HOSPICE DES E^;FA^TS TROOVÉS DE PARIS
Année 1820. — Enlants admis 5101
Morts la première année à l'hospice. . 1417 Morts à la campagne 1211
Total 2628 bl pour 100
Année 1821. — Enfants admis 4963
Morts la 'première année à riiospicc. . 1298 Morts à la campagne. • 1147
Total 2445 49 pour lOù
Ankée 1822 — Enfants admis 5040
Morts la première année à l'hospice. . 1235 Morts à la can pagne 1295
Total ' 2528 50 pour 100
Les auteurs que je cite attribuent cette effrayante mortalité à la mauvaise organisation des hospices, et ils constatent que des améliorations importantes ont été introduites dans plusieurs, et en particulier à l'hospice de Lyon, ce qui a réduit considérablement la mortalité des enfants.
Le décret de 1811, confirmé par l'ordonnance de 1825, supprima la dénomination d'enfants trouvés qui avait le tort de ne pas désigner grammaticalement la situation de tous les enfants; elle fut remplacée par le terme d'enfants assiste's. Il est très-important au point de vue de la statistique d'établir des catégQi-ies parmi les enfants, et l'on doit s'en tenir strictement aux désignations grammaticales sous peine de confusion.
Les enfants assistés comprennent :
1" Les trouvés, qui ont été exposés dans un lieu public.
2" Les abandonnés, qui ont été délaissés sans qu'on sache ce que leur père et leur mère sont devenus.
3° Les orphelins.
4" Les secourus, qui proviennent de familles indigentes.
Brochard appelle enfants trouvés tous les enfants des catégories suivantes :
i" Enfants trouvés; 2" abandonnés; 5° orphelins; 4° secourus temporairement.
Depuis la loi du 5 mai 1869, mise en exécution le 1" janvier 1870, les enfants assistés n'appartiennent plus aux administrations hospitalières, ils appartiennent aux départements.
Il existe au ministère de l'intérieur un service qui est celui des enfants assistés et qui correspond avec toutes les préfectures.
444 NOURRISSOiNS.
Voici son mode d'organisation et de fonctionnement :
Un bureau dépendant de la préfecture et situé de préférence à proximité de l'hospice des femmes en couches, reçoit ouvertement les inscriptions.
Les enfants proviennent ou du dehors ou de l'intérieur de l'hospice où ils sont nés.
Après une enquête ouverte sur leur situation, ils sont classés en deux catégories : 1° Enfants abandonnés ; 2° enfants secourus. Les enfants abandonnés sont ceux dont les parents sont indignes, ou qui ont été trouvés sur la voie publique, ou qui sont orphelins. L'administration préfectorale s'en charge définitivement et les place en nourrice à la campagne dès que les formalités sont accomplies. C'est le secours définitif.
Les enfants secourus sont ceux que l'administration assiste temporairement.
Elle procède à cet égard de deux façons principales :
Première catégorie. Enfants placés en nourrice par r administration. Si la mère est misérable ou mal portante, son enfant est placé par le bureau luimême pendant une période qui varie dun an à trois ans suivant la position de la fillc-mcre; celte assistance peut être prolongée, si la nécessité l'exige.
Deuxième catégorie. Enfants nourris par leurs mères ou placés en nourrice par elles.
Je serai sobre de critique, à l'égard de ces institutions. Evidemment on cherche le progrès et l'on est encore bien loin de la perfection; les données statistiques se chargent de le prouver. Laissons donc en ce moment la parole aux chiffres.
D'après les dernières statistiques, qu'on a beaucoup de peine à se procurer, le nombre des enfants assistés de un jour à un an est aujourd'hui en moyenne de 85 tlOO. La mortalité d'après Husson étant de 56 pour 100, il en meurt en moyenne -47 000, M. Brochard croit même devoir élever ce chiffre à 50 000. Les enfants trouvés, dit-il, forment à eux seuls plus de la moitié du nombre total des enfants assistés. Comparés à la population de la France, ils donnent par rapport moyen 1 enfant sur 495 habitants ou 2,02 sur 1000.
Dans certains départements, la mortalité des enfants trouvés est considérable : elle est dans la Seine-inférieure, d'après Tenc^uète de 1867, de 87 pour 100 ou seulement de 85 d'après un mémoire de M. Dudos.
La mortalité des enfants assistés de un jour à un an a été, d'après Husson : Loire-Inférieure, 9l),50 pour 100; Seine-lnlérieure, 87,56 pour 100; Eure, 78,12 pour 100; Calvados, 78 pour 100; Aube, 69 pour 100; Seine-et-Oise, 69 pour 100.
D'après Brochard. dans l'arrondissement de Nogeiit, sur 2400 nourrissons, la mortalité moyenne ; a été 40 pour 100 quelquefois 51 pour 100. Dans certaines communes tous les nourrissons mourraient.
Enfants assistés de Paris :
Morts.
1873. ..... -4729 2120 46,6 pour 100
187i i2ll 1811 43 —
D'après M. Bodart, secrétaire général de la société protectrice de l'enfance d'Indre-et-Loire, dans ce département la mortalité des enfants secourus a été de 87 pour 100. Cette effrayante proportion provient suivant lui de l'organisation défectueuse des crèches au point de vue de l'alimentation.
