ONAGRE
Graines sans albumen. Cette série renferme, outre les Œnothères (Onagres), les Ludwigia [Jussiœa), Clarkia, Epilobiinn, Montinia et Fuchsia.
2. Gaurées. Fleurs régulières. Loges ovariennes (complètes ou incomplètes) uni ou biovulées. Ovules descendants, à micropyle intérieur et supérieur. Style à extrémité stigmatiiere peu profondément divisée ou entière, souvent indusiée à la base. Graines descendantes, solitaires ou peu nombreuses, avec ou sans albumen. Celte série ne renferme que trois genres, sans utilité au point de vue médical : les Gaura, lieterogaura et Gongyîocarpus.
3. Circées. Fleurs régulières, plus souvent irrégulières, 2-4-mères, à 2 étamines fertiles. Ovules 1-8, descendants ou ascendants. Style simple. Fruit sec. Graines sans albumen. Comprend entre autres les Circées et les Lopezia.
4. Trapées. Fleurs régulières, 4-mères, isostémones. Ovules descendants {ordinairement solitaires), à micropyle intérieur et supérieur. Style simple, à sommet capité. Fruit sec, indébisccnt, épineux. Graines sans albumen; embryon à cotylédons très-inégaux. Groupe formé du seul genre Mâcre [Trapa).
5. llaluragées. Fleurs régulières, 24-mèrcs, hermaphrodites ou polygames, souvent petites. Style à branches distinctes, en même nombre que les loges ovariennes, auxquelles elles sont superposées. Ovules solitaires, descendants, à micro|)yle intérieur et supérieur. Fruit finalement secî, indéhiscent. Graines
. albuminées. Cette série, conservée par plusieurs auteurs comme famille distincte, renferme les genres llaloragis, Loudonia, les \ ohnls-à' esiu {Myriophylliim), les Serpicula et les Proserpinaca.
6. Gimnérées. Fleurs régulières, polygames, petites, 2-3-andres. Style à deux branches. Ovaire uniloculaire, uniovulé. Fruit drupacé. Graine albuminurée. Kmbryon très-petit. Ce petit groupe ne comprend que le seul genre Gunnera.
7 . Uippuridées. Fleurs hermaphrodites ou unisexuées, monandres (exceptionnellement 2-rndres), unicarpellées. Style simple. Ovaire uniloculaire, uniovulé. Fruit drupacé, peu charnu, à noyau monosperme. Graine descendante, à albumen mince. Série formée du seul genre Peisse [Hippuris). H. Bn.
CiBLiocnAPHiE.— ExDL., Geii., 1188. — LiNDL., Veg. Kingd., 722, 724.— -Benth. et J. Hook. Geii., I, 785. — II. Dn, Hist. des plantes, VI, 458, Fam. 58. H. Bn.
o^VAGRE (Botanique). Nom vulgaire de VŒnoihera hiennis {voij. Œnothère).
OX'AGRE (Zoologie). Les anciens donnaient à l'Âne sauvage d'Asie {voy, le mot Jumentés), le nom d'Onagre (ovaypoç, Onagriis et Onager) qui sert encore aujourd'hui le plus souvent pour désigner cet animal.
L'Ane sauvage d'Asie est plus petit qu'un cheval ordinaire et même qu'une Iléraione; il a la tète presque aussi grosse que l'Ane domestique, mais ses oreilles sont moins longues, les jambes sont plus fines, son pelage plus soyeux, plus mou et d'une teinte plus claire, d'un gris ou d'un brun lavé de jaunâtre, avec une bande foncée sur la ligne dorsale et une ou deux bandes grises disposées transversalement sur la région scapulaire.
Cette espèce, que les Tartares appellent lùdan ou A'o»/a?î, habite les steppes de l'Asie centrale et descend dans ses migrations jusque dans l'hide et sur les bords du golfe Persique; autrefois même elle s'avançait, dit-on, jusqu'en Syrie et en Asie Mineure. Il n'est donc pas étonnant que les anciens en aient eu connaissance.
L'Onagre en effet se trouve déjà mentionné dans l'Ancien Testament, et il est considéré par Moïse comme distinct de l'Ane domestique avec lequel, dit-il, il ne doit pas être accouplé. Xénophon déclare avoir renconti'é des troupes nombreuses d'ânes sauvages sur les bords de l'Eupbrate, et les auteurs romains des derniers temps de la période impériale citent formellement l'Onagre parmi les quadrupèdes sauvages qui figuraient dans les jeux sanglants du cirque. Mais, chose curieuse, à partir de la chute de l'empire romain cette espèce tombe dans l'oubli, et il n'en est plus aucunement question jusqu'à ce que Pallas, au commencement de ce siècle, la retrouve en parcourant les frontières de l'empire russe et la signale de nouveau à l'attention des naturalistes.
Les Onagres vivent à la manière des Chevaux sauvages, en troupes plus ou moins nombreuses placées sous la conduite d'un ou plusieurs étalons. Comme les Chevaux aussi, ils se forment en cercle quand ils sont attaqués par les carnassiers, les mâles défendant avec courage les juments et les poulains qui sont placés au centre. Les steppes immenses, parsemés de flaques d'eau salée et couverts d'une végétation rabougrie, sont leur séjour [de prédilection; ils broutent les plantes amères ou salées, et dédaignent les herbes aromatiques et le chardon qui l'ont le régal des ânes domestiques. Leurs allures sont légères et gracieuses, et à la course ils peuvent, dit-on, défier le meilleur cheval. Comme leur vue, leur ouïe et leur odorat sont d'ailleurs d'une finesse extrême, ce n'est pas sans de grandes difficultés qu'on parvient à s'en rendre maître. Les Kirghises et les Persans font cependant une chasse des plus actives à ces animaux qu'ils prennent vivants dans des pièges afin de les réduire en domesticité ou qu'ils abattent à coups de fusil, pour obtenir leur chair, leur peau et leurs entrailles. La viande de l'Onagre est en effet fort estimée des Kirghises et passait déjà chez les Romains pour un mets délicat; son cuir sert en Boukharie à fabriquer des bottes souples et résistantes, ou convenablement préparé, donne cette ])eau de chagrin qui est si fréquemment employée dans l'industrie ; enfin la bile de l'Ane sauvage est considérée par les Persans comme un remède souverain pour les ophthalmies. E. Oustalet.
OiVAlX'lS^nE. La question de l'onanisme a été généralement confondue avec celle des excès sexuels. Ce sont cependant deux choses absolument distinctes. L'onanisme n'entraîne pas nécessairement des excès vénériens : considéré en lui-même, il n'est pas autre chose que la perversion du sens génital, et, pour en faire une étude complète, il faut y comprendre toutes les aberrations enfanlées par cette perversion. Ainsi limité, nul sujet ne mérite plus d'attirer l'attention du philosophe et du médecin : c'est une question d'hygiène sociale, qui, par bien des points, touche à la pathologie mentale.
Historique. Les anciens n'avaient pas, sur les choses de l'amour, les mêmes idées que nous : ils envisageaient l'onanisme avec la plus sereine indifférence. Aussi n'est-ce pas dans les ouvrages des médecins, mais dans ceux des poètes satiriques et erotiques, que nous pouvons trouver quelques renseignements. On fait remonter à Hippocrate la première mention des désordres qu'entraîne l'abus des plaisirs vénériens : « La phthisie dorsale vient de la moelle, elle attaque principalement les nouveaux mariés et les gens adonnés aux plaisirs vénériens » (VU, p. 79). Mais ces lignes d'Hippocrate se rapportent uniquement à l'abus du coït : elles n'ont rien à faire ici.
Galien hasarda quelques théories sur la continence, sur lesquelles j'aurai à
revenir. C'est là ce qui suffit à défrayer les commentateurs du moyen âge qui, eux aussi, n'envisagèrent guère que l'un des éléments de la question, celui des excès.
Au dix-liuitième siècle seulement, l'onanisme prend une importance considérable. Un livre intitulé VOnania, du à un Anglais du nom de Bekkers, et traduit en allemand par Bœrne, avait eu un retentissement énorme. A l'époque où Voltaire écrivait son Dictionnaire philosophique, VOnania en était à sa 80"^ édition. Tissot s'inspira de cet ouvrage quand il écrivit son Traité de l'onanisme (17G0), et cependant voici en quels termes il juge son modèle : « C'est un vrai chaos, l'ouvrage le plus indigeste qui se soit écrit depuis longtemps. On ne peut lire que les observations ; toutes les réflexions de l'auteur ne sont que des trivialités théologiques et morales » (p. 490). L'ouvrage de Tissot parut d'abord en latin; l'auteur lui-même le traduisit plus tard en français (1764). Nous avons peine à nous expliquer l'influence prodigieuse que ce livre a eue, non seulement sur le public, mais encore sur les médecins de son temps : l'œuvi'c n'est pas de celles qui s'imposent. Ecrit dans ce style déclamatoire que Rousseau avait mis à la mode, et qui donne le ton à la littérature de l'époque, le Ti^aité de Vonanisme est empreint d'une exagération qui fait sourire. Si l'on admire la bonne foi et les excellentes intentions de l'auteur, on reste stupéfait devant la candeur naïve avec laquelle il accueille les faits les plus disparates. Dans son ardeur à combattre l'onanisme, il'a perdu tout esprit de critique. Telle cependant a été la destinée de ce livre singulier, qu'il a été réimprimé un nombre infini de fois, qu'on l'a traduit dans toutes les langues. Aujourd'hui même, il existe, à l'usage des gens du monde, une littérature qui encombre la vitrine des libraires et qui n'est que la reproduction ou la paraphrase du Traité de Vonanisme de Tissot.
Il serait intéressant de rechercher ce qui, au dix-huitième siècle, a provoqué cette levée de boucliers contre l'onanisme. Ce vice était-il devenu si commun et si inquiétant? Assurément, le dix-huitième siècle ne passera jamais pour un siècle vertueux ; mais, s'il a été corrompu, il y a eu avant lui, et sans qu'il faille remonter à la décadence romaine, des périodes où les mœurs étaient bien autrement dissolues ^.
Je croirais plus volontiers que l'ouvrage du médecin de Lausanne dérive de cette effervescence d'utopies généreuses dont le dix-huitième siècle semble avoir le monopole : on dirait un chapitre de VÉniile. Chez Tissot, le médecin
* Il est toujours facile de jeter l'anathème à un pays ou à un siècle, et de lui attribuer la palme de la corruption. En y regardant de près, on est obligé de reconnaître que le vice contre nature a été de tous les temps. Le dix-Luitième siècle ne valait pas grand'cliose ; soit. Mais les siècles précédents valaient-ils mieux? Grâce à l'obligeance d'un de mes parents, bibliophile distingué, j'ai eu entre les mains le livre du fameux Sanchez «. de Matrimonio »; j'ai parcouru quelques sermonnaires des quinzième et seizième siècles (Jean d'Aquilée, Savouarola, Cherubino di Spoleto, etc.); le thème favori des prédicateurs c'est la sodomie, la bestialité, les aberrations les plus monstrueuses. Il faut en conclure que ces vices étaient fréquents ; ils avaient dû se révéler au confessionnal. Où Sanchez aurait-il pris la richesse prodigieuse de détails qu'il a consignés dans son livre ? Le dix-septième siècle lui-même, celui que l'on est convenu d'appeler le grand siècle, est-il donc si pur ? Qu'on lise dans VHistoire amoureuse des Gaules le chapitre n, que Bussy-Rabutin intitule : « la France devenue italienne » : l'on verra quels eitroyables scandales se passaient à la cour même du Grand Roi, et parmi les gens de la plus haute noblesse , parmi même les membres de la famille royale! Que dirait-on de notre époque, s'il fallait la juger d'après ce que nous ont révélé quelques procès trop fameux ? Sachons le reconnaître : l'onanisme est une de ces maladies morales avec lesquelles l'humanité est obligée de vivre, — maladie généralement isolée, sporadique, — mais qui peut aussi se généraliser et devenir épidémique.
était doublé du piétiste : dans l'onanisme, il combat le péclié au moins autant que l'acte préjudiciable à la sauté. De là une véhémence qui l'entraîne à une exagération d'autant plus fâcheuse, qu'elle lui fait manquer le but. Je doute que beaucoup d'onanistes aient été guéris de leur funeste habilude par les peintures effrayantes qu'il s'est plu à accumuler.
C'est du reste un fait général, curieux à signaler. Ouiconque a écrit sur ce sujet a été entraîné, en quelque sorte fatalement, à forcer la note, à assombrir le tableau, à généraliser, outre mesure, des accidents qui n'ont ni la gravité, ni la fréquence qu'on a voulu leur attribuer.
L'exagération que je signale chez Tissot, on la retrouve, à près de quatrevingts ans d'intervalle, dans un livre qui, lui aussi, eut un retentissement immense, mais qui, il faut le dire, le méritait davantage par son caractère plus précis et plus scientifique : je veux parler du traité de Lallemand sur les Pertes séminales involontaires. Après Tissot, toutes les maladies chroniques dérivaient de l'onanisme; pour l'école de Lallemand, leur étiologie se résumait dans les excès sexuels et les pertes séminales.
Toute l'histoire de l'onanisme tient dans ces deux ouvrages. Il faut y joindre quelques articles de dictionnaire, quelques chapitres épars dans les différents traités de physiologie, d'hygiène, de pathologie, et enfin toute une série de petites brochures, d'opuscules, qu'il est impossible d'énumérer et qui. ne sont que la monnaie de Tissot et de Lallemand.
