‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.66Chapitre 14 sur 47 · L. Hn · texte numérisé non relu

L. Hn

OCCLXTES (Sciences). Ces termes appellent une double explication.

11 ne faut appliquer ici au mot science que son sens strictement étymologique. Posséder la science des choses occultes, c'est simplement les savoir (scire); c'est croire à un ordre de phénomènes tout particuliers, contraires, ou paraissant l'être, au jeu spontané des forces de la nature, et connaître les pratiques à l'aide desquelles on peut disposer de ces forces et produire ces phénomènes. Rien, dans ce groupe de connaissances, de semblable à quelqu'un de ces autres groupes, issus de l'observation, de l'expérience, de la réflexion, du travail synthétique de l'esprit, qui sont les sciences proprement dites et qu'on appelle la physique, la chimie, l'astronomie, etc. Il est même des cas où le nom de science répond encore moins, si c'est possible, à ce qu'il prétend désigner : c'est quand l'individu, au lieu de mettre en mouvement, par des conjurations, par un pacte, les puissances surnaturelles, en est le jouet et acquiert malgré lui — ou peut dire sans le savoir — certains dons extraordinaires, comme celui de pré-

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dire l'avenir. Il en est ainsi dans la possession démoniaque, qui ne peut néanmoins, comme on le verra tout à l'heure, être distraite des sciences occultes et qui y a été en effet comprise. Dans cet état, le sujet ne fait acte ni de science, ni de savoir, ni de connaissances quelconques, et n'est plus que matière à observation. Le mot de sciences occultes n'a pas de signification beaucoup plus plausible, si on l'applique à l'ensemble des connaissances que peut posséder sur ce sujet un homme instruit. Ce n'est pas posséder une science que de connaître l'histoire et les pratiques de la magie.

En second lieu, le qualificatif occu/te ne dérive pas de la nature cachée, invisible, des forces de la nature; il exprime seulement que les sciences ainsi qualifiées sont secrètes. Créé pour un temps où la magie, très-répandue, avait ses dépositaires particuliers et se trouvait placée sous la menace du bras séculier comme du bras religieux, le mot, peu à peu, a cessé d'être exact; il ne s'est d'ailleurs jamais adapté bien rigoureusement à tout l'ensemble des faits compris sous la dénomination de sciences occultes.

Cet ensemble de faits, d'où est-il venu, et de quoi se compose-t-il?

Il est venu de partout et de tous les temps. L'histoire de tous les peuples montre, à son origine, la superstition, la croyance à des êtres, à des forces distinctes, se partageant le gouvernement de la n.iture, de l'homme, des animaux, des plantes, de la matière inanimée. On a pu rencontrer en Australie, aux îles Salomon, aux Andamans, en Californie, dans l'Afrique centrale, des peuplades sauvages dépourvues en apparence de toute idée religieuse, de tout dogme, de tout sacrifice, de tout culte, mais il reste douteux à nos yeux, qu'un seul soit exempt de croyances superstitieuses, je veux dire de croyances à la vertu mystérieuse de certaines ligures, de certains objets, ou aux esprits cachés, ne serait-ce que ceux qui agitent les arbres ou qui font gronder le tonnerre. Et à ce sujet je ne puis m'empêcher de faire remarquer que, de la croyance aux esprits à la crainte des esprits, et de la crainte des esprits à des pratiques extérieures ou mentales, en vue de les apaiser ou de les effrayer (car il est des sauvages qui gourmandent et injurient leurs dieux), la distance est si courte, la pente si naturelle et si forte, qu'on se prend involontairement à mettre en doute l'exactitude des renseignements relatifs à des peuples avec lesquels les communications orales sont fort difficiles, particulièrement sur des sujets de métaphysique, et dont l'infériorité intellectuelle et morale est ce 'qui empêche le plus d'en mesurer le degré. Cette réserve paraîtra plus légitime encore, si l'on ajoute que ces renseignements ont été contredits, à l'égard de certaines peuplades, par des témoignages ultérieurs, ou l'étaient même déjà par anticipation. [1 paraît bien en être ainsi, par exemple, pour les tribus des rives septentrionales du Nil blanc, pour les Samoans, etc. [voy. Tylor : la Civilisation primitive, t. I, p. 482 et suiv.). Ce qui prouve, comme je le disais, combien peut être trompeuse l'observation en cette matière délicate, et de combien il s'en faut que cette époque préreligieuse (ou antérieure à toute religion), dont on a voulu faire le pendant de l'époque préhistorique, ait le droit de figurer parmi les phases successives du développement de l'humanité.

L'homme, donc, a une tendance native à symboliser la nature. Cette tendance, il la prend en lui-même. Quelque voisin de la brute que soit un homme, il a conscience de sa personnalité ; il sait qu'il peut quelque chose. Confusément, il pense qu'il est une cause, et cette idée de cause, il la transporte hors de lui. Puisqu'il peut produire un bruit en soufflant dans un tube ou en frappant un

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métal, celui qu'il ne produit pas, le bruit de l'air, par exemple, l'est donc par un autre, et c'est cet autre qui est la puissance cachée. Dire, comme plusieurs, que le sauvage substitue par là une notion subjective à une notion objective , ce n'est pas assez : le sauvage imagine une cause externe, à la bonne heure ; il symbolise un phénomène, soit; mais l'idée de cause a précédé le symbole, et telle est la vraie racine psychologique de ce genre de supernaturalisme.

Voilà donc le premier pas fait dans cette voie par l'homme primitif; il personnifie les puissances de la nature. Mais cette personne occulte qu'il s'est figurée, elle affecte sa propre personne; elle lui nuit ou elle le sert; elle lui procure du plaisir ou de la peine. Par là s'éveillent en lui, non plus deux idées, mais deux sentiments : l'espérance et la crainte, que personne ne s'avisera de contester au sauvage, quand on les rencontre chez les animaux. Le sauvage craint son semblable et il espère en lui ; par la même disposition interne, il a les mêmes sentiments à l'égard des forces qu'il a personnifiées. Or, tout sentiment, tout désir, toute répulsion se réfléchit dans un acte. C'est la loi de la nature humaine, et l'on pourrait dire de toute la nature. L'affinité réciproque de deux corps bruts, leur sympathie, comme on disait autrefois, se satisfait par une combinaison. L'homme qui désire demande; l'homme qui craint supplie; et, pour attirer le plaisir comme pour écarter la peine, il se répand en promesses, il offre des soumissions, des mortifications, des cadeaux, des sacrifices. Ainsi fait le sauvage à l'égard de ses dieux, et les pratiques de la superstition commencent. Quelquefois, comme je l'ai dit, au lieu de prier, il commande : c'est quand il s'est fait des puissances invisibles une idée inférieure. Il est en effet des tribus où l'homme se croit au-dessus de ses fétiches ou de certains d'enti e eux; cette vue de la supériorité relative de l'homme entre même dans certaines formes de superstition (La Kabbale). Dans tous les cas, il s'établit entre la nature et l'homme une sorte de commerce, de fréquentation journalière et presque de familiarité, d'où l'on voit aisément sortir les pratiques de la magie et du sortilège. Placez maintenant dans ce milieu quelques hommes mieux doués que ceux qui l'entourent, plus appliqués à l'observation des phénomènes naturels, voyant plus clair dans le cœur humain, plus ingénieux à imaginer des rites, avec tout cela portés à la domination, et vous aurez ce qu'on trouve au berceau de toutes les antiques religions : le prêtre sorcier.

Je n'ai parlé jusqu'ici que de cette personnification des forces delà nature qui fait de celles-ci des dieux, des fétiches, des démons, et tout le fretin de ces esprits qu'on appellera plus tard fées, ondins, elfes, duses, aubes, gnomes, grigris, etc. Mais l'imagination humaine n'est pas toujours allée jusque-là; ou plutôt à côté de ce symbolisme elle a placé d'autres croyances, également superstitieuses, où l'on ne peut voir qu'une conception fausse de la nature et une interprétation arbitraire et fantaisiste de ses énergies, c'est le système des influences. Par exemple, le mélange de certaines substances, ramassées en de certains lieux, à de certaines heures, dans de certaines conditions, deviendra propre aux maléfices. Une maladie pourra se transmettre d'un sujet à un autre au moyen d'une corde allant de l'un à l'autre. La direction du vol d'un oiseau aura une signification heureuse ou malheureuse, etc. Dans d'autres circonstances, quelque fausse notion des phénomènes et de leur succession, des vertus inhérentes aux différents corps (aux astres, par exemple, ou aux plantes) ou de celles qui peuvent leur être communiquées par des pratiques spéciales (certains signes, certaines paroles, et plus tard l'aimant), ou encore de celles qui sur-

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vivent dans une partie séparée du tout (les cheveux, les ongles, un morceau de peau), ou enfin l'hypolhèse de corrélations mystiques entre certains corps et certains autres (entre les astres et l'homme), tout cela donnera le moyen d'annoncer les événements futurs, d'exercer sur les objets animés ou inanimés des influences occultes, de l'aire naître ou de guérir une maladie.

Pour apprécier justement ces croyances, il faut tenir compte du milieu, du temps où elles sont formées ; la plupart étaient sincères, et on peut même l'aflirmer de toutes celles qui ont apparu à l'origine des sociétés. En l'absence de notions scientifiques sur le monde, tout pouvait paraître possible, et ce qui est pour nous bizarre et insensé pouvait passer pour naturel tout autant que tel autre phénomène d'observation commune. Aussi le sorcier de nos jours est-il, pour le vulgaire, un personnage plus redoutable encore que le sorcier des temps primitifs parce que, lorsqu'il détourne une source, dessèche les récoltes , fait périr les arbres, ou rend une vache stérile, on sait que non-seulement il dispose d'un pouvoir occulte, mais encore que ce pouvoir va jusqu'à déranger l'ordre des phénomènes naturels ; et c'est une impression de ce genre qu'a toujours faite et que t'ait encore sur les populations la vue de ces êtres misérables auxquels s'attache une idée de maléfice : les Moundas dans l'Inde, les Jakouns au Japon, les Cagots chez nous. Mais la même cause qui, dans la succession des temps, a accentué le caractère surnaturel des opérations magiques, cette cause, qui n'est autre que le progrès de la science et de la raison , les a de plus en plus compromises aux yeux des gens éclairés ; et comme ces opérations ont toujours profité à quelqu'un ou à quelque chose, à la thaumaturgie privée, à la religion et à l'État; conmie d'ailleurs, en dehors de tout calcul, elles sont de nature à surexciter la curiosité publique et à revêtir d'une autorité incomparable celui qui sait les produire, on a mis à leur service la science et la raison elles-mêmes, auxquelles on a demandé des moyens de supercherie. Dévoiler les pieuses supercheries dans l'antiquité ; montrer qu'on y avait recours chez les diflérenls peuples dès les premières lueurs de la civilisation ; faire dans cette œuvre ténébreuse la part des connaissances physiques, chimiques, astronomiques, météorologiques (connaissances souvent bien bornées et bien grossières, mais inaccessibles à la foule), c'a été de nos jours l'œuvre particulière d'Eusèbe Salverte.

Ce n'est pas à cette place qu'il doit être traité en détail des sciences occultes. Celles-ci ont des aspects divers, appelant des articles spéciaux, et c'est en indiquant ces aspects, en établissant les principales divisions du sujet et en distribuant ainsi la matière, que nous terminerons cet exposé.

Toules les manifestations des sciences occultes ont ce caractère commun qu'elles sont provoquées par l'homme en vertu d'une l'orce qui est en lui, qui sort de lui et qui lui donne la faculté de commander à la nature. C'est la différence du miracle au prodige. Le prodige est un dérèglement de la nature opéré par les puissances occultes; le miracle est une violence faite aux lois physiques par l'homme, mais en vertu d'un don fait par ces puissances. Le rapport entre l'homme et les choses invisibles n'est pas toujours entendu de la même manière. L'homme peut être, on l'a noté plus haut, envahi, pris d'assaut par le génie, par le démon ; et, bien que dans cet état il puisse exécuter des actions extraordinaires, miraculeuses, on peut dire qu'il obéit. C'est le démon qui agit par lui. Tel est le cas des Sibylles, des démonomanes, de tous les vaticinants. Mais l'homme peut aussi commander aux démons, quand sa force, venue de plus haut, est

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supérieure à la leur, comme on le voit dans l'exorcisme. Les miracles proprement religieux ou théurgiques ont tous ce caractère que l'opérant est le mandataire d'une puissance supérieure qui lui donne autorité sur les puissances inférieures. De même dans la magie simple, celle qui consiste, par exemple, à changer subitement le vin en eau, l'or en étain, l'homme dispose librement de son pouvoir privilégié ; au lieu de commander aux esprits, comme l'exorciste, il commande (mais toujours en vertu d'un pouvoir occulte) aux éléments. Ces deux états des thaumaturges, l'état passif et l'état actif, doivent être rangés également dans la catégorie des sciences occultes, parce qu'ils sont foncièrement du même ordre et que parfois, d'ailleurs, ils se succèdent chez le même sujet. Les possédés qui s'agitaient sous l'étreinte du diable, qui hurlaient, qui blasphémaient et crachaient sur l'image du Christ, se mêlaient également de jeter des sorts, de prédire l'avenir, de découvrir les voleurs, tout comme les thaumaturges qui, froidement, librement, appelaient l'esprit avec invocation, et faisaient un pacte avec lui.

Avec cette racine commune, les sciences occultes présentent pourtant une certaine diversité, quelquefois difficile à bien préciser. On a coutume d'établir une distinction entre la sorcellerie et la magie; mais cette distinction est si confuse et le sens même des roote si peu défini, que certains auteurs regardent la magie comme une sorte d'expansion de cette sorcellerie primitive, dont il a été parlé plus haut, tandis que d'autres, réservant plus particulièrement le nom de sorcellerie pour la démonomanie du moyen âge, y voient une application nouvelle de la magie. Comme telle, elle serait, par beaucoup de côtés, une recrudescence de l'antique goétie, de cette magie malfaisante qui a reçu plus tard le nom de Magie noire. On n'ignore pas, d'ailleurs, que la magie de ce temps s'est exercée de plus d'une manière, et que les pratiques étymologiquement rattachées au mot Sorcellerie (art de jeter des sorts) remontent jusqu'à l'état primitif de l'humanité. L'usage le plus général est d'attribuer à la magie les opérations qui appellent l'assistance des puissances supérieures, et à la sorcellerie les opérations réservées aux puissances inférieures.

 ces trois modes de la science occulte on consacre des articles à part : pour les deux premiers, au mot Sorcellerie ; pour le troisième, au mot Ei'idémiques (Folies), sous lequel se rangera la démonomanie.

Un autre mode mérite d'être traité sous le nom qui lui appartient : je veux parler de la Kabbale. Par ses sephirolhs, analogues aux nombres pythagoriciens ; par ses anges et ses démous, catégorisés, hiérarchisés, attachés à toutes les opérations de la nature, depuis les plus élevées jusqu'aux plus basses, démons de la lumière et démons des ténèbres, démons du bien et démons du mal ; par ces rapports mystérieux qu'elle établit entre les diverses parties de l'organisme humain et les parties de l'organisme cosmique, rapports qui joueront un si grand rôle avec Paracelse, la kabbale est un instrument merveilleusement disposé pour la magie ; elle lui offre à la fois des éléments essentiels et des moyens d'action ; et l'on verra que son influence s'est fortement exercée sur la médecine {voij. Kabbale).

A la magie, à la sorcellerie, à la kabbale, se rattachent le spiritisme et le mesmérisme. Le premier n'est qu'un rappel confus et extravagant de superstitions diverses : la croyance aux apparitions, aux revenants (nécromancie); la démonologie; les esprits frappeurs, aussi vieux que tout le reste, avec leur écriture et leurs dessins ; la doctrine de la transfiguration des âmes et de leurs mi-

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grations à travers les astres : !e tout perfectionné et arrangé au goût du jour et à celui des salons. Le mesmérisme n'est aussi qu'un écho des mêmes rêveries, mais plus faible, plus réservé, qui a dû à l'appareil scientifique dont son étude a été entourée d'avoir, de nos jours, un certain crédit, et d'avoir gagné la faveur de quelques esprits sérieux [voy. Mesmérisme et Spiritisme).

Je viens d'indiquer la nécromancie ; c'est parmi les arts magiques le plus célèbre peut-être, celui qui saisit le plus fortement les imaginations. Magicien et nécromant étaient autrefois presque synonymes. Pour cette raison même, il sera traité des apparitions dans l'article général sur la magie et la sorcellerie.

Quant à Valchimie, si elle ne fait pas partie intégrante de la magie, elle y confine; mais, par son but distinct, par la nature spéciale de ses opérations, qui en a fait le prélude d'une science véritable et aujourd'hui si brillante, elle méritait un examen particulier, qu'on trouvera aux mois Alchimie et Chimie.

Enfin, la magie donne, on l'a vu, à ceux qui savent user de ses pratiques, le don de découvrir les choses cachées ; d'embrasser à la fois, comme l'œil divin, le passé, le présent et l'avenir; de pouvoir, en conséquence, annoncer les événements luturs, révéler les événements accomplis, apercevoir distinctement ce qui se passe à distance, ou dans la profondeur de la terre, ou dans l'immensité des cieux. C'est par ce côté que la magie est le plus largement et le plus fortement entrée dans l'opinion, parce que ce côté est celui qui touche le plus à la vie sociale et à la vie domestique. Faits historiques, destinée humaine, trésors enfouis, malfaiteurs cachés, etc., le champ d'opérations est inépuisable, surtout quand, du domaine où l'esprit, le démon, vient en aide à l'homme, on l'étend à cet autre ordre de phénomènes que j'ai spécifié, relevant du mysticisme autant que de la magie, où la divination se tire de certaines corrélations supposées entre les objets ou de certaines influences de sympathie ou d'antipathie. La liste des moyens de divination est assez longue, depuis ceux qui étaient dans l'antiquité, sous le nom à'aruspices, des institutions d'État, jusqu'à ces pratiques plus générales, plus familières, d'importance diverse, qui se sont perpétuées à travers les siècles : la chiromancie, l'astrologie, la cartomancie, la coscinomancie, la dactylomancie, la ihabdomancie, etc. Tout cet ensemble est passé en revue dans l'article consacré à la divination {voy. Divination), à l'exception pourtant d.) l'horoscope astrologique (génélhlioscopie), qui a eu trop de retentissement pour n'avoir pas son mot dans un ouvrage où l'on a cru devoir admettre le tableau à peu près complet des sciences occultes {voy. Astrologie).

En résumé, tout ce que le lecteur ne trouvera pas au mot sorcellerie, il devra le chercher aux mots : alchimie, astrologie, divination, épidémique (folie), kabbale, mesmérisme et spiritisme, A. Dechambre.

OCÉAIVIE {Géographie médicale) . Malte-Brun a donné le nom d'Océanie à l'ensemble des terres répandues dans le vaste espace de l'Océan compris entre les côtes occidentales de l'Amérique et celles de l'Asie, qu'il contourne jusqu'au méridien des îles Andaman et Nicobar. C'est un immense archipel développé sur une ligne de 3000 lieues, et constitué par une vingtaine de grandes terres dont la principale égale presque l'Europe en étendue, tandis que les plus petites se groupent en un labyrinthe d'îles souvent reliées entre elles par des récifs sous-marins. En longueur, l'Océanie mesure 165 degrés, du 91* degré de longitude est au 105« longitude ouest; diagonalement au moins 20 000 kilomètres. Sa largeur, qui va en diminuant à mesure qu'on s'avance vers l'est, est comprise

entre le 55^ degré de latitude nord et le 56* degré de latitude sud. Sa superficie est approximativement de 10 631000 kilomètres carrés (Dussieux). Il importe de savoir qu'on ne trouve plus d'habitants, dans toute cette surface, au delà du 23^ degré latitude nord, du H0« degré longitude ouest, et enfin du 47* degré latitude sud (Dumont d'Urville).

L'Océanie, par sa situation, par sa constitution géologique, se différencie suffisamment des grands continents de l'Orient et de l'Occident pour en être complètement séparée : elle forme la cinquième partie du monde. A l'est, une mer vaste et profonde l'isole complètement de l'Amérique. A l'ouest, le 90* degré de longitude est, qui sépare les parages de l'Australie de ceux de Madagascar, la limite de l'Afrique avec laquelle elle a plus d'affinité. Au nord, la mer de Chine et le détroit de Malacca la séparent moins de l'Asie que les grands archipels de la Malaisie ne l'en rapprochent.

Divisions. La division fondée par Dumont d'Urville sur l'étendue des îles et les différences ethnographiques ayant été adoptée pour les articles Malaisie, Mélanésie, AusTKALiE, jeme bornerai dans cet article, tout en m'efforçant de ne rien omettre de général, à l'étude de la géographie médicale de la Polynésie et de la Micronésie.

Constitution céologiqde et foumation du sol de l'Océanie. Les archipels et les îles de l'Océanie ne sont pas dispersés sans ordre sur l'immense surface de l'Océan, mais disposés, comme les chaînes de montagnes des grands continents, suivant des lignes régulières qui appartiennent à différents systèmes de soulèvement. « 11 est au moins remarquable qu'un si grand nombre d'îles soient situées , à quelques exceptions près , comme les îles Sandwich et la Nouvelle-Zélande, entre le 23", 28' latitude boréale et le 23°, 28' latitude australe, et qu'il reste un espace immense sans île à l'est des groupes Sandwich et ÎVouka Hiva, jusqu'aux côtes de l'Amérique )) (Dana, Geology, or U. St. exploring Expedil. under the Command. of Charles Wilkes, t. X, 1849, p. 12). En généralisant les vues de l'éminent géologue américain sur la configuration et la disposition des archipels, sur les périodes de soulèvement et de dépression par lesquelles passent de vastes étendues du sol sous-marin, on peut rapporter le relief actuel de l'Océanie à deux actions principales : 1" l'action ignée, 2° l'action des zoophytes coralligènes.

Action ignée. Des volcaiis en ignition, des îles de basalte et de trachyte, pourvus de cratères, ne donnent qu'une idée insuffisante de l'influence de l'action ignée sur la formation du sol de l'Océanie, si les îles de coraux reposent, comme le croit Dana, sur des hauts-fonds constitués par des îles basaltiques. Dans cette hypothèse, il faudrait évaluer à plus de 1000 le nombre des ouvertures volcaniques situées au-dessus ou au-dessous de la surface de la mer. Quoi qu'il en soit, Dana compte, dans toute l'étendue de la mer du Sud, 550 îles de basalte et de trachyte, et 290 îles de corail.

Les volcans en activité les plus importants sont : le Mauna-Loa aux îles Sandwich; les volcans de Tafoa et d'Amargoura des îles Tonga; les volcans de Tanna et d'Ambrym aux Nouvelles-Hébrides; le volcan de Tinakoro, dans le groupe de Yanikoro; le volcan de l'île Sesarga, dans le groupe Salomon; parmi les Mariannes le volcan de l'île Gougouan, de l'île Pagon, celui de la Grande- Ascension. La Nouvelle-Guinée présente deux volcans actifs.

