‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.72Chapitre 48 sur 69 · PAON · texte numérisé non relu

PAON

Rome se hâtèrent en effet de suivre l'exemple de QuintusHortensiusqui, d'après Varron, fit le premier servir un Paon dans un festin qu'il donna pour célébrer son entrée dans le Collège des augures. Mais bientôt la chair de cet oiseau rare ne constitua plus un mets assez recherché pour les Romains de la décadence, et sur la table de Vitellius comme sur celle d'iléliogabale figurèrent des plats énormes renfermant les uns des langues de Phénicoptères, les autres des cervelles de Paons. Aussi, étant donné la valeur considérable qu'avait alors un de ces Gallinacés, comprend-on facilement que des éleveurs aient pu faire fortune en fournissant les oiseaux destinés à être sacriliés pour ces folles orgies.

Au moyen âge on vit encore figurer parfois dans les grands banquets un Paon rôti, recouvert de sa peau et ayant ses plumes disposées comme lorsqu'il faisait la roue devant sa femelle, mais on ne fit plus, comme dans l'antiquité, des hécatombes de ces magnifiques volatiles qui étaient les hôtes ordinaires des parcs seigneuriaux. Enfin, avec le temps, les Paons devinrent de plus en plus communs et des châteaux se répandirent dans les grandes fermes et chez les riches propriétaires campagnards. Peut-être même, à l'heure actuelle, seraient-ils beaucoup plus communs, s'ils n'avaient pas un caractère difficile et s'ils ne demandaient pas à être placés dans des conditions toutes particulières. Les Paons en effet se battent fréquemment soit entre eux, soit avec les autres volailles, et ne vivent en assez bonne harmonie qu'avec les Dindons ; ils conservent toujours un fonds de sauvagerie et, s ils viennent manger cliaque jour à une heure et dans un lieu déterminés, ils n'en vont pas moins fourrager dans les jardins et les vergers et y commettent de grands dégâts. Ils aiment aussi à se percher sur des arbres élevés ou sur le faîte d'une construction, et ne se résignent que difficilement à vivre enfermés dans un espace restreint. Enfin leur cri discordant, qui se fait entendre principalement quand le temps est à la pluie, rend leur voisinage assez désagréable.

La Paonne fait souvent deux pontes successives dans le cours d'un été, et chaque ponte comprend cinq ou six œufs à coquille lisse d'un blanc jaunâtre, parfois tacheté de brun, que la mère cache dans des herbes ou des broussailles pour les soustraire au regard du mâle. Celui-ci en effet a des instincts féroces et brise parfois les œufs ou tue les jeunes à coups de bec. Pendant les premiers mois qui suivent leur naissance les petits portent une livrée fauve, avec des raies brunes sur la tête, le cou et les ailes, et ce n'est que la troisième année que les mâles commencent à acquérir leur longue traîne. Cette lenteur dans le développement est en rapport avec la longévité de ces oiseaux qui peuvent vivre, dit-on, une trentaine d'années en captivité.

Parmi les Paons domestiques on voit fréquemment des individus à plumage pie et d'autres à plumage presque entièrement ou même complètement blanc. Ces derniers constituent une race particulièie, qui est évidemment issue de Paons frappés d'albinisme et qui est, dit-on, particulièrement délicate et difficile à élever. Enfin il y a aussi des Paons à épaules noires, dont l'origine est assez difficile à établir et qui constituent l'espèce ou plutôt la race appelée par M. Sclater Pavo nigripennis. Quant aux Paons spicifères, ils appartiennent, comme je l'ai dit plus haut, à une espèce parfaitement distincte du Paon ordinaire dont ils ont été séparés par Sbaw sous le nom de Pavo spicifenis et plus anciennement par Linné sous le nom de Pavo muticus. Le Paon spicifère est à certains égards plus remarquable encore que le Paon à crête : il a en ellet la gorge revêtue non d'un plastron d'un bleu paon uniforme, mais d'une sorte de cuirasse formée de plumes arrondies en forme d'écailles qui prennent au soleil des reflets pourprés et dorés. Cette

cuirasse remonte sur la région dorsale et se continue par une armure, d'un éclat tout aussi vif, jusque dans le voisinage de la tèledont les côtés sont dénudés et colorés en bleu et en jaune chez l'oiseau vivant et dont le sommet porte une huppe dirigée ordinairement en arriére. Cette huppe est constituée par des plumes en forme d'épis, et c'est à cette disposition que fait allusion le nom de spicifère (spiciferiis) donné fréquemment au Pavo muticus. Le niàle possède du reste une traîne analogue à celle du Paon ordinaire, et, comme dans celte dernière espèce, la femelle porte une livrée beaucoup plus modeste que celle de l'autre sexe.

Le Pavo muticus habite les provinces orientales de l'empire des Indes, l'Indo- Chine, la presqu'île de Malacca et l'île de Java. Son introduction en Europe ne remonte pas à plus de soixante ans, et il est encore beaucoup moins répandu dans notre pays que le Pavo cristatus. Il a du reste en ca[)tivité et à l'état sauvage les mêmes mœurs et les mêmes allures que le Paon ordinaire.

E. OUSTALET.

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PAOl\'S DE KLIT. On désigne sous ce nom les insectes lépidoptères ou papillons indigènes du genre Attacus ou Saturnia. Parmi eux se trouvent les plus grandes espèces de nos contrées.

Tous les Attacus ou Saturnia, tous les Paons de nuit, ioni remarquables par de grandes et larges ailes, offrant chacune une tache centrale, ocellée, rappelant les taches ou croissants des plumes de la queue du Paon ; c'est d'une comparaison avec le bel oiseau d'Asie qu'est venue cette dénomination vulgaire. Les antennes des Attacus sont largement développées et bipeclinées chez les mâles, rétrécies et bien plus réduites chez les femelles ; la spiritrompe est courte, rudimentaire ; le corps est gros, épais et lanugineux.

Les deux principales espèces de Paon de nuit de France sont le Grand et le Petit Paons.

Le Grand Paon de ncit de Geoffroy et d'Engramelle est V Attacus Pavonia major de Linné, d'Esper, de Fabricius, etc. ; Saturnia pyri du Catalogue de Vienne, de Godart, de Berce {Faune entomologique française, Lépidoptères, 2« volume, p. 206, 1868).

Le Grand Paon est le plus grand papillon d'Europe, son envergure étant de 110 à 120 millimètres, le mâle n'est pas beaucoup plus petit que la femelle. Les antennes sont jaunes, le thorax brun avec un collier antérieur blanc jaunâtre se prolongeant sur la côte de l'aile supérieure. Les quatre ailes d'un gris à teintes roussàtres, lai-gement bordées de blanc jaunâtre ; les antérieures arrondies à l'extrémité avec les espaces terminaux d'un blanc jaunâtre au sommet, d'un brun noirâtre au bout inférieur. Chacune des ailes a sur le disque un œil placé dans un cercle noir, et dont la prunelle est disposée en croissant, presque transparente; l'iris fauve est entouré en dedans d'un arc blanc, et à l'opposé

d'une demi-circonféience pourprée. En dehors de ces yeux remarquables serpentent sur les ailes deux lignes obliques, irrégulières, noirâtres, lave'es de rougeâtre. Abdomen d'un gris cendré jaunâtre. Dessous des ailes moins foncé, sans espace noirâtre aux ailes supérieures.

La femelle ressemble au mâle ; elle s'en distingue de suite par la taille plus grande, les antennes biciliées et non fortement pectinées, sans larges barbelures. Le Grand Paon varie peu de coloration.

La larve, ou chenille, de cette espèce parvenue au terme de sa croissance, mesure 8 centimètres. Elle est d'un beau vert clair, avec des tubercules bleu de turquoise, d'où partent sept poils noirs et raides; six sont verticillés ou disposés en étoile, le septième plus long est central et terminé par un bouton. U y a quatre de ces tubercules sur le premier segment près de la tête, ainsi que sur le dernier segment, et six tubercules sur chacun des autres anneaux du corps. Les pattes écailleuses fauves, les pattes membraneuses vertes, avec une lunule noire placée au-dessus de la coui'onne, qui est d'un fauve ferrugineux. Les stigmates sont blancs avec une bordure noire ; enfin le clapet anal et l'arrière des deux pattes membraneuses postérieures sont d'un rouge brun luisant.

Avant la première mue, la jeune chenille avait une couleur noirâtre ou bleu foncé avec les tubercules rougeâtres ; au moment de filer son cocon, elle est devenue d'un jaune terne.

Le cocon, ou coque, est placé par la chenille sur les rebords des murs ou des toits, aux angles fourchus des grosses branches d'arbres, entre des mousses, des herbes sèches, dans les rugosités des écorces, etc. Ce cocon est brun, dur, très-gommé, piriforme avec le petit bout fermé seulement par dés fils repliés et convergeant vers l'intérieur de manière à laisser sortir le papillon, mais en empêchant tout ennemi de pénétrer. La chrysalide est brune, avec le fourreau des antennes, le haut du thorax et les intervalles segmentaires abdominaux, d'une teinte plus claire.

