PA PAVER ACÉ ES
rence complète ou à peu près. Les Papavéracées ont toujours été citées comme exemple de plantes riches en suc propre ou latex.
Celte famille est aussi une de celles dans lesquelles les réservoiis du latex sont des vaisseaux laticifères, ou au moins des phytocystes-cellules rapprochc's entre eux en séries, alors que leur fusion n'est pas assez complète pour qu'on puisse les considérer comme de véritables vaisseaux. Ces réservoirs ont été décrits depuis longtemps, mais d'une façon fort imparfaite, notamment par Moldenliauer et, plus tard, par Unger et ilanstein, qui avaient eux-mêmes pu tirer parti des recherches d'Amici, de Linket de C.-II. Schuitz. Ils ont été surtout étudiés, de notre temps et dans notre pays, par M. A. Trécul, pour lequel il existe deux types de structure et de distribution de laticifères dans les Papavéracées.
D'après le premier type, les laticifères sont répartis surtout au pourtour des faisceaux fibro-vascul aires des tiges aériennes et des feuilles (Chelidonium, Macleya, Sanguinaria). D'après le second type, les laticilères existent seulement dans le tissu sous-libérien des faisceaux fibro-vasculaires des mêmes organes. Dans l'un et dans l'autre cas, ce ne sont donc point les fibres du liber exclusivement qui renferment le latex; ce qui ne veut pas dire que ces laticifères n'aient aucune des propriétés de ces fibres. Les Papavéracées serviront, au contraire, à démontrer que ces vaisseaux, suivant les parties qu'ils traversent, sont constitués par des éléments divers, c'est-à-dire que, dans le parenchyme, ils sont formés de cellules semblables à celles de ce parenchyme {Chelidonium] , qu'au contact du liber ils peuvent être composés d'éléments semblables aux cellules du liber, et susceptibles de s'épaissir comme ces dernières, etc. Dans les Pavots, les Argemone et les Rœmeria, les laticifères se montrent dans le tissu sous-libérien, sons forme de longs tubes continus, plus ou moins fréquemment anastomosés suivant les espèces; ils le sont assez rarement dans le Papaver somniferum. Dans le calice et le fruit, au contraire, ils forment un réseau extrêmement compliqué. Dans les racines des Argemone^ on aperçoit les séries de cellules à latex qui doivent se transformer en tubes anastomosés. La présence de ces cellules superposées en séries et reliées en réseau par d'autres séries constitue l'état adulte des réservoirs à latex du Sanguinaria canadensis. 11 y a aussi dans cette plante des cellules à lalex isolées, et, dans les pétales, des tubes continus. Les Ghélidoines ont des cellules contenant le latex, qui sont de forme variable, suivant la partie qu'elles occupent. Dans le parenchyme cortical et dans les rayons médullaires, elles sont courtes. Dans le liber, elles s'allongent comme les fibres libériennes elles-mêmes. Dans le Bocconia {Macleya) cordata, la distribution est à peu près la même. Les réservoirs du latex situés dans le liber paraissent être de véritables fibres libériennes et ne diffèrent pas du tout de ces organes quand le latex conlenu a disparu avec l'âge; ce qui se produit graduellement de la base au sommet de la lige. Dans les Glaucium, le lalex est dans des cellules isolées, bientôt vidées dans la tige du suc coloré qu'elles contenaient; il y a quel((ULS séries de cellules à latex jaune dans les couches les plus extérieures de la racine. Dans les diverses plantes de cette famille, il y a d'ailleurs communication des réservoirs du latex, soit entre eux par des perforations ou par des conduits particuliers, soit avec les différents vaisseaux lymphatiques; et fliême dans les Argemone M. Trécul a vu le latex se former sur place dans la cavité de certains vaisseaux dont le canal en était obstrué.
Les Papavéracées connues sont au nombre déplus de 150, habitant les régions
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lenipéi'ées, froides et sous-tropicales de rhcmisphère boréal dans les doux mondes; elles sont rares dans les pays tropicaux et ne se rencontrent qu'excuplionnellement dans l'hémisplière austral.
Bibliographie. — Juss., Geit., 235. — Linoi,., Veg. Kiw/d., 450. — Endl., Geit., 8.^4; Enchirîd., 444. — DC, Prodr. regn. ver/., I, 117, Ord. 9. — Bënth. et J. Hook., Gen., I, 49, Ord. 10. — 11. Bâillon, HUt. des plant., 111, 105, XVI; Tr. Bol. inéd. i)lian6r., 724.
H. Bs.
PAPAVÉRIWE. § I. (.hiiuic C'-H'^'AzO'*. La papcivérine est un alcaloïde relue de l'opium et découvert par Merck.
PRÉPARATiOiN. Lc procédé le plus avantageux pour l'extraction de cet alcaloïde a été indiqué par M. liesse. Il consiste à traiter les eaux-mères colorées et incristallisables qu'on obtient dans la préparation de la morpliine d'après le procédé Uobertson-Gregorg (ce procédé consiste à précipiter par du chlorure de calcium l'infusion aqueuse de l'opium, à séparer par le (litre le méconate de chaux et à faire cristalliser le chlorhydrate de morphine contenu dans la liqueur lîllrée lyoy. Morphine]). On étend d'eau les eaux-mères liltrées, et on précipite par de l'ammoniaque. Le précipité est lavé et soumis à l'action de la presse. Le précipité renferme de la résine, de la narcoline, de la papavérine et un peu de thébaïne; la liqueur dans laquelle le précipité s'est formé contient de la narcéine, et peut être utilisée pour l'extraction de cet alcaloïde {voy.'^xncûisE). Le précipité complexe est dissous dans l'alcool bouillant; par le refroidissement de la solution filtrée, la majeure partie de la narcoline cristallise ; les eaux-mères renferment la papavevine et le restant de la narcoline. l'our opérer la séparation, on se base sur la propriété de la narcoline de ne pas saturer l'acide acétique, tandis que la papavérine le salure complètement. Un fait donc digérer le précipité avec de l'acide acétique, en ayant soin que cet acide ne soit pas en excès et que la liqueur soit parfaitement neutre; ou filtre, et on ajoute au résidu une nouvelle quantité d'acide acétique en ayant soin de ne pas dépasser la neutralisation. Les solutions d'acétate de papavérine sont filtrées, précipitées par un alcali, et le précipité lavé et séché esP dissous dans l'alcool bouillant d'où, par le refroidissement, la papavérine le dépose à l'état cristallisé. On peut encore séparer la papavérine de la narcoline et de la ikébaïne, en versant dans la solution acétique de l'acide oxaiuiue qui forme un oxalate de papavérine trèspeu soluble qui se précipite. Cet oxalate est purifié par des cristallisations dans l'eau bouillante, et précipité par de l'ammoniaque.
Cristallisée dans l'alcool, la papavérine se pi évente sous la forme de prismes aciculaires groupés confusément, incolores et insolubles dans l'eau, peu solubles à froid, dans l'alcool et l'éther, plus solubles à chaud. Les solutions bleuissent à peine le papier de tournesol rougi par un acide. Il n'est pas certain, d'après MM. Boucbardat et Boudet, que la itapavérine possède un pouvoir rotatoire; dans tous les cas son action sur la lumière polarisée est extrêmement faible.
Exposée à la chaleur, la papavérine lond à la température de 147 degrés.
Réactio.ns de la. rAi'AvÉRi-NE. La réaction suivante permet de distinguer la papavérine des autres alcaloïdes. La substance à essayer est additionnée, dans une capsule, de quelques gouttes d'acide sulfurique concentré jusqu'à dissolution complète; il se produit une coloration violut clair; on chauffe; la coloraliuu primitive devient rouge cerise et, Imalenient, lorsque l'acide commence à entrer en ébulliliou, la couleur devient violet bien. Cette teinte est très-fixe; si, après
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refroidissement, on ajoute un peu d'eau, elle devient jaune orangé. En ajoutant à la solution un excès d'une solution de soude, elle prend immédiatement une teinte foncée et devient presque noire; elle est rouge violet à la lumière réfléchie, et jaune paille à la lumière transmise. Aucun des alcaloïdes suivants ne possède cette réaction : strychnine, brucine, morphine, salicine, narcotine, narcéine, digitaline, picrotoxine, curarine, colchicine et cantharidine.
Les effets physiologiques de la papavérine sont peu marqués. On peut en absorber des quantités assez notables sans en ressentir un effet particulier.
