‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.72Chapitre 52 sur 69 · PAPIERS RÉACTIFS · texte numérisé non relu

PAPIERS RÉACTIFS

nical Conjonctivitis, Arsenical Wall-paper Poisoning. In the Sanitary Record, 1879. — ZuNTZ (N.). Veber einen Fall von Arzenvergiflung durch einen grûnen Lampenschirm. In Bcrl. iilin. Wochenschr., oct. 1875. — Fleck (II.). De l'arsenic contenu dans l'air des appartements. In Zeitschr. f. BioL, t. VIII, 1875. — Vallin. De quelques accidents jiroduits par les papiers de tenture récemment appliqués. In Revue d'hygiène et de police sanitaire, 1880. — MoRKis (A.). A Report on Arsenical Poisoning by Means of Wall-paper, etc. In the Med. Soc. of London, 1880. — Barnes (Henry). Poisoning by Means of Wall-jiaper, elc. In Brit. Med. Journ., février 1880. — Ferré (Alb.). Arsenicisnte professionnel et arsenicisme domestique, d'après le cours du professeur Layet de Bordeaux. Paris, 1882. A. L.

PAPIERS RÉACTIFS. On donne ce nom à des bandelettes de papier imprégnées d'un réactif en solulion (matière colorante végétale ou substance minérale), puis sécliées et conservées dans de petites boîtes bien closes ou dans des flacons noirs, à l'abri de la lumière. Nous ne mentionnerons que les plus importants d'entre eux :

Papier de tourinesol bleu. Pour le préparer, on fait digérer 1 partie de tournesol du commerce avec C parties d'eau, on fdtre, on divise le liquide bleu intense en deux portions égales ; dans l'une des moitiés, on sature l'alcali libre en l'agitant avec une baguette de verre trempée de temps en temps dans de l'acide sulfurique très-faible jusqu'à ce que la couleur commence à passer au rouge ; on ajoute alors la seconde moitié bleu foncé, on verse le mélange dans une capsule et l'on y plonge des bandes de papier non collé, après quoi on fait sëclier le papier en le suspendant sur des lils. Ce papier doit être coloré régulièrement et ne pas offiir de teinte trop foncée ni trop pâle. Mis en contact avec les liquides, il doit se mouiller aisément.

On se sert du papier de tournesol bleu pour reconnaître dans un liquide la présence d'un acide libre qui fait passer sa couleur au rouge. Cependant il ne faut pas perdre de vue que cette même coloration se produit sous l'iniluence des sels neutres solublcs de la plupart des métaux lourds.

Papier de tolrkesol rolge. On l'obtient de la manière suivante : on remue de la teinture de tournesol avec un agitateur en verre trempé à plusieurs reprises dans de l'acide sulfurique très-étendu, jusqu'à ce que la couleur devienne nettement rouge ; on y trempe ensuite les bandes de papier, on les fait séclier; ce papier doit présenter une coloration rouge bien franclie.

On s'en sert pour déceler la présence dans une solution des alcalis, des teries alcalines, de leurs sulfures et des carbonates alcalins. Les sels solubles de quelques acides faibles, de l'acide borique entre autres, ramènent également au bleu la teinture de tournesol rougie.

Un grand nombre de chimistes préfèrent au papier de tournesol le papier au rouge d'alcanna, préparé avec la teinture éthérée d'alcanna et qui présente les mêmes réactions colorées que lui.

Papier de curcuma. On fait digérer 1 partie de l'acine de curcuma pulvérisée avec 6 parties d'alcool aqueux, on chauffe, et dans la teinture filtrée on trempe les lanières de papier. Celles-ci doivent être d'un beau jaune après dessiccation.

Il sert comme le papier rouge de tournesol à reconnaître la présence des alcalis et des sels alcalins, qui le font passer au brun. 11 ne faut pas perdre de vue que l'acide borique produit la même réaction ; le papier de curcuma constitue même un réactif très-sensible de cet acide.

Papier de dahlia ou de seorgijse. On soumet des pétales violets de dahlia {Georgina purpurea) à l'ébuUition avec l'eau, ou on les fait digérer avec de

462 PAPILIONACEES.

l'alcool, puis on plonge dans la liqueur, qui doit être très-concentrée, des bandelettes de papier; desséchées, celles-ci doivent présenter une belle couleur bleu violet, pas trop foncée. Si la teinte virait au rouge, il suffirait d'ajouter quelques gouttes d'ammo-niaque à la liqueur.

Le papier de dahlia devient rouge par l'action des acides, vert par l'action des bases. Il remplace donc avantageusement le papier rouge et bleu de toui'nesol, d'autant plus que, bien pi-éparé, il jouit d'une grande sensibilité. Les alcalis caustiques concentrés le colorent en jaune en détruisant sa matière colorante.

Papier de mauve. On le prépare avec la décoction violette de fleurs de mauve.

Ce papier prend une teinte gris verdàtre au contact des eaux alcalines ; il vire au vert au contact de l'acide azoteux et des azotites, dont il passe pour être un réactif ti'ès-sensible ; enfin, il se colore en violet sous l'influence des sucs végétaux et des sécrétions animales, telles que le sang, le lait, la bile, l'urine (Goppelsrœder) .

Papier de liguline. Ce papier, coloré en rouge par une solution de la matière colorante extraite des baies du Ligustrum vulgare L., bleuit au contact des eaux renfermant du bicarbonate de chaux en solution (Nicklès).

Papier de coi.cus. Ce papier, proposé par Boettger, est rouge et devient d'un beau vert au contact des alcalis.

Papier de gayac. C'est du papier recouvert au pinceau d'une teinture de résine de gayac au I/lOO^. Ce papier, qui est assez souvent employé par les chimistes et particulièrement par les photographes, sert surtout à déceler les oxydants sous l'influence desquels il prend rapidement une teinte bleu intense. C'est ce qui l'a aussi fait employer quelquefois comme un réactif de l'ozone.

Papier de noix de galle. Ce papier, obtenu en trempant des bandelettes dans la teinture faible de noix de galle, est un réactif des sels de fer, entre autres.

Papier amidonné. Le papier amylacé sert à déceler l'iode.

Mentionnons ici le papier amijlo-iodé, qui sert de réactif à l'ozone et à la fabrication de Yozonomètre [voy. ce mot et Ozone).

Enfin, nous ne ferons que nommer le papier cVacétate de plomh utilisé pour reconnaître le dégagement de gaz d'éclairage et d'hydrogène sulfuré, et les papiers de cyanure jaune, à'iodure de potassium, de suîfocyanure de potassiu7ïi, etc., dont les réactions sont bien connues, les papiers au sous-oxyde de Uialliiim et au peroxyde de manganèse quelquefois employés comme réactifs de l'ozone (l'Oi/. ce mol), etc. L. Hahn.

PAPILIOIVACÉES {Papilionaceœ R. Br.). Une des trois grandes divisions de la famille des Légumineuses, division que quelques auteurs ont élevée au rang de famille distincte et dont les représentants sont caractérisés par la forme de la corolle.

Ce sont des plantes ligneuses ou herbacées, à feuilles composées-pennées, pourvues de stipules, et dont le rachis est souvent prolongé en vrille. Les fleurs peuvent être hermaphrodites, monoïques, dioïques ou polygames. Leurpérianthe se compose d'un calice généralement gamosépale et d'une corolle irrégulière, formée de 5 pétales dissemblables : l'un supérieur, impair, généralement plus grand que les autres et appelé Vétendard, deux latéraux plus petits et étroits, constituant ce qu'on nomme les ailes, enfin deux inférieurs, qui se soudent l'un

à l'autre en partie, ou même tout à fait, par leur bord inférieur, de manière à simuler un pétale unique auquel on donne le nom de carène. Les étarnines, au nombre de 10, sont insérées avec les pétales sur les bords du réceptacle plus ou moins concave qui tapisse le fond du calice; elles ont, en général, leurs fdets soudés en un tube entier ou fendu; quelquefois l'étamine supérieure reste libre, tandis que toutes les autres sont soudées entre elles. Le fruit est une gousse ou légume, de forme et de dimensions extrêmement variables, qui s'ouvre à la maturité en deux valves se tordant souvent sur elles-mêmes. Les graines, ordinairement dépourvues d'albumen, renferment sous leurs téguments un embryon courbé, à radicule infléchie et accombante, c'est-à-dire couchée sur la commissure des cotylédons.

Les Papilionacées sont divisées actuellement {voij. H. Bâillon, Hist. des plantes, t. II, p. 575) en 11 groupes ou tribus, renfermant 295 genres et près de 5500 espèces, répandues aussi bien dans les régions intertropicales que dans les pays tempérés et jusque sous les latitudes glaciales. Elles présentent, au point de vue de leurs propriétés, un intérêt considérable. Un grand nombre d'entre elles ont, comme plantes alimentaires, pour l'homme et les animaux, une utilité presque égale à celle des Graminées : tels sont notamment les pois, les haricots, les fèves, les lentilles, les lupins, les luzernes, les trèfles, les vesces, les sainfoins, etc. D'autres, comme certaines espèces des genres Robinia, Cytism, Andira, Pterocarpus, Dalbergia, Coumai'Oiuia, Bocoa, Erylhrina, Sesbania, etc., fournissent des bois fort employés dans l'industrie; d'autres, surtout les Indigotiers, les Tephrosia et le Baptisia tinctoria, donnent des matières colorantes; d'autres, des substances oléagineuses {VArachis hypogœa, par exemple), ou gommeuses (diverses espèces d'Astragaliis), ou méilicamenteuses, très-diverses, comme les réglisses, le sang-dragon, le copahu, les baumes de Tolu et du Pérou, etc. Ed. Lefèvre.

PAPILLES. Il est important de ne pas confondre les papilles, organes dermiques bien définis, ayant des attributs bien déterminés dans la formation de l'épiderme, avec la papille du rein, la papille du nerf optique et surtout les villosités intestinales, qui sont relatives à la digestion et que des auteurs appellent encore papilles,

La papille est un organe élémentaire assez complexe. Son siège de prédilection est le derme ; c'est là qu'on trouve surtout des papilles, mais ce n'est pas seulement sur la peau qu'existent ces organes. Sur toute l'étendue de la cavité buccale, la langue, oii il existe des papilles de différents genres, qu'il importe de classer; sur le pharynx, dans certaines régions du larynx, sur les conjonctives, dans les voies génitales, mâles et femelles. En outre, chez les animaux, on trouve des papilles dans d'autres régions que le tégument. Ainsi chez les Ruminants, surtout la race bovine et ovine et autres, les trois estomacs, la panse, le feuillet, le bonnet, ont une muqueuse très-épaisse et munie de papilles trèsdéveloppées avec un épiderme corné. Chez les perroquets, les canards, les oies, on trouve à la face interne du bec de longues papilles, de 5 millimètres de haut, papilles nerveuses formées de grappes de corpuscule du tact. Ces papilles reçoivent les filets du trijumeau. Les poissons ont des organes du tact logés dans l'épiderme. Là où se trouvent ces papilles le derme s'érige en papilles considérables. Chez certains poissons, du système des canaux latéraux partent de nombreux troncs nerveux qui aboutissent à de gros boutons nerveux ou

papilles cutanées visibles à l'œil nu. Ces boutons nerveux présentent un grand développement dans les canaux muqueux de la tète des Lepidoleprus, Umbrina, Corvina. Chez les Plagiostomes, à la place de ces boutons nerveux, il existe dans le canal latéral une saillie longitudinale. Chez le requin à épine, les ampoules présentent un grand nombre de renflements vésiculeux, dans lesquels aboutissent des faisceaux nerveux. On trouve chez la plupart des invertébrés supérieurs aussi des organes du tact, différemment disposés, mais affectant une disposition toujours analogue à celle des mammifères de papilles nerveuses.

Les papilles sont de petites saillies du derme, plus ou moins allongées, occupant la face externe du derme, et qui forment, par leur ensemble, une couche spéciale du derme, avec une circulation particulière, ce qui fait qu'en anatomic générale on distingue les corps papillaire du derme sous-jacent. Ces papilles sont surtout formées, au point de vue de leur constitution anatomique, d'une substance amorphe tenace, comme celle du derme. Elles renferment aussi des noyaux libres, dits du tissu conjonctif. Elles sont parcoiu-ues dans toute partie centrale, quand elles sont volumineuses, par des fibres lamineuses et des fibres élastiques minces, d'où l'aspect strié de ces papilles. Au point de vue de leur conformation, on les distingue en papilles simples et papilles composées. Les papilles simples constituent des saillies arrondies, coniques ou iiliformes.

Elles sont renflées ou effilées au sommet.

Les papilles simples sont dans toute l'étendue du derme, la pulpe des doigts, sur la muqueuse des lèvres, des gencives, de la voûte palatine, l'œsophage, dans les organes génitaux, la vulve, le gland, le vagin. La muqueuse de l'urèthre possède en même temps des papilles simples et des papilles composées.

Ces papilles sont formées d'une couche large et d'un nombre variable de saillies, allant jusqu'à 20, 50, 40 et bien plus sur les grosses papilles de la face dorsale de la langue où leur nombre peut monter jusqu'à 800 et plus ; ce sont les papilles secondaires, en général très-allongées.

Ainsi sur la muqueuse linguale on trouve des papilles de quatre ordres : l" Les papilles hémisphériques, très-petites, extrêmement nombreuses, dans l'intervalle des papilles fongiformes et corolliformes ;

2° Les papilles fongiformes, très-nombreuses, au nombre de 150 à 200, d'après M. le professeur Sappey. Irrégulièrement disséminées, elles se trouvent surtout sur les bords de la langue, c'est là qu'on les voit en plus grand nombre. Elles ont une forme pédiculée ;

3° Papilles corolliformes, encore plus petites que les précédentes. Elles forment en avant du V lingual, des papilles caliciformes, une sorte de gazon touffu (M. Sappey) dans lesquelles s'infiltrent les liquides ;

4° Les papilles caliciformes forment le V lingual, en avant de la base de la langue. La plus volumineuse, connue sous le nom de foramen caecum, occupe la ligne médiane de la langue, au sommet du V lingual. Sans entrer dans de trop minutieux détails sur la constitution de ces papilles, leur forme, comme l'indique leur nom, est celle d'un calice, c'est-à-dire qu'elles sont formées d'uu bourrelet circulaire, et au centre séparées du bourrelet par une gouttière, une masse hémisphérique. Le bourrelet et la masse centrale sont formés de nombreuses papilles très-fines, au nombre, pour les plus grosses, de 800 à 1000. Mais ce qui est le plus intéressant, dans ces papilles, c'est qu'il est démontré, par les recherches histologiques, que ces papilles portent sur les deux faces de

PAP[LLES. 465

la rainure circulaire des orgaaes nerveux, véritables oro;ones de tact, de'crits pai Loven et Schwalbe en Allemagne, sur la grenouille, le lapin, le chien, le cheval le chat, et que j'ai retrouvés aussi chez l'Iiomme, chez un supplicié. Déjà l'ana tomie et la physiologie avaient démontré que le nerf glosso-pharyngien se distribuait à cette région. Ces corps se trouvent au niveau de la dépression circulaire qui sépare le bourrelet de la papille. Ils occupent toute la hauteur de cette couche. Ce sont des corps ovoïdes, volumineux, formés de deux sortes de cellules, les unes épithéliales, les autres allongées, suivant probablement les terminaisons du glosso-pharyngien. Parmi ces cellules allongées, on en voit qui offrent une analogie frappante avec les cellules dites olfactives de la tache olfactive, siège de l'olfaction.

Au point de vue de leur structure, les papilles se divisent en papilles vasculaires et en papilles nerveuses. Les papilles vasculaires ont incontestablement pour attribut la nutrition de l'épiderme. Aussi, sur les muqueuses oîi la couche épithétiale est mince, les papilles sont rares et peu élevées : ainsi sur l'œsophage, la muqueuse pituilaire, elles sont dans cette région à peine apparentes. Il n'en est pas de même des culs-de-sac palpébraux où, comme nous l'avions démontré, avec M. le professeur Robin, il y a des papilles très-bien formées dans les culs-de-sac conjonctivaux. Aussi ces régions sont-elles souvent le siège d inflammations chroniques, qui constituent les granulations conjonctivales.

Sur le voile du palais, l'ouverture du larynx, la muqueuse piluitaire, les papilles sont très-peu développées. 11 y a une exception pour la région du larynx, la plus intéressante au point de vue du fonctionnement de cet organe. Les bords des cordes vocales inférieures, qui doivent être rigides pour mettre la colonne d'air en vibration, sont constitués par un tissu serré ; c'est le derme avec des papilles et un épilhélium pavimenteux analogue à l'épiderme. En dehors de cette région limitée du larynx, la mu^jueuse est mince et offre peu de papilles.

Dans les régions oiî l'épiderme est épais et surtout là où existe une couche cornée, les papilles sont volumineuses, serrées et très-vasculaires. On les trouve aussi à la peau du talon, à la plante du pied, la pulpe des orteils, la paume de mains, surtout les éminences thénar et hypolhénar, la pulpe, les doigts, etc. Enfin, au niveau de l'ongle, il existe une disposition spéciale des papilles et de l'épiderme qui n'est pas bien décrite en général et qu'il est par conséquent nécessaire de rappeler ici.

Il y a à considérer, comme on le sait, dans le derme unguéal, deux parties : le lit de l'ongle, la matrice de l'ongle.

Les papilles du lit de l'ongle, au lieu d'être coniques ou cylindriques, comme les papilles des autres régions du derme, sont courtes, minces, allongées, serrées, parallèles à l'axe de l'ongle. Ces papilles sont très-vasculaires, afin de suftire à la nutrition de cette épaisse couche d'épiderme. Ces crêtes sont plus hautes et plus minces, au niveau de la lunule, région où se fait le maximum d'accroissement de l'épiderme ; la même disposition se voit sur les bords, oîi l'ongle vient s'implanter.

Dans la matrice de l'ongle où il y a deux lèvres, une supérieure qui recouvre l'ongle est lisse, l'inférieure est munie de longues papilles vasculaires autour de la matrice de l'ongle ; dans tout son pourtour se trouve un riche réseau artériel et veineux, de façon à amener une circulation active dans cet appareil papillaire.

