibres de Corli correspondant au son simple fondamental, encore un certain nombre de fibres qui correspondent aux harmoniques.
D'après tout ce que nous venons de dire, les fibres de Gorti constituent un véritable prisme qui dissocie les sons musicaux, reconstitués ensuite par l'aboutissant nerveux des fibres dont l'ensemble des vibrations constitue une sensation auditive unique; cette sensation auditive n'est autre que la notiou des sons musicaux. Nous voyons en outre que, d'après la théorie nouvelle, la loi de cette sensation se réduit aux phénomènes de vibration par influence.
Les récentes recherches de Hasse ont prouvé que les arcs de Gorti manquent chez les oiseaux qui possèdent cependant tous les autres éléments essentiels du hmaçon; il a donc fallu abindonner le rôle prépondérant attribué aux arcs de Gorti, qui, toutefois, lorsqu'ils existent, n'en auraient pas moins une fonction importante à remplir. En leur qualité d'appendices rigides, dit Helmholtz, ils transmettent les vibrations de la membrane basilaire sur une portion restreinte de la partie supérieure et relativement épaisse du bulbe nerveux, mieux que cela ne pourrait se faire parla communication immédiate des vibrations de cette membrane à travers la masse molle de ce bulbe. Les cellules crinifères du bulbe nerveux sont placées tout près à l'extérieur de l'extrémité supérieure de l'arc de Gorti, auquel elles sont encore reliées par les fibres tendues de la membrane réticulaire. Chez les oiseaux, au contraire, les cellules criniières forment, sur la membrane basilaire, une couche mince qui peut facilement en recevoir les vibrations sans les transmettre trop loin vers les cordes. Ce seraient donc, en dernière analyse, toujours les arcs de Gorti dont les vibrations reçues de la membrane basilaire se communiqueraient aux organes terminaux de l'appareil nerveux.
C'est ainsi que la première théorie de Helmholtz, légèrement modifiée par rapport aux fibres de Gorti, n'en resterait pas moins debout dans ce qu'elle a de plus fondamental ; et la sensation musicale est toujours dévolue à la partie du limaçon membraneux dont nous ver.ons d'exposer le mode de fonctionnement.
En envisageant la question au point de vue de la physiologie générale il serait
impossible de méconnaître que les lois et les hypothèses émises par Helmholtz rentrent, comme il le fait remarquer lui-même, dans la théorie générale de J. iMûUer sur les énergies spécifiques des sens. D'après celte théorie, devenue classique depuis longtemps, la diversité des impressions perçues par les différents sens ne dépend pas de la nature des agents extérieurs, mais de la nature des divers appareils nerveux destinés à percevoir l'excitation. Il est devenu de notion vulgaire en médecine qu'un choc quelconque ou des trépidations, provenant de l'électricité, par exemple, et que la peau perçoit comme tremblement, provoquent dans l'œil, de la lumière, dans l'oreille, la sensation du son. Des vibrations de l'éther de durées différentes éveillent dans l'oeil la sensation de couleurs différentes, les plus rapides corres(iondaiit au vert, au violet et au hleii. les plus lentes au rouge, celles de vitesse moyenne au vert et au jaune. 11 eu est de même pour l'oreille, qui perçoit les vibrations de durées dilférentes comme des sons de hauteurs différentes. On sait que les lois du mélange des couleurs ont conduit à admettre dans l'œil trois sortes de fibres nerveuses correspondant aux perceptions du rouge, du vert et du violet, les dilférences qualiiicatives des sensations visuelles étant ramenées ainsi à la diversité des nerfs qui perçoivent ces. sensations (Th. Young). Or, Helmohltz est conduit à formuler pour les sensations auditives une loi analogue : « les différences de la qualité du son, c'est-à-dire la hauteur et le timbre, sont ramenées, dit-il, à la diversité des fibres nerveuses percevant la sensation, et pour chaque fibre prise isolément, il ne reste que les différences provenant de l'intensité de l'excitation. »
En poursuivant le même ordie d'idées, nous arrivons à reconnaître que la dissonance en musique, qui nous touche si péniblement, a son analogue dans un phénomène visuel, les oscillations de la lumière. Celles-ci résultent d'intermittences périodiques de force et de faiblesse, dans un espace de temps très-court, d'excitations qui irritent et fatiguent la rétine vivement, en raison même de leur alternance. Les oscillations sont-elles extrêmement fréquentes, ou, au contraire, très-lentes, l'impression pénible cesse d'exister parce que, dans le premier cas, il y a illusion et la lumière paraît continue; et dans le second cas, l'œil peut suivre les oscillations et se reposer, en quelque sorte, dams les intervalles. Les choses se passent absolument de même pour l'oreille.
Pour produire une consonnance musicale, il faut associer deux ou piusieiu's sons dont non-seulement les toniques, mais aussi les harmoniques aient des rapports de nombre d'oscillations, capables de procurer une simultanéité d'irapression. La consonnance la plus simple et la plus complète doit être formée par une note et son octave; les vibrations du son fondamental et de tous les sons satellites étant exactement doublées dans ce cas, il en résulte pour foreille une impression calme et douce qui s'ex[»lique par ce fait que pendant la durée de ces sons simultanés, chaque fibre du labyrinthe n'a été mise en branle qu'une fois, et que la sensation qui en résultait était conlinue. C'est absolument le phénomène inverse qui se produit lorsque deux notes très-rapprochées de la gamme, sans être à l'unisson, vibrent ensemble ; on entend alors comme un murmure de force et de faiblesse du son, très-pénible à l'oreille; c'est Jà ce que nous avons déjà désigné sous le nom de battements. Nous avons admis, en exposant la physiologie de la perception des sons musicaux, qu'une zone de fibres du labyrinthe ne peut pas être ébranlée sans qu'une zone de fibres voisines le soit quelque peu, si légèrement que ce soit; il s'ensuit que les harmoniques d'une note très-voisine font éprouver à des fibres déjà mises en branle par
le premier son, une nouvelle oscillutioii plus faible que la première, e( cal précisémenl ces allernalives de l'orce et de ^aibles^e, ces ballements, qui produisent la sensation de dissonance. Tout comme il arrive pour les oscillations de la lumière, lorsque les battements d'une dissonance sont très-rapides (de 150 environ à la seconde), l'oreille ne peut les percevoir et ils cessent d'être pénibles ; il en est de même lorsqu'ils sont très-lents : les dissonances les plus aiguës sont formées par celles qui pioduistnt trente ou quarante battements à la seconde. Le musicien doit donc surtout éviter les dissonances qui donnent ce nombre de battements. Mais les dissonances, en général, n'en trouvent pas moins leur |ilacc dans une bonne harmonie; associées aux consonnances, dans une mesure faible et exactement proportionnée, ils donnent à la musique un certain mordant, im caractère énergique dont la puissance d'effet est très-grande.
La constellation de notes simultanées qui constitue l'accord est à l'harmonie ce que la couleur est au tableau, mais il faut un dessin au tableau, et c'est la mélodie qui le constitue. La couleur n'a sa raison d'être que si elle est soutenue et conduite par les linéaments de la charpente. Le langage musical de l'homme est incontestablement la mélodie dont l'harmonie est l'accompagnement, le raffinement [lour ainsi dire. Celle-ci est une conception de la civilisation et peut changer comftie elle. Il faut une certaine éducation musicale, quelque chose d'artificiel et d'acquis pour être capable d'apprécier les beautés d'une symphonie de Beethoven, mais le sauvage tout comme l'homme civilisé est capable d'émotion à l'audition d'un naif chaut populaire; c'est que celui-ci n'est point un livre chiffré, accessible seulement aux lettrés; c'est un langage universel, aux allures hbres, et dont chaque accent exprime un besoin d'expansion de la nature humaine; c'est ainsi que la mélodie du cliant est réellement une forme particulière du langage humain, dans lequel les notes se suivent, comme se suivent les mots dans le langage parlé. Tout besoin de se manifester au dehors prend une expression phonétique dont le plus simple et le plus rudimentaire est l'exclamation. Or l'exclamation constitue déjà en elle-même un langage très-expressif et trèsvarié; chez tous les peuples, à tous les âges, le ton, l'intensité, le tindjre, la durée des exclamations, ont une signification si intimement liée aux sentiments, qu'elles peuvent être comprises d'instinct; le cri n'est autre (ju'une exclamation prolongée, nuancée à l'infini par la passion humaine et comprise comme elle par tout individu indistmctement. Du cri au chant, la transition est imperceptible, et des rudiments de mélodie ont dû se former avec l'éclosiou des rudiments de la première société. Si l'harmonie, expression la plus élevée de la culture musicale, a des lois sévères, il en est tout autrement de la mélodie. Dans celle-là, tous les sons doivent graviter autour de la tonique, sans quoi il serait impossible de gouverner l'orchestre; dans celle-ci, au contraire, ou peut concevoir et l'absence de tonalité, et la variété des modes. La gamme n'a pas toujours été la même, les temps et les nations l'ont connue différente. La gamme antique elle-même n'est pas issue comme la nôtre de l'octave, mais de laquinte ; les mélodies se terminaient d'ordinaire non, comme chez les modernes, sur la tonique, mais sur la quinte. Dans la vieille gamme gaélique, telle qu'on la retrouve encore dans les airs populaires de l'Irlande et de i'Écosse, on constate bien la tonique et l'octave, la quarte et la quinte, mais la tierce et la sixte font défaut, et entre la quinte et l'octave se place une note que l'on ne retrouve pas dans nos deux gammes actuelles.
Aotre perception auditive ayant des lois absolues, le sentiment musical se
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réduit A des facultés de perception des harmoniques qui doivent être constantes aussi; et, en effet, l'oreille humaine impose à toutes les gammes, en tous pays et en tous temps, les consonnances pures qui sont, avant tout, la quinte et la quarte; quant à l'octave, nous avons déjà dit qu'elle peut être considérée comme une répétition de la tonique. Mais la tierce et la sixte sont restées longtemps inconnues. Les Grecs, qui ne -pratiquaient que la musique homophone, l'ont associée à l'art de la déclamation. C'est peut-être pour rendre plus accentuées les nuances de la diction dramatique qu'ils ont subdivisé leurs gammes en quarts de notes, dont notre oreille ne pourrait aujourd'luii supporter le caractère traînant; privés de l'élément harmonique qu'ils ne connaissaient point, ils décomposaient et morcelaient le dessin mélodique pour en tirer des effets plus vai-iés. Ils considéraient notre tierce moderne comme une dissonance ; elle n'a, du reste, été acceptée par les musiciens, en même temps que la sixte, (ju'au treizième siècle do notre ère ; la quarte a été acceptée plus tard encore.
