PAPIER CHIMIQUE
grammes.
■K Iluile d'olive , 2000
Minium pulvérisé 1000
Cire jaune 60
Faire chauffer l'huile, y -verser par petites portions le minium, en agitant avec une spatule jusqu'à boursouflement prononcé et premier indice de fumée. Retirer du feu, en agitant toujours jusqu'à formation d'écume; ajouter la cire, en continuant à agiter. Le papier mousseline sur lequel la masse doit être étendue est rendu imperméable par un mélange dans lequel entrent de l'huile siccative, de l'ail, de l'essence de térébenthine, de l'oxyde rouge de fer, de la céruse, et qu'on étend sur le papier avec une éponge.
Un procédé plus simple consiste à enduire d'abord un papier mousseline avec de l'huile siccative, à laisser sécher, puis à étendre une couche mince d'emplâtre de minium.
PAPIER ÉflSPASTIQUE.
grammes.
% Cire lilnnclie 240
lilanc de jjaloine 90
Huile d'olive l-iO
Térébenlliine du mélèze 30
Poudie de cantharide 30
Eau 50O
Faire bouillir en agitant; filtrer avec expression à travers une étoffe de laine; maintenir en fusion au bain-marie. Enduire des bandes de papier. Ce papier épipastique est le numéro 1 ; on obtient le numéro 2 en portant la dose de cantharides à 40 grammes.
Lorequ'aux cantharides on substitue le garou, on emploie l'extrait éthéré de cette substance à un poids moitié moindre que celui des cantharides. Ainsi, avec 15 grammes d'extrait, on a le numéro 1 et avec 20 grammes le numéro 2.
PAPIER GOUDRONNÉ (EMPLATRE DU PAUVRE HOMMe).
grammes.
^ Colophane 5
Goudron purili.) 2
Cire jaune. . . 1
Faire fondre et étendre en couche miuce sur du papier.
PAPIER MOUTAJiDE.
Voy. SiNAPISMES.
Les papiers destinés aux inhalations médicamenteuses sont assez nombreux. Il suffit d'indiquer les suivants :
PAPIER AMTIASTHMATIQUE (sOCIÉTÉ DE PHARMACIE DE BORDEAUX).
grammes.
^ Feuilles sèches de belladone . \
— — datura (
— — digitale |
— — sauge /
Alcoolé de benjoin 40
Azotate de potasse 75
Eau 1000
Faites bouillir les espèces pendant un quart d'heure ; passez ; faites dissoudre le sel; ajoutez Talcoolé et plongez dans le liquide, feuille par feuille, une main de papier buvard. Retirez le papier au bout de vingt-quatre heures, faites sécher et divisez en carrés de 10 centimètres de longueur sur 7 de largeur.
PAPIER ARSENICAL.
grammes.
?t Arséniate de soude cristallisR 1
Eau distillée 50
Pour la préparation, voyez Cigarettes.
PAPIER NITRÉ.
Obtenu en trempant des feuilles de papier blanc dans une solution de nitrate de potasse à saturation.
Nous devons ajouter que certains papiers médicamenteux ont été imaginés dans le but de doser plus sûrement des substances destinées à être absorbées par d'autres voies que celles du poumon ou de la peau. Tels sont les papiers de Calahar et les papiers d'atropine. On immerge, par exemple, dans une dissol'ution de 2 décigrammes d'extrait alcoolique de fève de Calabar un carré de ipapier de Berzeliusde 0",1 de côté, jusqu'à absorption complète du liquide. Le papier est quadrillé en centimètres carrés dont chacun représente 2 milligrammes d'extrait. Ces petits carrés sont placés sur le bord de la paupière inférieure à la manière de collyres secs; aujourd'hui on emploie de préférence la solution d'ésérine {voy. ce mot). D.
