L. Hahn
ORPiiv. Ce nom est quelquefois donné à plusieurs espèces de Sedum, notamment au S. acre L., qu'on appelle Orpin brûlant. Mais l'Orpin proprement dit est le S. Telephium L. {Sjiec, 618) ou S. purpurascens Koch. C'est une plante commune dans les bois et lieux montueux de presque toute la
«00 ORRA us.
France. Elle a des souches vivaces dont se dégagent des rameaux aériens, chargés de feuilles alternes, charnues, grasses, planes, elliptiques ou oblongues-acuminées, arrondies et non auriculées à la hase. Ses lleurs, blanchâtres ou purpurines, sont réunies en cymes composées, corymbiformes. Elles ont cinq pétales étalés-i'ecourbés,subcanaliculés au sommet; dix étamines insérées vers le quart inférieur des pétales ; des carpelles dont les ovaires sont creusés sur le dos d'un léger sillon. Ses fruits sont formés de cinq follicules elliptiques-acuminés et éti'oits. Cette plante est connue dans nos campagnes sous les noms de Feuille épaisse ou Fève épaisse. Fève grasse. Herbe grasse^ et aussi sous ceux de Reprise, Grasset, Herbe de Saint-Jean, à la coupure et aux charpentiers. Ces dernières dénominations disent assez les propriétés qu'on lui attribue. Ses feuilles charnues et riches en eau sont émoUientes et adoucissantes, rafraîchissantes, vulnéraires et, dit-on, quelque peu astringentes. Elles sont légèrement acres à la gorge; et cependant il y a des campagnes où on les mange. On croit qu'appliquées topiquement elles favorisent la cicatrisation des plaies, des brûlures, et qu'elles modifient favorablement les hémorrhoïdes douloureuses, enflammées. La racine était aussi vantée pour cet usage. On dit qu'à l'intérieur les feuilles modifient les hémorrhagies, notamment les hémoptysies. Elles faisaient partie de l'Onguent Popuieum, et comme celles des Joubarbes elles ont une léputalion populaire pour la guérison des cors aux pieds. Probablement elles n'agissent alors que par l'humidité qu'elles contiennent et qui ramollit l'induration cutanée. On a aussi attribué leurs propriétés au malate de chaux qu'on les dit contenir. C'est le Crassiila major ou Fabaria des pharmacopées allemandes.
L'Orpin à grandes feuilles (S. maximum Sut., FI. helv., I, 270. — S. latifoUiun Bertol., .4m. it., 566), confondu avec le précédent par Linné, a les mêmes propriétés et sert aux mêmes usages. 11 croît dans les lieux montagneux, notamment dans le Dauphiné et en Auvergne, en Lorraine et aux environs de Lyon. n. Bi\.
BiDLioGRAPHiE. — L. Spec, C18. — Gciii. Drog. simpL, éd. 7, III, 253. — Fucus. Ilist., 800. — Glus. Hist., II, 66. — Gkex. et Godr. Hist. de Fr., I, ,617. — Méb. et Del. Dicl. Mat. iiir'd., VI, 285. — Gaz. FI. méd. indig., cd. 3, 721. — Hose.nth. Syn. pi. diaplior., 574. — H. Bn. Hist. des pi., III, 305, 320, 522, Ijg. 331. H. l!x.
ORRÂL'S (GusT.iv). Né le 20 août 1759, dans la paroisse de Taipalsar, près de ^yillnlanstrand, en Finlande, était le fils d'un pasteur. Après avoir été instruit par son père dans les langues anciennes, il se rendit, à l'âge de quatorze ou de quinze ans, à Aabo, pour y étudier la théologie; mais son penchant pour les sciences naturelles l'emporta et il se décida à se livrer à la médecine, et, dans ce but, après avoir en J754 soutenu une dissertation pour obtenir son premier grade académique, il alla à Pétersbourg, où existait alors au grand hôpital militaire une -î'iïift spéciale destinée à former des aides-chirurgiens. Nommé chirurgien en 1757, il entra au service dans un régiment d'infanterie. Il prit part à la guerre de Sept ans et vint jusqu'à Berlin avec les troupes russes. Il se distingua, particuhèrement pendant l'hiver 1759 en Silésie, par la manière heureuse dont il traita la dysenterie qui décimait l'armée (au moyen de sétons appliqués aux jambes).
