PENDANT ENVI
1 jour
On voit par ce tableau que, dans les hautes latitudes australes, le soleil reste plus longtemps sans se lever que dans les latitudes correspondantes de l'hémisphère boréal.
II. La nuit comme élément du climat météorologique. A mesure que le soleil s'abaisse vers l'horizon, son action devient moins puissante; et, dès qu'il a disparu, toute la chaleur acquise par le sol rayonne vers les espaces célestes. La température baisse alors et le refroidissement continue jusqu'à l'aurore.
Il résulte, en effet, des séries horaires données par Kaemtz, dans sa météorologie, que le minimum de température a lieu quelque temps avant le lever du soleil. Mais le degré d'abaissement nocturne de la température varie suivant la saison et suivant la latitude. A Paris, par exemple, le minimum a lieu vers trois heures du matin, en été; et seulement vers six heures, en hiver. Le refroidissement produit par le rayonnement nocturne serait moins rapide dans cette dernière saison; il est aussi moins considérable. Les variations nycthémérales de la température sont, en effet, plus prononcées en été qu'en hiver.
A Halle, au solstice d'été (mois de juin), la différence entre le maximum du jour : 20°, 05, et le minimum de la nuit : H", 20, est de 8°, 55; en hiver (mois de janvier) entre le maximum de jour : 0",72, et le minimum de nuit : — 2», 80, la différence est de 3", 52.
A Padoue, (44°40'N.) la différence, au solstice de juin, entre le maximum de jour : 25°, 17, et le minimum de nuit : 18°, 54, est de 6°63; en janvier, la différence est de 2%80.
A Gôttingue, (51° 50' N.) la différence en juin est de 9", 35 ; en janvier de 3°, 42.
A Edimbourg, (53° 55' N.). Cette différence est en juillet de 5°,27 ; en janvier de 1°,41.
Dans les pays intertropicaux, la différence entre les températures du jour et de la nuit subit des variations considérables suivant les saisons. Ainsi, pendant la saison sèche, la variation nycthémérale est favorisée par un rayonnement nocturne souvent très-prononcé. Au Sénégal, par exemple, où la température de la nuit s'abaisse parfois jusqu'à entraîner une différence de 22 degrés entre le maximum et le minimum des vingt-quatre heures, la variation nycthémérale, pendant la saison des pluies, est excessivement faible, parce que l'humidité extrême de l'atmosphère s'oppose au rayonnement nocturne. C'est donc bien
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plus aux écarts prononcés de la température du jour à celle de la nuit, qu'au ■rand abaissement de sa moyenne tliermométrique que la saison sèche des régions tropicales doit son caractère de saison fraîche. Dans la saison des pluies, au ootraire, la nuit est presque aussi chaude que le jour; ce qui donne à cette saison, un caractère très-marqué de constance.
Dans les régions polaires, la variation diurne, en hiver, n'est plus sous la dépendance de l'apparition et de la disparition successives du soleil, au-dessus "de l'horizon, puisque cet hiver n'est lui-même qu'une nuit d'autant plus longue qu'on est plus rapproché du pôle. Les écarts du thermomètre sont alors dus presque uniquement à l'état du ciel et à la direction du vent. Les observations laites pendant l'hiver de 1838 à 1839, à Bosekop (en Laponie), sous le TO*" degré de latitude, par Martins, Bravais, Lilliechook et Siljeslroem, démontrent que la variation diurne de température est à peine sensible : le maxinmm étant à midi de — 0'',12, et le minimum à quatre heures du matin, de — 9", 31. Il y a donc pendant la longue nuit des régions polaires, une constance très-marquée dans l'abaissement de température.
Pendant le long jour de l'été polaire, la différence diurne entre le maximum <el le minimum est plus accusée; mais l'écart n'est encore que très-faible. Mais, il n'en est plus de même aux époques de transition, où les différences de température du jour et de la nuit sont parfois considérables.
En dehors des conditions purement astronomiques qui tiennent la nuit sous leur dépendance : la configuration du sol, la situation géographique et l'exposition des lieux sont appelés à jouer un rôle très-important dans la caraclérisalion de cette période, par suite des phénomènes météorologiques qu'elles font naître. La nuit sur les montagnes diffère de la nuit des vallées et des plaines. Sur les bords de la mer, elle n'est pas non plus semblable à ce qu'elle est dans l'intérieur des continents. Dans les villes, jamais le refroidissement nocturne n'est aussi rigoureux que dans les campagnes.
Les phénomènes météorologiques qui donnent à la nuit d'une région ou d'une localité son caractère particulier, sont, tous, sous la dépendance de la variation diurne de la température.
L'existence de brises nocturnes constitue le plus important de ces phénomènes.
Sur les régions du littoral, la brise nocturne est provoquée par le refroidissement plus grand de la terre que de l'eau. Elle s'élève après le coucher du soleil, soufflant de la côte vers la mer; et atteint son maximum de vitesse et d'extension au moment du minimum de température des vingt-quatre heures, un peu avant le retour de cet astre.
Dans les pays chauds, la brise nocturne de la zone maritime est surtout prononcée pendant la saison sèche, dont elle constitue un élément important.
Dans l'intérieur des terres, c'est la configuration du sol qui règle la direction des brises nocturnes. Ainsi : dans les pays montueux, il existe des vents de nuit qui descendent des montagnes vers les plaines et les basses vallées. Ils sont provoqués par le rayonnement nocturne plus considérable sur les sommets. Ces vents, connus sous le nom de pontias, aloup du vent, rebas, etc., tendent à refroidir les vallées en y portant le froid des régions supérieures ; et provoquent souvent des gelées blanches. C'est l'hiver principalement qu'ils sont le plus accusés. Ainsi, le pontias des vallées des Alpes cesse de souffler lorsque, dans le court intervalle des nuits chaudes de l'été, la terre échauffée par un soleil brûlant, n'a pas le temps de se refroidir suffisamment.
DICT. ENC. 2° s. XIII. 48
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Par suite de l'abaissement de la température, la vapeur formée par évaporation pendant le jour, se condense la nuit sur les corps froids, et l'humidité est à son maximum quelque temps avant le lever du soleil. C'est aussi le moment oh la quantité absolue de vapeur d'eau contenue dans l'atmosphère atteint son minimum.
