N AN DINE
;>iiVKCKEDE (Joseph G.). Né dans l'État de Pennsylvanie à la fui du siècle dernier, pratiqua la médecine à Philadelphie pendant la première moitié du dix-neuvième siècle. Il a laissé :
I. Une traduction : Orfila, Toxicology, or Treatise on Poisons, ahridged and parthj (ranslated. Pliiladelphia, 1818. — II. Observations on the Use of pntssic Acid in Phtliisis Puhnonum ; read before the Academy of Medicine of Pliiladelphia. In Chapman Pliilad. Journ. of med. a phys. Sciences, t. II, 1821. — III. An Account of D' Broussais's doctrine of Feiers. Ibid., t. II(, 1822. — lY. Obituanj of D' John Armentaire Manges. Ibid , new ser., t. V, 1827. — V. Observations on Ihe Cœsarean Opération, etc. In Amer. Journal of med. Sci., t. XYI, 1855. L. Hx.
MAXCV (Eau minérale de). Athermale, bicarbonatée ferrugineuse faible, non gazeuse. Nancéium au moyen âge, chel-lieu du département de Meurthe-et- Moselle, sur la ri\e gauche de la Meurthe et sur le canal de la Marne au Rhin, est une ville de 50,000 hahitants qui a un évêché, une cour d'appel, une académie comprenant une faculté des lettres, des sciences et de médecine, une école forestière, une institution de sourds et muets, et un vieux château qui date du temps des ducs de Lorraine. Son commerce principal consiste en broderies, draps, produits chimiques, pâtes dites d'Italie, houles de \ancy, cartes à jouer, teintureries, tanneries, etc.
La source minérale émerge à une des portes de Nancy, au pied du bastion Saint-Thibault dont elle porte le nom. L'eau de la source Saint-Thibault est claire et lim[)ide, mais elle laisse déposer de la rouille sur les parois intérieures de son bassin ; elle est inodore et n'est traversée par aucune bulle gazeuse ; son goût est franchement ferrugineux; sa température varie de I"2"2 à I5°5 centigrade, ce qui tient à son captage très-défectueux. L'eau de la source Saint-Thibault a été superliciellement examinée par Mathieu de Dombasle qui a trouvé dans 1000 grammes les principes suivants :
Carbonate de chaux 0,35
— fer 0,04
Sulfate de chaux 0,33
Chlorure de sodium 0,04
L'eau de la source du bastion Saint-Thibault est employée en boisson seulement par les anémiques et les chlorotiques auxquels un traitement ferrugineux a été prescrit. A. Pv.
i%'Ai%CY (Boules de). Voy. Boules.
i\AKDnicoBA. Voy. Nhandicoba.
n[A.iVDl-ERVA.TAM. Nom donné aux Indes à un arbrisseau dont ou emploie le suc laiteux, mêlé avec l'huile, pour frotter la tête dans les cas de céphalalo^ie et d'ophthalmies. La racine mâchée est usitée contre les maux de dents.
Sous ce nom malabare, Rlieede indique le Mogorium acuminatum {Nyctanthes acuminata Burm.), de la famille des Jasminées.
JnssiEir. In Dictionnaire des sciences )iat urelles {IS25), XXXIV, 150. — Mérat et De Lexs. Dictionnaire de matière médicale, lY, 565. Pl.
]\AIVD1.\E ou XAIXDIIV. Nandina Thumberg. Genre de plantes dicotv-
lédones appartenant à la famille des Berbéridées, et présentant comme caractères
essentiels: un calice à sépales imbriqués stir plusieurs rangs; une corolle à
pétales plus longs que les sépales, également sur plusieurs rangs ; six étamines,
MCT. ESC. 2' s. XI. 25
libres, à antlières presque sessiles, allongées ; s'ouvrant par deux fentes ; un ovaire supère à style court. Le iVuit est une baie globuleuse, contenant deux semences hémisphériques :
La seule espèce de ce genre est le Nandina domestica Thunb., qui croît en €lùne et au Japon. C'est un arbrisseau, à tiges glabres, à feuilles alternes, plusieurs fois ailées ; à fleurs petites, de couleur blanche. Les baies, de la grosseur d'un pois, sont aigrelettes et mangées au Japon, comme rafraîchissantes.
THnxBEBG. Flora Japonica, 147. — Laharcs. Encyclopédie. Illustration des genres, lab. '261.
— De Candolle. Systema vegetabilium, II, '2'2. — Exdlicher. Gênera Plantarum, n° 4815.
— Bextham et lIooKER. Gênera Plantarum, I, p. 44. Pl.
!\AXDOU {Rhea). C'est le nom des Autruches d'Amérique, oiseaux assez différents des Autruches d'Afrique par la conformation de leur squelette, et par diverses autres particularités anatomiqucs, auxquelles se joignent aussi certains caractères extérieurs. Le principal consiste dans la disposition Iridactyle de leurs pattes, tandis que celle des Autruches al'ricaiues sont didactyles, c'està-dire à deux doigts seulement ; aussi les classe-t-on dans un genre à part. Leur taille est d'ailleurs moindre que celle des véritables Autruches, et leurs plumes sont moins belles, ce qui ne permet pas de s'en servir comme ornements, et les fait employer de préférence pour la fabrication des plumeaux. Leur chair est d'ailleurs agréable, et l'on recherche aussi leurs œufs.
Il y a deux espèces de ces oiseaux, le Rhea americana [Striithio rhea de Linné) et le Rhea Darwinii. Elles s'apprivoisent aisément ; leur nourriture consiste en graines et en herbages ; ces animaux supportent facilement la captivité.
P. Gerv.
KAXISME. (Étymologie : grec, -jv.-jo;, latin, nanm, d'où l'on a fait nain, naine, nanisme).
Définition. On donne le nom de 7iains à tous les individus dont la taille est de beaucoup mférieure à la moyenne de leur espèce. Aous ne nous occuperons ici que des nains dans l'espèce humaine. « Le nanisme, dit Lancereaux, est une anomalie de l'être humain caractérisée par une diminution de volume de toutes les parties du corps et par l'exiguité de la taille qui varie entre 0'",60 et l'^j^O. » Cette dernière limite est de pure convention, et la première ne nous paraît pas aussi facile à fixer.
Physiologie. Les nains présentent rarement une harmonie parDiite des différentes parties du corps : leur tète est proportionnellement volumineuse et leurs jambes sont courtes, leur ossature est assez souveut altérée par le rachitisme. Toutefois, il ne faut pas les confondre avec les malheureux culs-de-jatte ou bossus, dont le rachitisme a tordu les jambes ou la colonne vei'tébrale. Le nain est un être arrêté dans son développement plutôt que contrefait, il est malvenu plutôt que difforme; en tous cas il n'est pas estropié par nature.
Le nanisme est toujours un phénomène accidentel, une anomalie, car il n'y a pas de peuple ou de rac€ de nains. Sans doute, nous connaissons des populations de petite taille, mais la plus petite observée, qui est celle des Mincopies, varie entre 1™,140 minimum et l'",44o maximum. Au-dessus viennent les Obongos du Gabon, dont la taille est entre 1",50 et l'",oO, et les Akkas, qui sont de même stature ^
1 Consulter sur ce sujet spécialement d'importantes commimications faites à l'Académie des sciences par M. de Quatrefages (1" juin 1874) et par M. Mariette (22 mai 1876).
Nous ne pensons pas qu'en langage scientifique il y ait lieu de qualifier de nains les gens de ces tribus barbares, pas plus que les Patagons de géants, sous prétexte que les uns sont plus petits et les autres plus grands que nous. C'est par gradations insensibles que l'espèce humaine passe d'un de ces extrêmes à l'autre, Le type des nations polaires : Lapons, Groënlandais, Esquimaux, Samoyèdes, Kamchadales, Ostiaques, etc., n'est guère plus élevé que celui des Obongos et des Akkas, et sert de transition entre eux et d'autres peuples encore plus rapprochés de l'Européen pour la statiu-e. Nous ne voyons donc dans les tribus remarquables par la petitesse de leur taille que les degrés inférieurs de léclielle humaine normale, tandis que le nanisme est toujours ime monstruosité ou une malformation, comme dit M. Lancereaux.
Les nains sont rarement bien sains et le plus souvent inféconds.
Les expériences de mariages entre nains, tentées par Pierre le Grand, par la femme de Joachim Frédéric, électeur de Brandebourg, et par Catherine de Médicis, n'ont pas eu de succès. Il n'est point question non plus de la postérité de M. et M™* Tom-Pouce, du prince et de la princesse Colibri et d'autres nains célèbres. Ils paraissent donc incapables de former souche : nouvelle preuve de leur monstruosité.
De plus ils ont la vie courte : vieux et cassés à vingt ans, ils meurent presque tous avant trente, usés prématurément ou minés par le rachitisme. Un exemple authentique nous en est offert dans la personne de Nicolas Ferry, dit Bébé, dont le portrait a été tracé par Diderot. C'était le nain du roi de Pologne, Stanislas Leczinski. Il était haut de 35 pouces ou environ 0™,92. Sa gentillesse l'avait fait aimer de ce prince, qui lui fit apprendre la musique et la danse sans parvenir à développer son intelligence. Il garda toute sa vie le caractère d'un enfant. Diderot qui le vit en 1 760, alors qu'il était âgé de vingt-deux ans, en a tracé le portrait suivant : « Bébé paraît avoir déjà le dos courbé par la vieillesse, son teint est flétri. Une de ses épaules est plus grosse que l'autre; son esprit ne s'est pas formé, et on n'a jamais pu lui apprendre à lire. » Il mourut de vieillesse quatre ans plus tard. Yirey qui, au commencement de ce siècle, examina son squelette, dit qu'il présentait dans les jambes et à l'épine dorsale des traces évidentes de rachitisme.