Après la signature de la paix avec la Prusse en 1762, il revint à Pétersbourg et y fut nommé médecin pensionné et un an après chirurgien opérateur à l'Hô-
ŒRNSTRUP. 601
pital maritime. Lors de la création, en 1768, du Colléye médical, l'institution médicale la plus élevée de Russie, supprimée plus lard, Ornius obtint le premier diplôme de docteur, et cet événement fut considéré conmie étant d'une si haute importance que la tzarine elle-même, dit-on, but à la santé du premier docteur russe. Oi rilus ne négligea rien pour accroître encore ses connaissances et il fut jugé digne, en 1769, d'occuper le poste de médecin en chef de la deuxième armée. Dans la guerre contre les Turcs il se distingua autant par son habileté et sa perspicacité professionnelles que par son courage personnel et par le dévouement sans bornes qu'il prodigua aux blessés et aux malades ; il mérita toute la confiance de Romanzov, qui l'avait déjà remarqué pendant la guerre de Sept ans. Dans la seconde campagne contre les Turcs, il sauva l'armée de la ruine, en combattant avec une énergie extraordinaire l'épidémie de peste qui avait éclaté dans les environs de Jassyetqui l'année suivante ravagea Moscou. Il lit partie de la commission cftîcielle de iMoscou pour la peste. Dans l'histoire de cette épidémie pleine justice lui est rendue; sans lui Pétersbourg aurait peut-être subi le même sort que Moscou, disent les historiens russes. Sans méconnaître les mérites d'Orràus, il faut évidemment faire ici la part de l'exagération.
En 1772, Orrilus alla visiter derechef la Moldavie en compagnie du prince Urlov; les foyers pestilentiels n'y étaient pas encore entièrement éteints à cette époque. A son retour, il fut nommé médecin de la police de Pétersbourg et encore la même année médecin pensionné de Moscou, en remplacement de Rinder, qui s'est rendu célèbre en niant jusqu'à l'existence de la peste. Après avoir fait fortune à Moscou, atteint d'iiypochondrie, il renonça à la pratique médicale, et se retira dans une propriété qu'il possédait près de Pétersbourg, pour se livrer exclusivement à l'agriculture. Ce fut pour lui l'occasion de nouvelles observations sur les épizooties, qu'il avait déjà étudiées pendant la guerre de Turquie. Il publia à celte époque plusieurs mémoires sur ce sujet et donna un grand nombre d'articles aux Abhandlungen de la Société économique, dont il devint membre en 1782.
En 1805, le comte Simon Yoronzov rendit le tzar Alexandre attentif aux mérites d'Orraus, qui fut aussitôt nommé membre du Conseil médical de l'empire et en 1808 membre de l'Académie médico-chirurgicale de Pétersbourg. Deux ans après il obtint sa retraite en qualité de conseiller d'État et il mourut à un âge fort avancé le 1" septembre 1811.
Son ouvrage le plus remarquable est relatif à l'épidémie de peste de Jassy el de Moscou.
I. Adumbratio Florae, clissertatione academica leviter delineata (praes. P. Kalm). Aabo, 1754. — 11. Descriptio jJcstis quae anno 1770 in Jassia, et 1711 in Moscua grassala est. l'etropoli,1784, ia4\ — III. Sckediasmade febribus catarrlialibus, dysenteria et diarr/uva, niorbis praesertim nnlitumfrequentissiTnis.PetropQ\i,iS(n, in-8'. L. lis.
ŒRXSTRLîP (Carl-Christian). Né à Odense, le 27 février 1795, commença ses études médicales en 1 810 à Copenhague, fut nommé chirurgien volontaire à Phôpital Frederik et fut reçu médecin eu 1815. Il alla se fixer à Svendborg (Fùhnen) et devint conseiller d'État et chirurgien de district. On connaît de lui divers rapports intéressants sur le service qui lui était contié :
Den herskende Sygdomstilstand i Svendborcj ocj Distrikt i aarene 1826, 27, 28 og 29 ; frevistilt i de aarlige Medicinal-Indeberetninger td det Kongelige sundheds Collegiiim. la
602 ORSEILLES.
Bibl. for Lœger, t. XII, 1850, p. 1 à 69; ibid., pour les années 1830-31, même recueil, t. XVI, 1852, p. 216 à 241. A. D.
OBSATO (Jea>' -Baptiste). Habile médecin et antiquaire, né à Padoue en 1675, mourut en 1720. Son goût pour l'étude lui fit partager son temps entre les belles-lettres et la médecine qu'il cultiva avec un égal succès. Il l'ègne une prolonde érudition dans ses ouvrages, dont les principaux sont : une dissertation en forme de lettre, De hicernis cmtiquis, un petit traité De sternis vetenim et un autre De paiera antiquorum (Eloy). L. Ib.
