DU PRODUIT DE LA GHOSSESSE
Morts
AvHiit vécu mais
Années. Morts-nés, non enregistrés. Accouchemenst.
1875 72 127 lOO."
11 années. ... 879 1254 11501
Ainsi en 11 années 1254 enfants ayant vécu sont morts à l'hospice de la Charité avant d'avoir été enregistrés et ne figurent pas sur les tables mortuaires de l'Assistance publique. C'est donc une augmentation de 11 pour 100 et même de 19 pour 100, si l'on voulait tenir compte des mort-nés.
Si l'on ajoute cette proportion de onze aux 44,42 pour 100 morts au bout d'un au, chiffre administratif de la Charité, on a alors pour la moyenne 55,42 pour 100 et, en tenant compte des mort-nés, on a 63, 42 pour 100.
Cette opération arithmétique n'a pas une grande valeur, car je ne possède aucune donnée sur la vitalité des morts non enregistrés, néanmoins je la produis pour peindre plus vivement ma pensée, pour montrer le mal et faire toucher du doigt le vice des statistiques officielles au point de vue médical. Ainsi à Lyon, en 1872, 142 enfants nés à l'hospice de la Charité ont succombé avant d'être inscrits sur les registres de l'Assistance, et ce chiffre énorme n'entre point dans les statistiques officielles et je dirai plus, il ne doit point y entrer. Mais nous médecins, notre devoir est de nous en occuper sérieusement; nous devons rechercher s'il tient aux longueurs de l'enquête , à la pénurie de nourrices, ou à quelque autre cause à laquelle il serait possible de remédier.
Je signale ces points obscurs, ils méritent l'attention et la vigilance de l'Administration.
Cherchons maintenant à apprécier le système actuel.
L'assistance des enfants abandonnés est absolument la même en ce moment que celle qui était donnée dans les hospices d'enfants trouvés depuis 1811, par conséquent, nous en connaissons les résultais et nous n'y reviendrons pas.
Mais ce qui caractérise le système actuel, c'est le secours, c'est-à-dire la tendance de plus en plus accusée de laisser l'enfant à sa mère.
Voyons les inconvénients ; ils sont graves.
Le premier, c'est l'enquête avant l'enregistrement. Pendant qu'elle se fait l'enfant est nourri au biberon, ou bien sa mère fait semblant de l'allaiter ; le séjour de l'enfant à l'hôpital est ainsi prolongé à son grand détriment et, s'il succombe dans cet établissement, il ne figure pas sur les tables mortuaires de l'administration préfectorale.
L'enquête d'admission faite par le bureau se poursuivant au domicile de la mère entraîne une perte de temps toujours préjudiciable au nouveau-né; c'est là un fait regrettable. Le docteur Garot, de Bordeaux, sur 204 enfants en a observé 104 dans un état de faiblesse extrême voisin de la mort.
On reproche encore au secours de favoriser V immoralité. Les mois de nourrice donnés à la mère servent souvent à favoriser la paresse et la débauche.
Tous les économistes ne sont pas partisans du système actuel. « Il est avéré, dit M. de Gérando, que parmi les criminels il y a beaucoup moins d'enfants trouvés que d'enfants naturels ! Vous transformez pour la plupart des hommes honnêtes, des hommes utiles, en scélérats. Je repousse le système exclusif des secours aux filles-mères comme fatal à l'enfant , parce qu'il le livre sans retour à la fille-mère, quelle que soit la dépravation de celle-ci, et qu'il commet à son égard la pire de toutes les expositions, le pire de tous les infanticides, l'exposition à la perversité et l'infanticide moral. » II y a du vrai dans la critique de cet éminent publiciste.
Laisser l'enfant à sa mère est une bonne et louable intention, c'est dans le vœu de la nature ; mais il faut s'assurer auparavant si la mère est capable do l'élever convenablement. Une condition essentielle, c'est qu'elle ait la bonne
volonté et la possibilité de s'occuper de son enfant ; forcer une femme à soigner un enfant illégitime dans une grande ville donne des résultats déplorables.
Avant 1862, époque où les secours étaient l'exception, la mortalité des enfants laissés à leurs mères n'était, dans la première année, que de iS pour 100. Mais à partir de cette année-là, c'est-à-dire depuis que les enfants sont généralement laissés à leur mère, la mortalité, dans la première année, atteint la proportion de 45 pour 100.
La statistique de M. Bramas pour la ville de Lyon arrive aux mêmes résultats; en 1874,1a mortalité des enfants nourris par leur mère a été de 41 ,18 pour 100.
Voici encore un autre danger. Les secours que l'on accorde aux filles-mères, dit M. Bramas, pour placer elles-mêmes leurs enfants sont an contraire une cause très-fréquente d'abandon dans des conditions très-fàcheuses. Ces enfants ne sont pas vus par les sous-inspecteurs comme ceux que place l'Administration et ils tinissent quelquefois par n'appartenir à personne, ni à leurs mères qui les ont abandonnés, ni aux bureaux de nourrices qui s'en sont chargés conditionnellemeut, nia l'inspection départementale qui en a perdu toute trace.
J'avais raison, il me semble, de dire en commençant que le système du jour avait des inconvénients graves.
Parlons maintenant de ses avantages.
Ce système est le plus économique, car le secours est essentiellement temporaire dès que l'enquête en a démontré la possibilité. Mais le vent n'est plus aux économies et, nous médecins, nous devons nous en réjouir dès qu'il s'agit de (juestions philanthropiques aussi capitales que celle des enfants assistés ; qu'on prenne donc largement sur le budget pour sauver la vie des nouveau-nés, et cette générosité sera féconde en heureux résultats.
L'Assistance est théoriquement préférable. Enlever l'enfant à sa mère doit être l'exception. Quand un enfant abandonné prend de l'intelligence, sa principale préoccupation est de demander où est sa mère, ce cri de la nature ne doit pas être méconnu.
Le secours, je l'ai prouvé, donne une mortalité moindre, excepté pour les nourrissons des filles-mères de Lyon et probablement des grandes villes.
Le secours moralise certaines mères qui ne vivent pas dans un libertinage trop avéré et qui songent à élever leur enfant. Il favorise même quelquefois le mariage.
Je considère donc le système du secours comme le meilleur, niais il a besoin de nombreux perfectionnements et presque d'une réforme complète. Voici quelles sont les améliorations désirables :
1° Lue enquête rapide est indispensable. Il faut immédiatement statuer sur le sort des enfants et envoyer de suite en nourrice ceux que leurs mères ne doivent pas allaiter ;
2'^ Il faut charger les bureaux de nourrices de la ville de fournir les nourrices : l'industrie privée, si elle y trouve son avantage, fera mieux que le gouvernement ;
5° Des médecins inspecteurs me send^lent d'une nécessité élémentaire. Le médecin est un homme qui a consacré son temps et son intelligence aux questions dhygiène et de maladie, et lui seul est compétent en fait de mortalité des nouveau-nés. Que la direction de chaque service départemental émane d'un fonctionnaire du gouvernement, cela me paraît indispensable ; mais qu'on donne aux inspecteurs médicaux une large influence et une position indépendante, k-
progrès est à ce prix. C'est le seul moyen de faire bénéficier les enfants trouvés des économies qu'on fait sur eux.
On a pensé, à Moscou, qu'un service composé de plusieurs milliers de nouveaunés était un service essentiellement médical ; trente et un médecins sont attachés au service des enfants trouvés; de plus, parmi les trente-six inspecteurs d'arrondissement 18 sont des médecins. (Brochard.) Aussi la mortalité varie de 18 à 20 pour 100.
Pourquoi ne pas mettre la France au niveau de la Russie ?
i° Un grand discernement doit présider au secours et à l'allaitement materternel. Il est peu moral de donner un secours à la fille-mère qui continue à vivre dans l'inconduite. La mortalité est considérable chez les enfants illégitimes des grandes villes qui sont nourris par leur mère ; il faut donc renoncer à leur confier des enfants qu'elles ont si peu d'aptitude à soigner. Mieux vaut en pareille circonstance placer administrativement les enfants en nourrice avec un secours. Autrefois saint Vincent de Paul avait intéressé au sort des enfants trouvés les grandes dames de son temps ; c'est aussi ce que les Sociétés de charité maternelle ou protectrices de l'enfance font pour les enfants légitimes ; pourquoi les formalisme administratif a-t-il éloigné l'initiative privée, bien plus puissante que lui ? II y a là une source féconde d'efforts que le gouvernement a eu tort de négliger pour le bien de ses pupilles ; quand il comprendra véritablement leurs intérêts, il organisera des dames patronnasses qui consacreront généreusement leur temps et leur intelligence à moraliser les enfants assistés et à diminuer leur attristante mortalité.
