Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.66
OAKL'U (Carded-). Le mot anglais oakutn signifie étoupe. Les vieux câbles goudronnés que l'on corde à la machine forment le Carded-oakum, qui est notre étoupe de calfat. On en fait une espèce de charpie, qui a été signalée à ce dernier mot. On applique cette charpie sur les plaies suppurantes, soit directement, soit enveloppée d'un linge fin; on en peut faire un cataplasme en la trempant dans l'eau chaude et en l'étendant entre deux linges, en ayant soin de huiler le côté qui doit toucher la plaie. Ce mode de pansement a certains avantages comme antiseptique {voy. Charpie). D.
OARIIXE (de wâotov, petit œuf, et oy).«, cicatrice). Corps jaune, corpus luteum, formé par la vésicule de de Graaf rompue et hypertrophiée [voy. Menstruation, Fécojsdation, Œdf, Ovaire). D-
o'beirxe (James). Célèbre chirurgien irlandais, né en 1786. Il fit ses études à Dublin et à Edimbourg, y prit le grade de docteur en 1818 et fut reçu fellow du collège royal des chirurgiens d'Irlande en 1820. Antérieurement il servit comme chirurgien dans l'artillerie anglaise et assista à la bataille de ^YaterloQ, où il prit part comme aide à l'amputation de la jambe du marquis d'Ânglesey.
Use fixa à Dublin en 1819 et y remplit avec zèle les fonctions de chirurgien du Charity hifirmary de lervis-Street, de 1819 à 1832, de chirurgien aux
DICT. EXC. 2" S. XIY. 1
2 OBERKAMP (Les deux).
hôpitaux de Richmond, de Whitworth, et au Fever-Hospital de Hardwick, de 18!28 à 1844. Il était de plus Senior consulting surgeon à Maynootli Collège, chirurgien extraordinaire de la reine, président du collège des chirurgiens d'Irlande et membre d'un grand nombre de sociétés savantes.
O'Beirne mourut d'une bronchite à Bayswater le 16 janvier 1862. 11 s'était acquis une certaine notoriété par ses vues nouvelles sur la défécation et le tétanos ; dans le tétanos tniumatique il prescrivait les lavements de tabac. Nous citerons de lui :
I. Diss. inaug. de conlagioiie, Iheoria et curaticne (hjsenteriœ. Edinburgi, 1818. — II. New Views of tlie Process of Défécation, and Iheir Application lo the Pafhology and Trealment of Diseases of ilie Slomach, etc., togcl/ier willi an analijlical Correction of Sir C. Bell's Vicw's respecling iJie ISeircs of the Face. Dublin, 18">5, in-8°. — III. A Case of Telaiius [Iraiwiaticiis) successfidly Ireated bij Tobacco. In Dublin Ilospit. Reports, t. III, p. II, p. 543, 18-2. — IV. Oh llie Use and Advantages of Tobacco in tlie Trealment of Dysentery. In Transactions of the Assoc. of the King's and Queen's Collège of Physic. in Irelnnd, t. IV, p. 3S0, 1824. — \. On the Exis'ence of Valves in tlte Rectum. In Dubl. Journ. of Med. Se, t. III, p. 542, 1833. — \I. On tlie Use of Mercury in Ulcération of the Cartilages of the Joints. Ibid., t. V, p. 159, 1834. — VII. Obs. on Ilijdrncele of Seck. Ibid , t. VI, p. 1, 1855.
— VIII. Oti the Funclions and Diseases of the Inteslinal Canal. Ibid., t. VIII, p '206, 1836.
— IX. On the Primary Causes of Strangulation, and the Taxis. Ibid., t. XlV, p. 88, 1839.
— X. C'ises of Uydrophl/tainiia and Relinitis cured by Mercury. Ibid., t. XVII, p. 224, 1840.
— XI. On the Means of Dislivguishing Beat from Apparent Enlargentent of the Eyeball. Ibid.— XU. On the Nature and Trealment ofDropsy. Ibid., t. XXII, p. 219, 1843.— XIII. On Ihc Diagnostic Marks of Ihjdrophthabnia and ExoplUhahnia. In Dublin Med. Press, t. IV, p. 156. — XIV. On Tetanus. In Meeting ofthe Bril. Assoc. for the Advancem. of Se. Bristol, 1836 (Brit. Med.-Chir. Beview, t. II, p. 594, 1836). — XV. Autres articles dans the Lancet, Johnson's Med.-Chir. Bevieiv, dans Cyclopedia of Practical Surgery, à partir de 1857. L. Hn.
OBEREIT (Jacob-Hermann). Alchimiste et mystique suisse, naquit en 1725 à Arbon, en Thurgovie, et, après une existence fort aventureuse durant laquelle il jouit de la protection de Wieland et du duc de Saxe-Meiningen, mourut le 2 février 1798 à léna. 11 s'est occupé de trouver une panacée universelle et a publié à ce sujet la dissertation suivante : Disqumtio de universali meihodo medendi confortativa (Carlsruhe, 1767, in-i). Nous citerons encore de lui :
1. Défense du mysticisme et de la vie solitaire. Francfort, 1775. in-8°. — II. De la connexion originaire des esprits et des corps, d'après les principes de Newton. Aiigsbourg, 1776, iu-8". L. Ils.
OBERHiCUSER (Georges). Mérite une mention ici pour les perfectionnements qu'il apporta au microscope. Né à Ansbach (Bavière) en 1798, il vint à Paris en 1815, imagina un microscope remarquable par sa simplicité mécanique et qui fut présenté à l'Académie des sciences par de Blainville, puis de 1831 à 1856, époque de sa retraite, fabriqua un nombre prodigieux de ces instruments. Oberhœuser a été l'objet de récompenses publiques :
I. Microscope disposé de manière à ce qu'on puisse éclairer successivement de plusieurs côtés l'objet quon étudie, sans le faire sortir du champ de la vision. In Compt. rend, de l'Acad. d. Se, t. IV, 1857. — II. Sur les lignes qui s'observent dans les diamants, etc. Ibid., t. V, 1857. — in. Miscrnscope achromatique donnant tous les grossissements, etc. Ibid.. t. IX, 1839. — IV. Sur les microscopes à éclairage oblique. Ibid., t. XXIV, 1847. L. Hn.
OBEBKyiiflP (Les deux).
Oberkanip (Frasçofs-Joseph). Né en 1710 à Amorbach (B'avière), fit sesétudes médicales à Wurtzbourg, où il fut reçu docteur en 1735. Il voyagea
OBERLAHNSTEIN (Eau minérale de). 3
quelque temps en France et dans Jes Pays-Bas et obtint la charge de médecin de l'Evèque de Spire. Il exerça quelque temps à Nuremberg cl retourna en 1742 à Wurt/bourg, comme professeur de médecine et médecin de l'hôpital, et fut appelé en 1748 à Heidelberg, comme titulaire de la chairi; de médecine pratique et de botanique. 11 devint premier médecin de la cour, conseiller en 1753, et mourut dans cette ville en 1768.