Sels de papavérine. L'acide azotique étendu dissout la papavérine sans la décomposer, mais, si l'on ajoute à la solution un excès d'acide azotique, il se développe des vapeurs nitrcuses, et la liqueur se colore en rouge foncé ; il se dépose alors des cristaux d'azotate de nitro-papavérine. On ne peut obtenir l'azotate pur que par double décomposition du chlorhydrate de papavérine avec le nitrate d'argent ; la liqueur filtrée donne par évaporation des prismes volumineux anhydres.
Chlouhvdrate de papavérine. On obtient ce sel en faisant dissoudre la papavérine dans un excès d'acide chlorhydrique étendu; il se précipite alors sous la forme d'un liquide huileux, qui se prend peu à peu en gros cristaux. Ces cristaux appartiennent au système rhombique et sont hémièdres.
Le sulfate de papavérine est peu soluble dans l'eau et cristallise en petits prismes. Le chloroplatinate forme un précipité jaune foncé insoluble dans l'eau et l'alcool. L'iodomercurate est cristallisé et soluble dans l'eau bouillante. L'oxalate est un sel incolore, cristallin, très-peu soluble dans l'eau à froid. Il exige, à 10 degrés, 088 parties d'eau pour se dissoudre. Le tartrate, au contraire, est très-solnble dans l'eau. Cette propriété sert à séparer la papavérine de la thébaïne, dont le tartrate est très-peu soluble dans l'eau.
Dérivés chlorés, bromes et iodés de la papavérine. Lorsqu'on fait passer un courant de chlore dans une solution de chlorhydrate de papavérine, la liqueur se colore en brun et dépose, au bout de quelque temps, un précipité d'un gris sale, qui est le chlorhydrate de chloropapavérine. Traité par l'ammoniaque, il se forme du chlorhydrate d'ammoniaque et la chloropapavérine est mise en liberté. L'eau bromée ajoutée goutte à goutte à du bromhydrate de papavérine donne un précipité qui est le bromhydrate de bromopapavérine, dont l'ammoniaque isole la base. La teinture d'iode donne des cristaux d'indhydrate d'iodopapavérine. Une solution alcoolique de papavérine additionnée de teinture d'iode dépose, au bout de quelque temps, de petits cristaux qui forment des prismes rectangulaii'es de couleur pourpre par réflexion, et rouge foncé par transmission, insolubles dans l'eau, mais décomposables par les alcalis qui laissent la papavérine.
Dérivés nitriques de la papavérine. L'acide azotique étendu dissout la papavérine sans la décomposer, mais, ajouté en excès, cet acide concentré la décompose, avec production de vapeurs nitreuses, et la liqueur se colore en rouge foncé, de laquelle se déposent après refroidissement des cristaux orangés de nitrate de nitropapave'rine. On isole la nitropapavérine en décomposant le nitrate par l'ammoniaque; elle se dépose alors sous la forme de flocons jaune clair qui, lavés, séchés et cristallisés dans l'alcool bouillant, sont transformés eu aiguilles d'un jaune rougeâtre pâle.
La nitropapavérine est insoluble dans l'eau, l'alcool et l'éther, elle se dissout dans les acides et les neutralise complètement. Ses sels sont peu solubles dans l'eau, ils sont d'une couleur jaune rougeâtre pâle. La nitropapavérine est
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fusible, mais elle se décompose rapidement à une température élevée. Elle ne se colore pas, comme la papavérine, au contact de l'acide sulfmique concentré.
Sels de papavérine. Azotate. Ce sel peut se préparer directement en dissolvant la papavérine dans de l'acide azotique étendu, mais il faut éviter le plus léger excès de cet acide. Cristaux prismatiques volumineux et anhydres.
Chlorhydrate. On le prépare en dissolvant la papavérine dans un excès d'acide chlorliydrique étendu. 11 se précipite sous la forme d'un liquide huileux, qui se prend bientôt en gros cristaux hémièdres orthorhombiques.
Ckloromercurate, Lamelles rhomboïdales incolores, soluhles dans l'eau bouillante.
Chloroplatinate. Précipité jaune et pulvérulent, insoluble dans l'eau et l'alcool.
Sulfate. Il s'obtient [tar la dissolulion de la papavérine dans l'acide sulfurique étendu. C'est un sel cristallisable, soluble dans l'eau et l'alcool. LtTz.
§ 11. Emploi médical. II n'est peut-être pas d'alcaloïde, retiré de l'opium, qui soit moins connu que la papavérine ; et l'on en est encore à constater, dans les auteurs qui s'en sont occupés, le désaccord le plus absolu sur son mode d'action et même sur son degré de toxicité. Ce n'est pas cependant que la papavérine ait été oubliée par les expérimentateurs. Elle a été étudiée par CI. Bernard, Leidesdorf, Bresslauer, Baxt, Stark, Albers, et chez nous Bouchut {Rechercher thérap. sur les substances et sur les alcaloïdes tirés de l'opium, tels que la morphine, la codéine, la narcéine, la thébaïne, la narcotine, la papavérine, la méconine. L'acide opianique, in Bullet.de thérap. 1877, t. LXXXII, p. 557). Ce dernier travail, d'une teinte sceptique très-accusée, se sépare des autres qui ont été publiés sur la papavérine par une dénégation absolue non-seulement de l'utilité, mais même de l'activité de cet alcaloïde. Et il est de fait que, si l'auteur s'est servi d'une papavérine vraie, bien préparée, et si dans onze expériences, sur des enfants de huit à quatorze ans, il a constaté que des doses de cet alcaloïde portées progressivement de 2 à 50 centigrammes n'ont manifesté leur action par aucun phénomène saillant, il faut rayer cet alcaloïde de la classe des médicaments et y voir une substance quasi-inerte. Cl. Bernard lui-même, sans affirmer aussi complètement l'inactivité de la papavérine, la plaçait, sous ce rapport, sur un rang peu élevé dans la liste des alcaloïdes de l'opium. Il me parait très-remarquable que les physiologistes et les thérapeutistes allemands (sauf llofmann) qui l'ont expérimentée ont été unanimes à lui attribuer, à rencontre des médecins fiançais, des propriétés énergiques. Il semble bien probable que des deux côtés des produits dilférents ont été expérimentés; et j'estime qu'au lieu de revenir à ces essais comme si la question était définitivement résolue, il faut au contraire la remettre à l'étude. Je dois dire toutefois que même en Allemagne, si la majorité des expérimentateurs a vu dans la papavérine une substance active avec Baxt, Leidcrdorf, Bresslauer, etc., le désaccord existe encore sur ce point. llofmann en particulier a tiré de ses expériences sur la papavérine ces conclusions : que même à la dose de six grains (56 centigrammes) elle ne produit pas d'effets appréciables ; qu'elle ne provoque pas le sommeil, n'agit pas sur la contractilité et ne modifie en rien la circulation, la respiration et la sécrétion {Wien. ined. Wochenschr., 1875, et Bullet. de thérapeut.). Ces conclusions sont, on le voit, en conformité avec celles de Bouchut. Mais des résultats négatifs n'ont jamais qualité pour infirmer des faits positifs,
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et il est très-probable que des différences dans les conditions expérimentales expliquent la diversité des résultats obtenus. L'uniformité du produit essayé est, je le disais tout à l'beure, particulièrement suspecte.
L'action hypnotique ou somnifère de la papavérine a été affirmée par Leidesdorf, Bresslauer et Stark, et niée par Albers, Cl. Bernard et Bouchut. Stark l'a fortement préconisée à ce titre et il lui a attribué, sur l'opium et la morphine, l'avantage de produire le sommeil sans troubles concomitants, c'est-à-dire sans pesanteur de tête, anorexie et vomissements, constipation. 11 faut au moins conclure, des résultats négatifs auxquels sont arrivés d'autres cliniciens, que l'action somnifère de la papavérine est très-variable et qu'elle ne saurait, à ce point de vue, être placée sur la même ligne que la morphine, la codéine et la narcéine. Elle parait agir sur la pupille comme l'opium, c'est-à-dire la rétrécir ; et Stark l'a considérée comme un stupéfiant du centre cilio-spinal. Un autre phénomène que produirait aussi la papavérine, suivant Stark et Baxt, serait un ralentissement considérable de la circulation, lequel se montrerait en même temps que l'action myotiquc. Stark a vu des cas dans lesquels, sous cette influence, le pouls baissait de 20 à 30 pulsations. Si cette observation se confirmait, il faudrait considérer la papavérine comme augmentant d'une manière opportune la série des agents qui ralentissent la circulation, et probablement aussi la thermogenèse, et elle trouverait son application, comme sédatif de l'activité cérébrale, dans les inflammations et les fièvres. L'excitation du cerveau, qu'elle soit de cause somatique ou psychique, semble du reste jusqu'ici l'indication la plus importante de la papavérine. Cette sédation cérébrale contraste avec l'excitation musculaire que Cl. Bernard considérait comme l'une des caractéristiques de l'action physiologique de la papavérine. On sait qu'il regardait cet alcaloïde comme devant, dans la série des principes de l'opium, être placé à côté de la tliébaïne et de la narcotine, comme agent convulsivant. Gubler a adopté ce classement, et il a fait, de ces trois alcaloïdes, un groupe particulier {Leçons de thérnp. Paris, 1877, p. 112). Je dois dire toutefois que les auteurs allemands, qui accordent à la papavérine une action très-réelle, ne signalent nullement ses effets excito-moteurs et se contentent d'insister sur ses propriétés somnifères et sur son utilité contre l'éréthisme cérébral.