Je voudrais ramener le question de l'onanisme à de justes proportions, l'étudier d'une manière rigoureusement scientifique. Tâche d'autant plus difficile qu'il s'agit, comme le disait Tissot, « d'exprimer des images dont les termes et les expressions sont déclarés indécents par l'usage ».
« Nous prononçons hardiment tuer, desrobber, trahir; et cela, nous n'oserions qu'entre les dents », (Montaigne, Essais, lil, chap. Y).
Quand le père Sanchez écrivit son traité de Matrimonio, il ne recula devant aucun détail ; aussi « la témérité qu'il eut d'y expliquer une multitude incroyable de questions sales et horribles, produisit 'de grands désordres ». (Bayle, Diction., art. Sanciiez). Je tâcherai d'éviter cet écueil ; mais pourtant, comment appporter quelque précision dans un sujet trop souvent abandonné à la fantaisie, à moins d'entrer dans les détails?
Définition. Oncniisme vient de Onan, dont l'histoire est racontée au xxxvni° chapitre de la Genèse : Her, premier-né de Juda et mari de Thamar, étant mort, son frère Onan devait, d'après l'ancienne loi des Phéniciens et des Egyptiens, épouser la veuve. Mais Onan haïssait la mémoire de son frère et, ne voulant pas s'exposer à avoir de son union avec Thamar un fils qui porterait le nom de lier et qui serait le chef de la famille, il est dit qu'il jetait sa semence par terre.
Voltaire, qui raconte cette histoire d'une manière fort spirituelle et fort plaisante dans son Dictionnaire philosophique, remarque qu'il faudrait savoir si c'est dans la copulation avec sa femme qu'il trompait ainsi la nature, ou si c'est au moyen de la masturbation qu'il éludait le devoir conjugal.
L'étude du texte biblique démontre que l'acte d'Ouan ne constituait pas la masturbation proprement dite, mais qu'il n'opérait que la première partie de l'acte conjugal, qu'en un mot il fraudait, selon l'heureuse expression du docteur Bergeret; ou, comme disent les casuistes : « ejaculabat extra vas ».
C'est du reste la définition adoptée par les théologiens : « Onanismiis, dit le
56i2 ONANISME.
R. P. Nardi, ab Onan sicdictiis, definitur : Effusio seminis extra vas per voliintariam et violentam copidœ interruptionem ad generationem impediendam » .
Le terme onanisme est donc élymologiquement impropre ; mais il a passé dans l'usage, il a pris une signification que tout le monde admet et comprend, si bien qu'il est presque oiseux de chercher à l'expliquer. On l'a cependant essayé.
Schwartz, qui, en 1815, a soutenu devant la Faculté de Strasbourg une thèse sur l'onanisme, dit que c'est « une habitude funeste, suivie d'une évacuation contre nature de la liqueur spermatique, provoquée par des attouchements ou par l'effet d'une imagination ardente » .
Il est inutile de faire ressortir que cette formule est incomplète, qu'elle ne s'applique ni ù l'onanisme chez la femme, ni à celui chez les enfants.
Pour Robin et Littré {Bict. de Nysten, 15' édit., 1873) « la masturbation est une excitation des organes génitaux avec la main, d'autant plus dangereuse que l'on a incessamment la possibilité de s'y livrer ».
C'est à peu près ce que dit Littré dans son Grand dictionnaire. On voit que de cette façon on n'envisage que l'une des formes de l'onanisme, celui que l'on pratique avec la main, et qui a reçu le nom de Masturbation {manu stuprare). Or, l'onanisme se prati([ue également dans d'autres conditions, sans l'intermédiaire de la main, et alors, à proprement parler, ce n'est pas de la masturbation.
L'une des définitions les plus complètes est celle du docteur Pouillet : « L'onanisme est un acte contre nature, fait à l'aide d'un organe vivant (main, langue), ou d'un instrument quelconque (étui, priape), dans le but de provo(|ucr le spasme vénérien ; que cet acte soit solitaire ou exécuté en commun ».
Je crois qu'on peut rendre cette formule plus simple et plus concrète. Si en effet nous étudions le coït, non seulement chez l'homme, mais dans toute la série animale, nous voyons qu'il s'accompagne, chez tous les êtres, d'une sensation voluptueuse extrèrriement vive, à laquelle on a donné le nom d'orgasme vénérien. Dans les conditions normales, pour que cet orgasme se produise, il faut le concours des deux sexes ; il faut que l'organe du mâle soit introduit dans les organes de la femelle. L'onanisme consiste à provoquer l'orgasme vénérien sans qu'il y ait coït; on peut donc dire que c'est « l'ensemble des moyens employés par l'un ou l'autre sexe pour produire l'orgasme vénérien, artificiellement, en dehors des conditions du coït normal » .
Cette définition, absolument générale, comprend non seulement la masturbation, mais encore toutes les aberrations génitales, telles que la pédérastie, la sodomie, la bestialité, etc. Toutes ces aberrations dérivent, à mon sens, de la même source et devraient rentrer dans une seule description. Mais, pour me conformer à l'usage, je laisserai de côté la pédérastie qui aura un article spécial dans ce dictionnaire.
L'onanisme a une synonymie extrêmement riche : masturbation, manustupration, mastupration, manuélisation, vice manuel, chéiromanie, péché d'Onan, vice contre nature, vice solitaire, habitude solitaire, etc. ; chez la femme, tribadisme, clitoridisme, lesbianisme, etc., sans com^jter les expressions populaires qui ne sauraient trouver place ici.
Causes. Un fait indéniable, c'est l'universalité de l'onanisme. Tous les peuples, ceux que nous ne connaissons que par l'histoire, aussi bien que ceux qui sont nos
ONAMSME. 5G.'>
contemporains, ont payé leur tribut à l'aberration génitale. C'est que l'onanisme a, chez l'adulte, une cause essentielle, absolument générale : le défaut de satisfaction des instincts génitaux. Partout où il y a une agglomération d'hommes jeunes, vigoureux, mis, par une circonstance quelconque, dans l'impossibilité de se satisfaire, l'onanisme apparaît avec toutes ses variétés. Armées en campagne, matelots isolés sur leurs navires, tous payent leur tribut à cette loi fatale. Si l'onanisme est répandu dans nos prisons, dans nos bagnes, dans nos pénitenciers, c'est moins à cause de la dépravation de leur population, qu'en raison de ce besoin de satisfaction universellement répandu. G'estpour cela aussi que l'onanisme est fréquent dans nos asiles d'aliénés, en dehors de toute cause pathologique spéciale. Dans nos colonies où manque l'élément féminin, il ne tarde pas à apparaître. Un témoin oculaire a pu écrire que « le soufre et le feu qui détruisirent Sodonie et Gomorrhe seraient à peine suffisants pour purifier la Nouvelle- Calédonie de ses souillures ». {Temps, 17 juillet 1879). L'onanisme sévit parmi ces milliers de Chinois qui quittent leur pays pour aller en Californie et qui, par préjugé religieux, ne s'allient pas aux nations au milieu desquelles ils vont s'établir, et ne consentent pas non plus à y installer des femmes de leur pays et de leur race.
Des causes identiques peuvent pousser la femme aux manœuvres solitaires : il ne faut pas s'étonner que l'onanisme soit si fréquent dans les harems de l'Orient. U faut malheureusement aussi le reconnaître : beaucoup de femmes, et même des femmes mariées, se livrent à l'onanisme, pour s'éviter les peines et les fatigues de la maternité.
Voilà donc la cause primordiale de l'onanisme, cause tellement universelle que l'onanisme a certainement existé de tous les temps, chez tous les peuples, sous toutes les latitudes ; cause tellement indépendante de tout élément accessoire, que c'est elle aussi qui déteimine l'onanisme chez les animaux.
Voltaire croyait que l'espèce humaine et celle des singes sont les seules qui tombent dans ce défaut contraire au vœu de la nature : Voltaire se trompait.
« Les cerfs en rut, qui ne trouvent point de femelles, se frottent contre les arbres, pour déterminer la sortie du sperme. Les étalons et les baudets se frappent le ventre de leur membre génital jusqu'à ce qu'il s'en suive une éjaculation, et les juments se frottent contre tous les obstacles qu'elles peuvent rencontrer, dardant assez souvent alors un mucus blanc et visqueux.
« On a vu des chameaux et des éléphants se livrer à l'onanisme.
« Blumenbach a observé ce phénomène sur des chiens et sur un ours, qui, ayant perdu sa femelle, vit un autre couple s'unir non loin de lui. 11 est surtout ordinaire chez les singes. » (Burdach, V, p. 55.)
Montègre (art. Continence du Dict. des se. méd.) rapporte des faits semblables. Il suffit d'observer nos animaux domestiques : si on les met dans l'impossibilité •de s'accoupler, ils cherchent, par tous les moyens, à assouvir leurs appétits. « Tant il est vrai que dans la série immense des êtres qui s'étendent de l'homme à la brute la plus grossière, tons sont mus par un sentiment commun, la volupté! )) (Montègre). Tout l'orgueil de l'homme ne l'empêche pas d'êtresoumis aux lois de la nature. Encore l'animal ne cherche-t-il à se satisfaire que pendant la période du rut, « l'homme seul fait l'amour en tout temps. »
En faut-il conclure que la continence soit chose absolument impossible, et que tous ceux qui sont privés de rapports sexuels, arrivent facilement à l'onanisme? Je n'irai certes pas jusque-là. Je suis persuadé que, chez l'adulte bien
364 ONAMSMEi
portant, il y a tout avantage à ce que la fonction génitale s'exerce à l'instar des autres fonctions; j'y vois même une des conditions de la santé. Mais la fonction génitale n'est pas indispensable à l'existence de l'individu. L'individu peut vivre sans se reproduire. Si l'existence de l'individu, ou seulement sa santé, était forcément compromise par la continence, celle-ci n'aurait pas pu être recommandée et exaltée à titre de perfection religieuse : dans presque toutes les religions on trouve en effet cette singulière idée que c'est rendre hommage à la Divinité que de s'abstenir du coït.
La continence absolue est donc possible. Elle est même relativement facile à ceux qui ne l'ont jamais enfreinte, car pour l'appareil génital comme pour tous les autres appareils organiques, moins il est sollicité, moins il est impérieux. Mais c'est tenter le ciel que de l'imposer à des êtres jeunes, bien portants, sans cesse exposés à toutes les séductions. Un vieux chanoine italien affirmait à Courier qu'il avait été fidèle à son vœu de chasteté, « mais, ajouta-t-il, pour passer par les mêmes épreuves, je ne voudrais pas revenir à l'âge de vingt ans (il en avait soixante-dix). J'ai souffert. Dieu le sait et m'en tiendra compte, j'espère, mais je ne recommencerais pas. » (//"= Réponse aux anonymes.)
La. cause essentielle de l'onanisme étant l'impossibilité de se livrer au coït, il s'ensuit que, si cette cause était la seule, l'onanisme ne s'observerait que chez l'adulte, il ne serait jamais qu'un fait passager, accidentel, un expédient pour tromper la nature ; il ne pourrait dégénérer en habitude. Il n'en est pas ainsi : l'onanisme s'observe dans les conditions les plus diverses, et notamment dans l'enfance. Chez l'enfant, l'onanisme ne peut jamais être un besoin delà nature; ce n'est qu'un besoin artificiel, je dirai même contre nature. Si cependant il est si fréquent, c'est uniquement parce que l'acte onanistique s'accompagne d'une vive jouissance, que l'enfant cherche machinalement, inconsciemmment, à reproduire.
On a vu des enfants très-jeunes, de deux, trois, cinq ans, se masturber. Ce sont les nourrices qui le leur ont appris, quelquefois même sans mauvaise intention : elles chatouillent l'enfant pour lui procurer une sensation agréable, qui l'empêche de crier.
J'ai eu, dans ma clientèle, un petit garçon de trois ans, vif, éveillé, qui, tout d'un coup, sans cause apparente, devint triste, pâlit et se mit à dépérir. On découvrit que sa bonne lui avait enseigné les pratiques solitaires.
Deslandes raconte un fait plus abominable : un enfant qu'on avait pourvu d'une nourrice jeune et vigoureuse, dépérissait chaque jour. Les parents affligés cherchaient en vain la cause de cet état ; on finit par le découvrir, mais oii trouver des mots pour exprimer leur surprise et leur colère, quand ils trouvèrent cette malheureuse exténuée, sans mouvement, avec son nourrisson qui cherchait encore, dans une succion affreuse et inévitablement stérile, un aliment que les seins auraient pu seuls donner! (Deslandes, p. 516.)
Quelques enfants y arrivent par hasard : ils se grattent, se frottent les parties génitales ; ils éprouvent un sentiment de volupté et ils recommencent. Comme le fait observer Michel Lévy dans son Traité d'hygiène, la conformation même des parties sexuelles, leur saillie chez les garçons, leur déhiscence chez les filles, facilitent singulièrement ces manœuvres.
Somme toute, cependant, ces faits sont rares ; les parents qui s'occupent de leurs enfants s'aperçoivent bien vite du mal, et en empêchent facilement le retour.