Après neuf mois de nymphose, fin avril ou commencement de mai, le Grand Paon éclôt à l'état parfait ou de perfectose. Mais parfois des individus retardés arrivent en septembre et même au printemps de la seconde année, parfois même plusieurs années après. La cause de ces inégalités d'éclosiou nous échappe encore d'une manière complète.

L'œuf est sphéroïde, blanchâtre, collé par la femelle avec une sorte de glu d'une teinte bleuâtre. Les jeunes chenilles éclosent promptement et se montrent polyphages. Elles vivent sur les arbres fruitiers, surtout le poirier, sur les ormes, sur les platanes.

Le Grand Paon de nuit ne remonte guère au delà de Paris. Je l'ai pris à Senlis ; il ne se trouve ni dans le nord, ni dans le nord-est français, ni en Angleterre. 11 n'est pas rare dans le centre et le midi. Le Grand Paon de nuit ne vole pas rapidement et, à l'état de repos, il élève et puis il abaisse lentement les quatre ailes par un mouvement régulier.

L'énorme chenille du Grand Paon est rarement assez abondante pour causer des dégâts dans les jardins. On a très-facilement son cocon en la plaçant quand elle se décolore, au terme de sa croissance, dans une boîte ou un cornet de fort papier. La soie est grossière, quoique abondante ; il existait au Muséum de Paris une paire de gants bruns, tricotés avec la soie cardée du Grand Paon de nuit.

La seconde espèce française est le Petit Paon de Geoffroy, le Petit Paon de

NUIT d'Engramelle, VAttacus Pnvonia mlnor Linné, Esper, Fabricius; Saturnia carpini du Catalogue de Vienne, de Godart, Duponchei, Berce [loc. cit., p. 207, planche XXXI, fig. 3). C'est le seul Attacus trouvé en Angleterre, the Emperor moth.

Les deux sexes sont très-différents l'un de l'autre par la couleur du fond des ailes, mais le dessin est le même, ainsi que les taches en forme d'oeil. Le mâle a une envergure de 6 centimètres, ses antennes sont très-pectinées et d'un jaune brun. Le corps brun a les segments abdominaux plus clairs en dessus et grisâtres en dessous. Les ailes supérieures sont brunes à teinte rougeâtre au milieu, bordure blanche en dedans lisérée de brunâtre ; on trouve au sommet une tache rouge cramoisi avec un chevron blanc, convexe en dehors, enserrant une tache noire ovalaire. Œil central entouré de blanc, bordé d'un cercle rouge incomplet et d'un cercle noir. Ailes inférieures d'un jaune fauve, bordure lavée de rouge; œil médian de ces ailes manquant de la tache blanche des premières ailes. Dessous des ailes supérieures jaunâtre, celui des inférieures, d'un rouge vineux. Femelle beaucoup plus grande que le mâle, son envergure est de 7 à 8 centimètres. Teinte d'un gris cendré, parfois gris rosé, avec la bordure des secondes ailes lavée de rouge. Les dessins et les yeux sensiblement pareils à ceux du mâle.

La chenille du Petit Paon de nuit arrivée au maximum de sa taille est longue de 5 centimètres et d'une couleur vert pomme; elle a sur chaque anneau une bande d'un noir velouté portant des tubercules roses ou orangés, desquels partent sept poils noirs raides et inégaux. Pattes écailleuses brunes, pattes membraneuses vertes avec lunule noire au-dessus de la couronne; stigmates fauves. Au premier âge, les chenilles sont d'un brun noir avec une ligne orangée, longitudinale, placée de chaque côté. Elles vivent en société jusqu'à la fin de la seconde mue, puis après la troisième elles se dispersent. On les trouve de mai à la fin de juillet, sur la ronce, le pruneHier, le chcne, le charme, l'orme, etc. Le cocon est piriforme, roussàtre, et semblable à celui du Grand Paon. La soie est plus fine, plus claire, mais moins abondante. Le papillon éclôt vers la fin de mars ou au commencement d'avril de l'année qui suit la nymphose, parfois au bout de deux ou trois ans.

Une troisième espèce de Paon de nuit, qui n'a pas été trouvée en France, est le Moyen Paon d'Engramelle {Attacus Pavonia média Fabricius; Saturnia spini Hubner), dont les deux sexes ressemblent beaucoup au Grand Paon. Sa taille est moindre, les antennes du mâle plus longues, les yeux du milieu des ailes dépourvus de l'arc blanc. La chenille est noire ou d'un brun noirâtre, à tubercules d'un jaune orangé, ainsi que leurs poils et le clapet anal; elle vit sur le prunier épineux et le pommier sauvage en Hongrie, en Autriche et dans le midi de la Russie.

Deux autres espèces d\ittacus ou Saturnia se trouvent en Europe. L'une, Attacus Cœgigena Ilubner, est de Dalmatie où la chenille vit sur le chêne. L'autre est un très-bel insecte d'Espagne, observé en 1848 et 1849, par Mieg et Graëlls, non loin de Madrid, et constituant une des découvertes entomologiques les plus intéressantes de notre époque,

L' Attacus ou Saturnia Isabelue Graëlls {Annales de la Société entomologique de France, 2« série, t. Ylll, p. 241, planche 8, 1850) a les ailes d'un beau vert clair, les inférieures prolongées en forme de queue. Envergure 8 centimètres. Antennes d'un brun ferrugineux, très-pectinées. Tête jaune, yeux noirs. Thorax

DIOT. ENC. 2" S. XX. 27

418 PAO-PAREIRA (botanique).

à poils longs de couleur vineuse, partie antérieure jaune comme la tète, cette couleur s' avançant sur la côte des ailes supérieures. Ailes larges, vertes, à demi diaphanes, bords et nervures d'un rouge ferrugineux ; ailes inférieures avec une longue queue à pointe dirigée en dehors. Au centre des quatre ailes se détache une fcache ocellée, ayant la pupille diaphane, entourée de pourpre, puis d'un anneau intérieurement jaune et en dehors d'un bleu très-clair, enfin d'un dernier anneau noir plus élargi en dehors. Base des ailes supérieures d'un beau jaune, une large bande vert jaunàti'e précédant le limbe qui est d'un rouge ferrugineux à ligne noire. Nervures de la queue des ailes presque entièi'ement jaunes. L'abdomen fortement poilu est jaunâtre et d'une teinte vineuse en dessus, annelé de brun. Le dessous des ailes répète le dessin du dessus.

La femelle de la taille du mâle, ou à peine plus petite, a les antennes légèrement biciliées, avec le prolongement des ailes inférieures très-court et anguleux.

La chenille arrivée à sa croissance complète est d'un beau vert pomme, avec une large bande d'un brun rougeâtre le long du vaisseau dorsal, lisérée de blanchâtre de chaque côté. Anneaux moyens entourés de pourpre, points tuberculeux avec des poils d'un brun fauve. Stigmates fauves bordés de noir. Pattes écailleuses pourpre obscur, pattes membraneuses à bandes alternées jaunes et rougeâtres. Cette chenille vit sur le Pin maritime aux environs de Madrid; à la fin de juin elle file un cocon piriforme blond ou brun, et la nymphose dure environ dix mois.

Les grands Attacus exotiques, dont l'industrie a cherché à utiliser la soie et qu'on cherche à acclimater en France, tels que les Attacus Yama-maï Guérin- Méneville; Attacus Pernyi Guérin-Héneville; Attacus Mylitta Drury-Fabricius ; Attacus Cynthia Drury; Attacus Arrindia Milne-Edwards, etc., dont les chenilles vivent sur le chêne, sur l'ailante, le ricin, etc., sont analogues à nos Grands Paons de nuit et comme eux portent des taches ocellées sur les ailes {voy. Bombyx et Soie [Zoologie]). L'espèce gigantesque : Attacus Atlas Linné, Phalène porte-miroir de la Chine des anciens auteurs, a les ailes supérieures falciformes, et au milieu une grande place triangulaire disposée en miroir et bordée de noirâtre; les ailes inférieures ont la même place transparente ou vitrée.

Par opposition aux Paons de nuit, le nom de Paon de jour a été donné à un papillon diurne : Yanessa lo Linné. Geoffroy et Engramclle regardaient le Paon de jour comme étant le plus beau de nos papillons diurnes. C'est l'Œil de Paon, the Peacock des Anglais, VOculus pavoninus major et minor de Seba (A. de Seba, Locupletissimi rerum naturalium thesauri, t. IV, p. .5, pi. L Amsterdam, 1765) {voy. LÉPiDOPTÈr.Es, Papillons, Imsectes, Soie [Zoologie]).

A. Laboulbène.

PAO-PAREIRA. § L Botanique. Ce nom, donné au Brésil à plusieurs végétaux utiles, est surtout réservé actuellement dans la pratique européenne au Geissospermum Iseve H. Bn (série 4, VII, 209). Depuis la rédaction de cet article, la plante a été introduite dans le Jardin botanique de la Faculté de médecine de Paris, et nous avons pu, grâce à M. Glaziou, étudier son fruit à l'état mûr et frais et faire de nombreux semis de ses graines, semis qui ont parfaitement réussi. C'est donc une acquisition de plus pour la flore de nos serres (voy. Trait, de Bot. méd. phanër., 1275). H. Bn.