PAPIERS PEINTS (Hygiène professionnelle et hygiène domestique). 1. Hygiène des ouvriers en papiers peints. La manipulation des matières colorantes et la mise en couleur des papiers, telles sont les opérations qui exposent les ouvriers à tous les inconvénients de la profession. Un certain nombre de fabricants préparent eux-mêmes leurs couleurs. La quantité de ces matières employées dans une fabrique de papiers peints est parfois très-considérable. La mise en couleur des papiers comprend les opérations suivantes :
i" Le fonçage, qui consiste à étaler sur le papier un fond ou couche uniforme de la couleur délayée avec la colle, que l'on égalise ensuite au moyen de grandes brosses, maniées à la main, mais le plus souvent aujourd'hui à la machine ;
2° Le lissage, qui rend le papier uni, seule opération que subissent les papiers communs, et le satinage ou. lustrage des papiers fins, qui se pratique avec des brosses mobiles frottant régulièrement et avec force sur le papier saupoudré de poudre de talc ;
3» V impression, qui s'exécute soit à la planche, soit par un appareil mécanique.
Toutes ces opérations mettent plus ou moins les ouvriers en contact avec les mélanges colorants : de là pour les ouvriers tous les dangers de l'emploi de couleurs vénéneuses.
Parmi les couleurs vénéneuses employées dans la fabrication des papiers peints, les couleurs arsenicales sont les plus à redouter, celles malheureusement auxquelles on a trop souvent encore recours. S'il est vrai que les couleurs arsenicales par elles-mêmes, telles que le vert de Schweinfurt, le vert Mitis
ou vert de Vienne, le vert de Scheele et le vert Véronèse, pourcliasse'es par l'hygiène, tendent à disparaître, il en est d'autres qui empruntent leur danger aux pre'parations arsenicales que l'on fait intervenir dans leur fabrication, soit pour leur donner plus d'éclat et de durée, soit comme mordant pour en faciliter l'application. Telles sont les couleurs d'aniline, le rouge d'arséniate d'alumine, le bleu d'arséniate de cobalt, etc.
A côté des couleurs arsenicales, nous devons signaler les couleurs plombifères : le blanc de céruse qui sert particulièrement au fonçage, le jaune de chrome et les autres jaunes de plomb : le rouge minium, etc.
Les accidents dus aux intoxications saturnine et arsenicale sont donc des affections professionnelles chez les ouvriers en papiers peints. Le délayage de la couleur, l'étendage de la pâte colorante, mettent ces ouvriers en contact direct avec la matière toxique; le brossage, le satinage des rouleaux, alors qu'ils sont bien secs, les expose à l'action des poussières. A cet égard il n'est pas d'opération plus dangereuse que la fabrication du papier dit velouté ou tontisse {voy. art. Couleurs nuisibles de ce Dictionnaire). Nous n'avons pas à revenir ici sur la nature des accidents professionnels provoqués par le dépôt de crasses ou de poussières arsenicales sur les parties du corps découvertes. Nous renvoyons à l'article Arsenic de ce Dictionnaire. Rappelons seulement que la rhinite perforante due à l'action escharotique des poussières du vert de Schweinfurt, retenues à la partie antérieure des narines par les poils et les irrégularités des parois, a été surtout observée chez les ouvriers en papiers peints.
La fabrication à la mécanique du papier peint expose beaucoup moins aux accidents professionnels que la fabrication à la main. Toutefois, il n'est pas inutile de faire observer que c'est surtout les papiers communs qui sont confectionnés à la machine, et que c'est surtout aussi dans les papiers communs que les substances colorantes toxiques sont généralement employées. . Nous allons voir, à propos de l'arsenicisme domestique dû aux papiers de tenture, que ce sont ces papiers communs, où la couleur est délayée avec de la colle d'amidon au lieu de colle animale, qui sont les plus à redouter.
II. Hygiène domestique. Arse.mcisme causé par les papiers de tenture DANS les habitations. Par ce nom d'arsenicisme domestique, nous entendons les accidents survenus au sein des habitations, par suite de la mise en présence des habitants avec les divers objets ou produits dans la composition desquels peut se rencontrer l'arsenic.
