‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.67Chapitre 26 sur 40 · PUT H AL MIE · texte numérisé non relu

PUT H AL MIE

Nous n'insistons pas sur ce point. Il nous suffit de rappeler ce que nous avons dit en têle de ce chapitre, à savoir que :

Les ophlhalmies conjonctivales ont un caractère qui leur'est commun : toutes sont susceptibles de donner naissance à un produit de sécrétion capable de provoquer, quand il est mis au contact de conjonctives saines, des affections diverses de la muqueuse oculaire. Mais cette diversité repose principalement sur le degré de la maladie, et anatomiquement sur la profondeur à laquelle le mal a pénétré. De là Vlujperémie conjonctivale, que, pour la l\icilité du langage, nous considérerons comme en étant le premier stade (ophthalmie conjonctivale superficielle) ; Vophthcdmie conjonctivale pvro-muqueuse (ophthalmie conjonctivale moyenne) le second; Vophthalmie conjonctivale purîdenle {oçhthalmie conjonctivale profonde) le troisième.

Premier stade. IIypeiiémie cojnjonctivale {Ophthalmie conjonctivale superficielle. Synon. Catarrhe sec). 5. Soit qu'on la considère comme une maladie propre, susceptible de parcourir toutes ses périodes sans sortir de son cadre, dont la congestion est le caractère essentiel ; soit qu'on l'envisage comme le premier degré d'une inflammation simple de la conjonctive, l'iiyperémie conjonctivale doit être étudiée à cette place, en dépit des droits de la physiologie pathologique.

Elle se présente sous trois formes : la forme irritalioe, la forme catarrlude ou muqueuse et la forme œdémateuse.

6. l. Hyperémie conjonctivale irritative. Dans son état de simplicité, on peut la considérer comme la moins grave des affections superficielles de l'œil. Sa forme typique est celle qu'occasionne la présence d'un corps étranger logé sous une paupière ou dans la cornée. Elle est caractérisée par une augmentation de la vascularisation de la conjonctive oculaire, occasionnée par l'amplification des vaisseaux qui contribuent à la nutrition de cette membrane, et dont quelques-uns constituent les mailles vasculaires auxquelles la cornée elle-mênio emprunte une partie de ses éléments de nutrition. Ceux d'entre eux qui sont le plus injectés sont faciles à suivre et se portent, suivant un trajet assez rectiligne, depuis le bord libre des paupières jusqu'à la cornée, autour de laquelle ils affectent une disposition sensiblement radiée. Cette injection péricornéenne conjonctivale (Saemisch) frappe par l'éclat rouge de sa teinte. Surtout sous un faible grossissement, et en s'aidant de l'éclairage oblique, on la voit composée d'un réseau de lins vaisseaux droits, serrés et radiés. Là où la coloration déterminée par celte injection superficielle se perd, on voit apparaître par transparence les gros troncs veineux de k conjonctive. Le plus souvent, cette injection se combine avec Vinjection épisclérale ou som-conjonclivale, dont elle se distingue en ce que ses vaisseaux suivent les mouvements qu'on imprime à la conjonctive, tandis qu'ils restent fixes dans l'injection sous-conjonctivale ; celle-ci repose, soit sur une augmentation du calibre des vaisseaux ciliaires antérieurs, et détermine une injection foncée située dans la conjonctive, cjui se laisse déplacer au-dessus d'elle, soit sur une hyperémie des branches superficielles de la conjonctive et des anses terminales du bord cornéen. La comn:.unication des vaisseaux qui rampent dans la conjonctive péricornéenne avec ceux du tissu épiscléral fait même qu'il n'est guère possible qu'elle paraisse tout à fait isolément. L'injection épisclérale ou sous-conjonctivale se distingue encore de l'injection péricornéenne conjonctivale en ce qu'elle se localise essentiellement autour

de la cornée ; elle se perd en formant des arcades vers les parties équatoriales qu'elle n'atteint jamais, et ne persiste ainsi que le long des vaisseaux conjonctivau\ postérieurs, qu'elle suit sous forme d'une traînée formant une bandelette violacée'.

