Classification des ophthalmies
/ Toutes les affections conjonctivales,
I dites :
Hypeiémie coajonctivale.
Opiilllalmie catarrliale.
Oplilhalmie purulente (ophthalmic Opiithalmies conjonctivales / gonorrliéique, ophthalmie des nouveau-nés, oplithalraie pseudo-membraneuse, ophthalmie diphthéritique, etc.J . Ophthalmie granulaire ( trachome, \ ophthalmie dite militaire).
Opiuhalmie phlycténulaire (ophlhalinie scrofuleuse, ophthalmie fa=ciculaire
{voy. Cornée).
Ophtlialraie catarrho-rhumatismale (voy. Sclérotique).
Ophthalmies conjonctivales. 4. 11 a été donné aux ophthalmies conjonctivales une série interminable de dénominations, qu'il faut abandonner désormais.
Ce n'est malheureusement pas une simple question de terminologie ; chacune de ces dénominations, ou à peu près, répond à une des nombreuses espèces dans lesquelles on a cru devoir diviser cette classe de maladies. Ces espèces, admises naguère encore par la plupart des auteurs sous les noms d'ophthalmie catarrhale, ophthalmie purulente, gonorrhéique, des nouveau-nés ; ophthalmie des vidangeurs, mitte, cocotte; ophthalmie militaire, granuleuse, ophthalmie morbilleuse, etc., trouveront à se ranger dans le cadre beaucoup plus étroit que nous leur avons assigné. Cette simplification demande à être justifiée.
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Toute inflammatio)] de la conjonctive qui sécrète est inoculable et par suite transmissible (de Graefe, in Betiiner kliniscJie Wochenschrift, '21 janvier 1864). Les inflammations conjonctivales ont donc un caractère qui leur est commun. Elles peuvent toutes donner naissance à un produit de sécrétion qui, mis au contact de conjonctives saines, sera capable d'y provoquer quelque affection de la muqueuse oculaire. Ces affections pourront différer notablement de la maladie d'origine, ou se révéler sous des formes qui différeront entre elles, parce que le terrain d'implantation, la constitution du sujet et les conditions de milieu où il se trouve, imprimeront aux résultats de l'inoculation des caractères variables. Ainsi, le produit d'une oplithalmie conjonclivale aigiie pourra ne donner lieu, chez certains sujets, qu'à des symptômes légers ou même négatifs ; celui provenant d'une ophtlialmie chronique ou légère sera susceptible, au contraire, de déterminer, chez des individus présentant des conditions exceptionnelles de réceptivité, tout le cortège des blennorrhées oculaires les plus graves. Enlin, dans des conditions atmosphériques spéciales, ce coup de fouet, si modéré fùt-iî, pourra allumer des conjonctivites offrant un caractère spécial également, telles, par exemple, que la diphthérie oculaire.
Cette manière d'envisager les faits, que l'expérience semble avoir consacrée aujourd'hui, est en oppositiou avec les opinions d'un auteur dont nous aurons plus d'une fois à citer le^^nom, parce qu'il a puissamment travaillé à l'élucidation de la question des ophthalmies conjonctivaks, le professeur Thiry, de Bruxelles. Nous le combattrons sur plusieurs points, mais nous croyons faire acte de justice en rappelant que c'est à ses efforts et à sa persévérance qu'est due, pour la plus grande part, la nomenclature expurgée que nous avons adoptée. Il ne sera pas inutile non plus de bien préciser quelques-unes de ses opinions, que la littérature éti'angère a étrangement travesties. Nous le citerons donc textuellement.
« Les écoulements blennorrhagiques, dit M. Thiry {loc. cit., p. 135), varient de nature d'après leurs causes et leurs altérations : or la matière de ces écoulements, de nature si différente, déposée directement ou indirectement sur la conjonctive, n'y provoque pas une phlegmasie uniforme et toujours essentiellement la même, mais bien une phlegmasie qui sera en concordance par sa nature avec la cause qui l'aura suscitée. Ici, le muco-pus provenant d'une uréthrite simple, légère, aiguë, intense, déposé sur la conjon(;tive, y développera, non une entité blennorrhagique qui ne se comprend pas, mais bien une conjonctivite également simple, avec foUiculite et papillite, sécrétion muqueuse ou mucopurulente, suivant son degré d'iutensité.
