NUMÉRIQUE
Article Nuit du Dictionn. des sciences médicales, 1819. — Bally. Influeiice de la nuit sur les maladies. Th. de Paris, 1807. — Moricheau-Beauch.vmp. De la nuit et de son influence sur les maladies. Poitiers, 1808, in-S". — Guillaumod. Influence de la nuit dans l'étal de santé et des maladies. Th. de Paris, 1812. — Virey. Recherches sur la révolution journalière et la périodicité de st>s j^hénomènes . Paris, 1817, in-4''. — Tieyoellet. Sur la nuit. Th. de Taris, 1819. — Taillefer (\.). De l'influence de la nuit sur l'homme dans l'état de santé el dans l'état de maladie. Th. de Paris, 1820. — Guerry. Recherches statistiques sur les suicides commis à Paris pendant une période de 34 années, de 1796 à 1830. In Aiin. d'Injg. j)ubL el méd. légale, t. V, p. 222. — Guiette. Tableaux statistiques servant à délerminer l'influence des jours et de la nuit sur les naissances. In Bull, de la Société de médecine de Gand, 1835, p. 92. — Pascal-Baiesteri. Influence des périodes célestes sur les maladies. la Annali univ. di med., sept. 1843. — A. Janot. Quelq. considérations générales sur le sommeil et les allernalives des fonctions, et en particulier de la part respective qui revient dans ce p/iénomène aux influences de la périodicité diurne, etc. Th. de Montpellier, 1845, n° 55.
— Goubaux et Raynal. Influence de l'éclipsé de soleil sur les animaux. In Gaz. méd.. 1851.
— BocDiN (J.-G.). De r homme physi./ue et moral dans ses rapports avec le double mouvement delà terre. \n Ann. d'hijg. publ. 1" série, t. XLVl, 1851, p. 268. — Jaumes. Du jour et de la nuit considérés dans leurs rapports avec les maladies. Montpellier, 1854. — Voyez on outre Traités de météorologie de Kaejitz, de Marié Davy; Leçons de physiologie, de Milne- ËDWARDS ; Traité d'hygiène, de Becquerel, Michel Lévï, et Traité de climatologie médicale, de Lombard (H.-C., de Genève). A. Layet.
IXUMAIX' (Alexandre). Médecin hollandais, naquit en 1780, à Bafle, dans le pays d'Ourlanden, fit ses études médicales à l'Université de Groningue et y prit son degré de docteur en 1804. Il se fixa à Utrecht, où il fut nommé professeur à l'École vétérinaire; il en devint le directeur par la suite; il était membre de riiistitut néerlandais et d'un grand nombre de sociétés savantes, chevalier de l'ordre du Lion néerlandais et commandeur de l'ordre de la Couronne de chêne. Il mourut à Utrecht le 1" septembre 1851.
Numan s'est surtout occupé de vaccine et de l'inoculation de la petite vérole à divers animaux domestiques. On peut citer de lui :
I. Diss. inaug. pharm.-med. de carbonatum officinalium jnœcipuorum prceparandi melhodo, nalura et usu, factœ in laboratorio chendco unirersitatis Groningœ. Groningae, 1804, in-8''; 2<' édit. Ibid., 1808, gr. in-8°. — II. Avec Marchand; Sur les propriétés nuisibles que les fourrages peuvent acquérir pour différents animaux domestiques par des productions cryptogamiques. Groningue, 1850, in-8°, pi. — 111. Verhandeling over hel dierlijk magnelismus, als den grondslag ter verklaring der physische levensbetrekkingen of sympathie tusschen de dijrlijke ligcliamen. Groningen, 1815, gr. in-8°. — IV. Waarneemingen omirent hel langdurlg verblijf boven den gewonen drattijd van gestorvene jongen bij de Moder-Dieren. Amsterdam, 1831, in-4°, pi. — V. Verhandeling over de Koepokken, zoo als dezelve naturlij bij het rund voorkomen, en, door in'énting, kunnen worden voortgebrogt, etc. Utrecht, 1852, in-4°, pi. — VI. Beschrijving van en misvormed achaap. Amsterdam, 1832, in-4°. — VII. Ueber die Bremsenlarven im Magen der P fente. Aus dem HoUaiid. iibers. von C. H. llerlwig. Berlin, 1838 (1857), gr. in-8°, pi. — VIII. Expériences et observations faites par D. H. van der Meer, H. C. Medenbach de Rooy, Sig. Ellerbeek et G. -A. Ramaer, sur l'inoculation du vaccin et de la ]}etite vérole aux brebis ; publiés avec des remarques par A. Numan. La Haye, 1825, in-S". — IX. Une traduction : IIufeland. Waarneemingen omirent de Zenuw-Koortzen. Groningen, 1808, gr. in-8°.— X.. Empoisonnement par la noix vomique. In Annuaire de la Soc. de méd. du départ, de l'Eure, 1810, p. 233, — XL Proeven omirent de werking van de smelsloffe de Koepokken op onderscheidene huisdieren ; met aanmerkingen, etc. In Vaderl. Letlerôfen, 1825, sept., n" 11. Publ. séparément. Utrecht, 1825, in-8". —XII. Bas Verfahren des Herrn Kreisphysicus Dr. Sonderland, zu Barmen, zur Eneugung von Kuhpocken die natûrlichen Blattern auf Kûhe zu verpflauzen, durch Versuche geprûft. Aus dem llollând. ûbers. von G. Doden. In Hufeland's Journal der Heilkunde, Bd. LIV. H. 2, p. 3, 1832. L- H>.
IViUmÉRlQL'E (Méthode) ou i^L'iMÉRlSME. A l'article Méthode, on a détermitié les conditions principales de l'application du numérisme aux faits pathologiques. Un article nécessairement plus étendu est, en outre, consacré dans le dictionnaire à l'étude des principes de la statistique en général et de la
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statistique médicale en particulier {voij. Statistique). Nous nous bornerons à une simple remarque, qui sera au fond une définition de genre.
Les événements médicaux sont malheureusement, pour la plupart, de ceux qu'on appelle à chance variable. En d'autres termes, les chances qu'ils ont de se produire varient d'une épreuve à l'autre, et mètne souvent dans le cours d'une seule épreuve. Deux pneumonies ne sont pas deux urnes contenant un nombrefixe, etle même pour chaque urne, de boules blanches et de boules noires, et pouvant être considérées comme offrant, relativement au résultat du tirage, des chances égales : Ce sont deux urnes dont chacune renferme des boules noires et des boules blanches en proportions différentes. Or, si tel est le caractère général des événements médicaux, il est manifeste que, au cas oîi leurs rapporls de fréquence et de subordination ne pourraient être étudiés qu'au moyen du calcul, la science médicale et la thérapeutique seraient plus aveugles encore qu'un jeu du hasard, où souvent les chances peuvent être rendues constantes en maintenant invariables les conditions dans lesquelles l'épreuve s'accomplit. Mais qui dit science dit un ensemble de principes; qui dit science dit un enchaînement de rapports, non plus seulement de coïncidence, mais de causalité. Ce rapport de causalité est indépendant du nombre ; il est, dans la science, k logique de la nature, et il se démontre souvent par le produit même de la cause, comme l'arbre est démontré parle fruit. De là vient heureusement qu'il existe en médecine nombre de faits dont la détermination peut être affranchie du contrôle numérique, au moins dans une certaine mesure, corrélative au degré de rigueur des notions fournies par l'observation et par l'expérience médicale. Maintenir l'autorité de ces faits en face de la mélhode numérique et quelquefois contre elle ; ramener la méthode numérique à son rôle sans l'exagérer ou l'amoindrir, tel est le problème difficile qui sera examiné en son lieu. A. Dechambre.
MUMESIA1\IUS. Médecin du deuxième siècle de notre ère, que les uns font naître à Héraclée, les autres à Corinthe. Galien en parle comme de son maître, mais il fait remarquer encore que Numesianus avait enseigné Pelops, dont lui, Galien , avait été disciple (Eloy). L. Un.
rviIMMULAlRE. On donne ce nom, de même que celui de monnoyère, herbe aux éciis, et de centimorbie ou herbe aux cent maladies au Lysimachia nummulariaL. {Voy. Lysimache.) Pl.
WKMMfLlTES. Groupe de foraminifères très-anciennement connu, quoiqu'il ne se rencontre qu'à l'état fossile. Ses espèces ressemblent extérieurement à de minces pièces de monnaies ou à des lentilles, et il y en a parmi les premières dont le diamètre égale jusqu'à trois ou quatre centimètres. Extérieurement, le têt, c'est-à-dire la coquille, des nummulites présente une série considérable de chambres ou locules spiralement concentriques et serrées les unes contre les autres dont la coupe est fort curieuse à étudier. La plupart de ces animaux ont vécu pendant l'époque tertiaire inférieure et c'est dans les dépôts d'origine marine qu'on les trouve ; ces dépôts en sont parfois comme pétris. On en signale en Europe, en Afrique, en Asie et dans l'Amérique septentrionale où ils forment soit des sables désagrégés, soit des roches pierreuses plus ou moins compactes et susceptibles de servir aux constructions. Les pyramides sont principalement
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lorniécs de matériaux de cette sorte, et il a été fait allusion auxnunimulites des temps les plus reculés. P. Gerv.
i^îUXEZ ou XIJIVI^EZ (Les). Nom d'un grand nombre de médecins espagnols et portugais, dans le nombre desquels nous mentionnerons :
iMunez de la Hierba (FRANCISCO). Médecin espagnol du quinzième siècle, vivait à Salamanque ; il a publié un livre intitulé:
Cosinographia Pomponi cum figuris. Opus impressum Salamanticœ, anno Domini 1498 in-4°. — Cet ouvrage est devenu à peu près introuvable.
Mufiez (Alvaro). Né à Farinala, en Espagne, exerça avec éclat la médecine et la chirurgie au seizième siècle; il se rendit dans les Pays-Bas, probablement à la suite des armées espagnoles, et se fixa à Anvers. Il est connu par l'ouvrage suivant :
Annotationes ad libros duos Francisci Arcœi de recta curandorum vulnerum ratione Antverpipe, 1574, in-S".
ninîiez (Louis). De son nom latinisé Nonnius, probablement fils du précédent, naquit à Anvers vers 1555 ; d'autres auteurs le font naître d'un médecin portugais, natif de Santarem, et s'appelant égalemeut Alvaro Nunez ; il y a évidemment là une confusion qu'il ne nous a pas été possible de dissiper. — Notre Nunez étudia la philosophie et la médecine à Louvain et alla ensuite s'établir à Anvers, où il se fit une grande réputation. On ne sait pas grand chose de la vie de ce savant médecin ; il paraît cependant avoir fait un voyage en Italie et suivi les cours d'Horace Augenio avant de se fixer définitivement dans sa ville natale. André Laguna parle d'un Louis Nunez qui aurait été au service de la reine de France ; il est douteux cependant qu'il soit question ici du même personnage. — La date de la mort de Nunez nous est inconnue; mais il est certain qu'il vivait encore en 1645, année où il publia la dernière édition de son Diœteticon. C'est au sujet de cet ouvrage que Barcius dit de Nuùez : « Vide elegan^ tissimuyn diœleticon Ludovici Nonnii, viri doctissimi, et multi magnorum medicinalium. conditoriorum conditoribus prudentioris, qui hiimanitatem humaiiitatis morbis curandis et sanitatibus tuendis non sejunxit, [» et que Gévart, le savant philologue belge, composa ce distique :
Hoc agit, ut constet mens sana in corpore sano. Et colat usque tuos, mitis Hygeia, lares.
Nunez était du reste un érudit de premier ordre ; il n'était pas seulement un savant médecin, mais encore un poëte, un historien et un philosophe; ses œuvres, autant que sa correspondance avec les plus grands savants de son époque, Juste Lipse entre autres, en font foi. On connaît de lui :
I. Hispania, stve populonim, urbium, insularum ac fluminum in ea accuratior descriptio. Antverpiïe, 1607, in-S". — II. Icldhyophagia, sive de esu piscium commentartus. Antverpice, 1610, in-8°. (Il recommande le poisson comme très-salutaire aux vieillards, aux malades et aux personnes faibles.) — IIl. Diœteticon, sive de re cibaria llbri IV. Antverpise, 1627, in-S"; ibid., 1645, in-4''. — IV. Commentarius in Huberti Goltzii Grceciam, insula, et Asiam Minore'm. Antverpiœ, 1644, ia-fol., pi. (Un vrai trésor d'érudition, d'après Renauldin.) — "V. Commentarius in numismata imperatoris Julii Augusti et Tiberii. Antverpire, 1620, in-fol. pi. (C'est la nouvelle édition d'un ouvrage publié par Goltzius en 1576, et auquel iSuàez a ajouté la vie de César et celle de Tibère.) — VI. Diverses poésies. — VII. Fragments parus avec le livre de Beverwycli : De calculo. Leyde, 1658, in-12, et intitulés : Epistola ad Joannem Beverovicinum, cujus argumentum : Caro callosa in vesica calculum ementiens. — Sandoiii opinio de calculi generalione in renibus examinata. — Duplex in
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lis generandis locus. — Difficile ejus generaiionem prohiberc. — Dans une autre lettre adressée également à Bevcrwyck : Calculorum curatio. — Diureticorum usus. — Aquœ spadanœ jirœstantia et ulendi modus. — Chymicorum rcmediorum in calculosis ineffi,cacia.
l\'nûez (Ambrosio). Célèbre médecin portugais, naquit à Lisbonne vers 1529. Fils du premier médecin de Joào 111, il étudia la médecine à Coïmbre, et, après y avoir pris le grade de docteur, l'enseigna dès 1555. 11 quitta ensuite le Portugal pour s'établir à Salamanque, où il remplit à l'université la cbaire de palho-^ logie interne pendant vingt ans ; après quoi il alla se fixer successivement à Séville et à Madrid, et y exerça la médecine avec un succès considérable. Il revint enfin à Coïmbre, où sa réputation le précéda, et fut nommé chevalier de l'ordre du Christ et obtint le titre de premier médecin et chirurgien du roi . Nunez mourut le il avril 1611, laissant :
I. Tratado reparlido em cinco partes principales, que declaran el cual que significa este nombre peste. Coïmbre, 1601, in-4''; Madrid, 1648, in-4''. — II. Enarrationes in ïll libres aphorismorum Hippocratis , cum paraphrasi ad commentarium Galeni. Coïmbre, 1603, in-fol. — III. Il est l'auteur également d'un ti'aité : Depulsibus.