Parmi les influences toxiques, il faut ranger en premier lieu c^les qui dépendent plus spécialement des matériaux employés dans la décoration des pièces d'appartement, en tête desquels nous devons placer les papiers de tenture. Cette question de l'influence des papiers de tenture arsénifères sur la santé de ceux qui habitent les appartements qui en sont décorés a été indiquée dans l'article Arsenic de ce Dictionnaire. Mais depuis lors bien des faits intéressants sont venus s'ajouter à ceux que Beaugrarid signalait dans cet article, et il me paraît utile de compléter ici ce point important d'hygiène des habitations, sur lequel j'ai été amené moi-même, par suite d'un accident personnel, à appeler l'attention dans des leçons qu'un de mes élèves, le docteur A. Ferré, a résumées dans un récent travail [Arsenicisme professionnel et domestique. Thèse de Bordeaux, 1-882).
Les observations citées par Beaugrand, déjà anciennes, préludent pour ainsi
456 PAPIERS PKIiNTS.
dire à une série de faits plus récents d'arsenicisme domestique, qui s'accumulent à mesure que l'attention est de plus en plus fixée sur eux.
Malgré les progrès de l'industrie des papiers de tenture, il n'est pas d'année où on ne trouve relatés des cas analogues. S'il faut en accuser le plus souvent la grossièreté primitive de la fabrication, le danger de la présence des couleurs arsenicales dans les papiers peints, pour être plus dissimulé, n'en persiste pas moins.
Aux couleurs nocives premières ont succédé d'autres couleurs tout aussi dangereuses. La teinte verte n'est plus même révélatrice du danger et les papiers les plus variés de couleurs comme les j)lus beaux, dans la fabrication desquels entrent les agents arsenicaux, en ont multiplié les sources.
C'est toujours en Allemagne, en Angleterre, que les observations abondent; c'est aussi en Amérique. W. Draper, en 1872, à Boston, et R. Kedsie, dans le Michigan, signalent le danger des papiers de tenture colorés en vert. Fr. Brown (de Boston) rapporte le fait d'une jeune femme qui se livrait à l'étude du chant et dont la santé s'était altérée chez elle, au point d'être forcée d'y renoncer. Les accidents disparurent avec l'éloignement et le changement du papier de tenture de couleur verte qui contenait de l'arsenic (in the Sanitary Recoi'd., 1872). H. Donkin relate deux cas d'arsenicisme chez deux personnes ayant dormi dans une chambre tapissée en vert (in BritUhMedimlJonrnal, 1876etl881); et Bowditch cite le fait d'un enfant de trois ans qui fut empoisonné pour avoir couché dans une pièce analogue (in Boston Med. Joiirn., 1878).
Mais, avons-nous dit, ce ne sont pas seulement les papiers verts qui exposent à de semblables accidents; des papiers de toutes nuances peuvent contenir des quantités très-notables d'arsenic. Tels sont : certains papiers colorés au bleu de cobalt, qui n'est autre qu'un arséniate de cobalt, certains autres de couleur jaune brun, tels que ceux qui simulent le cuir, dans la coloration desquels entre le sulfure d'arsenic. Tels sont surtout un grand nombre de papiers de couleur rouge qui doivent leur éclat et leur durée aux mordants arsenicaux (ai'séniate d'alumine et arséniate de soude) dont les fabricants font usage.