ORSE1E.I.I:. On donne dans le commerce le nom d'orseille à une sorte de pâte, de consistance solide, d'une couleur rouge violet foncée, d'une odeur forte et désagréable ; on y trouve de nombreux débris de licbens fruticuleux ou crustacés, et l'on y voit de nombreux points blancbâti'es qui paraissent être un sel ammoniacal. Cette substance donne à l'eau une couleur rouge foncée et fournit aux tissus des teintes très-vives, mais peu durables.
Elle est préparée au moyen des lichens qui portent le nom d'OrseiUes [voy. ce mot) de terre et de mer. Pour cela on broie ces lichens, on les met en pâte et on les laisse avec de l'urine au contact de l'air. Après quelque temps, on ajoute de la chaux qui met en liberté de l'ammoniaque et on ajoute, si cela est nécessaire, une nouvelle quantité d'urine. Au bout de plusieurs semaines, la pâte est passée ii la teinte rouge violacée voulue. Au lieu d'urine, on emploie maintenant de préférence du carbonate d'ammoniaque.
Ces opérations étaient nécessaires pour le développement de la matière colorante, qui ne préexiste pas dons les licbens. Ces plantes contiennent seulement une poussière blanche, qui constitue les acides lécanorique, énithrique, évernique, et qui sous J'influence des alcalis peut se décomposer et donner naissance à un principe particulier désigné sous le nom à'orcine {voy. ce mot). L'orcine elle-même sous l'influence de l'air et de l'ammoniaque se transforme en une matière azotée, qu'on nomme orcéine et qui est le principe colorant de Vorseille.
Le Tournesol en pains [voy. ce mot) se prépare avec les mêmes plantes par des procédés analogues. (To?/. Orsellique [acide]). Pl.
ORSEILLES. On donne ce nom aux Lichens qui servent à produire la couleur d'un rouge violacé qui porte le même nom, et aussi la couleur bleue connue sous la dénomination de TournesoVen pains. Ils viennent dans des stations différentes : les uns sur les rochers des rivages, ce sont les Orseilles de mer; les autres sur les rochers des montagnes, dans les Pyrénées, les Alpes, les Cévennes, les Alpes Scandinaves, etc., etc.
Les premiers, Orseilles de mer, sont souvent désignés sous le nom à' Herbe de tel ou tel pays : ils appartiennent pour la plupart au genre Roccella DC, qui présente les caractères suivants : Thalle cartilagineux, coriace, rameux et lacinié, à rameaux allongés, plans, quelquefois cylindriques, cotonneux intérieurement; apothécies épaisses, sessiles, de couleur noire et couvertes d'une poussière blanche qui les fait paraître glauques. Le Roccella tinctoria Ach., qui est l'espèce la plus connue et aussi la plus estimée, donne Vorseille ou Vherbe des Canaries ; elle croît en touffes de couleur grisâtre ou brune sur les rochers maritimes dans les îles de l'Océan Atlantique, depuis Madère jusqu'au cap de Bonne-Espérance.
ORSELLIQUE. 605
Citons ensuite le Roccella phycopsis Ach. voisin du R. tinctoria, qui donne Vherbe de Mogador:
Le Roccella flaccida Ach., qui donne Vherbe de Valparaiso;
Le Roccella fuciformis Acli., pau\re en principe colorant, qui se trouve dans ï herbe de Madère;
Le Roccella Montagnei DC, très-pauvre aussi en matière colorante, qui donne Vherbe de (a Réunion.
Les Orseilles de terre portent plus particulièrement le nom de Lichen de tel ou tel pays ; elles se rapportent à divers genres, à tballus généralement crustacé.
Tout d'abord, les Lécanores [Lecanora) , dont l'espèce appele'e Lecanora parella Ach. fournit une partie de la Parelle d'Auvergne, tandis que le Lecanora tartarea Ach. donne le Lichen tartareux de Suède.
Puis les Variolccires (Variolaria), dont l'espèce nommée F. dealbata DC. donne le Lichen blanc des Pyrénées et les Variolaria orcina Ach. et V. corallina Ach. fournissent la plus grande partie de la Parelle d'Auvergne.
Les caractères botaniques des Orseilles de terre sont indiqués aux mots Léca- SORE, Yariolaire, Parelle.
Nous ferons observer que la matière colorante des Orseilles ne persiste pas dans ces plantes, et qu'elles doivent, pour la l'ournir, subir une série de transformations qui sont indiquées au mot Orseille. Pl.
BiBLioGEAPHrE. — GuiBouRT. Drcgucs siviples, 6'édit., II, p. 60. — G. Planxhox. Détermination des drogues simples, t. II, p. 421. Pl.
