Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.65
XEZ. Cet article ne traitera spécialement du nez qu'au point de vue anatomique ; an point de vue pathologique, il comprendra les questions relatives à la pathologie du nez, des fosses nasales et de la cavité naso-pharyngienne. Cette manière de faire est imposée par la rédaction antérieure de la région nasale à propos de laquelle le regretté professeur Dolbeau n'a étudié que la question anatomique.
8 I. Anatoniie. Le nez est l'organe protecteur de l'appareil olûictif, à l'égard duquel il joue un rôle analogue à celui des paupières vis-à-vis de l'organe de la vision. De plus, par sa forme et sa disposition, il réunit les émanations odorantes pour les diriger vers la membrane de Schneider, absolument comme le pavillon de l'oreille réunit les ondes sonores.
Placé au milieu du visage, au-dessous du front, entre les deux joues, immédiatement au-dessus de la lèvre supérieure, le nez affecte la forme générale d'une pyramide, ou plutôt d'un auvent appliqué au devant des fosses nasales- Le sommet tronqué de cette pyramide se continue avec le front et prend le nom de racine du nez ; sa base est percée de deux ouvertures ovales constituant les narines.
Les deux plans latéraux de l'auvent se réunissent sur la ligne médiane en formant une arête à laquelle on donne le nom de dos du nez, arête tantôt rectiligne, tantôt convexe, tantôt légèrement concave.
Le dos du nez est généralement séparé du front par une rainure transversale. Chez quelques sujets, cette rainure est peu apparente ; les statuaires grecs semblent avoir fait de son absence un idéal de beauté, car dans toutes leurs statues le nez se continue en ligne droite avec le front. Chez d'autres sujets, au contraire, la démarcation est si profonde que le nez paraît brisé à sa base. Le dos du nez se termine inférieurement par une petite éminence arrondie, le lobule du nez ; chez un grand nombre d'individus, on remarque sur cette éminence un sillon continuant l'arête du nez, sillon qui indique la ligne de séparation des deux cartilages des narines; alors même que ce sillon n'est pas visible à l'œil, il reste sensible au toucher.
Les deux pans latéraux de l'auvent nasal sont beaucoup plus étroits à la racine du nez qu'à la base. Ils sont limités en haut par le front; en dehors par le sourcil, le grand angle de l'œil et le sillon naso-génien, qui se continue en bas avec le sillon naso-labial ; en dedans par le dos du nez. Légèrement con . caves, de haut en bas, au niveau du grand angle de l'œil, les pans latéraux deviennent légèrement convexes en descendant vers les narines ; ils présentent,
DICT. EKG. 2' s. XllI. 1
2 KEZ (anatomie).
vers leur partie inférieure, une rainure demi-circulaire, à concavité inférieure, rainure qui délimite les ailes du nez, parties dont les mouvements contribuent puissamment au jeu de la physionomie et à l'expression des passions ; cette rainure se continue en dehors avec le sillon naso-labia!.
La base du nez présente les orifices des deux narines, orifices limités en dehors par le bord des ailes du nez, en dedans par le bord inférieur de la cloison des fosses nasales (cloison qui continue jusqu'au dos du nez la séparation des fosses nasales), en arrière par le bord antérieur du plancher des fosses nasales. Ces orifices ont une forme elliptique ou semi-lunaire, à grosse extrémité dirigée en arrière ; ils sont garnis de poils raides appelés vibrions, dont la fonction consiste à filtrer l'air et surtout à arrêter au passage les corpuscules étrangers qui pourraient s'introduire dans les narines.
Chez la plupart dos sujets, la base du nez est perpendiculaire au plan du visage et les narines regardent directement en bas ; chez quelques individus , cependant, la base du nez est légèrement dirigée en haut et en avant. Il est à remarquer que la base du nez est située un peu au-dessous du plancher des fosses nasales; il résulte de là que l'on ne peut examiner ces fosses sans relever la pointe du nez.
