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Les oreillons donnent lieu en général à de petites épidémies qui régnent principalement : 1° dans les maisons d'éducation on sont réunis un grand nombre d'enfants ou de jeunes gens : épidémies des demoiselles de Saint-Cyr (Dionis),
de la maison des Cadets de Berlin en 1836, de l'orphelinat de Halle en 1857, de l'orphelinat de Moscou en 1840, du collège de Strasbourg en 1845 (Crevoisier d'Hurbache), du petit séminaire de Bordeaux en 1839 (Gintrac), de l'école militaire deSaint-Cyr (Arnould), de la maison des Cadets de Plôu (Lûhe) etc. ; tous les médecins de pensions ou de collèges ont observé de ces petites épidémies ; 2° dans l'armée : épidémies du château de Brest en 1779, de la garnison de Heilbronn en 1827, de Mont-Louis en 1828 (Dogny), de Mascara en 1848 (Thierry de Maugras), de Versailles et du Fort de Montrouge eu 1854 (Cornac, Garlier), de Joigny en 1855 (L. Colm), de Rochefort en 186G et 1867 (Sallaud), de l'armée de la Loire en 1871 (Vidal), d'Antibes et de Dijon en 1876 (Chauvin, A, Juloux), etc. Il nous serait facile de multiplier ces exemples.
Tantôt les épidémies restent localisées dans une caserne, dans un corps de troupes, tantôt elles envahissent successivement les différents corps de troupes qui tiennent gaz'nison dans une ville, tantôt enfin elles s'étendent à la population civile en même temps qu'à la population militaire : épidémies de Lyon et d'Edimbourg en 1758 (llamilton), épidémie d'Arras en 1864 (Rizet), etc.
Dans quelques cas les oreillons ont régné épidémiquement dans des prisons (épidémie de la prison de New- York en 1821) ou sur des navires; nous avons déjà parlé des épidémies décrites par MM. Dangaix et Jobard sur des émigrants indiens ; Noble a observé une petite épidémie d'oreillons à bord du vaisseau de guerre anglais, l'Ardent, pendant une traversée vers Montevideo [Edinb. Med. and Surg. Journ., t. IV, 304).
Les épidémies d'oreillons ont pris quelquefois une très-grande extension et envahi des provinces entières. Targioni Tozzetti compte dix grandes épidémies d'oreillons à Florence de 1328 à 1752. En 1714 une épidémie d'oreillons régna dans toute la province d'Istrie. L'épidémie de Bologne décrite par Th. Laghi (1755) s'étendit dans le Ferrarais, le Mantouan, les Marches et jusqu'à Rome. Les épidémies suivantes ont été également remarquables par le grand développement qu'elles ont pris : épidémie de la Haute Italie en 1782 (Milan, Gênes, Turin, etc.), épidémie de 1786 à 1787 qui s'étendit de l'istrieà Trévise, Vicence, Venise, Vérone et Padoue; épidémies de la province de Sondrio en 1823, de 1825 en Saxe (Ilalberstadt, Magdebourg, etc.), de 1839 dans le canton de Zurich ; de 1855 dans les arrondissements de Dusseldorf et de Trêves, de 1841 dans le cercle de Cologne, de 1851 et 1856 en Suède. Dans l'épidémie de Genève (1848-1849) les oreillons régnèrent avec une grande fréquence non seulement dans le canton de Genève, mais dans tous les cantons voisnis.
Des épidémies d'oreillons se montrent souvent en même temps dans plusieurs villes d'une même contrée assez distantes les unes des autres. En
1864 les oreillons régnaient presque à la même époque dans les garnisons d'Arras, de Douai et de Montpellier; en 1876 on les observait dans un grand nombre de garnisons, notamment à Albi, à Rochefort, à Lyon, à Dijon, à Antibes, à Belfort ; la même remarque s'applique du reste aux fièvres éruptives et à la fièvre typhoïde, dont les épidémies accompagnent souvent celles des oreillons.
L'épidémie d'oreillons de Joigny en 1855 coïncida avec une grande fréquence des fièvres esanlhématiques, de la rougeole en particulier à Milianah en 1864-
1865 la rougeole régnait en même temps que les oreillons, de même à bord du Contest (Jobard) et dans l'épidémie observée en 1875 par Bussard. à l'île d'Oléron.
Sur 15 épidémies d'oreillons dont le docteur Cousin a fait le relevé 6 coïncident avec la rougeole, 3 avec la scarlatine, 6 avec la variole.
A la fin de mars 1877 M. Lecadre signalait au Havre la fréquence de la variole, de la rougeole, de la fièvre typhoïde et de la diphthérite ; en même temps régnait une épidémie d'oreillons qui atteignait surtout les enfants de huit à dix ans {Soc. méd. des Hop. Rapport de M. le docteur E. Besnier sur les maladies régnantes, H mai 1877).
A Rochefort en 1867 la fièvre typhoïde régnait avec une grande fréquence en même temps que les oreillons (Sallaud). A Auxonne en 1875-1876 la rougeole et la scarlatine régnaient en même temps que les oreillons. A Rayonne en 1878, à Melun en 1877, les oreillons coïncidèrent avec une épidémie de fièvre typhoïde.
La coïncidence des oreillons et de la méningite cérébro-spinale a été notée plusieurs fois, notamment pendant l'épidémie de Suède (1855-1860) et pendant l'épidémie de Bromberg en 1864.
Le caractère épidémique des oreillons est admis par tous les auteurs ; lorsque la maladie survient dans un collège ou dans une caserne, les cas d'abord isolés se multiplient peu à peu ; un grand nombre de personnes peuvent être atteintes ; dans une épidémie qui régna à l'hospice des orphelins de Moscou en 1847, 200 personnes sur 300 qui constituaient la population de l'hospice prirent les oreillons dans l'espace de trois mois. Après avoir régné un certain temps, la maladie entre en voie de décroissance: on observe donc les trois phases d'augment, d'état et de déclin, dont on a fait un des principaux caractères des épidémies.
La plupart des auteurs ont répété après Rochard (1757) que les oreillons étaient endémiques à Belle-lle-en-mer ; on a même été jusqu'à proposer de leur donner le nom de catarrlms helhnsidanus . Rien ne justifie l'assertion de Rochard, qui a été acceptée beaucoup trop facilement par tous les auteurs (jui ont écrit sur les oreillons depuis plus d'un siècle.
Dans la topographie médicale de Belle-lle-en-mer de Gabrol {Rec. mém. méd. mil., 2° série, t. VI, p. 51) il n'est pas question de l'endémicité des oreillons, leur fréquence n'est même pas signalée.
M. le docteur Lippmann a fait à notre demande une enquête sur la prétendue endémicité des oreillons à Belle-Ile; voici les principaux renseignements qu'il a bien voulu nous communiquer : M. le docteur Bramel, médecin civil exerçant à Belle-Ile depuis 1839, n'a jamais vu la moindre endémie ou épidémie d'oreillons; M. le docteur Laugier, qui habite aussi Belle-Ue depuis longtemps, n'a rien observé non plus relativement à l'endémicité des oreillons. Dans la statistique médicale de l'hôpital militaire de Belle-Ile pour 1876 les oreillons ne sont représentés que par un seul cas ; les renseignements fournis par les sœurs de l'hôpital civil de Belle-Ile ont été également négatifs.
Les oreillons ne sont pas davantage endémiques à l'île d'Oléron ; en consultant les registres de l'infirmerie établie au château, Bussard n'a trouvé de 1871 à 1875 que 7 cas d'oreillons; la rareté des oreillons dans l'Ile d'Oléron résulte aussi du témoignage de M. le docteur Luzet établi depuis longtemps dans cette île (Bussard) ; pendant l'hiver de 1874-1875 les oreillons ont régné épidémiquement, ainsi que nous l'avons vu dans l'île d'Oléron, mais ce fait lui-même vient à l'appui de l'épidémicité des oreillons et non de leur endémicité.