« 11 y aura eu contagion par voie d'irritation ; mais de cette contagion il ne résultera qu'une affection ordinaire dépourvue de toute spécificité. L'ophthalmie qui sera inévitablement la suite du dépôt de la matière d'une uréthrite simple sur la conjonctive ne sera donc point une ophthalmie blennorrhagique, ni gonorrhéique, mais une variété de l'ophthalmie simple.
« Mais que le pus uréthral, vaginal, utéiin, déposé sur la conjonctive, soit le produit de cette altération néoplasique, sans analogue, que nous avons appelée granulation, alors tout change : l'ophthalmie empruntera à sa cause même une nature exceptionnelle; cette cause sera contagieuse, virulente, et les altérations qui en résulteront seront spécifiques, tellement spécifiques que la conjonctive normale sera pour ainsi dire radicalement transformée. 11 n'y aura aucune analo'^ie possible à invoquer entre cette dernière ophthalmie et la précédente ; son
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explosion est effrayante, ses symptômes sont tellement éclatants qu'il est impossible de la méconnaître. 11 suffit de regarder.
(( Ici, j'en conviens, il y a une individualité importante à décrire ; il y a une véritable spécificité. C'est peut-être la seule que nous ayons à signaler commese bornant à lu conjonctive, en dehors de toute influence diathésique constitutionnelle, ilais, en étudiant cette grave affection, dont les conséquences sont si promptement désastreuses, je ne me bornerai pas à la qualifier du nom insuffisant de blennorrhagiqiie, je lui accorderai une dénomination qui indiquera et sa cause et sa nature, je l'appellerai ophthalmie virulente granuleuse, ou plutôt blennoplithalmie virulente granuleuse. »
Pour nous, ni les faits ni la théorie ne donnent raison à ces propositions. Ce n'est pas qu'opposant notre incompétence en matière de blennorrhagie uréthrale à la haute autorité de leur auteur nous disputions à ce dernier Texistence d'une gonorrhée simple et d'une gonorrhée granuleuse ; ce que nous lui disputons, ce sont les déductions qu'il invoque pour introduire ces deux espèces dans la pathologie oculaire.
Nous admettons volontiers qu'il y a des blennorrhagies uréthrales simples, non conmgieuses, c'est-à-dire de telle nature que leur produit de sécrétion, mis au contact de la muqueuse des organes génitaux d'autres sujets, n'y détermine aucune irritatiou ; nous admettons encore que ce produit, porté sur la conjonctive, n'y éveillera le plus souvent, par voie d'irritation simple, que des conjonctivites subaiguës. Mais vouloir prétendre que, parce qu'il y a des uréthrites simples et des uréthrites granuleuses, il doive y avoir également, sous l'influence du même produit, des conjonctivites simples et des conjonctivites granuleuses, que celles-ci doivent être forcément déterminées par le contact du produit de celles-là, c'est outre-passer les bornes de nos connaissances présentes.