On peut citer de lui :
I. SysteDia theoretico-practicum... physiologimii, patholoç'am et Iherapiam jungens. Nuremberg. 1731, in-S".— 11. Dissertotio de mulntione esculentorurii et pociûenloruni. Wurtzbourg, 1745, in-4°. — Ilï. De variolls. Wmiihnur'^, 1746. iii-4°. — IV. Mechanismus seu fahrira infestinori(m tenuiuin eonuufjiie mef/trt;(it((.<!usw.<!.\VurUbourg. 1747,in-4<'.— V. Wahrer Mineratgehalt und davon abslammende Wùrkkrajle der Kisxinger und Bockleler Heil- Trink- und Badebrunnen, in dem Fitrstentkiim Wiinburg. Wurlzbourg, 1747, in-4°. — VI. Di-tserlafio de febribus maligiiis. Wurlzbonrg-, 1748, in-4°. — VII. Nephritid/s in/Iammatoriœ Ulea, rnusœ, sijmplomata et curalio. Heidelberg-, 1750, in-4''. — VIII. Collcclio dissertât, medic. inauguraliiim Lugdini Batavorunt, t. I, Francfort, 1767, in-4°. A. D.
Oberkamp (Fra.nçois-Philippe). Fils du précédent, né à Heidelberg, le 25 février 1749, fit ses études médicales dans cette ville, où il fut reçu docteur en 177."5 et nommé professeur d'anatomie et de chirurgie. Il obtint la charge de médecin pensionné de Ladcnbourg et mourut le 15 février 1795. Il a publié quelques ouvrages et un grand nombre de dissertations, ^«ous citerons seulement :
T. De moliiniiiibus naturœ crilicis, ac quibuadam illorum impedimentis in febribus. Heidelberg, 1773, in-4°. — II. Dissei-tatio de febribus pulridis. Hei'lelbnrg;, 1775, in-i°. — III. Qiiales abu-sus in exercendâ re medirâ magistrales toKere imprimis teneatur. Heidelberg, 1777, in-4°. — IV. Ossium pubis synchondrotnniia num prosit, num lœdat. Heidelberg, 1780, in-4°. — V. Qiiccnam sit différent ia r/ieumalismum intérêt arthrilidem. Heidelberg, 1781, in-4°. — VI. Stmeiotices medicœ generalia commentata. Heiilelberg, 1783, in-4°. — VII. Dissertaiio de variulis earumque inoculnlione. Ileidtlbeig, 1785, in-4°. — VllI. Comnientali/nies II de medicorum necessitale in republicâ in génère non tam medico quam phijsico. Heidelberg, 17.S9, in-4''. — IX. An nostro œvo prœ antiquitate natura hominis minus firma, minns longœvasit. Heidelberg, 1789, in-4°. A. D.
OBFRK.4.tlPF (Ludwig-Carl). Médecin allemand, né à Osterwieck, dans la principauté d Halbersladt, le 5 février, 1808, mort à Giintersberg, près d'Anhalt, le 18 février 1836. Reçu docteur en médecine à Wnrtzbourg en 1830, docteur en philosophie à Halle en 1831, il fit un voyage en France, subit le Staatsexamen à Hanovre en 1835, et la même année se fixa à Gûntersberg. Ce savant médecin, mort prématurément, a publié :
I. Diss. inaug. de anatomia fœtus. Wirceburgi, 1830, in-S". — II. Die Uaut-Krankheiten und ilire Behandlung. Hannover, 1835, in-8°. — III. Articles dans divers journaux médicaux. L. IIx.
OBERlAlliVSTEliV (Eau mi.nérale de). Athermale, bicarbonatée sodique moyenne, ferrugineuse faible, carbonique forte, en Allemagne, dans le duché de Nassau, à 7 kilomètres de Coblentz sur la Lahn, émerge une source dont l'eau claire, limpide et transparente, sans odeur, d'une saveur agréable et piquante, d'une température de 15°,5 centigrade, est exclusivement employée en boisson par Ips habitants de la contrée. Elle a été analysée en 1847 par le professeur Amburger, qui a trouvé dans 1000 grammes d'eau les principes suivants :
OBERNDŒRFFER.
Bicarbonate de soude 1,383
— magnésie 0,099
— fer 0,015
Sulfate de magnésie 0,547
— chaux 0,1"9
Clilorure de sodium 0,310
Acide silicique 0,001
Total des matières fixes 2,33-4
Cette eau est bue à la dose de quatre à huit verres le matin à jeun, de quart d'heure en quart d'heure, et quelquefois mêlée au vin pendant les repas, par ceux qui souffrent de dyspepsie, d'affections légères du foie ou des reins, et auxquels convient l'usage d'une eau bicarbonatée moyenne et carbonique forte.
OBERLEcnXER (Woi.fgang). Médecin allemand, né vers 1770. Il fut successivement pensionné à Zell, dans le Pinzgau, à Neumarkt (1804). à Rastadt (1805), puis se fixa à Salzbourg, où il acquit en peu de temps une belle clientèle et devint en 1814 médecin de la ville, et par la suite fut nommé conseiller médical. Nous ignorons l'époque de sa mort. Citons de lui :
I. Ars fahricandi frumentum verum. Salisburgi, 1805. — II. Wie kann man sich bei grosser Theurung und Hungersnoth ohne Geiraide gesundes Brod verschaffen ? Salzburg, 1816, 1817, in-8°. — III. Belhsaida oder die Schlammbâder in der Umgegend Juvaviens. Salzburg-, 1826, gr. in-12. L. Hn.
OBERLl!V (Henri-Godefroid). Fils du célèbre philanthrope et pasteur du Ban-de-la-Roche, Jean-Frédéric, naquit en 1778 au Ban-de-la-Roche. Son père lui donna une éducation très-soignée et lui inspira l'amour des sciences naturelles, qu'il cultivait lui-même avec amour. Il fit ses études médicales et théologiques à Strasbourg et en 1798 et 1799 servit comme officier de santé dans l'armée de Masséna ; après la conclusion de la paix de Lunéville, il revint à Strasbourg terminer ses études et soutint sa thèse inaugurale le 13 mai 1806, sous la présidence de Villars ; cet excellent travail est intitulé : Propositions géologiques sur les éléments de la chorographie du Ban-de-la-Roche, accompagnées de cartes topographiques et minéralogiques, de trois gravures représentant le tableau-panorama du Ban-de-la-Roche et la planche du Pyrola umbellata [d'après Clusius) trouvé en ces régions, en 1800, par H. G. Oberlin. Strasbourg, 1806, in-4. Voici comment Kirschleger apprécie cette étude topographique : « Cette thèse nous montre, dit-il, à quels résultats scientifiques on était arrivé (1804-1806), à l'Académie de Strasbourg, en cosmographie, géologie, météorologie, botanique, médecine, agriculture, etc.. ; un de ses mérites consiste dans l'indication de toutes les plantes sauvages employées comme aliments ou médicaments populaires, avec leurs noms en patois du Ban-de-la-Roche... »
Oberlin alla se fixer auprès de son père en qualité de vicaire et de médecin praticien; mais une maladie grave l'emporta le 15 novembre 1817, à l'âge de trente-neuf ans. L. ]\^^
OBER\'D(ERFFER (Johann). Célèbre médecin allemand du dix-septième siècle. Après de longs voyages et un séjour de plusieurs années en Italie, il exerça l'art de guérir successivement à Graetz, en Styrie, et à Ratisbonne, où il obtint la place de physicien. Plusieurs princes d'Allemagne l'avaient nommé leur médecin, et il obtint même le titre de comte palatin.