La forme du nez présente de nombreuses variétés, suivant les individus. On s'accorde à ranger toutes ces variétés en trois groupes principaux : les nez proéminents, les nez retroussés et les nez aplatis ; aux nez proéminents se rattachent les nez aquilins, nez dont le dos est mince et le lobule très-effilé, et les nez grecs. Les nez retroussés présentent un lobe pointu et légèrement relevé, et donnent à la physionomie un caractère tout particulier d'espièglerie. Les nez aplatis ont un dos plat, un peu concave ; leurs ailes sont très-lai'ges et les narines légèrement tournées en avant.
M. le docteur Topinard a, dans un mémoire intéressant {Bull, de la Soc. d'anthrop., 2^ série, t. Mil), indiqué et résumé en tableau les particularités de dimension, de forme, de direction, propres à établir la caractéristique morphologique du nez. Voici ce tableau :
Hauteur maxima j Indi
Largeur maxima
Saillie maxima
Angle d'inclinaison.
ce transversal.
I Indice antéro-postêrieur.
Dos
Direction.
Base.
rectiligne.
coudée ou bosselée, convexe (variété aquilin).
concave (variété retroussé), en toit.
Forme \ arrondie.
épatée.
(distinct [variétés pincé, trilobé), non distinct, dépassant les narines.
Ailes I Rapprochées.
( divergentes.
elliptique.
forme \ arrondie.
spéciale.
grand axe
Nmnes > jeur plan regardant
sensiblement. .
direction de grand axe .
leur
petit.
grand.
en bas.
en avant.
en arrière.
en dedans.
antéro-postérieure.
oblique.
transversale.
La variation des formes extérieures du nez dans les différentes races est plus loin l'objet de considérations spéciales qui n'auraient pu être introduites ici sans rompre l'unité de l'article. {Voy. plus loinNEz[ANTHROPOLOGiE] et Ethinocraphie.)
Nous ne croyons pas non plus devoir nous arrêter à la part que le nez peut prendre à l'expression de la physionomie. {Voy. Physionomie.) Disons seulement ici que, chez le même sujet, la forme, la longueur du nez , changent suivant diverses circonstances dépendant surtout du degré d'embonpoint ou de âge.
Chez les enfants, le nez, largement ouvert, est plat dans ses parties supérieure et moyenne, ce qui tient à ce que le squelette n'a pas encore acquis tout son développement.
Au point de vue de sa structure anatomique, le nez présente à considérer une charpente composée d'os, de cartilages et de tissu fibreux, charpente doublée, à l'intérieur, par une membrane muqueuse, tandis que, à l'extérieur, elle est revêtue par une couche musculo-fîbreuse, du tissu cellulaire sous-cutané et la peau.
La charpente du nez est constituée en haut par les os nasaux, à sa partie moyenne par les cartilages latéraux ou triangulaires et par du tissu fibreux, en bas par les cartilages des narines ; il faut encore citer le cartilage de la cloison qui continue, jusqu'au dos du nez, la séparation établie dans les fosses nasales par le vomer et la lame verticale de l'ethmoïde.
Les os nasaux ou os propres du nez sont de petits os plats ayant la forme d'un quadrilatère allongé. Leur bord supérieur s'unit avec l'échancrure nasale de l'os frontal, leur bord postérieur avec le bord antérieur de l'apophyse montante du maxillaire supérieur ; par leurs bords antérieurs, les os propres du nez s'unissent l'un à l'autre sur la ligne médiane ; ces bords sont taillés en biseau interne, de telle sorte que, quand ils sont rapprochés l'un de l'autre, ils forment une rainure dans laquelle sont reçus l'épine nasale du frontal et le bord antérieur de la lame verticale de l'ethmoïde. Le bord inférieur des os propres du nez est trèsmince; un peu oblique de haut en bas et d'avant en arrière, il s'unit, par l'intermédiaire d'un tissu fibreux, avec le cartilage latéral du nez, La face externe des os du nez est légèrement concave en haut, au niveau de l'orbite, et convexe en bas; elle présente, à sa partie moyenne, deux ou trois orifices destinés au passage de vaisseaux allant de la peau à la muqueuse pituitaire. A sa partie inférieure, on remarque des rugosités destinées à l'insertion du muscle pyramidal.
