‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.66Chapitre 4 sur 47 · FEMMES · texte numérisé non relu

FEMMES

Total. ... 86

Chez l'atlulle, c'est ordinairement de vingt à trente ans que débute l'obésité; enfin, chez la femme, c'est surtout à l'r.ge de la ménopause. Rarement elle se montre ou persiste dans la vieillesse, les obèses, avons-nous dit, atteignant peu fréquemment un âge très-avance.

D'après le relevé que nous avons donné plus haut, l'obésité se rencontrerait à peu près aussi fréquemment dans l'un et l'autre sexe; cependant quelques auteurs admettent qu'il y a une prédisposition à l'obésité plus grande chez la femme qvic chez l'homme; ils en trouvent la raison dans ce fait que normalement le tissu adipeux est plus développé dans le sexe féminin. Est-ce bien réellement le sexe féminin qu'il faut mettre en cause? Nous pensons qu'il faut bien plutôt en chercher la raison dans le genre de vie des femmes plus sédentaire que celui des hommes, dans leur nourriture plus souvent composée de laitage et de féculents que de viande.

"Nous en dirons autant de l'influence du climat. Tandis que les uns accusent les climats froids de produire l'obésllé, les autres incriminent les climats ch.mds (Avicenne, Wcilhardj ; pour d'autres enfin, ce sont les climats tempérés. Il est certain que l'obésité se rencontre dans tous les pays. On les a classés de la façon suivante par ordre de fréquence : l'Angleterre, puis l'Allemagne, la Hollande, la France et l'Italie. Les Chinois auraient une remarquable prédisposition à l'obésité (Finlayson). Remarquant que les ortolans s'engraissaient rapideinenf en une matinée de bro.uillard, on a dit que les climats Immides, oij le brouillard est en quelque sorte permanent, étaient une cause puissante d'obésité. Or, si nous ne pouvons contester absolument l'influence de la race, du climat, il nous semble que la question est bien plus complexe ; les gens du Nord sont de gros mangeurs, des buveurs d'eau-de-vie et de bière, et leur genre de vie est bien plus en cause que la température et le climat.

Il est bien autrement intéressant et utile pour le clinicien de rechercher les causes prédisposantes de l'obésité dans le tempérament, la constitution de l'individu ; étant héréditaire dans la moitié des cas, l'obésité a un lien de parenté étroit avec les dinthèses. C'est là une vérité clinique que M. le professeur Ch. Bouchard a eu le mérite de faire ressoitir. Si, en effet, nous jetons un coup d'oeil sur ses tableaux, nous remarquons que, sur 86 cas d'obésité, 26 fois le polysarcique était né de parents rhumatisants, et que 44 fois lui-même avait été atteint de rhumatisme. Sur ce même chilfre, on note également un nombre considérable d'autres manifestations de ladialhèse arthritique, telles que le, psoriasis, l'eczéma, et surtout la migraine; 4 fois celle-ci était héréditaire, 27 fois l'obèse en était atteint. La goutte a été notée 25 fois dans les ascendants, 2 fois elle existait chez le sujet; 6 fois le polysarcique était né de parents diabétiques et

OBESITE.

2 fois il était atteint de cette maladie. Ces chiffres sont trop précis pour refuser aujourd'hui une relation étroite entre l'obésité et l'arthritisme. Celte diallièse, héréditaire entre toutes, se transmet dans une même famille sous la forme de rhumatisme, goutte, obésité, diabète, eczéma, gravelle, asthme, migraine. Charcot en rapporte un exemple frappant dans ses leçons sur les maladies des vieillards :

Père, brasseur. .

Mère

1" fils, brasseur .

2* IWs, brasseur .

5' lils

i' fils, alcoolique.

5' lils

Une fille

La fille de celle-ci

Lym|ilialique.

Scrofule, kératite.

Lymphatique.

Kératite.

Sciatique.

lUiuraatismc

articulaire.

Goutte à 23 ans.

Goutte à 30 ans.

Goutte.

Goutte.

Goutte.

Obèse.

Obèse.

Obèse à 55 ans.

Obèse.

Obèse.

Olièse à 2S ans.

Obèse.

Obèse.

I Diabète.

Diabète à 50 ans.

Diabète.

Diabète.

Diabète.

Mort phthisi-

que à 48 ans.

Vit encore

(60 ans).

Mort dans le

délire.

Mort d'accident.

Mort de cirrhose.

Mort pblhisique à 48 ans.

Vit encore.

Vit encore.

J'ai pu observer la combinaison suivante :

1° La mère, asthmaliqueet obèse, morte d'une pneumonie;

2" Sa fille, asthmatique, obèse et rhumatisante, vit encore;

L'épou.'î de celle-ci, obèse, diabétique, mort d'un anthrax;

0" La petite fdle issue de ce__mariage, obèse à quinze ans, obèse aujourd'hui,

migranie.

Et celle-ci :

1" La mère, obèse et asthmatique ;

2" Le fils, obèse, mort de cirrhose ;

5" La petite-fille, obèse ;

Celle-ci épouse un rhumatisant et migraineux. 2 enfants :

4" Un fils rhumatisant, obésité passagère à quinze ans;

Une fille rhumatisante, tendance à l'obésité à vingt ans.

La scrofule et le tempérament lymphatique créent encore une prédisposition à l'obésité : Bouchard l'a rencontrée 5 fois ; j'ai pu observer les trois faits suivants : 1" le père, né d'une mère rachitique et scrofuleuse, est obèse à cinquante ans, après une vie sédentaire et un régime trop abondant; deux fils dont l'un obèse à vingt ans, et l'autre tuberculeux ;

2" Le père goutteux, obèse, mort d'un cancer d'estomac à cinquante ans; la mère, rhumatisante, vit encore ; une fille morte tuberculeuse à vingt ans ; une seconde, obèse, à vingt-deux, mariée et stérile ;

3° La mère obèse et lymphatique ; le père bien portant : 2 enfants morts en bas-âge de méningite tuberculeuse, une fille très-obèse à six ans et lymphatique.

Cette obésité scrofuleuse, observée déjà par Lugol et Dubourg, se développe soit après la naissance, soit à la puberté, plus particulièrement chez ces Jeunes

20 OBESITE.

filles dont Canstatt a fait Je modèle de la beauté scrofuleuse; c'est dans ces cas qu'il n'est pas rare d'observer des scrofulides cutanées, telles qu'engelures persistantes, lupus de la face, etc.

iSi nous avons tant insisté sur ces rapports de l'obésité avec les diathèses, c'est qu'ils sont de la plus haute importance au point de vue du pronostic et du traitement.

Causes occasionnelles. Lorsque des éleveurs veulent engraisser des animaux, ils les condamnent à un repos presque absolu, et leur font prendre une nourriture abondante ; par ce procédé, les dépenses de l'organisme diminuent, et en même temps les recettes augmentent. Ainsi à Strasbourg les engraisseurs d'oies placent ces animaux dans des cages étroites et les gorgent de maïs. Les bêtes à cornes soumises à l'engraissement sont privées de tout travail, confinées dans des étables, et on leur donne une nourriture abondante et grasse. Or, bon nombre d'individus doivent leur obésité à ce qu'ils se sont placés, volontairement ou non, dans des conditions analogues à celles de la stahulation. Ces causes occasionnelles réussissent d'autant mieux chez eux à déterminer la polysarcie, qu'elles agissent sur des sujets prédisposés ou soumis aux influences mentionnées plus haut.

Il n'est pas rare de voir dans une même famille des enfants suivant un même régime, dont l'un deviendra obèse, tandis que l'autre ne dépassera pas l'état normal: or, si l'on examine de près, on verra souvent que l'un tient, par exemple, de la constitution du père, qui est arthritique ou obèse, tandis que l'autre a hérité de la bonne santé de la mèie ; sur ce dernier, les causes qui nous restent à étudier auront certainement moins de prise, bien que cependant elles puissent parfois à elles seules déterminer l'obésité.

Le sommeil trop prolongé, l'oisiveté, le repos complet d'esprit et de corps, se rencontrent souvent chez les obèses. Bons vivants, ils aiment après un dhier succulent à faire une sieste prolongée; ils veillent peu ou sans se fatiguer en buvant de la bière et en fumant, engourdissant ainsi leur esprit et leur corps, prenant rarement part à une conversation active : l'intérieur d'une brasserie vers dix heures du soir est un excellent lieu d'étude de l'obésité.

Tandis que l'exercice fortifie les muscles, le repos excessif les affaiblit et permet à la graisse de s'accumuler. Les professions sédentaires, celles surtout qui n'exigent pas une grande dépense intellectuelle, amènent souvent l'obésité ; elle est pour ainsi dire inconnue chez les manouvriers, les grands marcheurs. Un repos forcé au lit pour le traitement d'une fracture, la perte d'un membre inférieur, la paraplégie, l'usage habituel de la voiture, l'équitation longtemps soutenue, sont souvent la cause déterminante de l'engraissement. Dans l'armée, l'obésité épargne les soldats, atteint les officiers à mesure que, montant en grade, ils ont un service moins fatigant et un bien-être plus grand ; elle est plus fréquente dans la cavalerie, où l'exercice du cheval n'est plus une fatigue (Dancel).

L'obésité des moines est proverbiale : vie calme et austère, manque d'exercice, nourriture grasse et féculente, vie contemplative, tout dans cette existence y prédispose singulièrement. Les prisonniers engraissent souvent d'une façon trèsnotable.

L'abus des hains tièdes et prolongés semble pousser à l'obésité ; c'est un moyen mis en pratique par les iémmes orientales, chez lesquelles un fort embonpoint est considéré comme indispensable à la beauté.

OnÊSITÉ. 21

On a invoqué la continence trop longtemps prolongée ; mais souvent le mariage est aussi le début de l'obésité ; il y a là encore des causes multiples, genre de vie nouveau, satisfaction physique et morale, qui influent, croyons-nous, plus que l'accomplissement de la fonction génitale. Les castrats, les eunuques, sont gras. La castration est en effet un moyen usité par les éleveurs pour engraisser les animaux. Parent-Duchâtelet a montré que chez les prostituées menant une vie oisive, sans souci du présent et de l'avenir, mangeant et buvant sans cesse, dormant beaucoup, l'obésité est assez commune.

La grossesse (Dardonville et Raige-Delorme) et surtout Vallaitement prolongé ont parfois précédé le début de l'obésité ; il semble que, dans ce dernier cas, l'organisme, habitué à fournir les matières grasses du lait en abondance, ne puisse cesser sa production, et que la graisse, continuant à se former, aille se déposer dans les tissus.

La cessation du flux menstruel, de même qu'une menstruation peu abondante, a souvent été la cause occasionnelle de l'obésité (Dardonville, Walter, Kisch^. Des règles trop abondantes produisent parfois le même effet : Maccary rapporte l'histoire d'une Vénitienne, rendue célèbre par la grande quantité de sang qu'elle perdait tous les mois (565 onces), et qui en outre se faisait saigner plusieurs fois dans l'année; cette femme avait atteint un degré de polysaicie extrême.

Bouchard cite un médecin devenu obèse à la suite de saignées répétées. Enfin certains éleveurs pratiquent des saignées fréquentes aux vaches qu'ils veulent engraisser rapidement. Bauer, qui a étudié cette question, a montré que, à la suite de ces pertes de sang répétées, il y avait une destruction rapide des matières albuminoïdes se traduisant par une azoturie exagérée, et en même temps une diminution notable de la quantité d'acide carbonique éliminé par le poumon. Suivant lui, la destruction des albuminoïdes entraînerait l'apparition de matières hydrocarbonées, par un procédé quelque peu analogue à celui par lequel le diabétique fait du sucre avec ses albuminoïdes ; et enfin ces hydrocarbures non brûlés forment une accumulation de graisse.

Il est assez commun de voir des jeunes filles grasses et en apparence fortement constituées, qui cependant sont chlorotiques à un haut degré, et chez lesquelles, si la chlorose disparaît, l'obésité fait place à un embonpoint modéré, et la santé se rétablit. On ne saurait, dans ces cas, contester que l'obésité n'ait été liée à la chlorose. Les anémies les plus graves, l'anémie pernicieuse progressive, récemment décrite par Biermer, la maladie bronzée, d'après Auerbeck, s'accompagneraient souvent d'un état d'embonpoint au-dessus de la normale, et persistant jusqu'à la mort.

On peut donc admettre avec Immermann que certaines modifications qualitatives et quantitatives du sang entraînent l'obésité : que les globules rouges aient diminué de nombre (chlorose par hypoglobulie), que l'hémoglobine soit en quantité inférieure à la normale (chlorose par hypochromie), le résultat sera le même; l'oxygène ne sera plus transporté en quantité suffisante, les oxydations languiront, et la graisse s'accumulera. Il manque à cette théorie la sanction fournie par la numération des globules et le dosage de la matière colorante.

C'est encore dans ce groupe qu'il faut ranger les obésités survenues pendant et après la convalescence d'une maladie grave : fièvre typhoïde, scarlatine, pneumonie, érysipèle. Wadd relate l'histoire de son propre fils « resté maigre jusqu'à vingt-cinq ans, et qui, après une fièvre dangereuse, devint si gras dans l'espace de six mois, que pas un de ses vêtements ne pouvait lui

2i OBESITE.

aller ». Maccary a observé une fille qui, rétablie d'une longue et dangereuse maladie, devint obèse dans l'espace de deux mois ; « elle mange presque toute la journée avec beaucoup d'appétit, et je crains qu'elle ne termine sa carrière par une mort subite ». Il rapporte également un fait de Sennert : un noble, dans la convalescence d'une fièvre maligne, devint si gras qu'il ne pouvait plus se remuer, et la masse de son corps pesait quatre cents livres (cité par Worthington).

La plupart des auteurs signalent les affections du cœur comme cause de polysarcie; Bouillaud, Cruveilhier, Quain, Dubourg, citent des cas dans lesquels un cœur surcbargé de graisse coïncidait avec une obésité plus ou moins prononcée ; il est certain que la stase sanguine, et l'asphyxie carbonique qui en est la conséquence, doivent contribuer à faire diminuer les combustions chez l'individu ; mais le cœur n'était-il pas plutôt devenu obèse sous la même influence qui avait donné lieu à l'adipose générale? c'est là un cercle vicieux que des observations plus précises pourraient seules trancher. 11 est un fait, c'est que les cardiaques sont en général assez gras.

En étudiant les rapports des diathèses avec l'obésité, nous avons vu que fréquemment les polysarciques descendaient de diabéliques, et que souvint euxmêmes devenaient di.ibétiques. On observe en effet assez souvent un léger degré de glycosurie qui n'est dû qu'à une alimentation fortement sucrée ou amylacée, et qui disparaît dès que le polysarcique se soumet à un régime azoté ; chez un sujet que nous avons observé, toute trace de sucre avait disparu après que, en deux mois, le malade eut maigri de 15 kilogrammes. Mais d'autres fois le diabète, avec ou sans traitement, se contlrme, et l'individu maigrit et arrive à la période consomptive du diabète ; c'est ce qui a fait distinguer les diabètes en diabètes gras et diabètes maigres ; le signal de cette consomption serait donné par l'azoturie excessive. Or, nous avons montré dans notre travail sur l'azoturie que, d'après les observations de M. Bouchard, on ne pouvait considérer cette idée généralement admise comme l'expression exacte de la vérité : sur onze diabétiques sucrés et azoturiques, c'est-à-dire rendant plus de 27 grammes d'urée dans les vingt-quatre heures, six d'entre eux étaient obèses, et l'un d'eux (Obs. XXII, th. cit., p. 71) rendait de 50 à 42 grammes d'urée en vingt-quatre heures; l'autre (Obs.xxiii), indiqué comme très-obèse, de SGs"", 28 à 46e', 72. Or, au moment où ce dernier malade avait 46s'', 72 d'urée dans l'urine, celle-ci renfermait (i0s'",23 de sucre. 11 résulte donc des observations de M. Bouchard qu'il n'existe pas plus de rapport entre l'azoturie du diabétique et la glycosurie qu'entre elle et l'état d'obésité; en d'autres termes, et contrairement à ce qu'on a soutenu, un diabétique peut être obèse, et fortement glycosurique, en même temps qu'il excrète une quantité énorme d'urée dans les vingt-quatre heures. L'obésité et le diabète peuvent donc coïncider chez le même individu, sans qu'on puisse toujours y voir une relation de c:iuse à effet; c'est dans quelques cas un fait purement contingent. Les expériences de Pettenkofer et Voit nous ont appris que le diabétique absorbe moins d'oxygène que l'homme sain et élimine moins d'acide carbonique; l'absorption de l'oxygène diminue d'un tiers, tandis que l'élimination de l'acide carbonique diminue de deux tiers; ce qui tient, pour ces anteurs, à ce que la plus grande partie de cet oxygène, absorbé déjà en si faible quantité, est employée à brûler, pour en faire de l'urée, le résidu des albuminoïdes qui ont servi à former le sucre. Dès lors, il reste bien peu d'oxygène pour brûler les hydrocarbures, former de lacide carbonique et

OBESITE. 25

entretenir la chaleur normale. Ce fait, qui nous semble expliquer l'accumulation de la graisse et l'iibaissement de la température chez certains diabétiques, n'est-il pas applicable aux polvsnrciqnes? Nous sommes bien porté à admettre pour eux, comme M. Doucliard l'a fait pour les diabétiques, que la cause première de la maladie réside dans une altération du globule rouge qui ne fournit pas les tlémenls d'une combustion sufdsanle; les faits d'obésité survenus à la suite d'bémorrhagies ou dans certaines chloroses en sont la preuve; le manque d'exercice, la vie sédentaire, sont également des causes qui tendent à diminuer les oxydations. Mais malheureusement nous n'avons pas, chez les obèses, d'analyses de l'air inspiré et expiré, qui seules pourraient donner une démonstration scientifique.