OBESITE. 5
Oberndœrffer, quoiqu'il fût lui-même un chimiàtre, combattit vivement Ruland et ses arcanes. Il a publié :
I. De veri et fahi medici agnitione. Lavingœ, 1600, m-i°. — II. De febre ungarica. Francof., 1007, in-4°. — lU. Apologia chiniico-medica adversus Rulaiidi calumtiias. Ralisbonnse, ItJlO, in-i°. — IV. Descriptio hortl medici qui llatisbonnœ est. Ratisbon., 1051, in-S". L. Un.
OBERREICH (Christian-Friedrich). Né à Icna vers 1770, fit ses études médicales dans celte ville, où il fut reçu docteur, puis fut nommé privat-docent en 1805; il passa ensuite à Riga, où il mourut vers 1810. Il a publié :
I. Umriss einer Arzneimittellehre nach den Grundsâlzen der Erregungstheorie. Leipzig, 1803, in-S". — II. Versuch einer ncuen Darstellung der Erregunstheorie. lena, 1804, in-8". — III. Dissert, medica sislens qucedani de morborutn fonte ; pro farultate legendi. leiia, 1805, in-4'>. — IV. Handbuch der Ilcilkunst. Riga, 1805-1806, 3 vol. in-S». — V. Kritisches Journal der Arzeneikumt, zum Behuf der Erregungstheorie, t. I, Riga, 1805-1806, in-8°.
OBERT (Antoine). Médecin du dix-septième siècle, natif de Saint-Omcr. li n'est guère connu que par quelques dissertations sur le lieu où l'on doit pra-' tiquer la saignée dans la pleurésie :
I. De venœ sectione in pleurilide eudoxa contra paradoxum Fiic/isii, Fernelii et alioriim sentenliam. Saint-Omer, lô'ïO, in-4°. - II, Anastichiosis apologctica pro Paranesi contra D- L- Du Gardin decretum, quo oppositam in ])leurilide revutsionem condemnat , quant Paranœsis approbat. Saint-Omer, 1631, in-8°. — 111. De venœ sectione in pleurilide Parœnesis secunda. Accessit de venœ sectione in variolis administranda contra popularem errorem assertio. Saint-Omer, 1635, in-8°. L. Hn.
OBERTEUFFER(JonANN-IlEiNRicH). Médecin allemand, né vers 1775, reçu docteur à léna en 1798, exerça la médecine et les accouchements à Herisau, fut médecin juridique du district de Gossau et plus tard médecin de la maison sanitaire de Wattwyl. Nous connaissons de lui :
I. De placenlarum in utero post piartum remansarum curatione Iherapeulica ac manuali. Diss. inaug. Icnœ, 1798, in-4°. — II. Mcdicin.-diàtet . Unterriclit icber die Natur, Bchandlung und Erleichterungsart der Pocken. St. Gallen, 1800, gr. in-8°. — III. Abhandlung iiber die Wichtigkeit der Mineralwasser, 1804, in-S". — IV. Beschreibung der Heilanslalten im Rosengarten in Wattwyl. Waltwyl, 1831, in-S". L. ilx.
OBÉSITÉ. Vobésité est un état pathologique caractérisé par l'hypertrophie plus ou moins générale du tissu adipeux; selon son degré, cet embonpoint excessif détermine une augmentation de volume et de poids du corps, en déforme l'aspect extérieur et peut amener des troubles fonctionnels variables suivant les organes qui ont été surchargés de graisse. Le mot polysarcie est employé par quelques auteurs pour indiquer l'obésité poussée à son degré exlréute; c'est là une limite difficile à préciser; nous emploierons ces deux termes comme synonymes. L'obésité, en allemand Fettsucht, en anglais corpulence, a été également désignée sous le nom à'adipose ou lipomatose universelle ; l'expression est exacte, car nous savons aujourd'hui que le sang renferme de la graisse en quantité exagérée.
Le tissu graisseux fait partie intégrante de l'organisme à l'état sain ; les anatomistes admettent que normalement la graisse constitue environ 1/20 du poids du corps de l'individu. Où commence donc l'obésité, où finit l'embonpoint phy-
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siologique? La clinique ne saurait s'appuyer sur ce fait anatomique. Le rapport du poids à la taille n'est pas non plus un critérium certain, car nous savons combien varient, pour des individus de même taille, les poids des masses musculaires et du sqnelelte. L'obésité commence donc dès qu'il y a gène fonctionnelle attribuable à l'bypertrophie du tissu graisseux.
Historique. De tous temps, l'obésité a été connue; elle a fait sans doute son apparition dès que les hommes ont pris goût aux plaisirs de la table, et à cet égard son histoire se confond probablement avec celle de la goutte. Elle n'était pas, le plus habituellement, considérée comme une maladie, mais comme une simple infirmité qui, de tous temps, a attiré les sarcasmes des poètes ; les médecins cependant observaient les maux auxquels elle peut donner lieu: Ilippocrate signalait dans ses Aphorismcs la facilité avec laquelle les obèses sont emportés par les maladies aiguës; G dieu avait noté la brièveté de leur existence. Au dix-septième et au dix-huilième siècle, tant en France qu'à l'étranger, et surtout en Allemagne, la polysarcie était le sujet de nombreuses dissertations : valaitil mieux être gras que maigre; devait-on suigner les obèses ; à quelles maladies sont-ils exposés; sont-ils capables d'avoir une nombreuse postéi'ité? etc., tels étaient les thèmes favoris de ces nombreux écrits. Des observations remarquables de polysarcie étaient publiées. Mais il faut arriver jusqu'au commencement de notre siècle pour voir appaïaître des traites dogmatiques sur la question : Maecary à Gênes en 18H ; Dardonville, Paris, 1811 ; les articles de Percy et Laurent, 1819; le traité de la Panouze, 1857; de Raige-Delorme, 1842; dès lors les matériaux abondent; parmi eux nous citerons les recheiches de Ducliesne-Duparcq, de Dancel, dcLehuen-Dubourg, Foissac, Smith, Caillaud, Vogel (Julius), Banting, et celles plus récentes de Bouchard (Gh.), Gubler, Philbert, et enfin la savante thèse de Worthington, le mémoire le plus complet sur la question et auquel nous ferons de nombreux emprunts.