ORSELLIXIQUE (AciDE). l'o^. Orsellique.
oesELLIQtE (Acide). Ce nom a été donné à deux corps différents, aVacide lécanoriqiie, lécanorine ou acide diorsellique, et kV acide orsellique proprement dit ou acide orsellinique. Nous traiterons successivement de ces deux composés.
1. Acide lécakorique ou diorcellique. C'®H**0''. Découvert par Schunk, en 1842, dans les lichens des genres Lecanora et Variolaria. Pour le préparer, Schunk épuise le lichen pulvérisé par l'élber, distille, lave le résidu à l'éther froid, l'épuisé par l'eau et le fait cristalliser dans l'alcool (Ann. der Chemie u. Pharm., Bd. XLI , p. 157 ; Bd. LIT, p. 261 ; Bd. LXI, p. 72).
Rochleder et Heldt ont retiré l'acide lécanorique de VEvemia Prunastri en épuisant la plante par un mélange d'ammoniaque et d'alcool ; en ajoutant à l'extrait le tiers de son volume d'eau et en saturant par l'acide acétique, on obtient un dépôt de flocons gris qu'on lave et qu'on sèche à 100 degrés, pour les faire cristalliser ensuite dans l'alcool (Annal, der Chem. u. Pharm., Bd. XLYIII, p. 1).
0. Hesse a trouvé l'acide diorsellique en abondance surtout dans des échantilllons de Roccella tinctoria Ach. venant du Cap-Vert et des îles avoisinantes. Pour l'extraire, ce chimiste traite le résidu éthéré par un lait de chaux et précipite la solution liltrée par l'acide sulfurique, lave le précipité à l'eau et le reprend par l'alcool, d'où il cristallise par le refroidissement [Annal, der Chem. II. Pharm. Bd. CXXXIX, p. 22, et Bull, delà Soc. chim., t. Yll, p. 265, 18G7). Le procédé de Hesse est le meilleur; celui de Stenhouse est cependant encore recoramandable. Ce chimiste fait macérer le Roccella tinctoria avec de l'eau, y
004 ORSELLIQUE.
ajoute un lait, de chaux, liltre et précipite par l'acide chlorhydrique ; on lave le dépôt gélatineux, on le dessèche, puis on le met en digestion avec de l'alcool, en évitant de faire bouillir; l'acide diorsellique cristallise par le refroidissement (Annal, cler Chemie und Pharmacie, Bd. LXYIII, p. 61 et LXX, p. 218).
Stenhouse avait opéré sur des Roccella du Cap; il désigna sous le nom d'acîrfe arpha-orsdlique le produit obtenu des premiers, sous le nom d'acide bêtaorselliqne celui retiré des seconds. Mais leur composition et leurs propriétés sont si semblables que Gerhardt les considéra comme ne constituant (|u'un seul et même acide. L'acide gyrophorique, extrait par Stenhouse du Gyrophora pmtulata Acli., est également identique, d'après Gerhardt, avec l'acide lécanorique.
propriétés. L'acide lécanorique se présente sous la forme d'aiguilles groupées en étoiles, presque insolubles dans l'eau froide, très-peu solubles dans l'eau bouillante (2500 parties), peu solubles dans l'alcool froid (150 parties d'alcool à 80 centièmes), assez solubles dans l'alcool bouillant (5, 15 parties), solubles dans l'élhcr (80 parties à la température de 15^' 5) et l'acide acétique. D'après 0. Messe, il ne se dissout que dans 20 parties d'éther à 20 degrés.
H fond à 155 degrés en un liquide incolore qui ne tarde pas à se décomposer avec dégagement d'acide carbonique. Il se dissout facilement à froid dans la chaux et la baryte et en est reprécipité par les acides à l'état gélatineux. En soumettant ces solutions à l'ébullition, il se forme de l'orsellate beaucoup plus soluble dans l'eau que le lécanorate. Par une ébullition prolongée il se forme un dépôt de carbonate de chaux et de l'orcine reste en dissolution [voy. Orcine). Ces transformations peuvent être représentées par les équations suivantes :
CH{''i)' + H^O = 2(G«H«0*)
Aeide Acide
lécanorique. oràellique.
CioHi^rr -h H^O =: 2C02 -f- 2(G^H»0^)
Acide Orcine.
lécanorique.
Quant à la constitution de l'acide lécanorique, elle est Irès-simplc, si l'on admet l'existence du radical triatomique (C^IFO)'" dans l'acide orsellique proprement dit. L'acide lécanorique peut être considéré dès lors comme étant de l'acide diorsellique, et sa transformation en acide orsellique se représente simplement par l'équation suivante (Grimaux) :
(C«IPO)'" } 0- -h H^O = ''^ '] 0-'
Acide diorsellique. Acide orsellique.