Cette précipitation de la vapein- d'eau sous forme de gouttelettes, causée uniquement par le refroidissement de la nuit, constitue la rosée. En été, la rosée, pendant les nuits calmes et sereines, commence à tomber au coucher du soleil; et va en augmentant sans cesse jusqu'à l'aurore. Elle suffit souvent pour compenser la rareté des pluies d'été dans certaines contrées ; mais elle est d'autant plus abondante dans un lieu que l'atmosphère de ce lieu est plus humide. Aussi est-elle considérable sur les côtes, et dans le voisinage des fleuves et des lacs. En hiver, les fortes rosées sont le résultat des grands froids. Les nuits claires du printemps sont redoutées des cultivateurs, surtout lorsqu'il a plu, parce que alors la rosée devient gelée blanche, et qu'il suffit quelquefois des dernières heures d'une belle nuit pour détruire les plus belles apparences de récoltes. Dans les pays intertropicaux, c'est pendant les nuits de la saison sèche que la rosée est la plus abondante. Durant la saison des pluies, elle disparaît à peu près complètement, par suite du faible degré de variation diurne de la temp^iature . Mais, c'est alors au moment du coucher du soleil que les pluies commencent à tomber pour se prolonger bien avant dans la nuit : tout le jour, le vent du large apporte au-dessus des terres la vapeur d'eau puisée à la surface des mers; aussi, lorsque le refroidissement relatif qu'éprouve le sol, à mesure que le soleil baisse sur l'horizon, commence-t-il à se manifester, toute cette vapeur se condense, et les nuages ne tardent pas à se décharger en pluies torrentielles.
Dans les pays froids et secs, la rosée se fait sentir beaucoup plus que dans les pays froids et pluvieux. La nuit, dans ce dernier cas, est, le plus souvent, par suite de l'obstacle apporté au rayonnement du sol par les couches d'air chargées d'une humidité froide, caractérisée par des brouillards épais qui commencent à se former longtemps avant le lever du soleil, pour ne se dissiper que longtemps après.
Dans les pays de montagnes, les vents nocturnes qui descendent des régions supérieures amassent au fond des vallées la vapeur qui, pendant le jour, couronne les sommets; de là, l'humidité considérable des basses plaines durant la nuit; et la sécheresse relative des hauts plateaux.
Au moment où le soleil s'approche de l'horizon, l'électricité de l'atmosphère augmente et continue à croître jusque vers deux heures environ après son coucher. C'est, en effet, dans cette limite de temps, que les orages violents des pays tropicaux se manifestent le plus généralement. C'est aussi à ce moment que, pendant la saison sèche, l'électricité accumulée dans les couches supérieures de l'atmosphère, alors que la vapeur d'eau aspirée pendant toute la journée par un soleil brûlant, se condensant sous l'influence du refroidissement nocturne, annonce sa présence. Mais à partir de là, l'électricité diminue lentement jusqu'au lendemain matin, trouvant dans l'humidité de l'air qui favorise la précipitation de la rosée, un excellent conducteur pour gagner les couches inférieures de l'atmosphère et s'écouler dans le sol.
Cette marche nocturne de l'électricité est à peu près la même sous toutes les latitudes. Elle varie peu d'une saison à l'autre. D'une manière générale on peut dire qu'elle est intimement liée à l'état hygrométrique de l'atmosphère; avec
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cette différence que, dans les pays froids et humides, l'électricité est dans un état de tension plus marquée que dans les pays chauds et humides, où elle se manifeste si souvent sous lu forme d'orages. La même différence existerait entre l'hiver et l'été.
Lender, dans des recherches récentes sur l'ozone {Das atmosphàrische Ozon, in Deutsche Kllnik, 1874), a trouvé que ce corps est plus ahondant la nuit que le jour, pendant l'automne et l'hiver ; le contraire aurait lieu depuis le mois d'avril jusqu'au mois de novembre.
[.a présence de l'ozone dans l'air serait donc en rapport avec la tension électrique nocturne ; laquelle, ainsi que nous venons de le dire, est plus marquée en été qu'en hiver, et, dans les pays chauds : pendant la saison fraîche plus que dans la saison des pluies ou saison chaude.
Pour compléter tout ce qui a rapport à la constitution météorologique de la nuit, il nous faut dire un mot des variations diurnes de la pression barométrique. Dans nos contrées, cette variation atteint à peine 7/10 de millimèti^e; mais dans les régions équatoriales où l'oscillation diurne de la température est la plus forte, où les rosées sont les plus abondantes, l'oscillation barométrique est aussi la plus marquée, atteignant en général 2 à 5 millimètres d'abaissement, mais pouvant aller plus bas encore.
La diminution nocturne de la pression est de moins en moins prononcée à mesure qu'on s'élève au-dessus du niveau des mers. Cette observation a été faite par le professeur Plantamour, de Genève.
En été, l'oscillation barométrique est plus grande qu'en hiver ; elle est plus marquée dans les vallées que dans les montagnes. Toujours, elle est en rapport avec le degré de refroidissement nocturne qui, dépouillant l'air d'une partie de l'humidité qu'il contient, en affaiblit la pression.
Ainsi donc, il résulte de tout ce qui précède : que la filiation des phénomènes décrits dépend esseuliellement de l'absence de la radiation solaire. Qu'en dehors des lois générales qui règlent la répartition de cette radiation, l'action du soleil vienne pour un instant à être masquée, aussitôt apparaîtront eu petit les phénomènes qui caractérisent la nuit. C'est ce qui arrive au moment des éclipses du soleil.
A. Laussedat, qui a fait des observations à Batna (Algérie), sur une éclipse totale, a constaté un abaissement de température de 11 degrés, au moment de l'occultation totale, accompagné d'un accroissement d'humidité très-notable et de phénomènes de rosée sur les différents objets. Les fleurs nocturnes (pavots, datura, volubilis), s'ouvrirent deux minutes avant l'éclipsé totale ; les insectes cessèrent de bourdonner; et les oiseaux des basses-cours cherchèrent un gîte pour se coucher [Revue des cours scientifiques, 1865-1866, p. 634).
m. La nuit au point de vue physiologique. La succession du jour et de la nuit et la constitution météorologique de celle-ci, ne sont point sans entraîner des modifications physiologiques dans l'organisme des êtres vivants. L'absence de la lumière solaire, qui est la cause de tous les changements qui surviennent, la nuit, dans le milieu atmosphérique, convie l'homme au repos et favorise son sommeil.