L'Océanie présente dans une grande partie de son étendue des traces plus ou moins récentes d'une ancienne activité volcanique : des cônes de cendres, des

cratères, des lacs dont quelques-uns sont remplis d'eaux bouillantes, des îlots fumants, des solfatares, des colonnes de vapeur, des sources thermales. Toute l'île d'Hawaï doit son existence au soulèvement de trois montagnes volcaniques. Le resle de l'archipel est formé de roches volcaniques. Dans la Nouvelle-Zélande, Dieffenbach a signale l'existence de roches basaltiques et trachytiques, de lacs, de cônes de cendres. L'archipel Viti est basaltique et trachytique. Les mêmes formations paraissent avoir élevé au-dessus du niveau de la mer l'archipel de Samoa ou des Navigateurs, de Tonga ou des Amis. Taïti, qui ne présente que peu de traces de sa formation ignée; les îles Gambier et Pitcairn, l'île de Pâques, sont également basaltiques et trachytiques. L'île de Pâques est traversée par une rangée de cratères.

Iles de Corail. Tandis que les formations ignées ont élevé le sol de l'Océanie à des hauteurs qui atteignent 3000 mètres, les îles produites par les zoophytes coralligènes ont été justement décrites par Forster sous le nom d'Iles basses. Les îles basses, au nombre de 190, occupent une zone irrégulière s'étendant de chaque côté de l'équateur, à une distance qui ne dépasse jamais le 30" degré de latitude, parce que dans ces limites la température des eaux de l'Océan ne s'abaisse jamais au-dessous du degré de chaleur (20 degrés centigrades) nécessaire à l'existence des caryopliyllées, des astrées, des madrépores et des méandrines, qui, en séparant le carbonate de chaux des eaux de la mer, édifient, particule à particule, avec leurs coquilles et le carbonate de chaux qui résulte de leur décomposition, des récifs de 400 milles à 1200 milles de longueur.

Toutes ces constructions singulières, étant l'œuvre d'animaux qui ne peuvent vivre hors de l'eau ni à une profondeur de plus de 20 à 30 brasses, sont les vestiges incontestables d'un double mouvement de soulèvement et de dépression du sol de l'Océanie. Lorsqu'on les trouve sur les parois d'un cône volcanique, à une hauteur de 100 mètres, comme à Rotta, l'une des Mariannes, il est manifeste qu'elles ont suivi le sol qui s'élevait, tandis que, lorsque la sonde permet de constater leur présence à une grande profondeur, il ne saurait y avoir de doute sur l'affaissement progressif des hauts-fonds qui ont servi de base aux premières constructions. Darwin admet que, pendant que le sol se déprime gi'aducUement, entraînant les premières constructions dans les profondeurs de la mer, les constructeurs de corail continuent leur travail vers la surface de la mer, où les attirent les conditions de leur existeu-je : la lumière et la chaleur.

Les formations des coraux ont été décrites sous les noms d'atolls ou île à lagon, de récifs en barrières, de récifs en franges. L'atoll est un anneau de corail, de forme plus ou moins régulière, circonscrivant un lagon central dont le fond élevé par des constructions ultérieures forme le sol d'une île basse. Le récif en barrière diffère de l'atoll, parce qu'il se développe en longueur le long de la côte d'une grande terre. Il constitue la paroi externe d'un canal dont le rivage de la terre forme la paroi interne. Le récif en franges est une bordure de coraux disposés en masses rocheuses le long de la côte.

Avant que le récif submergé par la vague se transforme en sol véritable, de nouvelles modifications doivent s'y produire. Des fragments arrachés par les vagues élèvent sa surface au-dessus du niveau de la mer. Les coquilles cimentées par le carbonate de chaux fourni par les coraux morts , désagrégées par la pluie et les varechs qui s'y attachent, recouvrent le récif d'un sol fertile auquel les vents et les courants océaniques apporteront les graines des plantes dont la végétation servira d'aliment aux oiseaux voyageurs, et plus tard à l'homme.

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Topographie. L'Océanie est constituée par environ 640 îles, réunies en 25 groupes dont les principaux, en allant de l'est à l'ouest, sont :

Polijnésie. L'île de Pâques, par 27°,11' latitude sud et Hl'',55' longitude ouest. Éloigne'e de toute terre par une distance de 800 lieues, l'île de Pâques élève, d'environ 550 mètres au-dessus de la mer, un sol formé de volcans éteints, sans arbres, sans eau. Sa population, évaluée à 2000 habitants en 1786 (La Peyrouse), était réduite, en 1872, à 275 habitants. La phthisie, les scrofules, la variole, le suicide, y sont les causes principales de la mortalité (Fiey, Arch. deméd. nav., 1875).

L'archipel de Gambier, par 25 degrés latitude sud et 157 degrés longitude ouest, est composé de 4 îles dont Mangareva est la principale. Situées au sud-ouestdes îles basses ou de Pomotou, les îles Gambier appartiennent, par la constitution du sol et l'élévation du mont Dul't'(400 mètres), aux îles hautes. Leur population qui, en 1858, était d'environ 2000 habitants, était réduite en 1871 à 950 habitants. De 1840 à 1871, les décès donnent un excédant de 480 (naissances 1581, décès 2061); les causes principales de la mortalité sont : des épidémies de maladies fébriles avec délire, séparées par des intervalles de sept à huit années ; les afl'ections scrofuleuses et tuberculeuses, les maladies de poitrine (Le Borgne, Géogr. méd. des îles Gambier. Tlièse de Paris, 1872).

Archipel Dangereux ou des Pomotous. lùitre les îles Gambier au sud et les Marquises ou Nouka-Hiva (voir l'ait. Marquises), se développe au nord dans un espacedeoOO lieues de longueur par 8 à 20 degrés latitude sud et 140 à 150 degrés longitude ouest et dans une direction est-sud-ouest à l'ouest-nord-ouest, une suite d'envimn 60 à 70 îles basses ayant le plus souvent un lagon intérieur, entouré de brisants. Le sol est madréporique et sablonneux ; la végétation admirable ; mais l'eau est saumàtre, chargée de carbonate de chaux, et impropre à la cuisson. Gais, doux, expansifs, comme les ïaïtiens, les habitants des Pomotous sont passionnés pour la danse, la musique ; ils ont un goût prononcé pour les liqueurs alcooliques. Les maladies dominantes sur les Pomotous sont : l'éléphantiasis,la phthisie, le carreau et la syphilis. Les vieillards et les malades sont complètement délaissés (l>ochas, JSouv. ann. des voy.., t. III, année 1860).

L'archipel de la Société ou Taïti, par 1 7 degrés latitude sud, et 1 51 degrés longitude ouest, est formé de pios volcaniques qui, s'abaissant graduellement, présentent à leur base des vallées sinueuses à collines de basalte, recouvertes d'une végétation luxuriante. La population, évaluée par Cook à 50 000 habitants, était réduite, en 1818, à moins de 8000 habitants. Les maladies dominantes, parmi les naturels, sont : la phthisie et l'éléphautiasis ; parmi les Européens, la dysenterie et la fièvre typhoïde, qui a été observée à l'état épidémique, en 1849, par M. Gallerand, en 1855, par M. Prat. La variole a été importée à Taïti en 1842 [voy. l'art. Taïti).

L'archipel de Hawaï ^iles Sandwich) est le plus septentrional de la Polynésie. 11 s'étend du 157 au 161 degré longitude ouest, et du 17 au 25 degré latitude nord. C'est un groupe de 11 îles volcaniques dont la plus considérable, Hawaï, d'une superficie de 4000 milles carrés, est formée par 4 montagnes élevées de 4800 à 5544 mètres, interceptant entre elles un vaste plateau central. La population, évaluée par Cook en 1778 à 500 (tOO habitants, est réduite à moins de 70 000. Le chiffre moyen des décès (1908) l'emporte de 559 sur celui des naissances (1569). M. Dumas {Une station aux îles Hawaï. Thè<e de Paris, 1861) attribue cette dépopulation aux excès alcooliques, à la prostitution, à la

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débauche précoce, aux avortements. La phlhisie y est moins fréquente que dans d'autres archipels, bien que les îles Sandwich, qui ont tenté de s'organiser à l'image de nos sociétés européennes, soient devenues le centre d'un mouvement commercial considérable. Les communications fréquentes avec la Californie ont eu pour conséquence l'importation de la variole, de la rougeole, de la scarlatine, de la diphthérite. Mais l'affection fébrile la plus fréquente est la maladie appelée bouhou par les naturels, affection qui semble à M. Dumas identique à la grippe, et qu'on ne saurait rapprocher de la fièvre typhoïde qui, d'après M. Dumas, y est à peu près inconnue. L'archipel Mangia ou de Gook, par 20 degrés latitude sud et 160 degrés longitude ouest, appartient aux îles basses, dépassant à peine le niveau de ,1a mer, bordées de récifs, recouvertes d'une végétation misérable et souvent privées d'eau. La population réduite à des ressources précaires est inhospitalière, défiante et sauvage. Les îles Hapaï ou Lafouga présentent la même constitution géologique. La population, composée de 5 à 600 habitants, présente les mêmes caractères moraux. Ce sont des marins audacieux, des guerriers pleins de résolution.

L'archipel de Hamoa ou des Navigateurs, par 13°, 16' latitude sud, et 170 à 175 degrés longitude ouest, élève ses pics volcaniques à une altitude qui dépasse la hauteur des autres montagnes de l'Océanie, et étale une végétation arborescente supérieure en beauté à tout ce que l'Océanie peut offrir de plus beau. La population, belle et vigoureuse, porte dans ses traits les traces d'un mélange avec la race mélanésienne des îles Viti. Elle a été évaluée à 80 000 habitants par Dumont d'Urville. L'assassinat de M. de Langle, raconté par La Peyrouse, témoigne de la pertidie et de l'esprit belliqueux des insulaires. Les maladies observées aux îles Hamoa sont les scrofules, l'éléphantiasis.

L'archipel de Tonga ou des Amis, par 1 7°, 22' latitude sud; 1 76 à 1 78 degrés longitude ouest, est formé de 4 à 5 groupes d'îles dont les plus méridionales, îles Kas et Tafua, composées de basalte et de dolérite, diffèrent des îles des autres groupes dont la formation est corallifère. La plupart des bancs qui ont fait émerger les îles Tonga sont encore vivants. Fondés à des profondeurs considérables de 5000 à 5000 mètres, ils s'élèvent à plus de 5 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Les îles du groupe nord sont recouvertes d'une végétation splendide : dévastes forêts d'arbres à pain, de bananiers, de cocotiers, au milieu desquelles on cultive sur d'immenses clairières la patate douce, le mûrier cà papier, les malvacées et les fougères arborescentes. Comme spécimens de la faune particulière des îles Tonga, il faut mentionner une chauve-souris frugivore et des perroquets à queue plate {Année géographique, 1879, p. 262).

Les habitants, au nombre d'environ 30 000, sont grands, bien faits, de race polynésienne, presque blancs, de belles proportions, à physionomie agréable; plus graves et plus sérieux que les naturels de Taïti, moins sauvages que les Néo-Zélandais, ils se rapprochent du type européen, bien que les lèvres soient grosses et les paupières relevées à la chinoise aux commissures externes.

Industrieux, les habitants des îles Tonga ont dû à leur caractère hospitalier le nom d'îles des Amis que leur donna Cook. Convertis au christianisme, ils vivent sous une sorte de monarchie constitutionnelle, et depuis le traité conclu en septembre 1876, entre le roi Georges I" et le gouvernement allemand, se trouvent placés à moitié chemin entre les établissements français de la Nouvelle- Calédonie et de Taïti et les établissements des États-Unis (îles Samoa) et de l'Angleterre (îles Fidjy).

Les habitants des îles Tonga pratiquent quelques procédés chirurgicaux. Les maladies signalées par les voyageurs sont: les fièvres intermittentes, les maladies tuberculeuses, la syphilis, le pian, l'éléphantiasis, des ulcères rebelles appartenant à la syphilis ou à la lèpre.

La Nouvelle-Zélande termine au sud-ouest, par o4°,12' à 47%20' latitude sud, et 164 à 178 degrés longitude est, la longue suite des archipels de la Polynésie; elle sera l'objet d'un article particulier.

M'icronésie. Au nord-ouest des archipels de la Polynésie se déroule une chahie d'îles basses, formées de massifs de coraux, tantôt isolées, tantôt groupées en petits archipels. Les principales sont les îles King-Smil, les îles Gilbert, les îles Marshall, qui forment comme une ramification sud-est des Garolines qui, avec les Mariannes et les Palaos, constituent la Micronésie.

Les Garolines couvrent une zone étroite, comprise entre le 6* et le 10* degrés latitude nord et le 135" et le 169" degrés longitude est, d'environ 500 îlots réunis par groupes de 1 5 à 30. Les îles Palaos forment le dernier anneau de la chaîne à l'ouest; l'île Radich à l'est. Les îles septentrionales sont plutôt volcaniques. L'ensemble est formé d'atolls verdoyants qu'entoure un immense développement de récifs extérieurs, tandis que des lagons profonds en occupent l'intérieur. Les Carolins des îles basses sont hospitaliers, doux, actifs, souvent divisés en castes ; d'une couleur cuivrée. Geux des îles élevées, adonnés à la guerre et méritant moins d'intérêt, sont connus par leur perfidie et leur cruauté. Les Carolins diffèrent par les traits et les mœurs des Polynésiens; habiles navigateurs, habitués à de longs voyages, ils possèdent à la fois lu connaissance de la situation des constellations et celle du maniement nautique de leurs pirogues. Les maladies des Carolins sont : la dysenterie, la phthisie, la lèpre furfuracée et peut-être la lèpre tuberculeuse.

L'archipel des Palaos ou îles Pelew, situé au nord de la Nouvelle-Guinée, à l'ouest des Garolines, entre 6°, 53' et 8», 9' latitude nord, et 135%39 et 127",39 longitude est, est composé de 18 îles basses très-fertiles. La population trèsdisséminée est d'origine malaise, elle est connue pour son énergie et sa férocité.

L'archipel des Mariannes est une chaîne de 17 îles d'origine volcanique, s'étendant du 13' au 21'' degré latitude nord par 143 degrés longitude est, sur un espace de mer de 150 lieues environ. Découvert par Magellan, en 1521, l'archipel des Mariannes était occupé par une population évaluée à 100 000 habitants par les uns, à 40 000 par d'autres. Les persécutions religieuses, des famines, des épidémies, avaient réduit la [population au chiffre de 5559 habitants en 1710. Après un nouvel accroissement, l'importation de la variole, en 1856, amena un nouvel abaissement. G'est à peine si on compte présentement 5610 habitants dans tout l'archipel (Annal, hydrologiques, 1865).

Les habitants des Mariannes sont, d'une part, des hommes de race cuivrée, nommés Indiens Chamorros, qui ressemblent aux Tagals et aux Yisayos des Philippines; d'autre part, à l'île Saypan, des noirs carolins, robustes, vigoureux et aussi actifs que les Chamorros sont indolents. Les maladies des Mariannes sont : la syphilis, la lèpre, la variole.

Oroguaphie. Hydrographie. Climat. L'Océanie est hérissée d'inégalités orientées régulièrement, présentant cette particularité que celles qui dominent le relief général sont situées à l'extrémité des chaînes principales ou secondaires. Au nord, les îles Hawaï s'élèvent, au Mauna-Kea, à 4840 mètres ; les îles Taïti, à 3754 mètres au sommet de l'Orohéna. Au sud, la Nouvelle-Zélande, élevée de

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4000 mètres, termine la chaîne méridionale. Sur 25 groupes d'îles, 19 suivent une direction nord 50°-60° ouest; 6 la direction nord 20°-30" est. La Nouvelle- Calédonie, la Nouvelle-Guinée, les Nouvelles-Hébrides, les îles Salomon, Gambier, Taïti, Pomotou, qui coupent l'Océan entre 12 et 27 degrés latitude sud, suivent la direction nord-ouest ; les Mariannes, les Carolines, les îles Murgraves, les îles des Navigateurs et des Amis, la direction nord-est. Il en est de même de l'île méridionale de la Nouvelle-Zélande, tandis que la côte septentrionale suit la direction nord-ouest.

L'Océanie présente, sur les différentes régions de son étendue, les conditions climatologiques qui se suivent, depuis l'équateur jusqu'au 48^ degré de latitude. 11 ne saurait donc être question de sa météorologie, si ce n'est dans ce qu'elle a de général : l'égalité de température et la prédominance de l'humidité particulières aux climats insulaires. Ces inlïuences, auxquelles on doit attribuer la magnificence de la végétation et la beauté du type humain, ne sont pas sans danger pour le développement et la direction des énergies particulières à l'homme. Privé des alternatives salutaires des saisons, qui équilibrent ses forces, l'jjomme s'abandonne aux excitations d'un climat excitant, s'énerve dans les plaisirs sexuels, et subit les prédispositions fatales d'un tempérament lymphatique

exagore.

Les courants atmosphériques et maritimes, entraînés dans un sens opposé au mouvement de la terre, ont une direction générale de l'est à l'ouest. L'échauffement des grandes terres, qui détermine la direction des brises de terre, modifle celle des vents alises, tandis que leur rapidité s'accroissant entre les terres élevées crée des intempéries dangereuses pour la santé.

L'immense évaporation qui se produit sous l'influence d'un soleil vertical, la perméabilité des roches madréporiques, la pente rapide des cônes volcaniques, lendent inhabitable une grande partie de l'Océanie complètement privée d'eau. Les lacs, les rivières, appartiennent aux grandes terres : la Nouvelle- Zélande, Taïti. Dans les îles moins importantes, l'eau descend des sommets sous la forme de cascades, de torrents, de sources. En général, les îles basses manquent d'eau, avant qu'une végétation arborescente ne serve d'abri au sol. Sur les îles volcaniques, la végétation des plantes cellulaires qui forment le premier terreau autour des cratères est l'origine des filets des sources qui grossissent en descendant, à mesure que se développent de nouvelles plantes sur les flancs du cône, puis à sa base; de sorte que l'étendue de la surface fertilisée permet de déterminer l'ancienneté des îles, et de considérer les plus stériles comme émergées depuis l'époque la plus récente.

Flore. La flore de l'Océanie est essentiellement tropicale. Sous l'influence d'une atmosphère constamment humide, les espèces arborescentes élèvent leurs troncs énormes à des hauteurs inconnues dans nos climats, et abritent sous les cimes des tecks, des vaquois, des figuiers gigantesques, une forêt plus humble de fougères arborescentes, de cycadées, de bananiers, de myricées.

Les familles dominantes de la flore océanienne sont : parmi les Inembryonées : les Fougères; parmi lesMonocotylédonées : lesAracées, les Palmiers, les Commélinacées, les Broméliacées, les Musacées; parmi les Dicotylédonées : les Cycadacées, les Myricacées, les Pipéracées, les Artocarpées, les Myristicacées, les Hernandiacées, les Verbénacées, les Myrsinéacées, les Rubiacécs, les Goodéniacées, les Araliacées, les Myrtacées, les Papayacées, les Guttifères, les Papilionacées, les Térébinthacées, les Tiliacées.

Les souches de plusieurs fougères conliennenl une substance alimentaire qui les fait rechercher par les naturels. A la Nouvelle-Zélande, on mange la souche de YAcrostichum furcatum de Forsler, et on fait une sorte de pain de la souche amère du Pteris esculenta Lin.

La famille des Aracées fournit à l'alimentation : le taro, Arum esculentum Forst. ; le chou caraïbe, Caladium esculentum Willd. ; le fruit du vaquois, Pandanus odoratissimus Lin., dont la tige grimpante s'élève de 25 à 30 mètres.

La famille des Palmiers donne à la flore sa magnificence, aux insulaires leurs principales ressources. Sitôt que le cocotier a couronné de son feuillage un récif mudréporique, l'homme qui y aborde trouve dans son stipe, ses feuilles, ses fibres textiles, de quoi construire sa cabane, creuser sa pirogue, la garnir de cordages. Son fruit l'jibreuve et le nourrit; il en tire de l'huile, du sucre. Le bourgeon du chou palmiste, Areca oleracea L., est comestible; ÏAreca catechu L. fournit une espèce de cachou, sou jus fermenté avec le riz donne la liqueur alcoolique appelée l'arack. Le talipot de Ceylan, le Conjpha umbraculifera L., arbre magnifique, d'une hauteur de plus de 20 rnctrcs, couronné de 8 à 10 feuilles embrassant une circonléience de 30 mètres, porte des baies sphériques contenant une noix comestible. La sève du Caryota urens est riche en sucre ; son fruit, malgré sa saveur brûlante, est alimentaire. La moelle du Sagas Rumphii donne la fécule appelée sagou.

L'ananas appartient à la famille des Broméliacées, d'ailleurs précieuse pour ses plantes textiles.

La banane, Musa paradisiaca L. (Musacées) ; la canne à sucre, Saccharum offîcinarum L. (Cannées), sont des aliments olferts sans apprêts. La lamille des Cycadacées, si intéressante par le port et l'inflorescence des plantes qui la constituent, fournit aux Néo-Irlandais une espèce de salep extraite de la moelle du Cycas circinalis L. débarrassée par le lavage des principes vénéneux qu'elle contient à l'état Irais.

Le Casuarina africana L. (Myricacées) est surtout remarquable par son port, l'absence de feuilles remjdacées par des gaines.

Les Pipéiacées Iburnissent aux habitants de l'Océanie deux excitants dont rusa::e et l'abus sont entrés profondément dans leurs mœurs. Les insulaires des îles Hawaï, Nouka-lliva, Tonga, Ilamoa, composent avec le suc du Piper melhijsticum Forst. une liqueur enivrante appelée kava. Le Piper bétel mélangé avec la noix d'arec et la chaux est un masticatoire eu usage chez les Malais, les Carolins, les Mélanésiens,

L'arbre à pain, Artocarpus incim L. (Artocarpées) est avec le cocotier l'espèce alimentaire la plus précieuse. Vlnocarpus edulis Gaertn. (Hernandiacées), l'arbre le plus élevé de la Nouvelle-Irlande, porte un fruit dont l'amande a le goût de la chàlaigne. Pour les dimensions, on |)eut placer à côté de fiuoearpus le Gerbera maiiyhas L. (Apocynées), le Tectona grandis L. (Yerbénacées), le Timonius Rumphii (Rubiacées) , le Musœnda frondosa L. (liuliiacées).

La lamille des Myrtacées est une des mieux représentées. Ses espèces les plus intéressantes sont : le goyivier, Psydium pomiferum, qui porte un fruit ovale, jaunâtre extérieurement, d'un rouge appétissant à l'intérieur; les variétés de Barriugtotiia, au brillant feaillage, aux fleurs magniliques; les diflérentes espèces de bois de fer : Melrosideros villosa Hook. M. diffusa D. G., M. obo-

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rata, Hook. YEugenia ynalaccensis L., VEngenia pimenta D. C. Aux Papiliouacées appartiennent l'arbre à corail, Enjlhrina corallodendron Tourn., le Pterocarpiis crinaceus Lam., qui donne le kiiio d'Amboine, le Mucuna gigantea L., Dolichos giganteua D. C.

