NÉGRITOS
menstruation. On peut assurer, quoique cet honneur lui ait été contesté, et que . la question ait été le sujet d'un vif débat {voy. Gaz. méd., année 1839, n» XLII, p. 672), que Négrier est le premier qui, en France, ait occupé l'attention du monde scientifique d'une théorie, admise sans conteste aujourd'hui, et qui consiste à déclarer que « la menstruation est un phénomène périodique commençant avec la puberté et finissant à l'âge critique, et qui dépend de la production et du développement de vésicules ovariennes, c'est-à-dire de la maturation d'un œuf qui est périodiquement développé, soit pour être expulsé avec le fluide menstruel par l'utérus, soit pour se greffer dans cet organe, si la fécondation a eu lieu, et y devenir la source d'un nouvel être. » Disons bien vite que cette idée d'attribuer la menstruation à l'action des ovaires n'était pas nouvelle lorsque Négrier publia son livre, et nous avons démontré nous-même [Mém. pour servir à Vhist. des malad. des ovaires, 1844, in-8°) que Friend (1729), Cruikshank (1797), CuUen (1737), Cabanis, Power (1852), Campbell (1835), Lee (1854), Moi-gagni lui-même, avaient émis à ce sujet et publié des observations faites post mortem, qui établissent sans conteste que la théorie ovarienne de la menstruation avait été perçue bien avant l'année où M. Gendrin et le médecin d'Angers combattaient sur le terrain de la priorité. Négrier était né à Angers, le 14 juillet 1792, et dès l'année 1810 il commençait ses études médicales, mais la conscription le réclamait comme tant d'autres jeunes gens de cette époque. A dix-neuf ans, il l'ecevait une commission de chirurgien de 3* classe aux hôpitaux de Belle-Ile-en-Mer, et au bout de six mois il passait, avec le même grade, dans le 82« de ligne alors en Portugal ; le 22 juin 1813, on le trouve au 3" réffiment des gardes d'honneur, avec qui il fit les campagnes d'Allemagne et de France. Le 17 mai 1815, il était attaché comme aide-major au 6'' lanciers, et servit jusqu'à Waterloo. Libre alors. Négrier reprend ses études, se fait recevoir docteur à Paris (2 février 1817), va se fixer à Angers, s'y marie (28 février 1821), est nommé (1827) médecin-adjoint du cours d'accouchements que professait Chevreul, succède à ce dernier, comme titulaire (20 avril 1838), et est enfin (1845) appelé à la direction même de l'école secondaire de médecine, qui lui resta confiée par deux renouvellements successifs en 1850 et 1854. Un grand malheur hâta la mort de ce médecin distingué, de cet homme de bien. Frappé au cœur par la moi't de sa fille aînée (sept. 1859), il tomba dans une sombre mélancolie, accompagnée du naufrage de la raison, et il mourut le 31 janvier 1862, laissant les travaux suivants :
1. Dissertation sur l'emploi des bandelettes agglulinatives dans le traitement des ulcères atoniques des ïambes. Th. doct., Paris, 6 févr. 1817, n" 23. — II. de l'emploi des trochisques de minium dans le traitement des ulcères fistuleux très-étendus. In Arch. gén. de méd., t. XVII, 1828, p. 360-1570. — III. Recherches anatomiques et physiologiques sur les ovaires dans Vespèce humaine, considérés spécialement sous le rapport de leur influeiice dans la menstruation. Avec 11 planches lithographiées par M. Bead, d'après les dessins de M.Lebiez. Paris, 1840, in-S». — lY. Mémoire sur le traitement des affections scrofuleuses par les préparations de feuilles de noyer. In Arch. gén. de méd., t. X, p. 399 ; t. XI, p. 41 ; 1841. — V. Sur la longueur et la résistance du cordon ombilical. In Annales d hyg. publ. et de méd. légale, janvier 1841. — VI. Note sur un moyen très-simple d'arrêter les hémorrhagies nasales. \n Arch. gén. de méd., t. XIV, 1842, p. 168. — VII. Mémoire sur la crâniotomie par le crochet aigu (présenté à l'Acad. de méd. en 1845). — VIII. Recherches et considérations sur les fonctions du col de l'utérus. Paris, 1846, in-S". — IX. Recueil de faits pour servir à Vhistoire des ovaires et des affections hystériques de la femme. Angers, 1858, in-S". — X. De ta rétroversion de V utérus dans l'état de grossesse. In Gaz. méd., 1859. A. C.