5° Enfin la question d'argent a une importance capitale. Qu'on assiste lai'gement et généreusement sans songer aux économies ; la vie des enfants naturels est à ce prix, caria mort est sœur de la misère.
§ 4. Société de charité MATER^•ELLE. Elle a été créée par la l'eine Marie- Antoinette en 1786. Son centre est à Paris au ministère de l'intérieur. Elle existe dans toutes les principales villes de France. Son but est de secourir les mères de famille dans l'indigence et de les encourager à nourrir elles-mêmes leurs enfants.
Les enfants légitimes sont tous appelés à l'adoption de la Société de Charité maternelle; mais, comme les ressources sont limitées, on donne la préférence à certaines catégories de mères qui paraissent plus dignes de pitié. Le choix est laissé à la disposition des dames patronnesses. Les secours sont donnés sans distinction de religion. L'esprit de catégoriser n'est pas dans l'essence de la Société; c'est une nécessité que lui impose l'exiguïté de ses ressources.
La Société de Charité maternelle distribue le secours à domicile, qui est le meilleur de tous, quand la mère peut travailler chez elle et qu'elle n'a pas un logement trop insalubre.
La Société vit des dons de la générosité des particuliers. Les pouvoirs publics, reconnaissant son utilité, lui ont accordé des subventions.
Ainsi la Société de Lyon reçoit 4000 francs du ministère de l'Intérieur, auquel elle envoie un rapport tous les ans. Elle recevait 20 000 francs du conseil général et 20 000 francs du conseil municipal ; mais ces deux dernières subvensions ont élé retirées. Cette sévérité a été motivée parce que la Société, fidèle en cela à ses traditions et à son règlement, n'a pas voulu distribuer le secours aux filles mères.
DICT. ENC. 2» s. .\lll. 29
4bO NOURRISSONS.
Plusieurs œuvres se sont constitue'es sur le modèle de la Société de Charité maternelle. A Mulhouse, les grands commerçants se sont unis pour assister les mères qui nourrissent leurs enfants. La femme qui a accouché reçoit d8 francs pour les quinze jours qui suivent ses couches. Les secours donnés à Muhiouse ont suffi pour faire baisser la mortalité de 8 qu'elle était à 7 pour 100. Avant cette organisation, il n'y avait que 24 enfants sur 100 nourris par leur mère et 73 nourris autrement ; un tel état de choses exigeait un remède.
Crèches a domicile. L'oeuvre de ces crèches a été fondée, en 1847 à Paris parle curé de Saint-Séverin , dans le but de favoriser l'allaitement materneL dans le domicile même des parents, en leur fournissant des dons en nature et en procurant à la mère un travail sédentaire.
Cette œuvre exclusivement paroissiale mérite de recevoir de l'extension. Elle n'a de crèche que le nom et a beaucoup plus de parenté avec la Société de Charité maternelle, dont elle est un dérivé.
g 5. Sociétés protectrices de l'ekfance. La première Société protectrice de l'enfance a été fondée à Paris en 1865, par Barrier et M. Mayer ; en 1866, une autre société se fondait à Lyon ; enfin d'autres ont pris successivement le jour à Tours, Londres, au Havre en 1869, à Pontoise en 1870, à Marseille et à Piouen en 1873, puis à Rennes, Essonnes, Alger, Melun, Bordeaux, Angoulême, Grenoble, Bruxelles. Toutes ces Sociétés ont un but commun la diminution de la mortalité des nourrissons; elles diffèrent cependant par les moyens qu'elles emploient suivant les localités. Toutes se font une loi de mettre en honneur et de propager l'allaitement maternel que réclament si impérieusement la voix de la nature, l'intérêt de la mère, de l'enfant et de l'ordre social.
Les résultats à Paris n'ont pas été complètement satisfaisants au début. En effet, le chiffre des naissances est de 53 000 par an; sur ce nombre 18 000 enfants sont envoyés dans les campagnes; n'a-t-on pas le droit d'être étonné de voir que 875 seulement aient été surveillés par la Soeiété en 1878, alors que nulle rétribution n'est imposée aux familles.
M. Monot à qui j'emprunte ces renseignements attribue ce résultat peu satisfaisant aux utopies jetées en avant, telles que les villages modèles de colonies maternelles, etc.
Les Sociétés protectrices de l'enfance ont pour but essentiel, ai-je dit, de diminuer autant que possible la mortalité qui frappe les nouveau-nés.
Elles se proposent de l'atteindre : en encourageant l'allaitement maternel, en venant en aide aux mères pauvres qui nourrissent leurs enfants, en créant et organisant des crèches dans les villes et dans les campagnes où les enfants sont en nourrice, en récompensant les mères et les nourrices méritantes. La surveillance des nourrisons dans les campagnes et des crèches est exercée par des médecins inspecteurs. Des dames patronnesses recherchent les mères les plus pauvres et les plus dignes de la sollicitude de la Société, elles les visitent, les encouragent et leurs portent des secours : plus la surveillance est active, moins la mortalité est considérable. Dans la Nièvre, la mortalité des nourrissons non surveillés est de 71 pour 100. Elle n'est que de 11 pour 100, pour les pupilles de la Société protectrice de l'enfance.
La Société de Tours a concentré tous ses efforts pour organiser des comités locaux de surveillance des nourrissons.
La Société de Lyon non-seulement distribue des secours mensuels, des vête-
ments, mais encore accorde une gratification aux mères qui ont accompli leur tâche jusqu'à la fin du dixième mois et qui ont su rester mères et noumces malgré leur pauvreté. C'est cette Société qui a eu le mérite de fonder les premières crèches qui ont ensuite été adoptées partout.
Je ferai un seul reproche aux Sociétés protectrices de l'enfance; elles ne publient pas de statistiques, elles restent trop en dehors du mouvement scientifique et je n'ai pu leur emprunter des statistiques. Les préfectures devraient leur donner chaque année une subvention à la seule condition de publier une statistique exacte et complète de tous les enfants et de toutes les mères qu'elles assistent.
Mais, en dehors de cette critique légère, les Sociétés protectrices de l'enfance ont un grand avenir; leur organisation est puissante et féconde et, quoiqu'elles l'ignorent elles-mêmes, le bien qu'elles font n'en est pas moins réel. J'ai dit plus haut quel rôle important on pourrait leur faire jouer dans la surveillance des enfants assistés.
§ 6. Crèches. L'honneur d'avoir fondé les crèches revient à M. Marbeau. Les premières furent établies à Paris en 1845.
Il y en a de plusieurs espèces je ne dois m'occuper que de celles qui ont trait aux nouveau-nés, et qui ont été créées dans ces derniers temps, surtout par les sociétés protectrices de l'enfance.
Les crèches ont l'inconvénient de débarrasser trop facilement la mère de son enfant et de l'inciter au sevrage prématuré.
Les crèches ne doivent pas tenir lieu de mères.
L'assistance à domicile serait bien préférable si elle était toujours pratique, on reproche encore à ces établissements d'exposer les enfants aux maladies contagieuses, telles que la rougeole, lès angines graves, la dysenterie et l'oplithalmie purulente. Ces affections sont pour ainsi dire en permanence dans les crèches des grands hospices, où le nouveau-né attend l'enquête ouverte sur ses parents.
Dans les crèches, les conditions hygiéniques de l'enfant allaité par sa mère ne sont pas très-bonnes ; mais il y a encore un autre danger pour lui : c'est la tendance à l'allaitement artificiel infiniment plus commode.
En tous cas, la création des crèches est une œuvre éminemment philantrophique et qui peut porter des fruits excellents, mais à une condition c'est que ces établissements ne soient point situés dans un hospice, qu'ils soient disséminés, et qu'ils ne reçoivent qu'un petit nombre d'enfants à la fois.
La Société protectrice de l'enfance de Lyon, dans le but de favoriser l'allaitement maternel, a fondé dans les quartiers populeux de petites crèches simples, modestes, mais salubres, destinées à recevoir 8 ou 10 nourrissons des mères que leurs occupations, le besoin ou la pauvreté forcent de travailler pendant la journée. Chaque matin l'ouvrière vient déposer sonpetit enfant qu'elle a allaité une première fois avant de se rendre à l'atelier; elle revient vers midi lui donner le sein, et chaque fois qu'elle a quelques moments de liberté; enfin elle l'emporte le soir pour lui continuer ses soins pendant la nuit.
Malgré quelques inconvénients les crèches ont l'immense avantage de permettre à la mère nécessiteuse, obligée de travailler au dehors, de nourrir son enfant au lieu de le placer en nourrice.