En faisant bouillir l'acide lécanorique avec de l'alcool, un dédoublement analogue a lieu, mais au lieu d'acide orsellique se produit de l'éther orsellique ou orsellate d'éthyle (pseudérythrine) :
Acide diorsellique. Alcool. Orcine. Orsellalc d'étliyU-,
ORSELLIQUE. tiOo
Avec l'alcool amylique on obtient une réaction analogue. Par une e'jjullition prolongée l'éther orsellique se décompose en orcine et en acide carbonique.
En abandonnant au contact de l'air une solution ammoniacale d'acide lécanorique, celle-ci prend peu à peu une belle coloration pourpre due à la formation d'orcéine. A la distillation sèche, l'acide lécanorique donne de l'orcine et tnie huile empyreumatique; l'acide sulhirique produit une transformation analoiiue; l'îicide nitrique bouillant donne de l'acide oxalique. Le chlorure de chaux lui communique une teinte rouge, foncé fugace.
La solution ammoniacale d'acide lécanorique donne avec le nitrate d'argent un précipité blanc qui disparaît rapidement; elle précipite également le sousacétate de plomb. La solution alcoolique n'est pas précipitée par des solutions alcooliques d'acétate neutre de plomb, de sublimé, de nitrate d'argent, etc. Quelques gouttes de perchlorure de fer la colorent en pourpre foncé.
L'acide lécanorique chasse l'acide carboniaue des carbonates et forme avec les alcalis des sels solubles et généralement cristallisables. Les lécanorates en solution se décomposent peu à peu, surtout à chaud, en acide orsellique et en orcine.
Nous ne mentionnerons que le lécanorale de baryum, (C^^H'^O')^ Ba", obtenu en dissolvant à froid l'acide lécanorique dans l'eau de baryte, faisant passer un courant d'acide carbonique dans la solution et reprenant le résidu par l'alcool bouillant, qui dépose le sel sous forme de petites aiguilles groupées en étoile; le lécanorate de calcium, (C'^IP'0")-Ca''', précipité gélatineux, légèrement soluble dans l'eau et l'alcool, obtenu en mélangeant une solution anmioniac;ilc d'acide lécanorique avec le chlorure de calcium, et le lécanorate de plûmb (C^^Il'^O')- Pb", qui se précipite lorsqu'on mélange des solutions alcooliques bouillantes d'acide lécanorique et d'acétate de plomb ; Gerhardt pense que ce précipité se compose en grande partie d'orsellate de plomb.
Acide dibromolécanorique. t7^1I'-Br-0". S'obtient en mélangeant des solutions éthérées d'acide lécanorique et de brome, jusqu'à ce que celui-ci ne soit plus facilement absorbé. On fait éva[)orer et on fait cz'istalliser le résidu dans l'alcool bouillant. Il est moins soluble dans l'alcool que l'acide lécanorique : la solution est colorée en pourpre par le perchlorure de fer et en rouge par le chlorure de chaux. 11 fond à 179 degrés en dégageant de l'acide carbonique. Il est décomposé par la baryte bouillante avec formation de carbonate de baryum et d'une substance jaune.
Acide tétrabromolécanorique, C^^IP^Br^O'. Se prépare en saturant une solution éthérée d'acide lécanorique avec du brome. En évaporant, on obtient une résine qu'on lave à l'eau et qu'on fait cristalliser dans l'alcool. Ce sont des prismes jaune pâle, fusibles à 157 degrés, solubles dans l'alcool, l'éther, l'ammoniaque et la baryte.
II. Acide orsef.lique. Acide orsellinique ou p- orsellique. C^II'O^ L'un des produits delà métamorphose de l'acide lécanorique ou diorsellique dont il dérive par addition d'eau :
Ai;ule Acide
lécanorique. orsellique.
Il se forme encore aux dépens de plusieurs autres principes extraits des lichens, entre autres de l'érvthrine et de la picro-érythrine, qui ne sont autre
606 ORSELLIQUE.
chose que des éthers ou oi'sellates d'érylhrite; le déioublemeat a lieu s.)u3 l'iufluence de l'eau et des alcalis :
Érythrine. Éruhrite. Acide
orsellique.
Picro-éryllirinc, Érythrite. Acide
orsellique.