Mais il est juste de dire que tous les nains ne sont pas dans ce cas. Quelquesuns sont des hommes parfaits en miniature. Tel fut Joseph Borwilasky, Gentilhomme polonais. « Il a aujourd'hui, écrivait Diderot, en 1760, vinot-deux ans. Sa hauteur est de 28 pouces ; il est bien formé dans sa taille ; sa tête est bien proportionnée ; ses genoux, ses jambes et ses pieds sont dans toutes les proportions naturelles. Il résiste à la fatigue, et jouit en un mot d'une bonne santé. 11 joint à des manières gracieuses des réparties spirituelles ; sa mémoire est bonne, son jugement sain, etc. Le père et la mère de M. Borwilasky sont d'une taille fort au-dessus de la médiocre ; ils ont eu six enfants. L'aîné n'a que 54 pouces, et est bien fait ; le deuxième est celui dont nous parlons ; trois frères cadets de celui-ci et qui se suivent tous à un an les uns des autres ont tous les trois environ cinq pieds et six pouces, sont forts et bien faits. Le sixième des enfants est une fille âgée de près de six ans, jolie, bien faite, et qui n'a encore que 21 pouces. Elle marche et parle aussi librement que les enfants de cet âge, et annonce autant d'esprit que le deuxième de ses frères. Joseph Borwilasky sait lire, écrire, connaît l'arithmétique, un peu d'allemand et de français, et est d'une 'grande adresse pour tous les ouvrages qu'il entre-
prend. Sa mère est accouche'e à terme de ses six enfants, mais les nains en venant au monde pi-ésentaient une masse informe presque aussi large que longue, et ne se sont déployés que par degrés. Cependant aucun d'eux n'est resté diflonne ; ils sont au contraire bien proportionnés, sans que l'art ait jamais été employé pour rectifier la nature. » Joseph Borwilasky, comme la plupart des nains, eut la vie courte ; il mourut dans la décrépitude avant d'avoir accompli trente ans.
Isid. Geoffroy Saint-llilaire rendit compte à l'Académie des sciences, dans la séance du 24 octobre 1856, de l'observation qu'il venait de faire sur un naiu qu'on montrait à Paris, et qui était remarquable par l'exacte proportion de toutes les parties de son corps. Malhias Galin (tel était son nom), né à Bréda, en lUyrie, était âgé de vingt-deux ans, et n'avait qu'un mètre de haut. Jusqu'à l'âge de cinq ans, son développement avait été normal : mais alors il avait cessé de croître, sans que ses facultés intellectuelles subissent le même temps d'arrêt, car à l'âge où le vit Geoffroy Saint-Hilaire il parlait avec facilité italien, français, allemand, sans compter son dialecte illyrien.
11 y a aussi des exceptions à la règle touchant la mort prématurée des nains. Virey a fait le porti-ait de Thérèse Souvray, née dans les Vosges, et qu'il examina en 1819, à Paris, alors qu'elle était âgée de soixante-treize ans. « Malgré son âge avancé, dit-il, Thérèse est remplie de vivacité et de gaieté, elle chante et danse à la mode de son pays avec sa sœur Barbe plus âgée qu'elle de deux ans et plus grande qu'elle de 8 pouces. Thérèse a exactement 33 pouces de haut (0", 90 centimètres), elle n'est ni scrofuleuse, ni rachitique comme la plupart des nains, et est née de parents de taille ordinaire. » La gravure annexée par Virey au portrait qu'il en traçait dans le Dictionnaire des sciences médicales représente cette naine sous des traits agréables.
11 est difficile et même impossible de fixer d'une manière certaine le minimum de taille observé dans l'espèce humaine, parce que les exemples rapportes par d'anciens auteurs de nains minuscules ne présentent aucune garantie d'exactitude, et c'est pour cela que nous les passons sous silence. Mais il est difficile de refuser créance à Buffon, quand il nous parle de nains qui n'avaient que 24, 21 et 18 pouces de haut. 11 en cite même un de 1 6 pouces à l'âge de 37 ans (0'",45) qui peut être considéré comme le minimum avéré du nanisme. Virey a examiné, en 1818, une naine allemande qui n'avait guère que la taille (18 pouces) et le poids d'un enfant naissant, mais n'était encore âgée que de 8 à 9 ans. Son intelligence paraissait égaler celle d'un enfant de 5 à 4 ans ; son pouls battait 90 fois par minute ; elle n'avait commencé à marcher et à parler que vers l'âge de 4 ans ; la première dentition ne s'était opérée qu'à 2. Ce qu'il y a de remar- (piable en outre est que sa mère avait 5 pieds de haut, et son père 5 pieds 5 {)ouces, plus que la taille moyenne parmi ses compatriotes. La mère était accouchée d'un autre nain venu à terme, comme la fille en question, mais qui n'avait pu vivre.
Virey, dans l'article tout empreint de mécanicisme qu'il a publié dans l'ancien Dictionnaire des sciences médicales, attribue les phénomènes du nanisme à une étroitesse supposée de l'utérus et à la faible nourriture qui y aborde. « Eu effet, dit-il, il y a des femmes qui avortent parce que leur matrice est naturellement trop rétrécie, ou parce qu'elle est trop irritable et se crispe. Si pourtant l'avortement n'a pas lieu, l'embryon peut rester faible, émacié, appauvri dans toutes ses dimensions, enfin, un véritable nain. » Et il ajoute immédiatement cet autre alinéa qui nous semble une réfutation de son hypothèse : « Au reste,
on voit des fœtus nés à terme fort petits d'abord, mais se développant aune taille assez procère, par une bonne alimentation et l'exercice, surtout à l'époque de la puberté. Ainsi, nous avons connu un enfant nain qui s'est tout à coup agrandi à la taille de 5 pieds vers l'âge de 15 ans. » En effet, combien ne voit-on pas d'enfants mis au monde chétifs et extrêmement petits, surtout avant terme, qui n'en deviennent pas moins des hommes superbes ! D'un autre côté on voit des enfants nés avec des dimensions ordinau'es s'arrêter dans leur développement et rester nains. On a vu la même mère donner naissance à des nains et à des enfants bien venus. Les nains naissent rarement jumeaux et par contre les enfants jumeaux, quoique gênés dans leur développement embryonnaire, et généralement mis au monde avec de petites dimensions, n'en deviennent pas moins grands et moins beaux que les autres sujets. Nous n'admettrons jamais avec Virey que les souris soient de petits animaux, parce que leur mère en fait beaucoup à la fois, et les éléphants très-grands parce que leur mère n'en fait qu'un.
La disette d'aliments dans la vie intra ou extra-utérine doit influer sur le développement du corps, mais il n'est pas certain qu'elle suffit à produire le nanisme. L'effet de l'éducation, comprenant un certain mode d'alimentation, se comprend aussi bien et est démontré par l'expérience faite sur les chiens.
En soumettant des sujets choisis dès les premiers jours après la naissance à un régime particulier, dont l'eau-de-vie en boisson et en frictions formait le fond, on arrêtait leur développement et on obtenait ces bichons et ces carlins chéris de nos aïeules, comme les chiens de la Havane le sont des dames d'aujourd'hui. — Au temps du Bas-Empire, s'il faut en croire des auteurs de l'époque, ce n'était pas sur les chiens, mais sur les enfants qu'on pratiquait ces expériences, et les infortunées viclimes d'un goùl dépravé et criminel faisaient eu qualité de nains le cortège habituel des matrones romaines.
Le climat a sans doute aussi de l'influence sur le développement des formes et de la taille ; mais cette influence elle-même est restreinte, puisque nous voyons les tailles les plus exiguës à la fois dans les régions circumpolaires et équinoxiales. Certaines tribus caraïbes de l'isthme de Panama et de la Colombie, qui vivent aussi près de l'équateur que les Akkas et les Obongos, fournissent, suivant Humboldt, des hommes qui ne le cèdent pour leur haute et forte stature qu'aux Patagons, dont la résidence est sous un climat réellement froid. Au reste, il ne paraît pas que les peuples du midi de l'Europe fournissent plus de nains que ceux du nord.
Les anciens attribuaient le nanisme à un défaut de qualité de la liqueur séminale ; les modernes le rattachent à un obstacle apporté à la nutrition et au développement du fœtus, soit par une mauvaise conformation de la mère, soit surtout par une maladie survenant dans le cours de la vie embryonnaire ou fœtale. Cependant ils s'expliquent peu sur la nature, de cette maladie, et beaucoup de femmes mères de nains ayant eu des enfants bien conformés, il est difficile de trouver dans l'utérus la cause du nanisme. L'expérimentation a tenté à cet égard des recherches qui demandent à être continuées. Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, ayant secoué dans le sens de l'axe des œufs qu'il plaçait ensuite sous la poule, a obtenu des poulets bien conformés, mais offrant un arrêt o-énéral d'évolution qui permettait de les assimiler à des nains. Dareste a observé sur des œufs de poule soumis à une incubation artificielle qu'une élévation anormale de la température pendant la première période du développement de l'embryon, tout en liàtant le travail, tend à diminuer la taille des individus et à
produire des nains. Il existerait, suivant lui, une certaine relation entre lut précocité du développement embryonnaire et le nanisme.