Depuis le mois d'août 1872 la Société protectrice de l'enfance de Lyon a ouvert cinq crèches dont chacune contient 8 à 10 berceaux
4^2 A'OuRRiSSOiNS.
A Paris en 1875, 27 crèches avaient été fondées par les soins de la Société protectrice de l'enfance.
Les crèches ont besoin d'une surveillance continue, sans cela les mères n'y viennent pas, comme l'exige le règlement, deux fois par jour. Le matin elles déposent l'enfant et ne s'en occupent plus de la journée pour ne pas se déranger de leur travail.
11 faut qu'un médecin inspecteur visite journellement les crèches pour s'assurer que toutes les précautions hygiéniques sont régulièrement observées {voy. Crèches).
§ 7. MoYKiss DIVERS. J'ai rangé SOUS cc litre plusieurs moycus employés dans le but de diminuer la mortalité de l'enfance.
1° Pouponnière. La pouponnière a été fondée en décembre 1875 à Yilliers par le docteur Monribot sous le patronage des docteurs Yeraeuil, Bergeron, Mauriac, Siredey et Verliac. C'est un vaste établissement d'allaitement artificiel destiné à recevoir les nouveau-nés des familles que des circonstances impérieuses obligent à éloigner d'elles.
Il est destiné à diminuer l'effrayante mortalité qui pèse sur les enfants du premier âge.
Je ne doute pas qu'avec la direction d'un homme aussi dévoué et aussi intelligent que le docteur Monribot, cette institution ne fournisse de bons résultats; mais ce sera sa direction qui en aura les honneurs, car l'idée est mauvaise. C'est un résultat acquis à la science que l'accumulation des nourrissons est pernicieuse et ce qui semble le prouver c'est que le docteur Monribot a quitté la pouponnière pour organiser un nouvel établissement à Épinay-sur-Scine en octobre 1876. Il faut bien le dire cependant, toutes les connaissances modernes y ont été mises à profit pour l'élevage des enfants : des nourrices allaitent ceux qui sont trop faibles pour prendre du lait de vache ou de chèvre. De petites salles de 10 à 12 nourrissons sont situées dans des pavillons isolés pour prévenir ou combattre les maladies contagieuses.
En 1867, lors de la grande discussion qui eut lieu à l'Académie de Paris, M. Blot proposa comme mesure conservatrice la création de villas de nourrices et de nourrissons. 11 existait, il y a quelques années, en Angleterre des maisons pour l'élevage des enfants; elles ont donné de si fâcheux résultats que la Société protectrice des enfants de Londres s'est élevée à juste titre contre elles et a provoqué en 187'i une loi pour la meilleure protection de la vie des enfants. Cette loi restreint à un ou deux enfants le nombre de ceux qu'une personne salariée peut recevoir chez elle.
2"» Asile des filles enceintes. M. Lépargneux propose de fonder dans chaque département un asile où seraient admis les enfants abandonnés; les filles enceintes qui se présenteraient dans cet établissement, fermé au public, seraient accueillies sans leur demander d'oià elles viennent. En attendant leur accouchement, on les moraliserait, on les instruirait; elles seraient en outre employées à donner des soins aux enfnnts abandonnés, sous la surveillance de directrices intelligentes, dévouées, et les conseils d'un médecin; elles se livreraient ainsi à l'élevage des enfants. M. Monot approuve beaucoup ce projet qui atténuerait suivant lui la mortalité des nouveau-nés.
En Pensylvanie il existe une institution qui recueille les filles-mères et leur assure le vivre et le logement pendant les premiers mois de l'existence de leurs mf^nnlc. ,'i condition qu'elles les nourriront elles-mêmes.
Le conseil général de ilarseille (1878) vient d'adopter les conclusions du rapport de M. Delibes, signalant à la bienveillante attention du gonvernement une proposition de la Sociélé protectrice de l'enfance de Marseille, tendant à créer, dans un hospice de chaque département, une salle particulière destinée à recevoir, sous le sceau du secret, toute fille-mère à partir du cinquième mois. Le rapporteur dit qu'une institution semblable fonctionne à merveille à Rome, Vienne, Prague et Berlin.
Je suis peu partisan de l'hospitalisation des filles enceintes; dans les asiles où elles sont retirées, elles contractent des habitudes de paresse et même le germe de la fièvre puerpérale, quand elles sont en rapport avec les nouvelles accouchées. Il serait bien préférable de les placer moyennant un modique salaire chez des sages-femmes, ou mieux encore, dans des maisons particulières où elles seraient occupées à un travail facile.
Je rapprocherai de ces diverses mesures l'assistance donnée chez les sages-femmes aux personnes qui accouchent à Paris, dans le but de diminuer la mortalité puerpérale et la mortalité enfantine. Relativement aux nouvelles accouchées, l'assistance chez les sages-femmes est bien supérieure à l'assistance hospitalière.
J'ai tenu à citer les divers systèmes organisés pour élever les enfants et même à parler de quelques projets un peu aventureux conçus dans l'espoir de préserver leur existence. Ils sont, je le crois, en désaccord avec les vrais principes qui doivent guider l'hygiéniste et qui prescrivent l'isolement pour la nouvelle accouchée comme pour le nouveau-né, mais l'isolement dans de bonnes conditions et accompagné de soins intelligents. L'isolement ainsi compris est réalisé par l'envoi en nourrice et la dissémination dans les campagnes reculées avec une inspection bien faite.
g 8. Loi sor la. protection des eisfakts do premier âge et en particulier des ïNODRRissoKS. Cette loi aussi nommée loi Roussel parce qu'elle est due à l'initiative persévérante de ce médecin distingué a été votée en décembre 1874, mais elle est à peine en vigueur actuellement parce que le règlement d'administration qui devait en assurer l'exécution est édicté depuis peu.
Voici les clauses principales :
Les enfants de moins de deux ans placés en nourrice sont sous la surveillance des préfets, assistés d'un comité de huit membres.
Ce comité et le préfet nomment en outre des commissions locales.
Un comité supérieur existe au ministère de l'intérieur; il centralise tous les documents, fait un rapport annuel, où il signale les mesures à prendre et propose des récompenses honorifiques.
Une statistique détaillée est publiée chaque année.
Les préfets nomment des médecins inspecteurs. Toute personne ayant un nourrisson moyennant salaire est soumise à la surveillance.
Une femme ne peut se placer nourrice sur lieu à moins que son enfant n'ait sept mois révolus ou qu'il soit allaité par une autre femme.
La nourrice doit déclarer à la mairie l'enfant trois jours après son arrivée commune; elle doit faire une déclaration en cas de retrait ou de décès.
Dans les mairies il est ouvert un registre spécial pour les déclarations.
Une pénalité est appliquée en cas de contravention,
Cette loi est bonne et marque un progrès incontestable.
Toutefois on peut lui reprocher d'amener une centralisation trop exclusive.
Est-il raisonnable de penser que les comités locaux ou départementaux mettront eu action tout leur zèle et toute leur intelligence, s'ils sont tenus en laisse par le comité supérieur siégeant au ministère de l'intérieur; il faudrait bien peu connaître la nature bumaine pour croire à un tel prodige.
L'autorité dans cette loi s'est réservée une trop large part et cela suffira à tuer l'initiative privée qui est indispensable cependant pour assurer le fonctionnement des divers comités où devront entrer des bommes spéciaux.
En outre la nomination des commissions par la préfecture intimidera les parents qui cz-aindront l'immixtion de l'autorité dans leur famille et resteront à l'écart.
Beaucoup de parents se garderont bien de faire punir les nourrices qui le méritent, de peur d'être pris eux-mêmes en faute et de tomber sous le conp d'une pénalité.
La loi serait plus utile^ dit le docteur Maurin de Marseille, et plus avantageuse si elle laissait à l'initiative privée toute sa liberté et même, ajouterai-je, toute sa variété d'alhïi-esj
J'ai déjà parlé de k proposition faite par M. Gilbert d'ouvrir un dossier à dwqtte iK)u*riee au lieu- de sa naissance.
'CoNCLPsiON. Je viens d'exposer le mal dans toute son étendue, sOUS toutes ses formes; j'ai montré qu'il était inbérent à notre organisation sociale, qu'il tenait à nos mœurs, à nos babitudes et que rêver de le faire disparaître complètement était une décevante utopie. J'ai fait voir aussi cjli'il était possible de l'atténuer et c'est à ce but que doivent coHcoui-ir les boulines animés d'une véritable affection pour leurs semblables.