7. Les troubles fonctionnels qui accompagnent cet état sont proportionnés à l'intensité du processus morbide et à sa durée. La température, qui s'élève légèrement du côté de la conjonctive, et qui peut se mesurer au moyen de l'oplithalmo-thermomètre de M. Gillct de Grandmout (voy. Annales d'oculistùjue, 1878, t. LXXX, p. 185), se traduit par un sentiment de cb.ileur et de cuisson, et l'augmentation de la sensibilité par une sensation analogue à celle causée par des graviers qui seraient situés entre lœil et la paupière. Cette sensation peut se développer et se développe parfois si brusquement, que le sujet n'hésite pas un instant à l'attribuer à la présence d'un corps étranger et qu'il vient en réclamer l'extraction. Les paupières, soigneusement renversées et examinées jusqu'au fond du dernier repli, ne montrent alors à l'exploration la plus attentive que quelques rares vaisseaux, un seul parfois, rouges et saillants, dont le contact sur la cornée et le frottement que le mouvement des paupières inflige à cette dernière donnent lieu à la sensation caractéristique dont il vient d'être parlé. Cette sensation est en rapport, d'une part avec le degré de saillie du rameau vasculaire, de l'autre avec celui de bixité ou de distension des voiles palpébraux ; moins ceux-ci s'appuient sur le globe, moins sont pénibles le picotement et le malaise, parfois insupportables, dont se plaignent les malades. L'immobilité de l'œil procurée par un sommeil profond est seule de nature à la faire taire. 11 existe aussi du larmoiement, un peu d'intolérance pour la lumière et de la propension à maintenir l'œil fermé.

Le froid en est une cause fréquente, et, dans les formes les plus graves, l'état de la constitution exerce une influence modificatrice importante ; l'intensité de l'attaque et sa durée dépendejit, dans une large mesure, de l'état constitutionnel du sujet attaqué. Dans sa forme simple, cette affection peut être considérée comme la moins grave des maladies de l'œil; elle n'y détermine, à moins de complications, assez fréquentes d'ailleurs, que des troubles fonctionnels.

8. La complication qui survient le plus fréquemment dans cette forme, c'est la production de vésicules, de pustules ou d'aplithes, ou d'ulcères muqueux, généralement près de la cornée; cela indique d'ordinaire quelque trouble dans l'état d'une muqueuse éloignée et accroît la gi'avité du cas et la persistance de sa durée. Klle peut aussi être compliquée d'ulcères de la cornée. Ces ulcères offrent de nombreuses variétés, tant sous le rapport de leur siège que sous celui de leur état. Us se présentent comme de petites excavations, soit avec une base opaque, soit avec une base parfaitement transparente, ou avec des vaisseaux traversant leur surface; en d'autres termes, on peut signaler : 1" l'ulcère irritable ; 2" l'ulcère astliénique transparent ; 5° l'ulcère vasculaire ou récurrent.

Chacune de ces formes doit en partie son origine et sa persistance à quelque vice constitutionnel ; elles offrent, du reste, des symptômes variables. Ainsi, dans l'ulcère irritable, la chaleur et la douleur sont intenses, les larmes brûlantes et abondantes, l'occlusion spasmodique des paupières fortement caracté-

1 Voyez, pour plus de détails, Van ^Yoerden, thèse. Utrecht, 1864; Donders, Etudes sur les vaisseaux visibles à Vextérieur de l'œil. Annales d'Oculistique, 18(54, t. LU, p. 189; Tli. Leber, Anat. Untersuchungen ûber die Blutge fasse des menschlichen Auges. VienMe, et Handbuch, etc., de Graefe et Saemisch, t. IV, p. 3.

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risée, la photophobie très-marquée. Dans certains cas de diathèse strumeuse, ce dernier symptôme est si intense qu'il constitue le caractère prédominant et douloureux de l'affection, contraignant les malades — des enfants presque toujours — à rester pendant des semaines dans l'obscurité, et donnant sur l'issue de l'affeclion des craintes que ne justifie point l'état des parties, car il arrive souvent alors qu'un examtn complet de l'œil ne révèle la présence que d'un petit ulcère de la cornée ou d'une phlycténule de la conjonctive.