LICT. ENC. 2« s. XS.. 50

466 PAPILLOME.

Par la même raison que le développement des papilles avec son appareil vasculaire est en rapport avec la quantité d'épiderme à nourrir et à renouveler, on trouve sous le sabot du cheval et de tous les Mammifères à sabols des papilles énormes relativement et très-vasculaires. De même les cornes persistantes des mammifères, au-dessous de leur implantation, présentent des papilles très-iléveloppées, avec des capillaires volumineux.

Papilles nerveuses. Ces papilles sont caractérisées par la présence d'un ccrps volumineux, le corpuscule du tact. Ce corps est formé d'une partie centrale de nature nerveuse, probablement une cellule nerveuse modifiée. Le cylindre axis aboutit à cette substance. Le périnèvre et la gaine de Schwann arrivent à la base du corpuscule où ils s'arrêtent et font des enveloppes successives très-épaisses, avec des noyaux dans leur épaisseur.

On trouve les papilles nerveuses avec leurs corpuscules seulement à la peau de la paume des mains, de la plante du pied, des faces antérieures et latérales des doigts, du poignet, à la partie rouge des lèvres, à la pointe de la langue, aux callosités iscliiatiques des singes. Ce sont des papilles simples. Quelquefois elles renferment une anse vasculaire.

Dans la conjonctive, on trouve des corpusculi s particuliers décrits par Krause. Ce sont des corpuscules petits, sphériques, sans enveloppes de périnèvre et de gaîne de Schwann appeiidus à l'extrémité du nerf. On les trouve encore dans le voile du palais, les papilles de la langue, la peau du gland, les papilles de la muqueuse labiale. Cadiat.

PAPBLLO:»lE. La définition du mot papillome est encore très-difficile à donnera l'heure qu'il est, car ou a décrit sous cette déiioininalioii des tumeurs qui diffèrent absolument les unes des autres au point de vue de leur nature. Si maintenant nous voulons les envisager au point de vue de leur structure liistologique, de leur évolution, de leur pronostic, les espèces morbides que l'on a réunies sous cette rubrique n'ont presque aucun rapport entre elles.

Que devons-nous donc appeler aujourd'hui papillome? Si, selon le conseil d'Érasme, nous voulons étudier le nom nu même tilre (jue la chose, disons que d'après la nomenclature moderne les mots terminés en orne signifient tumeurs. Le radical indique la forme ou la nature des tumeurs.

Eh bien, dans le Dictionnaire de Liltré et Robin qui, au point de vue de la linguistique, semble devoir être d'un purisme absolu, nous lisons la définition suivante : « Nom donné à une variété d'épithélioma caractérisée par une augment;ition de volume des papilles de la peau ou des muqueuses, avec induration et épaississement du derme sous-jacent dans toute l'étendue affectée ». Dans l'esprit de ces auteurs, le mot papillome définit donc une variété de cancer épithelial. « Dans cette variété comme dans les autres, ajoutent-ils, les ganglions sont susceptibles d'être atteints aussi d'épithélioma. »

Est-ce ainsi que nous devons concevoir aujourd'hui la question? Et, partant de celte considération que toute tumeur peut à un moment donné revêtir la forme papillaire ou villeuse, n'avons-nous à décrire qu'une simple variété de cancroïde? — Devons-nous, au contraire, par le mot papillome, entendre une espèce morbide nettement déterminée?

Quoique nous ayons cru devoir nous arrêter à ce dernier parti, on ne saurait pourtant être absolu en pareille matière. En effet, nous pouvons trouver entre deux espèces morbides nettement définies, n'ayant de prime abord aucun rapport

l'APILLOME. 467

entre elles, un lien (rat'linité : c'est ainsi que le papillome absolument bénin, et présentant tous les caractères (jue nous allons décrire, peut à un moment donné changer brusquement de nature et prendre les allures d'une tumeur maligne, d'un cancer. Mais il ne s'agit là que d'un pbénomèiie vulgaire que l'on peut observer dans toutes les tumeurs, le pbénomène de la dégénérescence. Les papillomes, comme les lipomes, les fibromes, peuvent après une longue période de bénignité se transformer en tumeur maligne. C'est un fait d'observation journalière, et nul ne saurait contester l'existence propre de ces espèces morbides.

« La seule délinilion bistologitpie (pii convieime au Papu-lome est celle qu'en ont donnée Cornil et Ranvier (Manuel d'hàtologie pathologique, p. 285). Ils prennent pour caractéristique de cette tumeur la papille elle-même, c'est-à-diic le bourgeon formé par le mode de végétation des vaisseaux qui a pour résultat le relèvement d'une surface épitliéliale sur lui point donné, et sa mulliplication sur ce point même autour du soulèvement produit par les vaisseaux.

De plus, une formation, pour être simplement papillaire, doit présenter les caractères suivants : i" exister sur nue membrane revêtue d'épitholium des diverses formes; 2" être formée simplement par la végétation des vaisseaux préexistants vers la surface libre et non pas celle d'une tumeur spéciale existant au préalable dans cette membrane; o" présenter un revêtement épithélial reproduisant la forme générale de l'épitliclium normal circonvoisin.

Cette définition exclut du cadre des pa[)illonies les tumeurs végétantes, qui parfois, sans perdre leur individualité propre, prennent une apparence arborescente au voisinage d'une membrane qu'elles perforent en la détruisant, ou simplement même en relevant son épitbéliiim dont le caractère est dès lors modifié. C'est ainsi que le fibrome du sein, végétant dans la paroi des canaux galactopbores, remplit ces canaux de bourgeons fibreux en les dilatant à l'excès, et coiffe ses végétations de l'épitliélium de ces mêmes canaux sans pour cela devenir un papillome vnii. En pareil cas, on peut dire seulement que l'on a affaire à une végétation papillii'orme de la tumeur, et spécifier que ie fibrome, par exemple, est un fibrome papillaire. On pourrait en dire autant du myxome. du carcinome et du cliondrome.

Partant de cette idée que toute papille est une édification vascuiaire, résultant de l'activité |)ropre des vaisseaux préexistants dans une membrane revêtue d'épilliélium, on comprend que tout papillome devra être formé: 1" par des bouquets vasculaires ascendants reproduisant, avec plus ou moins de complication, le type de ceux des diverses papilles de la peau et des muqueuses; 1° par un relèvement du tissu connectif de la membrane siège de la ncoformation, tissu plus ou moins jeune, mais ne renfermant pas d'éléments néoplasiques ; 5° par une surflice épithéliale moulée sur la forme même de la végétation connectivovascuiaire qui la soutient.

Quant au mode suivant lequel la végétation du tissu connectif et des vaisseaux s'effectue à la surface de la membrane, il est variable. Si des papilles se forment en grand nombre et sur une large étendue, l'on aura afiaire à un papillome diffus; on trouvera indiqué dans l'article Dermatose les conditions pathogéniques et l'histologie pathologique de cette forme de papillome sur le tégument. Ce sont ces mêmes conditions qui déterminent partout la formation des papillomes ; elles consistent, en résumé, dans l'irritation subaiguë et soutenue amenant la production de l'œdème chronique inflammatoire, ou même dans la

468 PAPILLOME.

prolongation oulre mesure de l'œdème passif, de cause sanguine ou lymphatique.

Quand, au lieu de se répandre sur de vastes espaces, les causes d'irritation iormative sont localisées sur des points moins étendus, la végétation papillaire s'effectue au niveau du point irrité de façon à aboutir à la [)roduction d'un papillome localisé, soit sous la forme sessile, soit sous la forme pédiculée.

Au point de vue de l'analyse histologique pure, nous devons distinguer les papillomes des trois formes précitées suivant qu'ils s^ produisent, (A) sur la peau ou les muqueuses du type xMalpigliien, (B) sur les muqueuses revêtues d'épitliélium cylindrique, (C) sur les membranes séreuses revêtues de cette variété d'épithélium plat et disposé sur une seule couche mince qu'on appelle l'eîidothéiiiim.

A. Papillomes du type Malpighien. L'épithéliura stratifié suivant le type de Malpigbi contient deux variétés bien distinctes : dans l'une le revêtement présente les caractères de celui de la peau exposée à l'air, il aboutit à la formation iVépidenne corné; dans l'autre il est constitué, comme on l'observe dans la bouche, l'œsophage, le vagin ou le repli du prépuce, et en général sur tous les points où existe une sécrétion humide permanente. Dans ce cas l'épiderme corné ne se produit pas comme sur le tégunient exposé ; les cellules du corps muqueux s'élèvent sans s'imprégner d'éléidine, et sans que leurs noyaux s'atropliient. 11 n'y a dans ce revêtement ectodermique, au-dessus du corps de Malpigbi, ni zone granuleuse, ni stratum lucidum distinct des couches épidermiques inférieures et dans lesquelles les pointes de Schultze ont disparu.

he papillome corné de la peau répond à la première variété de revêtement malpighien. Le papillome mnqueux répond à la seconde.

Le papillome corné a son type dans la verrue. Sur un point du tégument une série d'anses vasculaires, rapprochées par leur pied, s'élèvent et deviennent des bouquets plus ou moins arborisés entourés de tissu connectif ou embryonnaire, ou muqueux, ou enfin fibreux et adulte suivant l'âge de la végétation. Ainsi se forme une papille composée colossale qui, à ma connaissance, ne renferme point de corpuscules du tact. Elle est revêtue de couches, soit épaisses, soit au contraire minces, d'ectoderme avec toutes ses couches : couche cylindrique, corps muqueux, zone granuleuse, stratum lucidum, couches épidermiques proprement dites et parfaites. Dans le cas où sur de pareilles verrues se forment des cornes véritables, il est probable que, comme dans les productions cornées telles que l'ongle et le boutoir du porc, la kératinisation se fait par un mode particulier dans lequel l'éléidine est remplacée par la substance Onychogène de Ranvier, mais je fais là une simple hypothèse, n'ayant pas eu l'occasion de vérifier le fait.

Le papillome muqueux existe sur la langue, les parties génitales de 1» femme, le pourtour de l'anus, le reflet préputial. Dans ce dernier cas, il constitue les végétations dites vénériennes, amenées par l'irritation prolongée et le défaut de propreté. C'est une forme arborescente ; souvent les ramifications connectivo-vasculaires sont dans ce cas embryonnaires, siège d'œdème chronique, parfois de petites bémorrhagies. L'ectoderme ressemble à celui des papilles buccales ; on n'y trouve pas de stratum granulosum ; le corps muqueux est œdémateux. Les lignes de ciment traversées par les pointes de Schultze sont larges, parfois occupées par des globules blancs en voie de migration vers la surface. Enfin, Leloir y a trouvé très-fréquemment la transformation cavitaire des cellules épithéliales. C'est là un état qui marque la réaction particulière de

PAPILLOME. 469

l'ectoderrae en face des irritations de divers ordres : c'est sa manière de s'enflammer. Les produits ou pseudo-membranes, analogues à celles de la diphthérie, qu'on rencontre souvent sur les papillomes muqueux, sont le résultat de la généralisation sur une certaine étendue de la dégénération cavitaire sur laquelle a insisté Leioir.

Les pnpillomes des cordes vocales, ceux des replis aryépiglottiques, sont des papillomes muqueux de l'ordre de ceux qui viennent d'être décrits. Là, en effet, existe le revêtement Malpighien. Ceux qui sont consécutifs aux glandes tuberculeuses ulcérées sont un peu différents, ils résultent de la végétation des parois festonnées des acini détruits, ce sont de vrais bourgeons cbarnu. papilliformes qui se recouvrent d'épithélium le plus souvent nialpigliien, mais mss'iparfois cilié, suivant le point du vestibule laryngé où ils urennent naissance.

Les papillomes articulaires doivent être rapprochés des papillomes muqueux, en ce qu'ils sont revêtus par l'épitbélium stratifié particulier aux synoviales.

B. Papillomes à revêtement cylindrifpie. Ce sont ceux des muqueuses revêtues d'épithélium cylindrique, soit à plateau, soit caliciforme, soit mixte. Ce sont ceux de l'estomac, des diverses portions de l'intestin, des canaux biliaires, de l'arbre respiratoire dans sa portion trachéenne, de l'épendyme et du col utérin. L'arborisation est toujours formée par une végétation vasculaire rameuse entourée de tissu connectif ; l'épithélium a constamment le type de celui de la région, la répartition des éléments de cet épitliélium reste seule différente. C'est ainsi que certains papillomes intestinaux sont exclusivement revêtus dépithélium caliciforme.

C. Papillomes du type endothélial. On rencontre ces papillomes dans les séreuses vraies, et principalement dans l'épiploon chez l'homme, dans le mésopéricarde et les plèvres fenêtrées à la façon de l'épiploon chez les Solipèdes. Les végétations papillaires sont dans ces cas plutôt des accidents de formation que des tumeurs. Elles consistent dans des sortes de verrues arborisées, ou groupées en rosettes sur un point donné. Leur charpente est formée de tissu connectif souvent chargé de graisse et parcouru par des bouquets vasculaires dans les mailles desquels les vésicules adipeuses ont pris place. Âilleiirs l'axe connectif et vasculaire est formé de tissu fibreux. La surface de revêtement est constituée par l'endothélium de la région et présente les caractères ordinaires. »

Telle est au point de vue de l'analyse histologique l'histoire du papillome que nous avons tenu à faire rédiger par notre ami le professeur Renaut, qui a bien voulu faire cette description d'après les nombreuses pièces provenant de nos services hospitaliers. Abordons maintenant la description purement clinique.

Description clinique. Papillome corné. Les types cliniques les mieux connus du papillome corné sont !a verrue, le cor et la végétation. Un article spéciid a été consacré à la seconde de ces variétés : nous n'aurons donc pas à en parlei* ici. — La verrue ou papillome corné simple se présente sous la ibrme d'une petite saillie à la surface des téguments. 11 s'agit ordinairement au début de l'hypertrophie limitée du corps papillaire. Cette hypertrophie a tantôt pour siège une papille, tantôt un groupe de papilles. Peu à peu vont s'épaissir les couches épithéliales superposées à ces papilles. Elles prendront une consistance plus dure (hypertrophie de la couche cornée).

Si cette hypertrophie épithéliale est considérable, si les couches cornées se multiplient rapidement, on aura une tumeur dure. On aura au contraire une

470 PAPILLOME.

tumeur molle, si le substratum conjonctif forme la majeure partie du néoplasme. Dans ce que l'on appelle vulgairement verrue, comme dans les cors, c'est la portion épidermique qui l'emporte au point de vue du volume sur l'élément conjonctil et vasculaire.

Tel est, au point de vue de son évolution liistologique et de sa structure, le papillome corné. Dans d'autres circonstances, au lieu d'une tumeur simple, aplatie, nous nous trouverons en présence de ce que l'on désigne sous le nom de végétation. — En pareil cas le prolongement dermique s'est ramifié. Il ne s'agit plus d'une papille simple, mais bien d'une tumeur arborescente, présentant la forme allongée ou la forme plate ; des prolongements isolés ou multiples.

Le volume de ces tumeurs est quelquefois considérable. Les ramifications vasculaires qui se distribuent dans leurs prolongements peuvent donner lieu par leur rupture à une véritable béniorrbagie.

Les végétations se présentent tantôt sous la forme sèche (elles ressemblent alors aux papilles de la langue des chats), tantôt sous la forme molle. C'est surtout le siège de ces tumeurs (|iii détermine cette variété d'aspect. Le papillome arborescent de la face, des doigts du dos de la main, du pavillon de l'oreille, est en général blanc, sec, rugueux. Dans la région inguinale, snus le sein volumineux et pendant, dans la rainure interfessière, dans la région génitale, les papillomes sont plus mous. Telle la papule syphiliti(juc, qui est sèche et d'un rouge cuivré sur la peau, revêt dans les régions inguinales les caractères de la plaque muqueuse.

Étiologie. On s'accorde généralement à considérer l'hypertrophie des papilles comme le résultat d'une irritation locale. Tous les auteurs qui ont écrit sur les maladies vénériennes inscrivent la blennorrhagie, ou plutôt la présence du pus sur les organes génitaux, comme cause des végétations génitales. Nous ne parlerons pas de ceux qui ont voulu voir dans ces petites tumeurs une manifestation de la diathèse syphilitique, ni des arguments si serrés dont ils furent jadis poursuivis par Diday. Nul aujourd'hui ne sauiait soutenir une pareille opinion. Il n'en est pas moins vrai qu'en raison des irritations locales que les syphilides humides occasionnent les végétations simples ne sont pas rares chez les sujets syphilitiques. Les végétations digitales sont également fréquentes chez les étudiants en médecine pendant le cours de leurs travaux anatomiques. Le tubercule anatomique n'est qu'un papillome arborescent. Il disparait en été quand se ferme l'amphithéâtre. 11 reconnaît donc bien pour cause l'irritation produite par les liquides cadavériques.

Mais alors pourquoi ceux qui se livrent aux éludes anatomiques ne sont-ils pas tous atteints de tubercules? Pourquoi voyons-nous le papillome hérisser les doigts des jeunes couturières, comme ceux des filles auxquelles leur position de fortune permet une existence absolument oisive? Et si nous voulons maintenant étudier à ce même point de vue la genèse des végétations génitales, pourquoi les voyons-nous se développer sur la vulve de filles vierges et ne laissant rien à désirer au point de vue des soins de propreté, tandis que certaines prostituées lubriques et sordides en sont indemnes?

Diday a cherché à résoudre ce problème, et a examiné à ce point de vue un grand nombre de malades. Il est arrivé à cette conclusion que le papillome génital simple, la végétation, s'observe surtout chez les individus qui dans leur enfance ont eu des verrues aux mains. Il y aurait donc une sorte de diatlièse papillomateuse, ou plutôt une prédisposition native à l'hypertrophie papillaire,

PAPILLOME. 471

en vertu de laquelle cette distrophie se produirait indépendamment de toute cause locale.

C'est en piirtant de cette idée, énoncée déjà dans mon traité des maladies du rectum il y a quelques années, que j'ai observé le papillome ano-génital. C'est celte élude, c'est cette observation, qui m'a permis d'afiirmer au commencement d^ cet article que le papillome est une entité morbide absolument distincte.

