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a d'autant plus d'importance que tous les desiderata signalés par M. Brouardel vont cesser d'exister et que les plans propose's par le savant professeur ont été adoptés par la ville de Paris et sont en voie d'exécution.
i° Conservation des corps. Nous avons longuement exposé dans le § III les systèmes de désinfection et de conservation applicables aux obitoires et nous avons vu que la ville de Paris avait définitivement adopté le système de conservation par réfrigération.
2° Salle d'autopsie. Telle qu'elle existe aujourd'hui la salle d'autopsie de la Morgue de Paris est trop petite et insuffisamment éclairée. Voici les modifications que M. Brouardel propose pour cette salle dans laquelle les autopsies sont pratiquées en présence des magistrats et des élèves admis aux conférences médico-légales de la Morgue :
Il faudrait une table en ardoise, tournante, légèrement convexe, entourée d'une rigole circulaire, dans laquelle se collectent les liquides sortant du cadavre. Des orifices latéraux nombreux les conduisent dans des tubes qui se réunissent au pied de la table, et de là dans un caniveau, de telle sorte qu'aucune goutte d'eau ne tombe à terre.
Au-dessus de la table, il faut des conduits terminés par des tubes en caoutchouc amenant en abondance l'eau propre sur le cadavre, de façon que l'expert pût constamment, sans transporter les pièces, les examiner, les soumettre à un lavage sur place.
Au-dessus de la table, il faut un système d'éclairage au gaz suffisant pour que l'expert ne soit pas forcé d'interrompre une autopsie, si la lumière du jour vient à manquer.
Devant les fenêtres on place deux tablettes à dissection plus basses que la table d'autopsie qui permettent de terminer assis la dissection des pièces qui nécessitent un examen minutieux.
Un réservoir en fonte émaillée contenant environ 200 litres d'eau distillée doit être placé de façon que son conduit d'écoulement soit accolé à celui de l'eau ordinaire qui vient se déverser sur la table d'autopsie. Lorsqu'il y a présomption d'intoxication, il est indispensable de ne laver les organes qu'avec de l'eau distillée. Si la preuve de l'empoisonnement ne se trouve que dans la constatation d'une dose presque infinitésimale d'un toxique minéral et végétal , on ne peut se servir pour l'autopsie d'une eau qui a traversé tous les conduits de la ville de Paris, puis a séjourné dans des réservoirs métalliques et enfin parcouru des tuyaux de plomb, des robinets de cuivre, etc.
Dans la salle d'autopsie, il faut placer une vitrine contenant les instruments nécessaires: couteaux, scies, balances, seringues à injections, etc. Cette armoire doit être fermée par des vitres permettant de constater l'état d'entretien et l'absence des instruments dont chacun occuperait une place désignée.
Dans cette vitrine il serait utile de placer une réserve de bocaux de diverses dimensions, pour la mise sous scellé des pièces recueillies pendant l'autopsie et d'autres contenant des liquides conservateurs tout préparés, de sorte que, pendant une autopsie, on piiisse y déposer des fragments de viscères que l'un aura peut-être plus tard à examiner au mici'oscope. Souvent, en effet, la nécessité de cet examen n'est pas de suite évidente; ce n'est qu'après une expertise chimique qu'elle apparaît, et alors les viscères sont dans un état de putréfaction qui rend les observations peu fructueuses.
Il faut également dans cette salle un lavabo et un appareil de chauffage.
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Toutes CCS dispositions sont indispensables pour que les autopsies médicolégales soient laites convenablement. Si les élèves doivent assister à l'autopsie, il faut les placer dans des conditions qui leur permettent de voir sans entourer le professeur. Une autopsie dure en général une heure et demie et quelquefois trois heures ; lorsque trente ou quarante élèves, curieux de voir, se pressent les uns contre les autres, le professeur n'est plus que l'un d'eux, il est comprimé comme eux, et il sort exténué d'une séance pendant laquelle il est reste forcément debout, cherchant les lésions, en discutant la valeur, et soumis à une pression excusable, mais fatigante, autour de la table d'autopsie : il faut donc un petit amphithéâtre, ayant la forme d'un fer à cheval, formé par trois ou quatre zones assez serrées, dans lesquelles les élèves puissent se lever debout, ou accoudés sur une rampe en fer couverte en bois. Il serait facile de disposer cet amphithéâtre de façon que l'œil de l'élève le plus élevé ne fût pas à plus de 1™,50 de la table d'autopsie. Dans la première zone on disposerait deux sièges avec pupitre, dont l'un pourrait être occupé par le représentant de l'oi'dre judiciaire qui assisterait à l'autopsie, et l'autre par le secrétaire de l'expert qui écrirait sous sa dictée.
