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que, sur 1000 naissances vivantes, l'Angleterre n'en dénonce que 6 1 illégitimes; la Belgique près d« 73, la France et la Prusse 75 à 76, etc. A'oyons maintenant ce qui résulte de la 9^ colonne du l^'' tableau précédent : par 1000 femmes non mariées, et en âge de donner des naissances illégitimes, la France n'en a que 16,8 ; la Belgique lui reste un peu inférieure, 16,36 ; mais l'Angleterre que, d'après le rapport ci-dessus SjS^, on pouvait féliciter d'avoir moins d'illégitimes que les nations citées, se trouve maintenant occuper un rang moins bon que la Belgique ou que la France ; et la Prusse, qui semblait à peu près à notre niveau, en a beaucoup plus, 27,17 au lieu de 16,8 !

En somme, il n'y a que la Hollande et la Suisse qui ont une natalité illégitime décidément inférieure à la nôtre ; en Hollande, le fait est d'autant plus remarquable que la fécondité des épouses y est des plus considérables. La Suède a un taux assez élevé d'illégitimité (21 ,8), moins que la Prusse pourtant (23). Dans ce cas encore, si on jugeait d'après le rapport des naissances illégitimes aux naissances totales, la Suède, qui compte près de 96 illégitimes par 1000 naissances générales, semblerait plus mal partagée que la Prusse qui n'en a que 76, et pourtant c'est le contraire qui est vrai. Nous sommes heureux que la Suède, en publiant pour la première fois, en 1866, la population simultanément par âge, par sexe et par état civil, nous ait permis de .lui assigner le rang qu'elle mérite sous ce rapport. Pourquoi le Danemark est-il si riche en illégitimes qu'une fille danoise ait plus de trois fois plus de chances de commettre une naissance hors mariage qu'une fille hollandaise ou qu'une Suissesse? Enfin, en Bavière comme en la plupart des pays allemands, foisonnent les naissances illégitimes ; plus de deux à trois fois autant que la France, quatre ou cinq fois plus que la Hollande ou la Suisse, etc.

17. Inégale yroportion des femmes appelées à la maternité. Si on compare la 5* colonne, qui donne la natalité spéciale des femmes de 15 à 50 ans (ensemble des filles, épouses et veuves) avec la 7^ qui ne donne que la fécondité des épouses du même âge, on verra avec" surprise que la Belgique, si remarquable par sa fécondité des épouses, à telle point que la nôtre étant 100, celle des Belges devient 160, perd beaucoup de sa supériorité quand il s'agit de la natalité de toutes les femmes nubiles, ou de 15 à 50 ans; alors, notre natalité étant 100, celle de la Belgique n'est que de 125 ; la natalité illégitime, étant à très-peu près la même de part et d'autre, ne peut expliquer cette rétrogradation; mais ce qui en rend parfaitement compte, ce sont les nombres de la 15^ colonne, par lesquels on voit que, sur 1000 habitants, la Belgique ne possède que 249 femmes nubiles , c'est-à-dire un peu moins que nous, qui en avons 258. En outre, tandis qu'en France ces 258 nubiles comprennent 140 (15^ col.) épouses de 15 à 50 ans, c'est-à-dire (17'' col.) 542 épouses fécondes par 1000 pouvant l'être, en Belgique les 249 nubiles n'ont que 105,7 épouses, c'est-à-dire moins de 425 pour 1000! Ainsi, par 1000 habitants, nous avons 140 épouses aux âges de fécondité, et les Belges moins de 106. 11 est vrai que ce petit nombre d'épouses compense et bien au delà, par leur remarquable fécondité, les parcimonieuses œuvres maternelles de nos Françaises : car 1000 de ces épouses belges donnent par an près de 280 enfants vivants (5^ col.), tandis que 1000 des nôtres n'en ont guère que 123. Cependant, c'est ce petit nombre relatif des femmes mariées en Belgique qui explique pourquoi la Belgique nous dépasse beaucoup plus (160 : 100) par la fécondité des épouses que par celle de ses femmes en général (125 : 100) {Q" et 8^ col.) ; le grand nombre relatif de