Dans l'ulcère transparent de la cornée, les symptômes sont légers ; ces ulcères surviennent d'ordinaire chez des sujets faibles, mal nourris ; ils restent souvent stationnaires pendant un ti mps très-long, et peuvent se terminer par une inégalité permanente de la surface de lu cornée, sans aucune apparence de cicatrice opaque. L'ulcère vasculaire ou récurrent a une individualité bien plus marquée encore ; il paraît dépendre d'un changement organique de structure persistant ; d'ordinaiie, il est voisin du bord de la cornée et se propage graduellement du bord vers le centre, dont il se rapproche à chaque nouvelle attaque. Il est de niveau avec la surface de la cornée, ou s'élève même un peu au-dessus de ce niveau; il est recouvert d'une membrane organisée, sur laquelle on aperçoit distinctement des vaisseaux charriant du sang rouge. Ces ulcères sont très-persistants et douloureux; après une certaine durée, ils affaiblissent sérieusement la vision, et suspendent l'usage de l'œil ; c'est entre l'âge de dix à seize ans qu'ils surviennent le plus souvent ; ils sont susceptibles d'une grande amélioration, et, à certains moments, il semble qu'ils vont guérir. Néanmoins, on les voit reparaître sous l'influence delà moindre cause, constitutionnelle ou même locale. Ces alternatives de mieux et de pire se prolongent souvent pendant des années, mettant obstacle aux progrès de l'instruction et empoisonnant une époque si intéressante et si importante de la jeunesse (Critchett G. Des affections superficielles de l'œil et de leur traitement. In Annales d'Oculistique, 1876, t. LXXVf, p. 25).

9. La production et l'écoulement au dehors de larmes abondantes, en irritant la peau des paupières, déterminent souvent, dans les plis radiés que la constriction de ces voiles dessine à l'angle externe de l'œil, des crevasses que, par analogie avec le même symptôme se produisant dans les plis radiés de la muqueuse rectale, nous avons appelées fissures palpébrales. Ces fissures donnent lieu à un spasme énergique accompagné d'é[)iphora, dont le produit irritant, s'introduisant incessamment dans ces crevasses, les entretient et les excite : de là une sécrétion muco-lacrymale acre, abondante, s'écoulant sur le visage et en tourmentant sans cesse les téguments. C'est un cercle vicieux auquel il n'est possible d'échapper qu'à la condition de faire cicatriser ces altérations — qu'on ne découvre souvent qu'en les recherchant avec soin, — parTapplicalion du crayon de nitrate d'argent, produisant immédiatement une eschare, de revêtement d'abord, puis ensuite de cicatrisation. Cette cautériï-ation, superficielle d'ailleurs, amène souvent une détente immédiate de tous les symptômes, et la cessation, d'une heure à l'autre, de la photophobie, du spasme et du larmoiement, dont, après avoir été le résultat, ces fissures sont devenues la cause.

Le spasme palpébral peut être poussé au point de rendre littéralement impossible l'exploration de l'œil; les petits malades résistent, crient, se pâment de douleur; les efforts déployés allongent les crevasses, qu'ils avivent, pour les rendre plus sensibles encore, et ces effoi'ls sont en pure perle. Il faut, lorsqu'on veut, dans ces cas, s'assurer à tout prix de l'état des membranes externes.

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suivie le conseil, déjà donné par Mackenzie eu 1847 (Mackenzie, Traité pra- ]que des maladies de VœU. Trad. franc, par Warlomont et ïestelin, t. I,p. 805), de recourir aux anesthésiques, jusqu'à produire une légère insensibilité pendant quel([ues minutes. « Dans un cas, dit cet auteur, dès la première administration, je vis disparaître une photopliobie datant de trois mois, et tellement vive que la malade, jeune fille de seize ans, avait toujours été amenée à l'infirmerie les yeux spasmodiquemont fermés. Dès ce jour même, elle put ouvrir librement les yeux, et cette amélioration persista. Le même moyen, employé tous lesjours ou tous les deux jours, produisit, sur d'autres malades, les mêmes effets. J'ai obtenu les mêmes résultats de l'étber et du chloroforme. L'inhalation des anesthésiques permet non-seulement d'examiner tout à l'aise les yeux du malade et d'y faire toutes les applications jugées nécessaires, elle constitue, de plus, un moyen précieux de triompher d'une manière permanente de la grande irritabilité qui accompagne si fréquemment la maladie. » L'attouchement de l'angle externe, en vue d'excoriations on de fissures plus ou moins dissimulées, au moyen du crayon de nitrate d'argent, est un excellent adjuvant pour arriver à cette permanence des bons effets des anesthésiques. M. Critchett se loue également beaucoup de l'emploi de ces derniers {loc. cit., p. o5).