Le flambeau qui guidera vers le progrès c'est la statistique bien faite; M. Broca l'a dit le premier, M. Bertillon l'a prouvé; la statistique est le moyen scientifique par excellence de diminuer la mortalité des nouveau-nés. C'est elle en -effet qui nous a fourni toutes les notions que nous avons indiquées sur la mortalité suivant les peuples, l'babitation à la ville ou à la campagne, les saisons, J'âge et qui peuvent être de précieux indices au médecin bygiéniste.
Elle nous enseigne clairement la supériorité de l'alluitement maternel et l'importance de le favoriser. C'est vers ce but véritablement conservateur que doivent se concentrer toutes les forces vives des personnes qui ont à cœur de diminuer la mortalité des nouveau-nés. La difficulté se résume babituellement dans une question d'argent poi- conséquent il faut en fournir aux mères nécessiteuses.
En passant en revue les causes morbides nous avons surtout signalé l'entérite d'abord, qui est favorisée par le biberon et surtout par ces substances alimentaires dont l'empjoi s'est généialisé au grand détriment de la sauté des enfants. En entreprenant une croisade contre ce mode vicieux d'alimentation les médecins auront à lutter non-seulement contre le désir effréné de lucre des inventeurs, mais surtout contre la paresse des familles qui trouvent bien plus commode de donner une substance alimentaire préparée à l'avance que de cbercher une bonne nourrice.
J'ai parlé également des effets funestes du froid. On a tâché de l'enter au nouveau-né en faisant la constatation de la naissance à domicile ; en le plaçant dans des wagons chauffés quand on l'emporte en nourrice.
Quant à l'illégitimité nous connaissons sa fatale influence. La mère, dans la
plupart des cas, ne peut soigner seule son enfant, il faut donc lui venir en aide par un secours efficace pour diminuer le nombre des abandons si préjudiciables à la vie des nouveuu-ne's. L'Etat est tellement persuadé de la gravité de l'illégitimité qu'il a organisé contre elle le service des enfants assistés.
Là on se trouve en présence de deux voies bien différentes qui aboutissent à un cercle vicieux. Le tour et le secours. Le tour c'est-à-dire l'abandon, l'isolement de l'enfant et des cliarges énormes. Le secours est souvent accordé à des fdles vivant dans une inconduite qui est favorisée par la rétribution qu'elles reçoivent et qui fait grandir l'enfant dans un mauvais milieu. Mais en le donnant avec •discernement on atténue ces inconvénients ; le secours est dans le vœu de la nature, il faut conserver l'enfant à sa mère. En outillant fortement la société dans ce but, en créant partout des inspecteurs médecins et des dames patronesses, on arriverait à des résultats inattendus.
Dans toutes ces questions l'État doit borner son rôle à formuler des prescriptions très-générales et une réglementation suivant laquelle peut s'exercer l'industrie nourricière; il conserve pour lui le droit commun dont il est armé; tout dommage volontairement causé est passible d'une pénalité et rentre dans la jurisprudence commune. Cette base étant posée, il est préférable qu'il abandonne à l'initiative privée l'agencement des détails et la surveillance que les dames patronnesses exerceront bien plus eflicacement que le gendarme.
L'État ne peut se substituer à la famille ; le tenter serait insensé. Si on veut dans ces questions intimes attenter à la liberté individuelle on s'expose à la fraude et à la dissimulation. Ainsi que le dit très-bien M. Fauvel , le gouvernement ne peut pas se mettre entrepreneur général et responsable de l'allaitement des enfants qui ne seraient pas nourris par leur mère. Vous aurez beau réglementer la misère, vous ne produirez ni l'abondance ni la richesse. Une réglementation trop compliquée aura pour effet d'écarter les bonnes nourrices et d'intimider les familles, ajouterai-je.
Ce sont les sociétés protectrices de l'enfance qui, depuis saint Vincent de Paul, ont fait l'effort le plus considérable en faveur des nouveau-nés; qu'on les aide donc; que l'État les encourage, leur donne libéralement des subsides, mais surtout qu'il évite cette centralisation qui comprime l'élan de toute idée généreuse.
J'approuve M. Fauvel lorsqu'il demande que les sociétés protectrices de l'enfance soient subventionnées par l'État proportionnellement au nombre d'enfants qu'elles inspectent; et M. Bouchai'dat qui propose un impôt communal progressif prélevé sur les femmes qui se dispensent de l'allaitement maternel et dont le produit servirait à subventionner les mères pauvres qui nourrissent leurs enfants.
Le secret par excellence de préserver la vie du nourrisson, c'est d'attirer constamment l'attention sur lui; une attention toujours soutenue et en éveil. Dès que cette attention se lasse, le mal reparaît car il est dans l'essence de notx'e organisation sociale.
Je suis persuadé avec M. Dechambre que des appels chaleureux plusieurs fois réitérés avec tous les moyens dont dispose aujoui'd'hui la publicité ; que les sollicitations des sociétés protectrices de l'enfance et des établissetnents charitables, non-seulement dans les grandes villes, mais encore dans toutes les communes de France, amèneraient les résultats les plus satisfaisants.
Il faut donc faire un appel incessant : aux législateurs qui peuvent par des
lois bien faites détruire certains abus invétérés que l'initiative privée est impuissante à combattre ; aux autorités locales de qui dépend l'application des mesures légales ; aux riches qui peuvent donner l'or qui fertilise les efforts ; aux médecins qui fournissent leurs connaissances spéciales dans l'hygiène de l'enfance ; à toutes les personnes bienfaisantes en un mot qui viennent apporter leur zèle et leur temps à l'œuvre éminemment sociale de conserver la vie des petits enfants. Delore.
MOUVEAU-l^É. Définition. Les auteurs qui ont écrit sur ce sujet ont été nrrètés, dès le début, par une première difficulté : A quelle période de la vie extra-utérine doit s'appliquer cette dénomination? Si l'on consulte leurs écrits, on voit qu'ils sont loin de s'entendre et que, le plus souvent, ils ont adopté les divisions les plus arbitraires.
Je ne citerai que pour mémoire, la plus ancienne de toutes, celle qui comprend, d'une manière générale, les quatre principales phases de la vie humaine. Je veux parler de X enfance, de Vadolescence, de Vâge adulte et de la vieillesse. Elle a été depuis longtemps reconnue insuffisante. Déjà l'illustre Halle avait déclaré qu'elle n'était plus en rapport ni avec l'anatomie, ni avec la physiologie, et qu'en ce qui concerne la première période, en particulier, elle réclamait plusieurs subdivisions. Voici celles qu'il a établies : 11 admet deux périodes dans l'enfance proprement dite. Ce qu'il appelle infantia et qui dure depuis la naissance jusqu'à la septième année, et ce qu'il désigne sous le nom de pueritia, qu'il fait durer jusqu'à l'apparition des phénomènes de la puberté, c'est-à-dire jusqu'à l'âge de quatorze ou quinze ans. Trois sous-divisions sont créées pour la première enfance {infantia).
Celle-ci comprend l'intervalle qui s'étend depuis la naissance jusqu'à six ou sept mois, c'est-à-dire jusqu'à l'époque habituelle des premières dents. La deuxième commencerait depuis le septième mois et durerait jusqu'à deux ans. La troisième s'étendrait depuis deux ans jusqu'à sept ans, moment où s'accomplit la deuxième dentition.
Je n'insisterai pas davantage sur la classification de Halle, et j'ai à peine besoin de faire remarquer que le nouveau-né, dont j'ai à m'occuper, rentre dans son infantia , mais j'aurai à établir que la période de la vie qui lui appartient, a des limites beaucoup plus restreintes.
Dans son Traité des enfants nouveau-nés et à la mamelle, publié en 1828, C. Billard a déci-it avec soin l'état de l'enfant dans les premiers jours qui suivent la naissance. Il s'est étendu sur les diverses attitudes qu'il affecte, sur la coloration de sa peau, sur son poids et sa taille, sur la nature de son cri, sur l'exfoliation de l'épiderme, sur la chute du cordon ombilical, etc., etc., mais nulle part dans son travail remarquable, il n'a fait connaître oiî finissait, selon lui, la période de la vie applicable au nouveau-né. Toutefois, en méditant le plan qu'il a adopté, on voit qu'il a été conduit, par la force des choses, à grouper dans une première division les phénomènes généraux que présente l'examen extérieur de l'enfant, au moment de la naissance ou dans les premiers jours qui la suivent, et, quoiqu'il ne l'ait pas dit d'une manière formelle, il montre que cette première phase de la vie a un cachet spécial et mérite une description particulière.
