DICT. ESC. 2' SÉR. XIII
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c'est qu'on se soit assuré que cette partie de la tige vasculaire est parfaitement normale. Je dois rappeler, à ce sujet, que la peau de l'abdomen remonte plus ou moins haut. Elle forme un petit relief circulaire, de quelques millimètres audessus du niveau de l'abdomen, dans la plupart des cas; mais la peau peut se prolonger beaucoup plus haut, et remonter à deux, trois, quatre centimètres, et même davantage. Ai-je besoin de dire que la ligature doit être remontée d'autant, et que, dans aucun cas, elle ne doit porter sur le tissu cutané lui-même. On doit s'assurer qu'aucun organe appartenant à l'enfant n'est sorti à travers l'anneau ombilical; en un mot, qu'il n'y a pas de hernie. Pour cela, la vue et le palier avec les doigts ne tardent pas à donner des renseigmements précis. La présence d'un renflement, plus ou moins arrondi et d'un volume variable, à l'origine abdominale du cordon, sa réductibilité habituelle du côté de la cavité du ventre, sa tension, quand l'enfant crie, sont des caractères qui laissent rarement dans l'incertitude; j'ai à peine besoin de dire que, dans ces conditions, la ligature doit être portée beaucoup plus haut, et que, sous ce rapport, il vaut mieux pécher par excès de prudence. Ces hernies ombilicales bien limitées ne doivent pas être confondues avec les éventrations proprement dites; elles sont plus rares que ces dernières, si, du moins, je m'en rapporte à mon expérience. Je n'en ai vu que deux exemples : l'un, il y a un an, sur l'enfant d'un Allemand que j'ai rencontré dans l'Amérique du Sud ; l'autre à Paris, il y a quelques mois seulement ; je reviendrai sur ces faits en traitant de la pathologie du nouveau-né.
Quant à la nature du lien qui doit servir à étreindre le cordon, elle a une importance médiocre; j'en exclus, bien entendu, ceux qui sont métalliques, et qui ne peuvent trouver ici leur emploi; mais en dehors de cela, que la ligature soit en coton, en lin ou en soie, cela importe peu; ce qu'il faut avant tout c'est une solidité et une grosseur suffisantes, pour que, d'une part, le lien ne rompe pas, et que de l'autre il ne coupe pas les tissus, comme cela arrive, quand il est solide et trop fin. 11 faut savoir, en outre, que certains cordons, ceux qui sont gros et ii: filtrés, cèdent plus facilement sous la constriction du lien et se divisent avec une facilité exceptionnelle : je n'en excepte pas les vaisseaux qui participent, parfois, à cette friabilité, et qui exigent im lien plus large et moins coupai'.t. Eu somme, la ligature qui réunit le mieux ces conditions, est celle qui se compose de deux ou trois brins de fils de lin ou de chanvre. Cette réunion lui donne l'aspect d'une sorte de cordon aplati, qui sectionne moins facilement. Est-il convenable de cirer ces fils, comme on est dans l'habitude de le faire? Gela n'est certainement pas indispensable; mais on ne saurait critiquei ceux qui ont recours à ce moyen, qui rend la ligature moins glissante, plus solide, et qui maintient mieux le premier nœud, pendant qu'on s'occupe du -econd, d'où peut-être plus de certitude d'obtenir une constriction plus sùie.
Mais un autre petit détail sur lequel j'insiste surtout, c'est que, pour bien opérer la ligature, il ne suffit pas que le fil soit assez gros et assez solide : il faut encore qu'il ait une longueur suffisante, sans laquelle, quand on veut serrer, on le sent glisser entre les doigts, sans qu'on soit sur d'avoir obtenu la constriction voulue et en s'écorchaut soi-même quelquefois. La plupart des gardes qui les préparent ont la mauvaise habitude de ne leur donner que 15 à 20 centimètres. La pratique ne tarde pas à montrer que cela est insuffisant. Pour qu'il ne laisse rien à désirer sous ce rapport , il faut qu'il ait de 50 à 55 centimètres, de manière à ce qu'on puisse l'enrouler autour de l'index et le médius de chaque main et le tenir solidement. 11 est bien entendu que, dans
un cas où l'on serait pris au dépourvu, une ganse ou une petite ficelle pourraient parfaitement remplir le but.
Pour placer la ligature, voici comment on s'y prend, en géne'ral. La partie moyenne du fil est placée sous le cordon, les deux bouts sont ramenés en haut; l'un d'eux est passé deux fois à l'entour de l'autre, et on serre de mnnière à écraser la gélatine et à oblitérer les parois des vaisseaux. On pourrait faire un autre nœud et s'en tenir là ; mais il est préférable d'entourer encore le cordon, de serrer de nouveau, et de terminer par deux nœuds l'un sur l'autre. La compression doit être telle que le fil se perde dans un sillon profond, au fond duquel n'existent, pour ainsi dire, que les membranes et les parois vasculaires.
C'est à côté de la mère, dont l'enfant n'a pas encore été séparé, que tous ces soins sont pris ; il ne s'agit plus que de placer une seconde ligature sur le bout placentaire avant de couper le cordon. Cette ligature est surtout faite au point de vue de la femme; mais on sait qu'elle est de règle dans les cas de grossesse gémellaire, après la sortie du premier enfant et dans l'attente du second : ce n'est pas qu'elle soit habituellement utile, tant s'en faut, mais parce qu'elle peut l'être dans quelques cas, qu'on ne peut bien apprécier que lorsqu'on a les deux œufs sous les yeux et qu'on peut étudier leurs rapports réciproques. On sait qu'ils sont variables; et, dans l'impossibilité où l'on est de décider à l'avance si la ligature est indispensable, on est convenu, avec juste raison, de l'appliquer à tous les cas.
Maintenant, quelle distance faut-il laisser entre la ligature, qui restera sur le bout fœtal, et le point sur lequel portera la section? en d'autres termes, quel bout de cordon faut-il conserver au-dessus de la ligature? Le moins possible, un centimètre tout au plus, te qui est bien suffisant pour empêcher le glissement du nœud, fl ne faut pas que la masse qui restera attachée au ventre pendant quelques jours soit trop volumineuse ; quand il en est ainsi, elle gène, elle comprime, elle subit des altérations, dont les inconvénients sont d'autant plus marqués qu'elle est plus grosse. On coupe généralement le cordon avec des ciseaux, c'est ce qu'il y a de plus commode ; mais il est bien entendu qu'on pourrait se servir de tout autre instrument tranchant, et cela n'aurait absolument aucun inconvénient.
Une fois la ligature et la section du cordon opérées, que faut-il faire du bout qui tient à la peau et qui pend sur le ventre ? Le fixer et le soustraire aux tiraillements auxquels il serait exposé sans cela, ainsi qu'au contact trop immédiat de l'urine et des matières intestinales, toutes conditions qui pourraient entraver la marche régulière du petit travail pathologique à la faveur duquel il se sépare de l'enfant. L'usage a consacré luie soi te d'enunailloltement de cette partie du cordon, et voici commenl il convient de l'opérer. On prend une petite compresse carrée, d'environ 10 centimètres en linge souple et fin; on fait au centre, d'un coup de ciseau, une ouverture circulaire, assez étendue pour laisser passer librement le cordon. On étend sur l'une des faces, une petite couche de cérat, de beurre, d'huile ou d'un autre corps gras, pourvu qu'il soit frais. On fait passer le cordon par le trou, en ayant soin que la face non ^raissée corresponde à la peau du ventre ; on replie une première fois la compresse, puis une seconde, de manière à ce qu'elle représente quatre doubles; on incline un peu le tout vers le côté gauche, et on maintient avec une bande en laine ou en toile fine, qui doit avoir environ trois travers de doigts de large, et qui doit être assez longue pour faire deux ou trois fois le tour du ventre. Les inconvénients
des épingles ordinaires pour la fixer sont depuis longtemps reconnus et, pour mou compte, je les bannis autant que je le puis, donnant la préférence à de simples petits cordons qui terminent la bande et qui servent à la maintenir. J'ai à peine besoin de diie qu'elle doit être modérément serrée. Maintenant, pourquoi conseillc-t-on de placer le cordon enveloppé plus paiticiilièrement du côté gauche? C'est, dit-on, pour éviler la compression du foie qui descend trèsbas cliez Tenfant. Je soupçonne ce conseil de découler d'une idée un peu préconçue. Le foie descend rarement assez bas pour qu'il puisse être comprimé ; d'un autre côté, la compression par une pareille tumeur ne me paraît pas bien dangereuse. Quoi qu'il en soit, c'est une précaution à laquelle je ne vois aucun inconvénient, et je suis loin de m'élever contre elle.
Je dois mentionner ici une condition, heureusement rare, mais qui a été rencontrée dans la pratique. Je veux parler de la déchirure du cordon ombilical, déchirure qui peut se produire pendant le travail, lorsque l'enfant est encore dans l'utérus, ou au moment où il est expulsé violemment, la femme étant surprise debout, par exemple. Pour le premier cas, il sera bien rare qu'on ait à s'occuper du cordon après la naissance, une hémorrhagie mortelle rendant, presque toujours, tous les soins inutiles. Dans le second, au contraire, l'enfant est mi;; en rapport avec l'air extérieur, en même temps que la déchirure s'opère, et si la respiration s'établit, la vie de l'enfant ne court aucun danger. Il n'en faut pas moins prendre ses précautions dans les cas ordinaires et se mettre à l'abn d'une hémorrhagie secondaire possible, que le tiraillement et la déchirure des vaisseaux rendent plus difficile que dans les cas ordinaires. Seulement, deux conditions peuvent se présenter. Il peut arriver que la séparation ait eu lieu à quelques centimètres de l'insertion abdominale, et alors rien n'est changé et il faut se comporter comme je l'ai dit précédemment. Ou bien, l'arrachement peut avoir eu lieu contre la peau du ventre, et dans ce cas, il n'y a plus de ligature possible. C'est à une compression convenablement employée et variée selon les cas qu'il faut recourir ; mais il faut éviter, autant que possible, tous les liquides irritants qui pourraient pénétrer dans les vaisseaux et donner lieu à des accidents.
PREiiiiiR >'ETTOYAGE DE l'enfant. Lc nouveaii-ïié, qui vient de franchir les parties génitales, porte les traces de souillures diverses et a le plus grand besoin de subir une toilette générale. Il est recouvert de sang sur plusieurs points. Quelquefois, quand il a rendu du méconium dans la cavité utérine, il offre une teinte générale, vert jaunâtre. Il n'est pas i-are, en outre, que des matières fécales, expulsées par sa mère dans les derniers efforts, se trouvent dans son voisinaLie et s'attachent à lui. Mais ce n'est pas tout : sa peau, qui est très-riche en follicules sébacés, est comme enduite du produit de leur sécrétion et naturellemeut la couche est d'autant plus épaisse que les glandes sont plus nombreuses ; c'est pour cela qu'il est certains points du corps oii on la trouve eu plus "rande quantité, à la face et à la tête, aux aines, aux aisselles et sur toute la partie postérieure du tronc. On voit des enfants qui en sont recouverts presque partout, et l'épaisseur n'est pas moindre de un à deux millimètres dans quelques parties ; d'autres en ont seulement par places, et spécialement sur celles mentionnées plus haut. Quelques-uns n'en ont qu'en très-minime quantité. Cette matière grasse, poisseuse, est très-adhérente. Elle a la consiitance du beurre et une couleur blanche un peu grisâtre.
A quelle époque commence la sécrétion des glandes sébacées? C'est un point difficile à détenainer d'une manière rigoureuse ; mais on peut dire qu'elle est bien peu active dans les premiers mois de la grossesse, alors que la peau, incomplètement développée, a encore un aspect rougeâtre et comme muqueux. Les avortons de cette époque sont dépourvus de cet enduit et, dans tous les cas, il est si peu abondant qu'il est difficile d'en constater la présence. C'est surtout dans la seconde période de la gestation que la sécrétion paraît entrer dans une grande activité. Elle est si abondante, que tout ne reste pas attacbé à la peau ; des fragments se détachent, qui se mêlent au liquide amniotique et lui donnent l'apparence de l'eau dans laquelle on a fait crever du riz ; c'est même, comme ou le sait, un excellent caractère pour décider si un écoulement aqueux qui. se fait par les parties génitales de la femme enceinte, est bien formé par le liquide amniotique ; quelquefois même, plusieurs de ces petits fragments adhèrent les uns aux autres et, enroulant dans l'eau de l'amnios, font la boule de neige qui grossit et qui peut atteindre parfois un volume considérable. J'ai recueilli, il n'y a pas très-longttmps, et je l'ai montrée à mes élèves de la clinique, une de et s masses qui avait la longueur et le volume de n on pouce.
Il est probable que cet enduit n'est pas inutile pendant la vie intra-utérine. On sait que les follicules sébacés sont voisins des follicules pileux, et il est admis que le produit de leur sécrétion sert à lubrifier les poils et à diminuer, pour la peau, l'action de certains agents extérieurs.
Chez les oiseaux, la base des plumes est dépourvue de ces glandes ; mais, ainsi que le lait remarquer M. Sappey, elles forment un groupe spécial au-dessus des vertèbres coccygiennes, et c'est là que l'animal puise, avec son bec, la matière grasse qu'il reporte sur les différentes parties de son corps.