Le mercure administré pendant un certain temps à dose moyenne engraisse; déjà Hufeland avait observé le fait; plus récemment Liégeois, Armaingaud et Martin-Damourette, ont constaté l'augmentation de poids chez les syphilitiques soumis au traitement mercuriel. Stcfanolf a montré que la syphilis non traitée, à la période secondaire, s'accompagne d'une diminution du poids du corps avec azoturie; quand le traitement est institué, l'azoturie cesse et le poids des malades augmente; pour lui le mercure a donc enrayé la dénutrition albuminoide produite par la syphilis.

Pour Wilbouchewitch, la syphilis, avant le traitement, produit une hypoglobulie, qui disparaît quand on donne le mercure; le mercure à petites doses augmente donc les globules rouges; si en même temps l'azoturie cesse, rien d'étonnant que le poids du corps augmente. Mais le même auteur a montré en outre que, longtemps continué, le mercure produit de nouveau de l'hypoglobulie : or, c'est dans ces cas de traitement prolongé que non-seulement les syphilitiques regagnent le poids qu'ils avaient perdu, mais encore engraissent; l'hypoglobulie semble donc, encore cette fois, enrayer la combustion des hydrocarbures, d'où engraissement plus ou moins grand. Keyes a répété les expériences de M. Wilbouchewilcb , mais il n'a pas vu que l'hypoglobulie se produisît par la continuation du traitement (cité par Hallopeau, Du mercure, th. agr. Paris, 1<S78). Ces faits sont importants; mais on peut se demander si le repos forcé des syphilitiques observés à l'hôpital, et une nourriture souvent meilleure que celle qu'ils avaient chez eux, ne contribuent pas à la produclion de cet embonpoint attribué au mercure. Cependant l'action tonique et reconstituante du mercure s'observerait, d'après Keyes, chez des sujels vierges de syphilis, et l'absorption des vapeurs de mercure aurait été pour des doreurs la cause d'obésité (d'Heilly). Wilbouchewitch a également montré que sur les animaux le mercure produit une diminution rapide des globules rouges: est-ce encore ici cette hypoglobulie qui est la cause de l'obésité? On comprend que du nouvelles recherches soient nécessaires pour élucider la question. Que le mercure agisse comme un véritable reconstituant chez les sujets syphilitiques, le fait est incontestable; mais il nous semble difiicile d'admettre, avec quel(|ues auteurs, qu'il se comporte de même chez des individus vierges de syphilis.

En résumé, les causes occasionnelles de l'obésité que nous avons étudiées jusqu'ici, repos exagéré, stabulation, cessation des fonctions génitales, castration ou ménopause, hcmorrhagies répétées, chloroses diverses, diabète, mercurialisme, semblent produire l'engi-aissement d'une façon indirecte par l'intermédiaire du liquide sanguin, dont les globules rouges sont en nombre insufhsant, ou dans un état tel qu'ils ne peuvent servir de véhicule à la quantité nécessaire

24 OBESITE.

d'oxygène pour fournir à la combustion des hydrocarbures et de la graisse en particulier: il y a donc empêchement à la dénutrition graisseuse et par conséquent adipose.

11 nous reste à étudier une des causes les plus fréquentes de l'obésité, c'està-dire V alimentation vicieuse soit par quantité, soit par qualité, et la part que les aliments ou les boissons prennent dans sa production.

Sur quatre-vingt-six obèses, vingt-six fois M. Bouchard a constaté une nourriture trop abondante, souvent composée plus particulièrement de farineux. Ce ne sont pas les aliments gras et féculents qui peuvent seuls produire l'obésité; tous, pris en excès, y contribuent.

Une nourriture surtout azotée et modérée ne produit pas l'engraissement; mais, lorsqu'elle est exagérée comme quantité, elle peut le déterminer presque sans le secours d'autres aliments; la clinique nous montre fréquemment ces grands mangeurs de viandes rôties, de gibier, devenant goutteux et obèses ; la démonstration n'est pas absolue, car ils accompagnent leurs repas de vins abondants et généreux.

D'abord comment l'organisme peut-il foi'mer de la graisse avec des substances albuminoïdes? D'un côté la chimie moderne tend à admettre que l'albumine est une substance complexe, qui peut se décomposer en produits de deux ordres : les uns azotés, comme la leucine, la tyrosine, l'urée, etc. ; les autres dépourvus d'azote, plus ou moins analogues aux produits de décomposition des corps gras et liydrocarbonés. D'autre part la stéatose parcnchymateuse, due à la formation de la graisse par une décomposition nécrobiotique des tissus, la formation du glycogène aux dépens des matières albuminoïdes dans le foie d'un animal soumis à un régime entièrement dépourvu de graisses et d'hydrocarbures (Cl. Bernard), nous démontrent amplement que l'organisme peut, dans certaines circonstances, faire du sucre ou de la graisse avec des matières azotées. Enfin les expériences de Petteukofer et Voit ont confirmé cette idée : ces expéiiraentateurs ont nourri un chien exclusivement avec de la viande bien dégraissée ; ils ont vu que, à condition de lui en donner une quantité considérable, la vie pouvait très-bien s'entretenir longtemps, ce qui n'arrive pas chez les herbivores ou les omnivores ; que le chien soumis à ce régime rendait une quantité considérable d'urée en vingt-quatre heures. Au début de l'expérience, il perdait de son poids, mais au bout d'un certain temps, surtout si on augmentait la dose de viande, non-seulement l'urée augmentait encore, mais, loin de continuer à maigrir, l'animal engraissait d'une façon très-notable. Alors la totalité de l'azote de l'alimentation est bien retrouvée dans l'urine, mais il n'en est pas de même du carbone, qui ne se retrouve pas intégralement ni dans l'urine, ni dans les produits de l'expiration : il faut donc en conclure qu'une partie du carbone ingéré (l'albumine renfermant Az,C,H,0) a servi à former de la graisse. 11 faut, avec une telle nourriture, pour que l'animal se maintienne dans l'état d'équilibre, qu'il absorbe par jour une quantité de substance azotée égale à un vingtième, ou à un vingt-cinquième du poids de son corps ; pour qu'il engraisse, il en faut davantage. Mais ces mêmes expérimentateurs ont démontré que si, au contraire, on ajoute à la viande une certaine quantité de graisse, il suffit d'une nourriture azotée trois à quatre fois moindre pour obtenir les mêmes résultats ; en outre Tazolurie est beaucoup moins abondante.

Si enfin on ajoute des hydrocarbures tels que du sucre, de la fécule, etc., à l'alimentation azotée, on obtient des effets absolument analogues à ceux de la graisse ;

l'azoturie baisse davantage encore, ce qui indique l'enraiement de la désassimilation albuminoïde ; et, la graisse s'accumulant dans l'organisme, le poids du corps augmente.

Or ce cliien n'est-il pas absolument dans les conditions de l'obèse dont nous parlons, mangeant beaucoup de viande, de graisses, de féculents? Ceci nous explique pourquoi, malgré son régime fortement azoté, il rend habituellement peu d'urée dans son urine. Ainsi donc il y a des obèses qui font leur graisse avec les substances albuminoïdes. On voit de suite les conclusions à eu tirer pour le traitement : la nourriture devra être azotée, mais peu abondante.

Dans d'autres cas, l'obésité est due à une nourriture viciée en sens inverse : certains obèses, mangeant très-peu de viande, se nourrissent presque exclusivement de légumes secs, de pommes de terre, de féculents de toutes sortes et surtout de pain, et plus particulièrement de pain frais ; en même temps, ils absorbent une quantité plus ou moins considérable de corps gras, lard, beurre, huile, charcuterie, etc.

Il est certain que la graisse fournie par les aliments contribue à la formation de la graisse de l'organisme. Versée dans le sang par le canal thoracique et par les veines sus-hépatiques, elle va, après avoir sans doute subi une élaboration dans les cliylifères et dans le foie, ou bien être oxydée directement sans entrer dans la constitution des lissus, ou bien s'accumuler dans l'organisme en constituant, après une élaboration cellulaire, le tissu adipeux. Dès lors, si l'apport graisseux est trop considérable, il y a obésité.

Enfin les hydrocarbures (sucre, fécule, amidon, etc.), pris en excès, forment de la graisse : c'est en gorgeant les oies de maïs qu'on les surcharge de graisse ; les carnivores engraissent rapidement, si on leur fait absorber des féculents en quantité ; les abeilles, dont la nourriture est presque exclusivement composée de sucre, forment de la cire dont la composition se rapproche de celle des corps gras (Huber). Pour Liebig, les hydrocarbures apportés par les aliments sont en partie brûlés, en partie transformés en graisse; les travaux de Dumas, de Boussingault, de Persoz, tendent également à cette conclusion, c'est-à-dire à la transformation directe des féculents en graisse, puisque la quantité de graisse introduite par l'alimentation est inférieure à celle représentée par les sécrétions et le tissu adipeux (Bous^ingault). « Il y a cependant, dit M. Beaunis {ISoiiv. élém. de physioL, p. 517), plusieurs objections à faire à cette théorie : d'abord ni dans l'organism.e, ni en dehors de l'organisme, cette transformation directe des hydrocarbonés en graisse n'a pu être obtenue. Ensuite, même au point de vue chimique, quoique les deux groupes de corps aient un certain nombre de produits de décomposition communs, acides acétique, butyrique, carbonique, eau, etc., il est difficile de concevoir comment pourrait se faire cette transformation. D'un autre côté, les hydrocarbonés pris seuls éliminent la graisse au lieu de l'augmenter, et si les abeilles, par exemple, produisent de la cire avec une alimentation sucrée, c'est qu'elles ingèrent en même temps des albuminoïdes : car, si ces albuminoïdes viennent à leur manquer, la production de cire s'arrête. Gomment expliquer alors l'influence, incontestable cependant, des hydrocarboués sur la formation de la graisse 1 »

Rappelons-nous ce que nous avons vu plus haut sur la formation de la graisse par les albuminoïdes; ce sont encore eux qu'il faudrait faire intervenir ici. En effet, des expériences de Pettenkofer et Voit il résulte qu'il existe un rapport constant entre la quantité d'albumine décomposée chaque jour dans l'organisme

26 OBESITE.

et la quantité dégraisse de'posée dans les tissus, celle-ci résultant du dédoublement des matières azotées. Or, si celte graisse n'est pas brûlée, elle va s'accumuler et conduit à l'obésité. C'est ce qui arrive cliez l'individu qui mange beaucoup de féculents ; ceux-ci sont transl'ormés en sucre dans l'inteslia, c'està-dire en une substance très-oxydable ; ce sucre, « véritable aliment d'épargne », est briàlé très-rapidement et protège ainsi contre l'oxydation la graisse produite par le dédoublement des albumiuoïdes (Voit). Les hydrocarbonés ne conribuent donc pas directement à la formation de la graisse, et, si l'alimentation féculente amène l'obésité, c'est que l'individu absorbe non pas seulement de la fécule pure, mais de l'albumine végétale qui se trouve en quantité suffisante dans les pommes de terre, le maïs, le pain, etc.

Les obèses, s'ils sont souvent grands mangeurs, sont encore plus grands buveurs ; ils ont besoin d'une certaine quantité de liquide pour faciliter la digestion de la masse d'aliments ingérés. L'eau agit-elle dans l'engraissement ? c'est là un point encore bien obscur. « L'ingestion d'eau en excès, dit M. Beaunis, a un elfct assez prononcé sur la nutrition dont elle accroît l'activité, comme le montre l'augmentation de l'urée et des substances minérales dans l'urine, » Mais cette azotnrie n'cst-elle pas due simplement à une sorte de lavage des tissus, la polyurie, qui en est la conséquence, entraînant ainsi, par un phénomène purement mécanique, une certaine quantité d'urée? Celte explication semblerait démontrée par les expériences de Jeaimeret (ih. inaug., Berne, 1875). Néanmoins on ne saurait nier l'importance de l'eau pour la nutrition ; et la clinique prouve bien que la diminution des boissons aqueuses est nécessaire pour lutter contre l'obésité (Dancel). Pour Ch. Robin, l'eau n'agirait dans l'engraissement que d'une façon mécanique ; elle sert à dissoudre les substances qui doivent être absorbées, elle provoque une hyperséarélion intestinale, grâce à laquelle est absorbée une partie des aliments qui seraient restés non digérés, et auraient été éliminés presque en nature par les fèces.

L'alcool joue dans l'engraissement nn rôle plus important et mieux connu. Il est absorbé sous la forme de vin, liqueurs, eaux-de-vie, bière, cidre, etc. ; l'obésilé des ivrognes et des buveurs de bière est proverbiale. L'alcool, pris à doses modérées, mais, et c'est le cas des obèses, répétées souvent, détevmine une diminution dans la quantité d'acide carbonique exhalé, et fait baisser le taux de l'urée : il ralentit donc les oxydations ; il exerce une action indirecte, mais incontestable, sur la nutrition, donl il diminue la dépense ; il en résuite une augmentation dans le poids de l'individu et son engraissement. L'alcool est donc, au même titre que la fécule ou l'amidon, un aliment d'épargne. La bière, renfermant de l'alcool et de la dextrine, agit doublement à cet égard.

Pour Duchek, l'alcool empêcherait le sucre de s'oxyder complètement ; ne pouvant se transformer en acide carbonique et en eau, il formerait de la graisse. Du rôle des divers aliments dans la formation de la graisse il résulte que tous, quaternaires et ternaires, peuvent contribuer à la former, les uns directement, les autres indireclement. Les aliments azotés seuls ne forment de la graisse (ue s'ils sont pris en grande quantité; s'ils sont associés à une certaine quantité d'hydrocarbures et surtout de graisse, l'engraissement est plus rapide et plus considéiable. Les hydrocarbures seuls n'engraisseraient pas, s'ils étaient absorbés chimiquement purs ; mais toujours ils renferment une quantité notable d'albumine végétale aux dépens de laquelle se forme la graisse, comme dans le cas précédent, celte graisse étant épargnée par l'oxydation des hydrocarbures. Seule,

OBESITE. 27

la graisse de l'alimentation va fournir directement à la graisse de l'organisme; les albuminoïdes la produisent par leur décomposition, et celle-ci est i'acililée par les hydrocai hures.

En résumé, les causes physiologiques de l'obésité peuvent être classées sous deux chefs :

1" Celles qui s'opposent à la destruction de la graisse dans l'organisme, l'oxygène n'étant pas apporté par les globules en quantité suftisante (chlorose, saignées, manque d'exercice, etc.).

