L. Hn
PAR AXÏLILUJUE (Acide). C'H'«02= C^H=^ L^ ^|^ Ce corps, isomérique
avec l'acide xylilique et l'acide mésitylénique, se forme en même temps que l'acide xylilique par oxydation du pseudocumène. On distille le produit avec la vapeur d'eau; on chauffe doucement le mélange des deux acides avec de l'acide chlorhydrique et un peu d'étain, puis on les sépare en les transformant en sels
124 PÂRCHAPPE DE VINAY.
calciques. Le paraxylilate de calcium se sépare le premier. L'acide chlorhydrique domie l'acide paraxylilique libre.
Celui-ci se dépose de l'eau bouillante en flocons plus ou moins cristallins, de l'alcool en prismes pointus, rayonnes, fusibles à 165 degrés, aisément solubles dans l'alcool. Par oxydation, il donne de l'acide xylidique; distillé avec de la chaux, il fournit de l'orthoxylol. L. Hn.
PARCHAPPE DE vii\AY (Jean-Baptiste-Maximien). Docteur en médecine, inspecteur général de première classe des asiles d'aliénés et du service sanitaire des prisons, membre correspondant de l'Académie de médecine, ofûcier de la légion d'honneur, fondateur et président de la Société médico-psychologique, créateur de l'asile de Quatre-Mares, près de Rouen, Parchappe naquit à Épernay (Marne), d'une ancienne famille tenant de Henri IV ses titres de noblesse. Il fit ses classes au collège de Gaen, et commença la médecine à l'école secondaire de Rouen, où il obtint bientôt, par la voie du concours, le titre d'interne à l'hôpital général, puis il alla terminer ses études médicales à Paris. C'est là qu'il fut reçu docteur le 5 janvier 1827, après avoir soutenu sur les passions une thèse qui fut remarquée. De Paris, Parchappe alla se fixer aux Andelys, chef-lieu d'arrondissement du département de l'Eure, où il ne resta que pendant dix-huit mois. La clientèle de campagne a des exigences peu en rapport avec les aspirations et les aptitudes d'un homme de sa valeur; il se décida bientôt à affronter la lutte dans une grande ville, et il s'installa à Rouen, où il se fit connaître par un cours sur l'histoire de la médecine. En 1855, il fut attaché, par arrêté ministériel, à l'enseignement de l'école secondaire de médecine de Rouen, comme professeur d'hygiène et de thérapeutique. Plus tard, il fut nommé professeur d'anatomie et de physiologie. 11 conserva ces dernières fonctions jusqu'en septembre 1848, où, appelé à l'inspection des asiles d'aliénés, il donna sa démission.
Comme médecin aliéniste, Parchappe occupa le poste de médecin en chef de Saint- Yon pendant treize années, de 1855 à 1848. Il ne quitta Saint-Yon que pour prendre les fonctions d'inspecteur général de première classe du service (les aliénés et du service sanitaire des prisons. Ses services administratifs lui firent obtenir en 1855 le grade d'officier de la légion d'honneur. « Médecin savant, écrit M. Rousselin, qui a laissé une notice sur Parchappe {Annales médico-psych., t. VII, 1866, p. 515), profond philosophe, administrateur habile, rien ne lui était étranger dans le service de l'inspection ; il en possédait les moindres détails. La comptabilité n'avait point de secrets pour lui, et il a prouvé, en fournissant les plans de Niort, d'Évreux et de Quatre-Mares, qu'il pouvait aussi lutter en fait de connaissances techniques avec les hommes versés dans la science architecturale. 11 travailla jusqu'à ses derniers moments (12 mars 1866). Trois jours avant sa mort il corrigeait les épreuves d'un ouvrage historique et philosophique sur Galilée. Ce livre, qui vit le jour celte même année 1866, il l'appelait V enfant de ma douleur. En effet, il n'y travaillait que lorsque les assauts de sa cruelle maladie ne lui permettaient pas de se livrer à des éludes plus abstraites. Modeste, ennemi du faste, il resta simple pendant toute sa vie ; il le fut jusque dans la mort.
Ouvrages de Parchappe :
I. Quelques considérations générales sur la nature et l'influence des passions. Thèses de
PARDOUX (SAINT-) (Eaux minérales de). 125
Paris, 5 janvier 1827, 10-4°. — II. Cours d'histoire de la médecine; discours d'introduction. Rouen, 1833, in-S". — III. De la nature, du siège et du traitement du choiera morbus. Paris, 1832. — IV. Recherches sur l'encéphale, sa structure, ses fondions et ses maladies. Rouen, 1836, in-8*; 2° mémoire, 1838, in-8°. — V. Recherches statistiques sur les causes de l'aliénation mentale. In Revue de Paris, 1839, in-8°. — VI. Traité théorique et pratique de la folie. Observations et documents nécrosr.opiques.|Rouen, 1841, in-8°. — VII. Du cœur, de sa structure et de ses mouvements. Paris, 1844, in-8°, avec atlas de 9 pi. — VIII. Notice statistique sur l'Asile des aliénés de la Seine-Inférieure. Rouen, 1845, in-S" (en collaboration avec Debouteville). — IX. Etudes sur le sang dans l'état physiologique et l'état pathologique. Paris, 1859, in-8°, et Bull, de l'Acad. de méd. — X. De la folie paralytique, et du rapport de l'atrophie du cerveau à la dégradation de VinteUigence dans la folie. Paris, 1859, in-8'. — XI. Des principes à suivre dans la fondation et la construction des salles d'asile. Paris, 1851-1853, in-S». — XII. Discours dans la discussion sur les différents modes d'assistance des aliénés. Paris, 1866, in-8°. — XIll. Éludes sur le goitre et le crétinisme. Documents mis en ordre et annotés par M. le docteur L. Lunier. Paris, 1874, in-8°. — XIV. Galilée, sa vie et ses découvertes. Paris, 1860, in-18. — XV. Du siège commun de l'intelligence, de la sensibilité et de la volonté chez l'homme. Paris, 1856, in-8. — XVI. Discours jjrononcé à l'Académie de médecine, dans la séance du 3 avril 1855, sur le vitalisme et l'organicisme, 1855, in-8°. — XVII. Sur un cas de paralysie générale progressive avec désordre des facultés intellectuelles. Paris, 1865, in-i°, et Journ. des connaiss. médicales, t. XXXII, p. 321-417, 1865 (en collaboration avec Gaffe). A. C.
PARCHEMiniIEBS. Voy. Peaix.
PARCUL. Arbre de l'Inde, dont les feuilles sont employées contre la gravelle. Pl.
Bibliographie. — Journ. de pharmacie, I, 460, ex. — Mérat et de Lens. Dict. mat. mêdic, V, 201. Pl.
PARDALIAIVCHES. Nom spécifique donné à un Doronicum, de la famille des Composées. Pl.
PARDOCJX (Barthélémy), encore connu sous le nom de Perdulcis (Barlholomeus). Médecin français, né à Bouillec, dans le Vivarais, en 1545, mort à Paris, en 1611. Son oncle, André Pardoux, médecin de Paris, lui fit fiiire ses études au collège de Montaigne, puis l'engagea à s'appliquer à la médecine. Il fut reçu docteur à Paris en 1572 et se fixa dans cette capitale. D'un caractère très-timide, il n'eut pas dans sa clientèle tout le succès qu'il méritait par son grand savoir.
On cite de lui :
I. Vniversa medicina ex medicorum principum sententiis. Lutetiae Parisiorum, 1630, 1641, in-4°. — II. In I. Sylvii Anatomen et in librum Hippocratis de nattira humana commentarii. Lutetiae Par., 1643, in-4°. L. Hn
PARDOUX (SAIIMT-) (Eadx MINÉRALES de). Athevmales, bicarbonatées ferrugineuses faibleSy carboniques fortes, dans le département de l'Allier, dans l'arrondissement de Montluçon, dans le canton de Bourbon-l'Archambault, à 5 kilomètres de Theneville, émerge d'un sol argilo-siliceux, à 510 mètres audessus du niveau de la mer, une source dont le débit est de 4800 litres en vingtquatre heures. Cette source appartient à l'État, elle est exploitée au compte de l'établissement de Bourbon-l'Archambault dont elle est éloignée de 17 kilomètres. L'eau de Saint-Pardoux a une température de 8%8 centigrade, celle de l'air extérieur étant de 22" centigrade.