ONiMSME. 365
Plus tard, vers l'âge de dix à quinze ans, l'onanisme est plus fréquent. Les sens s'éveillent. L'enfant commence à connaître la différence des sexes. Il éprouve des sentiments nouveaux, indéfinissables...; il se trouve alors uu camarade plus avancé qui instruit ceux qui sont encore ignorants. Aussi l'onanisme est-il la plaie des internats de garçons, des pensionnats de jeunes filles. Et il faut malheureusement reconnaître que l'organisation de nos internats laisse bien à désirer! Tissot raconte que « tout un collège trompait quelquefois, par cette manœuvre, l'ennui, et chercliait à éviter un sommeil que leur inspiraient les leçons d'une métaphysique scolastique, qu'un très-vieux professeur leur faisait en dormant » (p. 509).
C'est encore Tissot qui rapporte, au dire de Zimmermann, qu'on avait découvert dans une ville qu'une société entière de garnements de (juatorze à quinze ans s'était réunie pour la pratique de ce vice, et toute une école en était infectée.
Généralement ces pratiques cessent avec l'âge : l'adolescent en conçoit un profond dégoût, et il cherche à éteindre ses ardeurs par l'exercice normal de la fonction génitale. Mais il est certain que l'onanisme reste une habitude pour un grand nombre d'adultes auxquels rien ne serait plus facile que la satisfaction normale du besoin génésique. Pourquoi cette tendance à dénaturer, à raffiner la jouissance sexuelle? L'attrait invincible que l'espèce humaine éprouve pour l'alcool, le tabac, l'opium, le haschisch, l'éprouve-t-elle également pour l'aberration génitale? Quand on songe que l'onanisme est un fait qui, chez certains peuples, à certaines époques, a passé dans les mœurs, qu'il est devenu une coutume banale, on se demande s'il n'y a pas là un vice latent, caché dans les profondeurs de la nature humaine, que la moindre provocation surexcite et amène au grand jour?
Sans doute, il est de ces perversions qui seront toujours maladives, qu'on n'observera jamais que comme des exceptions, des monstruosités : telles la bestialité, les violences de cadavres*. Mais il en est d'autres qui, en raison de leur universalité, paraissent tenir à des causes générales ou individuelles ; ce sont ces causes que nous avons à examiner.
D'une façon absolue, je crois que l'onanisme est bien plus répandu chez l'homme que chez la femme, et qu'il est bien plus facile à celle-ci de rester sevrée des plaisirs vénériens. Abstraction faite de toute cause accessoire, telle que l'éducation, la moralité plus grande et la vie plus retirée de la femme, il me semble qu'il est à cela une cause plus générale : c'est que dans toute l'échelle animale, la femelle reste plus ou moins passive dans l'acte sexuel ; le mâle seul est actif et agressif. Aussi ai-je peine à croire, même après le témoignage autorisé du docteur Guillemeau (PoJijgénésie), qu'il existe àPatani, dans la presqu'île de Malacca, une peuplade oii les rôles soient intervertis, et où les hommes soient obligés de porter des ceintures pour se garantir des attaques des femmes.
Ce que l'on appelle le tempérament erotique, en d'autres termes la prédominance de l'instinct et des appétits sexuels, se rencontre chez la femme aussi bien
' Et cependant on lit dans Hérodote (liv. II, Lxsxrx) : Quant aux femmes de qualité, lorsqu'elles sont mortes, on ne les remet pas sur-le-champ aux embaumeurs, non plus que celles qui sont belles et qui ont été en grande considération: mais seulement trois ou quatre jours après leur mort. On prend cette précaution, de crainte que les embaumeurs n'abusent du corps qu'on leur confie. On raconte qu'on en prit un sur le fait avec une femme morte récemment, et cela sur l'accusation d'un de ses camarades (Mœurs des Égyptiens). C'est Hérodote aussi qui raconte [V, xcn) que Périandre, tyran de Corinlhe, avait joui de sa femme après sa mort.
366 ONAMSME.
que chez l'iiomme, mais peut-être plus rarement. Par contre, en raison même de l'organisation nerveuse de la femme, lorsque ce tempérament existe chez elle, il la domine plus complètement, et l'on s'explique ainsi les débordements de ces femmes dont Messaline est restée le type, Messaline qui pouvait bien être « lassa la sed non satiata ».
On admet que le climat exerce une action puissante sur les manifestations de l'instinct génésique, et l'on a toujours attribué aux peuples du Midi, dont la vie est plus focile que celle des peuples du Nord, une grande propension à l'amour. Il doit y avoir du vrai dans cette assertion. Mais l'influence du climat n'a-t-elle pas été exagérée? Nous voyons, sous la même latitude, des nations très-dépravées, à côté d'autres qui le sont beaucoup moins. Chez les Samoyèdes, enfermés dans leurs huttes pendant de longs mois d'hiver, on observe les mêmes vices, le même dévergondage, que chez les races les plus corrompues du Midi. Enfin le même peuple, aux différentes époques de son histoire, présente, sous le rapport des mœurs, les différences les plus considérables. Je ne crois pas que dans les siècles les plus brillants de Home ait existé la pureté de mœurs, la chasteté, qu'une rhétorique trop complaisante se plaît à nous vanter; cependant la corruption ne s'y est généralisée, n'a dépassé toutes les bornes, qu'à l'époque des Césars : le climat n'avait pas varié. C'est qu'à côté du climat, il y a une foule d'autres causes dont l'action n'a pas été appréciée.
La religion, les pratiques du culte, ont souvent amené la dépravation génitale. Partout les religions de la nature ont poussé la dévotion jusqu'à l'immoralité la plus dévergondée. Divinisant le corps, faisant de l'amour un Dieu, elles élevaient des temples à Vénus, à Adonis, à Astarté, et ces temples devenaient le théâtre d'effroyables débauches. S'il faut en croire Hérodote, les Babyloniens avaient une loi qui forçait chaque femme d'aller une fois en sa vie au temple de Vénus et de s'y livrer à un étranger. Pareille coutume existait chez d'autres peuples. Ce qu'étaient les Bacchanales, les Saturnales, les mystères d'isis, nous pouvons le supposer d'après les mystères que célèbrent encore de nos jours dans leurs temples certaines castes Hindoues, et dont Jacolliot nous a retracé le tableau.
On divinisait même les organes génitaux : « Les plus sages matrones, à Rome, estoient honorées d'offrir des fleurs et des couronnes au dieu Priapus, et sur ses parties moins honnestes faisoit-on seoir les vierges, au temps de leurs nopces. )) (Montaigne, Essais, L. 111, ch. V). Aujourd'hui même les paysannes de la Campanie portent en guise d'amulettes de petits phallus en métal. Dans quelques villages du Poitou la tradition s'est conservée de faire à certaines époques de l'année des pâtisseries en forme de Phallus, et, par une singulière vicissitude, ces pâtisseries se montrent à certains jours de fêtes chi'étiennes (Jeannel, p. 85).
Qu'y avait-il, primitivement, au fond de toutes ces pratiques? Un hommage au Créateur, adoré dans ce qu'il a fait de plus admirable, dans la fonction génératrice, dans la faculté, si libéralement accordée par la nature à tous les êtres, de se reproduire. Insensiblement l'hommage dévie, et fait place à la dépravation la plus complète. Il en est toujours ainsi, et la déviation est d'autant plus rapide que le culte est plus naturel.
Mais l'instinct religieux, même le plus pur, le plus spiritualisé, est facile à dévoyer, et mène fatalement à l'exaltation erotique. Burdach en a fait la remarque : n Les sensations que la faculté procréatrice détermine, dans la marche naturelle
de son développement, s'élèvent enfin jusqu'au sentiment de l'Être suprême et qui enibi'asse tout. » (V, p. 51). Tous les philosophes, tous les médecins, ont été frappés du lien étroit qui relie l'exaltation religieuse à la perversion erotique. Cousin a montré que le mysticisme n'est jamais plus près des sens que lorsqu'il croit en être très-loin. On connaît les visions de sainte Thérèse, de Marie Alacocque; elles ne diffèrent en rien de celles qui venaient troubler dans leur solitude les anachorètes de la Thébaïde.
Grande est l'inlluence de certaines institutions sociales : la polygamie, l'esclavage. Elles ont pour résultat, chez l'homme, la satiété, le mépris de la femme; chez la femme, la perte du sentiment, de sa dignité, l'ignorance, la réclusion. Elles facilitent de toutes façons les pratiques de la débauche la plus raffinée.
Dans l'ancienne Grèce, certaines écoles philosophiques poussaient très-loin le mépris de la femme, qu'Aristote considérait comme une irrégularité de la nature; elles préféraient l'onanisme aux rapports sexuels. Oa était en outre poussé aux manœuvres onanistiques par les théories médicales régnantes. D'après ces théories, que Galien nous a conservées, le sperme devait être considéré comme une chose nuisible, dont il y avait nécessité de débarrasser le corps. Et Diogène, qui affectait de ne faire aucun cas des faveurs que lui prodiguaient les plus belles femmes de son temps, se satisfaisait honteusement dans la rue, au milieu de la foule. Beaucoup d'honnêtes gens, contemporains du Cynique, imitaient sa conduite, « non ob voluptatem, dit Galien, sed ut ab impedimento « prseservai'entur » (Briquet).
La non-satisfaction des désirs vénériens était considérée, chez la femme, comme la principale, et même la seule cause de l'hystérie : les matrones avaient inventé, pour la guérir, les diverses manœuvres connues sous le nom de confricationde la vulve: ce n'est pas autre chose que de l'onanisme.
Il est une cause, à mon avis, très-importante, que Jeannel seul a mise en relief, c'est \& vêlement. « On n'a peut-être pas assez remarqué, dit-il, le rapport qui s'établit entre la pureté des mœurs et le vêtement des peuples. Chez nous, le vêtement des hommes est une entrave aux entreprises, celui des femmes un rempart; c'est un commencement de séparation matérielle. Les agrafes et lesboutons, les corsets et les pantalons, remplacent les gardiens et les harems. » (P-71).
Est-il nécessaire de réfuter la vieille thèse qui, depuis Bousseau, a défrayé tant de rhéteurs, et qui fait de la civilisation la grande coupable, la grande corruptrice? La civilisation est chose complexe, et son influence n'est pas aussi simple qu'on pourrait le croire. Elle suppose, non-seulement le perfectionnement des conditions matérielles de l'existence, mais encore un développement intellectuel et moral aussi complet que possible. Et s'il est vrai que les aberrations génitales soient fréquentes chez ceux qui ont pu profiter de tous les avantages, matériels et moraux, de la civilisation, on les rencontre encore bien plus souvent chez ces malheureux déshérités, qui, même au milieu des civilisations les plus parfaites, restent voués à la misère et à l'ignorance. Les exemples d'onanisme les plus curieux et les plus monstrueux se rapportent à des individus sans culture. Les passions sont les mêmes à tous les degrés de l'échelle ; les causes qui les surexcitent varient : en haut c'est la satiété, le dégoût ; en bas la misère, la promiscuité. Mais en haut comme en bas, la grande coupable c'est Voisiveté : n la lubricité, dit Burdach, tient plus au vide de la tête qu'à la
plénitude des testicules » ; et notre vieux Montaigne ne manque pas de remarquer que « si on n'occupe les espiùts à certain subjectqui les bride et contraigne, ils se jettent desreglez, par cy par là, dans le vague champ des imaginations, et n'est folie ny resverie qu'ils ne produisent en cette agitation. » (f, cli. viii). La différence, s'il y en a une, c'est peut-être simplement qu'au bas de l'échelle il y a plus de sans-gène, de cynisme; en haut, plus de raffinement, plus d'hypocrisie.
L'imitation joue un rôle considérable : livres, romans, dessins, tableaux, statues, ont servi de tout temps d'initiateurs obscènes. Les peintures découvertes à Pompcï ne le cèdent en rien aux dessins que Jules Romain avait faits pour i'Arétin, ou aux cartes transparentes, aux photographies microscopiques, dont il se fait de nos jours un commerce clandestin si étendu. Le théâtre était dans l'antiquité, et est encore de nos jours, chez certains peuples, une école d'immoralité. Ivaragheuz, le bouffon populaire des Turcs, ne recule sur la scène devant aucun geste, devant aucun acte obscène ; et le théâtre chinois n'est guère moins licencieux. Combien cette influence de l'imitation est puissante, nous en jugeons par l'aveu naïf que fait Gilles de Rays au cours de son procès : « Estant d'aventure, dit-il, dans la librairie dudit château, je trouvai un livre latin de la vie et des mœurs des Césars de Rome, par un savant historien qui a nom Suetonius ; ledit livre estoit orné d'images fort hkn peintes, auxquelles se voyoient les déportemens de ces empereurs païens, et je lus en cette belle histoire comment Tiberius, Caracalla et autres Césars, s'esbattoient avec des enfants, et prenoient singulier plaisir à les martyriser. Sur quoi je voulus imiter lesdits Césars, "et le même soir je commençai a ce faire en suivant les images de la leçon et du livre. » {Procès du maréchal Gilles de Rays, in Curiosités de Vhistoire de France, par L. Jacob, Paris, 1858).
Telles étant les causes générales de l'onanisme, il est clair que nul n'échappe entièrement à leur action, et je crois au total qu'il n'y a guère d'individu qui, à un moment donné, n'ait pratiqué les manœuvres sohtaires. Mais ceux chez qui ces manœuvres deviennent une habitude sont rares, et, quand cela arrive, il y a en jeu des causes individuelles.