2° Celles qui augmentent la production de la graisse dans l'économie, soit directement comme les corps gras et les albuminoïdes unis aux hydrocarbures, soil indirectement comme les hydrocarbures.

D'après ce que nous avons cherché à établir, l'obésité serait tantôt constitutionnelle, et, dans ce cas, héréditaire ou liée à certaines dialhcses ; lanlôt acquise, et alors due, ou à une dyscrasie sanguine accidentelle (bémorrha^ies, chlorose), ou à une alimentation vicieuse. Or, si nous voulons pousser notre examen plus à fond, nous sommes obligé d'accepter que dans l'un ou l'autre cas la cause efficiente est en définitive un état particulier du sang, retentissant sur la nutrition : nous sommes donc porté à admettre, avec M. Bouchard, que l'obésité est une malailie du sang, et pbis particulièrement du globule rouge, et à la placer à côté du diabète dans les dyslrophies.

Ceci nous amène à nous demander quelle est l'influence du système nerveux dans l'obésité, dans celle, bien entendu, qui n'est pas directement alimentaire. L'adipose ne serait-elle pas liée à un trouble trophiqne du système nerveux? Celte question semble avoir fait un pas depuis quelques années : dès 1800, Bonnefin signalait l'adipose sous-cutanée dans certaines névralgies accompagnées d'atrophie musculaire; en 1804, Béziel observait l'hypertrophie du tissu cellulaire sous-cutané dans l'atrophie musculaire ihumatismale; en 1872, Collette, sous l'inspiration de Gubler, montrait, dans sa thèse inaugurale, que, dans certaines phlcgmasies mono-articulaires accompagnées d'atrophie des muscles péri-arliculaires, la couche de tissu cellulo-adipeux devient plus épaisse autour de cette articulation. Duchenne de Boulogne, avec sa sagacité habituelle, avait remarqué que souvent, là où les muscles s'atrophiaient, il y avait épaississement des téguments. Enfin Fernet et Landouzy ont plus particulièrement étudié l'adipose sous-cutanée qui accompagne certaines scialiques amyotrophiques; Landouzy est arrivé à celte conclusion, que l'adipose sous-cutanée existe habituellement dans les amyolrophies deutéropathiques, exceptionnellement dans l'atrophie musculaire progressive. Comment se produit celte adipose partielle? Landouzy (in th. de Vergues. Paris, 1878) rejette l'immobilité comme cause de l'engraissement; il l'a vu survenir lors même que les malades n'avaient pas cessé de mouvoir leur membre ; il assimile l'adipose sous-cutanée partielle aux troubles trophiques cutanés que l'on observe dans les mêmes circonstances. L'adipose sous-cutanée partielle a été observée non-seulement dans les névralgies, mais à la suite des hémiplégies de cause cérébrale (Landouzy, Yergnes), dans un cas de section du nerf sciatique avec paralysie, atrophie musculaire et ulcérations perforantes au niveau des phalanges et des métatarsiens (Heurtaux de Nantes, in th. Porson. Paris, 1873). 11 paraît donc difficile de refuser une liaison entre la lésion nerveuse et l'hypertrophie du tissu cellulaire. Pourquoi rejeter l'action trophique du système nerveux sur les cléments cellulo-adipeux, quand on l'admet pour les autres éléments anatomiques? ou bien ce trouble

28 OBESITE.

de nutrition est-il lié uniquement à des troubles circulatoires, vaso-moteurs qui, « restreignant ou augmentant les apports et les dépenses des tissus, limitant ou exagérant les oxydations locales, permettraient la combustion ou l'emmagasincment de la graisse » (Vergnes) ? Or Landouzy a pu, sur des membres atteints d'amyotrophie et d'adipose, constater une diminution dans la température locale. 11 en conclut que la lésion nerveuse qui produit l'atrophie musculaire détermine des troubles circulatoires diminuant l'oxydation de la graisse et permettant son dépôt dans le tissu conjonctif sous-cutané.

Si maintenant de cette adipose partielle nous remontons à l'adipose généralisée, ne trouvons-nous pas cet abaissement de température; ne voyons-nous pas un système nerveux en général peu actif (apathie, sommeil prolongé des obèses) ? D'autre part, rappelons- nous les analogies qui existent entre l'obésité et le diabète, et les troubles nerveux si fréquents comme cause de cette dernière maladie : nous pourrons alors nous demander si la cause première de l'obésité n'est pas, au moins dans un certain nombre de cas, une perlurbatiou de la nutrition et du système nerveux qui la dirige. Le diabétique fait du sucre avec tous ses aliments, avec son propre tissu; le polysarcique fait de la graisse; chez le premier, il y a glycémie et glycosurie ; chez l'autre lipsemie et adipose généralisée.

Traitement. Le premier point à établir, lorsqu'il s'agit de traiter un obèse, est de reconnaître à quelle variété il appartient. Il n'existe pas en effet de traitement spécifique de l'obésité ; il doit varier suivant les causes, le degré, les complications, la nature delà maladie. La question est loin d'être simple; sans doute, dans les cas où l'adipose est uniquement alimentaire, la modification du régime suffira souvent pour amener l'amaigrissement ; mais ces cas ne sont point les plus fréquents. II faudra, en outre, non-seulement diminuer la graisse existante, mais surtout modifier cette disposition spéciale de l'économie, disons le mot, cette diathèse en vertu de laquelle le sujet fabrique constamment du tissu adipeux. Le traitement doit donc s'adresser à la fois à la lésion et à ses causes.

S'il s'agit de ces obésités du jeune âge, souvent héréditaires et liées à la scrofule, on peut, dès le début, lutter contre la tendance de l'organisme par un régime et une éducation physique convenables ; c'est bien plus en cherchant à modifier la constitution qu'on obtiendra un résultat qu'en s'adressant à ce moment au symptôme lui-même.

Chez les scrofuleux, les lymphatiques, on donnera les toniques, les amers, le sirop antiscorbulique, l'iodure de fer, et même parfois l'huile de foie de morue; en même temps les bains de mer, l'hydrothérapie, les bains sulfureux, rendront des services incontestables.

Aux arthritiques, aux goutteux surtout, l'usage des alcalins sera très-utile. Enfin, dans les cas oij l'obésité a été occasionnée par des hémorrhagies, par une chlorose persistante, par une maladie dont la convalescence a été longue, on prescrira les toniques, les reconstituants, le fer, le quinquina, les amers, le séjour à la campagne, l'exercice, l'hydrothérapie. Chez les obèses oisifs, apathiques, on cherchera à réveiller leurs sens et leur intelligence engourdie par une hygiène convenable : on réglera les heures de sommeil, qui ne doivent pas dépasser sept heures; on les engagera à se créer des occupations en rapport avec leurs goûts; on leur fera faire un exercice régulier auquel ils s'habitueront peu à peu et qui ranimera chez eux la circulation défaillante : les promenades à

OBESITE. 29

pied, lâchasse, la gymnastique sous toutes ses formes, seront alors d'un précieux secours. Certains malades sont condamnés à une vie sédentaire par leur profession, et plusieurs ont vu disparaître leur obésité à partir du moment où ils l'ont quittée pour un genre de vie plus actif. Dans ces cas, le régime alimentaire devra bien certainement être surveillé, mais il ne vient qu'en seconde ligne; et, s'il doit être profondément modifié, il est prudent de le faire peu à peu : « Troubler le corps d'une façon quelconque, dit Hippocrate (Aphorisme 51), avec excès et subitement, est chose dangereuse, et partout l'excès est l'ennemi de la nature; il est prudent de procéder par gradation, surtout s'il s'agit de passer d'une chose à une autre. »

Le traitement de l'obésité par l'exercice forcé a reçu le nom d'entraînement ; il est tout à fait comparable, et c'est là qu'il a pris naissance, au régime auquel on soumet les chevaux de course. 11 repose sur ce fait que l'animal ou l'homme qui travaille consomme une quantité bien plus grande d'oxygène que celui qui est au repos, et que cet oxygène est employé à brûler les tissus. Les travaux de Fick et Wislicenus et de Béclard nous ont apjiris que le muscle qui produit un travail utile, c'est-à-dire, qui transporte le corps par la marche, par exemple, ou qui soulève un fardeau, brûle non des matières azotées, mais des hydrocarbures, de la graisse et des matières amylacées ; il transforme la chaleur produite en force mécanique; il lui faut du combustible pour travailler, des matières azotées seulement pour entretenir sa nutrition. Si donc on supprime en totalité ou en partie les aliments hydrocarbonés, tout en soumettant l'individu à un travail musculaire excessif, il sera obligé d'emprunter son combustible à son propre tissu ; il brûlera sa graisse. Telle est la pratique de l'entraînement. Elle est d'une application souvent difficile, impossible même chez les sujets dont l'obésité est extrême et chez lesquels la marche produit une dyspnée très-pénible. C'est ime méthode brutale et tout à lait contraire au précepte hippocratique que nous donnions plus haut. Cependant elle donne parfois des résultats remarquables : Worthington rapporte l'histoire d'un boucher de vingtcinq ans pesant '210 livres anglaises (78'', 550) qui, pour une course de canot, se fit maigrir par ce moyen une première fois de 57 livres en six semaines, et une seconde de 21 livres en huit jours. Voici les règles principales du traitement d'après le célèbre entraîneur anglais Maclaren : Trois courses à pied chaque jour, avec toute la vitesse possible, de deux à trois heures chacune ; la première doit être faite à jeun. L'une d'entre elles, pendant laquelle le malade se couvre de flanelle et de vêtements chauds, sert à provoquer une sudation abondante; repas suffisants pour calmer la faim, composés de viande rôtie, bien dégraissée, légumes verts, pain sec ou grillé en petite quantité, thé ; les corps gras sont exclus; la suppression, aussi complète que possible, des boissons, est considérée comme très-importante ; environ une demi-pinte de thé ou d'ale à chaque repas. Comme adjuvant un purgatif (40 grammes de sulfate de magnésie) de temps en temps. Sommeil de six à sept heures. On peut remplacer les courses par tel autre exercice de gymnastique suivant les cas, la rame, la natation, les bains froids courts. Cette méthode d'amaigrissement met donc à profit les pertes que subit l'organisme par un exercice musculaire forcé, par des sudations et des purgations abondantes; enfin, elle utilise encore l'influence d'un régime alimentaire spécial qui nous i^este à étudier.

Le régimt alimentaire tient bien certainement la première place dans les méthodes curatives de l'obésité; il est le plus facile à appliquer. Tantôt il est

combiné avec d'autres méthodes; tantôt il forme la base du traitement, et constitue alors une méthode dite diète anti-obi\';ique ; elle se propose de diminuer l'apport des matériaux et de brûler la graisse en excès ; elle atteint son but en réglant la quantité et la qualité des substances ingérées.

Ilippocratc, Celse, Caîlius Aurelianus, avaient déjà recommandé la diète ou tout au moins la diminution des aliments. Il faut arriver jusqu'à notre époque pour voir cette méthode assise sur une base vraiment physiologique. En J843, Chossat avait publié ses recherches sur l'inanilion ; il avait montré avec quelle rapidité le tissu adipeux disparaît sous l'influence de la diète et de la nourriture insuffisante. Les travaux de Doussingault, Dumas, etc., avaient établi les cbilfres de la ration d'entretien, Dancel, en 1850, appliquant ces données, formula les principes du régime anti-obésique, et appela surtout l'altenlion sur le choix des aliments et la diète des boissons. En 1865, l'Anglais William Banling, qui n'était nullement médecin, avait pu, en suivant les conseils donnés par son médecin Ilarvey, se débarrasser d'une obésité considérable due à une nourriture trop abondante. Il livra au public le traitement qu'il avait suivi ; de nombreux succès ne se firent pas attendre, et son nom resta attaché à la méthode. La voici légèrement moditiéc, telle que nous avons eu l'occasion de l'employer plusieurs fois avec succès. Elle repose surtout sur le choix des aliments ; les corps gras sont absolument exclus, ainsi que les farineux et le sucre ; la nourriture est presque exclusivement composée de matières albuminoïdes, de viandes ; la quautilé de boissons, et surtout de boissons aqueuses, est réduite à son minimum. Ainsi on défendra d'une façon formelle l'usage du beurre, des graisses, du saindoux, de l'huile, du lait, des charcuteries en général ; les féculents, tels que pommes de terre, haricots, pois, lentilles, riz, seront expressément interdits; le pain sera complètement supprimé, et surtout le pain frais ; tout au plus laissera-t-on le malade manger à chaque repas une croûte de pain rassis ou grillé; les pâtes, pâtisseries, gâteaux, vermicelle, macaroni, etc., sont également proscrits. Banting conseille du pain fait avec une farine de second choix qui ronferme plus de gluten; on pourrait également conseiller le pain de gluten ; mais souvent les malades préfèrent s'en passer. Le sucre, les sucreries, bonbons, chocolat, etc., seront supprimés; de même certains fruits trèssucrés, tels que les abricots, les pèches, les raisins, les melons, les poires, les prunes, les cerises douces. La base de la nourriture sera la viande, et plus particulièrement les viandes rôties, saignante?, et bien dégraissées : bœuf, veau, mouton. On rejettera complètement la viande de porc sous toutes les formes. Certains gibiers ou \olailles sont permis, mais non pas les cailles, les alouettes, les ortolans, les oies grasses, les poulardes. Parmi les poissons, on rejettera l'anguille, la tanche, les poissons gras en général. On recommandera l'usage des légumes verts, épinards, oseille, salade, cresson, raves, tomates, les fruits acides, oranges, groseilles, pommes, cerises aigres, citrons, grenades.

La plupart des malades souffrent beaucoup de la privation du bouillon, de la soupe habituelle; on pourra sans inconvénient leur laisser prendre un consommé bien dégraissé ; le lait écrémé, et tel qu'on l'a habituellement dans les grandes villes, pris en petite quantité, offre peu d'inconvénient. Les œufs seront permis de temps en temps, car on doit bien se persuader qu'avec toutes ces restrictions le cadre de la nourriture se trouve très-restreint, et il ne faut pas fatiguer les malades par une monotonie exagérée. Dancel avait déjà signalé la diète des boissons aqueuses. Ou permettra un verre d'eau et de vin

tout au plus à chaque repas, et surtout du vin plutôt jeune. La bière, les liqueurs, les alcools, seront rormellement interdits. La polydipsie s'observe assez fréquemment clicz les obèses, gros mangeurs de farineux : aussi, au début du traitement, la soif est-elle un des tourments les plus grands. Quand ce besoin est poussé trop loin, on peut permettre une décoction de café noir très-léger, du thé, parfois un verre de lait bien écrémé. D'ordinaire, après quelques jours, les malades, s'habituant à prendre une moins grande masse d'aliments, voient leur soif diminuer et disparaître.

Quant à la quantité des aliments, il est bon d'engaser les malades, surtout ceux qui étaient habitués à manger d'une manière gloutonne, à modeler autant que possible leur détestable babitude; mais il ne faut pas exagénr celte prescription et leslaisser tomber au-dessous de la ration d'cul relien, car, du moment que les hydiocarbures sont presque complètement supprimés, les matières azotées doivent nécessairement être augmentées. La quantité de nourriture est très-variable pour chaque malade; on n'arrivera à la hxer (pi'après quelque tàtonnemtnt. Ce n'est pas, je le répète, l'inaniiiuu par alimentation insuffisante qu'il faut chercher à obtenir ; un excès dans ce sens pourrait ameutr les résultats les plus déplorables. M. Bouchard a pu en observer deux excnqdes que nous avons rapportés dansno're travail sur VAzotvrie (p. 43 et 44). Une jeune fille de dix-huit ans, se trouvant trop chargée d'embonpoint, voulut se faire maigrir; dans ce but, elle s'olistina à ne prendre qu'une nourriture ab olument insuffisante ; elle maigrit si bien qu'elle tomba dans un état cachectique, et, quand elle voulut se remettre à manger de nouveau, son estomac refusa de digérer; elle était devenue azoturique. Dans un autre cas, l'inanition et l'azoturie avaient été provoquées par un rétrécissement traumati(|ue de l'œsopliage longtemps infranchissable ; une fois cet obstacle surmonté, bien que l'alimeutation fût redevenue suffisanle, l'embonpoint ne reparut pas, la malade était encore devenue azoturique. Si nous avons cité ces deux faits, c'est que, croyonsnoas, il est de la plus haute iftiportance, une fois un premier amaigrissement obtenu, quinze à vingt livres, par exemple, de laisser reposer le malade en relâchant un peu la rigueur du régime.