Valleix, qui n'a pas été plus explicite que Billard, et qui ne définit nulle part l'enfant nouveau-né, ne s'occupe cependant, dans sa Clinique des maladies
NOUVEAU-NÉ. ibl
des enfants nouveau-nés, que des états pathologiques qui apparaissent, pour la plupart, à une époque très-rapprochée de la naissance. A côté de la pleurésie et de la pneumonie, qui sont de tous les âges, il a décrit les maladies des voies digestives, le céphalœmatome ; certaines hémorrhagies cérébrales et méningées, l'œdème des nouveau-nés et quelques lésions cutanées congénitales ou d'origine très-rapprochée de la naissance.
Burdach a admis une première enfance qui comprend les neuf premiers mois. M. le professeur Parrot fait justement remarquer ce qu'a d'incomplet une pareille délimitation. Pas plus que lui, je ne la trouve acceptable. Pourquoi neuf mois au lieu de huit ou de dix, par exemple?
A l'article Nouveau-j(é du Dictionnaire en 30 volumes, 1840, Désormeaux et p. Dubois, qui en sont les auteurs, font remarquer que ce mot est employé tantôt comme substantif, tantôt comme adjectif. Ils parlent de ceux qui l'appliquent à l'enfant au moment de la naissance seulement, et de ceux, bien plus nombreux, qui l'étendent à toute la période de l'allaitement. La première acception leur paraît bien plus conforme au véritable sens du mot ; ils déclarent que c'est celle qu'ils acceptent ; qu'ils ne traiteront que de ce qui a rapport à cette courte période de la vie qu'on appelle naissance, et que, pour eux, l'expression de nouveau-né sera synonyme d'enfant naissant. En parcourant l'intéressant chapitre qui suit cette définition et qui porte sur la physiologie, sur l'hygiène et sur la pathologie du nouveau-né, on ne tarde pas à s'apercevoir que les limites dans lesquelles ces auteurs se sont circonscrits sont trop étroites, et, par la force même des choses, ils ont été conduits à les dépasser dans leurs descriptions.
Ollivier (d'Angers) fait intervenir une limite plus précise, la chute du cordon, mais on se demande pourquoi il prend ce phénomène, si variable dans son apparition, plutôt que l'exfoliation de l'épiderme, ou l'oblitération des vaisseaux artériels et veineux, que la vie nouvelle a rendus inutiles.
En publiant sa Clinique des nouveau-nés, le professeur Parrot a eu récemment à s'occuper de la même question. Il a montré tout ce qu'avaient d'arbitraire et d'insuffisant les divisions établies par les auteurs qui l'avaient précédé. Il les a toutes repoussées, même celles du professeur Tardieu, qui considère comme nouveau-né tout enfant, au moment oii il vient de naître ou dans nn temps très -rapproché de celui de la naissance. Puis il propose sa définition à lui, qu'il reconnaît ne pas être irréprochable mais qu'il croit avoir l'avantage de s'adapter aux faits pathologiques. La voici : « L'enfant nouveau-né est celui qui né à terme ou non, viable ou non viable, n'a pas dépassé le deuxième mois de la vie extra-utérine. » Depuis la publication de son ouvrage, M. Parrot a encore un peu étendu la limite qu'il avait fixée à deux mois ; dans une récente leçon, faite à l'hospice des enfants assistés, il la porte h la fiu du troisième mois {Gazette des hôpitaux, 26 et 28 décembre, 1878).
Quant à moi, tout en reconnaissant l'impossibilité d'assigner une limite rigoureuse s'appliquant à tous les cas, je ne suis satisfait par aucune des définitions données jusqu'à ce jour, et pour bien comprendre ce qu'est réellement un nouveau-né, je crois qu'il faut chercher ailleurs, et demander aux différences qui existent entre la vie intra-utérine et la vie extra-utérine, les bases d'une bonne définition. Rien ne se fait brusquement dans l'évolution des êtres organisés : Tant que l'enfant est renfermé dans les organes maternels, il s'y développe avec le concours de mécanismes spéciaux, qui deviendront inutiles au moment de la naissance. D'autres organes qui, jusque-là, n'avaient p;is eu à
fonctionner, entreront, au contraire, en exercice et il y aura, par conséquent, une période intermédiaire qui ne sera plus la vie fœtale, mais qui ne sera pas encore, dans toute son intégrité, la vie extérieure, et pendant laquelle on assistera à la disparition de certains rouages qui n'ont plus leur raison d'être. C'est ainsi que le cordon doit se détacher de la peau, que les vaisseaux, qui en constituent l'élément essentiel doivent s'oblitérer, qtie d'autres canaux artériels et veineux doivent disparaître, que le trou de botal doit se fermer, que l'épiderme doit se renouveler. J'ajoute que deux fonctions nouvelles vont s'établir : la respiration et la digestion. Tout cela n'est pas l'alfaire d'un instant et si, au moment même de la naissance, l'enfant offre les principaux attributs de la vie extrautérine, il conserve encore des stigmates nombreux, qui appartiennent à la vie fœtale. Combien de temps faut-il pour les voir disparaître ou, du moins, pour s'être effacés de manière à n'apporter aucune entrave à l'entretien de la vie nouvelle? Quelques jours pour les uns, deux ou' trois semaines pour les autres.
Me fondant sur ces données, j'applique la dénoramation de nouveau-né à l'enfant, depuis le moment de sa venue au monde jusqu'au quinzième ou vingtième jour. Au delà de ce terme, il rentre dans la première enfunce à laquelle il appartient par l'hygiène, par la physiologie et surtout par la pathologie. Certes, je ne prétends pas que cette limite soit mathématique. Je sais que, selon les individus, il faudra parfois la raccourcir ou l'étendre; mais les écarts ne seront jamais bien considérables, à moins de quelque complication pathologique qui vienne allonger cette période.
Dans tous les cas, elle a l'avantage de reposer sur des données scientifiques. Elle permet de nettement séparer cette période de la vie de celles qui lui succèdent et elle va nous fournir l'occasion, en limitant bien notre sujet, d'étudier une physiologie, une hygiène et une pathologie spéciales. Elle indique une étape de courte durée pendant laquelle on voit s'accomplir des phénomènes curieux qui, pour la plupart, n'apparaissent qu'une fois dans la vie de l'homme et que, par conséquent, il est bon de réunir dans un cadre spécial pour en faire une étude complète. Plus tard, il n'en restera que des vestiges, qui constitueront des témoignages ineffaçables de fonctions qui ne devaient durer qu'un certain temps, mais qui n'auront plus, en quelque sorte, d'autre intérêt qu'une sorte de curiosité historique.
Après ces considérations préliminaires, qui m'ont paru indispensables pour justifier ma définition, je vais aborder l'histoire du nouveau-né, que je considérerai au point de vue de la physiologie, de l'hygiène et de la pathologie.
Chapitre 1" Physiologie du xocveau-né. Cri du nouveau-né. C'est toujours un intéressant spectacle que d'assister à la naissance d'un enfant et à sa prise de possession de la vie nouvelle ; c'est habituellement en poussant des cris qu'il s'en empare, comme si ce premier contact avec le monde extérieur était, pour lui, l'origine de sensations pénibles et même douloureuses. Quand on veut bien y réfléchir, on conçoit facilement qu'il en doive être ainsi ; sa peau se trouve subitement en rapport avec des objets qui n'ont ni la finesse ni le poli de la poche dont il est sorti et dans laquelle il était entouré par une couche de liquide d'une douce température. Même dans les conditions les plus favorables, l'impression de l'air extérieur, dont la température est inférieure à celle qui lui est propre, doit agir désagréablement sur lui. II doit en être de même des premières introductions de l'air dans les vésicules
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pulmonaires, sans compter que son passage plus ou moins facile à travers un canal en partie osseux, en partie musculo-membraneux, laisse souvent, sur diverses parties de son corps, des traces qui, sans avoir, en général, de la gravité, sont cependant de nature à produire de la douleur. L'enfant nouveau-né n'a que le cri pour manifester ses impressions désagréables, et j'ajoute, pour faire comprendre ses besoins. Aussi, a-t-on reconnu depuis longtemps, la nécessité d'en faire une étude particulière. C'est ce qu'a fait surtout Billard dans son chapitre vi, où il s'occupe des moyens d'expression de l'enfant. J'ai constaté bien souvent la justesse de sa description à laquelle Valleix n'a rien ajouté ; c'est un sujet intéressant sur lequel je crois utile de m'étendre un peu.
