ORVET
Orton (Regixald). Chirurgien anglais, vivait à Londres dans la première moitié du siècle actuel. Avant de se fixer dans la métropole, vers 1825, il servit dans l'armée des Indes, et eut maintes occasions d'étudier le choléra qu'il devait retrouver plus tard dans sa patrie, en 1850-31. La plupart de ses publications sont relatives à cette terrible maladie :
I. Essay on the Epidémie Choiera of hidia. Madras, 1820, in-8°. Edit. 2. with a Snppleiiient. London, 1831, in-S». — II. Observation on the Malignant Choiera in Encjland. In the Lancet, t. I, p. 43, 1832-1833. — 111. Autres articles dans the lancet. L. H.v.
ORVALE. Nom donné ou Saîvia Sclarea {voy. Salge). Pl. .
ORVET. Tout le monde connaît l'Orvet, ce petit animal au corps allongé, couvert d'écaillés et complètement privé de pattes, que l'on voit, pendant la belle saison, se glisser au milieu des herbes entre les pierres, principalement à la tombée de la nuit ; mais beaucoup de personnes méconnaissent ses véritables affinités, et à cause de ses nllures rampantes et de ses formes serpentines le considèrent comme un Ophidien. L'Orvet cependant, en dépit de son aspect extérieur, n'est pas du tout un Serpent: c'est un reptile du même groupe que le Seps, un Scincoïdien {voy. ce dernier mot et le mot Seps). Déjà mentionné par les naturalistes du seizième et du dix-septième siècle, par Aldrovande, par Gesner et par Jonston, qui le prenaient pour un Serpent, l'Orvet fut choisi par Linné comme type d'un petit genre qui reçut le nom à'Anguis, jadis appliqué par les Latins à un Serpent, et qui renferma primitivement les Erp, les Ophiomores, les Rouleaux, les Typhlops {voy. les mots Eryx et Typhlops), etc. Mais plus tard on reconnut que ces différents reptiles n'étaient pas unis par des liens de parenté aussi étroits que le supposait le grand naturaliste suédois, et on les plaça dans des genres distincts, de telle sorte que finalement l'Orvet se trouva le seul et unique représentant du genre Anguis, sous le nom à'Anguis fragilis, proposé par Linné.
Pour les auteurs Aiè,\ Erpétologie le genre Orvet oui njruis, le ^ingt-troisième de la famille des Scincoïdiens, pi'écède immédiatement le genre Ophiomore [voy. ce mot) et se reconnaît aux caractères suivants: la tête est courte; le museau, déprimé et arrondi en avant, offre en dessus cinq plaques supéro-nasales supplémentaires; les narines s'ouvrent chacune dans une seule plaque, la nasale ; la bouche est petite, non dilatable, le palais non denté, mais marqué d'un large sillon lonsitudinal ; la bouche affecte la forme d'un fer de flèche bifide à son extrémité et sa surface est moitié granuleuse, moitié veloutée ; les mâchoires sont armées de dents longues, aiguës, dirigées en arrière ; l'œil est rudimentaire et peu saillant, l'ouverture auriculaire si étroite qu'elle a échappé aux investigations des anciens naturalistes ; la paupière inférieure est garnie de petites squames, assez épaisses et légèrement imbriquées ; le corps reste cylindrique sur toute sa longueur ou ne diminue que très-lentement de diamètre, et se termine par une queue très-développée dont le bout est formé par une pointe de consistance cornée. Sur les régions dorsales et abdominales on remarque de laro-es écailles hexagonales, disposées de telle façon que leur grand diamètre est perpendiculaire à l'axe du corps, et sur les flancs des écailles plus petites, rhomboïdales et placées obliquement.
Au moment de la naissance, l'Orvet est en dessus d'un gris blanchâtre ou jaunâtre, avec une ligne noire longitudinale très-étroite et en dessous d'un brun
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mari'on, ou bleuâtre; mais, lorsqu'il est parvenu au terme de sa croissance, c'est-à-dire quand il a atteint une longueur de 30 à 40 centimètres, il présente un autre système de coloration, quoique tous les individus adultes soient loin de porter la même livrée. Les parties supérieures du corps peuvent être en effet d'une teinte cuivrée ou bronzée, d'un brun fauve, d'un lirun marron, ou d'un brun grisâtre uniforme, ou bien être marquées d'une double raie noire, ou d'une seule raie noire en zigzag, et les parties inférieures varient du blanc sale au gris plombé, le dessous de la tète étant tantôt de la même teinte que le ventre, tantôt moucbeté de brun.