Le sentiment de l'art musical a changé avec l'apparition des nouveaux instruments ; nous le concevons du reste, maintenant que nous avons la solution de la loi du tinil)re. La richesse d'harmoniques étant très-variable, suivant l'instrument de musique; la même note fondamentale présentant, en outre, avec la tonique, une association de sons accessoires très-différents de groupement pour un grand nombre d'entre eux, il s'ensuit que des intervalles qui forment des dissonances sur des instruments riches en harmoniques n'ont rien de blessant pour l'oreille sur des instruments pauvres en harmoniques. C'est que, dans le premier cas, un certain nombre de ces sons satellites qui n'existent pas dans le second cas, ou dont le groupement est différent, se trouvent être en conflit les uns avec les autres. On peut dire, en vérité, que la pureté des consonnances dépend de l'existence, dans les intervalles musicaux, d'un nombre plus ou moins considérable d'harmoniques dont la répétition a pour conséquence d'exciter à l'unisson et d'une manière ininterrompue les mêmes groupes de terminaisons nerveuses du nerf acoustique, tandis que la dissonance implique (nous l'avons expliqué plus haut) l'idée d'intermittences de l'excitation.
On conçoit, d'après ce que nous venons de dire, que si certains intervalles sont absolument imposés par l'oreille, le remphssage de ces intervalles a pu être changeant, suivant le temps qui transforme le goût et les conventions, et, surtout, suivant l'apparition d'instruments nouveaux ou d'instruments plus ou moins perfectionnés.
Tant que la musique était homophone, ne faisant entendre qu'une voix unique, elle n'était apte qu'à la création de la mélodie, qui, par ses allures libres, permettait la création de styles très-variables, et, par conséquent, un grand nombre de gammes. C'est une richesse toute d'apparence cependant. Lorsqu'au lieu de faire succéder les sons les uns aux autres, on sut les combiner et former des associations d'un effet plus puissant, et à mesure que naquit la musique polyphone, les lois devinrent plus précises et plus rigides; le style musical prit quelque chose d'immuable, et c'est ainsi qu'avec l'éclosion de la musique harmonique, notre musique moderne, les gammes furent réduites à deux ; c'est l;i gamme majeure et la gamme mineure {voy. Acoustique).
L'intervalle minimum de la musique moderne est le demi-ton (le ton est l'excès de la quinte sur la quarte) ; c'est l'intervalle de mi à fa, de si à ut sur le piauo. C'est là une simple convention instrumentale qui n'a rien d'absolu ; si les Grecs, comme nous l'avons dit, connaissaient les quarts de ton que l'on rencontre
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actuellement encore chez certains peuples asiatiques, les Celtes par contre ne pratiquaient que les tons entiers.
On a prétendu, dans les derniers temps, que les Grecs connaissaient la musique polyphone; il est vrai qu'ils admettaient la multiplicité des instruments; ils se servaient notamment d'un instrument qui s'accompagnait en quelque sorte lui-même, la double llùte, dans laquelle une branche donnait la réplique à l'autre. Nous trouvons aujourd'hui encore, chez divers peuples, l'accompagnement de la mélodie par une espèce de sourdine ou de murmure monotone, et il est probable qu'on l'a connu dans toutes les musiques primitives; mais ces naïfs accompagnements ne constituent certes pas ce que nous pouvons appeler la musique harmonique.
Dans la mélodie les sons se suivent les uns les autres et, qu'ils soient soutenus ou non par l'harmonie, ils ne donnent toujours que des impressions successives que la mémoire rassemble pour dégager de leur ensemble la sensation d'un tout continu d'un caractèredéterminé. La valeur des notes, lerhythmeetla mesure sont si bien les attributs nécessaires de la mélodie, qu'en les changeant, la même suite de sons prend des caractères absolument différents.
Si dans notre musique actuel, la musique civilisée, le rhythme et la mesure ne forment que la charpente de l'édifice, dans la musique des nations primitives, c'est exactement l'inverse que l'on constate : le rhythme paraît même à lui seul satisfaire les besoins de leur imagination musicale, et les quelques sons cadencés dont elles font leur mélodie se distingueront peu de la monotonie d'un son unique. Même chez les Orientaux, qui possèdent cependant une assez grande variété d'instruments pour composer ce qui ressemble à un orchestre, c'est l'unisson et la pauvreté tonique qui frap(>enl l'auditeur ; mais par contre c'est le rhythme qui est extrêmement accentué. Dans tous les airs de guerre et de danse des sauvages c'est aussi le rhythme qui s'exprime avec une énergie extrême, et les modulations des sons sont d'une pauvreté absolue.
Dans la musique polyphone, il en est tout autrement ; un nombre considérable de notes musicales viennent s'associer à la mélodie ; et celle-ci est au tumulte des sons se groupant autour d'elle ce qu'est la tonique à ses propos harmoniques. La gamme est née de la mélodie ; de l'harmonie est sorti l'accord.
Nous avons vu que dans les intervalles les plus anciennement connus, on retrouve les premières harmoniques de la tonique ; il eu a été de même pour la formation des premiers accords. Il est fort intéressant de constater que l'art musical, s'est développé d'après des lois très-rigoureuses, quoique d'une manière inconsciente ; c'est la science moderne qui les a mises en évidence d'une manière péremptoire. Dans toute combinaison de sons, nous rencontrons le même groupement fondamental, la tonique et ses satellites ; et c'est si vrai, que lorsque des accords consonnants, qui étaient les premiers 'connus, on en arrive aux accords dissonants, dont l'adoption, beaucoup plus tardive, a conduit à de si puissants effets, on y retrouve encore les harmoniques dissonantes de la tonique.
C'est à saint Ambroise (quatrième siècle) que l'on attribue les premiers efforts pour adapter au culte nouveau les accents de la musique religieuse ancienne, et même les chants populaires. Le genre chromatique fut rejeté comme traînant et « amollissant le cœur en inspirant d'amoureuses pensées » (propres paroles de saint Augustin au sujet de cette musique), et on adopta le genre diatonique dont la gravité répondait mieux à l'exigence de la musique sacrée. Celle-ci prit un caractère plus indépendant encore avec saint Grégoire par l'introduction du
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plain-cliant qui, procédant par degrés d'égale valeur el libre de tout lien tonique, n'ayant n\ n^iCsure ni rliytlime, semble comn)e planer au-dessus des lois matérielles, et répondre par le vague pour ainsi dire insaisissable de ses accents aux préceptes d'un culte qui ordonne le n)épris de la matière et l'aspiration vers le monde des esprits.
Le christianisme naissant donnait une impulsion nouvelle au développement de l'art musical : dédaigné ou rabaissé à un simple jeu de réjouissance et d'agrément par les Romains de la décadence, il fut réhabilité par les adeptes de la nouvelle foi. Les chrétiens se souvinrent des philosophes de l'ancienne Grèce et de leur culte de la musique, « ce modèle parfait d'élégance et de précision, dit Flatoii, qui n'a pas été accordé aux hommes par les Dieux immortels dans la vue seulcmeul de réjouir et de chatouiller agréablement leurs sens, mais encore pour calmer le trouble de leur àme et les mouvements tunniltueux qu'éprouve nécessairement un corps rempli d'imperfections. » Apollon dont la lyre endort la vigilance d'Argus, Orphée bonmettant toute la nature animée parle charme de sa voix, Amphyon qui élève les murailles de Thèbes, et Typaudre qui apaise tout un peuple révolté par le même moyen, toutes ces naïves conceptions de la mythologie ancienne trouvent leur corollaire dans la prétendue action mystique et mystérieuse de la musique, généralement admise dans les premiers siècles de notre ère. Ne peut-on pas ajouter même que ces croyances se retrouvent encore qiiel(|ue peu même à notre époque? C'est ainsi que des esprits un peu enlhou>iastes attribuent volontiers à la musique des vertus curatives. Si la nature de cet ouvrage pouvait comporter des récits anecdotiques, il nous serait aisé de citer de nombreux exemples de prétendus miracles opérés sur l'homme par la musique, miracles de l'ordre de tous ceux que les divers cultes s'empruntent et se transmettent avec fort peu de modification. Ces croyances prouvent de toute façon, s'il était encore besoin de le prouver, que l'influence de la musique sur l'homme a été de tout temps comprise et admise.
Nul doute cependant que les situations n'aient leur part d'action. Telle mélodie qui suscite des passions intenses à un moment déterminé ne sera d'aucim elfet à un autre moment; mais n'en est-il pas de même de la parole? Les phrases d'un prédicateur prononcées en chaire devant un public recueilli et préparé n'empruntent-elles pas une large part de puissance à lasituation? Il en est de même de la musique; un chant de guerre entendu en face de l'ennemi prend une expression qu'il ne pourrait point avoir lorsqu'il se trouve prononcé dans le calme du foyer. C'est que l'organisme est un terrain cbangeant et mobile, et que la même graine le trouve productif à l'excès, ou stérile jusqu'à Tinerlie, suivant les moments.
Celte part considérable fliite aux dispositions du moment, on peut cependant dire qu'en général c'est la musique sentimentale qui trouve le plus d'écho dans le cœur humain. Les accents mélancoliques n'ont au moins jamais rien de blessant; ce qui fait peut-être qu'on les retrouve dans presque tous les airs nationaux et parfois même dans les airs de danse. Ce sont ces accents qui devaient nécessairement le mieux s'approprier aux cultes religieux, comportant parfaitement aussi le rhylhme héroïque mais n'admettant que dans une mesure bien plus restreinte les accents gais.
L'harmonie a été créée par les efforts incessants du clergé, pour trouver à h musique une expression qui s'éloignât le plus possible de la musique des profanes. La mesuie et le rhythme populaires furent cependant respectés dans la musique
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religieuse, si l'on excepte léchant gré-orien qui a gardé son caractère d'indépendance jusqu'à nos jours.
C'est à Guy d'Arezzo que l'on attribue le mérite (fin du dixième siècle) d'avoir le premier traduit par des signes invariables le langage musical. Il se servait, à cet effet, de la première syllabe de l'iiynuie de saint Jean-Baptiste, en assignant à chacune d'elles une intonation différente et invariable. C'est ainsi que naquirent les six- premières notes de la gamme moderne. Dès lors le langage musical prit une forme précise; l'intonation de chaque note étant exactement déterminée, les musiciens, compositeurs, chanteurs iletous pays, purent se comprendre. C'est ainsi que le culte religieux, s^affranchissant des limites qui divisent les nations et leurs idiomes, est parvenu à préciser la l'orme d'un langage universel, comme pour lier dans une même expression les pieuses invocations de tous les membres de la même communauté.
Un moine flamand, Hucbalda, le premier, décrit un chant en deux parties qu'il appela l'organumon diaphonie. Dans ce chant la voix principale est accompagnée soit à la quinte, soit à la quarte ou à la douzième. 11 serait difficile d'affirmer que ce soient ces premiers essais qui aient définitivement constitué l'époque de transition de la musique mélodique à la musique harmonique ; mais il paraît incontestable que, lorsque les chœurs de la musique sacrée cessèrent d'être à l'unisson, on eut bientôt l'idée de substituer aux voix humaines des instruments qui, à mesure que se développait le sens musical, furent employés à former des accords. On ne se contenta plus, comme dans les fêtes et les solennités des Grecs et des Romains, de faire entendre des instruments, vibrant à l'unisson des paroles, comme pour eu relever l'éclat ; on introduisit des combinaisons plus savantes. Nous sommes plus loin encore du monotone murmure de la harpe et de la rotte qui accompagnait la mélodie libre des Bardes chez les Gaulois ; les cliants religieux du polythéisme adaptés à des paroles liturgiques du culte chrétien jirirent avec les siècles un tout autre caractère.