Finissons par deux espèces intéressantes : \e Carica papaija L. (Papayacées), dont la sève contient de la fibrine analogue à la fibrine animale, et dont le fruit, d'un jaune orange, est formé d'une chair épaisse qui est alimentaire; \e Spondias dulcis Forst. (Spondiacées), arbre au tronc énorme dans lequel on creuse les pirogues doubles, et dont le fruil, mangé à Taïli, porte le nom de pomme de Cy Ibère.

La zone tempéiée froide de la Polynésie a une flore qui présente à côté d'espèces européennes : Apium graveolens, Nasturthnn sylvestre; à côté d'espèces et de genres communs à la Nouvelle-Zélande et au cap Horn : Desmodium australe D. C , Drymis Ancistntm; des familles et des espèces particulières à la Nouvelle-Zélande : les Epacridacées, Rich. : Dacrydhim cupressinum Rich., Podocarpus dacrydioides Rich.; Liliacées : Phormium tenax Forst.

Fau.\e. Au pomt de vue de la répartition des espèces animales, l'Océanie est remarquable par le petit nombre de celles qui y vivent, par le contraste des types voisins de l'homme particuliers à la Malaisie : l'orang-outang de Rornéo, et l'infériorité des types propres à l'Auslralie, où la classe des Mammifères est représentée par les Marsupiaux et les Monotrèmes. A part les grandes terres peuplées au nord par des espèces analogues à celles de l'ancien continent, et au sud par les remplaçants singuliers des Pachydermes, des Quadrumanes, des Ruminants : les Phalangers, les Edcntés, les Kangiiroos, la dissémination des espèces à la surface des îles de l'Océanie est due principalement à linfluence de l'homme, aux migrations des oiseaux, enfin au concours de circonstances indélei minées.

Mammifères. L'ordre des Chéiroptères est le plus répandu. Il est représenté aux îles de la Sonde par les Galéopithèques; aux îles de la Polynésie (Taïti, Tonga, Yanikoro) par les Pléropiens, Roussettes, qui sont disséminés dans toute l'étendue de la Polynésie : Pteropus Tonganus P., Vanikorensis, Quoy et Gaimard.

Le cerf a été importé aux Mariannes, Cervus Mariannus, le babiroussa, Susbabyrussa L., s'est étendu des Célèbes, de Rornéo à la Nouvelle-Guinée el à la Nouvelle-Irlande. Les Plialangeis volants, l'écliidné de l'Austialie, se retrouvent à la Nouvelle-Zélande et à la Nouvelle-Irlande. Le plus répandu des mammifères parasites est le rat. Le plus commun des animaux domestiqués est le cochon.

Oiseaux. Les lapaces sont représentés par un aigle à queue étagée, AqidiO' fucosa, V. fncosus G. Cuvier ; le balbusard do Ruffon, oiseau de proie de la famille des faucons (Lesson), la chevêche bariolée, StrLv passerina, Noctua variegata Lesson.

Les passereaux y sont très-nombreux; les Cassicans, les Calaos, les Paradisiers, particuliers à la Nouvelle-Zrlande, à la Nouvelle-Guinée. On trouve dans un espace plus étendu : le marlin-pccheur à tète rousse, Alcedo rnficeps Cuv.; réclieiiillcur, Ceblepeyris Cuv. Le gobe-mouche à gros bec, Muscicarpa inegarhyncha Lc>son, M. Pomarea Lesson.

Plusieurs espèces de pigeons : Columba coronata L., Cohnnba nicobarica Temm., Culumba piirpiirata, appelée kuru-kuru à Taïti, le merle de Yanikoro, Turdus vanikorensis Less. ; le traquet, Saxicola splendens Less.; le

collier d'Uiville, Coracias papuensis Less. ; la pie-grièche grevelée, Lanius macularius Less.; l'héorotaire, Melithreptus ; le M. vestiarius fournit aux îles Sandwich des plumes rouges d'une grande valeur; le corbeau à duvet blanc, Corvus alhicoUis Lat.

Parmi les Grimpeurs, on cite le coucou, Cuculus taitensis de Spermann, et de jolies espèces de perruches : Psittaciis evini Less. (Taiti), Psittacus taitensis Gmel., bleu d'azur avec un bec d'un rouge corail; nonnette de Gommerson ; Psittacus dorsalis Less., dos bleu avec un ventre rouge.

Les Échassiers sont, pour Taiti : un héron à ailes blanches, Ardea leucoptera Vieill., et un héron gris et blanc, Ardea bicolor Vieill.

La classe des reptiles n'est représentée dans la Polynésie que par quelques espèces cantonnées dans des limites étroites : un petit scinque à queue o'azur (saurien) et un petit gecko à Taïti; un serpent de 2 à 5 mètres aux îles Hamoa. Les insectes sont rares. Il y a des myriapodes aux îles Tonga, des scorpions à Taïti.

Ethnographie. C'est principalement au point de vue de la prédominance de l'élément blanc, jaune ou noir, parmi les hommes qui peuplent l'Océanie, que Dumont d'Urville l'a divisée en Polynésie, Malaisie, Mélanésie. Chacune de ces régions appartenant à des races, sinon identiques, du moins semblables aux types qui les caractérisent dans les anciens continents, l'ethnographie n'a pas conlirmé ces distinctions absolues ; ses maîtres les plus autorisés, considérant la difficulté de trouver le type blanc ou le type jaune nettement isolé, rapportent la population de la Polynésie : 1" à la race noire; 2° à la race malayo-polynésienne.

{" La race noire comprend deux types principaux : le type papou et le type negritto.

Le type papou, qui est celui des habitants de la Mélanésie, est particulièrement accusé chez les insulaires de la Nouvelle-Calédonie. Ce sont des nègres, au teint fuligineux, à la chevelure rude, ébouriffée et laineuse, sveltes et bien pris dans leurs membres, d'une taille moyenne. Ils sont dolichocéphales prognathes.

Le type negrito, caractérisé par une petite taille, une structure frêle, une couleur noir roussâtre, une chevelure crépue chez les uns, lisse chez les autres, appartient aux Aétâs des Philippines, aux negrittos de Bornéo, aux noirs de Sumatra, aux Samangs de la presqu'île de Malacca, enfin aux noirs de l'Australie. Derniers débris de la race des premiers occupants, vivant à l'état sauvage par groupes isolés, la plupart des hommes appartenant à ce type humain présentent tous les traits d'un abrutissement complet.

2° La race malayo-polynésienne présente également deux types : le type polynésien et le type malais. Le type polynésien qui appartient non-seulement aux Kanacks de l'Océanie, mais encore aux Battaks de Sumatra, aux Dayaks de Bornéo, aux Alfouras des Moluques, est caractérisé par la prédominance des traits et des caractères anthropologiques du type blanc, la couleur du type jaune et plus rarement le crêpé des cheveux et le prognathisme de la face du nègre, l'identité des traits physiques et du langage sur toute l'étendue de la Polynésie.

Supposant une origine commune, Oratio Haie et M. de Quatrefages admettent que les îles de l'Océanie ont été peuplées à une époque relativement peu ancienne par des migrations venues des archipels indiens. Les archipels de Tonga et de Samoa paraissent avoir été occupés les premiers et être devenus le centre de

DICT. ENC. 2° s. XIV. 10

mifrrations secondaires que la généalogie de Gattaneva a permis de rapporter à des dates approximatives ; c'est vers l'époque de la destruction de Carthage que les Kanaçks seraient arrivés aux Marquises; en HOO, à Taïti; en 1500, à la Nouvelle-Zélande; en 1700, aux îles Ghatam.

Les Polynésiens sont grands, bien faits, souvent d'une taille qui appartient en Europe aux hommes très-grands. Leur physionomie est agréable, et présente une variété de traits comparable à celle des Européens. La couleur de leur peau est peu foncée, surtout chez les hommes des races supérieures, qui ressemblent par le teint aux Européens des contrées méridionales ; leurs cheveux sont noirs et lisses, frisés chez quelques-uns et relevés des deux côtés de la tète; ils ont le nez droit, les lèvres médiocrement grosses, les dents fort blanches, le visage ovale, les yeux noirs et bien fendus. La région frontale un peu rétrécie est légèrement inclinée; l'angle facial varie de 76 à 78. La partie postérieure de la tête est bien accusée. Le crâne donne 76,2 d'indice céphalique (mésaticéphales). Il est mésorrhinien. Son prognathisme sous-nasal est de 68 à la Nouvelle- Zélande, de 70,9 aux Marquises, de 75,0 à Taïti (P. Topinard).

Tous les Polynésiens qui, par les traits, le teint, la physionomie, semblent appartenir à la même origine et parlent la même langue, ne sont pas moins unis par les mœurs. Ils ont des dispositions pour les arts et la civilisation; les habitants des îles Sandwich sont aujourd'hui organisés politiquement. Ils ont des dynasties, des castes, des religions, des superstitions communes : le Tabou, qui consiste dans une privation volontaire, acceptée dans une intention pieuse et abusivement imposée par le prêtre, qui interprète la volonté de la divinité dans le sens de sjes intérêts.

Enfin, tous les Polynésiens sont passionnés pour une boisson enivrante, le kava, dont la distribution s'accomplit solennellement et suivant les règles les plus sévères, touchant le rang de préséance des personnes qui y prennent part. Tous se soumettent à l'opération douloureuse du tatouage, qui consiste dans l'introduction de matières colorantes dans des entailles qui dessinent sur la peau des signes idéographiques analogues au toddem des Américains et aux devises de nos armoiries.

D'ailleurs le contact des races polynésienne et noire, l'iniluence des milieux, la différence des ressources pour l'existence, particulières aux différents archipels, ont introduit dans les traits et les mœurs des variétés qu'il faut faire connaître. G'est principalement aux archipels de Tonga, de Samoa, qu'on rencontre le type polynésien mélangé, par suite des rapports avec les naturels des îles Viti, où les métis sont également très -nombreux et d'une fort belle race. A la Nouvelle-Zélande, à côté des Maoris, on rencontre une race d'hommes petits, d'une couleur aussi foncée que celle des mulâtres. En général, on rencontre en même temps l'insuffisance des ressouixes et les mœurs inhospitalières ; la douceur et la bienveillance avec une vie facile.

Malais. Autant le type blanc domine chez le Polynésien, autant le type jaune asiatique apparaît che? le Malais, auquel M. Maury donne pour origine les montagnes du Thibet. Les Malais sont maigres, peu musclés, vifs, passionnés. Leur physionomie est empreinte de fausseté et de cruauté. Leur teint est jaunâtre plus ou moins foncé. Ils ont les cheveux noirs, gros, difficiles à lisser, quelquefois légèrement ondulés. Leur figure est plate, plutôt ronde qu'ovale, la saillie des pommettes donnant à la face un développement transversal disgracieux. Leurs yeux sont noirs un peu bridés. Le nez est gros, aplati vers le bout;

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la bouche est très-grande, les lèvres épaisses, les dents noires et rongées par l'usage du siri. Le front est bombé, légèrement saillant, l'occiput aplati ; le crâne est brachycéphale (8 1,6). Le prognathisme inférieur dépasse la moyenne de celui qui caractérise les hommes de la race jaune. Il est de 69,5 (Topinard). La langue malaise est un dialecte de la langue malayo-polynésienne.

Carolins. Toute la longue chaîne de petites îles basses qui forment la Micronésie est occupée par des populations dont le type physique, le langage, les mœurs, varient d'un archipel à un autre. Le seul caractère général qui les réunit est l'existence d'un type physique et de coutumes distincts de ceux des Polynésiens et le mélange plus ou moins accusé du type malais ou type noir. Les Carolins ont des formes régulières, souples et flexibles ; leur peau est cuivrée ; leurs cheveux noirs et longs sont retroussés en chignon sur le derrière de la tête, qui est aplatie comme celle des Malais. Leur physionomie est pleine de douceur, leur visage plutôt effilé qu'arrondi ; leur bouche grande ; les dents belles, La barbe, plus fournie que chez les Malais, est disposée comme chez les Juifs.

Les Carolins de l'île Oualan forment une population bonne, douce, hospitalière. Us sont de petite taille, d'une couleur jaune orange; bien pris dans leurs membres. Leur front est découvert et étroit , les yeux petits et bridés, le nez épaté, la bouche grande, les dents belles, les cheveux noirs, la barbe bien fournie.

Les insulaires des îles Hall, Gilbert, Marshall, Murgrave, ont une taille peu élevée, des formes régulières, l'aspect farouche et sauvage, la peau d'un noir fuligineux, les cheveux noirs très-courts, la barbe peu fournie. Leurs cuisses sont tatouées de lignes circulaires.

Les île? Hogoleu présentent deux races distinctes. La première, laborieuse, active, de mœurs paisibles, est caractérisée par la couleur cuivrée, des cheveux noirs réunis au sommet de la tête, \ni front proéminent, le visage arrondi, les pommettes saillantes; une barbe bien fournie. La seconde, plus belliqueuse constamment en guerre, se rapproche par les traits du type noir. Elle est composée d'hommes d'une taille moyenne de cinq pieds dix poWes, bien proportionnés, vigoureux. Leur teint est d'un brun foncé; leurs cheveux sont noirs, frisés, sans présenter l'aspect laineux des cheveux du nègre. Ils ont le front haut et droit, les pommettes saillantes, le nez bien dessiné, les lèvres minces, les dents belles. L'expression de leur physionomie est celle de la fierté et de l'indépendance. Us sont tatoués et se peignent la figure en noir et en blanc (Morris) .

Pathologie. Un fait ethnologique domine toute la question de la géographie médicale de l'Océanie, c'est la diminution progressive de sa population et son anéantissement probable par l'accroissement du chiffre des décès et la diminution de celui des naissances. Au commencement du dix-neuvième siècle, la population de la Nouvelle-Zélande, des Marquises, de Taïti, des îles basses, était évaluée à 1 022 000 habitants; les derniers recensements donnent un chiffre de 141 000, inférieur au premier de 880 365; ce qui équivaut à une diminution de 86 pour 100 en soixante-dix ans. Kotzebue rapporte qu'aux Mariannes, au moment de son voyage, il n'existait plus qu'un seul homme et une seule femme de sang indigène (de Quatrefages). L'île de Pâques n'a plus que 275 habitants. Aux Sandwich, le chiffre moyen des naissances 1569 est inférieur de 339 à celui des décès 1908 (Dumas). En trois ans, la population de Taïo-hac a été réduite

us OCEANIE.

de 400 individus à 250, sans qu'on ait eu à enregistrer plus de 5 à 4 naissances.

Cette dépopulation a des causes d'ordres différents : des guerres d'extermination, comme celles que les Espagnols ont faites par fanatisme aux indigènes des Mai'iannes, l'esprit belliqueux des Océaniens entretenu par le goût de la chair humaine et les incitations des prêtres, les cérémonies d'apparat dans lesquelles tout ce qui est faible et délaissé est sacrifié comme victime humaine, le dénûmcnt elles disettes, l'infanticide accepté comme une des prescriptions des associations infâmes connues sous les noms d'Oulitanos, d'Uiitoys, d'Arréoys; rinfécondité des unions consanguines et de la prostitution, dans laquelle est tombée trop facilement une lace sans mœurs ; enfin, les maladies diathésiques et zymotiques auxquelles on ne saurait donner une part prépondérante sans méconnaître un fait général de l'ethnologie : jamais une population n'est entièrement détruite par une épidémie; quels que soient ses ravages, elle trouve dans la résistance des races destinées à vivre des limites à son action destructive. La maladie est moins la cause de la destruction que la forme lie celle-ci.

Maladies diathésiques. Tuberculose. Pour s'expliquer la disproportion qui subsiste entre les causes précédentes et le résultat qu'on leur attribue, Darwin [Expédition on Beagle) s'est demandé si le contact des races supérieures n'avait pas pour les races inférieures une influence destructive, soit que le sentiment de leur infériorité diminuât chez celles-ci la résistance individuelle (Broca), soit que les races européennes transportassent au loin, et sans en être atteintes, les causes matérielles des maladies qui leur sont particulièi'es. Les nécropsies faites à Taïti par un médecin de la marine, M. Bourgarel, ayant montré l'existence des tubercules pulmonaires sur tous les cadavres examinés, on a cru trouver dans l'importation de la tuberculose la cause pathologique de la dépopulation. Nous admettons que la tuberculose est la maladie dominante de î'Océauie, comme elle l'est partout; nous croyons aux observations nécroscopiques de M. Bourgarel, parce qu'elles concordent avec celles qu'on peut faire sur presque tous les points du globe, en l'absence de conditions épidémiques ; mais nous ne croyons pas à l'importation de la maladie parce que Cook a signalé l'existence de la consomption pulmonaire en Australie, sur des points de la côte que nul n'avait abordés avant lui. D'ailleurs, la tuberculose n'est pas, comme les maladies importées : la variole, la syphilis, particulière aux archipels visités par les navigateurs; mais elle se montre avec la même fréquence sur les iles qui ne sont presque jamais abordées : île Rotouma, île Oualan (Lesson).

Lèpre. Le mot lèpre est une expression trop peu déterminée pour qu'employée par les voyageurs elle suffise pour affirmer l'existence de l'une des maladies confondues sous ce nom. On ne peut mettre en doute Texistence de l'éléphantiasis des Arabes également commun aux Moluques, aux Mariannes et sur tous les archipels de la Mélanésie et de la Polynésie. M. Rochas a des doutes sur l'existence réelle de la lèpre squameuse. Il est disposé à faire de la maladie commune aux archipels de la Mélanésie et à celui de Tonga une affection voisine de l'ichthyose. Cependant, la maladie furfuracée qui a fait donner aux Nouvelles-Hébrides le nom d'ile des Lépreux s'accompagne d'un prurit douloureux (Lesson) et laisse à sa suite des cicatrices blanchâtres (Rochas).

La lèpre tuberculeuse a été observée particulièrement aux îles de la Sonde (Lesson, ouvr. cit.); lleymann {Desc. d. m. d. Trop.)-^ aux PhiHppines, à

OGEANIE. 149

Amboine (Moluques) (Hattem, Nederl Tijdschhrips voor Geneeskunde, 1858, t. IIj; enfin, à la Nouvelle-Zélande où elle est connue sous le nom de Ngerengere (Reports of Leprosy hythe Roy. Coll. ofPky., London, 1867).

Syphilis. La syphilis a été importée sur presque toutes les grandes terres : Australie, Nouvelle-Zélande, îles deTaïti, de Nouka-Hiva. Les petites îles, placées en dehors du mouvement de la navigation, en sont indemnes : île Rotouma, île de Pâques, île Oualan.

Tonga. M. Rochas a fait connaître sous le nom de tonga une forme de pian, particulière aux insulaires de la Mélanésie, qui, loin d'être syphilitique, occuperait dans la pathologie indigène la place de la variole.

Le cancer n'a jamais été observé à la Nouvelle-Zélande.

Maladies zymotiqiies et fébriles. Outre les maladies pandémiques : dysenteries, ophthalmies, bronchites, hépatites, qui se produisent dans leurs rapports connus avec les saisons et les latitudes, on observe sur les archipels de l'Océanie les fièvres intermittentes (Mélanésie), la Nouvelle-Calédonie jouissant seule d'une immunité restée jusqu'ici sans explication. On y observe également des fièvres continues d'une nature peu déterminée : le bouhou des Sandwich, attribué à la grippe (Dumas) ; la fièvre épidémique avec délire des îles Gambier (Leborgne) ;

Enfin les fièvres zymotiques d'Europe, qu'elles y soient naturalisées, comme la fièvre typhoïde, ou importées, comme les fièvres éruptives, des côtes de l'Amérique à l'est, des côtes de l'Angleterre à l'ouest.

La fièvre typhoïde est généralement rare en Océanie. Signalée principalement à Taïti et sur les archipels en communication avec l'Europe, elle s'y montre chez les Européens, comme maladie d'acclimatement. Milligan l'a observée en 1850, parmi les troupes anglaises de la Tasmanie. En 1841 elle sévit sur les orphelins d'un asile de la même colonie. Aux Marquises et à Taïti, elle règne particulièrement sur les équipages arrivés récemment de France (Gallerand, Prat). Thomson la dit fréquente chez les Maoris de la Nouvelle-Zélande.

Dès la fin du siècle dernier, la variole avait été importée sur le continent de l'Australie; en 1842, à Taïti; en 1853, aux îles Sandwich de la Californie; en 1863, aux Marquises et à l'île de Pâques, du Pérou.

Li rougeole a fait son apparition en Océanie, en 1848, aux îles Sandwich; en 1854, en Tasmanie. La scarlatine a été observée en Tasmanie en 1843; en Australie, en 1849; à la même époque, on constata qu'à la Nouvelle-Zélande elle n'atteignait que les Européens. Le rapport annuel de la société épidémiologique de Londres, pour 1854, fait mention de la coexistence de la scarlatine et de la diphthérite aux îles Sandwich. Le rapport sur la grande épidémie de 1856 la suit en Australie, dans la Tasmanie et la Nouvelle-Zélande.

Connaissances médicales des indigènes. Un marin anglais qui, vers 1806, a fait un long séjour aux îles Hapaï, Mariner, a fait connaître quelles sont les pratiques chirurgicales que la nécessité suggère aux insulaires. Ils appellent tapa la saignée faite au moyen de coquilles tranchantes. Pour les tumeurs lentes, ils ont recours à une sorte de moxa fait d'un morceau de tissu ou de fruit de l'arbre à pain enflammé. Mariner vit un insulaire extraire de la poitrine la pointe barbelée d'une flèche, en se servant comme instrument d'un éclat de coquille fixé sur un morceau de bambou. Ils pratiquent la castration en incisant la peau à l'aide d'un bambou tranchant, et en prévenant l'effusion du sang par une ligature en masse, faite préalablement. Un coup d'une forte et lourde hache remplace nos procédés d'amputation. H. Laveras.

150 OCHNA.

Bibliographie. — MALTE-Biurpr. Géog. complète. Paris, 1851. — De même. Précis delà gêogr. univ., t. IV, p. 74. — Dumont dUr ville. Mémoires de la Soc. de géogr., 5 janvier 1852. — Lesso.v (R.-P.). Voyage médical autour du monde. Paris, 1829. — Ddmont d'Irville. Voyage de la corvette /'Astrolabe, exécuté par ordre du roi. Paris, 1830. Botanique, A. Kichard. — De même. Voyage au pôle Sud et dans VOcéanie sur les corvettes TAstrolabe et la Zélée, etc. Paris, 1841-54, 25 vol. gr. in-8°. — Ddssieux (L.). Arlicle Océanie. Encyclopédie moderne. Didot. — J. Dana. Geology, or U. St. Exploring Expedit. under the Command. of Charles Wilkes, t. X, 1849, p. 12 et suiv. — Hirsch. Handbuch der histnrisch geograpkischen Pattiologie. Erlangen, 1860. — Bocdin. Traité de géographie médicale. Paris, 1857, 2 vol. gr. in-8''. — Archives de médecine navale : Rochas. Nouvelle-Calédunie, janvier 1806. — Du MÊME. Taili, 1866.— Rey. Ile de Pâques, 1875, t. XIX, p. 161.— Brassac. Ile Gambier, 1876, t. XXVI, etc. — Dumas (P. -M.). Une station aux îles Hawaï. Thèse de Paris, 1861. — Le Borgne (J.-P.-M.). Géographie médicale de l'Archipel des lies Gambier. Thèse de Paris, 1861. — Co\iE\nks. Topographie médicale de r Archipel delà Société. Thèse de Montpellier, 1845.— Dictionnaire encyclopédique. Art. Malaisie, îIélanésik, Australie, Marquises. L. Laveras.