IVuûez (Pedro). Savant mathématicien portugais, naquit vers 1492 au bourg d'Alcazar de Sal, en Estramadure, et mourut en 1577 à Goùnbre. Il étudia d'abord la médecine, la philosophie et les langues anciennes à Lisbonne, puis alla se perfectionner à la célèbre université de Salamanque, où il se consacra spécialement à l'étude des mathématiques. Après un court séjour aux Indes orientales, vers 1519, où il remplit les fonctions d'inspecteur des douanes, il revint, rappelé peut-être par le roi Joâo III, pour occuper une chaire à l'univer?ité de Lisbonne. « Le 6 novembre 1529, il fut nommé cosmographe en chef du royaume et, l'année suivante, professeur de philosophie. Il fit des cours à Lisbonne durant trois ans, jusqu'au moment où il se rendit à Coïmbre, pour enseigner les mathématiques transcendantes. Cette chaire, créée le 1 6 octobre 1 544, fut occupée par notre savant jusqu'en 1562. Depuis lors il paraît avoir mené une vie paisible en Portugal... » {Biogr. Dldot). Fort avant dans la faveur royale, il eut pour élèves les deux jeunes frères du roi : l'infant D. Luiz et le cardinal D. Ilenrique, et plus tard D. Sébastien.
Il serait hors de propos de parler ici en détail des travaux de Nui~iez en mathématiques et des découvertes qu'il y fit ; nous nous bornerons à citer de lui .:
I. De arte atque ralione navigandi libri duo. ConimbrEe, 1546, in-fol. ; Basileœ, 1566, infol. (Trad. en français au seizième siècle.) — II. Annotaçôes à i\lechainca de Aristoteles e as theoricas dos planetas de Purbachio com a arte de Navegar. Coninr.brse, 1578. — III. De crepuscuUs. Olysipone, 1542, in-4°; Conimbrœ, 1571; puis réuni aux théories d'AIhacen : Basileœ, 1568 et 1592. — IV. De erratis Oroulii Finei. Conimbrœ, 1546, in-fol. — V. Tratado da Esphera com a Theorica da sol e da lua e o primeiro Livro da Geographia de Ptolemeu, e duos Tralados da Cartade marear. Com muitas notas. Lixbo, 1557, in-fol. — YI. Annotatio in extrema verba capitis de climatibus. Colonise, 1566. (C'est la traduction d'un livre de Nunez, intitulé : Annotaçôes a Sp/iera de Saci-o Bosco, Libro de algebra, mathematica y geometria. Amberes, 1567 (édition espagnole)', et paru pour la première fois, en portugais, en 1562.
IVuûez de Oria (FRANCISCO). Médecin espagnol du commencement du dixseptième siècle, naquit à Casarrubios del Monte, près de Tolède. 11 étudia l'art de guérir à Âlcalâ de Ilenares et y prit le bonnet de docteur. Nuùez de Oria a été célèbre par son ouvrage relatif à l'hygiène alimentaire, supérieur à tout ce qui avait été fait avant lui et intitulé : Regimiento y aviso de sanidad, que trata de todos Jos géneros de alimentos y del regimiento de ella. Madrid, 1562, in-8° ; ibid., 1572, in-S" ; Médina del Campo, 1586, [in-S". Ninlez était en outre un poëte au-dessus
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de la moyenne; il a publié en ce genre : Lyrœ heroicœ lihri XIV ; sive de Bernardo Carpiensi hispano heroe ac Pallatinis Caroli Gallorum régis. Salamanca, 1581, 'm-¥. On a encore de lui une élégie sur Isabelle de Valois, imprimée avec le livre que Lopez publia sur la maladie et la mort de cette reine en 1569.
. I\[uûez (Ai.FONSo). Célèbre médecin espagnol, vivait au seizième siècle. Il naquit à Llerena en Eslramadure, étudia la médecine à l'université de Salamanque, sous la direction de Juan Brabo de Piedrabita, et y reçut le grade de docteur. 11 s'établit à Plasencia et devint le médecin de l'évêque du diocèse, 1). Pedro Gonzalez de Accvedo. Il alla ensuite se fixer à Séville, où il acquit une grande réputation ; le roi Philippe IV le nomma médecin de la chambre royale et premier médecia général. Caldera de Heredia appelait Nufiez : « Le médecin le plus célèbre de son siècle » , et Jérôme Huerta dit de lui : « El doctor Alonzo Nuhez, gloria de la Academia hispaliense..., cuya claridad de ingenio, pev' fecto juicio, presto discurso y atentada curacion, no solo se muestra en sus acciones, sino en sus doctes escritos, lleno de erudicion y provechosa doclrina.)) Voici le titre des ouvrages de Nufiez :
I. De pulsuum essentia, differentiis, cognitione, caus'is et prognostico, liber unus, in quinque sectiones divisus. Salamanca, 160l>, in-4°. — II. De gulluris et faucium ulceribus anginosis, vulgo garrotillo. Sevilla, 1615, in-4°. — III. Pro laboranie visus offu&calione sive imminula visione consdium. Sevilla, 1616, in-4°. — IV. Asserlio judicii Ludovici Septalii medici ?ncdiola?iemis : de margarilis nuper ex India allatis ; ad preesta/itissitnos col~ legas collegii mediolanensis medicos (s. 1. n. d.). — V. Parecer del doctor Alf. Nunez.... en que se déclara que enfermedad sea la que de présenta da ci las ninos en esta ciudad y otros pueblos de su comarca, d lo que cl vulgo clama garrotillo, de que causas procéda, y cômo se ha de curar. (Manuscrit conservé à la bibliothèque San Ildefonso de Saragosse.)
niuûez de Castro (Juan). Neveu du précédent, comme il le dit lui-même dans son traité de la peste, vivait au dix-septième siècle, Il fut successivement médecin de la chambre du duc d'Osuùa, comte deUreùa, et du roi Philippe IV. Le conseil deCastille, plein de confiance dans les lumières et l'expérience de ce savant médecin, lui ordonna d'écrire un ouvrage sur la peste, pour le plus grand bien de la nation; il s'acquitta de sa tâche à la satisfaction de tous les médecins de son époque, et l'ouvi^age parut avec une dédicace au conseil de Castille et avec l'approbation des docteurs Juan Gutierrez de Godoy et Vicente Moles, médecin delà chambre du roi. Dans cet ouvrage qui a pour titre : Tratado universal en que déclara, que sea peste, de qui causas provenga este contagio, cou que remedios se han de prévenir las fuerzas, y cudles sean los antidotos cou que sehan de preservar. Madrid, 1648, in-4", il s'occupe spécialement de l'épidémie pestilentielle qui ravageait alors la Murcie et combat les opinions de Sanchez de Oropesa sur la contagiosité de cette maladie. — Nuùez de Castro eut, d'après Morejon, pour fils Alonso Nuùez de Castro, qui fut un célèbre chroniqueur.
Chinchilla parle d'un Juan-Rodbigo iVuûez de Castro, qui aurait été le fils d'ÂLOJNZo Nunez, et aurait, comme le précédent , étudié à Salamanque et été médecin du duc d'Osuùa et du roi Philippe IV. Nous croyons que Chinchilla se trompe et que ces deux personnages n'en font qu'un. Voici le litre de l'ouvrage attribué par cet auteur à Juan-Rodrigo Nuùez de Castro :
Juditium in quadam consultatione prcehabituni de impotentia coitus ex maleficio, et quatenus naturalia remédia juvare possint : tractatus unicus, etc. Hispali, 1639.
I%[uûez (Manuel). Naquit à Lisbonne, où il professa la médecine au seizième siècle. II est l'auteur d'im ouvrage dédié au piince de Portugal, Henri, cardinal-
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infant, et dans lequel il combat un grand nombre des opinions des philosoplies et des médecins de son temps :
Traclatus de inslrumento (encore intitulé : Libellus de lacius organo, in quo multa adversus philosophas et medicus disserunlur). Olyssipone, 1557, 1589, in-S".
îVunez (Cristobal). Né à Huete à la fin du seizième siècle, étudia la médecine à Âlcalâ de Ilenares a^ec le plus grand succès, sous la direction de Pedro Garcia Carrero,' et devint premier professeur de médecine à l'université de la même ville. 11 est l'auteur d'un ouvrage plein d'érudition, mais la vraie science y est trop noyée dans les abstractions métaphysiques et théologiques. En voici le titre :
De codione et pulredine : opus cximiœ eruditioins, iitm philosopliis, tum medicis, in quo commentantur tria j)riora capda Aristotelis ex Meteo, libre quarto. Madrid, 1613, in-4°.
niunez (Francisco). De Séville, appartient à la fin du seizième siècle. Il fit ses études à l'université d'Alcalâ de Henares, où il suivit les leçons de Cristobal de Vega ; il y prit le bonnet de docteur et publia un ouvrage obstétrical, plein de préjugés absurdes et d'erreurs, ce qui est imputable à l'époque oii il parut au moins autant qu'à son auteur. Cet ouvrage est intitulé :
Libro inlitulado del parla Luçuano, en el cual se contienen remédias minj utiles y iisuales para el partu dificultuoso de las mujercs, con olros niuchos secrètes d ello jiertenecienles. Alcalà, 1580, in-8''; Zaragoza, 1638, in-8°. L. Hn.
:\l]ï^l\ (I^iCHARD-LoRE>zo). Chirurgien irlandais méritant, naquit à Dublin en 1802. Il étudia la médecine et la chirurgie à l'Université de sa ville natale à partir de 1819, prit, en 1824, ses premiers degrés, puis suivit l'école de Richmond, oià il s'appliqua surtout aux maladies mentales, obtint, en 1828, son diplôme de licencié de la Société de chirurgie d'Irlande, mais ne brigua qu'en 1852 celui de docteur. Après avoir rempli pendant quelque temps les fonctions de chirurgien à l'hôpital deCarrick sur Shannon, il fut nommé démonsr trateur d'anatomie à l'école de Richmond, à Dublin, puis fit, de 1856 à 1857, le cours de médecine légale, et, en 1858, devint chirurgien au Soiith-Eastern General Dispensar y, et remplit avec dévouement ces pénibles fonctions, jusqu'à sa mort arrivée le 16 décembre 1847; il n'a guère laissé qu'un Journal manuscrit fort intéressant, paraît-il, des cas qu'il eut à traiter à cet hôpital.
iKlirviVARl ou nijil^'lVARi. Sous le nom de nunnari-vair, racine de nunnari, ^n indique dans les Indes une fausse salsepareille, employée dans la thérapeutique indigène {voy. Hemidesmus et Salsepareille). Pl.
l^UKXELEY (Thomas). Nous ne pouvons mieux taire, pour donner une connaissance vraie de cet homme distingué, que de traduire l'article nécrologique que lui a consacré la Lancette anglaise, numéro du 4 juin 1870.
Une grande habileté, une grande force de caractère, une vigueur peu commune de pensée, des succès rares comme chirugien, telles furent les qualités spéciales de Nunneley, lequel fut, pendant plusieurs années, un des praticiens les plus notables de Leeds. Il naquit au mois de mars 1809, à Market Harborough, de parents honorables. Son enfance fut marquée par une faiblesse peu ordinaire, qu'on suppose avoir été une affection de l'épine, affection qui le retint
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au logis, et le força à cherclier dans les livres et dans les expériences les amusements qu'il eût autrement demaude's au dehors. H était déjà versé dans l'étude élémentaire de l'anatomie et de la physiologie, lorsqu'il entra comme élève à l'hôpital de Guy, où il attira l'attention et le patronage de sir Astley Cooper et de Key. Devenu membre du collège et licencié à Hall, en 1852, il se rendit à Paris, oii, sous les auspices d'un neveu de Laënnec, il devint lui-même maître en stéthoscopie. Peu de temps après, il s'établit dans la grande ville du Yorkshire où se sont trouvés identifiés sa vie et ses travaux. En 1 858, il publia ses Anatomical Taé/es, pour l'usage des étudiants, et en 1841, il gagna un prix sur cette question : De la nature, des causes et du traitement de lérijsipèle. Nommé chirurgien de l'hôpital pour les maladies des yeux et des oreilles, établi à Leeds, il acquit la réputation d'un habile ophthalmologiste, et pratiqua plus de mille opérations de la cataracte. En 1858, il publia un volume sur Les organes de la vision, leur anatomie et leur physiologie, qui devint le vademecum de tous les oculistes. En même temps, il se livra à des recherches nombreuses sur la valeur d'antidotes supposés, et publia, en 1847, nn Essai sur les effets de l'acide hydrocyanique sur la vie animale, et, en 1849, un autre Sur ranesthésie et les agents anesthésiques en général. Dans cet ordre de travaux, sa réputation fit qu'il fut appelé dans les procès criminels les plus importants, entre autres dans l'affaire Palmer, en 1858. En 1805, il publiait un mémoire qui fit grande sensation Sur l'effet de la fève de Calabar sur l'économie animale. En 1864, iNunneley fut nommé chirurgien de l'hôpital de Leeds, poste dans lequel il pratiqua les opérations les plus difficiles avec hardiesse, habileté et succès. Il mourut dans cette dernière ville, le l*^"" juin 1870, à l'âge de soixante et un an. A. C.
iVtilVZiAXTE. (Eau minérale de) mésolhernale, bicarbonatée sodique moyenne et ferrugineuse faible, carbonique moyenne. En Italie dans le royaume de Naples, sur le chemin de fer de Naples à Castellamare [Voy. ce mot), entre Torre del Greco et ïorre dell' Annunziata, c'est la station la plus voisine de Pompéi, sur l'embranchement de Yietri. Nunziante, à 75 centimètres seulement au-dessus du niveau de la mer Méditerranée, a un établissement appartenant à la commune de ïorre dell' Annunziala ; il n'est distant que de 425 mètres de cette station du chemin de fer, en revenant vers Torre del Greco. Le terrain sur lequel il est bâti se compose de débris provenant des éruptions du Vésuve de morceaux de lave refroidie. Il est à un peu moins de 4 kilomètres du pied du volcan, dont les éruptions font courir aux habitants les plus grands dangers s'ils ne consentent pas à abandonner leurs demeures. La température des mois de la station thermale, qui commence le 1'^'' du mois de juin et finit le 50 du mois d'août, est de 20" centigrade.