Un des inconvénients de ce traitement, c'est d'amener souvent une constipation opiniâtre ; un verre d'eau purgative tous les tr ois ou quatre jours en triomphera facilement. D'autres fois, et surtout à la suite de ces constipations, il peut survenir une dianbce abondante, une sorte de débâcle intestinale, après laquelle l'amaigris-emeut fait des progrès assez rapides, mais qui, si elle n'est surveillée, peut fatiguer beaucoup ; plusieurs fois j'ai vu qu'il sulfit, sans avoir recours aux opiacés ou aux astringents, de faire prendre quelque aliment amylacé, du riz, par exemple. Dans quelques circonstances, c'est une polyurie simple qui s'établit après l'amaigrissement. J'ai pu observer, en 1877, dans le service de mon maître et ami, le docteur Grancher, un polysarcique qui s'était fait maigrir par le régime azoté et la marche forcée ; il avait conservé une polyurie excessive sans azolurie.

Telles sont les règles générales qui doivent diriger le régime des obèses ; ce traitement réussit d'une façon surprenante chez ceux dont la polysarcie n'a pas d'autre cause qu'une alimentation vicieuse et exagérée. L:'), il peut être appliqué dans touie sa rigueur ; nous avons vu ainsi une dame obèse maigrir de quarantecinq livres en quatre mois et recouvrer à la suite toute l'activité que son état d'embonpoint excessif lui avait fait perdre,

32 OBESITE.

Y a-l-il des contre-indications ? Chez les goutteux, les graveleux, on peut se demander si ce régime presque exclusivement azoté ne provoquerait pas des accès; quand l'obésité est excessive, on ne saurait pourtant leur refuser les chances de succès qui sont grandes, car ces goutteux sont habituellement de gros mangeurs. Dans ce cas, on associera l'usage des alcalins, des purgatifs salins plus souvent répétés, et j'ai pu dernièrement, de cette façon, obtenir un amaigrissement de trente-deux livres en trois mois chez un goutteux avéré, sans qu'aucune manifestation articulaire se soit produite ; sa santé est restée excellente.

11 est bien certain que l'exercice, non plus sous forme d'entraînement, mais aussi actif que le permettra l'état du sujet, sera un adjuvant du régime anliobésique, et qu'on ne devra jamais le négliger.

Nous dirons un mot de quelques moyens employés tantôt comme base de traitement, tantôt comme auxiliaires du régime diététique dans la cure d'amaigrissement. Nous avons déjà parlé des purgatifs. Dancel les recommande presque comme un spécifique, et il emploie surtout les purgatifs drastiques : la scammonée en teinture ou en pilules tous les trois jours environ ; il suppose que, sous son influence, la graisse est évacuée par l'intestin. Nous préférons de beaucoup les purgatifs salins, qui n'ont point l'inconvénient de fatiguer le tube digestif; le professeur Gubler a bien montré leur utilité. Ils provoquent, dit-il, d'abondantes saignées séreuses, sans diminuer le nombre des globules, dont le conflit avec l'oxygène est ainsi accru; les combustions sont plus actives, et la réserve graisseuse diminue.

Les alcalins ont été recommandés contre l'obésité par Trousseau, Gubler, Martin-Ditmourette. On peut les administrer sous forme de bicarbonate de soude (eaux de Vichy, Garlsbad, Marienbad, Ems, etc.) ; non-seulement ils agissent en modifiant l'arthritisme si commun chez les obèses, mais ils favorisent la dénutrition. En effet, les alcalins à petite dose, en présence de l'acide chlorhydriqiie du suc gastrique, se transforment en chlorure de sodium qui active la combustion.

Gubler (cité par Worthington, p. 153) recommande les bons résultats d'un traitement empirique usité en Angleterre, et qui consiste dans l'emploi de la liqueur de potasse. Le savant professeur de thérapeutique explique son action de la façon suivante : la potasse est éliminée naturellement par les glandes sébacées ; chez les moutons, elle est entrahiée avec le suint dans le lavage des laines : or, les races ovines dont la laine fournit plus de suint et de potasse sont très-aptes à l'engraissement, tandis que les mérinos, dont la toison contient à poids égal une quantité plus forte de potasse et de suint, ne peuvent jamais être engraissés. Introduite dans l'organisme, la potasse provoque une élimination abondante des matières grasses en excitant la sécrétion sébacée.

Les alcalins, employés à fortes doses, et longtemps prolongés, produisent certainement de l'amaigrissement; nous n'en voulons pas d'autre preuve que la maigreur des gens qui ont abusé de l'eau de Vichy; leur sang se déglobulisc, il se produit une véritable cachexie aqueuse qui peut avoir les plus funestes conséquences : aussi rejetons-nous celte méthode.

Les alcalins peuvent être administrés sous forme de combinaison avec les acides végétaux, tartrique, malique, etc.; les cures de raisins, de petit-lait, de fruits tels que cerises, fraises, rendent parfois d'utiles services ; elles ont l'inconvé-

nient d'Introduire dans l'économie une quantité de sucre et d'eau trop considérable.

Le vinaigre pris à l'intérieur est un remède vulgaire contre l'obésité ; que de jeunes filles en absorbent le matin à jeun une quantité souvent considérable! elles se fatiguent ainsi l'estomac, et troublent les fonctions digestives souvent d'une façon irrémédiable. Brillât-Savarin {Phj.ùologie du goût, cité par Worthington) rapporte l'histoire d'une jeune fille qui paya de sa vie le désir de se rendre la taille svelte ; elle avait bu pendant un mois un verre de vinaigre à jeun tous les matins.

L'iodure de potassium peut être considéré comme le type des médicaments dénutritifs ; il active en effet la dénutrition azotée ; l'urée augmente dans l'urine. Ce médicament sera donc indiqué quand les urines ne renferment pas d'urée en excès; mais, quand par une cause quelconque il y a chez l'obèse une azoturie liée à un mouvement de dénutrition exagéré, quand, autrement dit, cette azoturie n'est pas purement alimentaire, il faut se garder de prescrire l'iodure de potassium, qui pourrait précipiter ce mouvement de désassimilation et amener cet état cachectique dont nous avons rapporté des exemples à la suite de l'abstinence trop prolongée. Le dosage de l'urée des vingt-quatre heures peut seul donner des indications précises (Bouchard).

C'est à l'iode et aux iodures qu'il renferme que le fucus vesiculosus a dû d'être considéré comme un spécifique de l'obésité. Duchesne-Duparcq, qui l'a vivement prôné, le donnait sous forme d'extrait alcoolique en pilules.

Les eaux thermales peuvent à bon droit revendiquer un bon nombre de succès dans le traitement de l'obésité. Jusque dans ces dernières années les stations allemandes d'Ems, de Marienbad, de Kissingen, étaient seules recommandées ; le proiesseur Gubler a montré que la France n'avait rien à envier à l'étranger à cet égard : les eaux chlorurées, sulhitées sodiques, de Brides, de Sanlenay, de Miers, de Vacqueyras-Montmirail, rendent les plus grands services. Elles doivent leur succès à la combinaison des médications alcaline et purgative; mais il faut bien reconnaître que seules, sans les modifications rigoureuses du régime, elles sont insuffisantes; à Brides surtout les malades sont soumis nonseulement à l'action des eaux, mais à un régime sévère et à une sorte d'entraînement par la sudation qui a donné les meilleurs résultats entre les mains du docteur Philbert. Enfin le séjour dans une station thermale est souvent le seul moyen d'obliger le malade à rompre avec un mauvais régime habituel.

De la maigreur. Comme corollaire de l'histoire de l'obésité, il ne sera pas inutile de dire quelques mots de la maigreur. Cet état, tout à fait opposé au précédent, n'est pas sans offrir une certaine analogie dans ses causes et dans ses indications thérapeutiques : un homme peut être maigre et jouir d'une parfaite santé ; mais, de même que l'obésité, la maigreur a ses degrés. Lorsqu'elle est poussée à l'extrême elle indique en général un mauvais état de la nutrition, elle cache ou elle est l'avant-coureur de quelque maladie constitutionnelle, tuberculose ou cancer. A côté de cette maigreur pathologique, il y a en quelque sorte une maigreur physiologique. De même que l'homme se charge d'embonpoint à certaines époques de son existence, de même il maigrit : ainsi l'enfant qui vient de naître perd de son poids pendant les premiers jours, jusqu'à ce que l'allaitement maternel soit établi ; cette déperdition n'est point due, comme on le répète souvent, uniquementà ce qu'il se débarrasse de son méconium ; pendant les quatre ou cinq jours dans lesquels il absorbe quelques cuillerées d'eau ou DICT. EXC. 2° s. XIV. 3

de colostrum, l'enfant vit aux de'pens de ses propres tissus et plus particulièrement de sa graisse. Plus tard, à la puberté, chez l'un et l'autre sexe, il survient parfois un amaigrissement passager. Les l'aligucs de la grossesse et de l'allaitement sont souvent chez la femme une cause de maigreur. Enfin, à l'époque de la vieillesse, le tissu cellulo-adipeux sous-cutané disparaît, la peau devient trop large, se dessèche et se couvre de rides. 11 est certains individus qui pendant toute leur vie restent maigres, quoique bien portants ; pour l'homme en général c'est un avantage ; il n'en est pas de même pour la femme, chez laquelle le tissu graisseux arrondit les formes, assouplit les lignes, et contribue à parfaire la beauté. N'être ni trop maigre ni trop grasse, n'est-ce point un souci pour bon nombre d'entre elles?

La maigreur constitutionnelle est souvent héréditaire ; elle s'observe habituellement chez des sujets à système osseux développé : taille carrée, pieds et mains volumineux, visage long, menton pointu, cheveux bruns. La gracilité de la taille, la finesse des articulations et des extrémités, le visage rond, les cheveux blonds, indiquent au contraire une tendance à l'obésité.

Le surmcnement sous toutes ses formes peut amener la maigreur. Ainsi les grandes fatigues musculaires, les grands marcheurs, les chasseurs, sont ordinairement maigres. Les fatigues intellectuelles excessives, le veilles prolongées, les soucis, les peines morales, jettent parfois l'individu dans un état de consomption qui débute par la maigreur. Les passions, les excès vénériens, la masturbation, aboutissent au même résultat.

Un défaut dans l'alimentation peut amener l'amaigrissement : celle-ci peut être absolument insuffisante comme quantité; le malheureux tombe alors inanitié. Plus souvent elle est mal équilibrée : il y a excès de matières azotées et défaut de substances grasses et hydrocarbonées.

Les Anglais, grands mangeurs de roastbeef, sont en général maigres et musclés ; les Allemands, grands mangeurs de charcuterie, sont gros et souvent obèses.

La maigreur survient encore à la suite d'une maladie grave, pyrexie, phlegmasie, déterminée par la consomption fébrile. Enfin elle est un des premiers signes précurseurs de certaines maladies constitutionnelles : un amaigrissement sans motif, accompagné d'un certain état d'éréthisme fébrile chez un enfant ou un jeune homme, fera craindre une tuberculose imminente. Un adulte qui maigrit brusquement est menacé d'une affection cancéreuse. Ce sont là des vérités cliniques sur lesquelles on ne saurait trop insister. La vaste classe des dyspeptiques fournit également un notable contingent de gens maigres.

Enfin l'amaigrissement, la consomption est un symptôme de diabète sucré, et de diabète azoturique; on sait la valeur pronostique tirée de l'apparition de ce signe chez ces malades. Signalons encore la consomption tabétique à laquelle succombent nombre de malades atteints d'une affection de la moelle épinière.

Le traitement de la maigreur comprend deux indications : combattre la cause, et rendre au sujet une dose suffisante d'embonpoint. C'est par des moyens hygiéniques, par une alimentation régulière et bien équilibrée, qu'on triomphera du premier point; souvent ces moyens suffisent. D'autres fois il faudra traiter la dyspepsie sous ses diverses formes et par les moyens appropriés, calmer une excitation nerveuse exagérée, réveiller l'atonie du tube digestif, etc. La plupart de ces indications seront tirées de l'état général du malade. L'analyse qualitative et quantitative des urines devra être faite : c'est en elfet dans le dosage de l'urée

OBESITE (bibliographie). o5

et des matières azotées qu'on trouvera les principales indications du traitement.

Si, en effet, il y a azoturie exagérée, c'est que la dénutrition est excessive ; il faut l'enrayer et s'adresser alors aux médicaments anti-déperditeurs dont le principal est l'arsenic. « Chez les chevaux, mêlé à l'avoine et aux fourrages, il donne de l'embonpoint, un poil soyeux, lisse et brillant; chez les bestiaux, il est également favorable à l'augmentation du volume de la bote. En Cliine, les femmes prennent de l'arsenic au point de vue de la beauté de la peau » (Lagardère). Tschudi a de nouveau appelé l'attention sur les arsenicophagcs du Tyrol; ils mangent de l'arsenic pour S3 donner de la fraîcheur et de l'embonpoint, et se rendre bon marcheurs.

L'arsenic est un sédatif des battements de cœur; en modérant l'activité circulatoire et les phénomènes d'hématose, il ralentit nécessairement la dénutrition et la combustion des produits de désassimilation organique : aussi l'urée diminue dans les urines. De cette façon, la consommation des matières hydrocarbonées se trouve amoindrie, et l'on comprend alors l'emmagasinement de la graisse et la production de l'embonpoint » (Gubler, in Lagardère. Thèse de Paris, 1867).

L'arsenic pourra souvent, surtout chez les cblorotiqucs, être associé au fer ; les eaux arsenicales de la Bourboule, du Monl-Dore, pourront rendre de léels services.

L'extrait de valériane à haute dose a réussi entre les mains du professeur Bouchard, surtout dans les formes de consomption azoturique.

L'huile de foie de morue enfin agit comme corps gras ; elle est indiquée surtout chez les gens où un vice scrofuleux pourra être soupçonné ; elle constitue un médicament tonique et réparateur. Schvvann avait dit que la matière grasse est le point de départ de toute formation cellulaire.

Les règles de l'alimentation seront nécessairement inverses de celles prescrites contre l'obésité : on recommandera l'usage des viandes grasses, du pain, des féculents, du beurre, un vin généreux, la bière, etc. L'exercice sera modéré, le sommeil suffisant.

L'usage des bains tièdes et prolongés est journalier chez les femmes de l'Orient qui cherchent à acquérir de l'embonpoint. Us agissent sans doute surtout comme sédatifs du système nerveux. Parmi les eaux thermales indiquées dans ce but, il faut choisir des eaux peu actives, telles que celles de Luxeuil d'Aix, en Provence, de Bagnères-de-Bigorre, de Plombières. E. Démange.

BioLioGRAPHiE. — AuERBECK. Die Acldisonsc/ie Krankheit. Erlangen, 1869, p. 30. — Arax. Union médicale, i8M, p. '229. — Banti.ng (W .). A Letfer on Corpulence. London, 18C4. Trad. franc. Paris, 1864. — Banting. A Cure for Corpulence. In British Med. Juurii., 1864. — Bahkhausen. Merkwiirdige allgemeine Fetlablagerung bel einem Kinde von 5 l/"2 Jahren. In llannov. Annal., III, n» 2, 1843. — Bartholix (Tti.)- Historiarum anatomicarum Centuria, III, cap. XXXII. Ilafnise, 1657. — Bass. Dissert, de ohesilatenimiâ. Erfordice, 1740, in-4°. — Bauer. Ueber die Zerselzunhgvorgânge im Thierkœrper unter dent Einflusse von Blutenziehungen. In Zeits. fïir BioL, 1872. — Beddoes. Medizinische Schriflen, 1. Bd., aus dem Engl. Leipzig, 1794. — Beni-Barde. Traité théorique et pratique d'hydrothérapie, 1874. — Benzenberg. Voigt's Magaz., VI. — Bekault. Ergo prœstat gracilem esse quam obesum. Parisiis, 1620, in-4°. — Betz. Dos Todd gegen Fettsucht. In Wurtemb. med. Corresp.-BL, n" 19, 1851. — Beziel. Etude sur V atrophie musculaire dans ses rapports avec le rhumatisme articulaire aigu. Thèse doct. Paris, 1864, p. 29. — Bichat. Analomie générale. Paris, 1821. — Boiset. Un mot sur l'amaigrissement ])ar le fucus vesiculosus. In Gaz. des hôpit., 1865, n» 14. — Bolnet (Th.). Sepalchretum. Edit. altéra, III, p. 553. Luijdini, 1700. — Bo.\- NEFiN. De l'atrophie musculaire consécutive aux névt-algies. Th. doct. Paris, 1860. — Bot-

36 OBÉSITÉ eibliograpiiie).

ciuRD (Ch.). Exposé des titres scientifiques. Paris, 1876, et in th. Worthington. Paris, 1878.