Le cri du nouveau-né, plus particulièrement connu sous le nom de vagissement, se décompose en deux bruits bien distincts. L'un, le plus fort et le plus éclatant, se manifeste pendant l'expiration, l'autre, beaucoup plus court et plus aigu, coïncide avec l'inspiration. Ces bruits sont tellement confondus, le plus souvent, qu'il faut une certaine attention pour les distinguer. Le second peut manquer dans quelques cas, ou bien prendre des timbres trèsvariés qu'il n'est pas inutile de consulter pour bien apprécier certains états de l'enfant. On le désigne plus spécialement sous le nom de bruit de reprise. En général, il est d'autant plus fort qu'on est plus près de la naissance. Quand il y a de la souffrance, quand les besoins du nouvel être ne sont pas satisfaits, quand il a beaucoup crié, la reprise affecte des timbres particuliers, elle devient aiguë, perçante comme si les cordes vocales étaient éraillées. C'est un caractère qui me sert souvent à la clinique pour distinguer, parmi les nombreux enfants qui s'y trouvent, ceux qu'on a laissés crier pendant la nuit, ceux dont l'alimentation laisse à désirer, ceux enfin dont la santé s'altère pom- une cause ou pour une autre. Ai-je besoin de dire que, pour les enfants bien portants, le timbre et la force du cri varient beaucoup. 11 est d'autant plus fort qu'ils sont plus vigoureux et qu'ils ont plus amplement respiré. Au milieu de plusieurs d'entre eux j'ai vu souvent les mères reconnaître, au son de la voix, celui qui leur appartenait. Les enfants grêles, délicats, nés avant terme, ceux dont la respiration a été difficile à établir, etc., ne crient pas avec la même énergie que les premiers. .fCelui qui crie parce qu'il a faim tourne la tête en tous les sens, s'agite, ouvre la Lbouche, remue les lèvres et si un corps quelconque se trouve à sa portée, il le saisit avec avidité. Parfois, c'est un des doigts de sa main ou le doigt d'un autre , enfant couché à côté de lui. En même temps et comme conséquence naturelle, / il se livre à des efforts qui rougissent la peau du visage et de tout le corps ; . quand cela dure un certain temps, la face devient violette ; la respiration prend . un caractère convulsif, la bouche s'entrouve et reste béante pendant quelques secondes; quelquefois, les muscles du visage et des lèvres, surtout, sont agités , par des mouvements saccadés et comme convulsifs. Dans le vulgaire on dit que l'enfant se pâme, bientôt, un relâchement se produit ; de nouveaux cris se font . entendre, et la même scène peut se reproduire un plus ou moins grand nombre . de fois.
A cette occasion, qu'on me permette une réflexion qui m'est souvent suggérée • parles familles qui ont la prétention de former, déjà à cet âge, le caractère de leurs enfants. Quand on leur a donné, ou qu'on croit leur avoir donné tout ce qui leur est nécessaire, on pense Lien faire en les laissant crier, pour ne pas leur faire prendre de mauvaises habitudes. Je ne saurais approuver une pareille conduite et je la combats toutes les fois que l'occcasion se présente. Le nou-
veau-né est un être fragile que des cris exagérés -peuvent compromettre d'une façon ou d'une autre; je sais bien que, déjà à cet âge, certains enfants ont le caractère difûcile et qu'il en est qui crient dès qu'on les place dans leur berceau, qui se taisent dès qu'on les prend dans les bras, et auxquels rien d'essentiel ne fait défaut; mais comment distinguer avec certitude? X'est-il pas plus sage de se faire la victime volontaire de ces petits êtres exigeants, que de les exposer à des convulsions, à des congestions variées qui peuvent rou\Tir certaines ouvertures, certains conduits en train de se fermer? Une mère qui entreprend la tâche pénible d'allaiter son enfant ne doit le faire que quand sa santé le lui permet d'abord, et aussi, quand elle est bien résolue à faire tous les sacrifices qui sont inséparables de l'accomplissement complet de cette mission, pénible sans doute, mais qui a aussi ses joies largement compensatrices.
Je ne m'étendrai pas davantage sur le cri du nouveau-né ; on trouvera des détails complémentaires dans ce qui suivra et dans d'autres articles de ce dictionnaire, où seront traitées les maladies de cet âge, et à l'occasion desquelles, le cri est utile à consulter.
L'enfant encore contenu, en totalité, dans la cavité utérine, peut-il pousser des cris qu'on a désignés sous le nom de vagissements utérins. Pendant longtemps j'ai cru, quoiqu'on eut dit, que cela n'était possible que si la tète était déjà profondément engagée et presqu'à la vulve ; mais j'ai rencontré un cas qui a modifié mon opinion. Il s'agissait d'une femme dont le bassin était rétréci au détroit supérieur et chez laquelle plusieurs applications du forceps furent nécessaires. A la dernière et après l'introduction de la première branche de l'instrument, des vagissements compai'ables au cri de l'enfant nouveau-né le plus vigoureux, se firent entendre et produisirent sur moi et sur les assistants une vive surprise. Le résultat de l'opération fut heureux, l'enfant naquit en bon état et a continué à vivre.
L'introduction de l'air dans les organes génitaux et jusque dans la cavité utérine n'est pas difficile à comprendre, quand on est dans l'obligation de se servir de la main ou des instruments. Mais pour que les vagissements se produisent il faut, sans doute, que le mécanisme de la vie intra-utérine soit déjà troublé : On observe souvent des efforts inspiratoires mais sans cris, dans les dégagements difficiles par l'extrémité pelvienne, lorsque le cordon est comprimé ou que les troubles de la circulation placentaire et utérine sont très-accentués. Quoi qu'il en soit, les vagissements utérins sont un phénomène rare à constater.
De Vhabitude extérieure propre au nouveau-né. L'enfant qui vient de naître, offre et conserve, pendant un certain temps, une attitude qui rappelle, sous certains rapports, celle qui lui est propre alors qu'il est renfermé dans la cavité utérine : Son tronc a de la tendance à se maintenir courbé en avant ; c'est la tète, surtout, qui s'incline dans le même sens, obéissant ainsi aux lois de la pesanteur que ne sauraient contrebalancer des muscles encore trop faibles et des ligaments depuis longtemps habitués à cette situation. L'exagération de cette flexion, pondant le passage de la tête à travers le bassin, augmente nécessairement la disposition que je viens de signaler. Que si la tête, au lieu de s'engager fléchie, se présente par la face, c'est une tendance contraire qu'on observera après l'accouchement. C'est dans le sens opposé que les ligaments ont été tiraillés; de plus, le diamètre antéro-postérieur est augmenté, la tête est comme aplatie de haut en bas, la portion du crâne, qui est en arrière du trou occipital, est
plus considérable. Aussi, voit-on le front se relever, la partie antérieure du cou faire saillie et l'occiput se porter en arrière entre les deux épaules. Ces deux attitudes de la tète sont caractéristiques ; il est bien entendu qu'elles se présentent avec des degrés divers et qu'en général elles sont en rapport avec la longueur et les difficultés du travail.
Quant aux membres inférieurs, l'habitude, depuis longtemps prise, d'être iléchis et de se réunir en masse sur la partie antérieure du bassin, explique pourquoi pendant plusieurs jours après la naissance, ils tendent à reprendre la même situation. Pour s'en assurer, il suffit d'enlever les vêtements, de coucher l'enfant sur le dos ou sur le côté, et, presque aussitôt on voit les cuisses se fléchir sur le bassin, les jambes sur les cuisses, et l'attitude fœtale reparaître en grande partie, sous ce rapport. Lorsque l'enfant est né par l'extrémité pelvienne, dans cette variété qu'on indique en disant que l'enfant s'est engagé, plié en deux, ce qui veut dire que les cuisses et les jambes sont directement relevées sur le plan antérieur du fœtus, on observe, quand l'enfant est libre, une grande disposition au redressement des membres sur le ventre, et cela peut durer pendant plusieurs jours ; on dirait que les muscles sont engourdis par la pression qu'ils ont supportée, et il faut un certain temps et l'action du maillot pour ramener les choses dans un état plus naturel.
On pourrait appliquer aux membres supérieurs, ce que je viens de dire à propos des membres inférieurs. Abandonnés à eux-mêmes, ils conser\ent volontiers une position demi-iléchie et ils ont plus de tendance à se porter vers la tête qu'à s'appliqner le long du corps ; mais tout cela n'a qu'une durée passagère et, petit à petit, on voit les divers mouvements s'étendre et se multiplier. Au début, ils sont, pour ainsi dire automatiques, et ce n'est qu'à une époque ultérieure qu'ils deviennent l'expression d'actes volontaires et réfléchis, qui témoignent d'un certain développement des facultés intellectuelles; mais déjà alors, zious ne sommes plus à cette phase de la vie dont je m'occupe.