Une seule source alimente l'établissement ; elle avait disparu depuis longtemps, et ce n'est qu'après un forage artésien exécuté enl851, qu'on a retrouvé son griffon. Une allée y mène en 5 minutes de la rue de Torre del l'Annunziata, et l'on y arrive après avoir traversé un pont jeté sur la voie ferrée, à droite de laquelle elle est, lorsqu'on vient de Naples.
L'eau de cette source émerge, à 4 mètres du bord de la mer, dans un puits d'où elle est conduite aux diverses parties de l'établissement thermal. Elle est limpide, incolore à la source, mais elle ne tarde pas à devenir laiteuse lorsqu'on la laisse pendant quelques minutes exposée au contact de l'air, pour redevenir
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transparente après avoir déposé un précipité ressemblant à de l'ocre. Son odeur sut generis rappelle un peu celle de l'huile de pétrole, sa saveur n'est pas désagréable, elle est piquante et légèrement ferrugineuse. Elle contient assez de gaz qui la traverse sans cesse, pour qu'elle paraisse en ébuUition constante. Sa réaction est acide au premier moment ; mais le papier de tournesol, exposé à l'air, ne tarde pas à reprendre sa couleur bleue. Sa température est de 30", 8 centigrade, celle de l'air étant à 270" centigrade, sa densité est de 1,004695. M. Ricci a fait en 1851 son analyse; ce chimiste a trouvé dans 1000 grammes d'eau les principes suivants :
Bicarbonate de soude 1,25995
— magnésie 0,62500
— potasse 0,59930
— cliaux 0,52551
— fer 0,03736
Sulfate de potasse 0,42968
soude 0,12586
— magnésie 0,00651
Clilorurc de potassium 0,76388 ■ •
— sodium 0,19097
— calcium 0,07032
— magnésium 0,30923
Phospliale de chaux 0,00650
Proloxydc de fer 0,01700
Silice 0,05903
Total des matières fixes 4,60812
Gaz acide carbonique 0,761
L'établissement thermal de Nunziante Vesuviane a deux corps de bâtiment ; l'un sert de logement aux baigneurs et l'autre de maison de bains. Ils sont recouverts tous les deux, comme toutes les habitations du voisinage du Vésuve, d'une terrasse plane qui est au niveau de l'allée conduisant de la rue à l'établissement balnéaire. Vingt-quatre cabinets de bains et deux salles de douches composent l'installation de la maison des thermes de Nunziante. Les cabinets de bains ne sont pas précédés de vestiaires ; une baignoire complètement au-dessus du sol se trouve dans chacun des cabinets, les appareils de douches en jet et en pluie sont convenablement établis dans les deux cabinets de douche.
Mode d'administration ET Dosiis. L'eau delà source de Nunziante Vesuviane est employée en boissons surtout ; on en fait usage aussi en collyre, en lotions, en douches et en bains. Elle se prend à des doses qui varient de 150 à 500 grammes et même de 1000 grammes ingérées par verres le matin à jeun, et à un quart d'heure d'intervalle. Lorsqu'il importe d'obtenir un effet purgatif ou laxatif dans les premiers jours de la cure, il est d'habitude de faire dissoudre dans l'eau minérale de 1 à 4 grammes de crème de tartre ou de 10 à 15 grammes de sulfate de magnésie. 11 est des cas où le médecin qui dirige le traitement conseille de retourner à la buvette deux heures avant le dhier, et même de faire usage au repas d'eau minérale pure ou coupée d'un peu de vin. Les bains généraux sont d'une heure de durée, il est rare, en effet, que l'on conseille de les prolonger au delà de ce temps. Les bains locaux, les lotions, les collyres et les douches avec l'eau thermale de Nunziante n'offrent rien de particulier dans leur application.
Emploi thérapeutique. Lorsqu'on jette un coup d'œil sur l'analyse chimique de l'eau de la source de Nunziante et sur celle de la Krahnchen d'Ems, de la source principale de Royat et du Grosser Sprudel de Neuenahr de la Prusse
NUNZIANTE (Eau minérale de). 779
rhénane (Voij. ces mots), on voit que ces quatre sources diffèrent à peine par la quantité de leurs chlorures ; c'est le chlorure de sodium qui prédomine dans les sources d'Ems, de Royat et de Neuenahr, tandis que c'est le chlorure de potassium qui est en proportion la plus notable à Nunziante Vesuviane. Si les principes fixes et gazeux placent sur la même ligne les eaux du duché de Nassau, de l'Auvergne, de la Prusse rhénane et du royaume de Naples, leurs effets physiologiques et thérapeutiques, à peine différents par quelques nuances, établissent le lien de parenté qui unit des eaux pourtant très-éloiguées les unes des autres. S'il était besoin de nouveaux arguments pour montrer l'analogie des sources que nous comparons, on les trouverait dans la nature du sol des environs de Coblenz, de Clermont-Ferrand, de Sinzig, où existaient autrefois des volcans en pleine activité qui est presque identique au terrain d'oii émerge la source de Nunziante, on les trouverait aussi dans la concordance parfaite des matières fixes et des gaz que renferment les quatre sources dont il vient d'être question.
L'action physiologique des eaux de la source de Nunziante Vesuviane prises à l'intérieur, est d'augmenter l'appétit, de faciliter les digestions, de stimuler l'estomac. Certains buveurs éprouvent des étourdissements, des vertiges, une sensation d'ébriété fugace qui tiennent assurément à la présence du gaz acide carbonique en assez grande quantité dans cette eau minérale. Il est facile de conjui'cr ces accidents momentanés ; il est plus facile encore de les empêcher, en conseillant de laisser pendant deux ou trois minutes, exposé à l'air, le verre qui vient d'être rempli, de l'agiter et même de faire chauffer l'eau pour en chasser le gaz qui n'est pas entièrement combiné. L'eau de Nunziante est quelquefois purgative, ce que peut expliquer la proportion notable de chlorure de magnésium qu'elle tient en dissolution ; mais, en général, lorsque son usage interne est continué pendant un temps assez prolongé, et qu'elle est convenablement assimilée, elle n'a pas d'action marquée sur les sécrétions intestinales. Elle est tonique et reconstituante comme les eaux chlorurées et surtout les eaux ferrugineuses ; elle n'est pas débilitante comme les eaux bicarbonatées sodiques pures et fortes. Dans les cas où l'effet laxatif ne se produit pas, et qu'il est indiqué de l'obtenir, on ajoute à Nunziante, comme à Ems, à Royat et à Neuenahr, quelques grammes d'un sel neutre, de crème de tartre, de sulfate de soude ou de magnésie. L'usage des eaux de Nunziante en bains et en douches n'a pas un effet très-sensible sur la circulation sanguine et sur l'innervation, mais il occasionne de la rougeur de la peau et surtout des démangeaisons qui tienuent certainement à la présence du gaz acide carbonique qui s'attache en perles nombreuses sur toutes les parties du corps plongées dans l'eau. Ces eaux sont diurétiques et diaphorétiques. Leur ingestion produit, au bout de quelques jours, une amélioration dans la toux des catarrheux, et surtout dans la facilité avec laquelle ils expulsent leurs crachats.
Les eaux de Nunziante, comme celles d'Ems, de Royat et de Neuenahr, sont indiquées, en première ligne, dans les troubles de la digestion occasionnés par une affection de l'estomac, de l'intestin ou du foie qui a produit une dyspepsie, une congestion hépatique, etc., ou tout autre état pathologique des voies biliaires sur lesquelles agissent utilement les eaux thermales bicarbonatées sodiques. Ainsi l'eau de Nunziante est administrée avec succès, grâce à son fer et à son chlorure de potassium, dans l'anémie consécutive à une maladie aiguë grave et longue, où les saignées répétées et une alimentation incomplète ont fait la base de la médication habituelle dans les pays méridionaux, et spéciale-
/80 NUiNZlANÏE (Eau minérale de).
menl dans le royaume de Naples ; dans l'anémie, survenue après la respiration d'un air vicié ; après un état chlorotiquc conlirmé.
L'efficacité de cette eau est incontestable dans les affections des voies urinaires de personnes très-affaiblies, chez lesquelles les eaux bicarbonatées fortes ont de graves inconvénients. C'est surtout aux eaux eu boisson qu'il faut avoir recours; alors les bains et les douches ne doivent être que les accessoires, tandis qu'ils sont la base du traitement dans tous les états morbides déterminés par un vice rhumatismal, quelle que soit sa forme, névralgique, sciatique, etc. Les eaux de Nunziante, à l'intérieur, sont principalement employées dans les affections des organes de la respiration qui, comme le catarrhe pulmonaire chronique et l'asthme, ne reconnaissent point pour cause une lésion organique, dans les pneumonies, les bronchites, les laryngites et les pharyngites chroniques; ces eaux n'ont aucune efficacité contre la phthisie pulmonaire. Elles sont plus modestes dans leurs prétentions à cet égard que les eaux d'Ems, de Royal, et même de Neuenahr. Elles ont une grande réputation employées à l'extérieur, dans les contractures spasmodiques, les difficultés ou les pertes du mouvement survenues après les grands traumatismes, les fractui^es, les luxations, les entorses, les plaies et les blessures.
L'administration externe, mais surtout interne de ces eaux, à une aussi haute dose que le malade peut les supporter, est incontestablement utile dans la goutte commençante, lorsque des phénomènes marqués d'anémie accompagnent cette affection.
Ces eaux thermales ont une vertu plus énergique encore dans la diathèse urique se traduisant par de la gravelle rouge, ou par l'expulsion de petits graviers. Dans la néphrite chronique simple, dans le catarrhe de la vessie, ces eaux donnent aussi d'excellents résultats en diminuant, en empêchant même tout à fait, la quantité de mucus ou de pus contenus dans l'urine.
Les eaux de Nunziantes intus et extra sont, vantées dans les coliques hépatiques, dont elles abrègent les accès en favorisant l'expulsion des calculs ; elles rendent plus facile le cours de la bile qu'elles liquéfient en' dissolvant les cristaux de cholestérine qui y sont formés, et elles empêchent de nouveaux aggrégats. Nous ne faisons aucune difficulté d'accorder aux eaux de Nunziante Vesuviane cette action favorable sur les calculs des voies biliaires et sur le liquide sécrété par la glande hépatique; mais nous ne pouvons partager l'opinion de ceux qui voient dans celte eau un des moyens les plus énergiques de modifier favorablement le lymphatisme et le scrofule, quelles que soient leurs manifestations. i\ous ne nions pas une certaine inlluence favorable aux eaux bicarbonatées sodiques, chlorurées potassiques et ferrugineuses, comme celles de îNunzianle, dans cet état diathésique, mais nous ne restons pas moins convaincu que les eaux chlorurées sodiques fortes, les eaux sulfureuses ou sulfurées, iodurées et bromurées, doivent occuper un rang bien plus élevé que les eaux de Nunziante dans le traitement des degrés divers de l'évolution scrofuleuse. Nous terminons l'énumération des effets thérapeutiques des eaux de Nunziante en signalant leur action, si connue dans toute la contrée, contre les aflections oculau'es et palpébrales les plus inllammatoires et les plus invétérées. Les malades se contentent alors de lotions fréquentes sur l'organe malade ; il est rare qu'ils recourent aux bains généraux et aux douches, ce n'est qu'exceptionnellement même qu'ils font usage de l'eau de Nunziante à l'intérieur.
Ces eaux sont contre-indiqiiées chez toutes les personnes dont le système
NUPIIAH. 781
sanguin est très-prédominant, et surtout chez celles qui ont une impressionnabilité nerveuse excessive.
La durée de la cure est de quinze à quarante jours, suivant les cas soumis au médecin qui dirige le traitement thermal.
