XI. Élongations de nerfs. H, tous guéris de l'opération
Une telle statistique, dans un hôpital mal aéré, dans des conditions hygiéniques peu favorables, mérite évidemment d'être prise en considération sérieuse, mais elle n'est pas suffisante pour entraîner toutes les convictions. Jusqu'ici, le thymol ne semble pas avoir conquis de nombreux partisans parmi les chirurgiens, bien que préconisé par Pasteur comme agent antiseptique puissant.
Pansements a l'essence d'eucalyptus {eucahjptusol). Cette substance employée par Guibert, Fouqué, Gubler, Cochet, Siegen, Busch, etc., et par Lister lui-même, dans ces dernières années, ne paraît pas donner de bien merveilleux résultats. Le chirurgien anglais constate qu'elle est un parfait antiseptique, sans propriétés toxiques ni irritantes, mais elle offre l'inconvénient de s'évaporer très-rapidement et d'être insoluble dans l'eau. En solution dans la résine de Dammar et mélangée avec de la paraffine, elle sert à préparer une gaze d'odeur aromatique assez agréable, mais elle doit être réservée aux cas de susceptibilité excessive pour l'acide pliénique.
Bassini conclut de ses expériences sur les animaux et de son usage chez l'homme que l'essence d'eucalyptus est un mauvais agent de pansement. Pour le spraij, il faut ajouter à la solution à 1/250*^ une petite quantité de magnésie carbonatée, afin de la maintenir à l'état d'émulsion. La gaze, même à 10 pour 100, est toujours d'une odeur gênanle pour le patient et son pouvoir antiseptique est peu prononcé. Par ses propriétés irritantes, l'eucalyptus amène presque constamment un eczéma, une infiltration très-abondante des bords de la plaie et de son voisinage, avec tendance à la suppuration et à l'ulcéralion.
Les chirurgiens allemands, Siegen, Busch, Schultz, n'ont pas observé ces accidents et considèrent cette substance comme un bon antiseptique, sans vouloir la substituer à l'acide phénique d'une manière générale. Elle semble utile surtout dans les plaies ouvertes, non réunies, par le bourgeonnement actif
qu'elle amène. Comme pansement Iiumide, Siegcn emploie de la gaze imbibc'e d'une solution de 3 grammes d'essence dans 115 grammes d'eau avec addition de 15 grammes d'alcool. Une feuille de papier caoutchouc maintient l'humidité du pansement. A Bonn, on essaya le pansement occlusif, mais il dut être abandonné eu raison des accidents inflammatoires. Aussi recourut-on bientôt à des applications directes faites avec un pinceau. Busch et Schultz, son élève, qui rapporte 26 cas de plaies des parties molles favorables à ce mode de traitement, sont arrivés aux conclusions suivantes : L'essence d'eucalyptus est antiseptique et active le bourgeonnement sans amener d'inflammation. Elle diminue et parfois arrête complètement la suppuration. Elle n'agit pas à l'abri de l'air comme l'acide phénique, mais au contraire comme pansement occlusif se montre très-irritante. Dans le cours des plaies elle se montre très-utile, soit en applications directes, soit à l'état d'émulsion pour humecter les pièces du pansement, soit comme irrigation à la dose de 2 à 3 grammes par litre. Elle n'est pas toxique. 11 faut donc l'utiliser dans tous les cas oij l'acide phénique paraît à craindre; chez les très-jeunes sujets, les patienis très-affaiblis, et dans les plaies étendues des parties molles où la résorption est considérable.
Nous croyons devoir rapprocher de l'eucalyptol l'essence de térébenthine (essence d'aspic), fort anciennement utilisée et reprise à la clinique de Montpellier par le professeur Dubreuil.
L'eucalyptol, dit Girou, n'est ni caustique, ni toxique. Il est antiseptique, même à la dose de 1/650, mais la solution habituellement employée pour les pansements est de 0,50 pour 100. Comme le prix du kilogramme n'est que de 10 francs, la dépense est modique. Celte substance favorise la cicatrisation, si l'on a tenté la réunion immédiate, elle déterge et fait bourgeonner les plaies de mauvaise nature. Elle ne corrode pas les tissus, n'anestliésie pas les doigts du chirurgien, et n'émousse pas le tranchant des instruments. Le spray à l'eucalyptol n'est pas désagréable, il ne provoque pas la toux. Même employé pur et sur de vastes surfaces cet agent ne détermine ni douleur, ni irritation, et jamais il n'occasionne le plus léger symptôme d'intoxication. Si l'eucalyptol ne saurait être substitué d'une façon générale à l'acide phénique, il doit être préféré chez les enfants, chez les femmes à peau délicate, chez les sujets épuisés et pour le pansement des plaies cavitaires. En présence d'avis si dissemblables il n'est pas possible de se prononcer sur la valeur de cet agent.
Pansements a l'acide borique. L'acide borique ou boracique est considéré par Pasteur comme un agent antiseptique puissant, et nous avons vu que Lister et ses adeptes l'utilisent dans les pansements, quand les préparations phcniquécs sont trop irritantes. C'est dans la chirurgie oculaire que celte substance est le plus souvent employée. Ses propriétés antiputrides, l'absence de toute irritation de contact, la rendent précieuse dans ces conditions. Cane en fait un pompeux éloge et la conseille dans le traitement ordinaire des plaies. Son application fort simple, son prix modéré, la font supérieure aux pansements phéniqués.
L'acide boracique peut être employé sous la forme humide (solution aqueuse à 5 pour 100), et sous la forme sèche, lint, étoupe, ouate boracique. On peut également se servir d'onguent borate à 1/4 ; de coUodion borate. Cane, Credé, Solger, Naumann, Liltle, etc., ont préconisé son emploi. Du coton dégraissé est plongédans une solution aqueuse d'acide borique à 10 pour 100. Pourpeivuetlre la dissolution d'une telle quantité de substance, l'eau est portée à une température de 60 degrés. On laisse le coton refroidir, puis, quand la chaleur est sup-
portable, on l'applique sur la plaie. 11 adhère comme un emplâtre aux parties préalablement lavée<, et empêche toute issue des sécrétions. Mais, comme l'acide rend l'ouate très-perméable aux liquides, ceux-ci ne peuvent être retenus et devenir une source d'irritalion.
Solger se sert également d'un pansement à l'acide borique phéniqué. 11 se prépare en trempant dans une solution d'acide borique 5 parties, acide phéniqué cristallisé 2 parties, eau chaude 100 parties, de l'ouate de Bruns, l'appliquant sur la plaie en couches é|iaisses, et l'enveloppant de papier caoutchouc maintenu par une bande.
Les accidents toxiques produits par l'acide borique sont rares. Cependant Molodenkow a rapporté deux cas de mort qu'il attribue à l'emploi de cet agent. Une femme de vingt-cinq ans subit un lavage de la plèvre avec une solution boratée à 5 pour 100, dans le cours d'un é,iancliement pleurétique traité parla paracentèse. Bientôt a[)rès : vomissements persistants, hoquet, érythème de la face, coUapsus, légère hypothermie avec diminution des pulsations cardiaques, mort le quatrième jour en prostration complète. Un enfant de seize ans, atteint d'abcès par congestion de la région lombaire, est traité par l'aspiration suivie de lavages boraciques. Une demi-heure après affaiblissement du pouls, vomissements, érythème, mort le troisième jour. L'autopsie ne montre pas d'autres lésions que des extravasalions sanguines péricardiaques dans la région correspondant à la face antérieure de l'oreillette et du ventricule gauches.
Sans vouloir nier absolument la possibilité de ces intoxications, nous devons dire que nous avons vu bien des fois laver les plaies avec des solutions boriques, sans jamais observer aucun accident. Nous croyons que le danger est peu à craindre, mais il est prudent de ne pas exagérer les doses, ainsi que le séjour dans les cavités séreuses.
Paksements au chlorure de zinc. Doué d'une puissance caustique très-énergique, le chlorure de zinc ne peut être employé pour le pansement des plaies qu'à l'état de solution aqueuse ou à l'état sec, en l'incorporant dans une substance inerte par elle-même C'est un des modificateurs les plus puissants des plaies de mauvaise nature, et bien avant les publications de Campbell de Morgan les chirurgiens s'en étaient servis pour combattre la pourriture d'hôpital. Lister le préfère dans certains cas à l'acide phéniqué, dont il ne possède pas, fort heureusement, les propriétés toxiques, mais il ne l'utilise que pour déterger les plaies déjà contaminées. Au contraire, Campbell, Smart, Boberts, Kocher, etc., l'emploient pendant toute la durée du traitement. Le chirurgien anglais se sert pour les lavages de solutions à 1/12 ou 1/16, puis il recouvre les parties d'une couche de colon imbibé d'une solution à 1 pour 100, qu'il renouvelle toutes les vingtquatre heures.
Les solutions fortes de chlorure de zinc amènent la formation à la surface des plaies d'une sorte de pellicule grisâtre, qui n'empêche pas la réunion primitive de réussir. Cependant il vaut mieux utiliser des liquides moins caustiques. Kocher (de Berne), effrayé p;ir une série d'intoxi ;atioDs phéniquées graves, a longuement expérimenté le sel de zinc. Il constate que le spray avec une solution à 0,2 pour 1 00 est trop caustique; que pour les lavages une solution à 1 pour 100 est parfaitement suffisante. De même pour la désinfection du champ opératoire. La plaie lavée avec la solution forte est recouverte d'une feuille de papier caoutchouc. Par-dessus on ap[)lique une feuille de gaze, puis une compresse en tissu hydrophile trempée dans la même solution. On enveloppe le tout avec une feuille de
papier caoutchouc, de l'ouate et une bande de mousseline. Les re'sultats ont été satisfaisants. Cependant sur 85 opérations, la plupart très-graves, il y eut 3 morts i)ar septicémie aiguë pour des interventions portant sur la langue et le rectum. Aussi Kocher conclut-il avec raison que le chlorure de zinc n'est pas une panacée dans le traitement des plaies.