Dans les premiers jours, les yeux n'ont aucune expression. Ils restent volontiers fermés et sont très-sensibles à une lumière un peu vive. Ils témoignent de l'impression désagréable qu'ils en éprouvent, en portant brusquement la tète en arrière et en rapprochant les paupières. On sait que, dans certaines espèces animales, les paupières sont soudées et que ce n'est qu'au bout de quelque temps qu'elles se séparent. Rien de pareil dans l'espèce humaine, c'est donc à une simple perception de la lumière que se borne l'action visuelle.
Quand celte lumière est modérée, l'œil la supporte et semble la rechercher; quand elle est intense comme celle produite par une bougie ou une lampe, elle paraît l'impressionner péniblement et, instinctivement, il cherche à l'éviter. Quant à regarder intentionnellement, le moment n'est pas encore venu ; cela suppose un acte de l'intelligence et les fonctions de cet ordre n'apparaissent que plus tardivement.
La pupille est généralement assez dilatée, ce qui tient sans doute à l'habitude que Ton a de tenir les nouveau-nés dans des lieux peu éclairés; mais elle est mobile ainsi qu'on peut s'en assurer en l'exposant brusquement à la lumière. La couleur de l'iris est le plus souvent bleue, seulement, d'un ton plus ou moins foncé; ce n'est que beaucoup plus tard que cette membrane prendra progressivement la teinte qu'elle aura définitivement.
La sécrétion des glandes laci^males est peu abondante, car, dans les premiers temps, on voit les enfants crier beaucoup sans que l'œil se mouille. Cependant,
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j'ai vu des larmes couler dès le premier jour, et, dans tous les cas, elles ne tardent pas à se montrer.
Tête du nouveau-né. Pour savoir quelle est la forme réelle de la tête de l'enfant qui est encore renfermé dans la cavité utérine, ce n'est pas au moment de la naissance qu'il faut l'étudier et moins encore après préparation et dessication. Les résistances qu'elle a à vaincre pour traverser le bassin lui impriment, dans le plus grand nombre des cas, des modifications qui durent peu, mais qui en altèrent plus ou moins la disposition naturelle. Pour la juger telle qu'elle est, c'est surtout chez les enfants qu'on extrait par l'opération césarienne qu'il faut l'étudier et aussi sur ceux qui naissent facilement par lexlrémité pelvienne.
Dans ces conditions, on constate que la tète prise dans son ensemble a la forme d'un ovale à grosse extrémité correspondant à l'occiput et à petite extrémité représentée par le menton. En y regardant de plus près, ou reconnaît que deux ovales concourent à la formation de la tête : l'ovale crânien et l'ovale facial. Le premier, envisage d'une manière générale, a sa grosse extrémité tournée en arrière mais si on prend rigoureusement ses deux extrémités, on ne peut méconnaître que l'extrémité frontale est la plus volumineuse. Le second a pour limites le front et le menton et c'est évidemment la première de ces parties qui est la plus grosse. Quand immédiatement après la naissance, on examine une tête qui a franchi spontanément le bassin après un travail normal et régulier, mais qui a eu cependant une certaine durée, il est bien rare, quand on y regarde de près, qu'on ne constate pas sur elle les traces des résistances qu'elle a rencontrées ; quand on multiplie ces recherches, on ne tarde pas à s'apercevoir en outre, que ces modifications ne sont pas l'œuvre du Lazard et qu'elles se font presque toujours dans un ordre régulier. Elles ne sont d'ailleurs que la continuation, pendant un temps plus ou moins long de dispositions déjà constatées pendant le travail. Elles s'accejituent d'autant plus que la tète est plus volumineuse, que les espaces membraneux, qui en séparent les os, sont plus étendus, que ces os sont moins épais et plus souples, que la tête a plus de peine à se frayer un passage et qu'elle est longtemps poussée par des contractions utérines énergiques. Voici ce qui se passe et qu'on observe très-souvent. La fontanelle postérieure, naturellement petite diminue ou disparaît complètement par un mécanisme facile à comprendre, l'angle occipital et les bords qui lui font suite s'enfoncent sous le bord postérieur des pariétaux qui deviennent saillants au-dessus de l'occipital; aussi, fontanelle et suture occipito-pariétale disparaissent momentanément de telle sorte que quand pendant l'accouchement on cherche à déterminer les rapports de la tète avec le bassin, on peut se trouver un peu désorienté, en ne découvrant pas les espaces membraneux qu'on s'attend à trouver. Il y a bien longtemps que l'attention a été appelée sur ce point et aujourd'hui ce fait n'est ignoré par aucun des hommes qui se sont voués à la pratique des accouchements.
Quelque chose d'analogue se produit au niveau de la fontanelle antérieure qui est plus large et de forme quadrilatère. Ici encore, ce sont presque toujours les bords antérieurs des pariétaux qui emj)ièient sur le bord correspondant du coronal et par ce mouvement diminuent d'arrière en avant la fontanelle antérieure, qui est encore rétrécie dans le sens transversal, par le chevauchement de l'un des pariétaux sur celui du côté opposé.
Ce chevauchement ne se fait pas toujours dans le même sens. Tantôt et le plus souvent, c'est le pariétal droit qui passe sur le gauche, tantôt c'est l'inverse, et
cela a lieu dans une étendue variable selon le degré de compression et la largeur de la suture. Ou remarque aussi que, suivant que l'occipital et le coronal sont plus engagés sous les pariétaux, celui de ces derniers os qui a chevauché sur l'autre est séparé de celui qui est en dessous par un espace qui est plus considérable. Ces déplacements osseux ne sont pas seuls à se produire ; ils entraînent comme conséquence des plis de la peau qui affectent des directions ré^^ulières et déterminées. Le plus long s'étend de la fontanelle postérieure à l'antérieure qu'il dépasse un peu. Un autre croise le précédent au niveau de la fontanelle antérieure. Parfois, on en trouve encore un moins marqué à la partie supérieure de la suture occipito-pariétale.
Mais il faut bien le savoir, une fois dégagée des étreintes qu'elle subissait dans le bassin et en traversant le périnée, la tête ne tarde pas à reprendre la forme qui lui appartient et qui, en dehors de toutes les considérations qui précèdent, peut varier selon les individus et selon les races. Mais je n'ai pas à m'occuper ici de ces questions pas plus que des déformations pathologiques qui seront étudiées en temps et lieu. Je ne dois m'occuper ici que de l'état normal. C'est pour ce motif que je ne ferai que signaler les bosses séro-sanguines, qui peuvent donner à la tète du nouveau-né les formes les plus bizarres selon leur volume et la place qu'elles occupent. Quoique peu graves, elles constituent un véritable traumatisme, qui sera étudié dans une autre partie de ce travail.
Ce que je tiens à répéter, c'est que la tète de l'enfant naissant a été, le plus souvent, un peu modifiée dans sa forme pendant le travail, que ces modifications, dans l'accouchement régulier et spontané, n'ont aucune gravité et que quelques heures suffisent souvent pour les voir disparaître. Dans sa thèse pour le doctorat, M. Budin, aujourd'hui mon chef de clinique, a fait connaître des recherches intéressantes sur ce sujet; elles confirment plusieurs des données qui ont cours depuis longtemps dans la science, et elles en fixent définitivement quelques autres, qui étaient moins bien connues; je veux parler, en particulier, de la diminution de certains diamètres (l'occipilo-frontal et l'occipito-mentonnier). Seulement, M. Budin se trompe quand il semble croire qu'avant lui on donnait à ces deux diamètres le même point de départ en arrière. 11 v a plus de quarante ans, que dans son enseignement, le professeur Paul Dubois insistait, à ce propos, sur les considérations suivantes et il y a plus de trente ans que pour mon compte, dans mes cours libres ou officiels, je n'ai cessé de montrer la justesse de ces observations. Quand on veut connaître le plus grand diamètre du crâne, c'est de la bosse occipitale au milieu du front qu'il faut le mesurer. Que si, au contraire, on veut avoir le plus grand diamètre de la tête, c'est de la partie saillante du menton qu'il faut le conduire, non plus à la bosse occipitale, mais à peu près au milieu de l'espace compris entre cette bosse et la fontanelle postérieure. C'est celui, sans doute, auquel M. Budin donne le nom de diamètre maximum. Il sv\ffit d'examiner une tête d'enfant nouveau-né, pour voir que la bosse occipitale est presque sur le même plan que la base du crâne, et qu'il y a sensiblement moins loin d'elle au menton, que du point que j'ai précisé plus haut. Ce qui explique qu'on a longtemps méconnu le raccourcissement réel des diamètres antéro-postéi'ieurs de la tête, c'est, sans doute, la présence de la tumeur séro-sanguine, qui, si on n'en tient pas compte, produit souvent un véritable allongement et qui, à l'œil surtout, semble encore plus considérable.