Les cartilages latéraux ont la forme d'un triangle dont la base regarde le dos du nez, d'où le nom de cartilages triangulaires. Le bord supérieur du triangle s'enfonce légèrement sous le bord inférieur de l'os du nez et la partie correspondante de l'apophyse montante, et s'attache là par du tissu fibreux. La base ou bord antérieur est unie, sur le dos du nez, avec le cartilage de la cloison ; une petite rainure, à peine perceptible, sépare les bords antérieurs des cartilages triangulaires. Chez certains sujets, les deux cartilages triangulaires et le cartilage de la cloison sont unis si intimement sur le dos du nez que les trois pièces semblent ne former qu'un seul cartilage; chez d'autres, au contraire, elles ne sont unies que par l'intermédiaire du périchondre. Le bord inférieur est en contact, tout à fait en avant, avec le bord supérieur du cartilage de l'aile du nez, mais dans sa partie postérieure il se continue avec un tissu fibreux qui remplit l'espace laissé libre en ce point entre les cartilages.
Les cartilages des narines ne pre'sentent pas, comme les pièces pre'cédeutes, un plan régulier ; ils sont contourne's sur eux-mêmes afin de pouvoir entourer, à la façon d'une demi-ellipse ou parabole, les ouvertures des narines qu'ils ont pour mission de maintenir toujours ouverles.
Ils présentent donc à considérer deux branches : l'une externe, contenue dans le pan latéral du nez; l'autre interne, contribuant à former la cloison et la souscloison. La branche externe a la forme d'un triangle irrégulier dont la base est dirigée vers le dos du nez, et dont le sommet forme une petite pointe qui vient s'unir, d'une façon très-làche, à la base de l'apophyse montante du maxillaire supérieur. Le bord supérieur de ce petit triangle est en contact, en avant, avec le bord inférieur du cartilage triangulaire sous lequel il chevauche légèrement, en arrière, avec le triangle fibreux qui le sépare du cartilage même. Le bord inférieur, légèrement concave, ne descend pas jusqu'au bord externe des narines ; il s'arrête, au contraire, au niveau du sillon qui délimite eu haut l'aile du nez : le cartilage n'occupe donc en aucune façon l'aile du nez, comme pourrait le faire croire la dénomination de Bichat, qui appelait ces cartilages: fibro-cartilages des ailes du nez.
Le bord antérieur de la branche externe se contourne pour se continuer avec la branche interne; celle-ci, plus épaisse, mais moins haute que la branche externe-, descend sur un plan- inférieur, en sorte qu'elle arrive jusqu'au niveau du bord interne des narines. Cette branche interne a la forme d'une bandelette épaisse et allongée, s'étendant du lobule du nez jusque vers l'épine nasale antérieure, qu'elle n'atteint cependant pas; elle s'arrête à quelque distance de cette dernière en se terminant par un petit renflement facile à apprécier à travers les parties molles, renflement qui n'est pas toujours égal pour les deux cai'tilages. Par sa face interne, cette branche est en connexion supérieurement avec la partie inférieure de la cloison, inférieurement avec la branche interne du côté opposé.
La contiguïté du bord inférieur des deux branches internes constitue la souscloison ; la contiguïté des angles élargis formés par la réunion des branches externes et internes des cartilages de la narine constitue la charpente du lobule du nez.