En s'en r;ipportant au seul témoignage des faits qui se déroulent à la suite de l'application d'une matière virulente sur les muqueuses, on constate des phénomènes qui se suivent dans un certain ordre, mais rien au delà. A part le l'apport de succession dans le temps, et celui de contiguïté ou de juxtaposition, que voyons-nous d'autre? La vue, le microscope, et tous les autres moyens d'investigation que la science a mis en noire puissance, ne permettent de voir que des choses appréciables aux sens et purement extérieures. Dans le cas présent, nous voyons très-bien que, les circonstances aidant, la substance purulente agit quand elle se trouve en contact avec une muqueuse, saine ou non; mais le pouvoir que le premier de ces corps exerce sur le second est un fait invisible qui nous échappe encore; le lien qui unit ces deux phénomènes, se succédant dans un ordre détermine et qui t:iit de celui-ci l'effet, et de celui-là la cause, la force mystérieuse par laquelle l'un a pu produire ou seulement provoquer l'autre, voilà ce qu'aucun de nos sens n'a jusqu'aujourd'hui pu saisir d'une façon certaine. Cette connaissance d'ailleurs n'est pas nécessaire, car, en vertu de la nécessité du rapport de causalité, la science cherche sans hésitation la cause de phénomènes contingents que l'avenir révèle, certaine qu'elle est, à l'avance, de l'existence de cette cause. « Ce qu'il y a de commun dans toutes les maladies contagieuses, dit Anglada, c'est leur communicabilité ; mais chacune d'elles se réserve, si l'on peut ainsi dire, les voies et moyens. Leur secret est même si bien gardé que les tentatives d'inoculation les plus diversifiées échouent pnrfois en dépit de tous nos efforts, soit parce que le virus échappe à nos recherches, dans sa résidence inconnue ou dans sa forme fugitive, soit parce
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que nous ignorons ses iirélerences pour le point de l'économie qui lui offre l'accès le plus favorable. Et cependant, l'observation clinique, qui se joue de nos puissances expérimentales, nous révèle, dans ces mabidies, une redoutable activité de transmission, qui s'exerce sous nos yeux dans des circonstances spéciales qu'il ne nous est pas donné de réunir. »
Tout cela était écrit avant l'évolution de la doctrine parasitaire et demandera bientôt sans doute à être réformé. Poursuivons cependant.
Étant admise la faculté de transmission, il reste à déterminer, non pas la nature du principe contagieux — nous venons de constater qu'il n'est pas encore connu dans son essence — mais les conditions pathologiques sous lesquelles l'énergie de ce facteur patbogénélique acquiert le maximum de son développement. Considéré dans une certaine étendue et sans aucune prévention, ce développement des maladies contagieuses, on ne tarde pas à s'en apercevoir, est subordonné à des règles générales, à des conditions matérielles qui, sans les engendrer toujours, les piovoquent et les rendent plus manifestes. Ces conditions matérielles comprennent — dans l'espèce qui nous occupe — l'élat atmosphéiique, l'application ou l'oubli des règles de l'hygiène, la constitution ou l'état diathésique du sujet, l'état des conjonctives auxquelles l'attaque s'adresse, le temps dans lequel les symptômes se succèdent et doivent avorter, aboutir ou se terminer ; enlin, cette activité mystérieuse, l'élément contagieux lui-même, qui va commander la forme, le degré et jusqu'à l'intensité de la m;dadie.
Ceci nous mène à cette conclusion que M. Thiry force les conséquences des analogies anatomiques — et l'on peut ajouter qu'elles sont ici loin d'être complètes — quand il conclut de ces analogies à celles des évolutions pathologiques. Il aboutit, par un simple raisonnement, de la conception d'une simple similitude, de l'observation de faits isolés, à l'induction d'une loi, ou, si l'on aime mieux, à l'extension d'une loi. Or. cette loi peut et doit souffrir de nombreuses exceptions ; confirmée par quelques cas, elle est infiimée par beaucoup d'autres. Sans doute, il y a de frappantes ressemblances entre la blennoirhée de l'urèthre et celle de l'œil ; il y en a de frappantes encore peut-être entre les granulations de l'uréthrile virulente et les aspérités dont peuvent se couvrir les conjonctives contaminées paf la matièi'e que fournissent les premières, mais la réciproque ne nous paraît pas démontrée, en ce qui concerne les propriétés ii)]iérentes à la matière fournie par ces aspérités, si tant est que ces dernières soient la conséquence obligée de l'inoculatioa du pus gonorrhéique, cedontnous doutons. Cette évolution est, au contraire, très-loin d'être constante. Quand une blennophthalmie développée par inoculation au moyen du pusurélhral, virulent ou autre, a été abandonnée à elle-même, il est rare qu'elle laisse après elle des aspérités conjonctivales. JCela est si vrai, qu'après avoir inoculé, dans plus de cent cas, du pus blennorrhagiquc de touie provenance, uréthral ou autre, simple ou virulent, à des yeux atteints de pannus, jamais nous n'avons yu subsister, après les blennophthalmies ainsi développées et abandonnées à leur marche naturelle, la moindre trace de ces granulations spécifiques que, selon M. Thiry, ces blennhorrhées spécifiques virulentes devraient toujours laisser après elles. Bien plus, quand les conjonctives étaient hérissées d'aspérités de n'importe quelle nature, avant l'inoculation, il n'en restait d'ordinaire aucune trace après, comme si elles s'étaient fondues, à la façon d'un corps solide, au feu de la phlegmasie.