C'est surtout dans les maladies mentales que la papavérine a été employée jusqu'ici par Leidesdorf et Bresslauer en 1 869 et deux ans plus tard par Stark. Les uns et les autres ont été conduits à cette a})plicalion par la sédation cérébrale et circulatoire qu'ils attribuent à la papavérine, espérant ainsi combattre, du même coup, l'éréthisme nerveux, et diminuer l'irrigation sanguine du cerveau. Les formes excitées de l'aliénation, et notamment celles qui s'accompagnent de turgescence et de chaleur de la figure, leur ont semblé le champ rationnel desapplications de cet alcaloïde. Bouchut y a eu recours dans l'épilepsie et la coqueluche, mais l'absence de phénomènes physiologiques l'ayant fait douter de l'activité réelle de cette substance, il n'a pas poussé ses essais aussi loin peutêtre qu'il eût àù le faire.
Les auteurs qui ont étudié la papavérine ont signalé à propos de son action des particularités singulières. Suivant eux, son action est très-tardive;, elle ne se produit, même quand le médicament est employé par voie hypodermique, que trois, quatre et même sept heures après l'injection ; mais aussi estelle plus durable et s'accuse-t-elle encore au bout de vingt-quatre et même de quarante-huit heures. De même aussi elle échapperait à la loi de l'assuétude
PAPAYER (Botanique). 43&
médicamenteuse, et on pourrait en continuer l'usage longtemps sans voir son action s'émousser, et sans être obligé d'en élever la dose.
La papavérine est très-peu soluble et, quand on veut l'employer en injections, il faut faire intervenir l'acide citrique. Bouchut a employé aussi des solutions neutres contenant de 1 à 5 centigrammes de papavérine par gramme d'eau. A l'intérieur, il a conseillé un sirop contenant de 7 à 10 centigrammes de cet alcaloïde par cuillerée à bouche. Hofmann a employé le chlorhydrate de papavérine, sel blanc, soluble en petite quantité dans l'eau froide, très-soluble dans l'eau chaude, de saveur désagréable. Les injections, qui ne produisent pas d'irritation locale, sont le meilleur mode d'emploi de la papavérine. Foassagrives.
PAPAVOl\E (Louis-Nicolas). Ce médecin, natif de Villeneuve-le-Roi, dans le département de l'Yonne, élève de l'École pratique, interne des hôpitaux, reçu docteur à Paris, le 26 avril iSÔO, s'est fait connaître par de bonnes publications qu'a recueillies le Journal du progrès des sciences médicales :
I. Observation d'un accouchement mortel par suite ds fracture et de déformation consecutivedu bassin. Ibid., t. XII, p. 234, 182S. — 11. Observations de turgescence cérébrale, recueillies à l'hôpital des Enfants Malades, service de M. Guersant. Ibid., t. XVIII, p. 17ti , 1829. — m. Observation d'hydrocéphale, de tubercule du cervelet, de dcformalion consécutive de la base du crâne. Ibid., p. 181. — IV. Observation d' hydatides du poumon chez un enfant. Ibid., 2- série, t. I, p. 222, 1830. — V. Mémoire sur les tubercules considérés spécialement chci les enfants. Ibid., t. II, p. 84-148, 1830. — VI. Observations de convulsions chez les enfants apparaissant comme phénomène unique dans des maladies diverses . Ibid., t. III, p. 217, 1850. A. C.
PAPAYER [Papaya T.). § L Botanique. Genre de plantes, de la famille des Bixacées, qui a donné son nom à une série des Papaye'es et dont beaucoup d'à 17teurs ont fait une famille des Papayace'es ou des Carice'es, parce que Linné {Gsn., n. i 127) a donné au genre le nom de Carica. Jussieu a préféré celui de Papaya, établi par Tournefort, et l'on a réuni actuellement à ce genre les Vasconcellea et les Jacaratia, considérés par certains botanistes comme des types distincts.
Les fleurs des Papaya sont régulières, polygames ou dioïques. Les mâles ont un réceptacle convexe qui porte un calice gamosépale, ordinairement peu développé, le plus souvent découpé en 5 dents imbriquées ou valvaires, et une corolle gamopétale, ordinairement infundibuliforme ou hypocratérimorphe, à tube étroit et à limbe partagé en 5 lobes égaux, souvent insymétriques, tordus ou plui rarement imbriqués ou valvaires. Les étamines sont au nombre de 10, superposées, 5 aux divisions du calice, et 5, placées plus bas, aux lobes de la corolle. Toutes sont insérées vers la gorge de cette dernière, formées chacune d'une anthère biloculaire, introrse, déhiscente par deux fentes longitudinales, et d'un filet variable, soit comme longueur, soit en ce qu'il est tout à fait libre ou uni dans une étendue variable de sa base avec celle des filets voisins. Les 5 étamines oppositipétales peuvent même être à peu près sessiles. Dans les espèces de la section Jacaratia, la monadelphie est plus ou moins prononcée. 11 y a au centre du réceptacle un gynécée rudimentaire, ordinairement subulé, et dont les dimensions varient beaucoup. La fleur femelle a un calice analogue à celui des fleurs mâles et une corolle de 5 pétales libres^ valvaires ou tordus dans le bouton. L'androcée peut manquer totalement, ou, plus rarement, il est formé d'un nombre variable d'étamincs hypogynes. Elles peuvent être peu développées, mais je les ai vues plusieurs fois pourvues d'anthères fertiles, comme celles des
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Heurs mâles ; ce qui explique que des fleurs femelles aient pu être fécondées en l'iibsence d'individus mâles ; cela est arrivé assez souvent. Le gynéce'e est ici complètement développé. Il se compose d'un ovaire libre, le plus souvent uniloculaire, surmonté d'un style à 5 branches stiymatifères, plus ou moins longuement divisées en rameaux dont l'extrémité est recouverte de papilles. Les placentas, pariélaux, au nombre de 5, sont plus ou moins proéminents et portent im nombre indéfini d'ovules anatropes. Ces ovules sont remarquables par l'évolulion de leurs tégimients, le plus extérieur d'entre eux étant, dans les espèces ({ui ont été observées, celui qui se montre le premier. Le fruit est une baie de l'orme et de dimensions très-variables, dont la pulpe renferme un nombre indéfini de graines. Celles-ci sont formées de léguments épais, principalement le moyen. Sa surface extérieure est souvent pourvue de saillies et de dépressions alternatives, et au niveau de ces dernières le tégument extérieur, plus mince et plus mou, présente d'ordinaire sa plus grande épaisseur. L'albumen est charnu; il entoure un embryon axile, à radicule cylindrique, à cotylédons foliacés et digitinerves à la base. Les Papayers dont on a fait le geme Vasconcellea (A. S. -H.) diffèrent des précédents en ce que leur ovaire est partagé jusqu'à une hauteur variable en cinq loges plus ou moins complètes. Les cloisons se rejoignent au centre dans les deux tiers au moins de leur hauteur, mais dans le tiers supérieur ou dans une moindre étendue elles sont obliquement coupées de dedans en dehors et de bas en haut; de sorte qu'au-dessus d'elles il n'y a qu'une loge ovarienne. Le développement de ces cloisons n'empêche pas l'iniertion pariétale des ovules dans leurs intervalles. Les Vasconcellea ont plus souvent la corolle valvaire que les véritables Papaya.