PAPAÏNE. 419

§ II. Emploi médical. Voy. Geissosperhum,

PAOTCHOIVG. Nom d'une variété de thé noir. Pl

PAO-TUC. Nom donné en Chine au maïs {Zea Maïs L.). Pl.

PAPA (GiusEPPE del). Médecin italien, né en 1649 à Empoli, en Toscane, étudia l'art de guérir à Pise sous François Redi, puis enseigna à la même Université successivement la logique, les institutions théoriques de médecine, et enfin la médecine pratique. 11 ne quitta sa chaire que pour remplir les fonctions de premier médecin du grand-duc Jean-Gaston de Médicis, son souverain, et celles de précepteur du prince François -Marie de Médicis, plus tard cardinal. Del Papa mourut à Florence, le 13 mars 1735. On connaît de lui :

I. Lettera al sign. F. Redi tntorno alla natura del caldo e del freddo. Firenze, 1674, in-4°. — II. Lettera al sign. F. Redi netla quale si discorse se il fuoco e la luce siene una cosa medesima. Firenze, 1675, in-S". — III. Lettera délia natura deW umido e del secco. Firenze, 1681, in-4". — IV. Exercitatio de prœcipuis humoribus qtiae in corpore humano reperiuntur, deque eorimi historia, qualilatibus et officiis. Florentiae, 1733, in-4". Yenetiis, 1755, in-8°. Lugduni Batav., 1736, in-8">, avec un traité de J. Barbato, De sanguine ejusque sera. — V. Consulti medici. Romae, 1753, in-4''. Venetiis, 1754, in-4°. — VI. Trattati varii fatti in diverse civcostanze. Firenze, 1734, in-4''. L. Us.

P.IPAGALLI. Nom donné à Venise à la graine de Cartham [Carthamus tindorius L.), parce qu'elle y ])asse pour faire jaser les pies. L. Hn.

PAPAÏXE. Propriétés thérapeutiques. En 1879, Ad. Wirtz et Douchut ont donné le nom de papaïne à un ferment soluble isolé par un procédé cliimique du suc laiteux du Carica Papaya, lequel ferment, par son action spéciale sur les substances albuminoïdes qu'il ramollit et peptonise, se rapproche de la pepsine et de la pancréatine, à ce point qu'on lui a donné quelquefois les noms de pepsine ou de pancréatine végétale.

I. Historique. Voici l'enchaînement des faits qui ont amené la découverte de ce ferment.

Le Papayer, Carica Papaya (Papayacées) , fournit par incision de sa tige, de ses feuilles et surtout de ses fruits verts, un suc laiteux, d'usage populaire depuis fort longtemps, dans l'Inde et dans beaucoup d'autres pays de la zone torride où croît cet arbre, pour attendrir les viandes et les rendre plus faciles à digérer.

Ce fait intéressant a été signalé en Europe, vers le milieu du siècle dernier, par Griffitli Hughes, dans son Histoire naturelle des Barbades, puis oublié à peu près complètement, en raison sans doute de la difficulté qu'on croyait avoir de se procurer le suc digestif du papayer, ou du peu de crédit qu'on attachait aux observations sorties de contrées lointaines.

Charpentier Cossigny, l'auteur d'un travail intéressant sur le Carica Papaya paru cinquante ans plus tard, se borne, en effet, à signaler, d'après quelques observations étrangères à l'art (il n'était pas médecin), les vertus authelminthiques du suc de cet arbre, très-appréciées à l'ile Maurice et à l'île Bourbon; toutefois, il envoie des colonies à Vauquelin des échantillons de ce suc pour les soumettre à l'analyse chimique.

M\) PAPAÏiNE.

Cette analyse fut exécutée, effectivement, par l'illustre chimiste, et aussi par Cadet-Gassicourt, mais clic n'a qu'un intérêt historique (1801-1803).

Il nous faut arriver à l'année 1873 pour trouver une étude réellement scientifique démontrant l'action digeslive du suc de papayer sur les substances albuminoïdes. Nous la devons au docteur C. Roy, qui en fit l'objet d'une communication à la Société médico-chirurgicale de Glascow, en septembre.

J'ai publié, dans le Journal de Ihérapeiitique de 1874, l'analyse de cet important travail. L'auteur, en relatant ses curieuses expériences sur l'action digestive du lait de papayer, désignait nécessairement cette substance à l'attention des médecins et ouvrait la voie à la découverte de la papaïne.

L'honneur de cette découverte a été revendiqué par plusieurs savants, particulièrement par le docteur Moncorvo (de Rio-Janeiro) et par Balcke. Toutefois, il me paraît hors de doute que le mérite d'avoir véritablement isolé — bien isolé à l'état de pureté complète — le principe actif du lait de papayer, doit être attribué à notre éniinent chimiste Adrien Wûrlz.

Je n'entends pas dire que d'autres observateurs avant lui n'avaient pas eu l'idée de rechercher ce principe, — une pareille recherche est élémentaire à notre époque où la chimie poursuit si vivement l'étude des principes actifs dans tous les médicaments d'origine végétale, et j'ajoute encore que plusieurs d'entre eux s'étaient même sensiblement approchés du but, le docteur Moncorvo particulièrement. Toutefois, Wiirtz a seul extrait, le premier, du suc de papayer un corps défini qu'il a qualifié de ferment, et c'est à ce ferment que, d'accord avec son collaborateur Bouchut, il a donné le nom de papaïne.

Parmi ses précurseurs dans cette voie de l'analyse du suc de p.npaya, je dois citer, après Vauquelin et Cadet-Gassicourt, déjà nommés, d'abord le docteur Vinson (de lîle Maurice) qui, dès 1868, avait extrait de ce suc un principe actif, en le traitant par l'éther ou l'alcool à 85 degrés, principe appelé par lui caricine. Mais ce n'était là qu'un mélange d'albumine végétale, de résine, de gomme et de papaïne.

A la même époque à peu près-, Peckolt aurait retiré de ce suc un principe spécial, la papayotine, qui pouvait, disait-il, digérer la viande. Cependant, il se garda bien, lorsqu'il indiqua plus tard (1879) le fait, de réclamer le mérite d'avoir découvert le véritable principe actif du papayer.

Puis Moncorvo (de Rio-Janeiro), au mois d'avril de cette même année, 1879, extrayait également du lait de papayer, en le soumettant, comme Vinson, à l'action de l'alcool, un principe qu'il nommait aussi caricine.

Quelques mois plus tard, le 25 août, Wûrtz et Bouchut communiquaient à l'Académie des sciences leur découverte du principe actif du lait de papaya, la papaïne, à l'état de pureté.

Quant à la papayacine, de Balcke, signalée du reste un mois après la communication de Wiirtz et Bouchut (24 septembre 1879), ce n'est évidemment qu'un simple extrait de suc et non pas un principe défini, — ceci ressort au moins de la note du chimiste allemand.

En définitive, la découverte de la papaïne est bien une découverte française.

Préparation. Voici le procédé indiqué par A. Wiirtz, le seul, je le répète, qui permette d'obtenir un produit parfaitement pur.

La papaïne se trouve dans toutes les parties du carica papaya, mais on l'extrait surtout du suc laiteux que cette plante fournit par incision de ses feuilles, de sa tige ou de ses fruits, et qu'on laisse se dessécher.

l'APAÏNE. 421

Ce suc concrète est dissous dans l'eau, et le liquide obtenu est filtre'. On lave plusieurs fois à l'eau distillée le précipité resté sur le filtre, puis l'on réunit les liquides de filtration et de lavage, pour les concentrer dans le vide. Le résidu de cette concentration est mis à macérer pendant vingt-quatre heures d;ins dix fois son voluvne d'alcool absolu. 11 se forme alors un précipité qu'on sèche dans le vide. Le résultat est une matière amorphe, blanche, soluble dans l'eau, qui n'est autre que la papaine impure. Pour la purifier, il faut la redissoudre dans l'eau, la précipiter par l'alcool, sécher le précipité dans le vide après lavages à l'alcool, et renouveler même plusieurs fois ces opérations.

Le produit ainsi obtenu n'est pas encore de composition chimique constante, c'est-à-dire qu'il n'est pas tout à fait pur. En le soumettant à la dialyse, il devient plus parfait. Si l'on veut le purilier encore, on le traite après l'avoir dissous dans l'eau par le sous-acétate de plomb, pour le débarrasser de l'albumine et des peptones avec lesquels il se mélange volontiers, et, quand il ne se forme plus de précipité, on Aiit passer un courant d'hydrogène sulfuré dans la liqueur fdtrée, pour saturer le sel de plomb. On concentre dans le vide ce mélange de sulfure de plomb et de papaïne, on ajoute de l'alcool goutte à goutte, ce qui a pour résultat de précipiter un peu de papaïne, laquelle entraîne le sulfure de plomb. On filtre à nouveau, et enfin on précipite la papaïne par l'alcool dans le liquide ainsi obtenu. Cette fois le produit est bien purifié.