On exporte très-peu l'eau de Nunziante Vesuviane. A. Rotureau.
l^X'PnAR (Sm., Prodr. FI. grœc, I, 361). Genre de plantes, de la famille des iNymphteacées, tribu des Nymphaeées. Le type en est notre Nénuphar jaune. Dans ce genre, les fleurs sont régulières et hermaphiodites. Leur réceptacle est convexe et porte successivement, de bas en haut, un périauthe double, l'androcée et le gynécée. Le calice est ordinairement formé de 5 sépales, un peu dissemblables, disposés dans le bouton en préfloraison quinconciale. Les pétales sont en grand nombre, insérés suivant une ligne spirale, imbriqués dans le bouton, et petits, un peu charnus. Il y a également un nombre indéfini d'étamines, hypogynes, dissemblables entre elles, formées chacune d'un filet libre et d'une anthère biloculaire, introrse, déhiscente par deux fentes longitudinales. Le gynécée est supère, formé d'un ovaire à un grand nombre de loges, surmonté d'un style dont le sommet dilaté est recouvert d'autant de rayons stigmatifères qu'il y a de loges dans l'ovaire. Celles-ci contiennent chacune un nombre indéfini d'ovules anatropes, descendants, insérés sur les parois de séparation des loges, et anatropes, avec le raphé tourné vers le plan médian de la loge, tandis que le micropyle est en haut, contre la cloison et sous le point d'attache. Le fruit est une baie polysperme, qui finit cependant par s'ouvrir, chaque carpelle se séparant et de l'épicarpe, et des carpelles voisins, par dédoublement de la cloison interposée. Les graines, plongées dans un mucus gommeux qui remplit les loges du fruit, renferment sous leurs téguments un gros albumen farineux, au sommet duquel se trouve un autre albumen beaucoup plus petit, charnu, enveloppant l'embryon. Ce dernier, court et trapu, se compose d'une tigelle, d'une radicule supère, extrêmement courtes, et de deux gros cotylédons dont la concavité loge la gemmule, dans laquelle on distingue d'ordinaire deux feuilles. La région de la graine qui loge l'embryon est protégée par un petit couvercle, en forme de soupape, qui peut, à un moment donné, se séparer circulairemeiit du reste des téguments. Les Nuphar sont des plantes herbacées vivaces, qui habitent les eaux douces. Leur tige est un épais rhizome qui rampe dans la vase, et qui porte des cicatrices de racines adventives et de feuilles. Ces dernières sont alternes, longuement pétiolées, sans stipules, à limbe flottant, pelté et cordé à la base. Les fleurs sont solitaires ou géminées et supportées par un long pédoncule; elles viennent s'épanouir dans l'air, où elles mûrissent leur fruit, et sont de couleur jaune. On connaît trois ou quatre espèces de Nuphar, qui, dans les deux mondes, habitent les régions extratropicales de l'hémisphère boréal. Notre Nuphar luteiim {Nymphœa lutea L.) est souvent vendu chez les herboristes, à la place du Nénuphar blanc. 11 a les mêmes propriétés. On l'a cependant dit vénéneux, mais peut-être sans preuves suffisantes. En Suède, on mêle au pain sa racine pulvérisée ; il est vrai qu'on a soin de la dessécher préalablement. Ses graines sont trop petites pour être alimentaires. Quand on a parlé dans ce sens, on a probablement confondu la plante avec le Nelumho lutea, de l'Amérique du Nord. C'est ordinairement le rhizome du Nuphar luteum qu'on emploie. 11 est volumineux, cylindrique, blanchâtre, tout chargé des cicatrices des racines adventives et de celles.
782 NURSIA.
beaucoup plus larges, des feuilles. Les paysans finnois le mangent aussi bien que ses pétioles. On assure qu'en Béotie on mangeait jadis ses fruits. Le ihizome est assez astringent pour qu'on en ait préparé des décoctions antidiarrhéiques et qu'on l'ait fait servir à tanner les cuirs. Les Turcs préparent avec ses fleurs une boisson calmante et rafraîchissante, nommée par eux Pufer ciceghi. On dit que ses graines et ses fruits étaient substitués autrefois à ceux du pavot pour les préparations d'infusions calmantes. C'est cette plante qui fournissait les Radix et Flores Nymphœœ luteœ des anciens pharmacopées. On dit que les chanteurs mâchent sa souche pour remédier à la procidence de la luette. C'est le Jaune (Veau de nos vieux auteurs, qui ne distinguaient pas ses propriétés de celles du Bla7ic d'eau [Nymphœa alha). Sa racine et sa semence dit Fuchs, (( arrestent le flux de ventre et retiennent le flux de la semence, générative. . . ; elles aident aux dysentériques; toutesfois le Nénuphar qui ha la racine blanche, est de plus grande vertu, de sorte qu'il est médicinal contre flux menstrual...; elles guérissent grat telles et remplissent de poils les places vuides et pelées de la tête... ; pour alopécies, celuy duquel la racine est noire est plus propre. » 11 va sans dire qu'on a aussi vanté le N. jaune comme anaphrodisiaque : « Prins en breuvage une fois le jour, l'espace de quarante iours, esteint du tout en tout l'appétit de paillardise. Le beuant aussi à ieun, ou le prenant avec autres viandes, il chasse tous songes vénériens. La racine induicte et appliquées sur les génitoires, esteint non seulement l'appétit charnel, mais aussi elle resserre le flux de la semence générative: et pourtant, dit-on, qu'elle nourrit le corps et la voix ». En Amérique, le Nuphar advenum Ait. représente, pour l'organisation et les propriétés, notre iV. luteum.
H. Bn.
Bibliographie. — DC, Syst.,l\, 59; Prodr., I, 116. — Exdl., Gcn., n. 5021. — A. Grat. Gen. m., t. 44. — Méb. et Dei,., ûict. Mat. mcd., IV. 642. — Rosenth., Synops. plant, dicphor., 653. — Gren. et Gode., FI. de Fr., I, 56. — H. Haillon. Hist. des plant., III, 82, 99, 102, flg. 87-92.
]\IURSIA OU 1VORCIA (Benedetto Dk). G'està Sassi {Eist. typogr. de Milan, p. 572), et à Marini {Degli archiatn pontifici, t. I, p. 185), que l'on doit particulièrement de connaître ce médecin, dont le nom rappelle celui du lieu de sa naissance, à Norcia, dans le duché de Spolète; car il était réellement de la famille des RegarJati. Il professa la médecine à Pérouse avec une grande réputation, fut honoré du titre d'archiatre ou premier médecin du pape, et créé chevalier. Banni de sa patrie pendant les troubles qui eurent lieu sous le pontificat de Nicolas Y (vers 1447), il vint chercher un asile à la cour de François Sforce, duc de Milan, qui le nomma son médecin, et le revêtit de la dignité de sénateur. Nurcia était encore à Milan en 1451, mais on ignore l'époque de sa mort. On a de lui :
I. Libellus de conservatione sanitatissecundum ordinem alphaheti disf indus. Romœ, Steph. Plannck, in-4°, goth., 35 ff. Autre édition : Romse, in domo nobilis viri Johannis Philippi de Lignamine Messan, Anno domini M.CCCCLXXV. DieX llll mensis Januarii. Pont. Sixti, Anno ejus quarto, in-4°, 157 ff. Autre édition : Bologne, 1477, in-4°, 140 ff. Autre édition : Romœ, per Eucharium Silber, 1489, in-4^ Autre édition : Romœ, per Steplianum Plannck, 1498, in-4"', goth. — II. De pest'dcntia. Eximh et excelsi medicorum omnium œtatis suce principis domini Magistri Benedicti de Nursia, Physici et Sedatoris Ducis Anguigeri clarissimi, compendium de Peslilentia [s. 1. n. d.), in-4''. Autre édition Mediolani, 1479, in-4°. A.-C.
NUTE. 783
]%IU§||§)1IARD (Franz Wilibald). Médecin et chirurgien autrichien du phis grand mérite, naquit à Bischofteinitz, en Bohème, enl784.Il était fils d'un pauvre chirurgien de campagne; il fit ses premières études latines dans un couvent de capucins ; c'est la lecture d'une vieille traduction latine de Galien qui lui donna le goût de la médecine. Dès avant 1800 il se rendit à Prague et étudia avec ardeur la médecine et la chirurgie; en 1805 il ohtint le grade de maître en chirurgie et en accouchements. Après avoir rempli pendant cinq ans avec zèle les fonctions d'aide-chirurgien à l'hôpital général de Prague, il devint, en 1808, assistant titulaire de clinique chirurgicale. De 1813 à 1816, il eut pour chef le fameux Fritz. Mais Nusshard ne négligea pas les études médicales proprement dites; après avoir pris le grade de docteur en chirurgie (18J 2), il se fit recevoir docteur en médecine (1815). Pendant les années 1815 à 1815, il avait servi dans les ambulances civiles et à l'hôpital russe de Prague, et obtenu pour les services rendus à cette occasion la médaille d'or du Mérite civil et la décoration de quatrième classe de l'ordre de Saint-Wladimir.
En 1816, Nusshard fut chargé d'enseigner la médecine théorique aux chirurgiens, et le 28 décembre 1825 il ol)tint la chair de clinique médicale ; il fut nommé à la même époque premier médecin à l'hôpital général de Pi-ague, fonctions qu'il ne remplit à titre définitif qu'à partir de 1852. En 1827, il fit des leçons gratuites sur la vaccination, en 1851-32 il partagea avec Krombholz les fonctions de directeur des hôpitaux de cholériques de Prague; à diverses repiises il fut chargé des services d'aliénés, d'accouchements, d'orphelins, etc., et dans tous les postes qui lui furent confiés il se montra toujours à la hauteur de sa tâche.
Ses nombreux mérites le firent nommer en 1856 conseiller impérial; en 1828 il fut agréé membre de la Société de médecine de Vienne et de la Société physicomédicale d'Erlangen ; enfin en 1845, il remplaça Molilor dans la direction générale des établissements hospitaliers de Pi^ague, poste très-pénible qu'il occupa jusqu'à sa mort arrivée le 50 mai 1847.
Nusshard était à la fois un médecin distingué et un opérateur d'une rare habileté. Il est connu comme l'auteur de deux ouvrages très-estimés :
I. Skizze einer Dermato-Pathologie mit phys. Vorbejnerkungen. Vrag, 1816, in-8°. — II. Theoretische Mediciti fur Wundàrzle als Leilfaden zu Vorlesungen entworfen. Prag, 1824-25. gr. in-S". L. Hn.
]>HJSS1IART (Leopold). Médecin allemand, né vers 1770, exerça tout d'abord la médecine à Waldkirchen, près dePassau, où il était médecin pensionné, puis en 1807 s'établit à Wolfstein, dans le Haut-Palatinat, oii on lui confia la fonction de médecin du tribunal ; enfin, en 1826, il se fixa à Passau et devint conseiller médical du cercle. En 1832, il résigna ses fonctions, et mourut quelques années après. On connaît de lui :
I. Beschreibung des Fûrstenthums Passau , Churpfahbairischen Antheils, in topographischer, okonomischer und physikalischer Hinsicht. Passau, 1804, in-8°. — II. Beobachtungen und Benierkungen ilber die im Jahre 1829, in den Bezirken des kgl. Landgerichts Wegscheid und Wolfstein herrschend gewesene Blatterseuche . In Henke's Zeitschr. f. Staatsarzneikunde. Bd. XIX, H. 1, p. 224, 1850. — III. Erfahrungen, Ansichten und Wûnsche, die chù'iirgischen Unterrichtsanstalten in Baiern und die Chirurgen der Art betreffend. Passau, 1853 (1852), in-8°. L. Ils.
NVSTÈ OU XUTlïA. Plante indigène de l'Inde, rangée dans les amarantacées et douée de propriétés mucilagineuses. On emploie ses feuilles contuses en cataplasmes. D-
784 NUTRIMENT.
KL'TRIMEXT. On s'est souvent servi de ce mot comme d'un équivalent du mot aliment, et c'est en ce sens qu'il est défini dans d'anciens lexiques médicaux. Aujourd'hui on entend particulièrement par nutriment un aliment susceptible d'être assimilé, de nourrir, sans la nécessité d'une digestion stomacale. Ces aliments introduits dans les veines ne sont pas retrouvés dans les urines ; c'est à cela qu'on les reconnaît. Pour obtenir des substances qui présentent cette condition, on préparc des peptones artificiels. Par exemple, on fait subir aux substances albuminoïdes une cuisson prolongée (autant que possible dans une marmite de Papin) et l'on obtient une substance qui paraît identique avec les peptones produits naturellement par la sécrétion du suc gastrique. Schiff s'est assuré directement que cette substance, injectée dans les veines d'un animal, n'est pas rejetée par les urines. Griinhagen traite la fibrine par le suc gastrique artificiel obtenu en faisant agir la glycérine sur la muqueuse de l'estomac, et en ajoutant à la liqueur de l'acide chlorliydrique dilué à 0,2 pour 100, et la fibrine prend tous les caractères du peptone. On sait qu'il n'en est pas de même avec la gélatine, bien qu'elle se dissolve très-bien dans le suc gastrique et ne se prenne pas en gelée par le refroidissement. On la retrouve dans l'urine de l'animal dans le sang duquel on l'a introduite.
Diverses formules ont été proposées pour la préparation du peptone à titre de nutriment. Voici celle de Œbeke :
Viande maigre liacliéc menu 125 grammes.
Eau disUllée 250 —
Sel marin 1
Aciilc clilorliydi'iquo '2. goutles.
Faites macérer pendant une heure, passez au tamis, ajoutez au résidu :
Eau distillée 125 gramme.
Faites macérer pendant une lieure, pissez encore au tamis, réunissez les liqueurs; ajoute :
Pepsine i gramme.
Acide chlorliydrique 10 gouttes.
Faites digérer à -(- 40 degrésîpendant six heures. Le produit, qui pèse 250 grammes, peut être adminisiré dans les vingt-quaire heures par petites cuillerées. Ou l'a aussi donné en lavement par doses de 45 grammes toutes les trois heures.
M. Estragnat mélange le peptone avec un peu d'alcool faible, aromatique. Il administre, à la dose de 5 à 6 cuillerées, une préparation contenant 50 milligrames de fibrine.
Il importe d'ailleurs de se rappeler, au sujet de toutes les préparations de ce genre (sur lesquelles on reviendra au mot Peptoae), que oO centigrammes de pepsine officinale peuvent digérer environ 6 grammes de fibrine.