Lorsque le corps de l'homme plonge longtemps dans un b.iin tiède, l'épiderme s'épaissit, blanchit et se ride ; rien de semblable ne s'observe pour l'enfant au moment de la naissance, et cependant sa peau a séjourné pendant des mois dans un liquide dont la température est entre 57 et 38 degrés. Est-il dé.-aisonnable de supposer que l'enduit sébacé soit la cause de cette différence? Je m le pense pas ; j'ai vu cinq ou six fois, dans ma vie, la peau des enfants présenter, au moment de la naissance, l'aspect ridé et comme macéré qui se remarque sur la peau de l'homme qui a longtemps séjourné dans l'eau tiède, et j'ai été frappé de l'absence de la matière sébacée ; il s'agissait d'enfants bien portants, d'ailleurs, et d'un développement normal.
Le premier nettoyage du nouveau-né demande à être fait avec soin. Si on n'avait ii le débarrasser que des taches de sang, de méconium ou de matières fécales, une éponge ou un linge trempé dans l'eau tiède et promené sur les différentes parties du corps suffiraient pour faire tout disparaître ; mais il n'en est pas de même pour la matière sébacée qui s'étale sous le frottement et dont on enlève bien quelques fragments, surtout avec un linge sec, mais dont la plus grande [Kirtie reste adhérente, à moins d'exercer des frictions rudes, qui durent longtemps et qui ne sont pas sans inconvénient pour la peau. De là, la nécessité de recourir à des corps gras ou mucilagineux qui ont la propriété de se mêler à cette substance, d'en diminuer la viscosité et de faire qu'en frottant doucement, on l'enlève facilement. L'huile, le beurre, le cérat, sont ceux dont on se sert le plus habituellement, et ils ne Liissent rien à désirer. A leur défaut, on pourrait les remplacer par le jaune de l'œuf ou par une décoction mucilagiueuse concentrée. Il importe que celte petite opération soit rapidement faite,
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surtout dans les saisons froides. Il ne faut pas que l'enfant puisse se refroidii' ; sa puissance de calorilîcation n'est pas grande, et il faut se hâter d'éloigner tout ce qui peut lui soustraire du calorique.
Pour terminer cette toilette, il faut plonger le nouveau-né dans un bain tiède, à la température de 30 à 52 degrés centigrades et là, pendant une ou deux minutes. le laver à grande eau en promenant une éponge sur les différentes parties du corps. En le retirant du bain, on le reçoit dans un grand lange, sorte (le peignoir en flanelle, dont on l'entoure et avec lequel on le sèche complètement. Il est bon, surtout quand il s'agit d'enfants un peu faibles et qui ont mis quelque temps à bien respirer, d'aiguiser l'eau avec un peu de vin, de vinaigre aromatique et même d'eau-de-vie. Je sais bien que tous ces soius soat difficiles et malheureusement impossibles à administrer dans la demeure des pauvres qui manc[uent souvent du nécessaire ; toutefois, le dénûment est rarement assez complet pour que les plus essentiels d'entre eux ne puissent pas être mis en pratique. Dès que l'enfant est bien nettoyé et séché des ablutions qu'on a dû lui faire subir, il faut procéder sans retard à son habillement ; c'est ce dont je vais m'occuper maintenant.
Dd vêteme>t du nouveau-né. Cette question de l'hygiène du premier âge a beaucoup occupé, dans tous les temps, les médecins et les philosophes. Mais combien les solutions si opposées qui ont été données se ressentent des notions fausses et des idées préconçues qui dirigeaient leurs auteurs ! Les uns, qui voulaient faire prendre au corps des formes particulières, donnaient à certaines pièces mises en usage la possibilité d'exeicer des compressions locales plus ou moins fortes. D'autres, sous prétexte de faire des enfants forts et vigoureux, conseillaient de les couvrir à peine, sans s'inquiéter du froid qu'amènent les changements de saison. Que de temps et de résultats malheureux il a fallu pour faire entrer dans l'esprit de tous l'utilité de certains préceptes qui sont encore loin, aujourd'hui, d'être entrés dans la pratique générale ! Est-il rien cependant de plus important que la forme du vêtement du nouveau-né ! Quand les gens du monde comprendront-ils qu'on ne joue pas avec les enfants de cet âge comme avec une poupée, et que les fantaisies ou les modes de l'époque n'ont rien î faire avec les règles de l'hygiène qui leur sont applicables ! Quoique l'opinion se soit avantageusement modifiée sous ce rapport depuis le commencement de ce siècle, il reste encore beaucoup à faire, et c'est aux médecins qu'il appartient de propager les saines doctrines. C'est parce que je suis pénétré de cette vérité que je vais entrer dans tous les développements que comporte un pareil sujet.
Dans les pays chauds, où les rigueurs de nos hivers sont inconnues, la question se trouve singulièrement simplifiée. Une petite robe large et flottante constitue tout le vêtement. Les jambes, une partie des cuisses, la tête, sont entièrement découvertes, et l'air pénètre facilement partout; souvent môme la nudité est complète. C'est ce que j'ai vu chez les négresses du Sénégal et du Brésil, qui portent leurs enfants derrière leur dos dans un pli de leur vêtement de toile. Ce n'est pas tout à fait la même chose chez les indigènes ou les Européens qui se sont transplantés dans ces pays; mais l'emmaillottement est loin d'être aussi rigoureux qu'en Europe. Ce que je vais dire s'appliquera donc surtout à la France et aux autres pays qui sont à peu près dans les mêmes conditions climatériques.
Les différentes pièces nécessaires pour vêtir le nouveau-né constituent un tout qui est connu sous le nom de maillot, mais il n'en a pas été toujours ainsi. Dans
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les temps les plus anciens, ce nom servait à désigner un morceau de toile ou d'une autre étoffe dans lequel on laçait ou on cousait l'enfant avant de le coucher. J.-J. Rousseau a beaucoup contribué à le faire abandonner, quoiqu'on le retrouve encore dans certaines parties de la France.
Dans un petit ouvrage de Gaspard Bartliolin, publié en latin en 1677, et intitulé : Expositio veteris in puerperio ritus in arca sepulchrali antiqua desumpti, on trouve les indications suivantes : Un tombeau antique existait dans le palais des Saclietti (\ia Julia à Rome). Sur un des côtés était une sculpture représentant la naissance d'un enfant. On y voit la mère à moitié couchée dans une longue chaise, ses pieds étendus dans un vase à ablution, et l'enfant que soulève la sage-femme. Devant se tient debout la nourrice, ayant en main un linge destiné à l'envelopper. Ce linge était quelquefois pris à la couche même de la mère et était tout ensanglanté. Tantôt c'était un autre linge dont la mère ellemême entourait l'enfant.
Les anciens avaient pour but, en enveloppant ainsi l'enfant immédiatement, d'empêcher ses membres de se déformer. Ainsi on lit dans Piudentius [nataUbus horis) : « Totum hominem et callidos a matre amplectimur artus virumque port testatuni per mombra reccntis alumni spargiraus et rudibus dominamur in ■<( ossibus omnes. »
Chez les Spartiates, les enfants à leur naissance n'étaient pas liés avec des linges, mais exposés nus. Cependant ils avaient quelques moyens de maintenir les membres dans une bonne conformation.
Chez d'autres peuples, on prenait le plus grand soin pour que les membres ne se déformassent pas en les liant avec des linges et d'autres étoffes. Ces étoffes étaient de pourpre pour les ricbes. Julius Capitolinus dit : « Accessit omen quod <( quum pueri ejus famili* russulis farciolis illigarentur, quod forte lotœ « essent russidaî fasciolse, quas mater praegnans paraverat pnrpurea malris illi- <( ffatus est fascia. »
Les Grecs appelaient onapgirna ces premiers langes (Homère). Ils avaient des bandes de linge qui servaient à entourer seulement le coips de l'enfant, d'autres qui l'attachaient dans son berceau ; on appelait ces derniers incunahula : « Sed puer illc quem ego lavi magnus est et multum valet, nemo eimi quiveit ligare incunabulis. » (Plante.)
Winslow a beaucoup écrit contre la manière usitée d'habiller les enfants. J'en dirai autant de Locke qui a traité le même sujet dans son traité philosophique sur l'éducation des enfants ; mais celui qui a le plus fait pour opérer une réforme salutaire, c'est évidemment J.-J. Rousseau. Désessarts, dans son traité de l'éducation corporelle des enfants, s'élève contre l'usage du maillot : il lui attribue presque toutes les maladies du nouveau-né. Il a évidemment beaucoup exagéré sous ce rapport. La plupart des traités d'accouchement sont muets à cet égard ou ne s'occupent du maillot que d'une manière très-insuffisante. Il faut cependant faire une exception pour Maigrier, qui lu' a consacré un assez long chapitre et qui est entré dans de nombreux détails.
Parmi les différentes pièces du maillot, il en était une qui, heureusement, a presque complètement disparu de nos jours, et qui était connue sous le nom de corps. C'était une espèce de corset avec ou sans baleines, lacé par derrière et fortement serré, destiné à soutenir le tronc dans une position droite et à le préserver des chocs extérieurs. C'est contre lui qu'on s'est élevé surtout, et on a eu grandement raison. C'est particulièrement pour les jeunes filles qu'on le faisait agir
avec énergie pour amincir la taille et laisser aux épaules une largeur proportionnellement plus grande. Cette habitude devait avoii" pour résultat de changer la forme de la poitrine, de troubler le jeu des organes qu'elle renferme et de modifier leurs formes. Ces altérations devaient même s'élendie jusqu'au foie et à l'estomac. Les résultats de ces conslrictions exagérées sont incontestables, et, à la longue, elles produisent des désordres qui ont été plus d'une fois constatés à l'iiutopsie, et il est bien entendu que les corps ne doivent pas reparaître dans le vêlement des enfants.
Le nouveau-né , qui se trouve dans des conditions toutes spéciales, doit être habillé d'une manière particulière, et le maillot généralement employé de nos jours doit être conservé, en se conformant dans son application à certaines règles que je vais faire connaître. Mais, avant, il importe que je dise de quoi ilse compose et quelles indications il est destiné à remplir.
J'ai déjà rappelé combien il importait, à cette période de la vie, d'éloigner les causes de refroidissement. Pour cela il faut placer l'enfant dans un milieu à température suflisammcnt élevée et l'empêcher, en recouvrant la peau avec des vêtements convenables, de se refroidir. Mais l'excrétion de l'urine et des matières fécales se faisant sans que la volonté en puisse régler la marche, il est de toute nécessité que la portion du maillot qui correspond à la partie inférieure du tronc, soit indépendante et puisse être fréquemment renouvelée sans toucher au reste, il inqwrte aussi que ce qui doit être en contact avecla peau, qui est si fine et si irritable, soit fait avec des tissus souples et fins.
Aussi, le maillot est-il composé de différentes pièces destinées ik trois régions principales : la tête, le thorax et la partie supérieure de l'abdomen, l'extrémité inférieure du tronc et les membres.
1° Vêtement de la tête. Je ne discuterai pas l'utilité de recouvrir la tête du nouveau-né. Elle me paraît incontestable, et je combats la tendance que manifestent quelques familles pour un usage qui nous vient d'Amérique et qui consiste à la laisser entièrement nue; on ne doit pas oublier que l'ossification des os du crâne est incomplète, que le cerveau est peu protégé en certains points et qu'il convient d'enti^etenir dans celte région une chaleur douce et uniforme. Autrefois même, on ne se contentait pas des bonnets dont je vais parler; on y ajoutait une petite pièce de linge carrée qu'on appliquait, comme moyen de protection, au niveau de la fontanelle antérieure. Ce surcroît de précaution ne me paraît pas nécessaire.
Deux bonnets doivent être employés; le premier s'applique sur la peau et il porte le nom de béguin. 11 a une forme particulière qu'il doit aux trois pièces dont il est fait et qui s'adaptent assez bien à la forme de la tête. Il est dépourvu de cordons et ne porte aucun ornement. Généralement, pour la saison chaude, il est fait en batiste ou en toile fine. Pour l'hiver, on le confectionne avec de la futaine ou de la flanelle. Le second, plus historié, en général, selon les goiits et la fortune des familles , est fait avec de la mousseline à tissu plus ou moins serré et souvent surchargé de broderies. Il est pourvu de deux cordons qui permettent de le nouer sous le menton. Il concourt à fixer le béguin. Aucune difficulté ne se présentant pour l'application de ces bonnets, je n'ai qu'une observation à faire, c'est qu'il faut prendre garde en attachant les cordons du second de trop serrer sous le menton.
La manière de couvrir la tête du nouveau-né n'a pas toujours eu la simplicité de celle que je viens de conseiller : de tout temps, on a reconnu que la
souplesse des os et les intervalles membraneux qui les séparent, lui permettaient de prendre des formes variées sous l'influence des pressions auxquelles on la soumettrait ; seulement, il y a des pressions passagères et d'autres qui sont continuées pendant des mois et des années. Les premières donnent lieu à des déformations, quelquefois considérables, mais qui durent peu et qui, en s'elfaçant, permettent, en général, à la tète de reprendre sa conformation normale. Les secondes, au contraire, n'ont pas besoin dètre trop fortes, et pourvu qu'elles soient permanentes, elles agissent petit à petit, s'impriment sur les os du crâne dans le sens de leur action et peuvent donner à l'extrémité céplialique les formes les plus bizarres.