Pareillement chez les végétaux on remarque que les espèces précoces, surtout celles qui sont rendues précoces artificiellement, sont généralement petites et même naines.
Malgré la valeur des expériences de Geoffroy Saint-Hilaire et de Dareste, il faut avouer que les causes du nanisme nous sont encore à peu près inconnues.
Historique. Les nains ont de tout temps occupé une grande place dans les légendes. Les Grecs avaient leurs Pytjmées qu'ils plaçaient en Thrace, dans l'Inde ou en Ethiopie, au gré de leurs fantaisies, et qui n'avaient qu'un pygmé, c'est-à-dire 1 pied grec 1/8 ou 34 cenliniètres de hauteur. Ils coupaient les épis avec des cognées et avaient dans les grues de redoutables ennemis. Ils voulurent une fois attaquer Hercule endormi, mais le héros les mit dans sa peau de lion et les porta à Eurysthée. Vingt siècles plus tard Swift devait s'inspirer de cette légende pour composer son Gulliver. Les Myrmidons sont de même famille. Jupiter les avait fait naître des fourmis de l'île d'Egine après le déluge de Deucaliou.
Les Romains héritèrent des fables des Grecs et en ajoutèrent de nouvelles. Pline le naturaliste place sur les bords du Gange les Spiihamiens, qui n'exce'daient jaznais la hauteur de trois palmes [Spithama] . La mythologie des peuples du nord n'est pas moins féconde sur le sujet qui nous occupe. Vermisseaux nés d'Ymer, leurs nains doivent peut-être leur origine, ainsi que le conjecture Walkenaer, à la comparaison qui s'établit primitivement, entre la haute stature des Norvégiens et Suédois et la taille exiguë des peuplades septentrionales^ telles que îes Lapons, c'est-à-dire, entre les envahisseurs aryens de la presqu'île Scandinave et les auloclilhones de cette contrée.
Un corps petit et contrefait, des traits repoussants s'alliaient, dans les idées de nos pères, au moyen âge, avec la malice et la méchanceté. Tous les nains passaient et passent jusqu'à un certain point encore pour colériques, envieux, méchants et inconstants. L'auteur anonyme des « Gestes de Charlemagne » traçant le portrait d'un personnage légendaire, Pépin bâtard de l'empereur qui trahit son père, ne manque pas de le représenter nain et bossu. Il est presque superflu d'ajouter que cette croyance populaire n'a de fondé que la susceptibilité et partant l'irritabilité que présente le caractère de tous les malheia-eux qu'une difformité quelconque distingue, à leur préjudice, du reste des hommes.
Malgré les défauts réels ou supposés qu'on leur prêtait, les nains devinrent à la mode à la cour et dans les châteaux féodaux. Comme les dames de l'ancienne Rome, nos belles châtelaines aimaient à se faire suivre d'un nain. Les rois de France et les plus grands seigneurs partageaient leur faveur entre leur nain et leur fou. Il en fut ainsi jusqu'au règne de Louis XIV, qui supprima la charge de nain du l'oi. Mais vers la même époque, les autres cours de l'Europe ne goûtaient pas de plaisirs aussi raflinés que la brillante société des salons de Versailles et les nains étaient plus que jamais en crédit à Péterabourg, à Londres et même à Rome. « Je me souviens, dit Biaise de Vigénère, de m'être trouvé l'an 1556 à Rome en un banquet du feu cardinal Vitelli, où nous fûmes tous servis par des nains jusqu'au nombre de 54, de fort petite stature, mais la plupart contrefaits et difformes. » Un personnage fameux de cette époque fut Jeffery Hudson, né en 1619 et qui fut présenté à 8 ans dans un pâté par la duchesse de Buckingham à la reine Henriette, femme de Charles 1"=^ d'Angle-
NANNONI (les deux). 591
terre. A 50 ans il n'avait que 18 pouces de haut ; mais à cet âge il commença à grandir et finit par atteindre dans sa vieillesse la taille de 5 pieds 9 pouces anglais.
Pierre le Grand, tsar de Russie, avait une égale passion pour les nains et pour les fous. C'est ce que nous révèlent les curieuses et récentes études de M. de Choubinski, sur les nains à la cour de Russie. L'année 1710, à rcccasion du mariage d'une princesse de sa famille, il voulut célébrer parallèlement en grande pompe les noces de son nain favori Ephime Yalkoff, avec la naine de la princesse Preskovie Theodorovna. Soixante-douze nains et naines formèrent le cortège d'honneur des fiancés, qui furent mariés en présence de la cour, le tsar tenant lui-même la couronne nuptiale au-dessus de la tête de la mariée. Le plus intéressant pour nous est de connaître le sort ultérieur des nouveaux époux. La jeune naine mourut à la suite de couches laborieuses, et dès lors tous les mariages entre nains furent prohibés en Russie. Le nain lui-même mourut peu de temps après.
Enfin notre époque a vu la foule s'engouer du général Tom-Pouce et de Vamiral Trornp : le premier haut de 0°',71 et le deuxième de 0",7o, etc. {voy. Nanocéphalie et Nanomélie). V. de Rochas.
Bibliographie. — Cladderds (F.-W.). Nanorum fjeneralio. In Mlscellan. academ. natur. curios., p. 543, année 1689. — BRO^Y^•lNG (John). Extract of a Letter concerning a Dwarf. In Philosoph. Transact., p. 278, année 1751. — Saiiveck et Morand. Observât, sur les nains. In Mém. de l'Acad. scien., p. 62; Paris, 1704. — Haller. Élément, p/iys , t. VIII, p. 45. — BuFFOK. Hist. nalur., suppl., t. lY, Nains. — Diderot. Nains. In Encyclopédie du dix-huitième siècle. — ViREY. Hist. nat. du gen. hum., t. Il, et Dict. scien. méd., t. XXXV, article Nain. — .académie des sciences. Comptes rendus, 2' semestre 1856, séance du 24 octobre, et 1845, 1^' semestre, t. XVI, p. 1013. — Saixt-Hilaire [Isià.-^eoiÎTO'^) . Histoire des anomalies de l'organisation, t. I, p. 140. — Dareste. Note sur une série de recherches expér. relat. à la tératologie. l\\ Ann. des se. nat., 5' série, t. X, p. 131 ; 1868. — Lanxereaus (E.), Traité cl' anatomie pathol. des M'ai formations, t. I, p. 179; Paris, 1875. Y. R.
KAXXARI. Voy. XuNiSARI.
- KAXXOXI (les deux). Desgenettes a écrit un éloge de chacun de ces médecins italiens ; c'est à lui que nous emprunterons les notices suivantes :
IVannoni (Â^•GE) se distingua particulièrement dans la pratique chirurgicale. Né à Jussa, tout près de Florence, en 1715, il fit ses études à l'hôpital Santa- Maria-Nuova de Florence, sous Antoine Benevoli, vint en France pour se perfectionner dans son art, et fut, à son retour dans sa patrie, nommé chirurgien en chef de l'hôpital de Florence. 11 mourut en 1790. Haller, en parlant des ouvrages de Nannoni, caractérise ainsi l'esprit dans lequel ils sont faits : « Noster ad Benevoli ductiim niitiori favet chirurgice, quœ incisiones, quantum possit, avarisssime exercent, parcat dolorihns, aerem ad inleriora corporis non admittat, neque carnem spiritu vini tangat, siccoque carpto in vulnerihus contenta sit. Hœc sua axiomata et sua experientia per phirimorum casuum felicitatem confirmât, tune aliorwn in quitus incisiones repetiias et spirituum vinosornm prodigalitas nocuit. Neque tamen ferro uti metuit. « Voilà des lignes que des chirurgiens, toujours disposés à avoir la main armée du bistouri, devraient méditer. A son tour, Desgenettes fait ce portrait de JVannoni : « 11 acquit une grande fortune, et encore bien qu'il passât pour fort intéressé, on vanta sa libéralité envers les indigents. C'était un homme dune sévérité de mœurs qui approchait souvent de la nirlp<i*p • c^" «.,^..-<>...~ ^t^j^ empreint sur sa physio-
392 NANOCÉPHALIE.
nomie, dans son langage, ses mouvements, et jusque dans son costume. Dans le monde, où il s'observait davantage, il n'était que gi'ave. Au milieu de sa famille, il e'tait aussi craint que respecté. Au reste, il ne donnait aux siens que de bons préceptes et de bons exemples. » Voici les titres de ses ouvrages :
I. Trattato sopra i mali délie mamelle. Florence, 1746, in-4°. — II. Dissertazioni chirurgiche, cioe délia fistola lagrimale, délie cataretle, dei medicamenti exsiccanti e caustici. Paris, 1748. — III. Discorso chirurgico par l'introduzione al corso delV operazioni da dimoslrarsi sopra il cadaveve. Florence, 1750. — IV. Memorie et osserva%ionl cliirurgiche colla storia di moite e diverse malattie felicemente guarite. Florence, 1 755, in-4°. — V. Délia simplicita di medicare i mali attenenli alla chirurgia, con aggiunta sopra le malattie délie mamelle. Venise, 1764, in-4°. — VI. Lettera scritta in difesa délia simplicita del medicare a Giiiseppe Bianchi, chirurgico in Cremona, 1758. — VII. Délia simplicita del medicare, llGl et 1767, 3 vol. — VIII. Trattato chirurgico sopra la simplicita del medicare. Venise, 1770, in-4°. — IX. Memoria sulV anevrisma délia piegatura del cubito. Florence, 1784. A. C.