Les Papayers sont des arbres et des arbustes de l'Amérique tropicale. On en connaît plus de vingt espèces, dont quelques-unes ont été transportées et sont cultivées dans tous les pays chauds de l'Ancien Monde. Tous leurs organes renferment un latex blanc, souvent épais. Le plus ordinairement, leur tronc est simple, à bois mou, et son sommet se couronne d'une cime de feuilles alternes, plus ou moins rapprochées, comme celle d'un Palmier, pétiolées, sans stipules, avec un limbe simple, digitinerve, plus ou moins profondément découpé. Plus rarement il est composé-digité, avec un nombre de folioles qui varie de 5 à 12. Dans les Jacaratia, il y a ainsi de 7 à 9 folioles à la feuille. Les fleurs sont axillaires ou disposées sur le bois en grappes simples, ou en grappes de cymes, plus ou moins ramifiées, sans bractées. Les fruits sont sessiles ou supportés par des pédoncules plus ou moins longs, ascendants ou pendants.
Le Papayer commun, que Tournefort avait nommé, en 1700, Papaya fructu Melopeponis, est le P. Carica G^RTN.,le P. sativa Tuss., le P. vulgaris DC. et le P. orientalis Col. Linné le nommait Carica Papaya, et c'est aussi le C. Mamaya de Yellozo de Conceicas. C'est une espèce de l'Amérique centi'ale, à tronc simple ou peu ramifié, nu à la base, dressé. Ses feuilles sont subovales ou suborbiculaires, 6-9-fides ou partîtes, à lobes ovales-aigus, sinués ou irrégulièrement dentés; les inférieurs rapprochés du pétiole; le limbe est mou, peu solide, d'un vert foncé en dessus, pâle en dessous, avec les nervures digitées, épaisses, reliées par des veines irrégulièrement anastomosées et, comme elles, très-saillantes en dessous. Le pétiole est cylindrique, sauf vers sa base dilatée où il est creusé en dedans d'un sillon mousse. Les fleurs sont d'un blanc verdâtre ou jaunâtre. Le fruit, de forme très-variable, comme il arrive dans tant d'autres arbres fruitiers cultivés, ou ovoïde-oblong, ou plus court, à côtes peu prononcées
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ou nulles, a un péricarpe épais, vert, puis d'un jaune plus ou moins orangé, qui rappelle beaucoup celui de certaines Cucurbitacées. Il est aussi, suivant les variétés, plus ou moins longuement pédoncule, tantôt dressé ou ascendant entre les bases des feuilles, tantôt, au contraire, plus ou moins longuement pendant. Les dimensions des diverses parties sont les suivantes : épaisseur du tronc, 1/2 mètre; feuilles : pétiole, 30-50 cent.; limbe, 20-40 cent, de long et de large; fleurs, 2-5 cent.; fruit, 2-o décimcires.
Le latex qui est contenu dans la plupart des organes du Papayer et même dans son fruit avant sa maturité est renfermé dans des laticifères qui ont été étudiés par un certain nombre d'auteurs et notamment par II. Scbaclit. Dans la tige qui devient creuse de bonne heure et qui ne renferme pas de bois proprement dit, les laticifères prennent naissance au côté interne du camblinn, en série simple et plus rarement double : aussi leurs troncs principaux ne se trouventils que dans la partie située à l'intérieur du camhium. Ils ne se forment, en même temps, que dans le faisceau vasculaire et non dans les points qui correspondent auv rayons médullaires. Les phytocystes qui doivent les constituer se distinguent de bonne heure des cellules cambiales par leur contenu plus granuleux et par le mode d'épaississement de leur paroi. Celle-ci présente, aux points OLi se toqchcnt deux cellules primitives, des renflements ou nodosités. Pendant que ces nodosités grossissent, la membrane qui sépare les deux cellules adjacentes disparaît, et il en résulte une communication entre ces deu'c phytocystes. Les tubes, ainsi formés d'un nombre variable d'éléments, sont latéralement reliés entre eux par des « tubes de jonction » (Scliachl), et il en résulte un réseau très-compliqué, formé finalement de branches très-inégales et trèsirrégulièrement agencées. Le latex sort non-seulement de toutes les blessures faites dans la profondeur ou à l'épiderme, mais encore de l'épiderme du fruit. Il est demi-lransparent, laiteux, ne se mêle pas à l'eau, et concrète lentement forme de petits globules. L'iode le colore en jaune, l'acide sulfuriquc en rougeâtre, le sucre avec l'acide sulfurique en rouge-rose intense. Dans les feuilles, les laticifères se forment également au côté interne du camhium ; tous font partie du faisceau vasculaire, et ils s'unissent, d'un faisceau à l'autre, par linterniédiaire des tubes de jonction.
11 y a d'autres Papaya qui sont indiqués comme ayant des fruits comestibles : ce senties P. caullflora Poir. {Vasconcellea cauliflora A. DC), dodecnphylla H. Bn. [Jacaratia dodecapliylla A. DC), microcarpa Poiu., nana et piriformis H. Bn. {Carica pyriformis Hook.). Au nord du Brésil, le P. digitata H. Bn [Carica digitata Pœpp. et Exol.) passe pour un poison mortel, aussi terrible, dit-on, que les Vpas de Java ; son latex brûle énergiquementla peau et y produit des phlyctènes, parfois suivies d'ulcérations.
Quant à la place à donner aux Papayacées, Kndlicher en a fait un ordre, rangé entre les Loasées et les Nhandirobées. Lindley les interpose, à titre d.'ordre distinct, entre les Bégoniacées et les Pangiées. MM. Bentham et J. Ilooker en font une tribu des Passiflorées, et nous les avons rangées, à côté des Pangiées dont elles ont beaucoup de caractères, dans la grande famille des Bixacées.
H. Bn.
Bibliographie. — T., Inst. Bel Jierb. [1700], 659, t. 441. — Adans., Fam. des plant., II, 557. — J., Gen., 599. — G.ertn., Fruct., II, 191, t. l'22. — DC, in Lamk Dict. encijcl., V, 2. A. DC, Prodr., XV, p. I, 414. — Mér. et de L., Dict. Mat. me'd., II, 106. — Roxc, FI. ind., III, 1824. — Li.ndi... FI. med., 107. — Glib., Drog. simpl., éd. 7, III, 267. — Turp.,
U2 PAPAYER (Bromatolocie).
in Dict. sc^ nat., Atl.. t. 212. — Endl., Gen., n. 5119. — Payer, Fam. nat., 118. — Benth. et J. HooK., Gen. plant., 81Ï, n. 17, 18. — H. Bn, Hist. des pi., IV, 285, 293, 297, 320, fig. 332-358; Tr. Bot. méd. phanér., 832. H. Bn.
§ II. Bromatologie. Les parties du papayer qui nous intéressent sont le fruit et le suc, le premier sous le rapport bromatologique, le second principalement sous le rapport thérapeutique. Ce second point de vue a été étudié avec soin à l'article Papaïne. Nous dirons donc seulement ici quelques mots des usages alimentaires du fruit et du suc de papayer.
Le fruit connu aussi sous le nom vulgaire de Melon des tropiques a en effet le volume et l'aspect d'un melon ou d'un potiron de taille moyenne. Il est vert à l'extérieur, et en général sa chair est jaune à l'intérieur; elle est formée d'une pulpe sucrée renfermant un grand nombre de semences ayant l'aspect du poivre noir. Sa saveur varie suivant les contrées où on le récolte; le plus souvent fade, elle est parfois fine et délicate. Aussi ce fruit est-il tantôt délaissé, tantôt au contraire assez estimé; ici il est mangé cru, ailleurs on le préfère quand il a été soumis à la coction. On prépare quelquefois les papayes au vinaigre quand ils n'ont que la moitié de leur grosseur.
Dans l'Inde, il est Irès-goûté des naturels et des Européens; on s'en sert comme -dessert lorsqu'il est mûr et comme légume lorsqu'il est encore vert; aux Molnques ou le mange soit cru, soit cuit ; dans ces îles, on fait aussi entrer les fleurs rnàlcs dans la composition d'une compote; à la Nouvelle-Grenade, le papayer est cultivé à cause de son fruit qui est recherché ; j'ai pu constater moimême que la papaye est succulente sur la côte de la Guinée septentrionale où on la mange non-seulement crue, mais encore en confiture ou bouillie avec de la viande. A l'île de la Réunion, à la Guadeloupe, à la Martinique, à la Nouvelle- Calédonie, on préfère en général la manger cuite sous forme de marmelade ou de confiture; alors on lui associe du sucre et des aromates, entre autres l'orange et le citron. Dans les colonies anglaises, notamment à la Jamaïque, on fait avec le fruit vert des tartes qui rappellent assez bien le goût des tartes aux pommes. Aux Marquises, où l'arbre vient sans aucune culture, les Canaques ne font guère usage de ce genre d'aliment.