L'Orvet habite toute l'Europe, jusqu'aux régions septentrionales, le nord et l'ouest de l'Asie et les cotes méditerranéennes du continent africain. Il est trèscommun en France et se rencontre aussi bien sur les coteaux calcaires que dans les prairies humides, dans les bois qu'au milieu des décombres. D'après M. le docteur Viaud-Grand-Marais, « aii moment de la fenaison on le trouve quelquefois se chauffant au soleil sur des tas de foin, quand il s'y croit en sécurité; mais c'est surtout le soir, à la tombée de la nuit, qu'il prend pîus librement ses ébats; on l'aperçoit alors rampant dans l'ombre; s'il craint quelque agression ou si le temps est mauvais, il se retire sous terre dans un trou. Il fuit timidement l'orsqu'on l'attaque. Toutefois, quand il est fortement irrité, il se redresse et se donne un air de serpent dangereux, mais il cherche peu à se défendre de ses dents; elles sont trop faibles et sa bouche est trop petite pour qu'il puisse
blesser L'Anvin saisi a un singulier moyen de défense qui lui vaut le
surnom de Serpent de verre. Ses muscles se roidissenl au point qu'il se brise, abandonnant une partie de lui-même pour se sauver. La queue brisée se reproduit en quelques mois, mais se distingue longtemps de la queue primitive par une moindre longueur et une difformité au niveau de la cassure. »
L'Orvet est ovovivipare. La femelle met au monde, dans quelque trou, à la fin de l'été, de huit à quatorze petits qui déchirent leur enveloppe au moment même où ils viennent d'être pondus. Quelques mois plus tard, à l'approche de l'hiver, les Orvets se retirent dans des galeries dont ils bouchent l'entrée avec de la terre et de la mousse et plus souvent encore se tapissent sous des branchages et des amas de feuilles pour passer la mauvaise saison.
Dans notre pays l'Orvet porte suivant les localités les noms vulgaires de borgne, Anvronais, Anvoie, Anvais, Anvon, Anvin, Nielle, etc. Suivant M. Viaud-Grand-Marais, le mot de Nielle dérive du latin nigellus, noirâtre, Anvin vient à'anguis et Orvet est tiré d'orbatus (sous-entendu lumine), d'où l'on a fait successivement Orbat, Orvat, Orvet. E. Ocstalet.
Bibliographie. — Linné. Systema nalwœ, éJ. XII, 17G6, t. I, p. 502. — G. Cctier. Règne animal, 1" édit., 1877, t. II, p. 59. — Ddméril et Bidrox. Erpétologie, 1859, t. V, p. 791. — ViADD Grand-Marais. Études médicales sur les Serpents de la Vendée, 1867, p. 6. — E. Sciirei- EER. Herpetologia europœa, 1875, p. 539, 566, etc. E. 0.
ORVIÉTAX. Non donné à un électuaire composé, dit-on, par un habitant d'Orvicto (Orviétan), du nom de Jérôme Ferrante, et importé au dixseptième siècle en France, où il jouit d'une vogue immense. Cet électuaire contenait une forte proportion de thériaque et de millnidate ; en outre, un certain nombre de substances qui déjà entraient dans, ces deux préparations (vipère, valériane, aristoloche, dictame, scordium, rue, sabine, etc.) et d'autres qui
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n'en font pas partie (bois d'aloès, tormentille, citron, etc.). L'opium n'y entrait bue par l'intermédiaire de la thériaque et du milhridate et conséquemment y était en moindre quantité que dans chacune de ces deux préparations prises isolément. L'orviétan comprenait en tout, à part ces deux électuaires, une trentaine de substances au moins. A. Dechambre.
ORi'CTÉROPE. Les Oryctéropes ne furent signalés à l'attention des naturalistes que vers le milieu du siècle dernier par le voyageur anglais Kolbe, mais déjà à celte époque ils étaient connus des colons hollandais sous le nom de Cochons déterre. Un peu plus tard le crâne de l'un de ces Mammifères fut étudié par le célèbre anatomiste P. Camper; toutefois c'est E. Geoffroy-Saint-flilaire qui, le premier, mit en lumière les différences essentielles qui séparent les Oryctéropes des Fouimiliirs américains avec lesquels on les avait primitivement confondus. En effet, tandis que les Fourmiliers sont des Édentés {voy. ce mot) dans le sens le plus strict, ayant les mâchoires complètement inermes, les Oryctéropes, de même que les Tatous {voy. ce mot), pos^èdent des dents màchelières qui, il est vrai, se distinguent de celles de tous les autres Mammifères par leur structure, puisqu'elles consistent en des cylindres traversés sur toute leur longueur par une infinité de petits canaux.