Du TISSU ADIPEUX. Hallcr supposait la graisse toute formée dans le système artériel, circulant avec le sang, et s'échappant, par un simple suintement, à travers les poiosités artérielles, dans les aréoles préexistantes ou non du tissu cellulaire. Pour Bichat, « la graisse est le second des fluides auxquels le tissu cellulaire sert de réservoir, » le premier étant constitué par la sérosité cellulaire: il n'admet donc pas qu'elle soit formée par un organe spécial. Aujourd'hui nous savons que la graisse n'est pas simplement déposée dans les mailles du tissu cellulaire, qu'elle constitue un tissu propre, le tissu adipeux, répandu dans certains points du tissu conjonctil lâche, plus particulièrement dans le tissu sous-cutané, et offrant avec celui-ci des rapports tellement intimes qu'on lui donne souvent le nom de tissu cellulo-adipeux. L'élément caractéristique du tissu adipeux est la cellule adipeuse; elle présente la forme d'un vaste utricule de 0""",022 à O'^'^jOQ de diamètre, limité par une membrane à double contour; la graisse, reconnaissable à sa réfringence, n'occupe qu'une portion de sa cavité; le reste est rempli par du protoplasma finement granuleux et un liquide transparent; en un point de la merubrane et dans son épaisseur est un noyau vésiculeux muni d'un ou deux nucléoles (Ranvier). Isolées au milieu des mailles du tissu conjonctif lâche, ces cellules adipeuses se réunissent en masses plus ou moins épaisses pour constituer le tissu adipeux proprement dit; elles forment alors des pannicules ou de petites grappes pressées les unes contre les autres, et enveloppées d'un réseau capillaire très-serré ; chaque cellule est comprise dans une maille vasculaire (Frey). Que l'on admette, avec Flemming, que
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la cellule adipeuse résulte d'un dépôt de graisse dans une cellule fixe du tissu conjonclif ; qu'au contraire on pense, avec Hanvier, qu'elle est dès l'origine une cellule spéciale, il n'en est pas moins vrai que cette cellule fonctionne d'une façon spéciale, « de sorte qu'une cellule adipeuse est, en réalité, une glande unicellulaire. Il se peut cependant que des matières grasses soient élaborées dans les cellules plates du tissu conjonctif, d'autant plus que la fonction de produire de la graisse appartient à un très-grand nombre d'éléments cellulaires, les cellules du cartilage et les cellules du foie, par exemple. A ce point de vue, ces éléments peuvent être considérés comme supplémentaires des cellules adipeuses proprement dites » (Ranvier, Technique liistol.). N'est-ce point, en effet, ce qui se passe dans l'obésité? En tous cas, cette riche vascularisation du tissu adipeux, son mode de formation, nous indiquent que la genèse des cellules adipeuses est soumise, comme celle de tous les tissus, à un processus actif, dépendant de la nutrition en général, et que, comme cette dernière, elle peut être diminuée, augmentée ou pervertie : d'où la maigreur et l'obésité, les adiposes générales et partielles.
Au point de vue anatomique, le tissu adipeux sert, avec le tissu cellulaire lâche, à unir les organes entre eux, à maintenir leurs rapports, à combler les espaces laissés vides dans leur intervalle. Uépaiidu eu couche plus ou moins épaisse sous la peau, il contribue à modeler les formes extérieures du corps humain, arrondissant, surtout chez la femme, les saillies anguleuses, comblant les creux trop accentués, assouplissant les lignes, donnant enfin ce fini qui constitue la beauté. Normalement, il est plus abondant dans le sexe féminin. Il contribue aussi au rôle isolant et protecteur de la peau; plus épais à la paume des mains, à la plante des pieds, sur les saillies du grand trochanter et de l'os iliaque, il Ibrme un coussinet élastique qui empêche les pressions douloureuses. Les paupières, la verge, en sont con>tammeut dépourvues. Dans les interstices des muscles et des aponévroses, autour des vaisseaux et des nerfs, il forme une sorte de gaine protectrice; il constitue également les paquets graisseux intraarticuluires, le coussinet graisseux de l'orbite et la boule graisseuse de Bichat. Sous la plèvre pariétale, dans les gouttières vertébrales, existe constamment une certaine quantité de graisse, de même sous le péricarde viscéral, à forigine des gros vaisseaux et dans le médiaslin. Dans l'abdomen, sous le péritoine pariétal, la graisse comble une partie des vides du petit bassin, entourant les vaisseaux iliaques, les plexus lombaires et sacrés, d'une couche assez épaisse ; en avant, elle remonte sous la ligne blanche jusque vers l'ombilic; en bas, elle descend dans le canal inguinal avec le cordon spermatique ; en arrière, elle va former autour des reins l'atmosphère cellulo-graisseuse au milieu de laquelle ces deux glandes sont normalement plongées ; elle remonte le long de l'aorte et par l'orifice du diaphragme communique avec la graisse du médiastin. Sous le péintoine viscéral, le tissu adipeux forme les masses graisseuses des mésentères et de l'épiploon, les appendices graisseux de l'intestin. Enfin, elle entre encore dans la composition de certaines glandes en grappe, la glande mammaire, les glandes parotides et sub-maxillaires, le pancréas; elle isole et réunifies divers acmi de ces glandes. Elle manque complètement dans les tissus des poumons, du foie, de la rate, des reins,, de l'encéphale.
AiNATOMiE PATHOLOGIQUE. La polysarcïe est caractérisée anatomiquement par une hypertrophie simple du tissu adipeux, qui conserve sa stiucture physiologique et prend seulement un développement exagéré. La couche sous-cutanée
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est singulièrement augmentée d'épaisseur; lorsqu'on la divise par une incision, elle apparaît avec une couleur jaune claire due à l'accumulation de la graisse ; sa consistance est assez ferme, le cadavre étant refroidi, cette graisse s'est complètement figée dans les vésicules : la couche sous-cutanée acquiert en général son maximum d'épaisseur dans la paroi abdominale, où elle peut atteindre jusqu'à 12 et 15 centimètres et plus. Dans un cas resté célèbre, Dupuytren mesura l'épaisseur du tissu sous-cutané dans toutes les régions du corps : le minimum était au crâne, où il n'avait pas 2 lignes, au nez 1 ligne, au menton 0, aux oreilles 0, aux paupières 0, sur l'olécrane 5 lignes, sur les doigts 2 lignes ; le maximum était à la région pubienne, où la gi'aisse avait quatre pouces d'épaisseur, à la hanche et à la région sacrée quatre pouces, à la région fessière trois pouces.