OCELLIIS LUCAIV'US OU OCELLUS DE LUCAXIE. Philosophe grec, vivait cinq siècles avant l'ère vulgaire. Il appartenait à l'école pythagoricienne. Entre autres ouvrages, on lui attribue un traité Sur la nature de V Univers {mpi Tnç ToO TravTô; ye-^iaio;), OÙ il se propose de prouver que l'univers n'a pas commencé et ne peut finir, et où l'on a cru découvrir le germe du panthéisme de Spinosa. Ce traité a été publié pour la première fois par Conrad Néobar, Paris, 1539, in-4, et traduit en latin par F. Chrétien, médecin de François I", Lyon, 1541, in-8. La traduction latine par Nogarola (Venise, 1559, in-8) est meilleure. Les éditions les meilleures du texte de l'ouvrage sont celles de Mullach. Berlin, 1846; Paris, 1860. L. Hn.

OCHAR. Sorte de manne ou exsudation sucrée qui se produit à la surface des feuilles de ÏAsclepias procera Ait.

Mêrat et DE Lens, Dictionnaire de matière médicale, V, 2. Pl.

OCHIER (J.-B. Louis). Médecin français, né à Cluny (Saône-et-Loire), soutint sa dissertation inaugurale à Montpellier en 1807. Il était chef de clinique de perfectionnement pour les maladies réputées incurables, membre de la Société de médecine de Montpellier et de plusieurs autres sociétés médicales. U exerça, paraît-il, la médecine à Montpellier; l'époque de sa mort ne nous est pas connue. On peut citer de lui :

I. Fragments d'hygiène médicale pour les rnaladies chroniques. Thèse de Montpellier, 1807, in^". — II. Obsei'v. sur ttne pierre adhérente à In tunique extérieure de l'estomac et située au centre d'une tumeur purulente. In Ann. de la Snc. méd. de Montpellier , t. X, p. 450, 1807, et Bull, des se. méd. de Graperon, t. I, p. J89. L. IIn.

OcnxA, OCHXACÉES. Les Ochna ne sont pas des plantes médicinales. Les espèces de cette famille auxquelles on avait d'abord donné ce nom, telles que rO. Jabotapita de Linné, appartiennent au genre Ouratea d'Aublet, plus souvent désigné sous le nom de Gomphia. Les Ochnacées sont des plantes trèsvoisines des Rutacées, dont on pourrait, à la rigueur, les considérer comme une tribu. Elles n'ont pas en général, comme les Rutacées, de ponctuations glanduleuses, et ne renferment pas d'essences aromatiques et volatiles. Elles ont des stipules et sont dépourvues de disques glanduleux floraux. Ce sont des plantes à fleurs polypétales, et à gynécée formé de carpelles ordinairement indépendants, dont le style gynobasique s'unit, en dedans de la base des ovaires,

OGHROSIÂ. 151

avec une certaine étendue de la portion centrale du réceptacle, pour se relever ensuite et former, avec les autres styles, une colonne centrale qui semble sortir, non de l'ovaire, mais du réceptacle lui-même. Les fruits charnus renferment ordinairement une seule graine ascendante, dont l'embryon sans albumen a la radicule ini'èie. Les feuilles sont en général remarquables par leur mode de nervation, les nervures secondaires étant nombreuses, pressées, parallèles, obliques ou à peu près perpendiculaires à la nervure principale ; et leurs découpui'es marginales sont en dents de scie, fines, régulières, parfois glanduleuses. Les Oiiralea ont l'androcée diplostémoné, tandis que les étamines sont nombreuses daûs les Ochna. Ce sont généralement des plantes amères et qui, par là, se rapprochent des Quassiées. Au Brésil, les Ouratea Jahotapiia et hexasperma sont recommandés dans tous les cas oii les médicaments amers sont jugés utiles. L'écorce du dernier sert à traiter les plaies des bestiaux produites par la piqûre des insectes. Au Malabar, les racines et les feuilles de VO. angiistifolia H. Bn sont prescrites comme amères, stomachiques, digestives, antivomitives; on les emploie en décoction dans l'eau ou le lait. Aux Antilles, on accorde les mêmes propriétés à l'écorce et à la racine de l'O. ilicifolia. Les graines de l'O. parviflora donnent, au Brésil, une huile qui est usitée comme condiment. Ce sont, en somme, des plantes d'un médiocre intérêt au point de vue médical. H. Bjn.

Bibliographie. — Exdl., Enchirid. bol., (506. — Lixdl., Veg. Kiiigd., 474. — Rosentb., Synops. pi. diaphor., 869, H56. — H. En, Hist. des jil-, IV, 557-572; (ig. 578-590.

OCHIVE. Nom donné en grec au poirier sauvage. Pl.

OCOROIIIA. Genre de plantes Dicotylédones appartenant à la famille des Malvacées, section des Bombacées. Ce sont des aibres à feuilles alternes, lobées, munies de stipules caduques. Les fleurs sont grandes, à cinq pièces au calice et à la corolle; les étamines nombreuses sont soudées en une colonne infundibuliforme, quinquelobée, portant de nombreuses anthères convergentes par leur sommet. Le fruit est une capsule allongée, à cinq ou dix côtés, contenant des graines recouvertes d'un long duvet.

Dans l'Oc/iroma lagopus o\i Pied de lièvre [Bombax pyramidale ùàvuniWes), qui est la plante la plus intéressante du genre, les capsules sont cylindriques, à cinq cannelures, longues de 50 centimètres environ, et elles s'ouvrent en 5 valves septifères qui, en se tournant en dehors par un mouvement de révolution sur elles-mêmes, présentent de ce côté un duvet de couleur fauve; le tout prend alors assez bien l'apparence du pied de l'animal, dont la plante porte le nom. La bourre qu'on trouve sur ce fruit sert, paraît-il, à faire des chapeaux en Angleterre.

Bibliographie. — De Caxdolle, Prodi'omus, I, 489. — Exdlicher, Gênera plantarum, 5506. — Bentiuji etHoo&ER, Gênera, 212, u°51. — Bâillon, Histoire des jdantes, IV, 156. Pl.

OCDROStlA. Genre de plantes Dicotylédones appartenant à la famille des Apocynées. Ce sont des arbustes habitant les îles de l'Afrique australe et de rOw'an Pacifique, dont les feuilles sont en verticilles ou presque éparses, mais rapprochées les unes des autres. Les fleurs, en cymes terminales, ont un calice quinquepartite, une corolle hypocratériforme ; cinq étamines insérées au milieu

152 OCKEL (Les deux).]

du lobe de la corolle. Les tiuits sont des drupes peu charnus, divergents, contenant chacun deux semences obovales, comprimées, pendantes.

L'espèce la plus importante pour les usages médicinaux est VOchrosia borbonica Gmelin., vulgairement connu à Maurice sous le nom de Bois jaune. C'est VOphioxylon Ochroxia Pers., le Cerhera vdulata Willd. Les feuilles sont rangées par quatre, obovales, elliptiques. Le bois, qui est la partie intéressante, a un aubier blanc et un cœur d'un jaune orangé. Il est très-amer et regarde comme très-stomachique.

Bibliographie. — JussiEn, Gênera, p. 145. — Poiret, Dictionnaire Encyclopédie. — End- LiCHER, Gênera, 338. Pl.

OCIIRUS. Nom donné au Pisum ochrus par les anciens auteurs. C'est l'w- Xpôç de Théophraste, Historia Plantarum [voy. Pois).

ocns (Frantz-Moritz-Alexakder). Me'decin allemand, de Leipzig, reçu docteur dans sa ville natale en IS^T et praticien estimé de la même ville, mérite d'être cité pour ses recherches historiques sur le traitement des aiïections typhiques :

I. Dissert, inaug. de malo typhodc Grœcis diversi modo descripio. Lipsiœ, 1827, in-4°. — II. Arlis niedicœ principes de curanda febre typhode, comparâtes in conspectum historicum. Prœmissa qucestione de autoribus grœcis circa notionem affeclus lyphodis dissentientibus. Lipsiae, 1850, gr. in-8°. L. Hn.

(ECnY (Josefh-Anton.). Né à Prague, fut nommé prosecteur d'anatomie et reçu docteur dans cette ville, où il pratiqua la médecine et plus spécialement l'ophthalmologie. 11 est mort le 27 mars 1810. On connaît de lui :

I. Anweisung ziir iweckmâssigen und zierlichen Leichenœffnimg und Vntersuchung . Prague, 1802, in-S». — II. Der Bau des Menschenkôrpers, nebst chir.-med. Berner kungen, und ûber die Bereilungsart der Muskeln, t. I, Knochen^Bânder-und Muskellehre. Prague, 1805, in-8°. — III. Beobachtungen einer wichiigen Schusswunde welche durch Einwiriiung der Luft entstand. Prague, 1805, in-S". — IV. Sections-Geschichte eines Mannes von 64 Jahren, der an einer langwicrigen Gelbsucht verschied. In Isenflnmm und Bosenmïdler Beitr. fur Zergliederungskunst, t. II, 1803, p. 02 à 64. A. D.

oriin4»»TRUin. Voy. Ocymastrum.

OCIMUM. Voy. Basilic et Ocymum.

OCHEL (Les Deux).

Ockel (Peter von). Né dans la paroisse de Sahten, dans la Courlande, le 15 mai 1780, était d'une ancienne famille originaire de Halle. Il fît ses premières études à Mitau, puis étudia la médecine à Kônigsberg en 1798, à Pétersbourg en 1799, à Halle en 1801, à léna en 1802, et enfin à Vienne en 1805 et en 1804. Il passa son examen pratique à Pétersbourg en 1805, prit le bonnet de docteur à Kônigsberg en 1806 et à Pétersbourg en 1810. Cette même année, il se fixa à Mitau et pratiqua surtout les accouchements; en 1820 il devint conseiller auHque et en 1825 il fut nommé inspecteur du service médical pour la Courlande ; puis, en 1825, il se fixa à Pétersbourg, où il exerça son art avec le plus grand succès et fut nommé successivement conseiller collégial, professeur de médecine, médecin en chef du ministère de l'intérieur,

OCTAVIANUS. loô

etc. En 1827 il fut promu à la dignité de chevalier de 4^ classe de l'ordre de Wladimir, etc. On peut citer de lui :

I. Dissert, inaug. med. chir. detumoribus in cornea et sclerotica prominentibus. Regiomonti, 1806, in-4°. — II. Einige Bemerkungen ûber Flechten, dereii Natitr und Behandlung. In Pelersb. verni. Abhandl. ans dcr Heilk., Samml. 4, p. 154, 1830. — 111. Ueber die wohllhâligen Wirkungen des Kochsalzes in der Choiera. In Leipzig. Zeitung,b ocl. 1851. Ext. in Revue méd. fr. et étrang., t. V, p. 117, 1852. L. Un.

Oekel (Friedrich voïn). Fils du précédent, né à Mitau le 1 (15) mai 1814, fit ses humanités à la fameuse école de Murait, de Pétersbourg, puis étudia la médecine à Dorpat de 1832-1838, et vint prendre son degré de docteur à l'académie médico-chirurgicale de Pétersbourg. Peu après il fut nommé médecin à l'hôpital Kalinkin, en 1850 il devint directeur du Maximilianowskaja-Letschebniza et en même temps devint médecin consultant pour les maladies des oreilles. 11 prit sa retraite en 1872, mais conserva ses consultations jusqu'à sa mort. Pendant plus de trente ans il fut médecin de la prison militaire de la capitale.

Ockel mourut le 2 juillet 1879. Il était conseiller actuel de la cour et chevalier de plusieurs ordres. 11 n'a point laissé d'ouvrages de longue haleine, mais a publié un grand nombre de mémoires sur diverses branches de l'art de guérir, particulièrement sur Votologie, dans les Transactions des diverses sociétés médicales desquelles il faisait partie et dans le St. Petersb. médecin. Zeitschrift. L. Un.

OCOTEA. Genre de plantes Dicotylédones, appartenant à la fimille des Laurinées. Ce groupe, créé par Aublet, a été divisé par les botanistes en un certain nombre d'autres qui rentrent actuellement dans les genres Phœbe, Oreodaphne, Strychnodaphne, Nectandra. Les espèces intéressantes pour 'la médecine appartiennent surtout à ce dernier genre. Ce sont les Ocotea Pichiirim, Ocotea cymbarum, Oc. aniara, qui sont devenues les Nectandra Puchvry, Nectandra amara [voy. Nectandra). ^ Pl.

OCRE ou OCHRE (de wxpôç, jaune, jaune pâle). Terre argileuse contenant du protoxyde de fer. L'ocre mérite son nom quand l'oxyde de fer est hydraté [terre de montagne, ocre de rue) ; elle devient rouge par la calcination. Elle est rouge quand elle est naturellement anhydre [sanguine, rouge d'Almagra). 11 y a aussi une ocre brune, contenant des hydrates d'oxydes de fer et de manganèse (terre d'Ombre, terre de Sienne).

L'ocre, outre son emploi dans la céramique et dans la peinture, a aussi des usages qui intéressent la médecine. Ils ont été exposés à l'article Argile ; nous ajouterons seulement qu'on se sert de l'ocre rouge pour donner de la couleur au tabac et à certaines préparations culinaires. D.

OCTACTII\IAIRES. Voy. Cténocères.

OCTA VIAIVVS HORATIANIJS. « Médecin qui passe pour être né en Afrique, fut en estime après le milieu du quatrième siècle, sous l'empire de Gratien et de Valentinien II. 11 avait été disciple de Vindicianus, médecin de l'empereur Valentinien I » (Eloy). On a de lui :

Herum medicinalium Libri quatuor : I. Logicus, de curationibus omnium fere morborum

154 OCTYLAMINE.

■corporis humani... II. De acutis et chronicis passionibus... III. Gynœcia de mulierum ac~ cidentibus... IV. De pliysica scientia... Argentins, 153'2, in-fol. (Avec les trois livres de ■chirurgie d'Albucasis.) L- Hn.

OCTOCARBURE. C'^H*. Carbure d'hydrogène retiré du gaz d'éclairage et isomère avec le ciimamène {voy. ce mot). D.

OCTOPODES (ô/.Tw, huit ; ttoûç, noSoç, pied, patte). Parmi les animaux mollusques, il en est qui ont huit tentacules, et qu'on appelle, pour celte raison, Octopodes {voy. Octopodidks).

On a désigné souvent sous ce même nom d'Octopodes les animaux articulés aptères compris aujourd'hui dans la grande division des Arachnides {voy. ce mot). Les Octopodes avaient pour caractère le nombre de leurs huit pattes, mais plusieurs d'entre eux n'offrent au début de leur existence que six de •ces appendices et la dernière paire ne paraît qu'après le développement complet.

Les Octopodes articulés, tous aptères, répondent aux Aranéides, Scorpionides, Solpugides, Phalangidcset Acarides.lls se distinguent très-facilement des autres aptères hexapodes, par le nombre plus considérable de leurs pattes {voy. Arachnides). A. Laboulbène.

OCTOPODIDÉS. Famille de Mollusques-Céphalopodes appartenant à l'ordre des Dibranchiaux ou Acélahulifères et formant, avec celle des Philonexidés {voy. ce mot), le sous-ordre des Octopodes. Les animaux qui la composent ont le corps charnu, court, oblong ou arrondi, couvert d'une peau rugueuse et dépourvu de lamelle dorsale interne. Les yeux, relativement petits, sont munis de paupières pouvant se fermer. Le manteau est réuni au sac viscéral par un muscle médian. Les huit bras plus ou moins allongés qui entourent la bouche sont reliés entre eux à leur base, et quelquefois presque jusqu'à leur extrémité, par un repli de la peau ; ils ont leur face interne armée d'une ou de deux rangées de ventouses sessiles dépourvues d'anneau corné, mais accompagnées parfois de fins tentacules charnus disposés par paires. Chez les mâles, le troisième bras du «ôté droit est presque toujours hectocotylisé et terminé par une lamelle creusée en cuiller. Les femelles possèdent un oviducte double.

Les Octopodidés se rencontrent pour la plupart près des côtes et vivent dans les anfractuosités des rochers ou dans des trous qui leur servent de repaire. Leurs diverses espèces se répartissent dans les trois genres : Oclopus Lamk, Eledone Leach et CirroteuthisEschv. {voy. ces mots). Ed. Lefèvre.

OCTOPUS. Voy. Poulpe.

cm

OCTYLAMIXE. ('«H'^Azizz H jAz.) C'est une ammoniaque composée

dans laquelle un équivalent d'hydrogène de l'ammoniaque a été remplacé par le radical octyle de l'alcool oclylique ou caprylique. On le prépare en faisant chauffer pendant deux jours de l'iodure d'octyle (éther iodliydrique de Talcool caprylique) avec une dissolution alcoolique d'ammoniaque. Par l'évaporation on obtient des cristaux d'iodhydrate d'octylamine. Ces cristaux sont décomposés,

OCTYLÈNE. 155

dans une cornue, par de la potasse caustique ; il se forme de l'iodure de potassium, et l'octylamine passe à la distillation.

C'est un liquide incolore, limpide, excessivement caustique, d'une saveur brillante et amère, d'une odeur ammoniacale rappelant le poisson et l'odeur du bouc. Point d'ébullition de 172 à 175 degrés, plus léger que l'eau. L'octylamine est insoluble dans l'eau, elle brûle facilement. Si on la chauffe de nouveau en vase clos avec de l'iodure d'octyle, on obtient des ammoniaques composées, dans lesquelles deux ou trois équivalents d'hydrogène de l'ammoniaque sont remplacés par de l'octyle.

L'octylamine se combine facilement avec les acides pour former des sels généralement facilement cristallisables, et très-solubles dans l'eau. Lutz.

OCTTliE. C"ll*''. C'est le radical non encore isolé de l'alcool octylique ou caprylique. On obtient le di-octyle (G'^IP'') en traitant l'iodure d'octyle par de l'amalgame de sodium. Lavé à plusieurs reprises avec de l'alcool froid, il se présente sous la forme de belles lames blanches, nacrées, solubles dans l'alcool absolu bouillant et dans l'éther, et qui se déposent, par le refroidissement de la solution, en cristaux bien définis. Ce corps fond à la température de 21 degrés et bout à 278 degrés.

Hydrure d'octyle. G'^H^''H. Cet hydrocarbure se trouve dans les pétroles d'Amérique bouillant de 115 et 120 degrés. 11 se forme aussi, lorsqu'on chauffe l'acide sébacique avec un grand excès de baryte, et une petite quantité de sable. C'est une huile volatile bouillant de 115 à 118 degrés, aromatique et incolore ; le chlore la transforme en chlorure d'octyle :

C'«H'^H -h 2 Cl -f- C"H'TA -h HGl

Hydrure Chlore. Chlorure Acide

d'octyle. d'octyle. chlorhydrique.

L'oxyde d'octyle hydraté constitue Valcool octylique ou capnjlique. On le prépare de la manière suivante : On saponifie de l'huile de ricin par de la potasse caustique, et on ajoute au savon obtenu un grand excès d'alcali ; on distille la matière dans une cornue en chauffant graduellement avec beaucoup de précaution, car la masse se boursoufle beaucoup au commencement. Il faut porter la température à 250 degrés, car c'est à cette température seulement que l'alcool se forme. L'alcool octylique est un liquide huileux, incolore, transparent, d'une odeur aromatique très-forte et persistante, bouillant à 180 degrés, insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool, l'éther et l'acide acétique. En distillant l'alcool octylique avec les chlorure, bromure ou iodure de phosphore, on obtient les chlorure, bromure et iodure d'octyle ou éthers capryl-chlorhydrique, bromhydrique et iodhydrique. Luxz.

OCTïLÈXE ou CAPRYLÈ\E. C'^H'^ C'est un hydrocarbure liquide, incolore, d'une odeur aromatique un peu forte, insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool et l'éther. Il bout sans se décomposer à 125 degrés. Sa densité est égale à 0,723 à 17 degrés. On le prépare en distillant l'alcool octylique avec du chlorure de zinc fondu. L'octylène dissout très-bien l'iode en se colorant en rouge; il enlève, par l'agitation, l'iode aux dissolutions aqueuses. 11 dissout à chaud le bi-iodure de mercure. Avec le brome il forme le bi-bromure d'octylèneC'*H'®Br^. Avec le chlore on obtient un produit de substitution C'^H^'Gl^. L'acide azotique

156 OCULINIDES.

donne des produits nitrés. Le bromure d'octylèue traité par l'acétate d'aigent donne l'acétate d'octyl-glycol, et ce dernier, saponifié par la potasse caustique, donne le glycol octylénique. Lutz.

OCLXARIA. Ce nom a été donné par quelques anciens auteurs à la TurquettCj Herniaria glahra L.

Mérat et DE Lens, Dictionnaire de matière médicale, V, 5. Pl-

OCULIMA. Voy. Madrépores.

OCULIXIDES. On désigne sous ce nom, dans l'embranchement des Cœlentérés, une famille appartenant à la classe des Anthozoaires ou Polypes proprement dits et à l'ordre des Zoanthaires [voy. ce mot). Les animaux qui la composent présentent les caractères suivants : Polypier calcaire, arborescent, s'accroissant par bourgeonnement latéral ; parties murales très-développées, jamais poreuses, se continuant extérieurement avec un cœnenchyme plus ou moins compacte à surface tantôt lisse, tantôt marquée de stries ou de granulations très-fines; cloisons ordinairement peu nombreuses, lamellaires, égales ou inégales entre elles, dépourvues de synapticules ; polypes munis de vingt-quatre tentacules et logés dans des calices de forme variable irrégulièrement épars ou bien affectant une disposition alterne assez régulière.

Dans l'important travail monographique qu'ils ont publié sur cette famille (voy. Ann. se. nat., Zoologie, 3^ sér., t, XllI, 1850), MM. Milne-Edwards et J. Haime admettent dix-sept genres, dont les représentants forment un total de quarante-deux espèces parmi lesquelles vingt-sept appartiennent exclusivement à l'époque géologique actuelle et se rencontrent pour la plupart dans les mers chaudes du globe. Les deux principales, Amphelia oculata L., de la Méditerranée, et Oculina virginea L., du grand Océan Indien, portent indistinctement le nom de Corail blanc à cause de la belle couleur blanche de leurs polypiers ; la première a été décrite dès 1565 par Gesner {De reriim fossil., etc., p. 152, n° 2), sous le nom de Corallium verrucosum, puis figurée en 1716 par Besler {Rarioramus. Besler, p. 81, tab. XXV), sous celui de Corallium albissimum; la seconde, presque aussi anciennement connue, est le Corallium album indicum de Besler et V Accarbarium album verrucosum de Rumphius [Herb. Amboin., t. VI, p. 235,1750).