Nous ne parlons pas ici de l'emploi de la pepsine amidonnée (poudre nutrimentive de Corvisart), non plus que de celui de la pancréatine ou de la maitine, introduites dans l'estomac pour y opérer, sur les aliments ingérés en nature, l'action réservée dans l'état de santé aux sucs naturels. Nous renvoyons sur tout cela aux articles Bière, Diastase, Digestion, Pancréas, Pepsine. Quant à la valeur nutrimentive des peptones, sans vouloir la contester, en accordant même qu'elle est réelle, nous croyons qu'il n'y faut compter que dans une mesure restreinte. Physiologiquement, il ne faut pas oublier que la digestion des viandes elles-mêmes n'est vraiment complète qu'après avoir subi l'action du suc pancréatique, que le résultat de l'alimentation dite nutrimentaire dépendra donc en partie de l'état des fonctions du pancréas, où il n'est pas sûr que la sécrétion de
!a diastase soit excitée par l'ingestion d'un peptone artificiel comme elle le serait dans le travail physiologique amené dans la poche gastro-duodénale par l'ingeslion de la viande. Expérimentalement, la question ne nous semhle pas suffisamment jugée. On peut dire seulement que le praticien est autorisé à essayer d'un moyen d'alimentation qui n'offre aucun inconvénient et qui, dans certains cas au moins, peut n'être pas sans avantage. D^
XUTRITiOX {nutritio, de nutrire, nourrir). § \. Définition. Considérations généi;ales. On désigne sous le nom de nutrition le double mouvement d'assimilation et de désassimilution simultanées que présente la substance organisée.
L'assimilation est le phénomène par lequel la matière organisée s'incorpore, c'est-à-dire transforme en sa pro[ire substance les matériaux dont elle se nourrit. C'est la phase synthétique de la nutrition, sa phase de combinaison, de composition ou d'organisation.
La désassimilation est le phénomène inverse de l'assimilation et préside à l'élimination des principes de la substance organisée. C'est la phase analytique de la nutrition, sa phase de décombinaison, de décomposition ou de désorganisation.
On appelle nutrilité la propriété qu'a la substance organisée de manifester simultanément les deux groupes de phénomènes nutritifs, c'est-à-dire de présenter une rénovation moléculaire continue (Ch. Robin).
La nutrition est l'essence même de ce qu'on a désigné sous le nom de tourbillon vital : c'est par elle que se fait et se déûiit l'organisme, « véritable toile <le Pénélope, dit Littré, trame toujours sur le métier et ne subsistant qu'à la condition d'avoir ses fils incessamment renouvelés. « « C'est môme, ajoute Robin, à cette rénovation continue qu'est due la particularité que l'organisme humain, par exemple, bien qu'agissant chaque jour presque continuellement, dure un plus grand nombre d'années que chacune des pièces envisagées individuellement de la majorité des appareils composés de matière brute dont l'homme use journellement. »
L'assimilation et la désassimilation sont des phénomènes de chimie vivante, et l'on aurait une idée très-fausse de la nutrition si l'on croyait que les matériaux nutritifs sont incorporés sous leur forme alimentaire. Il faut, au contraire, que ces matériaux subissent une élaboration qui est le fait de la substance organisée elle-même et qui les dénature complétement^^en vue de les rendre assimilables. Sans doute, dans l'acte de la nutrition, les phénomènes chimiques jouent un rôle considérable; mais il ne faut pas oublier que Cl. Rernard a posé en principe qu'il n'y a peut-être pas un seul phénomène chimique de l'organisme qui s'effectue par les procédés de la chimie de laboratoire, et c'est ce à quoi les chimistes ne font pas assez attention.
Pour que la nutrition puisse s'effectuer, il faut que la substance organisée soit placée dans un milieu convenable, c'est-à-dire dans certaines conditions de température, d'humidité, etc. Si l'une de ces conditions^ou la substance organisée elle-même varie, la nutrition s'en ressent. Or, cette substance subit toujours fatalement des modifications, et celles-ci font que la nutrition ne peut s'effectuer indéfiniment ou, en d'autres termes, que la mort arrive. Mais si la nutrition s'arrête à la fin de la vie, ce n'est pas faute d'aliments; c'est uniquement parce que l'assimilation ne peut plus avoir lieu.
La nutrition n'est pas une fonction [voy. ce mot), car elle n'a pas d'appareil spécial. Elle constitue la manifestation d'une propriété élémentaire (la nutrilité) qui est, à la fois, la propriété la plus générale, la plus simple et la plus caractéristique de la vie. Toutes les autres propriétés vitales sont subordonnées à la nutrilité, et il est impossible d'admettre avec Virchow qu'une fonction puisse s'accomplir sans la nutrition. Robin a fait justice de cette erreur (voy. Anatomie et physiologie cellulaires, p. 479, en note) et on lui doit aussi d'avoir insisté sur l'importance qu'il y a à ne pas confondre, comme on le fait si souvent, la nutrition avec la génération (voy. ce mot). « Dans la nutrition, dit-il, les éléments anatomiques, sans cesser d'être les mêmes individuellement, sans disparaître de l'économie, sont le siège d'un remplacement matériel, molécule à molécule, de la matière devenue inapte à servir davantage et qui se désassimile; remplacement qui est opéré par des principes immédiats qui n'ont pas encore été utilisés. Dans la génération, c'est l'apparition de substance organisée, amorphe ou à l'état d'éléments anatomiques figurés, qui n'existait pas, ou qui ayant existé, n'existe accidentellement plus (comme dans le cas de la régénération ou cicatrisation).... La nutrition seule exprime réellement, dans l'économie, ce que Leibnitz entend sous le nom de loi de continuité. Le développement, qui fait suite, en quelque sorte, à la nutrition, présente, à un moment donné, un temps d'arrêt qui interrompt cette continuité. »
Ch. Robin, au mot Cellule de ce dictionnaire {voy. page 589), charge l'auteur du mot Nutrition d'étudier, en même temps que la nutrilité, Vévolutilité, c'està-djrre la propriété qu'a toute substance organisée qui se nourrit de grandir, de s'accroître dans les trois dimensions et d'avoir une fin, mort ou décomposition. La manifestation de cette dernière propriété est dite évolution, et a pour résultat le développement, d'où V accroissement. Nous ne ferons ici que résumer les pages que l'auteur du mot Cellule a consacrées à l'étude de cette question dans plusieurs de ses ouvrages et en particulier dans le traité intitulé Anatomie et physiologie cellulaires. Le lecteur trouvera ainsi, dans la variété des mots dont se compose le dictionnaire, une wnfte' que les divers collaborateurs doivent avoir en vue autant que possible.
Le développement suppose la nutrition; mais il doit en être distingué, car on peut concevoir un corps qui existe indéfiniment sans se développer, par un échange égal des parties qui entrent et de celles qui sortent. L'évolution est une propriété moins générale que la nutrition, car le développement peut cesser, et cesse en effet sans qu'il y ait mort immédiate, la nutrition se faisant alors, pour un temps, par simple oscillation des matériaux de l'assimilation et de la désassimilation. Tant que le mouvement d'assimilation l'emporte sur celui de désassimilation, la substance organisée (ou l'organisme) s'accroît; il y a décroissance quand le phénomène inverse a lieu, et enfin mort, quand le double acte dont nous venons de parler cesse d'avoir lieu.
Les phénomènes de l'évolution des éléments anatomiques consistent dans des changements de volume, de forme, de consistance, de réactions chimiques et de structure qui, d'abord très-faibles, augmentent de plus en plus.
L'augmentation de volume s'accomplit différemment d'une espèce à l'autre des éléments anatomiques. Ainsi, elle a lieu, d'une manière à peu près égale dans les trois dimensions, pour les cellules épithéliales polyédriques, les leucocytes, etc. Elle se fait suivant deux dimensions seulement dans certaines cellules qui perdent leur forme polyédrique originelle pour prendre la forme prisma-
tique; enfin elle s'etfectue, pour ainsi dire, suivant une seule dimension dans le cas des fibres lamineuses, élastiques, etc.
Quant aux changements de forme des divers éléments anatomiques , les plus considérables sont une conséquence de l'augmentation de masse de ces éléments ayant lieu plutôt dans un sens que dans l'autre. La pression des parties oîi ils se développent, le changement de température, etc., suffisent à les déterminer à l'état normal. Nous n'avons pas à nous occuper ici des déformations pathologiques.
Enfin, pendant l'évolution des éléments anatomiques, on voit apparaître ou, au contraire, disparaître, dans leur intérieur, des particules diverses. C'est ainsi que le noyau dune cellule peut acquérir un nucléole, que ce noyau peut disparaître, que des cellules épithéliales se couvrent de cils vibratiles, que des granules graisseux se produisent dans les cellules, etc.
Ces derniers faits prouvent, une fois de plus, que l'évolution (qui ajoute) ne doit pas être confondue avec la nutrition (qui maintient), car, dans celle-ci, il n'y a pas appaiùtion de parties nouvelles, comme cela a lieu dans la première. Il faut aussi noter qu'on trouve respectivement, dans l'assimilation et la désassimilation, la raison d'être de deux actes qui sont l'objet d'articles spéciaux dans ce dictionnaire': Vabsorption et la sécrétion {voy. ces mots.)
Les végétaux puisent leurs aliments dans le sol et dans l'atmosphère. Ces aliments se présentent tels qu'ils seront absorbés, c'est-à-dire qu'ils sont liquides ou gazeux; mais, chez les animaux, dans l'immense majorité des cas, les aliments fluides ne sont pas suffisants, et l'organisme est pourvu d'un appareil (tube digestif) oîi sont introduites des substances solides. Pour que ces dernières deviennent absorbables et assimilables, ou, en d'autres termes, pour qu'elles puissent servir à l'entretien de la vie, il faut qu'elles subissent une préparation qui constitue le but même de la digestion. Mais celle-ci ne peut s'accomplir sans l'intervention de certains sucs que des organes spéciaux (glandes) sont chargés de sécréter. Ce n'est pas tout. Les substances absorbées doivent pouvoir se rendre au contact de chacun des éléments de l'organisme. Une fonction spéciale, la circulation, transporte partout le plasma nourricier où chaque élément prendra les matériaux qui lui sont nécessaires. Parmi eux, il faut considérer l'oxygène introduit dans le sang par la respiration comme un véritable aliment dont on doit tenir le plus grand compte. Enfin, du conflit des éléments anatomiques avec le plasma résultent des produits qui sont nuisibles au corps et, commes tels, doivent être rejetés. L'excrétion (surtout urinaire) pour les liquides et V exhalation (surtout pulmonaire) pour les gaz, sont destinées à expulser ces résidus. On comprend donc pourquoi l'on appelle la digestion, la circulation, la respiration et l'urination des fonctions de nutrition.
Coup d'œil sur la nutrition envisagée comparativement dans les deux règnes de la vie. On a cherché à établir entre le végétal et l'animal une séparation fondée sur les phénomènes de la nutrition. C'est ainsi qu'on a voulu faire de la plante un organisme de réduction ou de désoxydation qui transformerait la force vive en force de tension, tandis que l'animal serait, au contraire, un organisme de combustion ou d'oxydation qui transformerait la force de tension en force vive. U y a beaucoup de vrai dans cette formule. En effet, la plante, en se nourrissant, décompose l'acide carbonique, l'eau et les sels ammoniacaux qu'elle a absorbés; elle retient le carbone, l'hydrogène et l'azote, pendant qu'elle exhale la plus grande partie de l'oxygène devenu libre. D'autre part.
iNUTRlTlOiN.
la plante transforme les combinaisons inorganiques simples en combinaisons organiques complexes, de telle sorte que sa nutrition consiste essentiellement dans des opérations de synthèse. Au contraire, chez l'animal, la série des transformations qu'entraîne la nutrition comprend, en général, des phénomènes d'oxydation dont les produits ultimes sont des composes inorganiques simples provenant de composés organiques complexes. Le corps de l'animal constituerait donc un appareil d'analyse. En d'autres termes, la plante assimile des substances inorganiques pour les organiser, et c'est un appareil de formation, tandis que l'animal assimile des combinaisons organiques pour les désorganiser, et c'est un appareil de destruction. Les produits d'assimilation du végétal servent donc à l'animal et les produits de désassimilation de celui-ci sont, à leur tour, mis à contribution par celui-là. Ainsi s'établit, entre l'animal et le végétal, un véritable lien qui les réunit, en même temps qu'il les sépare; nous essaierons même de traduire cette formule et les résultats précédents par le schéma suivant :
ProcUcUa cUy
Essai de représentalion schématique de la circulation de la matière (G. C).
Cependant, si l'on examine les choses de plus près, on voit que des oxydations se produisent constamment dans la plante; sa respiration, par exemple, est un phénomène de ce genre {voy. Respiration). D'un autre côté, on sait que le corps de l'animal est sans cesse le théâtre de phénomènes de réduction et de synthèse. Nous verrons, dans le cours de cet article, un exemple de ré. duction dans la formation de la graisse aux dépens des matières bydrocarbonées. Enfin nous aurons à insister sur ce fait que l'animal peut fabriquer lui-même des principes immédiats. Gela posé, on voit qu'il est impossible d'établir une barrière infranchissable entre les deux règnes de la vie, en se fondant sur les phénomènes de la nutrition, comme sur les autres d'ailleurs ; mais il n'en est pas moins vrai que les considérations présentées dans le schéma précédent ont une utilité incontestable au point de vue de l'étude.