Le papillome est en eiïet une affection dont l'évolution n'a rien de commun au point de vue clinique avec celle des autres tumeurs du groupe épithélial. On l'observe dans la i^égion ano-périnéale : 1» au moment de la puberté, alors que la vascularilé de la région périnéale est plus grande. Et la rapidité de la poussée est aussi bien en rapport avec l'action instinctive qu'avec le fonctionnement effectif des organes génitaux. Comme nous l'avons dit plus haut, les végétations peuvent s'observer chez des sujets absolument vierges. J'ai enregistré à ce point de vue des faits dont l'interprétation ne ptnit laisser aucune espèce de doute.

Toute lésion amenant un np|)ort sanguin exagéré aux organes génitaux peut cire la cause occasionnelle du développement des papillomes. Citons la cystite, les calculs vésicaux, les affections chroniques du rectum, les parasites intestinaux. Citons surtout la grossesse, citons la ménopause.

C'est en raison de celte influence prépondérante de la vascularisation que quelques auteurs, Vircliow entre autres, auraient voulu inscrire la végétation au chapitre des angiomes.

Nées sous l'influence de l'exagération des fonctions circulatoires, les végétations deviennent rapidement arborescentes et volumineuses. Elles se pressent les unes contre les autres et ne tardent pas à contracter entre elles par l'intermédiaire de leurs ramifications des adhérences très-solides, anastomotiques peutêtre. Elles se confondent entre elles par leurs extrémités, tandis que leurs bases restent libres. Leur ensemble constitue alors une masse homogène dont l'aspect est celui d'un chou-fleur, mais dont la base est traversée par un véritable labyrinthe, si bien que, si l'on extirpe avec le bistouri, ou mieux par le raclage, cette masse morbide éiiorme, qui semble se confondre avec la peau, la surface d'extirpation présente une multitude de petits points saignants séparés par de la peau saine.

On conçoit facilement toutes les variétés d'aspect que, suivant son siège et son volume, peut présenter le papillome arrivé à cette période. Si les soins de propreté ne sont pas absolument parfaits, on verra bientôt survenir des phénomènes inflammatoires dus à la fermentation. Le papillome enflammé sécrétera du pus. Les ganglions lymphatiques du voisinage s'engorgeront et, si la masse papillaire est emprisonnée sous un phimosis étroit, le chirurgien pourra se croire en présence d'un cancer de la verge. Pareille erreur a été maintes fois commise et suivie d'une intervention chirurgicale déplorable.

Lorsqu'il s'agit de sarcomes, de néoplasmes épithéliaux malins, la croissance de la masse morbide est indéfinie. Rien ne l'arrête, sinon les désordres mortels qu'elle produit. L'extirpation même absolument complète ne fait qu'enrayer sa marche. La récidive est la règle. Comment se comporte le papillome à ce double point de vue de l'évolution et de la récidive? Au point de vue de la récidive, le papillome souvent désespère le praticien. C'est en vain qu'il extirpe toutes les végétations, qu'il a soin d'enlever avec la pointe de ses ciseaux les parties du derme qui leur ont donné naissance, qu'il multiplie les soins de propreté, qu'il varie le titre et l'espèce des solutions astringentes. Inutile encore est le fer

472 PAPILLOME.

rouge qu'il promène sur les surfaces saignantes immédiatement après l'extirpation des tumeurs. Les végétations vont bientôt récidiver et pousser avec plus de vigueur que jamais. La récidive est fréquente, très-fréquente même après l'extirpation. On peut même dire que le papillome récidive in situ aussi rapidemont, plus rapidement mcme que les plus malins de tons l(?s cancers.

Et ]Jourtant. lorsque, en désespoir de cause, votre malade aura renoncé à tout traitement, à tout soin, peut-être verra-t-il, sans aucune cause appréciable, disparaître toutes ses végétations. Elles dispnraïtront spontanément et la région reprendra son aspect primitif. Celte disparition est surtout remarquable dans sa rapidité cliez les femmes jiendant les quelques semaines qui suivent l'accouchement. J'ai vu disparaître de la soite et sans médication aucune d'énormes chouxfleurs qui semblaient nécessiter une intervention chirurgicale sérieuse.

C'est assez dire qu'au point de vue de l'évolution le papillome diffère absolument des tumeurs malignes. On ne saurait donc sans commettre une erreur grave en faire une simple variété du cancer épithélial.

Partout où il existe des papilles à l'état normal, on peut voir se développer le papillome. On le rencontre surtout : I" sur les organes génitaux de la femme (face interne des grandes lèvres, petites lèvres, entrée du vagin). J'ai extirpé il y a quelques années un papillome isolé qui s'était développé sur le clitoris, et qui par les excitations continuelles qu'il provoquait pendant les moindres mouvements était devenu le point de départ de symptômes généraux graves; 2° à l'anus. II est surtout fréquent chez la femme et chez les hémorrhoïdaires ; 5" sur le prépuce et le gland ; 4" sur le dos de la main et les doigts. Notons encore le papillome de la conjonctive oculaire (rare), des lèvres, de la face interne de la joue (je l'ai observé chez un enfant de dix ans. La tumeur avait les dimensions d'une pièce de 2 francs). J'ai vu chez un jeune homme de vingt et- un ans des végétations hérissant le pavillon de l'oreille. Ce patient, trèsrobuste du reste, avait de nombreuses verrues sur les doigts. Le papillome corné du tronc est rare. Il est constitué par des tumeurs moins caduques que les végétations des organes génitaux. Souvent elles sont congénitales. Elles sont ordinairement sèches. J'ai observé trois fois le papillome sous-unguéai. Chez les trois malades auxquels je fais allusion, le néoplasme s'était développé aux dépens de la matrice de l'ongle qui était soulevé, mais non déformé. Tous les doigts et tous les orteils étaient simultanément atteints chez un de nos patients. Au niveau du gros orteil la lésion avait amené des ulcérations qui, si elles eussent été isolées, auraient pu en imposer pour celles que détermine l'incarnation de l'ongle. Quand le développement du papillome sous-unguéal est rapide, il s'accompagne de douleurs excessivement vives en raison de la compression des extrémités nerveuses. Nous ne parlerons pas ici du papillome cutané diffus {voy. l'article Dermatose).

Le papillome est- il contagieux? Il semble assez facile de répondre à cette question par la négative. Toutefois la contagiosité des végétations est une idée tellement ancrée dans l'esprit des gens que sa fausseté a dû être démontrée expérimentalement. Pour ce, Melchior Robert a introduit dans son prépuce et y a gardé enfermées pendant plus de vingt-quatre heures des végétations fraîchement excisées chez un de ses malades. Il ne s'est rien inoculé du tout de la sorte. Quant aux observations de prétendue transmission par les rapports sexuels, elles ne sauraient être sérieusement discutées. Nous ne devons pas plus nous y arrêter qu'à l'examen de ceHe singulière superstition qui décore du nom de

PÂPILLOME. 475

mère une verrue ou végétation et dont l'extirpation serait suffisante, mais indispensable pour la guérison de toutes les autres.

A côté des tumeurs essentiellement bénignes dont nous venons d'esquisser l'histoire on observe sur la peau, sur le bord des orifices muqueux, à la lèvre, par exemple, et surtout au niveau des anciennes cicatrices, des tumeurs qui, au pointde vue morphologique, ressemblent absolument au paplllome simple. Elles sont plus ou moins longues, elles sont simples ou ramifiées, claviformes ou filiformes, tantôt sèches, tantôt humides. Leur évolution est parfois si lente que leur bénignité semble chose évidente. Sur le dos de la main où je les ai fréquemment observées, elle.? se recouvrent d'une couche cornée abondante qui leur donne l'aspect et la consistance des épines du hérisson. Quand on les frotte avec un corps dur elles se desquament. A la lèvre inférieure elles naissent spontanément, quelquefois sur la cicatrice d'un épithélioma lobule antérieurement extirpé, La région malade prend alors l'aspect d'une langue de chat. Devons-nous décrire dans ce chapitre ces tumeurs papillaires? Évidemment non. Car il ne s'agit plus ici du véritable papillome et, malgré leur similitude macroscopique, ces néoplasmes sont de nature absolument différente. Ces papillomes malins, auxquels conviendrait beaucoup mieux le nom de cancers papillaires, sont des tumeurs permanentes, à évolution continue. Leur marche est envahissante. Sous le papillome vrai la peau est saine. Elle est cancéreuse sous le can-^er papillaire.

J'ai mamtes fois extirpé de ces prétendus papillomes dont j'ai dû poursuivre les prolongements jusqu'au squelette sous-jacent, que j'ai trouvé quelquefois envahi.

La récidive de ces cancers est relativement tardive, mais elle est aussi constante que pour les autres variétés d'épithélioma. Dans la tumeur récidivée la disposition morbide n'est pas toujours la même que dans la tumeur primitive. Tel épithélioma papillaire récidivera sous forme lobulée.

L'épithélioma papillaire s'accompagne toujours au bout de peu de temps d'engorgement ganglionnaire, et cet engorgement revêt toutes les formes qui s'observent avec les autres variétés de cancroïde (masses volumineuses et ulcérées, trahiées diffuses dans les vaisseaux lymphatiques). La dégénérescence kystique des épithéliomas ganglionnaires s'observe aussi comme conséquence du papillome malin. C'est une forme assez mal décrite par les auteurs, elle est cependant fréquente et j'ai souvent montré au lit du malade, dans mon enseignement quotidien, comment ces kystes s'entlamment, s'ouvrent et donnent naisrance à de vastes ulcérations. J'ai dû récemment encore extirper de l'aisselle gauche d'un homme anciennement amputé de la main pour un cancer papillaire un de ces kystes épithéliomateux.

La forme papillaire d'un cancrcide n'implique donc en rien l'idée d'un pronostic bénin. Voici du reste au point de vue histologique pur ce que l'on en peut dire, et pour cette description j'ai dû encore avoir recours aux lumières de mon collègue Renaut.

Toute cause morbigène qui détermine une végétation connective et vascnlaire vers la surface libre d'une membrane peut de la sorte aboutir à la formalion d'un papillome. Le papillome se forme par le mécanisme de réduplication en surface commandé par l'extension du derme subjacent et de ses vaisseaux. Mais si, l'édification papillaire étant produite, d'autres causes, dans le détail desquelles je ne puis entrer ici, déterminent et mettent en train un processus

474 l'APILLOME.

inverse, si en même temps que, ou après que les vaisseaux ont végète contre la surface e'pithétiale, celle-ci végète à son tour, par bourgeons analogues à ceux des glandes embryonnaires, contre le derme siibjacent, de façon à le pénétrer et .î s'y répandre en tractus ranieux, le tissu conneclif de la membrane ou de la I)aroi sera envahi par une production d'un ordre tout particulier et deviendra le siège d'une Inéoplasie cpithcliale: d'un épiihéliome. Ainsi la végétation purement papillomateuse sera devenue le point de départ d'une tumeur ayant des propriétés évolutives et une signification toutes différentes. Nous connaissons mal les circonstances qui déterminent, dans les revêtements épilhéliaux, l'incitation à végéter contre la paroi qui les supporte, à la pénétrer, à s'y répandre, et à y établir des foyers de multiplication épilhéliale. Mais le processus qui vient d'être indiqué existe réellement et il s'accomplit, dans des circonstances que devra préciser ultérieurement la clinique chirurgicale, quand les papillomes dégénèrent, comme on dit, et deviennent l'origine à'épiihéliomas vrais.

Papillome niiKjueux. Si la description du papillome corné est chose facile, si nous avons eu à désigner sous ce nom une espèce morbide bien définie anatoluiquemcnt et cliniquement, il n'en est plus de même quand nous abordons l'étude du papillome muqueux. « Ces tumeurs sont tantôt composées de papilles, nous disent Cornil et Ranvier dans leur manuel, mais il existe souvent des tumeurs où les papilles sont combinées avec des kystes ou avec des hypertrophies et des néoformations glandulaires. » Une pareille assertion tombant de bouches si respectées nous laisse bien voir toute l'obscurité de la question au simple point de vue de l'aiiatomie pathologique. En clinique en est-il autrement? iNon sans doute.

Quand le chirurgien observe à la surface des muqueuses des tumeurs villeuses, il doit de prime abord savoir que de leur forme on ne peut rien préjuger pour le pronostic. Prenons quelques exemples, et forcément nous serons bref, car les lésions dont nous allons parler ont déjà leur description dans ce Dictionnaire à propos de la pathologie des organes sur lesquels on les a observées. Ainsi examinons les villosités pathologiques de la cavité buccale sous l'influence d'irritations locales (dents altérées, tabac, etc.), on voit souvent naître sur la langue des plaques psoriasiformes, très-difficiles à distinguer des syphilides squameuses, plaques blanchâtres et sous lesquelles le derme est dur et les papilles plus volumineuses que de coutume. Si la lésion est abandonnée à ellemême, si les causes d'irritation ne sont pas promptemcnt supprimées, les papilles du derme muqueux vont augmenter de volume; rouges, molles, elles seront en même temps fragiles, elles se déchireront, s'ulcéreront. Vous verrez survenir un certain degré d'inflammation (glossite de voisinage) et une sécrétion sanieuse et fétide viendra compliquer la maladie, en un mot, le malade présentera tous les signes du cancer lingual. Si à ce moment on enlève la tumeur, on verra qu'elle est constituée par une hypertrophie du derme muqueux analogue à celle qui s'observe dans le papillome diffus de la peau. S'agit-il là d'une tumeur bénigne, s'agit-il au contraire d'une forme particulière de cancer? c'est ce que l'on ne saurait affirmer. Mais ce que nous pouvons dire, c'est qu'il est infiniment probable que les cancers linguaux que l'on n'a pas vus récidiver au bout de peu de mois n'étaient autres que des papillomes muqueux ulcérés. En tout cas, comme l'engorgement ganglionnaire simple n'est pas rare avec de pareilles ulcérations, comme elles s'accompagnent d'un certain degré de cachexie due à l'absorption de l'ichor fétide de la tumeur, on conçoit que le diagnostic

PAPILLOME. 475

soit à peu près impossible. El d'autre part, le cancer lingual vrai, celui qui infiltre le tissu de l'organe, qui revêt la forme rétraclile, atrophique, se complique très-souvent d'hypertrophie simple des papilles. Voilà donc un premier exemple de papillome cancéreux, si l'on peut grouper ainsi ces deux mois.

Les végétations rouges et i'ongilbrmes qui naissent à la surface des gencives au niveau des dents cariées pourraient prêter aux mêmes considérations. Elles vont disparaître sous l'influence d'une lotion quotidienne avec le chlorate de potasse, ou seront le point de départ d'une tumeur maligne. Au larynx, sur les cordes vocales et même plus profondément, on voit aussi se développer des tumeurs villeuses, que l'on extirpe facilement et dont la guérison est définitive après l'extirpation. Des tumeurs identiques au point de vue microscopique récidivent in situ et deviennent le point de départ d'une cachexie cancéreuse [voy. Larynx).

Si muintenanl nous voulons examiner des productions développées plus profondément, dans le tube digestif, par exemple, nous nous trouverons encore, au point de vue clinique, en présence de problèmes insolubles. Dans mon traité des maladies du rectum, j'ai décrit des verrues de cet organe, véritables papillomi'S, secs, formés par l'hypertrophie simple des papilles. Ces verrues sont essentiellement bénignes, et nous n'insisterons pas sur les symptômes qu'elles déterminent, symptômes si bien décrits par Rognetta et autres {voy. Rectum).

Cette même forme papillaire s'observe aussi avec d'autres tumeurs qui rentrent lians la catégorie des cancers, ou qui, en tout cas, sont loin d'avoir la bénignité (les pjpilloines dont il a été question jusqu'ici, nous voulons parler des tumeurs villeuses. Ilokitansky les aurait, paraît-il, considérées longtemps comme de vulgaires épithéliomes. D'autres ont vu dans ces singulières productions une hypertrophie glandulaire simple. Ce sont en réalité des papillomes, mais des papillomes compliqués d'hypertrophie glandulaire. La lenteur de leur marche, si bien décrite dans une observation de Gowland, les rapproche tout à fait des hypertrophies papillaires simples. L'abondance des vaisseaux qui les alimentent hs foui ressembler singulièrement aux végétations ano-génitales simples. Mais elles conliennent, nous dit-on, des éléments glandulaires. C'est assez dire que leur pLice est difficile à trouver dans le cadre nosologique, et que leur bénignité doîPtoujours rester suspecte aux yeux du chirurgien. Au niveau du rectum la tumeur villeuse est tantôt bénigne, tantôt maligne. Les hémorrliagies qu'elle détermine et la porte qu'ouvre leur ulcération à l'urine altérée font de la tumeur villeuse ou papillome mou de la vessie une des lésions les plus rapidement mortelles, sans qu'il soit hesoin pour cela d'évoquer une idée de malignité [voy. pour plus de détails Vessie, Estomac).

Les papilles que l'on trouve normalement dans la paroi des canaux excréteurs des glandes sont aussi le point de départ de tumeurs hypertrophiques. C'est dans la glande mammaire que s'observe surtout cette forme rare connue sous le nom d'adéno-papillome intra-canalicidaire. Comme l'indique celle dénomination, il s'agit d'une tumeur mixte, d'une tumeur constituée à la fois par de l'adénome et par du papillome. Souvent en effet le papillome n'est alors qu'une complication ou plutôt une simple conséquence de l'autre lésion. Dans le sarcome périacinique du sein, dont la première description méthodique a élé donnéepar Fochier, on rencontre parfois cette hypertrophie des papilles des conduits galoctophores.

Je n'ai observé qu'une fois encore à l'état de pureté l'adéno-papillome intracanuliculaire. La tumeur était globuleuse, dure, arrondie, du volume d'une tête

476 PAPILLOME.

de fœtus à terme. Son aspect était celui d'un adénome mammaire simple, mais à la coupe elle s'ouvrit et s'épanouit en quelque sorte. Nous nous trouvâmes en présence d'une multitude de végétations blanchâtres, longues de 1 centimètre, ramifiées, présentant l'aspect d'un chou-fleur. Il nous fut facile, par une dissection minutieuse, de voir que toutes ces végétations étaient renfermées dans les conduits galoctophores énormément, mais très-irrégulièrement dilatés. Le tissu glandulaire du sein, plus profondément, était à l'état normal. Il était hypertrophié au niveau de la tumeur. Mais rien dans l'examen de la masse morbide ne rappelait la structure des tumeurs malignes, il s'agissait donc bien d'un papillome intra-cnnaliculaire. Pareilles tumeurs ont été signalées au niveau de la région membraneuse de l'urètbro chez l'homme, non loin du méat urinaire chez la femme. Elles déterminent alors des svmplômes graves sur lesquels nous n'avons pas à insister {voy. Urèthue).

