‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.66Chapitre 15 sur 47 · DES ÉTATS PATHOLOGIQUES QUI LA PROVOQUENT · texte numérisé non relu

DES ÉTATS PATHOLOGIQUES QUI LA PROVOQUENT

! Fractures superficielles del'ivoire.

Carie do la première période.

Par les tiansitions de température Carie de la seconde période.

Démangeaisons, prurit, dans la première enfance . . .

Provoquée.

Odonlalgic.

Accidents locaux de la première dentition.

Intermittente.

Spontanée .

Conlinur

1 Douleurs inflammatoires faibles coïncidant avec le remplacement des dents temporaires. ,

Accidents locaux de la seconde dentition.

Crises passagères faibles, avec irradiations périphériques multiples exagérées par les températures ex- l Dénudation de la pulpe.

trênies ! Carie de la troisième pé-

f riode.

Crises passagères aiguës, courtes, à forme spasmodiqne Tic douloureux de la face.

Avec crises; intolérance des températures élevées, calmée par le froid Pulpite.

Sourde, exaspérée par la percussion Périostite simple générale.

Aiguë ; intolérance du moindre contact ....... Périostite pblegmoneusp.

Légère , avec localisation douloureuse fixe, perceptible au doigt sur un point profond du bord alvéolaire Périostite chronique du-

sommct.

Légère, avec crises éloignées; déviation et ébranlement des dents; suppu- „ ...

.,„* „ 1 «i. I Tumeurs du nurioste.

ration alvéolaire •' « , . . . , . , •

/ Osleo-penostite alvéolaire.

Occupant la profondeur du bord alvéobire; sans lésion dentaire appréciable. iVévralgie dentaire centrale.

Occupant les rameaux cutanés Névralgie dentaire périphérique.

Phlegmoneuse, occupant une région ou la totalité du

bord alvéolaire Gingivite.

Localisée à la gencive de la région postéro-inférieure

de la bouche .Accidents muqueux de la

dent de sagesse.

Aces différentes formes d'odontalgie nerveuse essentielle, on a rattaché encore

ODOISTOBIUS. 185

quelquefois, mais à lort, suivant nous, certains cas de névralgie qui doiventêtre considérés ou bien comme symptomatiques de lésions de l'appareil dentaire, ou bien comme des formes de névralgie faciale. C'est ainsi que les névralgies dentaires des femmes enceintes considérées souvent comme essentielles peuvent toujours être rapportées soit aux altérations communes des dents, carie, périostite, soit à la gingivite. On sait, en effet, que la carie dentaire est plus fréquente pendant la grossesse; et de plus M. Pinard a montré que la gingivite se rencontre très-souvent chez les femmes enceintes, notamment chez les multipares. Outre la carie, la périoslite cl la gingivite l'odontalgie de l'état puerpéral peut avoir une cause très-souvent méconnue, l'éruption douloureuse de la dent de sagesse. Enfin la névralgie dentaire a pu être confondue avec le tic douloureux de la face siégeant sur les brandies sous-orbitaires. Nous n'avons pas à décrire le tic douloureux ou névralgie épileptiforme de Trousseau; car nous considérons cette variété de la névralgie faciale comme tout à fait indépendante de l'odontalgie. Aussi n'en faisons-nous mention que pour mettre en garde contre cette confusion, et pour rappeler aux médecins qui voudraient essayer quelque tentative de guérison, que le traitement a toujours échoué lorsqu'il a été exclusivement dirigé sur les dents ou sur un point quelconque de l'appareil dentaire.

Nous avons adopté dans l'étude de l'odontalgie une marche qui nous a permis de montrer successivement les diiférents état» physiologiques ou pathologiques de l'appareil dentaire qui peuvent lui donner lieu. De telle sorte qu'étant supposée une lésion quelconque nous pouvons actuellement dire le genre de souffrances qu'elle déterminera. Mais pour atteindre le but que nous nous sommes proposé au commencement de cette étude, c'est-à-dire pour faire sei'vir l'élément douleur au diagnostic des lésions dentaires, il nous faut présenter les caractères de l'odontalgie dans un ordre inverse, afin que nous puissions, étant donnés les caractères de la douleur, dire quelle lésion ou quel groupe de lésions a dû lui donner lieu. C'est par ce travail que nous terminerons et nous l'exposerons dans le tableau ci-dessus. E. Magitot.

ODO\'TiA. Section du genre hydnum [voij. Uydnum).

ODOXTOBIUS. Ver nématoïde, presque microscopique, vivant sur les fanons de la baleine.

Roussel de Yauzème, médecin et natnraliste, rccneillil dans un voyage aux mers australes (1833?) un certain nombre de faits nouveaux concernant l'histoire naturelle, faits qu'il publia seul ou avec la collaboration de Breschet, dans les annales des sciences naturelles.

L'un de ces faits se rapporte à un ver nématoïde qui vit dans une couche glutineuse placée à la surface des fanons de la baleine. La longueur de ce ver est de deux lignes et demie à peine. Le corps est arrondi, blanc, filiforme et se termine par une queue enroulée sur elle-même. La tête, vue au microscope, présente une bouche ronde, entourée de plusieurs pointes cornées.

Le canal intestinal, distinct à travers les téguments, s'étend jusqu'à l'extrémité de la queue et, de chaque côté, on distingue deux cordons (organes génitaux?) qui se perdent en ondulant vers le milieu du corps; on voit vers le tiers postérieur des granulations oviformes (ovules?) L'oviducte (?) s'ouvre au tiers antérieur du corps, et l'anus à l'extrémité de la queue (?)

184 ODONTOLOGIE.

Roussel de Vauzème compare ces petits vers aux oxyures et les classe parmi les nématoïdes, mais il les rapproche à tort des vibrions observés par Leemvenhœckà la surface des dents de l'homme; ceux-ci, on le sait, sont des végétaux. 11 leur donne le nom à'Odontohius (qui vit sur les dents), Odontohius ceti.

La couche glutineuse où vivent ces vers a environ une ligne d'épaisseur ; examinée au microscope, on y distingue une couche d'oeufs (?) blancs, arrondis, opaques, luisants comme de petites perles nacrées. Ils contiennent une substance qui paraît être le germe d'un ver non éclos; dans une couche plus profonde se trouvent des œufs à peu près semblables, offrant une déchirure par laquelle le ver est sorti. Les odontobies vivent et adhèrent à la surface de cette couche où ils se trouvent en quantités innombrables, enchevêtrés les uns dans les autres. Un certain degré de dessiccation paraît ne pas les tuer, car lorsqu'un fanon presque desséché après quatre ou cinq jours d'exposition à l'air libre, est replacé dans de l'eau de mer, les vers se ravivent et s'agitent à la surface de la couche des o'ufs.