10. Éliologie. L'hyperémie conjonctivale irritative, que nous venons de décrire en y attachant l'importance que lui méritent son extrême fréquence et parfois sa ténacité, reconnaît tout un cortège de causes bien déterminées. Ce sont : la présence de corps étrangers, logés entre les paupières ou incrustés dans la conjonctive palpébrale ou oculaire, ou dans la cornée; l'inversion de cils vers le globe de l'œil ou celle des paupières elles-mêmes (trichiasis, entropion) ; l'exposition , à l'air, des globes, incomplètement recouverts par des paupières difformes (ectropion), les infarctus des glandes de Meibomius ; l'action du froid ou l'habitude mauvaise de se laver les yeux avec de l'eau trop fraîche, le séjour dans un air vicié par l'encombrement (crèches, écoles gardiennes), par la fumée du tabac ou celle provenant de cheminées fonctionnant mal (casernes, corps de garde), l'influence de substances à arôme subtil, de parfums acres et pénétrants; le sommeil, la nuit en plein air; la suppression de tlux ou d'émonctoires habituels, la constipation. La constitution scrofuleuse et le jeune âge sont des causes essentiellement prédisposantes.

Une autre cause réside dans la congestion fonctionnelle qui accompagne ordinairement la myopie et l'hypermétropie, non corrigées, l'astigmatisme, l'insuffisance musculaire, et, par action réflexe, toutes les maladies de la rétine réclamant des elforts de la part de la faculté visuelle. 11 faut y ajouter encore : les maladies des voies lacrymales et celles de la membrane pituitaire, les névralgies dentaires, etc.

L'hyperémie de la conjonctive se produit par action réflexe directe ou indirecte. La première s'exerce dans la région même d'où est partie l'excitation, et provoque d'abord une ischémie locale, par contraction des muscles vasculaires. Celle-ci est de courte durée ; les fibres-cellules, comme les éléments striés, ressentant rapidement la fatigue musculaire, sont frappés en quelque sorte d'une paralysie passagère atteignant jusqu'à leur tonicité. Si l'on ajoute à cette diminution de l'agent tonique l'augmentation delà pression vasculaire, exagérée par l'arrêt circulatoire, entraînant comme conséquence, vu la perméabilité des capillaires, un afflux plus considérable de sang et la distension de ces vaisseaux, on comprend comment agissent le froid et les autres causes d'irritation subies

par l'organe. Cette interprétation explique rinduence nuisible de ces causes dans la production et l'entretien des hyperérnies chroniques, ces congestions apparaissant plus facilement dans les régions paralysées que dans celles où l'innervalion existe dans sa normalité.

La congestion conjonctivale qui a lieu par action réflexe indirecte partie d'une région plus ou moins éloignée, innervée ou non par des branches appartenant au même tronc nerveux, en est encore une cause fréquente. C'est ainsi qu'agissent les névralgies dentaires, qui s'accompagnent très-souvent d'hyperémie de la conjonctive oculo-palpébrale, la congestion des membranes profondes de l'œil, surtout de la rétine, la lumière artificielle, l'illumination solaire, la lectuie de petits caractères, les travaux fins, les efforts dus à l'amétropie, etc. Pour cette dernière cause cependant, où la contraction spasmodique des muscles palpébraux doit intervenir, elle devrait plutôt être rangée dans la catégorie des causes par action réflexe directe.

Il est des personnes qu'une hyperémie, très-légère en apparence, de la conjonctive, empêche de se livrer à aucun travail soutenu, surtout le soir. A ce moment de la journée, leurs paupières semblent s'alourdir et retenir un corps étranger, à la sensation duquel les malades n'échappent qu'en écartant du doigt la paupière supérieure du globe de lœil ; ferment-ils les yeux pour éviter cet ennui, ils ne parviennent plus à écarter les paupières qu'au prix d'un certain effort. La moindre application de la vue à de petits objets leur occasionne des picotements et une sorte de cuisson qui les obligent à y renoncer. Le contact d'un air frais a pour privilège de faire cesser tous ces accidents ; l'éclat d'une vive lumière les exagère, au contraire.

Cet état, toujours chronique et qui se révèle à peine par un peu de rougeur ;t de gonflement des paupières, peut reconnaître des causes très-diverses : une constipation habituelle, l'affaiblissement suite de plusieurs grossesses, la convalescence de maladies graves, quelques cils glabres déviés, à peine visibles, un corps étranger caché dans quelque recoin, etc., peuvent donner lieu à cet état et ouvrir des indications spéciales quant au régime et au traitement.

11. Traitement. Quand l'hyperémie conjonctivale est causée par la présence d'un corps étranger, d'un infarctus, d'un cil dévié, l'enlèvement de ces épines suffit pour que l'hyperémie guérisse, si elle est de date récente et si elle n'a pas amené déjà des altérations du parenchyme de la muqueuse. Dans ce dernier cas, il ne faut pas se contenter des conséquences prob;ibles de l'expectation, mais recourir encore à l'emploi des moyens propres à ramener le plus tôt possible la membrane à ses conditions physiologiques.