126 PARDOUX (SAINT-) (Eaux minérales de).
L'eau de cette source n'est point consommée sur place. Elle est, chaque matin, apportée à l'établissement dans des bouteilles hermétiquement bouchées, et les médecins de cette station la conseillent dans certaines circonstances. Là se borne son emploi, car à peine en usage dans les environs elle est restée à peu près inconnue. Le crénate de fer et le gaz acide carbonique libre et dissous dans cette eau d'une parfaite transparence, d'une limpidité absolue quand elle est dans un verre, rendent son goût ferrugineux et piquant; mais, lorsqu'on la prend pure, son arrière-goiit est terreux, magnésien et assez désagréable; mélangée avec du vin, elle perd cette saveur et on la boit sans la moindre répugnance. Elle tapi?sse son bassin de caplage d'une notable couche de rouille, ce qui lui donne un aspect jaunâtre lorsqu'on la voit en masse. M. 0. Henry a trouvé dans 1000 grammes de l'eau de la source de Saint-Pardoux les principes suivants :
Bicarbonate de chaux ]
— magnésie ? 0,0287
— soude )
Sulfate de soude 0,0254
- chaux 0,0100
Chlorure de sodium l « q-^q
— magnésium j '
Silicate de chaux et d'alumine 0,0700
Crénate de fer 0,0200
Total des matières fixes 0,18il
Gaz acide carbonique libre 7/6* du volume.
Cette eau a une grande ressemblance avec les eaux de Saint-Galmier et de Chateldon, mais elle est supérieure au groupe des eaux du département de la Loire, qui ne contiennent le gaz acide carbonique qu'à l'état de liberté, tandis que les eaux de Chateldon, et surtout de Saint-Pardoux, en renferment beaucoup à l'état de combinaison et de dissolution. Elles sont d'une meilleure qualité que les eaux prenant leur origine dans les couches carbonifères des environs de Saint-Étienne.
Mode d'administration et doses. L'eau de la source de Saint-Pardoux s'emploie exclusivement en boisson à la dose d'un verre à quatre verres par jour. Elle est alors apéritive et elle se conseille surtout contre les engorgements abdominaux consécutifs à l'existence de fièvres intermittentes accompagnées même d'hydropisie ou de troubles des organes urinaires.
Emploi thérapeutioue. Pour donner une idée suffisante des effets physiologiques de l'eau de Saint-Pardoux, il suffit de dire que son goût piquant explique parfaitement les éructations carboniques produites par leur ingestion et le sentiment d'étourdissement, de demi-ivresse, de titubation, que les buveurs éprouvent après en avoir pris à haute dose et à des intervalles rapprochés. Ces eaux ont un ellet diurétique marqué, elles excitent vivement l'appétit en favorisant et en abrégeant la digestion. Elles rendent l'expuition plus facile et plus abondante ; elles diminuent la sécrétion muqueuse ou muco-purulente de ceux qui ont des catarrhes des voies aériennes ou urinaires. Employée en gargarismes, cette eau donne de très-bons résultats dans certaines affections de la muqueuse de la bouche, lorsque cette membrane a un aspect scorbutique, lorsqu'elle est ulcérée, lorsque les gencives sont tuméfiées et sanguinolentes, les dents déchaussées et l'haleine fétide. Aucune préparation antiseptique ne réussit mieux alors que les eaux de Saint-Pardoux [Regnaidd père).
PARÉ. i21
La durée de la cure est de trente jours, en général.
On exporte beaucoup l'eau de Saint-Pardoux à Bourbon-rArchambault, où elle est presque toujours employée aux repas. A. Rotureau.
PARÉ (Ambroise). Proclamé par la postérité le iière et le restaurateur de la chirurgie française. Cet hommage n'est que juste. Nul, avant Paré, n'avait fait autant pour l'art chirurgical ; nul n'avait montré un génie pratique aussi admirable, un sens inventif aussi fécond en ressources ; nul n'avait apporté autant d'améliorations dans l'exercice de l'art; nul, enfin, n'avait été plus dévoué à ses semblables et n'avait mieux mérité le titre de bienfaiteur de l'humanité. La chirurgie n'était pas encore sortie de l'ornière du passé, elle était encore dans l'enfance, et tout se bornait à expliquer les écrits des Arabes, à commenter ceux de Lanfranc et de Guy de Chauliac ; dédaigné des médecins, abandonné à des gens illettrés et de profession manuelle, l'art chirurgical était dans le plus piteux état, et Guy de Chauliac, malgré son grand âge (quatorzième siècle), était presque seul le Guidon des chirurgiens. C'est Ambroise Paré qui ouvrit une nouvelle voie, découvrit de nouveaux horizons, profita d'une longue pratique sur les champs de bataille, interrogea la nature, et fit sortir la chirurgie de sa trop longue enfance. Aussi a-t-il éclairé plusieurs questions de vives lumières, en simplifiant le traitement des fractures et des luxations, en imaginant plusieurs opérations nouvelles, en en tirant d'autres de l'oubli regrettable dans lequel elles étaient tombées, mais surtout en changeant absolument le traitement des plaies par armes à feu, et en inventant la ligature des artères après les amputations. Ce sont là ses plus grands titres de gloire. Avant lui, on considérait les plaies par armes à feu comme vénéneuses, et pour détiuire le prétendu poison dont on les croyait pénétrées, on les brûlait avec des caustiques, avec de l'huile bouillante. Avant lui encore, les chirurgiens mettaient une grande hésitation à couper un membre, même dans les cas de gangrène, par la crainte qu'ils entrevoyaient de ne pouvoir arrêter les hémorrhagies par les vaisseaux béants, malgré les styptiques, les caustiques et le fer l'ouge. Paré combattit ces horribles procédés, et les nombreux succès qu'il obtint lui dirent qu'il avait raison. Dans le pansement des plaies par armes à feu, il eut recours aux émoUients, aux laxatifs -, dans les amputations, il mit en usage la ligature des vaisseaux béants. On eut beau lui objecter que ses ligatures tomberaient trop vite, que l'hémorrhagie recommencerait au sein des tissus, dans la plaie fermée: le grand chirurgien fut sourd à ces clameurs, et il persista, et il sauva ainsi une foule de malheureux. Écoutons-le recommander la nouvelle méthode après avoir fait un tableau navrant de tout ce qu'il y avait d'atroce et de dangereux dans celle qui était partout suivie : « Par ce je conseille au jeune Chirurgien de laisser telle cruauté et inhumanité, pour plustost suyvre ceste mienne façon de practiquer, de laquelle il a pieu à Dieu m'adviser, sans que jamais l'eusse veu faire à aulcun, ouy dire, ne leu, sinon en Gai. au 5. livre de sa Méthode, où il escrit qu'il faut lier les vaisseaux vers leurs racines, qui sont lé foye et le cœur, pour estancher le grand flux de sang. Or ayant plusieurs fois usé de ceste manière de couldre les veines et artères aux playes récentes, esquelles se faisoit une hémorrhagie, j'ay pensé qu'il s'en pouvoit bien autant faire en l'extirpation d'un membre. Dequoy ayant conféré avec Estienne de la Rivière, Chirurgien ordinaire du Roy, et autres Chirurgiens jurez à Paris, et sur ce leur ayant déclaré mon opinion, furent d'advis que nous en fissions l'espreuve au premier malade qui
s'offriroit, combien que nous eussions les cautères tous prests pour en user au défaut de la ligature. Ce que j'ay practiqué à l'endroit de plusieurs avec trèsbonne issue, encore depuis peu de jours en ça, en la personne d'un postillon serviteur de Brusquet, nommé Pirou Garbier, auquel fut coupée la jambe dextre, quatre doigts au-dessous du genoil, pour une Estbiomene, qui luy estoit survenue à cause d'une fracture. Partant je conseille au jeune Chirurgien de laisser ceste misérable manière de brusler et carnacer, l'admonestant de ne plus dire : — Je l'ay leu au livre des anciens Practiciens ; je l'ay veu faire à mes vieux pères et maistres, suyvant la practiqué desquels je ne puis aucunement faillir. — Ce que je t'accorde, si tu veux entendre ton bon maistre Galien au livre cy dessus allégué, et ses semblables; mais si tu veux arrester à ton père et à tes maistres pour avoir prescription de temps et licence de mal-faire, y voulant tousjours persévérer, ainsi mesmes que l'on fait quasi ordinairement en toutes choses, tu en rendras compte devant Dieu, et non devant ton père ou tes bons maistres practiciens, qui traitent les hommes de si cruelle façon » {Œuvres; combustions et gangrènes, chap. xxxv).