Préparation. Pour préparer l'acide orsellique on délaye l'acide lécaaorique dans l'eau, ou le neutralise avec soin par de la chaux ou de la baryte, et on fait bouillir jusqu'à éclaircissement delà liqueur; lelécanoraie s'est alors transformé en orsellate beaucoup plus soluble. Mais il faut éviter d'emplover un excès de chaux ou de baryte et de maintenir trop longtemps l'ébullitioa, autrement il se produit del'orcine et de l'acide carbonique. O.i ajoute ensuite de l'acide chiorhydrique à la solution, de manière à précipiter l'acide orsellique. Celui-ci forme un [irécipité gélatineux qu'on fait recristalliser dans l'alcool ou dans l'eau chaude; il se dépose alors par l'évaporation en cristaux prismatiques incolores.
Un autre procédé consiste à traiter l'érythrine par la soude bouillante et cà ajouter à la solution de l'acide chlorhydrique. Il se forme un précipité cristallin, mélange d'érythrite et d'acide orsellique. On peut encore traiter au bain-marie l'érythrine par de l'eau de baryte.
Propriétés. L'acide orsellique se présente en longues aiguilles étoilées. Il est beaucoup plus soluble dans l'eau que l'acide lécanorique; il se dissout à 20 degrés dans 4,5 parties d'éther. Sa solution aqueuse offre une saveur légèrement amère et acide et rougit le tournesol; maintenue longtemps en ébuUition, elle dégage de l'acide carbonique et donna de l'orcine :
G«IPÛ' = G'IPO^ 4- GO^
Acide Orciae.
orselliq'je.
L'alcool bouillant provoque le même dédoublement, et la réaction est favorisée dans les deux cas par la présence d'un alcali.
L'acide orsellique fond à 176 degrés et fournit également de l'orcine. Le chlorure de chaux communique à sa solution une teinte rouge-brun ou violacée très-fugace. Le perchlorure de fer la colore en violet pourpre. L'acétate de plomb y détermine un précipité amorphe. La solution ammoniacale rougit peu à peu à l'air.
Le brome en solution éthérée transforme l'acide orsellique en acide bibromé; sous l'influence d'un excès de brome, il se forme de la tribromorcine.
Les orsellates alcalins ou alcalino-terreux sont solubles dans l'eau; ils se décomposent aisément à chaud, surtout en présence d'un excès de base, en donnant de l'acide carbonique et de l'orcine,
Orsellate de baryum (C^ffO*)^Ba. Se prépare en ajoutant de la baryte caustique à une solution alcoolique d'acide orsellique, en maintenant toutefois l'acide orsellique en excès, pour éviter la décomposition du sel. Il est très-soluble dans l'eau et l'alcool et y cristallise en prismes à quatre faces. Il se décompose à 100 degrés.
ORSELLIQUE. 607
L'acide orselliqne est moiwbasique et, selon Grimaux, triatomique. Il doit avoir dès lors pour formule rationnelle :
{CHW}'"
Les trois atomes d'hydrogène typique peuvent être remplacés par des métaux ou par des radicaux alcooliques. Hesse a obtenu entre autres un dibromorsellate de plomb et d'étliyle, qui a pour composition :
C^H^Br^O \
Pb")
Les éthers orselliques, dont un seul atome d'hydrogène typique est remplacé par un radical alcooli([ue se comportent comme des acides.
Acide dihromorsellique. C*fPBr*0''. Dérivé brome obtenu en ajoutant peu à peu une solution éthérée de brome à une solution éthérée d'acide orsellique; on fait évaporer, on lave le résidu cristallin à l'eau pour enlever l'acide bromhydrique, on le reprend par l'alcool bouillant et on le décolore par le charbon. Il se dépose par le refroidissement des prismes colorés qu'on purifie par plusieurs cristallisations dans l'alcool aqueux.
L'acide dibromorsellique est en prismes incolores, peu solubles dans l'eau chaude, solubles dans l'alcool et dans l'éther. Il est décomposé par le chlore. L'ébullition avec l'eau le dédouble en acide carbonique et probablement en dibromorcine. Les alcalis le décomposent en carbonate et en une substance jaune. Le perchlorure de fer colore sa solution alcoolique en bleu foncé, le chlorure de chaux en rouge de sang. L'acétate de plomb y détermine un précipité blanc amorphe, peu soluble dans l'acide acétique.
Ethers orselliques {voy. Ethers). Ils se forment par l'action des alcools correspondants sur l'érythrine, qui à l'ébullition donne Iîs éthers orselliques et de la picro-érythrine {voy. Erythri>-e).
Les éthers orselliques sont acides et peuvent en conséquence s'unir à des métaux .