La description de ces vers, telle que la donne Roussel de Vauzème, est absolument insuffisante pour déterminer leur place dans la classe des nématoïdes ; néanmoins Dujardin et Diesing ont cru devoir admettre, en vue de cette espèce, un genre nouveau (g. Odo.ntobius) qui a pour caractères : « corps lîliforme, obtus en avant, aminci en arrière, bouche ronde, entourée de plusieurs pointes ou aiguillons cornés; queue aiguë, roulée en spirale » (Dujardin). Une seule espèce {odontohius ceti).

Aucun naturaliste, que je sache, n'a observé de nouveau ce ver qui doit être place dans les species inquirendœ. Eberth a classé dans le genre Odo.ntobius quatre espèces nouvelles de petits nématoïdes, dont il ne donne pas Vkabitat. 11 suppose, d'après la figure qui accompagne le mémoire de Roussel de Vauzème, que la bouche est armée de six pointes cornées ; mais ce caractère même ajouté aux précédents, serait tout à fait insuffisant pour établir un genre distinct parmi les vers nématoïdes. C. Davaine.

BiBuoGRAVHiE. — RoussEL DE Vadzème. Notc suv V odontobiiis ceti de l'ordre des intestinaux cavitaires. In Annales des sciences nalurelles, 2= séine, t. I, p. 526, pi. IX, fig. 1-i, A. Paris, 1854. — Dujardin. Hist. tiai. des lielminthes , p. 292, 1845. — Diesing. Sijstema helminthum, t. II, p. 125, 1851. — C.-J. Eberth. Untersuchungen iiber Xematoden, p. 27, tab. I, fig. 1-27, iii-4°. Leipzig, 1865. C. D.

0D0\T01DE. Voy. Atlas et Axis.

ODONTOLOGIE. Traité sur les dents (de oSouç, ôSôvxo;, dent, et ^oyoç, traité). Instruments importants de la digestion, passibles d'affections graves et surtout fort douloureuses ; destinées aussi à ajouter un charme de plus à la beauté, les dents ont dû fixer de tous temps l'attention. Les poètes de l'antiquité y font de fréquentes allusions.

Ils ont parlé des dents depuis leur sortie :

Cum septimus annus

Transire puero, nundum omni dente renato. (JnvENAL, Sat. 3UV, v. H).

Jusqu'à l'époque où l'âge semble leur commander de tomber :

Nec minus in certo dentés cadere iraperal œtas

Tempore

(Lucrèce. De Naturâ reriim, lib. Y, v. 672).

ODONTOLOGIE. 185

La solidité, le bel arrangement et la blancheur de ces petits os suggèrent aux

poètes, nombre d'images qu'ils rapprochent d'une bouche de roses et de lèvres

vermeilles. Ils peignent aussi leurs désordres. Le défaut de propreté ternit

l'éclat des dents :

Quid si praecipiam, ne fuscet inertià dentés ?

(Ovide, Ars aviat., lib. III, v. 195).

La couleur jaune, livide ou noire, paraît tenir à la même cause :

Luridi dentés... lividi... atri.

(Horace).

Martial les a comparées au buis et à la poix.

Et très sunt tibi, Maximina, dentés :

Sed plané piceique, buxeique.

(Martial, lib. II, epig. 41).

et au viel ivoire :

Antiqui dentis, fusca Lycoris ebur.

(Martial, lib. VIII, epig. 12).

Dans son tableau de l'Envie, Ovide donne à ce monstre desdeuts couvertes de rouille : Livent rubigine dentés [Métamorph., lib. II, v. 776). Martial en dit autant à l'égard de Mammercus :

Rubiginosis cuncta dentibiis rodit.

(Martial, lib. V, epig. 29).

Dans une épigramme de Martial, on lit que la vieille Ml'iâ avait perdu presque toutes ses dents; il n'en restait que quatre; encore étaient-elles ébranlées. En toussant elle les cracha :

Si memini, fuerant tibi quatuor, ^lia, dentés : Exspuit una duos tussis, et una duos.

Jam secura pôles totis tussire dicbus ; Nil istic, quod agat, tertia tussis habet.

(Martial, lib. I, epig. 20).

Quelles que soient les causes de la perte des dents, on a toujours cherché à les réparer.

« Vous achetez, dit Martial à la vieille Laelia, des dents et des cheveux, et n'en rougissez pas. Mais que t'erez-vous avec un œil ? On n'en trouve point à

vendre. ))

Dentibus atque coniis, nec te pudet, uteris emptis. Quid faciès oculo, Lœlia? Non emitur.

(Martial, lib. Xll, epig. 25).

Quid mecum est tibi? me puella sumat, Emptos non soleo polire dentés.

(Martial, lib. XIV, epig. 56).

L'os et l'ivoire remédient au désordre de la bouche d'Eglé :

Sic dentata sibi videtur, ^gle, Emptis ossibus, indicoque cornu.

(Martial, lib. I, epig. 75).

Galla ôte pendant la nuit ses dents artificielles :

Cum sis ipsa demi, mediaque ornere Subura,

Fiant absentes et libi, Galla, comse; Nec dentés aliter, quaiu Serica nocte reponas,

Et lateas centum condita pyxidibus.

(Martial, lib. IX, epig. 58).

186 ODONTOLOGIE.

Si Thaïs a les dents noires, Lecania les a blanches comme la neige. Pourquoi celte différence? C'est que Lecania achète les siennes :

Thais habet nigros, niveos Lecania, dentés. Quse ratio est? Emptos hœc habet, iJLi suos. (Martial, lib. V, epig. 44).

Horace représente les sorcières Canidie et Sagane courant la ville, et perdant,^ l'une son râtelier, l'autre ses cheveux :

At illse currere in urbem.

Canidite dentés, altum Saganje caliendrum

Excidere

(HoEACE, Satyrœ).

L'usage des cure-dents en lentisque ou en tuyaux de plumes est, paraît-il, fort

ancien :

Lenliscum meliiis : sed si tibi frondea cuspis Defuerit, dentés penna levare potes.

(Martial, lib. XIV, epig. 22).

Pétrone mentionne le cure-dent en argent :

Ut deinde spinâ argenteâ dentis perfodit [Satyriar.]

Martial cite le dentiste Cascellius qui rétablit les dents comme il les extirpe :

Eximit aut reficit denfem Cascellius segrum. (Martial, lib. IX, epig. 56).

Lucrèce fait remarquer que l'hiver est préjudiciable aux. dents : Dentibiis aigus (liv. V, v. 745 et 746).

La dentition a joué un rôle parmi les événements rattachés à la vertu du nombre 7. L'enfant perce se/Ji dents de chaque côté dans les sept premiers mois.

Les médecins naturalistes anciens se sont aussi occupés des dents, tant au point de vue de la nature, de l'évolution de ces organes, que des affections qui peuvent les atteindre.