Ses graines contiennent un principe acre qui les rapproche beaucoup des fruits de la capucine ou des feuilles du cresson; elles pourraient, dit Fonssagrives, après macération dans le vinaigre, être employées comme condiment,
La propriété que possède le lait de papayer d'attendrir les viandes n'est pas douteuse, et l'on en tire souvent parti. C'est une précieuse qualité dans les pays chauds où les aliments animaux, vu leur rapide décomposition, doivent être cuits promptement et sont par conséquent coriaces. Ce ramollissement est obtenu par plusieurs procédés. On peut, par exemple, plonger la matière fibrineuse dans une solution étendue du suc de l'arbre; huit ou dix minutes d'immersion suffisent pour diminuer la cohésion de la chair musculaire à un point tel qu'elle se détache en pièces de la broche avant d'être rôtie, où qu'elle se partage en grumeaux, si on la fait bouillir. On peut encore envelopper le quartier dans les feuilles du végétal et le soumettre ainsi à la coction. Les émanations seules du Carica seraient capables d'amener le même résultat ; on suspend la viande, le gibier, etc., au point le plus élevé de l'arbre, et deux ou trois heures sont tout à fait suffisantes pour attendrir la substance.
Quelques auteurs assurent même qu'en nourrissant de vieilles volailles, du
PAPIER. i'tù
vieux bétail, avec les feuilles et les fruits, on a rendu tendre la chair coriace de ces animaux. Seulement il faut la manger aussitôt qu'ils ont été tués, car elle passe très-rapidement en état de putréfaction. Moncorvo va même jusqu'à assurer que la viande du porc alimenté avec le Mamoeiro, nom brésilien du papayer, ne peut pas même se conserver à l'aide de la salaison.
Wight dit en outre que les fermiers de l'île des Barbades mêlent le jus laiteux avec l'eau et le donnent aux chevaux afin de « faire couler le sang « (c'est leur expression) ; ils croient en effet que le pouvoir dissolvant du fruit n'est pas limité à la fibre musculaire, mais encore peut agir sur le sang eu le fluidifiant.
Roy le premier, en 1875, dans le travail mentionne à l'article Papaïnes, a cherché à vérifier jusqu'à quel point h pratique des indigènes des pays chauds était fondée. Il a fait les expériences suivantes : 10 grammes de chair de bœuf soat hachés et mélangés à 1 centimètre cube d'une solution de 1 gramme de suc concrète pour 3 grammes d'eau distillée, puis on fait bouillir jiendant cinq minutes ; au bout de ce temps, la viande est devenue demi-lluide. Lorsqu'on se contente d'humecter la chair avec une petite quantité de suc, sa partie superficielle se ramollit et devient mucilagineuse, et cela sans l'aide de la chaleur.
Le même expérimentateur a mis dans quatre verres différents 10 grammes de chacune des quatre substances suivantes : bœuf cru, blanc d'œuf coagulé, gluten, arrow-root. II a versé dans tous les récipients 2 grammes de la solution indiquée et 8 grammes d'eau pure; il a laissé macérer jusqu'au lendemain. Alors on a constaté que la viande était gélatineuse, le blanc d'œuf réduit en pulpe, le gluten ramolli et en partie dissous, mais que l'arrow-root n'avait subi aucune modification. Au bout de deux jours le gluten et le blanc d'œuf étaient complètement dissous et tout passait à la filtration. Les expériences de Moncorvo l'ont amené à établir les mêmes conclusions, à savoir que le suc du papayer a une action dissolvante énergique sur les matières albuminoïdes et n'agit pas sur les féculents. Il a constaté en outre que cette action ne s'observe qu'avec la solution aqueuse, tandis que la solution alcoolique paraît entièrement inerte; cela s'explique quand on sait que la papaïne est insoluble dans l'alcool. C'est alors que nous verrons les expériences de Wûrtz et Bouchut el la véritable détermination du principe actif da papayer. Mais ici commence la question de l'action thérapeutique, sur laquelle nous n'avons pas à revenir.
B. Féris.
PAPIER. On donne le nom de papier à des feuilles minces et flexibles destinées à recevoir l'écriture ordinaire ou imprimée et servant encore à divers usages, pour envelopper les objets, pour filtrer les liquides, etc. Le papier est le résultat de la solidification et du laminage de pâtes végétales. On emploie pour sa fabrication les fibres textiles du chanvre, du lin, du coton, sous la forme de chiffons, de même que les chiffons de laine et de soie ; ces derniers donnent les papiers communs, les papiers d'emballage. Le coton est avantageux parce qu'il revient moins cher que le chiffon de fil et qu'il donne plus de blancheur au papier. On a cherché encore à remplacer en partie les chiffons par des produits variés, tels que : les mousses, les conferves, la tourbe, les vieux cuirs, les écorces de divers arbres (au Japon et en Chine, on emploie beaucoup l'écorce du mûrier à papier, le Broussonetia papyrifera), même le tissu ligneux de divers arbres, de diverses racines, de l'ortie, du houblon, etc., de la paille, de l'alfa ou sparte; ce dernier est employé particulièrement en Angleterre.
Nous devons une mention spéciale au papier à filtre, d'un si grand usage en chimie et en pharmacie. Le papier ù filtre ordinaire se fait avec des matières assez communes; il doit offrir une certaine consistance, ne pas être collé (l'encollage se fait à la gélalinc pour les papiers qui ne doivent pas boire) et offrir une grande perméabilité. Si le papier à filtre doit servir à des usages un peu précis, il doit ne renfermer que très-peu de matières étrangères à la fibre. Le plus pur de tous, le papier à filtre type, c'est le papier de Berzelius. Il sert dans les laboratoires pour les filtres d'analyse. On le prépare au moyen de chiffon de toile neuve que l'on effiloche par le pourrissage et le pilonage. La pâte doit être blanchie sans emploi de chlore, et macérée à l'acide ciilorhydriquc; elle doit ensuite être lavée avec le plus grand soin. On obtient la feuille à la forme à la main et on la sèche avec des précautions toutes spéciales.
Citons encore le papier-filtre de Carré, qui donne des liquides très-clairs et débite beaucoup; sa composition nous est inconnue de même que celle àa papier à filtre increvable de Malapert, également très-utile.
Par rincinération, le véritable papier de Berzelius ne laisse que o milligrammes de résidu par feuille, c'est-à-dire 1/1000'' de son poids. Le piipier façon Berzelius tel qu'on le fabrique en France fournit un résidu plus considérable, jusqu'à 5 milligrammes par gramme. La connaissance du poids de ce résidu est nécessaire pour certaines analyses délicates. Certains papiers à filtre renferment de l'oxyde de fer et du carbonate de chaux, de la présence desquels le pharmacien ou le chimiste doivent s'assurer par l'analyse avant de s'en servir.
M. Jacob a trouvé dans certaines variétés de papier à filtre jusqu'à 15 pour 100 de carbonate de chaux, de sorte que ces papiers produisent une vive effervescence au contact des liquides acides. Avec ces papiers, on obtient souvent un liquide trouble ou laiteux, lorsque l'acide forme un sel insoluble avec la chaux. On diminue le résidu à l'incinéiation en lavant le papier feuille par feuille avec de l'eau aiguisée d'acide chlorhydrique, qui enlève l'oxyde de fer et la chaux; on le lave ensuite avec de l'eau filtrée, puis avec de l'eau distillée, jusqu'à ce que celle-ci ne précipite plus par l'azotate d'argent.
Kruger a rencontré dans quelques papiers à filtre du sulfate de chaux, qui se dissout peu à peu pendant le lavage des filtres et dont la présence peut fausseî' les résultats de certaines analyses. On reconnaît la présence de ce sulfate dans les eaux de lavage au moyen de l'azotate de baryte. Wicke y a même trouve du plomb, probablement à l'état de sulfure.