125 grammes de suc de papaya pourraient fournir près de 4 grammes de papaïne.

Composition et propriétés physiques. D'après Wûrtz, la composition de la papaïne rapproche tout à fait celle substance des matières albuminoïdes. 11 me paraît intéressant de rappeler à ce propos que Vauquelin, après avoir fait l'analyse chimique du lait de papayer, concluait qu'il avait absolument les propriétés de l'albumine du sang.

Les analyses de plusieurs échantillons de papaïne faites par Wûrtz ont donné les résultats suivants :

Carbone S2,36 52,19 52,9

Hydrogène ',37 7,12 »

Azole ie,94 16, iO 16,44

Cendres 2,60 4,22 3.40

On y trouve encore du soufre, dans la proportion de 2,2 à 2,61 pour 100, ce qui en fiiit bien une substance albuminoïde.

Les cendres sont formées en grande partie de phosphate de chaux.

Voici maintenant les principaux caractères de la papaïne :

C'est une substance blanche, amorphe, insoluble dans l'alcool, l'élher et le chloroforme, soluble dans la glycérine et dans l'eau à la dose d'un peu moins de son poids. Sa solution mousse par l'agitation, et au bout de quelques jours elle fourmille de vibrions et de bâtonnets.

La solution aqueuse précipite par l'alcool, l'acide azotique, l'acide chlorhydrique, et dans ces deux derniers cas le précipité se redissout dans un excès d'acide.

Mais voici d'autres caractères signalés encore par Wurlz, lorsqu'on traite la solution de papaïne par certains réactifs chimiques, les suivants :

Aucun précipité par l'acide phosphorique et l'acide acétique.

Précipité par l'acide métaphosphorique, par le prussiatc de potasse additionné d'acide acétique et par le sulfate de cuivre. Ce dernier sel donne un précipité

122 PAPAÏNE.

violacé, qui devient bleu par l'ébuUition et se redissout dans la potasse avec une belle couleur bleue.

Par le chlorure de platine, précipité blanc, comme par le tannin et l'acide picrique.

Par le réactif de Millon, précipité blanc jaunâtre, devenant rouge brique, si l'on chauffe.

Tous ces caractères sont, en somme, ceux des substances albuminoïdes.

Action digestive. Cette aclion caractérise la papaïne et en fait un ferment digestif tout à fait analogue à la pepsine ou à la pancréatine, avec cette différence qu'elle agit même dans un milieu neutre ou alcalin.

D'après Wûrtz et Bouchut, une solution de 10 centigrammes de papaïne dans 55 centimètres cubes d'eau distillée, rendue alcaline par la potasse, dissout complètement dans l'espace de dix heures, à la température de 40 degrés, 10 grammes de fibrine.

Toutefois, quand la même solution de papaïne est acidulée par l'acide chlorhydrique, la fibrine se digère beaucoup plus rapidement, parfois en un quart d'heure.

Maintenant, on peut se demander ce que représente cette action dissolvante de la papaïne sur la fibrine, et en général sur les matières albuminoïdes, car l'effet est constant, qu'il s'agisse d'albumine, de caséine ou de fibrine.

La réponse à cette question a été donnée par Wiirtz et Boucliut. La papaïne digère les substances albuminoïdes. En effet, si l'on filtre, par exemple, la solution de fibrine dissoute par la papaïne et qu'on ajoute au liquide ainsi obtenu de l'alcool, on précipite une substance tout à fait identique à la peptone de ■fibrine.

Elle se dissout dans l'eau, et la solution n'est pas coagulable par la chaleur; en outre, elle ne précipite ni par l'acide azotique, ni par le ferrocyanure de potassium additionné d'acide acétique, ni par l'acétate de plomb, tandis qu'elle donne un précipité par le tannin et par l'acide picrique. Or, ce sont bien là. d'après Henninger, les caractères les plus sûrs de la fibrine-peptone.

Il est incontestable, par conséquent, que la papaïne est bien un ferment digestif, puisqu'elle transforme les matières albuminoïdes en peptone.

Malheureusement, cette transformation est fort lente, comme l'indique Wurtz. Ainsi, pour digérer réellement 10 grammes de fibrine, c'est-à-dire pour obtenir une solution qui ne précipite plus par l'acide azotique, il ne faut pas moins de 30 centigrammes de ce ferment, agissant pendant quarante-huit heures à la température de 50 degrés.

C'est évidemment là le côté faible de la papaïne, et sous le rapport de la digestivité elle est inférieure à la pepsine ou même à la pancréatine. Elle transforme beaucoup moins rapidement que ces ferments normaux de l'appareil digestif les substances albuminoïdes en peptone.

La remarque en a été faite dès 1880, par Catillon, au Congrès de Reims (9* Session de l'Association française pour l avancement des sciences). Ce distingué pharmacien avait observé qu'en opérant des digestions artificielles avec le suc concrète du carica-papaya il n'arrivait jamais au terme obligé de la digestion vraie, à la peptonisation complète des matières albuminoïdes.

Cette objection, qui peut avoir une certaine valeur au point de vue des applications thérapeutiques de la papaïne, étant donné qu'on la prescrive comme eupeptique et succédané de la pepsine, cette objection, dis-je, n'a pas sa raison

PAPAINE. 423

d'être au point de vue scientifique pur, lorsqu'il s'agit d'attribuer à la papaïne son rôle exact comme ferment. Dès l'instant que cette substance peptonise sûrement la fibrine, et les substances albuminoïdes en général, et le fait est absolument démontré, nous devons en faire un ferment digestif. Peu importe la durée de l'opération — c'est le résultat final qu'il faut considérer.

J'admets donc avec VA'ùrtz et Boucbut que la papaïne est un ferment digestif. Ad. Wûrtz la compare à la trypsine, ce ferment pancréatique signalé par Kiihne. La trypsine, principe actif du suc pancréatique, digère les albuminoïdes, quelle que soit la réaction du milieu : acide, neutre ou alcalin, ce qui est bien le cas ■àe la papaïne, tandis que la pepsine au contraire n'est active que dans un milieu acide.

On a fait remarquer que les plantes carnivores établissaient un lien commun entre les deux règnes : animal et végétal. Or, il me semble que la découverte de la papaïne vient ajouter une preuve de plus eu faveur du rapprochement de ces deux règnes, considérés généralement comme si dissemblables. Ce ftiit n'est pas unique et d'autres espèces végétales, en dehors des plantes carnivores, pourvues, comme nous le savons d'après les travaux de Gorup-Besauez et Will, de pepsine végétale, renferment un ferment digestif. Je citerai particulièrement, d'après Moncorvo, le Ficus doliaria, qui renfermerait une sorte de papaïne.

II. Usages thérapeutigues. La papaïne est bien réellement un ferment digestif, comme nous venons de le voir ; d'autre part, elle attaque et dissout facilement toutes les substances albuminoïdes et même les tissus animaux vivants. De là dérivent les applications médicales qu'on lui attribue généralement.

1" Usages dans les affections gastro-intestinales. On devait naturellement essayer ce ferment dans tous les cas de dyspepsie ou la pepsine et la pancréatine sont indiquées, et à titre de succédané de ces agents eupeptiques, dont le prix de revient est assez élevé.

Les faits rapportés jusqu'à présent sont trop peu nombreux pour en tirer une conclusion en faveur d'une action eupepti((ue.

Moncorvo la étudiée sur lui-même et l'a trouvée supérieure à la pepsine.

Boucbut affirme, de son côté, que dans un cas de dyspepsie, chez un diabétique incapable de digérer même le lait, la papaïne réussit à merveille, et il rapporte encore plusieurs observations à l'appui de son efficacité dans la diarrhée de Venfance (1881-1882). Mais ces observations intéressantes sont en petit nombre, et tout au plus peuvent-elles servir de point de départ à de nouvelles expériences. Si les mêmes résultais i-eniarquables sont observés à nouveau, alors on sera bien en droit de conclure en faveur de l'efficacité de la papaïne comme ferment digestif.

Dans les observations de dyspepsie intestinale recueillies par Boucbut, ce médicament a parfois été associé à la viande crue et au sous-nitrate de bismuth qui, certes, pourraient revendiquer à bon droit une pai't assez large du succès, chez les malades guéris d'entérite chronique.

Théoriquement, la papaïne ne devrait guère agir dans les dyspepsies oiJ l'activité des sucs digestifs fait défaut, étant admis qu'elle ne possède qu'une trèsmédiocre et très-lente action peptonisante.

Mais cet argument n'a peut-être pas toute la valeur qu'on suppose. 11 pourrait parfaitement arriver qu'en vertu seule de son action dissolvante des substances albuminoïdes, — action puissante et rapide, si l'on s'en réfère aux observations de Wùrtz, qui démontrent que la papaïne peut dissoudre 1000 et même 2000 fois

son poids de fibrine humide, — il pourrait arriver que cette action dissolvante sutfît à préparer le terrain aux ferments gastriques et à faciliter et assurer leur action. Plus les aliments sont l)royés et divisés, mieux ils se digèrent, c'est d'observation banale.