Pendant la campagne d'Egypte (1882), les chirurgiens anglais se sont bien trouvés des lavages avec la solution do chlorure de zinc à i/l5; pour les plaies simples, les coups de feu, les plaies opératoires. Dans le pansement des plaies gangreneuses, on se trouve bien d'un mélange de 1 partie de la solution chlorurée avec 5 parties de solution phéniquée à 1/20.
On peut aussi se servir du chlorure de zinc incorpore dans l'ouate, l'étoupe, pour faire des pansements secs. Hirchsohn a recherché les propriétés de l'étoupe de calfat imprégnée pendant douze heures de vapeur de soufre, puis humectée de chlorure de zinc à 8 et 10 pour 100, pressée et séchée. Ses expériences avaient pour but de constater: 1" si celte étoupe constitue un pansement pleinement aseptique ; 2" si le chlorure de zinc y est également réparti. Malgré les succès obtenus, ce pansement ne s'est pas généralisé.
Eau chlorée. L'eau chlorée peut être avantageusement employée comme pansement humide dans les plaies gangreneuses. La charpie ou les compresses imbibées du liquide sont enveloppées dans un tissu imperméable pour empêcher leur dessiccation.
Le perchlorure de fer, dont l'emploi est signalé plus haut, le persulfote de fer ou liquide de Monsel, l'eau de Pagliari, ont été conseillés par quelques chirurgiens. Leur usage ne s'est pas généralisé.
Pansements a l'acide benzoïque. Cet agent, d'après Salkowski, jouit de propriétés antiseptiques plus puissantes que l'acide salicylique. Volkmann l'a utilisé à sa clinique sous forme de jute ou d'ouate imprégnées d'une solution de 4 à 10 pour 100, en le combinant avec les lavages et le spray phéniqué. Au bout d'une semaine on met une couche d'ouate nouvelle sur l'ancien pansement sans l'enlever; rarement plus de 2 ou 3 pansements sont nécessaires. L'acide benzoïque n'est pas irritant et ne provoque pas d'éruptions cutanées.
Pansements au tannin. Répandue à la surface de la plaie, la poudre de tannin forme avec les sécrétions une croûte épaisse au-dessous de laquelle se fait le travail de cicatrisation. De la même façon agissent le quinquina, le tan, et ces poudres maintenues par un enveloppement ouaté constituent un pansement antiseptique et occlusif dont la valeur n'est pas discutable. Le plâtre pourrait au besoin remplacer l'ouate.
Pansements au chlorure de sodium. Vanté outre mesure peut-être par Houzé del'Aulnoit, Dewandre, Crasquin, comme agent de pansement des plaies, le sel marin en solution concentrée semble surtout utile pour les lavages des cavités suppurantes. Son absorption, en effet, loin d'être dangereuse, ne peut que relever l'étal général de sujets affaiblis, mais pour les plaies son usage ne s'est pas répandu. Quelques compresses trempées dans une solution concentrée, mais sans dépasser la proportion de 1 pour 5, sont appliquées sur des plumasseaux de charpie, imbriqués, humectés du même liquide. Ce mode de traitement ne convient qu'aux solutions de continuité arrivées à la période de suppuration.
Pansements avec la solution alcoolique de Gaultheria. Le professeur Gosselin s'est servi avec avantage de ce liquide dont l'odeur est agréable. En raison de l'insolubilité de l'essence de Gaultheria dans l'eau, l'addition d'alcool
DICT. ENC. 2° S. XX. 2)
est indispensable. Dans le pansement des plaies à l'hôpital de la Charilé, les solutions sont au nombre de deux, une forte et une faible. Dans la première, à 5 grammes d'essence dissous dans 100 grammes d'alcool, on ajoute 50 grammes d'eau. Dans la seconde, la proportion n'est plus que 2s'-,50 d'essence pour iOO d'alcool et 100 d'eau. Si l'on ajoute plus d'eau, l'essence cesse d'être dissoute, et l'on obtient une émulsion moins antiseptique. Gosselin vante ce composé comme supérieur à l'alcool pur, mais, plus coûteux que les solutions phéniquées, il doit être réservé aux cas où l'on redoute l'irritation des parties voisines.
Nous croyons que la solulion d'essence de Gaultheria agit surtout par l'alcool qu'elle contient, comme agissent les teintures d'arnica, d'alocs, et nombre de composés alcooliques.
Pansements a l'iode. La teinture d'iode pure est un puissant modificateur des tissus, mais ne convient pas à toutes les plaies. De même de la liqueur iodotannique qui dans les mains de Boinet a donné de nombreux succès. Ces substances sont caustiques, d'odeur forte, très-salissantes, et doivent être réservées aux solutions de continuité de mauvais aspect, aux plaies gangreneuses ou septiques et aux ulcères torpidcs.
PA^'SES1E^TS AU CHLORAL. Excellent antiseptique, le chloral à la dose de 2 à 10 pour 1000 sert à faire des solutions aqueuses dont on imbibe les pièces de pansement. Verneuil l'emploie souvent pour les bains prolongés ou permanents des plaies.
Paksemekts AU BROME. Le brome en nature ou en solution alcoolique concentrée jouit de propriétés caustiques assez énergiques. En Amérique, les chirurgiens l'ont employé avec avantage contre la pourriture d'hôpital. C'est un topique modificateur, et non un agent de pansement général.
Panseme.nts au sulfite de soude. Minich remplace dans le pansement antiseptique le protective et le mackintoch par une feuille de gutta-percha laminée; la gaze phéniquée par de la gaze trempée dans une solution de sulfite de soude à 1/10. Le même liquide est employé pour les pulvérisations ; de l'ouate ou de l'étoupe salicylique complètent le pansement qui se renouvelle absolument comme le Lister. Moins cher que ce dernier, il a l'inconvénient de colorer en brun les vêtements noirs. Quand la plaie marche vers la cicatrisation, on substitue au pansement humide une pommade avec 4 grammes de tannate de plomb et de sulfite de soude pour 50 d'axonge. Cette manière de faire ne semble pas avoir pris une grande extension en dehors de l'Italie.
Pansements a l'argile acétique. Maas (de Friburg) emploie pour le lavage de la plaie et pour le spray une solution acétique à 2,5 pour 100. De la gaze non apprêtée, laissée le plus longtemps possible dans une solution à 5 pour 100 d'argile acétique, forme la matière importante du pansement. Des morceaux de cette gaze, réunis sur les lèvres et autour de la plaie, sont maintenus par des compresses de la même gaze, entourant plusieurs fois la partie. Le tout est enveloppé dans une feuille de gutta-percha laminée. On comble les défauts par des morceaux d'ouate salicylique à 10 pour 100. Enfin, une bande de calicot, humectée d'une solution à 1,5 pour 100 d'argile acétique, fixe le pansement au corps.
Pansements au styron. Popow, en Russie, s'est livré à des expériences avec cette substance pure, sans mélange de styrol et de styracine. Elle prévient la putréfaction de la viande et du sang défibriné à doses plus faibles que le thymol et le sublimé; elle détruit les bactéries à 1/2 pour 100 et conserve les tissus
animaux injectés avec une solution à i pour 100. C'est avec cette solution que le chirurgien russe a fait ses recherches. Dans les blessures légères, des compresses de gaze imbibées du liquide, puis exprimées, suffisent pour maintenir une asepsie complète. Dans les cas de gangrène étendue de la peau, l'odeur disparaît après le premier pansement et le bourgeonnement est tiès-actif.
Pansements a l'huile de Kélo (Kélo-oil). Conseillée en 1868 par J. Newton (de Calcutta), comme un succédané avantageux de l'acide phénique, elle ne paraît pas avoir été employée en Europe.
Pansements au baume du Pérou. Cette substance a donné à Wiss (1876) des succès constants dans le traitement des plaies de toute nature. Elle est surtout remarquable par la rapidité avec laquelle elle arrête la sécrétion du pus.
Pansements a la térébenthine. Ses propriétés antiputrides sont depuis longtemps connues et utilisées; elle entre dans la composition de nombre d'onguents. Werner (1865), sous le nom à'eau curative, emploie l'émulsiou suivante :
Tércbenlliiiio de Venise ... ....,,,., 1000 grammes.
Bicarlionale de soude 23 —
Eau dislillée 10 litres.
Faites digérer 5 à 6 jours, à une température qui ne dépasse pas 75 degrés ; filtrez. Trempez une compresse pliée en huit dans le liquide térébenthine, recouvrez la plaie entièrement, et enveloppez le tout d'une étoffe imperméable pour empêcher une dessiccation trop rapide. Humectez toutes les quatre ou cinq heures. Ce pansement peu coûteux maintient les plaies propres et belles, diminue la suppuration et amène une guérison rapide.
Kingzett (1881) conseille pour la gaze antiseptique une huile oxygénée de térébenthine, obtenue en faisant passer un courant d'air au travers de la térébenthine, en présence de l'eau ou autrement, pendant un temps prolonge. La térébenthine absorbe une énorme quantité d'oxygène, devient plus dense et moins volatile. Insoluble dans l'eau, ce produit lui abandonne certains principes fortement antiseptiques. Soluble dans l'alcool et miscible aux autres huiles, elle est plus active et cependant moins chère que l'essence d'eucalyptus.
Pansements a l'acide sulfureux. Warden et Balfour, après Pewar, se sont servis pour panser les plaies d'une solution d'acide sulfureux. A la campagne, où le Lister complet est toujours d'une exécution difficile, cette solution, peu coûteuse, facile à faire (1 partie d'acide pour 12 parties d'eau), fournit un excellent antiseptique. Elle sert pour les lavages des mains et pour imbiber des compresses que l'on applique directement sur la solution de continuité.
Pansements a l'eau oxygénée. L'eau oxygénée neutre contient de 2 à 12 fois son volume d'oxygène. Péan et Baldy l'ont employée dans 17 cas de plaies, en les recouvrant de compresses de tarlatane enveloppées d'une feuille de baudruche très-mince et d'une couche d'ouate, si l'on veut obtenir une occlusion plus complète. Pendant le pansement, on fait des vaporisations avec la solution, puis, une à deux fois par jour, on l'injecte par les drains jusqu'à ce qu'elle ressorte claire et mousseuse. Avec ce pansement la suppuration est assez abondante, mais de botme nature, et la cicatrisation rapide. Avouons, cependant, que sa valeur antiseptique n'est pas suffisamment démontrée.