8 2. De la nutrition envisagée dans les éléments anatomiques (nutrition cellulaire). C'est Schwann qui, le premier, a'rapporté aux éléments anatomi- ([ues la nutrition qu'on n'avait étudiée, avant lui, que dans l'organisme considéré comme un tout et dans quelques tissus. Cette nutrition dite cellulaire a
été l'objet de nombreux travaux ; mais c'est surtout à Ch. Robin que nous emprunterons la plupart des détails qui suivent :
On sait que la nutrition des éléments anatomiques se fait par l'intermédiaire du plasma {voy. Plasma et Sang, Physiologie). Les principes réparateurs pénètrent (absorption) dans la substance des éléments et deviennent semblables (assimilation) à cette substance, en même temps qu'il y a élimination (désassimilation) de principes différents de ceux qui sont entrés et de ceux qui restent. Si l'assimilation l'emporte sur la désassimilation, il y a accroissement, tandis que, si l'inverse a lieu, il y a, au contraire, décroissement. 11 est démontré expérimenlalement que la nutrition cellulaire est plus active dans le jeune âge que plus tard : il en est de même pour l'évolution et la génération des éléments.
A. Assimilntion. Les éléments anatomiques ont l'air de faire un choix intelligent (affinité élective) dans les principes du plasma sanguin ; mais on sait, par le fait des empoisonnements, qu'ils peuvent prendre, avec ce qui leur est utile, des substances qui leur sont nuisibles. En réalité les éléments se comportent, vis-àvis du plasma, d'après leur composition immédiate et non d'après des propriétés électives autres que celles qui dépendent de cette composition. 11 n'y a pas là choix de matériaux nutritifs, mais seulement pénétration ou non-pénétration de principes en rapport avec les éléments considérés. Dans le cas de pénétration de principes nuisibles, ceux-ci empêchent les éléments de manifester \&i phénomènes consécutifs de la nutrition ou troublent les actes propres de ces éléments.
Nous savons déjà que les substances organiques qui entrent dans la composition immédiate de chaque élément anatomique n'y sont pas amenées toutes formées. 11 y a fabrication, dans l'intimité des éléments, de principes immédiats identiques à leur propre substance ; mais ces principes sont différents de ceux du plasma sanguin.
Les principes d'origine minérale sont, en général, rejetés tels qu'ils ont été attirés et leur assimilation se fait piir dissolution (chlorures, etc.) ; mais quelquefois ce sont des combinaisons ou unions fixes qui ont lieu (union du phosphate de chaux à l'osséine, etc.). « Quant à la formation assimilatrice des substances organiques azotées propres à chaque espèce d'éléments anatomiques, elle peut comprendre, suivant chaque circonstance observée : 1" des actes de combinaison des amides aux corps gras; 2° des phénomènes de fixation et de perte d'un ou de plusieurs équivalents d'eau de constitution sans varialion des quantités d'azole et de carbone {hydratation, déshydratation chimiques) ; 5'^ des actes de combinaisons polymériques , c'est-à-dire de l'un des composés précédents , ou de quelque composé ternaire hydrocarboné , avec un deuxième équivalent du même composé, ou avec un équivalent de l'un de ses isomères, qu'il y ait ou non, en même temps, hydratation ou déshydratation; ¥ enfin des actes de simples modifications isomériques ou d'arrangement moléculaire intime dans chaque composé, sans perte ni acquisition d'eau. » (Ch. Robin.)
Les matériaux introduits devenant, par le fait de l'assimilation, semblables à la matière même des éléments anatomiques, les principes cristallisés deviennent incristallisables et, fait important, peuvent s'unir en proportions indéfinies aux substances organiques. Ce mode d'union, particulier aux êtres vivants, permet aux éléments qui en sont le siège d'accomplir leur rénovution moléculaire d'une
façon continue, sans dislocation intérieure, ce qui les différencie des cas de combinaison et de décombinaison chimiques de la matière brute.
Enfin les phénomènes d'assimilation qui se passent dans les éléments anatomiques sont souvent précédés d'actes préliminaires d'emmagasinement et de formation qui se produisent dans d'autres éléments. Ainsi les aliments digérés et absorbés, en particulier les albuminoïdes et les hydrocarbonés, n'arrivent dans les capillaires généraux qu'après avoir traversé le foie. Or, Cl. Bernard a fait voir que les matières sucrées pénètrent dans le sang de la veine porte à l'état de glycose, qu'une faible partie de celle-ci traverse directement le foie pour servir aux combustions organiques, tandis que la plus grande partie s'arrête dans le foie, s'y déshydrate et s'y entrepose à l'état de matière glycogène, pour être ensuite distribuée, après une nouvelle transformation en glycose, au fur et à mesure des besoins de l'organisme. Le foie, dit Cl. Bernard, est une sorte de grenier d'abondance où vient s'accumuler l'excès de la matière sucrée fournie par l'alimentation.
B. Désassimilation. Les principes qui sortent des éléments anatomiques se forment surtout aux dépens de ceux qui les constituent, c'est-à-dire des substances organiques ou coagulables ; ils ont pour véhicule les matières qui sortent telles qu'elles sont entrées. Les substances organiques peuvent ainsi passer à l'état de corps cristallisables ; elles s'échappent ensuite par le double fait de leur solubilité et de leur propriété osmotique très-accentuée. Enfin les phénomènes chimiques de la désassimilation peuvent consister dans une simple dissolution (calcaires, phosphates, etc.), ou dans une formation de principes fixes (phosphate ammoniaco-magnésien, lactates, etc.). Après leur sortie des éléments anatomiques, les principes de désassimilation rentrent dans le milieu extérieur, y restent ce qu'ils étaient ou s'y décomposent.
Quoiqu'il en soit, la désassimilation est presque toujours liée à des oxydations
et elle est la condition essentielle de la production de forces vives (chaleur,
mouvement, etc.). Ces oxydations portent sur les matières albuminoïdes, grasses et
hydrocarhonées des tissus. Cependant il peut se former aussi, dans l'organisme,
des produits de désassimilation par dédoublement, dissociation ou réduction.
Nous avons déjà cité des cas de réduction et nous y reviendrons plus loin. Quant
aux cas de dédoublements, ils sont assez fréquents : c'est par dédoublement que
l'acide glycocholique forme de l'acide choloïdique et de la glycocolle. D'api'ès
Donders, les échanges gazeux de la respiration rentreraient dans les phénomènes
de dissociation. Ajoutons à cela des phénomènes de déshydratation, comme dans
le cas de la transformation de l'acide oxalique en acide carbonique, oxyde de
carbone et eau, ou de dédoublement avec hydratation de la substance qui se
dédouble, comme dans la saponification des graisses et la formation des acides
gras aux dépens de celles-ci. Enfin, outre ces phénomènes d'hydratation et de
déshydratation qui, soit dit en passant, ont été, de la part de Berthelot, l'objet
de considérations très-importantes relativement à la chaleur qu'elles produisent
dans les êtres vivants, il faut encore citer les fermentations qui offrent un
grand intérêt au point de vue de la nutrition ; mais nous ne devons pas même
ici effleurer une question qui a été traitée au mot Fermentation.
Les divers phénomènes chimiques que nous venons de signaler donnent lieu à des produits de désassimilation dont on trouvera la liste dans les traités de chimie biologique et qui sont : les uns azotés (provenant toujours des matières albuminoïdes), les autres non azotés (dérivant soit des matières albuminoïdes,
soit des matières non azotées). La chimie est arrivée à produire un grand nombre de ces corps : l'urée (Woehier), la glycocolle (Cahours), la créatine (Strecker), les acides lactique (Strecker), benzoïque, formique(Berthelot), le phénol, l'alcool (Berthelot), etc. Les matières albuminoïdes ont été transformées en leucine, tyrosine, glycocolle, acides gras, etc. ; l'allantoïne a été transformée en urée, la créatine en sarcosine et en urée, etc. ; mais ces oxydations ne peuvent s'accomplir, dans les laboratoires, que sous l'influence d'oxydauls énergiques et à une température élevée. Or, Gorup-Besanez ayant montré qu'en employant de l'ozone on pouvait produire ces mêmes oxydations à une basse température, il est probable que les choses se passent ainsi dans l'économie : car il y a de fortes présomptions pour croire que l'oxygène est à l'état d'ozone dans l'hémoglobine. L'influence des tissus n'est pas négligeable, car ceux-ci, ainsi que l'ont démontré P. Schûtzenbcrger et Ch. Rislcr, amènent la désoxygénation du sang beaucoup plus rapidement que si cette dernière s'effectuait librement dans le sang abandonné à lui-même.
De même que l'assimilation est souvent précédée d'actes préliminaires, de même aussi il arrive que la désassimilation est achevée par des actes complémentaires. Ainsi l'urée ne se produit pas d'emblée par l'oxydation des matières azotées : on n'en trouve pas dans les muscles, malgré qu'ils soient le siège de combustions intimes ; c'est seulement la première phase de l'oxydation qui se passe dans ces organes. On regarde aujourd'hui, après les recherches de Meissner, Bouchard, Kûhne, etc., le foie comme étant l'organe principal où se produit l'urée. Le parenchyme hépatique jouerait donc un rôle très-important au point de vue de la formation de la matière glycogène et de celle de l'urée, sans parler de la sécrétion biliaire.
Il faut aussi noter que, dans les phénomènes de nutrition, les forces chimiques ne sont pas seules en jeu. Depuis longtemps déjà, Becquerel père a appelé l'attention des physiologistes sur l'intervention des forces électro-capillaires dans la nutrition des animaux et des végétaux. Il existe, en effet, dans les corps organisés, des courants électro-capillaires qui produisent des actions chimiques. Ces courants se produisent par l'mtermédiaire des membranes des vaisseaux et des éléments anatomiques. Ainsi, dans un muscle, les fibrilles primitives sont le siège d'innombrables courants électro-capillaires par l'intermédiaire desquels s'effectue leur nutrition. Ces courants n'agissent que sous l'influence de la vie; ce sont des effets qui deviennent causes déterminantes des phénomènes de nutrition aussitôt que la vie commence dans un être.
Les courants électro-capillaires manifestent aussi leur action entre les organes séparés par une foule de tissus conducteurs de l'électricité; en effet, la peau sécrète un liquide acide et le tissu conjonctif interne un liquide alcalin, sauf dans l'estomac. Il résulte de là des courants dirigés dans un sens déterminé, d'oii diverses actions chimiques. Ces courants enlèvent sans cesse aux tissus des éléments et leur en restituent d'autres ; ils détruisent donc d'un côté et reconstruisent de l'autre, tant que dure la vie, et, après celle-ci, les forces chimiques président seules à la destruction de l'organisme.
Nous devons encore ici, au sujet de la nutrition cellulaire, nous occuper des phénomènes dits délocalisation qui consistent, comme l'indique leur nom, dans un emmagasinement de certains matériaux absorbés, à l'intérieur des éléments anatomiques. En général, ces matériaux sont localisés dans un état peu différent de celui dans lequel ils ont été absorbés ; il peut donc y avoir élaboration ou non
de la part de réiément localisateur. Une fois que la localisation a eu lieu, celleci dure pendant un temps plus ou moins long, quelquefois pendant toute la vie de l'élément qui en a été le théâtre. 11 peut arriver de deux choses l'une : ou bien la substance est localisée telle quelle, comme par exemple la garance dans les os, ou bien il n'y a qu'un ou plusieurs principes de la substance absorbée qui se localisent, comme cela arrive pour les sels à base métallique. Nous allons d'ailleurs, dans un instant, entrer dans de plus grands détails sur ce sujet, en étudiant la nutrition des tissus ; mais auparavant, et comme conclusion de ce que nous venons de dire, nous proposons le tableau synoptique suivant :
[ de Transit simple.
,,!.„„„.„„ . • • I Entrée par Absorption, suivie . . \ de Localisation. rnenomenes qui prcce- l ' ) „, , t^ -
, . 7-, • I f d Assimilation et de Di;sassimilat;on.
dent, constituent ou I , . . ^ . • i
suivent la nutrition Sans formation ( Apres transi simple i Eksudatwn.
CELLLLAiiŒ. i . de pfoduits ^I^?* sepa.at.on Etat gazeuï. \ Exhalation.
S°'"<=-( nouveaux. d un tout plus
\ complexe. ( Etat liquide. Excrétion. Après formation de produits nouveaux Sécrétion.
§ 5. De LA NUTRITION DES TISSUS. Nous ne devons qu'effleurer cette question, car on trouvera tous les détails qu'elle comporte à chacun des mots qui désignent les principaux tissus {Voy. Cartilage, Dent, Musculaire, Os, etc.).
Néanmoins il importe que nous donnions, dans cet article, une vue d'ensem ble et disions quelques mots des principaux groupes de tissus.
A. Nutrition des épithéliums, ongles, poils, etc. Les épithéliums n'étant pas vasculaires, leurs éléments se nourissent par imbibition : ils tirent, de proche en proche, les principes qui leur sont nécessaires, du tissu vasculaii'c sousjacent. En général la désassimilation est faible dans ces cellules et elles tombent plutôt que de s'atrophier. Du reste, les phénomènes de la nutrition varient beaucoup d'un épithélium à l'autre, car ce sont eux qui président à la formation des principes sécrétés par les cellules. Au point de vue physiologique et abstraction faite de l'épithélium corné qui est un tissu mort, on peut, avec Farabeuf, classer les épithéliums de la manière suivante :
1° Les uns sont indifférents, c'est-à-dire incapables de modifier, en quantité ou eu qualité, les gaz ouïes liquides qui les traversent. Tels sont les endothéliums du poumon et des vaisseaux.
2" D'autres sont sélecteurs, en ce sens que, sans rien créer, ils modifient quantitativement le liquide qui les traverse et choisissent dans le sang ce qui leur convient, soit pour l'emmagasiner, comme le font certains épithéliums pour les poisons, soit pour l'éliminer comme le fait l'épithélium du rein pour l'urée.