11 est à remarquer que cette époque coïncide avec l'apparition des ménestrels et des troubadours, dont l'influence fut si grande sur les mœurs et la civilisation du moyen âge. De nobles chevaliers exaltaient les exploits des preux et la beauté de leurs dames dans des vers qu'ils allaient chanter de château en château, accompagnés de leur ménestre! ou jongleur. C'tst aimi que naquirent les chansons de gestes des trouvères, dont la plus i'ameuse, la chanson de Roland, était devenue prodigieusement populaire.
La découverte récente de quelques manuscrits anciens a jeté une vive lumière sur l'origine du drame religieux qui se jouait au moyen âge dans l'intérieur même des églises et comme accompagnement des liturgies. Ce n'était d'abord qu'une récitation en latin des textes bibliques pir h's prêtres et les desservants, à l'occasion des grandes fêtes, telles que le Yendredi-Saint, Pâques et Noël ; mais bientôt furent ajoutés quelques fragraent-s en langue vulgaire qui, peu à peu, donnèrent naissance aux mystères joués sur les places publiques par des corporations d'acteurs ambulants.
C'est au quinzième siècle que le Flamand, Guillaume Dufay, créa le contrepoint. Ce n'est autre que l'application exagérée de règless mathématiques à la combinaison des sons. Dédaignant « la vile mélodie » dont l'invention était abandonnée au ménétrier, le contre-poinliste était une façon d'ouvrier qui forgeait des accompagnements sur des thèmes donnés.
Dans la diaphonie, les deux voix étaient enrnrpf.nnsiainmpiit parali^lpc roq.nava..
nos notions actuelles de la musique nous paraîtrait complètement insupportable, mais elles n'étaient plus à l'unisson. Le discantiis venu après la diaphonie se dislingue de celle-ci par l'adoption d'intervalles différents, la quarte, la quinte et l'octave.
A mesure que se développait le sens harmonique, on prit goût à la répétition de la même phrase musicale à des hauteurs différentes par des voix d'hommes, de femmes et d'enfants ; c'était la naissance du Canon, qui se prête înerveilleusement à la musique sacrée par l'association des chœurs. De ce style sacré est sortie la fugue dans laquelle la phrase, toujours très-courte, se répète également à des hauteurs diverses avec de légères modifications toutefois ; mais ni dans le style fugué, ni dans les styles précédents, nous ne trouvons encore le vrai accompagnement de la musique harmonique proprement dite. Toutes les notes ont encore une égale valeur, et quelque progrès qu'il y ait déjà sur la musique homophone primitive, l'harmonie n'en était encore qu'à ses premiers linéaments.
Nous ne pouvons ici qu'ébaucher à grands traits de plume l'histoire du développement de la musique ; mais nous ne saurions quitter le moyen âge sans signaler l'influence sur la musique, du grand mouvement religieux de cette époque, les croisades. Les croisés partaient en entonnant des psaumes et des litanies dont les accents furent colportés ainsi d'Occident vers l'Orient; mais arrivées au terme de leur pèlerinage, les caravanes de l'Europe connurent à leur tour les chants frivoles des peuples orientaux, et au retour, les entremêlèrent étrangement avec les Requiem et les de Profundis. Ou sait que dans ces grandes migrations, au mysticisme fanatique s'associa dans une large mesure l'esprit d'aventure et de débauche ; et c'est en effet à l'époque des croisades qu'on trouve, mêlés aux accents de la prière, des chants tout à fait indécents : des messes, des sanctus, des incarnatus est, écrits sur des parole.'; obscènes, sont chantés par des hordes de fanatiques qui répandirent partout, avec la terreur et le massacre, plus d'immoralité que d'esprit de religion. L'indécence était même telle, que le pape Marcel se pi'oposa de supprimer la musique dans l'église, et ce projet commençait à trouver son exécution, lorsque ce pape mourut ; mais, à leur tour, les conciles s'émurent de la décadence de la musique sacrée, et le concile de Trente institua une commission chargée d'expulser du culte la musique profane et frivole. Un grand novateur en musique, Palestrina, déjà très en faveur auprès du pape Marcel, à la mémoire duquel il a composé plus tard une messe restée célèbre jusqu'à nos jours, reçut du successeur de son protecteur la mission de ramener la musique de l'église aux accents purs et sacrés. Par un mélange de l'ancienne tonalité du plain-chant avec la tonalité moderne, Palestrina imprima à ses messes un grand caractère d'austérité et d'élévation. Si la marque distinctive de sa composition est incontestablement la noblesse et la beauté des mélodies, la forme harmonique eu est cependant encore pauvre : des séries d'accords ne sont liées par aucune des règles de la modulation, et les chœurs sont formés par une simple chanie non interrompue d'accords consounants.
C'est avec Luther, qui écrivait lui-même des chorals, que la musique sacrée adopta l'association harmonique des voix. On s'appliqua avec le nouveau culte à modifier les moyens d'expression de la rehgion ; un nouveau principe d'union fut trouvé, c'était la tonique. La gamme qui prévalut dès lors fut définitivement celle qui contient les premières harmoniques de la tonique, et qui n'est, par conséquent, qu'une évolution naturelle du son fondamental ; l'accord parfait
MUSITANO. l^jl
majeur termina tous les morceaux, même ceux qui Inreut écrits eu mineur, l'accord parlait mineur renfermant une tierce qui n'est pas au nombre des liarmoniques de la tonique. Cette règle, en concordance d'ailleurs avec tout ce que nous avons dit jusqu'ici, d'une part sur la composition des sons, et de l'autre :^ur la physiologie de leur perception ; cette règle, disons-nous, est si universellement respectée, que nous la retrouvons encore très-fréquemment dans la musique sacrée moderne. Les Haendel, les Badi, les Mozart, ne terminent guère par l'accord mineur que des préludes, des morceaux légers ; mais les fugues, les chorals, les morceaux importants, même s'ils sont écrits en mineur, ont pour base et pour finale l'accord majeur, qui seul donne au sentiment musical la notion du repos et du calme. C'est Jacob Péri au coumiencemeat du dix-septièuie siècle qui inventa le récitatif. La connaissance de l'accompagnement de la mélodie par des accords, et la formation des soli et des chœurs, ont donné naissance à l'opéra, qui date de la même époque. Mais c'est seulement avec Rameau que furent posées et mises en œuvre les vraies lois hai'moniques de la njusique moderne. Ce grand réformateur fonda toute la théorie des accords et de l'accompagnement sur la résonnance multiple et harmonique, lîestées longtemps incomprises, les réformes de Rameau, qui était théoricien aussi sagacequc compositeur de génie, ont été mises en lumière par les analyses modernes. Kous les avons exposées plus haut. Rameau ouvre la grande époque de l'art musical, qui se continue avec les Gluck, les Grétry, les lladyn, les Mozart, les Beethoven, les Weber, et nous conduit à l'époque moderne. La nature de cet ouvrage ne comportant pas des développements qui appartiennent à l'esthétique, force nous est de nous arrêter eu ce point. Maurice Krishabek.
Pour la Bibliographie voy. Acoustique.
MUSITAXO (Carlo). Était né à Castro-Villari, dans le royaume de Naples, le 5 janvier 1635. Après des études littéraires qui dénotaient une rare précocité, il entra dans les ordres et reçut la prêtrise en 1659. É'aut allé à Naples, il se livra avec ardeur à l'étude de la médecine, sous les maîtres les plus estimés de cette époque, prit ses degrés et se jeta dans la pratique, où il obtint les plus brillants succès. Musitano, sans renoncer à son caractère ecclésiastique, traitait les femmes et pour les maladies de leur sexe, tout aussi bien que les hommes; il s'était surtout appliqué à la spécialité des affections vénériennes et s'y était fait une grande réputation. De là, comme le dit son biographe, fureur des dévots qui invoquèrent les arrêtés des conciles, contre l'exercice de la médecine par les prêtres; mais le pape Clément IX, dont on connaît l'esprit libéral, fit taire la coterie par une lettre dans laquelle il autorisait Musitano à pratiquer comme par le passé. Celui-ci continua donc à mériter la confiance des malades, eu même temps que, par son désintéressement et sa générosité envers les pauvres, il s'était acquis l'estime des gens de bien. Il mourut âgé de soixante-dix-neuf ans, en 1714.
Musitano avait reçu de son maître, Toramaso Cornelio, les principes de la doctrine chémiatrique, et il le montre suffisamment dans ses écrits généralement longs et diffus, et d'une lecture fatigante ; dans son traité sur la maladie vénérienne, il combat l'origine américaine de la maladie; il la croit connue de touto antiquité; sur plus de deux mille sujets qu'il a observés, il n'en a pas trouvé uu seul présentant des symptômes qui n'eussent été décrits par Celse, Galien ou Avicenne. Quant au traitement, il rejette absolument la saignée et accorde une grande confiance au gayac, et croit à l'utilité du mercure administré à l'intérieur.
152 MUSSŒNDA.
mais sans aller jusqu'à la salivation. Il Uaitait, dès le début, les blennorrliagies avec des injections mercurielles (2 gros de calomel dans 8 onces d'eau de plantain). Oa lui doit une bonne description de la cachexie syphilitique sous le nom de ]ihthisie vénérienne.
Voici la liste des écrits de Musitano :
1. Trulinn meclica antigiiarum et rccenlioriim ilisquisitionum gravioribus de morbis liabilaritm (contenant : Pyretulogin, Pijrotec/inia, celeberrinwrum virorum apologiœ. etc. . Venet., 1688, in-4°, et Colon. AUobr., 1701, in-4°. — II. De lue venerea Lib. IV. ^eapoli. lt-89, in-8\ Trad. en ital. par G. Mlsita.no sou neveu; Napoli, 1697, in-8°. Trad. française par i. Levacx (avec notes et biographie). Trévoux, 1711, in-12, 2 vol. — III. Mantlisa ad thesaiirinn et armamentarium medico-chymicum Adriani Mijnsicht. Neapoli, 1697, in-S". — IV. Chirurgia tlieorctico-praclica, scu Trutina chirurgico-pinjsica. ColonicC, 1098, in-4°. Colon. Allobr., 1718, in-8°. — Y. Opéra medko-clnjmico-prmilcaseu Trutina mcdico-cbymica in très partes, divisa. Ibid., 1718, in-4°. — VI. De morbis mulierum tractatus.ïhï(].,\'Q9 , in-4°. — Vil. Opei-a omnia, seu Trutina medica, chirurgica, pharmareutico-chymica, etc. Ibid,, 1716. in-lol.. 2 vol. E. Bgd.
9IUSHUO&EES (Les). Voy. Ajiérique.
l»IUS.siT.\Tio\ (de Mnssilare, murmurer). C'est un mouvement de lèvres, analogue à celui d'un homme qui pai le à voix basse, et qu'on observe quelquefois chez les malades atttiiits de fièvre grave, compliquée de s\mptômes cérébrau.v.
rausSŒiVDA L. Genre de plantes Dicotylédones, appartenant à la famille des Rubiacées. Il présente comme caractères : un calice à tube oblong-turbiné, terminé par un limbe quinque-partite ; une corolle infundibuliforjiie, à limbe aussi qidnque-partite, à gorge velue; cinq étamines, à anthères sessiles sur la corolle ; un fruit ovoïde, charnu, d'abord surmonté par le limbe du calice, puis complètement dénudé, indéhiscent, biloculaire, contenant sur des placentas bifides de nombreuses graines, petites, lenticulaires.