On peut dire d'une manière générale que tout ce qui surexcite la sensibilité génitale, provoque les désirs vénériens, et devient une cause indirecte de l'onanisme. Car, du moment que le désir est éveillé, l'individu cherche à le satisfaire, d'une façon ou de l'autre. Ainsi une nourriture excitante, l'équitation, la station assise prolongée, l'usage des machines à coudre chez la femme \ la constipation habituelle, etc., peuvent devenir des causes indirectes de l'onanisme, soit en déterminant une congestion habituelle vers le bassin et consécutivement vers les parties génitales, soit en produisant des frôlements, des excitations mécaniques, sur les organes sexuels.
D'autres causes sont réellement pathologiques. On a répété à satiété que l'onanisme est souvent le résultat de l'irritation ou de l'inflammation de la peau ou de la muqueuse des organes génitaux. L'eczéma, le prurigo, le lichen, l'herpès, l'intertrigo, le prurit de la vulve, les affections parasitaires, telles que la gale, les ascarides vermiculaires échappés du rectum et venus dans les organes génitaux, la présence de calculs dans la vessie chez les enfants,
* Annales d'hygiène et de médecine légale, 18G7, t. XXYIII, p. 420; — 1870, t. XXXIV, p. 334.
ONAMSME. 369
toutes les affections eu un mot qui s'accorapaynent de démangeaisons, et excitent le malade à se gratter, à se frotter, passent pour exciter à l'onanisme.
C'est une opinion tellement répandue qu'elle semble établie sur des preuves certaines ; et pourtant je la crois très-exagérée. A propos du prurit de la vulve, Fleelwood Churchill remarque qu'il produit une souffrance extrême, et telle que la malade ne peut résister au besoin de se gratter. 11 ajoute que, dans les cas graves, quand les parties sont très-douloureuses, il lïy a pas d'excitation géiiésique, il y a des sensations d'une tout autre nature {Maladies des femmes, trad. Wieland et Dubrisay, Paris, 1866, p. 52). C'est absolument ce que j'ai observé dans les quelques cas que j'ai rencontrés; jamais je n'ai vu le prurit vulvaire pousser à l'onanisme, et encore moins l'onanisme persister après la guérison du mal.
L'herpès praeputialis est fréquent : je n'ai pas constaté qu'il ait jamais déterminé la masturbation. El cela s'explique : dans toutes ces affections le frottement des parties s'accompagne d'une vive douleur ; il n'y a pas d'orgasme vénérien ; le coït même est généralement si douloureux que les malades le redoutent et l'évitent.
On a dit aussi que les individus affectés de cryptorchidie étaient particulièrement lascifs: rien ne prouve la vérité de cette assertion qui est au contraire contredite par un grand nondjre de faits.
Enfin on a prétendu que certaines maladies générales, telles que la goutte, la phthisie, l'herpétisme, excitent le sens génital. S'il y a là quelque chose devrai, il faut du moins distinguer les périodes de la maladie. Le plithisique, arrivé à une période avancée de son mal, n'est nullement porte aux plaisirs de l'amour. Ce qui est réel, c'est l'iailuence exercée par certains états pathologiques du cerveau. L'onanisme est commun chez les idiots, chez les imbéciles, chez les crétins, chez les épileptiques. Beaucoup de ces infirmes ne doivent être séquestrés qu'à cause de leur salacilé. J'ai eu, dans mon service à Maréville, un jeune idiot de seize ans, qui s'était rendu coupable de nombreux attentats à la pudeur, et qui se masturbait avec une véritable frénésie : il avait un pénis énorme.
Beaucoup de maniaques, pendant leurs accès, se masturbent avec rage. J'en ai en ce moment même un exemple sous les yeux : un jeune homme de dixsept ans, bègue, peu intelligent, est sujet à des accès de manie aiguë pendant lesquels il ne cesse, jour et nuit, de se livrer à l'onanisme. Dans les périodes de calme, il n'existe aucun penchant à cette funeste habitude. Mon collègue Ritti oie signale une jeune maniaque de son service, tellement portée à la masturbation, que, lorsqu'elle est au bain, maintenue par la camisole, elle cherche à se frotter la vulve avec les pieds restés libres.
Une forme d'aliénation dans laquelle l'excitation génésique est fréquemment portée au plus haut degré, c'est la paralysie générale au début. Le fait a été maintes fois signalé. Souvent c'est le premier symptôme p;u- lequel la maladie se révèle. Des hommes qui, jusque-là, ont mené la vie la plus régulière, se débauchent tout d'un coup, courent les maisons publiques, s'attaquent en plein jour, sans se cacher, aux femmes, voire même aux enfants qu'ils rencontrent. Que de paralytiques, qui, dans ces conditions, commettent des actes passibles des tribunaux! Quelquefois, et j'en ai vu, ils contractent des maladies vénériennes graves.
, Telles sont, résumées d'une manière succincte, les principales causes de DICT. EHC. 2' s. XV, 24
l'onanisme. 11 en résulte que, sauf les cas où l'onanisme est déterminé par l'impossibilité de se satisfaire autrement, presque toutes ces causes agissent directement sur le cerveau et par le cerveau. L'aberration génitale se rattache à une aberration cérébrale. C'est l'imagination qui est malade, c'est l'imagination qui, surexcitée d'une manière quelconque, se met en quête de jouissances nouvelles, de raffinements extra-naturels. J'aurai à revenir sur cette importante question.
Manuel opératoire. Les conditions dans lesquelles s'exécute le coït permettent de dire à priori ce que peut être le manuel opératoire de l'onanisme. Comme ces conditions sont assez simples, il en résulte, également à priori, que l'arsenal de la débauche doit être pauvre en moyens. C'est ce que l'observation confirme. Depuis le commencement du monde, la débauche tourne dans le même cercle. Malgré l'immensité de ses aspirations, elle n'a jamais su que se répéter. Kos viveurs d'aujourd'hui n'en savent pas plus long que les contemporains de Pétrone ou de Martial.
Chez l'homme, l'orgasme vénérien est déterminé par les frottements du pénis contre les parois du vagin, par la pression que lui font subir les parois élastiques du vagin lui-même et surtout l'appareil érectile situé à l'extrémité de ce conduit (Dechambre, art. Coït). Les conditions à réaliser sont donc en résumé les frottements du pénis dans une gaîne élastique dont les parois exercent sur lui une pression circulaire.
Pour la femme, c'est l'excitation provoquée par les frottements du pénis, non-seulement contre le clitoi-is, mais encore contre les parois du vagin et même contre le col de l'utérus. Aussi, tandis que chez l'homme il n'existe qu'un seul foyer de volupté, la femme en possède plusieurs, le foyer clitoriditn et le foyer xagirtol. On pourrait en ajouter un Iroisicmcsiégeant dans les mamellts, le foyer mamillaire, car la titillation du mamelon détermine «ne sensation de plaisir qui zetenlit sur les organes génitaux, et déjà Cabanis (I, p. 287, note) rapporte que « plusieui's nourrices lui ont avoué que l'enfant, en les tétant, leur faisait éprouver une vive impression de plaisir, partagée à un certain degré par les organes de la génération. »
D'où il résulte que les manœuvres onanistiques peuvent être plus variées chez la femme que chez Thomme. Chez celui-ci, c'est la main qui est l'instrument principal ; cependant l'onanisme ab ore n'est pas rare ; il serait même devenu, depuis quelques années, une pratique très-répandue à Paris. Entrer dans quelques détails n'est possible qu'en latin : « Qui manustupro dediti sunt, casse-poitrine « appellantur. Cognomine pompeurs de dard sive de nœud (id est turpissima « pénis significatio) designatur qui labia et oscula fellatricibus blanditiis u prsebcnt. Fœdissimum tandem et singulare genus libidinosorum vivido colore « exprimit appellatio renifletirs, qui in secretos locos, nimirum circa theatrorum « porlicos, convenientes quo complures feminae ad micturiendum festinant, per « nares urinali odore excitati, illico se invicem polluunt. » (Tardieu, Attentats aux mœurs, S*" éd., Paris, 1867, p. 183.)
La masturbation clitoridienne se fait chez la femme par la main ou par la bouche. Sapho est accusée d'avoir la première introduit et répandu la pratique de l'onanisme buccal parmi les jeunes filles de Lesbos, d'où le nom de leshianisme : « Aiunt turpitudinem quse per osperagitur, fellationis opinor, vel « irrumationis, primum a Lesbiis autlioribus fuisse profectam. » [Erasme, cité par Bayle, art. Lesbos.)
Quelquefois c'est un animal, un jeune chien, qui est dressé à l'office dégoûtant de lécher la vulve et le clitoris.
La masturbation vaginale consiste en manœuvres faites dans le vagin ù l'aide du doigt ou au moyen de corps arrondis rappelant plus ou moins fidèlement la forme du pénis. A cet égard, l'instrumentation est variée : cliandelles, bougies stéariques, étuis en bois ou en métal, raves, carottes, poireaux! tout est bon à celles que la passion entraîne. L'instrument de prédilection paraît être l'épingle à cheveux, peut-être uniquement parce que c'est celui qui est toujours à portée. Chez les anciens, l'instrument le plus répandu était le phallus, qui aujourd'hui encore est d'un usage courant en Chine. « Les images masculines se vendent publiquement à Tien-Tsin. Elles sont fabriquées à Canton au moyen d'un mélange gommo-résineux d'une certaine souplesse; elles sont colorées en rose. Des albums vendus publiquement représentent des femmes nues faisant usage de ces instruments, qui sont attachés à leurs talons. » (Debeaux, pharmacien aidemajor; in Jeannel, loc. cit., p. 76). M. Watremey, cité par Pouillet [Onanisme chez la femme, 2'= éd., p. 58), raconte qu'à une représentation théâtrale à Tien- Tsin il vit, à un certain passage de la comédie, une jeune femme reprocher à son époux, vieillard impuissant et cacochyme, de négliger complètement les devoirs intimes que le mariage impose. Le vieillard sortait de scène cl revenait bientôt tout joyeux, en lui présentant un de ces phallus gommo-résineux; il avait l'air de dire ; « Voilà ce dont beaucoup de femmes dans votre cas se contentent; faites comme elles. »
Dans l'antiquité, les dames romaines avaient à leur service des esclaves auxquels, dans l'âge adulte, on avait amputé les testicules ; le coït avec eux restait possible et devenait sans danger.
Une variété d'onanisme qui reste à signaler, c'est le clitoridisme : coït incomplet que peuvent exercer sur des personnes de leur sexe certaines femmes pourvues d'un clitoris trcs-développé. Mais c'est là une condition téralologique, et qui doit être fort rare, car Parent-Duchatelet ne l'a observée que trois fois, et les trois prostituées qui présentaient ce développement exagéré du clitoris se faisaient remarquer par leur indifférence pour les hommes et pour les femmes. {De la Prostitution, "i^ éà., I, p. 219 et suiv.).
Il va sans dire que chez l'homme comme chez la femme l'onanisme est tantôt solitaire, tantôt il se pratique en commun, entre individus du même sexe, ou d'un sexe à l'autre *.
Conséquences de l'onakisme. Elles sont accidentelles ou organiques.
1" Les conséquences accidentelles de l'onanisme comprennent les accidents
1 II est une pratique étrange usitée, paraît-il, par les voluptueuses Japonaises, et qui s'est introduite chez les Chinoises et dans les sérails de l'Inde. Je n'en dirais rien, si des auteurs graves (Fournier et Bégin, dans l'article Masturbation du Dicl. des se. méd., 1819, t. XXXI) n'en avaient donné une description détaillée. Elle consiste en deux boules creuses, d'égale grosseur, et composées d'une feuille extrêmement mince de laiton. L'une est absolument vide ; dans l'autre se Irouve une balle, moins grosse de quelques lignes, ou une certaine quantité de mercure; cette dernière se nomme le mâle. Quand on tient dans la main les deux boules à côté l'une de l'autre, on éprouve une sorte de frémissement qui dui^e longtemps et qui se renouvelle au moindre mouvement. Ce petit frémissement, celte secousse l?gère, mais longtemps continuée, fait les délices des dames japonaises et chinoises. Elles inlroduisent d'abord la boule vide dans le vagin et la mettent en contact avec le musoau de tanche, puis elles mettent l'autre boule en contact avec la première. Alors le plus léger mouvement des cuisses, du bassin, ou même la plus légère érection des parties extérieures de la génération, déterminent une titillation voluptueuse qui se prolonge à volonté.
produits du côté des organes génitaux par les manœuvres onanistiques : ce sont des faits du domaine de la chirurgie, et c'est dans les livres de chirurgie qu'il faut les chercher.
Il suffit d'en énumérer quelques-uns pour se faire une idée de tout ce qn'une imagination déréglée a pu inventer de bizarre et d'insensé dans le but d'arriver à une jouissance nouvelle, et l'on verra qu'aucun âge n'est à l'abri de ces aberrations.
Morand {Mém. de VAcad. de chirurgie, Paris, édit. 1819, t. III, p. 522 et suiv.), a rassemblé un assez grand nombre d'observations de ce genre : Un jeune homme, d'une complexion vigoureuse, fit passer sa verge dans l'anneau d'une ciel (XU) ; un jeune homme de quinze ans introduisit la sienne dans un gros anneau de cuivre (XIII); un homme de soixante-cinq ans fit entrer sa verge dans une virole de fer (XIV) ; un autre, dans une bague (XV) ; un jeune homme de seize ans s'avisa de faire passer sa verge et ses bourses dans un briquet {\y\).