En 1871, le professeur Gh. Cameron (de Dublin) signalait comme dangereux certains papiers à couleurs mauve, rose, noir, blanc et gris (in the Dublin Qiiarterly Journ.of Medic. Science, 1871). En 1875, il cite le cas d'une famille anglaise dont tous les membres présentèrent des symptômes d'intoxication arsenicale, peu de temps après avoir pris possession d'une maison. On examina les papiers de tenture, et on trouva que sur 7 échantillons 6 contenaient de l'arsenic : 1" un papier vert olive avec fleurs d'un vert foncé et rayures dorées (quantité énorme d'arsenic dans le papier, les fleurs et les rayures); 2" un papier lavande (beaucoup d'arsenic); 3" un papier blanc avec fleurs vertes (beaucoup d'arsenic) ; 4" un papier nuancé à fleurs rouges et à fleurs vertes sur un fond gris (beaucoup d'arsenic) ; 5° un papier noir olive avec dorures (peu d'arsenic) ; 6° un papier vert et blanc (peu d'arsenic) (in the Medic. Press and Circular. 1875).
En 1880, dans une communication foite à la Société des arts à Londres [domestic Poisons in Relation to Trade and Arts. London, 1880), H. Carr insiste sur la multiplicité et la variété des papiers de tenture dans lesquels l'arsenic est employé pour donner plus de brillant et plus de co^ps aux diverses couleurs.
Il fait surtout ressortir ce lait que c'est principalement dans les papiers de
qualité inférieure que l'arsenic se rencontre en quantité notable. 11 signale des papiers rouge-brun, hleus divers, roses, vert pâle, gris de France, noirs et surtout rouge Magenta.
Certains auteurs, entre autres Stevenson Macadam, à la Sociélé pharmaceutique d'Edimbourg (janvier 1880), Malcolm, A. Morris, Forster, à la Société médicale de Londres, firent des communications analogues, à la suite desquelles la Société nomma une commission d'enquête sur les emjmisonnements par les papiers de tenture et les divers objets colorés par les couleurs arsenicales. Nous allons revenir sur le l'ésultat de cette enquête.
En France, les cas d'arsenicisme domestique par les papiers qui tapissent les pièces d'appartement sont beaucoup plus rares; le soin que l'on prend dans la l'abncatioii de ces papiers en est sans doute la raison, mais peut-être ne le sont-ils pas autant qu'on le croit, l'attention n'étant pas généralement fixée sur la nature des troubles qu'ils peuvent provoquer.
Voici un fait qui m'est personnel et que j'ai cité dans mes leçons à la Tacultc de Bordeaux : L'antichambre de mon cabinet de travail était tapissée en papier rouge clair bordé par une large bande de papier velouté d'un rouge plus foncé. Une partie des murs de cette pièce était de construction récente et contre elle étaient appuyées des étagères garnies de livres.
L'humidité n'avait pas tardé à détacher en partie la tapisserie qui était appliquée sur toile à ce mur, et de largoi couches de moisissures s'étaient développées dans les encoignures sur le papier velouté. Ayant été amené à plusieurs reprises à faire des recherches dans les livres et cahiers adossés à cette tapisserie, j'avais éprouvé des troubles peu caractérisés, tels que : malaise, céphalalgie, nausées et fatigue générale que je rapportai d'abord à un excès de travail et à de la migraine. La concordance de l'apparition de ces troubles avec un ou deux séjours prolongés que je fis auprès de ces étagères en feuilletant les livres et en remuant les objets qui s'y trouvaient me porta un moment à en attribuer la cause aux moisissures dont il a été parlé, d'autant plus que j'avais éprouvé de l'enchiffrènement et une légère irritation des yeux. Mais tout doute sur la cause de ces accidents ne fut plus permis, quand l'analyse m'eut démontré la présence de l'arsenic dans le papier ronge velouté servant de bordure. La bande fut changée et les accidents ne reparurent plus.
A la suite de ce fait, je collectionnai chez les principaux marchands de papiers peints de Bordeaux des échantillons de papier tontisse de toutes les couleurs. L'analyse de ces papiers servit de démonstration pratique à mes leçons. Il ne fut trouvé des traces d'arsenic que dans 5 échantillons sur 50 : dans un papier cuir, un noir et un rouge brun. Les papiers verts en assez grand nombre n'en contenaient point.