— BoDssi.vcAULT. Recherches sur la formation de la graisse chez les animaux. In Acad. des sciences, 1845. — Busciineb. Diss. de insolito corporis augmenta, frequenti morhorum signo. Halle, 1752, in-i°. — Btosen. Erfahrungen im Gebiele der Geburtshi'dfe. Fettsucht. In iYewe Zeitschr. f. Geburtsk. Bd. VII, H. 1, 1841. — Caillacd. De l'obésité. Thèse de Paris, 1865. — CiiAirBERs. On Corpulence. In Lancet, 1850. — Chavbers (Th. King-). Corpulence , or Excess of Fat in the Human Body. London, 1850. — Chapjian. A Rcmarkable Case ofObesity withoui any exlernal Appearence of Corpidency , accompanied with Hydrocephalus. In Londvn Med. Repositary, X(, 1814, p. 578. — Chossat. Recherches sur l'inanition, 1845. — CoE. Trans. phil., XLVII, p. 188. — Collette. Sur une forme d'arlhropathie. Th. docL. Paris, 1872. — Collier. Ergo graciles id obèses fervidiores, ita phlebotomice opportuniorcs. Parisiis, 1004, in-4". — Dancel. Traité théorique et pratique de l'obésité. Paris, 1805. — Du iiÈME. Coup d'œil sur le traitement de l'obésité. In Bull, de théiap., mai, 1864. — Du même. Le l'influence qu' exercent les boissons sur l'engraissement et l'obésité. In Bull, de thérap., juillet 1804. — Du même. Métrorrhagies chez les femmes chargées d'embonpoint. In Gaz. hôp., 1800, n° 75. — Dannecy. Préparation de l'extrait hydro-alcoolique de fucus vesiculosus. In Bull, thérap., août 1802. — Dardonville. Thèse de Paris, 1811. — Démange (E.). De l'azoturie. Th. agr. Paris, 1878 (Ad. Delahaye, édit.). — Du même. De l'influence de la stéatosc hépatique et rénale sur la production de l'Ictère grave, particulièrement chez les alcooliques. In Revue méd. de l'Est, 1879. — De Pré. De eo quod citius moriantur obesi guam graciles, secundum Hippocratis apltorismum. Erfordite, 1724. — Dox. Remarkable Case of Obcsity in a Hindoo Boy aged 12 Years. In I.ancet, april 1859. — Down (T.) et LANGDONfil.). London llosp. Rep., I, p. 97, 1804. — Duchek. Ueber das Verhalten des Al kohols im thier'tschen Organismus, 1855. — Duchesne-Ddparcq. Sur les propriétés fondaides et résolutives du/ucus vesiculosus, etc. In Comptes rendus de l'Acad. des sciences, t. XLVIII, 1859, p. 1154. — Du MÊME. Nouveaux exemples d'amaigrissement par l'emploi du fucus vesiculosus. In Gaz. des hôp., 1865, n°' 8 et 14. — Dupcytren. Observation sur un cas d'obésité, suivie de maladie du cœur et de lu mort. In Journ. de méd. et chir. de Corvisart, t. XII, 1806, p. 262. — Durand-Fahuel. Etude sur la pathogénie de la dialhèse urique, du diabète et de l'obésité. In Bull. Acad. méd. de Belgique, 1809, n° 5, p. 249. — Ebep.t. Diss. de obesilate nimiâ et tuorbis indè oriundis. Gœttingen, 1780, in-4°. — Ehflich. Diss. de obesorum ad morbos mortemque decUvilate. Halte, 1750, in-4°. — Eiciiman. Fettsucht mit Chlorosis. In Med. Zeitg. des Ver. f. Heilk. in Preussen, 1855, n° 42. — Eschenmayer. Tiibinger Blàtier. Jahrg., 1805, Bd. I. — Ettmuller. De corpulentia nimiâ. lenfe, 1681. — Fauvot. Essai sur l'obésité. Tli. Paris, 1807. — Fernet. De la sciatique et de sa nature. In Areh. gcn. de méd., avril 1878. — Fleming-JIacolm. Discourse on the Nature and Cure of Corpulency. London, 1757, 1760, 1810. — Foissac. Remarques sur l'embonpoint et la maigreur. In Union médicale, 1864. — Foueert. Traitement de l'obésité par les eaux chlorurées sadiques et par l'eau de mer en particulier. Paris, in-8'', 1809. — Friderici. Diss. de corpulentia nimiâ. lenœ, 1670, in-4°, — Ga:HTGENs. Ueber Fellbildung im Thierkôrper. In Dorpat. med, Zeitschr., Bd. I, 1872. — Galien. Methodus medendi, W, 3. — Gassier. An vbesis somnus brevis scdubrior? Paris, 1733. — (;ebel. Horn's Archiv fur pract. Meclic, 1809. — Girtanner (Chr.). Ueber die Fettigkeit. In Sahburger med. -chir. Zeitung, Bd. I, 1795, p. 252. — Olais. De la grossesse adipeuse. Th. Paris, 1875. — Gordon. Case of Fatty Degeneration in a Boy 14 years ofAge. In Dublin Quarterly Journ. of Med. Se. Vol. XXXIil, 1802, p. 340. — Gubler. Cours de thérap., 1870.— Harvey (F.). Corpulence and ils Diseuses. London, 1804. — Hœxep.s Kopf. Fettsucht bel zwei Kindern. In Zeitschr. des deutsch. Chir. Vereins. IX, 1855. — D'Heilly (E.). Art. Obésité. In Nouveau Dict. de méd. et chir. pratiques, 1877, LXXIV. — Hevfelder. Ungewôhnliche Fettbildung und Corpulenz bei einem 5 ij2Jahr altenMâdchen. In Med. Zeit. d. Ver. f. Heilk in Preussen, n" 2, 1834, etSchmidt's Jahrb., Bd. I, 1834. — Hildman. Das Feltkind in Steinfurt. In Deutsche Kl'itiik, 1865. — HiPPocRATE. Aphor. H, 44. V. 46. De Salubri diœta, IV. — Hoffmann (F.). Diss. de Pinguedine seu succo nutritivo superfluo. Halse, 1718. — Hubeb. Nouvelles observations sur les abeilles, 1790. — Hufelasd. Fettsucht. In Encyclop. Wôrterb. der med. Wissensch. Berlin, Bd. XII, p. 147. — Immermann. Fettsucht. In Ilandbuch der allgemeinen Ernâhrungsstôrungen, XIII, 1876. — J^ger (G,-F.). Vergleichung einiger durch Fettigkeit oder colossale Bildung ausgezeichneten Kinder und einiger Zwerge. Stuttgart, 1821. — JA^•s^E^•. Pinquedinis animalis consideratio physiologica et pathologica. Leydii, 1784. — Jeitteles. /. Merkwilrdiger Fall von Heilung einer Fettsucht durch den Gebrauch der Adelheidsquelle und der Ischler Soolbâder. In Hufeland's Journal, Ht 8, p. 94, 1858. — Kjjstner. liamb. Magaz., t. II.— Keyes. The Effect of Small Doses of Mercury in modifiying the Number of the Red

Blood Corpuscles in Syphilis. In The American Journal of the Médical Sciences, 1876.

KiscH. Ueber Obesitas den Frauen und deren Folgezustânde. In Wiener med. Presse 1870.

— Du MÊME. Ueber den Einfluss der Fettleibigkeit auf Krankheiten der weiblichen s'exual-

ODÉSITÉ (r.iBLiooF.M'ini:). 57

organe. In Berliner klin. Wochenschr., w 'iO, 1807. — Du même. Die Cur der Feitleihigkeit in Marienbad. Marienbad, 1873. — Dummie. Die Fellleibigkcit der Frauen in ilirem Zusammenhang mit den Krankheilen der Sexiialorgane. Prag-, 1873. — Kuehn. Puella mirandœ corpuleiiliœ. In Nova Act. Acad. Nat- Curios., t. I, p. 225. — Du même. De pingucdine in priniis liumana. Lipsiœ, 1825. — Labdée (E.). Traitement de l'obésité. In Journal de thérap., 1876. — Lagardère. Traitement de l'amaigrissement. Thèse de Paris, 1877. — Landouzy. De la sciatique et de l'atrophie musculaire qui peut la compliquer. In Arch. gén. de méd., mars 1875. — Du même. De l'adipose du tissu conjonctif sous-cutané des membres atteints d'atroptde musculaire dcutcropatliique. In Revue 7nensuelle, janvier 1878. — I.ehuen- DuBouRG. Recherches sur les causes de la pohjsarcir. Thèse de Paris, 1864. — Leidenfrost (J.-G.). Diss. de morbis adipis humani corp. Duisburgi, 1772. — Lorry. Mémoire sur la graisse considérée dans le corps humain, sur ses effets, ses vices et les tnaladies qu'elle peut causer. In Mcni. de la Soc. roij. de méd., 1779. — Ludwig (Chr.j. Progr. de céleri obesitale causa debilitatis in morbis. Leipzig, 1769, 111-4°. — Maccary. Essai sur la Polysarcie. Paris, 1811. — Maclaren. Training in Theorij and Practice, 18613. — Marcé. Cas de ■polysarcie. In Bull. Acad. méd., 1857. — Menvili-e. De l'emploi du fucus vesiculosus contre l'obésité. In Gas. des hôpit., 1863. — Minel. De l'obésité. Th. Strasbourg-, 1859. — Monnier (Le). An in macilentis liberior quam in obesis circulatio? Paris, 1740. — Paget (S.). Lectures on Nutritions Hijpertrophj. Loiidon, 1847. — Panouze (L. de la). Traité de l'embonpoint. Paris, 1857. — Parent-Duchatelet. De la proslituUon dans la ville de Paris, 1857. — Parrot. Art. Cœur. InDict. encyclop. des sciences méd., p. 452. — Percy et Lai'rent. Art. Obésité. In Dict. des se. méd., XX?lV1I, 1819. — Pi:rls. Zur Unterscheidung zwischen Fettinfiltration und feltiger Degeneration. In Centralblatt, 1875, n°51. — [^ Emu:*. De l'influence des boissons alcooliques sur la nutrition In Acad. des Se., 1804, et Gaz. hebd., 1804. — Perroud. De la polystcalose viscérale. In Journal de nird. de Lyon, 1805. — Petit (Ch.). De la longueur de la poitrine considérée dans ses rapports avec l'obésité, etc. In Union méd., 1854. — Pettenkofer und Voit. Ueber die Zersetzungsvorgânge im Thierkôrper bei Fûtterung mit Fleisch und Kohlhydralen und Kohlhydraten allein. In Zeit. fur Biol., IX, 1873. — Philbert. Traitement de l'obésité et de la pulysarcie. Thèse de Paris, 1875. — Dn MÊME. De la cure de l'obésité aux eaux de Brides [Savoie). Paris, 1879. — Picot. Les grands processus morbides. Art. Polysarcie. Paris, 1870. — Popper (Ph.). Das Yerhâllniss des Diabètes zu Pankreasleiden und Fcttsucht. lu OEsterr. Zeilschr. fiir Prakt. Heilk., Bd. XIV, 1868. — PoRsoN. Etudes sur les troubles tropidques consécutifs aux lésions Iraumatiques des nerfs. Th. Paris, 1873, obs. I. — Put.nasi (Jlary-C). De la graisse neutre et des acides gras. Th. de Paris, 1871. — Quetelet. Physique sociale. Bruxelles, 1809. — Rahn-Escher. Fettsucitt. In Schweiger's Zcitschr., Ileft. I, 185i. — Raige-Delorme. Art. Polysarcie. In Dict. CK 30 yoZ., XXV, 1842. — Reussing. Dissertai, de pinguedine sana et morbosa. lenœ, 1791.

— Riemer. Z>iss. de obesitatis causis prœcipuis. Ilalse, 1778. — Robim (Gh.). Art. Adipeux. InDict. encycl. des sciences médicales. II, 1805. — Piucue. Art. Obésité. In Dict. de méd. et chir. prat., XII, 1834. — Roser. Die Feltsucht in Bczug ihres Einflusses auf den tôdtlichen Verlauf bei Typhus und andern fieberhaften Krankheilen, 1860. — Russel. A Case ofPolysarka, in which Death resulted from Déficient Arterialisation of Blood. In Brit. Med. Journ., 1800. — Saxteul. An paucior obesis quam macilentis sanguinis missio. Th. Paris, 1747. — ScHAFER. Diss. de obesitale niiniâ. Rostochii, 1701. — Schiffer (S.). Historia sectionis obesi juvenis. In Nova acta Acadcm. Nat. Cur., Il, p. 100. — Schindler. Traitement curatif et préservatif de l'obésité et de ses .tuiles aux eaux de Marienbad. Paris, 1870-

— Du .MÈJIE. Monslrôse Feltsucht. In Wiener med. Presse, 1871. Anal, in Canstatt' s Jahresbericht, Bd. II, 1871, p. 281. — Du sième. Heduclionscur zur Verhûtung und Ileilung der Feltsucht. Wien, 1868. — Schmidt (C.-C). Schmidl's Jahrb., Bd. XXXVI, 1842, p. 144. — ScHULZ. Diss. de obesitale. Lugd. Batav., 1052. — Schulze. Diss. de Pinguedine. Halœ, 1739.

— Sebiz. De marasm. et gracilescent. sanor. et œgrot. crassitie et obesitale naturali et morbos. Argentorat., 1658. — Seegen (J.). Der Diabètes mellitus auf Grundlage zahlreicher Beobachtungen dargestellt. Leipzig, 1870. — Seifert. Diss. phys. path. de Pinguedine. Gryphiswaldiaî, 1794. — Short. On the Causes and Effects, Prévention and Cure of Corpulency. London, 1755. — Short (Th.). Discourse on the Causes and Effects of Corpulency. London, 1727. — Sigmund. Ueber die Inunktions-Kur, ihre Wirkung and Indicalionen. In Wien. med. Wochenschr., Bd. XVI, n" 50, 1866. — Sigwart. Diss. obesitatis corporis humani tlierapia. Tub., 1775. — Sigwart (G. -F. 1. Pohjsarciœ nosologia. Diss. Tubingen, 1756.