Dupuytren eut beaucoup de peine à délivrer un individu qui avait introduit sa verge dans une bobèche de chandelier. J'ai vu moi-même un ouvrier de fabrique, célibataire, âgé de cinquante cinq ans, qui avait engagé son pénis dans un anneau de rideau en cuivre : le gonflement était énorme, on parvint à scier l'anneau avec une lime d'horloger, et il n'y eut aucune suite fâcheuse.
Beaucoup vont plus loin : ils introduisent des corps étrangers dans l'urèthre, pour y provoquer un chatouillement voluptueux. De là des accidents d'un autre genre, et généralement plus graves. L'exemple le plus fameux est celui de ce berger du Languedoc, rapporté par Chopart, et depuis répété partout. Depuis l'âge de quinze uns, cet individu s'était livré avec fureur à la masturbation. Vers l'âge de vingt-six ans, les manœuvres manuelles ne produisant plus l'éjaculation, il commença à se servir d'une baguette de bois d'environ 6 pouces de longueur, qu'il introduisait dans l'urèthre. Ce moyen étant lui-même, au bout de seize ans, devenu insuffisant, il se fit sur le gland, dans la direction du canal, une incision avec un mauvais couteau : il arriva peu à peu à se fendre la verge jusqu'au pubis. Alors il recourut de nouveau à la baguette, qui, un jour, lui échappa et tomba dans la vessie. Il fallut l'opérer de la taille, et il guérit de l'opération.
Il est évident qu'il s'agit dans cette observation fameuse d'une véritable monstruosité; ce berger était un idiot. Généralement leschosesne vont pas aussi loin, et les accidents tiennent le plus souvent à ce que, pendant le spasme, l'instrument du plaisir échappe à la main et passe dans la vessie.
Morgagni (lettre XLII, p. 28) rapporte l'histoire d'un paysan âgé de quarante ans, qui souffrait de difficulté d'uriner. Quelque temps avant sa mort, il confia au chirurgien que, deux ans auparavant, il s'était introduit dans l'urèthre une aiguille à cheveux en laiton, et qu'il ignorait ce qu'elle était devenue. L'autopsie fit découvrir dans la vessie un calcul de la grosseur d'une petite noix, formé autour de la tête de cette aiguille, qui était longue de trois travers de doigt, et qui, chose remarquable, était parfaitement droite. Cette observation a été reproduite dans le mémoire de Morand (Obs. II).
Chez un jeune homme de vingt-cinq ans, opéré de la taille, le calcul avait pour noyau une fève de haricot (Morand, III).
Chopart opéra delà taille un capucin. 11 retira de la vessie une corde de la grosseur du petit doigt, inci-uslée d'une matière graveleuse. Le capucin préten-
dait qu'il avait dû avaler cette corde cinq mois auparavant, en buvant précipitamment de l'eau d'un puits !
D'autres fois il fallut extraire de la vessie soit un carrelet à matelas (Lallemaud), soit une tige de glaïeul (Rigal), ou une tige de sarment (Bonnet), ou un épi de blé, ou des fèves de haricots, etc.
Un de mes anciens maîtres de la Faculté de Strasbourg, M. le professeur Eug. Bœckel, a communiqué à la Société de médecine de Strasbourg (6 décembre 1877) l'observation suivante : Un jeune homme de vingt-six ans se servait de deux boulons de chemise ordinaires en porcelaine, reliés par un fil, pour se procurer des sensations voluptueuses. A cet effet il les introduisait dans le méat urinaire et les faisait glisser jusque dans la portion membraneuse. Un bout de de fil qu'il laissait pendre au dehors lui servait à les retirer. La dernière fois qu'il avait répété cette manœuvre, les boutons avaient pénétré plus profondément que de coutume, jusque dans la vessie. Quand il voulut les retirer, il ne put y parvenir, et cassa le fil dans les tentatives. M. Bœckel parvint à retirer les boutons entiers, à l'aide d'un petit lithotriteur : l'un avait 11 millimètres de diamètre, l'autre n'en avait que iO {Mém. de la Soc. deméd. de Strasbourg, XV, 1879, p. 82).
Ce n'est pas tout : dans l'anus même, on a trouvé les corps les plus variés, qui y ont été introduits dans le vertige de la passion.
En 1844, on vit à l'Hôtel-Dieu un employé d'une maison d'éducation qui s'était introduit dans le rectum un verre des plus grands de nos tables ; avant le quinzième jour de cet événement, un autre être, livré au même abrutissement, se présenta au même hôpital avec un même corps étranger dans le rectum (Vidal de Cassis, Palhol. exL, ¥ édit., 1855, IV, p. 354).
Déjà Morand avait raconté l'histoire d'un homme de soixante ans, auquel il avait fallu retirer du rectum un affiquet de buis d'un demi-pied de long : l'affiquet est un instrument dont les femmes se servent pour tricoter (XVIIl).
Dans le sexe féminin, les manœuvres de l'onanisme déterminent des accidents analogues, peut-être même plus fréquents. Le mécanisme de ces accidents est identique : les instruments échappent à la main et pénètrent dans le vagin, ou, ce qui est plus grave, dans la vessie. Leur pénétration dans la vessie est facilitée par la conformation de l'urèlhre, qui est plus court, rectiligne, et facile à dilater. Aussi a-t-on bien plus souvent trouvé dans le vagin, l'urèthre et la vessie de la femme, les corps étrangers que j'ai énumérés plus haut, et principalement des épingles à cheveux.
Déjà dans Morgagni (Lettre XLII, p. 20) on lit l'observation d'une jeune fille qui se masturbait avec une épingle à cheveux en laiton, fiéchie en angle à son milieu : tout d'un coup elle la sentit échapper à ses doigts et entrer dans la vessie.
A l'asile de Stephansfeld , une jeune fille hystérique avait vu une de ces épingles pénétrer dans la vessie : il fut assez facile de la retirer, parce qu'elle était flexible et qu'elle se courba facilemfnt sur le lithotriteur (Dagonet). Sur une jeune femme, qui avait déjà été traitée à Montdevergues, le docteur Carre, d'Avignon, fit l'extraction d'un calcul qui s'était formé autour d'une aiguille.
Pamard a retiré de l'urèthre d une fille un sifflet en ivoire long de 3 pouces 1/2 et gros de 5 lignes au milieu et à la tête.
Dupuytren a extrait du vagin, et non sans peine, un pot de pommade que la malade y avait poussé elle-même.
11 serait trop facile de multiplier les exemples.
2» Les conséquences organiques ou vitales de l'onanisme sont de deux ordres, ou locales, ou générales.
a. Locales. Il semble à priori que les excitations incessantes dont les organes génitaux sont l'objet dussent avoir pour conséquences des lésions plus ou moins graves. 11 n'en est rien d'une manière générale. Parent-Duchatelet a fait la remarque que souvent on rencontre de jeunes prostituées, presque débutantes dans le métier, n'ayant jamais eu d'enfants, dont le vagin est plus dilaté que celui d'une femme mariée ayant eu cinq ou six accouchements; et par contre il cite une fille de cinquante et un ans, qui, depuis l'âge de quinze ans, se livrait à la prostitution, et dont les parties génitales auraient pu être confondues avec celles d'une vierge sortant de la puberté (I, p. 215).
Dans les leçons qu'il vient de publier dans V Union médicale (n"' 8 et 9, année 1880), M. Martineau arrive à d'autres conclusions. 11 professe que la masturbation, le saphisme, le tribadisme, entraînent à la longue des déformations caractéristiques. Elles existent chez les deux tiers des malades qui fréquentent l'hôpital de Lourcine, mais cette fréquence n'est nullement propre à ce service spécial, et les déformations vulvaires par suite de masturbation se rencontrent dans toutes les classes de la société. Elles portent sur le clitoris et les petites lèvres : le gland clitoridien est renflé, rouge, violacé, il déborde le capuchon, parfois il est entièrement procident. Le capuchon lâche, allongé, ridé, forme une série de plis ; son extrémité antérieure se détache du gland clitoridien et le laisse à découvert. Les petites lèvres sont allongées, plus volumineuses; elles dépassent les grandes lèvres; flasques, pendantes, leur forme triangulaire s'exagère : on les a comparées à des ailes de chauves-souris.
La déformation siège habituellement sur les deux petites lèvres à la fois ; elle est, dit M. Martineau, absolument caractéristique de la masturbation.
Je laisse à M. Martineau la responsabilité de ces assertions, qui me paraissent bien absolues.
Quelquefois on a observé des abcès des grandes lèvres (FI. Churchill, p. 52); chez les femmes prédisposées, des écoulements leucorrhéiques, etc.
Chez l'homme il peut survenir des balanites, le paraphimosis, des écorchures, des ulcérations. La verge ne prend pas nécessairement un volume exagéré. Sans doute, chez certains masturbateurs effrénés il existe une hypertrophie du pénis; mais il faut remarquer que c'est surtout chez les idiots et chez les crétins que cette disproportion de l'organe se rencontre, et l'on doit se demander si elle n'est pas antérieure à l'onanisme, et indépendante des manœuvres solitaires.
b. Générales. Sur ce chapitre, l'imagination s'est donné libre carrière, et l'on croit rêver en lisant les énormités que les auteurs les plus sérieux ont gravement enregistrées.
Salmuth, dit Tissot, a vu un savant hypochondriaque devenir fou, et un autre homme se dessécher si prodigieusement le cerveau, qu'on entendait cet organe vaciller dans le crâne ; l'un et l'autre pour s'être livrés à des excès de ce genre (p. 486).
D'autres exemples, sans être aussi merveilleux, n'ont aucun rapport avec la question qui nous occupe. Quand Tissot raconte « qu'un homme de cinquanteneuf ans, trois semaines après avoir épousé une jeune femme, tomba tout d'un coup dans l'aveuglement, et mourut après quatre mois (p. 486) ; que deux jeunes mariés furent attaqués, la première semaine de leurs noces, d'une violente fièvre continue, avec une rougeur et un gonflement considérable du visage,
ONA.NISME. 575
et qu'ils périrent l'ua et l'autre au bout de peu jours (p. 496) ; ou enfin qu'une fille de A'ingt-trois ans succomba d'hémorrhagie utérine, après avoir, pendant toute une nuit, soutenu les assauts de six dragons (p. 507), quel rapport y at-il entre ces historiettes, et le livre de Tissot en est plein, et l'onanisme?
Le tableau que trace VOtiania, et que Tissot reproduit, est effrayant : le voici en abrégé :
« {" Toutes les facultés intellectuelles s'affaiblissent; perle de la mémoire, les idées s'obscurcissent; quelquefois légère démence. Inquiétude intérieure, angoisses continuelles, vertiges; la vue et l'ouïe s'affaiblissent, le sommeil est troublé par des rêves.
« 2" Les forces du corps manquent entièrement; presque tous deviennent hypochondriaques, ou hystériques. L'on en a vu cracher des matières calcaires!,.. Chez d'autres, toux, fièvre lente, consomption.
« 3° Douleurs vives dans toutes les parties du corps.
« 4° Boutons au visage (c'est un des symptômas les plus communs), et m3m3 vraies pustules suppurantes sur le visage, dans le nez, etc. Un des malades se plaignait même d'excroissances charnues sur le front !
« 5" Organes de la génération : impuissance chez les uns, perte de sperme au moindre attouchement ou quand ils vont à la selle. Chez d'autres gonorrhée habituelle, dysurie, strangurie, priapisme, etc. Stérilité.
« 6° Les fonctions digestives sont totalement dérangées: constipation, diarrhée, hémorrhoïdes, etc. » (Tissot, p. 490.)
Pour les femmes, les suites ne sont pas moins terribles :
« L'embonpoint et le coloris disparaissent les premiers; la maigreur, le plombé du teint, la rudesse de la peau, leur succèdent imtnédiatemant ; les yeux perdent leur éclat, se ternissent, et peignent par leur langueur celle de toute la machine ; les lèvres perdent tout leur vermillon, les dents leur blancheur ; enfin il n'est pas rare que la figure reçoive un éiiec considérable par la déformation totale de la taille. » (491 .)
Ce tableau a été reproduit si souvent, même parles auteurs les plus sérieux, qu'on a fini par le croire exact. Et l'on a, comme toujours, confondu l'onanisme avec les excès vénériens.
« L'abus des plaisirs sexuels, dit Burdach (II, p. 171), entraîne, non pas tant par la perte du sperme que par l'ébranlement du système nerveux, l'atonie des organes génitaux, le flux de semence, la faiblesse de la vessie, l'atrophie de la moelle épinière, le tremblement, les convulsions, la paralysie, l'hébétement des traits du visage, la surdité, les vertiges, l'affaiblissement de la mémoire, l'impossibilité de suivre les travaux qui demandent de la contention d'esprit, la perte des sentiments purement humains, l'idiotisme et la démence. »
Rien ne serait plus aisé que de multiplier ces citations. Et cependant je ne crains pas de le dire : depuis plus de vingt ans que je vois des malades, jamais, ni dans les hôpitaux, ni dans lés asiles d'aliénés, ni dans ma chentèle privée ou celle de mes amis, ni à la ville ni dans les campagnes, je n'ai rien observé de semblable.