11 nous resterait à signaler maintenant les papillomes des séreuses. Doiventils rentrer dans notre description '.'(Nous avons vu, disent Gornil et Ranvier, dans les ventricules cérébraux, des néoformations papillaiies prenant leur point de départ sur la paroi des ventricules, formées de papilles considérables et composées, toutes recouvertes par des cellules pavimenteuses stratifiées et engrenées. L'une de ces tumeurs, considérable, provenant du service de Lorain, était formée de gros bourgeons ou papilles composées, présentant un très-riche réseau capillaire ; beaucoup de ces papilles montraient des globes calcaires et une inliltration graisseuse, etc.) Il est évident que ce néoplasme ne saurait être déci-it ii côté de ceux dont il a été jusqu'ici question dans cet article. J'en dirai tout autant des villosités que l'on trouve à la surface delà plèvre anciennement enflammée. Mais peut-on distraire de même du groupe des papillomes ceux qui se développent sur les séreuses articulaires et l'endocarde? Au point de vue anatomique ces altérations morbides pourraient jusqu'à un certain point être rapprochées des papillomes. Elles sont en effet constituées par l'hypertrophie des papilles. Mais, comme il ne s'agit que des manifestations d'une affection générale, le rhumatisme, nous renverrons le lecteur à ce qui a été dit au sujet de celte diathèse.

Traitement. Le papillome corné, celui qui se développe à la surface de la peau, donne lieu à des symptômes plus ou moins graves, suivant le siège qu'il occupe. On a vu à l'article Cor que ces symptômes ont souvent justifié une thérapeutique active eténergique. G'estpourlantrexpectalion qui, croyons-nous, doit tenir le premier rang dans la thérapeutique du papillimie simple: disons l'expectation et l'hygiène. C'est ainsi qu'à l'aide de lotions fréquentes, de soins minutieux, de quelques astringents sobrement appliqués, on préviendra chez les sujets prédisposés le développement des végétations génitales. Les verrues des doigts seront arrêtées dans leur développement par des enveloppements protecteurs, par le port de gants durant la nuit, les mains étant préalablement enduites de cérat, de glycérine ou de vaseline très-pure.

Mais il est des circonstances dans lesquelles on ne saurait rester inaclif. Et alors deux cas peuvent se présenter. Ou bien il s'agit de papillomes certainement bénins, dans la région génitale, par exemple, ou bien de tumeurs papillaires sur la nature desquelles on peut conserver quelques doutes.

Dans le premier cas, suivant la forme ou le volume de la tumeur, on peut avoir recours à divers procédés: i° la ligature. Il est inutile d'en décrire en détail le manuel opératoire, plus souvent exécuté par les malades eux-mêmes que par l'homme de Tart. La ligature n'est indiquée que dans les cas où le

PAPILLON (Les deux). 477

papillonie est isolé et très-vasculaire. Elle doit être pratiquée à l'aide d'un fil très-solide, et pour éviter la douleur on fera bien d'exercer une constriction d'emblée aussi forte que possible. La ligature appliquée sur les végétations génitales a le grand inconvénient d'être toujours incomplète. 11 reste forcément un bourgeon, au moment où le fil se détacbe avec la tumeur flétrie, et de ce bourgeon va naître une végétation nouvelle ; 2" la cautérisation. On a brûlé les végétations avec le fer rouge, et pour guérir et pour punir les patients. L'application du feu est peut-être moins douloureuse que celle des caustiques. Mais le rayonnement du caloiique a le grand inconvénient d'augmenter dans la région l'afllux sanguin et de favoriser ainsi la récidive. Aussi préférons-nous 3° l'extirpation et 4" le raclage, en enlevant aussi complètement que possible les végétations sans infliger de perte de substance large aux téguments. On laisse une surface saine, sur laquelle il est très-facile d'appliquer ensuite des substances antiseptiques et astringentes susceptibles dans une certaine mesure de prévenir la récidive. Une autre méthode à laquelle je donne en général la préférence quand il s'agit de la région anale ou des organes génitaux de la femme est celle que j'ai décrite dans mon Traité des maladies du rectum sous le nom de dessiccation. Cette méthode consiste à amener soit à l'aide de lotions astringentes, mais non caustiques, soit à l'aide de substances pulvérulentes, le dessèchement des végétations molles.

11 faut pour cela les sécher préalablement à l'aide d'un linge lin, après les avoir débarrassées de toutes les substances étrangères qui pourraient protéger leur surface (détritus épithéliaux, pus, sang coagulé). On saupoudre ensuite leur surface à l'aide d'une poudre astringente (alun, sabine, tannin, colomel, etc.). La Sabine jouit d'une réputation très-méritée dans le monde des prostituées. Son action m'a en eflèt paru plus rapide que celle des autres astringents.

Au bout de quelques heures, nouveaux lavages, puis nouvelle application de poudre astringente. Les lotions seront pratiquées avec l'extrait de ratahnia en solution dans l'eau légèrement alcoolisée, ce qui permet de combattre en même temps et la végétation et le prurit qu'elle détermine.

Quelques jours de ce traitement suffisent d'ordinaire pour amener le dessèchement complet des papillomes qu'un léger frottement détache alors des téguments comme de simples squames.

Je ferai grâce au lecteur des innombrables recettes inscrites dans les livres à propos des papillomes de la région digitale. Il s'agit toujours de caustiques plus ou moins énergiques, ou de substances astringentes, dont le choix importe peu.

Quand on se trouve en présence de tumeurs papillaires do nature douteuse, il n'y a pas lieu d'hésiter. L'extirpation s'impose radicale, complète, ainsi que celle des ganglions engorgés ou simplement perceptibles dans les régions voisines, car, nous le répéterons en terminant cette étude, si le papillome constitue une entité morbide distincte, il est susceptible comme toutes les tumeurs de changer brusquement de nature pour devenir Cancer. Daniel Molmère.

PAPiLLOi\ (Les deux).

Papillon (Sabin). Médecin français, mort à Beliort, le 21 novembre 1875, à un âge avancé. Il avait embrassé la carrière de médecin militaire, qui fut marquée par des succès répétés. Étant sous-aide à l'Hôpital militaire d'instruction de Metz, il avait remporté le grand prix du concours de chirurgie. En

478 PAPILLON (Les deux).

1824, il soutint à Paris une remarquable thèse Sni- V élasticité des muscles et obtint le diplôme de docteur en médecine. Eu 1852, attaché à l'armée française chargée de faire le siège d'Anvers, sa belle conduite lui valut d'être mis à l'ordre du jour et décoré. Après trente années de service, pendant lesquelles il avait consacré toutes ses forces à l'accomplissement de ses devoirs, devenu tout à coup aveugle avant la vieillesse et forcé de prendre sa retraite, il put se livrer entièrement à l'éducation de ses enfants et aux études scientifiques qu'il aimait. Plusieurs de ses travaux furent appréciés par l'Académie des sciences. Dans un concours ouvert par le ministère de la guerre Sur la ventilation des casernes, le mémoire de Sabin Papillon obtint la médaille d'or. On remarque aussi un travail analogue qu'il avait composé Sur la ventilation appliquée à l'hijgiène militaire. Voici le portrait qu'a tracé de lui, sur son journal, le fils de Papillon, le jour même de sa mort : « J'ai approche les savants les plus illustres de ce temps, et je déclare que pas un n'a plus de capacités intellectuelles que n'en avait niDu père. Seulement, mon père, privé de la vue, mal servi par les circonstances tt naturellement modeste, n'a eu pour témoins de sa puissante originalité, comme de sa haute honnêteté, qu'un petit nombre de personnes. Ses écrits, peu nombreux, ne suffisent pas à donner une idée de ce qu'il était ».

Papillon (Henri-Fernand). Fils du précédent, naquit à Belfort, le 5 juin 1847. Dès l'âge de dix ans, au lycée de Colmar, et plus tôt encore dans sa famille et au collège de Belfort, il manifesta pour les sujets de l'ordre scientifique une curiosité passionnée. L'étude de la physique, de la chimie, de l'histoire naturelle, lui fut singulièrement facile. Le traité de chimie organique de Gerhardt le frappa d'admiration, lincore lycéen, et âgé seulement de quinze ans, il publia dans les Échos du Rhin, en 1862, une suite d'articles qui contenaient la vie de ce chimiste illustre, l'indication explicali\e de ses travaux et l'expose succinct de sa doctrine. L'année suivante, au lycée Saint-Louis de Paris, où il était élève depuis le mois de février, il reprit ces articles, les compléta et en forma une brochure in-S" de 72 pages, sous ce titre : La vie et l'œuvre de Charles-Frédéric Gerhardt, suivie de notes et de développements relatifs aux doctrines unitaires.

Aussitôt qu'il eut terminé ses humanités. Papillon se livra à l'étude des sciences expérimentales dans les laboratoires de Wùrtz, Charles Uobin, Claude Bernard et Coste. Au commencement de l'année 1870, après une visite qu'il lit à Charles Lévêque, membre de l'Institut, il se livra en outre à des études philosophiques sous la direction de ce savant professeur. Cette même année, 1870, il publia un volume intitulé : Manuel des humeurs, précédé de notions sur les principes immédiats (1 vol. in-12). L'avant-propos avertissait que ce livre, destiné aux élèves en médecine, n'était autre chose que le résumé complet des matières du cours de chimie biologique de Wiirtz et des leçons relatives aux humeurs de Robin. Mais l'introduction était un morceau de philosophie scientifique, composé surtout de pages extraites presque littéralement d'une série d'articles publiés par Fernand Papillon dans la Gazette hebdomadaire de janvier 1867.

Dès ce moment, il poursuivait l'idée d'une histoire de la philosophie moderne depuis Galilée. Pendant la guerre, il servit comme aide-major, et consacrait tous ses moments perdus à étudier et à approfondir Leibniz. Après un court séjour en Alsace, en 1871, il revint à Paris continuer ses études. « A partir de ce

moment, dit Ch. Lévêque, à qui nous empruntons tous les détails de cette notice, son activité déjà si grande devient prodigieuse. Il assiste aux séances académiques, aux soutenances de thèses philosophiques à la Sorbonne... aux cours du Collège de France et de la Faculté des lettres. 11 expérimente dans les laboratoires; il dissèque et observe dans les amphithéâtres; il lit et prend des notes aux bibliothèques de l'Institut, de l'École de médecine, Victor Cousin... 11 écrit des comptes rendus pour divers journaux quotidiens, des articles pour la Revue scientifique, pour la Revue politique et littéraire^ pour des gazettes médicales; il rédige pour la Revue des Deux Mondes celte série de belles études où des questions techniques sont rendues accessibles et attachantes par la lucidité colorée du style, par le talent de l'exposition... Et tout cela sans perdre de vue sa chère Histoire de la philosophie moderne dans ses rapports avec le développement des sciences naturelles... De mai 1872 à décembre

1873, il a pu en détacher six mémoires qu'il fut admis à lire devant l'Acadcmie des sciences morales et politiques ».

Papillon mourut à Paris, après une courte et violente maladie, le 2 janvier

1874, un mois et quelques jours après son père.

En décembre, quelques jours avant de mourir, il avait publié un ouvrage qu'on peut regarder comme son testament philosophique, intitulé: La natwe et la vie. Faits et doctrine (Paris, 1874, in-8"); le point de départ de cet ouvrage avait été un mémoire intitulé : La constitution de la matière et le di/uamisme spiritual iste, publié dans la Revue des Deux Mondes, le l*^"^ juin 1875. Ce n'e. t que deux ans après sa mort que fut publiée, par les soins de M. Charles Lévèquo, son Histoire delà philosophie moderne (Paris, 187G, 2 vol. in-S"). On lira avec un grand intérêt la notice biographique qui se trouve en tète de cet ouvrage et où M. Charles Lévêque fait ressortir tout le génie philosophique de l'auleur et montre les étapes qu'il a parcourues pour arriver du matérialisme qu'il professait tout d'abord à son dynamisme spiritualisle. L. ILn.

PAPILLONS. Nom vulgaire des insectes lépidoptères, dont il a été déjà traité dans ce Dictionnaire {voy. Liïi'Idoctères, 2*^ série, t. II, p. 162). 11 ne sera question dans cet article que de quelques additions ou renseignements complémentaires et nouveaux.

L'ensemble des papillons offre avec les oiseaux-mouches une des parties les plus belles du règne animal, par l'éclat et la vivacité des couleurs; ils ont été comparés à des fleurs animées, rivalisant de fraîcheur et d'éclat avec la corolle des fleurs immobiles.

Les papillons ont des espèces les plus utiles parmi les insectes {voi/. Soie, Ver a soie. Bombyx, Insecte?), et donnant lieu à une industrie de premier ordre. D'autres, à l'état de chenilles (voy. Chenilles), sont des ennemis dangereux pour les cultures et les récoltes, à tel point que le législateur a du prescrire un échenillage obligatoire, comme mesure d'utilité publique. Les ravages des chenilles sont parfois devenus de véritables calamités. Les papillons nocturnes du genre Ophideres sont les seuls nuisibles à l'état parfait, de perfectose ou d'imago.

Les papillons ou lépidoptères sont tous des insectes à métamorphoses complètes et les mieux connus dès l'antiquité. Aristote s'exprime ainsi à leur égard : « Les papillons proviennent de chenilles. C'est d'abord moins qu'un grain de millet, ensuite un petit ver qui grossit et qui au bout de trois jours est une petite chenille. Quand ces chenilles ont acquis leur croissance, elles perdent le

mouvement et changent de forme. On les appelle alors chrysalides ; elles sont enveloppées d'un étui ferme : cependant, lorsqu'on les touche, elles remuent. Les chrysalides sont enfermées dans des cavités faites avec une matière qui ressemble aux fils d'Araignées. Elles n'ont pas de bouche, ni d'autres parties distinctes. Peu de temps après, l'étui se rompt et il eu sort un animal volant que nous nommons un Papillon [^^yj'^)- f*^"^ ^on premier état, celui de chenille, il mangeait et il rendait des excréments •, devenu chrysalide, il ne prend et ne rend rien. 11 en est de même de tous les animaux qui viennent des vei's » {Histoire des animaux, livre V, chapitre xviii). Je n'ai pas besoin de mettre en évidence la profondeur d'observation que révèle ce passage remarquable. Du reste, chez les philosophes grecs idéalistes et spiritualistes, le mot ^'jy^r) ou psyché signifie tout à la fois papillon et âme. Pour ces philosophes, le papillon sous ses trois états offrait l'image de l'homme : une vie terrestre, comme la chenille qui rampe sur le sol, puis la mort, enfin le réveil d'une âme immortelle.

On a souvent appelé les Papillons des mouches à quatre ailes, moins souvent toutefois que les Abeilles et les Guêpes, qui sont des hyménoptères. Mais, si le nombre des ailes est pareil, et de quatre dans les deux ordres des lépidoptères et des hyménoptères, le revêtement squameux ou écailleux des papillons diffère de la fourrure pileuse avec nudité des ailes chez les insectes avec lesquels on pourrait les confondre. Il n'est pas jusqu'au genre de vie paresseuse, ou peu industrieuse, des papillons à l'état de perfectose, qui ne contraste avec l'activité parfois si admirable des femelles des hyménoptères fouisseurs, mellifères, etc.

{voy. HïMÉNOPTÈRES).

Ainsi, les papillons ou lépidoptères se séparent nettement de tous les autres ordres d'insectes par la structure de leurs ailes écailleuses et par la conformation de leur bouche destinée à la succion, munie d'une trompe ou spiritrompe, appelée improprement : langue enroulablepar les entomologistes allemands. Depuis quelques années, Aimé Dufort a constaté que le genre 0/>/i<VZ(?res d'Australie et de l'Afrique australe offre des papillons ayant la spiritrompe dure et rigide pourvue de crénelures latérales. C'est pour ces papillons hétérocères un organe perforant, au moyen duquel ils percent les bananes et les oranges, et ces papillons nuisibles causent de grands dégâts {Un lépidoptère à trompe perforante, ravageur des oranges, en Australie, in Bulletin de la Société d'acclimatation, juillet 1876). Kiinckel d'Herculais avait de son côté appris de Thozet que V Ophideres fullonica perçait les oranges pour en extraire le suc. Ayant examiné la trompe de plusieurs espèces, il trouva qu'elle formait un admirable instrument de perforation {Les Lépidoptères à trompe perforante destructeurs des oranges; in Comptes rendus de ï Académie des sciences, 50 août 1875).

Le frein des ailes {voy. Lépidoptères, p. 161), sorte de crin rigide, ou de soie raide placée à la base et en dessus de l'aile inférieure, passe dans une sorte de coulisse ou demi-anneau correspondant de l'aile supérieure, plus ou moins près de la base, mais ce caractère anatomique n'a pas une valeur absolue pour la classification. Dans les Hespéries qui sont des achalinoptères ou rhopalocères, une espèce australe du genre Euschemon offre chez le mâle un frein très-développé, qui l'a fait prendre pour un papillon nocturne ou chalinoptère; la femelle n'a pas de frein ou crin alaire. Cet organe n'existe pas chez beaucoup de Sphingides crépusculaires et chez des papillons nocturnes (Macroglosses, Smérinthes, Cossus, Attacus ou Paons de nuit {voy. Paons de kuit). Le frein

est très-développé chez les Chelonia et Liparis, il manque chez les Acidalia, qui sont des Phalénides. En général, il est rudimentaire ou nul chez les femelles, tandis que les mâles l'ont bien marqué. Pour Paul Bert, ce n'est pas le frein qui, ainsi qu'on le croit généralement, empêche le relèvement des ailes des papillons nocturnes; ce mécanisme est bien plus complexe, lié à l'appareil musculaire du thorax. Aussi le frein, peu visible chez les petites espèces et faisant souvent défaut, ne peut remplacer le caractère antennaire lié à d'autres particularités d'organisation et de suite visible.