Kannoni (Laurent), fîls du précédent. Il naquit à Florence en 1749, et mourut le 14 août 1812, âgé, par conséquent, de 65 ans. Sous un père tel que le sien, il dut faire de rapides progrès dans la littérature et la science chirurgicale ; et, à l'âge de vingt ans, accompagné de Félix Fontana, de Jean Fabroni et de Georges Sancti, il faisait un voyage en France, aux frais du grandduc Pierre-Léopold. A son retour, il fut successivement placé à la tête de divers hôpitaux secondaires de Florence, et il établit dans l'un deux un enseignement qui ne discontinua jamais. Nannoni, écrit Desgenettes, eut une très-nombreuse clientèle parmi ses concitoyens et les étrangers, que l'amour des arts et la douceur du climat amenaient à Florence. 11 fut moins recherché par la noblesse que par les autres classes de la société, à cause de ses opinions politiques. A son tour, il ne laissait échapper aucune occasion de faire voir aux grands qu'il n'estimait que leur argent, et, en conséquence, il en exigeait beaucoup en échange de ses services. Cette àpreté fut tempérée par une grande générosité envers les pauvres. Jusqu'aux derniers jours de sa vie, il se rendit ou se fit porter à l'hôpital pour visiter les malades et faire des leçons. Ses ouvrages sont :
i. .4 Treatise on the hydrocele. Londres, 1779, in-12. — II. Trattato di chirurgia, teorico-practico, con un corso compléta di ostetricia. Florence, 1785, 6 vol. in-8° et 5 vol. 10-4°. — 111. Trattato d'anatomia e fisiologia. Florence, 1788, in-4''. — IV. Elogio del professore di chirurgia Angelo ISannoni. Florence, 1790, in-S". — .\. son tour .Mazoxi a écrit l'éloge de Laurent Nas.no.ni. Ce morceau a été imprimé à Milan, 1821, in-8°. A. C.
NAXOCÉPHALIE (de vâvo:, nain, xisa/v;, tète; en allemand. Zu'er^jA-o;)/'). Sous ce nom, détourné parfois de son sens primitif, Gurlt a désigné une anomalie, caractérisée par les dimensions réduites de l'ensemble de la tète ou de quelqu'une des parties qui la composent.
A pari l'orrèt de développemeut dont les parties intéressées portent la trace, la tête est d'ailleurs régulièrement conformée, ainsi que le tronc et les membres.
Les yeux, les oreilles et les mâchoires sont jusqu'à présent les organes sur lesquels on a constaté le nanisme partiel de la tête.
Lorsque (comme cela s'est vu dans quelques cas assez rares, chez l'Homme, chez le Cheval, chez le Veau et chez le Chien) l'anomalie porte sur l'appareil de la vision {Nanocephalus micrommatus G.j, on trouve, derrière des paupières normalement conformées, un globe oculaire trop petit, auquel manquent plus ou moins complètement les parties qui entrent normalement dans sa composition.
NANOCÉPHALIE. 595
Dans les cas, iiou moins rares, où le nanisme porte sur l'oreille externe {]S. brachyotus G.), l'anomalie peut être bilatérale ou unilatérale. Comme exemple du premier genre, nous citerons le fait d'un Poulain, dont Rzaczynski nous a conservé le souvenir, et, comme exemple de la même anomalie, limitée à un seul côté, nous rappellerons le cas d'un jeune Lapin (albinos), que nous avons examiné, il y a quelques années, et qui était d'ailleurs exempt de toute autre anomalie. Le pavillon de l'oreille était oblong, généralement aplati, à peine convexe du côté de sa face extérieure et à peine concave du côté de sa face auriculaire, qui, contrairement à ce qu'on observait pour l'oreille du côté droit , était abondamment garnie de poils blancs, fins , serrés , assez longs et dirigés régulièrement en arrière et en baut. En mesurant avec soin la longueur de ces deux faces, nous trouvâmes, pour la première, 0",0o5, et, pour la seconde, O'°,06o, tandis que la même mensuration, pratiquée pour le pavillon de l'oreille droite, donne 0™,06o et 0"',08o. A gauche, le diamètre transversal, mesuré dans la partie la plus large, comptait 0'",017, tandis que, du côté droit, il était de O^jOÔS, pris au niveau correspondant. Malgré ces différences dans leur dimension et dans leur configuration, les deux pavillons paraissaient d'ailleurs fonctionner synergiquement, et nous nous sommes assuré, à plusieurs reprises, que l'animal les tenait généralement inclinés en arrière et en baut, bien que, de prime abord, celui du côté gauche, en raison de ses dimensions moindres, parût s'incliner en arrière et un peu en bas. Les arêtes saillantes de la face auriculaire étaient nulles et nous n'en remarquâmes pas d'autres que celles qui limitaient une surface membraneuse, légèrement convexe, de forme triangulaire, située en lieu et place de l'orifice du conduit auditif externe, qu'elle oblitérait et qui, du reste, était parfaitement conforme aux dispositions de l'état normal, constatées de l'autre côté. Quant à la conformation extérieure du crâne, elle ne nous a pas offert de différences appréciables, d'un côté à l'autre.
Les exemples de nanocéphalie, caractérisés par la diminution dans les dimensions de l'une des deux mâchoires {N. brachygnathus G.], sont particulièrement intéressants ' .
Ceux dans lesquels l'anomalie porte sur la mâchoire supérieure sont des plus rares chez les Mammifères. Nous citerons seulement, d'après Is. Geoffroy Saint- Hilaire, le cas d'un Agneau, chez qui « la partie intéressée était extrêmement courte. )) Chez les Oiseaux, elle s'observe peut-être moins rarement et porte spécialement sur la portion mandibulaire. Chez une Alouette {Alauda arvensis Linn.) observée par W. Neubert, la mandibule supérieure, par exemple, était, de moitié, moins longue que l'inférieure, qui était, du reste, normalement conformée. Chez une Oie (Anser cinereus Meyer), du sexe mâle, dont nous avons publié ailleurs une figure exacte, chacun des deux bords latéraux de la mandibule supérieure mesurait seulement 0'",04 d'arrière en avant. Son extrémité antérieure, au lieu d'être un peu renflée au bout et terminée par un ongle courbé inférieurement, finissait brusquement par un contour sinueux, dont la partie moyenne était convexe et dont les deux parties latérales étaient assez largement échancrées. Ce bord, mince et presque tranchant dans la plus grande partie de son étendue, s'épaississait fortement, en même temps qu'il s'arrondissait, au niveau de son union avec le bord latéral gauche; mais, à l'inverse de ce dernier
* Il ne saurait être ici question de l'arrêt de développement de la mâchoire, tel qu'on l'observe chez certains monstres cyclencéphaliens voy. Cyclencéphaliens],
394 NANOCEPHALIE.
et de celui du côté droit, il n'offrait aucune de ces lamelles saillantes et dirigées en arrière, qui sont habituellement disposées en forme de dents sur tout le bord de la mandibule supérieure des Oies. A part leur longueur, qui était moindre que d'ordinaire, les bords latéraux du bec étaient donc conformés à peu près comme à l'état normal, et l'extrémité antérieure était seule profondément différente. Les narines, déforme elliptique, étaient amples, convenablement distantes l'une de l'autre, et aussi élevées que de coutume ; mais, immédiatement au-dessous d'elles, la surface supérieure de la mandibule était profondément déprimée, de façon à représenter comme une sorte de gouttière quadrilatérale, dont les côtés étaient formés par une portion fortement relevée des bords latéraux, tandis que le fond était constitué par la surface supérieure de la mandibule. Le bord antérieur de cette sorte de gouttière n'est autre que le bord mandibulaire lui-même, qui, durant l'occlusion du bec, se trouvait, à 0",02, en arrière de l'extrémité arrondie de la mandibule inférieure, normalement conformée.
Les cas dans lesquels l'anomalie est caractérisée par la brièveté ou l'exiguité de la mâchoire inférieure paraissent être moins rares que l'anomalie précédente chez lesManmiifères. Schubartli indique même quelques exemples de ce genre, dans lesquels l'arrêt de développement était poussé au plus haut degré ; mais il est vrai qu'ils ne sont peut-être pas tous authentiques. Cependant Aug. Béclard a vu, chez un enfant, la màciioire inférieure très-courte ; et, plus tard, Is. Geoffroy Saint-Ililaire, Gurlt, Alessandrini et Pûtz en ont fait connaître plusieurs exemples, observés chez le Daim, chez le Chien, chez le Mouton et chez deux animaux de l'espèce Bovine, dont lun aA'ait la tête entièrement affectée de nanisme, et dont l'autre était atteint d'atrichie partielle, en même temps que de nanocéphalie brachyotique.
Dans les divers cas de nanocéphalie que nous avons cités, toutes les fois que des renseignements suffisamment précis ont pu être recueillis sur ce point, on n'a retrouvé, ni chez les ascendants, ni chez les collatéraux, aucune trace d'anomalie semblable, et jusqu'à présent, aucune donnée certaine ne permet d'en expliquer l'origine.