Il est bon de remarquer que les cartilages des narines sont séparés l'un de l'autre, sur la ligne médiane, par le cartilage de la cloison, et qu'ils ne sont unis à ce cartilage que par un tissu fibreux très-làche ; ce fait explique comment Blandin a pu, dans une opération sur laquelle nous reviendrons ultérieurement, mettre à nu le cartilage de la cloison sans pénétrer dans les narines.
De plus, ces cartilages sont unis à tous les cartilages voisins par un tissu fibreux très-làche permettant une grande mobilité, dont le chirurgien profite pour relever la pointe du nez et dilater les narines dans le but d'explorer les fosses nasales.
Le cartilage de la cloison, qui continue jusqu'au dos du nez la division des fosses nasales en deux moitiés symétriques, occupe l'échancrure formée par le vomer et la lame perpendiculaire de l'ethmoïde. Il présente quatre côtés : le bord postérieur et supérieur s'unit au bord inférieur de la lame perpendiculaire; son bord inférieur et postérieur au bord antérieur du vomer; son bord supérieur et antérieur répond au dos du nez; son bord inférieur et antérieur, très-court, va de l'épine nasale antérieure au dos du nez, et est reçu dans l'in-
>'EZ (ASiTOMlE). 5
tervalle des branches intez-nes des cartilages des narines : il surmonte donc la sous-cloison. Le bord infe'rieur placé en arrière, entre les deux cartilages vomériens, envoie un prolongement, très-apparent chez les jeunes sujets, qui va se fixer au rostrum du sphénoïde.
Outre les cartilages principaux que nous venons d'étudier, il existe d'autres cartilages sans grande importance : cartilages vomériens, cartilages carrés et cartilas^es sésamoïdes.
Les cartilages vomériens, décrits par Huschke, sont de petites lamelles, longues de 15 millimètres à peine, réunies par un tissu cellulaire lâche, et s'étendant en arrière en partant de l'épine nasale antérieure; c'est dans l'intervalle laissé entre eux que repose une partie du bord inférieur de la cloison et du bord inférieur du vomer.
Les cartilages carrés sont de petits disques sans aucune importance, au nombre de trois de chaque côté, et placés sur la face externe de l'aile du nez.
Les cartilages sésamoïdes sont de petits noyaux en nombre indéterminé, qui occupent la lame fibreuse qui s'étend entre les cartilages des narines et les cartilages latéraux. On trouve d'autres sésamoïdes au niveau de l'aile du nez, entre le cartilage des narines et celui de la cloison ; leur but semble être de favoriser les mouvements des cartilages de la narine sur le cartilage de la cloison.
Il résulte de la description de la charpente du nez que celle-ci n'est pas composée uniquement d'os et de cartilages: il existe, en effet, un triangle fibreux que nous avons signalé sans le décrire. La base de ce triangle occupe toute la hauteur de l'apophyse montante entre l'insertion des os propres du nez et celle de la pointe de la lame externe du cartilage des narines; le sommet de ce triangle est situé au point de contact des cartilages triangulaires et des cartilages des narines ; les deux côtés sont constitués parle bord inférieur du cartilage latéral et le bord supérieur du cartilage des narines. Ce tissu fibreux n'est autre que la continuation du périoste et du périchondre, qui se dédouble au niveau des os et des cartilages pour les envelopper.
En résumé donc, le squelette du nez est constitué, en haut, par des os fixes et résistants, au centre par des cartilages élastiques et doués d'une mobilité limitée, en bas par des cartilages élastiques et très-mobiles.
Couche muscuto- fibreuse. A la partie supérieure, on rencontre les muscles pyramidaux-, dépendances des muscles frontaux, n'ayant aucune action sur l'organe de l'olfaction; ces muscles, situés immédiatement au-dessous de la peau, recouvrent les os propres du nez.
Les muscles en rapport avec la portion cartilagineuse sont aplatis, peu développés; situés immédiatement au-dessous de la peau, ils n'ont aucune importance au point de vue chirurgical. Leur usage est de dilater et de resserrer les narines soit dans le but de diminuer ou d'augmenter le courant d'air, soit dans le but de contribuer au jeu de la physionomie.