Est-ce à dire que je considère l'onanisme comme inoffensif? Non, en vérité. Au point de vue moral, l'onanisme est un vice contre nature, un crime contre l'espèce, et on ne saurait le flétrir assez énergiquement. Mais comme médecin je suis obligé de reconnaître qu'il n'offre pas les dangers qu'on lui attribue. Il ne faut pas craindre de l'avouer.et je crois qu'il y a tout avantage à dire la vérité,
l'onanisme est une pratique tellement répandue, que bien peu d'individus peuvent se vanter d'y avoir échappé complètement ; c'est par conséquent une cause absolument banale qu'il est toujours facile d'invoquer. Mais il en est de cette question étiologique comme de beaucoup d'autres : serrée de près, elle s'évanouit.
Si l'oii veut remplacer les généralités vagues de Vonania par quelques données plus précises, on remarque que ce sont surtout les maladies nerveuses (hystérie, hypochondrie, épilepsie, aliénation mentale) , et celles qui se caractérisent par un épuisement général, par la consomption (tabès dorsalis, phthisie, etc.), qui ont été imputées à l'onanisme et aux excès vénériens. Mais presque toujours ce sont des assertions sans preuves suffisantes ; les statistiques ne manquent pas, mais elles se contredisent. Ainsi, pour certains auteurs l'onanisme est une cause de folie très-rare (Guislain) ; d'autres la signalent comme fréquente (Ellis, Flemming, Morel) ; quelques-uns même en exagèrent singulièrement l'influence (EUinger) K Le doute reste le plus souvent permis. Un jeune homme s'est masturbé ; il devient fou. Avant de décider que la folie est due à la masturbation, il faut se demander si celle-ci n'a pas été le résultat de l'excitation cérébrale déjà existante. C'est la remarque déjà faite par Esquirol, qui signale l'onanisme comme une conséquence fréquente ou comme le prélude de l'aliénation mentale. J'ai cité plus haut ce jeune maniaque de mon service qui ne se livre à la masturbation que pendant ses accès. L'excitation génésique du début de la paralysie générale n'est qu'un des symptômes de la maladie, elle n'eu est pas la cause.
Voici un épileptique : il a des attaques plus fortes et plus fréquentes chaque fois qu'il se livre au coït ou à l'onanisme. Peut-être même la première attaque a-t-elle éclaté à l'occasion du coït. Ou encore, après avoir disparu pendant un temps assez long pour faire croire à une guérison, les attaques n'ont reparu qu'après des excès vénériens. En conclura-t-on que l'épilepsie a été causée par les excès? N'est-il pas aussi légitime d'admettre qu'ils n'ont été qu'une cause secondaire, accessoire, qu'ils ont simplement aggravé un mal déjà existant?
On voit combien une critique sévère restreint le rôle de l'ordre des causes que j'étudie.
Une question qui se pose est celle de savoir si la masturbation offre plus de dangers ou d'autres dangers que le coït. Cette question a été généralement résolue par l'affirmative. Pourtant dans le coït et dans l'acte onanistique il y a les mêmes éléments : la déperdition de sperme et l'ébranlement nerveux.
L'éjaculation est la même dans les deux cas. Reste l'ébranlement nerveux, qui, dit-on, est plus grand dans l'onanisme. Et Londe en donne la raison suivante : « Cela tient, dit-il [Nouveaux éléments d'hygiène, 1, p. 148), à ce que les masturbateurs ont plus souvent l'occasion de se procurer la sensation vénérienne que les personnes qui se livrent au coït, puisqu'il suffit aux premiers d'être un instant seuls : cela tient encore à ce que chez ceux-ci l'encéphale est dans une tension prodigieuse, et forcé, pour éprouver la sensation vénérienne, de se créer un excitant qui lui manque, etc. »
11 faut convenir qu'à cet égard il n'y a rien d'ahsolu ; car le coït s'exerce dans
» EUinger prétend que sur 383 hommes aliénés, il en a trouve 83, c'est-à-dire plus de 1/5, chez lesquels l'onanisme était la seule et unique cause de la maladie (.4n»î. niéd. psych.,\Si6). Le docleur Pitchie a reconnu que sur 1545 hommes aliénés, admis dans un élaJblissement, 119 devaient l'altération de leurs facultés à l'onanisme [ann. 1862).
les conditions les plus variées d'excitation cérébrale, et dans bien des cas l'ébranlement nerveux atteint son paroxysme. Les anciens auteurs aimaient à disserter sur les problèmes de ce genre, et Venette, cité par Tissot (p. 511), avance gravement que l'union avec une belle femme épuise moins qu'avec une laide !
De quelque manière que les choses se passent, il y a toujours chez l'homme perte nerveuse et perte séminale. Il en est autrement chez la lemme; c'est chez elle que la différence entre le coït et l'onanisme paraît être réellement considérable. Les considérations dans lesquelles Pouillet entre sur ce sujet me paraissent absolument fondées. « La femme, dit-il, est un être passif dans l'acte vénérien; elle peut s'affranchir, quand il lui plaît, de toute participation corporelle et morale au congrès sexuel. En ce cas point d'écoulement de liquide vulvo-vaginal, point de déperdition de l'influx nerveux et volontaire, surtout point de soubresauts coïtaux épilepliformes, puisque le spasme fait défaut. Voilà pourquoi les prostituées peuvent impunément faire leur métier fort longtemps et servir de moyen à des excès qui tueront l'homme, mais ne retentiront pas sur leur organisme. 11 n'en est plus de même quand la femme se livre à l'onanisme. Celui-ci n'a qu'un but, quels que soient les modes d'agir, celui d'engendrer la volupté. Or, autant de fois il y aura sensation voluptueuse, autant de fois l'encéphale se sera surmené pour la faire naître. » [Onanisme chez la femme, p. 82.)
Ceci,et ce qui se passe chez l'enfant, doit faire admettre que dans le coït, aussi bien que dans l'onanisme, c'est l'épuisement nerveux qui joue le rôle principal. L'enfant en effet n'a pas de sperme, et cependant c'est chez lui que l'onanisme est surtout désastreux et d'autant plus désastreux que l'enfant est plus jeune. C'est dans la première enfance que l'onanisme mérite tous les anathèmes dont on l'a chargé : c'est alors qu'il compromet directement la santé, l'intelligence, et même la vie. Les tout jeunes enfants s'étiolent, pâlissent, deviennent stupides, engourdis, quand ils ont cette fatale habitude. Le danger vient principalement de ce que l'organisme n'a pas encore atteint le développement nécessaire pour l'exercice de la fonction génitale.
Lorsque l'enfant approche de la puberté, le danger diminue, parce que le moment approche où la fonction génitale entre en scène. Mais il est encore considérable, parce que la période de croissance n'est pas terminée : tout ce qui ébranle le système nerveux affaiblit le corps, trouble les principales fonctions et empêche le développement harmonique des organes. Alors l'onanisme devient une cause fréquente d'anémie, d'épuisement nerveux, d'affaiblissement intellectuel, et même, pour peu qu'il existe une prédisposition quelconque, de maladies plus graves, telles que l'épilepsie, l'hystérie, la phlhisie pulmonaire, etc.
Chez l'adulte il en est tout autrement. La fonction génitale doit s'exercer ; il est même bon qu'elle s'exerce, povn- que l'individu reste bien équilibré. Pourquoi l'onanisme offrirait-il alors plus de dangers que le coït? Aran a fait remarquer que « ni la masturbation, ni les rapports contre nature, ne paraissent avoir d'influence évidente sur les affections catarrhales, inflammatoires et organiques de l'utérus et de ses annexes. » Sans doute il vaut toujours mieux que la fonction s'exécute dans des conditions normales, et le sentiment de honte et de répulsion qui s'attache à l'acte onanislique le rend plus dangereux que le coït. Mais c'est l'excès, c'est la répétition trop fréquente, soit du coït, soit de l'acte
onanistique, qui est pernicieux. Et ici nous toucnons au nœud de la question.
En fait d'excès, tout est relatif, au moins dans de certaines limites. Il est toujours difficile de décider où commence l'abus, où finit l'usage. Ce qui est supporté par un individu bien portant, placé dans de bonnes conditions hygiéniques, dépasse facilement la force de résistance de celui chez lequel existe le moindre trouble dans l'équilibre des fonctions.
Il y a cependant un fait général : le coït, chez l'homme, est toujours suivi d'un sentiment de lassitude, de fatigue, et il est impossible de le répéter à court intervalle. Quand la répétition fréquente du coït devient possible, c'est déjà un fait anormal.
Trousseau ne s'y est pas trompé, et son grand sens clinique se retrouve dans les considérations suivantes :
« Il est une sorte de névrose génitale, dit-il, qui se rencontre aussi chez les ataxiques et qui consiste en une faculté singulière de pouvoir répéter le coït un grand nombre de fois dans un court espace de temps : c'est là une déviation de l'état physiologique. Si chez les oiseaux, chez quelques maramifères, le bélier, le taureau, le cerf, la rapidité du coït et la faculté de répéter l'acte vénérien à de courts intervalles de temps sont un fait normal, chez l'homme il n'en est pas ainsi. L'acte vénérien doit durer un certain temps. S'il est trop rapide, c'est un signe de névrose. Il ne peut dans l'état normal être répété coup sur coup, et chez les hommes qui possèdent cette apparence exagérée de virilité il y a souvent spermatorrhée. Hier encore, vous entendiez le malade couché au n° 2 delà salle Sainte-Agnès vous confier qu'il avait pu, avant d'entrer à l'hôpital, répéter le coït plusieurs fois par nuit, et cela jusqu'à huit ou neuf fois. Dans mon cabinet je recevais dernièrement la visite d'un homme jeune encore et ataxique, qui me disait qu'il pouvait avoir des rapports sexuels huit, dix fois, dans les vingt-quatre heures. Dans l'état physiologique, ces travaux d'Hercule ne peuvent se reproduire si vite ni si facilement ; et la preuve de l'état morbide en cette circonstance est que chez les mêmes individus il a existé de l'incontinence d'urine à une époque antérieure, et qu'il existe encore des pertes séminales involontaires. Il y a donc du côté des organes génito-urinaires une névrose qui se dévoile par des manifestations diverses, lesquelles peuvent isolément ou simultanément se montrer dans les prodromes de l'ataxie. » {Clin. méd. de l'Hôtel-Dieu, 2« édit. t. H, p. 511.)
Or ce que Trousseau dit du coït, ne faut-il pas l'appliquer à l'acte onanistique? Pourquoi celui-ci ne serait-il pas également suivi de fatigue? Et même, s'il est vrai que l'ébranlement nerveux soit plus considérable, la fatigue doit être plus grande, et le temps nécessaire à la réparer plus long. Si donc l'acte onanistique est répété fréquemment, et ce n'est qu'alors qu'il devient un réel danger, il faut déjà qu'il y ait un état anormal du système nerveux, et l'onanisme n'est plus qu'un symptôme d'un trouble nerveux déjà existant, le signe d'un état pathologique.
L'observation clinique en donne la preuve.
Quels sont, parmi les jeunes enfants, ceux qui, ayant été initiés, d'une manière quelconque, aux manoeuvres de l'onanisme, ne s'en corrigent pas et s'en font une habitude désastreuse? Ce sont, la remarque est de Burdach, des enfants prédisposés à l'encéphalite. Les exemples épars dans les livres se rapportent tous à des êtres maladifs, mal conformés; quelques-uns sont de véritables monstres, comme ce garçon dont parle Gall, qui, à l'âge de cinq ans, présentait
tous les attributs de la virilité, et dont les parties sexuelles étaient entièrement développées.
Tous ces enfants sont voués à une fin précoce, et l'autopsie n'a jamais manqué de révéler du côté de l'encéphale quelque anomalie de structure ou quelque maladie accidentelle.
Si, de dix à quinze ans, la pratique de l'onanisme est malheureusement presque générale, elle ne devient, il faut le dire, une habitude invétérée que dans un petit nombre de cas. Car, comme je l'ai dit plus haut, dès que l'adolescent peut se livrer au coït, il renonce complètement aux manœuvres solitaires. Elles ne restent pratiquées que par ces jeunes gens pâles, maigres, chétifs au physique et au moral, timides, craintifs, pusillanimes, mal conformés, mal venus, portés à l'hypochondrie et au mysticisme, ceux en un mot que notre maître Lasègue a si heureusement appelés des cérébraux, parmi lesquels on rencontre un grand nombre d'héréditaires, qui apportent en naissant le stigmate d'une dégénérescence transmise par les parents. C'est parmi eux que se recrutent les types de ces aliénés si improprement appelés raisonnants, qui, après avoir mené l'existence la plus extravagante, finissent par échouer dans nos asiles d'aliénés, où ils sont le désespoir du médecin comme ils ont été celui de leurs familles * .
Et parmi les adultes, l'onanisme, quand il est pratiqué avec excès, n'est-il pas toujours le signe, ou d'une maladie mentale qui débute, ou d'une lésion , organique plus ou moins grave des centres nerveux ? (Je laisse de côté les cas où le coït étant impossible, l'onanisme devient un expédient.) Imbéciles, idiots, crétins, épileptiques, tels sont, je l'ai déjà dit, les véritables onanistes. D'autres le deviennent au début de la paralysie générale, de la démence, ou d'une autre forme de folie. Hufeland raconte dans sa Macrobiotique (trad. Jourdan, Paris, 1838, p. 315) qu'il a connu un homme fermement convaincu qu'il n'y avait pas de poison plus dangereux que la liqueur séminale ; aussi n'avait-il rien plus à cœur que de s'en débarrasser le plus tôt possible. Cette conduite désordonnée mina tellement sa constitution qu'à vingt ans il avait l'air d'un vieillard, et qu'il mourut à vingt-cinq, rassasié de la vie. Évidemment c'était là un véritable fou, et je m'étonne que Hufeland ne l'ait pas reconnu.