Les Mussœnda sont des arbrisseaux ou des arbustes, à feuilles opposées, pétiolée?, ovales, portant deux stipules libres ou soudées à leur base. Les fleurs forment des inflorescences corymbiformes terminales. Ils habitent les pays chauds : l'Afrique, l'île Maurice, les Indes Orientales.
Parmi les espèces intéressant la médecine, nous n'avons à citer que :
1° Le Mussœnda Landia Lam., appartenant au groupe des Mussœnda dont les lobes du calice sont tous égaux entre eux. C'est mi arbre de l'île Maurice, à larges feuilles ovales, glabres, luisantes des deux côtés, ciliées sur les bords, à grandes fleurs terminales. Cette plante porte, dans son pays d'origine, le nom de Quinquina indigène. Sou écorce est [irobablement celle qu'on trouve dans les anciens droguiers, sous le nom de Quinquina de Vile Bourbon; elle est, d'après Guibourt, '( en morceaux bien roulés, recouverts d'un -épidémie giis noirâtre, un peu cendré par places, rugueux et fissuré à la manière des quinquinas gris. Le liber est mince, gorgé de suc à l'extérieur, dur, compacte, d'un rouge brun foncé ; il présente une saveur astringente, non amère, aromati(|ue. »
2° Le Mussœnda luteola Delile [Mussœnda œgyptiaca Lam. ; Ophiorhiza lanceolata Forsk.), qui appartient à la section des Mussœnda, dont un des lobes du calice prend un développement considérable, et s'étend en une pièce bractéiforme, pétiolée, A'eiueuse, réticulée. Ses tiges sont droites, velues, d'un pied de hauteur; ses feuilles subsessiles, lancéolées, tomenteuses en dessous. La plante
croît dans les montagnes d'Arabie et dans la Nubie. On emploie les racines pilées contre la morsure des serpents.
LiNxÉ. Gcncra, 241. — Lamaeck. Dictionnaire Encyclopédie , lY, 591.— Illustrations des genres pi. 157. — Exdlicueb. Gênera Plantarum, n" 570. — GiiBcunT. Drogues simples, i' édit., IV, 178. l'L.
ML'TAGE. C'est l'opération par laquelle on arrête la fermentation du vin. Les procédés emplo;)és pour cette opération intéressent l'hygiène {Voy. Viin).
ML"TiL4TiO\s ETDXIQI'E»». Le titre de cet article dit assez l'idée qui doit présider à sa rédaction. Envisagées dans leur cadre le plus large, les mutilations ethniques (de s'Ovo:, peuple, nation) pourraient comprendie toutes les modifications que Ihomme, sous l'influence de la mode, de l'habitude, de l'exemple, d'idées religieuses, ou d'un sentiment défiguré du beau, a apportées à sa proj)re nature. 11 faudrait, par conséquent, y admettre tout ce qui peut changer ou altérer les formes normales de l'humanité; on y parlerait des nombreux fai'ds et cosmétiques qui donnent à la peau un aspect qu'elle n'a pas, et qui peuvent altérer gravement ses fonctions ; des corsets ou corps haleines, qui agissent conlruirement à la nature en amincissant la partie la plus évasée de la poitrine, en mettant en haut la base d'un côue qui est en bas ; de Yépilation, partielle ou complète, si fréquente chez un grand nombre de peuples de l'Amérique, des Indes Orientales, etc.; des couleurs artificielles données aux cheveux, que l'on rougit ici (anciens Gaulois, Biod. de Sicile, Y et XX) ; que l'on rend blonds (Germains, Pline); jaunes (Juives, Flavius-Josèphe); blancs (îles Mariannes); de la coutume de peindre les paupières, les sourcils ; de celle d'arracher ces uliles protecteurs comme cela se pratiquait ou se pratique encore par les nègres de Sierra-Leone (voyage de Finch), par les femmes de l'île Nicobar (Dampierre), celles de plusieurs pays de l'Asie (voy.ige de Belon), les Brésiliennes (voyage de Léris), les anciennes Moscovites, quelques Japonaises, etc. L'on n'oublierait pas non plus l'emploi des perruques, majestueuses, mais incommodes, du dix-septième siècle; les poudres dont on ch;irgeait ces mêmes perruques, de sorte qu'un avocat en déclamant répandait des flots de poudre; les souliers en pointe comme un bec de poule (souliers à la poulaine), et si peu appropriés à la forme naturelle du pied ; les masques destinés, pensait-on, à préserver la délicatesse de la peau des atteintes de l'air; les éclisses de bois pour [iresser la taille et lui donner plus de finesse; les L'eriî((/ac/ms, encore plus monstrueux que les crmo/mes, machine composée de plusieurs cercles de tonneaux attachés en dedans des jupes ; les étonnantes coiffures des femmes du temps de Louis XIV et de Louis XVI, véritable édifice conq^ariible à la mâture d'un vaisseau :
Une palissade de fer Soutienl la superbe structure Des liauts rayons d'une coill'ure:
Tel, en temps de calme sur mer, Un vaisseau porte sa mâture.
Il n'est pas, en un mot, d'extravagances, la plupart nuisibles à la santé et à l'harmonie du corps, qui n'aient été mises en pratique. « Qui n'a ouy parler à Paris, écrit notre Montaigne (liv. I, chap. xl), de celle qui se fit écorcher pour seulement en acquérir le teint plus frais d'une nouvelle peau? Il y en a qui se sont lait arracher des dents vives et saines pour en former la voix plus molle et
15/1. MLTILAÏIONS ETHNIQUES.
plus grasse, ou pour les ranger en meilleur ordre. Combien d'exemples de mépris de la douleur avons-nous en ce genre ? Que ne peuvent-elles? Que craignent-elles pour peu y qu'il ait d'agencement à espérer en leur beauté?
Vellere quels est nlbos a stirpe capillos, Et faciem dcmpta pelle referre novam.
« J'en ay veu engloutir du sable, de la cendre, et se travailler à point nommé de ruiner leur estomac pour acquérir les pasies couleurs. Pour faire un cor[isbien espagnole, qu'elle gélienne ne soufl'rent-elles, guindées et sanglées, avec de grosses coclies sur les cosiés, jusques à la cbair vive? Oui, quelquefois à en moiiiir. H est ordinaire à beaucoup de nations de nostre temps de se blesser à escient pour donner foy à leur parole, et nostre Roy en cite de notables exemples, de ce qu'il en a veu en Poloigne, et en l'endroit de luy-mème. 3Iais outre ce que je sais en avoir esté imité en France par aucuns quand je veins de ces fameux Estats de Blois, j'avois veu par auparavant une fdle en Picardie, [)0ur tesnioigner l'ardeur de ses promesses, et aussi sa constfmce, se donner du poinçon, qu'elle portoit en son poil, quatre ou cinq bons coups dans le bras, qui lui faisoient craqueter, et la saignoient bien en bon escient. Les Turcs se font de gr.nides escarres pour leurs dames, et afin que' la marque y demeure, ils portent soudain du feu sur la playe et l'y tiennent un temps incroyable pour arrester le sang et former la
cicatrice Ne voit-on encore tous les jours au Vendredi-Saint, en divers lieux,
un grand nombre d'hommes et femmes se battre jusques à se déchirer la chair et percer jusques aux os? Gela ay-je veu souvent et sans enchantement. »
Ce sont précisément ces mutilations sanglantes, avec plaies, dont il sera padé dans cet article, en négligeant celles qui ont été ou qui seront passées en revue dans ce Dictionnaire. Au mot Crâne on trouvera l'histoire des déformations factices du crâne, coutume si en vogue dans beaucoup de pays, eu Amérique, en Océanie, en Algérie, et que Foville {Ann. psych., 1832) a signalées jusqu'à Toulouse, dans la Charente, en Vendée, dans les Deux-Sèvres. On étudiera aussi avec soin Veunuchisme, Yovariotomie esthétique {voy. ces mots); 1 ^irticle CircoNcisio.N ne laisse presque rien à désirer tant sous le rapport chirurgical que sous le rapport historique ; il serait téméraire de vouloir dire sur la déformation factice des pieds chinois autre chose que ce qu'a écrit ici même {voy. Chine, p. 191) M. G. Morache, qui a occupé Pékin pendant plusieurs années, qui a pu étudier à fond celte étonnante mutilation ethnique, et se convaincre que la cause de ce détestable usage réside dans une idée de lubricité que les habitants du Céleste-Empire attachent au petit pied. Nous réservons ici d'autres mutilations qui ne pourraient trouver place ailleurs. Qu'on ne nous demande pas d'être un peu complet : la matière est presque inépuisable; les relations des voyageurs sont remplies de ces coutumes qui étonnent, qui épouvantent, quoique, à vrai dire, « chacun appelle barbare ce qui n'est pas de son visage. Comme de vray, nous n'avons autre mire de la vérité et de la raison que l'eNemple et idée des opinions et usances du pays où nous sommes, là est toujours la parfaicte civilisation, la parfaicte police, parfaict et accompli usage
de toutes choses L'assuéfaction endort la veue de nostre jugement. Les
barbares ne nous sont de rien plus merveilleux que nous sommes d'eux.... La raison humaine est une teinture infuse environ de pareil poids de toutes nos opinions et nos mœurs, de quelque forme qu'elles soient, infinie en matière, infinie en diversité » (Montaigne).
MUTILATIONS ETIIMQUES. 1^5
En abordant ponr la première fois au Nouveau-Monde, on y a retrouvé des cou' tûmes barbares, atroces et singulières, qui avaient été, de temps immémorial, eu vogue chez les habitants de l'ancien Continent, et dont quelques-unes ont été extirpées par les efforts de la philosophie, et dont d'autres ont triomphé de la raison. La découverte d'usages semblables, dans des climats différents, entre des nations qui ne se connaissaient pas, prouve que l'homme est conune prédestiné à commettre les mêmes erreurs dans quelque région du globe qu'il iiabite, et que la superstition, les préjugés, l'ignorance, sont partout du domaine de l'humanité, et qu'il y a des erreurs et des absurdités qui, malgré la ressemblance la plus marquée, n'ont pas été copiées les unes sur les autres, parce (|ue la suporslilion, l'erreur, l'amour-propre, 1 oubli du vrai, l'ignorance de ses devoirs, toutes les passions, tous les vices ont dû produire uécessaii'ement les mêmes elfets et, par conséquent, les mêmes désordres dans des sociétés qui n'ont jamais eu la moindre communication entre elles. C'est ainsi, pour ne citer que l'exemple le plus épouvantable, que la coutume insensée d'ensevelir les personnes vivantes avec des mortes, après avoir été pratiquée dans l'ancienne Europe, après avoir été à peine abolie dans les Gaules du temps de César (De bello (jall., lib. IV), s'est retrouvée chez un grand nombre de peuples de l'Asie, de l'Airique et de l'Amérique.
