PAON
PAOX. Les Paons, qui constituent parmi les Gallinacés {voy. ce mot) soit une tribu des Phasianidœ sous le nom de Pavoninœ, soit plutôt une famille distincte sous le nom de Pavonidœ, sont essentiellement caractérisés par l'énorme développement que prennent chez eux, et spécialement chez les mâles, les dernières plumes du dos et celles qui recouvrent en dessus les pennes caudales. Par suite de cette disposition, la véritable queue, qui se compose de dix-huit rectrices, de longueur médiocre, se trouve complètement dissimulée, aussi bien quand l'oiseau marche en balayant le sol de l'extrémité de sa traîne que lorsqu'il se présente de face en faisant la roue et en étalant toutes les richesses de son plumage. Les Paons mâles, comme les Dindons et quelques autres Gallinacés, ont en effet la faculté de redi'esser au moyen de muscles cutanés très-puissants certaines plumes de la région postérieure du corps qui se disposent alors en éventail. Cet éventail chez les Paons acquiert toutefois un éclat inaccoutumé, les tectrices caudales offrant une structure toute différente des plumes de la région antérieure et étant formées d'une longue tige, à barbes très-espacées, à reflets dorés, et d'une palette terminale ou d'un croissant à barbes strictement juxtaposées. Sur cette palette ou sur ce croissant apparaissent, grâce aux jeux de la lumière, des cercles ou des portions d'anneaux concentriques à reflets irisés, entourant une tache foncée. La tête est petite relativement au reste de l'oiseau et constamment surmontée d'une touffe de plumes dont la forme varie suivant les espèces; le bec est grêle, percé en dessus de fentes nasales très-étroites, les yeux sont entourés d'un espace dénudé, parfois coloré en bleu et en jaune, et les pattes, assez élevées et dénudées jusqu'à l'articulation tibio-tarsienne, sont armées d'éperons chez les mâles.
Le genre Pavo de Linné, qui forme à lui seul toute la famille des Pavonidés, comprend deux espèces bien tranchées, le Pavo crislatus L. et le Pavo muticus L., et une espèce douteuse, le Pavo nigripennis Sclater. Le Paon à crèie, Pavo cristatus, le plus anciennement connu et le plus répandu en Europe, est un Gallinacé de grande taille, ayant plus d'un mètre de long depuis le bas jusqu'à l'extrémité delà queue dont les couvertures mesurent à elles seules près d'un mètre et demi chez le mâle. Celui-ci porte une magnifique livrée bleue et verte, à reflets cuivrés et dorés, rehaussée par une large plaque noire sur le ventre et du brun clair sur les ailes et la queue; sa tête est ornée d'une huppe composée d'une vingtaine de plumes à tige grêle surmontées chacune d'une petite palette verte ; ses yeux bruns se détachent au milieu d'un cercle livide ; son bec et ses pattes sont d'un brun corné. Moins richement vêtue que le mâle la femelle a la tête et le cou d'un brun rougeâtre nuancé de verdâtre sur certains points, le manteau d'un brun clair moiré et vermiculé de blanc grisâtre, les ailes et la queue brune, la huppe plus courte et plus terne et les couvertures caudales supérieures bien moins développées que chez le mâle, et porte, au lieu de reflets irisés ou dorés, de simples mouchetures blanchâtres sur un fond brun.
A l'état domestique, le Paon à crête ou Paon vulgaire est maintenant répandu 'sur une grande partie du globe -, mais à l'état sauvage il ne se rencontre que dans l'Inde et dans l'île de Geylan. Il est probable que c'est aussi de cette région qu'il est originaire, et qu'après avoir été en partie domestiqué sur les bords du Gange, il fut introduit en Perse, puis en Grèce, où il était déjà connu du temps d'Ai'istote, et passa delà en Italie, puis dans l'Europe septentrionale et occidentale. En Italie toutefois il fut d'abord élevé plutôt comme volaille que comme oiseau de luxe, destiné à l'ornement des palais et des jardins. Tous les gourmets de