L'endémicité des oreillons dans les grandes villes n'est qu'apparente, elle
tient à ce que les petites épidémies se rattachent les unes aux autres par une suite non interrompue de cas.
Sur H 7 épidémies d'oreillons analysées par Hirsch {loc. cit.), 51 épidémies ont commencé en hiver et ont régné : en hiver, 41 ; en hiver et printemps, 10. — 52 ont commencé au printemps et ont régné : au printemps, 26 ; au printemps et en été, 4 ; du printemps à l'automne, 2. — 15 ont commencé en été et ont régné : en été, 11 ; été et automne, 4. — 19 ont commencé en automne et ont régné : en automne, 15 ; automne et hiver, 5 ; de l'automne au printemps, 1,
Dans 87 épidémies l'époque du début est encore mieux précisée, et ces épidémies se répartissent ainsi par mois (Hirsch) :
Janvier 21
Février 7
Mars 9
Avril 9
Mai 2
Juin 5
Juillet i
Arût 1
Septembre 2
Octobre 13
Novembre 8
Décembre 6
Hirsch conclut que les oreillons sont une maladie de la saison froide, mais la plus grande fiéquence d'une maladie pendant les mois d'hiver ne signifie pas du tout que cette maladie doive être considérée comme une maladie saisonnière; toutes les maladies contagieuses, à commencer par la gale, sont plus communes en hiver qu'en été, il n'y a donc rien à conclure des chiffres donnés par Hirsch quant à l'étiologie ou à la nature des oreillons.
Étiologie. Nous étudierons successivement les causes prédisposantes : âge, sexe, profession, puis les causes efficientes, et nous aurons à recherchera ce sujet si les oreillons sont contagieux ou s'ils se développent comme le veulent quelques auteurs sous l'influence de refroidissements.
Age. Sexe. Les oreillons sont rares dans le cours des deux premières années, ils sont également très-rares passé quarante ans ; cependant on en a observé quelques cas chez des personnes de soixante à soixante-dix ans. Pendant l'épidémie de Genève le maximum de fréquence a été pour les enfants de cinq à quinze ans. Voici les chiffres fournis par Rilliet et Lombard (Rilliet, Gaz. méd. de Pam, 1850) :
De la naissance à 2 ans 0
De 3 à 5 ans * • 7
De 5 à 10 18
De 10 à 15 19
De 15 à 20 8
De 20 à 30 9
De 30 à 40 8
De 40 à 50 2
De 50 à 60 1
De 60 à 70 1
Total 73
Dans les épidémies d'oreillons qui régnent dans l'armée, les jeunes soldats sont principalement atteints, ainsi que l'ont faitremarquer Cornac (^;>zWemie de Versailles, 1854), L. Colin {Épidémie de Joigny, 1855), Sallaud {Épidémies de Rochefort, 1866, 1869). Dans l'épidémie de l'ile d'Oléron les cas observés dans la garnison se sont répartis ainsi qu'il suit (Bussard) :
Cas.
Hommes ayant moins d'un an de service 16
De 1 à 2 ans 5
Au-dessus de 2 ans 7
il) uiirijijLun ù.
Depuis longtemps les médecins militaires ont appelé l'attention sur l'analogie qui existe entre les maladies des soldats et celles des enfants ; la fréquence de la rougeole et des oreillons dans les hôpitaux militaires constitue un des principaux traits de cette ressemblance.
La plupart des auteurs admettent que les oreillons sont plus communs chez les garçons que chez les filles ; cependant, lorsqu'on consulte des chiffres précis pour une épidémie comme celle de Genève qui s'attaque à toute la population d'une ville, on voit en général que la maladie a été pi'esque aussi fréquente dans les deux sexes; Lombird et Hilliet donnent les chiffres suivants :
Cas.
Hommej 38
Femmes . 33
Total 73
Dans l'épidémie de Yire (Lepecq de la Clôture) les enfants et les femmes étaient principalement atteints.
La plus grande fréquence des oreillons chez les hommes s'explique par ce fait qu'ils vivent presque toujours dans des agglomérations très-favorables au développement des épidémies : pensions , collèges, séminaires, casernes, tandis que les jeunes filles et les femmes vivant davantage dans les familles échappent j)lus facilement aux épidémies d'oreillons.
L'influence de la constitution et du tempérament ne paraît pas importante.
Causes efficientes. Contagion. Les oreillons sont essentiellement contagieux, et il est surprenant qu'une vérité aussi évidente soit encore contestée par quelques médecins qui ne veulent voir dans les oreillons qu'une maladie catarrhale produite par refroidissement. La contagion des oreillons étant niée encore par quelques auteurs, il est nécessaire que nous nous arrêtions un peu sur cette question et que nous fournissions des preuves.
Dans l'épidémiede Linn et d'Edimbourg (1759) la maladie, au dire d'Hamilton, était contagieuse.
Mangor {Épidémie de Wiburg, 1771) raconte que des gens de la campagne^ qui avaient les oreillons étant venus à Wiburg le 15 décembre 1771 communiquèrent la maladie à des écoliers qui logeaient dans l'hôtellerie où ils étaient descendus ; la maladie se propagea parmi les élèves du collège de Wiburg, puis dans toute la ville et jusque dans la famille de 3Iangor, qui conclut ainsi : Contagium salutavi, nam aliter genealogiam ejus de domo in domum et de hoinine in hominem explicare nequeo.
Ozanam, parlant d'une épidémie d'oreillons qui régna de son temps sur la garnison de Lyon, dit que la maladie se communiquait entre les camarades de lit [Hist. des mal. épid., t. II, p. 313).
Cullen parlant des oreillons dit : Cette maladie est souvent épidémique et évidemment contagieuse [Élém. de méd.prat., trad. de De Lens, 1819, t. 1, p. 370).
A. Gooper considère les oreillons comme une fièvre extrêmement contagieuse {Œuvres chirurg., trad. franc., 1837, p. 446).
Bretonneau ayant couché dans la même chambre qu'un jeune homme atteint d'oreillons ne tarda pas à en être affecté lui-même.
Trousseau cite les faits suivants à l'appui de la théorie de la contagion {Gaz. des hop., 1845, p. 405) : une femme met un de ses enfants dans une famille
oïl régnent les oreillons, quinze jours après environ elle reprend cet enfant qui a les oreillons, elle-même ne tarde pas à en être affectée ainsi qu'un enfant qui joue avec le sien. « J'ai déjà vu bien souvent, ajoute Trousseau {loc. cit.), de petites épidémies d'oreillons, deux entre autres dans deux pensionnats dont je suis le médecin. En moins de quinze jours douze ou quatorze enfants furent atteints dans chaque maison. Cela sans doute ne démontre pas la contagion, mais une jeune demoiselle quitte le pensionnat pour aller dans sa famille où elle transmet les oreillons; la même chose arrive pour un jeune garçon. »
D'après Lombard l'épidémie de 1848-1849 aurait été importée à Genève par un jeune homme venant de Paris et atteint d'oreillons. Dans un grand nombre de cas où l'on a pu s'assurer de l'origine de la maladie, écrit Rilliet, elle a été évidemment contagieuse ; et il cite le fait suivant qui à lui seul suffirait pour démontrer la contagion des oreillons : « Une jeune fille habitait une campagne dans les environs de laquelle il n'y avait point eu de cas épidémique ; elle-même n'avait été en rapport avec aucun enfant atteint d'oreillons. KUe passe une journée avec une de ses parentes qui depuis six jours avait la maladie régnante, huit jours après elle tombe malade elle-même et communique les oreillons à son frère quinze jours plus tard. Ce jeune garçon n'avait pas quitté la campagne et n'avait pu prendre la maladie que de sa sœur. » (Rilliet, op. cit., p. 24).