Longtemps certains peuples sauvages ont mis à profit celte malléabilité progressive de la tète pour obtenir des formes que nous trouvons borribles, et qui représentaient pour eux le type de la beauté la plus accomplie. 11 sullit de voir le crâne d'un Caraïbe, soumis dès son enfance à cette pratique barbare, pour comprendre jusqu'oîi peut aller la déformation. Les choses peuvent arriver à un tel degré qu'on se demande si on a bien sous les yeux une tête de l'espèce humaine. Blumenbach a représenté deux têtes caraïbes, l'une qui avait été abandonnée à son développement naturel. Quoique celle-ci porte l'empreinte de la race, elle diffère considérablement de la première. Ces coutumes insensées ont à peu près complètement disparu en Amérique et en Océanie, et c'est au contact des Européens qu'a été due cette transformation. D'après M. Broca, on les retrouverait encore dans quelques tribus et en particulier chez les Peaux-Rouges.
Je n'aurais pas parlé de ce qui s'est longtemps pratiqué chez les sauvages, fi quelque chose d'analogue ne se trouvait encore chez nous à l'état bien affaibli, bien mitigé sans doute, mais démontrant jusqu'à l'évidence tout ce qu'on peut produire par la compression lente de la tète. 11 y a déjà bien longtemps que les médecins se sont élevés contre certaines coutumes locales qui tendent à disparaître de plus en plus, mais qui ont été très en faveur dans la Haute-Garonne, dans le Lot, dans l'Aude, etc.
Déjà Virey, dans l'article consacré au mot Enfasts du Dictionnaire des sciences médicales, s'cx[ rimait ainsi : « A l'égard des compressions exercées sur le crâne encore mou, il est certain que nous pouvons changer sa forme, et nous en connaissons des exemples. Ainsi des béguins trop serrés par des rubans ont allongé la tête en pain de sucre à quelques individus. » Plus loin, il ajoute ; « Enfin, nous avons remarqué une sorte d'idiotisme chez un enfant à tête semblable, et dont la forme est due à la seule compression de la coiffure dans l'enfance. »
Un plaidoyer chaleureux fut publié, en 1854, contre l'habitude trèsrépandue encore alors de comprimer la tête des enfants à l'aide d'une bande particulière, connue sous le nom de bandeau. Je fais allusion au mémoire d'Achille Foville, aliéniste distingué de l'époque et qui a laissé un nom dans la science. 11 est intitulé : h Déformation du crâne résultant de la méthode la plus générale de couvrir la tète des enfants ». Il rappelle que déjà en 18:29, dans le Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, à l'article Aliénation UEMALE, il s'exprimait ainsi : « 11 est sur qu'on trouve parmi la population d'une maison de fous beaucoup plus de conformations vicieuses du crâne qu'on en trouve sur un nombre égal d'hommes pris au hasard. 11 existe plus de 50 conformations vicieuses du crâne sur les 530 aliénés que je soigne. Celle qui domine est le rétrécissement circulaire de celte partie, suivant une ligne qui,
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partant de la région supérieure du frontal, se terminerait au-dessous de la protubérance occipitale, en passant, à droite et à gauche, au-dessus de la conque de l'oreille. Cet enfoncement circulaire est surtout prononcé au sommet du Irontal et sur ses côtés. Peut-être ce vice de conformation résulte-t-il de l'habitude générale, dans le pays, d'entourer la tète des nouveau-nés de ce qu'on appelle un bandeau, morceau de toile triangulaire au grand bord duquel on fait un pli de deux travers de doigt, qu'on applique et qu'on serre précisément sur la ligne que j'ai indiquée comme siège de ce rétrécissement. » .
A cette époque, Foville était médecin en chef de l'asile départemental de la Seine-Inférieure, et ce qu'il donnait alors comme une simple conjecture ne tarda pas à devenir une conviction absolue. Les faits se multiplièrent dans l'hospice ■qui lui était confié et dans sa pratique particulière. 11 ne tarda pas à reconnaître que cette altération dans la forme du crâne, quand elle était portée à un certain degré, était toujours accompagnée d'accidents graves, troubles dans la circulation cérébrale, perversion des fonctions les plus importantes du cerveau et même l'idiotie et l'épilepsie : il crut nécessaire d'appeler sur ce point l'attention de ses confrères, avec l'espoir de faire cesser un abus qui expose chaque jour tant de nouveau-nés a à une mutilation funeste pour leurs facultés les plus nobles et les plus importantes ».
Son mémoire contient 12 figures destinées à montrer ce qu'est la forme normale du crâne et les diverses dégradations que peuvent lui imprimer les comp; essions intempestives dans le jeune âge ; sous l'influence du lien circulaire dont j'ai parlé et qui est plus large dans la partie qui s'applique sur la région frontale que dans celle qui correspond sur les parties latérales et en arrière, la tète subit des modifications générales qui ont été bien indiquées pai' M. Foville. « Le front, interrompu dans sa hauteur, est brusquement coudé. Le crâne aplati supérieurement se prolonge en arrière sous la forme d'un segment de cône ou de cylindre à diamètre variable, suivant les sujets; une saillie anguleuse termine en bas son prolongement postérieur. »
L'auteur passe ensuite en revue l'altération partielle des os et montre combien, avec un peu d'habitude, cette déformation particulière, qui est si vaiiable quant au degré, est facile à reconnaître; aucun doute ne saurait exister sur la cause qui la produit. Le bandeau, dont l'usage a été si répandu en France, n'agit pas seulement sur les os ; il laisse encore une empreinte sur la conque de l'oreille, dont la partie supérieure a été portée en arrière, décrivant ainsi uu arc du cercle dont le trou auditif serait le centre. En même temps, cette portion a été trouvée plus mince que d'habitude et comme atrophiée, quelquefois elle est si exactement collée contre la portion correspondante du crâne qu'elle regarde en arrière autant qu'en dehors. Tous ces caractères sont très-apparents sur plusieurs des tètes représentées dans le mémoire dont j'ai parlé.
A cette époque, le docteur Délaye avait à Toulouse la direction de l'hôpital des aliénés ; le docteur Foville lui écrivit pour savoir si la pratique vicieuse de serrer la tête des enfants était en usage dans le Midi ; voici ce qui lui fut répondu :
« Beaucoup de personnes de ce pays ont la tête très-pointue, non-seulement parmi les aliénés, mais encore parmi les autres. La manière dont on serre la tète n'est peut-être pas étrangère à cette disposition générale; en effet, on a l'habitude de mettre deux coilîes, plus une pièce de linge appelée bandeau. Ces deux coiffes compriment fortement le crâne à l'aide de très-longs rubans de fil
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qiu font au moins trois fois le tour de la tête, ce qui fait en tout six tours, qui, comme je vous le dis, sont très-serrés, au point qnil nesi pas rare de voir des personnes qui ont une dépression marquée, un vrai sillon dans la circonférence de la tête et à la partie correspondante à cette pression; cette disposition est très-tranchée sur plusieurs idiots et imbéciles de r hospice des aliénés de Toulouse. »
On le voit, ce n'était pas seulement dans la Seine-Inférieure et dans les départements voisins qu'on observait la déformation du crâne dont je parle ; •elle était commune dans le Midi de la France et dans toutes les classes de la société. Aujourd'hui, elle devient de plus en plus rare; les faits signalés par M. Foville n'ont pas peu contribué à produire ce résultat. Cependant, on rencontre encore de loin en loin quelques individus qui portent sur leur crâne l'empreinte du bandeau qui l'a serré pendant l'enfance. Dans un travail communiqué à la Société d'anthropologie (séance du 17 août 1871), et ayant pour litre Sur la déformation toulousaine du crâne, M. P. Broca a raconté l'histoire d'une vieille femme, morte à la Pitié, dans le service du professeur Lasègue (elle était née en 1797). Après avoir fait faire le moule du crâne, il procéda à l'examen du cerveau. Le premier fait qu'il signale consiste dans une adhérence et un épaississement de la dure-mère. Le cerveau ne parut pas malade, mais il était fort petit ; l'encéphale entier avec la pie-mère ne pesait que 1,079 grammes. Les circonvolutions offraient un volume normal. La loge frontale du crâne était considérablement réduite; mais il fut constaté que le lobe frontal avait gagné en longueur. Les lobes temporo-sphénoïdiens, très-aplatis en avant, étaient notablement atrophiés. La région des lobes occipitaux était large et paraissait plus ample que de coutume.
D'une manière générale, le cerveau était peu plissé et la simplicité de circonvolution annonçait peu d'intelligence.
Après avoir décr-it l'encéphale, M. Broca entre dans des détails relatifs à la conformation du crâne. Il signale la dépression qui existe au niveau du bregnia et la forme du front, qui devient fuyant à partir de la racine du nez.
De tout ce qui précède, il résulte qu'il faut éloigner du vêtement de la tète ce qui peut exercer une compression forte et continue. La dépressibilité et la malléabilité de cette partie fœtale se sont déjà révélées à nous, quand nous avons étudié les changements qu'elle pouvait subir pendant son passage à travers le bassin ; mais quelle différence entre les modifications qui sont la conséquence d'une compression forte, mais d'une durée relativement courte, et celles qui succèdent à une action de même ordre et qui agit d'une manière continue pendant plusieurs mois et même pendant des années ! Les premières, je l'ai déjà indiqué, disparaissent rapidement sans laisser habituellement de traces. Les autres, au contraire, sont constituées par des déformations persistantes qui portent sur les os et sur certains lobes du cerveau, entraînant souvent les conséquences les plus graves au point de vue des facultés intellectuelles.
2° Vêtement de la poitrine. Ici encore il se compose de deux pièces, une chemise et une brassière. La chemise doit être en toile douce, fendue par derrière dans toute sa longueur et pourvue de deux manches assez longues pour recouvrir les bras et les avant-bras. Il faut qu'elle soit assez large pour pouvoir être croisée en arrière. Elle peut être dépourvue de tout lien, la brassière devant servir à la maintenir. Dans tous les cas, si on croit devoir la fixer, il ne faut pas se servir d'épingles ; les cordons sont préférables. Elle ne doit pas être trop
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longue : il suffit qu'elle descende jusqu'à la région ombilicale, poui' qu'elle soit moins facilement souillée parles déjections. La brassière, qui se met par-dessus, doit avoir lu même forme et les mêmes dimensions. Elle doit être faite en tissu de coton ou de laine, plus ou moins épais suivant la saison. On la croise également par derrière, et on l'attache avec des cordons. Si on se sert d'épingles, il faut employer les épingles dites anglaises, et d'un petit volume.
Pour mettre en place ces deux pièces du vêtement, on éprouve souvent des difficultés pour introduire les bras dans les manclies, qu'on a l'habitude de faire trop étroites. C'est dans cette petite opération qu'on peut souvent juger de l'expcrience et de l'habileté des gardes. Le médecin ne doit être étranger à aucun de ces détails. Dans certains cas, quand on est pris au dépourvu, il faut (ju'il agisse lui-même ; mais toujours il doit être en mesure de diriger en donnant des conseils.
Je dirai d'abord qu'il vaut mieux passer du même coup la chemise et la brassière. Pour cela, il faut commencer par introduire les manches de la chemise dans celles de la brassière, rapprocher les deux extrémités en fronçant les manches de manière à ce que la main n'ait qu'un anneau à traverser. On saisit alors le bout des doigts en ayant soin de surveiller le pouce, qui s'arrête parfois à la chemise, et bien souvent on réussit de la sorte ; quelquefois l'introduction est plus dilficile surtout quand les manches sont étroites. Il y a un moyen bien simple alors de se tirer d'embari'as : il consiste à prendre une feuille de papier avec laijuelle on entoure l'avant-bras jusqu'au coude et qu'on roule en pointe à son extrémité inférieure qui dépasse la main de plusieurs centimètres. Cette pointe est engagée à travers les manches, et il suifit de quelques tractions pour entraîner les bras sans difficulté. Une petite bande roulée sur les mêmes parties et introduite par une portion restée libre rendrait le même service. 11 n'y a plus qu'à étaler la chemise et la brassière, à les croiser successivement en arrièieet à les fixer avec des cordons qui ne doivent pas être serrés trop fortement.
5° Vêtement de la partie inférieure du tronc et des membres. 11 se compose de deux parties bien distinctes : l'une est représeutée par une petite serviette qui a la forme d'un carré long. On peut l'employer de deux façons différentes, elle porte le nom de couche. Dans l'une, après l'avoir complètement déployée, on la place en arrière de l'enfant, de manière que le bord supérieur corresponde à la partie supérieure de la poitrine ; on ramène successivement en avant les deux côtés et on les attache à la partie supérieure. Les cordons sont toujours préférables. Avec ce qui pend plus bas, on entoure chacun des membres avec la partie flottante qui lui correspond. On a soin de bien isoler les pieds : Puis on ramène l'excédant en arrière jusqu'à ^la région périnéale, dans le but d'augmenter l'épaisseur du linge là où l'urine et les matières fécales doivent s'écouler.