Au reste, on sait avec quelle précaution, avec quelle défiance se doit lire ce que des voyageurs, ivres de merveilleux, et par là incapables de bien voir, ont rapporté des mœurs des peuples ou mal policés, ou entièrement sauvages ; on a souvent pris les égarements de quelques individus pour des usages constants et constammentreçus ; cela a été toujours le privilège, et peut-être aussi la récompense de ceux qui ont découvert des terres nouvelles et lointaines, d'en conter des prodiges qui ne devraient pas survivre à leurs auteurs, s'il n'était dans l'instinct du vulgaire de se passionner longtemps pour les absurdités venues de loin, et attestées par des aveugles ou par des fourbes. En fait de relations de voyageurs, surtout parmi les anciennes, il faut toujours se rappeler cet Anglais qui, débarquant dans un port français et qui, remarquant que la première femme qu'il \it avait les cheveux rouges, écrivit à Londres : « Toutes les Françaises sont rouges, x
A juger du goût ou de la fureur d'un grand nombre de peuples pour se contrefaire et se défigurer, on croirait qu'ils ont été tous mécontents des proportions de leurs corps et de leurs membres. Il n'y avait pas autrefois, en Amérique, un seul peuple qui n'eût la coutume de changer par artifice ou la forme des lèvres, ou la conque de l'oreille, ou le contour de la tête, et de lui faire prendre une figure extraordinaire et contre nature. On a vu des sauvages à tète pyramidale ou conique, dont le sommet se terminait en pointe, d'autres à tète aplatie ou absolument sphérique (têtes de boule), cubique ou carrée, c'est-à-dire aplatie sur la face, sur le front, sur l'occiput et sur les tempes (De Paw, Recherches sur les Américains, t. 1, p. 1d2).
C'est l'homme, le roi, dit-on, de la création {Homo sapiens /), qu'on surprend s'écrasant le nez, s'atrophiant les pieds, s'étranglant le corps au défaut des côtes, s'aplatissant la tète, se perçant les oreilles, les joues, les lèvres, la cloison du nez, diminuant la longueur de son cou, allongeant démesurément la longueur du lobe de l'oreille, se coupant des phalanges, s'enievant un testicule, s'arrachaut des dents ou les eifilant, s'abattant les paupières, se déracinant les cils et les sourcils, s'épluchant la barbe, se déchiquetant la peau, se diaprant de ciselures figurées, s'incrustant des cailloux dans la peau du visage, se fichant de longues aiguilles ou de belles plumes dans les f^'^^fii^ gp bi-Alanf se mangeant les uns les
156 MUTILATIONS ETILMoLES.
autres, et écrivant des traités de morale sur la bienveillance et la charité!.... Il n'est pas, du reste, toujours aisé de dévoiler le mobile qui pousse certains peuples à se soumettre volontairement à des mutilations souvent atroces. Il est cerlain que l'idée religieuse, la superstition, inépuisables dans leurs extravagances, portant les hommes à des cruautés pour acheter la clémence du ciel, à détruire piiur adorer Celui qui a créé, et à ne voir que des dieux en colère, avides de sang, y ont souvent une grande part, une part unique peut-être; il n'est pas moins vrai, encore, que chez les races guerrières, certaines déformations monstrueuses <|u'ils donnent à leur tête, à la face, aux yeux, aux joues, aux lèvres et aux oreilles, sont le résultat du désir d'épouvanter leurs ennemis, et que parfois un sentiment plus noble, mais non moins barbare, les porte à honorer la mémoire de leurs morts pir des sacrifices sanglants. Mais, dans bien des cas, il n'est pas possible d'y découvrir autre chose que le sentiment du beau. Un grand nombre de sauvages se tatouent bizarrement, se fendent les lèvres, les oreilles, sedépileut absolument tout le corps dans la seule pensée qu'ils sont beaux comme cela, et qu'ils seraient laids s ils se conservaient uniquement avec les attributs que la nature leur a donnés. Tant il est vrai que l'idéa du beau varie suivant l'éducation, l'habilnde, la constitution," le moral, et que le prototype de la beauté n'existe pas. « iNous enlantasions les formes à nostre appétit. » Platon, Marcile Ficin, Aristote, Galien, les I.eibniziens, Mendelssohn, ^Volf, Baumgarten, Condillac, etc., ont inutilement cherché à délinir la beauté, le sentiment qu'on a de celle-ci n'étant que le résultat de certains jugements, une association de sensations rapides, plus ou moins agréables, rendues familières par l'habitude, à tel point que des figures difformes que l'accoutumance fait trouver belles paraissent laides lorsqu'elles sont surannées. Chaque peuple, chaque siècle, se forment, en des pays diiïéients, des opinions diverses sur la beauté. Les Grecs et les Romains aimaient dans leurs femmes de petits fronts et des sourcils qui se joignent ; les Espagnols préfèrent un grand Iront ouvert et des sourcils très-écartés ; les Mexicains et d'autres peuples recherchent des têtes aplaties, et d'autres races, des têtes en pain de sucre, comme les macrocéphales cités par Hippocrâte. La philosophie, le bon sens, la raison, auront beau dire que, plus une créature est formée et développée dans toute sa naïveté naturelle, plus elle est belle et digne de notre admiration, et que
Rien n'est beau que le vrai, le vrai seul est aimable,
l'homme obéira toujours aux préjugés, à la mode, et il se défigurera. Un secret amour-propre nous séduit, il semble que nos coutumes doivent servir de modèle à toutes les autres ; mais qui ne sait que les pays les plus policés de l'Europe ont des usages qui nous surprendraient si nous les trouvions en Amérique ou parmi les nègres.'* Après tout, les mutilations que se pratiquent les peuples les plus baibares se retrouvent presque toutes, en miniature pour ainsi dire, chez les nations les plus civilisées : le tatouage, extravagant dans ses expressions chez la plupart des sauvages, se retrouve chez nous, limité à des parties que cachent ordinairement les vêtements ; nos femmes, beaucoup de nos villageois se font percer les oreilles pour y suspendre des anneaux; à Paris, on se peint les lèvres, les joues, les sourcils, les paupières, on se maquille, exactement comme certaines hordes errantes de l'Amérique ou de l'Afrique; la coutume de ladépilation se rencontre aussi bien en Europe qu'en Patagonie ; la déformation factice du crâne, en grande faveur sur plusieurs points du globe, a été signalée, comme nous l'avons déjà dit, dans plusieurs départements de notre France où l'usage
des béguins arrive, d'une manière inconsciente, an même résultat. A Paris même, il n'est pas de praticiens qui n'aient été priés plus d'une fois, par la nouvelle accouchée, par les parents, par les assistants, de comprimer, de malaxer, de refaire la tète du nouveau-né.
Montaigne l'a dit :
« Fj'homme est un subject merveilleusement vain, divers et ondoyant, il est
malaisé d'y fonder jugement constant et uniforme C'est, à la vérité, une \io-
lente et traistresse maistresse d'école que la coustume. Elle établit en nous, peu à peu, à la dérobée, le pied de son authorité ; mais par ce doux et humble commencement, l'ayant rassis et planté avec l'ayde du temps, elle nous descouvre bientost un furieux et tyrannique visage contre lequel nous n'avons plus la liberté de hausser seulement les yeux. Nous luy voyons forcer tous les coups les règles de la nature. »
De Paw {Recherches sur les Américains, t. I, p. 206) a donné sur l'origine de certaines mutilations, et particulièrement sur le tatouage, une explication que nous reproduisons ici pour ce qu'elle vaut : « Il est vrai, dit-il, que cette opération (tatouage) si commune parmi des sauvages placés à des distances immenses les uns des autres, et sans qu'on puisse soupçonner qu'il y ait jamais existé aucune communication entre eux, a pu tirer son origine de la nécessité oîi se sont vues les tribus errantes de se connaître elles-mêmes et de prévenir le mélange et la confusion avec d'autres tribus également vagabondes et dispersées ; chacun s'est donc inscrit, en se traçant sur le front, sur la poitrine, sur les bras, la marque permanente et distinctive de sa nation. 11 est certain, au moins, que les nègres à front cicatrisé ne se font ces taillades dans le visage que pour être reconnus de leurs chefs et leurs compatriotes. «
A. Sillons profonds pratiqués sur la peau. Le Tatocage, considéré sous le rapport esthétique et médico-légal, aura son article à part dans ce dictionnaire. Nous ne voulons mentionner ici que de véritables lacérations du tégument externe.
Les Zélandais se font sur le corps des sillons d'au moins deux millimètres de profondeur, et d'une largeur égale, et qui ressemblent aux incisions qu'on voit sur un jeune arbre; les bords de ces sillons sont dentelés, et presque tout le visage des vieillards en est couvert. Banks et Solander n'ont pu savoir quelle méthode ils employent, mais elle doit être extrêmement douloureuse. Le fait est encore attesté par Servant, qui, explorant la Nouvelle-Zélande vers l'année 1844, constata que pour exprimer leur attachement au mort, ses parents, ses amis et ses esclaves se déchiraient le corps d'une manière horrible, se traçant en lignes courbes des sillons sanglants sur le front, sur le visage, sur la poitrine, les épaules et sur les bras (Hevue d'Orient, t. V, p. 258).
Les femmes de la Côte-d'Or et du Decan, dit Tavernier, se font deux ou trois incisions sur le front, les yeux, les oreilles, la gorge, les bras, et les enluminent de diverses couleurs ; les hommes gravent avec un fer chaud sur leurs bras et sur leurs jambes des figures relevées par un veiuis qui leur donne du rehef. Plusieurs peuples de la Guyane se brûlent aussi le visage et les autres parties du corps. Dans la pagode principale du royaume de Carnate, il y a toujours un fer rouge qui représente les trois premières divinités du pays; en payant les prêtres, on se fait ajtpliquer ce fer chaud sur l'épaule, et alors on est très-fier.
Le raffinement des Groenlandaises est trop singulier pour ne pas le rappeler : elles portent sur le visage une broderie faite avec un fil noirci; on leur passe ce
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fil sous la peau du nieuton, des joues ; quand il est retiré il laisse une marque uoire qui ressemble à de la barbe. Les mères font cette pénible opération à leurs filles dès l'âge le plus tendre afin qu'elles ne manquent pas de maris (Crantzj.
Les Mandurucus, qui vivent sur les bords de la rivière des Amazones, se tracent une ligne partant de l'oreille et passant sous le nez pour aller rejoindre l'autre. Ce n'est pas du tatouage, mais une entaille très-profonde (Biard).
Outre leur tatouage ordinaire, les nègres de l'Algérie ont ordinairement des incisions dans les joues, faites avec un fer rougi au feu? (Bertherand) . Cet usage remonte à la plus haute antiquité, puisque, d'après Hérodote (Liv. IV, ch. 187), les Lybiens nomades brûlaient à leurs enfants, parvenus à l'âge de quatre ans, les veines du haut de la tète, et celles des tempes [JElien, de jurisp. veterum Grœcorum) .
A Dougoulah (Nubie), écrivent MM. E. de Cadalvene et J. de Breuvery [Revut cV Orient, 1844', t. III, p. 224), on pratique comme ornement tous les jours, sur les joues, la poitrine et les épaules des deux sexes, des scarifications régulières dont la trace est ineffliçable. Cet usage est généralement adopté dans la Nubie; il n'est pas rare d'y rencontrer des négresses esclaves qui ont les épaules ornées de plusieurs rangs de bourrelets de chair, dont les plus anciens sont gros comme le petit doigt.