Hippocrate en parle souvent, mais surtout relativement aux signes qu'ils peuvent donner dans le cours de diverses maladies. Les dents sont chargées de viscosités dans les fièvres (Âph., sect. iv, 55) ; elles étaient cariées et en suppuration dans l'épidémie de Pernithe (Epid., liv. lY, 52). Le froid est l'ennemi des dents (Aph., sect. v, 18) ; une meule qui frotte les agace (Humeurs; § 11)- Le père de la médecine parle de collutoires contre la douleur de dents; c'est avec un collutoire composé de castoreum et de poivre qu'il soulagea la femme d'Aspasius (Epid. liv. V, 67). Si la dent est cariée et branlante il faut l'extirper; si elle tient encore fortement dans l'alvéole, il faut, ne fût-elle point cariée, la dessécher en la brûlant. Les masticatoires sont aussi d'une grande utilité (De affection, § 4). Quoique Hippocrate soit le premier qui parle positivement de l'extraction des dents, on peut croire, cependant, qu'elle avait été pratiquée avant lui. Un passage de Gicéron semble indiquer que cette opération avait été inventée par Esculape, troisième du nom : Tertius [JEsculapius), Arsippi et Arsinoœ filins ; qui pvimus purgationem alvi dentisque evulsionem, ut ferunt, invertit (Gicéron. De naturâDeorwn, liv. III, n° 22). On trouve même des traces de l'extraction des dents malades dans le culte qu'on rendait à Apollon.

ODONTOLOGIE. 187

Au rapport d'Erasistrale, qui était petit-fils d'Arislote, qui fut médecin de Seleucus Nicator, roi de Syrie, trois cent cinquante-quatre ans avant l'ère chrétienne, et qui est cité par Cœlius Aurelianus {Tardarum passionum, libri V ; 1529, in-fol., lib. II, cap. iv), on exposait dans le temple de Delphes un instrument en plomb {plumbeum odontogagiim, dentiducum), qui ne pouvait être qu'une espèce de pince ou de davier propre à arracher les dents. Cette matière, le plomb, dont était fait l'instrument, indique assez qu'on n'avait recours à l'avulsion que lorsque les dents étaient mobiles et susceptibles d'être enlevées par une pince ou davier en plomb. Si les dents étaient ébranlées dans une fracture de la mâchoire inférieiu'e, Hippocrate conseillait de les attacher aux voisines avec un fil d'or ou de soie. On retrouve ce fait mentionné dans les Lois des Douze Tables, code public publié à Rome par les décemvirs en 450 avant Jésus- Christ. « Vous ne jetterez point d'or sur le biicher et cependant vous pourrez brijler le mort avec l'or qui lie ses dents, sans manquer à la loi (Iloffman, de Legib. XII tabularum, p. 55 ; Bouchaud, Commentaire sur la loi des Douze Tables, p. 758).

Galien n'a presque rien ajouté aux préceptes d'Hippocrate relativement au traitement des affections dentaires.

Au chapitre xii du septième livre, Celse a consacré un paragraphe aux affections des dents. Pour les dents qui vacillent, il conseille de cautériser légèrement les gencives. Une dent devient-elle fort douloureuse, il faut la racler tout autour pour en détacher la gencive, puis la secouer jusqu'à ce qu'elle soit devenue bien mobile, car, dit-il, l'avulsion d'une dent adhérente est très-dangereuse et détermine même parfois la luxation du maxillaire inférieur ; il soutient aussi une opinion qui a cours encore de nos jours, relative aux « dents de l'œil », c'est-à-dire aux dents implantées dans le maxillaire supérieur, et au danger de leur extraction forcée « car les tempes et les yeux peuvent en être ébranlés. » Un instrument, forceps, que M. Védrènes a traduit par davier et qui nous semble être plutôt une véritable pince, est indiqué; Celse donne, relativement à son usage, une recommandation que nos dentistes d'aujourd'hui suivent encore : il faut que le davier (forceps) exerce sur la dent son action d'une manière verticale, et non pas latérale, car autrement, l'alvéole pourrait être brisée. L'hémorrhagie, suite de l'extraction d'une dent, est aussi signalée par Celse, non moins que l'emploi des fils d'or pour maintenir les dents branlantes, non moins que la sortie trop précoce des dents de la seconde dentition. Enfin, Celse prévoit le cas de l'extraction incomplète d'une dent, les racines de cette dernière étant restées dans l'alvéole. Dans ce cas il conseille l'emploi d'un instrument que les Grecs appelaient pi'Çâypa. Somme- toute, il est clair que du temps de Celse, l'odontologie formait une partie assez importante de la chirurgie courante. Un précepte nous a frappé : c'est celui qui recommande, lorsque la dent est « creuse » et qu'on doit l'enlever avec l'instrument, de remplir préalablement la cavité avec de la charpie ou du plomb, afin que les efforts nécessaires pour l'évulsion ne fassent pas éclater la dent. Cela est ingénieux (Voy. Traité de médecine de Celse, trad. de M. Védrènes, 1876, in-8°, p. 501.)

Scribonius Largus (45 après Jésus-Christ) combat l'extirpation prématurée des dents malades et douloureuses ; il veut, avant d'en venir là, qu'avec un instrument approprié (scalprum), on évide la partie cariée ; lorsque la douleur ost trop forte il faut user de collutoires et de masticatoires (Scribonius Largus,

188 ODONTOLOGIE.

Compositiones medicœ, Joliannes Rhodius recensuit, Patavii, 1565, 111-4"; cap. X, § 55. Ad dentimn dolorem).

Pline le naturaliste {Hist. nat., trad. de Littré, 1848, in-8°), parle des époques de la dentition (VII, 15, 1); des dents surnuméraires (Vil, 15, 4); des variétés des dents (XI, G.i, 5). Il mentionne un assez grand nombre de remèdes contre le mal de dents (XXV, 105; XXVIII, 49; XXX, 8 ; XXXII, 26) ; la pressure de lièvre instillée dans l'oreille (XX VIII, 49), l'insufllation dans l'oreille de la cendre d'un chien mort de la rage (XXX, 8). Dans les dents creuses on met de la cendre de crottes de rats ou de foie de lézard (XXX, 8), on scarifie les gencives avec un os pointu que l'on trouve dans le lièvre (XXVIIl, 49). Les dents ébranlées et douloureuses sont raffermies en les touchant avec l'astragale de bn?iif rendu incandescent (XXVIIl, 49).

Le grammairien et sophiste Julius Pollux n'a pas oublié les dents dans son Onomafitlcon (Basil. 1541, in-i", p. 94). Il sait le nombre des dents humaines, leur division en medii, sectores, divisores, occisores. Il mentionne deux instruments employés par les médecins : le Dentlfricium et le Dentifrangibiitum. Celui qui manque de dents est appelé Edentulus Edentatus, celui qui les a proéminentes, dentosus, imiU'^r dentosa.

Pour Ca:lius Aurelianus, il faut, dans l'odontalgie, se contenter des émollients, des laxatifs, des scarifications des gencives, des remèdes anodins, des fumigations, des topiques. Caelius Aurelianus. Tardariim paxsionum, lib. V, 1529, in-fol., lib. II, cap. iv. De dolore dent'mm).