A la suite des travaux d'E. Geoffroy-Saint-Hilaire, le genre Orycteropiis (d'ôp'jxTrip, oo'jxTYjpo;, fouisseur, et ttoùj, ttoSoç, pied), créé pour les Fourmiliers africains des auteurs précédents, occupa donc la place qui leur revenait dans l'ordre des Édentés, et bientôt après il devint le type et le seul représentant actuel d'une petite famille, celle des Oryctéropidés, dont tous les membres vivent sur la terre d'Afrique. Cependant, jusqu'à ces dernières années, on se fit en Europe une idée fort inexacte de l'extérieur de ces Mammifères singuliers, les relations des voyageurs ne renfermant que des descriptions incomplètes et les ouvrages d'histoire naturelle donnant des figures exécutées toutes d'après des individus mal empaillés, au corps démesurément allongé, à la peau distendue. Après les tentatives infructueuses de M. von Heuglin, l'explorateur zélé de l'Afriiiue orientale, les directeurs de nos jardins zoologiques désespéraient de pouvoir montrer au public quelques représentants de ces Edentés africains lorsque, dans les derniers mois de l'année 1878, le Muséum d'histoire naturelle de Paris fut assez heureux pour se procurer un animal de ce genre. Placé dans la singerie, à l'abri des intempéries, nourri convenablement et entouré de soins minutieux, cet Oryctérope vécut quelques mois et put être e'tudié à loisir. On reconnut qu'il ne ressemblait guère à l'image maintes fois reproduite dans les livres populaires : au lieu d'un corps cylindrique, aux formes élancées, on avait sous les yeux un être disgracieux et massif, au dos fortement voûté, à la peau presque entièrement dénudée, offrant dans son ensemble beaucoup d'analogie avec un Porc, mais ayant les oreilles dressées en cornet et non pas tombantes, la queue longue et très-épaisse à la base et non tordue en tire-bouchon. La tête de l'Oryctérope, quoique terminée par un véritable "-roin, est percée d'ailleurs à l'extrémité d'une ouverture buccale beaucoup plus réiluite que dans la race porcine, et les dents qui arment les mâchoires sont comme nous l'avons dit, bien moins nombreuses et autrement disposées. Elles sont au nombre de cinq ou six paires à la mâchoire supérieure et vont en croissant de la première à l'avant-dernière de chaque côté; leur tissu est beaucoup moins dense que chez la plupart des Mammifères et n'est pas recouvert
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par une couche d'émail; leur surface triturante est aplatie et leur racine percée de trous nombreux conduisant dans des canaux dont la dent est creusée. Comme chez tous l saEdentés, la langue est mince et protractile et sa surface est continuellement enduite d'une substance visqueuse destinée à engluer les petits insectes dont les Oryctéropes font leur nourriture. Enfin les pattes, beaucoup plus massives que celles des Cochons, se terminent, les antérieures par quatre doigts, les postérieures par cinq doigts munis d'ongles si épais, si robustes, qu'ils ressemblent à des sabots. Aux pattes de devant comme à celles de demère le doigt latéral externe reste un peu plus court que les autres.
On reconnaît ordinairement dans le genre Oryctérope trois espèces qui, il faut l'avouer, sont assez mal caractérisées : l'Oryçtérope deSénégambie [Orycteropus senegalensis Lcss.), l'Oryçtérope du Cap \0. capensis Gra.), le plus anciennement connu, et l'Oryçtérope d'Ethiopie (0. œlhiopicus Sundev.), qui a été observé sur les bords du iNil Blanc par M. d'Abbadie et M. d'Arnaud. C'est à cette dernière espèce qu'appartenait l'animal de la ménagerie du Jardin des Plantes auquel nous avons fait allusion tout à l'Jieure. Cliez l'Oryçtérope d'Ethiopie qui, arrivé à l'âge adulte, mesure de l'^jOÛ à 2 mètres du bout du museau à l'extrémité de la queue, le corps est gonllé comme une outre, porté sur des pattes énormes et terminé en arrière par une queue flasque reposant sur le sol. La peau est presque glabre et présente seulement quelques poils brunAlres sur les oreilles, la queue, les bras et les cuisses; elle est marquéedans la région abdominale de plis divergents. Tout cela constitue un ensemble des plus disgracieux, on pourrait même dire repoussant. Les deux autres Oryctéropes, celui du Cap et celui de Sénégambie, ne sont pas plus agréables avoir; ils sont "de la même taille, ils ont les mêmes formes générales, mais le dernier, l'Oryçtérope du Cap, a les téguments un peu moins dénudés, des poils roides,. des sortes de soies, étant épars sur le dos et le ventre.