L'observation qui m'est personnelle offre ce côté intéressant et réellement curieux qu'elle concorde avec le résultat de l'enquête faite en Angleterre où, sur 54 faits rapportés concernant environ 100 cas d'empoisonnement, 34 cas furent observés chez des médecins eux-mêmes et 8 chez des membres de leur famille. « Ce qui prouve, ajoute le rapporteur Henry Barnes, la difficulté du diagnostic de cette forme d'empoisonnement, et qu'il ne faut rien moins que l'attention du malade intéressé pour en découvrir la cause. »
Sur les 54 rapports dépouillés par la commission d'enquête, 56 fois les cas d'empoisonnement signalés se rapportent à des papiers de tenture. Voici le résumé des faits les plus importants :
i" Chambre à coucher. Papier vert. Femme de médecin : attaques répétées d'entérite. Disparition des accidents après changement de papier;
2° Salle à manger. Médecin et sa femme .'conjonctivite; nausées après le repas ;
o° Chambre de nourrice (Nursery-room). Mort de deux enfants d'un médecin distingué. On découvrit trop tard la cause dans le papier de la chambre. L'échantillon analysé était coloré par de la fuchsine arséniée, avec feuilles et fleurs rouges sur fond brun;
4" Chambre à coucher. Médecin et sa femme : conjonctivite, céphalée, nausées, surtout le malin. Guérison après changement de papier;
5" Chambre à coucher. Chez un médecin, plus tard chez sa femme : extrême dépression, diarrhée et attaque d'asthme la nuit. Guérison après changement de tapisserie ;
fi" Cabinet de travail. Médecin : entérite, épistaxis et grande prostration ;
1° Cabinet de travail. Médecin : céphalalgie intense, conjonctivite avec photophobie, perte de l'appétit, irritation de l'estomac, grande prostration, surtout après le travail ;
8" Salle à manger. Médecin : toux, constipation, céphalalgie depuis deux ans, se montrant principalement le matin quand la pièce était restée fermée toute la nuit. Guérison après changement du papier qui contenait de l'arsenic.
Quand on étudie dans leur ensemble les observations d'arsenicisme dû aux papiers de tenture, on se trouve en présence de symptômes variés, insidieux, plus ou moins graves, que l'on peut cependant rapporter à deux formes d'empoisonnement assez distinctes.
Dans une première forme ce sont les troubles nerveux qui dominent : de la céphalalgie, de l'agitation, de l'insomnie ou bien de la prostration coïncidant avec un état saburral, des symptômes gastriques, tels que : pyrosis, éructations, nausées, parfois vomissements, ventre ballonné, coliques, constipation ou diarrhée. Le teint est terreux; quelquefois on trouve, chez les adultes surtout, des taches brunâtres sur les diverses parties du corps.
Dans les cas graves, il peut y avoir de la diminution de la mémoire, des vertiges, du tremblement musculaire surtout aux mains ; des névralgies diverses, des lésions de la sensibilité telles que : fourmillement et engourdissement dans les mains et les pieds; des paralysies incomplètes, surtout des extrémités inférieures; parfois du ténesme vésical avec émission douloureuse. Chez la femme, il faut ajouter des troubles menstruels et des tendances à l'avortement. C'est dans cette forme insidieuse, véritable arsenichme latent, que le diagnostic est difficile et le plus souvent erroné, et que la maladie est malheureusement traitée pour des affections du cerveau, de la moelle, etc., car les lésions extérieures, plus évidentes dans leur nature qui caractérisent la seconde forme, font le plus souvent défaut.
Dans cette seconde forme, en effet, ce sont ces lésions extérieures qui prédominent : éruptions cutanées plus ou moins caractérisées, eczéma ou autres, mais surtout des conjonctivites très-rebelles sur lesquelles le docteur Fabez Hogg a récemment insisté; des blépharites ciliaires, de la gingivite, de l'angine. Les symptômes gastro-intestinaux sont variables et toujours plus ou moins accusés. Les symptômes graves du côté du système nerveux, quand ils se présenteiit, sont consécutifs aux troubles gastriques ou intestinaux.