Pansements a la résorcine. Étudiée par J. Andeer de Wurtzbourg (1877- 1880), cette substance a été employée par llaab, Pflûger, Dujardin-Beaumetz et Callias, dans le traitement des plaies. Elle se présente sous trois formes diffé-
rentes. Impure elle offre une coloration d'un rouge grenat ou d'un rose tendre ; à l'état de pureté, le seul qui convienne pour ses applications médicales, elle est d'un blanc éclatant, ne se colore pas par l'action de l'air et de la lumière et dégage une odeur légèrement aromatique. Elle coagule l'albumine, empêche ou arrête le développement des microbes de la puiréfaction, mais n'attaque pas le tégument externe. A la dose de 1 à j,50 pour 100 d'eau, elle est un excitant utile des plaies atones, livides, stationnaires. Pure, elle cautérise les tissus sur lesquels on l'applique. On peut aussi l'employer comme topique en la mélangeant à la vaseline ou à la glycérine. Les chirurgiens allemands conseillent des solutions de 5 pour 100, même de 10 pour 100 ; peut être avant d'utiliser des closes aussi élevées serait-il bon d'attendre que l'innocuité de cet agent soit plus complètement démontrée.
Pansements au tyrogallol. Acide pyrogallique. Bodet, de Lyon (1879), a démontré par des expériences le pouvoir antiseptique de cette substance. Elle n'a été employée dans les pansements des plaies que par Rocher (de Berne). Son action est favorable, mais elle a l'inconvénient de tacher les mains et de noircir les instruments.
Pansements a l'acide picriqce. Nous ne possédons sur l'emploi de cet agent dans le traitement des pluies que la note envoyée par Curie à l'Académie des sciences en 1876. Nous la transcrivons textuellement. « La note que j'ai l'honneur de présenter à l'Académie consiste à traiter les plaies par l'acide picrique (carboazotique). Il se rattaclie théoriquement aux moyens qui ont pour but de faire des tissus ou de leurs sécrétions une membrane protectrice contre les influences nuisibles de l'air, considéré comme agent irritant ou comme agent de transport des organismes inférieurs. On se sert, suivant le cas, de l'acide picrique en solution aqueuse, de pièces de pansement imbibées de cette solution ou mieux encore de ouate picrique, c'est-à-dire, de ouate sèche dans laquelle on a incorporé de l'acide picrique. C'est ce dernier mode qui est, en général, le plus commode dans l'application. Ma méthode offre, en résumé, l'avantage de supprimer complètement la suppuration. »
Pansements au permanganate de potasse. Dans un rapport sur une note de Castex, Blache constate que le permanganate de potasse en solution à 0s'',40 pour 100 d'eau réussit dans le traitement des plaies simples ou ulcéreuses. Aux doses de 0s%7 à O^^S pour 100, il désinfecte les plaies fétides, gangreneuses, mais, décomposé par les tissus, il exige l'emploi de charpie d'amiante.
Pansements avec la liqueur minérale antiseptique. En traitant des laves calciques par l'acide chlorhydrique, il se forme un magma pulpeux, gélatineux, qui par le repos se sépare en deux parties: l'une verdàtre, épaisse, presque soluble ; l'autre liquide, jaunâtre, sirupeuse. Ce liquide est un caustique puissant. En solution, au contraire, il est dangereux; au 1000^, il donne à peine quelques picotements, et réussit dans le traitement des chancres mous et des adénites chancreuses. Ses avantages, d'après la pratique d'Horteloup, au Midi (1881), sont: 1° la facilité du dosage; 2° son innocuité sur l'épiderme intact; 3° l'absence complète d'odeur ; 4° la modicité de son prix. Un litre du liquide coûte 5 francs. Les chlorures d'aluminium (61,75 pour 100), de potassium (19,81), de fer (15,09), sont ses composants principaux. Aussi Reliquet a-t-il pu dire que, ses propriétés antiseptiques provenant du chlorure d'aluminium, mieux valait employer ce sel à l'état de pureté.
Pansements au térébène. Recommandé par Bond, cet hydrocarbure jouit
d'après Braidwood et Vacher de propriétés germicidt^s. Son odeur est agréable. Appliqué à la sui'face des plaies il y adhère solidement et, &'étendant en mince pellicule, il les met et les maintient à l'abri du contact de l'air. D'après VVaddy (1877), qui l'a employé dans des cas nombreux, ses avantages sont: i" d'éviter le renouvellement des pansements et les douleurs qu'il provoque ; 2" d'agir antisepliquement; 3" de ne pas contrarier la marche naturelle de la guérison; 4° de mettre la plaie dans un repos al)Solu; 5" d'économiser le temps et le travail. Goodall Nasmyth s'est servi d'un mélange d'une partie de térébène pour 6 parties d'huile d'olives. Il constate que son odeur n'est pas gênante, qu'il diminue la suppuration et favorise le bourgeonnement des plaies. Si les bandelettes de lint ou la charpie sont bien imprégnées d'Imile de térébène, le pansement, dans nombre de cas, peut rester en place plusieurs jours.
Pansements a l'acide I'yroligneux. Employé [lar Nûssbaum dans les plaies gangreneuses, en 1870, il a donné des résultats peu encourageants (Strauss).
Pansements au pétrole. Conseillé par Fayier (1869), nous ne sachons pas qu'il ait jamais été rais en usage comme mode de pansement dans notre pays. Au moins n'avons-nous trouvé aucune publication à son sujet.
Pansements au boroglycéride. Celte substance, conseillée par le professeur Barif, comme un moyen de conserver la viande pendant les longs voyages, a été appliquée par Barwell et Lediard au pansement des plaies. Elle se présente sous la forme de larges plaques comme l'icblhyocoUe, de la couleur de la gomme acacia; ses solutions à 1/20° ou 1/40° sont incolores et sans saveur marquée; toutefois Barwell pense qu'il serait désirable d'avoir un autre véhicule que l'eau. Le boroglycéride est un aseptique moins irritant que l'acide phénique; il n'est pas toxique, mais ses propriétés antiseptiques ne paraissent pas suffisamment démontrées. On ne saurait être convaincu par les trois observations de Barwell dont les conclusions me semblent trop favorables. A l'entendre ce nouvel antiseptique abaisse la température et favorise la réunion immédiate. Lediard est moins enthousiaste; bien que son expérience soit plus grande. Il conclut que : pour les plaies ouvertes, le boroglycéride en solution est un antiseptique puissant, non irritant, n'arrêtant pas le processus curatif naturel, mais, quand la plaie est anfractueuse comme dans les moignons d'amputation, même après des lavages avec la seringue, le pus collecté n'est pas sans odeur. En somme, résultats nuls. Le pansement consiste après la suture à recouvrir la plaie de pièces de tint trempées dans une solution aqueuse à 1/40", 1/20^, ou même plus foi tes, et à maintenir l'humidité de ces pièces par des arrosages fréquents. En résumé, l'absence de propriétés toxiques semble la qualité dominante de ce nouvel agent.
Pansi-ments a la NAPHTHALiNE. C'cst à Fischcr (de Strasbourg) et à Lûcke qu'est due l'introduction dans la pratique chirurgicale de cette substance, dont les pro[iriétés antiseptiques avaient été démontrées par des expériences sur des matières putréfiables. Dérivé du goudron de houille, ce corps se présente sous la forme de cristaux blancs ou de couleur légèrement rougeàtre. Son odeur est pénétrante et ses vapeurs se répandent dans les liquides aqueux comme elles se mêlent facilement à l'air. En Allemagne, elle ne vaut que l'''',25 le kilogramme. Toxique à l'intérieur pour l'homme et les animaux, elle paraît sans danger en applications sur les plaies.
Employée dans un grand nombre de cas à la clinique chirurgicale de Strasbourg, elle donne aux plaies, aux ulcères, aux chancres, aux plaies cancéreuses, un
aspect favorable. Ce re'sultat est atteint rapidement, sans irritation cutanée, sans inflammation, sans que lanaphtlialinc forme avec le pus une masse solide, une croûte épaisse, qui empêche la libre issue des sécrétions. Ilœflmann et Ânschulz, qui rapportent de nombreuses observations, constatent au contraire que cette formation de croûtes favorisant la rétention du pus et sa décomposition s'est montrée 21 fois sur 215 pansements. Ils reprochent de plus à lanaphlhaline de produire des écoulements sanguins, en déchirant par ses cristaux anguleux les bourgeons charnus délicats.
Cet antiseptique s'emploie en nature. Les plaies, les ulcères, sont recouverts d'une couche épaisse de la substance; on en remplit les anfractuosités. Mais on peut également l'utiliser en solutions alcooliques ou élhérées pour injections, en pommades avec la vaseline, en ciayons durs pour les trajets fistuleux. Anschutz recouvre la plaie d'un centimètre de naphthaliiie cristallisée, puis de couches larges et épaisses de jute naphtbalique à 10 pour 100, ce qui constitue un pansement occlusif. La solution de 100 grammes de naphthaline dans 400 grammes d'éther et 400 grammes d'alcool sert à imprégner 1 kilogramme de jute.