Pour doser la charge du. papier, c'est-à-dire la proportion de substances minérales qu'il renferme, on réduit en cendres une feuille de ce papier, préalablement pesée, dans une capsule de platine placée dans un raoïille chauffé au charbon eu au gaz; on pèse ensuite les cendres. Nous donnerons, d'après M. Perrens (de Bordeaux), la charge de plusieurs sortes de papier; 1 gramme de chaque sorte brûlé dans un creuset de platine a fourni : le beau papier blanc et fort 25 milligrammes de cendre; le papier du genre de celui dont l'État se sert pour le papier timbré, 36 milligrammes; le papier buU pour envelopper la pàlisseiie, 40 milligrammes; le papier buU pour journaux, 40 milHgrammes; le papier de chiffon de coton pur, bien blanc, 20 milligrammes; le papier de chiffon de fil, 70 milligrammes, etc. L. Hahs.
PAPIER (Huile de). Pyrothonide de Banque (de iivp, feu, et ôôovtov, petit linge). L'huile pyrogénée qu'on obtient en brûlant à l'air du papier fabriqué
se produit aussi par la combustion des tissus de chanvre, de lin ou de coton; BOUS en parlerons ici parce que c'est sous le nom d'huile de papier, déjà indiquée par Lemery, qu'elle a été et qu'elle est encore quelquefois employée en médecine.
On la prépare en faisant brûler les substances indiquées dans un vase de métal ou de porcelaine, condensant les produits de la combustion sur des capsules, en ayant soin de recueillir la partie restée dans les vases à combustion, et dissolvant l'huile dans trois ou quatre fois son poids d'eau.
Une ou deux gouttes de cette huile, mises sur la langue.aboliraient pour plusieurs heures, suivant Johnson, le sens du goût, et l'on s'est servi quelquefois de cette propriété pour dissimuler aux malades la saveur de certains médicaments. Étendue, comme on vient de le dire, de trois ou quatre fois son poids d'eau, on l'a employée comme collyre dans l'ophllialmie scrofuleuse et en injections dans la blennorrhagie; on l'a aussi injectée dans les trajets fistuleux.
En fumant du papier roulé en cigarette, on produit nécessairement et on absorbe du pyrolhonide, et cette pratique a été conseillée contre l'asthme et le catarrhe bronchique. D.
PAPIER (Hygiène professionnelle.) J. Opérations qui se pratiquent DANS les papeteries. Lcs Opérations que l'on pratique successivement pour la fabrication du papier de chiffons sont les suivantes :
1» Triage et délissage des chiffons. Lorsque les chiffons ont été vérifiés au point de vue du poids et de la qualité du produit, ils sont transportés dans un atelier spécial pour être triés et délissés (coupés). Ces deux opérations ont ordinairement lieu en même temps.
Le triage des chiffons est une opération des plus importantes. Non-seulement la présence de corps étrangers : sable, boue, corps métalliques, etc., nuit à la préparation de la pâte, mais encore le mélange de chiffons durs aux chiffons mous empêche l'homogénéité de cette dernière: aussi, le choix et le découpage terminés, les chiffons sont-ils soumis à une révision sévère.
Les ouvrières délisseuses travaillent ordinairement par rangées de dix, devant une espèce d'établi, formé d'un grillage de fil de fer ou d'acier. Chacune a une grande manne posée à côté d'elle et renfermant 100 kilogrammes de chiffons. Elle en prend un certain nombre et les bat à l'aide de deux baguettes sur le grillage de l'établi, au travers duquel tombe une partie des corps étrangers.
Une petite lame de faux, dont le dos est tourné et incliné vers l'ouvrière, est solidement fixée à une des traverses de l'établi ; c'est sur cette lame tranchante que l'ouvrière passe les lanières de chiffons, d'abord doucement pour en compléter le nettoyage en détachant ainsi le sable et la boue desséchée qu'ils contiennent, puis en dernier lieu pour les couper en morceaux qui sont jetés dans leur compartiment spécial.
Les opérations de triage et de découpage exigent la plus grande attention; il faut enlever, en effet, les nœuds de Ifi restés dans l'étoffe, les ourlets, les coutures, qui produiraient ce que l'on nomme des pâtons. Aussi dans beaucoup de papeteries les chiffons triés et délissés subissent-ils un revoyage et un dernier découpage, après avoir passé de mains en mains, tout le long d'un établi spécial.
Il n'est pas toujours facile de réunir dans une fabrique de papier le nombre suffisant d'ouvriers : c'est pourquoi on a recours à des coupeuses mécaniques.
Qu'ils soient découpés à la main ou à la machine, il est indispensable de soumettre les chiffons à un hlulage énergique pour faire disparaître une foule d'impuretés qui y adhèrent encore. Les blutoirs des papeteries, nommés loup^ ou diables, sont des cylindres en toile métallique recouverts d'une enveloppe de bois dans laquelle se rassemblent les poussières enlevées.
2" Lessivage des chiffons. Les chiffons blutés sont soumis à un premier lavage à l'eau, puis à un lessivage à la chaux caustique ou à la soude, qui a pour but d'enlever, avec les matières acides, gj-asses ou colorantes, restées dans le chiffon, la matière dite incrustanle (intercellulaire) que les plantes renferment et qui donnent une certaine raideur au tissu végétal.
C'est cette matière incrustante que l'on détruisait autrefois par le pourrissage, aujourd'hui complètement abandonné.
Le lessivage à la chaux se fait dans des lessiveurs rotatifs, appareils de forme sphérique ou cylindrique, hergiétiquement fermés, dans lesquels les chiffons, soumis à la triple influence de l'alcali caustique, d'une température très-élevéc par de la vapeur à haute pression (5 et 4 atmosphères) et d'un mouvement continu, abandonnent les matières incrustantes dont ils sont imprégnés (matières gommeuses, résineuses, et différents sels).
Les appareils lessiveurs sont maintenus en mouvement environ trois heures ; on évacue la lessive, on y introduit de l'eau pure et l'on rince pendant deux heures. Au bout de ce temps, on retire les chiffons et on achève le rinçage dans un courant d'eau.
3" Défdage des chiffons. Cette opération a pour but, une fois les chiffons lessivés, rincés etégoultés, d'eftilocher leur tissu et de les réduire en charpie; sous cette forme ils sont plus aptes à recevoir l'action du chlore. Le défilage se pratique dans des cuves ou piles défileuses, dans lesquelles un courant d'eau entraîne les chiffons entre les lames d'acier d'un cylindre tournant et d'autres lames formant ce qu'on appelle la platine qui est encastrée dans le fond de lu pile. Dans la pile à cylindre se trouve un tambour laveur doni la toile métallique laisse passer l'eau sale qui est déversée au dehors, et arrête les chiffons. La durée du défilage varie de une heure et demie à quatre lieures.
4" Blanchiment. De la pile où les chiffons viennent d'être défilés ou transformés en demi-pâte cette dernière est amenée dans une cuve blanchisseuse, si on opère par le chlorure de soude dissous dans l'eau; pendant l'opération, l'ouvrier agite la masse avec une grande spatule, pour faciliter la mise en contact de la demi-pâte et du réactif.
Si on doit opérer le blanchiment par le chlore gazeux, la demi-pâle égouttée, desséchée, soit à la presse hydraulique, soit à l'essoreuse, est placée dans la chambre à blanchiment, où elle est disposée sur plusieurs rayons superposés. Le chlorure gazeux, provenant de la réaction de l'acide chlorhydrique sur le bioxyde de manganèse, substances chimiques qui sont mises dans une tourille en grès, est introduit dans la chambre par la partie supérieure. Au point de vue de la réussite de la fabrication, cette opération du blanchiment est une des plus importantes; nous verrons qu'elle ne l'est pas moins au point de vue de l'hygiène.
5" Raffinage. Collage. Cette opération, qui a pour objet de transformer le chiffon défilé et blanchi en /;âfe, se fait dans des piles dites raffineuses. L'ouvrier qui dirige la pile fait usage de la spatule pendant toute la durée du raffinage, afin que la pâte soit bien homogène et s'engage sans difficulté entre le^
lames du cylindre diviseur. C'est dans les piles raffineuses qu'il introduit, lorsque la trituration est sur le point d'être achevée, les matières qui doivent servir au collage végétal du papier et, s'il y a lieu, les substances colorantes.
Il y a le plus généralement dans les papeteries un atelier particulier dans lequel on fabrique la colle. La colle végétale que l'on emploie communément aujourd'hui pour les papiers fabriqués à la mécanique se prépare par un mélange de savon résineux et de fécule qu'on traite par l'alun. Pour les papiers fabriqués à la main ou papiers de luxe, le collage constitue la dernière opération; il se fait à la gélatine (voij. art. Gélatine [Hyç/iène industrielle]).