Orsellate d'amyle. G*H'(G^H")0*. S'obtient en faisant agir l'alcool amylique sur l'érythrine. Cristallise, fond à 76 degrés et se concrète à 68 degrés. Distille sans altération quand on le chauffe fort. L'orsellate d'amyle est insoluble dans l'eau froide, peu soluble dans l'eau bouillante, très-soluble dans Téther et dans les alcools éthylique et amylique. Il est décomposé par la baryte bouillante en acide carbonique, orcine et alcool amylique :
C«H-(G'Hii)0* + H^O = GO- -j- GWô'- 4- G^H^^OH
Oi-âellate d'amjle. Orcine. Alcool amylique.
Dihromorsellate d'amyle. G^H'Br-^(G^H")0*. Prismes blancs, fusibles à 75°,8, insolubles dans l'eau, solubles dans l'alcool, l'éther et l'ammoniaque. S'obtient par l'action du brome sur l'orsellate d'amyle.
Orsellate d'éthyle G*H'(C^H^)0*. Décrit autrefois par Heerea soas le nom de pseudo-erythrine, il se prépare en faisant bouillir l'érythrine pendant plusieurs heures avec de l'alcool, ou encore en faisant bouillir l'acide lécanorique avec de l'alcool. Très-peu soluble dans l'eau froide, très-soluble dans l'alcool et l'éther, se dissout sans altération dans les solutions alcalines -, les solutions alcalines se
608 (ERSTED.
colorent à l'air, la solution ammoniacale en rouge. Fond à 132 degrés d'après Hesse et se concrète à 127 degrés. Se sublime sans altération. Est décomposé par les alcalis bouillants en carbonate, orcine et alcool.
L'acide nitrique transforme l'orsellale d'éthyle en acide oxalique et en un corps cristallisable, fusible à 60 degrés, répondant à la forumle CH'^O^.
On connaît encore deux autres produits de décomposition de l'orsellate d'éthyle : Vaniarythrine, masse brune très-soluble dans l'eau, donnant avec l'azotate de plomb un précipité rougeâtre CH"'0',PbO (Kane), et la iélérythrine, qui se forme par l'action prolongée de l'air sur Famarythrine sirupeuse; cristaux très-solubles dans l'eau; donne un précipité plombique C--H"66 0'^4PbO (?)
Il existe un dichlororsellate tVétlnjle, C'*H'C1-(C'H*)0*, en cristaux fusibles à 162 degrés, un dibromorsellate (Véthtjle, Cm^ïiv'{C-W)0\ fusible à 144 degrés, et un diiodorsellate d'éthyle CTI'1-{C'H'*)0\ fusible au-dessus de lOO degrés.
Onellale de méthyle. C"ir(ClF)0*. S'obtient par FébuUition de l'érythrinc avec l'alcool méthylique. Il cristallise en aiguilles soyeuses ou en lamelles. Fond dans une petite i|uanlité d'eau bouillante et se volatilise sans décomposition. Un connaît un dibromorsellate de méthyle, G^H^Br'{CIP)0\ cristallisable, et un diiodorsellate de méthyle, C^}Fr-(CH^)0*, également cristallisable. L. Hahn.
WR^LEV OU EiiSLKV (Jens-Pkder). Né à lloltug (Seeland) le 20 août 1766,
fit ses premières études à l'école métropolitaine de Copenhague à partir de 1782
et étudia ensuite la médecine à la Faculté de cette ville oii il fut reçu médecin
en 1790; il prit ensuite le bonnet de docteur et alla se fixer à Narva en Livonie
où il exerça la médecine jusqu'à sa mort, arrivée le 14 novembre 1855. Outre
quelques articles de journaux, nous connaissons de lui ;
I. De febre puerperali, prœsertim ca quœ a 1790 nosocomiumpuerperaruminfeslavil. g. d. 24 novbr. sodalitio philiatrico submillet. Copenhague, 1790, in-8°. — II. Diss. inaug. med. de docimasia piilmonum. q. dcf. 1 i junii, prœs. Arii. Nie. Aasheim. Copenhague, 1791, in-8°. A. D.
ŒRSTED (Jean-Chrétie.\). Célèbre physicien danois, naquit à Rudkjôbing, dans l'île de Langeland, le 14 août 1777. Son père, Soeren Christian, mort en 1822, était pharmacien et il attacha tout d'abord le jeune Œrsted à son officine. Ce dernier fit des progrès très-rapides et montra de bonne heure d'excellentes dispositions pour l'étude des sciences; en 1794, il alla étudier à Copenhague, entra en 1795 comme élève dans le collège d'Ellersen, obtint après des études très-brillantes le grade de docteur en philosophie, eu 1799, devint adjoint de la Faculté de médecine en 1800 et prit en même temps la direction d'une pharmacie. Encore la même année, Œrsted obtint de l'Université une bourse {stipenditim capellianum) qui lui permit de voyager pendant plusieurs années pour s'instruire. 11 parcourut presque toute l'Allemagne, passa six mois à Berlin, et séjourna quelque temps à léna, à Freyberg et à Munich ; mais la voie scientifique où il s'était engagé était trop nette et conduisait à des résultats trop positifs, pour qu'il se laissât sérieusement induencer par la fameuse doctrine alors dominante en Allemagne, la philosophie de la nature. C'est durant ce voyage qu'il se lia avec le célèbre physicien Ritter, dont il adopta les idées sur le galvanisme ; on a de lui trois lettres adressées au professeur Mouthey, datées de la même époque (1801, 1802 et 1805) et publiées dans le Bibliothek for Physik, Medicin og OEconomie.