Dans l'autre, la couche a une forme plus régulièrement carrée ; on la plie en triangle dont on applique le milieu de la base en arrière, à peu près à la même hauteur que dans le cas précédent. On en croise en avant les deux extrémités, que l'on fixe en prenant les mêmes précautions. L'angle inférieur est attiré en bas et en arrière, passe devant le périnée, recouvre les organes génitaux, remonte au-dessus de la région pubienne et est fixé au milieu de la portion transversale. D'autres cordons ou des boutons obliquement placés servent à la fixer de chaque côté, et quand tout est bien en place, on dirait une petite culotte courte recouvrant le bassin et la partie supérieure des cuisses.
Je dois dire que cette manière de faire est très-généralement répandue depuis quelques années, au moins dans la classe riche ; quelques personnes y ajoutent, dans le but d'empêcher les matières de s'étendre au loin, une autre pièce de même forme faite en tissu imperméable ; je ne crois pas que ce soit très-hygiénique. Cela maintient la partie inférieure du tronc dans une sorte de bain qui se refroidit et qui doit avoir des in:onvénients. Quand la seconde manière d'appliquer la couche est employée, on est dans l'habitude de recouvrir les jambes avec des bas en laine tricotée Quelques personnes ajoutent même pour les pieds de petits chaussons de même nature.
Puis viennent les langes, qui sont destinés à recouvrir le tronc et les membres. On eu met généralement deux, le premier plus mince et en molleton de coton, l'autre plus épais et en laine. On commence par les étaler l'un sur l'autre, soit sur un coussin, soit sur les genoux de la nourrice ou de la garde. L'enfant es! soulevé et couché sur eux, leur bord supérieur correspondant à la partie la plus élevée du tronc. Avec le premier on entoure le haut de la poitrine en croisant les bords et on attache avec une épingle double. On répète la même chose au niveau de l'abdomen et un peu plus bas, vers le milieu des cuisses. Puis on recommence la même opéiation avec le second lange, et on assujettit de la même façon. Au lieu de laisser pendre et flotter les extrémités inférieiu-es, on les relève en avant un peu au-dessous des pieds, et ou les étale de nouveau en lesremontant jusque sur l'abdomen, les pointes portées en arrière, où deux nouvelles épingles sont destinées aies attacher. Il résulte de cette dernière disposition que les langes sont doubles dans une grande partie de leur étendue.
Faut-il, comme on le pratique souvent, emprisonner les bras sous la partie supérieure des langes? Le but qu'on se propose, est de les tenir chaudement, d'empêcher les enfants de s'égratigner le visage, de porter un ou plusieur^ doigts dans la bouche et de se livrer à des efforts de succion ; c'est une coutume mauvaise qui augmenle encore l'immobilité ; il vaut mieux les laisse; libres au-dessus du maillot, sauf à prendre d'autres mesures pour éviter les inconvénients signalés. Ce qu'on ne saurait trop recommander, c'est de ne pas exercer une constiiction trop forte surtout au niveau de la poitrine et de l'abdomen, ce qui peut donner lieu à des accidents graves, même mortels, ainsi quj je l'mdiquerai en traitant de la pathologie du nouveau-né.
Pendant longtemps, on ne s'est pas contenté de l'emmaillotement tel que je viens de le décrire, et, comme si la prison n'était pas assez sévère, on y a aioulé l'action d'une bande destinée à immobihser encore davantage. Aujourd'hui l'usage en est presque généralement perdu en France, mais on le retrouve encore dau:. quelques pays voisins. Ces bandes, longues de plusieurs mètres, étaient enroulées circulairement autour du maillot depuis les épaules jusqu'aux pieds, et on serrait fortement les circulaires imbriijués ; de sorte que, quand tout était fini, le maillot constituait un ensemble raide et inflexible comparable à une carotte de tabac ou à un saucisson de Lyon. Ces bandes constituaient le luxe des familles ; elles étaient faites avec des étoffes précieuses et couvertes de broderies de soie d'argent et d'or. J'en ai vu en Italie chez des marchands de curiosités, qui avaient encore un grand prix. Dans le peuple, on se contentait de bandes de toile ou de laine. Aujourd'hui, l'usage s'en perd de plus en plus et c'est un grand bienfait.
S'il importe que le noiiveau-né trome dans ses vêtements un abri contre le froid, un soutien pour ses membres et une protection contre les a"-ents exté-
rieurs, il est indispensable qu'il ne soit pas réduit à 1 état de momie, qu'il puisse exécuter quelques mouvements et que le jeu de ses principales fonctions ne soit pas troublé. C'est ce qui a été compris depuis longtemps en Angleterre, oii le maillot primitif a été notai)lement modifié par la suppression des langes : ce qui laisse aux membres inférieurs toute facilité pour se mouvoir. Les autres parties du maillot sont à peu près les mêmes que clitz nous. On recouvre les jambes et les pieds avec des bas de laine et on substitue aux langesune longue robe à manches qui dépasse beaucoup les^pieds et qui n'est pas fermée par en bas. Cette modification n'a pas tardé à se répandre en France; elle est surtout acceptée par les gens riches, et je la crois bonne, pourvu qu'on ne veuille pas l'appliquer chez le nouveau-né tel (jue je l'ai défini et surtout pour ceux qui naissent pendant l'hiver; car alors les membres et la partie inférieure du tronc sont insuffisamment protégés contre le froid et la tendance au refroidissement qui est si particulière à cette période de la vie et dont les enfants ne sont pas toujours garantis même dans les appartements le mieux chaulfcs. Ce que je conseille, pendant l'hiver spécialement, c'est d'ado[)ter notre maillot pendant le premier mois, par exemple, et de passer ensuite à la modification anglaise à laquelle, alors, je ne trouve que des avantages. On ajoute un petit fichu en mousseline passé derrière le cou, et dont les bords ramenés en avant sont fixés au maillot. On peut s'en dispenser pendant l'été, mais il est utile lorsqu'il fait Iroid et surtout si on fait sortir les enfants.
Les Américains, renchérissant encore sur les Anglais, suppriment et béguins et bonnets. Les lobes et les chemises sont très-écliancrées à la partie supérieure de la poitrine et dépourvues de manches, de manière à laisser les bras complètement nus. Une robe longue termine l'habillement. Je ne saurais approuver une semblable coutume, pour notre pays du moins. Je sais bien que, quand le nouveau-né doit sortir, on le recouvre avec une large pelisse ; mais je considère que même pour rester dans nos appartements, leur manière de vêtir les enfants serait insuffisante.
Dans le cours d'une carrière déjà longue qui m'a permis de pénétrer dans beaucoup de familles, j'ai vu trois enfants élevés sans qu'on les ait jamais emmaillotés. Un berceau rempli de son était préparé. On les y enfonçait jusqu'au cou et ils passaient, dans cette situation, la nuit et une grande partie de la journée. Quand il fallait les faire téter, on les pienait et on les enveloppait dans un lange de flanelle. De temps en temps avec une petite pelle ou avec la main on fouillait dans le tas et on retirait des petites masses de pellicules aoalomérées par l'urine et les matières. Naturellement on ajoutait du son à mesure qu'il diminuait. J'eus beau m'élever contre ce système : le mari, qui était un homme à idées assez bizarres, me répondit qu'il avait toujours été employé dans sa famille. Je lui dis que j'avais peur du refroidissement et de voir le son s'introduire dans les yeux, les narines ou la bouche ; mais tous mes raisonnements demeurèrent inutiles et on passa outre. Ce qu'il y a de certain, c'esl qu'aucun des inconvénients redoutés par moine se produisit, et ces trois enfants se sont parfaitement élevés. Ce n'est pas une raison pour que je conseille cette manière de diriger les enfants; outre qu'elle est sale, je persiste à penser qu'elle n'est pas exempte de dangers.
Lorsque l'habillement de l'enfant est terminé, il est présenté à la mère qui est impatiente de le voir et de l'embrasser; puis on lui donne quelques petites cuillerées d'eau sucrée tiède à laquelle on a mêlé un peu d'eau de fleur d'orau-
ger. C'est, en général, la première substance qui pénètre dans les organes digestifs ; on admet qu'elle favorise l'expulsion des mucosités qui se trouvent dans kpharynx et qu'elle provoque l'expulsion du méconium. Dans tous les cas, cette habitude ne me paraît avoir aucun inconvénient.
Du BERCEAU. Une fois réchauffé et emmaillotté, le nouveau-né doit être couché dans un lit qui porte ce nom. Il importe de ne pas le placer sur un fauteuil ou sur un canapé, pour éviter qu'au milieu de l'émotion qui s'empare souvent de toute la famille, on ne commette la maladresse de venir s'asseoir sur lui. Il est beaucoup plus sage de le faire tenir dans les bras d'une femme jusqu'à ce qu'on puisse le mettre en lieu sur. Dans tous les cas, si on est forcé par les circonstances de l'abandonner quelques instants, il faut le mettre tellement en évidence, que personne ne puisse se méprendi'e. Le berceau, comme le nom l'indique, est disposé de manière à pouvoir communiquer des mouvements de balancement. Il peut varier quant à la forme qui, le plus babituellement, est ovalaire. Dans les familles modestes, il est en osier, monté sur pied de bois ordinaire. Chez les gens riches, il est en bois de luxe, et depuis un certain nombre d'années, en fer plus ou moins travaillé. Quoi qu'il en soit, le principe est toujours le même ; il est monté sur un pied plus ou moins élevé, et peut à volonté être rendu immobile ou permettre des mouvements de latéralité. Dans les berceaux d'osier, le tissu est recourbé dans une certaine étendue du côté auquel correspondra la tète et pour la protéger. Tous, à l'aide d'une flèche ou autrement, sont disposés de manière à recevoir un petit rideau, qui doit mettre à l'abri des courants d'air ou dune lumière trop vive. Tous ces berceaux, qui varient par le luxe des étoffes ou par la forme qu'ils affectent, remplissent au même degré le but auquel ils sont destinés. L'enfant du pauvre dort tout aussi bien dans sa couche modeste, que l'enfant du riche qu'on entoure de dentelleset de broderies.
L'intérieur du berceau est tapissé d'une étoffe qui est souvent ouatée et piquée. Elle est destinée à intercepter l'air à travers les mailles du filet ou rintervalle des barreaux et à présenter une surface plus moelleuse pour l'enfant. Un ou deux petits matelas st-rvent à le garnir. Le premier est en crin, en varech, en feuilles de fougère desséchées, ou simplement en balle d'avoine; j'ai une certaine prédilection pour la feuille de fougère, qui répand une odeur aromatique agréable et qui me paraît saine. Le second matelas, c'est-à-dire celui sur lequel repose l'enfant, doit être fait avec une substance de peu de valeur et qui puisse être facilem.ent remplacée. La balle d'avoine réunit ces conditions, aussi est-elle très-souvent employée. Les familles aisées lui préfèrent certains carrés de feutre doubles en épaisseur, qui absorbent très-bien l'urine et qu'on sèche assez facilement. Il suffit d'en avoir un ou deux de rechange pour parer à toutes les éventuahtés.
La sécrétion urinaire est .entretenue très-abondante chez le nouveau-né, par l'alimentation lactée à laquelle il est soumis , et les langes, quelle que soit la manière de les arranger, ne suffisent pas à tout absorber. Les feutres fabriquéspour cet usage et convenablement entretenus rendent de véritables services. Deux petits draps et des couvertures variables selon la température servent à compléter l'arrangement du berceau.
L'enfant y est couclié un peu incliné sur le côté gauche, de manière à favoriser l'écoulement des mucosités buccales et à ne pas subir de pression sur le
foie. Le tronc et les bras sont complètement recouverts. La tète seule reste en dehors, et on s'arrange pour qu'aucune partie llottante ne puisse venir seplacei devant la bouche. Toutes ces précautions ne sont pas encore suffisantes; il faut aussi maintenir autour de l'enfant une température convenable. Cela est indispensable pour les enfants faibles et délicats, surtout par les temps froids et rigoureux. Il est même nécessaire de les démaillotter toutes les quatre ou cinq heures, pour s'assurer qu'ils ne se refroidissent pas, malgré tous les soins précédemment indiqués.
Ceci me conduit à dire que l'emmaillottement dont j'ai parlé plus haut, n'est pas applicable à tous les enfants naissants. 11 en est qui sont chétifs, avant terme, et dont la puissance de calorification est considérablement réduite. A ceu\làon applique un vêtement spécial propre à entretenir la chaleur; on les recouvru des pieds à la tète avec une épaisse couche de ouate bien chauffée, et on les enveloppe dans de la flanelle. Leur berceau doit être transformé en une véritablj couveuse artificielle à l'aide de plusieurs bouteilles d'eau cliaude, et la température surveillée avec un thermomètre. Il faut s'arranger pour obtenir nuit el jour de 18 à 20 degrés centig. Quand on est bien secondé, on voit se réaliser quelquefois de véritables miracles. Cela m'est arrivé dans un certain nombre de cas, et tout récemment encore pour un enfant qui ne pesait que 1800 grammes.