Ce fut, croyons-nous, entre les années 1562 et 1564, que Paré imagina la ligature des artères dans les amputations. Du moins, en 1557, il n'y songeait guère, car il avoue qu'en revenant de Turin, ayant amputé un pauvre soldat atteint d'une gangrène traumatique, « il arresta le sang avec cautères actuels, n'ayant en ce temps- là aultre méthode ny façon de faire. »
Comme tout homme illustre, A. Paré a eu le privilège d'éveiller l'attention des chercheurs et des curieux, qui consacrent leurs veilles à jeter du jour sur nos gloires nationales. MM. Vimont, Willaume, Hubert, Malgaigne, G. Bégin, de la Sicotière, etc., ont publié sur le grand chirurgien d'importants travaux, lesquels, réunis aux recherches qui nous sont personnelles, permettront de le suivre dans les principaux sentiers de sa belle carrière. Ce n'est pas une page de littérature, un éloge, style académique, que nous offrons au lecteur, mais bien une suite de notes, de dates, de faits, puisés aux meilleures sources, et qui, tout à la lois, rectifieront plusieurs erreurs, et feront connaître des détails inédits.
Famille. Naissance. Ambroise Paré est né à Laval, dans le département de la Mayenne, ou, peut-être plus exactement, au petit village de Bourg-Hersent, près de Laval, dans une dépendance de la maison seigneurale du comte de Laval. Mais en quelle année? Malgaigne, E. Bégin et d'autres, mettent la date de 1517. A ce compte-là, le futur chirurgien aurait à sept ans fait ses observations sur les monstres, à Angers où il était en 1 525 {Des monstres, chap. xx) ; à dix-neuf ans il aurait déjà fait ses études et passé trois ans à l'Hôtel-Dieu de Paris ; à vingt ans, il aurait, en qualité de chirurgien, accompagné en Piémont de Monte-Jean, colonel général des gens de pied, aurait assisté à la prise du Pas-de- Suze (octobre 1537), et y aurait pansé un capitaine Le Bat qui y fut blessé. Ace même âge de vingt ans, il aurait acquis assez d'expérience pour abandonner dans le traitement des armes à feu les cautères, les huiles bouillantes, pour les remplacer par des topiques émollients, les laxatifs. Enfin, il n'aurait eu que treize ans lorsqu'il commença à pratiquer la chirurgie, puisque, d'après son dire même {Œuvres, éd. de 1575. Lettre au lecteur), ce fut « il y a quarantecinq ans », c'est-à-dire en 1530. Tout cela est impossible. Il y a d'ailleurs un témoin irrécusable : c'est Pierre de Lestoile, lequel, dans son Journal durègne de Henri III (édit. Micliaut et Poujoulat, 1837, p. 40), en annonçant la mort
de Paré au 20 décembre 1590, ajoute que ce fut à l'âge de quatre- vingts ans. Ambroise Paré serait donc né en 1510 ou 1509.
Son père était, assure-t-on, un colfielier à Laval, et eut quatre enfants ; Jean,
qui fut barbier-chirurgiéu à Vitré, en Bretagne; l'are, qui alla s'établir
aussi coffrelier à Paris, rue de la Huchelte ; Anne Paré, laquelle épousa Claude Yiart, chirurgien juré à Paris (morte le 19 septembre 1581); enfin notre Ambroise.
Arrivée à Paris. Le mariage. Les enfants. A quelle époque Paré vintil à Paris, accompagné peut-être par son frère Jean, le colfretier? Il est impossible de préciser, mais l'on n'est pas loin de la vérité en adoptant l'année 1529; il avait alors dix-neuf à vingt ans. A Laval, le jeune homme avait été mis en pension, pour y apprendre le latin, chez un chapelain du nom de Orsoy, et à seize ans, confié au vieux chirurgien Vialot. A Paris, il suivit les leçons et la pratique des chirurgiens Urbain Larbalestior, Bremeil, Rastagne de Binosque et Séverin Pineau, vit, pendant trois ans, des maîtres fameux opérer à PHôtel- Dieu, et se mit lui-même presque aussitôt à opérer.
Ici, que l'on me permette une petite digression : c'était en 1862 ; je faisais des recherches dans les Registres des paroisses de Paris, anéantis plus tard par le feu de la Commune. En feuilletant ceux de la paroisse Saint-André-des-Arts (t. II, fol. 5, v«; 188, n»; 199, r%- t. III, fol. 8, v; 22, r»; 57, v« ; 48, r°; 77, r"; 87, r°), oii je cherchais tout autre nom, je tombai sur une série d'actes se référant à la famille P;ué; je les copiai avec le plus grand soin, et sans plus tarder je les offris à Malgaigne, ([ui ne put en faire profiter le public, puisque son édition des Œuvres d Ambroise Paré éldiit publiée depuis longtemps, mais qui, heureux de ma découverte, me répondit : Mon cher confrère, envoyez-moi, envoyez-moi vile vos reliques : qui dat cito dat bis. Plus tard (1866), Jal fit pour son Dictionnaire l'usage que l'on sait de ces mêmes recueils paroissiaux, et il eut bien le soin de relever les actes relatifs à Paré, non-seulement ceux (jue j'avais eu la bonne fortune de rencontrer, mais d'autres encore qui m'avaient échappé. Mais Jal n'a pas toujours bien lu les manuscrits qu'il avait devant les yeux, et l'article Paré de son Dictionnaire n'est pas exempt de fautes de copie. De plus, il y a un acte fort important qui a échappé au laborieux investigateur, et <|ui se trouvait dans un des registres de la paroisse Saint-Sévcrin ; c'est celui du second mariage d'Ambroise Paré : Paroisse Saint- Séverin. Mémoire de faire les bans le dimanche uf de janvier 1574, d'entre M. Ambroise Paré, premier chirurgien du roy, de la paroisse de Saint- André-des-Arcs, et Jacqueline Rousselet, de ceste paroisse. Espousez le Imidy xvnje de janvier 1574. On comprendra que nous aimons mieux nous servir de notre copie, dont nous croyons être sûr, que de celle de Jal, malgré tout le respect que nous avons pour la mémoire de ce savant laborieux et honnête. Nous établissons donc ainsi les faits :
C'est après la campagne du Piémont (1537), engagée par François I*' pour ravitailler Turin et reprendre les villes et châteaux qu'occupait l'armée de Charles- Quint, qu'Ambroise Paré songea à se marier. Des actes de la paroisse Saint- André-des-Arcs et de celle de Saint-Sé vérin il résulte qu'il fut marié deux fois. Il épousa :
A. Le 30 juin 1542, Jehanne Masselin ou Mazelin, fille de Jehan Masselin, serviteur du chancelier de France (Dupral), Elle mourut le 4 novembre 1573, laissant trois enfants, savoir : 1" François, baptisé le 4 juillet 1545. Parrains;: mcT. EMC. 2' s. XXI. 9
M' François de Villeneuve, docteur de la Faculté de médecine de Paris, et Loys Duret, barbier. Marraine : Jehannede Peinne('?) ; 2° Tsaoc, baptisé le H août 1559. Parrains : M" Antoine Mazelin, clerc suivant les finances, et M^ iNicole Lambert, chirurgien ordinaire du roy. La marraine, Anne du Tillet, femme de Mons' M" Estienne Laliemant (cet enfant mourut en août J560) ; 5° Catherine (première du nom), baptisée le lundy 50 septembre 1560. Parrain, Jaspard Martin, M'' barbier de Paris. Marraines : Catherine Brion, femme de Loys le Prince, marchand de vins, et Marguerite Clairet, femme de feu Estienne Clairet, et Jehanne le Prince (Catherine Paré épousa, le 15 avril 1581, François Rousselel, trésorier de M. le Duc, frère du roi, puis contrôleur général des finances de la reine de Navarre). François Paré était mort en 1559.