I^ÉGRITOS. Il a été parlé déjà des négritos {negritos del monte, petits
nègres de la forêt ou des bois) à l'art. Nègres, p. 70. Nous nous bornerons ici à quelques lignes destinées à rappeler les caractères généraux du type. Cette caractéristique, déjà indiquée par plusieurs auteurs (voy. Malaisie), a été complétée par M. de Quatrefages, dans le bel ouvrage qui a pour titre Crania ethnica, et dans diverses autres publications. Comme ses devanciers, il signale la petite taille (de laquelle est dérivé le nom de négritos), les cheveux laineux et la couleur noire particulière de la peau; la taille moyenne, sur quinze sujets, a été trouvée de l'",i7 ; les cheveux sont implantés par touffes, roulés en spirales comme ceux des Papous, des Tasmaniens et des Hottentols. Mais M. de Quatrefages insiste particulièrement sur la brachycéphalie. Sur cinq crânes, l'indice céphalique a donné 82,51. La peau est glabre, même celle de la face.
Les représentants actuels du type sont les Mincopies des îles Andaman, les Semangs de Malacca et les Aëtas des Philippines. Les Mincopies ont ceci de particulier que leur front est bombé, leur face courte, large au niveau des pommettes, les yeux arrondis, le nez particulièrement large à la base, les lèvres peu fortes et peu retroussées, eu égard à la race, le bas du visage arrondi, (Voij. Malaisie, Nanisme, Nègres). D.
IVEGUKDO. Section du genre Érable {voy. ce mot), conservée comme genre distinct par quelques auteurs et dont le type est l'Erable à feuilles de Frêne [Negundo fraxinifolia ou Acer ISegundo). H. By.
IVEDAI. Voy. AiNGIOPTÈRES.
1\EIFELD (Ernst-Jeremias) , né à Zduny, en Pologne, vers 1720, fit ses études médicales à Brieg et à Leipzig, prit son grade de docteur à l'Université de cette dernière ville en 1744, et par la suite accepta le poste de médecin stipendié à Lissa, où il fut nommé en même temps conseiller à la Cour royale de Pologne. Neifeld mourut en 1772. 11 était membre de l'académie des curieux de la nature et a laissé un certain nombre d'écrits qui ne manquent pas de mérite, entre autres un traité de médecine pratique que sa mort interrompit et dont la première partie seule a paru. Ce volume traite spécialement des maladies de l'appareil circulatoire, des fièvres, des exanthèmes, des inflammations et des hémorrhagies. Voici du reste l'énumération des ouvrages de Neifeld :
I. Dissert, de genesi coloria febrimn intermittentiiim. Lipsiffi, 1744, in-4°. — II. Abhandlung vom Altwasser-Sauerbrunnen in Schlesien. Zûtlichau, 1752, in-S". — III. Spécimen primum de secretione humorum in specie, ex mechanica solidorum structura fluidorumque genio demonstrata. Ziillichau, 1757, in-8°. — IV. Spécimen II (même sujet). Gtogavi», 1763, in-8°. — V. Physikalische Abhandhtng von der goldenen Ader, welche sowohl die Eigensc/iaften, Wirkungen und Ursachen, wie auch die Heiiungsart derselben 171 sich fasset. Ibid., 17(31, in-8°. — VI. Ratio medendi morbos circuli sanguinei, monumentis prœstantissimorum medicorum tum veterum, tum vel maxime recentiorum superstructa. Wratislavife, 1712, in-8°. — VII. Prœfatio volumini tertio Primitiarum physicomedicaruni, ab iis quiin Polonia et vicinia ejus 7nedicinam faciunt coUectarum (ZitUichau, 1753, in-8) praeflxa. (11 a publié plusieurs mémoires dans ce recueil.) L. Hn.