Le repos succédant à la fatigue du jour et le sommeil nécessaire à la réparation des forces organiques sont deux états dont il faut, avant tout, tenir compte pour la juste appréciation des phénomènes physiologiques nocturnes. Tout en
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reconmiissant, en principe, que la plupart de ceux qui ont. été observés sont encore plus sous leur dépendance que sous celle de la nuit ; nous ne saurions refuser à celle-ci une juste part d'influence dans leur manifestation. Ce qui se passe chez les végétaux, dont des recherches récentes nous ont donné la véritable explication, nous servira de point de départ dans l'étude que nous devons faire des modifications qui surviennent la nuit, dans les fonctions animales des êtres organisés.
Il n'y a pas longtemps encore que l'on attribuait aux végétaux deux modes de respiration : une respiration diurne pendant laquelle ils absorbaient de l'acide carbonique et exhalaient de l'oxygène; et une respiration nocturne par laquelle ils absorjjaient de l'oxygène et rendaient de l'acide carbonique. Mais la respiration diurne était considérée par tous les botanistes comme la véritable respiration végétale. C'était là une erreur contre laquelle de Saussure et, plus tard, M. Carreau s'étaient déjà élevés.
En 1866, Corcnwinder démontra que la prétendue respiration nocturne, exceptionnelle des végétaux est parfaitement continue et forme leur seule véritable respiration. Ce qu'on a nommé la respiration diurne des plantes : c'est l'assimilation du carbone, c'est-à-dire l'acte par lequel, sous l'influence de la lumière solaire, les organes foliacés décomposent l'acide carbonique de l'air et expirent de l'oxygène. C'est là un phénomène de réduction ou mieux de nutrition, d'autant plus accusé chez les plantes, qu'elles sont en pleine activité et qu'elles sont plus vertes. Pendant la nuit, la nutrition végétale s'alanguit, et l'acte respiratoire, cessant d'être dissimulé par l'acte de réduction se manifeste par l'absorption d'oxygène et le dégagement d'acide carbonique; le végétal brûle le carbone qu'il réduit le jour.
Ainsi, à la lumière du jour : le végétal se nourrit, la chlorophylle se produit, il devient vert; mais pendant l'obscurité de la nuit, le mouvement d'assimilation cède la place aux phénomènes de combustion ; et si cette obscurité se prolonge, le végétal s'étiole.
Si maintenant, nous recherchons ce qui se passe chez l'homme : on ne peut s'empêcher de reconnaître que l'absence de la lumière exerce chez lui une influence à peu près semblable. A l'activité. générale de son oi'ganisme, disons mieux, à l'excitation physiologique qui met en jeu toutes ses fonctions, succède un ralentissement graduel de ces dernières ; et la température du corps, conséquence des phénomènes intimes de nutrition, s'abaisse. C'est ce qu'ont démontré les recherches de Baerensprung, de Frœlich et Lichtenfels, de Ladame, de Mantegazza et, plus récemment celles de William Ogle et de Forel de Lausanne.
Tous ont constaté une chute nocturne de la température; mais tandis que pour quelques-un : Baerensprung, Frœlich et Lichtenfels entre autres, cette chute est indépendante à la fois du repos, du sommeil et de l'absence de nourriture. W. Ogle croit, au contraire, que l'exercice, le travail et le i^epas du soir la ralentissent et la rendent moins prononcée.
Le moment auquel la température du corps atteint son minimum n'est point également fixé par tous les observateurs. On admet généralement que cet abaissement commence après le repas du soir et dure jusque vers quatre heures du matin. Pour le professeur Forel de Lausanne, ce minimum tombe entre deux et trois heures du matin; Jùrgensen {Deutsches Archiv fur klin. Medicin, 1867), le place entre deux et huit heures du matin. Cette diversité d'opinion qui provient d'observations différentes, mais exactes, prouve du moins selon nous, qu'on doit
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tenir compte des conditions extérieures dans lesquelles les sujets observe's se trouvent ; et sans doute aussi de leur disposition individuelle.
Si la température s'abaisse, la respiration, de son côté se ralentit; les mouvements respiratoires sont moins énergiques et moins répétés (Becquerel). Les recherches de Proust sont les premières qui aient fait connaître que, pendant la nuit, l'air expiré est moins chargé d'acide carbonique que pendant le jour. Ce résultat a été confirmé par les expériences de beaucoup d'autres physiologistes : entre autres par Horn et Scharling.
Il en serait de même pour toute la série animale. Boussingault a constaté, en effet, que le poids d'acide carbonique produit en une heure par la même tourterelle était, terme moyen : d'environ 9i centigrammes pendant le jour, et 59 centigrammes pendant la nuit. Quelques expériences faites par Lehmann, sur des pigeons, ont fourni des résultats analogues; et Marchant a observé des faits du même ordre chez les grenouilles. (Aiiii. der. prakt. Chenue. 1844, Ed. XXXlll, p. 149.)
Cette diminution dans la production de l'acide carbonique, pendant la nuit, confirmée par toutes ces recherches, correspond bien évidemment à la dépression des forces de l'organisme qui se manifeste alors. Mais il ne faudrait pas admettre que le ralentissement du travail respiratoire soit absolument un elfet de cette môme dépression ; car il est très-probable qu'il dépend en grande partie de l'absence de la lumière.
Il résulte, en effet, d'expériences faites par Pettenkofer et Voigt, que, pendant la nuit, il se fait une absorption d'oxygène qui l'emporte beaucoup plus que pendant le jour sur la quantité d'acide carbonique exhalé. Ils ont vu, sur un homme adulte de vingt-huit ans, la proportion d'oxygène absorbé pendant la nuit, s'élever à 67 pour 100, tandis que la quantité d'acide carbonique exhalé n'était que de 42 pour 100. Ainsi le phénomène d'absorption respiratoire serait loin de diminuer ; et ce serait, avant tout, les phénomènes de combustion interstitielle ou de réduction assimilatrice qui se ralentiraient. N'y a-t-il pas là quelque chose de tout à fait analogue à ce qui se passe chez les plantes? L'étiolement chez l'homme étant accusé par l'absence de pigment dans les cellules de la peau, comme il l'est chez les plantes par l'absence de la chlorophylle dans les organes foliacés.