Les muscles constricteurs sont : le transverse du nez, le myrtiforme et l'abaisseur de la cloison.
Les fibres des muscles transverses partent des maxillaires supérieurs pour venir se rejoindre sur le dos du nez par l'intermédiaire d'uue lame fibreuse soudée avec la peau ; par leur réunion, les deux muscles transverses constituent donc, en réalité, un muscle à deux ventres.
Les muscles myrtiformes n'appartiennent à la région du nez que par leurs
6 ^EZ fANATOMlE) .
insertions à rextréniité postérieure des cartilages de l'aile du nez et de la cloison ; d'après Duchenne (de Boulogne), ces muscles ne seraient constricteurs que par les fibres qui s'insèrent à l'aile du nez ; ils seraient, au contraire, dilatateurs par celles qui s'insèrent à la cloison.
L'abaisseur de la cloison n'est qu'un petit faisceau qui s'échappe de l'orbiculaire des lèvres pour s'attacher à la peau de la sous-cloison.
Les dilatateurs sont les releveurs superficiels et profonds des lèvres {voij. Lèvres), et le dilatateur de l'aile du nez. Ce dernier, à peine apparent chez beaucoup de sujets, est constitué par des fibres étalées en éventail et occupant l'aile du nez. Ces fibres s'insèrent par un petit tendon à la branche externe du cartilage de la narine, pour de là s'attacher à la peau de l'aile du nez. Les bords de tous ces petits muscles sont unis par une lame fibreuse constituant une véritable aponévrose.
Couche cutanée et couche muqueuse. La peau qui recouvre la charpente du nez et les muscles que nous venons d'énumérer présente des caractères différents suivant qu'on l'examine au sommet ou à la base de l'auvent nasal. Au sommet elle est fine et doublée d'un tissu cellulaire très-mobile qui permet de la détacher facilement des parties sous-jacentes. En descendant vers la base du nez, la peau perd peu à peu ces caractères ; elle devient épaisse et adhérente aux parties sous-jacentes ; au niveau du lobule et surtout des ailes du nez, elle devient tellement épaisse qu'elle crie sous le scalpel, et tellement adhérente qu'il est impossible de l'isoler même par une dissection attentive.
De plus, vers la base du nez, la peau se charge d'un très-grand nombre de follicules sébacés annexés à des follicules pileux rudimentaires. Chez un grand nombre de sujets, les orifices des follicules sébacés apparaissent sous la l'orme de petits points noirs ; il est facile, par une légère pression, de faire sortir par ces points la matière sébacée qui s'échappe sous forme de petits vers, d'oii l'expression vulgaire : tirer les vers du nez.
Arrivée à la base du nez, la peau se replie sur elle-même pour former les ailes du nez : elle ne perd donc pas ses caractères pour se continuer avec la muqueuse, au niveau du pourtour des narines, comme cela a lieu au niveau du pourtour de tous les autres orifices du corps humain. En effet, on constate dans toute la hauteur des ailes du nez, et sur la cloison, dans une hauteur au moins égale à celle des ailes du nez, la présence de l'épiderme et des poils (vibrions) dont nous avons déjà parlé.
C'est seulement en quittant les narines proprement dites que la peau commence à perdre ses caractères pour se confondre complètement avec la muqueuse de Schneider, au niveau de l'orifice antérieur des fosses nasales. 11 ne faut pas confondre cet orifice {yotj. Fosses nasales) avec la narine proprement dite, comme l'ont fait quelques auteurs : la narine est en effet délimitée en bas par le pourtour des orifices du nez ; en haut, par le bord supérieur du cartilage de la narine.
Nous n'avons pas à parler ici des caractères de la muqueuse doublant la charpente du nez, puisqu'elle appartient presque tout entière aux fosses nasales.