3° Chambre demicroscopie. Certaines déterminations microscopiques doivent souvent succéder à une autopsie médico-légale, elles peuvent être indispensables, et il faut les faire sur place. L'expert, en eli'et, ne peut emporter chez lui des pièces répugnantes ou trop volumineuses, et des transports trop multipliés ne sont d'ailleurs pas sans inconvénients au point de vue des garanties légitimement requises par la justice.
C'est à l'obiloire que doivent donc se faire : 1" les examens microscopiques qui suivent naturellement une autopsie complète : liquide de l'organisme, sang, mucus de diverses natures contenu dans l'estomac, ou examen des viscères l'état frais ; 2° les examens des scellés souillés de taches, chemises, vêtements, objets de literie, draps, etc.
Dans ce laboratoire se feraient aussi les examens spectroscopiques, et en général les recherches qui ne nécessitent qu'un outillage peu compliqué, qui n'exigent pas l'emploi de procédés dispendieux ne pouvant être utilisés que dans des laboratoires placés sous la direction de savants spéciaux.
Le matériel nécessaire à ces recherches comprend deux microscopes ordinaires, un microscope plus complet, un spectroscope, quelques instruments et réactifs, des tables pour microscopes, un meuble à tiroirs pour conserver les préparations, une petite cuve d'eau, de petits flacons pour les pièces à durcir, quelques chaises, un appareil à chauffage, une installation de gaz.
4° Chambre de chimie. Dans une seconde chambre qui sera construite à côté de l'ancienne salle d'autopsie on placera les instruments nécessaires pour faire les examens chimiques complémentaires des autopsies. Il va sans dire que cette chambre de chimie sera simplement appliquée aux premières recherches, à celles qu'on ne saurait retarder sans en compromettre le résultat. Ce n'est pas en effet à la Morgue qu'on peut établir de grands laboratoires ; ceux-ci ne sont bien placés que dans les Facultés sous la direction des hommes compétents.
^° Chambre pour les expériences physiologiques médico-légales. M. Brouardel estime avec raison que les expériences physiologiques sont le complément nécessaire d'un grand nombre d'expertises médico-légales.
Il pense que la Morgue doit être pouxvue de trois à quatre loges à chiens,
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d'autant pour les lapins et d'un petit aquarium pouvant contenir une vingtaine de grenouilles.
Dans les expériences relatives aux intoxications, les expériences directes sur les animaux sont indispensables, surtout dans les empoisonnements par les alcaloïdes.
Pour ces derniers poisons, surtout depuis la découverte des alcaloïdes spontanément développés dans les cadavres en putréfaction, cette nécessité est aujourd'hui impérieuse, et à leur recherche par les lésions anatomiques et les réactifs chimiques il faut adjoindre l'expertise par les procédés physiologiques.
Les beaux travaux de M. le professeur Marey, sur les alcaloïdes et sur leur influence sur les muscles et le cœin-, étudiés par la méthode graphique, montrent qu'il y a toute une méthode de recherches toxicologiques qui est encore inexplorée. Notre inexpérience sur ce point ne peut s'excuser que par l'absence de laboratoiie physiologique appliqué aux expertises médico-légales ; elle doit cesser.
Il faudrait également quelques instruments dont les principaux sont : des piles, une bobine d'induction, un cylindre enregistreur de Marey, un cardiographe, un myographe, un galvanomètre, un petit moteur à eau (1/20'' de cheval).
6" Emp\acemeni pour la préparation des pièces anatomiques qui doivent être conservées et les moulages. La disposition actuelle de la Morgue de Paris permettrait d'utiliser une petite cour, voisine de la salle d'autopsie actuelle, pour y pratiquer toutes les opérations qui répandent une odeur trop désagréable ou des émanations nuisibles. Il est en effet quelquefois dangei-eux de faire dans un espace clos certaines autopsies de cadavres sortis de l'eau en putréfaction ou exhumés après un long séjour en terre. 11 faut donc ouvrir ces cadavres presque en plein air ; en protégeant par un vitrage cette petite cour, on aurait un emplacement favorable à ces opérations particulièrement nuisibles.
On y préparerait également les pièces anatomiques que l'on jugerait utile de conserver, en particulier des os, des squelettes de fœtus, de nouveau-nés, d'enfants, etc. Ces pièces sont indispensables à la Morgue. Ainsi, par exemple, rien n'est plus difficile que de déterminer autrement que par l'état du squelette l'âge d'un enfant de quelques mois; actuellement il n'y a pas un seul squelette d'enfant ou d'adulte à la Morgue.
Dans celte chambre on pourrait également faire des moulages.
Les instruments nécessaires à ces préparations sont peu nombreux et peu coûteux : une cuve à cascade, un appareil à benzine pour dégraisser les os, quelques grattoirs, une vrille pour montage de pièces.