D'ailleurs, les expériences de Moleschott sont favorables à cette manière de voir. Cet observateur a trouvé, en effet, que, les circonstances étant les mêmes de part et d'autre, les quantités d'acide carbonique exhalé dans l'obscurité et à la lumière du jour étaient dans les proportions de 3 à 5. Des expériences, dans lesquelles, il a évalué le degré d'intensité de la lumière à l'aide de papiers photographiques, l'ont conduit à admettre que cette production d'acide carbonique s'accroît en raison directe de l'intensité de la lumière à laquelle les grenouilles sont exposées; et que cette action excitante s'exerce en partie sur la peau, en partie par l'intermédiaire des organes de la vue. Mais voici une expérience bien probante à cet égard. Bidder et Schmidt (1852), ont constaté que la perte de poids due à l'exhalation d'acide carbonique et à la transpiration chez les animaux à l'état d'inanition, s'égalisait entre le jour et la nuit, lorsqu'on les avait rendus aveugles; tandis que la différence était très-considérable lorsqu'ils conservaient le sens de la vue. On doit donc admettre une action réflexe se manifestant sur les centres trophiques nerveux ; et dont le point de départ est l'excitation visuelle.
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Du côté de la circulation, on a aussi observé une diminution graduelle du nombre de pulsations, pendant la nuit. Aug. Guy a toujours trouvé cette diminution constante à la tombée de la nuit; malgré l'excitation produite par les aliments, l'étude ou l'exercice {Gaz. méd., 1839).
Suivant Robinson, le minimum de fréquence du pouls aurait lieu vers huit heures du* matin. Becquerel dit avoir constamment trouvé le pouls beaucoup moins fréquent pendant le sommeil des enfants, la nuit.
Nos propres recherches nous ont permis de conti'ôler ces faits ; nous avons, pendant une période de temps assez longue, fait prendre le nombre des pulsations toutes les trois heures, à partir de huit heures du soir jusqu'à sept heures du matin, chez une série de malades peu graves couchés dans la salle commune des blessés, à l'hôpital de Rochefort ; et nous avons constaté une diminution graduelle du pouls jusqu'à quatre heures du matin; mais la dernière observation prise à sept heures du matin indiquait toujours une légère augmentation de fréquence.
Les autres fonctions paraissent, également, être influencées dans le même sens, pendant la période nocturne. Mais nous ne devons pas oublier qu'étant sous la dépendance des fonctions importantes de la circulation et de la calorificalion, elles doivent nécessairement participer à leurs modifications. Quoi qu'il en soit, la diminution des sécrétions est un fait probable, sinon démontré. Quant aux produits d'élimination, ils diminuent tous de quantité. Quelques expériences deBéclard montrent que dans l'obscurité, à température égale et à poids égal, les grenouilles perdent, par évaporation, une quantité d'eau moitié moindre ou d'un tiers moindre ([u'à la lumière diffuse ordinaire. Reil, cité par Burdach, et Volz, cité par Yierordt dans leur physiologie, ont reconnu que, chez l'homme, la transpiration est moins abondante, la nuit que le jour. Toutefois, elle commencerait à augmenter à partir de minuit pour être assez marquée vers sept heures du malin.
Il arrive peut-être alors ce qu'ont supposé Pettenkofer et Voit, que l'oxvgène en excès par suite du ralentissement du mouvement de combustion interstitielle, forme, en se combinant avec l'hydrogène, l'eau de cette transpiration nocturne.
On a aussi comparé la quantité d'urine rendue la nuit à celle qui est éliminée le jour. Des recherches faites par Keill, Linning, Speeck, Kaup et Sick, il résulte que cette quantité est toujours plus faible dans le même espace de temps, la nuit que le jour.
Quelques auteurs ont prétendu que la nuit provoque le commencement de l'exhalation menstruelle à la face interne de l'utérus. U ne faut pas oublier que la menstruation est une fonction périodique que les conditions normales du milieu ambiant ne semblent nullement influencer. Celte périodicité suit un cours égal dans les climats chauds, comme dans les climats polaires. Mais les conditions anormales, accidentelles, provenant d'excitations extérieures ou d'habitudes individuelles, peuvent venir troubler ou retarder la manifestation de cette périodicité. La nuit, en ramenant et en maintenant le calme dans l'organisme en repos, permet à la fonction de s'établir et de s'affirmer.
Des recherches vraiment intéressantes sont celles qui ont trait à l'influence de la nuit sur les naissances.
Dans un travail récent, Ludw. Kleimvâchter, s'occupant de l'influence du temps sur le début du travail à terme, a constaté que les douleurs apparaissent ordinairement dans la période de six heures du soir à minuit ; et plus particu-
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lièrement de onze heures du soir à minuit. Celte règle du début du travail s'oLserve mieux chez les primipares que chez les multipares. [Zeitschr. f. Geburtsh. iind Fraiienkrank., I, Band. n" 15, 1875.)
Doudin, eu réunissant les documents fournis par Quelelet, Buck, Rauken, Casper et Guiclte, en France, en Belgique et en Allemagne, est arrivé au chiffre de 5SM naissances réparties de la façon suivante, d'après les heures de la journée et de la nuit.
QUETELET. BUCK. IIAUKEN. CASPER. GUIETTF. TOTAL. PRilpORTinN
De bix heures du m.ilin p. lOOO.
à six heures du soir.. US8 402 589 393 2S3 = 2509 4-25
De six heures du soir
à six heures du malin. 1393 529 ."Ol 116 'J96 — 3305 o75
A Dresde, Mayer a relevé 31 754 naissances [Medicinisclie Topographie vo i dresden), sur lesquelles : 545 ont eu lieu de six heures du soir à six du matin; et 455, de six lieures du matin à six heures du soir.
Dans une statistique faite en France pendant les trois années 1851, 1852, 1855, et portant sur le chiffre considérable de 2 millions et demi de naissances, on constate une proportion de 521 naissances sur 1000, de six heures du soir à six heures du matin; et celle de 479 sur 1000, de six heures du matin à six heures du soir.
Le fait constant est donc celui-ci : le nombre des naissances est toujours plus grand la nuit que le jour.
Si l'on pénèti'e plus avant dans la statistique, on trouve, en outre, que c'est surtout de minuit à six heures du matin que les naissances sont plus nombreuses.