— Simon. De la polysarcie considérée comme imminence morbide ou comme maladie, et de son traitement. In Gaz. méd. de Paris, 1842, p. 648, et Bull. gén. thérap., sept. 1842.— Smith (Ed.). Dict. in Diseases, Obesity. In Lancet, n" 20 et 21,1864. — Speeâ (G.). Ein Fait von Lipcemie. In Arch. des Vereins fur wissench. Heilk. Neue Folge, Bd. I, p. 242, 1864. — Stefanoff. Diss. inaug. St-Petersb. In Centralblatt. fur Chir., 1876, n» 1. — Stoeber. Arch. de méd., 1828, — Tcuudi. Ueber die Giftesser. Trad, in Union méd., 1854

38 OBITOIRES.

TiLESius. In Voigl's Magazin., t. V, p. 289, 408. — Trousseau et Dancei,. Traitement de l'obésilé. In Joum. de méd. et de c/iir. prat., 1856. — TwEEniE (J.). Iliiits on Tempérance and Exercise in the Case of Pohjsarcia. London, 1797, in-8°. — Vebcheb. De l'obésilé et de son traitement. Paris, 1875. — Vauli-ré. De obesitate. Th. de Montpellier, 1782. — Vebdries. Diss. depinguedinis usibus et nocumentis in corpore humano. Giess», 1702. — Vergnes. De Vadipose sous-ciilanre dans ses rapports avec les atrophies musculaires. Th. doct. Pari.«, 1878. — Villedrun. Des fausses grossesses. Th. Paris, 1865. — Vogel (J.). Korpulenz, ilire Ursach, etc. Leipzig, 1865. — Wapo (SS.). Ciirsonj Remarks on Corjiidence, on Obesity, etc. London, 1822. — Du même. Comments on Corpulency Linéaments of Leanness, etc. London, 1829. — Walther. Diss. de obesis et voracibus, eorumque vitœ incommodis atque morbis. Lausanne, 1754. Et In IIaller, Disp. anat., III. — Weiske et Wildt. Untersuchungen iiberdie Fettbildung im Thierkorper. In Zeils. fur BioL, X. — Wilbouchewitch. De l'influence des préparations mercurielles sur la richesse du sang en globules blancs et rouges. In Arch. 2)hijs., 1873. — Worthington. De l'obésité. Th. Paris, 1875, et in-S", Paris, 1878. — WucHEKER (Clir.-L.). De corpulentia nimia. Diss. léna, 1716, in-4''. E. D.

OBiriUS (IIippolyte). Médecin de Ferrare, qui vécut aux seizième et dixseptième siècles, remplit d'abord une cliaire à l'université de sa ville natale, puis enseigna à l'irniversité de Belluiie. « Fier de sa profession, il écrivit pour démontrer qu'elle doit avoir le pas sur celle d'avocat. Du reste, il partageait en médecine les principes de l'école iatro-malliémalique et prescrivait indisùnctement du vin à tous les malades atteints de la fièvre » (Biogr. Panek).

Outre un opuscule destiné à combattre les conclusions auxquelles était arrivé Sanctorius après ses |icnibles expériences et publié à la suite de la Statique de ce dernier, Obicius a public :

I. latrostonomicon. Yenetiis, 1018, in-4°. — II. Dialogus de nobililate mcdici. Yenetiis, 1C05, in-4<'. L. Hn.

OBIER. Nom vulgaire donné au Tihurnum opulus L. {voy. Yiorne).

OBITOIRES Sous le nom d'ohitoires (de Obire, mourir), nous réunissons deux genres d'établissements consacrés tous deux au dépôt de corps morts ou présumés tels, mais ayant des destinations dilférentes. Le premier, qui est Yobitoire proprement dit, a pour but de soumettre les sujets dont le décès a été déclaré à une surveillance spéciale pendant un temps et dans un lieu déterminés, afin de pouvoir leur porter secours au cas où la mort ne servait qu'apparente. Le second, appelé morgue [voy. ce mot), est consacré à l'exposition des cadavres restés inconnus ou devant être soumis à des constatations médicolé;Tales. A. D.

Obitoires proprement dits. L'idée de ces asiles est d'origine française ; Thierry, en 1785, dans son ouvrage sur la vie de l'homiue respectée à ses derniers moments, avait proposé ce qu'il appelait un asile expérimental de la mort. « J'ai imaginé dans ce but des lieux de dépôt; on en sent la nécessité pour nombre de familles pauvres, nombreuses, resserrées dans d'étroits logements ». En Autriche, en 1771, on avait établi des chambres de morts, Leichenkammer, pour assurer le délai de quarante-huit heures et éviter les inconvénients du séjour des morts dans d'étroites demeures ; cette chambre devait être attenante à l'église, un gardien formait tout le personnel. Ilufeland est réellement le créateur des maisons mortuaires"; en 1791, sur sa proposition, le premier obitoire fut établi en Allemagne, à Weimar, sous le nom de duhice vitœ asylum. L'organisation de cet asile était aussi simple que convenable et ne coûta pas de grands frais : salle d'exposition pour une douzaine de corps, cabinet de bains,

OBITOIRES. 39

chambre de sauvetage avec un lit et les appareils nécessaires, pièce pour le gardien, chauffage, aération, communications faciles, ouvertures vitrées permettant de tout voir, et, ce qui fit la fortune de ces asiles, en frappant l'imagination, des liens attachés aux membres mettaient en mouvement une cloche qui annonçait les résurrections, llufeland a toujours conservé la conviction de l'utilité de ces asiles; quand je songe, disait-il, aux services qu'ils sont appelés à rendre, à la facilité, à la simplicité de leur installation, je ne puis douter que leur usage ne devienne général. Bientôt, en effet, cet exemple fut suivi: des asiles de ce genre furent établis à Berlin, en 1797, à Mayence, en I8O0, à Munich, en 1818, à Francfort, en 1825, puis à Nuremberg, à Augsbourg, à Wuitzbourg et dans une grande partie de l'Allemagne. L'usage en est facultatif, et, suivant les localités, on profite plus ou moins de ces asiles. Mais l'opinion est formée à cet égard; elle ne s'est pas démentie depuis près d'un siècle ; à Weimar l'asile continue à être fréquenté ; le nombre de ces maisons va en s'accroissant, en môme temps qu'elles se simplifient.

Deux systèmes de construction sont en présence, celui des salles communes, adopté à Munich, et celui des cellules, en usage à Francfort. A Munich, la maison est située à l'entrée du grand cimetière, elle est d'une architecture simple et grave et cependant élégante. Les salles d'exposition sont grandes et bien décorées, elles s'ouvrent par des fenêtres et des portes vitrées sur une large galerie de laquelle on découvre tout l'intérieur des salles où se promènent les visiteurs. Quand une personne succombe, après une première vérification du décès, au bout d'une douzaine d'heures, le corps est transporté à la maison mortuaire; il y reste déposé jusqu'à ce qu'il se manifeste des signes de décomposition ; on procède alors à l'inhumation et aux cérémonies funèbres. Le transport à la maison mortuaire n'est pas obligatoire, mais il est entré dans les mœurs. Il y a quatre classes d'exposés, Ja dernière est gratuite. Les morts sont déposés sur un lit ou dans leur cercueil, la l'ace découverte ; au doigt de chaque personne est un anneau d'oià part une corde qui aboutit à un ressort d'horlogerie. Ce ressort est trèsfaible; la plus légère contraction musculaire le met en mouvement; le timbre d'un réveil sonne aussitôt, et le bruit se prolonge presque indéfiniment ; mais jusqu'ici le timbre n'a été mis en mouvement que par des déplacements accidentels et n'a encore annoncé aucun retour à la vie. Le cimetière de Nuremberg a. deux maisons mortuaires, bien décorées et presque riantes ; les morts son déposés dans une seule salle; les portes sont larges et vitrées et permettent de tout voir du dehors ; l'anneau, la corde et le timbre, y sont aussi en usage. A côté de la salle d'exposition se trouve un cabinet de bains et une salle d'autopsie; la science comme l'humanité profite de la bonne disposition de ces établissements. AWurtzbourg, la salle d'autopsie est aussi attenante à l'obitoire. A Francfort, la maison mortuaire est construite d'après un autre système, ce sont des cellules isolées, qui s'ouvrent d'un côté sur la salle de visite et de l'autre sur de larges couloirs ; ce sont comme des tombes anticipées, et, malgré l'élégance et la propreté de cet établissement, il laisse une impression pénible. Les accessoires n'y sont point négligés, la salle de revivification est pourvue de tout ce qui est nécessaire. L'appareil indicateur est disposé avec soin ; il se compose de cinq dés à coudre placés à l'extrémité des doigts et adaptés à des ficelles qui se réunissent pour arriver à un timbre éclatant, que le moindre mouvement fait résonner. On nous avait dit que dans certaines maisons mortuaires le ressort était très-dur et avait besoin d'un bras vigoureux pour être mis en mouvement; nous avons pu nous

40 OBITOIRES.

en convaincre dans un liôpital; il fallait une contraction musculaire assez forte pour mettre en mouvement la cloche funèbre ; elle n'eût pas obéi aux tressaillements d'une main mourante. Cet appareil n'a jusqu'ici sauvé personne, mais qui sait si un jour il n'en sera pas autrement? en frappant l'imagination, il a eu au moins l'avantage de populariser une utile institution.

Malgré l'initiative de Thierry, l'institution des maisons mortuaires n'a pu se naturaliser en France ; mais ne doutons point qu'elle ne finisse par s'y introduire avec un nom et des proportions plus modestes. En 1792, une pétition de Berchtold à l'Assemblée nationale et les publications de madame Necker étaient restées sans effet. Un arrêté du préfet de la Seine, du 21 ventôse an IX, avait prescrit l'élablissement à Paris de six tombes funéraires devant servir de dépôt aux corps des décédés, avant leur transport aux enclos de sépulture. Cet arrêté ne reçut pas d'exécution ; on avait eu l'idée malheureuse de placer les dépôts à Paris même et non à l'entrée des cimetières, et l'on recula avec laisou devant la crainte de créer des foyers d'infection au centre de la capitale.

Les traditions du conseil de salubrité de la Seine étaient défavorables à cette institution. A l'occasion d'un projet de ce genre présenté au préfet de police et sur lequel il demanda l'avis du conseil, Marc déclara, au nom de ses collègues, que ce ])rojet philanthropique sans doute étuit plus séduisant en théorie qu'utile en application, et il fit ressortir les frais considérables qu'entraîneraient la construction de maisons mortuaires et l'entretien d'un personnel de surveillance dont le zèle d'ailleurs serait bientôt émoussé. Plus tard cependant Marc a reconnu que « dans les cas d'épidémie, avec crainte de contagion, ce serait peut-être le cas de réunir les corps des décédés dans des cabanes suffisamment aérées que l'on construirait dans les enclos des cimetières ». A diverses reprises des pétitions ont été adressées au Sénat, le 2 mai 1863, le 6 mars 1865, le 29 février 1866, le 29 janvier 1869, pour obtenir l'établissement de maisons mortuaires. Le conseil de salubrité de la Seine, saisi de la question, a maintenu, par l'organe de M. Devergie, son opinion défavorable à ces asiles : « La commission tient à faire remarquer que si sur 46,000 individus déposés dans les maisons mortuaires, il n'y a pas eu d'erreur sur la mort ; cela ne tient pas à l'établissement des maisons mortuaires, mais bien à l'instruction dont sont pourvus les médecins qui ont constaté les décès et aux soins qu'ils ont apportés dans leur examen. 11 en eût été de même, si les maisons mortuaires n'avaient pas été établies : donc elles ont été jusqu'alors inutiles et elles peuvent être efficacement et plus certainement remplacées par une vérification opérée par des médecins capables ». La cause des maisons mortuaires a cependant gagné du terrain, car le rapporteur reconnaît qu'il Cït « des considérations d'une autre nature qui pourraient justifier cette mesure dans une limite très-restreinte ». Le fait qui s'est passé à Behaste démontrerait les avantages que l'on pourrait tirer d'une chambre spéciale et commune où pourraient être placés les corps en attendant l'inhumation. Aussi la commission associe-t-elle ses vœux à ceux qui ont été formulés dans la discussion du Sénat, tout en repoussant l'institution générale des maisons mortuaires dans le but de faire face aux inconvénients des inhumations précipitées ; cette chambre, c'est l'obitoire qu'il convient d'organiser et de généraliser.

La plupart des médecins qui se sont occupés de la mort apparente sont favorables aux obitoires, ou ne les repoussent pas formellement. MM. Leguern et .Iulia Fontenelle les demandent ; citons à cet égard l'opinion si concluante de M. Josat, qui a aussi visité et décrit plusieurs de ces établissements. « A nos yeux les obi-

OBITOIRES. 41

toires sont une mesure complémentaire de la vérification des décès, une garantie contre une erreur possible, et enfin un service sans prix rendu à la population des grandes cités et à celle des campagnes en même temps. L'introduction des obitoires serait un bienfait inappréciable pour les pauvres gens, logés si souvent en famille nombreuse dans une pièce unique et d'ordinaire fort rétrécie. Déplus, elle donnerait une satisfaction entière à cette crainte si souvent mal fondée, mais enfin toujours respectable, de l'inhumation avant la mort. Elle permettrait en outre à la justice de trouver à toute heure et en lieu convenable les victimes du crime, quand elle le soupçonne. C'est plus qu'il n'en faudrait pour en justifier et surtout pour en hâter l'établissement ». Ajoutons à ces appréciations l'autorité de M. Tardieu qui, dans l'article Maisons mortuaires de son Dictionnaire d'hygiène publique, se prononce en faveur de ces asiles.

En résumé, cette institution a les avantages suivants : Lieu de dépôt pour les morts, utile à la population pauvre, accumulée dans les logements étroits ; inhumations précipitées devenues impossibles, certitude de la vérification du décès et faculté d'attendre sans inconvénient le développement de la putréfaction; possibilité pendant une épidémie d'enlever rapidement les corps et de prévenir le danger d'infection ou de contagion, tout en conservant la garantie du délai légal et même au delà ; constatation plus sûre des crimes, facilités données aux recherches scientifiques et médico-légales.

La chambre des morts doit exister dans les hôpitaux, précédant les salles d'autopsie et de dissection; il faut un lit avant les dalles de l'amphithéâtre. Partout où est réunie une population nombreuse, cette salle rendrait des services. A Leipsig, un règlement exige que dans certaines maisons réunissant un grand nombre de ménages il y ait une chambre dans laquelle on dépose les morts, lorsqu'il y a un décès dans la maison. 11 est défendu de se servir de cette pièce pour tout autre usage, mais en temps de foire, dit un voyageur, on ne respecte rien et on en loge dans la salle des morts. L'abus est facile, mais ne peut faire repousser d'aussi sages dispositions.

L'organisation des maisons mortuaires doit être simple, sans appareil dramatique, réduite à ce qui est nécessaire et par conséquent peu dispendieuse. Une salle de dépôt pour les morts et la chambre du gardien suffisent dans les campagnes ; dans les villes on y ajoutera une chambre de secours et une salle d'autopsie ; la science comme l'humanité profiteront de la bonne disposition de ces asiles. Leurs dimensions seront tout naturellement en rapport avec la population à desservir et par suite avec le budget de la commune. On ne demandera point de personnel spécial, si ce n'est dans les grandes villes; le gardien du cimetière sera celui du dépôt, et la visite quotidienne d'un médecin servira de garantie. Le dépôt des morts serait facultatif; il se ferait dix heures au moins après le décès, et serait précédé d'une vérification médicale; l'inhumation ne serait autorisée qu'après le délai légal et la constatation par un médecin du développement de la putréfaction. En cas d'épidémie, on construirait une baraque supplémentaire. Les progrès du diagnostic, en ce qui concerne les signes de la mort, permettent de simplifier ces dépôts et par suite d'en répandre l'usage.

TOURDES.

Obitoires-Morgues. Il s'agit ici des établissements où l'on expose le corps des personnes mortes hors de leur domicile non encore reconnues, ou dont on veut faire constater l'identité par certains témoins. Ces établissements n'existent

42 OBITOIRES.

que dans les grandes villes, où ils sont le plus souvent désignés sous le nom beaucoup plus populaire de morgue.

La morgue de Paris a pris aujourd'hui une grande importance et peut être considérée comme le modèle des établissements de ce genre, surtout depuis qu'il a été placé sous l'intelligente direction du professeur de médecine légale de la Faculté, M. Brouardel. Nous aurons à parler longuement de cet obitoire et des modifications qu'il a subies depuis sa fondation, qui remonte à une époque relativement reculée.

Dans leur origine les obitoires ou les morgues avaient un but unique : arriver à la reconnaissance des corps et à la constatation de l'état civil, afin d'éviter les lacunes dans les filiations de la parenté.

Aujourd'hui les obitoires ont pris, surtout à Paris, une plus grande extension, ils reçoivent non-seulement les cadavres des individus trouvés morts dans un lieu public et dont l'identité n'a pu être constatée, mais aussi la plupart des cadavres dont l'autopsie est ordonnée par le parquet. Bien plus, la Morgue actuelle telle qu'elle a été reconstituée d'après les plans de M. Brouardel est aujourd'hui utilisée pour l'enseignement pratique de la médecine légale.