B. Le 18 janvier 1574, Jacqueline Roiisselet, de la paroisse Saint-Séverin. Elle mourut le 26 juin 1600, ayant eu pour enfants : 4° .4w«e, baptisée le samedy 16 juillet 1575. Marraine: 11'" et puissante dame princesse Anne Daist {sic), femme de haut et puissant seigneur Jacques de Savoye, duc de Nemours. Le parrain, M. Charles de Savoye, fils des dessusdits prince et princesse (Anne Paré épousa, le 4 juillet 1596, Henry Simon, conseiller et trésorier du roi en Bourbonnais et Nivernais. C'est elle qui, en 1599, eut une hcmorrhagie pendant l'accouchement [Guillemeau, L'heureux Accouchement, 1621, p. 222]. Jal, en mentionnant le mariage d'Anne Paré, la dit fille d'Antoine, lorsqu'il eût fallu mettre Ambroise) ; 5» Ambroise (premier du nom), baptisé le mercredy 29 avril 1576. Parrains : M. Charles, comte de Mauffer, et M. le marquis d'Elbeuf. La marraine, dame Phélippes de Monlespedon, duchesse de Beaupréau et princesse de La-Uoche-sur-Yoo (Ambroise Paré mourut le lundi 14 janvier 1577) ; 6" Marie, baptisée le jcudy 6 janvier 1578. Parrain, Jehan Camus, secrétaire des finances. Marraines : Damoiselles Marie du Tillet, femme de M. Séguier, lieutenant civil, et Marie BouUaye, vefve de Jacques Bousselet (Marie mourut en 1578); 7° Jacqueline, baptisée le 8 octobre 1579. Le parrain, noble personne M* Jehan Lalemant, seigneur de Vousse, maisire des requestes. Les marraines, Marie. Lale-
mant, femme de Mous'' prévost des marchands de Paris, et Antoinette Lale-
mant, femme de Mons' M« Pierre Charles, auditeur du roy et conseiller en la Chambre des Conqites (Jacqueline Paré mourut le 15 septembre 1582); S" Catherine (deuxième du nom), baptisée le 12 février 1581. Parrain : M. M*^ Vincent Mousseyot, conseiller au Parlement. Marraines : Catherine, sœur paternelle, et Barbe Rousselet, femme d'Odier Martin, archer de la garde du corps du roy (Catherine Paré épousa, le 29 septembre 1605, Claude Ilesdelin, conseiller du roy en la chambre du trésor. Elle mourut le 21 septembre 1616); 9'> Ambroise (deuxième du nom), baptisé le mercredy 8 novembre 1585. Parrains : Jacques Mareschal, procureur du roy en la prevosté de son hostel, et M« Jacques Guillemeau, chirurgien du roy. Marraine: Damoiselle Amée de Manières, fille de M^ Estienne de Manières, avocat au grand Conseil (Ambroise Paré mourut le 19 août 1584).
On voit, d'après ces actes, que notre grand chirurgien ne laissa en mourant (1590), outre sa seconde femme Jacqueline Rousselet, qui lui survécut de dix ans, que trois enfants vivants, trois filles, et qu'il eut la douleur de ne pas avoir de postérité mâle : Catherine (première du nom), mariée, depuis neuf ans, à François Rousselet, trésorier du duc d'Anjou; Anne, âgée alors de vingt-cinq ans, et qui devait épouser Henry Simon, conseiller et trésorier du roi; enfin Catherine (deuxième du nom), âgée alors de neuf ans, et qui
fut mariée en 1605 à Claude Hcdclin, conseiller du roi en la chambre du trésor.
1541-1569. Dix-huit années qui assurent d'une manière définitive la réputation de Paré déjà commencée dans la campagne du Piémont, où l'on put admirer les ressources pratiques de sou génie et les heureuses innovations qu'il apporta dans le pansement des plaies par armes à feu. Revenu du Piémont à Paris après la mort de son maître, le colonel de Monte-Jean, il se met au service de Henri de Rohan (1542), et assiste avec lui à l'alfaire de Perpignan, où il soigne et guérit le maréchal Charles Cossé de Brissac frappé d'un coup de feu à l'épaule droite, puis au camp de Marolles dans la Basse-Bretague, et à Landreneau, menacé itar les Anglais. En 1544, il fait le voyage de Landrecies, et assiste au siège de Guise. En 1545, il est à Boulogne-sur-Mer, occupée par les Anglais, et là prodigue les trésors de son art aux nombreux blessés dans l'attaque, par Henri U, des petits forts détachés de celle place. La même année, il publia son premier ouvrage : La méthode de traicter les playes par hacquebutes, et aultres bastons à feu, et de celles qui sont faictes par flèches, dards, et semblables. Paris, 15i5, in-lS" (ce livre a eu plusieurs éditions. Paris, 1552, in-8°), et en 1549 parut hBriefe Collection de l'administration anatomique, avec la manière de conjoindre les os, et d'extraire les enfants, tant morl.^^ que vivayils, du ventre de leur mère. En 1555, Paré accompagne encore le duc de Rohan dans la campagne du Luxembourg, et est enfermé dans Metz, assiégée inutilement par les troupes de Charles-Qiii\it. La même année, il subit le sort des défenseurs de la ville de Thérouanne, que l'armée ennemie réduisit à obéissance {20 jianvier 1555), massacrant, rasant à peu près la ville. En 1554, notre chirurgien est admis comme maître au Collège de chirurgie de Saint-Cosme (18 octobre 1554. Malgaigne); mais, détail à noter, il y est admis sans subir les examens ordinaires, et sur le bon vouloii' du roi. En 1558, il a la douleur d'assister à la défaite du connétable Anne de Montmorency, dans les plaines de Saint-Quentin, par Emmanuel Philibert, général du roi d'Espagne (10 août). Puis, revenu à Paris, il est bientôt appelé au camp d'Amiens.
De tels services méritaient une récompense, et le vaillant chirurgien est, en 1559, compté parmi les chirurgiens ordinaires de Henri II [Arch. tiat. K. K. 125). 1560-1589. La mort violente de Henri H, blessé dans un tournoi (10 juillet 1559), n'ôta rien du crédit qu'Ambroise Paré s'était acquis par ses talents et les services rendus. Compris entre les quatorze chirurgiens-valets de chambre ordinaires de Henri II, et ayant pour chef Jacques d'Amboise {Arch. nat. K. K. 125), il remplit les mêmes fonctions sous François II et sous Charles IX {Arch. nat. K. K. 129), qui l'appela bientôt à la suprême charge de son premier chirurgien, après la mort de Nicolas Lavernot. Il prête serment entre les mains du seigneur de Mendosse, premier maître d'hôtel à Saint-Germain-en-Laye, le l*"' janvier 1561 {Mercure de France, octobre il 6'5; Arch. nat. K. K. 154, fol. 154, V"). Henri IH Jie voulut pas non plus se séparer d'un chirurgien aussi habile, et Paré figure, avec le premier rang, et au traitement de 256 livres, sur l'état de la maison de ce prince, en 1584 {Arch. nat. K. K. 159, fol. 16, V"; 57, V»; 1589; il/s. de La Noue;Bibl. de la Fac de méd. de Paris, n° 89, fol. 129, Ro).
Dans ces vingt-neuf années que nous parcourons rapidement, A. Paré servit encore la patrie et la science. C'est de celte période que datent les ouvrages suivants :
I. La méthode curative des plaijes et fractures de la teste humaine. Paris, 1561, in-8'. Dédié à Chapelain, premier médecin du roi. — II. Traicté de la peste, de la petite vérolle, et rougeolle. Paris, 1568, in-S". — 111. Deux livres de chirurgie : 1° de la génération de l'homme, et manière d'extrcire les enfans hors du ventre de la mère; 2* des monstres tant terrestres que tnarins. Paris, 1575, in-S". Dédié au duc d'L'zés. — IV. Discours d'Ambroise Paré, asçavoir : De la minnie; des venins; de la licorne ; de la peste. Paris, 1582, in-S".
Les nouveaux exploits de Paré, comme chirurgien d'arme'e, portent ces dates : 1562, bataille de Dreux, gagnée par les catholiques sur les protestants et le prince de Coudé, et où furent tués Jacques Dalbon, maréchal de France, Gabriel de Montmorency, fils du connétable, François de Glèves, duc de ^^evers, etc.; siège de Rouen, où périt Antoine de Bourbon, roi de Navarre (père de Henri IV) ; prise du Havre occupé par les Anglais; 1569, bataille de Monccntour ' ; notre chirurgien prodigue ses soins à Bassompierre, colonel de 1200 chevaux, grièvement blessé, et au comte de Mansfelt, gouverneur du duché de Luxembourg, frappé d'un coup de feu au coude droit.
Mort d'Ambroise Paré. L'illustre chirurgien a terminé sa noble carrière, à Paris, dans sa maison de la rue de « l'Arondelle », le jeudi 20 décembre 1590, à l'âge de quatre-vingts ans. L'annonce qu'en fait Pierre de Lestoile dans sou Registre-Journal a pour nous un double intérêt : elle nous fait savoir indirectement l'époque de la naissance du chirurgien, et le jour même de sa mort. Nous avons bien l'acte à' inhumation des restes d'Ambroise Paré, dans un caveau de l'église Saint-André-des-Arcs : En ce mesme jour de sahmedi vingtdeuxième de décembre 1590, a esté enterré dans V église Sainct-André-des-Arcs à Paris, en bas de la nef, proche le cloché, HP Anibroise Paré, premier chirurgien du roij ; mais sans Pierre de Lestoile nous ne saurions pas que notre- Ambroise, inhumé le samedi 22 décembre, était mort deux joiu's auparavant, le jeudi 20.