Marcel l'empirique, médecin gaulois qui vivait à Bordeaux dans le quatrième siècle de notre ère, n'a pas cru consacrer moins de deux longs chapitres aux douleurs de dents. A part les étonnantes recettes qu'il donne, il a copié mot à mot Scribonius Largus, et, comme ce dernier, il repousse l'extraction. Pour donner une idée de la pratique de Marcel, si bien nommé l'empirique, oyez un des nombreux remèdes qu'il propose contre la rage de dents : « Prenez la première sangsue que vous trouverez, mettez-la dans votre bouche ; avec les doigts médius de la main droite et de la main gauche, frictionnez les dents et dites : Sangsue ! de même que ce sang ne retournera pas dans la bouche, de même mes dents ne doivent pas être douloureuses toute l'année. 11 peut recommencer la même chose tous les ans pour se préserver de toute douleur de dents. » (Marcellus. De medicatnentis empiricis, Basil., 1556, in-fol., lib. I, cap. xii et

XIIl).

Paul d'Egine (septième siècle) n'a écrit que quelques lignes touchant l'extractioii des dents, mais elles méritent d'être rappelées : « Après avoir déchaussé la dent jusqu'à sa racine, il faut, avec un extracteur, l'attirer par degrés et l'enlever. Mais si elle est cariée, il devient nécessaire de remplir le trou d'une petite boule de charpie aiin de ne pas la briser pendant l'opération. Après l'extraction, il faut brûler les chairs qui ont été déchirées avec de l'eau légèrement salée, et après, se gargariser avec du vinaigre et de l'oxycrat. Comme il y a parfois des dents surnuméraires, celles qui sont solides dans l'alvéole doivent être raclées avec un poinçon; il faut, au contraire, enlever avec l'extracteur celles qui ne sont pas dans ce cas. Si une dent a acquis un volume anormal, ou si elle est brisée, on peut faire disparaître avec la lime la portion proéminente. » {The seven Books of Paidus jEgineta ; translated from the Greek, by Francis Adams. London, 1844 ; t. ij, p. 294, liv. VI, sect. 28).

Ces citations suffisent pour montrer ce qu'était, dans l'antiquité, la science

ODONTOLOGIE. 189

de l'odontologie. Un fait général s'en dégage : c'est que l'extraction des dents douloureuses et malades ne se faisait qu'avec la plus grande circonspection, comme Vultima ratio, et qu'avant d'eu venir là, on avait recours à toutes espèces de moyens, souvent sages, parfois bizarres, pour soulager les patients. On cherchait à guérir, on arrachait peu.

De l'Ecole arabiste, nous ne retenons que ce que Albucasis a écrit sur les dents, dont les affections ont été exposées par lui avec beaucoup de soin dans les chapitres xxix, xxx, xxxi, xxxii, xxxiii du deuxième livre de sa Chirurgie. .\lbucasis commence par parler des concrétions qui se forment sur les dents, et qu'il faut enlever par la rugination; il donne même les figures de quatorze rugines de différents modèles. L'extraction des dents forme deux chapitres entiers. Cette opération doit être différée autant que possible, et après que tous les autres moyens auront été épuisés. Assurez-vous bien quelle est la dent malade, car souvent le patient se trompe lui-même et vous invite à arracher une dent qui est saine. Déchaussez alors aussi profondément que possible ; ébranlez la dent soit avec vos doigts, soit avec des pinces légères ; saisissez-la aloi's solidement avec de fortes pinces, après avoir placé la tètedu malade entre vos genoux, et tirez dans le sens de la longueur, pour ne pas risquer de la rompre. 11 est possible qu'elle sorte ; sinon, introduisez un instrument en dessous, de tous les côtés et avec soin, puis essayez de l'ébranler comme la première fois. Si la dent est percée ou cariée, vous en remplissez la cavité avec du linge que vous presserez fortement avec la pointe d'un stylet. Après l'extraction, le malade se gargarisera avec du vin ou avec du vinaigre et du sel. S'il arrive une hémorrhagie, ce qui est fréquent, mettez sur la plaie du vitriol en poudr^et, si cela ne suffit pas, cautérisez. Albucasis s'étend ensuite longuement sur l'extraclion des racines des dents ; il donne les figures de plusieurs inslrumenls propres à cet usage : des pinces en forme de bec de cigogne, des limes, des leviei's, des pointes; en forme de triangles, une espèce de fourche à deux branches, etc. « Sachez, dit-il, que les instruments pour ces dents sont nombreux, et qu'il nous est impossible de les décrire tous... Dans beaucoup de cas, les anciens n'ont pas décrit les instruments en raison de leur grande variété. » Enfin, le médecin arabe propose et décrit le sciage des dents proéminentes ; il consolidait les dents branlantes au moyen de fils d'or et d'argent; cette petite opération est décrite dans tous ses détails ; il mentionne les dents artificielles faites d'os de bœuf, que l'on taille comme il convient. {Voy. la Chirurgie d' Albucasis, traduction de M. Lucien Leclerc. Paris, 1861, in-8", p. 95 etsuiv.) En un mot, du temps d'Albucasis, l'odontologie était une véritable science, une partie importante de la chirurgie, et les maladies des dents étaient le sujet de légitimes méditations et de nombreux écrits. L'odontologie ne constituait pas une spécialité, elle faisait essentiellement partie de la chirurgie.

Environ deux cent cinquante ans après Albucasis, Guy de Chauliac renouvelait à peu près les préceptes édictés par les Arabes. Dans des chapitres séparés, il traitait : Des passions des dents en général; de la douleur de dents; de la dent ébranlée et affaiblie ; de la pourriture, vermine, érosion et pertuisement des dents; de la Umosité et laide couleur des dents; de V agacement et congélation des dents; de T arrachement des dents {Guy de ChauViàc, La grande chirurgie, édit. de Laurent Joubert. Tournon, 1619, in-8", p. 541 et suiv.). Comme l'illustre médecin de Montpellier n'ajoute presque rien à ce qui a été dit précédemment, nous ne le suivrons pas dans ses développements.

190 ODONTOLOGIE.

Quant à l'école de Salerne, elle se contente de ce précepte :

Afin de conserver vos dents,

Mettez sur la braise allumée La graine de poireau, la jusquiame et l'encens ; Et par un entonnoir prenez-en la fumée.