Vaisseaux tt nerfs du nez. Les artères naissent toutes de la faciale, si l'on excepte quelques petites branches fournies à la racine du nez par l'artère opIiLhalniique. Elles n'ont aucune importance au point de vue chirurgical. Il n'en est pas de même des veines ; celles qui accompagnent l'artère ophthalmique
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se rendent dans la veine ophthalmique et de là dans le sinus caverneui ; une phlébite et une thrombose intra-crànienne peuvent donc être la conséquence d'une inflammation de la racine du nez.
Les lymphatiques forment un réseau très-riche aboutissant aux ganglions parotidiens et aux ganglions sous-maxillaires.
Les nerfs moteurs proviennent du facial ; les nerfs sensitifs, de la cinquième paire ; parmi ces derniers il convient de citer le nerf naso-lombaire qui, parti de la branche nasale de l'ophthalmique, chemine le long de la voûte des fosses nasales, et gagne la peau du lobule en passant immédiatement au-dessous de l'os propre du nez.
Développement du nez. {Voy. article Face.)
Usages du nez. Le nez, avons-nous déjà dit, constitue une sorte d'auvent protecteur et collecteur placé à l'entrée des fosses nasales.
L'air chargé des émanations odorantes est obligé, pour traverser le nez, pendant l'inspiration, de passer sous la voîite formée par l'auvent nasal; cette voûte brise le courant d'air et favorise ainsi sa dispersion dans les anfractuosités des fosses nasales et dans les sinus : par conséquent, il force ce courant à se mettre en contact avec tous les points de la muqueuse de Schneider et à impressionner les derniers rameaux du nerf olfactif.
Quand le nez est détruit accidentellement, le courant d'air, n'étant plus brisé, traverse rapidement les fosses nasales par le plus court chemin : aussi la perception des odeurs est notablement diminuée.
L'auvent nasal, en forçant l'air à faire un détour pour arriver jusqu'aux bronches, a aussi l'avantage d'élever la température de la colonne d'air, absolument comme le fait la cavité buccale. Les personnes auxquelles le nez est enlevé, soit par une opération, soit par un accident, sont exposées aux inflammations des bronches et des poumons, absolument comme les opérés de trachéotomie, si l'on ne prend pas de précautions spéciales pour prévenir l'accès subit d'un air trop froid dans les voies aériennes.
Les narines jouent relativement à l'olfaction un rôle des plus importants, sur lequel M. Beau a le pi-emier appelé l'attention dans un mémoire important {Études théoriques et pratiques sur différents bruits qui se produisent dans les voies respiratoires, in Arch. gén. de médec, 5^ série, t. Vill, p. 586). Si la pituitaire est impressionnée par des odeurs désagréables, et surtout par des gaz méphitiques ou irritants, les narines se contractent ; elles jouent donc pour l'odorat, suivant la remarque de M. Sappey, le rôle d'un organe protecteur destiné à tempérer l'action du principe excitant.
La constriction des narines se fait surtout sentir à leur orifice supérieur, orifice dont la limite se trouve au point où la peau se transforme en muqueuse. Sous l'action des muscles transverse et myrtiforme, le cartilage latéral et le cartilage de l'aile du nez se dépriment, et ces cartilages se rapprochent notablement de la cloison ; on voit en effet l'orifice supérieur de la narine s'incliner en dedans et en arrière, de telle sorte que son axe suffisamment prolongé vient se croiser avec celui de la narine du côté opposé, vei's le centre de la cloison des fosses nasales. Dès que les muscles cessent de se contracter, les cartilages déprimés se soulèvent à la façon d'un ressort.
Nous renvoyons aux articles Olfactif (Nerf), Olfactioî» (Voix), l'étude de toutes les questions physiologiques relatives au nez et aux fosses nasales.