Les établissements désignés sous le nom d'obitoires ou de morgues ont donc pour but :

1° Recueillir les cadavres des individus trouvés morts sur la voie publique et non encore reconnus.

2» Fournir un local convenable aux médecins experts pour la pratique des autopsies médico-légales sous la surveillance immédiate des juges.

5" Fournir aux élèves des Facultés les moyens d'étudier la médecine légale pratique.

Actuellement, lorsque l'identité d'un cadavre trouvé sur la voie publique n'est pas établie, ou le place dans la salle d'exposition de l'obitoire sous lesyeux du public. 11 y reste réglementairement soixante-douze heures. A ce moment la putréfactionest si avancée que l'on doit le retirer. On le transporte ensuite dans la salle de dépôt où il cesse d'être exposé au public. Le cadavre ne peut plus alors être examiné que par des personnes qui cherchent un des membres de leur famille ou un ami disparu, et qui, par quelque indice, font supposer que le corps déposé doit être celui qui est l'objet de leurs recherches. Bientôt la putréfaction est telle, que, reconnu ou non, le cadavre doit être enlevé même de la salle de dépôt et enterré.

Lorsque l'identité est établie, l'obitoire doit encore assez souvent garder pendant un certain tempsles cadavres qui y sont déposés. Ceux-ci, en effet, y séjournent jusqu'à ce que les familles aient décidé si elles réclament le cadavre, si elles l'abandonnent, et aient rempli des formalités quelquefois très-longues lorsque les parents ou les amis 'n'habitent pas Paris.

Le tableau suivant donnera une idée du mouvement des coi"ps à la morgue de Paris pendant les cinq dernières années :

Nombre Nombre

des corps des autopsies

déposés. médico-légales.

jusqu'au 1^'' octobre.

OBITOIRES. 43

§ I. Historique de l'obitoire ou Morgue de Paris. S'il est impossible de préciser la date et l'origine des obitoiresen France, on sait cependant que le principe de la création de ces établissements remonte à une époque très-éloignée de nous. Le I{. P. du Breuil [Théâtre des antiquités de Paris, 1612), et après lui Sauvai, nous disent que, dans le xr- siècle, des gens de bien fondèrent divers établissements charitables parmi lesquels il faut citer : i° Roule et Saint-Lazare pour les Ladres ; 2" Sainte-Marie-Égyptienne pour les femmes veuves ; 5'' Sainte- Catherine pour enterrer les personnes noyées, mortes, ou tuées dans les rues ; ces fondations seraient devenues plus tard les origines de la Morgue.

D'après Devergie, à qui nous empruntons la plupart de ces détails historiques, le premier endroit public où furent exposés les corps inconnus a été établi au Grand- Châtelet ; il s'appelait la Basse-Geôle. M. Firmin Maillard dépeint ainsi cette localité :« Endroit humide, sombre, réduit infect, d'où s'échappent sans cesse les émanations les plus fétiiles. Là, les cadavres jetés les uns sur les autres attendent que des parents, une lanterne à la main, regardent l'intérieur de ce réduit à travers une lucarne pratiquée à la porte, tout en se bouchant le nez. Ce lieu était rarement vide, rien de plus affreux. «

MM. Devergie et Bezançon ont cherché à préciser quelques dates, relatives à la fondation de la Morgue de Paris. En compulsant les rei^istros du Grand- Châtelet déposés à la Préfecture de police on trouve mentionnés, à la date du 9 mai 1688, le dépôt et la translation de deux corps à la Morgue du Grand- Chàtelet.

La Morgue du Grand-Chàtelet a été transférée, en vertu d'un arrêté du préfet de police du 22 thermidor au XII (7 août 1804), « de la Basse-Geôle du Grand- Châtelet au n° 21 du quai du Marché-Neuf, sur le terrain d'une ancienne boucherie. La translation eut lieu le l""" fructidor an XIL La Morgue y occupait un bâtiment fort bien conçu, mais dont la plupart des salles furent bientôt envahies par le concierge, son garçon de service et leur famille. Les choses restèrent en cet état jusqu'en 1832.

Nommé médecin inspecteur, après trois années de recherches scientifiques dans cet établissement, Devergie proposa à l'administration des plans de restauration de la Morgue dans trois hypothèses : 1" conservation des bâtiments sans agrandissements; 2° agrandissement par les extrémités ; 5° modèle d'une Morgue nouvelle. La Morgue fut conservée telle qu'elle était établie, mais chaque salle fut rendue à sa destination primitive.

En 1857, le conseil de salubrité fut invité adresser un plan de reconstruction de la Morgue. Il tenait à la placer au nord de Paris sur le quai Saint-Bernard. Le préfet de la Seine d'alors maintint son projet de construire la Morgue à la pointe du quai Napoléon, derrière l'église Notre-Dame. En 1861 un rapport du Conseil dressait le programme de la nouvelle Morgue en ce lieu selon les projets arrêtés par le préfet de la Seine, après de longs débats. En 1862 les travaux commencèrent et la remise du bâtiment eut lieu le 22 février 1864.

L'exécution de ce monument avait été confiée à M. Gilbert, membre de l'Institut, architecte en chef de la Ville. M. Gilbert était en présence de grandes difficultés ; d'une part un terrain de remblai, de forme triangulaire, situé à la pointe du quai, sur la Seine; d'une autre part le voisinage du beau vaisseau de l'église de Notre-Dame. M. Gilbert a pu vaincre ces difficultés en donnant au monument de la Morgue une architectures impie, mais sévère, qui ne rappelle en rien la destination du bâtiment, d'une autre part en installant de la manière

44 OBIIOIRES.

la plus heureuse les diverses salles de la Morgue en raison des usages que le Conseil avait destinés à chacune d'elles.

Telle est la Morgue au moment où nous écrivons cet article ; mais nous verrons plus loin qu'elle est à la veille de subir, sur l'initiative de M. Brouardel, des modifications importantes. Ces modifications que nous allons faire connaître portent non-seulement sur la distribution des bâtiments, mais aussi sur le mode de désinfection des cadavres qui seront alors utilisés pour l'enseignement pratique de la médecine légale.

§ II. Des morgues ou des établissements analogues a l'étranger. Les Morgues sont des institutions essentiellement françaises, et il n'existe aucun établissement analogue en Angleterre et en Allemagne. Un médecin anglais distingué, qui exerce à Londres les fonctions de coroner pour la paroisse de Marylebone, M. Ilardwicke, a essayé d'établir des Morgues dans son pays, mais ses efforts n'ont pas encore été couronnés de succès. Notre confrère a simplement établi dans la paroisse dont il est coroner un local propre à recevoir les corps trouvés sur la voie publique en attendant leur autopsie et leur inhumation. C'est une sorte d'obitoire oix le public n'est admis pour reconnaître les cadavres qu'avec une permission spéciale du coroner.

Il serait à désirer que la mesure prise par M. Ilardwicke dans sa paroisse fût généralisée dans les autres parties de Londres où il n'existe aucun local pour recueillir les cadavres trouvés sur la voie publique et pratiquer les autopsies médico-légales. Lorsqu'un individu succombe sans porter sur lui des pièces établissant son identité, le corps ejt transporté^ dans la première maison qui veut le recevoir, et c'est le plus souvent dans le cabaret le plus voisin {public house) qu'il est recueilli. C'est également dans ce lieu qu'ont lieu l'enquête, l'autopsie et les constatations légales. On a peine à croire qu'un pareil état de choses puisse subsister en Angleterre. Mais il y a lieu d'espérer que des obitoires seront prochainement créés dans ce pays où la presse est unanime à protester contre le système actuel.

M. Brouardel a récemment entrepris un voyage en Allemagne pour y étudier les questions relatives aux obitoires, aux autopsies légales et à l'enseignement pratique de la médecine légale. L'éminent professeur a publié sur ce point un rapport très-intéressant dont nous extrayons quelques passages.

« Une différence capitale, dit M. Brouardel, distingue les établissements consacrés à la médecine légale en France et en Allemagne (empire Allemand et empire d'Autriche). En France, les autopsies judiciaires se font dans les Morgues, qui sont sous la direction de la justice, de l'administration de la police ou de l'administration municipale, mais en dehors de la direction du ministre de l'Instruction publique. En Allemagne, actuellement, il n'y a pas de Morgue ; la justice emprunte les locaux dont elle a besoin aux Universités et toutes les opérations médico-légales s'exécutent dans les Instituts anatomiques. La justice emprunte également aux Universités, pour en faire des experts, le personnel

enseignant. »

M. Brouardel fait ensuite remarquer que le système allemand, qui offre des avantages au point de vue de l'enseignement, présente des inconvénients au point de vue juridique. L'autopsie faite dans l'institut anatomique d'une école ou de tout autre établissement privé n'est plus sous la surveillance directe du parquet. Cela est évidemment contraire à l'administration de la justice et à une bonne pratique médico-légale.

OBITOIRES. 45

En Allemagne, la médecine légale est également en voie de réforme, mais dans un sens diamétralement opposé. Les établissements appropriés à la médecine légale, englobés dans l'université, ne se sont pas développés dans le sens médico-légal, parce qu'ils étaient confondus avec ceux qui étaient consacrés à l'anatomie pathologique, et ce n'est que depuis quelques années qu'ils commencent à s'affranchir de cette tutelle. Les médecins légistes allemands et autrichiens ont donc soumis à leurs gouvernements des projets dans lesquels ils empruntent à la France l'institution des morgues.

En Prusse et en Autriche, les autopsies médico-légales se font publiquement devant les médecins et les étudiants en médecine (il n'y a d'exception qu'à Munich). A Berlin, lorsque le délégué de la justice, qui assiste toujours à l'autopsie, croit qu'il y a intérêt à ce que les résultats de l'investigation anatomique restent secrets, il fait prêter serment aux élèves présents. A Vienne, la justice s'est réservé le droit de mettre son veto à la publicité de l'autopsie, mais ce veto n'est presque jamais appliqué.

A Vienne, M. Hoffmann fait par an cent autopsies pour des cas de médecine légale et cinq cents autopsies, dites de police sanitaire, comprenant des morts par suicide, les morts accidentelles, subites, etc. Un certain nombre de ces cadavres sont ouverts en sa présence par les élèves qui ambitionnent le titre de kreis-physicus (médecin de la circonscription, médecin cantonal). Us font les rapports et pratiquent ainsi leurs premières opérations sous la direction du professeur.

A la Morgue de Paris, les différents experts font chaque année deux cent s autopsies médico-légales, et il est déposé en outre quatre cents cadavres (morts par suicide, morts accidentelles, subites, etc.). La justice dispose donc à la Morgue de moyens d'instruction plus nombreux que ceux des établissements étrangers.

§ 111. De la ventilation et de la désinfection des OBITOIRES. Procédés

EMPLOYÉS pour LA CONSERVATION DES CADAVRES QUI Y SÉJOURNENT. La Ventilation

et la désinfection des obitoires sont des problèmes d'une importance considérable, surtout si l'on considère la situation de ces établissements au milieu des grandes villes et leur destination spéciale. Ce problème présentait, en ce qui concerne la ventilation de la Morgue de Paris, une difficulté qui tenait à la situation de cet établissement.

Dans le but d'assurer la ventilation des salles, le Conseil d'hygiène et de salubrité avait prescrit la construction de deux cheminées d'appel, destinées aux deux salles qui contenaient des corps. L'installation de ces cheminées aurait pu être facile sur le quai Saint-Bernard, situation demandée par le Conseil ; mais, pour un bâtiment établi au voisinage de Notre-Dame, le préfet de la Seine ne pouvait consentir à leur édification, car c'eût été donner à la Morgue l'aspect d'une fabrique et un moyen d'attirer tous les regards des passants sur un bâtiment dont la destination devait rester inconnue à la généralité des étrangers qui visitent Paris. Aussi fut-il prescrit à M. Gilbert de créer des cheminées d'appel qui ne dépasseraient pas la toiture de l'établissement.

A peine la principale cheminée fut-elle allumée qu'on en put voiries mauvais résultats : l'odeur infecte de la salle des morts se répandait sur le quai, et les passants venaient en faire l'observation à la Morgue.

Pendant cinq années, une commission du Conseil, dont faisaient partie MM. Combes et Payen, fit subir aux foyers de ces cheminées toutes les modifi-

46 OBITOIRES.

cations possibles en épaisseur de la couche de charbon, en étendue de la surface du foyer, en brûlant les gaz infects, en établissant de jour et de nuit un chauffeur et en dépensant 24000 kilogrammes de charbon dans l'année.

Il fallut s'arrêter dans ces essais de ventilation, la dégradation des murs portant préjudice à la solidité du bâtiment.

C'est alors que M. Devergie proposa, pour combattre la mauvaise odeur, des irrigations avec de l'acide phénique du commerce étendu de 1800 parties d'eau. Ce système de désinfection qui fonctionne depuis plus de dix années a donné des résultats, mais il est encore très-imparfait. On comprend en effet qu'il soit difficile, dans des salles où il n'existe pas de ventilation, d'empêcher pendant les chaleuis la mauvaise odeur des cadavres ayant parfois séjourné pendant plusieurs semaines dans l'eau et dont la mort remonte toujours à plusieurs jours. 11 fallait donc à tout prix arriver à un système de désinfection plus efficace. La conservation des cadavres est en effet un des problèmes dont la solution intéresse le plus le médecin expert, et il faut, en ce qui concerne la destination spéciale de la Morgue, que le cadavre soit non-seulement conservé, mais encore qu'il ne soit pas défiguré.

On a fait pendant ces dernières années de nombreux essais pour arriver à conserver les cadavres exposés à la Moigue de Paris. Ces essais nous paraissent présenter assez d'intérêt pour être exposés ici avec quelques développements. lis ont été de la part de Devergie l'objet d'une élude très-complète dans un remarquable rapport récemment présenté au Conseil de salubrité.

Les premiers essais de ce genre lurent faits en février 1877 à l'occasion du crime d'un nommé Moyaux qui avait jeté sa petite fille dans une carrière de Montrouge. Le corps de l'enfant, retrouvé le lendemain, fut immédiatement porté à l'hôpital Cochin où l'on pratiqua l'examen et l'autopsie sous les yeux des médecins de l'hôpital. Ce corps fut ensuite envoyé à la Morgue et, le 7 février, le docteur Bergeron pratiqua une deuxième autopsie. La justice ne pouvait parvenir à découvrir le coupable. M. Prinet, juge d'instruction chargé de l'affaire, conçut la pensée de faire conserver le corps, et il s'adressa, dans ce but, à M. Tramond, préparateur de pièces anatomiques.

Le 10 février, après avoir pratiqué des injections d'un mélange composé de chlorure de zinc, de nitrate de potasse et de glycérine par toutes les ouvertures naturelles et dans toutes les parties où le bistouri avait pénétré, M. Tramond fit placer le corps de la petite fille dans une espèce d'auge en bois doublée de zinc, d'un mètre environ de longueur. (La proportion relative des trois substances est restée inconnue, on sait seulement que M. Tramond fait varier le poids de ces substances selon l'état de décomposition des parties.)

Tout le corps fut immergé, à l'exception de la figure, sur laquelle on étendit des linges mouillés dont les extrémités immergeaient dans le liquide de conservation; les mains et les pieds étaient placés en dehors du liquide.

Le corps fut ainsi conservé pendant plus d'un mois. Il s'atrophia dans toutes ses parties. La peau prit une teinte jaune-brun très-accentuée, mais les traits de la figure restaient très-nets, et l'assassin n'hésita pas à reconnaître son enfant. Quant aux mains et aux pieds, ils se conservaient avec une teinte rosée, quoique n'immergeant pas dans la baignoire. A partir de ce moment l'attention fut éveillée, dans le monde savant comme dans le monde industriel, et diverses propositions furent adressées à la Préfecture; le Conseil lui-même ne resta pas étranger à des recherches de ce genre.

OBITOIRES. 47

On préconisa l'acide borique, le carbonate d'ammoniaque, l'acide sulfureux, l'acide phénique, comme devant amener d'excellents résultats. M. Devergie entreprit lui-même quelques expériences sur des cadavres de la Morgue après le temps légal d'exposition. Il employa successivement des solutions de bichromate de potasse, d'acide borique, d'acide phénique, dans lesquelles les corps étaient immergés, mais il ne put empêcher par ces procédés la fermentation gazeuse de se développer.