Les remarques faites par Gurlt, sur les animaux atteints de nanocéphalie micrommatique, l'ont conduit à nous faire savoir qu'ils sont d'ailleurs assez bien doués pour survivre un temps plus ou moins long ; et, à l'égard de la nanocéphalie brachyotique, le seul cas quenous ayons observé nous conduit à formuler une conclusion semblable, puisque, quoiqu'il fût très-faible, le sujet de l'observation était âgé déjà de deux mois, lorsqu'il nous fut remis.
Quant aux êtres atteints de nanocéphalie brachygnatique, ils semblent subir très-inégalement les fâcheux effets de leur difformité. L'Alouette observée par W. Neubert était déjà forte et manifestement bien nourrie ; mais elle devait sa bonne apparence aux soins qu'on avait pris d'elle ; car elle ne pouvait pas manger seule, et bientôt elle mourut, ne voulant pas se laisser gaver. Chez l'Oie, âgée de sept mois, dont la mandibule supérieure était affectée de nanisme, l'aspect général de l'Oiseau et son poids (pris exactement) permettent d'affirmer que l'animal n'avait jamais souffert dans sa nutrition générale jusqu'au jour où on le sacrifia pour le service de la table ; ce qui s'explique, d'ailleurs, par l'usage qu'il faisait de sa langue et de sa mandibule inférieure, à la manière de l'Oiseau connu sous le nom de Bec-en-ciseaux {Rliijnchops nigra Linn.).
L'exemple publié par Gurlt, ayant été recueilli sur un Mouton adulte, autorise à penser que la brièveté de la mâchoire inférieure n'a pas dû apporter une
NANOMÉLIE. 595
entrave trop considérable dans Tallaitement, non plus que dans la préhension ultérieure des aliments. Quant au Bœuf sommairement décrit par Alessandrini, l'auteur de la notice qui le concerne nous apprend qu'il était seulement presque à ternie, quand on l'a recueilli. Deux jeunes Daims, observés par Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, et dont la mâchoire inférieure était d'un quart plus courte que dans l'état normal, ne pouvant léter qu'avec beaucoup de difticulté, n'ont vécu que très-peu de jours, malgré les soins que l'on prit d'eux; et, d'autre part, un Chien, chez lequel la différence de longueur des deux mâchoires était, il est vrai, peu considérable, a pu vivre plusieurs années, malgré la gène qu'il éprouvait à prendre ses aliments. 0. Larcher.
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\'AXO>lÉLlC (-javoç, nain , «D.o;, membre; en allemand, Zivergglieder). Ce nom sert à désigner tout un groupe d'anomalies, caractérisées psr le nanisme total ou partiel de l'un des membres ou de plusieurs d'entre eux. Chez les Nains, c'est-à-dire chez les êtres dont le corps entier, plus ou moins réduit dans toutes ses dimensions, est néanmoins régulièrement pi-oportionné dans ses diverses parties, le nanisme des membres disparaît, si l'on peut ainsi dire, sous le nanisme général ; et, par conséquent, il n'y a lieu de considérer comme nanomêles que les êtres qui, n'étant pas atteints de nanisme général régulier, ont les membres proportionnellement trop petits, mais sans être privés d'ailleurs d'une seule d'entre leurs parties constituantes.
La réduction dans les dimensions porte surtout sur la longueur ; ce qui tient non-seulement à ce que les os sont en l'éalité plus courts que d'ordinaire, mais aussi à ce qu'ils sont en même temps, le plus souvent, plus ou moins tordus.
Dans quelques cas, l'anomalie s'observe sur les quatre membres à la fois {Nanomehts brevipes Gurlt), et alors elle intéresse surtout les portions antibrachiale et jambière, ou seulement le levier terminal de chacun des deux membres thoraciques, en même temps que la jambe et le pied.
Les membres pelviens peuvent aussi être seuls atteints de nanisme {N. campyloscelus G.), soit isolément, soit simultanp'mpnt
396 NA.PÊE.
Il en est de même des membres Ihoraciques. Mais, déjà, les cas qui se sont présentés à l'observation permettent d'établir que l'anomalie est loin de se présenter toujours avec des caractères identiques. Le plus souvent, il est vrai, les membres trop courts sont en même temps tournés en dedans {N. brachychirus G.); mais, dans d'autres cas, où l'avant-bras est trop court et irrégulier, le membre est renversé de bas en haut {N. campylochiriis G.), et dans d'autres encore, la portion antibrachiale, outre qu'elle est trop courte, se trouve en même temps reliée à la poitrine par un pli cutané, qui rappelle la membrane alaire des Chéiroptères.
Les exemples denanomélie, quoique rares, ont été observés déjà dans l'espèce Humaine et chez quelques Mammifères, tels que le Veau, le Cheval, le Porc et surtout le Chien, cbez qui la nanomélie thoracique réalise parfois (mais seulement en avant) les caractères du Basset.
Nous ajouterons que, chez les Oiseaux, la nanomélie se rencontre aussi quelquefois et que l'anomalie, tantôt s'accuse déjà nettement dès la naissance, et tantôt ne devient manifeste que plus tard, quand on compare à ceux d'Oiseaux normalement développes les membres d'Oiseaux adultes, dont les organes de locomotion ont été arrêtés dans leur développement.
La nanomélie peut être associée à quelque autre anomalie, et notamment au nanisme total ou partiel de la tête; mais, le plus souvent, il n'en est pas ainsi.
En revanche, l'ankylose de quelqu'une des articulations du membre intéressé n'est pas absolument rare. Mais, du reste, à part la locomotion, qui ne peut habituellement se faire que plus ou moins péniblement, les nanomèles jouissent de l'intégrité des fonctions nécessaires à l'entretien de la vie, les organes dévolus à l'exercice de ces fonctions étant généralement conformés chez eux avec régularité. 0. Larchek.
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I^APÉE. Napœa L. Genre de plantes Dicotylédones, appartenant à la famille des Malvacées. Très-voisin des Sida, auquel il a même été réuni par Cavanilles, ce genre présente comme caractères : un calice à cinq dents, sans calicule ; cinq pétales ; de nombreuses étamines soudées par leurs filets en un tube ; un ovaire de cinq à dix loges, contenant iin seul ovule et surmonté de cinq à dix styles filiformes, portant sur leur partie interne des papilles stigmatiques. Le fruit est une capsule, dont les carpelles se séparent de l'axe à la maturité, et tantôt restent indéhiscents, tantôt s'ouvrent en deux valves.
La plante intéressante du genre est la Napée glabre [Napœa lœvis L.), qui vient spontanément dans la Virginie, et qui peut se conserver chez nous en
NiPHTALHYDRURES. 397
[jleiiie terre, à condition qu'on la couvre en hiver de litière. Elle a de grosses racines charnues, très-mucilagineuses, dont les propriétés rappellent celles de la guimauve; ses liges hautes et nombreuses, hautes de 2 mètres, portent des feuilles en cœur, palmatilobées, qui, dans leur jeunesse, peuvent donner un très-bon aliment, analogue aux épinards : elles sont émoUientes, diurétiques et légèrement laxatives. Les fleurs, placées plusieurs ensemble sur des pédoncules axillaires et terminaux, sont blanches, à pétales concaves terminés par une pointe très-tine.
On retire des tiges une filasse qui sert à faire de la toile.
Linné. Gênera, ii° 558. — Lamarck. Enajclopédie. Illustration des genres, pi, 579, fig. 1. — Dk Candolle. Prodromus. — Enulicher. Gênera Plantarum, n" 5289. — Bextiiast et UooKER. Gênera Plantarum, I, 201. Pl.
KAPEL. Nom donné à une espèce d'Aconit {voij. Acomt).
IV'.4PELLIXE (Chimie). La napelline est un alcali organique qui accompagne l'aconitine dans Y aconit napel [Aconitum napellus), et qui est bien moins actif que l'aconitine pure. C'est au mélange de ces deux alcaloïdes en proportions variées qu'est due la différence de l'énergie médicale des différents échantillons d'aconitine commerciale.
Pour séparer la napelline de l'aconitine brute, on traite cette dernière par uu peu d'éther; la partie insoluble dans ce véhicule est dissoute dans l'alcool et précipitée par l'acétate de plomb. On filtre et on débarrasse la solution de l'excès de plomb par l'hydrogène sulfuré, on filtre de nouveau et on ajoute du carbonate de potasse ; le tout est évaporé à siccité, et le résidu est repris par de l'alcool absolu ; la solution alcoolique, décolorée par le charbon animal, est abandonnée à l'évaporation spontanée ; la napelline reste comme résidu sous la forme d'une poudre blanche.
La napelline est peu soluble dans l'éther, mais l'eau et l'alcool la dissolvent en plus grande quantité que l'aconitine; la solution, très-amère, est alcaline et neutralise les acides, mais les alcalis ne précipitent pas la solution de ses sels.
LuTZ.