J'ai soigné à Maréville un jardinier, âgé de quarante ans, marié, père de plusieurs enfants, qui, en proie à une lypémanie suicide, — il avait essayé de se noyer, — se masturbait avec passion. Un traitement de quelques semaines le guérit de son délire et eu même temps de sa mauvaise habitude.
Parmi les adultes, il en est qui, usés par toutes sortes de débauches, s'ingénient à trouver des pratiques nouvelles pour procurer quelques jouissances à leurs sens épuisés. Il en est aussi chez lesquels on observe une telle perversion de l'instinct génital, qu'il est à se demander si elle peut s'allier à l'intégrité de l'intelligence. Que penser d'un marquis de Sade? ou de tels héros tristement célèbres de tant de procès scandaleux? Si ce n'est pas de la folie, c'est assurément une névrose, une psychopathia sexualis.
* Quelques auteurs, en particulier Maudsley, ont voulu faire une variété spéciale de la folie due aux excès sexuels et en particulier à l'onanisme, et ils ont essayé d'en tracer les caractères. Je ne sais si je m'abuse, mais la lecture attentive de leurs travaux et de leurs observations m'a confirmé dans l'idée que tous leurs malades rentrent dans la catégorie que je signale, qu'il n'y a pas lieu d'en faire une classe à part et que l'onanisme a été simplement un appoint dans une situation cérébrale déjà fort compromise (Maudsley, in Ann. méd. psijch., 1870. IV, p. 150).
380 O^AMSME.
Ma conclusion est celle-ci : l'onanisme pathologique, le seul en définitive qui présente des dangers véritables, est par lui-même déjà un symptôme d'un état morbide du système nerveux.
En veut-on une dernière preuve? Les singes, qu'on amène dans nos climats, et parmi eux ceux de certaines espèces surtout, sont d'une salacité révoltante. 11 est au moins douteux qu'ils le soient également lorsqu'ils vivent en liberté dans leurs pays d'origine. Si l'on songe que tous ces singes, transplantés loin du climat pour lequel ils sont faits, meurent rapidement de phthisie pulmonaire, ne faut-il pas se demander si l'onanisme n'est pas chez eux le résultat d'un éréthisme nerveux absolument maladif?
Mais, comme l'a ditRéveillé-Parise, « plus le système nerveux est excité, plus il s'affaiblit, et plus il s'affaiblit, plus il est disposé à l'excitation ». Cette observation si vraie nous permet de comprendre comment l'onanisme, qui n'est d'abord qu'un symptôme d'un état morbide, devient à son tour cause de complications nouvelles ; comment, suivant les prédispositions individuelles, il détermine tantôt la phthisie pulmonaire, tantôt l'ataxie locomotrice, ou les pertes séminales, ou la folie, ou toute autre maladie chronique. C'est un cercle vicieux, comme il s'en rencontre tant en pathologie. Aussi rien de plus facile que de faire jouer un rôle important à l'onanisme dans n'importe quelle statistique.
Reste à se demander dans quelle partie du système nerveux réside l'excitation maladive dont l'onanisme est la conséquence.
A priori on peut affirmer que ce doit être dans l'organe qui préside aux fonctions génitales. Quel est cet organe ?
Gall avait placé dans le cervelet le foyer de l'instinct génital, et sa doctrine, appuyée sur un grand nombre de faits, avait rallié dé nombreux partisans. Quoique, aujourd'hui même, on soit encore loin d'être fixé sur le rôle véritable du cervelet, cet organe a cependant été dépouillé des attributs qu'on lui avait successivement accordés. Les théories de Gall, souvent réfutées, n'ont plus actuellement qu'un intérêt historique.
Gall avait eu raison en supposant l'existence d'un centre génital; mais ce centre paraît siéger dans la moelle épinière, ce qu'Hippocrate avait en quelque sorte pressenti, quand il disait : « La phthisie dorsale vient de la moelle ». Les recherches de Budge placent le centre génital au niveau de la 4'^ vertèbre lombaire (chez le lapin), oii il n'occuperait qu'un espace de quelques lignes.
En admettant ce fait comme démontré, il faut reconnaître cependant que l'excitation de la moelle, à quelque hauteur qu'elle se produise, peut retentir sur les organes génitaux, et notamment déterminer l'érection. La pendaison provoque très-souvent une érection intense et même une éjaculation : or dans la pendaison l'excitation porte sur la portion cervicale de la moelle. Sur treize cas de fracture des vertèbres cervicales, relatés dans le livre d'Ollivier (d'Angers), il y en a six avec érection du pénis. Ce phénomène fut également observé dans un cas de fracture de la 4'= vertèbre dorsale, de la 7" et 8*^ dorsale, enfin de la dernière dorsale.
J'ai moi-même publié dans la Revue médicale del'Est (1^'^ cet. 1877) l'observation d'un jeune homme de vingt-cinq ans, qui, tombé du toit d'une hauteur de 8 mètres environ, se fractura la 8' vertèbre dorsale; il survécut deux mois à cet accident. Dès le moment de sa chute, il resta complètement paralysé des membres inférieurs, de la vessie et du rectum : pendant les premiers jours il
avait une érection continuelle du pénis, qui rendait le cathétéiisme très-difficile et dont il n'avait aucune conscience.
Jaccoud a signalé le même symptôme dans une fracture des dernières vertèbres cervicales.
Tous ces faits cliniques, corroborés d'ailleurs par l'expérimentation directe, démontrent que c'est dans la moelle que réside le centre génital, et nous pouvons par conséquent admettre que chaque fois qu'il y a tendance aux excès vénériens, il existe une irritation morbide de la moelle épinière. C'est l'opinion à laquelle s'arrête M. Mauriac, dans son remarquable article Onanisme du Diction, de méd. et de chirurgie pratiques.
Mais l'excitation de la moelle suffit-elle ? Le grand facteur des excès vénériens n'est-ce pas le souvenir de l'orgasme vénérien, le désir de le reproduire? Il y a donc là également un phénomène cérébral. Si la moelle est le foyer d'action, le cerveau est certainement le foyer d'incitation.
Il faut que les deux centres, médullaire et cérébral, agissent de concert : isolés, ils sont impuissants. Que l'excitation se borne à la moelle, il y aura érection et même éjaculation, sans désir ; qu'elle reste limitée à l'encéphale, il y aura désir sans érection, et par le fait impuissance.
La nécessité de ce consensus du cerveau et de la moelle ressort de l'observation clinique. Il est des malades en proie à une exaltation erotique continuelle, qui cependant n'ont pas d'érections, parce que l'excitation du cerveau ne s'irradie pas à la moelle. J'ai connu un vieux dément, dont le radotage ne portait que sur des idées erotiques, qui tenait à toutes les femmes qu'il rencontrait les propos les plus naïvement obscènes : il était d'une. frigidité absolue. Un homme de soixante ans, depuis deux ans atteint d'une atrophie musculaire progressive, est pris de délire lypémaniaque, exclusivement caractérisé par des hallucinations et des illusions de nature erotique : jamais on n'observa chez lui ni érections ni pertes séminales. A l'autopsie, intégrité de la moelle cervicale, dégénérescence des cornes antérieures de la moelle dorsale, atrophie et dégénérescence grise des cornes antérieures, postérieures et de la commissure postérieure de la moelle lombaire. Cette observation a été rapportée par un de mes anciens internes, M. le docteur Mabille [Ann. méd.psych., sept. 1879, p. 248).
Par contre, et notamment dans les traumatismes de l'axe spinal, comme j'en ai cité un exemple, il peut y avoir érection, turgescence du pénis, mais le malade n'en a pas conscience, et aucun désir ne s'éveille.
A l'état normal au contraire, les deux foyers sont solidaires l'un de l'autre ;l'excitation de la moelle retentit sur le cerveau, et réciproquement. Une image, une idée erotique, ne manque pas de provoquer l'érection, et l'érection, si fortuite qu'elle soit, éveille aussitôt des idées erotiques.
Mais ici se montre l'inconvénient d'avoir confondu l'onanisme avec les excès sexuels. Que de gens qui abusent des plaisirs de l'amour sans que l'idée leur vienne de chercher une satisfaction en dehors des conditions normales du coït ! En revanche les onanistes ne trouvent de jouissances qu'en trompant la nature : il en est cependant qui ne fout aucun excès. Aussi bien ce qui caractérise l'onanisme, c'est, je le répète, l'aberration du sens génital, aberration analogue à celles que nous observons pour les autres modes de sentir. Où cette aberration siégerait-elle, sinon dans le foyer d'incitation, dans le cerveau? L'onanisme est donc essentiellement une perversion cérébrale : par ce qui précède on voit jusqu'où elle peut aller. Mais l'on comprend aussi que l'onanisme ne devienne un
582 ONAMSME,
danger, qu'il ne détermine des accidents graves, que s'il est accompagné de véritables excès vénériens, et alors ce n'est pas le cerveau seul, c'est également la moelle qui est affectée. Les excès viennent de la moelle. 11 est un fait qui semble indiquer que dans l'onanisme pathologique tout le système cérébrospinal est en jeu : quand l'onanisme est à son apogée, il s'accompagne d'une véritable hyperesthésie sensorielle qui s'étend bien au delà de la sphère génitale, et qui seule peut expliquer ces impulsions étranges qui poussent l'individu à chercher des jouissances nouvelles jusque dans l'anus et le rectum!
Traitement. Empêcher l'onanisme de devenir une habitude, déraciner cette habitude quand elle existe, c'est à ces deux indications que doit répondre le traitement. 11 en est une troisième, qui est de réparer les maux et les désordres que l'onanisme a pu causer.
D'après ce que je viens de dire, l'onanisme étant surtout le résultat d'une surexcitation morbide des centres nerveux, c'est à faire fonctionner normalement le système nerveux qu'il faut s'appliquer avant tout. Le traitement préservatif est donc à mes yeux de beaucoup le plus important, et il se réduit à une question d'hygiène, dont l'importance ne saurait être méconnue sans de graves dangers pour l'individu et pour la société.
Les tout jeunes enfants doivent grandir sous l'oeil de la mère, dont la surveillance, discrète et affectueuse, ne se relâche jamais, dirige leurs jeux, empêche qu'ils ne s'ennuient, veille à ce que les vêtements soient amples et commodes, et surtout à ce qu'ils ne gênent et n'irritent pas les parties génitales.
Vers l'âge de huit à dix ans, quand commencent les études, l'importance d'une bonne hygiène est encore bien plus grande, et malheureusement nos systèmes d'éducation laissent beaucoup à désirer. J'aime à croire que iios descendants les jugeront un jour encore plus sévèrement que nous. Que voyons-nous en effet dans nos internats? Des enfants, dont le corps est en pleine croissance, qui ont besoin de mouvement, d'activité, d'expansion, sont enfermés depuis cinq heures du matin jusqu'à huit heui'es du soir dans des salles froides et tristes, oii rien n'égayé le regard, soumis à une discipline quasi militaire ! Dans cette longue journée de quinze heures il n'y a pas même deux heures de récréation ! Et celui qui a ri, celui qui a eu un moment de distraction, qui a chuchoté avec un camarade, la retenue le clouera sur son banc, même pendant cette récréation si parcimonieusement mesurée ! Elle le privera de la promenade du jeudi et du dimanche! Comment s'étonner que de malheureux enfants, séquestrés, privés d'air et de mouvement, astreints à des études que nos méthodes ne savent pas rendre attrajantes; comment s'étonner que ces enfants s'étiolent, s'ennuient, considèrent le travail comme un supplice, les années d'études comme une galère et qu'ils se laissent aller à tous les travers d'une imagination qu'il serait si facile d'occuper et d'intéresser*. Elle est de tous les jours, l'histoire de ce pen-
* L'enfant se lève à cinq heures en été, à cinq heures et demie en hiver ; dès qu'il a fait sa toilette, il est pris par les études, les classes, les leçons, jusqu'à huit heures du soir, t'n quart d'heure de récréation après le premier déjeuner, une demi-heure après le repas de midi, une heure de quatre à cinq, voilà tout ce qu'on lui accorde ! Le jeudi et le dimanche on le promène pendant deux heures, quand, bien entendu, il n'est pas puni. Pour beaucoup d'élèves les heures de récréation sont prises par les leçons dites d'agrément. Il est évident que ce système est défectueux. Que dire aussi des auteurs que l'on met entre les mains de ces enfants? Passe encore qu'on leur fasse traduire les Métamorphoses d'Ovide, « soigneusement expurgées » ; mais la deuxième églogue de Virgile, le « Formosum pastor CoryJon ardebat Alexin » qui, d'un bout à l'autre, n'est qu'une apologie brûlante de l'onanisme et de la pédéraslie^'
sionnat dont parle Tissot. Et si le mal n'est pas plus grand, c'est que, comme je l'ai dit, l'onanisme ne devient une habitude invétérée que chez les individus prédisposés. Le remède cependant serait simple : diminuer les heures de travail intellectuel, rendre l'étude facile et intéressante en renonçant à des méthodes surannées, augmcîiter les heures de récréation et les remplir par des exercices corporels proportionnés à l'âge et aux forces des enfants, le problème, ce me semble, ne serait pas impossible à résoudre.