Fischer, outre ses propriétés antiseptiques, donne comme avantages de celte substance son innocuité, son bas prix, son emploi facile, son action désinfectante même pour les salles de blessés. Si Hœftmann a constaté une augmentation des sécrétions des plaies et le saignement des granulations, c'est qu'il lave les plaies avec une solution phéniquée, et ne se sert pas de préparations pures. Cependant les faits rapportés par Djakonow et Banning ne sont pas suffisamment probants. 11 s'agit de plaies légères, souvent traitées au début par un autre antiseptique, et sur 50 cas on relève 2 morts et 3 érysipèles. La naphtbaline semble un moyen énergique d'obtenir des granulations sur un ulcère torpide, mais un antiseptique ordinaire. Fischer la conseille pour les pansements du champ de bataille; Anschutz la repousse comme dangereuse par la formation de croûtes épaisses avec le sang épanché. Une expérience plus étendue permettra seule de prononcer un jugement sur la valeur réelle de cet antiseptique nouveau. Djakonow signale des douleurs vives, l'irritation des plaies et l'apparitiond'eczéma ; mais la fièvre se montre très-rarement. La réunion immédiate est relevée douze fois, mais la lecture des observations montre que sur plusieurs grandes opérations elle n'est relevée que dans une amputation de l'avant-bras. Dans 50 cas de gelures Lindenbaum, après nettoyage des parties avec l'eau phéniquée, applique une couche de naphthaline, qu'il recouvre de gaze molle et d'étoupe goudronnée. Ce pansement reste en place de sept à dix jours. Si rapide est le nettoyage des plaies, si prompte la guérison, qu'aucun agent ne paraît préférable. Si parfois les granulations sont légèrement saignantes, il n'y a jamais ni accidents ni empoisonnement. Parfois cependant les blessés se plaignent pendant les deux ou trois heures qui suivent le pansement de douleurs lancinantes, dues à l'irritation mécanique des cristaux à pointes aiguës. Plus élogieux encore sont Morelli Delhougne et Rydygier, qui reconnaissent à la naphtbaline tous les avantages de l'iodoformesansses dangers d'intoxication. Mais Kôlliker (de Leipzig) est loin de partager cet enthousiasme. Il a souvent observé la rétention des sécrétions sous les croûtes formées par la naphtbaline, et ses qualités irritantes ne peuvent être niées. De plus, même en pommade, elle occasionne souvent des douleurs si vives, qu'il faut la remplacer par un autre pansement. Sa seule supériorité, c'est son bon marché.
Pansements au trichlorophékol. Découvert par Laurent en 1836, ce corps
a été introduit en chirurgie par Dianon qui, en en démontrant le pouvoir antiseptique, a donné un mode nouveau et facile de le préparer. Jusqu'ici, on ne s'en est servi que dans deux ou trois cliniques russes, à l'hôpital Alexandre et à l'hôpital maritime de Kronstadt dans la division d'érysipèles du docteur Jaschin. Après lui Popofl l'a employé dans 8 cas d'érysipèle, badigeonnant les parties deux à trois ibis par jour avec une solution à 5 pour 100 dans la glycérine. En trois à cinq jours, la guérison est complète, et ces résultats sont confirmés par les observations du docteur Jurinsky. Dans les plaies ulcéreuses, Butschik a retiré des lavages et des pansements avec une solution à \ pour 100 des résultats excellents. L'effet de cet agent est d'autant plus frappant que le caractère seplique de l'ulcère est plus prononcé.
PA^'SEMENTS AU sucLiMK. BiCHLORURE DE MERCURE. Lcs propriétés antiseptiques puissantes du sublimé sont connues depuis bien longtemps et depuis longtemps ulilisées pour la conservation ou la préservation des matières organiques. Les expériences de Dougall, de Billiolh, de Koch, montrent que les solutions de 1 millième à 1/5 millième tuent les germes ou arrêtent leur développement. Mais les propriétés toxiques du deutochlorure de mercure devaient rendre les chirurgiens circonspects à son égard. Bergmann cependant (1882) s'est servi de solutions de 1 à 1/2 millième pour panser les plaies; de ouate et de gaze au sublimé, de soie bouillie dans une solution à 2 pour 100, sans constater aucun accident. Mais c'est à Schede et à son élève Kiimmel que nous devons l'étude la plus complète sur l'emploi de cet agent (1882).
Dans le service de Schede, la solution à 1 millième ne tarda pas à se substituer à la solution à l/5000« moins puissante. Sur près de 200 malades on ne constata aucune intoxication. Deux sujets seulement présentèrent un peu de salivation et une diarrhée bien vite réprimée, mais ils étaient profondément cachectiques. La solution j)héniquée à 5 pour iOO n'était utilisée que pour le sprmj et pour le lavage des instruments que le sublimé attacjue même s'ils sont nickelés. Employée pour l'irrigation des plaies pendant l'opération, pour le lavage des salles, pour le nettoyage des mains, la solution mercurielle n'offre d'aulre inconvénient que d'anesthésier légèrement les doigts du chirurgien; mais jamais elle n'occasionne d'eczéma, d'irritation ou d'inflammation des plaies. Il n'en est pas de même de la gaze et de l'ouate au sublimé. Elles sont fortement irritantes, si elles contiennent plus de 0,5 pour 100 de sel mercuriel. Dans la formule donnée par l'auteur, la proportion n'est que 0,2 pour 100. La soie pour ligatures est cuite pendant deux heures dans une solution à 1 pour 100 et conservée dans une solution à 0,1 pour 100. Quant au catgut, trempé pendant douze heures dans une solution aqueuse de sublimé à 1 pour 100, il est ensuite enroulé, puis conservé dans une solution alcoolique à 0,5 pour 100 avec 10 pour 100 de glycérine. 11 offre alors toutes les garanties désirables, même s'il provient d'un animal mort du charbon. De l'huile à 1 pour 100 de sublimé est un antiseptique aussi puissant que l'huile phéniquée.
Bien qu'Esmarch et Neuber se soient également servis de la solution de sublimé au millième pour la désinfection des plaies et des matériaux de pansement, nous croyons avec De Santi (1853) que cet agent toxique ne doit entrer dans la pratique courante que quand ses avantages et son innocuité seront mieux démontrés.
Mais pour Kummel le sublimé est une des bases de son pansement anorganique. Des matériaux anorganiques sont seuls, en effet, capables de supporter
la température suffisante pour détruire les germes ou l'action des acides minéraux concentrés. On se sert dans ce but de poudre de verre, ou de sable blanc de quartz, plus aisé à se procurer et plus facile à rendre aseptique. Dans ce but, après l'avoir passé au crible fm et cliauffé pendant plusieurs beures au charbon, en vase couvert, on le mêle aussitôt refroidi avec une solution éthérée de sublimé et on l'enferme dans des flacons bouchés à l'émeri. Dix grammes de sublimé dans 100 grammes d'éther suffisent, par une longue agitation, pour imprégner 10 kilogrammes de sable chauffé. A cette dose l'antisepsie est assurée. Au microscope les particules de sable se montrent couvertes de cristaux de sublimé.
Mode d'emploi. Avec ce sable on saupoudre les lèvres de la plaie, puis on recouvre de quelques couches de gaz au sublimé et on fixe le tout avec des bandes de mousseline. Le papier imperméable nuirait à la formation de la croûte ; l'ouate est rarement utile. Un tel pansement peut rester des semaines en ayant soin de l'emplacer les couches de gaze salies, d'arroser superticiellement avec la solution mercurielle et de renouveler le sable manquant. Même si Ja gaze est odorante, la plaie reste aseptique, car le sable très-absorbant la maintient presque sèche. Chassé par les granulations et la cicatrice, il laisse la plaie guério ou presque guérie, et son st^our n'y serait pas nuisible. Au reste, la sécrétion est si minime, que par-dessus le pansement on a pu appliquer un appareil plâtré, et le laisser en place deux et trois semaines sans aucun inconvénient.
Veut-on réunir la plaie par première intention? Pour empêcher le sable de s'introduire entre ses lèvres, on la recouvre d'une couche mince d'une matière fine, auorganique, la charpie Une de verre filé. L'écoulement des sécrétious est assuré par le drainage de verre capillaire, et le tout recouvert de sable, de gaze sublimée, est fixé par des bandes de mousseline.
Cette méthode convient aux plaies opératoires des extrémités, oiî une compression puissante n'est pas nécessaire et oii les parties reçoivent uu soutien suffisant des os sous-jacents (abcès, évidements, amputations, etc.).
S'ils ne deviennent insupportables par leur poids, des coussins formés par des bourses de colon désinfectées et remplies de sable au sublimé peuvent être placés sur les plaies et laissés jusqu'à guérison. Ou peut également remplir ces coussins de cendres de bois, ou mieux de cendres de charbon de terre moins coûteuses. Débarrassées de leurs impuretés, ces dernières donnent des coussins malléables et beaucoup plus légers.
Coton ou charpie de verre. Cette charpie est blanche, ses fibres trèsminces et flexibles. Elle est facile à désinfecter par des agents chimiques. Trempée dans une solution de sublimé à 1 pour 100, elle est appliquée humide ou presque sèche sur la plaie, eu couches minces. Elle sert de protective aux plaies réunies et empêche le sable d'y pénétrer sans limiter son pouvoir d'absorption et sans amener d'irritation de la plaie.
Drains de verre capillaire. Ils sont formés par de la soie de verre repliée et trempée dans une solution de sublimé à 1 pour 100. On en trouve de quatre grosseurs. Toujours il est possible de les enlever complélement d'un seul coup, car ils ne se coudent j:iraais, quelle que soit la profondeur de la plaie, et la cicatrisation se fait derrière eux. S'il est nécessaire de faire des injections dans un foyer, on place à côté du drain capillaire un tube de verre qui permet le passage du liquide. Ces drains ne conviennent qu'aux cas où les sécrétions sont
très-liquides, car avec le pus et le sang leur action est rapidement arrêtée. Il est juste de dire que, le sang étant d'habitude rapidement résorbé, son écoulement n'est pas une contre-indication lormelle à l'emploi de ce mode de drainage. On voit également, sans que la réunion immédiate en soit empêchée, se former des amas de fluide séreux, peut-être de lymplie, qui disparaissent quand on renouvelle le pansement.
A quel moment enlever les drains capillaires? En moyenne le septième ou le huitième jour dans les petites plaies. Les premiers jours ils sont très-adhérents, etKummel, après le quatorzième jour, dut pour les retirer employer une fois la cuiller tranchante. S'il s'agit de grandes amputations, de fractures compliquées, on laisse en place drains et pansement pendant dix à quatorze jours, sauf souillure de l'appareil par l'urine et les matières fécales.