XAPHTALHlDRliRES. Svnoii. : Hijdrure de naphtaline; naphthydrine, Ç}W^ et C^"H'-. Le potassium se combine directement à la naphtaline et forme une combinaison qui a pour formule C'^H^K^ ; en traitant cette combinaison par de l'eau, on obtient de la potasse hydratée et l'hydrure de naphtaline C-^H'"
C^ofPK^ + [EW-f = C-2»Hi« -f- 2RI10^
M. Berthelot a obtenu le même composé en traitant à une haute température la naphtaline par l'acide iodhydrique. Suivant la quantité d'acide iodliydri([ue employée, et l'élévation de la température, on obtient l'un ou l'autre des deux hydrures. Avec 20 parties d'acide iodhydrique et 1 partie de naphtaline, eu chauffant à 180° on obtient le corps C-oH'"; avec une plus grande quantité d'acide iodhydrique le corps C^**H^- prend naissance.
L'hydrure de naphtaline est liquide, il bout vers 205°, il possède une odeur forte et désagréable. L'acide sulfurique fumant le dissout; l'acide azotique le transforme en produits nitrés sans dégagement de gaz. La chaleur le décompose en naphtaline et hydrogène. Le chlore et le brome donnent des produits de substitution. Lutz.
Ô98 NAPHTALINE (chimie).
XAPHTALilDiXE. Synon. de Naphtylami^e {votj. ce mol).
KAPnTAMXE. § I. Chimie. Synon. : Hydrure de naphlyle. O^W ou C"FrH. La naphtaline, découverte par Garden dans le goudron de houille, se produit quand on décompose, par une température fort élevée, des matières organiques fixes ou volatiles, en faisant passer les vapeurs de ces dernières, telles que le camphre, l'alcool, l'acide acétique, à travers un tube chauffé au rouge; on la trouve principalement dans le goudron provenant de la distillation sèche de la houille, de la résine et des huiles fixes, dans la fabrication du gaz de l'éclairage.
Pour extraire la naphtaline du goudron de houille, on choisit un goudron ayant séjourné à l'air pendant quelque temps ; on le débarrasse de l'eau qu'il renferme en le chauffant à l'air libre jusqu'à évaporation complète de cette eau, puis on le soumet à la distillation. Le premier produit de la distillation consiste en une huile jaune qui, refroidie à — 10°, laisse déposer de la naphtaline; le produit qui passe ensuite est tellement chargé de naphtaline, qu'il se prend déjà, à la température ordinaire, en une masse butyreuse. Vers la fin de l'opération, il passe une matière gluante de couleur orangée, principalement formée d'anthracène, produit qui a pris aujourd'hui une si grande importance dans la fabrication de Yalizarine artificielle.
On purifie la naphtaline impure ainsi obtenue, en la soumettant à un refroidissement de — 10°, et en exprimant le dépôt à l'aide d'une presse puissante; on fait cristalliser le gâteau à plusieurs reprises dans l'alcool, et on finit la purification par la sublimation.
Obtenu par sublimation ou par cristallisation dans l'alcool, la naphtaline se présente sous forme de belles lames rhomboïdales , très-minces, très-légères, blanches et d'un éclat gras. On peut l'obtenir en cristaux plus gros en soumettant sa solution dans l'éther à une évaporation spontanée que l'on retarde en bouchant incomplètement la fiole avec un cornet en papier. Au bout de plusieurs jours, on trouve le fond de la fiole recouvert de cristaux gros et parfaitement nets; leur forme est un prisme monoclinique ; OP. oc P. œP oo.
La naphtaline possède une odeur particulière, goudronneuse, très-persistante, sa saveur est acre et aromatique ; elle fond à 79° et bout à 212°; en la distillant avec de l'eau, elle passe aisément avec les vapeux-s d'eau. La densité de sa vapeur est 4f,53. L'eau bouillante en dissout une petite quantité, car elle se trouble un peu par le refroidissement. Elle se dissout facilement dans l'alcool, l'éther, les huiles grasses et essentielles. L'acide acétique en dissout des quantités notables. Les alcalis caustiques ne l'attaquent pas.
Action du chlore sur la naphtaline. Le chlore attaque facilement la naphtaline : celle-ci se liquéfie d'abord sous l'action du chlore, mais se solidifie de nouveau si cette action se prolonge ; on obtient ainsi plusieurs combinaisons cidorées soit par addition, soit par substitution du chlore à l'hydrogène de la naphtaline; nous avons étudié les principales de ces combinaisons au mot Chloro-naphtali.ne {voy. ce mot) .
Le brome agit aussi énergiquement sur la naphtaline, il y a substitution du brome à l'hydrogène de la naphtaline avec élimination d'acide bromhydrique. Le brome réagit aussi sur des naphtalines chlorées non complètement saturées, et il se produit ainsi des naphtalines chloro-bromées et des bromures de chloronaphtaline {voy. Ghlobo-naphtaline). Les combinaisons bromées de la naphtaline que l'on a obtenues sont les suivantes :
NAPHTHALTRIAMINE. 399
Naphtaline hromée. C*°H''Br''. Huile incolore, volatile sans décomposition. Une dissolution alcoolique est sans action sur elle. Le chlore la transforme en chlorure de broraonaphtaline. Le brome la convertit en naphtaline bibromée.
Naphtaline bibromée. C*'*H^Br^. On l'obtient en faisant réagir le brome sur la naphtaline monobromée. De liquide qu'il était, ce corps, sous l'action du brome, se solidifie bientôt, et renferme alors la naphtaline bibromée. On lu purifie par des cristallisations dans l'alcool.
Ce corps cristallise sous forme de longues aiguilles dont la section est un hexagone. Il est très-soluble dans l'alcool et dans l'éther. Il entre en fusion à 59". 11 se sublime sans décomposition. La potasse alcoolique ne l'attaque pas.
Naphtaline tribrome'e. C'^H^Br^. On l'obtient par l'action du brome sur la naphtaline bibromée à l'aide de la chaleur. Elle forme des aiguilles plates, blanches et très-fines, fusibles vers 60°.
Naphtaline quadribromée. C-'H^Br*. Pour l'obtenir, il faut distiller du bihromiire de naphtaline bibromée. II se dégage de l'acide bromhydrique et un peu de brome, et il distille une matière blanche qui constitue un mélange des deux substances. On fait fondre cette matière dans un tube de verre ; après le refroidissement, on en retire deux substances, l'une cristallisée en petits prismes courts et brillants, c'est le produit cherché, l'autre en fines aiguilles très-légères. Par l'agitation sur une feuille de papier, et en soufflant dessus, on les sépare très-facilement.
La naphtaline tétrabromée cristallise en prismes obliques à base oblique ; elle est peu soluble dans l'alcool et dans l'éther; la potasse alcoolique ne l'attaque pas. (Pour les dérivés de la naphtahne, voyez Chloro... Nitro... Sulfo-dérivés.)
LlTZ.
§ IL Emploi médical. La naphtaline a les mêmes propriétés médicales que le naphte {voij. ce mot).
A l'extérieur on en a fait usage en pommade contre celles des maladies de la peau qui réclament d'ordinaire l'emploi du goudron. La pommade d'Emery renferme 2 grammes de naphtaline pour 50 grammes d'axonge. On s'est servi aussi, dans les pansements, d'alcool naphtaline à la place d'alcool camphré, et l'on a employé comme agent à la fois résolutif et calmant une solution de 1 gramme de naphtaline dans quantité suffisante de chloroforme.
A Vintérieur, la naphtaline, prise à la dose de 50 centigrammes à 1 gi'amme ou plus, soit en sirop ou dans un looch, soit en teinture ou en tablettes, a rendu de grands services, suivant Dupasquier, dans le catarrhe chi'onique. D.
KAPHTnALTRIA.^lIXE ET XAPOTALTÉTRAMIXE. Deux bases organiques très-peu stables et que l'on ne connaît que dans leurs combinaisons avec l'acide iodhydrique. On obtient l'iodhydrate de naphtaltriamine en faisant réagir l'iodure de phosphore sur la naphtaline trinitrée C^H*(AzO*)' en présence de l'eau ; il se forme de l'acide phosphorique et de l'iodhydrate de naphtaltriamine, dont la composition répond à la formule suivante :
C^»H^*Az'P= HMAz%5HL
L'iodhydrate de naphtaltétramine prend naissance par une réaction analogue de l'iodure de phosphore sur la tétranitronaphtaline. Ldtz.
400 ÎS'APHTÈNE.
iXAPHTAMÉiRiE. Eli traitant les sels de naphtylamine {voy. ce mot) en solution aqueuse par des corps oxydants tels que le perclilorure de fer, le nitrate d'argent, le chlorure d'or, etc., il se forme un précipité d'une couleur azurée très-belle, qui peu à peu passe au pourpre. C'est à ce précipité que M. Piria donne le nom de naphtaméine. C'est une poudre légère, d'un pourpre foncé, insoluble dans l'eau, l'ammoniaque et la potasse caustique. L'acide sulfurique dissout la naphtaméine à froid, en formant un liquide bleu-indigo foncé. La naphtaméine est très-peu soluble dans l'alcool ; l'éther la dissout facilement. La chaleur la décompose avec dégagement de vapeurs rappelant l'odeur de la naphtylamine. LUTZ.
IVAPHTASE. En soumettant à la distillation un mélange de 1 partie de niti'o-naphtaline {voy. Nitro-naphtaline) avec 6 parties de chaux légèrement liydratée, il se dégage de l'ammoniaque, de la naphtaline, une matière huileuse et un corps solide qui reste attaché au col de la coi'nue sous forme de fines aiguilles, et à qui Laurent a donné le nom de naphtase. On recueille les cristaux, on les lave à l'éther et on les distille. La naphtase est un corps jaune insoluble dans l'eau et dans l'alcool, et presque insoluble dans l'éther; elle a la propriété de colorer en beau bleu violacé de grandes quantités d'acide sulfurique, même en n"y ajoutant qu'une très-faible quantité. En ajoutant de l'eau à la solution la naphtase se précipite sans altération. Lutz.