Citons encore comme espèces importantes de ce groupe : Cyathelia axillaris Eli. et Soland., de la mer du Japon; Sclerhelia hirtella Lamk ou Corallii maximus truncus de Besler, qui habite le grand Océan Indien ; Lophelia proliféra Pall. {Corallium immaturum BesL), des côtes de la Norvège ; Stylaster roseus Pall., espèce américaine, dont le polypier est d'un beau rose violacé ou pourpre ; Stylaster flabelliformis Lamk, de l'île Bourbon ; Stylophora pistillata Esp. etS^ digitata Pall., tous deux de la mer Rouge ; enfin Crypthelia pudicp M.-Edw. et J. Haim., espèce des îles Philippines, remarquable par la forme de ses calices, qui se composent d'une lame mince circulaire dont la moitié inférieure pliée, puis redressée au devant de l'autre, cache l'ouverture calycinale.

Quant aux espèces fossiles, au nombre de quinze seulement, elles ont existé aux époques secondaire et tertiaire. Telles sont notamment : ÏEvhelia gemmata Mich., du calcaire oolithique; les Synhelia gibbosa Goldf. et S. Sharpeana M.-Edw. et Haim., du crétacé supérieur; les Diplhelia raristella Defr., D. papil-

OCULO-MOTEUR COMMUM (Nerf). 157

losa M.-Edw. et Ri'im., et Arœacis Michelini M.-Edw. et Haim., du terrain éocène ; enfin YAstrhelia palmata Goldf. et le Stylophora rarislella Defr., du terrain miocène. Ed. Lefèvre.

OCULISTE. Les oculistes avaient autrefois, comme d'autres spécialistes, le titre légal ^' expert, et étaient astreints à des examens particuliers. Ces examens, abolis par le décret de la Convention qui rendait libres toutes les professions, tous les arts et métiers, ne furent jamais rétablis. La profession d'oculiste est donc libre, mais en même temps inapte à tout traitement, médical ou chirurgical, des maladies des yeux [voy. Cachets Oculistiqces et Ophtalmologie). D.

OCIJLO-MOTEUR COMMLA' (Xerf). Appelé aussi moteur oculaire commun, nerf de la troisième paire, ce nerf, le plus considérable des nerfs moteurs de l'œil, se distribue à tous les muscles volontaires du globe oculaire, sauf le droit externe et l'oblique supérieur, ainsi qu'au i-eleveur de la paupière supérieure ; il donne, en outre, indirectement, par l'intermédiaire du ganglion ophthalmique, des ramifications à l'iris, plus particulièrement au muscle con. stricteur de la pupille, et au muscle ciliaire ou muscle de l'accommodation.

Le noyau d'origine du nerf oculo-moteur commun, situé ^u-dessous de l'aqueduc de Sylvius, au niveau du tubercule quadrijumeau antérieur, à côté du raphé médium, appartient à la protubérance, avec laquelle il sera décrit, ainsi que le trajet que suivent les racines du nerf dans l'épaisseur de cet organe.

Le nerf oculo-moteur commun émerge de l'encéphale sur la face interne du pédoncule cérébral, à peu de distance du bord antérieur de la protubérance, au niveau du sillon qui sépare l'étage inférieur ou pied du pédoncule de son étage supérieur ou tegmentum, par une série de neuf à douze radicules aplaties, qui se réunissent bientôt pour former un cordon cylindrique, mesurant environ 3 millimètres en diamètre.

Ce cordon chemine dans le tissu cellulaire sous-arachnoïdien, en se dirigeant obliquement en avant et en dehors, passe entre l'artère cérébelleuse supérieure et l'artère cérébrale postérieure, et gagne le bord externe de l'apophyse clinoïde postérieure. Il s'engage ensuite dans l'épaisseur du feuillet de la dure-mère qui forme la paroi externe du sinus caverneux, parcourt cette paroi d'arrière en avant, traverse la fente sphénoïdale et passe dans l'orbite, en se divisant en deux branches.

Dans cette dernière portion de son trajet, le nerf oculo-moteur commun est situé en dehors de l'artèi'e carotide interne, au-dessus de l'oculo-moteur externe, en dedans du pathétique et de la branche ophthalmique de Willis, qui le croisent à angle aiLm.

Dans la fente sphénoïdale, le nerf occupe Tangle interne, c'est-à-dire la portion la plus large de cette fente, immédiatement au-dessus de la veine ophlhalmiqac; il est entouré, à ce niveau, d'un anneau fibreux fourni par le tendon du muscle di'oit externe et dans lequel passent également le nerf moteur oculaire externe et le rameau nasal de l'ophthalmique.

Après avoir traversé la fente sphénoïdale, le nerf oculo-moteur commun se trouve situé sur un plan supérieur à celui de l'oculo-moteur externe, tandis que le nerf pathétique et le rameau frontal de la branche ophthalmique le croisent pour passer au-dessus de lui. Le rameau nasal est accolé à son côté externe, et se place ensuite entre ses deux branches.

158 OCULO-MOTEUR COMMUN (Nerf).

Anastomoses. En cheminant dans la paroi externe du sinus caverneux, le nerf oculo-moteur commun s'anastomose avec :

1° La branche ophthalmique du trijumeau, qui lui donne im ou deux filets très-ténus.

2° h' oculo-moteiir externe, par un filet également très-délié ;

5" Le plexus caverneux du grand sympathique, par plusieurs filaments de ce plexus qui viennent se joindre à lui.

Distribution. La division du nerf en deux branches est déjà indiquée ou même effectuée avant son passage par la fente sphénoïdale. Ces deux branches, d'un volume très-inégal, sont l'une supérieure, l'autre inférieure.

La branche supérieure, beaucoup plus petite que l'inférieure, est destinée aux muscles releveur de la paupière supérieure et droit supérieur de l'œil. Elle naît ordinairement au bord interne du nerf et se porte en avant et en haut. Située d'abord en dehors, puis au-dessus du nert optique, elle se place ensuite au-dessous du muscle droit supérieur et s'épanouit presque aussitôt en un grand nombre de filets, dont la plupart pénètrent ce muscle par sa face inférieure. Les filets externes, moins nombreux et plus grêles, cheminent le long du bord externe du droit supérieur et se répandent dans le muscle releveur de la paupière. Quelquefois ces filets traversent le droit supérieur pour se rendre à leur destination.

La branche inférieure, bien plus considérable, innerve les muscles droit interne, droit inférieur et petit oblique ; elle fournit aussi la racine motrice du ganglion ophthalmique. Conservant la direction postéro-antérieure du nerf oculomoteur commun, elle se place entre le nerf optique et le muscle droit externe et se divise aussitôt en trois rameaux : un rameau interne, qui gagne la face externe du droit interne, dans lequel il s'épanouit ; un rameau moyen, qui se distribue dans le droit inférieur, et un rameau externe, qui chemine près du plancher de l'orbite, en longeant le bord externe du droit inférieur, jusqu'au bord postérieur du petit oblique, dans lequel il se répand. C'est du rameau du petit oblique ou oblique inférieur que se détache, non loin du sommet de l'orbite, le filet gros et court qui constitue la racine motrice du ganglion ophthalmique. Cette racine, généralement simple, quelquefois divisée en plusieurs filaments, aboutit à l'angle postérieur et inférieur du ganglion. Rarement elle naît directement de la branche inférieure de l'oculo-moteur commun, dont elle forme alors une quatrième division.

Le nerf du droit inférieur de l'oeil et celui du di'oit interne pénètrent dans la portion postérieure de ces muscles, par la face tournée vers le nerf optique. Le nerf du petit oblique atteint ce dernier vers la portion moyenne de son bord postérieur, auquel il est perpendiculaire. En cheminant le long du bord externe du droit inférieur, il donne constamment, suivant Henle, quelques filaments à ce muscle. Le même fait a été observé par Cruveilhier, mais seulement dans quelques cas exceptionnels.

Variétés. La distribution du nerf oculo-moteur commun peut se faire d'une manière un peu différente. Voici les principales variétés qui ont été observées à cet égard.

1° Le rameau du droit inférieur naît par deux racines, venant, l'une du rameau du droit interne, l'autre du rameau du petit oblique (Cruveilhier).

2" Le rameau du petit oblique et celui du droit inférieur sont réunis en un seul (Cruveilhier).

OCULO-MOTEUR COMMUN (Nerf). 159

3° Le nerf oculo-moteur commun fournit un rameau au muscle droit externe par sa branche supérieure (Fsesebeck) ou par sa branche inférieure (Cruveilhier). Dans un cas d'absence de l'oculo-moteur externe, rapporté par Generali, ce nerf était remplacé par un rameau de l'oculo-moteur commun.

A° Sœmmerring figure comme normale une communication entre la branche supérieure de l'oculo-moteur commun et le rameau nasal de l'ophthalmique.

5° Le rameau du petit oblique traverse tout entier la partie inférieure du ganglion ciliaire (Arnold).

6" 11 existe une communication entre l'oculo-moteur commun et le gano^lion de Meckel (Cruveilhier).

Structure. Suivant Rosenlhal, le nerf oculo-moteur commun renferme environ 15 000 fibres nerveuses, appartenant en mujeure partie aux tubes larges (20 à 25 ^ de diamètre). Des faisceaux de tubes minces (3 à 8 [j.) forment la périphérie du nerf, et se rencontrent aussi, mais en petit nombre, dans son épaisseur. Rarement on trouve dans ce nerf des tubes minces isolés.

Rosenthal, de même que Purkinje et Reissner, a observé dans le tronc du nerf oculo-moteur commun des cellules ganglionnaires mullipolaires, que Riidingev rattache aux ramifications du grand sympathique annexées à ce nerf.

Physiologie. Le nerf oculo-moteur commun est purement moteur. Cependant la section et l'irritation de ses branches déterminent de la douleur ; mais cette sensibilité doit être rattachée à la cinquième paire.

Quant au Ironclui-même, Valentin l'a trouvé sensible dans la cavité crânienne; Longet, au contraire, l'a toujours vu insensible. Suivant Cl. Bernard, le nerf oculo-moteur commun est doué d'une sensibilité récurrente qu'il doit à la branche ophthalmique du trijumeau. Cette sensibilité, très difficile à apprécier sur les branches du nerf dans l'orbite, peut être constatée aisément sur le tronc dans sa portion intra-crânienne. Mais il faut, pour cela, expérimenter sur des animaux jeunes et vigoureux, en évitant les pertes de sang trop abondantes.

Les fonctions motrices de l'oculo-moteur commun résultent et de l'expérimentation sur les animaux et de l'observation pathologique.

La section intra-crànienne de ce nerf a été pratiquée par Herbert Mayo sur des pigeons, par Longet sur des chiens et des lapins. A cette section, qui s'accompagne le plus souvent de lésions graves troublant les résultats, Cl. Bernard a substitué l'arrachement du nerf, à l'aide d'un crochet introduit par la paroi externe de l'orbite. « On pénètre, dit-il, dans la fosse temporale moyenne, puis on saisit avec le crochet le nerf, qui est libre sur l'extrémité antérieure du repli de la dure-mère qui vient s'insérer sur la selle turcique » [Leçons sur la physiologie et la pathologie du système nerveux, t. Il, p. 203). A la suite de cet arrachement on constate que tous les muscles de l'œil, sauf le grand oblique et le droit externe, sont paralysés, ainsi que le releveur de la paupière supérieure. Cette paralysie se traduit par les phénomènes suivants :

1" Prolapsus de la paupière supérieure.

2" Immobilité presque complète du globe oculaire, qui ne se meut plus qu'en dehors, et saillie plus considérable de cet organe, que les muscles droits n'attirent plus vers le fond de l'orbite.

3° On constate, en outre, que la pupille est élargie et cesse de se rétrécir sous l'influence de la lumière ou d'une excitation portée sur les branches de la cinquième paire. Il résulte, en effet, des expériences de Mayo, que la constriction de la pupille produite par la lumière est un effet réflexe qui dépend de la troi-

160 OCULO-MOTEUil COMMUN (Nerf).

sièmc paire, et non un effet direct de cet agent sur l'iris. Après la section du nerf optique, elle cesse de se produire, comme dans l'amaurose; mais l'excitation du bout central du nerf coupé la reproduit. II suffit, d'ailleurs, que l'impression de la lumière porte sur un seul œil, pour que les deux pupilles se contractent. Ce fait, depuis longtemps constaté par les pathologistes, a été confirmé par les expériences de Longet, qui a vu l'iris des deux yeux se mouvoir à la suite de l'excitation mécanique d'un seul nerf optique.

11 n'en est plus de même après la section du nerf oculo-moteur commun. « Ayant répété les expériences d'Herbert Mayo, j'ai coupé à droite le nerf moteur oculaire commun, après avoir divisé le nerf optique correspondant, et, en pinçant à diverses reprises la portion de celui-ci qui tenait à l'encéphale, je n'ai plus aperçu aucune contraction de l'iris droit; mais, ce que cet expérimentateur n'a pas noté, c'est que l'iris gauche continue à se mouvoir sous l'influence des excitations mécaniques portées sur le bout cérébral du nerf optique droit, et vice versa en variant l'expérience » (Longet, Traité dephysioL, 5* édit.,t. 5, p. 556).

En opérant sur une tète de supplicié, Nulm a pu démontrer également que la pupille cesse de se rétrécir sous l'influence de la lumière quand on a sectionné le nerf de la troisième paire.

Il résulte des expériences de Cl. Bernard (/oc. ci?., p. 209) qu'après la destruction du nerf oculo-moteur commun l'iris ne reste pas complètement immobile, et que la pupille peut encore s'élargir ou se rétrécir sous certaines influences : il y a élargissement de l'ouverture pupillaire, mais non paralysie de l'iris. La section du grand sympathique détruit cet élargissement, tandis que la galvanisation de ce nerf l'augmente encore. La belladone produit le même effet que la galvanisation. Ces phénomènes s'expliquent en admettant, avec Budge et Waller, que les mouvements de la pupille sont sous la double dépendance du moteur oculaire commun, qui innerve le sphincter pupillaire, et du grand sympathique, qui se distribue au dilatateur de la pupille. Déjà Pourfour du Petit avait observé que la section du grand sympathique au cou était suivie de laconstriction de la pupille, en raison de la paralysie qu'elle produit dans les fibres musculaires radiées de l'iris.

L'existence d'un ganglion sur le trajet des fibres du moteur oculaire commun qui vont à l'iris semble être un obstacle à la transmission des excitations portées sur le tronc. En galvanisant ce nerf en avant du ganglion, on n'obtient aucune contraction de la pupille. Si, au contraire, on excite les filets ciliaires qui, du ganglion ophthalmique, se rendent à l'iris, on fait contracter la pupille. La paralysie du nerf de la troisième paire est assez fréquente ; elle peut frapper soit le tronc du nerf, soit une ou plusieurs de ses branches.

Dans le premier cas, on observe un ensemble de symptômes dont la significae tion est des plus nettes : la paupière supérieure retombe sur le globe oculaire, qu'elle recouvre plus ou moins complètement ; le malade ne peut mouvoir son œil ni en dedans, ni en haut, ni en bas, tandis qu'il le tourne facilement en dehors. Le plus souvent la pupille est moyennement dilatée et ne se contracte plus sous l'influence de la lumière, l'autre œil étant fermé. On a cependant cité des cas dans lesquels l'iris avait conservé sa mobilité, et Cl. Bernard rapporte deux observations de ce genre. On admet généralement, avec Pourfour du Petit, que le nerf moteur oculaire externe fournit exceptionnellement, dans ces cas, une racine motrice au ganglion ophthalmique. Ce fait a été vérifié à l'autopsie

OCULO-MOTËUR EXTERNE (Nerf). ICI

par Grant.de New-York, sur un sujet qui avait présenté cette anomalie fonctionnelle pendant la vie.

La paralysie des muscles droits donne naissance, en outre, à des troubles visuels particuliers, caractérisés par une diplopie binoculaire qui est un des signes les plus importants et les plus précoces de cette paralysie. Cette diplopie est croisée, c'est-à-dire que l'image Iburnie par l'œil gauclie est à la droite du malade, celle de l'œil droit à sa gauche. De plus, la paralysie affectant les muscles droits supérieur et inférieur, les deux images cesseront d'être sur un même plan horizontal dès que le malade regardera en haut ou eu has. La paralysie du petit oblique, muscle dont la contraction porte la pupille en dehors et en haut, et qui fait tourner l'œil autour de son axe antéro-postérieur, amène, dans la disposition des deux images, un défaut de parallélisme dont l'analyse est extrêmement intéressante. Enfin, dans la vision de près, les malades éprouvent des troubles de la vue dus à la paralysie du muscle ciliaire, qui préside à l'accommodation. Des expériences sur les oiseaux, qui, comme on sait, ont un appareil d'accommodation puissamment organisé, ont confu-mc l'action du nerf oculo-moteur commun sur cette importante faculté de l'œil (Trautvetter). Mauc Sée.

OCl]LO- MOTEUR EXTERXE (Xerf). Moleur oculaire externe, abducteur ou nerf de la sixième paire. Ce ncif, purement moleur, est exclusivement destiné au muscle droit externe du globe oculaire. C'est, après le pathétique, qu'il surpasse un peu en volume, le plus grêle de tons les nerfs crâniens.

Son origine réelle sera étudiée en même temps que le plancher du quatrième ventricule, où elle se trouve située. Quant à son origine apparente, on voit le nerf émerger de la dépression qui se trouve entre le bord postérieur de la protubérance elle bulbe rachidien, au voisinage du bord externe de la pyramide antérieure, par plusieurs radicules, dont le point d'implantalion est sujet à varier quelque peu, les unes s'engageant parfois entre les fibres transversales les plus inférieures de la protubérance, les autres paraissant se dégager des faisceaux externes de la pyramide, ou même des fibres les plus internes de l'olive. Ces variétés n'ont plus aujourd'hui la moindre importance.

Ordinairement les radicules du moteur oculaire externe se groupent en deux faisceaux, qui sei^éumssent immédiatement, ou l'estent isolés dans une étendue plus ou moins considérahle.

Le nerf abducteur, d'abord situé entre la protubérance et la partie latérale de la gouttière basilaire, se dirige obliquement en avant, en dehors et en haut, pour gagner le sommet du rocher. Il traverse ensuite la dure-mère, pour devenir horizontal et parcourir d'arrière en avant le sinus caverneux, appliqué contre la paroi externe de ce sinus, très-près de sa paroi inférieure. Il pénètre, enfin, dans l'orbite, en passant par la portion interne de la fente spliénoïdale, et se ramifie dans le muscle droit externe.

Dans la première portion de son trajet, le nerf, appliqué par l'arachnoïde à la surface de la protubérance, est plongé dans le liquide céphalo-rachidien. Au moment où il traverse la dure-mère, la séreuse encéphalique l'entoure complètement. Dans le sinus caverneux, il se trouve en dehors de l'artère carotide interne, dont il croise la portion verticale pour longer ensuite la portion horizontale du vaisseau. Le moteur oculaire commun, placé au-dessus de lui eu avant, en est séparé en arrière par un espace angulaire; les nerfs pathétique et DICT. EHC. 2* s. XIV, 11

162 OGYMASTRUM.

ophlhalmique de Willis sont d'abord en dehors, puis le croisent à angle aigu pour lui devenir supérieurs.

En s'engageant dans l'orbite, l'oculo-moteur externe traverse l'anneau fibreux qui entoure la branche inférieure du moteur oculaire commun, à laquelle il est d'abord accolé; il passe entre les deux tendons d'origine du droit externe, et pénètre le muscle par sa face interne, à l'union du tiers postérieur avec les deux tiers antérieurs de son corps charnu, après s'être divisé en quatre ou cinq rameaux divergents.

Anastomoses. Dans le sinus caverneux, au moment où le nerf oculo-moteur externe croise l'artère carotide interne, on voit se détacher de son bord inférieur deux ou trois filets qui se portent en bas et s'engagent dans le canal carotidien, pour se joindre au plexus de ce nom. Ces filets, relativement volumineux, sont tellement constants que les anciens les décrivaient comme formant l'origine du grand sympathique.

Outre cette anastomose avec le plexus caverneux du grand sympathique, on a signalé des communications du nerf abducteur avec la troisième et avec la cinquième paire. L'anastomose entre les nerfs oculo-moteur externe et oculomoteur commun a été décrite par Cruveilhier et par plusieurs autres anatomistes ; c'est par elle queVolkmann a expliqué les contractions qu'il a provoquées dans le muscle droit externe en excitant la troisième paire dans le crâne. L'anostomose avec la cinquième pnire a été signalée par Meckcl, Valentin et Longel; on admet généralement que la branche ophthalmique de Willis fournit un filet à l'oculo-moteur externe au moment où les deux nerfs s'entre- croisent. Meckel a décrit aussi une anastomose du nerf abducteur avec le nerfvidien.

Le muscle droit externe est, de tous les muscles du corps, celui qui, relativement à son volume, reçoit le nerf le plus considérable.

Structure. Le nerf de la sixième paire est surtout formé de tubes larges ; mais on trouve aussi un petit nombre de tubes minces disséminés dans son épaisseur.

Variétés. On a cité des cas d'absence du nerf oculo-moteur externe ; il est alors remplacé par une branche de la troisième paire.

La division du nerf en deux faisceaux peut se prolonger au delà de leur passage à travers la dure-mère, qui leur présente alors deux ouvertures distinctes. Ce n'est que très-exceptionnellement que le nerf abducteur fournit une racine motrice au ganglion ophthalmique.

Physiologie. Insensible avant son anastomose avec la cinquième paire, le nerf abducteur peut être coupé dans le crâne sans provoquer de douleur, si l'on use des plus grandes précautions pour ne pas toucher à la cinquième paire. Quand on le galvanise, on détermine une forte déviation du globe oculaire en dehors.

Les cas de paralysie isolée du nerf oculo-moteur externe sont très-rares ; dans un fait de ce genre, rapporté par Mackensie, elle était causée par une apoplexie ; dans un autre, mentionné par Yelloly, elle était déterminée par une tumeur qui comprimait la protubérance et la pyramide antérieure. Une tumeur du quatrième ventricule, la syphilis, une chute, avaient produit cette paralysie dans d'autres observations de ce genre. Chez tous ces malades, il existait un strabisme interne, et l'oeil ne pouvait plus être porté en dehors. Marc Sée.

ociMASTBUM OU ociMASTRUH. Nom donné par les anciens auteurs à

ODDI. 163

la Circée (Circœa luteliana L.); voij. ce mot. On trouve dans J. Bauhin la plante désignée sous le nom de Ocimastrum verrucarium. Pl.

OCïMUM. Sous ce nom dérivé de o/.v;, rapide, Pline a désigné une sorte de fourrage qui croît très-rapidement. Dans ses commentaires sur Dioscoride, Mattlîiole pai-le de ce fourrage et dit qu'il ne faut pas le confondre avec le Basilic ou Ocymum.

BiBLioGiiAiHiE.— Matthiole. Commentaires sur Dioscoride, liv. II, ch. cxxxv. — Ajiouroux fils, Mémoires de la Soc. d'agriculL, pour 1789, p. C2. — Méhat et de Lens, Dictionnaire de matière médicale, V, 5. Pl.