A ces de"nx formes d'arsenicisme chronique correspondent deux modes
d'empoisonnement différents, car d'une part, dans la première forme, on se trouve en pre'sence de symptômes relevant plus directement de l'action de gaz toxiques, et de l'autre, dans la seconde forme, de symptômes relevant de l'action des poussières arsenicales.
Le premier qui a émis l'opinion que dans les chambres tapissées avec du papier coloré aux couleurs arsenicales l'empoisonnement peut être dû à une combinaison arsenicale gazeuse, c'est Louyet (de Bruxelles). Se basant sur l'odeur particulière, fétide, alliacée, constatée plusieurs fois dans les pièces humides tapissées de papier vert arsenical, il avait supposé que sous l'influence de la décomposition des matières organiques de la colle de pâte et par l'action de l'humidité sur les tapisseries il devait se former un arse'niure d'hydrogène particulier qui, se mélangeant à l'air de la chambre, devait causer des accidents. Ce chimiste aurait reculé devant des expériences sur ce sujet, en raison des dangers qu'elles pouvaient présenter.
Chevallier (A.), qui rapporte ce fait, dit avoir constaté dans des fabriques de papiers peints que des baquets dans lesquels on avait laissé des couleurs avec de la colle pendant les jours de chômage exhalaient des odeurs infectes, participant de la colle et des couleurs employées.
L'opinion qu'il se formerait ainsi un gaz délétère sous l'influence de la chaleur et de l'humidité a été émise aussi, quoique moins complètement, par Gmélin et Basedow. Kirchgassner (de Coblence) a rapporté quelques observations dans lesquelles il croit avoir constaté l'existence d'un composé volatil arsenical. Cameron pense que l'arsenic des papiers de tenture peut être absorbé à l'étal gazeux et que c'est surtout par les temps chauds, humides et lourds, que les pernicieux effets de ces papiers se font sentir. Fleck, en 1870, chercha à démontrer que dans une chambre tendue en vert de Schweinfurt, sous l'influence de l'humidité, l'air de l'appartement peut contenir de l'arsenic à l'état de composé gazeux. Selon lui, la matière organique et en particulier la colle d'amidon, en se décomposant, donnent naissance à de l'iiydrogène sulfuré qui formerait avec l'arsenic de la couleur de l'hydrogène arsénié, en quantité considérable. A peu près vers la même époque, en 1874, le chimiste suédois llambert établit des expériences par lesquelles il démontre la présence d'un composé arsenical dans l'air d'une chambre revêtue d'une tapisserie verte.
Ainsi le fait paraît bien démontré et les expériences s'accordent ici avec la nature particulière des symptômes observés. Dans certaines circonstances, les papiers de tenture qui contiennent de l'arsenic peuvent empoisonner par le dégagement d'un gaz éminemment délétère.
Mais quel est en réalité ce gaz? Malgré l'explication de Fleck sur la formation du gaz hydrogène arsénié, malgré les expériences de Hambert, on ne saurait regarder comme une chose établie que c'est à ce gaz spécialement qu'il faut attribuer les accidents. Il y a cependant un fait certain, c'est que la décomposition de la colle de pâte qui sert à fixer les papiers peut donner lieu, à elle seule, à un dégagement d'émanations infectes et nuisibles.