]%IAPHT£. § I. Cliiiuie. Voy. PilROLE.
§ II. Emploi médical. L'huile de naphte qui jouit, comme agent thérapeutique, de propriétés analogues à celles de la térébentiiine, est, comme elle, employée contre le catarrhe pulmonaire chronique, contre les affections nerveuses (névralgies et névroses) et contre les vers intestinaux. MJI. Ern. Cloquet, Morétin et d'autres l'ont préconisée contre les flux de ventre, particulièrement contre le choléra. On l'administre à la dose de 4, 6, 10, 15 gouttes et même davantage, suivant les cas, dans une potion ou dans des capsules.
La prépai'ation si répandue en Angleterre sous le nom de Médicinal Naphta n'est pas bien connue dans sa composition. Ce serait, suivant M. Hastings, de l'acétone. Quoi qu'il en soit, on l'emploie surtout contre les affections bronchiques lentes, et M. Durand-Fardel, qui s'en est procuré de véritable, assure qu'il s'en est très-bien trouvé dans le catarrhe des vieillards. D.
MAPHTÈXE. On retire de l'huile de naphte, par des distillations fractionnées, un hydro-carbure bouillant à 115" dont la densité de vapeur est de 3,90. MM. Pelletier et Walter lui on donné le nom de naphtène. Ce corps est très-probablement l'hydrure d'octyle C^IP".
On donne encore le nom de naphtène au groupe C^^W qui existe dans plu-
( AzH* sieurs composés naphtaliques, tels que la naphtène diamine C^'^W \ ..na' '^^'P^
qui résulte de l'action réductrice que le sulfhydrate d'ammoniaque exerce sur la dinitronaphtaline {voy. Naphtai.iine, les nitro-dérivés). Ce groupe existe encore
dans l'acide disulfonaphtalique G**'Hv ,^^yJ Ji {^oy. Naphtaline et les dérivés
sulfoconjugués). Lutz.
NAPHTIONIQUE. 401
niAPHTÉXlQL'E (Acide). Laurent a donné ce nom à un produit, de l'oxydation de la naphtaline au moyen du bichromate de potasse et de l'acide sulfurique; mais ce produit n'est autre que l'acide phtalique [voy. Piitalique (acide) j. L.
ÎVAPHTÉXIQUE (Alcool). C'est un corps solide cristallisé en prismes fusibles à une basse température, facilement soluble dans l'alcool et dans l'étlier, mais très-peu dans l'eau, et ne distillant pas sans altération. Sa formule est (]îo[ii308 Oj^ l'obtient en traitant la naphtaline par de l'acide hypochloreux, et agitant la solution aqueuse du produit de la réaction avec de l'éther ; le composé cristallisé que l'on obtient par l'évaporation de l'éther est l'éther chlorhvdrique de l'alcool naphténique. En chauffant cet éther avec une lessive de potasse caustique, neutralisant l'excès de potasse par l'acide chlorhydrique, et agitant la liqueur avec de l'éther, celui-ci s'empare de l'alcool et l'abandonne par l'évaporation. LUTZ.
IVAPIITHYDRÈXE. Voy. NaPHTALHYDRURES.
MAPHTIOXIQL'E (Acide). C^'^IPAz (S0')\ L'acide naphtionique est un produit secondaire de la préparation du thionaphtamate d'ammoniaque. Un chauffe dans un ballon de verre placé sur un bain de sable 1 partie de nitronaphtaline avec 5 parties d'alcool; quand la dissolution est achevée, on ajoute 5 paiiies d'une dissolution de sulfite d'ammoniaque de 1,24 de densité; on fait bouillir, en ayant soin d'agiter le mélange qui se colore d'abord en rouiie, qui vire bientôt en jaune et garde cette couleur jusqu'à la fin de l'opération. Au bout d'un certain temps d'ébullition, la liqueur prend une réaction acide à cause de la formation du bisulfite d'ammoniaque ; il faut immédiatement détruire cette acidité en ajoutant du carbonate d'ammoniaque en poudre; sans cette précaution, la majeure partie du produit serait détruite ou chanf^ée en une masse de matières résineuses. L'opération, qui dure environ 8 heures, est terminée quand une goutte du liquide versé dans un verre d'eau ne produit plus aucun trouble. On retire alors le vase du bain de sable ; par le repos, le liquide se divise en deux couches : la couche supérieure est une solution alcoolique des produits que l'on veut obtenir; la couche inférieure est une solution aqueuse de sulfate d'ammoniaque produit pendant la réaction, et de l'excès de sulfite d'ammoniaque employé.
La couche supérieure est évaporée en consistance sirupeuse, puis, abandonnée dans un lieu frais pendant 2 i heures, elle se prend en une masse cristalline d'un jaune orangé qui constitue le thionaphtamate d'ammoniaque. L'eau mère, trèsdense et incristallisable, renferme le naphtionate (ï ammoniaque ; on y ajoute de l'acide chlorhydrique en excès, Y acide naphtionique se précipite mélaniïé avec des substances résineuses d'un rouge violacé provenant de la décomposition d'une partie de l'acide thionaphtamique : on se débarrasse de ces substances par des lavages à l'eau et à lalcool, le résidu insoluble, l'acide naphtionique, encore impur, est transformé en sel de chaux et purifié par plusieui's cristallisations puis on précipite par un léger excès d'acide chlorhydi'ique ; l'acide naphtionique est recueilli, lavé à l'alcool et séché rapidement.
Propriétés. L'acide naphtionique se présente sous la forme de petits cristaux légers, blancs, soyeux, sans odeur ni saveur, l'eau froide en dissout à peine 1 millième ; il est un peu plus soluble dans l'eau bouillante, qui l'abandonne
402 NAPHTOIQUES.
par le refroidissement, en aiguilles blanches et brillantes. 11 est presque insoluble dans l'alcool.
Il rougit le papier de tournesol et sature parfaitement les bases pour formoides sels solubles dans l'eau et dans l'alcool ; ces sels cristallisent facilement, surtout de leur solution alcoolique. Leurs solutions aqueuses sont opalines, fluoiescentes, polychroïques ; suivant l'angte sous lequel on les regarde, elles transmettent de belles nuances rouges, violettes ou bleues. Pour produire cet effet, il suffit de dissoudre une partie de naphthionate de soude dans deux millions de parties d'eau. Lctz.
IXAPHTOCYARIIQIJE (Acide). ' C^^H^^Az^O*^ On obtient cet acide combiné à la potasse en faisant dissoudre a parties de binilronaphtaline {voy. NitroiSaphtaline) dans 58 parties d'alcool; on ajoute à la solution 6 parties de cyanure de potassium dissous dans 57 parties d'eau ; on fait bouillir le mélange qui. pendant l'ébullilion, dégage de l'ammoniaque, passe d'abord au rouge, puis au brun, et finalement à un vert bleuâtre assez pur. A ce moment, on retire du feu, on laisse reposer, puis on décante la liqueur claire; au bout de 12 heures, elle laisse déposer le naphtocyanate de potasse. Le sel est recueilli, dissous dans ^a plus petite quantité d'eau, et précipité par de l'acide chloi'hydrique ; il se forme du cblorui'e de potassium soluble et l'acide naphtocyanique se dépose.
L'acide naphtocyanique constitue une matière brune, brillante, insoluble dans l'éther, peu soluble dans l'eau, un peu soluble dans l'alcool, mais assez soluble dans l'alcool méthylique qu'elle colore en brun-rouge foncé ; cette solution neutralisée par de la potasse devient verte et prend ensuite une belle couleur bleue. Si l'on évapore cette solution de naphtocyanate de potasse à siccité, il en résulte TUie masse présentant un éclat métallique cuivré très-brillant, insoluble dans l'éther, mais soluble dans l'eau et dans l'alcool avec une magnifique couleur bleue, que les acides font virer au bleu verdâtre. Lctz.
IVitPHTOiQUES (Acides). C^-'ffO*^ C2''H8(C0^)». II existe deux acides sulfonapiualiques isomères « et ^ [voy. au mot Sulfo... les sulfo-dérivés de la naphtaline). Ces deux acides donnent naissance à deux nouveaux acides, isomères aussi, les acides naphtoïques « et p. On obtient l'un ou l'autre de ces acides en opérant soit sur l'acide sulfonaphtalique « ou sur l'acide j3.
On fait un mélange avec 1 partie de cyanure de potassium et de 2 parties de sulfonaphtalate de potasse « ou |3, selon que l'on veut préparer l'acide naphtoïque a ou p, et l'on soumet le mélange dans une cornue de grès, à un feu trèsdoux, et à îa distillation. Le produit de la distillation est du cyanure de naphtyle ou nitrile de l'acide naphtoïqiie. En décomposant ce composé par une solution alcoolique de potasse, il se forme du naphtoate de potasse, d'où l'on précipite l'acide naphtoïque par l'acide chlorhydrique ; on purifie cet acide par un lavage à l'eau froide et plusieui's cristallisations dans l'alcool.