Vices de conformation du nez. Les vices de Conformation du nez peuvent
8 ^'EZ (axatomie).
porter sur l'ensemble de l'organe ou seulement sur l'une de ses parties, en particulier sur la cloison ou les narines.
Le nez peut manquer complètement à la naissance, mais c'est là un fait rare et généralement lié à des malformations d'autres parties de la face qui rendent la difformité irrémédiable. Cependant M. Maisonneuve a présenté à l'Académie des sciences, en 1855, un fait dans lequel toute la difformité consistait en l'absence du nez. Eugénie Marotte, âgée de neuf mois, était venue au monde forte et bien constituée, à cela près que son visage était complètement dépourvu de proéminence nasale, et qu'à la place de cette saillie naturelle il n'existait qu'une surface plane percée seulement de deux petits pertuis ronds de i millimètre à peine de diamètre, et distants l'un de l'autre de 3 centimètres. Outre que cette difformité donnait à l'enfant l'aspect le plus grotesque, elle lui occasionnait encore une grande gêne dans l'acte de la respiration, et par suite dans l'acte de la succion. Sous ces deux rapports, il était donc important de remédier à cette conformation vicieuse ; c'est ce que M. Maisonneuve tenta par un procédé spécial de rbinoplastie. II est plus commun de rencontrer des nez présentant un volume de beaucoup au-dessous du volume normal.
La déformation la plus fréquente consiste dans un excès de volume rendant le sujet ridicule ; on cite des faits dans lesquels le nez avait atteint le volume d'une grosse poire. Vidal de Cassis rapporte qu'un chirurgien étranger, de passage à Paris, aurait retranché une portion considérable d'un gros nez, mais il ne donne aucun détail sur le procédé employé et sur le résultat obtenu. A priori, il semble difficile de rendre à un nez trop volumineux, dans son ensemble, une dimension et surtout une forme convenables. II n'en est pas de même quand les parties latérales du nez ne sont pas hypertrophiées, et quand l'excès de saillie du nez n'existe que sur la ligne médiane : on peut alors, suivant l'exemple de Blandin, réséquer une portion du cartilage de la cloison. Ce fait très-intéressant est ainsi rapporté par M. Richet {Traité pratique d'anatomie chirurgicale) :
« Un jeune homme éperdument amoureux d'une jeune fille, près de laquelle il ne pouvait se foire agréer, finit par découvrir que ce refus obstiné n'avait pas d'autre cause que la forme disgracieuse de son nez. Il alla trouver Blandin et, après lui avoir expliqué dans quelle situation il se trouvait, le supplia de remédier à sa difformité. Le nez, prodigieusement busqué dans sa partie moyenne, présentait cette courbure particulière désignée sous le nom de bec-à-corbin, mais exagérée et portée à un degré vraiment ridicule. Blandin rejeta d'abord bien loin toute idée d'opération, et essaya de lui persuader que son nez n'était pas aussi déplaisant qu'il paraissait le croire : tout fut inutile. Aussi, voyant le désespoir profond de ce malheureux et sa résolution bien arrêtée d'attenter à ses jours dans le cas où toute espérance lui serait enlevée de ce côté, ce chirurgien, l'ayant examiné avec plus d'attention encore, après plusieurs essais sur le cadavre, se décida à tenter l'opération que voici. Il pratiqua sur la ligne médiane une incision abaissée de la racine à la base, puis, après avoir mis à nu et isolé la lame cartilagineuse perpendiculaire, en réséqua toute la partie exubérante, et réunit ensuite les téguments, à l'aide de la suture entortillée, comme pour le bec-de-lièvre. L'opération eut un plein succès : la cicatrice linéaire était invisible et le nez ramené à des proportions très-acceptables. J'ai souvent entendu dire à Blandin, qui rapportait cette histoire avec complaisance dans ses cours, qu'il n'avait jamais rencontré de malade plus reconnaissant, ni éprouvé^ de son côté, de la réussite d'une opération, un plus grand bonheur. »