Sous les aponévroses, le tissu adipeux est beaucoup moins abondant; il manque absolument sous l'aponévrose crânienne; sous les aponévroses musculaires, il peut s'étendre en nappe plus ou moins épaisse; dans les intervalles des muscles, ils forme des traînées souvent volumineuses, et s'infiltre jusque dans les espaces conjonctifs interfasciculaires ; le tissu musculaire conserve habituellement sa couleur normale, mais souvent il est flasque et pâle, lorsque le tissu conjonctif interfasciculaire, s'infiltrant de graisse, détermine, comme par étouffement, un certain degré d'atrophie de la fibre musculaire. Chez quelques sujets on trouve de petits lobules adipeux ou des traînées adipeuses entre les faisceaux musculaires de la vessie jusque sous la muqueuse de cet organe (Robin).
La graisse est parfois très-abondante autour des membranes synoviales, au genou, au poignet, dans les creux poplité, sus- et sous-claviculaire, les aisselles.
Le tissu sous-péritonéal est constamment surchargé de graisse ; les appendices graisseux de l'intestin sont allongés; le mésentère surtout renferme une quantité de tissu adipeux vraiment considérable ; on a vu son poids s'élever jusqu'à trente livres (Bonet).
Le grand épiploon acquiert dans certains cas une épaisseur de plusieurs centimètres ; les intestins, l'estomac, habituellement dilatés, sont entourés de masses adipeuses. Le pancréas hypertrophié est caché par de la graisse, et les reins, souvent augmentés de volume (Bennet), sans lésions parenchymateuses, sont plongés dans une atmosphère graisseuse plus épaisse qu'à l'état normal.
Le foie est hypertrophié, pâle et d'une consistance molle et pâteuse, gras à la coupe ; les cellules hépatiques sont infiltrées de graisse. La plèvre pariétale est souvent soulevée par une accumulation graisseuse considérable, qui diminue d'autant la capacité du thorax; le tissu cellulaire des médiastins est rempli par de la graisse qui comprime les gros vaisseaux et refoule le cœur.
Jamais il ne se dépose de graisse dans la cavité du crâne ou sous l'arachnoïde ; mais Richet a constaté qu'elle pouvait s'accumuler dans la cavité rachidienne et refouler ainsi le liquide encéphalo-racliidien dans la cavité crânienne, où le cerveau se trouve alors dans un état de compression permanente.
Le péricarde, et plus particulièrement le péricarde viscéral, est soulevé par des amas de tissu adipeux souvent de plusieurs centimètres d'épaisseur ; la graisse masque l'origine des gros vaisseaux, elle remplit les sillons de la face du cœur; la substance musculaire est presque complètement cachée par de la graisse, et enfin le muscle cardiaque est mou, flasque, élai'gi, arrondi et habituellement dilaté. Sous l'endocarde, il y a des taches jaunes dues à l'accumulation de parti-
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cules graisseuses (Parrot). Dans l'épaisseur du myocarde, il se produit des stries graisseuses, allongées, suivant la direction des fibres qu'elles dissocient, sans toutefois leur faire perdre leur striation transversale; le tissu du cœur est souvent pâle feuille morte ; c'est qu'alors la surchage graisseuse s'est compliquée d'une stéatoseparenchymateuse, et les deux causes s'ajoutent pour lui faire perdre sa puissance contractile.
Les mamelles sont augmentées de volume, souvent dans une proportion considérable ; mais au milieu de cette masse graisseuse les acini de la glande sont étouffés : aussi la sécrétion lactée est-elle assez pauvre, quand elle s'y établit.
Les obèses meurent fréquemment d'asystolie et d'asphyxie carbonique : aussi les poumons, le cerveau, la rate, sont-ils souvent congestionnés et gorgés d'un sang noir et diffluent.
Le sang renferme des matières grasses à l'état normal, mais leur proportion n'est pas encore déterminée d'une façon bien précise : elle est d'environ 1, 12 pour JOOO à 1,7; et, dans ces chiffres, la cholestérine n'a pas été séparée : ils sont donc trop forts. Chez les obèses il y a une augmentation de la graisse dans le sang; elle ne semble pas cependant assez considérable, chez l'homme au moins, pour amener le liquide sanguin à l'état de sang huileux; ce sang pathologique est caractérisé par la présence de gouttelettes d'aspect huileux, solublcs dans l'éther, et dont la nature graisseuse ne saurait être mise en doute (Gubler) ; signalé pas Smith en 1856, il ne s'observerait que dans certaines dégénérescences graisseuses du cœur et des artères. M. le professeur Ritter (de Nancy) l'a observé chez une oie soumise à l'engraissement. Dans des analyses de sang faites sur ces animaux avant et après l'engraissement, il a trouvé les chiffres suivants, indiquant la proportion de graisse pour 1000 parties de sang :
AVANT l'engraissement.
1" animal 2,58
soit en moyenne la quantité de graisse de 2,34 pour 1000, chez les oies maigres,
APRÈS l'engraissement.
1"' animal. . . (sang couleur café au lait). 15,57
On voit donc que la quantité de graisse est accrue considérablement, et dans des proportions qu'elle ne saurait atteindre chez l'homme. Eu effet, M. Riller a eu également l'occasion de doser la graisse et la cholestérine du sang de quatre obèses, et il a trouvé les résultats suivants inédits, qu'il a bien voulu nous communiquer :
1» Homme de petite taille pesant 95 kilogrammes; le sang conlient :
Graisse -. 2,95
Cliolestérine 0,78
2° Femme courte, très-grasse, 72 kilogrammes :
Graisse 3,li
Cholestérine 0,89
10 OBESITE.
3° Un cuisinier três-obèse, veutre énorme, petite taille :
Graisse 4,12
Cliolestérine 0,88
i° Femme devenue obèse après un allaitement de huit mois :
Graisse. 3,48
Choleslérine l,0o
Le sang, dans toutes ces analyses, a été recueilli par une saignée du bras. La quantité de graisse est donc chez ces obèses devenue de 4 à 5 fois plus grande qu'à l'état normal ; la cliolestérine a également augmenté en quantité d'une façon sensible.
En somme, l'anatomie pathologique nous montre que chez les obèses il s'est produit un envahissement progressif du tissu cellulaire lâche par le tissu adipeux; que celui-ci comprime, étouffe les organes, notamment le cœur; que le sang lui-même est altéré et que des troubles hématopoïétiques et nutritifs doivent en être la conséquence.