Voici, d'ailleurs, une preuve expérimentale de l'action digestive de la pa|)aïno. Scmerie et Leven l'ont ingérer à un chien 200 grammes de viande et 1 gramme de papaïne, puis, ayant sacrifié l'animal, au fout de cinq heures ils ne trouvent plus trace de viande dans son estomac, mais seulement 196 grammes d'un liquide acide. Un autre chien dans les mêmes conditions, sacrifié après avoir avalé 200 grammes de viande sans papaïno cette fois, avait encore d50 grammes de celte viande dans son eslomac au bout de cinq heures.

En définitive, on peut espérer que la papaïne deviendra un utile médicament eupeptique dans certaines dyspepsies atoniqiies, et un succédané de la pepsine ou de la pancréatinc dans leurs applications ordinaires {voy. ces mots), mais la preuve expérimentale et clinique de cette action reste encore à faire.

Maintenant, faut-il redouter une action trop vive du nouveau ferment digestif sur la muqueuse gastro-intestinale?

Il attaque même tes tissus vivants, comme je l'ai dit. Ainsi, lorsqu'on plonge dans une solution de papaïne les pattes d'une grenouille vivante, ces pattes sont parfaitement digérées, et Moncorvo a vu qu'en injectant du lait de papayer dans l'estomac d'un cobaye l'organe pouvait se perforer. Pareil effet serait-il possible chez l'homme?

Semerie et Leveu admettent, d'après l'expérience que je viens de rapporter, la stimulation de l'estomac violente et dangereuse. Mais, comme ils condamnent du même coup la pepsine, dont nul no saurait contester la réelle efficacité, il y lien de penser que leur jugement n'est pas plus motivé dans un cas que dans l'autre.

En diluant la papaïne, on éviterait assurément toute action fâcheuse sur la muqueuse gastro-intestinale.

2" Autres applications. 11 paraît avéré que le suc de papaye est un puissant anthelminthique ; il est d'usage populaire dans les colonies, particulièrement à La Réunion et à l'ile Maurice, ou plutôt cet agent jouissait d'une grande réputalion comme vermifuge à la fin du siècle dernier, au rap])ort de Charpentier Cossigny, l'auteur d'une intéressante petite étude sur le Carica-papaya, enfouie dans un gros ouvrage de cet ingénieur, paru en 1805.

Il est bien évident que la papaïne rendrait les mêmes services que le suc de papaya dans les affections vermineuses.

Mais nous sommes suffisamment pourvus déjà d'agents très-efficaces contre les ascarides lombricoïdes et les oxyures. D'autre part, l'action ténicide du lait de papayer n'a pas été démontrée réelle en Europe, comme en témoignent les expériences de Corvisart, tout à fait négatives : d'où résulte que nous n'avons aucune raison sérieuse de prescrire la papaïne comme vermifuge, bien qu'on ait prouvé qu'elle digérait les helminthes... dans un verre à expériences. Bouchut, en effet, la déclare à la fois vermicide et vermivore, caries ascarides lombricoïdes auraient été rendus par fragments sous son influence.

L'avantage serait dans l'espèce sans grande valeur. Il suffit en somme qu'un vermifuge débarrasse l'intestin de ses parasites; or c'est ce que font tous nos bons vermifuges usuels, avec facilité et sans exposer les patients à des dangers.

PAPAÏNE. 425

Affections diphthévitiqiies. La solution de papaïne dissout à merveille les fausses memluanes diplithcritiques et très-rapidement, d'oij l'idée d'appliquer cette solution au traitement des affeclions diphthéritiques delà gorge, du larynx, ou autres régions envahies par les fausses membranes. Celte idée a été conçue et réalisée parBoucliut.

En 1881, ce très-laborieux et distingué médecin annonçait au Congrès d'Alger (Session de r Association pour l' avancement des sciences) qu'il avait pu guérir, sur 21 cas d'angine couenneuse, 18 malades en les traitant par la solution de papaïne en badigeonnages. Depuis lors, cette petite statistique a grossi encore et s'est accrue d'un assez grand nombre de cas favoiables.

Il est bien évident que la solution de papaïne ne constitue qu'un pur topique, précieux dans les cas simples d'angines diphthéritiques et en tout cas absolument inoffensif. Il débarrasse la gorge des fausses membranes qui la tapissent, comme le font plusieurs autres agents, particulièrement le pétrole, le dernier venu de la série et peut-être le plus puissant; toutefois il ne s'agit là que d'un effet local, et si l'aflection diphthéritique est profonde, le remède ne constitue plus qu'un moyen adjuvant dans le traitement. En définitive, la solution de papaïne n'est donc qu'un simple dissolvant des lausses membranes dans l'angine couenneuse, efficace dans les cas bénins et de moyenne intensité, et cette propriété, elle la partage avec plusieurs autres agents, du reste bien connus aujourd'hui, mais elle est incapable d'agir contre l'élément infectieux de la maladie.

Douchut préconise la solution de papaïne dans l'eau, au quart, contre l'angine couenneuse.

Cette solution lui a parfaitement réussi encore dans quelques cas de conjonctivite diphthéritique. En trois ou quatre jours, elle usait pour ainsi dire la fausse membrane qui s'était développée sur les paupières et la guérison avait lieu, radicale.

Enfin, chez un jeune enfant qui avait une otite diphthéiitique consécutive à une angine couenneuse, le même remède appliqué trois fois par jour dans le conduit auditif externe le débarrassa en cinq jours des fausses membranes qui l'avaient envahi.

On le voit, l'action dissolvante de la papaïne sur les fausses membranes de la diplithérie a son utilité et constitue une bonne application de ce médicament, dont on n'a pas à redouter l'action trop profonde.

Dermatoses. Le suc de papayer avait été préconisé autrefois empiriquement contre certaines maladies de peau et à titre de cosmétique. Ainsi, au milieu du siècle dernier, Griffith Hughes écrivait qu'il guérissait l'herpès circiné et les dartres.

La papaïne rendrait évidemment les mêmes services que le suc qui la contient, dissoute dans un véhicule approprié ou même simplement dans l'eau, si les récits populaires sont exacts. En tout cas, je crois qu'il y a dans cette voie d'utiles recherches à faire. Elle agirait peut-être mécaniquement aussi bien que le raclage, vanté dans ces dernières années contre quelques maladies de peau par Volckmann, de Halle, et Ferdinand Hebra (de Vienne), particulièrement contre l'eczéma, l'acné rosacée, les végétations, etc. Il y aurait lieu, suivant moi, de l'étudier surtout dans les affections squameuses du tégument externe, comme substitutif.

Arruda Camara et Moncorvo assurent encore que le lait du papayer est un

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excellent cosmétique qui adoucit la peau et la débarrasse de ses éphélides. La papaïne agira sans doute de cette même façon ; le fait est à vérifier.

Thérapeutique dentaire. Quand une dent est profondément cariée, il est nécessaire, avant de l'obturer, d'en. détruire la pulpe par un caustique. Le plus ordinairement on a recours à l'acide arsénieux, qui n'est pas sans inconvénient en raison de ses propriétés vénéneuses. C'est pourquoi Oakiey Coles a proposé de le remplacer par la pepsine, d'une innocuité parfaite, laquelle peut faire disparaître la pulpe dentaire par digestion. Cette même digestion, on a supposé qu'elle serait également effectuée par la papaïne (Alfred H. Emery). Je signale aux dentistes cette application dont ils pourront rechercher la valeur.

Modes d'administration. Doses, i /'m^erie?<r, la papaïne peut être administrée en nature, en solution dans l'eau, ou bien sous forme de sirop et de vin.

En nature, il me paraît nécessaire de l'associer à une poudre inerte : gomme ou amidon, pour empêcher une action trop vive sur la muqueuse de l'estomac. Ce mélange, dans lequel les proportions de la poudre inerte seront triples ou quadruples par rapport à la dose du médicament, pourra être mis dans du pain azyme, ou converti à l'aide d'un peu de glycérine pure en masse pilulaire.

On prescrira encore la papaïne en solution dans l'eau ou dans la glycérine, ou bien incorporée à du sirop de sucre, et mieux encore aux sirops, acides, tartrique, citrique, etc., puisque l'action du ferment est plus active dans un milieu acidulé. Moins volontiers je recommanderais le vin comme véhicule de ce ferment digestif, parce qu'il contient de l'alcool, lequel annihile les propriétés de la papaïne. Donc on ne prescrira jamais ce médicament dans un liquide riche en alcool.

Quant aux titres à donner à ces solutions, aux sirops ou bien au vin de papaïne, ce serait de 10, 25 ou 50 centigrammes de ce principe par cuillerée à soupe de véhicule, représentant 20 grammes.

A l'extérieur, on peut prescrire la solution dans l'eau ou dans la glycérine, au quart, par exemple. Bouchut emploie la solution aqueuse au quart, dans l'angine couenneuse et les afléctions diphthéritiques locales.

Comme topique dans les dermatoses, on formulera le glycéré de papaïne, au tiers ou au quart, associé à l'acide tartrique en faible proportion. Cet acide renforcera les propriétés de la papaïne, en même temps qu'il agira pour son propre compte contre l'élément démangeaison (Vidal), si habituel dans les dermatoses.