Ambroise Parc et la Faculté de médecine de Paris. Dans sa haine acharnée, sans trêve ni merci, contre la corporation des chirurgiens, guerre qui ne cessa qu'avec la fusion de la médecine et de la ciiirurgie, la Faculté de médecine de Paris était parvenue à mettre ses ennemis sous sa domination, et entre autres droits qu'elle s'était arrogés elle voulut et obtint que les chirurgiens vinssent tous les ans prêter serment entre ses mains. C'est ainsi que nous voyons {Reg.- Comment. VII, 24 R") Louis le Brun, Barnabe et Ambroise Paré, remplir cette dure obligation le mercredi, 18 octobre 1559, et payer même chacun deux sols parisis.
Mais, depuis un arrêt du Parlement, qu'elle avait obtenu le 3 mai 1535, la Faculté était en possession d'un autre privilège, celui d'avoir un contrôle absolu sur la publication des ouvrages se référant aux sciences médicales, et de pouvoir empêcher que toute publication de ce genre fût faite sans son approbation. Aussi ne manqua-t-elle pas de chercher, par trois fois, à exercer sa tyrannie contre la mise en lumière et la vente des Œuvres du grand chirurgien.
En 1575, c'est la première édition de ce gros volume qui provoque la colère des docteurs-régents*. Paré, impudentissimus, imper itissimiis, maxime terne-
» «Avaut d'être attaciié à la personne de Henri II, roi de France, A. Paré (c'est lui-même qui nous l'apprend) l'avait été à Antoine de Bourbon, roi de ^"avarre, ainsi qu'à un duc d'Ascot [Des Monstres, chap. ssvi].
- Les œuvres de A- Paré ont eu un grand nombre d'éditions, toutes publiées sous le format in-fol. Elles portent ces dates : 1" édit. Paris, 1575 ; 2° édit. Paris, 1579 ; 5« édit
PARlî. 155
rarius, ayant osé le faire imprimer sans leur autorisation, tous les moyens furent bons à la Faculté pour exercer sa vengeance, et elle n'hésita pas à mettre dans son parti, non-seulement un grand nombre de chirurgiens, que la gloire de Paré empêchait de dormir, mais encore le Prévôt et les échevins de Paris, qui, déclarant l'ouvrage comme impudique et contraire aux bonnes mœurs, demandèrent qu'il fût brûlé. Requête au Parlement, qui finit par retenir la cause, procès, débats (14 juillet 1575), plaidoirie de l'avocat Chauvelin au nom de la Faculté, tout fut inutile, et l'affaire fut appointée au Conseil, c'est-à-dire à peu près enterrée. A l'occasion de ce procès, et pour se défendre contre les attaques dont il était l'objet de la part des médecins de Paris, Paré a publié une Responce aux calomnies d'aucuns médecins et chirurgiens louchant ses livres. C'est un in-4'', s, 1. n. d., de 15 pages {Bibl. nat. Td. 72, 5). Je la recommande aux admirateurs de notre chirurgien. Nous aurons, du reste, î'occasion d'y revenir.
La deuxième édition des Œuvres (1579) éveille de nouveau la susceptibilité de l'irascible Faculté, qui ne délégua pas moins de dix de ses membres pour donner leur avis sur cette édition [Reg. -Comment. VIII, 98, V°). Les médecins de Paris paraissent avoir été encore pour leurs fiais de poursuite, et la paix avoir été scellée, puisque le 5 juillet 1580 une grave épidémie régnant alors aux faubourgs de Sainl-Marcel et de Saint- Victor, A. Paré accompagnait le doyen Henri de Monanteuil dans une visite qui fut faite aux pestiférés [Reg. -Comment. VIII, 141). Enfin, la traduction en latin du même ouvrage (1582) met encore le feu aux poudres. Cette édition porte ce titre : Opéra Ambrosii Parei, Régis primarii et Parisiensis chirurgi, a docto viro plerisque locis recognita, et latinilate donata, Jacobi Guillemeau, Regii et Parisiensis chirurgi labore et diligentia. Parisiis, apud JacobumDu Puys, 1582, in-fol. L'ouvrage porte deux privilèges : l'un, de Rodolphe, empereur des Romains, dernier jour d'octobre 1582; l'autre du roi de France, 8 décembre 1582.
C'est contre le libellé de ce titre que protesta la Faculté, soutenant sans doute avec raison, puisque Patin l'assure [Lettre CCV, 1. 1, p. 449), que le traducteur était, non pas le chirurgien Jacques Guillemeau, mais bien un des siens, le docteur-régent Haultin, et qu'il fallait remplacer ce titre par celui-ci : Ambrosii Parei primarii Régis chirurgi opéra latinitate donata a docto quodam viro : cura et diligentia Jacobi Guillemeau, chirurgi Parisiensis. Nous ne pouvons <lire ce qui advint de cette résolution, laquelle pourtant eut un commencement de satisfaction, puisque, dans la reddition des comptes du doyen G. de Baillou (4 novembre 1581), nous voyons une somme de VI sols payée à l'imprimeur Du Puys, pour ses peines d'avoir biffé presque deux mille feuillets de l'ouvrage de Paré (Ut cancellaret penè duo millia foliorum operis Ambrosii Parei, quce prœficiebant nomen illius Guillemeau, tanquam plagiari, et alla denuo impnmeret; Reg. -Comment. VIII, 182, R").
Notons ici une inspiration, celte fois malheureuse, de notre Paré, lorsque le 7 mai 1567, arguant de son titre de premier chirurgien du roi, il demanda que
4« êdit., 1585; 5' édit., 1598; 6" édit, 1607; 7» édit., 1614; 8° édit., 1628; 9« édit. 1633; 10» édit., 1041 ; 11« édit., 1652; 12= édit., 1664; 13" édit., 168.^. Traduites en latin par Jean Haultin, et publiées par les soins de Jacques Guillemeau, 1582; réimprimées à Francfort, 1594; trad. en anglais sur l'édition latine. London, 1678. En 1840-1841, Malgaigne a donné une ultime édition des œuvres de Paré, en 5 volumes grand in-8°, avec une savante introduction, des notes et des planches.
lui et ses successeurs dans ce même emploi eussent la prééminence sur les autres chirurgiens du royaume, et que personne ne pût exercer la chirurgie sans une licence accordée par le premier chirurgien, en présence de deux médecins. Cette prétention, qui devait être renouvelée trente et un ans plus tard, en faveur du premier médecin du roi, par Ribbits de la Rivière, premier médecin de Henri IV, ne fut pas écoutée, grâce à la protestation énergique des chirurgiens, et surtout de celle de Camuset, premier barbier du roi {Reg. -Comment. VII, 151 II»).
A. Paré était-il huguenot? Il y a une cinquantaine d'années, il eut paru tant soit peu oiseux de nier le protestantisme de A. Paré. N'avait-on pas le témoignage de Sully {Mém., liv. I), et surtout celui de Brantôme {Disc, sur Charles IX), lequel, à l'occasion de la Saint-Bai thélemy, écrit : « Le roy incessamment crioit : « Tuez ! tuez ! » et n'en voulut jamais sauver aucun, sinon maistre A. Paré, son premier chirurgien et le premier de la chrcstienté; et l'envoya quérir et venir le soir dans sa chambre et garde-robe, luy commandant de n'en bouger, et disoit qu'il n'estoit raisonnable qu'un qui pouvoit servir à tout un petit monde fût aussi massacré ». N'avait-on pas cette histoire racontée par Paré lui-même, et qui se rapporte à la fin de l'année 1562 : « Après la. prise de Rouen, me trouvay à disner en quelque compaignie oii en avait quelques-uns qui me hayoient à mort j^Of^r la Religion; on me présenta des choux où il y avoit du sublimé ou arsenic; de la première bouchée n'en apperceu rien ; la seconde je senti une grande chaleur et cuiseur, et grande astriction en la bouche... Et voilà comment je me garanti de la main de l'empoisonneur, et depuis ne voulu manger des choux ny autre viande en ladite com' paignie » {Œuvres, l'" édit., 1575, p. 959-940). ÎS'avait-on pas, enfin, les pnroles du chirurgien, ses actions, ses écrits empreints à chaque page du sentiment biblique?