Avec cette méthode on ne voit pas d'inflammation. La température du soir n'atteint que rarement 39 degrés, et la réunion primitive est plus sûre qu'avec le Lister. Quand on enlève le premier pansement, le coussin supérieur est sec, le coussin inférieur plus ou moins Immide par du sang et de la sérosité, la ligne des sutures à peme visible. Les tubes enlevés, on asperge avec la solution mercuriclle, puis on panse avec l'ouate sublimée ou les coussins de cendres. Si la réunion immédiate complète est impossible, on se sert de sable, en recouvrant les ouvertures avec du coton de verre. Au contraire, si le drainage est inutde, on laisse le premier pansement jusqu'à la guérison.
Les drains de verre sont placés avant les sutures. Dans les longs trajets on les introduit avec la pince de Billroth ou avec une sonde d'argent. Conmie le colon de verre, lavés à l'eau bouillante, puis désinfectés avec l'acide sulfurique ou le sublimé, ils peuvent être utilisés de nouveau. Le prix du coton anorganique est tombé de 375 à 40 francs le kilogramme; 1 mèti^e du drain le plus épais ne coûte que 0'''',40 centimes et le plus mince O^SùO à 15 centimes.
Les autres matières ne sont pas plus coûteuses. Cent litres de solution de sublimé à 5 pour 100 reviennent à 13^', 75; le sublimé vaut environ 7''%50 le kilogramme; le sable ne coûte presque rien; la gaze revient à 0f'',25 le mètre; un coussin de cendre de 25 kilogrammes à 10 centimes seulement. Les pansements étant très-rares, on voit que la dépense est très-minime.
Kûmmel considère les pansements anoigauiques comme devant être très-avantageux dans la chirurgie d'armée, en raison du transport facile du sublimé et de sa puissance antiseptique près de cent fois plus grande que celle de l'acide phénique à poids égal. Le sable est facile à se procurer et à chauflêr, et à défaut d'élher une solution mercurielle concentrée, aqueuse, suffit pour le rendre aseptique. Une bande et un manchon désinfectés compléteront le pansement. Dans les lazarets, après les grandes opérations on utilisera les coussins de cendre; enfin le coton et les drains de verre désinfectés et bouillis peuvent servir indéfiniment.
L'expérience ne permet pas de prononcer sur celte application du pansement anorganique, mais les résultats obtenus à l'hôpital sont lavorables à la méthode et méritent d'être signalés : 23 résections osseuses comptent 15 guérisons avec 5 pansements au plus; 2 récidives; pas de réunion immédiate dans 7 cas; 5 opérés encore en traitement Sur 33 amputations dont 16 de doigts, nous relevons : 29 guérisons sans fistules et sans suppuration; 1 mort, 3 suppurations. La herniotomie donne sur 14 cas : 8 guérisons en six-douze jours, sans suppuration, et 3 morts. Pas un décès dans 43 extirpations de tumeurs et 28 réunions
primitives sous 2 pansements; pas un de'cès dans 55 ostéotomies et nécrotoraies dont 9 de Maeewen. Aussi heureux sont les résultats de 16 iVactures ou luxations compliquées dont 6 en traitement; de 46 blessures ou opérations diverses et de 10 ouvertures ou curages d'abcès.
Bruns, malgré sa facilité d'exécution, n'a pas retiré du pansement anorganique de Schede les bons résultats espérés. Son élève Walclier constate que les coussins de cendre deviennent durs et blessants, qu'ils sont sales, absorbent mal et prennent rapidement par les sécrétions de quelques plaies une odeur de putréfaction repoussante. Le sable au sublimé forme parfois avec les liquides sécrétés des croûtes d'une dureté pierreuse, il blesse les granulations par ses aspérités et retarde ainsi la guérison des plaies. De leur côté les drains de verre, au lieu de donner passage aux liquides, amènent au dehors un mélange de sang et d'éléments des tissus. Enfin le coton de verre se plisse, s'étend sur les bords des plaies et les maintient sales; il pénètre dans leur cavité, plus tard dans les bourgeons charnus, et ne peut eu être détuché que difficilement el; par déchirure. Il ne convient donc que pour le pansement des plaies l'éunies immédiatement par la suture. Bruns rejette également l'emploi de la tourbe et de la mousse parce qu'en se desséchant ces matières pei'dent leur pouvoir absorbant.
A la clinique de Tûbingen on a remplacé ces substances par de la sciure de bois (Ilolzstoff), humide, obtenue par le broiement entre des pierres à aiguiser comme on la prépare dans les fabriques de papier. La meilleure est la sciure de sapin ordinaire qui ne renferme presque pas de parties dures et qui, même à l'état sec, conserve son pouvoir d'absorption. De multiples expériences montrent que, à ce point de vue, pour le sérum du sang comme pour l'eau, la sciure de bois possède le premier rang, laissant bien loin en arrière la gaze, l'ouate dégraissée et la jute.
La sciure employée à Tûbingen est tirée de la fabrique de matériaux de pansement de Hartmann à Heidenheim. Elle est humectée avec 5 à 10 pour 100 de glycérine et 0,50 pour 100 de sublimé corrosif. Pour en faire des coussins on se sert d'une sorte de feutrage de bois mince et de fibres de jute au lieu de gaze. Walcher vante son grand pouvoir absorbant, son état spongieux, qui permet l'évaporation des liquides, sa légèreté, son élasticité, qui permet une compression énergique, enfin son bon marché. Le kilogramme de coton de bois au sublimé, tout préparé, ne coûte chez les grands fournisseurs que 64 pfenigs.
Le pansement se pratique comme suit : sur la plaie réunie on étend une couche très-mince de coton de verre trempé dans la solution de sublimé, dessus un petit coussin de coton de bois recouvrant la blessure, puis un gros coussin recouvrant la plaie en son milieu où il est le plus épais et s'amincissant sur les bords, le tout fixé par une bande de mousseline fortement serrée. Pas d'imperméable.
La marche des plaies sous ce pansement approche de l'idéal. Habituellement la température reste normale, tout au plus atteint-elle 58", 5 dans le rectum. C'est au sublimé employé pendant l'opération et contenu dans les coussins que Walcher attribue ces résultats excellents ainsi que la préservation contre l'érysipèle. Employé chez 180 blessés, dans l'espace de cinq mois, ce pansement n'a été suivi d'accidents qu'une seule fois et chez un malade difficile à soigner. Six décès sont dus à des causes indépendantes des plaies : 2 méningites tubercu-
leuses, 2 occlusions intestinales non levées, 1 cancer métastatique, l'épuisement. L'expérience clinique lui est donc favorable jusqu'ici, mais elle demande à être prolongée.
Pansement rare de Neuber. Un des inconvénients les plus graves de la méthode de Lister, inconvénient qu'il est impossible de ne pas reconnaître, c'est la nécessité de renouveler plusieurs fois le pansement dans les premiers jours qui suivent l'opération ou le traumatisme. Le repos absolu est une des conditions unanimement reconnues comme favorisant la cicatrisation rapide des plaies. Aussi nous trouvons très-naturel que l'on ait cherché un mode de pansement plus durable et que l'on ait modilîé sous ce rap[)ort le mode de faire du chirurgien anglais. Neuber, privat-docent à l'Université de Kiel, a tenté de résoudre ce problème. Dans un premier travail (1879), il cherche à démontrer que l'hémostase artificielle n'est pas un obstacle à l'emploi des pansements rares et que l'hémorrhagie parenchymateuse qui la suit peut être réduite à fort peu de chose. La sécrétion de la surface de la plaie est aussi trop peu considérable pour obliger au renouvellement de l'appareil. Dès 1879, en appliquant luimême le premier pansement avec tout le soin possible, Neuber pouvait le laisser dix-sept jours en place, dans une amputation de la cuisse. Sauf le trajet des drains et des sutures, la plaie était complètement guérie. Il ne s'agissait donc que de trouver pour les sutures et le drainage une substance résorbable. Le catgut remplit cette condition pour les sutures.
Le drainage n'exige pas seulement une substance résorbable, il faut encore que sa résistance soit suffisante pour permettre, pendant les premiers jours, l'écoulement des liquides sécrétés par la plaie. Les plumes d'oie, une mince lame d'or, la gélatine, le catgut tressé, la colle forte, des portions de vessie, d'artères, d'intestin, de trachée, ne lui ont donné que des résultats imparfaits ou nuls. Les tubes d'os décalcifié ont seuls réussi, et l'auteur rapporte 56 cas assez probants, bien qu'il compte 4 décès sur ce petit nombre de faits et 8 suppurations. Il est certain que, le modus faciendi n'étant pas fixé, bien des fautes de technique ont été forcément commises, et ces défauts ont permis l'accès de l'air et la décomposition des sécrétions. Aussi, dans les 20 derniers cas, la suppuration ne fut jamais observée après la levée du premier pansement. 24 lois sur 36 il n'y eut aucune fièvre ; dans 8 cas on constata de la fièvre aseptique peu intense, 8 fois la guérison était absolue au premier pansement; ailleurs presque complète, sauf sur le trajet des drains. L'espace occupé par ces derniers est rempli de bourgeons charnus qui s'accolent rapidement et les trajets sont fermés en quelques jours.
Les drains sont de deux espèces, marquées par une étiquette noire pour l'une, bleue pour l'autre. Chaque espèce a 4 grosseurs différentes et un calibre de 6 millimètres, 5, 4 et 5 millimètres pour les numéros 1, 2, 3 et 4. L'épaisseur de la paroi est pour les drains noirs : numéros 1 et 2 de l'"'",50 ; numéros 3 et 4 de 1 millimètre. Pour les drains bleus l'épaisseur de la paroi n'est plus que de 0'""%75 et 0""%50. Ces tubes taillés dans des os de bœuf ou de cheval sont plongés pendant dix heures dans une solution d'acide chlorhydrique 1 : 2, puis placés dans une solution phéniquée à 10 pour 100, où s'achève leur désinfection. Un séjour moins prolongé dans la solution chlorhydrique donne aux drains plus de résistance à l'absorption, ce qui convient dans certaines opérations. 11 en est de même de l'épaisseur de leur paroi. Une épingle de sûreté traversant la partie extérieure du tube l'empêche de s'enfoncer
dans la plaie. Il ne faut pas se servir de fds de soie, ils coupent rapidement les drains.