A son retour en Danemark, Œrsted fut chargé d'enseigner la physique à
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rUniversilé de Copenhague ; en 1806 il fui nommé professeur cxlraordinaiie de physique et en 1810 on lui contia en outre la chaire d'histoire naturelle à l'École militaire.
En 18 12, (Ersted entreprit un nouveau voyage sur le continent ; il passa trois mois à Berlin, puis fit un assez long séjour à Paris. En 1815, il fut élu secrétaire de la Société royale do Copenhague et créé chevalier de l'Ordre de Danebrog et en 1817 nommé professeur ordinaire de physique à l'Université. Mais le désir qu'il éprouvait de se mettre directement en relation avec les savants des autres pays le détermina à visiter encore une fois Berlin, Paris, Londres et Edimbourg; il partit en 1822, et à son retour, en 1824, fonda la Société Danoise pour la propagation des sciences naturelles. En 1828, Œrsted fut élevé à la dignité de conseiller d'État, et le 12 février 1829 il obtint la direction de l'École polytechnique de Copenhague, qui vanait d'être fondée sur son iustigalion.
En 1846, notre illustre savant fit un dernier voyage en Allemagne, en France et en Angleterre, et ce voyage fut, d'après l'expression de Forchhammer, une véritable marche triomphale. Le 7 novembre 1850, le cinquantième anniversaire de son entrée dans les fonctions publiques, le Danemark célébra en son honneur une fête magnifique, et à l'aide d'une souscription on lui assura pour le reste de ses jours la jouissance du château des Faisans {Fasanenhof), belle résidence d'été dans le jardin de Frcderiksberg. A la même occasion, le roi l'éleva au rang de conseiller de conférence intime, titre qu'aucun professeur de Copenhague n'avait encore obtenu. Mais il ne put longtemps jouir de tous ces avantages, car la mort vint l'enlever inopinément à la science et à sa patrie le 9 mars 1851, à l'âge de soixante-treize ans. 200 000 personnes, précédées par les princes de la famille royale, suivirent son convoi.
Œrsted était membre d'un grand nombre de sociétés savantes ; il fut, entre autres, l'un des huit associés étrangers de l'Institut de France et membre de la Société royale de Londres. Il avait obtenu eu France et en Angleterre les prix destinés aux plus grandes découvertes scientifiques. Ajoutons, pour donner une idée complète des qualités de ce grand savant, que comme homme il était l'honnêteté et la bienveillance mêmes, et qu'il a cultivé avec un rare bonheur la philosophie, les lettres et la poésie.
Œrsted s'est surtout occupé de pliysique et de chimie, et il fit des découvertes dans l'une et l'autre de ces deux sciences ; mais la plus importante, la seule dont nous parlerons, est celle de l'électro-magnétisme. Pénétré de cette idée, que l'électricité, le magnétisme, la chaleur, la lumière, etc., devaient être identiques, il fit des expériences pour prouver cette identité et il y réussit en peu de temps pour l'électricité et le magnétisme. « La fortune cessa d'être aveugle, dit Élie de Beaumont, le jour où elle voulut qu'Œrsted fût le premier à pressentir que ce ne serait pas l'électricité en repos, accumulée aux deux pôles d'une pile chargée, mais l'électricité en mouvement, le long du conducteur par lequel l'un des pôles se décharge dans l'autre, qui aurait action sur l'aiguille aimantée. Dès qu'il y pense, c'était dans l'animation d'une leçon devant tous les élèves réunis, Œrsted leur dit ce qu'il va essayer. 11 prend une boussole, la pose près de la pile électrique, attend que l'aiguille soit parvwiue à l'état de repos, puis, saisissant le fil conjonctif traversé par le courant de la pile, il le place au-dessus de la boussole en évitant toute espèce de choc. L'aiguille ?... tout le monde le voit... l'aiguille fait des mouvements, la question est résolue! »