Livingstone [Afrique Australe, p. 155), en parlant delà circoncision à laquelle on soumet les jeunes gens des Bechuanas et de tous les Cafres qui vivent au midi du Zambèse, et qu'on désigne sous le nom de boguéra, donne des détails curieux sur la danse (le Sécliou) qui suit l'opération : des hommes armés de longues baguettes de moretloa [grewia flava) fondent sur les circoncis assemblés pour cela, et leur lacèrent la peau du dos; un seul coup suffit pour faire jaillir le sang d'une blessure qui pourra avoir cinquante centimètres de longueur ; à la fin de la danse, les jeunes gens sont couverts d'entailles profondes dont les traces ne s'effacent jamais. Les jeunes filles mêmes portent aussi des cicatrices, produites cette fois par des brûlures qu'on leur a faites pour les accoutumer à supporter la douleur. Nul doute que là est l'idée qui préside au Séchou, chez ces peuples guerriers pour lesquels le mépris de la souffrance représente la plus haute vertu.
B. Mutilation des oreilles. Lorsque l'homme s'avisa de se faire des blessures pour se parer, il commença probablement par l'oreille qui semble détachée du corps et qu'il est facile de percer ; et l'on voit, en effet, que presque tous les sauvages se trouent les leurs. Un grand nombre d'Américains aimaient les longues oreilles, les Péruviens se les faisaient descendre jusqu'aux épaules; et comme les Castillans ne surent d'abord comment les nommer, ils les appelèrent los orejones (les oreillons) ; et ce goût se trouve à Siam et dans plusieurs pays de l'Asie ; pour les allonger ils passaient dans le lobule de petits rouleaux qui les approchaient insensiblement de l'épaule, et peu à peu ils en insinuaieut de plus gros; ils y suspendaient des pierres, des métaux, des morceaux de bois, etc.; les Zélandais y portent des étoffes, des plumes, des oiseaux, des clous, des cordons auxquels sont attachés des paquets, des ciseaux, des aiguilles, du talc vert, des ongles et des dents de mort, des dents de chien. Plusieurs négresses y mettent un anneau d'or dont le diamètre est au moins de douze centimètres. Chez les Mogols, la longueur ordinaire des pendants d'oreilles est d'un pied. Au Malabar, ils pèsent jusqu'à 150 grammes, et l'ouverture des oreilles est si grande que le poing y entrerait facilement.
Lorsqu'en 1765 le capitaine Byron visita l'île des Larrons, à l'ouest de r.\mé-
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rique méridionale, il constata que tous les habitants avaient les oreilles percées, mais sans aucun ornement ; il jugea cependant qu'ils en portaient quelquefois de très-pesants, puisqu'ils avaient les oreilles descendant jusque sur leurs épaules , plusieurs les avaient même entièrement découpées.
Les mutilations auriculaires en usage chez les hahitants de la Nouvelle-Calédonie sont affreuses. Penard {Gaz. mécl. de Paris, 1856, p. 171) en a donné la description : « Rarement, dit-il, les oreilles sont portées entières telles que la nature les a faites . Loin de là, elles sont ordinairement tellement travaillées par goût ou par nécessité, qu'elles ne ressemblent presque plus à des oreilles humaines. Les hommes se font percer le obule de grandes boutonnières dans lesquelles ils engagent ensuite des morceaux lle.xibles de bois ou d'écaillés de tortue, qui, courbés en cercle avant d'être introduits dans le trou, réagissent, une fois abandonnés à eux-mêmes, à la façon d'un ressort, et finissent par donner à la boutonnière jusqu'à huit centimètres d'ouverture dans tous les sens. Quant au x femmes, elles se font fendre aussi les lobules auriculaires; seulement, ce n'est pas pour les percer de simples boutonnières, mais bien pour les transformer en lanières plus ou moins inégales, qui sont soumises postérieurement à des tractions répétées, et finissent à la longue par arriver jusqu'à la base du cou. »
La manie des hochets n"a pas de limites. Livingslone, en vivant au milieu des Cafres du midi du Zambèse, a \u des chefs affublés d'un très-grand nombre d'anneaux de cuivre aux chevilles, et d'une telle dimension qu'il leur est très-diflicile de marcher, et qu'ils ne peuvent le faire qu'en écartant les jambes. L'illustre voyageur ne put s'empêcher de rire en apercevant un jeune Caire de basse condition se dandiner pour imiter son souverain, et marquer ainsi le plaisir qu'il éprouverait si ses chevilles étaient chargées de la même quincaillerie.
C. Mutilation dunez. Un ornement au bout du nez nous parait incommode, mais les Péruviennes y plaçaient un anneau massif dont la grosseur était proportionnée au rang de leur mari. Le nez s'abaissait insensiblement sous ce poids, et dans un âge avancé il leur descendait jnsqu'à la bouche.
Les sauvages de Sun Salvador collaient au bout de leur nez des l'euilles d'or; l'usage de le percer comme les oreilles était très-commun.
Les insulaires de Gayenne y portent une petite pièce d'argent ou un gros grain de cristal vert, et les Mexicains, des pierreries et de l'or.
Les Arabes et quelques peuplades de l'Inde y placent un grand anneau d'or, et les femmes de la province de Guzerane, plusieurs bagues.
D'autres peuples se percent le nez pour y insérer des os, de gros morceaux de bois, etc., afin de rendre leur figure plus martiale-.
Quelques Zélandais portent dans le cartilage nasal une plume qui s'avance en saillie de chaque côté sur les joues.
Les habitants de la Nouvelle-Hollande y placent un os aussi gros que le doio-t et qui a 9 à 10 centimètres de long.
Les Arabes pendent à leurs narines des objets assez gros pour enfermer toute la bouche.
Les fenmies du golf e Persique se passent une é{)ingle à travers le nez près des yeux.
Dampierre a vu Yaparisco, le chef d'une peuplade néo-zélandaise, ayant dans la cloison du nez l'os d'un oise^m, de la grosseur d'un doigt, de 8 à 9 centimètres de long ; le corps étranger croisait entièrement le visage et bouchait si bien les narines que, pour respirer, le personnage était obligé de tenir la bouche fort ouverte; les matelots appelaient cet os la vergue de beaupré.
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Il paraîtrait même que les Juifs, liommes et femmes, mais particulièrement ces dernières, portaient des anneaux attachés au nez. Thomas Bartliolin a écrit là-dessus une curieuse dissertation. — De Anniilis, nariian, Amstel. 1670, in-l^. — Les anneaux, qui étaient d'or, s'appelaient nesem : Annulas narihus appenclebanl Judœi ; nesem ornamenti cjejuis fuit, primario quiâem et proprie fœminarum, secundario autem virorum.
D. Mutilation des lèvres, des joues. La mutilation de ces parties a été observée très-fréquemment. Lorsqu'en 1 500 Alvarès Cahral aborda sur les côtes du Brésil, il vit les naturels ayant la lèvre inférieure percée de part en part et sarnie d'un morceau d'os d'un diamètre assez considérable.
Sur la même côte, les Tapuyas, tout en se peignant de rocou et de génipa, se percent la lèvre inférieure, dans laquelle ils introduisent une louelle de bois léger, un morceau de résine, quelquefois un disque de jade vert, ornement qu'ils estinient à légal des plus riches trésors, et qu'ils n'échangeraient flans aucune occasion. Améric Yespuce dit qu'il vit un Indien qui avait sept de ces pierres enchâssées dans les lèvres, les oreilles et les joues.
Les Gamellas (Brésil) se percent aussi la lèvre inférieure et y introduisent une petite calebasse ou une rouelle de bois de fer à laquelle ils donnent l'aspect d'un petit vase circulaire; ces sauvages y mettent leur nourriture, et une contraction de la lèvre suffit pour la lancer dans la bouche.
En Nubie, la plupart des femmes ont les narines, le pourtour des oreilles et les lèvres percés de trous dans lesquels sont passés de petits anneaux d'argent (Revue d'Orient, t. 111, 1844, p. .224). Les Tupinamboux ou Topinamboux et les Botocudos ont été surtout signalés comme étant restés fidèles à celte abominable lacération des lèvres et même des joues.
Outre son tatouage, le Topinamboux a la tète rasée au moyen d'un morceau de cristal; ses cheveux sont taillés en couronne conmie ceux des religieux; ta lèvre a été percée dès l'enfance; s'il est encore jeune, il y porte un os blanc comme de l'ivoire, à peu près de la forme d'une petite quille, et sortant de -i à 8 centimètres en dehors; s'il appartient à un âge plus avancé, il a enchâssé dans sa lèvre une pierre de jade vert qu'il maintient au moyeu d'une cheville; ses joues sont également fendues et il y porte le même ornement. Les premiers navigateurs rencontrèrent des Topinamboux qui avaient jusqu'à sept pierres enchâssées en diverses parties du visage. L'ornement de la lèvre, la barbote ou botocjiie, est essentiellement un des appendices caractéristiques des nations américaines; on la retrouve, du reste, jusque dans la mer du Sud, comme on peut s'en assurer en consultant le Voyage pittoresque , de Clioris. Dans la partie sud du Brésil, on porte ce bizarre ornement en résine brillante et en or; les plumes brillantes traversant les joues et la lèvre inférieure ont joué également un grand rôle; mais, chose remarquable, chez les Topinamboux, les femmes ne se défigurent pas en se perçant la lèvre inférieure ; mais elles se fendent le lobe de l'oreille et elles y introduisent un coquillage blanc, de forme arrondie , aussi long qu'une « moyenne chandelle de suif. »
Quand aux Botocudos, qui occupent le territoire qui s'étend entre le Bio-Dooe et le Hio-Pardo, depuis le lô*^ degré jusqu'au 19'' degré et demi de latitude australe, ils ne se laissent point croître le poil sur leur corps ; quand ils en aperçoivent, ils ont soin de l'arracher; hommes et femmes se rasent avec certains roseaux qu'ds savent rendre ti-anchants. Le nom que les Portugais leur ont donné vient de l'ornement circulaire taillé dans le bois de barrigudo, qu'ils portent aux
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oreilles et aux lèvres comme les Topinamboux. Botoque ou hatoque signifie, en effet, lilléi-alement le tampon d'une barrique, la bonde d'un tonneau. Atlacbaut sans doute à des jambes menues une idée de beauté, les Botocudos serrent avec des liens celles de leurs enfants, et la ]>lus grosse injure qu'on puisse leur faiie, c'est de leur dire qu'ils ont de grosses jambes et de grands yeux; ils s'arracbent les cils et les sourcils. Le chef porte des plaques appelées houma, qui distendent le lobe de l'oreille jusqu'à le faire toucher l'épaule. L'ornement des lèvres, la botoque (encore appelée gnimalo), est presque aussi considérable, et il atteste l'extensibililé extraordinaire de lu fibre musculaire, car la lèvre qui le retient n'a plus l'apparence que d'un anneau fort mince, ou, pour mieux dire, d'un ruban. L'Indien est-il jeune, la botoque se relèvera fièrement et d'une manière horizontale; est-ce un vieillard, la lèvre s'affaissera d'une manière hideuse, et, cette plaque frottant sans cesse les dents de la mâchoire inférieure, elles tombent avant l'âge. Cette botoque se p'ace et se retire à volonté; il y en a qui ont le diamètre des plus grandes dames du trictrac. Le prince de Neuwied en a mtsuré une qui .avait 6 centimètres et demi de diamètre, sur une épaisseur de 2 centimètres et demi. Ce qu'il y a de plus hideux dans l'usage de cet appendice, c'est qu'à la longue le lobe de l'oreille ou les lèvres se déchirent, l'aspect de la bouche devient liorrible, jusqu'à ce qu'on ait recousu les deux bords de la lèvre au moyen d'une liane fort mince.