Mais ces réserves, faites en ce qiii concerne une assimilation que la science
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actuelle ne nous paraît pas autoriser, ne touchent que ce point spécial. Quant à la doctrine générale exprimée et défendue par M. Thiry, avec une conviction que rien n'a pu ébranler, à savoir qu'un produit de sécrétion, urétliral ou conjonctival, peut contagionner un urcthre ou une conjonctive de deux façons différentes, par voie d'irritation ou par voie de contagion, nous nous v rallions aujourd'hui.
Ainsi, nous croyons que si, conformément à la loi de de Graefe, « toute inflammation de la conjonctive qui sécrète est transmissible », celle transmissibilité doit être sous la dépendance de la loi de Thiry. Un exemple : Des causes irritantes simples pourront donner lieu à des ophthalmies conjonctiviales sécrétantes; celles-là ne se communiqueront ([ue par voie d'irritation. Mais voici, d'autie part, une ophllialraie conjonctivale déterminée par Tinfluence dite (( catarrhale » et n'en différant phénoménologiquement à aucun égard : eh bien ! celle-là se transmettra par voie de contagion, parce que le (( principe catarrhal » est, pour nous, commandé par un contagc spécial.
Ajoutons cette objection tirée du même oi'dre d'idées: dans les conirées où règne l'ophthalmic diphthéritique, jamais on n'a signalé, à notre connaissance, de blennorrhagics uréthrales offrant le caractère de la diphthérie.
Ce qui précède nous mène à éliminer de notre cadre toute espèce d'ophthalmie conjonctivale qui, sous prétexte de spéciticité élective, voudrait usurper une place privilégiée, ainsi que le voudrait l'éminent professeur de Bruxelles. Plus royalistes que le roi, nous simplifierons encore de la sorte la nomenclature, déjà si simple, qu'il a si chaudement défendue et fini par faire adopter.
E§t-ce à dire qu'il n'y ait pas d'ophthalmies conjonctivales qui soient spécifiques ? Ou bien le sont-elles toutes ? La réponse est tout entière dans la signification à donner au mot « spécificité », signification sur laquelle les auteurs sont loin d'être d'accord : « La vxaladie spécifique, quelles que soient les causes occasionnelles, dit Chauffard, est celle qui se manifeste et se juge par la création et l'émission de produits spécifiques, c'est-à dire capables de transmettre à un organisme sain la maladie dont ils sont le signe et le produit. »
A ce titre, on vient de le voir, toutes les ophthalmies conjonctivales sont spécifiques. D'autre part, M. de Wecker s'exprime ainsi {Traité complet d'ophthalmologie, "ù" édit., 1. 1, p. 274) : « Toute inflammation de la coiijonctive qui sécrète est inocidable, et par suite transmissible. A part cela, on a reconnu que la forme transmise na mdlement besoin d'être similaire avec celle qui a fourni le produit inoculable. Ce qui prouve que la sécrétion ne présente rien de spécifique. »
Ce dernier auteur prétend-il soumettre la qualification de spécifiques aux maladies transmissibles, à la condition que la maladie transmise soit de tous points semblables à celle d'oii elle provient? Dans ce cas, il est dans son droit et il n'y aura pas d'ophthalmies spécifiques, pas même la diphthéritique qui, nous le verrons plus loin, peut naître, à la faveur de conditions spéciales, d'une ophthalmie conjonctivale n'ayant pas ce caractère, et donner lieu, également par inoculation, à une ophthalmie conjonctivale non diphthéritique. Mais, si la spécificité doit se restreindre à la seule capacité de transmettre une maladie similaire, sans exclusion de celle d'en développer d'autres qui en différent, ainsi que lèvent Chauffard, oh! alors, toutes les ophthalmies conjonctivales sont spécifiques.