Mais ce que je m'explique difficilement, c'est l'une des conclusions auxquelles M. Budin a été conduit par ses mensurations, à savoir que le diamètre aux dépens
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duquel se fait une augmentation, est le diamètre maximum ou sus-occipitomentonuier, tandis que le diamètre occipito-mentonnier, comme je l'ai déjà dit, se raccourcirait. Ce raccourcissement est évidemment le résultat de l'enfoncement de l'occipital et du frontal sous les pariétaux, et il me semble difficile d'admettre que cette disposition agisse dans un sens pour l'un de ces diamètres et, en sens contraire, pour l'autre. Il ne faut pas oublier qu'il s'agit de différences bien minimes, de quelques millimètres tout au plus, et les causes d'erreur ne sont pas faciles à éviter.
Ce que je comprends beaucoup mieux et ce qui est réel, c'est la diminution des diamètres sous-occipito-bregmatique, bi-temporul et bi-pariétal. Je ne crois pas devoir insister sur ce point bien connu.
Il est bien entendu que pour se faire une idée exacte des modifications que subit la tète pendant l'accouchement normal, il ne faut pas seulement tenir compte dos fontanelles et des sutures qui se trouvent sur la voûte du crâne. II ne faut pas oublier qu'il y en a encore sur les parties latérales et à la base, et il faut leur réserver une part dans l'explication des changements qui peuvent se produire dans la forme de la tète et, aussi, dans l'innocuité des pressions qu'elle peut supporter. M. Badin, dans le travail que j'ai cité à étudié avec grand soir, le mode de jonction de la portion écailleuse de l'occipital avec sa portion basilaire. 11 a décrit le tissu fibro-cartilagineux qui les sépare, et en fait une véritable charnière cartilagineuse destinée à permettre des mouvements d'avant en arrière et d'arrière en avant. C'est à cette charnière qu'il accorde une action prépondérante dans la réduction des diamètres antéro-postérieurs. 11 est incontestable qu'elle doit jouer un rôle, mais pour tout comprendre, il faut aussi se souvenir qu'à la base du crâne il y a beaucoup d'autres points fibreux et cartilagineux.
J'ai déjà parlé, d'une manière générale, des différences nombreuses queprésenle l'ossification des os du crâne au terme de la grossesse et sur des enfants également bien constitués. Il me reste à dire quelL)ues mots de certaines anomalies qui peuvent se rencontrer sous ce rapport. Les accoucheurs instruits les connaissent et savent éviter les erreurs qu'elles pourraient faire commettre, quand il s'agit de préciser la position de la tête. Le médecin qui s'occupe des nouveaux-nés, ne doit pas les ignorer. Je veux parler de quelques défauts d'ossification qui se traduisent par des espaces membraneux accidentels. On les rencontre plus particulièrement sur le trajet de la suture sagittale plus ou moins près de l'une ou l'autre fontanelle. Il y en a parfois à l'angle de l'occipital. Dans le premier cas, en parcourant le bord supérieur des pariétaux, on est anêté par un espace membraneux qui empiète sur l'os. I)e prime abord, on le prendrait pour un fontanelle; mais ou s'aperçoit bien vite qu'il est sur trajet d'une suture et non à son extrémité. Sa forme et son étendue peuvent beaucoup varier.
Dans d'autres cas plus rares, il ne s'agit plus de ces espèces d'échancrures correspondant à une suture : Elles ont une forme circulaire, sont entourées pai' le tissu osseux, et absolument indépendantes des espaces membraneux normaux. Les défauts d'ossification de la première espèce sont ordinairement uniques et se rencontrent sur les enfants les mieux constitués, et ne paraissent avoir d'autre intérêt que celui qui s'attache à une curiosité anatomique. Ceux de la seconde, au contraire, sont habituellement multiples, se retrouvent sur la plupart des os de la voûte du crâne et affectent une forme arrondie. Quant à leurs dimensions, elles varient depuis la tète d'une épingle jusqu'à une pièce de 50 centimes. Je pos-
sède dans mon musée deux squelettes curieux qui offrent des exemples de cette variété. Les deux enfants étaient nés à terme de parents bien portants, mais tous deux étaient atteints de spina-bifida et l'un d'eux de pieds-bots. Ils succombèrent dans les premiers jours qui suivirent la naissance.
L'anatomie obstétricale comprend l'étude d'un certain nombre de diamètres de la tète. La connaissance de leur étendue est indispensable pour l'intelligence des lois qui régissent la partie mécanique de l'accouchement, mais il ne tant pas oublier non plus, que les os sont séparés par des intervalles membraneux, ce qui permet à leurs bords de chevaucher et ce qui diminue l'étendue des diamètres. D'un autre côté, l'épaisseur de ces os et leur solidité sont variables en raison de leur oseilication, d'oii résulte une dépressibilité plus ou moins grande. Toutes ces causes, on le comprend, expliquent les degrés variables dans la réduction des diamètres et rendent compte de certains accouchements qui se font sans grande difficulté alors que, cependant, le bassin est notablement rétréci.
S'il importe de tenir compte de conditions si multiples, il n'en faut pas moins connaître l'étendue habituelle de certains diamètres de la tête, qui permettent d'apprécier assez exactement son volume; je sais bien qu'au moment de la naissance, cette partie fœtale ne se montre à nous qu'ayant subi certaines modifications dont j'ai parlé; mais dans les cas normaux, elles sont peu importantes et de courte durée. Je crois donc que l'examen des deux tableaux suivants donnera une idée suffisamment exacte des dimensions de la tête dans ses principales directions. Le premier A comprend les résultats de 100 mensurations faites sur une série d'enfants nés à terme en janvier et février 1871. Le second B donne les résultats de 100 nouvelles mensurations sur des enfants nés en janvier, mai et juin 1875.
Je n'ai fait entrer dans tous les deux que des enfants venus à terme. J'ai éliminé ceux qui avaient mis un temps beaucoup plus long que d'habitude, pour traverser le bassin et les parties génitales externes ; ceux qui s'étaient présentés pour la face; ceux qui étaient nés de femmes mal conformées, soit spontanément, soit à l'aide d'une opération; j'ai fait de même pour ceux qui étaient morts depuis un temps variable, avant de naître.
En les consultant, on pourra voir que le diamètre le plus grand (l'occipitofrontal), n'a presque jamais été moindre de 13 centimètres et qu'il a rarement dépassé 14 centimètres ; que l'occipito-frontal, dont l'origine en arrière n'est pas la même, oscille entre 11 et 12 centimètres et demi et qu'on lui trouve rarement 13 ; qu'il y a toujours entre eux une différence, à l'avantage de l'occipitomentonnier. Quant aux diamètres bi-pariétal et sous-occipito-bregmatique, ils se ressemblent beaucoup. Ils ne varient guère, l'un et l'autre, qu'entre 9 et 10 centimètres. Il convient de faire remarquer cependant, que le sous-occipitobregmatique, se rapproche un peu plus souvent que l'autre du chiffre le plus élevé et qu'il le dépasse même dans quelques cas rares. Gela s'explique sans doute par ce fait dont j'ai déjà parlé, à savoir que, tandis que la tête, en traversant le bassin, tend à diminuer transversalement et d'avant en arrière, elle augmente dans la direction verticale.
Pour ne pas multiplier les tableaux, j'ai fait figurer sur ceux oiî se trouvent consignés les détails qui précèdent, des renseignements relatifs au sexe, au poids et à la longueur totale du corps des enfants. Ce rapprochement permet de constater qu'il y a une relation à peu près constante entre le volume
DICI ENC. 2° S. Xïïï. 50
Tableau a. — Ekfants a terme (janvier et février 1871 )
Tous ces enfants étaient à terme d'après la dernière époque des règles. J'ai supprimé ceux qui étaient morts, ceux qui avaient traversé des bassins rétrécis et subi des opérations.
CRniÊBOS
d''obdre.
SEXE
Masculin
Féminin
Fpniiiiin
Féminin
Féminin
Masculin . .
Féminin. . .
Masculin . .
Féminin
Féminin
Masculin
Féminin. . .
Féminin ...
Masculin
Masculin ....
Masculin
Masculin
Masculin
Féminin
Masculin
Féminin
Féminin ...
Féminin
Féminin
Féminin. . . .
Féminin
Masculin ....
Masculin
Féminin
Masculin
Jfasculin
Basculin
Féminin
Masculin
Masculin
Féminin
Masculin
Fcniiniu
Masculin
POIDS
LONGCEUR.
DIAMETRE
occiriio-