ODAD. Sous ce nom, Olivier désigne une petite graine brunâtre, réniforme, ponctuée à la surface, et employée en Perse contre les maladies des yeux. Peutêtre est-ce le Cassia Absus.

Bibliographie. — Olivier, Journal de pharmacie, IX, 215. — Mérat et de Lens, Dict. de matière médicale, V, 5. Pl.

OD.VLLAM, ODOLliA-M. Noms tamoul et malabre d'une Apocynée, appartenant au genre Gerbera, qui est le Gerbera OdoUam Gcertn. C'est VOdollam de Rheede {voy. Gerbera).

Bibliographie. — Rheede, Hortus malabaricus, l, p. 71, tal»., 5S). — De Casdolle. Prodromus, YIII, 353. Pl.

ODDI (Oddo degli). Né à Padoue en 1478, fit ses études dans cette ville où il professa la philosophie avec beaucoup de succès, dit-on. Il alla quelque temps exercer et professer la médecine à Venise, où sa réputation devint telle qu'on le rappela dans sa ville natale, où il fut comblé d'honneurs. Il avait commenté Galien avec tant de soin et de persévérance et défendait si chaudement les idées du médecin de Pergame, que ses contemporains avaient l'habitude de le nommer l'âme de Galien. 11 s'était occupé aussi d'astrologie, au point de vue de l'influence des astres sur la santé et les maladies. Les ouvrages qu'on lui attribue sont posthumes et ont été publiés par son fils, qui en châtia quelques-uns, notamment ceux où il est question d'astrologie. Il est mort le 5 février 1558. Nous citerons de lui :

I. In aphorismormn Hippocraiis priores duas sectiones dilucidissima interpretatio. Padoue, 1564, in-S»; puis édition plus complète. Venise, 1572, in-S"; Padoue, 1589, in-8°. — II. De pestis et pestiferorum omnium afjectuum causis, signis, prœcautione, curalione, libri quatuor . Apologiœ pro Galeno, tum in logicâ, tum in philosophiâ, tum in medicinâ, libri ires. De cœna et prandio libri duo. Denise, 1570, in-4°. — III. Arsparva, Venise, 1574,

iii-4". IV. In primam totam fen libri primi canonis Avicennœ expositio. Venise, 1575,

in-4°; Padoue, 1(512, in-4°. — V. In librum artis medicinalis Galeni exactissima et dilucidissima expositio. Brescia, 1607, in-4° ; Venise, 1608, in-4». .\. D.

Oddi (Marco degli). Né à Padoue en 1526, fils du précédent, fut reçu docteur à l'Université de cette ville et successivement chargé d'enseigner la logique, la philosophie et la médecine pratique. Il y mourut le 25 juillet 1591. On connaît de lui :

I. Deputredine. Venise, 1570, in-i"; Padoue, 1585 ; édition comprenant les traités de son père : De pestis, etc., publiés à Venise en 1570. — II. Meditationes in theriacam et Mithridaticum antidotum. Venise, 1576, in-4"'. — III. Methodus exactissima de componendis medicamentis et aliorum dijudicandis. Padoue, 1585, in-'t". — IV. De morbi natura et

164 ODEURS (hygiène).

essenlia. Ibid., Iô89, iii-4°. — V. De urinarum dif ferenl'ds causis et judiciis tabulœ. Ibid., 15C'l,in-fol. A. D.

(EDER (Georg-Cheistian). Médecin et célèbre botaniste allemand, fils de l'exégète Gcorg-Liidwid, naquit à Ansbach le 5 février 1728. Il étudia la médecine à Gottingue et l'exerça ensuite pendant trois ans à Slesvig. Ilaller, qui avait apprécié ses talents dans les sciences naturelles, le fit appeler en 1752 à la chaire de botanique de l'Université de Copenhague. Le désir de connaître exactement la /liorc du Danemark et de la Norvège lui fit entreprendre plusieurs voyages dans les deux pays, pendant lesquels il s'occupa non-seulement de botanique, mais encore d'économie politique, de statistique et de finances. Les publications qu'il fit sur ce sujet en 1769 attirèrent l'attention du comte de Bernstorff, qui le recommanda particulièrement à Struensée, alors ministre; celui-ci lui confia le poste de président de la Chambre des finances de Norvège ; mais lors de la chute de Struensée il dut renoncer à ces fonctions qu'il remplaça en J 775 par celles de bailli de la ville d'Oldenbourg. La mort le surprit le 28 janvier 1791, au moment oîi il était occupé de dresser le cadastre du duché d'Oldenbourg. Linné a donné son nom à un genre déplantes, Œdera, de la famille des Composées. On peut mentionner de lui :

I. D'issert. de derivatione ac révulsions per venœseclionem. Gottinga?, 1749, 111-4". — II. De irrilabiUlatc . Havniœ, 1752, in-4°. — III. bidex plantarum in Linncei systeinate. llavniœ, 17Gt, in-8°. — IV. Flora Danica. Ilavnise, 1762-1772, 5 vol. iu-fol. (Ouvrage magiiill(]ue, continué par O.-F. Muller, Wahl et Ilorneinaun, et dont le dernier volume ne parut qu'en 1814.) — IV. Eleincula botanicœ. Ilafuiœ, 17(32176i, 2 vol. in-8°. [Cet ouvrage servit pendant plusieurs atinées de base à l'enseignement de la botanique dans les universités de Montpellier et d'Edimbourg) — V. Nomenclator holanicus inserviens Florœ Danicœ. ilal'niœ, 1709, iu-8°. — VI. Veneichniss der zu der Flora Danica gehôrigen Krâuter. Kopenliagen, 1770, in-8''. — VII. Uebcr die Inoculation der Hornviehseuche. In Teutsches Muscuni, 1770— VIII. Un grand nombre d'ouvrages sur l'économie politique, les finances, etc., dont nous n'avons pas à nous occuper ici. L. Un.

09ET (Philippe). Médecin du seizième et du dix-septième siècle, était de Nancy. Il fit ses études médicales à Paris sous Jean liiolan le père, qui l'afiéctionnait beaucoup. 11 fut anobli par le duc Charles III par lettres datées du 16 mars 1605. C'est à ce prince qu'il avait dédié l'ouvrage suivant :

De tuenda valelitdine Libri scx, i?t qaibus omnia qitœ ad diœtani hominis sani pertinent breviler ac dilucide pertractantur. Nanceii, 1604, in-12. L. Un.

ODEURii. § 1. Physiologie. Voy. Olfaltion.

§ IL nygiène. L'odeur est en général la propriété d'un gaz ou d'une vapeur. Elle est en rapport avec l'extrême diffusibilité ou volatilité de la substance odorante; sa perception peut être considérée comme le résultat de la propagation d'ondes qui viendraient agir sur l'odorat, ainsi que les ondes sonores et les ondes lumineuses agissent sur l'ouïe et sur la vue. Certaines actions physiques, comme le frottement, favorisent le dégagement des odeurs, mais, le plus souvent, elles sont le résultat d'actions chimiques ou d'actes physiologiques qui se passent dans l'intérieur des corps.

Tantôt l'odeur appartient en propre au corps odorant, par exemple : l'odeur de l'hydrogène arsénié et de l'hydrogène sulfuré ; tantôt elle est la propriété d'un produit volatil qui existe à l'état normal dans le corps odorant, par

ODEURS (hygiène). ISS

exemple : l'odeur que répand une fleur consliluée par des tissus dont la substance est inodore, mais qui sécrète dans ces tissus une huile volatile odorante; d'autres fois, l'odeur est le résultat de changements chimiques éprouvés par les éléments constitutifs des corps, exemple : l'odeur du beurre rance; enfin, elle est trèssouvent produite par des combinaisons ultimes qui se passent, pendant lu décomposition des matières organiques, entre les gaz qui se développent alors, parmi lesquels l'ammoniaque joue le principal rôle.

Au point de vue de l'hygiène des odeurs proprement dites, c'est-à-dire au point de vue des impressions qu'en reçoit l'organisme et des effets qui peuvent en l'ésulter, on comprend l'importance qu'il doit y avoir à se rapporter ainsi à l'origine des odeurs. Il ne faudrait point attribuer, par exemple, à l'odeur d'ail que dégage l'hydrogène arsénié, ou à l'odeur d'œufs pourris, qui s'échappe des composés sulfurés, les accidents provoqués par l'absorption de ces gaz. En pareil cas, l'odeur perçue pourrait être regardée comme un phénomène révélateur de la présence d'un produit gazeux éminemment nuisible ; et, à cet égard, elle sera, sans aucun doute, avantageuse pour la santé, puisqu'elle permettra de prendre immédiatement les mesures de préservation nécessaires. Il en est de même pour l'odeur que des changements chimiques développent dans une substance alimentaire ; la sensation qu'éprouve alors l'odorat mettra en garde contre les qualités nuisibles de cet aliment et, le plus souvent, le fera rejeter.

11 en sera de même aussi pour les odeurs qui se dégagent des matières eu décomposition; et, dans cet ordre d'idées, toute mauvaise odeur devra être considérée comme l'indice d'im danger et, par suite, comme plus ou moins dangereuse elle-même suivant son degré de persistance ou de conccnlration.

Les considérations inhérentes à ce genre de perception odorante rentrent donc plus spécialement dans l'étude des émanations, et nous renvoyons à ce mot. Quant aux phénomènes purement chimiques qui donnent lieu à la perception elle-même, et quant aux conditions qui font varier les odeurs en force, en expansion et en caractères essentiels, leur étude appartient à la physiologie du sens de l'odorat.

Mais il est tout un côté de la question qui tombe bien évidemment dans le domaine de l'hygiène, j'entends parler de l'influence spéciale que, suivant le degré de sensation agréable ou désagréable que l'on éprouve, les odeurs arrivent à avoir sur l'ensemble des fonctions de l'organisme.

Il faut bien distinguer ici la sensation de la perception sensorielle; c'est à l'exagération de la première que l'on doit attribuer les résultats signalés ; et l'éducation, les habitudes, l'âge, le sexe et la maladie, en développant outre mesure ou en pervertissant l'irritabilité des centres nerveux, prédisposent singulièrement à la manifestation des effets réflexes, ce qui permet d'expliquer la plupart des phénomènes observés.

Cette remarque une fois faite, il est facile de proposer une classification des odeurs d'après l'excitation nerveuse favorable ou défavorable dont elles peuvent être le point de départ; et leur division en odeurs agréables, désagréables et indifférentes, est celle qui se présente naturellement à l'esprit,

Hygiéniquement parlant, une odeur est agréable, quand à la satisfaction sensuelle qu'elle provoque répond un sentiment général de bien-être.

Sous ce rapport, il n'est pas douteux qu'une atmosphère imprégnée de suaves odeurs flatte toutes les sensations et favorise le fonctionnement organique.

Les Grecs et les Romains prodiguaient les parfums dans les cérémonies

166 ODEURS (hygiène).

publiques et privées ; ils en répandaient dans les salles de festins, et se couronnaient de roses. Pareille coutume existait dans le moyen âge, et l'on sait combien, de tous temps, les substances odorantes ont été recherchées par les nations de l'Orient. Malheureusement, à côté de l'usage, il y a l'abus ; et l'on doit reconnaître que l'imagination et la sensualité jouaient un rôle considérable en pareilles circonstances. S'il est bon d'apprécier et de rechercher la douce influence produite par la respiration d'un air pur chargé des effluves du printemps ; si, bien des fois, le goût des bonnes odeurs s'allie avec des habitudes de propreté et une délicatesse dans les soins corporels que l'hygiène doit évidemment favoriser, il arrive trop souvent que l'on ne demande aux perceptions odorantes qu'une sensation de mauvais aloi capable de répondre à des perversions ou à des aberrations de goût éminemment condamnables.

Que par une simple vue de l'esprit les anciens en fussent arrivés à regarder les émanations odorantes qui s'échappent du corps des jeunes animaux comme ayant des propriétés restaurantes, passe encore ; que la coutume se soit assez longtemps conservée de faire respirer à des valétudinaires les odeurs fumantes exhalées dans les élables par des animaux vigoureux, cela est peut-être ridicule, mais non immoral. Mais que dire de ce procédé hygiénique qui faisait réchauffer les sens engourdis du vieux roi David par l'odeur de la jeune et belle sunamite Abisag, couchée à ses côtés; que penser du moyen analogue employé par Capivaccio qui conserva l'héritier d'une grande maison d'Italie, tombé dans le marasme, en le faisant coucher enti'e deux filles jeunes et fortes? Comment comprendre que l'illustre Boerhaave ait cherché lui-même à guérir un prince allemand de la même manière, sinon, pour nous en tenir absolument à une explication physiologique, que c'était faire appel à des actes réflexes que l'hygiène réprouve, mais qui sont susceptibles de réveiller plus ou moins des fonctions éteintes par l'âge ou par la maladie ?

11 n'est pas douteux que les fonctions génésiques soient celles sur lesquelles l'action des odeurs paraît se faire sentir le plus; et ce fait, en dehors des exagérations maladives qu'une imagination débauchée peut lui prêter, est en concordance avec ce que l'on observe dans la nature. Il y a des animaux chez lesquels l'approche du mâle est sollicitée par les odeurs que dégagent, à l'époque du rut, certaines glandes placées autour des organes génitaux ; et chez les fleurs l'odeur, en attirant à elle les insectes chargés de pollen, ne concourtelle pas ainsi à la fécondation? Bien plus, chez beaucoup d'entre elles, l'odemqu'elles exhalent aurait une action plus immédiate sur les phénomènes de cette nature; Morren a trouvé que les orchidées aromatiques perdent leur parfum, une demi-heure après l'application artificielle du pollen, et que les fleurs non fécondées conservaient leur odeur plus longtemps. Rivière cité par Duchartre parle d'une aroïdée du genre Conophallus (Blume) dont les fleurs femelles exhalent ime odeur infecte jusqu'au moment où les fleurs mâles situées plus haut, sur le même support commun, ouvrent leurs étamines pour répandre leur pollen; l'odeur disparaît alors.

D'après cela, on comprend combien on peut aller vite dans la l'echerche d'une pareille influence des odeurs ; et s'il y a des perceptions odorantes délicates qu'il est bien excusable à une femme qui veut plaire de faire naître, quelle honte de songer que par sa faiblesse et sa débauche un homme peut descendre assez bas dans sa propre estime pour arriver à n'être plus qu'un de ces renifleurs dont parle Ambroise Tardieu, dans son livre sur les attentats à la pudeur,

ODEURS (hygiène) 107

€t qu'une littérature malsaine ose nous montrer aujourd'hui dans toute leur repoussante expression !

A côté de ces effets indubitables et dans lesquels, comme on le voit, l'imagination tient une large part, nous citerons l'influence qu'on a attribuée aux •odeurs sur l'activité des fonctions nutritives.

Les Athéniens parfumaient leurs vins; les Romains faisaient de même; et Grégoire de Tours nous a transmis la recette de plusieurs vins artificiels que recnercnaient nos ancêtres, les Gaulois et les Francs, et qu'il appelle vina odoramenti immixta. Certaines odeurs aromatiques peuvent être regardées, en effet, comme des excitants favorables de la digestion. Sous ce rapport, l'art culinaire a su tirer profit des aromates qui agissent à la fois sur le goût et l'odorat ; mais de là à prétendre que l'odeur d'un mets peut, par elle-même, avoir des effets compensateurs de la privation qu'on en éprouve, il y a toute la distance de la vérité à la fable. Quand Bacon parle d'un homme qui pouvait jeûner pendant quatre ou cinq jours entiers, en respirant l'odeur de l'ail et des herbes aromatiques (Baco, De vita et morte); quand on assure que Démocrite prolongea sa vie de quelque temps en se nourrissant de la vapeur odorante du pain chaud ; quand Oribase dit avoir connu un philosophe auquel l'odeur du miel servit de nourriture durant un certain temps, il est peut-être bon de recueillir ces faits comme des exemples de ce que peut la résignation du philosophe devant l'abstinence ; mais, en vérité, cela ne signifie pas grand'chose, à moins que les matières odorantes, quand elles sont de la nature des essences, ne ralentissent les combustions intérieures et n'empêchent ainsi la dénutrition; car l'on pourrait penser qu'elles agissent ainsi en se rappelant l'action qu'elles exercent sur la phosphorescence, qui est empêchée par elles.

Nous arrivons maintenant à un autre ordre d'idées, c'est-à-dire à l'impression désagréable et à l'influence fâcheuse des odeurs sur l'économie. Ici, les exemples abondent; mais il nous faut encore séparer l'action de l'odeur proprement dite, c'est-à-dire la sensation qu'elle fait naître, des effets de l'inhalation des gaz odorants ou des particules pulvérulentes qui la transportent avec elles.

Une éducation molle et lâche, le féminisme, le nervosisme, la maladie, doivent être placés à côté des idiosynci'asies individuelles quand on veut avoir l'explication de certains faits. Schneider dit avoir comiu une femme qui, aimant les autres odeurs, se trouvait mal en respirant celle des fleurs d'oranger. Piesse, dans son Traité des parfums et odeurs, rapporte le cas d'une jeune dame chez laquelle cette même odeur déterminait des spasmes violents. On lit dans les Éphémérides des curieux de la nature qu'un militaire perdait connaissance quand il sentait l'odeur de la pivoine. Marrigues [Journ. dephys., 1780) cite le fait d'une jeune femme qui perdait la voix lorsqu'on lui mettait sous le nez un bouquet de fleurs odoiantes.

Odier nous apprend qu'il a connu une personne à laquelle l'odeur du musc donnait une aphonie que les bains froids seuls pouvaient faire cesser. Le musicien Grétry et le peintre Vincent étaient incommodes par l'odeur d'une rose ; Ledelius, dans les Éphémérides des curieux de la nature, parle d'un marchand à qui la même odeur causait une ophthalmie; Jean Quercet, secrétaire de François P'', ne pouvait supporter l'odeur d'une pomme; le duc d'Epernon et mademoiselle Contât s'évanouissaient à l'odeur du lièvre ; Wagner cite dans le journal de Hufeland (1811) le fait d'un homme qui se trouvait mal à l'odeur d'un bouillon d'écrevisses.

1G8 ODEURS (hygiène).

La plupart des cas peuvent s'expliquer par une association d'idées et des antipathies acquises à la suite de circonstances désagréables dont on a gardé le souvenir; mais bien des fois aussi l'action est toute physique, indépendante de l'idée, et ne s'explique pas. Souvent les dispositions morbides du moment, l'évolution physiologique d'une fonction, surtout chez la femme, doivent être invoquées. C'est une chose bien connue que la perversion des sens pendant la grossesse ; telles odeurs qui étaient agréables avant la conception deviennent odieuses et provoquent des troubles fonctionnels qu'il faut se hâter de prévenir. D'autres fois enfin, la prévention seule entraîne des effets de nervosisme ridicules. C'est ainsi que Thomas Capellini rapporte qu'une dame qui ne pouvait, disait-elle, souffrir l'odeur de la rose, se trouva mal en recevant la visite d'une de ses amies qui en portait une, et cependant cette fatale fleur n'était qu'artificielle. Une des parentes de Scaligcr [Exercit. 142, § 2) tombait en syncope à la vue d'un lis, et pensait qu'elle succomberait, si elle en sentait l'odeur.

Mais à côté de ces faits sur lesquels il serait puéril d'insister, il en est d'autres qui s'expliquent par l'absorption des émanations elles-mêmes (gaz, vapeurs ou particules pulvérulentes), émanations douées de propriétés spéciales et dans la manifestation desquelles l'odeur n'a que faire. Ainsi, quand Boyle dit qu'un de ses amis ayant fait piler de l'hellébore noir, tous ceux qui étaient dans la chambre furent purgés (De nat. determ. effluv., p. 38); quand Sennert assure la même chose par rapport à la coloquinte, il n'est pas douteux que c'est à l'absorption de particules purgatives que les effets sont dus. De même, ce n'est point à l'odeur qu'il faut attribuer les accidents que présentent ceux qui arrachent sans précaution des plantes vireuses, telles que l'œnanthe, la rue, l'hellébore, la bétoine,etc., ainsi que les effets d'irritation spéciale que les émanations des cantharides produisent sur ceux qui sont occupés à les pulvériser. 11 est, en derniei' lieu, toute une série d'accidents mis sur le compte des émanations odorantes des /leurs, et sur lesquels nous devons insister.

Le danger qu'il y a à séjourner et surtout à dormir dans un milieu imprégné de certaines odeurs pénétrantes a été signalé depuis longtemps. Ingenhousz cite le cas d'une jeune fille, morle à Londres, en 1799, par l'odeur des lis {Encydop. médic, art. Fleurs). ïriller a donné l'histoire d'une autre femme, dont la mov aété causée par l'odeur des violettes. Suivant Cromer, l'odeur des roses amenai la mort d'un saint évèque de Pologne [De rébus polonicis, lib. YIIl). J. Schenckius nous apprend que des personnes ont été asphyxiées par l'odeur du safran {Obs. med., lib. VllI, de Floribus, obs. 1) ; les fleurs de sureau et de magnolia ont occasionné plus d'une fois des nausées et des troubles nerveux. Gardanne raconte que des hommes qui dormaient dans un grenier où l'on avait disséminé des racines de juscpiiavie noire se réveillèrent atteints de stupeur et de céphalalgie; l'un d'eux éprouva des vomissements et une hémorrhagie nasale abondante [Gaz. de santé, 1773 et 1774).

On trouve dans le Journal de chimie médicale, publié par A. Chevallier, un grand nombre d'exemples d'accidents causés par les émanations des fleurs. Parmi ces fleurs, celles du lanrier-rose, du jasmin, de la tubéreuse, du narcisse et de la jacinthe, sont le plus fréquemment incriminées. Chacune d'elles a à son passif un certain nombre de cas de mort et d'accidents asphyxiques ou nerveux plus ou moins prononcés. Les émanations du laurier-rose sont très-dangereuses; on y a eu recours plus d'une fois pour le suicide; tel est le cas d'un jeune officier de l'armée française qui, à Milianah, fut trouvé mort dans son alcôve, qu'il

ODEURS (hygiène). 169

avait décorée lui-même de branches fleuries de laurier- rose entrelacées.

Que de fois l'imagination des Orientaux s'est plu à orner d'une touchante auréole ce genre de mort que des amants malheureux étaient venus demander aux enivrants parfums des fleurs ! De pareilles tentatives ne sont même pas rares dans les annales européennes du suicide, si souvent exploitées parle roman.

Ce n'est pas seulement avec les odeurs florales que des accidents ont été constatés ; un certain nombre de fruits odorants ont été l'objet d'une pareille observation. C'est ainsi que Chevallier et Cahours ont signalé le cas d'un garçon épicier, trouvé asphyxié dans un cabinet où l'on conservait des oranges et oij il s'était endormi.

11 en faillit être de même pour une dame qui avait passé la nuit dans une chambre où se trouvaient accumulés des abricots destinés à faire de la confiture; et des faits analogues sont dus à l'odeur des coings et des citrons.