Nous passons sans regret les deux siècles qui séparent Guy de Chauliac d'Ambroise Paré, le restaurateur de la chirurgie en France. L'illustre chiruro-ien de Charles IX n'a pas cru s'abaisser en traitant des maladies des dents. Il en a donné l'anatomie et la physiologie, telles qu'on les comprenait de son temps ; il a indiqué un certain nombre de dentifrices et de masticatoires ; il a consacré tout un chapitre à la « Douleur de dents » et, à cette occasion, il raconte qu'un valet de chambre du Connétable, exaspéré parime violente odontal^ie, se tut volontiers jeté par la fenêtre, « s'il n'eust eu peur d'estre damné ». Il parle du détachement, de l'ébranlement des dents, de leur u pourriture, corruption, pertuisement « vers engendrés en icelles » ; il donne les ligures de plusieurs limes à limer les dents, de poussoirs, déchaussoirs, daviers, policans; il n'oublie pas le plombage des dents creuses, les dents artificielles que l'on peut faire en ivoire, en dents de Rohart ; il fournit enfin d'excellents préceptes relatifs à l'extraction. « Prenez garde, ajoute-t-il, qu'on ne vous enlève une dent bonne pour une dent mauvaise. » Et le brave Paré de nous raconter cette histoire : « Je veux ici réciter l'histoire d'un maistre barbier, demourant à Orléans, nommé maistre François Louis, lequel avoit par-dessus tout l'honneur de bien arracher une dent, de façon que tous les samedis, plusieurs païsans ayant mal aux dents, venoient vers luy pour les faire arracher, ce qu'il faisoit fort dextrement avec un pélican ; et 1 ors qu'il en avoit faict, le jettoit sur son ais en sa boutique. Or, avoit-il un serviteur nouveau, Picard, grand et fort, qui disoit tirer les dents à la mode de son maistre. Arriva, cependant, que ledit François Louis disnoit, un villageois requérant qu'on luy arrachât une dent, ce Picard prit l'instrument de son maistre, et s'essaya à faire comme luy ; mais au lieu d'oster la mauvaise dent au pauvre villageois, luy en poussa et arracha trois bonnes. Et sentant une douleur extrême, et voyant trois dents hors de sa bouche, commença à crier contre le Picard; lequel, pour le faire taire, luy dit qu'il ne dît mot, et ne ciiast si fort, attendu que si le maistre venoit, luy feroit toutes troys payer pour une. » (Amb. Paré, Œuvres, liv. VI. chap. ii ; liv. XVll, chap. XXV, XXVI, xxvii, xxviii ; liv. XXIII, chap. m ; liv. XXVI, chap. xxxvi,

XXXVIIl).

11 ne faut pas se le dissimuler. Depuis Ambroise Paré, l'art dentaire n'a l'ait que dégénérer sous les rapports de l'honneur et de la dignité professionnels. • Dans l'antiquité, chez les Arabes, les plus grands maîtres n'ont pas dédaigné de s'occuper des maladies des dents et de pratiquer les opérations qui leur conveiraient. Les temps modernes ont vu surgir la spécialité de dentiste, laquelle, satisfaite d'abord des exhibitions de la rue, du char tout clinquant, de la grosse caisse, des timbales et du boniment légendaire, occupe maintenant des salons dorés, à laquais poudrés, et étale ses mensongères annonces soit sur les murs, soit à la quatrième page des journaux. Vouloir faire connaître les milliers d'ouvrages qui ont été publiés par ces charlatans abominables, serait au-dessus de DOS forces. Vaillant a déjà dit, en 1859, ce qu'étaient le charlatanisme et les dentistes de son époque. Lestreptodonte, le stérodonte, appareils nouveaux pour

ODUOC. 11)1

le redressement des dents, les « dents incorruptibles », les « dents osanores », les « dentiers à pâte minéro-adamantine » , les « râteliers ornés de gencives », les « dents à pivots », celles « à crochets », les « dents artificielles à base de vulcanite », etc., etc., tout cela a grouillé dans la fange du charlatanisme. Quelques hommes pourtant, fidèles à l'honneur scientifique, ont mis leurs efforts à faire sortir l'odontologie de la déplorable voie dans laquelle elle s'était engagée. La France, pour ne citer que notre pays, compte des dentistes du plus grand mérite et dont les travaux se recommandent au respect de tous. Pierre Fauchard (1728), G.-P. Lemonnier (1755), Bourdet (1757), Courtois (1775), Laforgue (1802), Duval (1805), Oudet (182G), Goblin (1827), Maury (1828), Labarre, Talma et tant d'autres habiles praticiens ont rendu des services réels en exerçant leurs talents à faire faire des progrès considérables à l'odontologie, en simplifiant les procédés d'opération, et en substituant, dans beaucoup de cas, la médecine dentaire à la chirurgie dentaire. D'autres investigateurs, encore plus profondément pénétrés de l'idée scientifique, ont soumis les dents à de patientes et savantes recherches. Le nom de M. Magitot vient naturellement sous la plume ; on connaît ses beaux travaux sur les Lésions anatomiques de V émail et deVivoire dans la carie dentaire (1866); ses Etudes et expériences sur la salive considérée comme agent delà carie dentaire (1867) ; son Mémoire sur Vostéo-périostite alvéolo-dentaire (1867). Ah! Schlund fut bien inspiré, lorsqu'on 1845, il publia un excellent petit livre, portant ce titre : Importance d'un traitement scientifique des maladies des dents. II y a là tout un avenir pour le dentiste honnête et instruit.

Rappelons, pour finir, que c'est du temps de Louis XIII que date l'introduction à la cour de France, des dentistes en qualité de commensaux de la couronne. Il y avait déjà des renoueurs, des opérateurs pour la pierre, des opérateurs oculistes; il y eut des opérateurs pour les (/ch/s. Faisons passer à la postérité les noms de ces illustres dentistes, qui eurent pour mission de soigner les mâchoires royales.

Louis XIII. Un opérateur pour les dents (le nom ne nous est pas parvenu).

Louis XIV. Charles de Boisguérin.

Louis XV. Claude Arnaut, forgeron, Fran(;ois Caperon, Claude Mouton, Etienne Bourdet.

Louis XVI. Etienne Bourdet. A, Chérk.vu.

ODO\'TOMES. Voij. Maxillaires.

ODURiiT. Voy. Olfaction.

ODORIC (Jean). Médecin de Trente, vivait au milieu du seizième siècle. 11 était très-estimé de P. -A. Matthiole et on trouve de ses Lettres dans le Recueil de celles du médecin Matthiole. L. Hn.

ODORINE. L'un des produits volatils signalés dans l'huile de corne de cerf [huile de Dippel) et ayant une odeur très-fétide. D.

ODUOC ou o-DUOC. Nom donné par les Cochinchinois à un arbuste qui produit une gomme résine semblable à la myrrhe. D'après le Dictionnaire dus-

192 ŒDEME.

sique d'histoire naturelle, cité par Mérat et de Lens, ce serait le Laurus Mijrrha de Loureiro. Pl.

SlÉRAT et De Lens, Dict. de mat. niédic, V, 9. Pu

o'dwyeb (Joh>). D'une ancienne famille noble de Cassel, dans le comté de Tipperary, en Irlande ; il quitta sa patrie pour les Pays-Bas et étudia la médecine à Louvain, oii il obtint la licence vers le milieu du dix-septième siècle. Il se fixa ensuite à Mons et y acquit, en peu de temps, une notoriété telle, que le prince de Rache se l'attacha comme médecin, dans l'armée espagnole. Après avoir quitté le service militaire, il obtint le poste de médecin pensionné de la ville de Mons. Il a publié un ouvrage où il combat vivement les abus qui se commettaient à son époque sous le couvert de la médecine :

Querela medica , seu planclus medicinœ modernœ status. Montibus, 1686, in-12. L. llx.