!VEieE. Les nuages suspendus dans les régions supérieures de l'atmosphèit se composent de globules aqueux lorsque la température ambiante est au-dessus de zéro, mais, quand elle est au-dessous du point de congélation, l'eau passe à l'état de glace. Dans les grandes ascensions aérostatiques, les observateurs ont souvent traversé des nuages composés de ces particules glacées, notamment dans celle du 26 avril 1875. exécutée par MM. Crocé-Spinelli, Jobert, A. Penaud,
Pétard et Sivel; ces nuages flottaient entre 1,500 et 2,500 mètres d'altitude {Co7nptes rendus, t. LXXVl, p. 1472). Dans la funeste expédition où Sivel et Grocé-Spinelli perdirent la vie, M. Tissandier dit {Ibid., t. LXXX, p. 1060) qu'à 7,000 de hauteur : « la nacelle était entourée de cirrus compacts qui offraient l'aspect de masses solides cristallisées. » Dans l'ascension du 26 juin 1865, M. Glaisher traversa deux fois, entre 2,900 et 4,700 mètres, un nuage formé de flocons de neige composés de petits cristaux groupés sous des angles de 00" à 70''. Enfin M. G. Tissandier (Ibid., p. 452), faisant une ascension le 8 novembre 1868, par un temps de neige, a traversé, entre 1,000 et 1,800 mètres, un nuage dans lequel les cristaux se groupaient pour former les flocons qui tombaient quelques instants auparavant sur le ballon : le thermomètre était à — \°,Q (Voyayes aériens, p. 455). On voit que la neige se forme au milieu des nuages, à des hauteurs variables, suivant la température de l'atmosphère. Dans les pays froids, on est quelquefois entouré de brouillards dans lesquels flottent de fins cristaux de glace. Dans les régions supérieures à 8,000 mètres, où naviguent les nuages blancs et légers connus sous le nom de cirrus (voy. le mot Nuage), l'eau est toujours cristallisée, comme le prouvent les phénomènes optiques qui se manifestent dans ces nuages.
Les formes régulières des cristaux qui composent les flocons de neige avaient déjà frappé Descartes et Kepler; mais c'est l'illustre navigateur Scoresby qui, dans ses nombreux voyages arctiques, les a observées et figurées avec le plus de soin. Ces cristaux sont réunis, sous les angles de 30, 60 et 120 degrés, comme ceux qui se forment pendant le froid sur les vitres des fenêtres. Les formes des cristaux et des flocons de neige varient, même dans une seule averse, lorsque la température ou la direction du vent viennent à changer. Scoresby les a ramenées à cinq types principaux sous lesquels se rangent de nombreuses variétés ; on les trouvera figurées dans son livre sur les Régions arctiques et à la planche IV de la traduction française du Cours de météorologie de Kaemtz. Voici les types principaux : 1° Cristaux lamellaires réunis sous forme d'étoiles à six rayons, ou des hexaèdres réguliers , ou des combinaisons de figures hexaédriques avec des rayons et des angles saillants ; 2" des flocons à noyau sphérique avec rayons ramifiés ; 3" de fines aiguilles ou prismes à six pans ; 4" des pyramides à six faces (très-i^ares) ; 5® des aiguilles ou des prismes portant des lamelles polyédriques à six facettes, formes également très-rares. Les variétés s'élèvent probablement au nombre de plusieurs centaines. La grosseur des flocons de neige n'est pas toujours la même. Par les temps froids, avec un air agité et sur les hautes montagnes, ils sont petits et compacts ; mais dans la plaine, par les temps de dégel et un air calme, les flocons sont gros, mous, composés de longs cristaux voisins du point de fusion : ils airivent souvent au sol entièiement fondus ou se fondent à son contact.