Les sons ou bruits produits par les papillons ne sont pas fréquents. On connaît le bourdonnement des Sphingides à vol rapide, et si actif que la température propre du corps de ces papillons s'élève jusqu'à 10 degrés au-dessus de la température ambiante (M. Girard). Tels sont les Macroglosses, appeh's dans quelques contrées : mouches folles, volant et butinant en plein jour. J'ai essayé d'expliquer le bruit produit par la Chelonia pudica, insecte timbalier, des Se^ma, ainsi que celui que fait entendre, comme une espèce de cri plaintif, VAcherontia Atropos {Annales de la Société entomoloijique de France, 1873, p. 557). Darwin a signalé le bruit de VAgeronia feronia, comparé à une roue dentée au-dessus d'un crochet à ressort; Berlhold celui de la Noclua ferea, qui est strident et a lieu pendant le vol.

Les couleurs des papillons peuvent varier par albinisme ou manque de pigment, tantôt partiel, plus rarement total. On connaît aussi de nombreux cas de mélanisme ou de pigmentation foncée. Les couleurs rouges virent parfois au jaune. La nourriture des chenilles, l'état d'obscurité ou d'électricité atmosphérique, influent sur la coloration. Les chrysalides écloses prématurément et par unechalcur artificielle donnent, ainsi que l'avait constaté Béaumur, des papillons plus petits et souvent difformes. Les papillons des bois ou des endroits rocailleux offrent des faits de mimétisme, ou adaptation des formes ainsi que des couleurs, au milieu qu'ils habitent. Certaines Fa?ie5sa vivement colorées sur les ailes supérieures présentent des teintes de feuilles sèches ou d'écorce sur leurs ailes inférieures relevées. Les Noctuelles posées sur les troncs d'arbre sont difficiles à apercevoir; les ailes inférieures, à teintes éclatantes, sont au repos cachées par les supérieures. Les Sésies de nos climats (S. apiformis, etc.) ressemblent soit à des Guêpes, soit à d'autres insectes hyménoptères et diptères.

Outre des variations ordinaires polymorphiques, fréquentes tant chez les chenilles que chez les papillons, on en trouve de constantes et en quelque sorte saisonnières. Une Vanessa du nord de la France et des environs de Paris a longtemps constitué deux espèces sous les noms vulgaires de : Papillon carte géographique fauve et brune. Au printemps paraît la Vanessa [Araschnia] levana à chrysalides hivernales, à papillon fauve et plus petit que V Araschnia prorsa, qui est brun et dont les chrysalides ont peu de nymphose estivale. En plaçant les chrysalides dans une cave froide ou un milieu approprié et en retardant l'éclosion, on a pu obtenir des Vanessa levana et même des variétés intermédiaires. Il en est de même des Anthocharis belia, à taches blanches nacrées, à chrysalides hibernantes, par rapport à Y A. Ausonia, à taches d'un blanc mat, provenant de chrysalides d'été à courte période nymphale.

Les papillons présentent facilement des hybrides résultant de croisement entre espèces très-voisines, tantôt naturels [Deilephila vespertilionis, hybride des D. vespertilio et hippophaes; Deilephila epilobii, h^hride des D. vespertilio

DICT. ENC. 2« S. XX. 51

482 PAPIN (Les deux).

euphorbiœ, elc), tantôt obtenus artificiellement (hybrides des Attacus piri et spini, Yama-maï ei Pernyi, etc.).

Les papillons éniigrent quelquefois en bandes considérables. Les Pieris brassicœ et rapce, les Vanessa carilui et Plusin cjavvna, sont plus particulièrement observées sous ce rapport. Ces dernières espèces ont été signalées d'une manière toute particulière il y a quatre ans, venant d'Afrique en Europe par colonnes immenses (1879). La Vanessa urticœ émigré pareillement quand elle est réunie en très-grand nombre. On a constaté le passage de Vltiina Lamyra d'un côté à l'autre du Mexique, et les Urania sont aussi, paraît-il, des papillons voyageant au loin.

Les papillons ou lépidoptères sont un des ordres d'insectes qui ont offert le plus d'observations de parlbénogenèse ou lucinœ sine concubitii. Les femelles de beaucoup d'hélérocèies ou papillons de nuit, non accouplées et captives, pondent des œufs généralement inféconds, mais parfois accidenlellement fertiles. Le fait était connu de Malpigbi, il a été constaté sur des Sphingides et des Bombycides. Réaumur refusait d y croire. La parthénogenèse du Ver à soie a été bien étudiée par A. Barthélémy dans les Annales des sciences naturelles (1859). La femelle vierge |:eut produire des mâles et des femelles. Ses œufs fertiles noircissent plus lentement que ceux de la femelle fécondée, il n'en existe qu'un petit nombre parmi la ponte. En général, ils vivent peu et ne passent guère l'hiver, la chenille mourant dans l'œuf. Balbiani a vérifié ces faits intéressants. Certaines Psychides ont des générations successives sans accouplement et donnent exclusivement des femelles par théhjtocie (Siebold), et de même quelques Tinéides du genre Solenobia. A certaines époques, les femelles de ces diverses espèces de Psychides et de Tinéides donnent une ponte de chenilles mâles qui servent pour renouveler pour plusieurs générations la fécondité parihénogénique d'une série de femelles. La parlbénogenèse donnant naissance à des mâles seuls [arrhénotocie) ne se trouve guère que chez les Hyménoptères {Bombus, Vespa, Apis, Nematiis, d'après Leuckart).

En raison de leur fragilité, les restes fossiles des papillons se conservent bien plus difficilement que ceux des autres ordres d'insectes. Ils sont en conséquence très-rares. On a trouvé dans les terrains jurassiques et tertiaires quelques empreintes de papillons : Cyllo {Neorinopis) sepulta, Mylothrites Plulo, Sphinx Snelleni, et six autres espèces plus ou moins déterminées.

L'organisation uniforme des papillons se prête peu aux divisions nouvelles et leur classification en Rhopalocères et Hétérocères subsistera longtemps. Je profite de l'occasion pour relever une faute d'impression de l'article Lépidoptères, où il a été imprimé, p. iT2, ligne 5, Hétérocères, pour : 1'" division, Rhopalocères [voy. Lépidoptères, Chemlles, Chrysalide, Insectes).

A. Laboulbène.

PAPllv (Les Deux).

Papia (Denis). Dans V Annuaire du Bureau des Longitudes pour 1829, Arago, après avoir passé en revue les tentatives faites pour employer la vapeur d'eau comme force motrice, et qui portent ces dates : Cent vingt ans avant Jésus-Clirist (Iléron d'Alexandrie), 1545 (Blasco de Garay), 1615 (Salomon de Gaux), 1629 (Branca), 1663 (marquis de Worcester), 1685 (sir Samuel .Morelaiid), Arago, disons-nous, arrivé à Denis Papin (1690 et 1695), conclut ainsi : « Papin a imaginé la première machine à vapeur cà piston ; Papin a vu le pre-

PAPIN (Les deux).

mier que la vapeur aqueuse fournit un moyen simple de faire le vide dans une grande capacité ; Papin est le premier qui ;iil songé à combiner dans une même machine à feu l'action de la force élastique de la vapeur, avec la propriété dont cette force jouit, et qu'il a signalée, de se condenser par refroidissement ; la machine de Salomon de Caux, celle du marquis de Worcester, étaient de simples appareils d'épuisement. Leurs auteurs ne les avaient présentées que comme des moyens d'élever de l'eau. Tel était aussi le parti principal que Papin voulait tirer de sa machine à [iression atmosphérique; mais en même tem|)s il avait pariaitement bien vu que le mouvement de va-et-vient du piston dans le corps de pompe pouvait recevoir d'autres applications et devenir un moteur universel. Papin a proposé le premier de se servir d'une machine à vapeur pour faire tourner un arbre ou une roue, et a donné un moyen pour atteindre ce but. Jiis({u'à lui, les machines à feu avaient été considérées comme propres seulement à opérer des épuisements. Papin a proposé la première machine à double effet, mais à deux corps de pompe. Papin a inventé les robinets «à quatre voies qui jouent un si grand rôle dans les machines à haute pre^sion. Papin a inventé la soupape de sûreté. Enfin, Papin doit être considéré comme le véritable inventeur des bateaux à vapeur ». C'est sur des documents précis, scrutés, analysés avec soin, qu'Arago émet ces conclusions, qui établissent sans conteste les droits d'un Français à la découverte d'un des plus puissants oi'ganes de la civilisation.

Denis Papin naquit à Blois le 22 aoiit 1647. On le dit Ois d'un médecin Irèsaccrédité, qui lui fit donner une éducation soignée. Il vint sans doule étudier la médecine à Paris, mais il nous est prouvé qu'il ne se mit jamais sur les bancs de la Faculté de celte ville, qu'il ne fut point immatriculé sur les registres de l'École, qu'il n'y rei^'ut aucun grade, encore moins, par conséquent, celui de docteur. Cette erreur propagée par un grand nombre de biographies méritait d'être relevée d'après des documents originaux qui ont été consultés. S'il fallait émetire une opinion à cet égard, on devrait supposer que Papin appartient à l'université d'Orléans, qui avait une ceitaine réputation à cette époijue. Quoi qu'il en soit, porté par un goût de prédilection pour l'élude des mathématiques et de la physique, il eut le bonheur de rencontrer, à Paris, le célèbre Huygens, lequel logé au Louvre, à la Bibliothèque royale, s'occupait d'expériences sur le vide, entre autres de l'emploi de la poudre à canon enflammée dans un corps de pompe, et d'où l'on tirait un effet mécanique. Associé aux travaux du savant anglais (166G), Papin vit bientôt que ce moyen était insuffisant, et c'est dès lors qu'il conçut l'emploi de la vapeur d'eau comme force motrice. Mais, comme il avait été élevé dans la religion protestante, la révocation de l'édit de Nantes le força à s'expatrier: il passa donc en Angleterre (1675), où son nom était déjà avantageusement connu des savants qui l'accueillirent avec empressement. Boyle se l'associa, du H juillet 1676 jusqu'au 17 février 1679, et ils répétèrent ensemble des expériences sur les propriétés de l'air. Le iQ décembre 1680, il était admis à la Société royale de Londres. Dès l'année 1675, Papin avait déjà rendu publiques de Nouvelles expériences du vuide avec la description des machines qui servent à le faire [Journ. des savants, 1675, p. 7, et 1676, p. 23). En Angleterre, les Trans. philosoph. publièrent Some pneumatical experiments on animal in the Air-pomp, by Hmjgens and Papin [Trans., n" 119, p. 443; n" 120, p. 121, 542; n» 121, p. 492; voii. encore : V Abrégé de ces Transact.,i. Il, p. 239, 257, 271). Puis, en 1681, parut son fameux Digesteur, la Marmite de Papin, dont la description fut donnée presque simultanément on

484 PAPIN (Les deux).

anglais et en français : A new Digester or Engine for softening bones, containing the description ofits make and use in cookery, voyages at see, confectionary, making of drinks, chymistry, and dying, etc. Lond., 1681, in-4"; Acta erud. Lips., 1682, p. 105 et 305. — La manière d'amollir les os et de faire cuire toutes sortes de viandes en fort peu de temps et à peu de frais. Paris, 1681, in-12. — A continuation of the Digester of bones. Lond., 1 687, in-4''. Disons que Boyle ne fut pas étranger à cette invention, puisqu'elle est signalée dans ses Opéra publiés à Genève en 1687 (in-4°, t. V', p. 128). En l'année 1681, Papin est à Venise, où il séjourne deux, ans et demi, protégé par Sarroth, fondateur dans cette \ille d'une Académie de savants ; il y fait connaître une expérience de Viscardi, tendant à injecter par le vide les vaisseaux sur le cadavre {Journ. des savants, 1084, p. 53). En 1684, Papin revenait en Angleterre, où il ne resta que trois ans, ayant été appelé par Charles, Électeur de liesse, qui lui offrit une chaire de malhcmatiques à Marbourg. De grandes tristesses l'y attendaient, comme elles ont attendu tant d'hommes de génie. C'est en 1690 que Papin proposa pour la première fois l'emploi d'une machine ayant pour principe moteur la force élastique de la vapeur d'eau, véritable inspiration du génie, et qui suffit à l'immortaliser {Nova methodus ad vires motrices validissimas levi pretio comparandas ; Acta erud. Lips., août 1690, p. 410). M. Figuier (Fies des hommes illustres du dix-septième siècle ; 186'J, in-8", p. 359) a donné la traduction française de ce mémoire qui marque l'origine des machines à vapeur. Plus tard, en 1707, Papin publia un curieux petit livre [Nouvelle manière d'élever l'eau par la force du feu), dans lequel est encore mise en jeu la force de la vapeur pour élever de l'eau dans l'intérieur d'un tube. Enfin, il conçut le projet hardi d'appliquer sa machine à faire mouvoir les bateaux; il en fit l'expérience sur la Fidda; de misérables dissentiments survenus enti'e l'illustre ptiysicien et quelques personnages puissants de Mûnden suffirent pour anéantir des espérances légitimes. Papin se décida à quitter l'Allemagne pour retourner en Angleterre oij il comptait bien y faire construire un véritable vaisseau qui serait mù par sa machine à feu ; elle avait bien réussi, sous un petit modèle, sur la Fulda : pourquoi ne réussirait-elle pas sur la mer, sur un vaisseau ? 11 demande l'autorisation de faire passer son bateau à machine à feu des eaux de la Fulda dans celles du Weser, le 25 septembre 1707, il s'embarque à Cassel sur la Fulda, il arrive à Miinden le même jour. 11 comptait continuer sa route sur le Weser et arriver ainsi dans la mer du nord. Là il se serait embarqué sur un vaisseau qui l'aurait conduit à Londres, en remorquant son petit bateau. Mais les bateliers du Weser, dont l'association remontait à une époque fort ancienne, avaient, au nombre de leurs privilèges, le droit d'arrêter et même de confisquer les embarcations qui navigueraient dans leurs eaux sans leur permission. Ils usèrent envers le malheureux Papin de ce droit dans toute sa rigueur ; ils s'emparèrent du bateau à feu, le tirèrent sur le rivage et le mirent en pièces (Figuier). « On est saisi, écrit M, Figuier, d'un profond sentiment de compassion, quand on se représente l'infortuné vieillard, privé des moyens sur lesquels il avait fondé toutes ses espérances, sans ressources, presque sans asile, et ne sachant plus en quel coin de l'Europe il irait cacher ses derniers jours... 11 prit la résolution de continuer sa route vers l'Angleterre. Il voulut mourir sur le sol hospitalier oîi avaient fleuri les quelques jours heureux de son existence. » On ne sait même pas précisément l'époque de sa mort, ni le lieu où reposent ses cendres ; des recherches faites récemment prouvent, cependant, qu'il vivait encore en 1714.

PÂPIUS. 485

Outre les travaux de Papiii que nous avons cités, on peut encore indiquer à Tactif de ce grand homme les mémoires et notices suivants :

I. A New Way of raisiiig water. In Transact. phil., n° 173, p. 1093, ann. 1085; abrégé, JII, p. 193. — II. Observations on a Frenck Paper, concerning a Perpétuai Motion. In Transact. philos., n" 177, p. 1240, ann. 1685; abrégé, III, p. 240. — III. Modificatiotis à apporter dans la construction du baromètre. h\ Journ. d. savants, p. 161, 1685. — IV. An Experiment of Shooting by the Raréfaction of tlie Air. In Transact. philos., n° 179, p. 21, ann. 1685-1686; abrégé, III, p. 273. — V. Expérience singulière d'Angleterre, envoyée à M. Mesmin, D.-M., par M. Papin. In Journ. d. savatits, p. 9, 1085. — VI. A Démonstration ofthe Yelocily ivith which the Air rushes into an E.vhausted lieceiver. In Transact. phil., n°184, p. 193, ann. 1086; abrégé, III, p. 334. — VII. Experimenlum Societati Beyiœ Anglicanœ exhihitum, concernens jaculationem mediante aeris rarefactione efficiendam. In Transact. philos., n" 179, p. 21 ; Acta erudit. Lips., 1680, p. 500. — VIII. Nova hijdragogica. In Transact. philos., p. 1254 et 1274, déc. 1685 ; Acta erud. Lips., 1686, p. 545. — IX. Demonstratio velocitatts qua cum aer irruit intra exhaustum recipiens. In TransQ.ct. physiol., n» 184, p. 193, 1686; Acta erud. Lips., 1688, p. 156. — X. Augmenta quœdam et expérimenta nova circa Antliam pneumaticam , facta partim in Anglia, partim in Italia. In Acta erud. Lips,, 1087, p. 524. — XI. De usu tuborum prœgrandium ad propagandam in longinquum vint motricem fluviorum. In Acta erud. Lips., 1688, p. 644. — XII. Excerpta

ex viri clarissimi D. Papini De nova pulveris pyrii usu. In Acta erud. Lips., 1688,

p. 497. — XIII. Mechanicorum de viribus motricis sententia, as.<ierla a D. Papino, adversus cl. G. G. L. objectiones. In Acta erud. Lips., 1091, p. 6, 7. — XIV. D. Papini observationes quœdam circa materias ad hydrauUcam spectantcs. \n Acta erud. Lips., 1691, p. 208. — XV. Fascicuhis dissertationum de novis quibusdam machinis, atquealiis argumentis philosophicis. Jlarpurgi, 1095, in-8», pL ; réimpr. en 1802. Mirecourt, iii-12. — XVI. Concerning an Improvement at the Hessian Bellows. In Transact., n° 300, p. 1990, ann. 1705 ; abrégé. V, 226. A. C.