M. Ad. d'Assier {Revue des Deux Mondes, t. XLV, 1863, p. 554) complétera ce tableau :
« Le disque en bois qui orne la lèvre des Botocudos, la forçant à tomber le long d-ii menton, met lus dents à découvert et les empêche d'articuler des labiales. Se présente-il un h ou unp dans leurs syllabes, ils sont obligés de rapprocher leurs lèvres avec leurs mains pour produire le son voulu... Quelle peut être l'origine de ce disque qui leur a valu le nom de Botocudos? Je l'attribuais à une pratique sacerdotale dont la raison s'était facilement perdue chez un peuple sans tradition, M. Biard est venu nous dire qu'il avait vu ce disque leur servir de table. J'ai vu un chef de ces sauvages, nommé Capitào par l'empereur du Brésil qui avait consenti à accepler un pantalon et à quitter ces affreux bijoux. Les chairs de la lèvre s'étaient rapprochées pour fermer la plaie et ne laissaient plus voir qu'une énorme cicatrice; mais les lobes des oreilles, moins charnus que la lèvre, et moins accessibles au mouvement vital, n'avaient pu reprendre leur ancienne forme. Ils arrivaient presque aux épaules, formant deux anneaux dont l'ouverture mesurait environ deux pouces (3 centimètres) de diamètre. »
Enfin, si du Brésil nous passons en Afrique, sur les bords du Zambèse qui va jeter ses eaux dans le canal de Mozambique, nous retrouvons la botoque sous le nom de le pélété, très en vogue chez les Manganjas ; seulement ici c'est la lèvre supérieure qui porte le hideux ornement. Ecoutons à ce sujet l'illustre Livin<T. stone :
« Les Manganjas sont fous de toilette : bagues à tous les doigts, y compris le pouce ; carcans, bracelets, anneaux aux jambes, en laiton, en ier ou en cuivre. Mais le plus étonnant de ces bijoux est sans contredit le pélélé ou bague de lèvre que portent les femmes. Dans leur enfance on leur perce la lèvre supérieure près de la cloison du nez; une petite épingle en bois est mise dans le trou pour qu'il ne se ferme pas. Quand les bords de la plaie sont cicatrisés, ou retire l'épingle qui est remplacée par une plus forte ; celle-ci par une cheville qui va toujours grandissant, jusqu'à ce que la lèvre soit assez grosse pour qu'un anneau
DICT. ENC. 2' S. XI. ^1
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de deux pouces de diamètre puisse y entrer sans peine. Ou voit celte parure chez toutes ies femmes manganjas des hautes terres ; elle e>t comnmne sur les bords lu haut et du bas Chiré. Dans les classes pauvres, c'est un disque ou un anneau de bambou; chez les riches, il est en ivoire ou eu étain. Le pélélé de métal a souvent la forme d'un plat ; celui d'ivoire ressemble à un rond de serviette. Pas une femme ne parait en public sans cet ornement, excepté lorsqu'elle est en deuil. Ou ne se figure pas l'effrayante laideur de cette lèvre qui se projette à deux pouces au delà du nez. Quand une ancienne porteuse de bambou veut sourire, la bague et la lèvre qui la déborde, tirées en arrière par les muscles des joues, se redressent et dépassent les sourcils. Le nez se voit alors à travers l'anneau; et les dents qui se trouvent à découvert montrent le soin qu'on a pris de les tailler en pointe comme celles des chats ou des crocodiles. Le pélélé de Chikanda Kadzé, vieille femme qui remplit les fonctions de chef à une vingtaine de milles au nord de Morambala, retombe au-dessous du menton avec la lèvre qui le supporte.
« Impossible, avec ce bijou, de prononcer convenablement les lettres labiales ,algré tous les efforts de la lèvre inférieure, qui s'étire pour s'appuyer contre la gencive d'en haut .
« Dites-leur que c'est alfreux, qu'elles feraient bien d'y renoncer, elles vous répondront: « Kodi )> (c'est la mode). D'où a pu venir cette mode effro\ab]e? On ne le devine pas.
« Le mouvement continu du pélélé chez les jeunes femmes qui l'agitent sans cesse avec la langue fait naître cette idée irrévérente, qu'on a pu l'inventer pour donner un emploi innocent à l'activité de ce membre féminin.
« Pourquoi les femmes portent-elles ces amicaux? avons-nous demandé à un vieux chef.
« — Évidemment pour s'embellir, « a-t-il répondu, fort surpris de cette question oiseuse. » Un homme a de la barbe, les femmes n'en ont pas ; que serait « une femme sans pélélé? Une créature ayant la bouche d'un homme et pas de « moustaclie, ah! ah! ah! »
« Plus tard, sur les bords de la Romouva, nous avons rencontré des hommes qui portaient cet ornement aussi bien que les femmes )) (Livingstone, Exploration du Zambèse, Paris, 1866, in-8°, p. 108, où la gravure a représenté mw femme manganjas ornée de l'affreux pélélé).
N'e^t-il pas curieux de voir une coutume, monstrueuse au dernier chef, adaptée simultanément par des peuplades sauvages de l'Amérique et de l'Afrique?
E. Aiguisement, arrachement des dents. Les historiens du Pérou parlent d'une peuplade entière à laquelle il manquait deux dents incisives, une en haut et une eu bas. Garcilasso dit que les sujets d'un canton ayant massacré dans une rébellion le grand sacrificateur de Cusco et les fils de l'empereur, on envoya contre lui une forte armée qui les soumit; et l'hicas alors régnant, pour imprimer à toute cette génération le souvenir de sa désobéissance, lui fit arracher deux dents, ce qui devint la source de la mode de s'édenter. Les nègres de la Nouvelle-Guinée s'ôtent aussi les deux dents du milieu (G. de Paw, Recherches philosophiques sur les Américains, Berlin, 1771 , in-12, t. 1, p. 96.)
Les habitants de Batavia usent avec une pierre à aiguiser les extrémités de leurs dents pour les rendre plus égales et plus polies, et ils font ensuite sur celles de la mâchoire inférieure un sillon parallèle aux gencives ; la profondeur de ce sillon est au moins égale à la quatrième partie de l'épaisseur de la dent, dr sorte qu'il peut aller fort au delà de l'émail.
MUTILATIONS ETHNIQUES. Ibô
Danipierre assure que les liabitants de la ^'ouvelle-Hollan(lc s'arracliL'Ut les deux dents de devant; les femmes des Giagues s'en enlèvent, dit-on, quatre.
G. Lejean, qui a étudié de près les Nyams-Xyams du Soudan oriental, et qui, soit dit en passant, a réduit la fameuse queue de ces peuples à un simple appendice en cuir bouilli qu'ils s'appliquent fort artistemenl [voy. cet appendice représenté dans le Tour du Monde, 1861 , 2" sem., \). 88), a constaté que les femmes avaient deux dents de la mâchoire inférieure dentelées.
M. le docteur Foliey [Quatre ans en Océanie, 1876, in-8°) parle de peuplades de la Nouvelle-Hollande, qui s'arrachent les dents et qui les taillent en pointe, ou qui se les cassent par devant. Dans le Gabon, la race des Pahouins se lime les dents en pointe, ce qui leur donne encore un air plus redoutable (Abehn, Thèses de Paris, 1872, u» 129); le missionnaire Cav^xù (Description de VAfrirjue occidentale, t. II, p. 82) raconte le même fait à l'égard de quelques nègres de l'Afrique, dont les deux mâchoires paraissent contenir douze canines, les huit incisives ayant été effdées aux deux angles avec tant de subtilité qu'on pourrait s'y méprendre si l'on n'en était auparavant instruit. N'est-ce pas cette bizarrerie qui a donné naissance à la fable des nègres à physionomie de tigre dont Roemer fait mention? N'est-ce pas elle encore qui a fait dire que ces mêmes nègres étaient anthropophages, précisément parce que la nature leur avait donné l'armature dentaire des carnassiers?
Nous avons cité, dans le paragraphe précédent, et d'après Livingstone, les femmes des Mauganjas [Afrique orientale), qui, outre la mutilation horrible de leur lèvre supérieure, ont les dents de devant taillées en pointe, à la manière des chats et des crocodiles ; le même voyageur parle [Exploration dans l'intérieur de l'Afrique australe, 1859, in-S", p. 497) des riverains de la Tamba qui se liment les dents en pointe, coutume qui rend le sourire des femmes effrayant à voir en lui donnant quelque chose du rictus de l'alligator; les Balokos, eux, qui vivent sur les bords du Zambèse, se font arracher les incisives supérieures, ce qui donne à leur visage un caractère à part (Livingstone).
F. Amputation d'un ou de plusieurs doigts. L'usage de se couper un doi^t ou un fragment de doigt, à la mort d'un époux, d'une épouse ou d'un parent, fut très-répandue eu Amérique. Catano, Sepp, ont trouvé chez les Tcharos du Paraguay et chez les Guaranos des hommes et des femmes qui, au lieu de dix doigts, n'en avaient plus que cinq ou six entiers. Ce même fait a été retrouvé chez certaines peuplades de la Californie.
Plusieurs Indiens de l'île d'Amsterdam, suivant la relation de Cook, n'ont pas de petit doigt, et il est probable qu'ils le coupent en signe de deuil. « Cette mutilation, écrit l'illustre voyageur, est commune à tous les rangs, à tous les âges et à tous les sexes ; elle n'a pas lieu non plus à un certain âge de la vie, car j'ai vu des jeunes et des vieux, à qui on venait de la faire, et, excepté quelques très-petits enfants, j'ai trouvé très-peu d'insulaires qui eussent les mains entières; elle est plus universelle cependant parmi les vieillards que parmi les jeunes gens... Nous apprîmes plus tard que cette mutilation se fait à la mort des parents, des amis, etc. » [Deuxième voyage de Cook, 1775).
La Loubère, cà son retour de Siam en 1690, et pendant le séjour qu'il fit au Cap de Bonne-Espérance, observa la même coutume chez les Cafres. Il dit que quand les Hottentots perdaient leurs femmes et les Hottentotes leurs maris les uns et les autres se coupaient un bout des doigts, en sorte que l'on pouvait voir par l'inspection de leurs mains s'ils étaients veufs et combiezi de fois ils l'avaient
été. Kolbe se rend rinterprcie du même fait; mais il fait entendre que ce ne sont que les femmes qui se mutilaient ainsi quand la mort leur enlevait leurs époux.