Symptômes. Le premier et le plus apparent de tous les symptômes de l'obésité est la déformation de l'aspect extérieur de l'individu par l'accumulation sous la peau d'un pannicule graisseux anormal ; entre l'embonpoint un peu exagéré et cet état extrême d'engraissement qui rend le sujet difforme et l'expose souvent à la risée bien plus qu'à la commisération du public il existe une infinité de degrés. Suivant la taille du sujet, l'obésité est plus ou moins apparente et suitout plus ou moins dilforme.
C'est parfois dans les joues, à la base du cou et sur la partie supérieure de la poitrine que la graisse commence à s'accumuler ; les joues sont comme bouffies, tantôt pâles, tantôt colorées, surtout si l'on a affaire à des alcooliques; les creux sus et sons-claviculaires s'effacent; le cou paraît court, les épaules sont comme matelassées par un coussin de tissu adipeux ; la circonférence de la poitrine augmente ; les seins se développent outre mesure; chez l'homme, ils acquièient parfois un développement extraordinaire; Schœffer rapporte l'histoire d'un jeune homme chez lequel, dit-il, « Mammœ peclus amplum ohsidehant adeo prœgrandes, lit ubera maxima lactantis feminœ numquam illas œquasse perstiasiis mm » (cité par Raige Delorme). Chez la femme, les seins deviennent énormes, dépassent en grosseur celle de la tète d'un adulte, et retombent sur le venire, fatiguant ainsi par leur poids les malheureuses qui les portent. D'autres fois, plus souvent peut-être, l'obésilé commence par l'abdomen; c'est surtout quand elle survient vers l'âge de vingt-cinq ans; l'individu prend du ventre, dit-on ; déjà les parois abdominales, l'épiploonet le mésentère sont infiltrés d'une couche épaisse de graisse; la circonférence de l'abdomen acquiert une dimension inaccoutumée, et les parties inférieures du venire forment en retombant sur lès cuisses un repli très-marqué au niveau des régions inguinales ; dans le cas de Schœffer, le venire descendait sur les cuisses jusqu'aux genoux. Le pubis se l'ecouvre dans certains cas d'une couche adipeuse considérable; la verge et le scrotum, de même que les paupières, sont respectés ; dans cette même observation de Schœffer, le pénis était caché sous l'amas de graiss; de l'abdomen et du pubis, de sorte que l'urine paraissait sourdre d'une espèce de sinus situé à cet endroit.
Les membres supérieurs ou inférieurs présentent également un volume anormal ; les épaules, les fesses, sont énormes; les aisselles sont remplies par du tissu adipeux qui force les malades à tenir constamment les bras légèrement écartés du corps ; les bras, les cuisses, les mollets, sont énormes ; le dos des
mains et des doigts est potelé ; les poignets, les chevilles, sont habituellement respectés, et à leur niveau existe un sillon profond duquel l'extrémité du membre semble sortir.
Le poids du corps atteint un chiffre considérable ; il est fréquent de le voir arrivera 90et 100 kilogrammes; assez souvent on trouve 150 et 175 kilogrammes; dans certains cas, on a noté le poids de 400, 600 et 800 livres. Un homme, cité par Wadd, pesait 980 livres.
Marcé rapporte le fait suivant : Philippe Ilutin, âgé de treize ans et demi, et de la taille de 1"',30, pesait 2 1 4 livres ; en le mesurant on nota les chiffres suivants :
Circonférence au niveau de l'appendice xyplioïdf 1",'21
— de l'alidomen à i'omij;lic r',33
— du cou O",-!?
— de la lace au-dessus de la bouclie 0"',46
— sous les aisselles O^.SS
— des bras au niveau du deltoïde (I",57
— de la cui^se à la partie moyenne 0",74
— du senou ... O-'.SS
— de la jambe au-dessus du jiied 0°',28
Aran donne les mesures suivantes, prises chez une jeune fille de vingt-cinq ans, pesant 200 kilogrammes :
Circonférence abdominale à l'ombilic P.Sj
— de la cuisse (V°,8S
— du genou (I'°,45
du mollet 0'°,51
— du bras O'-.i'î
Percy et Laurent rapportent l'histoire d'une jeune Allemande de 20 ans, qu'on voyait à Paris, et qui pesait 450 livres ; à sa naissance elle pesait 15 livres, 42 à 6 mois, 150 à 4 ans ; elle avait une taille de 5 pieds 5 pouces, et sa ceinture, mesurée autour du bassin, était également de 5 pieds 5 pouces.
La femme Glay, observée par Dupuylren, avait 5 pieds 1 pouce de hauteur et 5 pieds 2 pouces de circonférence au niveau de l'ombilic. Sa tête, petite pour le volume de son corps, se perdait au milieu de deux énormes épaules, entre les pielles elle semblait immobile. Son cou avait disparu, et ne laissait entre la tête et la poitrine qu'un sillon de plusieurs pouces de profondeur; en arrière, les épaules soulevées par la graisse formaient deux larges reliefs ; en avant pendaient deux mamelles de 28 pouces de circonférence à leur base, et de 10 pouces de longueur à partir de cette base jusqu'au mamelon; elles retombaient sur le ventre jusque près de l'ombilic; les lombes avaient 2 pieds 1/2 de largeur, et les hanches, pourvues d'un énorme embonpoint et relevées jusque sur les côtés de la poitrine, semblaient faites pour la soutenir et pour fournir aux bras un point d'appui. Le poids du corps n'est pas indiqué.
Coe rapporte l'histoire de l'Anglais Briglit, qui, à 10 ans, pesait 140 livres, et 616 à sa mort. Th. Bartholin relate le fait d'un enfant de 10 ans qui pesait 200 livres ; Kaestner, celui d'un autre dont le poids était de 82 livres à 4 ans, et Benzenberg a vu également un enfant de 4 ans peser 137 livres.
Citons encore l'observation de Ilildmann (cité par Picot), d'une enfant de 3 ans tt 10 mois, longue de l'",15, chez qui la mensuration fit constater les mesures suivantes :
Cou O^.iO
Épaule, en passant par l'apophyse coracoïde 1",25
12 OBESITE.
Poitrine au niveau des mamelons 1",02
Abdomen à l'ombilic 1",30
Cuisse au niveau du grand trochanler 0".71
Genou. 0",30
Mollet 0"',27
Iras au deltoïde 0°,36
Avant-bras 0",26
Poignet 0°,20
Nous pourrions multiplier beaucoup ces citations; les pre'cédentes suffisent pour montrer à quel degré prodigieux l'obésité peut atteindre.
La démarche des obèses est lente en général ; ils s'avancent habituellement en écartant les jambes, et en tenant les bras plus ou moins éloignés du corps ; les mouvements sont lourds ; quelques-uns cependant conservent une merveilleuse habileté des doigts : témoin un harpiste célèbre qui se fit longtemps entendre à Paris. La force musculaire n'est pas en rapport avec la corpulence de l'individu; si elle peut être grande, comme chez certains hercules de foire, par exemple, c'est que l'exercice l'a beaucoup développée ; en outre, bien que souvent très-gras, c'est au développement de leurs masses musculaires que ces athlètes doivent surtout leurs proportions gigantesques. Chez les véritables obèses, vivant d'habitude d'une vie très-molle, la force musculaire est au contraire souvent diminuée.