3" D'autres, sélecteurs comme les précédents, sont, de plus, sécréteurs, c'està-dire qu'ils foi-ment des produits nouveaux aux dépens du plasma sanguin. Tels sont les épithéliums des vraies glandes (pancréas, foie, etc.)
4" Enfin d'autres sont générateurs, comme les épithéliums du testicule et de l'ovaire qui forment à leur intérieur des éléments anatomiques.
Les poils, les ongles, etc., se nourrissent de la même manière que les éléments épitlrélianx ; le bulbe du poil, la matrice de l'ongle, etc., fournissent les matériaux nutritifs et les cellules nouvelles repoussent les anciennes (Pour plus de détails, voy. Epithélium, Poil, Ongle, etc.).
P>. Nutrition des tissus conjonctifs. Les uns sont dépourvi;s de vaisseaux.
comme les cartilages, par exemple, et empruntent, par l'intermédiaire des éléments anatomiques, leurs substances nutritives aux capillaires les plus voisins dans lesquels ils se débarrassent aussi de leurs principes désassimilés (Pour plus de détails, voy. Cartilage, p. 727).
Les tissus conjonctits vasculaires, comme les os par exemple, ont une nutrition très-active qui se fait directement par le sang. C'est au mot Osseux qu'on se reportera pour l'étude de la nutrition de l'os, qui sera mieux placée à côlé de celle de son développement, et qui offre des particularités trop importantes pour n'être pas l'objet d'un article spécial.
C. Nutrition des tissus musculaire et nerveux. Le mot Musculaire (p. 60 1 et 689) contient tout ce qui a rapport à la nutrition du muscle. Quant à l'étude de la nutrition du tissu nerveux, elle n'est pas assez avancée pour mériter d'être traitée à part; nous relaterons donc ici le peu qu'il y a à en dire. Et d'abord il faut considéi^er isolément la nutrition de la substance blanciie ou des nerfs et celle de la substance grise ou des centres gris.
1° Nutrition de la substance grise. Les résultats des recherches de Flint et de celles de Byasson sur cette question sont loin d'être admis par tous les physiologistes. D'après le premier de ces auteurs, la cholestérine serait un produit de désassimilation caractéristique de l'activité des masses grises. D'après le sccontl, cette activité augmenterait la quantité d'urée sécrétée. Plus récemment. Mendel a confirmé un fait sur lequel l'attention avait déjà été fixée par suite de la présence de l'acide phosphorique dans la substance cérébrale et dans l'urine, à savoir que le travail intellectuel est suivi d'une plus grande élimination d'acide phosphorique par les urines. Mais, d'après Mendel, le sommeil produirait le même effet que l'excitation intellectuelle et il en serait encore de même des lésions tiaumatiques du cerveau, qui, chez le chien et le lapin, augmenteraient aussi l'excrétion d'acide phosphorique.
2° Nutrition des nerfs. Les phénomènes' nutritifs manifestés par la substance blanche paraissent moins actifs que ceux de la substance grise. D'après Ranvier, les étranglements annulaires qu'il a signalés sur les tubes nerveux seraient le lieu de passage des substances nutritives qui pénétreraient ainsi jusqu'au cylindraxe.
Quoi qu'il en soit, la nutrition d'un tube nerveux est influencée par la cellule avec laquelle il est en rapport. En effet, Walter a démontré que si l'on sépare un nerf de ses centres nerveux (substance grise de la moelle pour les racines motrices, ganglions pour les racines sensitives), le tronçon nerveux séparé s'altère et la dégénérescence atteint même, d'après Sokolow, la plaque motrice terminale, au boutd'un temps plus ou moins long, suivant que l'animal sur lequel on opère est à sang froid ou à sang chaud.
D. Phénomènes de localisation dans les divers tissus. Nous examinerons ici l'influence, sur les divers tissus, de la localisation de quelques substances minérales ou organiques. Certaines de celles-ci, comme la substance colorante de la garance, etc. , sont célèbres par les phénomènes de localisation qu'elles ont présentés dans les os des vertébrés supérieurs ; mais cette question, ainsi que nous l'avons déjà dit, sera examinée complètement au mot Osseux. Des recherches analogues ont été entreprises chez les Vertébrés inférieurs et les Invertébrés. En opérant de la sorte, Ileckel a pu contribuer à éclaircir la question de savoir ce qui, chez les Mollusques, appartient au squelette ou à In coquille, les organes dénature coquillièrc étant réfractaires à la coloration
rubienne, et ceux qui sont de nature cartilagineuse étant, au contraire, teintés en rouge par la garance.
Les thérapeutistes ont, depuis longtemps, appelé l'attention sur les faits de localisation de substances minérales, et il n'est pas de médecin qui n'ait eu l'occasion d'observer le liseré gingival de Burtoti, dans le cas d'intoxication saturnine. Ainsi que l'a formulé Gubler, « les substances étrangères à l'organisme vont rejoindre leurs semblables ou leurs analogues parmi les principes normaux, pour s'éliminer concurremment avec eux. Mais si elles n'ont pas leurs semblables au sein de l'organisme, il semble qu'elles ne soient pas susceptibles d'assimilation et que, par conséquent, elles doivent être rejetées au dehors. Toutefois, la totalité de la matière empruntée par les tissus n'est pas toujours restituée ; il en est une partie qui se fixe à l'état insoluble dans l'interstice des éléments, qui demeure seule au milieu du renouvellement de tout ce qui l'entoure, et qui constitue de véritables ^isemenfs. »
Le foie est un des organes où s'effectue, le plus souvent, la localisation des substances métalliques, mais il est loin d'être le seul. Ainsi, d'après de nombreuses et anciennes observations, confirmées par Bergeron et L'Hôte , le plomb n'irait pas seulement se localiser dans le foie ; on le trouverait encore, en assez grande abondance, dans la masse des hémisphères cérébraux, à l'exclusion du cervelet. Heckel a vu la localisation plombique s'effectuer uniquement dans les ganglions cérébroïdes des Gastéropodes, et par là il a affirmé la tendance que l'on a à rapprocher ces ganglions du cerveau des animaux supérieurs; mais il est bon de dire que le régime plombique, appliqué aux Insectes, n'a donné lieu à aucun dépôt de ce genre. L'auteur déduit de ses expériences sur les principaux tissus que le pouvoir localisateur est d'autant plus accentué que le tissu a un degré d'activité plus élevé. En tenant compte des propriétés localisatrices, il range, de la manière suivante, les tissus qu'il a examinés : 1° tissu nerveux; 2" cartilagineux; 5° cornéen; i° musculaire; 5° cellulaire et conjonctif. Il est remarquable, ajoute-t-il, que ces tissus conservent à peu près le même ordre si on les classe d'après la quantité de phosphate de chaux qu'ils renferment.
§4. De la. nutrition de l'organisme. Toutes les substances qui pénètrent dans l'organisme ne se comportent pas de la même manière. Les unes y sont plus ou moins profondément modifiées, les autres s'en échappent sans avoir éprouvé de changement appréciable. Celles-ci, au premier abord, semblent n'avoir aucune importance au point de vue de la nutrition ; cependant nous allons voir qu'elles jouent souvent un rôle considérable.
A. Matières qui traversent l'organisme saïis y être sensiblement modifiées. Nous nous bornerons à examiner parmi ces diverses substances, celles dont l'importance a été bien étudiée et est universellement reconnue. Et d'abord il importe de savoir que, dans certaines conditions, une substance peut traverser l'organisme sans y être modifiée, tandis que, dans d'autres circonstances, elle peut, au contraire, subir de profondes modifications. Ainsi, comme l'a fait voir Cl. Bernard, le sucre de canne, injecté dans les veines, est rejeté au dehors, tel qu'il a été introduit ; mais s'il a été ingéré dans le tube digestif, il se transforme, au moins partiellement, en glycose.
L'eau, qui travei'se incessamment l'organisme, doit nous arrêter un instant, à cause de l'importance de son rôle dans les phénomènes de nutrition. Elle est un élément indispensable de la vie; elle forme la base de toutes les humeurs et
fait partie de tous les tissus. Ceux-ci ne sauraient présenter les propriétés nécessaires à l'accomplissement des diverses fonctions, s'ils n'étaient continuellement imbibés d'une certaine quantité d'eau. Elle contribue puissamment à faciliter l'absorption et fournit incessamment à toutes les excrétions.
Le corps humain contient environ 70 parties d'eau et 30 parties de substances solides supposées sèches.
Certains animaux inférieurs, tels que les Tardigrades et les Hotifères, peuvent résister à une dessiccation prolongée ; mais ils tombent dans un état de mort apparente. Il suffit alors de les humecter pour les voir se ranimer et reprendre toute l'activité qu'ils avaient avant leur dessiccation.
Une expérience, très-facile à faire sur la grenouille, permet de montrer l'influence pernicieuse de la soustraction de l'eau à l'organisme. Si l'on plonge un de ces animaux dans de l'eau contenant en dissolution une assez forte quantité de sel, on ne tarde pas à voir survenir des convulsions, puis, peu de temps après, l'immobilité voisine de la mort. Ces phénomènes sont dus à l'osmose de l'eau des tissus vers l'eau salée extérieure, à travers la peau perméable de la grenouille. Mais si, au moment de l'immobilité complète de l'animal, on le plonge dans l'eau douce, il reprend bientôt ses mouvements, grâce à la rentrée dans l'organisme de l'eau qui lui avait été soustraite.
La plus grande partie de l'eau qui pénètre à l'intérieur du corps est presque aussitôt éliminée, soit par les reins, soit par les poumons, soit par la peau ; mais ce serait une erreur de croire que toute l'eau introduite ne fait que traverser l'organisme. Nul doute qu'une petite partie de ce liquide ne puisse être décomposée et ne concoure ainsi aux métamorphoses des substances organiques.
Enfin, une certaine quantité d'eau peut se former dans l'économie, aux dépens de l'oxygène inspiré et de l'hydrogène des matériaux organiques {voy. Respiration, p. 629). On a calculé que, chez l'homme, la quantité d'eau absorbée en vingt-quatre heures tant par les aliments que par les boissons, est en moyenne de 2 kilogrammes, tandis que la quantité expulsée, dans le même temps par les diverses excrétions, est de 2 kilogrammes et demi.
Parmi les substances qui ne sont pas sensiblement modifiées dans l'économie, il convient encore de citer le chlorure de sodium ou sel marin. Il est répandu partout dans l'organisme et constitue un des principes les plus nécessaires de l'alimentation. Dans un jour, l'homme prend environ 20 grammes de sel; il doit donc en introduire journellement dans son alimentation et en ajouter aux aliments naturels qui n'en contiennent presque jamais assez.
L'importance du sel est considérable, au double point de vue de la physiologie du sang et de celle de l'absorption. On sait, en effet, que les globules rouges ne conservent leur configuration et leurs propriétés que lorsque le plasma contient une certaine quantité de chlorure de sodium. D'autre part, Voit a démontré que l'albumine injectée dans le rectum d'un animal n'est pas absorbée ; tandis que l'absorption de cette substance se fait, avec une grande rapidité, si l'on y ajoute un peu de sel marin.
Nous ferons observer que si la plus grande partie du sel introduit dans l'organisme n'y subit pas de modification, une certaine quantité de cette substance sert du moins à la formation du chlorure de potassium qu'on trouve dans les muscles et les globules rouges.
Le sel parait plus nécessaire à l'alimentation des herbivores qu'à celle des car-
nivores. On doit à Bunge une explication satisfaisante de ce fait. Les aliments des herljivores renferment une proportion plus grande de sels de potasse que ceux des carnivores. Or ces ?els de potasse se décomposent dans le sang et donnent des sels de soude, en présence du chlorure de sodium contenu dans le plasma. Ceux-ci sont éliminés, en grande partie, par les urines, et le plasma appauvri en chlorure de sodium doit retrouver, dans les aliments, la quantité qui lui manque. Le sel marin contenu dans les aliments naturels des carnivores suffit à ces animaux; mais il est aujourd'hui bien démontré que l'homme doit introduire, tous les jours, une certaine quantité de cette substance dans ses aliments. On dit même que des corporations religieuses qui ont essayé de s'imposer la privation du sel marin, ont été bientôt obligées de revenir à cet élément indispensable de l'alimentation humaine.
Au nombre des substances qui semblent traverser l'organisme purement et simplement, citons encore l'alcool. Ce n'est pas à dire, pour cela, que son i^ôle dans la nutrition doive être négligé. Il constitue un excitant général, et, s'il Jie nourrit pas, il stimule du moins, dans certaines conditions, les actions moléculaires dont le corps est sans cesse le théâtre. Pour employei' une comparaison vulgaire, il paraît, à petites doses, jouer le rôle d'un coup de fouet qui, appliqué à un cheval, ne le nourrit pas, mais l'excite et le fait mieux marcher. Cependant il semble aussi quelquefois jouer le rôle de ces aliments dits d'épargne ou anlidéperdileurs qui ralentissent le mouvement de désassimilation.
B. Matières modifiées plus ou moins profondément dans L'organisme. 11 résulte des expériences de Wôhler que l'acétate de potasse introduit dans l'organisme est, presque eu totalité, transformé en carbonate de potasse qui s'échappe par les urines. Or ce n'est pas l'acide carbonique qui a déplacé l'acide acétique; c'est ce dernier qui a été brûlé et a ainsi donné naissance à de l'eau et à de l'acide carbonique. Celui-ci s'est alors combiné avec la potasse et cette combinaison s'est faite dans le sang lui-même, car la transformation de l'acétate de potasse en carbonate de potasse a lieu quand on injecte directement la substance organique dans l'appareil circulatoire. Les sels végétaux, en général, se comportent de même, et on se rend ainsi compte de l'action des fruits acides qui, ingérés en quantité suffisante, rendent l'urine alcaline.