Bouteiller (thèse, Paris, 1866, p. 14) rapporte ce qui suit : « Une petite fille prend à l'école les oreillons qui avaient atteint cinq ou six de ses camarades, quelques jours après sa sœur, qui en ce moment n'allait pas à l'école, a les oreillons, bientôt la mère est atteinte par la maladie et cela dans une maison habitée par un grand nombre de personnes où cette affection n'a existé certainement que dans celte famille.
« Trois enfants d'une famille à laquelle je donnais mes soins eurent successivement les oreillons, dit 31. Bernutz (cité dans la thèse de M. Séta. Paris, 1869, p. 7 et 8) : je prévins les parents que la maladie était contagieuse et je leur recommandai d'isoler les malades. Au bout de six semaines les parents me demandèrent si leurs enfants pourraient sans danger aller rendre visite à la famille de leur oncle qui était à la campagne et dont j'étais également le médecin. Ils y allèrent et communiquèrent la maladie qu'ils venaient d'avoir à leurs deux petits cousins. A cette occasion j'ai perdu la clientèle de ces deux familles. La contagion n'est plus pour moi un fait à établir ; il faudrait chercher seulement au bout de combien de temps la maladie cesse d'être contagieuse ».
Le fait cité par M. Bernutz est très-intéressant en ce qu'il démontre que le convalescent d'oreillons peut transmettre la maladie, comme le convalescent de variole transmet la variole, alors qu'il paraît entièrement guéri et qu'il n'inspire plus aucune défiance.
M. Peter a observé dans sa propre famille l'exemple suivant de la contagion des oreillons (Séta, thèse citée) : le fils de M. Peter, âgé de trois ans, resta pendant quelques heures à Versailles, avec ses deux petits cousins dont l'un, âgé de sept ans, avait, et l'autre, âgé de cinq ans, allait bientôt avoir les oreillons ; de retour à Paris il fut frappé de la même maladie qu'il communiqua à sa bonne, laquelle en fut très-malade et ne guérit qu'au bout de Irois semaines sans accidents du côté des mamelles ni des grandes lèvres.
Deux jeunes maçons vont visiter un ami qui a les oreillons ; huit jours après ils sont atteints tous les deux d'oreillons et chez l'un d'eux il se développe une orchite double (Séta, loc. cit.).
DICT. ENC. 2° s. XVII. 2i
522 OREILLOiNS.
On trouve encore dans la thèse de M. Séta les observations de trois garçons de collège qui furent atteints d'oreillons alors que cette maladie régnait épidc'miquement dans le collège où ils étaient employés (observations IV, V et YI). Garpcnticr (thèse, Paris, 1869) raconte que plusieurs jeunes gens qui fréquentaient un café du boulevard Saint-Michel furent atteints d'oreillons; le maître du café avait eu des oreillons compliqués d'orchite.
Wickmann rapporte le fait suivant : une petite fille qui fréquente une école OLi régnent les oreillons prend la maladie et la transmet bientôt à sa sœur qui ne va pas à l'école, ainsi qu'à sa mère. Le même auteur a vu les oreillons attaquer successivement deux personnes dans une même maison, huit dans une autre.
Plusieurs faits cités par M. Durozier (Gaz. des hop., 1870) viennent aussi à l'appui de la théorie de la contagion des oreillons.
Le fait suivant nous a été communiqué par notre regretté collègue Bussard : pendant l'Iiiver de 1874-1875 les oreillons régnaient dans la population civile de l'île d'Oléron ; la garnison, qui se composait de 250 hommes casernes dans l'aile droite du château d'Oléron, fut atteinte par l'épidémie au mois de janvier ; le premier cas fut observé sur un soldat qui quinze jouis auparavant avait passé plusieurs heures dans une chambre où se trouvaient deux enfants atteints d'oreillons ; quatre compagnons de chambi'ée du premier malade présentèrent bientôt après les symptômes des oreillons, puis la maladie se répandit dans les chambrées voisines, 28 hommes furent atteints parmi lesquels 16 avaient moins d'un an de service. Ce qui rend ce fait particulièrement intéressant, ce qui lui donne, on peut le dire, toute la valeur d'une expérience, c'est que dans l'aile gauche du château d'Oléron se trouvaient, à l'époque dont nous parlons, 220 disciplinaires de la marine soumis aux mêmes conditions météorologiques que les soldats, faisant quotidiennement des exercices, plus prolongés même que ceux imposés aux soldats, mais parfaitement isolés et ne pouvant avoir aucun rapport, ni avec la population civile, ni avec les soldats de la hgne ; or aucun disciplinaire de la marine ne fut atteint d'oreillons.
Pendant une épidémie d'oreillons qui a régné en 1876 sur la garnison de Belfort il y eut cinq cas intérieurs à l'hôpital (communication du docteur Viry) : M. Lemarchand dans sa thèse (Paris, 1876) donne les observations de deux infirmiers qui prirent les oreillons dans un service du Yal-de-Gràce oîi se trouvaient plusieurs soldats atteints du même mal, un médecin stagiaire en fut également affecté. J'ai moi-même observé plusieurs fois des cas intérieurs d'oreillons dans les services dont j'étais chargé
M. le docteur Jourdan, relatant une épidémie d'oreillons observée au 28*^ bataillon de chasseurs à Dax, fait remarquer que, lorsqu'un homme était atteint, la plupart de ses voisins ne tardaient pas à l'être à leur tour. Dans cette même épidémie le caporal d'infirmerie et le soldat porte-sac furent atteints. En ville, ajoute 31. le docteur Jourdan, un père fut pris d'oreillons après ses deux enfants (jRec. mém. méd. mil., 1878, p. 557).
Dans l'épidémie du l^"" hussards à Melun en 1877 les oreillons régnaient dans la population civile avant que la maladie s'étendît à la population militaire ; de plus, des hommes envoyés à Marseille furent pris d'oreillons l'un quatre jours, l'autre sept jours après le départ de Melun. Comme le fait observer M. le docteur Madamet, ces liommes étaient soustraits aux conditions atmosphériques que subissaient leurs camarades restés à Melun, et si les oreillons dépendaient de ces
influences, iis n'auraient pas dû être atteints ; il paraît évident qu'ils avaient emporté de Melun le germe de la maladie [Rec. mém. méd. mil., 1878, p. 557).
A l'école militaire de Saint-Cyr, M. Ârnould a observé également des faits qui plaident en faveur de la contagion : le premier foyer des oreillons se montrait toujours dans les locaux occupés par les élèves, un deuxième foyer se formait bientôt dans un quartier séparé, servant de casernement aux troupes annexées à l'école; enfin les habitants du village de Saint-Cyr qui communiquaient avec l'un ou l'autre de ces groupes contractaient quelquefois la maladie ; ce fut le cas (lu coiffeur des élèves, homme sur la quarantaine cependant (article France de ce Dictionnaire).
Cohnheim range les oreillons dans la classe desmiasmatico-contagieuses, mais d'après lui, pour que le germe provenant d'un malade atteint d'oreillons se développe et donne lieu à une épidémie, il faut qu'il rencontre des conditions de milieu favorables, conditions dépendant en particulier de la localité et de la constitution du sol. Rien n'autorise une pareille doctrine, la contagion des oreillons paraît se faire indépendamment des conditions de milieu, de localité; pour qu'une épidémie se développe il suffit que le germe soit importé dans une agglomération de personnes jeunes auxquelles une première atteinte de la maladie n'a pas conféré l'immunité.
Lorsque les oreillons se déclarent dans une famille, dans une pension, dans une caserne, dans une ville, la maladie ne s'étend pas d'emblée à un grand nombre de personnes; une ou deux personnes sont atteintes d'abord, puis huit ou dix jours plus tard d'autres cas se déclarent parmi les personnes qui fréquentent les premières; le développement des cas est successif, en un mot, ainsi que cela s'observe pour la rougeole, par exemple. Dans les faits observés à Genève en 1848-1849 il y eut presque toujours, dit Rilliet, succession et non simultanéité de début entre les membres d'une même famille.