Quand la maladie est le résultat d'une action réflexe, c'est à écarter cette mfluence qu'il faut s'attacher. Les malades doivent éviter les lotions à l'eau trop froide, l'éclat d'une lumière trop vive, artificielleou solaire, directe ou par réverbération, l'action du vent, de la poussière, de la fiunée de bois, de charbon ou de tabac, de l'encombrement humain. Tient-elle à l'exercice exagéré de la fonction visuelle, c'est-à dire à un travail trop soutenu, rendu plus difficile par un éclairage insuffisant ou mal disposé, ou par quelque vice amétropique, on devra corriger l'amétropie par l'usage de verres appropriés bien choisis, proscrire tout travail trop prolongé, ou en atténuer le mauvais effet en le faisant interrompre fréquemment, et améliorer l'éclairage. Il est utile de faire remarquer à ce propos que le travail à la lumière artificielle est essentiellement nuisible, quand cette lumière et la chaleur qui l'accompagne frappent directement la face. U

faut, pour Ja lecture par exemple, avoir soin de tenir le dos tourné à la source de lumière, pour que celle-ci frappe, non point les yeux, mais le livre ou le papier sur lequel ils se fixent.

Les précautions que nous venons de recommander suffiront pour faire disparaître toutes les incommodités qui nous occupent, dans les cas récents. On fera bien, néanmoins, en vue de diminuer la pression dans les vaisseaux capillaires et de l'aire cesser la dilatation de ceux-ci, qui en est la conséquence, phénomènes résultant de toute congestion sanguine, de faire usage de lotions ou fomentations froides, ou, mieux, de projections d'eau sur les paupières fermées, au moyen d'appareils pulvérisateurs. Ces douches ne doivent être ni trop fortes, ni trop prolongées, ni la température de l'eau employée inférieure à 18 degrés. Des astringents très-légers, tels (|ue l'infusion de thé vert, les larmes de la vigne, le sulfate de zinc à doses très-faibles, l'eau de rose, etc., répondent à la même indication.

12. Dans les cas aigus, quand l'hyperémie s'accompagne de larmoiement, de douleur et d'une vive sensibilité à la lumière, le froid et les astringents, même les plus légers, sont mal supportés et nuisibles. On doit les remplacer alors par des fomentations tièdcs, et, si l'on veut ne pas tâtonner, s'adresser tout d'abord à la préparation suivante, dont l'efficacité se révèle presque immédiatement dans V immense majorité des cas :

grammes.

Poiate de soudo 5

Décoction d'althaea 200

On la fait tiédir et l'on y trempe une compresse de toile de huit doubles, qu'on applique sur les yeux fermés. Le malade se tient couché sur le dos pendant la durée de l'application, — de 15 à î20 minutes toutes les deux ou trois heures, suivant l'intensité, — afin de ne pas être obligé de fixer la compresse au moyen de bandes, qui épongeraient la plus large part du liquide. La compresse est appliquée exactement, par la pression du creux de la main, et mouillée à nouveau dès qu'elle se dessèche ou se refroidit. Rien n'est plus bienfaisant que cette application, dont les malades ne tardenl. pas à ressentir les bons effets. Si le cas est grave et que le larmoiement et la photophobie soient intenses, on ajoute avantageusement, à la solution, de l'extrait dejiisquiame ou de belladone, selon les cas, à la dose de 5 à 5 grammes. C'est alors notre eau brune, dont nous avons déjà bien des fois publié la formule, parce qu'elle nous a rendu plus de services, dans tous les cas d'inflammation irritative des membranes superficielles ou profondes de l'œil, que tous les autres topiques dont est chargé l'arsenal de nos formulaires ophthalmologiques, et dont l'application amènera ici la guérison rapide de la plupart des cas légers et l'amélioration de tous les autres. On peut y ajouter la plus entière confiance dans toutes les inflammations oculaiies, sauf dans les cas où il y a sécrétion puro-muqueuse ou purulente : ici, ces applications sont plus nuisibles qu'utiles {voy. Warlomont, Répertoire ophthalmiatrique. Annales d'Ocidislique, 1871, t. LXV, p. 90). En même temps qu'on emploiera ces remèdes topiques, il pourra èlre bon d'aider à leur action par quelque purgatif salin, des pédiluves sinapisés, etc.