Chevalier avait déjà signalé ce fait : que des papiers posés dans une maison, sur des murs humides, ont donné lieu à des émanations fétides telles, que les locataires qui avaient été malades obtinrent la résiliation du bail. Vallin, dans un travail intéressant, a tout récemment appelé l'attention sur des accidents gastrorintestinaux dus à la corruption de l'air des appartements par la putréfaction de h colle des papiers de tapisserie. Eh bien, quand ces papiers sont des
papiers arsénifères, n'y a-t-il pas là des conditions extrêmement favorables à la formation d'un composé moins défini que l'hydrogène arsénié, tout .aussi dangereux, sinon plus, ainsi que l'avaient pensé Louyet et Gmélin ? C'est l'opinion vers laquelle nous penchons et qui mérite des recherches spéciales de la part des chimistes. Ce qui précède permet de se rendre compte d'un fait très-important à signaler : c'est la possibilité d'une intoxication quand le papier dont la chambre est tapissée ne contient pas d'arsenic. Une investigation plus complète fait alors reconnaître que c'est à des papiers anciens, arsénifères, qui n'ont point été enlevés et sur lesquels on a tout simplement collé le papier nouveau, qu'il faut attribuer la cause des accidents. Un certain nombre d'observations semblables ont été signalées en Angleterre.
Nous n'insisterons pas sur le second 7no(le cV empoisonnement, plus commun et certainement plus saisissable, qui est celui qui se fait par la dissémination des poussières se dégageant des tapisseries arsénifères, sous l'influence de la dessiccation, du frottement, du mouvement, de la déchirure de celles-ci, etc. C'est à lui que se rapportent les accidents cutanés.
En terminant, nous rappellerons quelques faits d'arsenicisme dus à l'emploi de papiers ou cartons peints aux couleurs arsenicales. Tels sont ces accidents dus à l'emploi d'abat-joiir verts, que Zuntz a eu l'occasion d'observer; ceux causés par l'usage de cartes à jouer à dos coloré en vert signalés par Wallace et Jabez llogg, ceux encore provoqués par la manipulation de capsules en papier peint pour flacons.
Et maintenant, pour ce qui concerne la prophylaxie, il n'est pas d'autre mesure à prendre que l'interdiction de toute couleur nuisible dans la fabrication des papiers peints et surtout de toute couleur arsenicale. Qu'il me soit permis de répéter ici ce que j'ai dit dans mes leçons : « Parmi les substances dangereuses, qui ne servent qu'à masquer la fraude, la grossièreté des objets fabriqués ou la mauvaise qualité des denrées, il n'en est peut-être pas une qui soit plus susceptible que l'arsenic de reparaître toujours et de se dissimuler sans cesse. Ainsi, les zincs impurs sont de plus en plus rares, mais c'est l'acide sulfurique arsénifère qui se répand de plus en plus; les verts arsenicaux pourchassés disparaissent, ce sont d'autres couleurs dans la préparation desquelles l'arsenic se faufile comme mordant, qui apparaissent à leur tour; les sirops sont dénoncés dans leurs couleurs, ils deviennent plus dangereux encore par la glycose préparée avec l'acide sulfurique provenant de pyrites arsénifères, etc.
« Que l'arsenic disparaisse donc à tout jamais des produits de fabrication où sa présence constitue un danger pour la santé, et peut parfois, quand il s'agit d'une action criminelle, jeter le trouble dans les consciences. 11 ne faut plus qu'on puisse dire qu'on le trouve partout. 11 ne faut pas qu'un empoisonneur bénéficie du doute qui s'empare des esprits les plus convaincus ou qu'un innocent vienne à être soupçonné. C'est en le démasquant toujours, c'est en éclairant les industriels et c'est en punissant rigoureusement l'emploi dans toute fabrication d'objets usuels où il entre soit comme agent principal, soit comme agent auxiliaire, qu'on pourra atteindre ce but ». Alexandre Layet.
Bibliographie. — Voy. Bibliographie de l'article Ai\se.mc de ce Dictionnaire. — Voy. de plus : FiGuiEn (L.). L'industrie des 'pajners peints. In Merveilles de l'industrie. — Laïet (A.). Hygiène des p7-ofessions et des industries, 1875, art. Papiers peims. — Rollet (G.). Des éruptions et des lésions arsenicales professionnelles de la peau et des muqueuses nasale et oculaire. In Annal, de dermatologie et de sypliil., 2' série, t. I, 1878. — Jabez Hogg. Arse-