Les épidémies d'oreillons qui régnent dans les garnisons composées de plusieurs corps de troupes sont en général très-caractéristiques à cet égard. A Arras en 1864 la maladie commence au mois de janvier dans la population civile, plusieurs jeunes enfants sont atteints (Rizet, Zoc. cit.), puis 22 cas d'oreillons se produisent dans un régiment du génie, et c'est seulement au mois d'avril, lorsque l'épidémie a disparu dans ce régiment, que les troupes d'infanterie et les cuirassiers sont atteints.
Dans l'épidémie observée à Dijon par M. A, Juloux [loc. cit.] les oreillons régnent d'abord sur le 27*^ de ligne et sur le 18* régiment de chasseurs achevai; c'est seulement lorsque l'épidémie a disparu à peu près complètement dans ces deux corps qu'un cas d'oreillons se montre chez un homme du bataillon de chasseurs à pied logé seul à la caserne des Ursulines ; sepf jours après apparaît le deuxième cas; le 10 avril 5 nouveaux malades sont atteints ; jusqu'au 16 avril tous les malades au nombre de 7 appartiennent à la même compagnie, les autres compagnies sont ensuite atteintes successivement.
Ce n'est pas ainsi que se développent les affections saisonnières ; ces dernières frappent en même temps tous les corps de troupes casernes dans une même localité et soumisaux mêmes conditions climatologiques. M. A. Juloux fait remarquer avec raison que, si les oreillons dépendaient véritablement de refroidissements, de variations atmosphériques, comme le veulent certains auteurs, pendant cette épidémie de Dijon les chasseurs à pied auraient dû être atteints
en même temps que les autres corps de troupes de la garnison qui étaient soumis aux mêmes exercices que les chasseurs.
Ilomans rappoite qu'une femme atteinte d'oreillons accoucha d'un enfant qui présentait les caractères de cette affection {Americ Journ. of Med. Se, 1855, t. XXIX, p. 56). Ce fait à lui seul, s'il était confirmé par des observations semblables, suffirait à démontrer que les oreillons constituent une maladie générale, miasmatique ou virulente, dans l'étiologie de laquelle les conditions atmosphériques ne jouent aucun rôle.
L'immunité conférée par une première atteinte d'oreillons vient encore confirmer cette idée que les oreillons constituent une maladie spécifique et contagieuse, car ce sont les maladies les plus manifestement spécifiques et contagieuses comme la variole et la rougeole qui présentent ce caractère. « Les oreillons affectent rarement deux fois le même individu » (Pinel, Nosogr., t. 11, p. 376)- « Nous n'avons observé aucun cas de récidive de la maladie (oreillons), malgré son séjour prolongé dans certaines localités. Semblables aux fièvres éruptives, les oreillons paraissent n'attaquer qu'une fois le même individu » (Crevoisier d'IIurbaclie, loc. cit.).
Rilliet a noté avec soin la non-récidive des oreillons. « J'ai observé, dit-il {op. cit., p. 25), sous ce rapport, des faits très-concluants. Ainsi jai vu un père et ses enfants contracter la maladie à laquelle la mère échappait parce qu'elle l'avait eue autrefois à Paris ; j'ai fait la même remarque sur un enfant de huit ans qui avait pris les ourles en voyageant il y a deux ans et qui dans cette épidémie est le seul de sa famille qui ait été préservé. Je pourrais citer beaucoup d'autres exemples analogues. Enfin par l'observation directe j'ai pu m'assurer que les individus qui cette année ont eu les oreillons n'en avaient jamais été atteints auparavant. »
Murât, Trousseau, H. Roger, Bouchut et la plupart des auteurs qui se sont occupés de ce sujet, ont noté de même la non-récidive des oreillons.
Toutefois Limmunité que confère une première atteinte d'oreillons n'est pas absolue, on peut observer comme pour la variole et la rougeole, par exemple, des cas de récidive qui n'infirment en rien la règle générale. M. le docteur Servier a cité un de ces exemples fort rares de récidive des oreillons; le malade (un soldat) avait eu cinq ans auparavant les oreillons et il présentait une atrophie presque complète d'un des testicules {Rec. mém. méd. mil., 1878, p. 532).
A côté des faits qui démontrent la contagion des oreillons nous devons placer ceux qui ont été cités à l'appui de l'étiologie à frigore de la maladie; nous verrons du reste que ces derniers faits ne sont rien moins que probants et qu'ils sont en général susceptibles d'une autre interprétation que celle qui en a été donnée.
Rochard [Journal de médecine, 1757, t. Vil, p. 579), dans sa relation de l'épidémie de Belle-Ile, a cité des faits favorables en apparence à l'étiologie par refroidissement ; les simples soldats qui montaient des gardes étaient seuls frappés, dit-il, la maladie épargnait les sergents, les tambours et les caporaux; nous avons dit plus haut que les oreillons atteignent surtout les jeunes soldats, les recrues qui arrivent au corps, et qu'ils épargnent d'habitude les anciens soldats : faut-il donc s'étonner, si les sergents, les tambours et les caporaux, qui, surtout au temps de Rochard, avaient presque toujours quelques années de service, jouissaient d'une immunité relative? Cela est si vrai que depuis quelques
années le rajeunissement des cadres inférieurs dans l'armée française a fait disparaître en partie cette immunité.
L'épidémie de Mascara (1848) se développa sur une colonne expéditionnaire qui avait été exposée aux mois d'octobre et de novembre à un froid vif et humide sur des plateaux voisins de Saïda; malheureusement pour la théorie du refroidissement, l'épidémie ne se montra qu'au printemps de 1848, deux ou trois mois après que les causes de refroidissement avaient disparu. Dans cette épidémie comme dans celle citée par M. Widal, les latigues de la campagne ont joué simplement le rôle de causes prédisposantes.
M. Jobard a cité comme exemple de développement spontané des oreillons les épidémies observées par lui sur des émigrants indiens à bord du Contest et de la Médusa {op. cil). ; ces épidémies se sont développées peu de temps après le départ de Karikal dans les limites assignées par tous les auteurs à l'incubation des oreillons, limites d'autant plus larges que des convalescents d'oreillons jouissent encore du pouvoir de transmettre la maladie (fait de M. Bernutz) : il est donc très-probable que dans ces cas les oreillons ne se sont pas développés spontanément, mais que le germe a été importé à bord des navires et qu'il a donné lieu à une épidémie parce qu'il a trouvé un milieu favorable dans une agglomération d'hommes, de femmes et d'enfants, vivant très à l'étroit dans un transport encombré comme le sont les navires destinés à l'émigration des Indiens. La même explication convient aux épidémies observées par M. Dangaix sur des navires chargés d'émigrants Indiens ; dans les deux voyages les oreillons se déclarèrent peu de temps après le départ de Pondichéry et ils régnèrent au milieu de conditions atmosphériques variables. La moyenne de température du premier voyage au moment de l'épidémie d'oreillons était de 27 degrés, celle du deuxième de 25 degrés ; pendant le premier voyage les pluies furent très communes, dans le deuxième le temps fut magnifique. Dans les deux voyages il y eut des épidémies de variole : dira-t-on aussi que la variole s'est développée spontanément à bord des navires, sous l'influence des variations atmosphériques? non certes, la variole, comme les oreillons, a trouvé là un milieu favorable à son développement épidémique, rien de plus.