C'est chez les enfants de l'âge de cinq à dix ans, mal nourris, mal vêtus, vivant dans un milieu vicié par l'encombrement, que l'hyperémie conjonclivale sévit avec le plus de violence et de ténacité. C'est pour cette raison sans doute qu'on

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l'a, de tout temps et bien à tort, appelée ophthalmie scrofuleuse. Cette appellation devrait disparaître du vocabulaire ophthalniologique. La détérioration de la constitution n'a, avec la diatlièse scrofuleuse, qu'une parenté éloignée, et l'hyperémie conjonctivale irritative atteint très-fréquemment des sujets n'ayant rien de commun avec ce qui constitue le triste apanage des scrofuleux. Cette distinction est importante à établir; bon nombre de sujets, sévèrement atteints, peuvent guérir sans l'intervention des moyens destinés à coniger les mauvaises dispositions constitutionnelles, et, sans dédaigner l'emploi de ces moyens ni en recommander la négligence, il importe de ne pas perdre de vue qu'il faut aller au plus pressé, et que, dans l'immense majorité des cas, l'on arriverait trop tard, si, comptant sur le traitement général, on négligeait la médication topiqne. Celle-ci aura, la plupart du temps, raison de l'accès, avant que celle-là ait fait sentir son action. La médication générale aura pour principal objet d'éteindre la prédisposition propre à en favoriser le retour.

Parmi les autres moyens locaux, très-efficaces dans les cas d'hyperémie irritative de la conjonctive, accompagnés de pliotophobie, nous mentionnerons, comme dignes de toute confiance, les badigeonnages du poiu-tour de l'orbite et des paupières avec de la teinture d'iode morpliinée, et les bains au sublimé.

La teinture d'iode pure est très-efficace, mais elle a l'inconvénient d'irriter fortement la peau, si délicate, des enfants, et d'en faire écailler l'épiderme, dont la disparition rend le derme trop sensible pour pouvoir en supporter d'autres applications. Additionnée d'un sel de morpbine, elle devient beaucoup moins irritante ; chimiquement, il se forme de l'iodo-morphine et de l'iodliydxate de morphine, lequel est lui-même transformé par un grand excès d'iode en iodo-morphine. Il résulte de cette décomposition qu'une partie d'iode passant à la morphine, h teinture s'en affaiblit d'aïUant, qu'elle devient plus limpide et que la peau en supporte beaucoup mieux l'action qu'elle ne fait de la teinture d'iode pure. Nous prescrivons d'ordinaire 20 centigrammes d'hydrochlorate de morphine sur 4 grammes de teinture d'iode. Les badigeonnages au moyen de cette préparation se font matin et soir, tant que l'épiderme le permet : quand celui-ci s'écaille, on le l'amollit en y appliquant de petits cataplasmes de farine de riz (Warlomonl, loc. cit., p. 91). Souvent un seul badigeonnage suffît pour faire cesser une photophobie ancienne et tenace.

Les bains au sublimé, recommandés spécialement par Serre (d'Uzès), en 1846, n'ont pas, autant qu'ils le méritent, pénétré dans la pratique : ils constituent cependant une ressource des plus précieuses dans le traitement des hyperémies conjonctivales accompagnées de photophobie et de larmoiement. On les prépare pour les adultes avec 4 grammes, pour les enfants avec 2 grammes de sel mercuriel. On fait dissoudre celui-ci dans quelques grammes d'alcool et un litre d'eau et l'on verse cette solution dans l'eau nécessaire à un bain chaud : les malades y séjouinent pendant une heure et demie à deux heures, et on leur recommande de s'y laver presque constamment la figure avec l'eau du bain ; pour les enfants, on leur en verse constamment sur la tête des flots qui viennent inonder la figure. Ces bains, ainsi administrés, sont plus pratiques et au moins aussi efficaces que la méthode dite « écossaise », qu'il est fort difficile de faire accepter des petits patients et des parents : on sait qu'elle consiste à immerger la tète de l'enfant dans une cuvette remplie d'eau froide, jusqu'au point d'obtenir une demi-suffocation. Le moyen est bon, mais, nous le répétons, d'une application dilficile.

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13. Dans les cas torpilles on chroniques, on recourra utilement à l'usage de collyres légèrement astringents, suivant l'une des formulas ci-après :

i' Sulfate de zinc 15 centigrammes.

Infusion de sureau ou eau distillée de roses. . . . 100 grammes. (En instillations entre les paupières.)

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