Des expériences analogues ont démontré que le sulfliydrate de potasse et l'hyposulfite de soude sont respectivement transformés, dans l'économie, en sulfate de potasse et sulfate de soude, c'est-à-dire que toutes ces substances sont oxydées pendant qu'elles traversent le torrent de la circulation.
C. Assimilation. Nous allons étudier, sous ce chef, la formation des principes immédiats de nos tissus, c'est-à-dire des matières albuminoïdes, des matières grasses et des matières hydrocarbonées. Le mode de formation de ces dernières substances a été découvert par Cl. Bernard; mais, relativement à cette question, nous ne devons ici nous occuper que de l'origine des substances albuminoïdes et de la graisse de l'organisme.
1° Origine des substances alhumindides de l'organisme. Il est claii- que ces substances ne peuvent provenir que des aliments azotés. On sait que ces aliments sont transformés en peptoues avant d'être absorbés; mais, d'après les recherches de Briicke et de Voit, cette transformation ne serait pas toujours nécessaire pour que l'absorption eiit lieu.
Quoi qu'il en soit, c'est avec l'albumine du sérum sanguin que se constituent es substances albuminoïdes de l'organisme; mais la série des transformations
que subit celte albumine est encore inconnue el n'a pu être reproduite en dehors de l'économie.
2° Origine de la graisse de Vorganisme. Les tissus contiennent presque tous de la graisse. Le rôle de cette substance est des plus importants : c'est elle qui vient, tout d'abord, compenser l'alimentation, lorsque celle-ci est insuffisante. 11 résulte des expériences de Chossat que, chez un animal soumis à l'inanition, la graisse éprouve une perte plus considérable que toute autre partie du corps. On sait aussi que les animaux hibernants accumulent, dans leurs tissus, une certaine quantité de graisse destinée' à être consommée pendant la période d'hibernation. L'origine de la graisse chez les animaux a été l'objet de nombreux travaux.
En 1845, deux opinions diamétralement opposées avaient cours dans la science. D'une part, Liebig prétendait que la graisse contenue dans le corps des animaux était formée , en partie , par la transformation des albuminoïdes ou des hydrocarbonés. D'autre part , Dumas , Boussingault et Payen soutenaient que les animaux ne possédaient pas le pouvoir de former de la graisse aux dépens de matières organiques d'un autre ordre. Suivant eux, les animaux tiraient la totalilé de leur graisse de celle qui était contenue dans les substances alimentaires.
Des observations déjà anciennes de F. Huber, sur les abeilles, militaient en faveur de la première de ces opinions. En effet, ce naturaliste avait remarqué que des abeiaes nourries avec du sucre continuent à produire de la cire, c'est-à-dire une matière grasse. Dumas, Boussingault et Payen reprochaient à cette expérience d'être incomplète, car Huber ne s'était pas préoccupé du poids des abeilles avant ni après le régime sucré. On pouvait alors supposer que c'était aux dépens de la réserve de graisse emmagasinée dans leur corps que les abeilles avaient continué à sécréter de la cire.
L'expérience de F. Huber fut reprise par Milne Edwards et Dumas, dans des conditions meilleures. Ces savants déterminèrent le poids de graisse contenue dans le corps des abeilles, avant l'expérience, et le poids tant des matières grasses sécrétées que de celles qui restaient dans le corps, après le régime du sucre. Ils virent ainsi que la seconde quantité était de beaucoup supérieure à la première. Les abeilles produisent donc de la graisse aux dépens des matières sucrées de leur alimentation.
Des expériences analogues, entreprises par Lacaze-Duthiers et Riche, ont montré que, dans les noix de galle, les larves de cynips forment de la graisse avec la fécule des parois ligneuses qui les entourent.
En expérimentant sur les animaux supérieurs, on arriva aux mêmes résultats. Ainsi Persoz soumit des oies au régime du maïs et trouva que ces animaux sont capables de former deux fois autant de graisse qu'ils en reçoivent par les aliments. H vit même que cette production de graisse a lieu chez des oies dont les aliments sont totalement dépourvus de matières grasses.
Enfin Boussingault démontra que, dans certains cas, le poids de la graisse contenue dans le corps des porcs pouvait dépasser de plus de 40 kilogrammes le poids des matières grasses préexistantes et de celles qui avaient été introduites par l'alimentation. H remarqua aussi que « les aliments qui, administrés seuls, n'ont pas la faculté de développer des matières grasses, acquièrent cette faculté d'une manière étonnante, aussitôt qu'on y joint de la graisse, bien que la graisse donnée seule produise l'inanition. »
Quant à la manière dont les substances hydrocarbonées se transforment en graisse, elle n'est pas encore bien connue. Suivant Liebig, ce serait par une simple désoxygénation de la fécule que se produirait la graisse; mais, suivant Dumas et la plupart des chimistes, celle-ci serait le résultat de phénomènes beaucoup plus complexes.
Quoi qu'il en soit, les féculents sont des corps générateurs de graisse, et l'action engraissante de la bière, boisson riche en dextrine, se conçoit aisément, d'après ce qui précède.
De nombreuses expériences ont été faites pour savoir si la graisse ne pourrait pas se produire aux dépens des matières albuminoïdes. Malgré les objections qu'on peut faire à la plupart de ces expériences, on est maintenant assez généralement d'accord pour admettre la probabilité de la formation d'une certaine quantité de graisse par dédoublement des albuminoïdes en principes gras et en principes azotés. D'ailleurs Pettenkofer et Voit ont montré que lorsqu'on nourrit un chien, en ne lui donnant que de la viande dégraissée, on obtient l'engraissement quand la quantité de viande est suffisante : ils ont vu, dans ces conditions, que tout le carbone ingéré ne se retrouve pas dans les excréta ; par suite, une partie de ce carbone a servi à la formation de la graisse.
En résumé, la plus grande partie de la graisse de l'organisme provient des aliments, où elle se trouve toute formée ; le reste est produit aux dépens des substances hydrocarbonées et albuminoïdes de l'alimentation, les premières ayant un rôle prépondérant dans celte production.
D. Désassimilation. La désassimilation ou l'usure des matériaux de l'organisme se fait surtout par oxydation. Elle peut porter sur les substances contenues dans le sang ou bien sur les tissus eux-mêmes.
Les preuves de la désassimilation des tissus sont ordinairement tirées de l'observation des phénomènes qui accompagnent l'inanition. On sait que, dans ce cas, l'animal perd une certaine quantité des diverses substances qui le constituent ; mais on peut objecter que l'oxydation des tissus n'a eu lieu qu'à cause de l'absence des combustibles organiques introduits d'ordinaire dans le sang par l'alimentation. D'autres considérations permettent de se faire des idées plus nettes de la désassimilation des tissus. Ainsi les cheveux et les poils de la barbe croissent à la base et s'usent à leur extrémité libre. Il arrive donc un moment où ces organes ont été entièrement renouvelés, sans que leur forme ait changé. L'épiderme se renouvelle aussi constamment, s'exfoliant par sa face externe et croissant par sa face interne. Enfin si l'on nourrit un chien uniquement de graisse, on voit que l'animal continue à excréter de l'urée, c'est-àdire une matière très-fortement azotée]^ qu'il ne peut tirer que de sa propre substance.
En généralisant ces faits et beaucoup d'autres, on arrive à admettre la rénovation de l'organisme tout entier dans un espace de temps d'ailleurs tout à fait indéterminé.
Quant aux preuves de la désassimilation des substances organiques dans le torrent même de la circulation, elles abondent ; mais nous avons déjà trop insisté sur la transformation, dans le sang, des sels végétaux en carbonates, et sur d'autres phénomènes de ce genre, pour avoir à y revenir.
Les produits de désassimilation de l'organisme sont, les uns organiques, les autres inorganiques. Le plus important des premiers est, sans contredit, T^z-ee ,* en tête des seconds, il faut placer Vacide carbonique eiVeau.
L'urée, dont l'urine est essentiellement une dissolution aqueuse, est le plus azoté des produits de désassimilation : elle paraît provenir des albuminoïdes du sang, de ceux du foie, du cerveau et de quelques organes. V acide urique qu'on rencontre dans l'urine de l'homme et des carnivores, Y acide hippurique, qui remplace l'acide urique dans l'urine des herbivores, les matières colorantes de l'urine [Vurobiline et Vuroxanthine), la créatine des muscles, les matières colorantes et les acides de la bile ainsi que beaucoup d'autres substances, dont on trouvera l'énumération dans les traités de chimie biologique, sont encore des produits de désassimilation des albuminoïdes. Enfin l'on trouve dans l'organisme de faibles traces d'ammonia^we à l'état libre.
Quant à l'azote, il paraît bien démontré que sa production a lieu dans les conditions normales. 11 résulte des expériences de Boussingault et de Barrai , qu'on ne retrouve pas , dans les excréments solides ou liquides , tout l'azote introduit par l'alimentation ; le reste s'est échappé à la fois, par le poumon et par la peau [Voy. Respiration). Boussingault a fait voir que l'azote atmosphérique ne peut s'unir aux matières organiques du corps et que celui-ci emprunte tout son azote aux aliments albuminoïdes. La somme des quantités d'azote retenues ou excrétées par l'organisme ne dépasse jamais celle qui est contenue dans les aliments.
Si la provenance des produits de désassimilation azotés ne peut être douteuse^ il n'en est pas de même pour les produits organiques non azotés. En effet, ceux-ci peuvent être le résultat de la combustion, soit des substances azotées,, soit surtout des graisses et des hydrocarbonés. Toujours est-il que l'acide carbonique et l'eau sont les derniers termes de la décomposition des principes non azotés. On sait d'ailleurs que c'est dans les muscles que se produit la plus grande quantité de l'acide carbonique exhalé de l'organisme.
Conséquences tirées de Vétude des phénomènes de désassimilation. Nous venons de voir que le corps de l'animal est le foyer d'une combustion continuelle qui s'entretient, à la fois, aux dépens des tissus et des produits dissous de la digestion. Les aliments doivent donc non-seulement réparer les pertes de substance du corps {aliments plastiques) , mais encore servir de proie à l'oxygène [aliments respiratoires) , ^our préserver les tissus de l'action trop énergique de ce corps comburant. Malgré que les aliments plastiques puissent alimenter la combustion et que les aliments respiratoires puissent servir à l'entretien de certaines parties intégrantes des tissus, il n'en est pas moins vrai que la division des aliments en plastiques et respiratoires, due à Liebig, a une valeur, au point de vue qui nous occupe [Voy. Aliments). On voit que ces deux groupes d'aliments sont nécessaires à l'entretien convenable de l'organisme, et l'on ne saurait trop faire remarquer qu'ils se trouvent réunis dans les deux types les plus parfaits de l'aliment, savoir le lait et le jaune de l'œuf qui répondent, d'une façon si complète, aux premiers besoins des animaux vivipares ou ovipares. Il ne faut pas, non plus, s'exagérer la différence qu'il y a entre le régime Carnivore et le régime herbivore. Bien que les matières azotées prédominent dans le premier, tandis que les aliments non azotés sont en majorité dans le second, il n'en est pas moins vrai que l'un et l'autre renferment tous les éléments nécessaires à la réparation des tissus et à leur protection contre l'action comburante de l'oxygène. Ainsi, la viande contient beaucoup de matières grasses, et les aliments tirés du règne végétal renferment tous des substances azotées en quantité plus ou moins considérable. On peut nour-
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rir un chien avec du pain et entretenir pendant longtemps la vie d'un lapin, en ne lui fournissant que de la viande convenablement prépare'e.
Que le régime soit animal ou végétal, une certaine quantité de corps inorganiques sont introduits par l'alimentation. On trouve, en effet, dans le corps des animaux, non-seulement du carbone, de l'azote, de l'hydrogène et de l'oxygène, mais encore du soufre, du phosphore, du fer, du calcium, du sodium, etc., etc. Ces divers corps doivent être introduits dans l'organisme, sous peine de graves désordres. Que, par exemple, on empêche une poule de picoter dans le sol, et elle cessera de pondre, car elle ne trouvera plus les sels calcaires nécessaires à la constitution de la coquille de l'œuf. C'est dans le but de pourvoir à la formation de cetle coquille qu'on met dans les cages des oiseaux chanteurs un os de seiche destiné à fournir l'élément calcaire indispensable. D'une manière générale, les os deviennent promptement friables chez les oiseaux qu'on ne nourrit que de grains, et la mort ne tarde pas à suivre le ralentissement qui se produit ainsi dans la réparation du système osseux.
Tous les exemples qui précèdent démontrent la nécessité d'un régime qui contienne, à la fois, des matières organiques azotées, grasses et hydrocarbonées, ainsi que des matières minérales. Nous avons longuement insisté sur le rôle que joue chacune de ces substances, et on trouvera encore des détails sur ce sujet aux mots aliments et alimentation. Mais la nécessité du régime mixte peut aussi être établie en faisant valoir des considérations que nous allons maintenant fil ire connaître.
E. Conditions d'égalité entre les ingestae^ les excréta : Ration d'entretien de rhomme. Si l'on donne à un animal adulte une quantité d'aliments telle qu'il y ait égalité entre les ingesta et les excréta, ou, eu d'autres termes^ entre les entrées et les sorties, on le soumettra à ce qu'on appelle la ration d'entretien. Le poids du corps restera alors stationnaire. On peut arriver assez facilement à ce résultat chez les animaux, et, bien que chez l'homme il ne soit guère réalisable, on peut néanmoins s'en approcher d'une manière assez complète.
Yoici, d'après Yierordt, le bilan de la recette et de la dépense, pendant vingtquatre heures, chez un homme de poids moyen, soumis à la ration d'entretien, en faisant entrer en ligne de compte, dans le calcul, le poids de l'oxygène inspiré :