Le berceau doit être placé dans la chambre de la nourrice près de son lit et à l'abri des courants d'air. Dans le monde, on attache une grande importance à ce que la lumière ui'rive diiectement sur la face. On suppose que quaml la tête est tournée autrement, les efforts que fait l'enfant pour diriger ses yeux vers le jour peuvent, à la longue, le rendre strabique. C'est une opinion trèsrépandue; mais ce n'est pas auprès de mes confrères que j'ai à insister pour démontrer combien cette opinion est peu fondée. Les véritables causes du strabisme persistant sont d'un autre ordre. Je ne connais pas une seule observation sérieuse qui prouve le contraire.
Alimentation do nouveau-né. De toutes les questions relatives à l'hygiène du nouveau-né, il n'en est pas de plus importanies que celles qui se rattachent à la manière dont il convient de le nourrir. Une fois qu'on a tout combiné pour le protéger contre l'action du h-oid (un de ses plus grands ennemis), que lui fautil surtout? Un aliment qu'il pourra iaeilement assimiler et dans lequel il trouvera les matériaux nécessaires au développement de ses organes, et par suite une source de calorique non moins indispensable. Cet aliment, on ne saurait le contester, c'est le lait; j'ajouterai même le lait de la mère. Ce n'est pas en vain que la nature a pris tant de précautions pour en assurer la présence dans les mamelles au moment de l'accouchement ou dans les jours qui le suivent! C'est une loi trop générale dans les différentes espèces qui appartiennent à la classe des mammifères, pour qu'il faille s'en écarter sans des raisons majeures. Cependant, il faut bien le reconnaître, quand l'allaitement maternel ne peut avoir lieu, on trouve dans les nourrices mercenaires, pouvu qu'on sache bien les choisir, de quoi remplacer avantageusement les mères. Tous les [>raticiens un peu répandus dans la grande clientèle savent qu'à Paris, par exemple, on compte par milliers celles qui ont de magnifiques nourrissons. Ils n'ignorent pas non plus combien est peu grande la mortalité des enfants soumis à ce genre d'alimentation. Ils payent, comme tous, leur tribut aux affections accidentelles dont ils peuvent être atteints ; mais ceux qui périssent par l'estomac et les entrailles, constituent des exceptions.
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Quoiqu'on m'ait fait dans le monde une réputation contraire, je suis très-sérieusemout partisan de l'allaitement par la mère ; mais combien sont fre'quents les cas où il faut y renoncer ! Tanlôl c'est une femme dont la santé générale laisse à désirer. Des tubercules existent déjà, ou bien il y a des antécédents de famille et la poitrine est un peu suspecte ; il n'y a pas à hésiter en pareil cas : ce n'est pas la mère qui doit nourrir son enfant. Une femme atteinte d'une affection organique doit être exclue. Il doit en être de même des anémiques, de celles dont les fonctions digestives s'exécutent mal ; les névro-pathiques soni dans le même cas. Je n'encourage pas davantage les femmes du monde pour les quelles la maternité est un fardeau et qui ne s'acquittent de ce devoir que paî respect humain, se promettant bien de l'alléger autant que possible, en faisan marcl.er en même temps les plaisirs et les devoirs de la maternité.
En dehors des conditions dont je viens de parler, j'approuve toujours uni mère qui veut remplir son devoir jusqu'au bout; mais je ne lui cache pas qui la mission est pénible à remplir et que peut-être, après essai, on sera obligé d; prendre un autre parti. Cela bien convenu, je la fais se mettre à l'œuvre ; j'exerce une surveillance active de son côté et du côté de son enfant, ]( l'aide de mes conseils. Eh bien! je dois l'avouer, malgré toutes ces bonnes dispositions, il arrive encore trop souvent qu'il faille renoncer à cette tentativi après un temps plus ou moins long. Je parle, ici, des femmes des grandes villes que l'éducation, les habitudes et les devoirs sociaux placent dans des conditions spéciales, et j'admets que dans d'autres milieux les résultats puissen être beaucoup plus favorables. Après ces courtes considérations préliminaires. je rentre plus directement dans mon sujet.
En admettant que ce soit la mère qui doive allaiter le nouveau-né, combiei^ de temps après la naissance doit-elle le mettre au sein? Rien ne presse et, poui mon compte, je laisse à la femme quelques heures de repos pour se remettre de la fatigue qui rtsulte de la fonction qu'elle vient d'accomplir. On sait combler cela varie ; pour quelques-unes l'économie en est à peine troublée, tandis que pour d'autres il faut vingt-quatre et trente-six heures pour voir le calme revenir. L'enfant, d'ailleurs, peut attendre douze ou quinze heures sans dommage. Pendant ce temps on continue l'eau sucrée dont j'ai parlé précédemment, et i' se débarrasse en partie de son méconium. Puis quand on juge le moment opportun, la mère se met un peu sur le côté, tout en restant couchée; la garde soutient le nouveau-né et dirige la bouche vers le mamelon. Ici peuvent commencer une série de difficultés, et, pour les bien comprendre, il faut que j'établisse une distinction. La nouvelle accouchée est primipare ou elle a déjà été nourrice. Dans le second cas, les mamelles contiennent habituellement dr lait, et si aucun autre obstacle ne subsiste, le mamelon est saisi et la succion s'exerce, dès la première fois, très-régulièrement.
Dans le premier cas, au contraire, les choses sont loin de marcher aussi facilement, et il faut souvent plusieurs jours avant que l'enfant prenne franchement le sein, il ne faut pas se décourager trop vite ; c'est une œuvre de patience. Le médecin doit soutenir le moral de la femme qui s'abandonne facilement au désespoir. J'ai vu des enfants qui n'ont définitivement bien tété leur mère que douze et même quatorze jours après le début et chez lesquels tout a bien marché depuis. Si les bouts desseins sont trop courts, il faut les allonger en faisant agir plusieurs fois par jour une pompe spéciale destinée à cet objet, ou une ventouse en caoutchouc qu'on trouve partout. Autrefois on se servait de jeune s
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chiens. On y a moins recours aujourd'hui qu'on possède les instruments dont je viens de parler ; je m'en suis servi un certain nombre de fois et ce n'est pas un mauvais luoyen. Toutefois, le lait de femme ne paraît pas beaucoup convenir à ces pauvres bètes; j'ai presque toujours vu que leurs digestions ne tardaient pas à se troubler, qu'une diarrhée intense survenait, et que si on continuait, la mort ne se faisait pas longtemps attendre. Dans les campagnes, un moyen beaucoup plus simple est mis en usage ; c'est avec une pipe de terre qu'on fait l'aspiration et qu'on développe le bout.
Mais que de variétés on rencontre dans la conformation des bouts de seins! Et quoique je n'aie pas à m'étendre longuement ici sur ce sujet, qui a été traité ailleurs [Yoy- Nourrices), je ne puis me dispenser de faire connaîlre les principales. La bonne conformation par excellence est la suivante : même au repos, le bout déborde d'un centimètre et demi au-dessus de la sphère que représente la mamelle. Quand on le saisit et qu'on tire en avant, il se détache facilement et s'allonge encore beaucoup à l'aide de la peau voisine qui se laisse entraîner. Sa forme est celle d'un petit dé à coudre. Son extrémité est arrondie et percée par un certain nombre de conduits galactopliores. Le type de la mauvaise conformation est représenté par une dépression plus ou moins profonde qui remplace la saillie du mamelon; on dirait la cicatrice ombilicale avec sa rétraction; quand on veut saisir la peau pour faire sortir le bout, celle-ci se retourne en dedans et glisse ; même chose arrive aux enfants les plus vigoureux qui, s'épuisant en vains efforts, sont soumis à un véritable supplice de Tantale. On a beau s'y prendre de façons variées ; il n'y a pas de saillie, et on n'en peut pas produire. C'est un nouveau vice rédhibitoire à ajouter à ceux dont j'ai déjà parlé. Les femmes ainsi conformées doivent renoncer à l'allaitement.
Entre ces deux extrêmes, il y a plusieurs catégories à établir qui sont d'autant meilleures, qu'elles se rapprochent du premier type et d'autant plus mauvaises, qu'elles ressemblent davantage au second. Les bouts de seins quoique peu saillants, mais qui ne sont pas trop adhérents par la base et qui se détachent un peu de la mamelle, finissent par s'allonger suffisamment et ne sont pas un obstacle. Ceux qui sont peu ombiliqués, mais qui sont retenus comme attachés à la mamelle par des conduits galactophores trop courts, rétractés, n'offrent pas de grandes cliances de succès ; on peut essayer de les allonger; on réussit parfois, mais on échoue bien souvent. Quelle est la cause de ces conformations vicieuses? C'est un point encore obscur et qui n'a pas été bien étudié ; on sait que le nouveau-né peut être atteint de mammite et que celle-ci se termine de temps en temps par un abcès. La rétraction des conduits galactophores en serait-elle la conséquence? Je crois peu aux vices de conformation primordiaux.
Ce que je viens de dire ne suffit pas pour expliquer toutes les difficultés de l'allaitement. Il y a des mamelons qui sont trop gros, comme en massue, d'autres comme partagés en deux à leur partie libre par une dépression profonde, et le lait au lieu de sourdre par plusieurs orifices, s'échappe en masse du fond de ce cratère par une large ouverture qui paraît être unique. Quand ces deux conditions défavorables existent, un enlant un peu grêle surtout est gêné par la grosseur du mamelon; d'un autre côté, le lait tombe en nappe dans la bouche et par son abondance peut troubler les mouvements de déglutition. Toutefois, il est facile de comprendre que ces inconvénients soient bien moins importants que ceux qui tiennent aux conformations défectueuses signalées plus haut.
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Dans d'autres cas, le nouveau-né rencontre un autre obstacle qui peut survenir à l'occasion de la montée du lait et qui tient à un état œdémateux de l'auréole ; c'est un état sub-inflammatoire qui se rattache bien souvent à d'autrf^s lésions variées dans leurs formes, et qui existe sur le mamelon lui-même, à sa base ou sur son sommet. N'ayant pas mis^ion de les décrire ici, je me contente de les rappeler, ainsi que le gonflement et l'induration de la mamelle, qui s'observent à l'occasion de la montée du lait. Quelquefois même les choses sont poussées plus loin : des mammites, des lymphangites, etc., surviennent avec toutes leurs conséquences qui entravent la marche régulière de l'allaitement.
Ce que j'ai tenu à rappeler surtout, c'est qu'il existe du côté de la mère un grand nombre de conditions mauvaises, et dont plusieurs ne peuvent être appréciées que quand l'allaitement est commencé depuis plusieurs jours. Je dois ajouter qu'il en est aussi qui appartiennent aux enfants; sans parler des vices de conformation de la bouche qui sont un fait exceptionnel, il en est qui naissent petits, délicats, et qui n'ont ni la force ni l'adresse suffisantes pour téter d'une manière profitable. Il résulte de tout ce qui précède que quand le nouveauné est présenté au sein, il faut surveiller avec un grand soin ce qu'il y fait, et si les efforts auxquels il se livre ont le résultat désiré, à savoir, s'il en extrait du lait et s'il en avale en quantité suffisante. J'attache la plus grande importance à une surveillance rigoureuse sous ce rapport; il faut bien le dire, les gens du monde, parfois les sages-femmes et même les médecins, se laissent tromper par les apparences ; il ne suffit pas que l'enfant s'attache plus ou moins au mamelon, qu'il fasse quelques mouvements avec ses lèvres et sa langue et qu'il finisse par s'endormir pour qu'on se déclare satisfait. En physiologie, l'action de téter signifie autre chose ; cela veut dire : extraire du sein une quantité suffisante Je lait pour se nourrir.
De tous les instincts que l'enfant apporte en naissant, celui dont je parle est certainement le plus développé. Quoiqu'il ne soit pas d'usage de le faire s'exercer dès qu'il a vu le jour, on sait qu'il n'y ferait pas défaut si on le mettait à même; je l'ai plus d'une fois expérimenté et les choses se passent comme dans toutes les espèces animales, oii, à peine sorti, on voit le petit, malgré ses paupières collées, s'agiter, remuer sa tête, la diriger vers le ventre de la femelle et ne pas tarder a prendre un mamelon. Chez les chiennes, par exeni[ile, cil les petits sont nombreux, les premiers nés tètent parfois alors qu'il en reste plusieurs qui n'ont pas encore été expulsés. Chez l'enfant, je l'ai déjà dit, tout ce qui se rapproche de sa bouche réveille cet instinct, un morceau de linge, son propre doigt ou celui qu'on lui met dans la bouche. Quand ou l'examine pendant le sommeil, on le surprend souvent se livrant à des mouvements de lè\Tes et de langue qui simulent celte fonction. Ce sont de doux rêves, sans doute, mais incapables de remplacer la réalité.