Quant aux doses à prescrire, ce sontcellesde la pepsine ou delà pancréatine: ''^ à 50 centigrammes par repas, comme digestif et anthelminthique, chez l'adulte.

Telle est l'histoire actuelle de la papaïne, alors qu'elle est connue depuis trois ans à peine. Son prix élevé en restreint malheureusement les usages médicaux {voy. Papayer). Ernest Labbée.

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yEnte in Baden-Baden, 1879. — Wurtz et Boochot. Compt. rend, de VAcad. d. se, séance du 25 août 1879, t. LXX.XIX, p. 425. — Des mêmes. Recherches clin, et chim. sur la papaïne ou pepsine végétale t)7ée du Carica Papaya. Extr. du Paris médical, 1879. — Bouchut. Compt. rend, de VAcad. d. se, séance du 15 mars 1880. — Ad. Wurtz. Wem, séance du 14 juin et du 15 nov. 1880. — Lebaigue. Bépertoire de pharmacie, nov. 1880. — Moncorvo. Journ. de thérap., p. 213 ef 459, 1880. — C.vtillon. Association franc, pour l'avanc. des se. Congrès de Reims, p. 1016, 1880, et Revue d. se. médicales, t. XV, p. 490, 1880. — Ad. 'Wdrtz. Sur la papaïne. Contribution à l'histoire des ferments soluhles. In Répertoire de pharmacie, juillet 1880, n° 7, p. 299. — Bouchut. Compendium annuel de thérapeutique, p. 28 et 56. 1881. — Leven et Semerve. Compt. rend, de la Soc. de biol., 5 mars 1881. — MoNCOBVO. 5m;' le Ficus Doliaria. In Bull, de thérap., 1881. — Bouchut. Compendium annuel de thérapeutique, p. 149, 1882. — Merck (de Darmstadt). The London Med. Record, nov. 1882. — MoRRfs. De la papaïne dans le traitement de l'eczéma chronique. In Brilish Med. Journ., mai 1882, p. 738 et 845. — Bouchut. Compendium annuel de thérap., p. 172, 1885. KoTHs, AscH et RossDACii. In D. Zcit^chr. f. klin. Medicin cl Al/g. Central-Zeit., 1883.

PAPALU. Rheede figure, sous ce nom, un arbre du Malabar, dont les fruits, remplaçant la noi.\ d'arec, sont mâchés avec la feuille de bétel, et dont l'écorce séchée et pulvérisée est employée contre les flux de bile.

Ce végétal indéterminé paraît se rapprocher des Psycothria. Pl.

Bibliographie. — Rheede. Ilortus malabar., IV, p. 59, t. 28. — Mérat et de Lens. Dict. mat. méd., y, I8i. Pl.

PAPAA'GAlfE. PAPOXGE. ^om donné AU Cucumis acutangiilusL. Pi..

PAPAPA-C'ARICA. VoiJ. PaPAVER.

PAPAPARA. Nom donné en Amérique au Sapmdws sapowflj'm L. Pl.

PAPAVER. Nom générique latin des Pavots, type de la section des Papavérées, de la famille des Papavéracées. Les fleurs sont, dans ce genre, régulières et hermaphrodites. Elles présentent, sur un réceptacle convexe, un calice de 2 sépales opposés, imbriqués ou tordus, caducs, et 2 corolles de 2 pétales chacune, dont 2 alternes aux sépales, et 2 plus intérieurs, superposés. Ils sont également tordus ou imbriqués dans le bouton, corrugués dans leur portion supérieure, et caducs. L'androcée est représenté par un nombre indéfini, ordinairement très-considérable, d'étamines hypogynes et dont le filet supporte une anthère basifixe, à 2 loges latérales, s'ouvrant chacune par une fente longitudinale, marginale ou légèrement extrorse. Le gynécée est supporté par un pied court, et l'ovaire uniloculaire est surmonté d'un style large et extrêmement court, immédiatement dilaté en une têle hémisphérique, convexe ou en forme de cône très-déprimé, coiffant le sommet de l'ovaire et partagée sur ses bords en autant de dents arrondies qu'il y a de placentas dans l'ovaire. A chacune de ces dents répond un sillon rayonnant, tracé sur la surface supérieure, et dont les lèvres sont tapissées de tissu stigmatique. Ces lignes répondent aux placentas. Ceux-ci sont en nombre très -inconstant; ils proéminent dans l'intérieur de la loge jusqu'à une distance variable, souvent peu considérable, du centre. Ils représentent donc autant de cloisons incomplètes, dont les deux surfaces sont, en totalité ou en partie, chargées d'un grand nombre de petits ovules anatropes. Le fruit est sec, capsulaire; il s'ouvre ordinairement près du sommet, au-dessous de la base du style, par un nombre variable de très-courts panneaux qui 5'abaissent et qui répondent à l'intervalle des placentas. Par ces faux pores

s'échappent alors un grand nombre de petites graines arquées, scrobiculées ou réticulées à la surface, renfermant sous leurs téguments un albumen charnu et huileux très-abondant qui, vers sa portion supérieure, entoure un petit embryon droit ou arqué.

Les petites valvules par lesquelles s'ouvre le fruit s'écartent moins de la paroi dans les pavots dont on a proposé de faire le genre Calomecon. Leurs fleurs sont souvent, dans nos jardins, construites sur le type 5. Ce sont d'ailleurs, comme les autres Papaver, desiicibes annuelles ou vivaces, glabres et glauques, ou hérissées de poils plus ou moins rudes, à suc laiteux blanc, à feuilles alternes, sans stipules, presque toujours lobées ou disséquées. Les fleurs sont presque toujours solitaires, supportées par un long pédoncule terminal ou oppositifolié, penché dans sa portion supérieure avant l'épanouissement de la fleur. Il y a une quinzaine d'espèces de ce genre, la plupart originaires des régions tempérées ou sous-tropicales de l'Europe, de l'Afrique, de l'Asie et de l'Amérique du Nord. L'une d'elles habite l'Afrique australe; une autre l'Australie tropicale.

La question si compliquée des espèces, formes et variétés de Papaver, employées en médecine, a été, dans notre Traité de botanique médicale, réduite aux termes suivants :

Pavot soMNiFÏinE. Le Papaver somniferum L. (P. hortense IIuss.) est une herbe annuelle, à racine pivotante, dure, blanche ou jaunâtre, plus ou moins ramifiée. La tige, dressée, ordinairement simple ou peu ramifiée, enduite d'une efflorescencc glauque, cylindrique, glabre ou parsemée de poils rudes horizontaux, herbacée, laiteuse, est chargée de feuilles alternes, sans stipules : les inférieures oblongues ou ovales-oblongues, échancrées à la base, profondément pinnatiséquées, avec des segments aigus, plus ou moins profondément et irrégulièrement dentées ou serrées; les supérieures de plus en plus larges, cordées, auriculées à leur base, subamplexicaules, à sommet aigu ou légèrement obtus, non pinnatiséquées, mais irrégulièrement serrées-dentées, à dents garnies de pointes acuminées, souvent calleuses et blanchâtres; toutes lisses, luisantes et d'un vert grisâtre ou glauques; ou les inférieures portant des poils en nombre variable, penninerves, à côte pâle, très-saillante en dessous, concave en dessus, à nervures pennées, sinueuses, inégales, ramifiées.

Les fleurs sont terminales, solitaires ou géminées, ou en petit nombre, formant une cyme bi- ou pauciflore terminale, longuement pédonculées . Les boutons sont ovoïdes, d'abord penchés, puis redressés, à sépales concaves, lisses, herbacés, fugaces. Les pétales sont suborbiculaires, brièvement obovales, un peu atténués en coin à la base, et coupés droit en leur point d'insertion, subonguiculés, membraneux, délicats, éphémères, légèrement odorants, blancs, roses, rouges ou violacés, avec ou sans tache purpurine ou noirâtre au-dessus de leur base, ou une teinte basilaiie, d'un jaune verdàlre; satinés, avec des traces des plis formés dans la préfloraison par le chiffonuement du limbe qui est chargé de fines veines rapprochées et radiantes-flabellées. Les étamines ont un filet long et grêle, blanc, qui va en s'élargissant, de la base au sommet, de façon à être étroitement et longuement subspathulé et qui, subitement, se rétrécit, son sommet acuminé s'insérant à la base de l'anthère, linéaire, à deux lignes de déhiscence marginales ; d'un jaune pâle, devenant plus tard d'un brun pâle, et se tordant sur elle-même après la déhiscence. L'ovaire est globuleux ou un peu plus long que large, et le bouclier stylaire a de 8 à 20 rayons stigmatifères, répondant à un nombre égal de dents obtuses, dont est découpé son pourtour. Le fruit est sphé-

rique ou déprimé, plus large que haut, ou ovoïde, ou beaucoup plus long que large, suivant les variétés. Les graines sont réniformes, réticulées, blanchâtres, grises, violacées, bleuâtres ou noirâtres. Toute la plante, sauf les graines, est riche en latex visqueux, blanc, et possède une odeur nauséeuse, opiacée (dimensions : racines, 1 à 2 décimètres de long, sur 1 à 2 centimètres de diamètre; tige, 50 centimètres à l'°,50 sur 1 à 2 centimètres de diamètre; feuilles, 10 à 50 centimètres de long sur 5 à 8 de large; les feuilles bractéiformes du sommet peuvent être réduites de 5 à 5 centimètres de long; pédoncule, 2 centimètres environ ; calice, 5 à4 centimètres ; pétales, 4 à 8 centimètres ; étamines, 2 à 3 centimètres; fruit, 4 à 8 centimètres de long ou de large; graines, 1 millimètre environ de long).