ŒDÈME. Par œdème ou œ(/ema(ie (oiJslv, grossir, se gonfler), on entend l'infiltration séreuse du tissu cellulaire, localisée à une portion de l'enveloppe cutanée ou à tout autre organe. C'est ce caractère de localisation qui distingue l'œdème de Yanasarque, ou liydropisie généralisée à toute ou presque toute la surface du corps ; la légitimité et l'importance clinique de celte distinction ont été suffisamment mises en relief dans l'article Anasarque (!''" série, t. IV, p. 169); nous n'y reviendrons pas.

Divisions. Selon qu'il occupe le tissu cellulaire sous-cutané, ou sousrauqueux, ou le stroma conjonctif des organes, l'œdème est périphérique, souscutané ou profond, viscéral (œdème de la glotte, du poumon, des méninges, du cerveau, etc.). Chacun de ces œdèmes viscéraux ayant une place naturellement marquée dans l'étude pathologique des divers organes auxquels il se rapporte, c'est l'œdème sous-cutané ou périphérique que nous aurons spécialement en vue {voy. Larï>x, Cerveau, Poumox, etc.).

L'œdème a encore été divisé en un grand nombre de variétés, d'après son étendue, son siège, sa marche, sa durée, ses causes. C'est ainsi que, d'après son étendue, on a distingué l'œdème généralisé ou anasarque, et l'œdème partiel, termes qui devraient évidemment être rejetés, puisque la caractéristique lie l'œdème, c'est précisément d'être limité. D'après son siège, il est unilatéral ou bilatéral, symétrique ou non. D'après sa marche, il est fixe ou ambulant, aigu, sthénique, actif, ou chronique, asthénique, passif; d'après sa durée, il est passager, fugace, ou permanent, ou à répétition ; selon sa cause, il peut être primitif, essentiel {?), ou secondaire, symptomatique, etc. D'autres divisions ont encore été fondées sur l'idée qu'on s'est faite du mode pathogénique suivant lequel l'infiltration se produit : ainsi la plupart des auteurs contemporains divisent les œdèmes en mécaniques et dyscrasiques.

Historique. L'œdème a été connu de tout temps ; mais si, dès les époques les plus reculées, les médecins s'appliquent à en décrire les caractères, à en déterminer la valeur pronostique avec une précision souvent remarquable, on voit, au contraire, les interprétations patliogéniques varier d'âge en âge, selon les écoles, selon les doctrines médicales en honneur, et ne présenter quelque rigueur scientifique qu'à partir d'une époque relativement rapprochée de nous.

L'histoire de l'œdème peut être divisée en trois périodes :

La première s'étend depuis Hippocrate jusqu'au commencement du dix-

huitième siècle. Durant cette longue période, les théories dépourvues de base solide, fondées sur des spéculations purement subjectives, s'élèvent et disparaissent selon les idées physiologiques du temps.

Hippocrale voit dans l'hydropisie l'action du phlegme froid cl humide sur le foie et la rate. Mais en revanche, il possède déjà des idées étendues sur les conditions étiologiques dans lesquelles elle survient, telles que le froid, l'humidité, les affections hépatiques et spléniques ; peut-être même entrevit-il la relation qui existe entre l'œdème et les lésions des reins.

Avec l'Ecole d'Alexandrie, des vues nouvelles surgissent. Erasistrate s'éloigne de l'humorisme de l'Ecole de Cos. Pour «lui, les «laladies ne dépendent plus d'une altération des humeurs, mais d'une erreur de lieu. De même que le sang, en pénétrant des veines dans les artères, produit la fièvre et l'indammation, de même que l'humeur qui nourrit les neifs, en pénétrant dans leur cavité, engendre la paralysie, de même aussi, quand le sang ne peut plus traverser le foie, par suite d'une altération de cet organe, il est dévié et passe dans les tissus, d'où hydropisie. Plus tard, Asclépiade, imbu de l'atomisme d'Epicure, en fait l'application à la médecine et édifie ainsi tout un système : toutes les affections, y compris les hydropisies, sont liées à la stase, ou bien à l'écoulement trop rapide des atonies, etc. Les métliodisles, qui descendent d' Asclépiade, mettent tous les actes vitaux sous la dépendance de la tonicité, c'est-àdire de la propriété qu'ont les tissus de se resserrer ou de se relâcher ; toutes les maladies tiennent à un excès {strictum) ou à un défaut [laxum) de tonicité; mais ces théoriciens ne s'entendent pas toujours pour classer les maladies dans l'une ou l'autre catégorie; c'est ainsi que l'hydropisie dépend pour les uns du laxum et pour les autres du strictum.

Galien en revient à l'humorisme hippocratique qu'il oppose au solidisme des médecins alexandrins. Comme Erasistrate, il admet bien l'influence du foie sur la production des œdèmes, mais cette influence n'est plus primitive ; le foie n'est altéré que consécutivement à une altération humorale, à une intempérie froide.

Les Arabes, disciples et commentateurs de Galien, apportèrent peu de vues nouvelles dans la question qui nous occupe.

Le moyen âge, durant lequel le respect de l'autorité des maîtres scientifiques ou autres s'opposait à tout progrès, n'ajoute pas une idée nouvelle aux tliéories galéniques, et à la fin du seizième siècle, on "voit encore la Faculté de Paris proclamer que c'est le refroidissement du foie qui amène l'hydropisie.

La deuxième période s'ouvre avec la Renaissance : Bacon crée la méthode inductive, qui s'adapte seule aux sciences naturelles, et secoue le joug de la tradition et de l'autorité; Harvey découvre la circulation du sang en 1615, Aselli, les cbylitères en 1622, Rudbeck, les lymphatiques en 1651. Toutes ces découvertes vont modifier profondément les idées reçues sur les causes et la nature des œdèmes.