Néanmoins, il s'est trouvé des écrivains qui ont jeté leur note discordante dans ce concert presque universel, entre autres Malgaigne, qui hésite et doute, et Jal, qui, avec ce qu'on est en droit d'appeler une grande légèreté, casse les vitres, si l'on veut me permettre cette expression, et nie complètement, absolument, le calvinisme de Paré (Jal, Dict. crit. de biographie... 1867, in-S"). On^ s'attend à voir Jal appuyer son opinion de puissants documents. Point : il ne s'appuie que sur ce fait, à savoir que tous les membres de la famille Paré, qu'il s'agisse de naissances, de mariages ou de décès, ont été présentés dans uneéglise catholique, baptisés, mariés, enterrés dans une église catholique. Cett& téméraire déduction du laborieux investigateur a eu une réponse, qui lui a été donnée par M. Henry Bordier, si compétent en pareille matière (H. Bordier, Rectification à V errata publié par M. Jal. 1868, in-8", 15 pages). Jal n'était nullement au courant de l'histoire de la Réforme ; M. Bordier le lui apprend : (1 On s'imagine que les ministres protestants d'alors attendaient leurs ouailles la plume à la main, dans de tranquilles presbytères, pour inscrire leurs acteset les bénir, tout comme il se pratique aujourd'hui ; mais on oublie que la persécution contre les protestants, jusqu'à l'Édit de Nantes, n'a jamais cessé d'être, à Paris, atroce; on ne pouvait s'avouer protestant qu'au péril de ses jours; l'Eglise réformée était comme secrète, ses ministres étaient obligés de se cacher ou de s'enfuir, et ses fidèles étaient sans église, sans cimetière, et à plus forte raison sans registres de l'état civil. Dans l'origine de la Réforme, les protestants continuèrent à être enterrés avec les catholiques,
et les e'dits de mars 1565 et mirs 1567 portent textuellement qu'à Paris, ceux de la Religion qui viendraient à y décéder seront « enterrés es cimetières de leurs paroisses ». D'ailleurs, comment veut-on que tissent les protestants? Il fallait bien les enterrer quelque part, et quand on avait d'ancienneté la propriété d'un caveau dans une église catholique, quoi de plus légitime, et à la fois plus forcé, que de s'en servir? Quant à l'inscription des actes de baptêmes et mariages par la main du curé, il fallait bien choisir aussi entre la soumission à cette contrainte ou l'absence d'inscription légale... La présentation dans une église catholique des protestants ne prouve donc absohiment rien contre leur foi. »
Mais à toutes ces preuves alléguées du protestantisme de Paré nous pouvons aujourd'hui en ajouter une autre, peut-être encore plus convaincante. Nous la tirons de cette Responce aux calomnies des médecins, citée plus haut, et que le chirurgien écrivit pour protester contre les accusations dont la première édition de ses Œuvres (1575) avait été l'objet de la part des médecins. Ces derniers n'incriminaient pas moins de vingt-neut articles de cet ouvrage, et entre autres celui (le vingt-quatrième) où le chirurgien raconte l'histoire de cette tentative d'empoisonnement dont ill'ut l'objet, en 1562, de la part de gens « qui le hayoient pour la Religion ». A la Faculté de médecine de Paris, où régnait l'intolérance religieuse, on saisit bien vite l'occasion de frapper le pauvre chirurgien et de l'attaquer comme huguenot. A. Paré vit le danger qui le menaçait— il y allait pour lui de la destruction de son livre, de l'amende, de la prison, et peut-être pis encore — et, pour atténuer le mauvais effet produit par son histoire de l'empoisonnement, histoire qui ne se trouve plus dans la deuxième édition (1579), il répondit ainsi : « Par cette histoire que je fais de moy, citée page 939, je l'ai escrite afin que, si aucun avoit esté empoisonné, il peust se secourir par tels remèdes. Au reste, méchamment mes ennemis ont voulu tirer ce mot de Religion en conséquence pour me mettre en haine envers les gens de bien : car il a esté cité par moy pour ne me glorifier avoir suivi telle opinion, mais seulement de peur que le Lecteur ne pensast que j'eusse commis quelque liault crime qui touchast ou la vie ou les biens de quelqu'un, puis qu'on avoit attenté sur ma vie. Et moins Paye cité en intention de monstrer que ceux qui suivent la Saincte Eglise Catholique et Romaine abusent de moyens illicites pour se deffaire de leurs ennemis. Car je déclare présentement et est tout certain que tel empoisonneur n'estoitny d'une ny d'autre Religion, ains seulement libertain et sans aucune crainte de Dieu. »
Ainsi donc, dans cette atténuation de sa malheureuse histoire de l'empoisonnement, A. Paré déclare hautement, d'une part, qu'il n'a pas eu l'intention d'y glorifier sa foi religieuse, et, d'une autre part, qu'il n'a pas eu la pensée d'y accuser le parti catholique. Rappelons que nous sommes'en 1575, trois ans après la Saint-Barthélcmy, à laquelle le chirurgien n'avait échappé que par une faveur extraordinaire due à l'estime de Cliailes IX. Mais Charles était mort, Henri III était à sa place, et les ennemis de Paré avaient beau jeu. Qu'aurait donc fait dans ces circonstances un protestant rentré au berceau du catholicisme ? Il aurait hautement et clairement renié le passage incriminé en décochant, comme il était de rigueur, des traits contre l'hérésie, et en alfirmant sa foi nouvelle. Au lieu de cela, il appelle le papismtî le parti des gens de bien, et leur Eglise la sainte Église, mais sans se réclamer d'eux et proclamer qu'il en est. Au contraire, il apporte tous ses soins à mettre la question religieuse en
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deliors de l'affaire. Cela veut dire qu'il demqpttde qu'on ne touche pas à sa conscience, et quand même il aurait à la Saint-Bartliélemy signé l'abjuration forcée ou subi la messe, celle altitude est celle d'un homme qui a gardé ses convielions dans son cœur.
Au reste, d'alwrd chirurgien d'un roi protestant (Antoine de Bourbon), A. Paré a pu, dans la première moitié de sa vie, professer plus ou moins ouvertement le calvinisme, faire montre de ses convictions religieuses. Mais plus tard, attaché au service de quatre rois de France, il a dû nécessairement user d'une grande circonspection, et se résigner à tenir cachés dans son cœur des sentiments qui l'animaient, et qui, certainement, l'eussent perdu. D'ailleurs, bon, compatissant pour les misères du menu peuple (lire dans Pierre de Lestoile, Jouni. du règne de Henri III, p. 40, la harangue qu'il adressa à l'archevêque de Lyon), dévoué à un art qui l'a illustré, il n'a jamais vu dans les nombreux blessés qu'il a pansés que des malheureux réclamant ses soins, qu'ils fussent papistes ou calvinistes, amis ou ennemis. C'est là un des plus beaux rôles d'un disciple d'Esculape.
Cet article était depuis longtemps composé et prêt à être mis sous presse lorsque nous avons reçu un ouvrage fort important de M. le docteur Le Paulmier, médecin à P;iris, sur Ambroise Paré : Ambroise Pore d'après de nouveaux documents découverts aux Archives nationales et des papiers de famille. Paris, Pierre Charavay. 1885, in-8° de 418 pages. Mis au jour quelques mois plus tôt, ce livre nous eût été d'une grande utilité. M. Le Paulmier n'a rien négligé pour pénétrer plus avant dans la vie de Paré qu'on ne l'avait fait avant lui; ses découvertes aux Archives Nationales sont du plus grand intérêt, non moins que les documents qu'il a pu consulter et copier dans les archives particulières du clmteau du Paley, non loin de Nemours. C'est dans celte belle résidence qu'on admire un beau portrait, le seul authentique, d'Ambroise Paré, peint sur toile en 1555; celui qui orne la salle d'Assemblée de la Faculté de médecine est apocryphe. Le livre de notre confrère est accompagné d'une foule de pièces justificalives et orné de très -belles gravures sur bois. Si M. Le Paulmier n'a pas dit le dernier mot touchant la vie du grand chirurgien, il n'a laissé dans l'ombre qu'une dernière page. A. Chéreau.
PAREA (Hannibal). Chirurgien italien, de la fin du dix-huitième siècle, pratiquait son art à Magenta vers 1784, puis plus tard à Yarese, où il résida un grand nombre d'années. Nous connaissons de lui :
I. Saggiodi osservazioni cerusiche. Varese, 1784-1 79 i, 2 vol. in-S". Trad. en allemand par Spohr. Slendal, 1791, in-S". — II. Slogamento del femore. Varese, 1795, in-4°. L. Un.