Les auteurs qui ont défendu l'étiologie à frigore se sont appuyés surtout sur la plus grande fréquence des oreillons en hiver ; nous avons déjà dit que cet argument n'avait pas grande valeur, attendu que toutes les maladies contagieuses sont plus fréquentes en hiver, probablement parce qu'en hiver l'homme vit confiné dans ses habitations. Du reste, à côté des épidémies d'oreillons développées en hiver, comme l'épidémie observée par Vidal en 1871 l l'armée de la Loire, on peut en citer bon nombre d'autres qui ont régné par des temps trèschauds .• épidémie des îles Sandwich en 1839 (Wilkes), épidémie de 1801 à StuUgard, de 1807 sur le vaisseau anglais V Ardent (Noble), de 1856 et de 1857 à Munich; épidémies décrites par Dangaix sur des émigrants Indiens, etc.
L'épidémie de Genève (1848-1849) a régné toute une année; les saisons, dit Piilhet, n'ont pas eu d'influence notable sur sa mai'che.
Nous ne voulons pas dire que le froid ne puisse pas donner lieu à une parotidite ; le catarrhe à frigore du canal de Stenon entraîne parfois un gonflement de la parotide par rétention de la salive (Bouchut, communication à l'Académie des sciences, séance du 2 juin 1875). Ce mécanisme, qui est rare, ne produit en tout cas qu'une parotidite, c'est-à-dire une affection locale, sans autre rapport avec les oreillons que celui du siège anatomique.
M. le docteur Moursou a émis l'opinion que les oreillons étaient souvent la conséquence de la stomatite produite par l'évolution de la dent de sagesse (Arch. de médecine navale, 1879). Nous croyons inutile de discuter une opinion qui est contredite d'une manière aussi évidente que celle-là par l'immense majorité des faits; il est possible que la stomatite liée à l'évolution de la dent de sagesse se complique quelquefois de parotidite, mais il n'y a aucune conclusion à tirer de ce fait relativement à la patliogénie des oreillons.
De tout ce qui précède nous croyons pouvoir conclure que les oreillons constituent une maladie épidémique qui se transmet par contagion, qui récidive rarement et qui s'attaque principalement aux. enfants (au-dessus de deux ans) et aux jeunes gens.
Incubation. Les oreillons, comme les autres maladies miasmatiques contagieuses ou virulentes, ont une période d'incubation, c'est-à-dire que le germe morbide, après avoir pénétré dans l'économie, reste quelque temps silencieux et ne donne lieu aux oreillons qu'après une période de latence dont la durée paraît assez variable. Lombard et Rilliet sont arrivés aux cbiffres suivants; sur 29 cas qui se sont produits dans des conditions favorables à l'étude de l'incubation, pendant l'épidémie de Genève, la durée de cette péiiode a été :
Cas.
De 8 jours dans 1
De 19 ù 20 11
De 20 à 22 13
De 25 à 26 1
Total 29
M. Durozier a cité le fait d'une femme de trente-cinq ans chez laquelle lapériode d'incubation des oreillons fut de dix-huit jours et s'accompagna de malaise général, de frissons et d'insomnie. Lorsqu'une épidémie d'oreillons éclate dans une agglomération d'hommes ou d'enfants, on voit souvent les premiers cas se succéder à des intervalles de huit à dix jours. Un de nos malades a été pris d'oreillons huit jours seulement après son entrée à l'hôpital pour une autre affection : or ce malade avait pris certainement les oreillons à la caserne où ils étaient épidémiques: un des voisins de lit du malade à la caserne avait eu les oreillons, tandis qu'il n'y en avait pas d'autre cas à ce moment dans nos salles.
La durée minima de l'incubation paraît pouvoir être fixée à huit jours ; la durée maxima serait de vingt-six jours d'après Rilliet ; nous n'avons observé pour notre part aucun exemple d'une aussi longue incubation.
Description GÉNÉRALE. La tuméfaction des régions parotidiennes, qui constitue le symptôme fondamental de la maladie, est précédée ou accompagnée de quelques phénomènes généraux : malaise, courbature, horripilations, fièvre plus ou moins vive, ou bien les symptômes locaux marquent seuls le début de la maladie.
Les malades ressentent de la douleur dans l'une des régions parotidiennes, qui se tuméfie rapidement ; quelquefois les deux parotides se prennent en même temps, plus souvent leur tuméfaction est successive et se produit à douze, vingt-quatre ou quarante-huit heures d'intervalle, il est assez rare que l'oreillon soit simple, c'est-à-dire que la tuméfaction se limite à l'une des régions parotidiennes.
Le degré de la tuméfaction est variable : tantôt il s'agit d'un léger engorge-
ment qui passe facilement inaperçu quanti l'attention n'est pas éveillée à cet égard, tantôt au contraire la tuméfaction envaiiit les parties voisines et s'étend jusqu'à la base rlu cou ; les formes moyennes sont les plus communes.
Les douleurs sont en rapport avec le développement plus ou moins considérable des oreillons; presque nulles dans les cas légers, ces douleurs peuvent devenir très-vives dans les cas où la tuméfaction des régions parotidiennes e^t considérable ; les malades accusent alors une sensation de tension très-pénible qui s'exagère dans les mouvements de mastication. Le quatrième jour la maladie est arrivée en général au maximum d'intensité, elle entre alors envoie de décroissance et la résolution a lieu rapidement. La suppuration est extrêmement rare. Quelques auteurs ont observé des phénomènes critiques : sueurs, évacuations alvines, plyalisme, accompagnant la résolution des parotides.
Dans bon nombre de cas, surtout chez les enfants, la maladie se borne à ces symptômes très-simples ; chez les hommes adultes il n'est par rare de voir la fièvre se rallumer au moment oîiles oreillons entrent en décroissance ; la température monte brusquement à 40 ou 41 degrés ; les malades présentent des symptômes nerveux plus ou moins graves qui peuvent faire craindre l'invasion d'une fièvre typhoïde ou d'une méningite, mais bientôt l'un des testicules ou les deux testicules se tuméfient, les symptômes généraux disparaissent et l'orchite entre rapidement en résolution ; à la suite de l'orchite le testicule s'atrophie souvent. Chez la femme, on observe quelquefois des engorgements des glandes mammaires, des ovaires ou des grandes lèvres.
L'orchite est très-commune dans les épidémies qui régnent sur les adultes, dans l'armée, par exemple; nous verrons même que dans certains cas la tuméfaction des parotides fait défaut ; les oreillons se caractérisent uniquement par une orchite simple ou double ; nous aurons l'occasion de revenir sur ces faits (formes anormales).
Sv'MPTOMATOLOGiE. 3. Prodromes. D'après Canstatt, il y aurait généralement des prodromes ; Rilliet, d'accord en cela avec la plupart des auteurs, dit avoir rarement constaté des phénomènes prodromiques tels que : malaise général avec fièvre, vomissements, précédant de vingt-quatre ou de trente-six heures au plus l'apparition des oreillons; « dans la grande majorité des cas, écrit-il {loc. cit.), les symptômes locaux ont marqué le début ». Lorsque les oreillons régnent dans un régiment, les hommes atteints ne se présentent guère à la visite qu'après que la tuméfaction parotidienne a commencé à se développer, preuve que les prodromes, quand ils existent, n'ont pas une grande intensité ou qu'ils ne durent pas longtemps.
b. Symptômes généraux. Fièvre. Les oreillons peuvent se développer sans fièvre. On observe assez souvent des phénomènes d'embarras gastrique et une fièvre légère qui ne dure guère que vingt-quatre ou quarante-huit heures; les enfants ont parfois des vomissements ou des épistaxis; les adultes se plaignent d'une lassitude générale, d'une sensation de fatigue, d'énervation (Rilliet). Le développement des orchites ourliennes s'accompagne souvent d'une fièvre trèsvive et parfois de symptômes généraux inquiétants signalés et bien décrits par Chomel, Trousseau et Grisolle.
Dès 1836, Chomel publie l'observation d'un malade affecté d'oreillons chez lequel un état typhoïde grave a précédé l'apparition de l'orchite [Gazette des hôpitaux, 15 décembre 1836).