Durant celte période qui se termine en 1825, les doctrines qui régnèrent peuvent être rapportées à deux groupes principaux : pour les uns, l'œdème est lié à un trouble mécanique de la circulation veineuse ; pour les autres, il tient à une modification du cours de la lymphe. Ces deux théories ne sont pas exclusives l'une de l'autre, comme nous le verrons ; mais cette dualité pathogénique était peu compatible avec l'esprit philosophique d'alors ; un même phénomène, l'hydropisie, devait répondre à un mécanisme toujours identique. ^.La première

DICT. ESC. 2e S. XIV. 15

théorie, ou, si l'on veut, la théorie veineuse de l'œdème, apparut peu de temps^ après la découverte de la circulation. Harvey qui, dans ses expériences, avait pratiqué beaucoup de ligatures veineuses, n'avait pas remarqué d'hydropisie à leur suite. C'est un de ses élèves, Richard Lower, qui, en 1680, dans deux expériences remarquables, démontra l'influenee de l'arrêt du cours du sang dans les veines sur la production de l'œdème : dans l'une, après la ligature de la veine cave inférieure, il constata un épanchement de sérosité dans l'abdomen ; dans l'autre, après avoir lié les veines jugulaires d'un chien, il observa le gonflement œdémateux de toutes les parties situées au-dessus des ligatures, en mêmetemps^ qu'un flux de larmes et de salive. Ces expériences capitales n'entraînèrent cependant pas la conviction générale, et, durant toute la période que nous considérons, nous ne voyons guère les idées de Lower prises en considération que par Haller qui, dans ses Elemenla physiologice, a rassemblé un certain nombre de faits d'œdème produit chez des animaux par des ligatures veineuses, ou observé chez l'homme à la suite de compression de veines par des tumeurs.

La deuxième théorie, ou théorie lymphatique, suivit la découverte des vaisseaux blancs. Elle fut formulée pour la première fois en 1675 par Loos et Geizinger. Elle eut une vogue considérable et, pendant longtemps, rencontra peu de contradicteurs. L'œdème se produisait soit par rupture des lymphatiques et épanchement de la lymphe dans les tissus ambiants, soit par simple stase de cette humeur dans les vaisseaux qui la contiennent, stase résultant de leur compression, de leur obstruction, ou de leur dilatation rendant les valvules insuffisantes, ou encore de l'oblitération des glandes lymphatiques (Sœmmering et Mascagni). Comme nous l'avons dit, presque fous les médecins, y compris Hunter lui-même, se rallièrent à cette doctrine. En 1798, Pinel décrivait encore les hydropisies parmi les affections spéciales au système lymphatique. Ce n'est qn'en 1823, que Bouillaud, s'appuyant sur des observations cliniques et un grand nombre d'autopsies, montra que l'œdème chez l'iiomme reconnaît le plus souvent pour cause une oblitération des veines, remettant ainsi en honneur les idées de R. Lower, et rejetant au second plan l'action des troubles de la circulation lymphatique.

La publication des recherches de Bouillaud inaugure la troisième période. Celle-ci est véritablement la période positive : les systèmes, les théories a priori sont décidément rejetés ; c'est sur une observation clinique rigoureuse, sur des connaissances anatomiques et physiologiques rendues de plus en plus précises par l'histologie et la méthode expérimentale que vont reposer les idées nouvelles.

Bouillaud vient d'établir d'une manière définitive l'influence des troubles de la circulation veineuse. Peu de temps après, Bright et Christison créent une nouvelle catégorie pathogénique d'œdèmes, les œdèmes dyscrasiques, c'est-à-dire liés à une altération primordiale du sang, altération dont les causes, la nature et le mode d'action vont être bientôt éclairés par les recherches cliniques, par les travaux d'hématologie d'Andral et Gavarret, de Becquerel et Rodier, de (]arl Schmidt, par les expériences de Magendie, de Cl. Bernard, d'Hayem et Carville, par les recherches de Poiseuille sur les phénomènes physiques de la circulation, etc. Un peu plus tard (1852), la découverte des vaso-moteurs par Cl. Bernard, puis les expériences de Brown-Séquard, de Schiff, celles de Ranvier, etc., établissent d'une manière positive l'existence d'a-dèmes d'origine névro-vasculaire. Enfin, les recherches histologiques récentes sur le tissu conjonctif et le

système lymphatique, les travaux de Rigler, de Teichmann, de Virchow, de Uindfleisch, de Young et surtout de Ranvier et Renaut, attirent l'attention sur les rapports de l'œdème avec le système lymphatique, depuis longtemps perdus de vue, et jettent un jour tout nouveau sur ce côté de la question.

Nous n'avons fait qu'esquisser à grands traits les progrès re'alisés en ces derniers temps dans l'étude de l'œdème. Entrer dans plus de détails, c'eût été empiéter sur les chapitres suivants. Mais nous en avons dit assez pour montrer tout ce qui appartient à notre temps. Tour à tour, nous avons vu l'observation clinique, la physiologie expérimentale et l'histologie normale et pathologique, apporter un contingent de notions positives, et c'est ainsi que ces méthodes d'investigation, en s'associant, donnent à la science contemporaine une sûreté de vue que n'a connue aucune époque. S'il existe encore des œdèmes dont la genèse reste obscuj'e, des œdèmes incertœ sedis, il faut reconnaître que leur nombre diminue de jour en jour, et qu'à l'heure actuelle, il est possible de les encadrer tous dans l'un des groupes pathogéniques que nous venons d'entrevoir et que nous établirons bientôt.

AisATOMiE PATHOLOGIQUE. Lorsqu'ou examine sur le cadavre un membre œdéniatié, on y retrouve la plupart des altérations constatées pendant la vie : tuméfaction, mollesse, déprcssibilité sous le doigt, peau tendue et lisse, effacement des plis normaux, etc. L'aspect extérieur en est cependant un peu modifié par la mort-, les parties infiltrées paraissent comme affaissées, elles sont plus pâles encore, la peau semble plus poisseuse au toucher, le trajet des veines superficielles se dessine sous forme de lignes d'une teinte brunâtre plus ou moins prononcée. Si l'on pratique une incision un peu profonde, on constate l'épaississement de la couche cellulaire sous-cutanée, pouvant atteindre 5 et 6 centimètres; cette couche a des caractères bien différents de ceux qu'elle offre à l'état normal : au lieu d'être plus ou moins dense, comme feutrée, elle forme une masse translucide, quelquefois opaline ou jaunâtre, ou un peu rosée; elle tiemblotte à la moindre secousse comme de la gelée; de la surface de section suinte en abondance variable un liquide séreux, et il est aisé de voir, de prime abord, que c'est à la distension par ce liquide des mailles du tissu cellulaire qu'on doit rapporter et son épaississement et son aspect gélaliniforme. Çà et là, on aperçoit des tractus fibreux, des lobules adipeux de forme variable, lenticulaires, polyédriques, etc., qui n'ont pas été dissociés par l'infiltration séreuse et sont comme flottants au milieu d'elles ; ailleurs, des traînées rouges formées par les vaisseaux sanguins. Le hquide s'écoule toujours assez lentement par les lèvres de l'incision pour que, même au bout de plusieurs heures, celles-ci présentent encore la plupart des caractères que nous venons d'exposer, et que leur épaisseur seule soit diminuée. C'est par suite de l'étroitesse presque capillaire des espaces dans lesquels elle est contenue, que la sérosité hydropique ne s'écoule ainsi que goutte à goutte, malgré sa fluidité; elle reste maintenue entre les fibres du tissu conjonctif comme de l'eau qui imbibe de la ouate, suivant la comparaison de Ranvier. Mais qu'on isole un fi-agment du «tissu œdémateux, qu'on l'abandonne ensuite à lui-même, alors les éléments fibro-élastiques qui le constituent se rétractent et recouvrent leur cohésion primitive en exprimant complètement le liquide qui les distend; alors même qu'on place les fragments œdémateux dans de la sérosité, on les voit ainsi revenir sur eux-mêmes, ce qui prouve bien que c'est à la rétraction des éléments conjonctifs et élastiques qu'est due l'issue du liquide (Gornil et Ranvier).