Kous trouvons dans un livre de M. Brochard [la Vérité sur les enfants trouvés) les renseignements suivants sur des faits réceuts observés dans l'arron-
dissement de Blaye, dans la Gironde. Dans une commune la mortalité a été de 6 sur 6; dans une autre de 8 sur 9; ailleurs de 12 sur i'I. Enfin dans les communes moins maltraitées, elle est de 15 sur 51 ou de 19 sur 28. De 1862 à 1866, 96 entants ont été placés dans une commune; il en est mort 74.
Voici des statistiques qui sont propres à montrer la mortalité diftérente suivant la catégorie à laquelle appartient l'enfant.
Husson, comparant la mortalité des enfants secourus temporairement, des élèves des hospices et des enfants légitimes, donne les cliilïres suivants :
Enfants abandonnés en 1858, 15 565; 7752 ont succombé dans la première année, soit 57 pour 100, et encore ce chiffre ne donne que l'expression affaiblie de la mortalité réelle, car un certain nombre de ces enfants n'a été abandonné que lorsque leur âge leur enlevait déjà des chances de mortalité.
Enfants secourus, 1858, 8000; mortalité 2565, soit 29,56 pour 100
Enfants naturels, 1858, mortalité 55 pour 100. Ce qui élève ce chiffre audessus de celui des enfants secourus, c'est l'énorme mortalité des abandonnés que je viens de citer.
Enfants légitimes, 17 pour 100. Ainsi le secours tCiiiporaire en conservant l'enfant à sa mère le conserve aussi à la vie.
11 est intéressant de rechercher quelle a été la mortalité suivant le mode de secours employés. Premier système. Enfants secourus de la naissance à un an. placés par l'Administration :
Enfants. Décédés. Pour 100.
1868 OSo 511 51.87
Moyenne des décès, 50 pour 100.
Deuxième système. Enfants secourus, allaités ou placés par leur mère :
Enfants. Décédés. Pour 100.
Moyenne des décès, 33,5 pour 100.
Différence à l'avantage du deuxième système 16,5 pour 100.
Cette statistique est puisée à Lyon dans un grand centre, et il n'est pas possible de la comparer avec celle des départements où les entants assistés sont en petit nombre.
La statistique suivante que je dois à l'obligeance de M. Bramas, inspecteur des enfants assistés du département du Rhône, permet de juger d'un seul coup d'oeil la proportion décroissante de la mortalité dans son service :
De 0 jour Pn .portion
Années. à 1 an. Décès. pour 100.
1872 1153 481 fM
1875 1190 482 fO.oO
ToiACi. . . . " 9968 4105 44,42
Suivant le mode de nourrissage adopté pour les 1275 enfants admis en 1874, les 484 décès survenus les ont atteints dans la proportion indiquée par le tableau suivant :
Décès Proportion Nombre, de 0 à 1 an. pour 100.
Enfants placés en nourrice par l'Administration 163 76 16,62
— placés en nourrice par leur mère. . 752 273 37,29
— allaités parleur mère, à Lyon. . . 258 108 ^''^§
— allaités par leur mère, hors de Lyon. 122 27 22,15
ToTAct 127o 484 57,96
Ces tableaux accusent une mortalité considérable; eh bien, malgré leur rigoureuse exactitude, ils ne représentent pas encore la mortalité réelle, comme je le démontrerai dans un instant. Un bureau ne peut tenir compte que des enfants qui lui sont remis effectivement; il faut pour qu'un enfant décédé figure sur ses registres que l'assistance ait eu un commencement d'exécution.
Toutes les statistiques ne donnent pas de résultats aussi peu satisfaisants.
Dans la Nièvre, dit M. Monot, la mortalité des enfants assistés de 0 à un an a été pendant une période de onze années de 10 pour 100 pour les enfants abandonnés et de 7,55 pour les enfants secourus. Les premiers sont élevésau sein dans la proportion de 85 pour 100 et les seconds dans celle de 95 pour 100, l'allaitement maternel étant la condition sine quâ non de la continuation des secours. Les premiers sont des étrangers pour les familles ; les seconds, au contraire, ont des parents qui les entourent de soins.
Ces chiffres sont bien remarquables, surtout si on les compare à ceux qui représentent la mortalité des autres catégories d'enfants dans le même département; nourrissons étrangers non surveillés : mortalité 71 pour 100; enfants nés dans le pays dont les mères nourrissent à Paris, mortalité 35 pour 100; enfants surveillés par la Société protectrice de l'enfance de Paris, mortalité 11 pour 100. Ces résultats heureux et exceptionnels tiennent au petit nombre d'enfants et à l'inspection mieux faite.
Je dois déclarer franchement que toutes ces statistiques laissent un doute dans mon esprit ; et voici pourquoi. Je ne suis pas certain qu'elles aient toutes été faites de la même façon, et qu'à l'époque où le service était entre les mains des hôpitaux elles aient été dressées sur les mêmes bases qu'aujourd'hui ; il y a tant de manières de faire de la statistique.
J'ai fait le relevé des accouchements de l'hôpital de la Charité de Lyon pendant les onze dernières années, pour rechercher la mortalité totale par rapport aux conceptions !
STATISTIQUE DE 1,'hOSPICE DE LA CHARITÉ RELATIVEMENT A LA MORTALITÉ