Comment donc faire pour s'assurer que l'action de téter s'opère avec ses conséquences indispensables? Plusieurs moyens sont à la disposition du médecin; il doit surveiller cette fonction, et pour cela il faut qu'il en connaisse bien le mécanisme. Le mamelon qui est int-oduit daus la bouche est saisi et entouré par une double paroi. La première est formée par la voûte palatine et par la langue qui s'étale, s'amincit et se roule en forme de cornet d'oublié, de manière à l'entourer dans les trois quarts inférieurs de sa circonférence. Les deux rebords alvéolaires sont mollement appliqués sur lui. Parfois cependant, dans son impatience, l'enfant les fait coopérer dans une proportion trop énergique à son
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opération, et il peut en résulter de vives douleurs et même des blessures. Les femmes disent alors qu'elles sont comme mordues, que la bouche est dure, etc. La seconde est constituée par les lèvres qui embrassent le pourtour du mamelon, et s'étendent en devenant turgescentes sur l'auréole. L'introduction de l'air est complètement impossible par cette voie et la respiration se fait exclusivement par les narines. Alors les muscles des joues entrent en contraclion, la cavité buccale se rétrécit et un mouvement d'aspiration se produit, qui l'ait gonfler le bout du sein et qui fait jaillir le lait par les orifices dont il est percé. Dans ce premier temps, la bouche remplit le rôle d'une pompe aspirante. Selon que le liquide arrive en plus ou moins grande abondance, plusieurs aspirations ou une seule sont exécutées, et alors commence le deuxième, qui est un mouvement de déglutition s'accompagnant d'un bruit spécial caractéristique; il suffit de rapprocher son oreille pour le reconnaître. Chez les très-bonnes nourrices, ces deux temps se succèdent avec une grande régularité; à chaque aspiration succède une déglutition, et la bouche avec ses accessoires est transformée on une véritable pompe aspirante et foulante, dont le jeu ne laisse rien à désirer.
Quand les choses se passent comme je viens de le dire, un premier fait important est acquis : on sait qu'une succion s'exerce et on peut même dans une certaine mesure juger de l'abondance du lait qui pénètre. Cela n'est pas cependant sulfisant, et il faut chercher d'autres enseignements dans la qualité et dans la quantité des déjections alvines, sans oublier l'urine qui est généralement en raison de la quantité du lait ingéré.
Depuis quelques années, on s'est efforcé de généraliser l'usage des pesées plus ou moins répétées. Elles sont instituées à deux points de vue différents : tantôt on veut connaître la quantité de lait qu'un enfant prend à chaque tétée. 11 suffît ])0ur cela de le peser immédiatement avant et de recommencer aussitôt après. La différence indiquera la quantité de lait introduite; il ne faut cependant pas se le dissimuler, le pesage des enfants constitue une opération délicate et qui ne conduit pas toujours à des notions absolument exactes. 11 faut beaucoup de soin, une grande habitude et des instruments irréprochables. D'autres fois, on veut savoir dans quelle proportion se développe l'enfant, et juger ainsi si son alimentation est convenable. La méthode est excellente; mais elle ne peut pas se substituer d'une manière absolue à l'examen de l'état général et à l'étude des excrétions. Les pesées resteront comme un moyen utile dans certains cas difficiles, douteux; mais il est bien probable que de longtemps elles n'entreront pas dans la pratique d'une manière générale; heureusement qu'on peut s'en passer sans inconvénient dans le plus grand nombre des circonstances.
Tout ce qui précède montre combien on s'est justement préoccupé de la nécessité d'une incessante surveillance pour éviter de grands malheurs. C'est surtout chez les primipares qui n'ont aucune expérience qu'il importe de prendre beaucoup de précautions. Quant à moi, voici ma règle de conduite sous ce rapport. Je fais mettre l'enfant au sein quelques heures après la naissance, et je ne me contente pas des renseignements souvent erronés qui me sont donnés sur les résultats obtenus. Je cherche à constater par moi-même si la succion s'effectue régulièrement; j'examine les seins, et après m'être assuré d'une conformation suffisamment bonne, je juge par des pressions doucement dirigées de ce qu'on peut faire sortir par le mamelon ; le plus souvent c'est peu de chose, quelques gouttes de sérosité lactescente au milieu de laquelle se trouvent des grumeaux
butireux, jaunâtres, mais tout cela en si petite quantité qu'on ne saurait s'en contenter; l'enfant, simplement fatigué, s'endort pour recommencer au bout de quelque temps des tentatives tout aussi peu fructueuses. Dans d'autres cas, après quelques essais, il s'éloigne du sein, il s'irrite, se fâche, pousse des cris qu'on ne calme qu'en lui faisant boire du lait avec la cuillère ou le biberon. Comme cela peut durer un certain nombre de jours, il ne faut pas se contenter de cet allaitement artificiel, et on doit se procurer une nourrice provisoire, dont les seins mieux disposés et mieux pourvus donneront toute sécurité ; on la gardera aussi longtemps que cela sera nécessaire. Les tentatives de la mère seront répétées plusieurs fois par jour ; mais on reviendra à la nourrice passagère tant qu'elles seront insulTisantes. Cela pourra durer deux ou trois jours jusqu'à quinze, sans qu'il faille encore désespérer.
Quand on ne sait pas y voir clair, voici ce qui arrive. Après trente-six ou quarante-huit heures de succions inutiles, la voix s'enroue, le visage s'altère, un amaigrissement rapide se produit. Les garde-robes et les urines sont insuffisantes ; des mouvements convulsifs surviennent et la mort ne se fait pas longtemps attendre.
Ce ne sont pas seulement les débuts de l'allaitement maternel qui demandent à être surveillés. 11 n'est pas rare de voir des femmes commencer avec succès, mais au bout de quelques jours les seins deviennent malades. On sait combien sont fréquentes les lésions du mamelon avec leurs conséquences (mammite lymphangite surtout). Je ne parle pas des cas où la douleur est tellement vive qu'on ne peut plus continuer ; je fais allusion à ceux, et ils sont fréquents, où des mères pleines de courage veulent à tout prix accomplir la tâche qu'elles se sont imposée. Tout avait bien marché jusque-là et l'enfant commençait à prospérer : tout à coup la scène change ; tantôt, il refuse de prendre le sein ; tantôt, il fait quelques essais dans lesquels il ne persiste pas et il se retire en poussant des cris et, par des mouvements de tète et de lèvres, il semble chercher ce qui lui manque ; s: on lui fait boire du lait, il se ealme ; mais cela ne peut durer longtemps, et d'i '■^.aaire, au bout de quelques jours, on le voit changer et les chairs se ramollissent ; si on étudie les selles, on constate des modifications profondes. Quand tout marche à souhait, elles se renouvellent deux, trois ou quatre fois par jour; elles sont demi-molles, grumeleuses et ressemblent beaucoup à des œufs brouillés un peu clairs. Les lésions des seins altèrent le lait dans sa quantité ou dans sa qualité ; les matières, alors, changent de consistance et d'aspect: elles deviennent plus liquides et plus fréquentes, tout en conservant l'aspect jaune; souvent elles deviennent vertes et peuvent ressembler à de l'eau d'épinards. Dans d'autres cas, au contraire, elles s'épaississent, deviennent visqueuses et sont dit'Ûciles à rendre. Leur couleur peut varier : elles sont gris Jaune, couleur du mastic des vitriers, ou bien brunâtres et même quelquefois noires quand elles contiennent du sang. L'odeur fournit aussi des renseignements précieux; dans les selles naturelles elle n'a rien de désagréable, elle ressemble à celle du lait caillé ; il n'en est pas de même quand elles sont mauvaises ; elle devient forte et repoussante, tout cela à des degrés divers, bien entendu. Un pareil état mérite attention. Les cataplasmes sur le ventre, les lavements amidonnés sont nécessaires ; mais si l'état des seins s'aggrave et si l'état de l'enfant ne s'améliore pas, il est encore indiqué de recourir à une nourrice étrangère, au moins pour quelques jours, de façon à donner aux seins le temps de guérir et aux digestions de l'enfant celui de se régulariser.
Les conditions qui précèdent ne sont pas les seules qui compromettent le succès de Tallaitement malernel. La femme a du lait en quantité suffisante, quelquefois même en trop grande quantité ; rien d'anormal ne se produit du côté des seins, mais sa santé générale s'altère; elle perd l'appétit, elle se sent fiatiguée, elle éprouve des douleurs dans le dos, des transpirations abondantes surviennent surtout pendant la nuit. Bientôt un petit mouvement fébrile s'observe à certains moments; l'examen le plus minutieux des principaux organes ne révèle aucune lésion. Pendant quelques jours, rien ne paraît changé dans l'état de l'enfant ; mais bientôt on s'aperçoit qu'il n'est plus le même : il dort moins bien, il crie davantage, ses garde-robes se modifient, elles sont plus fréquentes ou plus rares, ses chairs sont moins fermes. Si on le pèse, et c'est ici le cas de recourir à ce moyen, on reconnaît qu'il ne profite plus et bientôt qu'il perd de son poids. Le moment d'aviser est arrivé ; un double intérêt le commande. On peut bien essayer de soulager la mère en diminuant le nombre des tétées surtout la nuit et en donnant du lait coupé avec de l'eau de gruau; mais il faut bien se garder d'aller trop loin dans cette temporisation; si le mauvais état de l'enfant augmente, une mesure radicale doit être prise; il faut donner une autre nourrice.
Si je n'ai pas encore parlé de l'analyse du lait de la mèi'e par le microscope ou par réactifs chimiques, c'est que l'expérience m'a appris depuis longtemps à ne pas lui accorder une trop grande importance. La quantité, le volume ou la régularité des globules sont un moyen insuffisant; la présence du pus ou du sang a seule quelque valeur. D'un autre côté, la proportion du sucre, des sels, de la matière grasse et du sérum peut varier sans qu'on soit autorisé à dire que le lait est de mauvaise qualité. J'ai bien souvent fait faire cette double analyse par les hommes les plus compétents, et bien souvent aussi j'ai noté que quand on répondait lait in)parfait pour des laisons diverses, ou bien lait de première qualité, l'observation clinique me démontrait que, dans le premier cas, il réussissait parfaitement à l'enfant qui s'en nourrissait, tandis que d;.;i^ l'autre il le faisait dépérir et le conduisait, petit à petit, jusqu'aux états >>•/: pius graves. Il y a bien longtemps que j'enseigne que le meilleur réactif du 's't d'une nourrice, c'est l'enfant lui-même. Quand celui-ci est calme, qu'il dort bien, quand la couleur de sa peau est rosée, quand ses chairs sont fermes et que ses garde-robessont régulières et de bonne qualité, je m'inquiète modérément de ce que disent la chimie et le microscope. Dans le cas contraire, la chimie et le mici'oscope ont beau me donner les meilleures assurances, je ne suis pas tranquille, et si trèsrapidement l'état ne se modifie pas, je me tiens pour suffisamment éclairé et je m'efforce de faire comprendre la nécessité de donner une autre nourrice. Ce n'est pas toujours chose facile, et j'ai eu plus d'une fois à déplorer robstination de certaines familles qui se sont décidées trop tard à suivre mes conseils.
On le voit, l'alimentation du premier âge n'est pas toujours facile à diriger; elle exige une grande surveillance et une expérience consommée. Le niédecia doit s'occuper des plus petits détails et tout voir par lui-même : ce n'est qu'à cette condition qu'il rendra de véritables services.
J'ai dit qu'il était d'usage d'attendre quelques heures avant de commencer à faire téter le noM^eau-we. Pendant longtemps on a attaché une grande importance à le préparer à cette action nouvelle eu favorisant l'expulsion du méconium par l'administration d'un laxatif. Le sirop de chicorée a eu une grande réputation, et on est encore assez souvent sollicité pour le mettre en usage. Quelques personnes
le remplacent par une cuillerée d'huile d'amandes douces, bien fraîche. Cette ancienne habitude doit-elle être maintenue? Je ne le pense pas. Les enfants qui se débarrassent bien de leur méconium n'en ont aucun besoin. Quant à ceux qui éprouvent quelque difticulié, on peut avantageusement les aider avec de petits lavements émollients qui n'ont pas l'inconvénient de fatiguer l'estomac et l'intestin grêle.
Une fois que l'allaitement est commencé, comment faut-il le diriger? Deux méthodes sont en présence. L'une consiste à faire donner le sein chaque fois que l'enfant se réveille, crie et semble avoir besoin de quelque chose. Dans l'autre, on a la prétention de régler les enfants, c'est-à-dire de les habituer à ne prendre le sein qu'à des intervalles à peu près réguliers et fixés à l'avance.
La première de ces méthodes, qui est la plus ancienne, est aussi la plus répandue ; elle est le résultat de la tendresse des mères, qui ne peuvent pas se résoudre à entendre crier leurs enfants quand elles possèdent un moyen certain de les calmer. Quand ils sont bien portants et avec des nourrices abondamment pourvues de lait, cette manière de faire n'a absolument aucun inconvénient. Ils se règlent d'eux-mêmes et leur vie, pendant la période dont je m'occupe, se passe à dormir et à téter. Après un bon repas qui dure 15 à 20 minutes, ils s'endorment pour deux, trois, quatre ou cinq heures; ils annoncent par des cris qu'ils sont réveillés, et quand on les a satisfaits de nouveau, ils recommencent à dormir. C'est ce qu'on observe surtout pendant le jour. Malheureusement il en est souvent autrement pendant la nuit : ils s'endorment plus diflicilemcnt et font passer de mauvais moments à leurs nourrices. L'exphcation de cette agitation nocturne n'est pas facile à donner ; cependant il m'a semblé qu'un peu de refroidissement dû à l'abaissement de température l'expliquait dans certains cas : car il sufht parfois de les placer dans un milieu plus chaud, dans le lit de la mère, par exemple, pour les voir se calmer et s'endormir. Au reste, celte insomnie de la nuit est propre aux premières semaines de la vie, et elle disparaît à mesure que le développement s'opère et que la puissance de calorifieation grandit. En résumé, un enfant qui va bien tète six ou sept fois dans les vingt-qaatre heures. Naturellement il y a quelques différences qui tiennent à la quantité du lait ingéré, à ses qualités plus ou moins nutritives et à la puissance digestive qui varie.