Papin (Nicolas). Oncle du précédent, né à Blois, mort en 1655. On n'a aucun détail sur sa vie ; il se dit neveu de Dufour, médecin du duc de Vendôme, et cousin de De Cahaignes sieur de Truteval, professeur de méilecine à l'Université de Caen. Il s'est fait connaître par quelques traités et dissertations sur des points d'histoire naturelle et de médecine. En voici les titres :

I. Raisonnements philosophiques touchant la salure, flux et reflux de la mer, et l'origine des sources tant des fleuves que des fontaines, auquel est adjousté un traicté de la lumière de la mer, composé j^r le même auteur. Blois, 1047, pet. iii-S". L'épître dedicatest du 20 mai 1047. — II. De aurium ceruminum usu, novis experimentis invento, prolusio medica. Salmurii, 1048, pet. in-8°. — III. De pulvere sympathico dissertatio. Lntetise, 1647 et 1050, pet. in-8°. Amsterd., 1661, in-12. Isaac Cattier ayant combattu cette dissertation dans un discours imprimé à Paris en 1650, in-8», Nie. Papin répliqua par un écrit intitulé : IV. La poudre de sympathie défendue contre les objections d'Is. Cattier, 1651, in-8°. Ce qui amena la réponse d'Is. Cattier à Nicolas Papin touchant la poudre de sympathie. Paris,

1651, in-8°. — V. Considérations sur le traité de Descartes des Passions de l'âme. Paris,

1652, in-8°. — VI. Cordis diastola adversus Harveianam innovationem defrnsa. Alenconii,

1653, in-4°. — VII. Response de N. Papin, médecin, à la lettre d'un autre de la même profession, touchant les fièvres malignes de ce temps, et l'usage des potions cordiales et des vésicatoires. Paris, 1650, in-8''. Alençon, 20 fcvr. 1650. A. C.

PAPIRU. Nom donné à une Convolvulacée, VIpomœa Papiru Ruiz et Pavon.

Pi.

PAPIUS (Garl Wilhelm). Né à Kœnigshofen, dans le grand-duché de Bade, en 1801. Après avoir fait ses études médicales à Wurzbourg oii il fut reçu docteur en 1827, il se livra tout aussitôt à la pratique des accouchements et remplit successivement les emplois d'assistant à l'Institut d'accouchements, de répétiteur à l'École des sages-femmes et de médecin assesseur ou expert, comme accoucheur. Nous citerons de lui :

I. Geschichte eines Kaiserschnitles nehst einigen Bemerkungen. Dissert, inaug. Wûrzburg-, 1827, in-8°. — II. Bemerkungen ûber ein iieues von Baudelocque G. J. zu Paris angegebenes Instrument zur Ezcerebration. In Ritgen's Zeitsclirift fur Geburtshûlfe, t. VI, p. 181 à 199, 1831. A. D.

PAPOUASIE OC TERRE DES PAPOUS OU I^OUYELLE-GUIXÉE. Celte "mmense contrée a reçu le nom de Nouvelle-Guinée, soit parce qu'on l'a crue d'abord placée à l'antipode de la Guinée proprement dite, ce qui n'est pas parfaitement exact, soit plutôt parce que les premiers voyageurs y ont rencontré une population noire, à cheveux crépus, qui leur rappelait celle qui habite la côle occidentale d'Afrique.

C'est une île située immédiatement au-dessous de l'équateur, par 0" 19' et 10'' 02' de latitude sud, et par 128° 23' et 146° 15' de longitude est. Elle est baignée' par l'océan Pacifique au nord et à l'est, la mer des Moluques à l'ouest et le détroit de Terres, qui la sépare du continent austral au sud. Elle a 400 lieues de longueur dans la direction de l'est-sud-est à l'ouest-nord-ouest; avec une largeur moyenne de 70 lieues. Sa supeifîcie a été récemment évaluée à 785 362 kilomètres carrés, elle est presque double de celle de la France. C'est ce qui en fait la plus grande île du globe, si l'on considère l'Australie comme un continent. Bornéo, que l'on a longtemps mis au premier rang, doit aujourd'hui prendre la seconde phice; cette île n'a que 759 000 kilomètres carrés. L'étendue de la Nouvelle-Guinée n'avait pas été jusqu'ici appréciée exactement, parce qu'en réalité elle a une plus grande largeur qu'on ne le supposait et que la presqu'île du sud-est se trouve beaucoup plus longue que ne la faisaient les cartes.

Aujourd'hui, l'hydrogrnpliie assez bien dressée par les navigateurs hollandais, anglais et français, nous a donné des renseignements plus précis. Eu comptant les îles quiavoisinentla terre des Papous et qui en dépendent au double point de vue de la géographie et de l'ethnographie, on arrive à une surface totale de 807 936 kilomètres carrés.

Malgié l'importance que sou étendue devrait lui donner, c'est après les régions polaiics la contrée la moins connue de l'univers; cela tient à ce qu'il a toujours été presque impossible aux voyageurs de pénétrer dans l'intérieur, soit à cause de riioslililé des indigènes, soit à cause des fourrés inextricables de ses vastes forêts.

On suppose que les Portugais Antonio Abreu et Francisco Serrano furent les premiers Européens qui dans les environs de l'année 1511 aperçurent les côtes de la Papoiiasie. Ce fut l'Espagnol Alvaro deSaavedra qui, vers 1527, la baptisa du nom de Nouvelle-Guinée.

Depuis, elle fut visitée par un grand nombre d'autres navigateurs : Schooten, Tasmau, Dampier, Dougainville, Cook, Forrest. En ISO^, le corsaire français Goutances longea la côte méridionale et releva plusieurs points déjà entrevus par lilight. Le commandant Freycinet, en 1819, séjourna pendant trois semaines dans le havre de Rav^ack; Quoy était à bord, en qualité de naturaliste; il nous a laissé une description fort intéressante de cette côte.

Le commandant Duperrey aborda la Nouvelle-Guinée sur la Coquille, en 1825 et en 1829; les naturalistes de la commission parmi lesquels était Lesson utilisèrent largement leur séjour au proflt de la science. Eu 1827, l'amiral Dumont d'Urville, avec Y Astrolabe, releva la côte nord sur une étendue de plus de 350 lieues. Ce fut lui qui recueillit les documents les plus nombreux.

En même temps, le capitaine hollandais Kolf'f explorait le littoral sud. 11 prit possession au nom de son pays de toute la partie orientale de la contrée, depuis le détroit de Torres, au sud, jusqu'à la baie de Ilumbaldt, au nord. Dans l'île que termine le cap Walsche et qui fut, plus tard, appelée lie du prince Frédéric- Henri, il construisit le fort Dubus, où il laissa une garnison hollandaise; mais, la même année, la petite colonie décimée par les fièvres dut évacuer le fort et abandonner sa conquête.

Jusqu'à présent on n'avait pu guère connaître que le littoral de la Papouasie, et encore très-imparfaitement. Ce fut en 1850 que, pour la première fois, un voyageur, sir Russel Wallace, eut le courage de s'aventurer dans l'intérieur des terres. Dans ces dernières années, de nombreux explorateurs ont de nouveau appelé l'attention sur le pays. Moresby, en 1875 et en 1874, détermina la configuration de la pai tie orientale de l'île. Un Russe, Mickluko-Maclay, passa six années sur différents points de la terre des Papous ; trois Italiens, Cerutti, Beccari et d'Albertis, firent plusieurs voyages à des époques différentes; ce dernier monta le fleuve Fly, jusqu'à 800 kilomètres de son embouchure. En 1877, le Français Raffray fit dans le pays des observations ethnographiques pleines d'intérêt.

Les Hollandais continuent leurs travaux géographiques, font le relevé de nouvelles côtes et par des expéditions aimuelles conduisent avec persévérance leurs tentatives pour s'établir dans la portion de la Nouvelle-Guinée dont ils revendiquent la propriété. Ils exercent leur protectorat sur 18 colonies territoriales qui comprennent une population d'environ 14000 âmes; ils font le commerce avec les indigènes ; mais il est si restreint qu'avec tous les produits recueillis dans les possessions néerlandaises et les îles voisines on arriverait à peine à représenter 500 tonneaux de marchandises.

Le gouvernement de l'Australie a fait pendant ces quatorze dernières années de nombreuses tentatives pour rattacher à la couronne d'Angleterre la grande île de la Nouvelle-Guinée, ainsi que les archipels qui l'avoisinent; ces essais de la colonisation se portent surtout sur la partie de la côte comprise entre le détroit de Torres et l'extrémité sud-est de l'île; ce littoral fut d'abord env;ihi par les chercheurs d'or qui, sur de vagues indices, espérèrent rencontrer des placers aussi riches que ceux de New-South-Wales. C'est ce point, c'est-à-dire la côte du golfe de Papouasie, qui sera sans doute le premier colonisé, grâce aux efforts réitérés des Anglo-Australiens. Jusqu'à présent, l'Angleterre ne semble pas vouloir encourager dans cette voie le gouvernement de Sydney; pourtant les détroits de Torres et de Dampier, ainsi que le canal de Saint-Georges, sont les portes qui de l'océan Indien s'ouvrent sur le Pacifique.

Géologie. Orographie. On pense généralement, et cette opinion paraît ■fondée, que la Nouvelle-Guinée est une ancienne dépendance de l'Australie. Les deux terres étaient rattachées par un isthme étroit, dont les îles qui jalonnent le détroit de Torres seraient les derniers vestiges. Bien plus, il est possible que les contrées plus ou moins voisines, telles que la Noiivelle-Bietagne, la Nouvelle- Irlande, les Salomon, les Nouvelles-Hébrides, la Nouvelle-Calédonie, Norfolk, la Nouvelle-Zélande et la Tasmanie, aient appartenu aussi à un vaste continent australien qui, depuis, aurait été en grande partie submergé.

La Nouvelle-Guinée est formée d'une région centrale immense terminée par -deux péninsules opposées au sud-est et au nord-ouest.

On pense que le milieu du continent est traversé par des massifs montagneux fortement accentués ; cette chaîne centrale se termine par de nombreux sommets sur les côtes du golfe de Papouasie, entre autres le mont Aird, le mont Astrolabe et le mont Yule, dont la hauteur est évaluée à 3062 mètres. Une grande chaîne dirigée parallèlement à l'équateur, sur une longueur de 400 kilomètres, et dont un des sommets dépasse 5000 mètres, a reçu le nom de Charles-Louis. Sur la côte nord, le rivage est appuyé aussi sur des hautes montagnes: ainsi la chaîne du Finisterre, qui s'avance en péninsule à la rencontre de la Nouvelle- Bretagne, atteint 4500 mètres. En allant vers l'ouest on trouve le mont Julien, qui dé[)end d'un système qui n'est que la continuatioa de celui du Finisterre; puis viennent les monts Eryès, Cyclops et Gautier, le plus important des trois. Enfin, dans la péninsule occidentale surgit la chaîne des monts Artak, dont l'altitude est d'environ 2300 mètres. Les plus élevées, parmi les montagnes que nous venons de citer, ont leur cime couverte déneiges éternelles, dont l'éblouissante blanclieur resplendit sous le soleil de l'équateur.

La partie septentrionale de la Nouvelle-Guinée forme un centre volcanique important relié à ceux des Nouvelles-Hébrides, de Tonga, des Fidji, de la Nouvelle-Zélande, etc. Le littoral nord et les îles voisines ont été éprouvées en 1700, ainsi que l'a constaté Danipier, puis seulement à partir de 1856; mais il est probable que dans cet intervalle d'un siècle et demi bien des phénomènes volcaniques ont passé inaperçus.

Dans ces derniers temps, des tremblements de terre ont été signalés à six reprises difféientes, en 1856, en 1871, en 1873 (deux fois), en 1877 et en 1878; à cette dernière date, les secousses se sont étendues à la côte sud-ouest comme à la côte nord-ouest.

La géologie et la minéralogie de la Nouvelle-Guinée sont peu connues; à peine at-on quelques vagues renseignements sur certains points. Lesson a décrit la décrit la partie septentrionale. A la forme arrondie et doucement ondulée des monts Arfak, bien que quelques cônes sourcilleux interrompent l'uniformité de la chaîne, il suppose que l'ossuaire appartient au terrain primitif et est formé de granit; sa conviction est entraînée par l'abondance des cailloux, de natuï'e granitique, qui encombrent les lits des torrents et qui sont sans aucun doute charriés par les eaux qui descendent de la chaîne de ces montagnes. Sur le terrain primordial est flanqué un sol tertiaire récemment sorti du sein des eaux et consistant principalement en débris madréporiques solidifiés par un ciment calcaire; de sorte que celte partie de la Nouvelle-Guinée est analogue sous ce rapport aux rivages des Moluques et de la Nouvelle-Irlande.

Tandis que les montagnes des côtes septentrionales sont formées de rochers dénudés, dans le sud-ouest se rencontrent de vastes plaines contenant de la terre végétale et composée d'un ai'gile blanchâtre, mélangée de fragments de quartz ou de roches calcaires.

Lehouard (d'Heidelberg), cité par J. Girard, a étudié de nombreux échantillons de roches recueillis sur divers points du littoral sud, il en a conclu que les couches inférieures appartiendraient à l'époque jurassique, tandis que les étages supérieurs auraient le caractère dolomien. Les éléments constatés dans le sol de la Papouasie sont le granit rouge, le quartz blanc et bleu, le grès rouge, le sable de fer noir; on a vu aussi du minerai de cuivre.

On a rencontré sur presque tous les points des gisements aurifères, dont l'existence attira les premiers aventuriers australiens; mais la quantité d'or

qu'on y a trouvé jusqu'à présent est trop faible pour que l'oxploitation soit profitable.

Les plages de la côte du golfe de Papouasie sont couvertes d'un sable fin, rouge et blanc, provenant de la désagrégation des coraux si abondants dans toutes ces mers ; ce sont ces coraux qui constituent ces milliers d'e'cueils qui créent aux navigateurs un danger de tous les instants; dans le détroit de Torres si redouté, on ne compte pas moins de 900 récifs disséminés.

Hydrographie. Les côtes de la presqu'île occidentale ont été les premières connues, grâce à leur voisinage des îles de la Sonde ; les noms que portent les divers points indiquent les nombreux voyages qu'y ont faits les Néerlandais; ces rivages sont en général boisés et montagneux. Cette péninsule est coupée en deux parties presque complètement séparées l'une de l'autre par la baie profonde et allongée de Mac-Cluer. Entre la partie centrale de l'île et cette double presqu'île occidentale s'étend la vaste baie triangulaire du Geelvink ; elle pénètre dans l'isthme que creuse d'un autre côté la baie du Sud-ouest.

Sur le rivage septentrional, la côte est plate jusqu'à la pointe d'Urville; puis elle s'élève peu à peu et présente les nombreux massifs dont nous avons parlé ; elle offre de faibles indentations, dont les plus importantes sont la baie de Humboldt et le golfe de l'Astrolabe ; entre le massif des monts Finisterre et la presqu'île du sud-est s'enfonce le golfe Huon.

La péninsule orientale possède une ligne de côtes généralement élevée et montre quelques enfoncements, entre autres la baie Milne, qui coupe son extrémité en forme de bec.

La côte sud est basse et couverte de palétuviers; elle termine les plaines marécageuses de l'intérieur qui sont inondées à chaque crue des fleuves. Le golfe de Papouasie est garni de récifs, mais il offre aussi quelques ports à l'abri des ouragans et fréquentés par les marins australiens, tels que la baie Redscar, le portMoresby, la baie Ilood, la baie de l'Orangerie.

La Nouvelle Guinée est sans doute abondamment arrosée, car c'est un pays montagneux et très-boisé; mais son système hydrographique est encore bien peu connu. Les monts Arfak donnent naissance à de nombreux cours d'eau, entre autres le Wa-Samson qui se jette dans le détroit de Galewo, après un parcours d'environ 350 kilomètres. Le fleuve Aniberno se jette dans la baie du Geelvink, en formant un vaste delta. La péninsule orientale compte un grand nombre de rivières. Mais le fleuve le plus considérable par sa longueur et le volume de ses eaux est le fleuve Fly, qui se déverse par plusieurs branches dans le golfe de Papouasie ; il possède plus de 800 mètres de largeur et pénètre profondément dans les terres, en traversant des plaines marécageuses couvertes d'une exubérante végétation ; il a sans doute de nombreux affluents, mais on n'en connaît encore qu'un seul, c'est la rivière Alice, qui se jette dans le Fly, à 650 kilomètres de son embouchure. La rivière Baxter, récemment explorée par Octavius Stone, est assez importante et débouche dans la mer, à peu de distance du fleuve précédent.

Les îles, les îlots, les bancs et les récifs qui bordent la Nouvelle-Guinée, sont excessivement nombreux ; il serait presque impossible d'en donner une nomenclature complète. Citons les plus importants : au nord-ouest se trouve le groupe des îles des Papous, dont les plus importantes sont: Waygiou, Salavatti et Misol. La baie du Geelvink renferme un grand nombre d'iles, dont les plus étendues

490 l'APOUASIE.

sont Jobie et Misore. En face de la côte septentrionale se trouve le groupe de Schooten, puis plus à l'est l'île Dampier, l'île Rich et l'île Longue. La presqu'île orientale est bordée d'archipels, les îles d'Entrccasteaux, celles de Moresby, plus à l'est, les îles de Trobriand et de AVoodIark et le grand archipel de la Louisiade.

A part la vaste île du prince Frédéric-Henri, la côte sud ne présente guère que quelques îlots madréporiques; mais à l'ouest on note les deux groupes des îles Aron et des îlesKeï. Enfin, nous pouvons citer dans le voisinage de la Papouasie les îles importantes de la Nouvelle-Drctagne et de la Nouvelle-Irlande.

Flore. « La végétation la plus active, dit Lesson, couvre ce point du globe ; elle est ce qu'on doit en altemlre sous l'équateur et à la Nouvelle-Guinée, c'està-dire grande, mi\jestueuse et impos;inle. La surface du sol ne présente qu'une forêt sans fin, où la plupart des végétaux des Moluques se retrouvent, et dont les arbres immenses par la circonférence de leur tronc et la hauteur de leur tige ont jusqu'à 150 pieds d'élévation. Dans ces profondes forêts ne croissent point d'herbes humilcs; les plantes y revêtent de préférence des formes robustes et ligneuses ».

Malgré l'exubérance de sa végétation, la Papouasie est par sa flore relativement pauvre; les botanistes voyageurs font unanimes sur ce point. Le règne végétal, si luxuriant dans le grand aarchipel sialii|ue, s'appauvrit peu à peu à mesure que l'on s'avance vers l'orient. 0. lieccari constate que, si la flore est pompeuse à Bornéo, elle est passable dans les îles de la mer d'Arafura et devient d'une désolante parcimonie dans la Nouvelle-Guinée. On a reconnu de plus que le nombre des espèces est des plus restreints dans les îles placées au milieu de l'océan Pacifique. D'après le professeur Gaudichaud de Bochefort, la Papouasie serait le centre géographique d'une végétation particulière.