Nous n'avons pas à étudier en détail le mode de résorption de ces tubes. Dans une plaie récente ils sont déjà fort ramollis du troisième au cinquième jour, et vers le septième ou le huitième ne loiment plus qu'une masse gélaliniforme qui disparaît vers le dixième jour. A ce moment la partie extérieure du drain, plus ou moins rongée, se trouve perdue dans le pansement, entourée de la sécrétion concrète qui s'est écoulée par lui. Celte z'ésorption varie avec les tissus et l'élat des parties, pour les plaies suppurantes elle est toujours plus hâtive. La rapidité (quatre, cinq jours) avec laquelle disparaissent les tubes à minces parois doit les faire réserver pour les plaies à réunion facile et très-peu sécrétantes. Comme longueur, les drains seront courts, multipliés au besoin. Après que leur canal s'est fermé par leur aplatissement, ils agissent encore connne des mèches pour conduire au dehors les liquides sécrétés.
La technique du pansement est ainsi décrite par l'auteur. Nous plaçons directement sur la plaie des morceaux de gaze qui sont fixés par des bandes de gaze phéniquée. Cette gaze ne doit pas être ménagée, car elle a pour but d'envelopper complètement la blessure en la comprimant régulièrement et d'égaliser toutes les saillies au pourtour, puis d'absorber les liquides sécrétés. Elle dépasse la plaie de une à deux largeurs de main et est épaisse de 1 à 2 doigts pour assurer l'antisepsie. Si quelques inégalités existent encore, on les comble avec de l'ouate sahcylique et l'on maintient le tout par des bandes de gaze.
Par-dessus, les huit feuilles de gaze de Lister, avec interposition de papier huilé entre la septième et la huitième. Celle-ci doit dépasser la blessure de trois à cinq travers de main et sera doublée à son pourtour d'une feuille d'ouate épaisse d'un pouce. Des bandes de gaze phéniquée, une bande élastique comprimant également, enfin un appareil immobilisant, complètent le pansement. Il est donc en même temps antiseptique, compressif et contentif. Les soins apportés à l'hémostase, au pansement, l'absence d'irritation, contribuent à diminuer la sécrétion et permettent le séjour prolongé de l'appareil. Si cependant on prévoit une exsudation abondante, mieux vaut, le deuxième jour, défaire le pansement, désinfecter les pièces profondes sans les enlever, puis remplacer les parties superficielles.
Aux avantages du pansement listérien cette méthode joint le grand mérite d'assuier le repos de la plaie et parla le travail de cicatrisation, de diminuer les chances d'infection extérieure. Bien que son emploi dans les régions de l'aîne, du scrotum, du périnée, du cou, ne soit pas très-aisé, il paraît susceptible d'y rendre d'excellents services.
Dans un second mémoire (1880), Neuber constate jue sur 123 opérations la fièvre aseptique n'est signalée que 15 fois, soit 12 pour 100, alors que V^olkm mn accuse 60 pour 100. Au lieu de gaze chiffonnée, il place directement sur la plaie un coussin de gaze phéniquée rempli de jute phéniquée, de forme quadrangulaire et de dimensions convenables. Ces coussins sont moins chers qu'un poids égal de gaze et facilitent la compression, qu'on fait avec une bande de caoutchouc de 3, 5 mètres de long, sur 10, 12 centimètres de largeur et 1/2 millimètre d'épaisseur. Ces bandes se nettoient facilement et possèdent une élasticité extraordinaire. Quand on craint un épanchement sanguin interstitiel, il faut par-dessus le coussin placer une couche de gaze épaisse et exercer une forte compression.
A l'hôpital militaire de Nicolaï, Weljaminow pratique le pansement de la façon suivante : il lave la plaie avec la solution de chlorure de zinc à 8 pour 100 pour arrêter le sang, place des drains osseux, suture la plaie et désinfecte superficiellement avec une solution phéniquée à 5 pour 100, puis il recouvre la plaie d'un fort coussin d'étoupe phéniquée et d'une feuille de papier paraffiné. Le tout est fixé par des bandes de calicot trempés dans une solution phéniquée. Ce pansement reste de huit à vingt jours en pli\ce.
Pour remédier au défaut de réunion que cause parfois la non-résorption des drains, Neuber a tenté de livrer issue aux sécrétions des plaies, en perforant 1» peau avec un emporte-pièce de trous plus ou moins rapprochés. Cette manière de faire convient surtout dans le cas de lambeaux exclusivement cutanés, et l'on enlève la graisse, si elle menace d'obstruer ces ouvertures. Parfois on combine les drains et les perforations et l'on obtient ainsi le repos des parties. Neuber donne la statistique de 81 cas où son pansement fut appliqué. Nous y relevons : 32 extirpations de tumeurs avec 2 morts; 27 guérisons sous le premier pansement. Dans 5 cas, il plaça des drains résorbables seuls ; dans 13 cas il y joignit des perforations, 10 fois il se contenta de trous à la peau et 4 fois enfin la plaie fut hermétiquement close. Les nécrotomies (6), les amputations et désarticulations (12), les résections (13), ont donné, naturellement, moins de guérisons rapides.
Dans l'avenir, dit le chirurgien de Kiel, la question de la dérivation des sécrétions, dans les plaies traitées par les pansements durables, sera, je crois : 1° ni drainage, ni perforations de la peau, mais une fermeture exacte de la plaie par la suture, dans les plaies superficielles, petites et plates ; 2° perforations de la peau dans les plaies plus grandes des parties molles, telles que, placées profondément sous la peau dans la plus grande yjartie de leur étendue, elles puissent, en huit à dix jours ou moins, guérir par première intention ; 3° drains résorbables parfois avec canalisation ou perforations cutanées, dans les blessures dont la guérison exige des semaines (grandes résections, tumeurs profondes) ; 4° drains de caoutchouc, parfois avec drains résorbables et perforations de la peau, dans les plaies qui, bien qu'aseptiques, doivent forcément suppurer (désarticulation de la hanche pour carie, extirpation de tumeurs suppurées, etc.).
Comme modification ultérieure du pansement durable, nous pouvons citer encore l'emploi de deux coussins superposés ; l'un profond de 55 centimètres de côté, sauf pour le cou, l'autre superficiel de 50 centimètres sur 40 ou de 60 sur 50. La peau doit être parfaitement nettoyée jusqu'aux limites du pansement, rasée, savonnée, lavée avec de l'élher, puis avec la solution phéniquée à 5 pour 100. Si la plaie est ouverte, on la protège par une feuille de proteclive ou de papier au thymol ; si elle est fermée par suture, le petit coussin la recouvre immédiatement. Des sections faites sur les bords permettent l'exacte application de ces coussins de gaze ou de jute phéniquées, maintenus par des tours de bande apprêtée. Si dans les trente-six heures l'appareil est traversé par la sécrétion séro-sanguine, on enlève le coussin extérieur, on désinfecte l'intérieur avec la solution à 5 pour 100, puis on replace un grand coussin. La tache est-elle petite, on se contente de désinfecter énergiquement la partie traversée et on la recouvre d'ouate phéniquée. Des douleurs, une fièvre septique ou de nature douteuse, l'odeur infecte, le mauvais état général, font prévoir des modifications locales qui nécessitent l'ouverture du pansement et l'examen de la plaie. Les coussins
enlevés après douze jours ne contiennent plus trace d'acide phénique, il faut donc les arroser tous les deux ou trois jours avec la solution phéniquée à 5 pour 100.
Pauly, de décembre 1879 à juillet 1881, a relevé 597 opérations pratiquées à la clinique chirurgicale de Kiel, et suivies de l'application du pansement durable. 11 ne compte que 7 décès sur ce nombre considérable, soit 1,7 pour 100. Cette statistique comprend : 146 extirpations de tumeurs avec 3 morts, 61 résections dont 19 du genou; 51 amputations avec 1 décès; 10 désarticulations dont 3 de la hanche avec 2 morts; 26 évidements, 12 grandes plaies; 21 abcès froids; 13 élongations nerveuses avec 1 décès par tétanos; 8 herniotomies et enfin 49 allections chirurgicales diverses comprenant les fractures compliquées. Des 7 décès observés, aucun ne peut être imputé à la septicémie.
Pendant que Schede se sert de la cendre pour fabriquer ses coussins antiseptiques, Kùmmel du sable et du coton de verre, Bruns de la sciure de bois, Ilagedorn après Mielk et Leisrink conseille l'emploi de la mousse desséchée. Base de la tourbe, la mousse absorbe mieux les humidités et, sèche, elle donne comme matière de pansement de très-bons résultats. Le chirurgien allemand se sert de mousse prise dans les bois, au milieu de l'hiver, sous la neige et la glace, Leisrink de mousse de marais. Une fois triée et séchée, on la porte pendant quelques heures à une température de 105 à 110 degrés. Sans autre désinfection elle sert à fabriquer des coussins que l'on enveloppe de gaze épaisse, pour que la mousse ne puisse s'échapper et que ses tiges n'irritent pas la peau.
Après une opération, sur la plaie drainée, suturée, comprimée, et pendant qu'on l'irrigue avec une solution de sublimé, Hagedorn place une couche de gaze sublimée à 1 pour 1000. Faisant alors cesser l'irrigation, il place un petit coussin de mousse qui recouvre et comprime le champ opératoire, puis pardessus un large coussin. Le tout est fixé par une forte bande de gaze. Le côté du coussin dirigé vers la plaie est arrosé avec la solution de sublimé, mais il n'entre dans le pansement aucun tissu imperméable. Il n'y a donc pas occlusion et l'air entre librement entre les diverses pièces. La mousse absorbe avidement les sécrétions dès leur sortie, elle ne les disperse pas. Si la plaie est petite, souvent les coussins ne sont pas traversés par les liquides. Est-elle considérable, la mousse est traversée après douze, vingt-quatre, au plus trente-six heures. Quand la sécrétion cesse, il devient inutile de renouveler le pansement. Si les coussins sont peu tachés, on les lave au sublimé et on renouvelle seulement le petit et le plus profond. Habituellement il peut rester en place six à huit jours. Après 2 ou 3 pansements, ou bien la plaie est complètement cicatrisée, ou bien elle est granuleuse et ne tarde pas à se fermer. Il n'est pas rare que la guérison se fasse sous un seul pansement. L'air enlevant les parties liquides, le pansement durcit par le dessèchement des sécrétions, mais la plaie reste toujours propre et sèche. Ce n'est que fort rarement qu'on utilise les drains d'os décalcifiés; ils reviennent plus cher que tout le reste de l'appareil.