Nous n'avons pas à parler ici des divers procédés par lesquels on a cherché à conserveries corps en pratiquant des injections de substances antiputrides dans les vaisseaux. Ces procédés d'embaumement ne sauraient être pratiqués dans les obitoires, parce que les recherches médico-légales exigent qu'aucune matière chimique ne soit mise au contact extérieur ou intérieur du cadavre. On conçoit, en effet, que dans les cas d'intoxication présumée les produits chimiques introduits dans le corps entraveraient l'expertise.

On s'est donc appliqué à conserver les cadavres de la Jlorgue en les plaçant dans des conditions physiques absolument contraires à la putréfaction. On a préconisé à cet effet divers procédés que nous allons examiner.

En 1877, M. Tellier a proposé d'appliquer ses appareils frigorifiques à la déshifection de la Morgue et à la conservation des corps qui pouvaient y être exposés. Une commission fut nommée dans le Conseil d'hygiène et de salubrité, et le 25 juin 1877 M. Devergie faisait un rapport détaillé de la dépense à laquelle l'administration serait conduite.

A cette époque, suivant M. Tellier, la réfrigération totale de la Morgue n'était pas réalisable, mais la réfrigération partielle des corps était très-facile. Elle devait s'opérer dans des caisses mtîtalliques recouvertes et fermées en avant par une double glace ou deux ghices séparées entre elles par une couche d'air, en donnant à ces coffres une inclinaison qui permettrait au public de voir les corps qui y seraient placés.

Douze coffres devaient être établis dans la salle d'exposition et quatorze dans ia salle de conservation des corps.

Il en résulterait par jour une dépense de 1500 kilogrammes de glace. Quant à l'estimation de la dépense générale, elle se décompose ainsi :

Machine produisant 20000 cubes en vingt-quatre heures.. . 22,o00 Ir.

Un générateur 5,000

12 coffres à 50 franco 600

14 mètres cubes d'isolation i,260

5 tablettes en tôle de 7 mètres sur 2 mètres 5,712

Tuyauterie, robinetterie 5,01)0

Imprévus 6,000

Total 49,072 fr.

La dépense d'un appareil pour conserver un corps s'élèverait au chiffre de 7000 francs.

Le Conseil a été vivement impressionné par cette dépense considérable eu présence de résultats encore inconnus. Il s'est demandé si ces sortes de coffres permettaient la vue des corps d'une manière suffisante.

Comme le fait justement remarquer M. Devergie, ce n'est pas la vue seule de la face souvent altérée par la décomposition putride, par des blessures faites dans une intention criminelle, qui suffit à établir la reconnaissance de l'individu. Ce qui fait reconnaître le corps, c'est tout son ensemble, sa structure

48 OBITOIRES.

générale, l'embonpoint, la maigreur, la conservation de ses parties, ce sont les taches de naissance, les tatouages sur les parties diverses, bras, poitrine, abdomen, puis et surtout les vêtements exposés au-dessus de lui, quelquefois les bijoux, porte-monnaie, qui lui sont personnels, la photographie. Dans un coflre la plus grande partie de ces détails sont masqués et souvent il n'en reste d'appréciable que la figure.

C'est en raison de cet ensemble de faits que le Conseil n'a pas cru devoir approuver le projet de M. Tellier.

Dans un second projet présenté à la fin de 1877, M. Tellier proposa un procédé plus simple et qui rencontra un meilleur accueil auprès du Conseil d'hygiène et de salubrité. Dans ce nouveau système, les corps, au lieu d'être placés dans des boîtes vitrées, sont maintenus sur des tables dans la grande salle d'exposition où se trouvent placés des agents frigorigènes nécessaires pour abaisser la tempémture de la salle. Kien n'est alors changé dans l'état actuel des corps de l'obitoire. Les cadavres restent sur une table exposés à la vue du public, et les vêtements sont laissés au-dessus de chaque corps.

Ce système ne diffère du reste en rien de celui adopté par M. Tellier pour la conservation des viandes dans le navire le Frigorifique.

Avant d'entrer dans les considérations qui ont fait adopter par le Conseil d'hygiène et la ville de Paris le projet de M. Tellier, nous allons exposer sommairement deux autres systèmes qui ont été proposés et qui méritent d'appeler l'attention.

Le pi'emier de ces systèmes est celui du docteur Bauer, de Zurich, qui a figuré à l'exposition de 1878.

Il représente un très- grand buffet à deux compartiments qui régnent sur toute sa longueur et en travers de l'appareil. Le compartiment supérieur est destiné au refroidissement de l'air par la glace; cet air y descend à 4 ou 5 degrés. Dans le second compartiment on met les corps à conserver.

A l'extrémité opposée à l'arrivée de l'air dans ce compartiment, une idée très-ingénieuse a été réalisée. On a construit un petit ventilateur à double effet ou deux ventilateurs joints l'un à l'autre ; le premier tourne dans un sens par l'arrivée de l'air, et il fait en même temps tourner le second dans un sens opposé. Le premier ventilateur reçoit l'air vicié, le second le dirige dans un tuyau d'échappement au dehors. De sorte que, sans aucune force mécanique pour faire marcher ces ventilateurs, l'air impur est écoulé au dehors de l'appareil.

L'autre appareil frigorifique proposé est celui du docteur Danet. Il a été de sa part l'objet de très-longues études et de très-longues expérimentations. M. Danet a d'abord étudié l'influence du froid sur les microzoaires et les microphytes ; il a été conduit à ce résultat qu'à une température de 5 degrés tout phénomène de vitalité disparaît chez eux et que, par conséquent, les phénomènes de putréfaction cessent aussitôt d'avoir lieu.

D'une autre part, il a cherché à établir l'influence de la glace sur la couche d'air qui l'avoisineet par conséquent l'épaisseur de la couche d'air dont l'humidité cesse d'être condensée à une épaisseur donnée. Il a vu que cette influence ne s'exerçait pas au delà de 2 millimètres et demi du contact de l'air avec la glace. Partant donc de ces deux principes, que les microzoaires et les microphytes d'une part et l'air de Tauf répétaient les causes de la putréfaction, M. Danet a imaginé l'appareil suivant :

OBITOIRES. 49

Soit une boîte en bois composée de deux parties, l'une verticale, l'autre horizontale, communiquant d'ailleurs largement entre elles. Dans la première, un nombre considérable de petits tubes en cuivre de 5 millimètres de diamètre et de 1 mètre de longueur, noyés dans de la glace et entourés d'une couche suffisamment épaisse de celle-ci. Toutefois, le diamètre des tubes augmente avec leur longueur et devient plus considérable. Ainsi, pour la Morgue, on aurait des tubes de 25 millimètres de diamètre pour 5 mètres de longueur. L'air extérieur entre dans ces tubes appelés par un courant établi à l'extrémité du compartiment horizontal. En traversant ces tubes, il y dépose l'humidité dont il est chargé et en descendant, par exemple, de 22 degrés, température de l'atmosphère, à 5 degi'és. Cette eau s'écoule dans un réservoir inférieur et se rend au dehors.

Quant à l'air refroidi à 5 degrés, il traverse le compartiment horizontal pour s'échapper par une petite cheminée d'appel placée à la paroi supérieure et alimentée par une lampe ou un bec de gaz.

Dans le compartiment horizontal existe, sur toute sa longueur, une claie ou support que l'on attire au dehors par l'extrémité du compartiment sur lequel, il se promène à l'aide de roulettes.

C'est sur ce support que l'on place les corps à conserver. Le système de M. Danet repose surtout sur l'existence d'un courant d'air desséchant. Cet air est privé de son humidité quand il arrive sur les matières à conserver, il les dessèche à la surface en très-peu de temps, et une fois la pellicule extérieure desséchée, les matières se conservent à l'intérieur, ce qui n'a pas lieu dans Vappareil Tellier.

Le Conseil d'hygiène a pensé que ce système, qui n'avait pas encore été expérimenté sur une grande échelle, ne présentait pas les garanties suftisantes, et il a donné la préférence au projet de M. Tellier. Ce projet résout en effet deux problèmes importants: i" désinfection de la salle d'exposition ; conservation des corps sans atténuer en rien les moyens par lesquels on les reconnaît. Ce sont là des avantages assez considérables pour que l'administration ne recule pas devant la dépense d'installation.

On ne peut opposer au procédé Tellier aucune objection théorique. Nous avons vu des pièces énormes de viande de boucherie ne présentant aucune trace de putréfaction après avoir été renfermés pendant six mois dans une chambre de réfrigération.

Nous ne pouvons, du reste, mieux faire, pour apprécier les résultats fournis par le système Tellier, que de citer quelques extraits du rapport lu à l'Institut, au nom d'une commission composée de MM. Milne-Edwards, Péligot, Bouley, rapporteur {Comptes rendus de F Académie des sciences, t. LXXIX, 1874, p. 759) : « Ces matières, dit le rapporteur, ont été des viandes de boucherie, des volailles, des pièces de gibier et des crustacés. Introduites fraîches dans la chambre froide, elles y demeurent exemptes de toute putréfaction, et si, lorsqu'elles sont mises en expérience, déjà la fermentation putride s'y était établie, ce mouvement s'arrête immédiatement.

« La durée de la conservation des matières organiques dans la chambre froide peut être considérée comme indéfinie au point de vue de la putrescibilité ; mais il n'en est pas tout à fait de même au point de vue de la comestibilité. Dans les quarante ou quarante-cinq jours, les viandes de boucherie conservées par le froid retiennent parlaitement leurs qualités comestibles. Il est même

BICT. ENC. 2° s. XIV. -i

50 OBlTOiRES.

vrai de dire qu'elles s'améliorent à ce point de vue pendant la première semaine,^ en ce sens que, tout en conservant leur arôme, elles acquièrent plus de tendreté et sont par cela même plus facilement digestibles, etc.

« Ces conditions sont telles que des pièces de volaille et de gibier restent imputrescibles quand bien même on les conserve entières, c'est-à-tlire sans en extrau-e les intestins. Malgré l'amas de matières fermentescibles que renferme l'appareil intestinal, aucun phénomène de putréfaction ne se manifeste, et le foie lui-même conseiTe ses qualités comestibles, quoiqu'il soit au voisinage immédiat de ces matières.

(( Tel est l'ingénieux procédé de conservation des matières organiques, ot pai'licuUèremenl des viandes de boucherie, dont M. Tellier a donné communication à l'Académie. Votre commission l'a reconnu efficace dans les conditions où elle l'a vu appliquer. Mais elle croit devoir faire toutes ses réserves sur les applications industrielles qui pourront en être faites. L'expérience seule peut prononcer sur sa valeur économique.

« Quel que soit l'avenir qui, à ce point de vue, puisse être réservé à ce procédé, votre commission vous propose d'adresser des remerciements à son inventeur, pour la communication très-digue d'intérêt qu'il a faite à l'Académie. »

Voici, d'une manière sommaire, comment on projeté dans la grande salle d'exposition des corps à la Morgue tout l'enserable de l'appareil Tellier :

1° Un vase métallique destiné à contenir l'éther méthylique. (On sait que l'emploi de l'éther méthylique pour la réfrigération est l'invention de M. Tellier, ingénieur civil.) Ce vase d'élher est mis en communication avec un compresseur qui, refoulant les vapeurs d'éther dans un condenseur, permet leur liquéfaction ; de là l'éther hquide passe dans un frigorifère, où se trouvent des tubes en cuivre qui contiennent du chlorure de calcium, substance qui sera refroidie jusqu'à 10 degrés sous zéro où elle reste encore à l'état liquide ; de là le chlonire refroidi se rend par une série de tuyaux dans de très-gros et trèslon"s cylindres qu'il remplit de liquide; ces cylindres agissent alors sur l'air contenu dans toute la salle, produisent le refroidissement, et ils l'amènent à 0 de- "ré. Dès lors, l'atmosphère de la salle d'exposition qui, d'ailleurs, se renouvelle constamment par l'abaissement de sa température, cède aux parois de ces larges tuyaux son humidité. Celle-ci s'y condense à l'état de gi\Te, et telle est l'importance de cette condensation à l'état solide, qu'il faut enlever le givre tons les jours dans les vingt-quatre heures.

Le chlorure de calcium fait retour par son système de tuyaux au frigorifique de l'éther méthylique, où il reprend sa température de 10 degrés sous zéro pour circuler de nouveau dans la tuyauterie qui lui est propre.

Il y a donc de produit dans le système Tellier deux points essentiels :

1° Un abaissement à 0 degré de la température de l'air de la salle oii se trouvent les corps ;

2° Une condensation de l'humidité de l'atmosphère sous forme de givre.

Tout cela s'opère dans la salle d'exposition des corps sans rien changer aux habitudes actuelles. La salle sera séparée en deux parties par un rideau en caoutchouc blanc ; la partie en vue du public contiendra en moyenne neuf tables sur lesquelles les corps seront exposés. Dans l'arrivée du plus grand nombre de corps, en été, la moyenne est de trois par jour, le nombre des tables répond à une exposition de trois jours pour chacun d'eux.

OBITOIRES. 51

Les vêtements seront exposés comme aujourd'hui au-dessus de chaque corps.

Dans le second compartiment postérieur |on pourra mettre douze tables, et •là les corps méconnaissables pour le public, dans la plupart des cas, seront conservés un temps variable suivant les besoins.

Le vitrage par lequel regarde le public sera doublé et même triplé avec espacement d'air entre chacun des vitrages.

Telle est la disposition générale du projet qui a été proposé à la Ville par M. Tellier.

Un autre système de réfrigération a été depuis présenté à la Ville et est en ce moment en voie d'étude. C'est le procédé de M.Giffard, qui consiste à produire la réfrigération par le déplacement de l'air. Quel que soit celui des deux procédés adoptés, il est certain aujourd'hui que le système de conservation des cadavres exposés par la réfrigération sera prochainement appliqué à la Morgue de

Paris. I

3 IV. Des modifica.tions et améliorations a apporter a la Morgue actuelle a Paris. Quoique bien supérieur aux autres établissements de ce genre existant en province ou à l'étranger, l'obitoire de Paris était encore susceptible d'un grand nombre d'améliorations. Outre les perfectionnements indispensables à apporter dans les systèmes de désinfection et de conservation des cadavres, cette institution demandait un grand nombre de réformes, surtout en ce qui concerne l'aménagement intérieur et l'enseignement pratique de la médecine légale.

Chargé en 1877, de faire des conférences pratiques de médecine légale à la Morgue, M. Brouardel avait été frappé de l'insuffisance des moyens mis à sa dispo ition pour la conservation des cadavres et la pratique des autopsies.

iJans un premier rapport en date du 15 juillet 1878, l'éminent professeur avait signalé à M. le garde des sceaux les desiderataqae présente l'organisation actuelle des expertises médico-légales à la Morgue. 11 avait insisté sur ce point que cette organisation compromet par son insuffisance les intérêts de la justice et la réputation des experts, il s'était appuyé sur les faits empruntés aux expertises qui lux avaient été confiées pour démontrer que les locaux et l'outillage scientifique ne correspondaient pas aux besoins.

Comme ces exemples avaient été choisis parmi des expertises qui avaient donné lieu à des débats judiciaires, le garde des sceaux a pensé qu'il était convenable de ne pas les livrer à la publicité. Mais il a prié M. Brouardel de lui adresser un projet de réforme de l'organisation des expertises médico-légales à la Morgue.

Pour satisfaire aux différentes nécessités du service des autopsies médicolégales d'un obitoire, il faudrait, d'après M. Brouardel :

1° Obtenir une conservation réelle des corps déposés à la Morgue ;

2° Organiser une salle d'autopsies ;

5° Créer une chambre de microscopie ;

4° Gréer une chambre de chimie ;

5° Réserver une chambre pour les expériences physiologiques, avec un petit chenil et une grenouillière ;

6" Disposer un emplacement pour les préparations anatomiques que l'on voudrait conserver, et pour les moulages ;

7° Former des collections de pièces anatomiques, de poisons, et y joindre quelques livres.

Nous allons successivement passer en revue chacun de ces points, et l'examen

Page 1