Quelle est donc la nature de ces accidents? Le plus souvent, on a observé de la céphalalgie, des vertiges, un malaise général accompagné de sueurs, de nausées, d'oppression cardiaque; parfois, il y a des vomissements; des troubles nerveux plus ou moins variés peuvent se manifester ; ou bien ce sont des douleurs dans les muscles et dans les articulations; puis surviennent de la somnolence, de la faiblesse générale, et enfin, la perte de connaissance. On conçoit bien que de tels symptômes ne sont pas le résultat de la perceplion odorante ou de la sensation individuelle qui en résulte ; que l'idiosyncrasie et la plus ou moins grande susceptibilité nerveuse des personnes jouent un certain rôle dans la forme que revêtent les accidents, cela est possible ; mais il y a là, il faut le reconnaître, tous les phénomènes d'un empoisonnement et d'une asphyxie. L'action toxique est le résultat de l'inhalation des huiles essentielles odorantes, que leur composition range dans la classe des hydro-carbures ou des éthers composés; et l'on n'ignore pas que de pareils produits agissent sur l'économie de la façon la plus fâcheuse : témoin les désordres nerveux assez graves qui se manifestent chez certains distillateurs et surtout chez les ouvriers qui fabriquent les essences artificielles.

D'autre part, cette cause de viciation de l'atmosphère n'existe pas seule ; les phénomènes chimiques qui président à la respiration, à la nutrition comme à la décomposition des tissus végétaux, interviennent à leur tour, par la production plus ou moins notable d'acide carbonique qui se dégage dans le milieu ambiant ; Boussingault avait aussi pensé qu'il y avait dans ce cas une certaine production d'oxyde de carbone; mais il existait dans les expériences une cause d'erreur que Cloez a démontrée depuis. D'autre part, on sait que les échanges gazeux se font dans l'intimité des tissus par une simple diffusion. C'est pour cela qu'une tige florale trempée dans l'eau continue à être le siège de phénomènes d'absorption et d'exhalation gazeuse, et il n'est pas illogique dépenser que les actions intimes qui font naître les émanations odorantes activent les phénomènes de réduction et augmentent la production d'acide carbonique.

Mais c'est surtout quand il s'agit de fruits jetés pêle-mêle ou mis en tas, et dont la pulpe est plus ou moins atteinte et lésée, qu'il y a lieu d'attribuer les accidents qui se manifestent à l'asphyxie. Dans ce cas, les expériences récentes de M. Livache {Joiirn.de phys. et de chim., 1878) démontrent que, si les fruits à l'état sain ne contiennent dans leur substance aucune trace d'acide carbonique, il n'en est pas de même quand ils ont été plus ou moins pressés ou écrasés ; il se fait alors une véritable fermentation avec dégagement d'acide carbonique.

170 ODEURS (HïGiÈNEj.

Les moyens employés pour remédier aux accidents que nous venons d'étudier consisteront à soustraire rapidement la victime à la cause qui les produit, à l'exposer à l'influence d'un air frais et pur, et à réveiller comme à soutenir les fonctions de la respiration et de la circulation par des excitants administrés intus et extra.

Il nous reste à dire un mot de l'emploi et de la valeur des substances odorantes comme agents de désinfection. C'est dans les pays où la décomposition des matières organiques est rendue plus rapide par l'action d'une haute température que l'usage des odeurs dans les cérémonies funèbres a pris naissance. Les Juifs avaient des parfums qu'ils répandaient sur les morts; et tous les peuples de l'antiquité paraissent avoir pratiqué la même coutume , depuis les Égyptiens, qui enveloppaient les cadavres de bandelettes aromatiques, jusqu'aux Romains, qui faisaient une telle prodigalité de parfums pendant la célébration des funérailles, que Pline raconte que Néron, lors des funérailles de sa femme Poppée, fit brûler sur le bûcher plus d'encens que l'Arabie n'en produisait dans toute une année. Cet usage s'est conservé en partie jusqu'à nos jours ; et les odeurs que l'on répand en pareilles circonstances répondent à la fois aux traditions religieuses et au besoin de se soustraire aux émanations putrides. S'il est vrai qu'au point de vue qui nous occupe, c'est-à-dire de l'impression sensorielle que provoquent les mauvaises odeurs, cette dernière peut être prévenue et annihilée par l'emploi de parfums agréables, il n'est pas moins vrai aussi de dire qu'au point de vue de la désinfection proprement dite, c'est-à-dire de la neutialisation et de la destruction des produits délétères qui se forment alors, les parfums les plus odorants peuvent joindre à leur insuffisance cette propriété funeste de masquer le danger et de le laisser grandir à l'ombre d'une fausse sécurité.

De l'étude que nous venons de faire et des idées que nous avons exposées on peut tirer quelques préceptes généraux d'application, qui appartiennent à l'hygiène, et qui découlent naturellement des différents points de vue auxquels nous nous sommes placés.

On peut les résumer en quelques mots :

Tenir compte des idiosyncrasies individuelles, et s'appliquer à en rechercher la cause.

Ne jamais procéder par la violence ou par l'esprit de système, quand on veut prévenir et corriger des sensations qui, pour être déraisonnables, n'en sont pas moins imposées à l'organisme.

S'adresser avant tout aux influences morales de l'éducation et aux influences physiques d'une hygiène appropriée pour combattre des effets indicateurs d'une irritabilité nerveuse maladive.

Proscrire l'abus des parfums énervants et le séjour des plantes odoriférantes dans les pièces d'habitation.

Demander à des lotions fréquentes, faites avec des liquides toniques ou désinfectants, et non pas à des odeurs purement pénétrantes, la disparition d'émanations personnelles ou objectives qui constituent une infirmité ou un désagrément.

Se garder enfin de toutes les habitudes qui pervertissent le sens de l'odorat et poussent au féminisme et à la débauche.

En ce qui concerne les émanations infectes dont quelquefois on peut être imprégné, et qu'on transporte ainsi avec soi, on se rappellera qu'elles doivent

ODHELSTIERNA. 171

être regardées comme indicatrices d'agents infectieux, et prendre toutes les précautions nécessaires pour éviter de s'en faire le véhicule. A cet égard, il n'est peut-être pas indifférent de porter tel ou tel vêtement; Stark d'Edimbourg et Aug. Duméril ont fait un certain nombre d'expériences relatives à l'influence de la couleur des étoffes sur la propriété que celles-ci possèdent de fixer temporairement les effluves odorants. Il résulte de leurs observations que des étoffes de laine de couleur noire ou bleue absorbent et retiennent pendant plus longtemps les odeurs que ne le font les étoffes de même nature dont la couleur est rouge ou jaune; les tissus blancs seraient les moins aptes à s'imprégner de la sorte. Alexandre Layet.

Bibliographie. — Boyle. Exercitatio de mira sublilitate effluviorum. De insigni efficacia effluviorum. \nOp. varia, t. II. Genevœ, 1694. — Triompii (J.-H.). De aromaticorum natura, usu et abusu. leinv, 1695. — Triller (D.-G.). De morte subila, ex niinio violarum odore oborto. Witebergœ, 1762, in-4°. — Seligils (G. -IL). De odoribus. Eriang?e, 1766, iii-4°. — KiRWAN (A. -P.). De l'odorat et de l'influence des odeurs sur l'économie animale. Thèse de Paris, 1812. — Barthélémy (J.). Essai sur les fleurs et leurs effets pernicieux. Thèse de Paris, 1812. — Cloquet (H.). An. Odeur du Dict. encycl. des sciences médic, t. XXXVII. — Dd MÊME. Osphrésiologie, ou Traité des odeurs, etc. Paris, 1821, in-8°. — Duméril (Aug.). Des odeurs. Thèse Faculté des sciences de Paris, 1845. — Chevallier (A.). Sur les émanations des fleurs et des fruits et sur les accidents qu'elles peuvent déterminer. In Ann. d'/aigicne, 1' série, t. XXIII, 1865. — Piesse (S.). Des odeurs des parfums, etc. Edition française par Réveil (0.). Paris, 1865. A. L.

ODEURS (Physiologie). Voy. Odor.it.

ODHELIUS (^Eric). Né àFlo, dans la province de Westergolhland, le 8 novembre J760, fit ses premières études à Skara, puis se rendit à Upsal en \111. Il commença bientôt ses études médicales et fut inscrit de bonne heure à la Société chirurgicale de cette ville ; il passa ses examens ordinaires et alla taire un stage à la maternité de Stockholm en qualité d'adjoint. Reçu docteur en médecine à Upsal le H juin 1785, il fut nommé chirurgien dans l'armée suédoise le 14 décembre 1786, accompagna son régiment jusqu'en Norvège et fut fait prisonnier. Après la paix, il fut envoyé en Finlande comme chirurgien de l'hôpital militaire de Lovisa. 11 fit la campagne de Gotheborg, servit en 1808 comme chirurgien de l'armée, jusqu'en 1812, où il reçut son congé. II fut alors nommé intendant des eaux minérales à Lund, fonctions qu'il remplit pendant neuf années. Il se fixa ensuite à Stockholm, fut nommé assesseur de l'Académie des sciences de cette ville et mourut d'un accident à Dalsland le 7 février 1854. Nous connaissons de lui, outre divers mémoires non livrés à l'impression ;

I. Descriptiones arteriarum corporis humani. Upsal, 1781, in-4°. — II. Dissertatio inauguralis morborum casus. Thèse de doctorat. Upsal, 1785, in-i". — III. Beskrifning paa eti Missfoster. In K. Vetenskapen Âkademiens nya Handlingar, 1785. — IV. Kraften af Valeriana Sylvestris emot voldsaamma Nerv-Sjukdomar. Ibid., 1789. — V. Beràltelse om ben af ett Poster abortgaangne genom saar paa magen, utan fôrlust af modrens lif. Ibid., 1815. — VI. Berâttelse om en dôdiig forkylning. In Làkare och naturf., t. VIII, p. 149. — VII. En casus om Lifmodrens omstjelpning. Ibid., t. VIII, p. 286. — VIII. Embetsberâttelse fraan skôfde /'oj- aar 1800. Ibid., t. XIII, p. 286. A. D.

ODHELSTIERMA (Eric). Né à Upsal le 26 janvier 1661, mort à Stockholm le 12 octobre 1704. Il était docteur en médecine, mais il s'est surtout occupé de géognosie et fut même ingénieur des mines. De 1683 à 1692 il voyagea dans diverses parties de l'Europe, et c'est pendant ce voyage qu'il prit son bonnet de docteur à Reims eu 1687. Il fut anobli en 1698. On a de lui :

172 ODIER (Les DEi'x).

I. De mercurii minera in fodina argentea Stahlbergensi détecta. In Acta litter. et se. Siteciœ, t. I. — II. Observ. chiinico-metallurg. circa ortum et effluviam metallorum. Remigii, 1687. L. Un.

ODIER (Les deux).

Odier (LoDis). Médecin du plus grand mérite, né à Genève le 17 mars! 748, mort dans cette ville le 13 avril 1817. Il commença ses études médicales dans sa ville natale, mais, à l'imitation de plusieurs de ses compatriotes, il alla les continuer à l'Université d'Edimbourg, où il fut reçu docteur en 1770. Après avoir passé encore deux ans dans cette ville, il alla à Londres suivre l'hôpital Saint-Thomas et écouta les leçons de Hunter, Fordyce, etc., puis se rendit à Leyde pour entendre Gaub et van Doevern, et enfin vint à Paris.

De retour à Genève, il n'exerça pas immédiatement l'art de guérir, mais institua un cours de chimie, pour propager sur le continent les idées nouvelles qu'il avait entendu professer par Black. Mais bientôt il s'adonna entièrement à la médecine et y obtint tout le succès que mérite l'activité la plus infatigable unie aux connaissances les plus sérieuses. C'est lui qui le premier fit connaître la vaccine en France, et il introduisit dans la médecine plusieurs remèdes nouveaux.

En 1799, l'Académie de médecine de Genève conféra à Odier le titre de professeur honoraire. Il fut en outre membre du conseil des Deux-Cents et prit toujours une part très-active aux affaires publiques. En 1814, il fut atteint d'un premier accès d'angine de poitrine, et en 1817 un second accès l'emporta.

Odier s'est beaucoup occupé de la rédaction de la Bibliothèque britannique, dont il avait pris à sa charge toute la partie médicale; les notes signées de la majuscule 0, qui accompagnent les extraits insérés dans ce Recueil, renferment une foule d'observations intéressantes. On peut en outre citer de lui :

I. Epistola phijsiologica Inaur/malis de elementariis musicce xensationibus. Edinburgi, 1770, ia-8°. — II. Pharmacopœa Geneveiisis. Genevœ, 1780, iii-8°. — III. Observ. sur des morts apparentes produites par iirte cause accidentelle... Trad. de l'angl. (1800). — lY. Réflexions sur l'inoculation de la vaccine. Genève, 1800, in-8°. — "V. Instruction sur les moyens de purifier l'air et d'arrHcr les progrès de la contagion, à l'aide des fumigations du gaz nitrique. Genève. 1801, in-8°. — VI. Observât, stir la fièvre des prisons. Trad. libr. de l'angl. (1802). — VU. Grammaire anglaise... Genève, 1817, in-12. — VIII. Manuel de médecine pratique, ou sommaire d'un cours gratuit donné en 1800, 1801 et 1804... 5= édit. Genève et Paris, 1821. in-8°. — IX. Obs. sur l'épiderme d'une baleine. InJourn. de méd., t. VI. — X. Quatre lettres sur la mortalité de la petite vérole inoculée. Ibid., 1775, 1775, 1776, 1777. — XI. Lettr. surl'hiùlede ricin. Ibid., 1778. — XII. Extra'it mortuaire de Genève pour 1778 et 1779, avec des considérations importantes. In Mém. de la Soc. des se. et des arts de Genève, t. I. — XIII. Mém. sur l'hydrocéphale interne. In Rec. de la Soc.de méd., t. III. — XIV. Mém. sur les causes de l'anasarguegui accompagne la fièvre rouge, envoyé à la Soc. de méd. M 779). — XV. Ili.st. d'une femme gui avait un ovaire transfoi'Vié en hydatides... In Mem. de l'Inst. Savants étrangers, t. I, 1806. I-. Un,

Odier (Louis-Robert). Médecin suisse très-distingué, né à Genève le 22 juillet 1856, arrière-neveu du précédent, était fils d'un professeur de la Faculté de droit. Après avoir heureusement terminé ses études préparatoires au gymnase libre de sa ville natale, il se rendit à Paris en 18oa,pour y étudier la médecine. Reçu interne provisoire en 1861, interne en 1865, il remplit avec zèle ses fonctions successivement à l'hôpital Beaujon, à la Maternité, à l'hôpital Saint-Louis et aux Enfants-Trouvés. C'est dans ce dernier établissement qu'il entreprit ses premiers travaux sur l'accroissement du poids des nouveau-nés; il réussit à établir la loi de cet accroissement dans les conditions physiologiques et publia suc-

ODOLANT-DESNOS. 173

cessivement avec René Blache et dans sa dissertation inaugurale les re'sullats auxquels il était arrivé.

Odier retourna à Genève en 1868, et se consacra à la clientèle et à l'instruction des sages-femmes. Il obtint au concours, en 1872, la place de chirurgien en chef de l'hôpital cantonal, et remplit ses fonctions avec la plus grande distinction. Le cours libre d'obstétrique et de gynécologie qu'il professa à la Faculté de médecine de Genève, immédiatement après sa création, fut très-suivi. En 1877, il fut atteint d'une paralysie qui suivit une marchô progressive et amena la mort le 21 octobre 1879. On trouvera une notice détaillée sur la vie et les travaux d'Odier dans le Bulletin méd. de la Suisse romande, 1880, n» 2, p. 42.

Nous citerons d'Odier :

I. Avec Blache : Quelques considérations sur les causes de la mortalUé des nouveaunés et sur les moyens d'y remédier. Paris, 1867, iii-So.lî pi. (Extr. de {'Union méd., 1807). — II. Recherches sur la loi d'accroissement des nouveau-nés , constaté par le système des • pesées régulières, et sur les conditions d'un bon allaitetnent. Thèse de Paris, 18u8. — II. Nombreux articles ou mémoires dans la Gaz. des hôpil., les Bull, de la Soc. de biol. et de lu Soc. anat., et dans le Bull, de la Soc. méd. de la Suisse romande. L. Hn.

ODINA. Roxburgh. Genre de plantes Dicotylédones , appartenant à la famille des Térébintbacées. Ce sont des espèces de l'Inde et de l'Afrique tropicale, dont les fleurs dioïques-polygames ont un calice persistant quadri ou quinquélobé ; une corolle à 4 ou 5 pétales, imbriquées, réfléchies après la floraison ; dans les fleurs mâles, 8 à 10 étamines, en dedans d'un disque annulaire; dans les fleurs femelles, un ovaire sessile, libre, uniloculaire, devenant à maturité un drupe, comprimé, oblong, réniforme, contenant une semence également comprimée.

Les Odina sont des arbres à feuilles caduques, alternes, composées, imparipennées, à folioles opposées; les fleurs et les fruits sont de petite dimension.

La seule espèce intéressante est V Odina IFod/er Roxb., qui vient dans les Indes Orientales ; c'est un arbre élevé, à écorce cendrée, à nombreux rameaux, portant des feuilles à 3 ou 4 paires de folioles, ovales, oblongues, acuminées, entières et glabres et tomenteuses, à la face inférieure plus pâle que la supérieure. Les fleurs en grappes, terminales, sont petites, à 4 sépales et 8 étamines.

L'écorce de cette espèce est usitée en poudre fine, mêlée à l'huile du Melia azedarach, pour la guérison des ulcères opiniâtres. On le nomme en Saraoul Woodiam-puttoy. Pl.

BmuoGBAPHiE. — Roxburgh. Flora indica, II, 293. — Royle. Illustrations of Himalaya' s Plants, tab. 51, Gg. 2. — Endlicher. Gênera plant., w" 5898. — Bentiiam et Hooker. Gênera, I, p. 425. — AiNSLiE. Materia indica, II, 486. Pl.

ODOLAIVT-DESiVOfS (Pierre-Joseph). Médecin et érudit français, né le 21 novembre 1722 à Alençon, mort le 11 août 1801 dans la même ville. 11 exerça d'abord la médecine dans sa ville natale, mais plus tard ne s'occupa plus guère que de l'étude de l'histoire locale. Il recueillit sur ce sujet une foule de documents restés manuscrits pour la plupart. Outre divers ouvrages sur la ville d'Alençon, sur les familles illustres de son pays, et un grand nombre d'articles fournis à des ouvrages de chronologie et à divers dictionnaires, Odolant-Desnos a publié :

1. Sur le danger de manger la chair des animaux dont on ne connaît pas le genre de

174 ODONTALGIE.

mort. In Journal de médecine, t. XIV, p. 256. — II. Sur un cancer à l estomac. Ibid., t. XI, p. 407. — III. Cas d'obstruction de l'œsophage. Ibid., t. XI, p. 413. — IV. Plusieurs articles in Collect. d'observ. sur les mal. épidémiques par Le Pecq de la Clôture. Pai-is, 1778, 3 vol. in-4°. L. Hx.

ODO^' (César). Médecin de Bologne, exerçait son art vers le milieu du seizième siècle; il fut en outre directeur du jardin botanique de Bologne. On connaît de lui :

I. T/teophrasli sparsce de plantis senteniiœ, in conliniiam seriem ad propria capita, nominaque secundum litterarum ovdinem disposita. Bononiœ, 1561, in-4". — II. De urinis, petit traité joint à H. Martinius : Anatomia iirinœ, Franco!., 1658, in-1'2. L. Hn.

ODOIVATES. Dans le système entoraologique de Fabricius, les insectes caractérisés par des mâchoires fortes, cornées, dentées, ont reçu le nom à'Odonates par contraction du mot odontognathes [6§o\jç, oSâvroç, dent; yvâdoç, mâchoire). Les Odonates de Fabricius sont compris entre ses Piezata (Hyménoptères) et ses Mitosata (Myriapodes); ils constituaient le cinquième ordre d'insectes. Les Piezata formaient le quatrième et les Mitosata le sixième.

Les Libellules sont les Odonata par excellence. Ces insectes renferment, pour Latreille et Bambur, la majeure partie de la famille des Subulicornes. Actuellement ils font partie des Névroptères pseudo-orthoptères [voy. Névroptères, p. 729). A. Laboulbène.

ODOi\TALGlE. On désigne communément sous le nom d'odontalgie toute douleur ayant pour siège, soit une dent isolément, soit l'appareil dentaire ou le bord alvéolaire dans une étendue plus ou moins grande.

Envisagée de cette façon, l'odontalgie est un symptôme appartenant à un certain nombre d'affections; elle présente même dans ses caractères des différences assez marquées pour servir d'élément diagnostique aux lésions diverses de l'appareil dentaire. C'est donc au seul point de vue symptomatologique que nous l'étudierons, ne faisant ici qu'indiquer ses causes et renvoyant le lecteur, pour le traitement, à l'étude spéciale de chaque lésion particulière qui en est l'origine.

Nous diviserons notre travail en deux parties :

Odontalgie provoquée par des phénomènes d'ordre physiologique, ou odontalgie de l'éruption.

Odontalgie provoquée par des phénomènes d'ordre pathologique, ou odontalgie symptomatique des lésions des diverses parties de l'appareil dentaire, c'est-à-dire des dents, du périoste alvéolo-dentaire, des gencives, des nerfs dentaires.

L Odoktalgie provoquée par des phénomènes d'ordre physiologique ou ODONTALGIE DE l'éruption. L'odoutalgic de l'éruption se distingue suivant les phases mêmes de ce phénomène, net ous étudierons l'odontalgie due à l'éruption des dents temporaires, puis l'odontalgie due à l'éruption des dents permanentes.

a. Odontalgie de l'éruption des dents temporaires.

Elle appartient à la première enfance, aussi est-il difficile d'en établir les caractères. Toutefois, d'après ce qu'on sait des accidents qui peuvent accompagner la dentition permanente, il est présumable que l'odontalgie provoquée par l'éruption des dents temporaires ne consiste pas en une douleur véritable, mais plutôt en une gêne ou un prurit plus ou moins marqués, que les enfants manifestent par de la salivation, et par le besoin qu'ils semblent éprouver de mordre

ODONTALGIE. 175

tous les objets qu'ils saisissent. Quelquefois cependant les gencives deviennent sensibles et douloureuses à la pression et les enfants en éloignent avec des cris de douleur tout ce qui peut les comprimer : c'est ainsi qu'ils repoussent leur hochet, leur biberon, et même après quelques instants de succion le sein de leur nourrice.

Observe-ton des différences au point de vue de la douleur dans l'éruption des dents, suivant que les enfants sont de vigoureuse ou de faible constitution ? Le fait n'a pas été, à notre connaissance, rigoureusement établi ; mais on peut dire qu'en général, chez un enfant de robuste constitution, et surtout bien nourri, les dents apparaissent avec ordre, à époques régulières et bien déterminées : aussi semble-t-il qu'elles ne puissent provoquer que de très-légères réactions locales ou réflexes. Au contraire, les phénomènes douloureux, ainsi que tous les accidents de l'éruption, s'observeraient plus fréquemment chez les enfants chétifs ou mal nourris. Chez les sujets athrepsiés, en effet, par le fait de leur mauvaise constitution ou de leur alimentation défectueuse, la muqueuse de la bouche, de l'estoraac et du tube digestif tout entier, est déjà, avant l'éruption des dents, le siège d'un état inflammatoire que l'évolution dentaire ne peut que rendre encore plus vif.