Cette espèce, cultivée depuis si longtemps dans les jardins et les champs, présente beaucoup de variétés et de l'ormes, dont plusieurs ont souvent été élevées au rang d'espèces. Les principales, au point de vue médical notamment, sont pour nous au nombre de deux :

a. album ( Papaver officinale Gmei.. — P. album Lob. — P. somnifernm a L.) . Fleurs ordinairement solitaires, grandes, à pétales blancs, souvent verdàtrcs ou jaunâtres à la base, plus rarement teintés en rose ou lilas pâle. Divisions du stjle, au nombre de 10 à 12 au plus, plus ou moins tôt redressées. Fruit variable, de forme ovoïde, subglobulcux ou parfois déprimé et plus large que long (P. album depresmm Guib.), non déhiscent. Graines blanchâtres ou légèrement jaunâtres, translucides, rarement, dit-on, bleuâtres ou violacées.

Cette variété se présente sous deux formes secondaires : l'une totalement glabre, et l'autre sétigère au moins sur certaines parties, telles que le pédoncule iloral ; et nous avons vu cette variation se produire de semis dans les jardins, avec les graines d'une plante absolument glabre.

b. nigrum. Fleurs souvent géminées ou en petit nombre, ordinairement plus petites que dans la variété précédente, sauf dans les jardins, à pétales violacés, rouges ou pourprés, souvent tachés de noir, au-dessus de la base. Fruit ordinairement plus petit que dans la variété précédente, souvent à peu près globuleux. Divisions du style souvent moins nombreuses (6 à 12), plus ou moins réfléchies sur l'ovaire. Graines noires ou d'un gris plus ou moins foncé, opaques.

Cette variété présente deux formes secondaires : ou elle est entièrement glabre, à dents des feuilles peu dures et muliques; ou bien elle devient sétigère (P. setigerum\)G.) sur les liges, les pédoncules, même les calices, les nervures des feuilles, et l'extrémité des divisions de celle-ci est surmontée d'une soie raide, plus ou moins prononcée. Cette forme se trouve spontanée en Grèce, à Chypre, aux îles d'Hyères, en Algérie, et l'on croit, nous ne savons pourquoi, qu'elle représente le véritable type sauvage du P. somnifernm.

La plupart des parties de ces plantes renferment des réservoirs pour le latex. Ce sont, fait relativement rare parmi les espèces dont la médecine emploie le suc propre, des vaisseaux laticifères, formés de phytocystes unis bout à bout, et dont les cloisons de séparation se sont plus ou moins complètement résorbées; à leur niveau répond une sorte d'articulation. Ces phytocystes présentent des dispositions variées suivant les portions du Pavot dans lesquelles on les observe.

Dans les organes de végétation, ils sont placés dans le tissu sous-libérien, et ils consistent en tubes parfaitement continus , assez rarement anastomosés (Trécul). Dans l'ovaire et le fruit, au contraire, ils s'unissent en faisceaux riche-

ment anastomosés, formant les mailles d'un réseau très-compliqué, dont les branches rayonnent sous forme d'étoiles accompagnées de vaisseaux spiraux et limitent par leur réunion des polygones inégaux et irréguliers, dans lesquels demeurent comme encadrés les autres tissus de l'organe. Ceux-ci renferment d'abord beaucoup de fécule.

C'est le latex extrait par incision des fruits verts, rassemblé en masses et concrète, desséché, qui constitue l'opium, dont on s'occupera ailleurs au point de vue chimique et pharmacologique. Au point de vue de sa constitution chimique, c'est, comme tant d'autres latex, une émulsion, un liquide dans lequel sont tenus en suspension des corpuscules.

Coquelicots. Le Papaver Rhœas L. est le type des Coquelicots, qui constituent dans le genre une section à feuilles cauliuaires non embrassantes. Dans notre pays, les pétales des espèces de cette section sont normalement rouges. Le Coquelicot proprement dit, ou Pavot rouge sauvage, le P. Rhœas, est d'origine austro-orientale, probablement introduit avec les céréales dans nos champs, où il se comporte comme une espèce annuelle. C'est une herbe bien connue, haute de 20 à 30 centimètres, toute chargée de poils rudes, à feuilles alternes, étroites, profondément pinnatifides, à lobes allongés, inégaux, incisés-dentés, aigus; à Heurs terminales, solitaires. Les sépales, chargés de soies rudes, sont fugaces. Les 4 pétales sont obtus, à onglet court; les extérieurs surtout, plus larges que longs, sont d'un rouge vif à l'état sauvage, avec souvent une tache plus ou moins foncée à la base. Les étamines sont d'un violet noirâtre, et l'ovaire court est couronné d'un bouclier stylaire, à un nombre variable de rayons stigmatiques pourprés. L'ovaire a un pied court, tronqué, lisse. Son fruit a la même forme, avec un nombre variable de panneaux de déhiscence, et les graines réniformes sont finement réticulées.

Les espèces voisines du P. Rhœas, et qui sont communes dans nos champs, sont confondues avec lui sous le nom de coquelicots; ce sont : le P. dubium L., à capsule finalement longue et obconique ; le P. hijhridum L., dont la capsule est courte, mais hérissée de soies raides, et le P. Argemone L., où elle est nonseulement hérissée, mais encore étroite et allongée, à peu près comme celle du P. duhium. Ces plantes ont le latex blanc; mais il y a des espèces voisines (ou des variétés) dans lesquelles il est jaune. On emploie en médecine les pétales de ces coquelicots comme mucilagineux, calmants, légèrement narcotiques; on croit qu'ils renferment de la Rhœadine (Messe). Ils font ou devraient faire partie de certains sirops pectoraux, adoucissants. En séchant, ils perdent leur odeur et leur belle couleur rouge, deviennent d'une teinte terne, se chiffonnent plus ou moins et se détériorent bientôt. Aussi, dans quelques pays, en Angleterre, par exemple, les pétales frais sont seuls officinaux.

Les P. orientale L. et hracteatum L., espèce à verticilles souvent trimères et à pétales rouges, constituant la section Calomecon, sont vivaces, ornementaux, et passent aussi pour avoir des propriétés narcotiques. Leurs valvules de déhiscence s'écartent peu de la paroi du fruit (p. 428). H. Bn.

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PAPAVÉRACÉES (Papaveracea) . L'une des familles de plantes Dicotylédones Polypétales qui intéressent le plus la médecine. Elle tire, en effet, son nom de celui des Pavots [Papaver), et elle renferme un grand nombre de types, moins utiles, sans doute, que les plantes qui fournissent l'opium, mais cependant encore d'une grande importance relative, au point de vue médical.

Les fleurs des Papavéracées, telles qu'on les comprend aujourd'hui, sont régulières ou irrégulières et presque toujours hermaphrodiles. Leur réceptacle est le plus souvent convexe, ce qui explique que ces plantes aient été, au temps de Jussieu, rangées dans l'hypogynie; parfois aussi, cependant, il est nettement concave, ce qui entraîne une insertion périgynique. Le calice est formé de deux, trois sépales, ordinairement libres, plus rarement unis en sac gamosépale, et la corolle, qui fait quelquefois défaut, de deux rangées de deux, trois pétales, imbriqués, caducs ou fugaces même dans le plus grand nombre de cas. Dans les Fumariées, les deux corolles sont régulières ou irrégulières, l'une d'elles ayant ses deux pièces, ou seulement l'une d'elles, dilatée au-dessus de sa base en une gibbosité, un capuchon ou un éperon plus ou moins allongé. L'androcée est construit sur deux types. Ou bien le nombre de ses pièces est égal à celui des pétales, comme c'est le fait des Fumariées, et notamment des Hypecoum où il n'est pas déguisé par une diadelphie consécutive, semblable à celle qui se produit dans les Fumeterres et les genres analogues; ou plus souvent, comme dans les vraies Papavéracées, il est formé d'un nombre indéfini d'étamines. Dans ce cas, elles sont toutes libres, hypogynes presque toujours, et cependant périgynes, comme les pétales, dans les Eschschoitziées. Le gynécée est libre, et son ovaire est uniloculaire. Il peut n'avoir, par suite d'avortements, qu'un seul placenta pariétal , comme il arrive surtout dans certaines Fumariées dans lesquelles le nombre normal des placentas est de deux, et aussi dans quelques Bocconies, parmi les Papavéracées. Mais, dans ces dernières, le nombre des colonnes placentaires est très-variable, souvent indéfini. Elles sont plus ou moins saillantes dans la cavité de l'ovaire, et dans les Pavots eux-mêmes elles représentent d'ordinaire des cloisons presque complètes, en nombre égal à celui des divisions du style. Celui-ci a le plus souvent la forme d'une colonne étroite et allongée, dont le sommet plus ou moins dilaté est lobé et stigmatifère. Mais dans les Pavots eux-mêmes la colonne est si courte et si large, que son existence a été méconnue et que le stigmate y a été, bien à tort, décrit comme « sessile ». Dans ce genre, en réalité, il n'y a de stigmatique qu'un certain nombre de rigoles rayonnantes dont la concavité et les lèvres portent les papilles spéciales à cet organe. Les ovules sont anatropes, à micropyle infère ou latéral ; rarement solitaires ou en petit nombre, ils sont le plus souvent en nombre indéfini. Mais alors même, comme dans les Pavois, ils ne recouvrent pas la surface entière des placentas. Le fruit est sec et souvent capsulaire; dans les Pavots, il s'ouvre par des panneaux peu volumineux, situés vers la base du court style persistant. Les graines sont souvent nombreuses, pourvues d'un albumen charnu, huileux (et c'est là le seul cai-actère qui distingue d'une façon absolue les Papavéracées des Crucifères), et d'un embryon droit ou arqué, d'ordinaire peu volumineux. Presque toujours herbacées, rarement ligneuses, les tiges des