Comme pour toutes les blessures récentes pansées au sublimé, on n'observe ni érysipèle, ni septicémie. Hagedorn croit sa méthode excellente pour la chirurgie d'armée, car la mousse aussi bien que la gaze employée pour la confection des coussins sont aisément et à peu de frais désinfectées avec une solution de sublimé. Les avantages de ce pansement sont : 1° le très-bon marché de la mousse et la facilité àp se la procurer partout. En dehors des frais de récolte
et de nettoyage, sa valeur est presque nulle. Le mètre cube, en Saxe, ne vaut que oO pfenigs, transport non compris ; 2» le pouvoir d'absorption supérieur même à celui de la tourbe; 5° les coussins de mousse donnent une matière de pansement molle, légère et t^-ès-élaslique. lis se moulent sur toutes les parties et conviennent particulièrement pour la compression des lèvres des plaies; ¥ sous le rapport de la propreté, ce pansement est supérieur à la tourbe et vaut le Lister ; 50 pour les pansements durables, la mousse se comporte comme la tourbe, elle absorbe comme elle beaucoup de sécrétions et dessèche l'air qui traverse le pansement; 6» les propriétés antiseptiques n'appartiennent pas à la mousse, elle lui sont données avec peu de peine et à peu de frais par le sublimé. A Magdebourg, Schrœder en fournit en hiver à 2 marcs le sac.
Dans la discussion qui suivit la communication d'Hagedorn au Congrès des cliiruigiens allemands, Esmarch et Thiersch se montrèrent partisans de la tourbe, dont le bon marché et les propriétés antiseptiques sont hors de doute. Thiersch constate que dans la gangrène par congélation, pendant que l'ouate, la gaze, la jute, doivent être rapidement renouvelées, la tourbe peut rester en place jusqu'à ce que, soit établie la ligne de démarcation. Fehleisen dans des expériences avec le sérum du sang montre que, si la tourbe absorbe 8 à 9 fois son poids d'eau, la gaze de Bruns en absorbe 180 pour 100, la gaze au sublimé 160 pour 100; la jute 110 pour 100. Les cendres et le sable restent en arrière, la mousse est inférieure à la tourbe. Mais c'est sans doute par erreur, étant donné ces chiffres, que le chirurgien allemand en conclut à l'infériorité de la tourbe. Dans l'appréciation d'un pansement la clinique doit rester seule juge et les expériences ne viennent qu'en second ordre. En ce qui concerne la valeur relative de la mousse, du sable, de la tourbe, la question reste en suspens jusqu'ici.
Pansements avec les poudres antiseptiques. Dans une très-intéressante étude sur les évolutions récentes des pansements antiseptiques, notre collègue, le docteur de Santi, après avoir montré les vicissitudes subies par l'iodoforme, s'exprime ainsi : « Si l'emploi de l'iodoforme nous a valu une déception, cela n'a dépendu que d'une circonstance fortuite, le pouvoir toxique de l'agent employé, mais le principe n'en a pas moins été démontré que des antiseptiques solides, introduits dans les plaies à l'état de poudre ou de parcelles cristallines, non-seulement sont tolérés et n'entravent par la réunion immédiate, mais encore favorisent la marche aseptique des plaies ». Ce n'est pas d'aujourd'hui que datent ces pansements, et depuis des siècles l'argile, la tourbe, le tan, la sciure de bois, ont été employés dans le traitement des plaies. La poudre dî Corne et de Demeaux, le pansement de Beau, se rattachent à cette méthode que l'on semble vouloir reprendre actuellement. Thiersch saupoudrait les plaies avec de l'acide salicylique pur ou contenant 3 parties d'amidon. Au dire de Lange, ce mode de traitement est irritant et accroît la suppuration. Dans la guerre turco-serbe, on dut bientôt l'abandonner. Cependant Hans Schraidt (1882) en fait le plus grand éloge dans les pansements consécutifs aux nécrotomies. Toute la cavité laissée par l'extraction du séquesti'e est remplie de poudre salicylique et, bien qu'on soit allé jusqu'à 40 grammes, aucun trouble de la santé, aucun accident n'a jamais été observé. Le premier pansement reste en place huit à quatorze jours ; le suivant peut y rester pendant cinq à six semaines, c'est-à-dire jusqu'à complète guérison.
Après Corne, après Beau (de Toulon), Duchêne (de Gisors) emploie le charbon
végétal, mais il l'enferme dans un coussin qui recouvre la plaie et le membre par-dessus de la charpie désinfectée. Le coussin est fixé par des bandelettes imprégnées de baume du Commandeur et forme ainsi un pansement antiseptique durable. Il en est de même de la sciure de sapin que conseille Porter, préférablement au coton salicylé (25 pour 100) ou chloré (1 de perchlorure de fer pour 3 de chlorure d'aluminium). Cette sciure est enfermée dans un sac non trop dur de gaze ou de mousseline un peu plus large que la plaie. On enlève toutes les impuretés de la sciure et, au besoin, on protège la plaie avec une pièce de lint huilée et trouée. Le chirurgien anglais avait eu l'idée de se servir de sciure d'eucalyptus, ou d'imprégner la sciure ordinaire des coussins d'une solution d'eucalyptus ou de térébène, puis de les faire sécher. Malgré l'avantage probable de ces antiseptiques, il y a renoncé pour ne pas compliquer le pansement.
A côté du camphre, du tannin, de la poudre de quinquina, dont la puissaiice antiseptique n'est pas douteuse, on s'est également servi de substances inertes. Kocher s'est servi du sous-nitrate de bismuth, mais nous ne connaissons pas les résultats de sa pratique.
En 1877, Port, guidé, dit-il, par une publication du docteur Scbleiffer, conseille pour les pansements du temps de guerre un mélange de gomme arabique et d'acide borique, salicylique ou benzoïque. Une couche de 1 millimètre suffit pour rendre les plaies antiseptiques, et l'on peut remplacer l'amidon par une poudre inerte : amidon, craie, etc. 11 a fait des essais sur le mélange des antiseptiques les plus variés avec des poudres inertes, leur action sur les microbes, les moisissures. En 1880, Port reprend la question, montre la supériorité de l'acide phénique et conclut à l'emploi d'une poudre antiseptique phéniquée. Un mélange de la solution phéniquée à 5 pour 100 avec une poudre calcaire donne une matière pulvérulente, dont 200 grammes servent pour imprégner 100 grammes de jute ou de charpie sèche, soit 10 pour 100 de chaux phéniquée. Celle-ci conserve très-bien la viande, même à 5 pour 100, et ne perd que trèspeu de son pouvoir antiseptique.
En campagne, elle est plus facile à préparer que la gaze de Bruns, n'exige pas d'alcool, s'emploie sèche ou humide, se conserve sans boîtes. Sur les plaies, on l'adoucit par son mélange avec une poudre indifférente quelconque qu'on mélange avec le doigt ; elle favorise la formation d'une large croûte.
Les expériences de Port lui ont montré que l'alun, le salpêtre, le chlorure de calcium, ne sont pas des antiseptiques. Le sous-chlorure et le chlorure de potassium, l'argile acétique, n'offrent pas de sécurité même à doses élevées. Douteux sont les sulfates de fer et de cuivre; très-antiseptique, au contraire, l'argile sulfuriquc à 25 pour 100 et le sulfate de zinc à 30 pour 100. Les chlorures de zinc, de cuivre, de magnésium, sont antiputréfiants de 12 à 15 pour 100; les chlorures de fer, d'alumine, de manganèse, à 10 pour 100; les chlorures de chaux et de soude, seulement à 25 pour 100. Aucune de ces solutions n'empêche le développement des moisissures. Une partie de ces sulfates et chlorures métalliques, faciles à se procurer en grande quantité et à peu de frais, peuvent remplacer l'acide phénique eu cas de nécessité, pour imprégner des poudres inertes.
Bruns s'est servi de sa mixture phéniquée pour obtenir une poudre calcaire antiseptique destinée aux pansements du champ de bataille. Nous rappelons que sa mixture contient pour 100 parties : 200 d'acide phénique, 400 de colophane, 250 d'alcool et 150 de glycérine. Mélangée avec la chaux décarbonatée,
(calcaire carbonalé précipité delà pharmacopée), dans la proportion de 1 pour 8 de poudre, elle donne une poudre antiseptique très-fine, sans grumeaux, contenant 2 pour 100 d'acide phénique. La plaie nettoyée, on y projette avec un soufflet une touche de la poudre, par-dessus de la jute phéniquée, puis de la poudre et de la jute alternativement. Une ctolfe imperméable et une bande de gaze coniplèlent le pansement. Si la plaie est réunie, un carré de protective met les sutures à l'abri. Employée à l'hôpital, celte poudre ne se détache même pas des ulcères de jambe pendant la marche. Au-dessous, les bourgeons se développent et la cicatrisation sous-crustacée suit sa marche naturelle. Ce pansement convient surtout à la chirurgie d'armée.
Kûmmel, malgré les bons résultats donnés à Neuber par la tourbe, en rejette l'emploi parce qu'elle contient des substances organiques et des germes de bactéries. Après des essais multiples, il s'est arrêté à un mélange de 3 parties d'acétate d'alumine avec 7 parties de charbon de bois finement pulvérisé, chauffé à blanc pour assurer sa désinfection. Si l'on fait un mélange à parties égales, il en résulte une cautérisation légère. Si l'on diminue l'alumine, la croule persiste plus longtemps sans empêcher l'antisepsie. Piéparé à li'ssen, l'acétate d'alumine est légèrement soluble et possède un pouvoir antiseptique énergique. Eu solution de 3 à 5 pour 100, il constitue un excellent désinfectant chez les enfants et dans les cas où l'intoxication phéniquée est à craindre. Pour les pansements avec enveloppement, il suffit de 0,5 à 3 pour 100. Dans les plaies non réunies, on dépose une couche épaisse de poudre que l'on recouvre de quelques doubles de mousseline et d'un morceau de papier parchemin. Le premier pansement peut souvent rester une à deux semaines en place; les petites plaies guérissent sous celte croûte.