PAREIBA-BRAVA. Nom de plusieurs médicaments d'origine végétale, qui sont tous produits par des plantes de la famille des Ménispermacées. Pendant longtemps, on a uniquement attribué la production de Pareira-brava au Cissampelos Pareira L.,dont il a été question ailleurs (série 1, XYll), et qui ne donne, comme on l'a reconnu depuis, qu'un Faux Pareira-brava. Le véritable est la racine d'un Chondodendron, genre de la série des Pachygonées. Dans ce genre, les fleurs sont dioïques. Dans les mâles, il y a généralement jusqu'à sept verticilles trimères au calice. Il est vrai que les pièces des cinq verlicilles extérieurs sont moins grandes que celles des deux verticilles intérieurs, ordinairement regardées comme appartenant seules au véritable calice, et que
l'AREIRÂ-BRAVA. 157
les autres, d'autant plus petites qu'elles sont plus extérieures, ont été considérées comme des bractées; mais il est impossible de dire où, parmi ces folioles, commence le véritable calice et où finissent les bractées. Les six folioles les plus intérieures, les plus grandes de toutes, sont concaves, obtuses, imbriquées dans le bouton, finalement refléchies au sommet. En dedans d'elles se trouvent six pétales, appartenant aussi à des verticilles trimères, plus courts que les sépales intérieurs, squamiformes, suborbiculaires, ou rétrécis à leur base en une sorte de spatule à bords épaissis. Les étamines sont aussi au nombre de six, à filets dressés, libres ou unis inlérieureraent, et à anthères basifixes, inclinées vers le centre de la fleur, où elles se touchent par un prolongement aigu et incurvé de leur connectif. Sur les côtés de celui-ci s'insèrent les loges de l'anthère, déhiscentes par une fente longitudinale et souvent au début un peu plus introrses qu'extrorscs. Au centre de la fleur se trouvent six carpelles plus ou moins rudimentaires et stériles. Les fleurs femelle ont, avec le périanthe des fleurs mâles, souvent réduit quant au nombre des veiticilles, six élamines stériles et six carpelles dont la portion stylaire n'est pas connue.
Les ovules sont descendants . Les fruits sont formés de six drupes au plus, ovoïdes ou obovoïdes, à cicatrice stylaire et à noyau peu épais, dont la base perte une lame rentrante sur laquelle se moule intérieurement la graine. iflelle-ci est donc arquée en fer à cheval et elle possède un embryon sans albumen, dont les cotylédons charnus sont au nombre de deux, semi-cylindriques, ou parfois au nombre de trois ou quatre, et dont la courte radicule est su père.
Les Chondoâendron sont des lianes de l'Amérique tropicale, à tiges grimpantes, à feuilles ordinairement grandes, obtuses ou cordées à leur base 5-nerve, à grappes axillaires ou nées latéralement sur le bois des tiges, plus ou moins ramifiées ; les mâles le sont constamment beaucoup plus que les femelles.
Le Chondodendron {Chondrodendron) tomentum R. et Pav [C. ovatum Miers. — C. cinerascens Miers. — C. œmulus Miers. — Cocculus Chondodendron DC. — €. platyphyllus A. -S. -H. — Cissampelos Abutiia Velloz. — Botryopsis platyphylla Miers) est une très-grande liane, à feuilles longuement pétiolées, à limbe plus ou moins cordé à la base, plus ou moins coriace, vert en dessus, pâle et blanchâtre en dessous. Ses fruits sont formés de six drupes au plus, oblongues-ovoides, rétrécies à leur base en un pied court, d'un violet noirâtre. Cette espèce croît aux environs de Rio-Janeiro et en beaucoup d'autres endroits du Brésil et du Pérou (dimensions : pétiole, 8 à 15 cent. ; limbe, 10 à 50 cent, de long, sur 6 à 20 de large. Fleurs mâles, 2,5 millim. de long. Fruit entier, 5,6 cent, de diamètre; tige et racine jusqu'à 50 ou 40 cent, d'épaisseur).
La racine de cette plante, qui est le BiUua des indigènes, fut apportée à Paris sous Louis XIV, et fut successivement vantée par Pomet, Sloane, Geoffroy et Helvétius. Celte racine est ligneuse, tortueuse, parcourue dans sa longueur par de profonds sillons, en nombre variable, séparés les uns des autres par ■d'épaisses côtes saillantes. L'écorce de cette racine est brune, et son intérieur est plus pâle. Sa cassure est fibreuse, et son tissu est remarquable par la disposition des faisceaux dans sa portion centiale. Ces faisceaux sont groupés en cercles concentriques, et dans chaque cercle il y a de dix à vingt faisceaux ligneux, à larges ouvertures vasculaires, disposés en étoile avec une netteté remarquable. Les tractus de parenchyme interposés sont riches en fécule. La
racine est dure, amère, mais à saveur peu persistante. Cette racine a été fort vantée contre les affections catarrhales chroniques de la vessie, les néphrites, certains calculs. Au Brésil sa réputation est grande encore; mais en Europe elle est tombée dans un oubli qu'elle ne mérite peut-être pas. Son principe amer il été nommé pélosine, et on l'a comparé à la héhéerine du Nectandra Rodiaei; niais il a été depuis assimilé à la hnxlne (Fliickiger).
Le Pareira blanc est donné, à la Guiane et au Brésil, par VAbuta rufescens ÂUBL., et le P. jaune, par VA. amara Aubl. ; ils sont inusités en Europe.
H. Bn.
Bibliographie. — Méb. et i>e L., Dict. Mat. méd., V, 201. — Guib., Drog. simpL, éd. 7, III, 759. — Bentl. et Tnui., Med. pi., I. — H. Bâillon, Tr. Bot. méd. phanér., 706, fig. 2271- 2281. H.Bn.
PARELLE. Nom donné à la Patience, Rumex Patieniia L. [voy. ce mot). Ce nom est aussi donné à une espèce de lichen, le Lichen Parellus L., ou Lecanora Pa?r//a Ach., qui, après un traitement approprié, fournirait, d'après les auteurs, la couleur connue sous le nom d'orseille [voy. ce mot). M. Guibourt croit que ce lichen n'est pas employé à cet usage {voy. Lecanora).
Quant à la Parelle d'Auvergne, qui entre certainement dans la préparation de ce produit, c'est le Variolaria corallina Ach. {voy. Yariolaire). Pl.
Bibliographie. — Guibourt. Drog. simples, 1" édit., Y, Cl. Pl.
PARELI.IQIIE (Acide) ou PARELLIIVE. C'H^O'' (Gerhardt), C'^Hi^O' (Schunck). Acide des lichens, obtenu quelquefois en même temps que l'acide lécanorique. On l'extrait des lichens par l'alcool bouillant. Pur, ce corps est en aiguilles incolores, très-peu solubles dans l'eau froide, solubles dans l'alcool et l'éther. Sa solution alcoolique est acide et amère ; l'eau la précipite en gelée. Chauffé, il fond et donne à la distillation de longues aiguilles et une huile qui se concrète par le refroidissement. L'acide nitrique l'oxyde et le convertit en acide oxalique. L'ébullition avec la potasse, la baryte ou la chaux, l'altère plus ou moins.
La solution alcoolique d'acide parellique précipite les acétates de cuivre et de plomb, mais non le nitrate d'argent ; avec le nitrate d'argent ammoniacal, on obtient un précipité jaunâtre que l'ébullition fait disparaître. L. Hk.
PAREKCÉPHALE (Trapà, à côté, et ÈY/ifaî^oç, encéphale). Nom donné au cervelet. D.
PAREXCHTME. Parenchyme (7ra/5r/;;^upa) est le nom donné par Érasistrate à la substance propre des viscères contenue entre les anses vasculaires, parce qu'elle diffère de la chair proprement dite ou musculaire et parce qu'il la croyait formée par effusion {î'j-/ppa) de sang auprès, à côté, au delà (rraoâ) de leurs vaisseaux, sang concrète ensuite ; telle était la substance du foie, de la rate, du poumon, des reins (Castelli, Lexicon medicum, 1746).
g I. Détermination de la signification anatomique du mot. Pour Bichat, la substance muqueuse qui compose le corps de l'embryon paraît n'être autre chose que le tissu cellulaire ou muqueux de Bordeu, parenchyme de nutrition, qui est le même pour tous les organes et dont l'homogénéité cesse quand il s'appro-
prie la substance qui convient à chacun de ceux-ci et leur donne une vie propre. Pour Bichat, sur l'adulte, le parenchyme est le canevas cellulaire vasculaire et nerveux des tissus. Là est ce qu'il appelle aussi le parenchyme unilorme ou commun de nutrition, nutritif et générateur, qui est le même dans tous les organes, auquel la nutrition en le pénétrant de substances diverses ajoute les attributs de nature, d'épaisseur, de densité, etc., qui lui donnent une existence propre et une dissemblance d'un organe à l'autre.
Bichat ne faisait du reste ici qu'imiter les naturalistes du dix-huitième siècle, qui avaient sans raison changé le sens du mot parenchyme^ et s'en servaient pour désigner tout tissu qui leur semblait n'avoir pas de caractère déterminé, comme la substance animale des 03 qui reste après qu'on en a dissous les sels {voy. Os, p. 114), ou le tissu cellulaire mou des tiges, des feuillçs, etc., dans les plantes (Ch. Bonnet, etc.).