6° Fabrification du papier. Elle se pratique soit à la main (dans un certain nombre de papeteries), soit à la machine.
La fabrication à la main ou à la cuve occupe 4 ou 5 ouvriers : le puiseur, qui ramasse la pâte sur une forme pour en faire des feuilles; le coucheur, qui met les feuilles sur des feutres; le pressier, (jui met en presse les feuilles entremêlées de feutres pour les sécher; le leveur, le vireur, etc. Après le travail des formes vient Y échange, Vétendage ou séchage, etc.
Dans la fabrication mécanique du papier continu, la machine exécute rapidement tous les travaux qui se faisaient autrefois à la main, depuis la prise de la pâle dans les cuves où elle est rassemblée en sortant des piles raflineuses jusqu'au découpage en feuilles. Ces feuilles sont ensuite transportées dans la salle des apprêts où se pratiquent les opérations de revogage, de comptage, de pliage, démise enjjre.sseet d'ejnjjagwetaj/e du papier. Celle salle est desservie par un nombi-eux personnel, composé principalement de femmes et d'enlants.
11. Hygiène et pathologie professionnelles des ouvriers des papeteries. A. Les blépharites chroniques, les angines et le caturrhc bronchique sont fréquents chez les ouvriers et les ouvrières employés dans les fabriques de papier. Les éruptions cutanées sont communes, entre autres les éruptions furonculeuses.
Les poussières qui se dégagent des cliilïous pendant les opérations du Iriage, du délissage, du blutage, doivent être particulièrement incriminées. L'humidité des ateliers, les opérations de lavage, lessivage, rinçage, le travail des cuves, des piles, etc., provoquent des affections intestinales, des douleurs rhumalismales, et chez quelques-uns une certaine macéralion de l'épidei'me des m.iiiis et des crevasses analogues aux grenouilles des débardeurs.
D'après Vernois, chez les plieuses et les brocheuses, le frottement répété de la peau des doigts à la surface du papier amène, à la longue, de l'hyperesthésie de ces parties avec de la dermite papiUau'e.
B. 11 est toute une série d'opérations qui exposent les ouvriers à l'action irritante des gaz : ce sont celles (fui constituent le blanchiment. L'action du chlore sur l'organisme est des plus nuisibles. Toutes les précautions doivent eue prises pour faire dégager le gaz dans des caisses hermétiques et mises en communication à un moment donné avec la cheminée centrale de l'usine. C'est particulièrement quand on opère dans les cuves (|u'il est presque impossible (jue l'atmosphère de la salle ne contienne pas de chlore en quantité notable.
« U est telle fabrique, dit Aimé Girard, où le blanchiment est brassé en moi us d'une heure; où l'on emploie 12 à 15 kilogrammes de chlorure pour 100 kilogrammes de pâte, où l'on jette dans la pile, alin de décomposer brutalement ce chlorure, 2 ou o kilogrammes d'acide sulfurique, où l'atmosplière de l'atelier
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devient verte par la présence du chlore dégagé et où les ouvriers sont obligés de s'entourer la figure d'un mouchoir pour ne pas être asphyxiés ».
C'est surtout dans les fabriques de papier de tenture, dans celles où l'on se sert de paille, de bois, de vieux cordages, dans les cartonneries, que les choses se passent ainsi.
Dans la fabrication du papier à la paille, les eaux de lessivage présentent une corruption spéciale, due à l'action de la soude sur la paille, et les émanations qui s'en exhalent sont des plus insalubres.
C. Un point sur lequel nous devons maintenant insister d'une façon toute particulière se rapporte à l'insalubrité deschiifons qui arrivent dans les fabriques, et à la nature des maladies infectieuses auxquelles les ouvriers se trouvent exposés.
1" Sous le nom de maladie des chiffons, les médecins de la Basse-Autriche ont décrit une affection bizarre qui ne se voit guère que dans les fabriques de papier.
Dans une usine des environs de Gloggnitz, on a constaté 14 décès, dans l'espace d'une année. Cette maladie des chiffons {die Hadernkrankheit) débute par de la faiblesse, de l'anorexie, de l'insomnie, des vomissements, une sensation de pesanteur à l'épigastre ; dès le second jour, ou quelquefois au troisième, on observe de la cyanose des lèvres, des joues, des ongles; des sueurs froides; de l'œdème des poumons; rien du côté du cerveau. Généralement la mort est tranquille, excepté dans les cas où il y a de la stase pulmonaire. Pas de phénomènes abdominaux, pas d'albumine dans les urines. A l'autopsie, on trouve des lésions diverses du poumon, sans caractère spécial.
La nature de la maladie demeure inconnue. On avait pensé qu'elle était identique au sang de rate, mais cette opinion doit être abandonnée. Elle ne frapp« que les femmes occupées à trier les chiffons blancs; celles qui ont d'autres occupations ou qui trient les chiffons de couleur sont entièrement épargnées.
Dans les salles de triage, malgré la hauteur et la largeur des fenêtres constamment ouvertes, s'élève une poussière épaisse ; toutes les ouvrières souffrent de maladies chroniques du poumon (Levy, in Deutsche Vierteljahresschrift fur off. Gesundheith., 1877, p. 716, analysé par Zuber in Revue d'hygiène de Yallin, p. 77, t. I).
Ces accidents de nature indéterminée n'ont été signalés que dans la Basse- Autriche, et il y a tout lieu de penser qu'ils se rapportent à une maladie infectieuse transraissible, peut-être même à plusieurs, mais revêtant une caructérisation commune par suite de l'infection spéciale par les voies pulmonaires, à laquelle les poussières des chiffons soumettent les ouvriers.
2" Mais, à côté de ces faits qui méritent d'être contrôlés, le maniement des chiffons expose à la propagation de maladies virulentes parfaitement déterminées, entre autres la variole.
A. Lewis (en 1875) a rapporté, un des premiers, de nombreux cas de variole développés chez les ouvriers d'une fabrique de papier. Ces cas auraient été produits par l'introduction dans la fabrique de 20 balles de chiffons provenant de la Californie. Sur 21 ouvrières qui furent occupées à manier ces chiffons, 7 furent atteintes; d'autres qui travaillaient dans la même pièce furent également affectées, ainsi que quelques-unes employées dans des ateliers différents de la fabrique, mais qui avaient traversé la pièce infectée. 11 y eut, en tout, une quarantaine de cas, et sur ce nombre 13 à 14 décès portant principalement sur les
premières malades. La plupart des cas présentèrent des anomalies, surtout pendant la période d'invasion et au début de l'éruption.
En 1879, Gibert (de Marseille) a insisté d'une façon spéciale sur le danger du triaf^e des chiffons, au point de vue de la propagation des maladies, et il démontra que la variole frappait surtout les quartiers contenant le plus de chiffonniers et de fripiers. En mai 1880, une épidémie de variole éclatait à Abenheim (canton de Worms), Hesse Rhénane : or, parmi les premiers malades se trouvaient 5 femmes qui travaillaient dans une fabrique de chiffons et qui étaient occupées à couper et à assortir lesdits chiffons. En recherchant les causes de la maladie, on trouva qu'une partie de ces chiffons provenait de Marseille, où la variole sévissait très-fortement.
En 187D, le docteur Ruysch, médecin inspecteur à Maestricht, constata dans cette ville une épidémie de variole parmi les ouvriers d'une fabrique de papier. Une des ouvrières de cette fabrique avait manipulé des chiffons provenant de Liège, où la variole sévissait à cette époque, tandis que l'on n'en observait aucun autre cas à Maestricht.
Le dooteur Parson a relaté dans un très-intéressant rapport au Local Government Board tous les faits d'épidémies de variole importées dans les papeteries par des chiffons infectés. En avril 1881, une épidémie grave de variole se produisit parmi les femmes employées comme rogneuses de chiffons dans une papeterie à Saint-Mary-Cray. Sur 160 ouvrières, 25 cas d'éruption se manifestèrent exclusivement chez celles employées au triage et au découpage des chiffons.
A la même époque, une épidémie semblable fut observée dans la papeterie de Maidstone; d'autres cas furent signalés dans trois autres papeteries, à la suite du triage des chiffons. M. Parson a trouvé dans les documents sanitaires la relation de 8 épidémies analogues en Angleterre, de 1875 à 1881. Ces épidémies locales ont toujours eu pour origine évidente la manipulation des chiffons dans les fabriques de papier, et ce sont surtout les ouvrières employées au triage et au dépeçage des chiffons qui ont été presque exclusivement et les premières atteintes.