En 1854 Trousseau publie plusieurs 'exemples de symptômes graves insolites consécutifs aux oreillons {Archives gén. de méd., 1854. Observations reproduites dans la clinique de l Hôtel-Dieu). Dans le premier cas il s'agit d'un homme de trente-cinq ans qui prend les oreillons ; les choses se passent d'abord régulièrement, mais au moment où les tumeurs parotidiennes sont à leur déclin on voit apparaître des phénomènes très-inquiétants : anxiété inexprimable, face pâle, grippée, pouls petit, fréquent, inégal, extrémités froides ; le lendemain une fièvre vive, inflammatoire, se déclare, en même temps apparaît l'orchite et bientôt le malade est complètement guéri. Dans le deuxième cas, un jeune homme de dix-sept ans a des oreillons très-légers qui passent d'abord inaperçus, tout à coup se déclare une fièvre ardente, avec délire, carphologie, vomissements, selles séreuses, involontaires; pendant deux jours les médecins qui voient le malade conçoivent les plus vives inquiétudes, mais au bout de ce temps l'un des testicules se tuméfie et les accidents généraux se calment rapidement.
Grisolle cite deux observations d'oreillons avec orchite et état typhoïde {Gaz. des hôpitaux, 1866, p. 56).
Rizet lors de l'épidémie d'Arras a également noté des symptômes typhoïdes chez plusieurs militaires atteints d'oreillons avec orchites [loc. cit.).
Michel dans sa thèse (Paris, 1866) donne une observation d'oreillons avec orchite et état typhoïde recueillie dans le service de Béhier.
hehize {De l'état typhoïde dans les oreillons, thèse de Paris, 1869) a réuni la plupart de ces observations et en a rapporté une nouvelle recueillie dans le service de M. Empis.
Chez deux malades entrés au Val-de-Gràce dans le service de M. L. Colin, l'un en novembre 1875, l'autre en février 1876, un état typhoïde Irès-marqné se manifesta au moment de la résolution des parotides ; les épistaxis se renouvelaient deux ou trois fois par jour; l'insomnie absolue, la fièvre, l'adynamie, rappelaient entièrement le début de la fièvre typhoïde. L'amélioration se manifesta brusquement chez ces deux malades en même temps que se développait l'orchite {Union médicale, 1876, t. I, p. 403).
Lors de l'épidémie d'oreillons qui régna en 1878 sur la garnison de Bayonne, M. le docteur Serviervitla maladie prendre dans cinq cas toutes les apparences de l'état typhoïde.
Nous avons observé nous-même plusieurs faits analogues aux précédents. Chez un de nos malades dont l'observation a été publiée dans la thèse de M. Lemarcliand (Paris, 1876) l'état était si grave au moment de l'entrée à l'hôpital, que nous hésitions entre une fièvre typhoïde et une méningite; le malade délirait, les traits étaient tirés, le thermomètre marquait 40«,8 dans l'aisselle; il n'y avait plus aucun gonflement des régions parotidiennes, et c'est par hasard que nous découvrîmes une tuméfaction de l'un des testicules : dès lors noas fumes rassurés; en effet, la fièvre tomba le troisième jour et le malade se rétablit rapidement (tracé n° 1).
Le tracé n" 2 est relatif à un militaire qui fut atteint d'une orchite double à la suite d'oreillons; on voit que la température s'est élevée jusqu'à 41 degrés et que la défervescence s'est faite du quatrième au cinquième jour.
Le tracé ri" 5 appartient à un malade entré au Yal-de -Grâce le 12 avril 1875 avec des oreillons en voie de résolution et une orchite du côté droit ; l'orchite avait débuté le 10 avril ; le 15 avril, la défervescence était complète, en douze
heures la température tombait de 40°, 8 à û6°,4; en même temps le testicule revenait à l'état iioimal sans autre traitement que le repos au lit et la diète. il est à noter que dans ces trois cas la température, après s'être élevée à 40°, 8,
41" et 41°, 1, s'est abaissée, par une défervescence critique, au-dessous de la normale.
En résumé : le développement de l'orchite ourlienne est souvent précédé ou accompagné d'une fièvre très-vive dont la durée ne dépasse guère quatre ou cinq jours et qui peut se compliquer d'accidents nerveux avec état typhoïde.
Pendant la période de résolution des oreillons M. le docteur Servier a noté un ralentissement très-marqué des mouvements du cœur; le pouls tombait parfois à 48 et 4G pulsations par minute. Ce ralentissement du pouls est surtout remarquable dans les cas où la maladie a revêtu l'apparence typhoïde.
La peau n'est le siège d'aucune éruption. Rilliet a constaté chez un convalescent d'oreillons une desquamation analogue à celle de la rougeole ; c'est là un fait exceptionnel qui n'est signalé par aucun autre observateur.
Trousseau a observé quelquefois dans le cours des oi'eillons des douleurs articiilaipes rappelant le rhumatisme des scarlatineux. Quatre fois sur Cl cas d'oreil-
Fig. 1. — Oreillons. Orchite,élai typhoïde. * Apparition de l'orcliite.
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Fig. 2. — Oiciiions. Orthite double.
* Appaiilion des orchites.
Fig. 5. — Oreillons. Orchite. * Deuxième jour après l'apparition de l'orchite.
Ions M. le docteur Jourdan a noté des douleurs articulaires siégeant dans les
épaules, les coudes et les poignets ; ces douleurs ne s'accompagnaient pas de gonflement et disparaissaient au bout de cinq à huit jours.
Les épistaxis ont été notées fréquemment par le même ohser\àlenr {Épidémie de Dax, 1878. Relation de M. Jourdan,loc. cit.); sur 61 cas d'oreillons les épistaxis se montrèrent dans 12 cas, neuf fois au début, trois fois dans le cours de la maladie. Ces hémorrhagies accompagnaient presque toujours les formes les plus graves de l'affection,
c. Tuméfaction des régions parotidiennes. Dans la grande majorité des cas les deux régions parolidiennes se tuméfient successivement à douze, vingt-quatre ou quarante-huit heures d'intervalle; Heyfelder, Canstatt et Rilliet, ont noté que la tuméfaction commençait plus souvent par le côté gauche, nous avons noté le contraire dans une petite épidémie observée en 1869 sur quelques régiments de la garnison de Paris, c'est là du reste un fait sans grande importance; nous verrons de même qu'il n'y a pas de règle fixe à établir dans l'ordre suivant lequel les orchites succèdent aux parotides ; si nous faisons ces remarques, c'est que quelques auteurs ont voulu voir dans l'ordre de succession de ces phénomènes des lois mystérieuses fondées sur les sympathies des organes et sur les métastases; nous n'aurons pas de peine à démontrer que les oreillons sont une maladie ni plus ni moins mystérieuse que la fièvre typhoïde, la rougeole ou la scarlatine, et que l'agent morbifique ou miasme ourlien donne lieu à des localisations variées sur le système glandulaire sans suivre, tant s'en faut, un ordre invariable.
A côté des cas où les oreillons sont doubles et successifs il y en a d'autres beaucoup moins nombreux oh ils sont doubles et simultanés, d'autres enfin où la tuméfaction se limite à l'une des régions parolidiennes. Il n'est pas absolument exact de dire des oreillons, avec M. Bouchut, que « c'est une maladie qui n'a pas de singulier » {Traité des maladies des nouveau-nés, etc., p. 842). Dans certaines épidémies Yoreillon a été même plus commun que les oreillons : c'est ainsi que M. Rizet lors de l'épidémie d'Arras a noté : 14 fois une parotide simple, 8 fois une parotide double sur 22 cas, mais c'est là, il faut l'avouer, un fait exceptionnel.
Pendant l'épidémie de Genève, dit Rilliet, le plus souvent l'oreillon a été double, mais rarement d'emblée, la maladie débutait à gauche le plus souvent, puis au bout de douze, vingt-quatre, quarante-huit heures, quelquefois même de trois ou qualre jours, elle passait du côté opposé; la proportion de l'oreillon simple à l'oreillon double a été de un à six et la proportion des oreillons successifs aux oreillons doubles d'emblée de trois à un (Rilliet, loc. cit.).