Comment donc expliquer cette diffézence en faveur de la nuit? Lombard, <[ui a essayé de le faire, suppose qu'il y a dans le travail de l'accouchement deux périodes : une période passive de dilatation et une période active d'expulsion. La première serait particulièrement favorisée par l'état de moins grande activité fonctionnelle dans lequel l'organisme se trouve la nuit ; ce qui fait que la contraclilité propre de la matrice serait moins prononcée et par suite : la dilatation plus facile et plus rapide. Celte explication ne saurait être acceptée, parce qu'il n'y a rien de passif dans le travail de l'accouchement; et que tout est actif dans la dilatation du col comme dans l'expulsion du fœtus. Mais il y a des temps de repos et d'effort dans l'accomplissement de ce travail physiologique; et l'elfort est d'autant plus marqué, d'autant plus fructueux que le repos a été plus complet, que la déperdition des forces à laquelle participe tout l'organisme est plus vite surmontée par les phénomènes de réparation qu'un tel repos assure; et l'on ne peut nier que le calme de la nuit ne soit à cet égard absolument favorable. Mais peut-être y a-t-il encore autre chose? Pendant la nuit, dans la position qu'exige le repos au lit, à l'époque oià la fonction physiologique est imminente, ou bien s'accomplit, la congestion passive (]ue subissent les centres nerveux comme les autres organes, est peutêtre une cause d'excitation qui intervient pour activer et précipiter les conVracttions utérines.
Si maintenant, pour compléter ce qui a trait à l'influence physiologique de la nuit, nous considérons ce qui se passe du côté de l'encéphale, nous reconnaîtrons : que la paresse cérébrale est aussi bien la conséquence de la fatigue de la journée que le résultat d'une moindre excitation de la part des objets extérieurs. Quoi qu'on ait dit sur la tendance créatrice qu'éprouve l'imagination au milieu du
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silence de la nuil, nous ne saurions regarder l'exaltation des sens que comme le résultat du travail de concentration de la pensée, travail en désaccord avec l'influence naturelle du milieu ambiant qui invite au repos et au sommeil; et qui^ par suite, ne peut entraîner que faiblesse et perturbation dans le fonctionnement du système nerveux.
En somme, il ne faudrait point exagérer la corrélation qui existe entre lesvicissitudes diurnes de l'atmosphère et nos fonctions physiologiques; mais, il est incontestable qu'il s'établit, en nous, une périodicité fonctionnelle, correspondant, jusqu'à un certain point, à la périodicité du milieu extérieur; et qui se caractérise, la nuit, par un ralentissement général de notre activité organique.
IV. La nuit au point de vue pathologique. Tout ce que nous venons de dire fait comprendre combien nous devons être plus exposés, pendant la nuit,, à subir les influences nuisibles qui nous entourent; puisque la faculté de réagiicontre elle est moindre que pendant le jour. Aussi, quand avec le refroidissement du soir, l'humidité de l'atmosphère s'opposant à la dissémination des effluvestielluriques les ramène et les condense dans les couches d'air inférieures où nousrespirons, notre organisme ne peut leur opposer qu'une résistance d'autant plusfaible que sa force d'élimination elle-même va diminuant pendant la nuit.
Dans les pays marécageux et dans les campagnes humides, rien n'est dangereux comme les brouillards du soir et la chute nocturne de la rosée. C'est après s'être exposé imprudemment à leur fâcheuse influence que les accès de fièvre se montrent le plus souvent.
Dans les villes, ces brouillards se chargent de tous les miasmes et germes infectieux qui peuvent s'y rencontrer. C'est ce qui justifie la remarque qu'on a faite dans un grand nombre d'épidémies de choléra, que la maladie faisait particulièrement explosion pendant la nuit. A Munich, par exemple, on a constaté soixante-dix invasions de nuit sur cent malades.
Mais une cause dont il faut tenir compte, c'est le refroidissement nocturne auquel notre organisme n'est que trop exposé. Il y a déjà longtemps que Ziramermann avait constaté cette action nocive de la nuit. « Les nuits froides, dit-il, {Traité de V expérience, 1. 5) qui succèdent à des jours très-chauds, sont une des principales causes des fièvres dangereuses de la Basse-Hongrie ; les malades en meurent pour la plupart. »
Dans les pays chauds, c'est presque toujours à la suite d'une imprudence nocturne, comme de dormir sans être suffisamment couvert, que la diarrhée et la dysenterie apparaissent. Il faut de plus tenir compte des vents nocturnes venant de terre apportant au-dessus des villes du littoral, et ce sont les plus nombreuses dans nos colonies, les effluves empestées des marécages voisins. C'est pour cette raison que les équipages des navires en station dans les pays malsains sont plus exposés à contracter la fièvre pendant la nuit.
D'ailleurs, dans toutes les villes situées dans les régions paludéennes, c'est la nuit que l'on est le plus exposé à la fièvre, parce que l'atmosphère de ces villes étant plus chaude que celle de la campagne environnante, il s'établit de celleci \ers celles-là, un courant atmosphérique chargé d'effluves fébrigènes.
Ce que nous avons dit plus haut de l'influence de la nuit sur les fonctions physiologiques va nous permettre de comprendre les modifications qu'une telle influence entraîne dans les maladies.
Dans toutes les affections, l'intermittence ne constitue pas un caractère
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essentiel ; il y a des oscillations constantes des phénomènes morbides, oscillations en rapport avec la périodicité diurne. Ces oscillations comprennent le mouvement d'exacerbation vespérale et le mouvement de rémission matiitinale. Le premier mouvement s'affirme le soir avec le coucher du soleil , et se prolonge dans la première partie de la nuit ; le second mouvement atteint sa période d'état vers les premières heures du malin, et se prolonge pendant toute la matinée. On doit regarder ces oscillations diurnes, comme dépendantes de la température du corps, qui, dans l'état de maladie, présente des variations pouvant être considérées comme l'exagération des oscillations diurnes normales. La différence entre les oscillations morbides est plus prononcée que celle que présentent les oscillations normales. Cette intensité d'oscillation tient à la fois à la nature de la maladie, à l'inanition du malade et à des susceptibilités toujours exagérées des centimes nerveux.
C'est aux fatigues de la journée, à l'impression de la lumière, aux excitations extérieures de toute sorte qu'est due l'exacerbation vespérale de la température morbide ; et c'est avec le calme de la nuit que commence la progression descendante de cette température.