196 ŒDEME.

Dans un membre infiltré, le tissu sous-cutané n'est jamais seul atteint : les couches conjonctives qui séparent les différentes parties constituantes de ce membre, les espaces intermusculaires, les gaines celluleuses des vaisseaux et des nerfs, etc., sont également infiltrés, d'où une sorte de macération, de dissociation des organes, entraînant souvent pour la dissection, des difficultés bien connues des anatomistes, et faisant « justice d'un certain nombre de fascia superficiels imaginés par quelques anatomistes sur toute la surface du corps. » (Cruveilhierj. Ajoutons d'ailleurs que c'est toujours l'œdème sous-cutané qui prédomine et que c'est à lui que revient de beaucoup la plus grande part dans la tuméfaction totale des parties. Il suffit, pour s'en convaincre, dans un cas d'œdème unilatéral, de dépouiller, comme l'indique Bichat, les deux membres homologues de toutes les couches sus-aponévrotiques ; on constate alors que la différence (le volume, auparavant considérable, devient à peine marquée.

Comme sur le vivant, l'œdème peut, en général, être facilement déplacé par la pression et par la position. Cruveilhier a pu plusieurs fois, par de larges incisions pratiquées sur le dos du pied, évacuer dans l'espace d'une nuit toute la sérosité contenue dans le tissu cellulaire d'un cadavre placé dans une position telle que l'incision lût à la partie la plus déclive.

La sérosité de l'œdème est incolore ou très-légèrement citrine, claire, transparente, d'une saveur fade ou un peu salée, inodore. Sa densité est inférieure ik celle de tous les autres liquides hydropiques; souvent elle n'est que de 1002 et ne dépasse jamais 1010 ou 1012. Sa réaction est légèrement alcaline. Son analyse chimique a donné les résultats suivants, d'après Ch. Robin (Humeurs normales et morbides) :

SÉROSITÉ DES ŒDÈMES,

Principes de la première classe.

Eau 993 ù 976

Chlorure de soilium là 7

Carbonate i'.m souile )

la s

Phosphates de >oude et de chaux

Principes de la deuxième classe.

Lactates alcalius I „ .

L'rée et uralcs | "'■' ^

Cholestérine (traces) non dosée.

Séroline et corps gras traces à 5

Principes de la troisième classe.

Albumine oà 7

Matières colorantes parfois traces.

La sérosité de l'œdème contient donc une quantité considérable d'eau; le chlorure de sodium en constitue un des principes les plus abondants, puisqu'il peut atteindre la proportion de 7 pour 1000; les produits de désassimilalion, tels que les lactates, les urates et l'urée y existent constamment, bien que peu abondants dans la plupart des œdèmes ; mais on les voit augmenter notablement dans les hydropisies du mal de Bright. Si l'on rapproche cette dernière particularité du fait démontré par Bartels, à savoir que, chez les briglitiques, une bonne partie de l'eau absorbée qui devrait èlre éliminée par les urines est retenue sous forme d'infiltration hydiopiques cela justifie l'expression de Lorain qui disait que ces malades pissaient dans leur tissu cellulaire. Les corps gras se rencontrent toujours dans la sérosité des œdèmes, surtout anciens; selon Robin, ils provien-

ŒDEME,

(Iraient des vésicules adipeuses ouvertes par les mouchetures pratiquées pour donner issue au liquide, tandis que pour 0. Weber, ils seraient dus à un dédoublement de l'albumine. Enfin, les principes albuminoïdes n'y sont représentés que par de l'albumine dont la proportion n'excède pas 5 à 7 pour 1000 ; la fibrine fait entièrement défaut.

On peut encore observer accidentellement dans le liquide de l'œdème d'autres substances qui ne sont pas comprises dans le tableau précédent : ce sont d'abord les acides et les pigments biliaires qui n'y existent que dans les cas d'ictère ; c'est ensuite le sucre qui non-seulement s'y trouve constamment chez les diabétiques en abondance notable, comme dans toutes les humeurs de l'économie, mais qu'on y rencontre même parlois, en dehors du diabète sucré, à la dose de 0,4 à 0,77 pour 100, ainsi que l'ont établi les recherches de Bock.

On peut enfin y constater la présence de certaines substances, telles que le salicylate de soude, l'iodure de potassium, ingérées à titre de médicaments, non éliminées en totalité par les reins et retenues en partie dans la sérosité qui infiltre le tissu cellulaire, ainsi que nous avons pu, notre interne, M. Sainton et moi, le constater récemment par quelques analyses à l'hôpital Laenncc.

Ajoutons que la sérosité œdémateuse, dépourvue de fibrine, ne coagule au contact de l'air, ni spontanément, ni par l'addition de globules du sang (Cornil et Ranvier). Elle ne contiendrait donc pas de substance fibrinogène, contrairement à l'opinion de Schmidt, Uhle et Wagner, etc. ; d'après ces auteurs, en effet, tous les transsudats renferment de la fibrinogène, ordinairement en quantité proportionnelle à celle de l'albumine, et si leur coagulation n'a pas lieu spontanément, c'est qu'ils ne contiennent pas de substance fibrino-plastique ; mais elle survient immédiatement par l'addition du sang qui apporte cet élément nécessaire. Des données analytiques qui précèdent, se dégagent plusieurs faits importants :

1" Si l'on compare, ainsi que nous le faisons ci-dessous, la composition chimi(]ue de la sérosité de l'œdème à celle de la lymphe, il est impossible d'accepter l'opinion d'Uhle et Wagner, à savoir que l'œdème n'est qu'une accumulation de lymphe dans les radicules lymphatiques, puis dans les autres interstices des tissus, et à l'intérieur de certains éléments. Et ce que l'analyse chimique ne permet pas n'admettre n'est pas davantage justifié par le fait anatomopathologique de la dilatation des vaisseaux lymphatiques des parties œdématiées, ni par les expériences instituées dans le but d'éclairer l'histoire des œdèmes lymphatiques, ainsi que nous le verrons plus loin. La sérosité hydropique n'est pas de la lymphe ; dans la grande majorité des cas elle dérive du plasma sanguin, elle sort des vaisseaux en vertu d'un travail osmotique dont nous aurons à étudier les conditions. Si dans certaines circonstances elle dérive aussi de la lymphe, c'est par suite d'un travail analogue, et elle n'est pas plus alors de la lymphe en nature que dans le& autres cas elle n'est du plasma même du

sang.

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