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ses filles lui fait perdre une partie de l'avance qu'elle devait à la fécondité relative de ses épouses. Si, en outre, le lecteur désirait savoir pourquoi il y a si peu d'épouses en Belgique (elle en a moins qu'aucun autre pays), nous dirions que ces causes sont sans doute multiples, mais qu'il y en a une très-spéciale à la Belgique, c'est sa population monacale toujours croissante, puisque en 1846 on en comptait 27 par 10,000 habitants, 32 en 1856, enfin 38 en 1866; et 83 à 84 pour 100 de cette population monacale est féminine; cela constitue, pour la petite population belge, plus de 15,200 femmes adultes vouées à la stérilité [voy. un mémoire de l'auteur, in Bulletin de l'Académie royale de Belgique, 1876, p. 749). Cependant nous ne prétendons pas que partout ce soit là la seule cause du petit nombre relatif des épouses, puisqu'il y a d'autres pays, comme la Suisse, la Hollande, qui, sans égaler la Belgique par la maigre proportion des épouses, s'en approchent pourtant comme on peut le voir par la 15* colonne.

Nous pourrions poursuivre cette analyse de notre premier tableau pour chaque pays et chaque élément, en comparant chacun à tous les autres et en cherchan t à apprécier les causes des différences constatées, mais nous pensons qu'il nous aura suffi de le faire pour la Belgique.

18. Cependant, après s'être occupé de ses amis, il est sage aussi de se renseigner sur ses adversaires, surtout pour constater en quoi ils l'emportent. Je jette donc un dernier regard sur la Prusse; j'y constate que les épouses y sont relativement bien plus nombreuses qu'en Belgique, puisque par 1000 habitants on compte 168 femmes mariées dont près de 128 sont âgées de 15 à 50, ou encore que par 1000 femmes nubiles (15 à 50 ans), on trouve 666 épouses de tout âge, dont 506 âgées de 15 à 50 ans ; ces proportions, pour être bien supérieures à la Belgique, sont un peu inférieures aux nôtres, mais il n'y a pas lieu de nous en glorifier, car nos épouses semblent être d'autant plus parcimonieuses de conceptions qu'elles sont plus nombreuses. Au contraire les femmes mariées de Prusse, bien qu'un peu moins nombreuses que les nôtres, sont presque aussi fécondes que les épouses belges. Comme elles, elles produisent annuellement 27 à 28 enfants par 100 femmes, tandis que les nôtres n'en ont guère que 17 (5*^ colonne).

Aiasi, la Prusse possède à la fois un grand nombre d'épouses, et ces épouses sont des plus prolifiques! On voit pourtant que pour l'un ou l'autre rapport les femmes prussiennes n'atteignent pas le premier rang : nos épouses restent les plus nombreuses, et les épouses belges les plus fécondes. Mais pour la natalité générale de la nation, ces deux influences se combinent si bien que l'on voit la Prusse y prendre le premier rang et dépasser de beaucoup la plupart des autres nations de l'Europe par la rapidité de sa multiplication : ainsi 1000 femmes nubiles (15 à 50 ans) donnent chaque année plus de 150 enfants, et 1000 habitants de tout âge et de tout sexe, 58 naissances vivantes ! Et la Bavière et la Saxe en ont plus de 40 ! Ainsi, quand l'Allemagne produit 38 à 40 Prussiens, nous produisons 26 Français ! Nous dirons peut-être pourquoi à la fin de cet article.

Je laisse au lecteur le soin de continuer l'analyse de ce tableau, on voit combien il est fécond en enseignements.