Quelle que soit l'explication exacte des phénomènes, on peut dire que le plus grand nombre des maladies subissent cette influence favorable de la nuit; et c'est presque toujours au même moment que s'établit la défervesccnce qui doit amener une terminaison heureuse. Pour ne citer que quelques types importants d'affections fébriles , nous voyons que chaque fois, dans la pneumonie aiguë, la rémission commence à minuit, lorsque l'excitation du jour ne laisse plus de ti'ace dans l'organisme, et que la défervescence tombe toujours entre minuit et le matin; dans la fièvre typhoïde, pendant les trois stades qui caractérisent la maladie, toujours, aussi, la rémission se manifeste entre minuit et les premières heures du matin. Ainsi, en dehors de ce qui rattache la marche de la température à la nature même de la maladie, cette rémission matinale, qu'on devrait appeler, avec plus de raison, nocturne, 'est toujours la règle. Lorsqu'elle n'a pas lieu, c'est que la maladie est assez grave, les perturbations organiques sont assez prononcées, pour que l'influence modératrice de la nuit ne puisse se faire sentir. C'est le cas du typhus [mv exemple ; c'est aussi ce qui arrive toutes les fois que surviennent des complications redoutables.
Il est un certain nombre d'affections dont les symptômes caractéristiques trouvent dans la nuit une cause de manifestations successives et souvent aussi d'apparition première. Ainsi, par exemple, c'est la nuit que débutent presque toujours les premiers accès d'asthme et dégoutte. C'est aussi la nuit que la toux effrayante d'un enfant atteint de laryngite striduleuse vient frapper les parents de crainte. D'autres affections, le plus souvent chroniques, telles que le rhumatisme, la syphilis des os, certaines maladies de la peau, le lichen entre autres, présentent des douleurs nocturnes très-violentes qui cessent pendant le jour.
Comment expliquer de pareils faits ?
Faut- il croire que la diminution nocturne du mouvement fonctionnel entrahie une surcharge urique chez les goutteux ; des congestions passives chez les rhumatisants, les syphilitiques, les herpétiques; une excitation réflexe du centre nerveux respiratoire dans les accès d'asthme et de laryngite striduleuse. Ce sont là des hypothèses sur lesquelles nous ne devons pas insister.
On a recherché aussi quelle était l'influence de la nuit sur l'apparition des accès épileptiques. Beau, Herpin, Miiller et Delasiauve ont constaté que la
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nuit avait une action favorable sur la maladie ; et que les accès étaient plus fréquents le jour. Leuret, cependant, les a trouvés beaucoup plus fréquents la nuit. Suivant Everts et Van Leeuwen, cités par Virchow, les accès de jour seraient prédominants chez les individus du sexe masculin, et les accès de nuit plus nombreux dans l'autre sexe.
La transpiration, que nous avons vue très-prononcée la nuit chez les hommes en bonne santé, prend chez certains malades un caractère particulier d'exagération. Ainsi, par exemple, chez les phthisiques, les sueurs nocturnes sont un fait constant d'observation. Ces sueurs s'accompagnent d'un abaissement considérable de la tempér;(ture du corps.
Ici, comme dans tous les cas où il y a une dyscrasie constitutionnelle, le mouvement interstitiel de nutrition générale subit un ralentissement notable; et sans doute que la surcharge relative d'oxygène trouve une voie d'élimination dans la formation de produits aqueux.
Nous voici amené à parler de l'influence de la nuit sur la fréquence des décès.
On trouve dans l'ouvrage d'Œsterlen cité par Lombard de Genève [Uandhuch der medicinichen Statisiik. Tûbingen, 1865), le relevé des recherches faites sur ce sujet par les docteurs Burck, Berlinsky, Casper, Virey, Noirot, Schneider, Steele, Smoler et Quetelet. II résulte de l'ensemble de ces documents que, sur 1000 décès, on en compte 504, de six heures du matin à six heures du soir; et 496, de six heures du soir à six heures du matin. On arrive aux mêmes résultats avec les chiffres fournis par le docteur Gaupp {Medicinische Topographie der Stadt Kirchen unter Teck. Wûrtzburg, 1859) : sur 1000 décès, il y en a, en effet, 5G2 de six heures du matin à six heures du soir; et 438, de six heures du soir à six heures du matin. Boudin a constaté le même fait dans ses recherches sur le mouvement de la population en France et on Belgique {Ann. d'hijp. publ. et de médec. légale, 1857) : sur lOOO décès, il a trouvé 572 décès de six heures du matin à six heures du soir : et seulement 428, de six heures du soir à six heures du matin. Mais, tandis que, dans la première série d'Œsterlen, le chiffre le plus considérable des décès se trouve de minuit à six heures du matin (274 sur. 1000); dans la série de Boudin, c'est de midi à six heures du soir qu'a lieu le plus grand nombre des décès ; et dans le relevé de Gaupp, c'est de six heures du matin à midi (384 sur 1000).
Contrairement à ce qui a été observé pour les naissances, il mourrait donc beaucoup plus de personnes le jour que la nuit.
Mais les l'ésultats sont trop variables pour rien conclure de définitif à cet égard. Disons toutefois qu'il y a nn point sur lequel toutes ces recherches concordent : c'est que le minimum des décès aurait lieu de six heures du soir à minuit, ce qui est contraire à la croyance que l'on avait que la fatigue de la journée devait rendre les décès beaucoup plus fréquents dans la première partie de la nuit.
Sans cependant généraliser ; et en comparant ces résultats avec ce qui se passe dans les maladies, on peut trouver une certaine corrélation entre l'influence favorable de la nuit sur la rémission des phénomènes pathologiques et le nombre moins considérable de décès que l'on observe pendant cette période de temps. De même ; la plus grande fréquence des décès correspondrait avec le moment de la journée où l'exacerbation des symptômes est la plus prononcée dans le cycle diurne des maladies.
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V. Delà nuit au point de vue hygiénique. Les recommandations hygiéniques découlent en grande partie des considérations que nous avons présentées sur la constitution météorologique de la nuit. Il faut avant tout se préserver du froid et de l'humidité nocturnes, en faisant usage de vêtements convenables. C'est surtout à l'égard des petits enfants que l'on doit exercer la plus grande surveillance. Autant il est nécessaire, pour leur santé, de les faire sortir chaque jour, autant il peut être dangereux de les laisser exposés aux brouillards du soir.