Quant aux conséquences de l'odontalgie, due à l'éruption des dents temporaires, nous ne savons s'il est permis de considérer comme telles les troubles du système nerveux central produisant les contractures, les soubresauts et l'éclampsie confirmée, de même que les toux spasmodiques qu'on observe à cette époque. D'autre part, ces phénomènes nerveux sont-ils des actes réflexes dont le point de départ se trouverait dans la muqueuse gingivale irritée par l'évolution des follicules dentaires, ou bien la congestion des méninges qui provoque ces désordres nerveux résulte-t-elle d'une lésion vasculaire ayant lu même cause générale que les autres points d'hyperémie, observés à ce moment sur la plupart des membranes, sur la peau, comme sur presque toutes les muqueuses? Cette question, que nous ne faisons qu'indiquer, appartient à l'étude des accidents dits de dentition [voy. DE^•TITI0N).

b. Odontalgie de l'éruption de la dentition permanente.

L'éruption des dents permanentes s'accomplit le [ilus habituellement sans douleur : on ne constate, en effet, que des phénomènes congestifs légers {gingivite), qui accompagnent rébranlement des dents temporaires et la sortie des suivantes. On n'est donc nullement fondé à considérer l'odontalgie de l'éruption des dents permanentes comme la cause des troubles nerveux signalés parfois à cette époque de la vie, tels que certaines névroses, entre autres la chorée et quelques affections spasmodiques ; on peut même dire qu'aucun fait ne permet d'établir une relation éliologique entre ces phénomènes nerveux et l'évolution des dents contemporaines.

Toutefois, l'éruption de la dent de sagesse, la dernière de la série comme dans l'ordre d'apparition, ne s'effectue pas toujours d'une façon aussi indolente que les précédentes. Cette troisième molaire, en effet, qui apparaît de dix-huit à vingt-cinq ans, donne lieu très -fréquemment* à des accidents variés, douloureux, parfois très-sérieux et très-importants à connaître, à cause de leur gravité et des erreurs de diagnostic auxquelles ils exposent. Rappelons qu'on n'observe ces

* Une statistique de la fréquence des accidents de la dent de sagesse inférieure donne une proportion de 75 pour 100 sans considération de gravité.

176 ODONTALGIE.

accidents que lors de l'érupUon de la troisième molaire inférieure. Des raisons anatomiques bien connues sont la seule cause de celte différence : à la mâchoire supérieure, en effet, celte dent trouve en ariière de la deuxième molaire une place largement suffisante pour se loger, tandis qu'à la mâchoire inférieure, entre la deuxième molaire et la branche montante du maxillaue, l'espace est presque toujours trop étroit pour qu'elle puisse prendre rang sur la même ligne que les autres. Cette raison anatomique, seule cause de la difficulté d'éruption de la dent de sagesse, rend compte de la rareté et même de l'absence de tout accident dû à cette cause chez les individus prognathes par hérédité dans la famille ou dans la lace.

Les accidents douloureux de l'éruption de la dent de sagesse se divisent, d'après leur siège anatomique, en accidents superficiels ou muqueux, profonds ou osseux, et enfin en accidents nerveux.

1" Accidents superficiels ou muqueux. Dans son mouvement d'ascension, la couronne de la dent soulève la gencive que rencontre la dent supérieure correspondante ; celle-ci la contusionne et l'enflamme. La douleur, dans ce cas, est celle qui accompagne toute gingivite locale, tantôt simple, tantôt ulcéreuse. Dans quelques cas, l'inflammation s'étendant de la muqueuse buccale au tissu cellulaire de la joue donnera lieu à une fluxion simple, fluxion œdémateuse, dont l'indolence est parfois complète et dans tous les cas ne détermine qu'une légère sensation douloureuse à la pression.

2" AcciDEMS PR0F0>DS OU OSSEUX. La deiit inclusc dans SOU alvéolc éprouvc. en raison de la compression qu'elle subit, tantôt l'atrophie simple, et dans ce cas ne détermine aucun accident, tantôt, continuant à se développer, elle exerce sur les parois alvéolaires une pression excentrique aboutissant à l'ostéite et à la nécrose de l'os. Ces accidents amènent à leur tour de nouveaux désordres : abcès, fistules cutanées et muqueuses, conséquence de toute destruction des os. La douleur déterminée par ces accidents est continue, sourde, profonde, avec crises aiguës à l'occasion de toute nouvelle poussée inflammatoire.

Dans quelques cas plus rares, la dent de sagesse, prenant une direction oblique ou horizontale en avant, peut amener la compression fort douloureuse de la totalité de l'arcade dentaire. La douleur, dans ce cas, rend assez bien compte du fait de cette compression même.

o° Accidents nerveux. Enfin l'éruption de la dent de sagesse est parfois l'occasion de troubles nerveux constituant des névralgies de forme particulière que nous étudierons, en même temps que les névralgies dentaires, à la fia de cet article.

II. OdONTALGIE SYMPTOMATIQUE d'aLTÉRATIOISS PATHOLOGIQUES DES DIVERSES PARTIES DE l'appareil DEMAIRE.

§ 1. Odontalgie symptomatique de l'altération des parties constituantes des dents. Si nous voulons nous rendre compte du mécanisme de la douleur provoquée par les altérations de la substance des dents, il est nécessaire que nous connaissions, au point de vue de leur sensibilité, les différents tissus qui composent cet organe.

L'émail est un revêtement inerte, comparable par sa constitution chimique et son rôle protecteur aux cellules épithéliales recouvrant les papilles du derme. Ses altérations ne déterminent donc aucun phénomène douloureux, et il est tout à fait étranger à la question qui nous occupe.

ODONTAI/GIE. 177

La dentine que l'on a parfois, avec si peu de raison, comparée au lissu osseux, en diffère au contraire absolument tant par sa constitution anatomique et chimique que par son rôle physiologique. La dentine, en effet, est douée d'une sensibilité propre qu'elle doit à la pénétration de son tissu par des éléments nerveux spéciaux. Les canalicules dont elle est creusée sont remplis par des fibrilles nerveuses, constituant vraisemblablement les terminaisons des filets de la cinquième paire qui viennent innerver la pulpe dentaire. Ces fibrilles forment en outre à la périphérie de la dentine, un réseau anastomotiquc doué d'une sensibilité extrême et placé au-dessous de la face profonde de l'émail.

Cette variation dans la sensibilité de la couche superficielle et dans celle des parties profondes de l'ivoire, explique les différences que présente l'odoutalgie symptomatique d'une lésion de ce tissu, suivant que la couche superficielle ou les couches profondes se trouvent atteintes. Ainsi, la mise à nu du réseau superficiel, lorsqu'elle s'opère rapidement, (traumatismes détruisant brusquel'émail, caries du collet), donne lieu à des douleurs d'une intensité presque ment comparable à celles qui résultent de la mise à nu de la pulpe elle-même.

Lorsque le réseau superficiel est découvert plus lentement, la douleur n'est pas aussi intense; elle n'est plus provoquée, comme dans le premier cas, par le simple contact de l'air irritant la couche anastomotique, mais elle se produit sous l'influence des agents acides ou sucrés. El lorsque l'altération gagne les couches sous-jacentes, les phénomènes douloureux, tout en restant à peu près les mêmes, diminuent de plus en plus d'intensité, et il faut alors pour les faire naître, des excitations plus énergiques comme le contact d'un corps étranger, le passage d'un liquide à une température éloignée de celle de la bouche. La sensation qui se produit alors, bien que très-vive, est habituellement passagère, et s'éteint assez rapidement après la suppression de l'agent qui l'a provoquée; elle est aussi très-variable d'intensité suivant le lieu plus ou moins exposé qu'occupe la carie dans la couronne de la dent. Ainsi, une cavité située dans un interstice dentaire pourra rester absolument indolente jusqu'à la mise à nu de la pulpe, taudis que, placée sur la face triturante d'une molaire, elle sera de bonne heure sujette à une foule de provocations douloureuses.

Lorsqu'on explore une cavité de carie au deuxième degré, on détermine presque toujours de la douleur ; mais la sensation varie encore, suivant le lieu que rencontre la sonde; ainsi, elle est très-vive ordinairement vers la couche la plus superficielle de l'ivoire, sur les côtés de l'orifice de la cavité, puis beaucoup moindre et parfois nulle sur les points plus profonds pour redevenir aiguë vers le voisinage de la pulpe.

La pulpe dentaire, essentiellement formée de nerfs et de vaisseaux, est un organe de sensibilité exquise, d'où il suit que toute altération qui l'atteint donne lieu à de violentes douleurs. Le grand nombre de vaisseaux qui entrent dans sa constitution, expliquent en outre la fréquence et l'intensité des inflammations qui la frappent.

D'autre part, sa situation dans une cavité résistante, inextensible est la cause des accidents d'étranglement si douloureux qu'on observe dans beaucoup de cas de pulpite.

Les traumatismes détruisant l'émail et l'ivoire, et mettant à découvert la pulpe, la carie au troisième degré, sont donc les causes ordinaires de l'inllammation de l'organe.

Si l'inflammation développée au sein de la pulpe dès sa mise à découvert est

DICT. ENC. 2° s. XIV. 12

178 ODONTALGIE.

superficielle et le'gère, la douleur est ordinairement intermittente, revenant par accès quelquefois réguliers ou se reproduisant par une circonstance provocante, le contact de l'air ou d'un liquide froid ; un choc, la rencontre d'une matière alimentaire, le vide fait dans la bouche par succion, etc. Cette douleur, primitivement bornée à la région dentaire, est souvent assez vague d'abord, et le sujet n'en distingue que rarement le point précis, accusant parfois une dent voisine ou la dent correspondante, de la mâchoire opposée, particularités qui sont dues à des localisations névralgiques de la douleur sur des branches plus ou moins distantes du même tronc nerveux ou des ramifications secondaires. Ces douleurs ne se bornent même pas toujours aux dents et aux mâchoires, mais se portent sur un rameau très-lointain du siège du mal et peuvent se rencontrer, d'une manière générale, sur un point quelconque du système nerveux sensitif de la face dans le côté correspondant. Nous étudierons cette forme d'odontalgie avec la névralgie dentaire symptomatique de carie.

Si l'inflammation de la pulpe est générale, soit la pidpite aiyuë, la douleur n'est plus intermittente ou errative comme dans la forme superficielle et légère; elle devient continue, lancinante avec exacerbations passagères ; et, dans le cas d'étranglement du tissu au sein de la cavité qui le renferme, elle acquiert une intensité telle qu'elle est considérée comme l'une des plus vives qu'il soit donné d'éprouver ; la douleur est alors spontanée, permanente et exaspérée par les températures élevées, calmée au contraire par les liquides froids. C'est dans ces cas qu'on observe des individus qui non-seulement recherchent le grand air, l'air froid, mais encore prennent de temps en temps dans la bouche une gorgée d'eau froide qui leur procure un soulagement temporaire. La douleur est aggravée par la position horizontale qui augmente l'afflux sanguin, et par les exercices violents qui, activant la circulation, augmentent la fréquence des pulsations artérielles, si douloureuses, on le sait, dans toute inflammation aiguë.

Nous voyons que les lésions de la pulpe déterminent, suivant leur gravité, des phénomènes douloureux variables dans leur durée et dans leur intensité. Nous devons donc distinguer deux formes d'odontalgie symptomatique des lésions de la pulpe :

L'une odontalgie spontanée avec crises et irradiations nerveuses, symptomatique d'une inllamniation superficielle et légère ; c'est lu douleur habituelle de la carie pénétrante ;

L'autre odontalgie spontanée permanente, lancinante avec exacerbations passagères ; exaspérée par les liquides chauds et calmée par les températures basses ; symptomatique de l'inflammation générale de la pulpe et de son étranglement {Palpite).

g 2. Odontalgie symptomatique des lésions du périoste alvéolo-dentaire. a. Odontalgie de lapériostite. Dans la période d'inflammation subaiguë ou de simple hypérémie, il n'existe qu'une sensation de gêne et de tension au niveau de la dent malade; ce n'est du reste pas une douleur réelle. La pression exercée sur la dent malade par l'arcade opposée n'est même pas douloureuse ; elle amène plutôt un bien-être passager, sans doute par la décongestion qu'elle produit; mais la percussion brusque, faite avec un corps dur, éveille un peu de douleur véritable. Le passage des liquides tièdes, et leur maintien au contact de la dent affectée produit parfois un peu de soulagement; l'impression des liiiuides froids est légèrement douloureuse. Reconnaissons cependant que ces effets déter-

ODONTALGIE. 179

minés par les liquides à tempe'rature basse ou élevée sont très-peu marqués en général .

Dans l'inflammation confirmée, c'est-à-dire la périostite aiguë, les douleurs sont tout à fait différentes. Elles sont spontanées, continues, profondes, aiguës, s'exaspérant par la pression des dents opposées, parfois même par le simple <;ontact de la langue. La percussion pratiquée verticalement éveille de vives •douleurs. Les liquides tièdes sont devenus insupportables; les liquides froids 4;alment un peu ou sont sans influence.

Enfin dans la périostite chronique on observe une diminution graduelle, parfois la disparition presque complète des mêmes phénomènes douloureux.

b. Odontalgie de Vostéo-périostite. Les phénomènes douloureux de l'ostéopériostite diffèrent peu de ceux qu'on observe dans le cours de la périostite ■ordinaire. Le début est ordinairement indolent ; il n'existe alors qu'un simple chatouillement, avec sensation de jilénitude de la gencive. La pression des dents malades contre les dents opposées produit encore un certain soulagement.

Dans la période de pleine suppuration l'état habituel d'indolence est interrompu par des crises fréquentes, avec douleurs permanentes, sourdes, qu'exaspèrent la pression, le contact des dents opposées, douleurs qui, en définitive, n'ont pas d'autres caractères que ceux d'une périostite aiguë, greffée sur un état chronique antérieur.

c. Odontalgie provoquée par le développement de tinneur.'< du périoste. Les tumeurs du périoste donnent lieu à des douleurs dont les caractères sont les mêmes que ceux qui ont poiu- cause toute autre altération chronique du périoste. Ces douleurs, en effet, sont sourdes, profondes, peu influencées par les transitions de température, mais se réveillant très-vives au moindre choc. Fréquemment elles s'irradient dans le côté de la face conespondant, principalement dans l'oreille, simulant de véritables névralgies faciales. Ces douleurs reparaissent par accès d'une durée de quelques jours, auxquels succèdent des périodes de calme d'un ou de plusieurs mois, pendant lesquels l'indolence peut être complète.

Si nous résumons les caractères de l'odontalgie provoquée par les différentes lésions du périoste, nous voyons qu'ils sont de deux ordres :

Phénomènes négatifs : insensibilité aux agents physiques et chimiques, presque complète dans l'état aigu de la périostite, absolue dans l'état chronique ou subaigu.

Piiénomènes positifs : sensibilité aux agents mécaniques, à la pression et surtout à la percussion, notable dans la période subaiguë, excessive dans l'état

aigu.

D'autre part nous observerons que la douleur ayant les mêmes caractères dans les différentes lésions du périoste, nous ne saurions trouver en elle les éléments du diagnostic différentiel de ces lésions, diagnostic qui ne saurait dès lors être établi qu'à l'aide des signes objectifs.

§ 3. Odontalgie provoquée par les lésions des gencives. Les gencives sont le siège de nombreuses altérations soit essentielles, soit symptomaliques d'états généraux plus ou moins graves, et donnant lieu à des phénomènes douloureux de forme et d'intensité variables. Mais nous considérons comme en dehors de ce travail l'étude de la douleur dans la plupart de ces affections, et nous ne nous occuperons que de l'odontalgie symptomatique de la gingivite proprement dite.

180 ODOiMALGIE.

Dans ce dernier cas, la douleur sera proportionnelle à l'étendue de la partie enflammée : faible par conséquent dans la gingivite limitée à la région de quelques dents, et ne déterminant alors qu'un peu de gêne, elle deviendra trèsvive dans la gingivite généralisée et pourra même acquérir une intensité extrême. Dans ces conditions, en effet, ainsi qu'on l'observe dans la gmgivite mercurielle par exemple, l'inllammation ne reste pas bornée à la muqueuse, mais s'étend souvent au périoste sous-jacent, revêtant alors la forme phlegmoneuse. La douleur symptomatique de cet état est extrême ; augmentée par le mouvement et par la pression, elle est d'abord pulsative avec sensation de chaleur cuisante, et devient plus profonde, jusqu'à formation et écoulement du pus au dehors.

La douleur de la gingivite généralisée n'a donc pas d'autres caractères que celle de toute inflammation phlegmoneuse ordinaire.

g 4. Odontalgie symptomatique des lésions des nerfs dentaires, ou névralgie dentaire proprement dite. On entend par névralgie dentaire toute irritation douloureuse des nerfs dentaires, en un point quelconque de leur étendue, s'irradiant très-souvent plus ou moins loin du point d'origine et dans des directions vaiiables.

Au point de vue des causes, nous distinguerons trois formes principales de névralgies dentaires :

1» Névralgies traumatiques;

2" Névralgies symptomatiques d'altérations des dents (carie, périostite, déchaussement) ;

o" Névralgies essentielles, c'est-à-dire provoquées par des lésions connues ou inconnues des nerfs dentaires eux-mêmes, mais dont les causes, toujours éloignées, sont parfois impossibles à apprécier.

Les traumatismes pouvant donner lieu à des névralgies dentaires sont les coups, les chutes sur la face, les projectiles ayant détruit la paroi des canaux dentaires; les tumeurs du voisinage qui les compriment. L'extraction des dents, surtout les extractions multiples peuvent elles-mêmes devenir l'occasion de névralgies très-douloureuses et très- rebelles apparaissant souvent après plusieurs années d'indolence {névralgies traumatiques). On observe cette dernière forme de névralgie chez les gens d'un certain âge, aux mâchoires édentées ou présentant de larges espaces vides de dents. La douleur reste bien limitée au bord alvéolaire, ou plutôt aux cavités alvéolaires vides, et à la partie de la gencive qui les recouvre. Cette odontalgie est tout à fait comparable par sa forme et par sa cause aux névralgies traumatiques des autres régions, qu'on observe à la suite des amputations, névralgies des moignons, etc.

Les altérations des dents pouvant devenir la cause de névralgies sont celles de la carie et de la périostite, telles que nous les avons étudiées, et sur lesquelles nous ne reviendrons pas.

Les causes des névralgies essentielles doivent être rapportées à des influences générales telles que l'anémie, la chlorose, l'infection paludéenne, la plupart des états cachectiques, et enfin à la diathèse arthritique. Remarquons toutefois que ces localisations névralgiques ne présentent rien de particulier, et qu'on les rencontre fréquemment sur les autres branches du trijumeau, ainsi que sur des rameaux nerveux de toute autre région.

Citons en dernier lieu une cause de névralgie que nous avons déjà signalée dans l'étude de l'oJontalgie de l'éruption, à propos de la dent de sagesse. Il est

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probable que cette dent ne détermine de phénomènes névralgiques que par la compression qu'elle exerce autour d'elle. Mais comme cette compression, dans certains cas, n'est nullement appréciable, nous reconnaîtrons que la dent de sagesse, dans son éruption à la mâchoire inférieure peut donner lieu à des accidents névralgiques, d'après un mécanisme qui assez souvent nous échappe.

Au point de vue symptomatologique, la névralgie dentaire reconnaît deux formes principales, suivant qu'elle reste localisée aux extrémités périphériques (névralgie Iraumatique du bord alvéolaire, névralgie de la papille dentaire); ou qu'elle s'irradie à une étendue variable de la face, soit superficielle, soit profonde.

La névralgie dentaire irradiée, !a plus commune, occupe tantôt un seul nerf dentaire, tantôt les deux; elle s'étend soit aux rameaux cutanés de la cinquième paire, soit aux anastomoses de ces rameaux avec ceux du plexus cervical pouvant ainsi donner lieu à une névralgie non-seulement faciale, mais véritablement hémi crânienne. Les points particulièrement douloureux se trouvent pour le nerf dentaire inférieur à sa sortie au trou mentonnicr, et pour le nerf dentaire supérieur à son émergence du trou soxis-orbitaire. Lorsque la névralgie dentaire s'étendant aux autres branches du trijumeau devient faciale, elle donne lieu à certaines localisations douloureuses pouvant, par leur siège, fournir quelques indications sur le point de départ.

On observe, en effet, que la souffrance accusée dans l'oreille ou dans le voisinage de l'articulation temporo-maxillaire est presque toujours caractéristique d'une lésion des dents inférieures, généralement du fond de la bouche. Les points douloureux de la région temporale sont généralement l'indice de lésions des dents de la mâchoire supérieure, et surtout des dernières molaires. La douleur rapportée à l'œil peut avoir pour cause une lésion quelconque du maxillaire supérieur.

Ces souffrances ne présentent pas de caractère spécial : tantôt fixes ou erratives, parfois continues, d'autres fois intermittentes, elles sont ou aiguës, ou subaiguës, ou sourdes; elles prennent, en un mot, toutes les formes et n'ont pas de physionomie propre.

Suivant les causes qui les ont déterminées, elles sont influencées différemment par des agents physiques et chimiques. Certaines névralgies, en effet, sont calmées par les températures élevées, et d'autres par les températures basses : les unes seront moins violentes ou même tout à fait apaisées le matin, à jeun, en été, et les autres par les conditions inverses d'activité nutritive.

Tel est l'ensemble des caractères symgtomatiques de la névralgie dentaire à forme irradiée.

L'autre forme de névralgie dentaire qui reste limitée à une ou plusieurs extrémités périphériques, a son type dans la névralgie que nous désignerons sous le nom de névralgie de la papille dentaire. Cette forme d'odontalgie nerveuse s'observe le plus fréquemment, peut-être même uniquement, comme la plupart des névralgies, du reste, chez les sujets arthritiques. Elle atteint indifféremment tous les points de l'arcade dentaire, occupant une ou plusieurs dents, souvent des dents sans aucune trace d'altération. Elle n'est influencée ni par les actions mécaniques exercées sur les dents douloureuses ni par les actions soit physiques soit chimiques. Elle reste tixe, s'attachant à une ou plusieurs dents pendant quelques semaines ou quelques mois, jusqu'à ce que le patient se débarrasse par une opération radicale de l'organe douloureux. Toute souffrance

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disparaît alors, mais fréquemment elle reparaît peu de temps après, avec les mêmes caractères, frappant le même côté ou le côté opposé, et l'une ou l'autre mâchoire. La névralgie de la papille dentaire peut persister dans les mêmes conditions pendant plusieurs années.

Les conditions d'âge, de sexe, de milieu, ne semblent exercer aucune influence sur cette forme de névralgie. Il en est de même malheureusement du traitement qui dans tous les cas ne doit jamais être que général.

DE l'odontalgie considérée comme élément de diagnostic différentiel

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