L'épaisseur des forêts, où le voyageur ne peut pénétrer qu'armé de la hache, rappelle celle des îles de la Sonde et surtout des Moluques et de Célèbcs, qui ajipartiennent à la même formation géologique. Au sud, la présence des acacias et des eucaljptus annonce le voisinage de l'Australie; les plages des rives méridionales offrent une épaisse bordure de palétuviers.

Les bois des environs de Dorei sont surtout formés d'arbres gigantesques, tels que les Pterocarpus, les Mimosa, les Ficus, Croton, Scœvola, Bruguera, So7ineratia, Inocarpus; d'autres ont une taille plus modeste : le Tectona, le Lingoa, le bois de fer, le Casuarina, des Hibicus, des Pandanus, des palmiers du genre Areca, des Hernandia, des Corijpha, Sagus, Cycas ; des milliers de lianes entourent leurs troncs. Lesson y a constaté trois espèces de bananiers. On trouve quelijues rares plantes herbacées : des Orchidées, des Cannées, des Légumineuses et diverses espèces de Fougères; les Graminées sont la seule famille qui présente quelques variétés parmi les espèces spontanées. Mais les algues y sont très-variées.

11 faut placer au premier rang des espèces qui croissent dans la Nouvelle- Guinée le cocotier, le Caryota urens, l'ébénier, l'arbre à pain, le canari, le muscadier uviforme, le sagoutier et le Cycas circinalis, dont les indigènes mangent les amandes après les avoir fait griller, puis le chou-palmiste, le bambou, le latanier, le darnmer, le vaquois et le massohy ; ce dernier est un aromate recherché par les Chinois, et produit par un arbre dont les feuilles ont la plus grande analogie avec celles du laurier-cannellier. D'après Crawfurd, les trois

espèces d'arbres prédominantes sont : leMyrislica moschata, le Cortex onimus. etVAIexiaslellata.

Les naturels cultivent un petit liaricot très-délicat, nommé abrou, un pois nommé abréfore qu'ils conservent comme objet d'approvisionnement, des tares, des ignames; dans la baie du Geelvink, on trouve des plantations d'arum; dans la presqu'île du sud-est, on exploite le bétel, les concombres et une espèce de petit melon. Une des grandes cultures du pays est le tabar,; les naturels en conservent des provisions pour l'échanger avec les trafiquants malais et européens. A ces ressources il faut ajouter les produits qu'ils retirent de végétaux utiles croissant spontanément dans les forêts : les citronniers, orangers, cotonniers, Spondias dulcis, gingembre, piments, etc.

Faune. La faune n'est pas riche, si l'on excepte les oiseaux et les insectes. Si la flore de la Nouvelle-Guinée a un caractère physique principalement malais, sa faune est au contraire purement australienne. De récentes découvertes sont venues confirmer ce fait en démontrant l'existence des genres Échijdné, Dasijurtis et Droinicia.

Peters et Doria ont public récemment le résultat de leurs études sur les Mammifères recueillis à la Nouvelle-Guinée par Beccari, d'Albertis et Briiijn. Sur les 80 Mammifères énumérés dans ce travail, 30 appartiennent aux Didciphes, qui sont représentés par des espèces distinctes en général, mais appartenant à des genres australiens : Phascogale, Dasynrus, Perarneles, Phalangista, Dwmicia, Petaurus, Macropus, Dorcopsis et Dendrolagiis. Celte faune a un caractère arboricole bien marqué, ainsi que l'a noté M. Pucheran; c'est ce qu'indique le nombre relativement grand des Phalangers ou Couscous (9 espèces), et la présence de kanguroos, dont 2 espèces sur 4 sont des types grimpeurs, fait anormal dans celle laniille qui représente les Ongulés en Australie.

Dans les Oruithodelphes, il y a une espèce d'écbidné {Acanthoglossiis Bruijnii Gervais).

La plupart des Mammifères placentaires sont des Chéiroptères, qui comptent 51 espèces; ils appartiennent aux genres Pteropiis, Harpyia, Cephalotes, Macroglossus, Melonycteris (propre à l'île d'York), Rhinolophus, Phyllorhina, Emballoniira, Nyctinomus, Miniopterus, Vespertilio et Vesperngo.

Les indigènes élèvent beaucoup de porcs d'une race spéciale {Sus papuensis), dont ils font la base de leur alimentation. Cet animal, ainsi qu'une musaraigne {Crocidura luzoniensis) , ont été évidemment introduits de la Malaisie à une époque récente.

Outre nos 3 espèces de Rongeurs domestiques que l'on trouve répandus aujourd'hui sur tout l'univers, on compte 10 ou 12 espèces spéciales appartenant aux genres Uroniys, Hydromys, Pogonomys et Mus.

Les bœuL<, les chevaux, les daims, les singes, les animaux féroces, sont totalement inconnus.

La Nouvelle-Guinée est incomparablement plus riche en oiseaux ; MûUer a réuni, dans l'espace de trois mois, une collection de 119 variétés d'oiseaux, provenant de 60 espèces. Les passereaux et les gallinacés dominent; on y trouve les kalaos de Dorei, le ramier cuivré et le pigeon blanc, divers perroquets et des perruches, des tourterelles, de gros et admirables pigeons gouras, dont la crête de longues plumes rangées au-dessus de leur tète ressemble, de loin, à une couronne, des martins-pécheurs, la gracieuse ménure-lyre.

Cette grande île est l'habitat par excellence du charmant oiseau de paradis, si recherché pour son magnifique plumage; il est, en particulier, pour les habitants de la b.iiedu Geelvink, l'objet d'un commerce important; mais la guerre acharnée qu'on lui fait tend à le faire renchérir de jour en jour. Le docteur Sclaler a découvert le casoar, cet étrange oiseau qu'on croyait originaire d'Australie, mais dont la vraie patrie est la Papouasie.

Les reptiles sont très-abondants aussi, quoique moins connus. Les crocodiles biporcatus ou à double arête ne sont pas rares. Beccari a trouvé 6 espèces d'Ophidiens, dont aucune n'est vénéneuse. Mùller acompte 26 espèces d'Amphibies appartenant aux familles des lézards, des grenouilles et des serpents.

Les insectes rivalisent de beauté avec les oiseaux ; on a découvert de magnifiques espèces de papillons et de scarabées. Beccari a réuni des milliers de Coléoptères; il a constaté aussi la présence de scolopendres.

Les poissons sont abondants sur les côtes et contribuent largement à l'alimentation des indigènes. D'après Mùller, 30 ou 40 espèces ont été reconnues; mais quelques-unes sont vénéneuses : ainsi le bibi redouté des pêcheurs et le diodon. Beccari vit 5 personnes mourir dans un village pour avoir mangé du diodon.

Les zoophytes et les polypiers sont d'une étonnante diveisité de forme et de couleur.

La mer fournit encore des Mollusques, l'huître perlière, des auricules de Midas, des mélanies, des harpes, des marteaux, etc., des tortues à écailles et de gros morceaux d'ambre gris.

Climatologie et Pathologie. Les observations faites sur divers points par les voyageurs constatent toutes que le chmat est excessivement pluvieux; c'est à ces pluies continuelles que l'île doit sa luxuriante végétation, elles sont souvent torrentielles, ainsi qu'il n'est pas rare de le voir sous les tropiques. Les saisons sèches sont à peine marquées. Sur la côte sud, le nombre des jours de pluie varie entre H et 17 par mois pendant toute l'année.

D'après Moresby, les mois les plus humides vont de novembre à mai, et les plus beaux d'avril à décembre.

Tous les matins, lorsque le soleil est assez élevé pour produire une abondante évaporation, il se forme des brouillards épais et les nuages s'accumulent jusqu'à ce que la pluie tombe. Les orages accompagnés de tonnerre sont fréquents.

La Nouvelle-Guinée est comprise dans la région des moussons; la mousson du nord-est souffle de novembre à avril; celle du sud-ouest va d'avril à novembre.

La chaleur uniformément élevée n'est pourtant jamais excessive; c'est un des caractères des climats que j'ai nommés équatoriaux ou diploriques. Cette constance relative peut être attribuée non-seulement à l'écran permanent formé par les nuages et la vapeur d'eau, mais encore à la forme allongée de l'île, à l'alternance régulière des vents continentaux et des vents marins, et sur certains points à la notable élévation au-dessus du niveau de la mer. La température moyenne, d'après Friedmann, est de 27 degrés ; selon Finsch, elle atteindrait 32 degrés. La température maximum ne dépasserait pas 39 degrés, ce qui est une moyenne bien inférieure à celle de l'Australie, quoique cette dernière soit à une latitude plus élevée. Pour Moresby, le mois le plus chaud est février, avec 32 degrés de température moyenne ; le plus froid est août, avec 28 degrés. Jamais la nuit le thermomètre n'est descendu au-dessous de 22 degrés.

sur le bord de la mer; dans les les montagnes, l'air est humide et plus froid.

Toutes les observations météorologiques sont incomplètes et ne portent, en général, que sur un laps de temps trop limité pour qu'on puisse encore en tirer des conclusions irréductibles.

Le climat de cette région sera toujours un obstacle sérieux à la colonisation. Tout Européen qui aborde ces contrées ne tarde pas à être frappé par les atteintes du paludisme. Les missions hollandaises établies dans l'ouest et les missions anglo-australiennes du sud et de l'est ont été cruellement décimées. La moitié a été victime de la fièvre et les autres traînent péniblement une malheureuse existence. Les catéchistes polynésiens ont été eux-mêmes éprouvés par les maladies, et malgré leur origine ils n'ont pas mieux résisté que les blancs.

La partie la plus malsaine est le littoral méridional de l'île qui n'est, pour ainsi dire, qu'un immense marécage. Le révérend Mac-Farlane, qui a habité plusieurs années la côte sud-est, écrit qu'il n'a pas rencontré une localité de la côte ou une île du détroit de Torres qui fût exempte de paludisme, sans en excepter même le cap York, ou le port Moresby. En revanche, sur le littoral nord de même qu'au bord de la baie du Geelvink, on trouve des points où le climat est moins insalubre.

11 est probable aussi que dans l'intérieur et sur les lieux élevés on rencontrerait des stations hygiéniques qui pourraient servir de sanitarium. Les marécages du fond du golfe de Mac-Cluer ont une très-mauvaise réputation.

Au rapport de J. Girard, parmi les observations faites sur l'insalubrité de la côte sud-est, on y a constaté que la brise de mer était constammunt malsaine, tandis que le vent venant de l'intérieur était salubre en général. L'influence nuisible des coraux morts qui forment la plupart des récifs bordant la côte eu est probablement la cause. Car il a été reconnu, pour la Nouvelle-Calédonie, par exemple, où les coraux sont vivants, qu'il n'y a pas de fièvres, mais qu'elles existent dans les îles voisines où ils sont morts.

L'Européen peut être sujet encore à la cachexie paludéenne, à une anémie profonde avec liydropisie, à la tuméfaction du foie et de la rate, au rhumatisme, à la névralgie sciatique. L'équipage de la Coquille contracta les germes de la dysenterie, pendant son court séjour dans le havre de Doreï.

Une affection très-fréquente en ce point est le béribéri, qui porte le nom de pendjakit et dont les bhmcs sont quelquefois atteints aussi bien que les naturels. Les Papous emploient pour combattre cette maladie, et ils y réussissent, des frictions faites avec une infusion de racines de canari {Canarium commune) ou de katapang {Terminalia catappa), auxquelles on ajoute de petits morceaux de berabou, espèces de polypes qui s'attachent aux bancs de corail ou d'autres espèces de la même famille.

Les indigènes sont sujets au paludisme dans quelques-unes de ses formes. Les maladies les plus fréquentes chez les habitants des environs des monts Arfak sont : des fièvres intermittentes, des maladies cutanées, des affections de l'intestin, des rhumatismes, des ulcères. Dans la plupart des cas, la guérison se fait naturellement; les blessures nombreuses qu'ils reçoivent dans des combats fréquemment renouvelés guérissent avec une promptitude remarquable. On rencontre parmi eux peu de boiteux, d'estropiés ou de contrefaits.

Les affections qui régnent à l'île de Misol sont : la dysenterie et la phthisie. Il y a très-peu de lépreux, et le béribéri est extrêmement rare. Le pattek, qu'on appelle ici bobento, est très-fréquent ; le remède employé contre ce mal est une

décoction d'écorce de manguier. Il paraît, d'après le docteur Meyners d'Estrey, que cette maladie cufane'e est plus tenace ou du moins plus difficile à guérir ici qu'à Java. Au dire des naturels, à Misol, elle dure généralement un an.

La petite vérole a apparu quelquefois chez les indigènes et y a fait, comme toujours, d'affreux ravages. A Doreï, Lesson a constaté des ulcères dégoûtants.

Ethnologie. Mœurs. L'ethnologie des races noires océaniennes est encore fort obscure, malgré les incessants travaux des antliropologistes modernes. Ces mots de noirs ou de nègres employés par tous les voyageurs au sujet des populations de la Malaisie ou des îles mélanésiennes n'impliquent pas une identité avec les nègres d'Afrique. Ce n'est qu'un ferme de comparaison, ainsi que l'ont fait remarquer les premiers Crawfurd, Quoy et Gaimard et R.-P. Lesson.

On sait aujourd'hui que les races de la Méhmésie diffèrent de celles de l'Afrique aussi bien par la couleur de la peau que par les signes ethniques.

Les auteurs présentent de nombreuses divergences au sujet des caractères de ces populations. Il en est de même du lieu de leur origine; les uns placent avec Forsler leur berceau dans la Nouvelle-Guinée ; Dumont d'Urville le mettait dans l'Auslralie et dans les Salomon, les Hébrides, etc., Uienzi dans l'ile de Bornéo, d'autres dans les Philippines.

Voici ce qu'en dit A. Lésion, qui possède sur ce point une haute compétence: « Quand on voit dans l'est de la Nouvelle Guinée tant d'iles à populations mélanésiennes, il semble plus naturel d'attiibuer leur peuplement à cette grande terre qui les avoisine et qui, au moins sur le littoral, possède une population toute semblable. La Nouvelle-Guinée peut donc être considérée comme l'un des pays d'origine des Mélanésiens non-seulement à cause de son étendue, mais aussi par sa position qui permettait une dissémination facile des populations noires aussi bien vers l'est et vers l'ouest que vers le sud. Tout ceci, du reste, est bien conjectural. ))

Mais ces hypothèses supposent généralement l'existence d'une seule race. Or les travaux récents permettent d'en admettre au moins deux : l'une, que M. de Quatrcfages a appelée branche ou race Négrito, est de petite taille et occupe les îles Anduman, les Philippines et la plupart des iles de la Malaisie; la seconde est celle à laquelle on donne généralement le nom de race Papua, elle est de taille élevée ou moyenne et habite plus spécialement la Nouvelle-Guinée et les îles voisines, la Nouvelle-Irlande, la Nouvelle-Bretagne, les Salomon, les Hébrides, etc. Ces deux races, en outre de leur taille, diffèrent complètement par leurs caractères crâniens, les Négrilos sont brachycéphales, les Papuas dolichocéphales. Les derniers seuls nous intéressent dans ce travail.

Papous et Papua ne sont pas précisément la même chose; mais la similitude des mots a produit dans le fait une certaine confusion. Le terme papou n'est que la traduction françnise du mot papua; mais il ne doit désigner que des métis de Papua croisés avec une autre race. Quoy et Gaimard les premiers ont décrit avec soin ces Papous qu'ils avaient observés sur plusieurs points différen's; la plupart des écrivains en font une race mélangée. Pour R.-P. Lesson et de Rienzi ce sont des métis de Malais et de Papua. Mais A. Lesson croit que ce sont des métis de Papua et d'Alfourous.

Les Alfourous sont cette race à cheveux droits, au teint clair, à l'intelligence vive, qu'on a rencontrée partout dans les Moluques, à Céram, à Bourou, Célèbes, Waigiou, e'.c, et qu'on a pu constater à la Nouvelle-Guinée, ainsi qu'il résulte

des observations d'Ocfavius Stome et de Mickluko-Maklay. Aujourd'hui la race Alfourous est bien diminuée dans la Papouasie, et il est fort probable que celle qui s'y trouve encore est plus ou moins mélangée.

Donc les Papous sont le produit du métissage de la race Papua avec les Alfourous. Et celte conclusion s'appuie non-seulement sur les caractères anlbropologiques extérieurs et sur la co/nparaison des deux populations, mais encore sur les recherches craniométriques les plus récentes.

Les Papous sont sous-dolichocéphales et mésorhiniens; leur indice céphalique est égal à 75,07 et leur indice nasal à 50,54. Les mêmes indices chez les races ancestrales ou que l'on regarde comme telles sont respectivement 71,78 et 54,70 pour les Papua; 79,02 et 50,29 pour les Malais; 75,40 et 49,25 pour les Alfourous.

« A priori, dit A. Lcsson, en ne considérant que l'indice céphalique, les Papua croisés avec les Malais forment une résultante qui se rapproche beaucoup de l'indice constaté chez les Papous. Le chiffre obtenu théoriquement, 75,07, semble même donner raison à ceux qui regardent la formation des Papous comme due au mélange des Malais et des Papua. Mais il n'en est pas de même pour l'indice nasal. Les Papua sont platyrhiniques; pour former des métis mésorhiniens, ils ont dû nécessairemcnl se croiser avec une race plus mésorhinienue encore que les Malais, dont l'indice nasal est le même que celui des Papous. Les Alfourous, au contraire, avec leur indice nasal inlcrieur de plus d'une unité à celui des Malais, rendent mieu\ compte de cette différence. »

11 reste encore à déterminer la cause de l'écart existant entre l'indice céphalique réel et l'indice céphalique calculé théoriquement; l'explication devient facile, si l'on admet avec le même auteur que les Papous ne sont que des métis d'Alfourous et de Papua recroisés d'AUourous.

On s'explique alors chez les Papous la prédominance des caractères craniométriques des Alfourous.

Par la conformation de leur crâne, d'ailleurs, les Papous sous-dolichocéphales se rapprochent plus des Polynésiens et des Tasmaniens que des Malais; c'est ce qu'avait déjà fait voir M. ïopinard dans son Mémoire sur les Tasmaniens {voy. Tasmanie).

Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas eu de métissage entre les Papua et les Malais dans tous les points où ceux-ci ont fini par se fixer, mais seulement que ce sont les Allourous qui ont le plus contribué à la formation de la race Papoue.

Voici, d'après Lesson (A.), les caractères des Papous : taille moyenne en général, complexion médiocre, peau d'un brun foncé, mais non noire; cheveux très-noirs, ni lisses, ni crépus, mais laineux, assez fins, frisant naturellement. C'est la forme de leur chevelure qui a fait donner leur nom aux Papous; le mot papou vient en effet du malais papuah, qui signifie laineux. Barbe fournie, noire; yeux noirs, délicatesse des traits, nez sensiblement épaté, pommettes larges, lèvres épaisses.

Les Papua vrais occupent principalement les points suivants : une grande partie du littoral de la Nouvelle-Guinée et probablement quelques points de l'intérieur; presque toutes les îles à l'ouest, à l'est et au sud-est de cette grande terre, ainsi que celles du délroit de Torres et de la Louisiade, la Nouvelle Bretagne et la Nouvelle-Irlande, les îles Salomon, la Sanla-Craz de Mendana, les Hébrides, Vanikoro, Tubua, l'île Rossel, la Nouvelle-Calédonie, les

Loyalty, l'île Beaupré, les Fidji, Puynipet, quelques points d'Hogoleu et quelques autres îles des Caroliues.

Malheureusement, il faut bien dire que rien n'est moins connu que les caractères crâniens des Papua autres que les Néo-Calédoniens, les Vanikoriens et les habitants de la côte Est de la Nouvelle-Guinée. Manlegazza a récemment étudié 100 crânes papua provenant des îles Misore dans la baie du Geelvinck. La moyenne des indices céphaliques s'élevait à 69,84 chez les hommes et à 71,91 chez les femmes; celle des indices nasaux à 52,94 et 55,32; celle des indices orbitaires à 85,00 et 86,84. Ces crânes sont généralement d'un petit volume; le trou occipital est situé plus en arrière que dans la race blanche; les arcs sourciliers sont très-marqués ; le menton est petit et fuyant ; les molaires ont quatre ou cinq cuspides. Ils offrent de nombreux caractères régressifs, mais le type est en général supérieur à celui des Australiens, Tasmaniens et nègres. Enfin les différences sexuelles sont très-accusées.

Pour les autres Papua on est obligé de se contenter des descriptions faites par les voyageurs à une époque où l'anthropologie n'existait pas encore. Il est probable que les Papua du sud de la Nouvelle-Guinée et des îles du détroit de Torres ont des caractères craniomélriques se rapprochant de ceux des Néo- Calédoniens [voy. Calédokie [Nouvelle-]).

Voici le tableau que donne R.-P. Lesson des Papua qu'il avait observés dans trois ou quatre points différents : taille en général médiocre, membres bien proportionnés, peau de couleur noire mêlée d'un huitième de jaune, chevelure noire, très-épaisse, médiocrement laineuse, visage assez régulier dans son ensemble, quoique le nez soit un peu épaté et que les narines soient élargies transversalement; menton petit, bien fait, barbe rare conservée sous le menton et parfois sur la lèvre supérieure; pommettes assez saillantes, front élevé, mais rétréci sur les côtés d'une manière considérable; sourcils épais et longs.

C'est aux Papua que le distingué professeur des Écoles de médecine de la marine rapportait les Arfakis ou Arfaks, tribus montagnardes des environs de Dorei dans la Nouvelle-Guinée; mais il est difficile de le décider dans l'état actuel de la science, tant qu'on n'aura pas mieux observé les caractères extérieurs et crâniens des Arfakis.

11 existe sur tout le littoral de la Nouvelle-Guinée une variété inouïe de dialectes, peut-être même de langues, si bien qu'à quelques milles de distance les navigateurs sont fréquemment obligés de changer d'interprète ; il y a là un obstacle sérieux aux relations.

Le Néo-Guinéen est hardi, bruyant, impétueux, facilement irritable; il est gai et rieur et dévoile volontiers ses impressions. Son caractère est d'une mobilité excessive; il passe aisément et sous l'influence du motif le plus futile de la sympathie et de l'amitié à la haine et à la fureur. Du reste, les relations varient considérablement suivant les tribus avec lesquelles on se trouve en contact; les unes sont douces, presque hospitalières; mais les autres, les plus nombreuses, sont méfiantes et querelleuses. En général, elles s'habituent difficilement au blanc, elles en ont peur et fuient à son approche ; d'autres fois elles l'attirent dans un guet-apens oîi elles le massacrent. La réputation de férocité de quelques-unes est à cet égard depuis longtemps établie ; il en est ainsi, par exemple, des habitants du golfe de Mac-Gluer.

Les Néo-Guinéens sont plus ou moins anthropophages. Ils mangent leurs ennemis autant par vengeance que par famine, lorsque leurs cultures sont peu

PAPOUÂSIK. 497

productives. La faim les pousse quelquefois à dévorer leurs propres parents qui ont succombé à une maladie accidentelle. D'après M. Earl, les mœurs des Papous se rapprocheraient plulùl de celles des Polynésiens que des Malais, opinion qui s'explique par la possibilité du mélange du sang dans les migrations polynésiennes. Mais, ainsi que l'affirme Quatrefages, « même en l'absonec de tout élément étranger, la Nouvelle-Guinée possède à elle seule de quoi donner naissance à des populations croisées. »

Dans les estuaires, dans les baies, à l'embouchure des rivières, les huttes sont construites sur pilotis. Elles présentent aussi la même disposition dans les montagnes, ce qui les défend non-seulement contre l'humidité, mais aussi contre les attaques de leurs ennemis. Ces habitations sont vastes, mais elles sont dépourvues de fenêtres et la porte très-basse ne laisse pénétrer qu'en s'inclinant fortement. L'intérieur est eu général très-sale ; il est souvent divisé en cellules par des cloisons en bambou. Les Papous s'entassent dans ces cases au nombre quelquefois de trente et même de cinquante personnes.

La simplicité la plus primitive règne dans les vêtements; les hommes n'ont guère qu'une ceinture autour des reins; les femmes portent une sorte de jupe courte, quelquefois elles se contentent d'entourer leur taille de feuilles de pandane. Les hommes laissent croître leur chevelure, les femmes au contraire gardent les cheveux courts. Les indigènes ont l'habitude de s'enduire le corps d'huile de coco pour protéger leur peau contre les ardeurs du soleil et les piqûres des moustiques. Le tatouage est tout à fait exceptionnel.

La seule occupation de l'homme est la guerre, la chasse ou la pèche. La femme exerce les travaux les plus pénibles; elle laboure la terre avec une branche d'arbre recourbée, fabrique des poteries et prépare les aliments.

Les Papous du littoral sont des marins intrépides ; leurs frêles embarcations vont quelquefois à une grande distance.

Les Néo-Guinéens ne quittent jamais leurs armes; ce sont la hache, la lance ordinaire, une lance plus courte, sorte de poignard, l'arc et les flèches. Ils en empoisonnent les pointes en les plongeant dans le us d'une liane ou dans un cadavre en putréfaction.

Leur alimentation est peu variée; le sagou forme la base de leur nourriture; le riz est importé par les Malais ; quelques tribus cultivent l'igname, le taro, l'abrou et l'abrépore. Le coco croît spontanément dans tout le continent; sur certains points on en prend un soin tout spécial. Les indigènes ont de faibles notions d'agriculture ; leur sol pourrait certainement produire le riz, l'orge, le maïs, le millet, etc. En fait de viandes, ils ne connaissent guère que celle d'un petit chien ou d'une espèce de porc de faible taille, demi-sauvage. La pêche leur fournit encore une partie de leur nourriture.

Leur boisson est de l'eau pure et dans quelques circonstances le vin de palme ; dans leurs premiers rapports avec les étrangers ils dédaignaient l'eaude-vie ; il est peu probable que celte salutaire répugnance ait persisté.

Connue les Polynésiens, les Néo-Guinéens ont contracté sur certains points l'habitude de mâcher le bétel, qui a l'inconvénient de noircir les dents. Ils mettent dans la bouche une noix et une feuille du palmier-noyer, puis le bétel additionné de chaux vive de corail.

La longévité des indigènes est peu considérable ; sa faible élévation tient à leur mauvaise hygiène, à leurs luttes sanglantes continuelles ; il est rare de rencontrer un Papou ayant dépassé la soixantaine.

DICT. EiSC. 2' S. XX. 52

La polygamie est permise; tout individu peut avoir autant de femmes qu'il est capable d'en nourrir; pourtant elle n'est pas commune. L'homme se marie avant vingt ans, la femme vers l'âge de quinze ans.

On sait très-peu de chose sur la religion des habitants de la Nouvelle-Guine'e ; on a cru y distinguer des souvenirs du bouddhisme et même du christianisme. Chez quelques tribus on a constaté l'absence de toute idée religieuse. Un certain nombre de peuplades pratiquent l'islamisme; des prêtres musulmans construisent des mosquées sur la côte. Les efforts tentés par la Société des missions de Londres ont été moins heureux ; ils n'ont pas réussi à convertir ces populations au christianisme.

Le commerce est des plus insignifiants; nous avons déjà parlé des faibles résultats obtenus par les Hollandais. La valeur des produits indigènes est à peu près nulle, et les naturels aiment mieux faire écouler leurs marchandises dans les îles de la mer d'Arafura et de l'Océanie que de faire passer le commerce entre les mains des Européens. Du reste, la navigation, sur certains points, présente des dangers considérables ; il est difficile au marin de se diriger au milieu de ce dédale inextricable d'écueils de corail à peine signalés sur les cartes, et il semble qu'il surgit tous les jours de nouveaux récifs du sein de l'océan.

La monnaie est inconnue dans toute la contrée; le commerce se fait par échanges.

Les objets qui paraissent être la base de la troque des Papous avec les Chinois et les Malais de Tidor sont le tabac, les légumes, les poissons séchés, les oiseaux de paradis, la résine Dammar, la cire des abeilles sauvages, l'ambre et surtout l'écorce de massohy. On exporte aussi quelques esclaves, sans doute des prisonniers de guerre. La noix de coco est recherchée pour en extraire l'huile; les écailles de tortue sont très-estimées ; la véritable écaille, la plus appréciée, est celle de la tortue Caret {Testudo imbricata). Le trépang, ou biche de mer {Holothiiria edulis), s'exporte abondamment, car les Chinois en sont très-friands.

Que dire maintenant" de l'avenir l'éservé aux Néo-Guinéens? Deviendront-ils la proie d'une nation européenne, comme l'ont été les Fidji, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, etc.? C'est probable. Peu à peu, ils céderont aux étreintes qu'ils subissent au Nord de la part des Hollandais et au Sud de la part des Anglo- Australiens. B. Féris.

BiBLiocnAPHiE. — FoRREST (Th.). Voyage aux Moluques et à la Nouvelle-Guinée fait sur la galère la « Tartare » en 1774, 1775 et 177(j, traduit de l'anglais. Paris, 1780. — Claret de Flecried. Découv. des Français en 1768 et 1769 datis le sud-est de la Nouv.-Guine'e et reconnaiss. poster, des mêmes terres ■par des navig. anglais qui leur ont imposé de nouveaux tioms. Paris, 1790. — Duperrey et Lesson (R.-P.). Voyage de la ce Coquille », Zoologie, t. II, p. 436. Paris, 1826. — Lesson (R.-P.). Me'moire sur les Papouas ou Papous. In Annal, des se. nat., t. X, p. 93, 1827. — De même. Mém. sur les Tasmaniens, les Alfouroiis et les Australiens. Id., p. 149. — Du même. Voyage médical. In Journ. des voyages, t. XXXVI, p. 55. — DuMONT d'Urville. Voy. de /'« Astrolabe ». — Dd même. Mém. sur les îles du Grand Océan. — Quoï et Gaimard. Zool. de l'a Astrolabe ». — Des même?. Observ. sur la constitution physique des Papous, Zool. de l'a Uranie ». — Bory de Seint-Vixcent. L'homme, t. I, p. 503. Paris, 1827. — Fkeycinet. Voyage autour du monde de l'a Uranie » et de la « Physicienne ». — De Rienzi. Océanie. Paris, 1837. — Crawfurd, Hist. of the Ind. Archip., 1820. — Z. Modéra, Verhaalvan eene Reize noordeZ. w. Kustvan N. Guinea, \lar\em, 1850. — Earl(G.-^V,). The Nat. Races of the Ind. Archip. Papuans. London, 1853. — Les connaissances actuelles sur la Nouvelle-Guinée. In Bull, de la Soc. de géogr., 6' série, t. IV. 1872. — Meyer. Revue d'anthropologie, 1874. — Hamy. Ethnol. du S.-E. de la Nouv.-Guin. In Bull, de la Soc. d'anthropol., 2'sér., t. IX, 1874. — A.-R. Wallace. Australasia. — Reistochten naar de Geelvinkbaai op Nieuw-Guinea doorvon Rosenberg, 1875. — Goldie. Mon dernier séjour de quatre mois dans l'intérieur de la Nouvelle-Guinée. In Bull, de la Soc. de géogr. d'An-

PAPYRIER. 499

vers, V, 11° i, p. 195. — Ogt. Stoke. A Few Monlhs in New-Guinea. London, 1880. — Du MÊjiE. Assoc. bvitann. pr. l'avanc. d. se, Congrès de Glasgow, 1876. —Explorations récentes. In Bull, de la Soc. de géogr. de Paris, p. 621, 1877. — P. Tournafond. La Nouvelle-Guinée. \n Revue du monde catholique, 10 janv. 1877. — Maktegazza. Studii anlhropol. ed etnogr. sulla Nova-Guinen. Florence, 1877. — Topinard. Anthropologie. Paris, 1877. — D'Albeiiis Vordringen in dus Innere von New Guitiea. Mitlheilungen von Petermann, p. 413, 1878. — Raffray. Voyage à la côte nord de la Nouvelle-Guinée. In Bull, de la Soc. de géogr., mai 1878. — Du même. Yoijage en Nouv.-Guinée. In Tour du Monde, 1879. — Hamy ET DE QuATREFAGEs. Crattia ethnica. Pans, 1879. — Meyer. Sur l'ethnol. de la Nouv.-Guinée. liiBull. de la Soc. d'anthrop., 1880, p. 346. — Robidé van der Aa. Reizen naar Nederlandsche Nieuw-Guinea. La Haye, 1879. — D'Albertis. The New-Guinea. London, 1880, 2 vol. — D'A. Lesson. Les Polynésiens, 5 vol. Paris, 1880. — Lawes. Notes on New-Guinea and itslnhabitants, Proceedings, p. G02, 1880. — Wallace. Nouvelle-GuinéeAn Nature, t. XXIII, n» 561, déc. 1880. — D'' Meyners d'Estrey. La Papouasie ou Nouvelle-Guinée occid. Paris, 1881. — Auslralia Directory In/orm. relating to the S.-E. Coast of New-Guinea, llydrogr. Office. London, 1881. — Fontpertuis. La Nouvelle-Guinée : géogr., races, explorateurs. In Revue scicntif., l'-'oct. 1881. — Peters et Doria. Ann. del Museo civ. di Storia Natur. di GeHCD«, 1881. — Vivien de Saint-Martin. Dicl. géogr., art. Gvuiée (Nouv.). — Jvles Girard. Nouvelle-Guinée. In Exploration, t. XIV, n" 302, 1882. — Baumann. Nouvelle-Guinée. In Bull, de la Soc. de géogr. de Vienne, t. XXY, n" 4, 1882. — Kimzo. Id., n" 1, 1882. — Olden- BORGH. Nouv.-Guinée. In Batavia, t. XXVII, n» 4, p. 363, 1882. — D'Albertis. Expédition sur le fleuve Fly. In Tour du Monde, t. XLIV, n' 1142, 1882. — Deckert. In Allgemeine Zeilung, 27 nov. 1882. — Mikluko-Maclay. On New-Guinea. In Nature, t. XXVII, p. 684, déc. 1882. — D'Albertis. La Nouvelle-Guinée. Paris, 1883. — Metzger. Nouvelle-Guinée, In Globus, t. XLIII, n" 4, 1883. — De Qoatrefages. Hommes fossiles et hommes sauvages. Paris, 1884. B. F.

PAPPEEV'HEIiM (Louis). Médecin-hygiéniste allemand d'un grand mérite, fit SCS études à Berlin et y prit le degré de docteur en 1841 . Il se fixa par la suite à Arnsberg, en Westphalie, et y devint conseiller du gouvernement et conseiller sanitaire. Il mourut à Arnsberg en mai 1875.

Pappenheim a acquis une grande réputation surtout par son excellent traité de police sanitaire dans lequel les matières sont traitées par ordre alphabétique, sous forme de dictionnaire [Handbiich der Sanitâts-Polizei. Nach eigenen Untersiiclmngen bearbeilet) dont les deux premiers volumes (in-8") parurent à Berlin en 1858 et 1859 et un troisième volume supplémentaire en 1864. La nouvelle édition parut de 1868 à 1870. 11 publia en outre Monatsschrift fur exacte Forschung auf dem Gebiete der Sanitàtspolizei, recueil périodique qui parut à Berlin de 1859 à 1860 et qu'il continua sous le titre de Beitriige zur exacten Forschung auf dem Gebiete der Sanitàtspolizei, de 1860 à 1862. La thèse inaugurale de Pappenheim avait pour titre : De cellularuni sangidnis indoleacvita. Observationes microscopico-chemicce. Commentatio physiologiccu Cumtab. lap. inc. Berolini, 1841, gr. in-S",

Nous ne savons si Pappenheim (S.), de Breslau, fut son parent. Outre un grand nombre d'articles dans Schmidt's Jahrbiicher, v. Ammon''s Monatsschr. f. Medicin, Casper's Wochenschr. f. Heilkunde, etc., cet auteur a publié :

I. Zur Kenntniss der Verdauung, etc. Breslau, 1839, in-8'>, 1 pi. — II. Die specielle Gewebelehre des Gehôrorgans, etc. Breslau, 1840, in-8°, 1 pi. — III. Die specielle Gewebelehre des Auges, etc. Breslau, 1839, in-8". L. Hh.

PAPULE. Voy. Dermatoses, p. 728.

PAPTRIER. Nom donné au mûrier à papier [Broussonetia papyrifera L.). Pt.

Page 1