Dans les pays froids, il neige dans toutes les saisons : ainsi, le 15 août 1859, j'ai vu la corvette la Recherche couverte de neige dans Magdalena-Bay, au Spitzberg, par la latitude de 79054'. Il en est de même sur les hautes montagnes. Cependant en été, lorsque l'on voit de la plaine les Alpes ou les Pyrénées blanchies par la neige à la suite du mauvais temps, cette neige est souvent du grésil, comme je l'ai constaté maintes fois pendant mes séjours sur le Faulhorn, en Suisse, à 2,684 mètres au-dessus de la mer. Au printemps, dans tous les pays habités, la neige qui couvrait le sol fond en hiver et disparaît pendant l'été. Cependant il est des régions qui n'en sont jamais complètement délivrées;
ce sont les régions arctiques et antarctiques qui culourent les deux pôles de la terre, et les hautes montagnes qui de la plaine paraissent toujours couvertes de neiges : la ligne au-dessus de laquelle les montagnes nous apparaissent toutes blanches en été est connue, en géographie physique, sous le nom de ligne des neiges éternelles. On la considère comme coïncidant avec le bortl de la mer au Spitzberg, s'élevant à 800 mètres dans le nord de la Norvège, à 1,600 mètres dans le sud de cette péninsule, à 2,700 mètres dans les Alpes, 2,750 dans les Pyrénées, 3,400 sur la Sierra-Nevada d Espagne, et enfin 5,400 sous l'Equateur, en Bolivie. Cette expression de ligne des neiges éternelles est inexacte. Il n'y a pas de neiges éternelles, mais des glaces éternelles : en effet, la neige qui persiste en été fond partiellement à la surface, même sur les plus hauts sommets et les pays les plus froids, se pénètre d'eau, regèle et passe à l'état de névé on neige granuleuse. Si elle fond de nouveau, regèle encore, elle tinit par se convertir en glace compacte. Ce sont les glaciers suspendus aux flancs des montagnes qui forment cette prétendue ligne des neiges éternelles : elle correspond à la limite inférieure des glaciers dits de second ordre, qui restent suspendus aux flancs des montagnes et ne descendent pas, semblables à des fleuves solides, dans les vallées habitées, telles que celles de Chamounix, de Grindeiwald, de Zermatt, etc.
Dans tous les pays, le nombre des jours de neige est très-variable, et les météorologistes les englobent, en général, dans les jours de pluie; ainsi ils ne sont pas indiqués dans le Résumé général des observations pluviométriques de l Observatoire de Paris, qui a paru dans V Annuaire météorologique de Montsouris pour 1875. A Montpellier, j'ai constaté {Bulletin du Comité météorologique de l'Hérault pour 1874) que, de 1852 à 1876, il y a eu neuf hivers qui en ont été totalement exempts, quatre où la terre a seulement été blanchie pendant quelques heures; mais il y en a eu trois, 1855, 1870 et 1875, où une couche de neige épaisse a persisté sur le sol pendant une ou plusieurs semaines. Dans son ouvrage sur le Climat de V Italie, M. Schouw compte en moyenne 6 jours de neige à Vérone, 8 à Milan, 0,4, c'est-à-dire moins d'une demi-journée, à Nice, 1,6 à Rome et 2,6 à Palerme. A Gibraltar, en Algérie et dans les plaines de la Grèce, la neige est une apparition des plus rares. Quelquefois, cependant, des courants polaires .exceptionnels amènent des chutes de neige dans des pays où elles sont inconnues. Ainsi le courant d'air froid qui de 3Ioscou descendit vers le midi de l'Europe en janvier 1855 amena à Montpellier un abaissement de température de 18»,0 centigrade, et une chute de neige de 40 centimètres. Toutes les côtes de l'Asie Mineure et de l'Afrique jusqu'au Caire furent couvertes de neige ; des gazelles moururent de froid dans le désert, et les Pyramides d'Egypte apparurent, au lever du soleil, blanchies d'une légère couche de neige qui disparut bientôt.