Quand c'est la mère qui nourrit, on a intérêt à ménager ses forces et à lui assurer le nombre d'heures de sommeil dont elle a besoin; on est dans l'habitude de confier l'enfant de dix heures du soir à six ou sept heures du matin à une nourrice sèche qui est chargée de s'en occuper et de le faire boire au biberon. Ces nourrices doivent être des femmes de confiance: il est arrivé plus d'une fois qu'elles remplissaient fort mal leur mission. On en a vu qui, pour ne pas être dérangées, administraient des narcotiques. Quant à celles qui font la sourde oreille et qui laissent crier indéfiniment, elles ne sont pas rares ; c'est aux familles à exercer une grande surveillance. Le repos qu'on ménage ainsi aux jeunes mères est un grand bienfait, et il en est beaucoup qui ne réussiraient pas si on les en privait.
Décider qu'on ne fera téter les enfants qu'un certain nombre de fois dans les vingt-quatre heures et à des intervalles fixes, est une mesure très-séduisante en théorie, inapplicable en pratique au moins dans toute sa rigueur. Laisser crier les enfants, sous prétexte que l'heure réglementaire n'est pas arrivée, c'est les exposer aux hernies, aux convulsions ; c'est favoriser les congestions pulmonaires et la perméabilité du trou de Botal. Je sais bien que, quand on est entré dans
cette voie, on croit avoir rempli son devoir parce qu'on les a fait téter et qu'on a changé tous les langes ; on met les cris et la colère sur le compte d'un mauvais caractère qu'on veut modifier ou de mauvaises habitudes déjà prises et qu'il faut changer. Sans nier que cette appréciation puisse être fondée dans quelques cas, qui pourrait être sûr de ne pas se tromper et de ne pas méconnaître une souffrance réelle à laquelle il faudrait remédier ou un besoin qui devrait être satisfait? Dans le doute, quelle est la mère digne de ce nom qui n'aimera mieux îe fatiguer un peu plus et se rendre esclave de ces petits êtres dont la fragilité ■'st si grande? Quant à moi qui ai pu, depuis longtemps, observer les avantages ;t les inconvénients de ces deux méthodes, c'est à cette dernière que je conseille mx mères de s'en tenir.
Change des couches et du maillot tout entier. Nettoyage. L'émission de 'uriue et des matières intestinales sont fréquentes chez le nouveau-né; elles îchappcnt, en outre, à l'action de la volonté. Il importe qu'elles ne restent pas longtemps en contact avec la peau qu'elles irritent et rougissent quand on leur laisse le temps de fermenter ; je suis d'avis qu'il faut changer l'euliiut chaque ibis qu'il s'est sali, ce dont on est averti en général par le bruit des gaz qui s'échappent et aussi par une attitude particulière : ses yeux prennent un regard lîxe, et il n'est pas rare de surprendre quelques efforts d'expulsion qui excitent l'admiration des grands-parents qui, naturellement, veulent y voir la preuve d'une grande intelligence. L'observation démontre que ce n'est pas p mlant le sommeil que ces fonctions s'accomplissent, mais presque toujours dans les premiers instants qui suivent le réveil. Les nourrices qui ont reconnu le fait In-ent parti de leur découverte pour se donner le mérite d'habituer les tout petits enfants à faire dans leur pot. Le secret est bien simple : il consiste à les démaillotter dès qu'ils se réveillent et à les tenii" au-dessus du vase. Je n'ai pas besoin de dire que la volonté n'y est pour rien : car si on laisse passer le moment opportun, les fonctions s'accompliseut dans les langes. Je suis loin cependant de blâmer cet usage qui permet de faire une économie sur le nombre des couches et qui laisse moins longtemps la peau en contact avec les matières. Je l'ai déjà dit, il n'y a pas de petits détails quand il s'agit de l'hygiène des nouveau-7iés, et ']e crois nécessaire de rappeler combien il importe que le blanchissage des couches soit fait avec grand soin. Le mieux c'est qu'ils passent tous à la lessive et, dans tous les cas, qu'on ne se contente pas d'uu nettoyage mal fait. L'eau de Javelle en particulier leur donne des propriétés initantes qu'il convient d'éviter. Les langes eux-mêmes sont souvent imprégnés, et il faut les renouveler toutes les fois que cela est nécessaire. Quoiqu'ils ne touchent pas directement à la peau, ils finissent par répandre une odeur malsaine et désagréable.
Quant aux autres pièces du maillot qui servent à la tète et à la poitrine, elles peuvent rester en place pendant quelques jours, à moins d'accidents pour la chemise et la brassière, qui n'échappent pas toujours à l'abond.ince des évacuations. Mais, dans tous les cas, les sécrétions de la peau exigent qu'on les renouvelle de temps en temps. Chaque fois qu'on procède au change des enfair'.s, il taut faire subir un nettoyage complet aux parties inférieures. On commence avec un coin de la couche par enlever le plus gros des matières, mais il faut bien se garder d'exercer des frottements trop forts et trop répétés: il ne fout pas oublier que la peau est fine et doit être ménagée. Puis on se sert d'une éponge qu'on a soin de tenir dans un grand état de propreté. On la trempe dans de l'eau simple, dans de l'eau de son ou de guimauve et on ter-
mine la toileUe. Il ne faut pas négliger les plis des aines dans lesquels s'accumulent plus particulièrement les matières. Le liquide dont on se sert ne doit pas être froid dans les premiers jours surtoutet, en particulier, pendant l'hiver. Plus tard, au bout de quelques mois et pendant l'été, on pourra se servir d'eau à la température ordinaire ; mais je ne m'occupe ici que du nouveau-né. Une fois que l'éponge a complètement fait son office, il faut sécher la peau et se servir d'un linge fin, demi-usé, éviter les frottements répétés et le faire surtout en tamponnant doucement. Le tout se termine par le poudrage des parties qui ont été lavées et qu'on étend aux régions voisines.
La poudre dont on s'est longtemps servi est celle de lycopode ; elle a joui d'une réputation universelle, qui a beaucoup décliné depuis quelques années. L'industrie, qui est devenue habile dans l'art des sophistications, a tiré parti de sa couleur pour la mêler et même la remplacer par de la sciure de certains bois. Aujourd'hui on lui substitue très-avantageusement l'amidon ou une autre fécule ; il importe qu'elle soit fraîche et dépourvue des odeurs plus ou moins pénétrantes qu'on ajoute à celles qui servent à la toilette de certaines femmes. Pour la répandre sur les parties, on se sert de la main et mieux d'une petite houpette destinée à cet usage.
Des bains. J'ai parlé du bain, qui fait partie de la première toilette du nouveauné et dont tout le monde comprend la nécessité ; mais je dois m'expliquer maintenant sur les avantages des bains en général, sur la fréquence de leur répétition et sur la nature et la température du liquide qu'il faut employer.
Beaucoup de personnes semblent croire que les bains ne sont pas utiles et que même ils ont des inconvénients dans les premiers jours qui suivent la naissance. Il en est surtout qui redoutent de les employer avant la chute du cordon. Ce que l'on craint, c'est de refioidir les enfants et de les enrhumer.
Je ne conteste pas que les bains administrés sans les précautions indispensables ne puissent devenir préjudiciables ; je connais toute la susceptibilité de ces petits êtres, et je suis d'avis qu'il faut la ménager. Mais l'expérience m'a appris combien on avait exagéré les inconvénients de ce moyen, dont je suis grand partisan. Le tout est dans la manière de l'employer. Je ne connais pas de soin plus hygiénique que celui qui consiste à donner un petit bain chaque jour, et c'est un usage que j'ai répandu dans ma clientèle autant que je l'ai pu. Il suffit de voir l'air de béatitude qn'ont les enfants pour comprendre que cela leur est agréable. Ils deviennent ordinairement très-calmes quand ils sont plongés dans l'eau ; seulement si, dans certains mouvements, ils se croient abandonnés, ils s'agitent et tressaillent comme pour se retenir; parfois ils poussent des cris et l'on constate que l'instinct de la conservation est déjà très-développé .
Un des grands avantages des bains, c'est de permettre de tenir la peau de tout le corps dans un complet état de propreté. Les frictions qu'on exerce pendant ce temps avec la main, et mieux avec une éponge, constituent une sorte de massage dont les effets sont excellents. L'inflammation qui accompagne l'ulcération qui élimine le cordon est atténuée. La cicatrisation qui lui succède marche avec une rapidité plus grande. Les érythèmes des cuisses et de la partie inférieure du tronc sont moins fréquents ou d'une durée plus courte ; l'action générale sédative produit du calme et du repos et n'est pas étrangère à la régularisation des fonctions digestives.
Pour qu'on soit absolument sans inquiétude sur les résultats des bains journaliers que je conseille, voici les précautions qu'il faut prendre. C'est le matin de
bonne heure, au premier change de l'enfant, qu'il faut le donner, et si on a déjà pris l'habitude de le laire sortir, on attendra quelques heures avant de l'exposer à l'air extérieur. On le séchera en le retirant de l'eau dans un peignoir de flanelle et on se hâtera de l'habiller au coin du feu, s'il fait froid. On peut se servir d'eau simple ; cependant l'eau de son est préférable surtout quand la peau a de la tendance à s'irriter. Quand les enfants sont chétifs et les fonctions un peu languissantes, on pourra rendre les bains un peu stimulants en ajoutant un peu de vin ou d'eau-de-vie ; quand, au contraire, ils sont nerveux, irritables, on a conseillé d'ajouter à l'eau le produit d'une forte infusion de fleurs de tilleul. Dans tous les cas, il est indispensable d'en régler convenablement la température. Ils ne doivent être ni trop chauds ni trop froids. L'habitude qu'ont les gardes, pour en juger, d'y plonger le coude et la partie inférieure du bras n'est pas toujours un moyen sufhsamment sûr, et il est bien préférable d'avoir recours à un thermomètre. Cette température ne doit pas dépasser de 50 à 32 degrés centL grades, mais elle ne doit pas être inférieure non plus ; c'est assez dire que je repousse la tendance qu'on a dans quelques familles à vouloir habituer le nouveau-né, dès l'origine, à l'eau fraîche et même froide. Il est bien entendu que dans ce que je viens de dire des bains je n'ai en vue que les enfants bien portants. La maladie peut créer des conditions qui commandent de les exclure.
De la puEMiÈRE SORTIE DU >oi'VEAO-xÉ. Naturellement il faut distinguer entre les saisons chaudes ou tempérées elles saisons froides. Voici les règles que j'ai établies dans ma pratique. Pendant le printemps et l'été, quand il y a au moins 15 et 20 degrés, je permets des sorties journalières à partir du huitième ou du dixième jour. Ce qui me guide spécialement c'est la chute du cordon : j'attends qu'elle soit un fait accompli et que la cicatrice ombilicale soit effectuée; si ces résultats se font attendre je retarde ma permission, l'observation m'ayant appris que les mouvements imprimés pendant les promenades peuvent tirailler le cordon ou irriter une cicatrice incomplète. 11 en est de même quand l'état général ne me paraît pas satisfaisant, qu'un ictère assez prononcé existe encore ou que les digestions ne s'accomplissent pas régulièrement. Autrefois, les termes de la loi, mal interprétée dans les mairies, exigeaient que les enfants y fussent portés dans les trois jours. Je n'ai cessé de réclamer contre ces exigences dangereuses qui ont été suivies des accidents les plus graves; j'ai plusieurs fois porté la question devant l'Académie de médecine, et enfin, avec le concours de beaucoup d'autres confrères, j'ai obtenu que l'administration, entrant dans une voie plus paternelle, supprimât ce voyage iacheux et inutile. Il suffisait pour cela de créer des médecins inspecteurs des naissances, comme il y a dos inspecteurs des décès, et c'est ce qui a été fait. Je sais bien que dans les campagnes et les petites villes la loi était constamment éludée. Là tout le monde se connaissant, les maires fermaient les yeux et l'enfant n'était pas déplacé. Mais dans les grandes villes et à Paris, en particulier, l'exigence était formelle. 11 n'y avait qu'un moyen de s'y soustraire : obtenir du médecin qui avait présidé à la naissance un certificat constatant que l'enfant ne pouvait être déplacé sans le plus grand danger, parce qu'il n'était pas à terme ou cpi'il était malade. De pareilles attestations n'étaient presque jamais l'expression de la vérité, et je n'hésite pas à confesser qu'un très-grand nombre de certilicats de ce genre doivent être portés à mon actif.
Pendant l'hiver, il faut retarder davantage la première sortie. Pour mon
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compte, je ne l'autorise qu'après le premier mois, et je la recule encore pour les enfants délicats, ceux nés avant terme ou dont la santé laisse quelque chose à désirer. Tout en reconnaissant l'utilité du mouvement et du changement d'air, je les y prépare en les faisant promener dans des pièces moins habitées que la chambre ordinaire, que je fais largement aérer pendant ce temps.