Avec Rilliet on peut admettre trois degrés dans la tuméfaction parotidienne :
Premier degré. Tumeur peu développée, légère boursouflure molle qui déforme à peine les traits et qui peut échapper à une observation superficielle.
2^ degré. La région parotidienne est plus saillante , plus bombée, plus tendue, la douleur est plus vive que dans la forme précédente, et souvent il y a de la rougeur à la peau ; la tuméfaction se limite à la région parotidienne.
S^ degré. La tuméfaction s'étend aux parties voisines, elle gagne les côtés du cou et même la partie supérieure de la poitrine. « Nous avons vu, disent Rilliet et Barthez, cette tuméfaction portée au point que la tumeur partant des régions parolidiennes s'étendait presque jusqu'à l'extrémité externe delà clavicule, donnait à la tête et au cou une apparence piriforme et rendait les malades à la fois grotesques et méconnaissables » (Rilliet et Barthez, Traité des maladies des
enfants, t. Il, p. 610). M. Rizet a observé des parotides très-volumiacuses chez trois militaires pendant Tépidémie d'Arras : « En ville, chez un jeune homme de seize ans la parotide droite seule fut prise et, en moins de cinq jours, elle touchait à l'articulation sterno-claviculaire de ce même côté; la peau était luisante et donnait une fausse sensation de fluctuation. En quinze jours tout avait disparu» (Rizet, /oc. cit.).
Les formes moyennes (2'^ degré de Rilliet) sont de beaucoup les plus communes .
La tuméfaction occupe exactement les régions parotidiennes en arrière de la branche montante du maxillaire inférieur ; cette localisation anatomique constante prouve à elle seule que ce sont bien les glandes parotides elles-mêmes qui sont altérées et non le tissu cellulaire du cou ou les ganglions lymphatiques.
Les glandes sous-maxillaires et les sublinguales se prennent quelquefois en même temps que les parotides, ainsi que le font observer J. Frank, Gintrac, Rilliet et Trousseau ; les oreillons peuvent même se localiser sur les glandes sous-maxillaires et respecter entièrement les parotides [voy. plus loin Formes anormales) .
Lorsque les parotides sont volumineuses, la peau rouge, tendue à leur niveau, peut simuler à première vue l'érysipèle; en même temps la pression est douloureuse. Les points suivants seraient d'après Rilliet particulièrement sensibles : 1° point situé au niveau de l'articulation temporo-maxillaire ; '2" point situé en arrière de la mâchoire, sous l'apophyse mastoïde ; 5° point situé en regard de la glande sous-maxillaire. La parotide est quelquefois indolente à la pression; quand il y a douleur, ce qui arrive dans la grande majorité des cas, celle-ci est généralement répartie d'une façon assez uniforme sur toute la région tuméfiée .
Les douleurs spontanées sont plus ou moins vives suivant le degré de tuméfaction des glandes, le plus souvent les malades accusent seulement une sensation de raideur, de tension plus ou moins pénible dans les régions parotidiennes ; cette douleur, dit Rilliet, peut acquérir un degré de violence extrême dans les cas oiî le gonflement est très-marqué et lorsqu'il existe une prédisposition aux névralgies.
Les mouvements delà mâchoire sont douloureux, les malades ouvrent difficilement la bouche, la mastication est très-pénible ou même impossible ; on sait que les branches montantes du maxillaire inférieur se creusent de véritables gouttières dans les glandes parotides et l'on conçoit qu\à chaque mouvement d'abaissement de la mâchoire inférieure la pression déterminée sur la glande tuméfiée occasionne de vives douleurs chez les malades atteints d'oreillons. Quelquefois les mâchoires serrées comme dans le tétanos laissent à peine passer la pointe de la langue (Rilliet).
-Chose remarquable, cette tuméftiction, qui se présente avec les caractères classiques de l'inflammation : tumor, rubor, calor, dolor, aboutit très-rarement à la suppuration; c'est là encore un fait qui démontre qu'il ne s'agit pas d'une inflammation banale, mais d'une inflammation spécifique ; la terminaison par suppuration ne doit figurer qu'au chapitre des complications. Dans la grande majorité des cas la tuméfaction des parotides arrive à son maximum vers le quatrième jour, puis, sans aucune intervention thérapeutique, par suite de la marche naturelle de la maladie, la résolution s'opère rapidement et vers le septième ou huitième jour dans les cas simples tout est rentre dans l'ordre.
d. Stomatite, angine, troubles de la sécrétion salivaire. Il était très-intéres-
sant de savoir si chez les malades atteints d'oreillons il se produisait une éruption, un énanthême, sur la muqueuse delà bouche ou [de l'isthme du gosier, car cette découverte aurait permis d'assimiler complètement les oreillons aux fièvres éruptives dont ils se rapprochent déjà par tant d'autres caractères. Les recherches entreprises à ce sujet n'ont conduit à aucun résultat constant.
Trenel dans sa thèse cite deux cas d'oreillons avec angine.
Uessiguier dit avoir noté dans plusieurs cas d'oreillons la rougeur de la muqueuse de l'arrière-bouche et le gonflement des amygdales.
Rilliet, pendant l'épidémie de Genève, a recherché avec soin sur un grand nombre de sujets si la muqueuse buccale n'était pas le siège d'un énanthême, il n'a jamais rien observé d'anormal.
MM. Bouchut et N. Guéneau de Mussy ont été plus heureux. La muqueuse de l'isthme du gosier et du pharynx est rouge, tuméfiée, et offre, dit M. Bouchut, les apparences d'une inflammation érylhémateuse bien àe\e\oppée {Traité des maladies des nouveau-nés) . M. Guéneau de Mussy a observé chez les malades atteints d'oreillons un état congestif avec tuméfaction de la muqueuse buccale surtout à la face interne dos joues, autour de l'orifice du canal de Stenon, et dans la partie antérieure de la voûte palatine, état congestif qui constituerait un véritable énanthême et qui autoriserait complètement, dit M. Guéneau de Mussy, la comparaison faite des oreillons avec les fièvres éruptives [Gazette hebdom., 1868).
Jobard signale chez la plupart des coolies atteints d'oreillons la stomatite et le dépouillement do l'épilhélium lingual.
Malabouche a noté dans un certain nombre de cas l'hyperémie du pharynx, du voile du palais et des amygdales.
Pendant l'épidémie de Melun en 1877 M. Madamet a vu l'angine tonsillaire coïncider 11 fois sur 56 avec lo début de l'oreillon, dans plusieurs cas le développement des amygdales fut considérable.
Pendant l'épidémie d'oreillons qui a régné au mois de janvier 1878 sur la garnison de Bayonne l'angine a été notée fréquemment « Le plus souvent, dit M. le docteur Servier, on a constaté une légère angine, un état inflammatoire des amygdales et de la muqueuse pharyngienne analogue à celui qu'on observe chez les malades atteints de la rougeole » [Rec. méin. niéd. militaire, 1878, p. ^ô'i).
A Dax, en 1878, l'angine a été notée 19 fois sur 61 cas d'oreillons. « L'angine pharyngée coïncidait avec les oreillons et les précédait souvent, si bien que la plupart de nos malades venaient d'abord se plaindre de mal à la gorge ; nous constations une angine caractérisée par le gonflement et la rougeur des parois pharyngienne, des piliers et des amygdales, et le lendemain ou le surlendemain seulement apparaissait le gonflement parotidien. Quelquefois l'angine constituait le symptôme dominant et nous constations cette desquamation particulière de petits lambeaux épithéliaux » (Jourdan, Rec. mém. méd. militaire, 1878, p. 539). A ces cas d'angine pharyngée il faut ajouter 5 cas d'amygdalite observés durant la njème épidémie : dans deux cas, dit M. Jourdan, les amygdales avaient acquis le volume de grosses noix, chez les autres malades le gonflement était moindre. Trois mois après, dit M. Jourdan, on constatait que les amygdales ainsi atteintes avaient disparu, elles ne formaient plus qu'un mince lambeau entre les piliers. D'après M. Jourdan l'amygdalite ourlienne pourrait donc se terminer par atrophie des amygdales de même que l'orchite ouilienne par l'atrophie du testicule. Ce fait a besoin d'être confirmé par de nouvelles observations.