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Papavéracées portent des feuilles alternes, entières, lobées ou disséquées, sans stipules. Les fleurs sont solitaires, ou en grappes ou en cymes, axillaires ou plus souvent terminales; les feuilles florales peuvent être subopposées.

Nous avons, à l'exemple de la plupart des botanistes contemporains, partagé la famille des Papavéracées en quatre séries, de la façon suivante :

I. Platystémonées. Tous les pétales sont semblables entre eux, et les étamines libres sont en nombre indéfini. Les divisions stigmatifères du style, alternes avec les placentas, sont libres, distinctes, souvent divergentes. On retrouve en dehors du gynécée une trace de la séparation des carpelles dans leur portion ovarienne, et, à la maturité, les carpelles se séparent complètement les uns des autres. Les placentas séminifères demeurent alors unis aux valves du fruit (gciu'es Plalystemon, Platystigma, Romneya).

II. Papavérées. La corolle et l'androcée sont semblables à ceux des Platystémonées. Le style est épais, dilaté en une sorte de tète plus ou moins trapue (décrite souvent à tort comme un stigmate) et découpée sur ses bords en lobes ou crénelures alternes avec les placentas, ou portant chacun une ligne ou un sillon sligmatifère, superposé aux placentas. Fruits capsulaires, s'ouvrant ordinairement par de courts panneaux, alternant avec les placentas, qui deviennent libres dans cette portion et supportent le style persistant (genres Papaver, Meconopsi?, Argenione, Cathcartia, Stylophorum (?), Sanguinaria, Bocconia, Chelidonium, Glaucium, Rœmeria).

III. Eschscholtziées. Corolle et androcée comme dans les séries précédentes, mais périgynes. Gynécée en partie infère, à deux carpelles. Divisions stigmatifères au nombre de quatre au moins, répondant, les unes aux placentas, les autres au sommet, entiers ou divisés, des feuilles car pellaires. Fruit allongé, strié longitudinalement, à valves portant les placentas sur leurs bords (genres Eschschollzia, Dendromecon).

IV. Fumariées. Fleurs dimères, à deux corolles dissemblables. Étamines en nombre défini (4-6). Gynécée dicarpellé (genres Hypecoum, Dicenlra, Adlumia, Corydalis, Sarcocapnos, Fitmaria).

Par chacune de ces séries, les Papavéracées se lattachent plus particulièrement à l'une des familles voisines: par celle des Plalystemon, aux Pienonculacées ; par celle des Papaver, aux rSenonculacées et aux Berbéridées ; parcelles des Eschscholtzia et des Fumaria, aux Crucifères et aux Capparidacées. Ainsi, les Plalystemon, par lesquels nous avons, dans VHistoire des plantes, commencé l'étude des Papavéracées, ont été quelquefois rapportés aux Renonculacées. Si, en effet, leur gynécée est formé dans sa portion ovarienne d'éléments unis bords à bords en une seule enceinte uniloculaire, il y a une époque, celle de la maturité du fruit, où chacune des feuilles carpellaires redevient indépendante et rappelle ce qui existe d'ordinaire dans les Renonculacées. D'ailleurs, des familles trèsvoisines des Renonculacées et des Papavéracées peuvent comprendre, à côté de types polycarpiques, des genres où l'ovaire est uniloculaire avec des placentas pariétaux : ainsi les Anonacées, les Magnoliacées, les Berbéridacées, qui ont ordinairement des carpelles indépendants, mais parmi lesquelles on voit des genres tels que les Monodora, les Canella, les Erythrospermum. Pour ces raisons, on ne peut méconnaître les étroites affinités des Papavéracées avec les Renonculacées, dont on peut dire qu'elles représentent le type à ovaire uniloculaire. H y a d'ailleurs d'autres caractères qui permettent de ne pas fondre les deux familles en une seule : la fréquence du nombre 2 dans les verticilles

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llora>ix des Paj)avéracées, la présence dans leurs organes d'un latex à propriétés spéciales, la nature capsulaire presque constante de leurs fruits. Les l'odophyllées sont un autre lien entre les Pavots et les Renoncules; elles ont été quelquefois attribuées à ce dernier groupe. Mais en même temps on n'a pu s'empêcher de reconnaître l'étroite analogie qui rapproche des Sanguinaires les Jeffersonia, qui n'en diffèrent réellement que par leur gynécée unicarpellé. Les autres Berbéridacées sont, par suite, également fort voisines des Papavéracces. Elles n'ont pas, il est vrai, de suc laiteux, mais souvent, au contraire, un principe colorant particulier. Leurs étamines s'ouvrent fréquemment par des panneaux et quelquefois par des fentes longitudinales. Mais nous avons fiùt voir que, dans ce dernier cas, les anthères des Berbéridacécs sont presque toujours introrses, malgré les apparences premières; et celles des Papavéracées sont, au contraire, généralement extrorses. Le nombre des carpelles, réduit ordinairement à un seul dans les Berbéridacées, tandis qu'il est plus considérable dans les Papavéracées, ne peut plus être invoqué depuis qu'on a placé parmi les Berbéridacées les Lardizabalées, toutes pluricarpellées, et les Érythrospermées, dont les carpelles unis bords à bords forment un ovaire uniloculaire, tout à fait comparable à celui des Pavots. Mais il y a une autre différence entre les Papavéracées et les Podophyllées, c'est-à-dire les Berbéridacées : c'est que le nombre des étamines, lorsqu'il est défini dans les Papavéracées, est généralement un nombre multiple de 2, tandis que, dans le même cas, les Berbéridacées ont un nombre d'étamines multiple de 5, les pièces de l'androcée étant disposées par verticilles trimères dédoublés. Les Epimedium, qui presque tous ont des fleurs dimères, font seuls exception, niais leurs anthères à panneaux sont caractéristiques. Cependant, les Vancouveria sont des Epimedium trimères.

Par les Fumariées à androcée délini, les Papavéracées se rapprochent sans doute des Crucifères hexandres, mais elles n'ont pas des étamines tétradynames ; et alors même que leur fruit est siiiqueux et pourvu d'une fausse cloison, comme celui des Glaucium, les graines des Papavéracées ont un albumen charnu qui manque dans celles des Crucifères. Les Pavots sont surtout analogues aux Nénuphars et aux Sarracénées. Mais ces dernières ont des pétales en même nombre que les sépales, et ne possèdent pas, comme les Papavéracées, un calice et deux corolles, quel que soit le nombre total des pièces du périanthe. Les Nymphaeacces ont le plus souvent des pétales en nombre indéfiDi, disposés suivant une spire continue, et non arrangés en verticilles; et leur graine possède un double albumen. 11 y a aussi, parmi les familles à ovaire uniloculaire et à placentas pariétaux, dont les affinités avec les Polycarpicées ne sont pas encore bien nettement établies, des genres qui, par leurs organes sexuels, rappellent beaucoup ce qui s'observe dans les Papavéracées : les Parnassia, par exemple, certaines Cistacées, Bixacées et Cappaiidacées.

Les organes de végétation sont, jusqu'à un certain point, caractéristiques dans les Papavéracées. Notons principalement le peu de consistance des tiges, qui sont presque toujours herbacées, souvent glabres et glauques, ou bien couvertes de longs poils qui peuvent être rudes et piquants. Il n'y a que deux Bocconia et le Dendromecon dont les tiges frutescentes deviennent ligneuses, dans leur portion infériétire du moins. Un trait bien plus remarqué de l'organisation des Papavéracées, c'est la présence, dans la plupart d'entre elles, d'un suc laiteux, blanc ou coloré. Dans quelques-unes, il devient opalin, translucide, et dans les Fuiiiariées à peu près seules, le suc des tiges et des feuilles est d'une Iranspa- DicT. ENC. 2' s. XX. 28

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