La mesure de la quantité de neige tombée présente des difficultés que les météorologistes n'ont pas encore complètement résolues. En effet, on peut constater, après une chute de neige accompagnée de vent, qu'elle s'accumule trèsinégalement à la surface du sol, suivant son orientation et sa configuration par rapport au vent régnant, et même par suite des tourbillons accidentels qui la chassent dans des directions souvent opposées. Tout le monde a constaté qu'elle s'accumule en aval des saillies du terrain, des poteaux, des troncs d'arbres, etc. 11 en résulte que les pluviomètres ordinaires en reçoivent des quantités fort différentes. On voit même que, dans l'intérieur de la concavité conique du plu-
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viomètre, la neige s'est accumulée sur la partie qui regarde le vent, tandis qu'il n'y en a que peu ou point sur la partie opposée. Cet instrument ne reçoit donc qu'une proportion variable de la neige tombée et ne peut pas même fournir des données approximatives. La meilleure méthode me paraît être celle qui consiste à choisir une surface horizontale abritée du vent, où la couche de neige tombée ait une épaisseur sensiblement la même : on mesure d'abord directement cette épaisseur avec un mètre divisé. C'est déjà un élément important ; mais comme la neige a une densité très-inégale, suivant qu'elle est floconneuse, granuleuse ou poussiéreuse, on détache sur la couche un cylindre dont le diamètre soit égal à l'ouverture du pluviomètre employé pour mesurer la pluie, et la hauteur celle de la couche de neige qui couvre la surface choisie ; on met ce cylindre dans le pluviomètre, qu'on transporte dans un lieu où la température soit supérieure à zéro, et on mesure ensuite la quantité d'eau que la fusion de la neige a fournie. On peut alors ajouter cette quantité à celles de la pluie et obtenir ainsi une somme qui représente la quantité d'eau que le sol a reçue dans le courant de l'hiver ou de l'année.
Une couche de neige emprisonnant une grande quantité d'air est un corps très-mauvais conducteur de la chaleur. C'est elle qui, dans les grands froids, garantit contre les gelées les semailles d'automne, soit qu'elles aient déjà germé, soit qu'elles soient encore à l'état de graine; c'est elle aussi qui, malheureusement, rend le même service aux larves et aux œufs des insectes nuisibles enfouis dans le sol. Pour les grands végétaux, tels que les ai'bres, la neige a de grands inconvénients ; elle charge les branches qui rompent souvent sous le poids, gèle les bourgeons délicats et même les feuilles, si elle se glace en fondant, de manière k se convertir en verglas. L'eau qui résulte de cette fusion s'infiltre souvent dans les bois tendres et les pourrit. Cet effet est surtout sensible sur les grands végétaux monocotylédonés, tels que les Yucca, les Palmiers, les Dracœna, les Agave, que l'on cultive en pleine terre dans le midi de la France. Ces arbres sensibles au froid craignent encore plus la neige.