Un jeune homme de dix-sept ans confiait à son médecin qu'il était tourmenté par des désirs qu'il avait peine à contenir; il demandait des remèdes : « Si j'étais votre père, lui répondit le médecin, je vous ferais tous les jours fendre du bois pendant une ou deux heures! » Et en effet c'est là, c'est dans le travail corporel, c'est dans l'exercice du corps, que réside l'hygiène préservatrice de l'enfance. Ajoutez-y une nourriture substantielle sans être excitante, — le choix d'un lit un peu dur, — la l'égularité dans les heures accordées au sommeil, — et le vieil adage : « Mens sansa in corpore sano » sera réalisé.
Les mêmes règles générales devraient présider à l'éducation des filles. Non que je demande pour elles la gymnastique et les exercices du corps tels qu'on les pratiquait à Sparte; mais c'est un grand tort que de négliger, aussi complètement qu'on le fait, l'hygiène plastique.
Je crois qu'à tout prendre, et pour les raisons que j'ai déduites plus haut, la moralité des filles est plus grande que celle des garçons, et qu'il est plus facile de les préserver de l'ojianisme : mais encore faut-il que l'éducation soit dirigée en conséquence. Un système dans lequel une hygiène bien entendue veillerait à l'éducation physique, diminuerait certainement le nombre si considérable des femmes atteintes de névrosisme à tous ses degrés et sous toutes ses formes.
Traitement curatif. Malgré tous les soins, malgré toute la surveillance, il est des enfants chez lesquels l'onanisme devient une habitude, un besoin irrésistible ; et le résultat en est d'autant plus désastreux, que ce sont, comme je l'ai dit, des enfants porteurs d'une tare cérébrale, qui en sont les victimes. C'est à combattre la défectuosité du système nerveux qu'il faut s'appliquer tout d'abord, et c'est à un traitement général, variable selon les indications, mais dont une hygiène sévère sera la base, qu'il faudra recourir. Mais l'indication la plus pressante sera évidemment d'empêcher l'acte onanistique lui-même, et, comme ni les conseils, ni la persuasion, ne sont efficaces, on devra employer des moyens directs, qui sont ou médicaux ou chirurgicaux.
Les moyens médicaux comprennent toute la série des médicaments dits anaphrodisiaques ; je doute fort que ces médicaments, parmi lesquels on a surtout vanté le camphre et le lupulin, aient les vertus qu'on leur a attribuées. Les bromures, et notamment le bromure de potassium et celui de camphre, peuvent rendre des services dans quelques cas, mais ils me paraissent ne devoir être employés qu'avec réserve, et seulement pour répondre à quelque indication spéciale.
Les moyens chirurgicaux comprennent une foule de procédés et d'appareils qui étaient d'un usage fréquent dans l'antiquité, mais qui, de nos jours, ne se trouvent plus employés que chez leg peuples ayant conservé la polygamie et
Heureusement que la plupart n'y comprennent rien, ou ne se donnent pas la peine d'y réfléchir.
584 DNAMSME.
l'esclavage. Les anciens pratiquaient Vinfibulation, opération qui consiste à passer dans le prépuce chez les garçons, dans les grandes lèvres chez les filles, un anneau de métal. De nos jours encore cette opération est pratiquée par quelques peuples de l'Orient. Certaines tribus nègres du Soudan emploient, dit-on, un moyen plus radical : ils avivent les grandes lèvres chez les petites filles, les tiennent rapprochées, et provoquent ainsi, par le travail de la cicatrisation, une adhérence complète, qu'à l'époque du mariage on ne peut faire disparaître que par une incision. Les maris pratiquent cette opération sur leurs femmes, pour s'assurer de leur fidélité, quand ils sont obligés de les quitter pour un temps plus ou moins long. Il va sans dire que l'opérateur ménage toujours une ouverture pour l'écoulement de l'urine et des règles.
Les jeunes filles circassiennes sont emprisonnées dans une sorte de corset, que le mari découd avec son poignard le soir de ses noces.
Au moyen âge on employait des ceintures de chasteté, dont le musée de Cluny conserve un curieux spécimen.
Enfin de nos jours, mais seulement au point de vue thérapeutique, on a imaginé un grand nombre d'appareils, pour garçons ou pour filles. Ces appareils doivent tous répondre à une indication identique : emprisonner les organes génitaux de l'enfant ou de l'adulte, de façon à l'empêcher d'y porter la main, tout en permettant l'écoulement des menstrues et la miction. L'on comprend, sans qu'il soit utile d'entrer dans les détails, combien cette instrumentation peut être variée.
J'hésite à croire que ces appareils, si ingénieux qu'ils soient, remplissent leur but. Ils ont, à mon sens, un immense inconvénient, celui dimposer une gêne, une contrainte continuelle, qui ne fait que surexciter l'imagination, et porte le patient à s'ingénier de toutes façons pour s'y soustraire. On connaît l'histoire de cette petite fille de sept ans, à laquelle on avait dii appliquer une ceinture de ce genre, et qui, en introduisant une longue plume dans l'instrument, parvenait néanmoins à se masturber (Réveillé-Parise).
On a essayé, pour effrayer le masturbateur, de recourir à des moyens douloureux : pointes de feu sur le scrotum , onctions d'huile de croton sur le gland, etc. La souffrance ainsi provoquée doit empêcher le coupable de retomber dans son péché. Ce sont des moyens barbares, inefficaces, qu'il faut absolument condamner. J'ai vu des médecins y avoir recours, et quoique je n'aie jamais observé d'accidents consécutifs, je craindrais qu'il ne survienne une gangrène du pénis ou du scrotum.
Dans le même ordre d'idées, on a préconisé le clitoridectomie, c'est-à-dire l'amputation du clitoris. Cette opération a eu un grand retentissement il y a quelques années, mais, quoiqu'elle ait donné des résultats favorables entre les mains d'opérateurs consciencieux, elle est généralement abandonnée aujourd'hui. Répond-elle d'ailleurs au but que l'on se propose? Trop d'exemples sont là pour démontrer que le clitoiis ne joue pas un rôle exclusif, ni même prépondérant, dans l'orgasme vénérien, et les désirs ne sont nullement en rapport constant avec le développement de cet organe.
Beaucoup d'auteurs ont raconté l'histoire d'un châtreur de porcs, qui, irrité des débordements de sa fille, n'imagina rien de mieux que de lui extirper les deux ovaires : ce qui, dit-on, la guérit de ses ardeurs. J'aime à penser que l'idée d'un pareil remède ne viendra jamais à un médecin, pas plus qu'on ne songera à changer en eunuques les garçons livrés à l'onanisme même le plus
effréné. Aujourd'hui que rovariotomie est entrée dans la chirurgie courante, roccasion ne manquera pas de vérifier si l'extirpation des ovaires a quelque influence sur les désirs vénériens.
Je ne saurais trop le redire, et c'est par là que je termine : les moyens locaux, si bien entendus qu'ils soient, ne seront jamais que des palliatifs insuffisants. L'hygiène seule, dans laquelle les moyens moraux et les moyens physiques seront sagement combines, pourra prévenir l'onanisme accidentel, ou, s'il existe, le guérir. Quant à l'onanisme pathologique, qui n'est qu'un résultat, qu'une conséquence d'un état morbide, général ou local, il ne disparaîtra que si cet état morbide lui-même est profondément modifié. J. Christian.
Bibliographie. — Annales médico-psychologiques, passim. Années 1846, t. VIII, p i'^5- 1862, t. Vin, p. 726; 1866, t. VII, p. 173; 1870, t. IV, p. 150. — Bergeret. Des fraudes d'ans l'accomplissement des fonctions génératrices. Paris, 1867. — Bienville (M.-D.-T. de) I^a mjmphomanie ou Traité de la fureur utérine. Amsterdam, 1771. — Bœmer. Praktisclies Werk von der Onanie. Leipzig, 1780. — Bourbon (A. -A.). De l'influcncedu coït el de l'onanisme dans la station sur la produrtion des paralysies. Thèse de Paris, 1859, n° 115. Briquet. Traité de l'hystérie. Paris, 1859. — Bubdach. Traité de physiologie. Tr&d. Jourdan. Paris, 1839. — Cabanis. Rapports du physique et du moral, éd. Cerise. Paris, 1855. — Coffin- RosNY. De la nature outragée, nouveau traité d'onanisme. Paris, 1813. — Dagonet. Nouveau traité des maladies mentales. Paris, l^STC. — Desemet (J.-B.-F.). La médecine des passions. Paris, 1844. — Deslandes. De l'onanisme et autres abus vénériens dans leurs rapports avec la santé. Paris, 1835. — Dictionnaire des sciences médicales (en 60 vol.) : Fournier, art. Cas rares, t. IV; Montègre, art. Continence, t. VI; Breschet, art. Corps étrangers, t. VII ; Fournier et Bégin,art. Masturbation, t. XXXI ; Louyer-Villermay, art. Nymphomanie, i. XXXVI Rony, art. Satyriasis, t. L. — Dictionnaire de médecine (en 50 vol.). Calmeil, art. Continence, t. VIII; Georget, art. Onanisme, t. XXII; Piaige-Delorme, art. Satyriasis, t. XXVIII. — Dictionnaire (en 15 vol ). P. JoUy, art. Nymphomanie, t. XII; Deslandes (Léop.), art. Masturbation, l. XI ; Ch. Londe, art. Satyriasis, t. XIV. — Dictionnaire de Nystcn, éd. Robin et Litlré, 13" édit. Paris, 1873. — Doussin-Dubreuil. Lettres sur les dangers de l'onanisme. Paris, 1825. — Du même. Des égarements secrets ou de l'onanisme chez les personnes du sexe. Paris, 1828. — Duprest-Kony. Sur le satyriasis. Thèse de Paris, an XII, n" 40 L — EsouiROL. Maladies mentales. Paris, 1838. — Fournier. De l'Onanisme, causes, dangers et inconvénients pour les individus, la fam'ille et la société; remèdes. Paris, 1876. — Gall. Fonctions du cerveau. Paris, 1825. — Gdislain. Leçons orales sur les phrénopathies, 3 vol. Paris, 1852. — Halle. Encyclopédie méthodique. Médecine; art. Abus de soi-même, I. Paris, 1787. — Hérodote. Histoire, Trad. Larcher. Paris, 1835, 2 vol., éd. Aimé Martin. — Hippocrate. Œuvres. Trad, E. Littré. Paris, 1851. — Hufeland. Macrobiotique. Trad. Jourdan. Paris, 1838. — Jeannel. De la prostitution dans les grandes villes au dix-neuvième siècle. Paris, 1868. — Lallemand. Des pertes séminales involontaires, 5 vol. Paris, 1836-1842. — La\doczï. Traité de l'hystérie. Paris, 1840. — Losde. Traité d'hygiène, 2* édit. Paris, 1858. — Madrid-Davila (de). Sur les pollut'ions involontaires. Paris, 1831. — Mauriac. Art. Onanisme. In Dictionn. de méd. et de chir. pratiques, de Jaccoud, t. XXIV. Paris, 1877. — Morel. Maladies mentales. Paris, 1859. — Morgagni. De sedibus et causis morborum, éd. Chaussier et Adelon. Paris, 1821. — Muller. Traité de physiologie. Trad. sur la 4' éd. par Jourdan. Paris, 1845. — Moraxd. Mém. de l'Acad. royale dechir., t. III. Paris, 1819 — Nardi(R.-P.-M.). Dissertatio de onanismo conjugali. Toulouse, 1876. — Ollivier (d'Angers). Traité des maladies de la moelle épinicre, 3' éd. Paris, 1837. — Parent-Duciiatelet. De la prostitution dans la ville de Paris, Paris, 1857. — Pouillet. De l'onanisme chez la femme, 2= éd. Paris, 1877. — Du même. La spermatorrhée, tra'ilé des perles séminales, 2" éd. Paris, 1879. — Réveillé-Parise. Revue médicale, année 1828. — Rosenthal. Traite clinique des maladies du syst. nerv. Trad. Lubansky. Paris, 1878. — Rozier. Des habitudes secrètes ou de l'onanisme chez les femmes, 3* éd., 1830. — Saxchez. Dispulatio de sancto matrimonii sacramento, aulhore R. P. Thoma Sanchez, Cordubensi e Societate Jesu. Anvers, 1607. — ScHWARTZ. Dissertation sur les dangers de l'onanisme et les maladies qui en résultent. Thèse de Strasbourg, 1815.— Serres. Anat. comp. du syst. nerv. Paris, 1827.— Tabdied. Étude médico-légale sur les attentats aux mœurs, 5» éd. Paris, 1867. — Tissot. De l'onanisme, édit. Halle. Paris, 1855. — Trousseau. Clinique méd. de l'HÔtel-Dieu, 'i.' éd. Paris, 18G5. — VulpiAN. Leçons sur l'appareil vaso-moteur. Paris, 1875. — Physiologie générale et comparée du système nerveux. Paris, 1866. — Wichmann. De pollutione diurna frequenti. Gottingue 1782. Trad. et augm. de noies par E. Sainte-Marie. Lyon, 1817. J. C.
DICT. ENC. 2° s. XV, 25