Les Orvctéropes vivent isolés ou par couples dans les plaines [de l'Afrique équatoriaic et méridionale ; ils restent pendant le jour couchés dans des trous qu'ils se sont creusés dans le sable à l'aide de leurs ongles puissants. Vers le soir, ils sortent de leurs retraites et s'avancent soit par bonds successifs, soit d'un pas incertain, en s'appuyant principalement, sinon uniquement, sur l'extrémité des doigts. Dans la marche ils tiennent la tète fortement inclinée, au point de toucher le sol avec leur museau, les oreilles rejetées en arrière et la queue pendante; de temps en temps ils s'arrêtent pour écouter si aucun danger ne les menace ou pour flairer quelque proie, et quand ils ont découvert quelque sentier suivi par les termites ou les fourmis, ils le suivent jusqu'à la fourmilière. Arrivés là, ils se mettent à démolir l'édifice avec leurs pattes, fouillant avec une rapidité extraordinaire jusqu'à ce qu'ils aient atteint l'une des galeries principales, puis, allongeant leur langue visqueuse et la promenant dans le couloir, ils engluent des légions entières de fourmis qu'ils dévorent avec délices. Si l'on songe à la multiplication effrayante des fourmis blanches et des fourmis ordinaires dans les régions tropicales et aux dégâts que causent ces insectes, on est porté à considérer les Oryctéropes comme des animaux uiiles au premier chef, et à regretter que les indigènes leur fassent sur certains points une guerre acharnée. Il paraît d'ailleurs que ces animaux constituent un assez triste gibier, leur chair ayant un fumet désagréable, une odeur de fourmis des plus accusées.
En captivité, les Oryctéropes passent la plus grande partie de la journée
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endormis dans un coin de leur cage, et ne se décident à se mettre en mouvement qu'à la tombée de la nuit. E. Oustalet.
Bibliographie. — Pallas. Observationes circa Myrmecophagutn africatium. In Acl. Âcad . Petr., un, t. II, p. 225. — Gmelh». Syst. nat., 1788, t. I, p. — Et. Geo>troy-Sai>t- HiLAiRE. Sur le Myrmecopkaga capensis (Orycteropus]. In Millin, Magai. encycL, 1796. II, 2, p. 289, et Bull. Soc. Philomalh., 1797, t. I, 1, p. 102. — H.-E. Jïgeb. Anat. Untersuchung des Orycteropus capensis, 1857. Stuttgart. — A>t. d'Abeadie. Sur un Edenté d'Abyssiiiie qui semble voisin de l'Oryctéro pe du Cap. In Compt rend, de l'Acad. des se. de Paris, 1852, t. XXXIV, p. 100, et l'Institut. 1832, t. XX, n» 949, p. 73. — Will. Black. Descript.of theTongue and Habits of Orycteropus capensis. In Edinb. New Philos. Journ., 1855, t. LIV, p. 168. — G.-L. Dcverxot. Sur les dents des Oryctéropes. In Compt. rend, de l'Acad. des se. de Paris, 1855, t. XXXVII, p. 277, et {'Institut, 1854, t. XXII, n" 1045, p. 15. — Dd même. Note sur les trois espèces d'Oryctéropes qui vivent en Afrique. In Compt. rend, de l'Acad. des se. de Paris, 1852, t. XXXY, p. 775, et V Institut, 1853, t. XXI, n» 1002, p. 91. — De MÊME. Mémoire sur les Oryctéropes du Cap, du Nil ou d'Abyssinie et du Sénégal. In Aun. de la Soc. nat., 3^ série, 1853; Zoologie, t. XIX, p. 181. — P. Gervais. Histoire naturelle des Mammifères, 1854, t. II. — Brehm. Vie des animaux, éd. franc, de Z. Gerber.
ORTZA. Voy. Ris.