Mais ce n'est point le milieu extérieur, dont nous avons déjà analyser les influences spéciales, qui doit maintenant nous occuper. C'est le milieu que l'homme se crée chez lui ou hors de chez lui, et qui répond plus particulièrement à ses mœurs et à ses habitudes. C'est lorsque arrive la nuit, qu'on le voit fréquenter les cafés et les théâtres et s'enfermer dans une atmosphère confinée, viciée à la fois par la respiration d'un nombre considérable de personnes et les produits de combustion des substances employées pour l'éclairage, le chauffage, et souvent aussi par une épaisse fumée de tabac. C'est dans de pai^eils milieux, humides parfois au point de voir la vapeur d'eau qui s'échappe des poumons avec l'air expiré, couler le long des murs ; c'est dans une atmosphère chargée d'acide carbonique et surchauffée que, pour se reposer des fatigues de la journée, l'on court passer les heures qui précèdent le sommeil. Legraud du Saulle a démontré depuis assez longtemps l'influence néfaste de l'atmosphère des cafés sur le développement des maladies cérébrales [Compt. rend, de l'Académie des sciences, janvier 1861). Il n'est pas difficile de comprendre combien l'air que l'on va ainsi puiser dans ces endroits malsains est peu propre à préparer l'accomplissement régulier des fonctions, pendant la nuit.
C'est encore pendant la nuit que le travailleur qui a passé toute la journée loin de son domicile revient v subir tous les effets désastreux de l'encombrement et de l'air confiné. C'est dans une demeure aux ouvertures étroites, tenues le plus souvent fermées, recevant les exhalaisons des élablcs voisines; dans une chambre à plusieurs lits qu'entourent d'épais et sordides rideaux, au plafond de laquelle sont suspendues des provisions de toute sorte, que le paysan fatigué revient prendre le repos qui lui est nécessaire; et ne trouve, pour réparer ses forces, qu'un air malsain qui ne peut que combattre en lui l'heureuse influence de toute une journée de travail passée dans les champs. C'est souvent bien pis pour les ouvriers pauvres des villes, auxquels la misère et de déplorables conditions sociales ont mesuré l'espace qui leur est nécessaire. Je ne ferai que rappeler ici ces épouvantables garnis, ces refuges, ces caves, ces soupentes qui servent de lieu de repos, à un grand nombre.
Bien certainement c'est la nuit, alors que l'organisme fatigué, surmené, est laissé pour ainsi dire sans défense ; alors que, ainsi que l'ont démontré les recherches de Pettenkofcr et de Voit, l'air que l'on respire doit être plus pur, que l'oxygène absorbé doit être mis en partie en réserve dans l'économie, afin de subvenir aux besoins de la journée qui va suivre ; c'est la nuit, disons-nous, que sévissent particulièrement toutes ces causes de la misère physiologique dont la scrofule, le lymphatisme, la tuberculose sont la manifestation fatale.
N'est-ce pas aussi pendant la nuit que l'on est exposé à ces graves accidents que préparent l'imprudence ou l'ignorance de ceux qui doivent souvent, au milieu de leur sommeil, en être lespremières victimes? Combien d'incendies n'ontils point été causés par un feu mal éteint faisant tout à coup explosion pendant
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la nuit; combien d'asphyxies n'ont -elles point été le résultat de la formation ou d'une irruption de fumée dans la chambre, ou bien encore de gaz pernicieux ou de produits de combustion qui n'ont pu trouver une issue.
Combien de faits récents d'empoisonnement par le gaz d'éclairage, arrivés la nuit : ce gaz provenant tantôt d'une chambre où l'on avait oublié de fermer le compteur ; tantôt s'échappant au travers des tubes de caoutchouc vulcanisé dans lesquels on le fait passer. Que pour une raison ou pour une autre, une fuite de gaz ait échappé à la surveillance, c'est malheureusement toujours la nuit que l'on en constate les dangereux résultats. Tout récemment, dans un travail publié dans VEdinb. Med. Joiirn., juillet 1874, W. Tajlor a insisté sur la fréquence de plus en plus grande de ces accidents à Edimbourg, même dans des apparteuienls larges, en apparence bien aci'és et bien surveillés, tels que les collèges par exemple.
Signalons encore les accidents dus à l'accumulation et au refoulement des gaz d'un poêle encore en activité dans la chambre, parce que le soir, avant de se coucher, on a oublié de tourner la clef qui met le foyer en communication avec l'air extérieur.
Tout récemment, l'attention a été appelée sur les dangers que peuvent faire courir les infiltrations des gaz des fosses d'aisances à travers les jointures des tuyaux de chute; et surtout dans le cas où ces tuyaux, communiquant avec plusieurs sièges béants , les gaz sont aspirés vers un appartement dont la température est plus élevée que celle des autres. C'est de cette façon que des petits enfants ont été asphyxiés, la nuit, dans leur berceau.
(Juoi de plus réel encore que l'action fâcheuse que certaines fleurs laissées la nuit dans une chambre à coucher peuvent avoir sur la santé. Chevallier (A.) a rassemblé un certain nombre de cas d'accidents causés par les émanations de fleurs ou de fruits dans de semblables circonstances.
L'observation a démontré que les fleurs les plus odoriférantes sont les plus dangereuses. Lelilas, le jasmin, la jacynthe, la tubéreuse, le laurier-rose entre autres, ont chacun provoqué des accidents parfois mortels. On a affaire alors à un véritable empoisonnement dans lequel on constate comme symptômes de la céphalalgie, des nausées, de la dilatation des pupilles. Tels furent les cas cités par Debourge [Journ, de chim. médicale, 18-43) au sujet de tubéreuses; et le fait rapporté par Chevallier concernant les émanations du laurier-rose [Ann. d'hijg. publ. et de médec. légale, 2*^ série, t. XXIII. 1865).
Parmi les fruits ayant donné lieu à des accidents, nous citerons les oranges, les coings, les abricots, etc. Si quelquefois ces accidents ont pu être attribués au dégagement des huiles essentielles que quelques-uns de ces fruits renferment ; le plus souvent c'est à leur fermentation et à l'acide carbonique auquel celte fermentation donne naissance qu'ils doivent l'être.
Il suffit d'avoir signalé la plupart de ces faits, pour démontrer l'importance des plus simples précautions en matière d'hygiène préventive.
Si nous passons, maintenant, de l'homme sain à l'homme malade, que dironsnous? sinon que l'on doit, encore plus peut-être que pour le premier, lui ménager, pendant la nuit, un milieu favorable, en lui assurant le calme des sens et la pureté de l'air qu'il respire.
En ce qui concerne le genre même de maladies : nous citerons l'opinion de quelques médecins qui regardent le maintien de l'obscurité comme éminemment favorable au traitement de certaines affections, entre autres les fièvres
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éruptives; et en particulier, la variole {Mém. de pharm. et de médec. mûitaires, 1872, t. XXVII et XXVIll).