Pour l'homme, une neige fine et poussiéreuse a moins d'inconvénients que la pluie, elle ne mouille pas et on s'en débarrasse en secouant son manteau; la neige floconneuse mouille quand elle fond au contact des vêtements. Dans les régions arctiques, la neige est un excellent abri ; les voyageurs qui les ont parcourues se creusaient des terriers pour passer la nuit ou se construisaient des huttes quand, passée à l'état de glace, elle peut se tailler comme la pierre. Étant mauvaise conductrice, la chaleur du corps des voyageurs couchés dans cette cabane improvisée et une simple lampe d'alcool suffisaient pour élever la température de l'air à un degré voisin de zéro. Quelques planches minces, séparant le dormeur de la couche glacée, le garantissent de l'influence, funeste pour la santé, du froid et de l'humidité résultant de la fusion de la neige provoquée par h chaleur de son corps. En plein air, la neige est un danger pour les pieds lorsque l'on est immobile, ou même quand on marche, lorsque cette neige est à une température très-inférieure à zéro. Ainsi sur le mont Blanc, au-dessus du grand plateau, nous enfoncions jusqu'aux mollets, Bravais, M. Lepileur et moi, dan? une neige dont la température était à 1 1 degrés au-dessous de zéro ; la raréfaction de l'air et la forte pente nous empêchant de monter vite, nos pieds étaient douloureusement refroidis : nous les frappions avec nos bâtons pour les réchauffer. Au sommet, ce fut encore pis, car la température de cette neige farineuse était de — 17o.6 à la surface et — 14o,0 à 20 centimètres de profondeur.
NEILL (les). 83
Aussi l'un de nous eut-il un commencement de congélation du gros orteil, devenu blanc comme de la cire, mais où la circulation fut rétablie au moyen de frictions énergiques avec la neige, puis avec la laine. M. de Tilly, qui fit l'ascension du mont Blanc le 9 octobre 18!24 avec des chaussures ordinaires, et eut l'imprudence de réchauffer ses pieds dans un sac en peau de mouton, perdit presque tous ses orteils par la gangrène. On sait que de nombreux cas de congélation ont eu lieu devant Sébastopol, pendant les deux hivers que les armées alliées passèrent devant cette nouvelle Tioie. Ils ne sont pas rares en Afrique, lorsque les corps de troupes traversent des plateaux ou des cols couverts de neige. La neige fondante est aussi dangereuse que la neige pulvérulente. En passant de l'état solide à l'état liquide, la neige absorbe la chaleur de tous les corps en contact avec elle; l'eau à zéro pénètre les chaussures et agit sur les pieds à l'état de froid humide. Dans les tourmentes hibernales, la neige pénètre les vêtements les plus imperméables et les mieux fermés, arrive à la peau qu'elle refroidit directement, elle fouette incessamment le visage, produit un étourdissement continu qui dégénère bientôt en vertige. Alors le pauvre voyageur égaré, transi de froid, ne voyant plus à deux pas devant lui, est pris d'un besoin de dormir irrésistible; il sait que ce sommeil, c'est la mort, mais perdu, désespéré, il cherche en tâtonnant quelque roche, et, s'abandonnant pour ainsi dire lui-même, il se couche pour ne plus se relever. Son pouls se x'alentit peu à peu, comme dans la léthargie, et il meurt de froid comme on meurt d'inanition. L'énergie morale est dans ce cas le seul moyen de salut ; il faut à tout prix résister au sommeil, marcher, trépigner, presser les bras contre la poitrine, lutter, en un mot, contre le froid par l'exercice musculaire. Tels sont les dangers que la neige fait courir à l'homme dans les pays froids, et accidentellement dans nos régions tempérées, sm' les montagnes et même dans les plaines, où des voyageurs ont souvent péri à une faible distance de la maison où ils eussent trouve un abri.
Ch. Marti^'s.
]\EILL (Lps).
iN'eiil (HE^'Rv), médecin américain; naquit en Pennsylvanie vers 1780, lit ses études médicales à Philadelphie, où il obtint le diplôme de docteur le 10 avril 1808. Il fut nommé quelque temps après médecin au Lying-in-Department ofllie Alms-House Infirmary. Il a publié divers articles dans les journaux américains ; nous connaissons de lui :
I. An inaug. dissert, on Bubonocele. Philadelphia, 1808. — II. On Ihe Emploijment of Leeclies in Erysipelas. InNorth American Med. a. Surg. Journ.,t. I, p. 295, 18'26.