Quand on a décidé que le nouveau-né pouvait être mis en rapport avec l'air extérieur, il convient de choisir, surtout la première fois, un temps sec ; autant que possible, il est bon que le soleil paraisse; si c'est l'hiver, l'heure la plus convenable est de midi à deux heures ; l'été, il est préférable de choisir le matin entre neuf et onze heures, ou l'après-midi de cinq à sept, pour éviter la trop grande chaleur. La durée des premières sorties ne doit pas dépasser une à deux heures dans le commencement ; pendant les froids rigoureux, il faut même la restreindre de peur des refroidissements, la puissance de calorification n'étant pas assez grande pour compenser la déperdition du calorique. Il est même trèsutile, dans ces conditions, de déshabiller les enfants dès qu'on lésa rentrés, pour les réchauffer au coin d'un bon feu . H y a inconvénient à les coucher tout refroidis par l'air extérieur. 11 est bien entendu que la durée des promenades peut être augmentée à mesure qu'ils se fortitient et qu'ils s'acclimatent. A la campagne et pendant la belle saison, on peut leur faire passer une grande partie de la journée dans un coin du jardin, à l'abri du soleil, des courants d'air et des insectes. Au maillot tel que je l'ai décrit, on ajoute une pelisse plus ou moins chaude munie d'un capuchon pour les envelopper de la tête aux pieds. Dans les premiers temps, l'action de l'air, aidée par les mouvements imprimés, développe le sommeil et il n'est pas rare de le voir durer jusqu'à la rentrée.
On est souvent consulté sur la question de savou* si les promenades en voiture sont permises. On craint que les cahotements soient nuisibles. Le nouveaiine supporte très-bien ce genre de locomotion, à la condition bien entendu qu'il sera porté sur les bras d'une femme adroite, intelligente, qui saura diminuer les secousses un peu fortes. On se préoccupe aussi des voyages en chemin de fer; l'expérience a depuis longtemps prononcé : un enfant au maillot est un petit colis très-facile à transporter; il dort presque constamment, et pourvu qu'on ait assuré son alimentation et qu'on ait pris toutes les précautions pour le garantir du froid, il arrive à destination sans encombre, même quand le trajet doit durer douze ou vingt-quatre heures. Un excellent moyen quand le voyage est un peu long consiste à improviser une sorte de petit hamac, qui le met à l'abri des secousses trop fortes. J'ai à peine besoin de dire qu'il faut le garantir contre l'action du soleil trop fort : un petit vuile ou une ombrelle convenablement dirigée remplissent ce but. Enfin j'ajouterai que, dans les grandes\illes suriout, il tant réagir contre l'habitude qu'ont les nourrices de se réunir dans certains jardins ou dans certaines promenades et d'y accumuler les enfants par centaines, de manière à y établir entre eux une promiscuité qui a beaucoup plus d'inconvénients qu'on ne serait tenté de le croire. Au milieu d'eux s'en trouvent, sans qu'on le soupçonne, qui sont à peine guéris de maladies contagieuses; que de rougeoles, que de scarlatines, que de varioles même n'ont pas d'autre origine que celle que e viens d'indiquer ! Parmi ces lieux de réunion, je n'en connais pas de plus mauvais que le jardin des Tuileries : il est humide, dangereux pour y aller et pour en sortir. Les parties fréquentées sont très-restreintes et les enfants nécessairement très-rapprochés les uns des autres ; c'est cependant celui qui est le plus à la mode. Depuis quelques années, cependant, les familles intelligentes s'en
éloignent et cherchent dans des lieux plus écartés et plus calmes un isolement bien préférable.
Faut-il vacciner les enfants? La question sera examinée dans tous ses détails à l'article Vaccination; mais je demande à faire connaître ce que mon expérience personnelle a pu m'apprendre sous ce rapport. Ainsi que je crois l'avoir démontré dans un travail que j'ai publié sur les Vaccinations hâtives, cette petite opération pratiquée sur les enfants les plus jeunes est d'une innocuité à peu près constante. Cependant je pense qu'à moins d'indications particulières, il vaut mieux laisser passer les premières semaines sans y soumettre le nouveauné qui a déjà à résister à l'action d'agents étrangers qui lui. étaient inconnus, dans l'organisme duquel se passent des phénomènes pathologiques dont il faut modérer le développement, et dans un moment où les fonctions nouvelles qui s'établissent ont besoin qu'aucune excitation accidentelle ne vienne en déranger la marche régulière.
J'ai parlé d'indications particulières ; voici à quoi j'ai voulu faire allusion : la variole, heureusement rare, se montre parfois sous forme épidémique ; quand cela arrive, il est du devoir du médecin de ne pas s'arrêter devant les considérations qui précèdent et de vacciner aussitôt que possible. On a cru que le nouveau-né n'était pas apte à contracter la maladie. C'est une erreur qu'il importe de détruire. J'ai vu le contraire se réaliser un assez grand nombre de fois alors que j'étais chirurgien de l'hôpital des enfants assistés. J'en ai même rencontré des exemples dans ma pratique particulière. On sait d'ailleurs que la gravité de la maladie est considérable à cette période de la vie.
De temps en temps, sans qu'il y ait une véritable épidémie, quelques cas apparaissent isolés : il y en a dans la rue, dans la maison habitée par la nouvelle accouchée, quelquefois même dans la famille. Dans toutes ces conditions et dans la dernière surtout, il n'y a pas à hésiter, il faut pratiquer immédiatement la vaccination. Dans un service de femmes en couches et même dans un hôpital ordinaire où des accouchements ont lieu de temps en temps, il ne faut pas oublier que parmi les entrantes qui se succèdent et dont les antécédents sont complètement inconnus, il peut s'en trouver quelqu'une déjà atteinte de l'affection éruptive ou dans la période d'incubation. 11 y a là un danger de tous les instants, et le seul moyen de le conjurer, c'est de vacciner dans les premières heures, ou dans les premiers jours. En ce qui me concerne depuis que je suis chargé de la clinique obstétricale, j'ai établi un service de vaccination qui se fait régulièrement deux fois par semaine, le mardi et le samedi. Chacune de ces séances comprend les enfants qui sont nés depuis la précédente opération. Il y en a quelquefois qui n'ont que deux ou trois heures d'existence. L'inoculation est faite à tous ou à peu près, car j'en dispense quelquefois ceux qui, nés avant terme, sont petits et très-délicats, ou bien ceux qui ont souffert pendant le travail. On voit que ma pratique de la ville ne ressemble pas à celle de l'hôpital: mais il y a pour cette dernière des raisons d'un ordre particulier qui la justifient, je dirai même qui la commandent.
Chapitre llf. Pathologie du nouveau-né ^ Elimination du cordon ombilical. Tout n'est pas fini à l'égard du cordon quand on a pris pour lui les soins dont
* La question de la mortalité des nouveau-nés a dû être rattachée à celle des nourrices et traitée à ce dernier mot, parce que cette mortalité dépend principalement du mode de nourriture de l'enfant. A. D.
j'ai parlé en traitant de l'hygiène. La portion qui tient à l'ombilic va subir une série de modifications qu'il importe de surveiller. 11 doit se détacher de la peau à laquelle il adhère, et il ne le fait, quoi qu'on en ait dit, qu'à l'aide d'un travail pathologique qui n'est pas toujours exempt de dangers. Mais il faut bien le reconnaître, l'ulcération éliminatrice, qui est le procédé dont se sert la nature, a une marche si simple et si rapide qu'elle passe habituellement presque inaperçue et ne paraît produire aucune altération dans la santé du nouveau-né. C'est à tel point que la plupart des médecins ne veulent y voir qu'un phénomène physiologiqne n'ayant habituellement rien de commun avec un état maladif véritable. Je ne puis partager cette manière de voir, et c'est pour cela que j'ai cru devoir placer cette étude au chapitre de la pathologie.
A quel point précis se fait la séparation? Invariablement à l'endroit où la peau finit et où commence le cordon. Que la ligature soit plus ou moins rapprochée de l'abdomen, que la peau remonte plus ou moins loin sur la tige vasculaire, cela ne modifie en rien cette limite. Il semble qu'une fois coupé, le cordon devienne un véritable corps étranger, et la peau travaille à s'en séparer le plus promptement possible. J'ai donc deux sortes de phénomènes à indiquer : ceux qui se produisent sur la portion de cordon qui a été conservée, et ceux à la faveur desquels il se détache au point précédemment indiqué.
Nous avons laissé le cordon enveloppé dans une petite compresse et maintenu contre l'abdomen à l'aide d'une bande modérément serrée ; quelles modifications subit-il? Il se dessèche habituellement avec une rapidité variable selon son volume, c'est-à-dire selon qu'il contient plus ou moins de gélaline. Le degré de compression qu'il supporte accélère aussi ce résultat. Quant à la température, je n'ai pas remarqué qu'elle eût une influence. Une température élevée paraît même, dans quelques cas, en exercer une en sens inverse, et c'est alors un ramollissement putride qui peut se produire. On en est averti par une odeur de gangrène qui se répand à l'entour de l'enfant et à laquelle il importe de remédier.
Le dessèchement commence par l'extrémité libre, c'est-à-dire par la petite portion qui se trouve au-dessus de h ligature, la surface de section permettant à la gélatine de s'échapper et de se perdre dans le linge. Mais la première modification qu'on constate, c'est un certain aplatissement de la tige, effet en grande partie mécanique dû à la compression de la bande, et cela est tellement évident que, quand la compresse qui enveloppe est faite d'un linge un peu grossier, on en voit les fils comme imprimés sur le cordon ; d'habitude ce sont les seuls changements qu'on observe au bout de vingt-quatre heures. Si on fait un examen au point de jonction de la peau et du cordon, on ne voit rien encore, ou à peine un petit liséré rouge très-étroit sur la peau et à sa limite. Après trente-six ou quarante-huit heures, le cordon aplati est encore devenu plus mince, mais il est resté souple et se laisse facilement plier. On commence à voir par transparence les vaisseaux qui sont au centre et qui offrent une teinte noirâtre. La couleur des autres parties commence à perdre sa teinte blanc bleuâtre. Le liséré rouge de la peau est plus accentué et déjà, dans beaucoup de cas, on peut voir, en exerçant une certaine traction, une petite solution de continuité partielle ou complètement circulaire ayant détruit quelques-uns des liens qui unissent le cordon à la peau. 11 m'a semblé que le plus ordinairement la solution de continuité se montrait d'abord à la partie inférieure.
Le troisième jour cette ulcération éliminatrice est plus profonde, et à mesure
NOUVEA.U-NE.
qu'elle creuse de plus en plus, on voit la cicatrice marcher de l'extérieur vers le centre de manière à diminuer l'étendue delà plaie. Le bord de la peau, devenu libre, est souvent un peu rouge et gonflé. Il l'orme une sorte de cupule dans laquelle s'enfonce le cordon. Si on examine d'assez près, on constate une petite surface ulcéreuse et un peu d'humidité due à une certaine quantité de suppuration dont on retrouve souvent quelques traces sur le linge. Le bout du cordon devient plus sec encore, jaunidre, transparent, et il prend de plus en plus l'aspect du vieux parchemin. Dans les cas ordinaires, et quand les soins de propreté dont je parlerai plus tard sont soigneusement administrés, on ne constate aucune odeur véritablement désagréable. Pendant ce temps, l'état général du nouveau-né continue à rester bon, et s'il en est autrement c'est dans la nonobservation des autres règles de l'hygiène qu'il faut eu chercher la cause.
Le quatrième et le cinquième jour les phénomènes dont il vient d'être question s'accentuent déplus en plus, et il n'est pas rare que le travail de séparation soit entièrement achevé à la fm du cinquième ou dans le courant du sixième. C'est en effet vers cette époque que la chute du cordon s'observe communément ; mais que de variétés on peut constater sous ce rapport ! Je l'ai notée au bout de trente-six et quarante-huit heures, et dans un'cas tout récent je ne l'ai vue se réaliser que le treizième jour. Gomment expliquer ces différences? On a dit que plus le cordon était gros et plus il fallait de temps ; qu"d en était de même jiour les enfants faibles et délicats. Je ne nie pas, dans une certaine mesure, l'inlhience de ces conditions; mais elles sont bieu loin d'expliquer toutes les variétés, et il est bien probable que la marche plus ou moins rapide de l'ulcération éliminatrice est régie p;ir d'autres lois qui nous échappent et qui se rattachent à l'activité fonctionnelle pro|ire à chaque enfant.
J'ai résumé dans les quatre tableaux suivants une série d'observations qui ont été recueillies, il y a quelques années, dans mon service do la Clinique. Chacun d'eux comprend des enfants d'un poids différent, et cependant l'époque de la chute du cordon ne présente pas de différences assez sensibles pour permettre d'en tirer sous ce rapport des conclusions bien positives. Ces tableaux n'en présentent pas moins un certain intérêt en ce sens qu'ils font passer sous les yeux les principales variétés que peut offrir le détachement du cordon quant à l'époque où il se produit.
Tableau g. — Enfants de 2100 a ôOOO grammes.
NDHEROS
DATE
DATE
POIDS
DE
TEMPS ÉCOULÉ