L'acide naphtoïque a se présente en aiguilles incolores, fusibles à 160", peu solubles dans l'eau, plus solubles dans l'alcool bouillant, solubles dans l'éther. Chauffé avec précaution à 300", il se sublime en belles paillettes brillantes; distillé avec un excès de baryte ou de chaux caustique, il se dédouble en naphtaline et acide carbonique. Il se combine avec les bases et forme, en général, des sels insolubles ou peu solubles.
NAPHTO-LS. 403
Acide naphtoïque p. 11 est peu soluble dans l'eau bouillante, d'où il cristallise par le refroidissement en longues aiguilles. Il fond à 184° et distille audessus de 500". En le chauffant avec de la baryte caustique, il se dédouble comme l'acide « en naphtaline et acide carbonique. Les sels qu'il forme avec les bases sont moins solubles que le? naphtoates x. Lutz.
WAPHTOLS. C^^H^O'. (Alcools ou phlwols iVAPHTyLiQUES.) Il existe deux acides sulfo-conjugués de la naphtaline : les acides a. et j3 {voy. les sulfo-dérivés de la naphtaline). Chacun de ces acides peut donner naissance à un alcool ou phénol naphtalique, ayant la même composition, mais des propriétés différentes, selon l'acide qui les a produits.
Le mode de préparation de ces deux naphtols est le même. Si l'on emploie l'acide sulfonaphtalique a on obtient le naphtol a, avec l'acide p on ol)tient le naphtol p.
On prépare l'un des acides sulfonaphtaliques par le procédé indiqué {voy. Naphtaline, dérivés sulfuriques), et on le sature avec du carbonate de potasse ; on évapore à siccité à une douce chaleur, et on fait desséclier complètement le produit. D'un autre côté on fait fondre de la potasse caustique hydratée (le double en poids du sulfonaphtalate de potasse). Dans la potasse fondue, on introduit le uaphtalate de potasse réduit en poudre fine, en ayant soin de remuer le mélange; on continue de chauffer jusqu'à ce que la masse, qui s'est d'abord solidifiée, redevienne liquide. On coule le produit sur un marbre et on laisse refroidir. On fait dissoudre dans de l'eau bouillante et l'on filtre. La solution est décomposée par de l'acide chlorhydrique en léger excès ; il se dégage de l'acide sulfureux eu grande quantité et le naphtol se sépare sous la forme d'un liquide huileux qui se solidifie par le refroidissement. On le purifie par distillation avec la vapeur d'eau, et cristallisation dans l'eau bouillante.
Par l'action de la chaleur, l'acide sulfonaphtalique C-^H^S'^O® se dédouble en acide sulfureux, qui se combine avec la potasse, et en naphtol :
C2»H«S-0« = 280^ + C-ofl^O*.
Acide Acide Naphto).
sulfonaplitalique. sulfureux.
L'acide chlorhydrique décompose le sulfite de soude, sature l'excès de potasse et met le naphtol en liberté.
Naphthol «. II cristallise en aiguilles brillantes. Sa saveur rappelle celle du phénol. Les cristaux entrent en fusion à 92°; il est soluble dans l'alcool, l'éther, le chlorofor'me, presque insoluble dans l'eau fi'oide, peu soluble dans l'eau bouillante, de laquelle il se dépose par le refroidissement en aiguilles incolores et brillantes.
En traitant le naphtol par le chlorure d'acétyle, on obtient de l'acide chlorhydrique et l'éther acétique du naphtol ou acétate de naphtyle :
C^«H«0^ -f- C*ff0'-.C1 = HCl -f- C^'H'O. C^H'^O^
Naphlol. Clilorure Acide Acétate
d'acétyle. chlorhydrique. de naphtyle.
V acétate de naphtyle a est un liquide limpide, jaunâtre, insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool, l'éther et le chloroforme; l'ébullition avec de l'eau le décompose en naphtol et acide acétique.
Benzoate de naphtyle. Il est obtenu par l'action du chlorure de benzoïle sur
404 NAPIITULMINE.
le naphtol. Il est solide, cristallisable en prismes incolores, fondant à 50°, solubles dans l'alcool et dans l'cther, insolubles dans l'eau.
Naphtol p. Il se présente sous forme de petites lames brillantes, presque inodores, fusibles à 122°, insolubles dans l'eau, solubles dans l'alcool, l'éther et le chloroforme.
Vacétale de naphtyle (3 est solide, cristallisable en petites aiguilles brillantes exhalant une odeur d'anis, insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool et l'éther; l'ébuUition avec l'eau le décompose comme son isomère. Lutz.
IVAPUTOQUIXOXE. C^TPO'*. En traitant, à cliaud, de la naphtaline par du chlorate de potasse et de l'acide sulfurique, et en abandomiant le produit de la réaction à lui-même, il se dépose lentement des croûtes cristallines brunes, que l'on piu'ifie par des lavages à l'eau et à l'alcool. Ces cristaux constituent le chloronaphtosulfofpdno7îate de potasse.
Ce sel est; soumis ù la distillation sèche; il se dégage de l'acide sulfureux et des vapeurs jaunes-rouges qui se condensent. On traite par l'éther le produit de la distillation et le résidu charbonneux de la cornue. On obtient ainsi des solutions d'un jaune d'or, qui, après l'évaporation de l'éther, laissent un résidu jaune-rougeâtre ; c'est la naphtoquinone; on la purifie en la sublimant entre deux verres de montre. La na}(htoquinone constitue des lames molles, d'un beau jaune, assez peu solubles dans l'alcool et l'éther, en donnant des solutions d'un jaune d'or, et qui présente une belle fluorescence verte.
La naphtoquinone réduit à l'ébullition et en présence de l'ammoniaque les sè-S d'argent à l'état métallique ; elle se dissout dans la potasse alcoolique avec une couleur brun foncé. L'acide sulfurique concentré la dissout avec une belle couleur pourpre ; l'eau la précipite de cette solution sans altération. Ldtz.
XAPirroXALïQL'E (Acide). C-<'fFO'^ On obtient cet acide par l'oxydation de l'alcool naphténique [voij. ce mot). On l'obtient encore en faisant bouillir dans de l'eau de ])aryte l'acide cldoroxynaphtalique. Ce dernier acide se prépare en décomposant la naphtaline dissoute dans de l'acide sulfurique par le chlorate de potasse. Le produit de la réaction est épuisé par de l'eau bouillante. On agite la solution avec de l'éther, on sépare la solution éthérée et on l'évaporé; le résidu est repris par de la benzine ; la benzine évaporée à son tour laisse un résidu que l'on fait dissoudre dans de l'eau bouillante ; par le refroidissement, il se dépose des gouttes huileuses d'acide chloroxynaphtalique.
En faisant bouillir cet acide avec de l'eau de baryte, il se forme du naphtoxalate de baryte que, pour le purifier, on fait cristalliser ta plusieurs reprises, et que finalement on décompose par de l'acide sulfurique.
Séparé du sulfate de baryte et évaporé, il se présente sous la forme d'un magma épais qui, au bout de quelques jours, se prend en une masse cristalline radiée.
Cet acide est très-soluble dans l'eau, sa dissolution possède une réaction acide très-prononcée. 11 fond à 120" et reste encore longtemps liquide quand la température s'est abaissée, c'est un acide bibasicjue, dont les sels sont généralement .solubles dans l'eau; les sels acides cristallisent plus lacilemeut que les sels neutres. Lutz.
MAPHTUJLMiiXE. C'est une matière noire, légère, amorphe, non azotée.
NAPHTYLAMINE. 405
insoluble diins l'eau, l'ulcool, l'éther, insoluble également dans les dissolutions acides ou alcalines, mais soluble, avec une couleur bleu-indigo foncé, dans l'acide sulfurique concentré, d'où l'eau la précipite inaltérée ; on l'obtient en même temps que l'azodinaphtyldiamine de Perkin, par l'action du nitrite de potasse sur le chlorhydrate de naplitylamine.
ÎVAPHTYLAMIXE, XAPHTALIDIXE. XAPOTALIDAM. C^^lPAz. La
naplitylamine est une ammoniaque composée primaire, dans laquelle un équivalent d'hydrogène est remplacé par le radical naphtyle C^"ff :
H ] C^off \
H Âz. H Az.
Ammoniaque. Naphtylamine.
On l'obtient : 1" par la réduction de la nitronaphtaline {voij. ce mot) ; 2° par la décomposition du thionaphtamate d'ammoniaque par l'acide chlorhydrique ou sulfurique.
Préparatiox. \° Procédé de Zinin. On fait dissoudre 1 partie de nitronaphtaline dans 10 parties d'alcool saturé d'ammoniaque, puis on fait passer dans la solution un courant d'acide sulfhydrique tant que ce gaz est absorbé; ia liqueur possède alors une couleur foncée d'un vert sale, on l'abandonne pendant un jour. On chasse l'alcool par la distillation en ayant soin d'enlever les cristaux de soufre provenant de la décomposition de l'acide sulfhydrique, à mesure qu'ils se déposent. On continue la distillation jusqu'à ce que le résidu de la cornue se sépare en deux couches : la couche inférieure est de la naphtylamine impure, et la couche supérieure une dissolution de ce corps dans l'alcool faible. On sature le tout par de l'acide sulfurique, on purifie le sulfate de naphtylamine par plusieurs cristallisations, puis on décompose la solution de ce sel par de l'ammoniaque, qui précipite la naphtylamine.