19. Mouvement de lanatalité. Nous venons de constater combien la natalité est différente suivant les nations : qu'elle est chez nous des plus étriquées, et au contraire qu'elle est en Angleterre, en Allemagne et en Prusse, des plus touffues. Mais a-t-elle toujours été dans le passé, restera-t-elle toujours dans l'ave-

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nir ce que nous l'avons rencontrée en notre temps et la même pour chaque nation? Les mouvements, s'il y en a (accroissement ou diminution), sont-ils les mêmes dans les diverses collectivités ? etc. , etc. Pour répondre à ces questions pleines d'intérêt pratique comme tous les pronostics, il est d'abord nécessaire de remarquer qu'il y a le plus souvent deux catégories de mouvements :

Les deux mouvements de la natalité dans le temps. Les uns, plus apparents, sont accidentels, passagers, le plus souvent annuels, et tiennent à des perturbations sans durée : mauvaise récolle, guerre, chômage, etc. ; c'est en étudiant la natalité, année par année, que l'on en détermine les oscillations ; c'est en les rapprochant des événements sociaux et des changements météorologiques concomitants, que l'on a le plus de chance d'en saisir les causes. Nous allons en donner des exemples ci-après (p. 458), et nous les étudierons avec plus de détails et de soins à propos de notre pays, à l'article France (Démographie).

Les autres mouvements, presque essentiels, bien moins marqués, mais durables, tiennent aux conditions intimes de chaque nationalité, au développement insensible, mais continu, qui les entraîne dans un certain sens, mais quelquefois aussi aux lentes modifications climatologiques (Islande, etc.). Ces mouvements sont ordinairement très-lents, le plus souvent marqués par les fluctuations accidentelles ; ils se découvrent par la comparaison d'une série d'années plus ou moins nombreuses, mais au moins de périodes décennales,

20. Mouvements prolongés de la natalité. Nous avons donné à l'article Mor. TALiTÉ, p. 738, un tableau pour tous les pays de l'Europe où nous avons déterminé simultanément et mis en regard la matrimonialité, la natalité et la mortalité calculées depuis les documents les plus anciens. Nous ne croyons pas devoir reproduire ici ce tableau, mais en s'y reportant le lecteur constatera que, d'une façon plus marquée qu'aucune autre nation, la France présente un de ces mouvements continus dont nous parlons, et qui, plus ou moins dissimulé par les fluctuations annuelles, apparaît avec une régularité bien inquiétante, quand on a sous les yeux la succession des moyennes de sa natalité (naissance par 1000 habitants) pour les sept périodes décennales depuis 1801, à savoir : 52,9 — 51,7 — 50,6 — 28,7 — 27,3 — 26,1 — 26,5. En même temps on constate un fait singulier, sur lequel nous aurons à revenir lors de la supputation des causes, mais plus particulièrement à l'article France, c'est que notre matrimonialité ne diminue pas, elle semble plutôt tendre à la hausse; ce qui s'affaiblit, c'est la fécondité de nos ménages (p. 489), et c'est elle qui entraîne la rétrogradation de la natalité générale; car la natalité illégitime augmente plutôt, en effet, depuis 1851, par période quinquennale, elle devient successivement 15,6 — 15,6 — 17,1 — 17,5 — par 1000 femmes nubiles non mariées. Quoi qu'il en soit, voilà un exemple bien marqué d'un mouvement continu, et ici, déclinant; quand s'arrètera-t-il ?

L'Angleterre, dont nous n'avons, il est vrai, des documents exacts que depuis 1840, nous offre l'exemple inverse comme le montre la succession de sa natalité :

32.6 — 54,1 — 55 ; un peu aussi celle de la Prusse incomplètement donnée dans le tableau cité et que nous rétablissons ici par périodes décennales depuis 1843 :

37.7 57.6 — 58,1 ; de la Hollande : 54,7 — 55 — 55,5. La Suède, dont nous possédons les mouvements très-exacts depuis plus d'un siècle, nous offre d'abord une natalité régulièrement décimante pendant 40 ans, oij, de 36, elle tombe progressivement à 52. Pendant l'ère révolutionnaire, 1790-1800, elle se relève tout à coup à 35,4. Mais ensuite les guerres de l'Empire, en restreignant les

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mariages, la font descendre à 30,8 ; elle se relève à la paix dans les deux de'cades 1810-20 et 1820-'50 à 53,4, puis à 34,7 pour décliner ensuite et se maintenir dans les de'cades suivantes vers 51,5 à 32,5.