L'importance de ces faits ne saurait être mise en doute et la nécessité des mesures de précaution à prendre se fait sentir d'elle-même.
11 est bien démontré que c'est surtout dans les papeteries où l'on fabrique le papier fin, et où l'on emploie le chiffon proprement dit, que les accidents sont à craindre, tandis que les papiers grossiers qui sont fabriqués avec de la paille, du bois, du sparte, des drilles ou vieux cordages, ne peuvent être infectés par la variole.
Prophylaxie, a. Parmi les moyens prophylactiques, la vaccination antérieure des ouvriers joue le principal rôle.
b. Puis vient la désinfection préalable des chiffons. Beaucoup de pays ont rendu obligatoire la désinfection préalable des chiffons étrangers. Ceux-ci arrivent presque toujours en balles comprimées à la presse hydraulique et dures comme du bois. Us proviennent en grande partie des pays orientaux où l'hygiène publique est rudimentaire; leur sordidité est extrême, c'est la cause d'un plus grand danger.
■ De l'Inde, en effet, les chiffons peuvent importer le choléra; de l'Amérique, la fièvre jaune. Les règlements sanitaires de la marine anglaise prescrivent de les désinfecter. Le décret du gouvernement français du 27 mai 1853 rend cette désinfection obhgatoire; de même le décret du 15 mars 1879.
DICT. ENC. 2' S. XX. 29
La désinfection du linge et des chiffons provenant des hôpitaux, fort recherchés des fabricants de papiers fins, mais où l'on trouve souvent des débris de cataplasmes, des pièces souillées des pansements, devrait être rigoureusement pratiquée par les administrations hospitalières qui les livrent aux papeteries.
Les chiffons exceptionnellement sales sont les plus dangereux; les chiffons blancs fournis par le linge de corps, les chemises, les mouchoirs, sont plus dangereux que les chiffons de couleur provenant de vêtements qui ne sont pas en contact direct avec la peau. C'est dans les fabriques oii on emploie ces chiffons de linge blanc que les accidents ont le plus souvent eu lieu.
Les papeteries devraient toujours désinfecter les chiffons, quelle que soit leur provenance. Reste à savoir à quel procédé de désinfection il serait plus pratique de recourir.
Dans certaines usines, on à eu recours à Vexposition prolongée à l'air ou sereinage. Déjà en 1866 M. Bristoure, cité par M. Parson, pensait que, si les épidémies de variole ne sont pas plus fréquentes dans les papeteries, c'est qu'avant d'arriver dans ces établissements les chiffons infectés ont été triés plusieurs fois, exposés à l'air, ventilés, et qu'ils sont battus, privé» de leur poussière avant d'être livrés aux ouvriers ; les opérations ultérieures de lessivage et de blanchiment font cesser bientôt tout danger. M. Parson ajoute que les chiffons sont gardés parfois pendant plusieurs années en balles avant de servir à la fabrication du papier, et pendant ce temps l'activité du virus se détruit ou s'atténue. On a préconisé ['acide sulfureux par la désinfection des balles, mais on y a renoncé parce que cet acide brûlait les chiffons.
Le docteur Baylis, cité par Parson, a proposé le mélange de poudres phéniquées aux chiffons en vrac, le triage et le brossage devant disséminer cette poudre et détruire la virulence des poussières suspectes. L'emploi d'une poudre contenant 15 pour 100 d'acide phénique coûterait 2'%.')0 par tonne de chiffons. La désinfection par la chaleur est l'un des procédés qui paraît donner le plus de sécurité. M. Parson dit qu'il a été fait des expériences, prouvant que la vapeur d'eau à 120 degrés centigrades sous pression désinfecte bien les chiffons en balles, à moins que celles-ci n'aient été comprimées par la presse hydraulique ; la teinture des chiffons n'en est point altérée, la dépense est minime : S^^OO par tonne, la main-d'œuvre prompte et facile.
c. Une précaution qu'il faut toujours prescrire consiste dans la ventilation de la salle de triage et de délissage et dans l'éloignement des poussières soulevées par le travail. Il sera toujours difficile d'aspirer ces poussières, pendant le triage et le délissage pratiqués à la main.
Toutefois, la ventilation de haut en bas sous les établis pourra être essayée. Autre chose serait, si un premier triage destiné à séparer les chiffons était pratiqué dans un appareil clos. Ce triage mécanique aurait au moins pour avantage de rendre moins dangereux un triage ultéiieur fait à la main. Quant au blutage, il va sans dire que l'enveloppe de l'appareil employé devra toujours mettre à l'abri de toute dissémination de poussière.
d. Accidents de machines et explosions dans les papeteries. Les accidents que l'on observe parfois dans les papeteries proviennent des découpeuses mécaniques, des piles défileuses, des ralfineuses, et sont le plus souvent le résultat de l'imprudence des ouvriers. Les plus fréquents sont dus aux courroies de transmission qui traversent le sol de l'atelier des piles et leur impriment le mouvement.
Mais le danger le plus grave pour les ouvriers des fabriques de papier est celui qui résulte des explosions, malheureusement encore trop fréquentes, qui y surviennent. Ces explosions sont dues plus particulièrement aux lessiveurs rotatifs, et ont des conséquences désastreuses. 11 n'est pas de fabrique, en effet, où un accident causé par les appareils à vapeur donne lieu, comparativement parlant, à un plus grand nombre de tués. C'est ce qui ressort de mes recherches. J'ai relevé tous les accidents par l'emploi des appareils à vapeur, survenus dans les fabriques en France, pendant une période de seize années, de 1864 à 1880, et j'en ai comparé le nombre et les conséquences à ceux arrivés dans les papeteries. Voici les résultats obtenus :
Il y eu pendant cette période de temps, en France, par l'emploi des appareils à vapeur, dans les diverses fabriques autres que les papeteries : 569 accidents ayant donné lieu à 444 tués et 550 blessés; ce qui lait pour 100 accidents d'appareils 265 accidents d'hommes, soit : 110 tués et 144 blessés, soit encore pour 100 tués : 121 blessés, ou enfin sur 100 accidents d'hommes: 45 tués et 55 blessés.
Dans les papeteries, il y a eu 25 accidents d'appareils ayant donné lieu à 59 tués et 51 blessés, ce qui fait pour 100 accidents d'appareils 274 accidents d'hommes, soit : 150 tués et 124 blessés, soit encore pour 100 tués : 85 blessés seulement, ou enfin sur 100 accidents d'hommes : 55 tués et 45 blessés.
Ainsi, une explosion dans les papeteries est plus redoutable pour les ouvriers que dans toute autre fabrique où l'on emploie des appareils à vapeur.
La cause de ces explosions est généralement un excès de pression dépassant la résistance du métal affaibli des appareils lessiveurs ; ici la faute résulte de ce que l'on n'a pas éprouvé l'appareil, ou de ce que l'appareil en usage depuis longtemps n'a pas été reéprouvé. D'autres fois, c'est une mauvaise manoeuvre, une fermeture intempestive du robinet d'évacuation de la vapeur, une négligence dans le nettoyage préalable de la chaudière, un boutonnage mal fait.
Les lésions sont de violentes contusions, de vastes plaies dues à l'action d'éclats métalliques ou de pièces de l'appareil ; mais le plus souvent des brûlures étendues et profondes dues à la projection de la vapeur, de la lessive bouillante ou de la pâle.
111. Hygièîne industrielle. Les papeteries sont rangées dans la troisième classe des établissements insalubres, incommodes ou dangereux.
Leurs inconvénients pour le voisinage proviennent :
1'^ Des gaz qui s'échappent des chaudières à préparation et surtout des appareils de blanchiment;
2" Des eaux qui ont servi au lessivage et au travail des piles;
5« Des résidus liquides de la fabrication du chlore ;
A" Du danger d'incendie.
A ces inconvénients on doit opposer les prescriptions suivantes :
a. Les ateliers seront largement ventilés; des hottes aspiratrices seront disposées au-dessus des cuves et des piles; les ouvertures donnant sur la voie publique et chez les voisins seront fermées; on élèvera de 20 à 30 mètres, suivant les localités, la cheminée centrale de la fabrique,
b. On facilitera l'écoulement des eaux par le dallage des ateliers.
c. Les eaux sales provenant du lessivage, du travail des piles, etc., seront séparées des eaux claires de la fabrique. Ces eaux, qui contiennent des matières