OREILLONS. 5fj3
M. J. Moursou dit avoir trouve toujours la muqueuse buccale enflamme'e du côté de l'oreillon. « L'ouverture du canal de Stenon m'a presque toujours paru tuméfiée, dit cet observateur, sous forme de mamelon d'un volume comparable à celui d'un petit haricot, par exemple, offrant une vascularisation prononcée avec quelques taches ecchymotiques autour du méat, tandis que le corps du canal se présentait au toucher sous la forme d'un cordon épais et dur » {Arch. de méd. navale, 1878, p. 275).
M. Granier dit avoir trouvé fréquemment une liyperémie considérable des conduits de Stenon, de Warthonet de Rivinus, se traduisant par des saillies d'un rouge plus ou moins foncé aux orifices de ces conduits [Lyon médical, 1879).
Les lésions décrites par MM. Moursou et Granier nous paraissent exceptionnelles, au moins dans la proportion signalée par ces observateurs; pour notre part nous avons toujours pris soin d'examiner la muqueuse buccale et l'orifice du canal de Stenon chez les malades affectés d'oreillons, et dans presque tous les cas cet examen a été négatif; la muqueuse buccale nous a toujours paru présenter sa coloration normale, et nous n'avons jamais constaté ni tuméfaction ni induration du canal de Stenon. Si les lésions décrites par MM. Moursou et Granier étaient constantes, elles n'auraient certainement pas échappé aux observateurs qui les ont précédés et qui ont fait d'une façon très-méthodique l'examen de la muqueuse buccale avec le désir (on peut le dire) de trouver quelque chose de ce coté. 11 ne faut pas oublier que les observations de M. Moursou ont été prises sur des marins : l'habitude de la chique n'était peut-être pas étrangère aux stomatites concomitantes des oreillons.
L'état de la sécrétion salivaire chez les malades affectés d'oreillons a donné lieu également à des affirmations contradictoires.
Rilliet n'a jamais observé la salivation et il ne dit pas avoir noté une sécheresse particulière de la bouche chez ses malades.
D'après Trousseau la sécrétion salivaire est complètement supprimée dans quelques cas, de sorte^ que, même pendant la convalescence, le malade est obligé de boire sans cesse en mangeant, l'insalivation des aliments n'ayant pas lieu {Clinique, 5^ édit., t. 1, p. 195).
Sallaud pendant l'épidémie de Rochefort a noté dans un grand nombre de cas la sécheresse de la bouche au début et à la période d'état des oreillons et une salivation abondante qu'il appelle critique au moment de la résolution.
M. Bouchut a observé quelquefois la salivation, plus souvent la sécheresse de la bouche el de la gorge {loc. cito).
Nos recherches à ce sujet ne nous ont conduit à aucun résultat constant, le plus souvent nous n'avons trouvé ni sécheresse exagérée de la bouche, ni salivation abondante. La sécheresse de la bouche signalée par quelques auteurs à la période d'état peut dépendre tout simplement de l'état fébrile ; il est possible aussi que la glande tuméfiée sécrète mal; on sait que l'inflammation des organes glandulaires a po:ir effet ordinaire d'entraver leur fonctionnement. Quant à la salivation qui survient au moment de la résolution, on pourrait la rattacher à l'énanthème de la face interne des joues, s'il était prouvé que cet énanthème existe dans tous les cas où se produit le ptyalisme.
Lombard a fait quelques recherches sur la composition chimique de la salive des malades atteints d'oreillons, il n'a constaté, d'après Rilliet, aucune altération de cette sécrétion.
e. Orchites. L'orchite des oreillons ou orchiteourlienne, signalée par Hippo-
crate, décrite par Cullen, J. Frank, Th. Laghi, Hévin , Hamilton, Rochard, Richter, Saucerotte, A. Gooper, Louis, Velpeau, Trousseau, Grisolle, et par un grand nombre d'auteurs contemporains, est très-commune dans les épidémies d'oreillons qui régnent sur les adultes ; la plupart des faits d'orchites ourliennes que nous possédons sont relatifs à des épidémies d'oreillons observées sur des militaires.
Dans l'épidémie d'oreillons signalée par Saucerotte (1785-1786) tous les gendarmes atteints d'oreillons prirent des orcliites.
Dans l'épidémie observée par Noble à bord de V Ardent les douze marins atteints d'oreillons eurent tous des orchites.
Dans l'épidémie de Ghâteauroux (1832) la plupart des adultes atteints d'oreillons avaient des orchites.
Thierry de Maugras lors de l'épidémie de Mascara (garnison) a observé des orchites 22 fois sur 76 cas d'oreillons.
M. L. Colin à Joigny a observé chez presque tous les militaires atteints d'oreillons des orchites consécutives. « Ge n'est qu'exceptionnellement, dit-il, peut-être une fois sur cinq ou six, que nous avons vu manquer l'inflammation simultanée ou métastatique d'un testicule; inflammation relativement très-rare chez l'enfant » (L. Golin, Études cliniques de médecine militaire, p. 164).
Rizet à Arras, sur 22 cas d'oreillons observés sur des sapeurs du génie, a noté 10 cas d'orchite dont 7 d'orchite double.
Widal à Milianah a vu l'orchitc compliquer les oreillons dans plus de la moitié des cas.
Vidal à l'armée de la Loire a noté 10 cas d'orchite sur 62 cas d'oreillons.
Ghauvin en 1876, 17 cas d'orchite sur 45 cas d'oreillons (épidémie d'Antibes, garnison) .
A. Juloux, 14 cas d'orchite sur 35 cas d'oreillons (épidémie de Dijon, garnison).
Ghatain, 9 cas d'orchite sur 57 cas d'oreillons dans «une épidémie observée également sur des militaires.
Laurens, 32 cas d'orchite sur 118 cas d'oreillons (épidémie d'Albi, 1876, garnison).
Bussard, 13 cas d'orchite sur 28 cas d'oreillons (épidémie de l'île d'Oléron, garnison) .
Sorel, 15 cas d'orchite sur 55 cas doreillons (épidémie d'Amiens, garnison),
M. le docteur Gérard 15 cas d'orchite sur 43 cas d'oreillons (épidémie d'Auxonne 1875-1876, garnison).
M. le docteur Madamet (épidémie de Melun 1877, garnison) a noté l'orchite 7 fois sur 56 cas d'oreillons. L'orchite a toujours été unilatérale. Dans deux cas la tuméfaction portait presque exclusivement sur l'épididyme, contrairement à la règle.
Dans l'épidémie observée à Bayonne en 1878 par M. le docteur Servier, sur 105 cas d'oreillons il y eut 26 cas d'orchite; 15 fois l'orchite siégeait à droite, 5 fois à gauche, 2 fois elle était double.
M. le docteur Jourdan (épidémie de Dax 1878, garnison) a noté 11 cas d'orchite sur 61 cas d'oreillons. L'orchite siégeait 7 fois à droite, 3 fois à gauche, une fois elle était double.
Le tableau suivant qui résume toutes ces statistiques relatives à la fréquence de l'orchite montre que sur 699 cas d'oreillons observés chez l'adulte il y a eu
2 H fois orchite concomitante, ce qui donne à peu près un cas d'orcliite sur 3 cas d'oreillons ; la proportion varie du reste beaucoup suivant les épidémies.