Penard, en 1856, s'assurait que cette coutume barbare régnait dans la Nouvelle-Calédonie, où les femmes s'enlèvent, à la mort de leurs maris, une phalange à l'une des mains {Gaz. méd. de Paris, 1856, p. 171).
Enfin, Bataillon, visitant en 1840 les îles d'Ouvea (ou de Wallis), groupe de l'archipel de Tonga (ou des Amis), fut fort étonné de voir que la plupart des habitants n'avaient plus de petit doigt; c'est que dans ces parages, avant l'iutroduclion, assez récente, delà religion chrétienne, la coutume de l'excision d'une ou plusieurs phalmges du petit doigt était dans toute sa vigueur (Revue d'Orient, l. m, 1844, p. 1).
G. Mutilations pratiquées sur les organes génitaux. Celles-ci, imitées de ce que l'on fait tous les jours sur les animaux dans un but d'élevage ou de domesticité, sont les plus extraordinaires, les plus nombreuses. En fait, y a-t-ii rien de plus étonnant qu'une coutume qui consiste à priver un ctre humain de la faculté de se reproduire, c'est-à-dire d'obéir au vœu le plus ardent et le plus légitime de la nature? Et pourtant, celle coutume a existé dans tous les temps, dans tous les pays, même les plus civilisés, et elle règne encore aujourd'hui dans quelques contrées (vo?/. les articles Eoinuchisme, Ovariotomie).
Nous n'avons presque rien à ajouter à l'excellent article de M. F. Rouissoii [voy. CuicoNCisiON). Qu'on nous permette, cependant, de faire connaître un détail historique dont on doit la divulgation à Léonard, le coiffeur en titre de la reine Marie-Antoinette :
Peu s'en est fallu que Louis XVI ne subisse la circoncision, et voici comment. Lorsque la comtesse d'Artois, femme de celui qui devait plus tard être Charles X, eut donné le jour au duc d'Angoulcme, il se trouva tout naturellement que l'Altesse en maillot était l'héritier présomptif delà couronne de France, puisque, malgré un mariage datant de cinq ans, Marie-Antoinette était restée stérile. Cela ne faisait pas l'affaire de Louis XYl, qui, obsédé de cette idée, se hâta de consulter Louis, son premier chirurgien, et de l'interpeller sur la cause qui .pouvait empêcher sa femme de devenir mère. Mais il paraît que le coupable n'était pas l'épouse, mais bien le mari, dont le prépuce, démesurément long, pouvait s'opposer à l'admission féconde de l'apport royal ; tant et si bien, que sur les observations de l'homme de l'art, Louis XVI ne fut pas éloigné de se faire circoncire. Un jour fut même pris pour cela. Tout était préparé, les aides du chirurgien avaient déposé sur un plat d'argent les instruments nécessaires. Le roi arrive, aperçoit le peu rassurant arsenal, se sauve et court à la chasse. Ce qui n'a pas empêché, sans circoncision, un dauphin de naître peu de temps après [Souvenirs de Léonard; Paris, 1858, t. Il, p. 107).
Voir, du reste, pour l'histoire de la circoncision, les ouvrages suivants :
Thévenot. Relation du voijage en Orient. Paris, 1664, in-4°, chap. xxxii, p. 79. — Wedel (J.-W.). Pro-pempticonanatomicum, de epispasmo Judeorum. lenae, 1690, 111-4°. — Grapios. Dissertatio an circwncisio ab Aîlgyptiis ad Abraham fuerit derivala. Rostocbii, 1699, in-4°. — DuFonR. Hygiène des Hébreux. Thèse de Montpellier, 1809. — Cahin. Dissertation sur la circoncision. Thèse de Paris, n° 2, 1810. — Terqlem (L.). Guide dupostJiétomiste. Metz, ISiô, in-8°. — Friedreich (.T.-B.). Veher die jiidaische Beschneidung , in historischer , operativer und sanitâts-polizeilicher Beziehung. Ansbach, 1844, in-8°. — Salomon (Mor.-Gust.). Die Beschneidung histor. und med. beleuchtet. liraunschweig, 1844, in-8°. — Bergson (J.). DieBeschneidung vom histor., kritischen und medizinischen Standpunkl, mit Bezug au f die ncucsten Debatten und Reforrnvorschlâge. Berlin, 1844, in-8», avec 1 planche. — Brecher (Gid.).
Die Beschneidung der hraelilen von der historischeii, praktisclien, operativen uyidritucUen
^ et
bibliographie de la circoncision, p. (15 et 81; De la circoncision). Th. de Paris, 1870; n° 90. — AïssA Hamdv. De la circoncision. Paris, 1875, 155 p. p. planches.
Une pratique encore fort en vogue, surtout dans l'antiquité, était VinpbuJation. La fibula était un instrument de chirurgie, une espèce de boucle ou d'anneau dont les anciens se servaient pour une opération particulière. Celse, qui vivait sous Auguste, Tibère et Caligula, décrit cette opération à la fin du chapitre x\v, du livre VU, sous ce titre : Infihiilandi ratio. Voici la traduction de cet article :
« On iafibule quelquefois les jeunes gens pour leur conserver la santé. Cela se l'ait de la manière suivante : on tire le prépuce et l'on marque à gauclie et à droite, avec de l'encre, l'endroit que l'on veut percer ; ensuite on laisse retomber le prépuce. Si les marques se trouvent vis-à-vis le gland, c'est une preuve que l'on a trop pris de prépuce, il faut faire des ninrques ]ilus bas; si elles se trou\ent au-dessous du gland, c'est en cet endroit qu'on doit placer la boucle, c'est là qu'il faut percer le prépuce avec une aiguille enfilée d'un fil. On noue ensuite les deux bouts de ce fil, on le remue tous les jours jusqu'à ce que les cicatrices des trous soient affermies. Alors on ôte le fil et l'on passe un anneau qui sera d'autant meilleur qu'il sera plus léger. »
Winckelman, dans ses Monuvienti antichi inedili... (Rome, 1767, 2 vol.' in-fol.), a figuré (Part. IV, cap. vin, p. -245, fig. 188) une petite statue de bronze, conservée dans le cabinet du Collège romain, et qui représente un chanteur romain iufibulé; il est remarquable par la grandeur de l'anneau inséré dans son prépuce, et par la maigieur excessive de son corps.
Il est certain que cette pratique était fort souvent employée à Rome, tant pour les jeunes gens qu'on envoyait aux écoles publiques que pour les comédiens et les chanteurs, qui, s'étant vendus aux directeurs de spectacles, devaient se soumettre à la loi qu'on leur imposait pour conserver leur voix. Juvénal dit dans sa satire contre les femmes (vr, 279) :
Si gaudet cantu, niiHius fibiila durât, Vocein vendentis prœloribus . . .
(Si ta femme aime le chant, il n'y a pas de boucle qui résiste...)
Pour brider les garçons on leur mettait dans le prépuce un anneau d'or ou
d'argent tellement rejoint par les extrémités q\i'on ne pouvait plus l'ouvrir
qu'avec une lime; c'est ce qu'on appelait refihulare :
Occurrit aliquis inter ista si drmicus.
Jani pœdagogo liberatus, et ctijus Refibulavit turgidum faber peneni.
(Martial, IX, 28.)
(S'il se présente alors quelque jeune impudique fraîchement émancipé de Ja tutelle d'un pédagogue, et dont le serrurier a débouclé le pénis gonflé.)
Il paraîtrait que certaines femmes se montraient excessivement friandes des ' hommes infibulés, que leur possession avait tout l'attrait du fruit défendu, et qu'elles se figuraient jouir seules d'un trésor dont les intérêts accumulés formaient un capital inépuisable. Elles payaient fort cher l'enlèvement de la boucle,
166 MUTILATIONS ETIIMQUES.
et l'on peut présumer que les chanteurs, les comédiens, les athlètes, spéculaient sur la concupiscence féminine :
Die mihi simpliciter, comœdis et citharœdis Fibula quid prœslat ? Carius ut futuant.
(Martial, XIV, 215.)
(Dites-moi franchement à quoi sert celte boucle aux comédiens et aux joueurs de flûte ? A faire hausser le prix de leurs passions amoureuses.)
Martial fait encore entendre qu'il existait une méthode d'infibiilation, pour laquelle la fibula n'était pas employée ; il s'agissait d'un appareil consistant dans un étui métallique, theca ahenea (liv. XI, épigr. 75).
Theca tectus ahenea lavatur Tecum, Cœlia, servus : ut quid, oro ?
Non sit quum eitharœus, aut chormiles ? Non vis, ut puto, mentulam. videra.
Quare cum populo lavaris ergo ?
Onines an tibi non sumus spadones ?
Ergo, ne videaris invidere, Sei'vo, Cœlia, fihulam remisse.
(Ton esclave, Cœlia, est bouclé quand vous vous baignez ensemble; pourquoi cela, je te prie ? 11 n'est ni citharède ni joueur de flùle. Tu veux sans doute ne pas voir son membre. Alors, pourquoi te baigner avec tout le monde ? Sommesnous donc des eunuques? Crains, Cœlia, de paraître jalouse de ton esclave, et déboucle-le.)
Les relations des voyageurs fourmillent de nombreux exemples de cette infibulation masculine chez différents peuples.
Les femmes elles-mêmes n'ont pas échappé à cette honteuse pratique. Sans parler des ceintures de chasteté, dont un curieux spécimen se trouve au musée de Cluny, nous pouvons donner comme le plus curieux exemple d'infibulation féminine les détails que nous ont fournis MM. E. de Candalvène et J. de Beuvery, qui exploraient, vers l'année 1840, la Nubie. La scène se passe à Dougoulah, on peut la lire in extenso dans la Revue d'Orient (t. 111, 1844, p. 224) :
« C'est à Dougoulah que nous eûmes, pour la première fois, l'occasion d'observer la pratique barbare usitée sur les femmes de ces contrées. C'est à l'âge de huit ou neuf ans que les jeunes filles sont soumises à V infibulation ; cette opération est toujours précédée par la circoncision , c'est-à-dire par l'excision de la partie exubérante des nymphes. L'opération consiste dans le retranchement d'une portion des parties externes. On place ensuite la jeune fille sur le dos, les jambes pressées l'une contre l'autre, et on la tient en cet état dans une immobilité complète jusqu'à ce que les deux plaies aient été réunies par la cicatrisation, ce qui a lieu au bout de deux semaines. Un tube très-étroit sert à ménager l'ouverture indispensable aux évacuations naturelles. Des matrones, préposées à cet usage, sont chargées de pratiquer la contre-opération à l'époque du mariage... Quelque douloureuse que cette opération puisse paraître, beaucoup de femmes sont exposées à la subir plusieurs fois. Il arrive rarement qu'un Nubien parte pour un long voyage sans s'assurer, par ce moyen, de la vertu de sa moitié pendant son absence; ce qui, du reste, n'empêche pas qu'à Dougoulah, comme ailleurs, un mari absent ne puisse être trompé ; la femme, lorsqu'elle apprend, par quelque caravane, la nouvelle du prochain retour de son mari, est alors obligée de se soumettre de nouveau à V infibulation, et il en est sur lesquelles elle est répétée jusqu'à six ou sept fois. »