Pansements a la tourbe (Neuber). Hewson (de Philadelphie) pansait ses amputés avec de la terre; Groven avec de l'argile jaune séchée, pulvérisée, tamisée, appliquée directement sur la plaie et recouverte d'un papier bleu d'épicier, dont les bords mouillés adhèrent à la peau. Dans les dernières années, Neuber, assistant d'Esmarch à la clinique de Kiel, a fait de nombreux essais avec la poussière de tourbe bianehe pulvérisée, arrosée avec parties égales d'eau phéniquée. Prahl et Gaftky ont étudié, le premier la composition anatomique, le second les propriétés antiseptiques de cette matière. Suivant Prahl, la tourbe de mousse serait la meilleure. D'après Gaftky, la tourbe renferme des germes développables d'algues et de bactéries; elle ne possède pas de qualités germicides ou bactéricides; elle n'est pas un moyen de désinfection et ne possède pas de propriétés antiseptiques. Mais, si elle n'empêche pas le développement des organismes inférieurs contenus dans les liquides avec lesquels on l'humecte, elle peut le retarder jusqu'à un certain point. Du reste, ces conditions ne l'empêchent pas d'être un excellent moyen de pansement.
Instruit par un cas fortuit, Neuber constate que la tourbe absorbe 9 fois son poids d'eau, qu'elle absorbe également le sang, le pus, les liquiiles organiques, qu'elle les désinfecte et en empêche la décomposition pendant un temps plus long que ne le font l'ouate, la jute ou la gaze phéniquées ko pour 100. Aux coussins d'ouate ou de jule phéniquées ou ioioformisées qui constituent son pansement durable (Dauerverband) il substitue des coussins de tourbe iodoforraisée et phéniquée, formés par des sacs de gaze non blanchie, trempés dans une solution carbolique à 5 pour 100. Le petit coussin, mis au contact de la plaie, contient de la tourbe phéniquée, puis 10 d'abord, plus tard 5, enfin 2,5 pour lOQ de
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poudre d'iotloforme. Le coussin supérieur renferme simplement de la poudre phéniquée de tourbe. Ayant lavé la plaie avec la solution pliénicpiée à 2,5 pour 100, ou au chlorure de zinc à 8 pour 100, suturé au catgut et placé des drains lésorbables, on fait les perforations ciitanées convenables, on recouvre la plaie avec le petit coussin, celui-ci avec le grand, et l'on fixe le tout avec une bande de gazfi.
Dans son premier mémoire (1881), Neuber donnait les résultats suivants : guérison sous un seul pansement, 23, dont 22 sans suppuration. A la levée du premier pansement, plaies superficielles bourgeonnantes ou fistules rapidement guéries, 22, dont 10 sans suppuration et 12 avec suppuration légère. Guérison après plusieurs pansements et en traitement, H. Sur ces 66 eus, on compte : 7 résections ou ostéotomies, 7 évidements, 5 amputations, 12 ablutions de tumeurs, 6 séquestrotomies, 7 élongations nerveuses, 5 abcès. De 55 blessés, 31 n'eurent aucune réaction, 1 1 de la fièvre aseptique, 6 une fièvie inllammatoire légère. Le premier pansement resta 50 fois jusqu'à la guérison })robable, quatorze jours ou moins, liabituellement plus. A la fin de ce travail, Neuber nous apprend que de novembre 1881 à février 1882 le pansement à la lourbe a été appliqué dans 78 cas nouveaux, savoir : 10 résectious ou ostcolomies, 10 évidements, 12 amputations ou désarticulations, 28 extirpations de grosses tumeurs, 4 néccotoniies, 0 ouvertures el curages d'abcès, 4 élongations nerveuses, avec 3 morts en tout. En somme, sur 133 cas, le premier pansement resta de dix jours à six semaines en place dans 122, et ne dut être enlevé rapidement que 8 fois. La guérison se montre complète ou près, 85 fois pour 100, à l'enlèvement du piemier pansement. Dans 15 pour 100 des cas, les patients sont guéris plus lard, ou restent en traitement avec espoir de guérison.
Neuber conclut que la tourbe en poudre possède toutes les qualités des matériaux de pansement, mais que de plus : !<> à quantité éi'ale, elle absorbe plus que la jute, la gaze, l'ouate, et rend rapidement les plaies complètement scclies ; 2" que par sa grande puissance d'absorption pour les matériaux de décomposition des tissus elle arrête la putréfaction ; 3° que par son élasticité les coussins se laissent très-aisément façonner à la forme des parties, enfin 4" qu'elle est trèspeu coûteuse. Le prix de revient du premier pansement à la tourbe iodoformisée est de lf%90 environ. 11 reste vingt jours eu place, el le second et dernier pansement ne vaut que 0'^'',50, soit, en tout : 2f'",40 environ. Avec la jute phéniquée antérieurement employée, le coût total était de 4'''', 80 à 5 francs. Avec le Lister pur, six pansements au moins, soit 18 francs environ. Encore la gaze qui a servi à la confection des coussins pourrait-elle, après désinfection, servir à d'autres usages.
A la réunion des chirurgiens allemands en 1882, Neuber relève 212 cas de grandes plaies, traitées par le pansement à la tourbe avec trois décès seulement. Il attribue ses bons effets à la puissance absorbante de la poudre et à l'occlusion absolue par la superposition des deux coussins. Dans ce but, le grand coussin doit entourer le membre presque en entier, exerçant sur la plaie et son ])ourlour une pression élastique et très-énergique. Si l'on a fait l'ischémie artificielle, les coussins sont appliqués après hémostase soigneuse et avant l'enlèvement de la constriction.
Dans un dernier travail (1882), Neuber nous fait connaître une modification nouvelle du pansement. Les deux coussins sont remplis de tourbe pulvérisée non préparée anliseptiquement, mais immédiatement avant l'opération on les
humecte avec une solution de sublimé à 1 pour 1000. Il est nécessaire pour qu'elle absorbe bien que la tourbe contienne 80 à 90 pour 100 d'humidité. Les coussins restent en place de dix jours à six semaines, suivant les plaies; dans 212 blessures ou opérations graves, le pansement est resté en place 198 fois jusqu'à la guérison présumée, H fois seulement on l'a enlevé auparavant. Dans 85 pour 100 de ces 198 cas, la guérison était complète ou près, dans les 15 pour 100 restants, et dans les 11 autres la guérison s'est faite depuis ou les blessés sont eu traitement avec toute chance de guérison.
Tout eu rapportant au pansement durable une gr.mde part dans ces succès, Neuber croit que les résultats dépendent aussi des soins apportés à la désinfection première, à la teclmique préparatoire, aux pansements. A l'hôpital de Kiel, l'installation d'une baraque isolée pour les blessés septiques et l'emploi d'un personnel spécial ont supprimé les sources d'infection les plus dangereuses. La simplicité du manuel opératoire, la rapidité de l'opération, un drainage bien fait, viennent en aide au pansement. Si les expériences de Gaftky montrent que la tourbe n'empêche pas le développement des organismes inférieurs, des injections sous-cutanées, l'introduction de boulettes de tourbe dans la cavité péritonéale de lapins, ont prouvé que celte matière ne développait pas d'inflammation par son séjour au milieu des tissus. En tout cas, la pratique nous la montre comme un excellent agent <le pansement. Sans doute, elle agit par sa porosité pour absorber rapidement les sécrétions de la plaie, puis par l'évaporation de son contenu liquide, d'oij formation d'une croûte sur laquelle se fait la cicatrisation. Dans les premiers jours, l'absorption peut être favorisée par la chaleur du soleil, de poêles ou de sachets de sable, et cette siccité s'oppose au développement des microbes.
Neuber a multiplié les essais de pansement avec le tan de chêne, les cendres, la sciure de bois ; avec le sable, la farine, le son, corps déjà employés par le vulgaire. Il en conclut que l'action de ces diverses substances est en rapport avec leur pouvoir d'absorption pour les liquides. Cette puissance est comparativement, en prenant pour unité l'absorption d'un poids égal d'eau : pour la tourbe 9; pour la sciure de bois 4,4; pour le tan 2,5; pour l'écorce de chêne 2; pour les cendres 1,5; pour le sable 1,4. On voit que ces diverses matières, mais surtout la sciure de bois, peuvent, en cas de besoin, remplacer la tourbe pulvérisée, à la condition qu'elles soient comme cette dernière rendues aseptiques en les humectant avec une solution de sublimé au millième. En somme, comme le dit fort judicieusement le chirurgien allemand, ce ne sont pas les antiseptiques qui font défaut, et l'avenir d'une plaie dépend moins du choix de l'agent que de la manière dont il est employé. Ajouter aux précautions du Lister un repos plus assuré, c'est favoriser la guérison, et ainsi fait le pansement à la tourbe.
Pansement au bismuth. Au douzième Congrès des chirurgiens allemands, Riedel a rendu compte des résultais obtenus à l'hôpital d'Aachen par les pansements au bismuth seul. Il constate que l'asepsie a pu être maintenue dans presque toutes les plaies, mais que les blessures putrides ont pu resler septiques pendant quelques jours. Le bismuth agit-il par l'acide sulfurique qu'il renferme toujours en petite quantité? Il est certain qu'il est caustique malgré son insolubilité et qu'il ne doit pas être employé dans les plaies intéressant les plèvres ou le péritoine. Au contraire, il favorise la réunion des plaies des parties molles, et à la dose de 2 à 4 grammes son emploi n'a jamais été suivi d'accidents. Dans le pansement des abcès, les résultats ne sont pas favorables. De même, il semble
favoriser l'érysipèle, constaté 8 fois sur les blessés. Associé au sublimé, il met à l'abri de cette complication. Voici la statistique de Riedel :