Malgré le poids considérable du corps, on voit certains obèses surnager dans l'eau, en raison de la faible densité de leurs masses graisseuses ; nous avons été témoin du fait chez deux personnes, un adulte et un enfant de douze ans, qui pouvaient rester immobiles étendus sur l'eau pendant un temps presque illimité.
L'apathie et la paresse d'esprit des obèses sont d'observation vulgaire; ils sont rarement capables d'un travail long et continu ; tout effort leur est pénible ; ils ont un besoin extrême de repos; ils dorment dix, douze heures par jour, et leur vie se passe en quelque sorte d'une façon végétative. Souvent la sensibilité générale et tactile est diminuée chez eux ; on ne pouvait, disent les historiens, tirer Denys d'Héraclée de l'état de somnolence dans lequel le plongeait une obésité excessive, qu'en le piquant avec une longue aiguille, ou en couvrant son corps de sangsues.
Les Grecs et les Romains professaient le plus grand mépris pour les obèses, et les considéraient comme peu propres aux affaires publiques. 11 ne faudrait pas cependant accepter aveuglément cette fâcheuse idée sur l'état intellectuel des obèses; nombre d'entre eux ont conservé toute leur vivacité d'esprit, et parmi les hommes célèbres, savants, politiques, industriels et conquérants, l'histoire peut citer les plus grands noms.
Chez les polysarciques, la respiration est souvent courte, haletante, dès qu'ils font un effort, qu'ils montent un escalier; ils ne peuvent marcher vite sans être essoufflés; pour dormir, ils sont obligés d'avoir la tète haute ; la plupart dorment en faisant entendre un ronflement sonore, que j'ai vu disparaître une fois après un amaigrissement considérable. De même, la moindre fatigue détermine des palpitations ; ils sont sujets à des vertiges, à des bourdonnements d'oreille ; souvent un œdème assez prononcé existe, surtout le soir, au niveau des malléoles ; les varices, les hémorrboïdes, sont fréquentes. La peau est couverte d'un enduit sébacé plus abondant que d'habitude, ce qui lui donne un aspect huileux ; la sueur est également facile et exagérée. Au fond des replis graisseux, sous les seins, entre les cuisses, sous les fesses, on constate parfois un eczéma intertrigineux rebelle; les maladies de peau : eczéma, acné sébacée, érythè-
mes, engelures, dartres et scrofulides, sont assez fréquentes. La peau du ventre et des cuisses est souvent marquée de vergetures absolument analogues à celles des femmes enceintes; elles sont produites par l'e'raillure du derme sous l'influence de la distension mécanique due à la graisse; elles sont indélébiles, et, si un amaigrissement marqué survient, la peau du ventre peut prendre tout à fait l'aspect de celle d'une femme qui a accouché; on comprend toute l'importance de ce fait en médecine légale. Dancel rapporte l'histoire d'une dame jadis obèse dont l'abdomen s'était vidé de tout le tissu adipeux qui entourait les intestins, et chez laquelle la peau, ne s'étant pas rétractée, pendait, comme un tablier, devant les cuisses.
Le plus souvent, les polysarciques sont de gros mangeurs; ils passent, soit par habitude, soit par iDesoin réel, une grande partie de leur journée à boire et à. manger; Heyslcr raconte l'observation d'un Anglais, obèse et mort à vingt-huit ans, qui mangeait 18 livres de bœuf par jour; un autre obèse, cité par Stceber, consommait journellement 16 livres de viande; plusieurs fois il mangea, à la suite d'un pari, un veau entier dans la journée. La soif est également vive chez eux ; la plupart sont grands buveurs de bière, de porter, de cidre ; en mangeant ils sont obligés de boire abondamment ; nous avons observé ce fait sur deux dames qui, à chaque repas, vidaient une carafe d'eau et en buvaient encore plusieurs verres dans la journée. Il est évident que, dans ces cas, il faut, par l'analyse des uiines, écarter tout soupçon de diabète.
Les fonctions digestives s'accomplissent en général d'une façon convenable ; cependant les indigestions sont assez fréquentes; quand l'obésité est excessive, les selles deviendraient parfois graisseuses et renfermeraient une proportion de graissequi peut aller jusqu'à 100 et 150 grammes par vingt-quatre heures (Picot). La constipation est rare; plus souvent il survient des selles liquides, diarrhéiques. Les dyspepsies sont assez communes, et peut-être ne sont-elles dues, comme il arrive si souvent chez les goutteux, qu'à une sorte de surmènement de l'estomac obligé de digérer des aliments trop copieux et souvent avalés gloutonnement.
Les urines ne dépassent pas en quantité le chiffre normal ; parfois on y trouve du sucre, dû soit à un diabète concomitant, soit plus souvent à une simple glycosurie alimentaire qui disparaîtra complètement dès que l'alimentation léculente sera supprimée ; c'est ce que nous avons observé récemment chez un obèse soumis avec succès au régime azoté. L'albuminurie n'est pas rare; elle est liée à l'obésité et, comme la glycosurie, disparaît avec elle. Des analyses de M. le professeur Bouchard, faites sur 59 obèses, il résulte que 30 fois la quantité totale d'urée en vingt-quatre heures a été inférieure à la normale, 14 fois supérieure et 15 fois égale à la normale. Ces chiffres montrent l'état de la dénutrition azotée de l'individu ; nous en verrons l'importance à propos du traitement. Les phosphates sont diminués, l'acide urique est augmenté.
Comme dans le diabète, la température centrale peut être abaissée ; le matin, elle est de 36 à 37 degrés dans le rectum ; le soir et surtout après le repas, elle se relève un peu (Bouchard). Ce fait est bien en rapport avec la diminution de combustion des matières azotées et grasses chez les obèses.
Chez les polysarciques, les fonctions génitales sont en général peu actives : les femmes sont peu ou mal réglées ; d'autres fois l'aménorrhée fait place par moments à de véritables ménorrhagies analogues à celles que l'on observe dans certains cas de chloroses bien étudiées par Noël Guénaud de Mussy sous le nom de chloroses ménorrhagiques. Souvent il existe une leucorrhée qui déter-
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mine sur la vulve et les cuisses un prurit et un eczéma fort pénibles. Chez les jeunes filles obèses, la menstruation commence habituellement de très-bonne heuie, à l'âge de sept ans dans un cas rapporté par Schœffer, à deux ans chez deux fillettes observées par Percy et Chambers.