7" Collections de pièces anatomiques. Poisons. Livres. Sans faire de la Morgue un musée, il serait utile d'y placer, à la disposition des experts, les pièces anatomiques qu'il est souvent nécessaire de consulter et de comparer.
Il serait également utile qu'il y eût sous les yeux des experts et des élèves une double collection de poisons minéraux et végétaux.
Une petite bibliothèque composée de quelques volumes est également nécessaire. La partie utile de ces livres est surtout constituée par les tables qui donnent des mesures, des poids, des dates pour les points d'ossification du squelette, etc. Il laut pouvoir consulter ces documents séance tenante pendant l'autopsie. On ne saurait, en effet, demander à la mémoire de l'expert de conserver le souvenir de tous ces détails et de tous ces chiffres.
elles sont les modifications proposées par M. Brouardel dans son remar-
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quable rapport adressé au procureur de la République le 22 novembre 1878 ; ces modifications constituent dans leur ensemble un plan très-complet de la Morgue de Paris telle qu'elle existera dans quelques mois.
En effet, le rapport du savant professeur a été renvoyé, après avoir reçu l'approbation du garde des sceaux , au Conseil général delà Seine, qui a voté les fonds nécessaires et a autorisé le préfet de la Seine à faire commencer les travaux. Nous reproduisons le rapport présenté au Conseil général de la Seine et la délibération de ce Conseil.
Rapport pkésemé par M. Masse au nom de la première Commission. Modifications a apporter aux
DISPOSITIONS intérieures DE LA MORGUE. [SÉANCE DU 27 DÉCEMBRE 1878.)
Messieurs,
M. le Préfet de la Seine nous a saisis de la question de modifications à apporter aux dispositions intérieures de la Morgue, par un luémoire ainsi conçu :
a Messieurs,
a J'ai l'honneur de vous soumettre «n projet relatif à différentes modifications qu'il y aurait lieu d'introduire dans les dispositions intérieures du bâtiment de la Morpue.
« Ce projet comprend : 1° Le îiouvel aroénagemen-t de la salle d'autopsie et l'application du système frigorifique à la conservation des corps; 2° la création de laboratoires d'histologie, de chimie et de moulage; 3° la formation d'une bibliothèque, d'une collection de pièces anatomiques et d'un herbier ; 4° l'établissement d'un chenil et d'une grenouillère.
« Les modifications qu'il s'agit d'apporter au bâtiment de la Morgue ont été signalées à M. le Procureur de la République par M. le docteur Brouardcl, qui, dans deux rapports ci-joints, en a fait ressortir toute l'utilité au point de vue de la conservation des corps, des autopsies et des expériences médico-légales. M. le Procureur de la République a soumis le projet à M. le Garde des sceaux, qui y a donné son entière approbation.
a Les plans et devis qui composent ce projet, dressés par l'architecte de la Préfecture de police, ont été examinés par l'architecte de mon administration qui, après une visite des lieux avec M. le docteur Brouardel, a reconnu qu'ils répondaient parfaitement à tous les hesoins signalés et que, sauf quelques modifications de détail, ils étaient facilement réalisables. Toutefois, il serait nécessaire de prévoir une légère augnientalion du chiffre de dépense porté au devis, pour pouvoir faire face aux travaux imprévus, tels que fonçage des puits, établissement d'un plateau de béton que la nature instable du sol sur lequel s "élève le bâ'timent de la Morgue pourra nécessiter au cours de l'exécution des travaux.
s La dépense qu'il y a lieu àe prévoir est d'environ 140,000 francs.
« Je dois vous faire reraarquei', Meisieuis, que les travaux qui font l'objet du prcseait mémoire intéressent à la fois le ministère de la justice et celui de l'instruction publique ; il y aurait lieu, dès lors, de demander à ces deux administrations de participer à la dépense qui en résultera, dans une proportion qui sera fixée Tiltérieurement.
a En conséquence, je vous prie, Messieurs, de vouloir bien : 1° approuver l'exécution des travaux dont il s'agit, avec imputation de la dépense, dans la limite d'une somme de 140,060 francs, sur le crédit inscrit au budget rectificatif de 1878, sous-chap. siv, art. 29 (Réserve pour dépenses imprévues); 2° m'antoriser à entrer en négociations arec MM. les Ministres de la justice et de l'instruction publifue en vue d'obtenir leur participation dans la dépense ci-dessus indiquée.
« J'ai l'honneur, Messieurs, devons soumettre le dossier de cette affau-e, et je vous prie de vouloir bien en délibérer.
8 f aiis, le 26 déoembre 4«78.
a Le Préfet de la Seine,