Ea énumérant les divers accidents qui peuvent être rapportées à la nuit, soit directement, soit d'une façon indirecte, on ne saurait passer sous silence les dangers que les animaux aux habitudes nocturnes font courir parfois. Nous ne voulons point parler ici de tous ceux qui rôdent la nuit dans les campagnes, ou autour des habitations; mais de ceux qui, dans de certaines contrées, sont une véritable plaie pour l'homme, dans son propre domicile. Tels sont les moustiques, les cancrelats, les scorpions, les araignées, les fourmis ailées, sans compter les nombreuses essaims d'insectes que la moindre lumière attire autour de soi. L'homme qui a vécu dans les pays chauds a appris à ses dépens combien leur présence est importune et souvent redoutable.
Qui n'a entendu parler du supplice insupportable que les petites comme les grosses espèces de moustiques font subir au malheureux que le silence de la nuit invite au sommeil. 11 est des voyageurs, dans les contrées équatoriales, que plusieurs nuits passées sur les bords humides des fleuves ont conduit à un état prononcé d'anémie, rien que parce qu'ils ont été la proie des maringouins d'Afrique ou des zancudos des Amazones. « Si, dit fort humoristiquemcnt un voyageur anglais, Richard Spruce, le cannibalisme peut être excusé quelque part, c'est bien dans le haut Amazone et sur les bords de l'Orénoque, quand on a été littéralement mangé par les moustiques. Les Indiens qui mangent les mouches, les poux et les petits moustiques doivent certainement avoir puisé ce goût dans un vif désir de vengeance. »
Si le moustique agace et torture, le cancrelat, cette blatte empestée des contrées chaudes, dégoûte par son odeur et par ses habitudes repoussantes. A peine la nuit s'est-elle montrée que voilà ces animaux courant, volant par bandes affamées, et venant jusque sur vos lèvres, attirés qu'ils sont par l'odeur des aliments dont on a ftùt usage pendant le jour. Vinson a décrit sous le nom d'herpès blattœ une éruption vésiculeuse siégeant à la surface externe ou sur le bord adhérent des lèvres, et produite par le passage de la blatte américaine. Combien plus grave est la piqûre du scorpion qui, le jour, habite dans les vieilles boiseries humides ; et que l'on rencontre si souvent, la nuit, dans son propre voisinage. Ce ne sont pas les seuls animaux dont les habitudes nocturnes soient une cause d'incommodité ou d'accident pour l'homme ; sous un climat dont la faune est si riche en espèces variées. C'est encore la nuit, pendant son sommeil, que l'œstre nuisible [Cuterebra noxialis) vient déposer sous sa peau l'œuf qui doit donner naissance à la larve connue sous le nom de guzano, ver macaque ou ver du cayor, suivant les pays. Et pour ce qui regarde nos contrées, n'est-ce pas aussi la nuit que tout ce qui est parasite de l'homme (poux, acarus, oxyures) se met en mouvement et renouvelle ses attaques?
VL De la nuit au point de vue moral. 11 nous resterait à envisager un ■dernier côté de la question : celui qui a trait à l'influence de la nuit sur les passions. Par l'obscurité qui protège le crime, par la solitude qui exalte l'imagination en délire, la nuit semble justifier le nom qui lui fut donné par les anciens {nox, nocere). Mais combien loin de notre sujet nous entraînerait l'étude de chaque passion dans ses rapports avec la nuit. La peur, l'amour, le jeu reçoivent de la solitude qui règne la nuit une funeste impulsion. Hàtons-nous, toutefois, de le reconnaître : l'homme qui maintient
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l'équilibre de ses fonctions dans des habitudes régulières ; celui qu'une éducation bien entendue et un sens moral développé entretiennent dans une juste appréciation des conceptions de son esprit, ne saurait recevoir de la nuit qu'une influence bienfaisante. La nuit, dit-on, avec raison, porte conseil. Et si par le calme profond qu'elle assure au penseur, au poëte, au savant, elle vient en aide à la mémoire, à l'attention, au jugement et provoque l'enfantement des œuvres de l'imagination, nous ne saurions pas plus, d'après ce que nous savons de son action physique sur l'homme, lui en faire un mérite, que nous ne la regardons comme responsable des actes criminels qu'accomplissent à la faveur de ses ombres, ceux que poussent souvent la misère, la folie et de détestables entraînements.
En reproduisant, après cela, le résumé des recherches faites sur l'influence de la périodicité diurne sur les suicides, nous ne comptons pas en tirer la moindre conclusion favorable ou défavorable aux incitations de la nuit. Les véritables causes du suicide se rencontrent dans le milieu social ; et nul doute qu'on ne puisse trouver une certaine corrélation entre la nature des influences sociales et les heures auxquelles le suicide se commet. C'est sans doute à la fin d'une journée passée à attendre, à solliciter, à souffrir que le désespoir s'emparant des malheureux devient la cause des suicides qui ont lieu dans la première moitié de la nuit. Ceux qui se tuent dans la seconde moitié sont moins nombreux; le plus grand nombre a déjà reçu de l'influence de la nuit, le bénéfice de la réflexion.
Mais les heures les plus chargées sont celles de la première partie du jour, de six heures du matin à midi. Ici, bien des causes interviennent sans doute; mais nous ne saurions accuser ni l'influence déprimante des phénomènes nocturnes, ni l'action excitante de la lumière et du mouvement extérieur. Nous croyons, plutôt que le tempérament, les habitudes ordinaires de la vie, la manière de sentir et de penser, sont les seules causes véritables qu'il faille invoquer.
C'est pendant la nuit, dit Guerry, et un peu avant l'aurore, que se commet le suicide phiiosopliique ou prémédité : Dans ce cas l'homme qui a résolu d'at- . tenter à ses jours affecte le calme, passe une partie de la nuit à écrire et à expliquer les motifs de l'action qu'il va commettre. — Le suicide accidentel, qui est le plus fréquent, est provoqué par des querelles, des nouvelles fâcheuses brusquement annoncées, les pertes au jeu, l'intempérance ; il est l'effet d'une détermination soudaine, et le plus souvent il a lieu pendant le jour, parce que c'est surtout alors que se développent les causes occasionnelles. »
Voici le relevé des suicides que nous empruntons à cet auteur {Ann. d'hyg. pub. etdeméd. légal., t. Y, l""" série, p. 252).