Hrppocrate signale la stérilité habituelle des femmes obèses. C'est là une observation absolument exacte : aussi est-ce souvent le désir de devenir mères qui entraîne certaines jeunes femmes à se faire maigrir, et parfois, après un amaigrissement prononcé, la fécondation a pu avoir lieu.
Chez les hommes obèses, l'instinct génésique est en général peu développé ; quelques-uns sont absolument impuissants. On connaît l'engraissement proverbial des eunuques, des castrats, des chapons ; mais ici l'embonpoint n'est-il pas plutôt une conséquence : bon coq, dit-on, ne fut jamais gras.
En somme l'obèse, avec une apparence de sanlé, est dans un état qui confine souvent à la maladie ; chez lui, malgré ce bel appétit, la nutrition s'opère mal, et presque toujours il existe, surtout chez la femme, un état chlorotique prononcé, et accompagné parfois de phénomènes hystériques plus ou moins graves.
L'obésité n'est pas toujours générale; dans certains cas, la graisse s'accumule sur un point déterminé et donne lieu à des difformités et à des troubles plus ou moins graves. Ainsi, chez certaines femmes, les mamelles deviennent énormes; elles fatiguent par leur poids excessif les malades qui les portent, déterminent des sensations de tiraillement, des douleurs dans le dos parfois intolérables ; il faut distinguer ces mamelles graisseuses de certaines hypertrophies dues tantôt à des fibromes, tantôt à des adénomes, et étudiées sous le nom d'hypertrophie générale de la glande mammaire par Labarraque, dans sa thèse inaugurale (1875). D'autres fois, ce sont les fesses qui se développent outre mesure, rappelant ainsi par leur difformité cette conformation normale, particulière aux femmes desBoschimans. Les lipomes enfin, tantôt uniques, tantôt multiples, ne sonl-ils pas, en définitive, une obésité partielle.
Dans certains cas, soit chez des jeunes filles, soit chez des femmes, et dans ce cas plus particulièrement à l'époque de la ménopause, on voit le ventre se développer outre mesure; les seins grossissent, les règles se suppriment, des troubles dyspeptiques et nerveux apparaissent en même temps; en un mot, on voit survenir un ensemble de signes qui peut à juste litre faire croire à un début de grossesse? Cet état a été signalé par Stollz, par Depaul, et bien étudié par Glais, sous le nom de grossesse adipeuse : les mois se passent, l'utérus reste vide et ne se développe pas ; et on est forcé d'admettre que cette grossesse tantôt désirée, tantôt redoutée, n'existe pas ; tous ces troubles sont dus ta une accumulation de graisse dans la paroi abdominale. On comprend toute l'attention et la réserve que le médecin doit apporter dans le diagnostic de ces cas souvent difficiles.
La marche de l'obésité est variable; quand elle a débuté chez des enfants, il est assez fréquent de la voir cesser au moment de la puberté ; d'autres fois, au contraire, elle ne fait que s'accroître ; nous en avons cite des exemples. Chez les adultes elle peut, arrivée à un certain degré, rester stationnaire, sans donner lieu à d'autres phénomènes qu'une gène plus ou moins grande ; mais parfois elle s'accroît d'une façon continue ; la graisse envahit tous les tissus, le cœur se surcharge de tissu adipeux, la respiration s'embarrasse, des congestions passives apparaissent vers les poumons, vers l'encéphale, les jambes s'œdématient. la marche devient de olus en dlus difficile, et le malheureux
obèse ne peut plus quitter son lit ou son fauteuil sans être pris d'accès de dyspnée souvent fort pénibles. Le cœur, en effet, surchargé de graisse, linit par tomber dans une stéalose parenchyraateuse, et l'asystolie survient avec son cortège, asystolie d'autant plus grave que la fibre musculaire, devenue graisseuse, ne peut plus soutenir la lutte. D'autres fois, c'est une syncope qui termine la scène; les obèses y sont particulièrement disposés, et on sait, à cet égard, avec quelle prudence il faut chez eux administrer le chloroforme pour une anesthésie. Chez eux, la mort subite est due encore à une rupture du cœur, à une hémorrhagic cérébrale.
Le diabète peut accompagner l'obésité ; souvent il aura été méconnu pendant longtemps, quand un amaigrissement rapide viendra donner l'éveil ; il s'accompagne chez l'obèse de tous ses accidents habituels, et la mort subite peut encore en être la terminaison.
Les hernies ombilicales, crurales, inguinales, sont fréquentes chez les polysarciqucs, et affectent une disposition toute particulière à l'étranglement. Eu raison de l'épaisseur des téguments, le diagnostic et la rcduclion en sont rendus plus difficiles, et, si l'on est obligé d'arriver au débridcment, on est alors exposé aux accidents gangreneux qui compliquent si souvent les plaies des obèses ; nous avons vu le professeur Richet, alors que nous avions l'honneur d'être son interne en 1872, opérer une hernie inguinale élranglée chez une femme dont la paroi abdominale mesurait plusieurs cenlimèlros d'épaisseur de tissu adipeux ; le succès opératoire fut complet, mais la plaie ne se referma pas, et un vaste phlegmon gangreneux décolla toute la peau de l'abdomen et du dos, et emporta la malade au bout de quinze jours, alors que l'étranglement herniaire avait disparu depuis longtemps.
Les phlegmasies, les pyrexies, plus particulièrement la fièvre typhoïde, prennent chez les obèses un caractère de gravité tout particulier et bien étudié par Roser ; le pouls est petit, très-fréquent, il y a un état de prostration et de faiblesse extrêmes, une tendance au collapsus et à l'adynamie, qui emportent presque fatalement le malade.
L'état gras du foie peut, ainsi que nous l'avons montré (E. Démange, De l'influence de la stéatose hépatique el rénale sur In proihiction de i ictère grave, particulièrement chez les acooliques in Revue méd. de T Est, 1879), transformer un ictère de cause banale, survenu chez un obèse, en un ictère malin; le docteur Péris en a cité un exemple.
Ajoutons encore que souvent les obèses sont sujets à des migraines constitutionnelles ; que la goutte et la gravelle sont loin de les épargner, et nous aurons terminé le tableau assez sombre des maux qui les attendent. Ilippocrate avait eu raison de dire que rarement ils arrivent à un âge avancé.
Diagnostic. Le diagnostic de l'obésité est en général facile ; un simple examen suffit pour constater l'augmentation de volume du corps et l'épaisseur du pannicule graisseux ; l'état du cœur devra être surveillé avec soin, et souvent il révélera la cause de la plupart des troubles fonctionnels qu'éprouve le malade.
A l'état normal, avons-nous dit, la graisse forme environ la vingtième partie du poids du corps ; pour apprécier le degré de la polysarcie, on aura recours à la comparaison du poids de l'individu avec sa taille, et en se reportant aux tables suivantes on pourra juger de l'exagération du tissu adipeux. D'après Quételet, un adulte bien conformé pèse, suivant sa taille :
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