21. Mouvemenls passagers, annuels. Les exemples de mouvements continus, plus ou moins durables, étaLïii donnés, il nous reste à fournir des exemples des fluctuations annuelles accidentelles. Nous y satisfaisons par les tableaux suivants. En outre, aux articles Suède et Frasce nous donnerons la série entière et surtout pour notre pays.

Chercher à analyser tous ces mouvements serait évidemment beaucoup trop long et fastidieux, nous y reviendrons d'ailleurs aux articles particuliers des nations citées. Cependant, au moins comme exemple-type, — un mot sur ce qui s'est passé en Prusse. Depuis 1857, il y a en Prusse une tendance manifeste à la hausse, et de la matrimonialité, et de la natalité. Les 15 à 16 fiancés par 1000 habitants qu'on compte avant 1857 s'élèvent à 18, et aussitôt la natahté de 36 ou 35 s'élève à 39, et se maintient entre 37 et 39. Mais la guerre de 1866 contre l'Autriche, quoique heui'euse, fait rétrograder les mariages pour une année seulement à 15,5, et les naissances, pour les deux années suivantes, à 36,8. Elles remontent un moment en 1868-70; mais la guerre avec la France fait descendre les mariages dès 1870 à 14,7 et à 15,9 en 1871 qui ne compte plus que 33,8 naissances. A la paix, les mariages atteignent les plus hauts coefficients connus en Europe : 20,6 et 19,5 dans les trois années 1872-7i; dès lors la natalité monte également aux plus hauts chiffres : 39, î et -lO. Ainsi apparaît cette liaison intime entre les fluctuations de la matrimonialité et celles de la natalité qui leur sont subordonnées et ne se montrent souvent que l'année suivante. C'est d'ailleurs une succession rationnelle et qui semble presque nécessaire, pourvu qu'on ne l'étende pas aux mouvements lents et continus qui ont leur raison d'être dans des conditions plus intimes que nous discuterons plus loin.

22. Quelquefois les liaisons entre la natalité et la matrimonialité sont difficilement appréciables ; mais on les rend plus manifestes en dégageant, suivant notre méthode, les rapports de matrimonialité et de natalité des personnes qui, n'étant aptes, ni au mariage ni à l'accouchement, leur ôlenl la précision. C'est ce qu'on peut voir par les successions suivantes qui se rapportent à l'Angleterre {voy. III« tableau, p. 459).

Si, en effet, on parcourt de l'œil la pi^emière colonne de ce tableau, donnant la natalité générale, on verra que cette natalité y augmente sensiblement : après 1862 elle y atteint et dépasse toujours 35, excepté en 1869, date de graves perturbations du travail, de grèves, etc., qui, dès l'année précédente, avaient déjà abaissé notablement la matrimonialité générale comme le montre la colonne suivante. Et pourtant, malgré cet accroissement manifeste dans la proportion des naissances, il semble que la proportion des mariages diminue, ou tout au moins reste stationnaire.

Cependant, si au lieu de mettre en regard la proportion des mariages et des naissances à la population totale, on y met la matrimonialité des seuls mariables avec la seule natalité légitime, nous aurons des successions qui s'expliquent beaucoup mieux. D'abord une matrimonialité et une natalité l'une et l'autre croissantes, ce qui est naturel, puisque la matrimonialité des mariables augmentant presque continuement de 43 à 52 et au delà, la proportion des jeunes épouses aux âges de fécondité augmente aussi et partant la fécondité légitime

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