L'histologie a montré que dans les tissus mésodermiques seulement quelque chose répond à celte préconception, les os et les cartilages exceptés, et que ce quelque chose est la trame que forme le tissu cellulaire, interposé aux faisceaux striés des muscles, aux lobules des cellules glycogènes du foie, aux libres de la trame élastique du poumon, aux tubes du rein, du testicule, et ainsi des autres.
En suivant le même ordre de vues que Bichat, dans la manière de concevoir l'organisation, Chaussier appelle tissu parenchymaleux celui qui forme la trame des parties solides (1800). C'est pour cet anatomiste une variété du tissu lamineux ou cellulaire, différant à la fois du tissu des viscères et de celui des glandes.
Nombre d'auteurs autrefois, et encore aujourd'hui même, ont ainsi donné au mot parenchyme la signification de trame d'un tissu ou d'un organe.
Dupuytren et Richerand, tout en suivant la classification donnée par Bichat pour les systèmes anatomiques, tout en laissant au premier rang le système cellulaire, ajoutent à ceux décrits par ce dernier un nouveau système, le système parenchymaleux, qui pour eux comprenait d'une part le parenchymaleux proprement dit, et de l'autre les parenchymes glandulaires.
J'emprunte ces indications à Heusinger, qui les donne sans renvois bibliographiques, mais il m'a été impossible d'en trouver la source dans les divers écrits de ces auteurs que j'ai consultés. Notons seulement que la thèse de Dupuytren [Considérations anatomiques, etc. Thèses de Paris, in-8", n°379, an XIII, 1804) contient une courte description des canaux veineux des os du crâne, qui est réellement antérieure à celle de Fleury et Chaussier [voy. Os, p. 154).
Heusinger [System der Histologie. Eisenach, 1822, in-4o) donne le nom de tissu parenchymateux à celui des ganglions lymphatiques, de la tliyréoïde, du thymus et de l'ovaire. A côté de ce tissu se rangeait celui qui forme les glandes à conduit excréteur et de plus le poumon et le testicule.
De Blainville [Cours de physiologie. Paris, 1835, in-8», t. Il, p. 425) rejette le sens Mrihuéainmot parenchyme par Bichat et par ceux qui le donnent comme un tissu presque idéal, propre à tout organe, et restant lorsqu'à ce dernier on a enlevé ses vaisseaux, ses nerfs ou autres parties qui le caractérisent au point de vue de la texture.
Il appelle parenchyme toute combinaison d'éléments anatomiques d'un plus ou moins grand nombre (Y espèces formant un tout.
Comme on le voit, le sens du terme parenchyme est entièrement changé. Au
lieu de désigner un certain groupe de tissus distincts dans l'ensemble des tissus, la définition de de Blainville et ses énumérations embrassent tout ce qui dans l'économie a une texture. 11 donne ainsi au terme parenchyme le sens qu'a toujours eu le mot tissu et que ce mot conserve encore à juste titre.
Le choix de ce terme, impropre ici, s'explique par ce fait que, pour de Blainville, les expressions éléments anaiomiques et tissus simples sont synonymes et qu'il fait parenchyme synonyme de tissus composés, alors que : 1° tout tissu est inévitablement un composé d'un certain nombre d'unités, d'éléments anatomiques, qui peuvent être d'une seule espèce; 2° tout élément étant nécessairement simple, dans le sens d'irréductible, ne saurait par suite recevoir le nom de tissu {voy. Organes, p. 418 et suiv.).
Mais, d'autre part, c'est à juste titre que de Blainville dit textuellement que : Bichat dans son étude des parenchymes (c'est-à-dire des tissus) a confondu la description des éléments organiques avec celle des premiers ; qu'il importe de distinguer nettement les tissus simples (c'est-à-dire les éléments) des tissus composés (ou simplement des tissus) ; qu'on ne peut bien et facilement connaître ceux-ci qu'après avoir étudié les premiers; qu'on ne peut se rendre compte des propriétés des tissus que par la considération des éléments qui les constituent et qu'en recherchant quel est celui qui s'y trouve prédominant; qu'il est évident que les piopriétés des tissus composés sont la résultante de celles de leurs éléments ; que les variations de celles-ci entraînent celles des autres ; qu'en pathologie surtout l'étude des altérations d'organes est subordonnée à la connaissance exacte de ces variations des éléments et de leurs propriétés; qu'il en est de même par suite pour le diagnostic et encore aussi le traitement [loc. cit., p. 426-427).
L'arbitraire synonymie établie entre les mots tissu et parenchyme par de Blainville est encore acceptée dans quelques écrits. Mais faire désigner le tout, c'est-à-dire tout ce qui offre une texture, à ce qui jusqu'alors ne spécifiait qu'une partie, à ce qui na qu'une textttre spéciale, est ici trop peu justifié par l'histoire ; il l'est trop peu par le sens des mots, par la nature organique des choses, et conduit à trop de confusions pour qu'il soit nécessaire d'insister sur l'obligation où l'on est scientifiquement de ne pas suivre l'exemple donné par de Blainville. 11 n'y a pas lieu non plus d'adopter les idées de Bichat, malgré le nombre des auteurs qui l'imitent encore à cet égard ; c'est plus arbitrairement aussi que d'autres donnent le nom de parenchyme aux seuls organes dont les conduits excréteurs ont des fibres musculaires, le poumon et le rein [voy. Sécrétion, p. 462).
Conserver à ce mot son sens historique, sinon étymologique, comme le font les dictionnaires, comme l'ont fait ceux des analomistes et des physiologistes que j'ai spécialement cités plus haut, est une nécessité imposée par la nature des choses (Ch. Bobin, Tableaux d'anatomie. Paris, 1850, in-4°, tableaux 6 et 7).
La connaissance de la nature anatomique, de la provenance embryogénique et de la texture des tissus, montre en effet que c'est se placer hors des règles de la logique la plus élémentaire que de laisser dans un seul et unique groupe l'ensemble des tissus vasculaires des animaux. Il est au contraire évident que les tissus qui composent la plus grande masse de ces êtres et dans lesquels domine une espèce propre d'unités anatomiques, tissus musculaires, osseux, cellulaire, etc., etc., sont purement mésodermiques ; qu'il est impossible de donner de ces tissus une description qui leur soit applicable en même temps
qu'elle le serait à ceux qui sont cctodermiques ou endoderniiques, épilhéliaux par leur structure fondamenlale et par leur origine, pendant qu'ils sont mcsodermiques et vasculaires par leur trame. De ces parlicularilés fondamentales résultent des différences si tranchées déjà pour ces derniers organes, quant aux caractères extérieurs, que les premiers anatomistes en avaient été frappés et avaient fait des principaux d'entre eux le groupe des parenchymes: division dont le maintien s'impose encore une fois, quel que soit le nom (ju'on choisisse.
Du reste, avec la présence des épithéliums dans la profondeur, ou l'intimité de ces tissus mixtes, c'est-à-dire à la fois : 1" épithéliaux de nature et d'origine, 2" à trame de tissu cellulaire et vasculaires en même temps, se manifestent des propriétés végétatives, diverses de l'un à l'autre des organes qui eu sont formés, mais qui ont de commun ce qu'elles tiennent des propriétés des épithéliums. Elles [diffèrent au contraire du tout au tout des propriétés de chacun des tissus purement mésodermii|ues ou constituants proprement dits, cellulaire, élastique, musculaire, osseux, etc.
Ajoutons de suite par anticipation que la section des parenchymes ou tissus parenchymateux se subdivise elle-même enibryogéniquement, et physiologique ment surtout, eu deux groupes fort distincts malgré les fâcheuses et fréquentes confusions des classiques à cet égard.
Les uns en effet de ces tissus sécrètent, c'est-à-dire produisent des principes qui ne se retrouvent nulle part ailleurs que dans leurs conduits excréteurt (mamelle, pancréas, foie biliaire, foie glycogène, etc.). Ce sont des glandes, en un mot. Les autres excrètent, éliminent sans sécréter, comme le rein, les sudoripares, le poumon, le placenta. D'autres parenchymes enfin ne sécrétant rien non plus sont le siège du développement d'éléments analomiques spéciaux et remplissant un rôle propre déterminé, comme l'ovaire, le testicule, les follicules dentaires, pileux, plumeux, squameux, etc.
Ici : i" les principaux organes du second de ces groupes (rein, poumon, etc.) ne font qu'éliminer des principes formés ailleurs que dans leur propre tissu, sans en produire qui leur soient spéciaux ; 1" ceux du second de ces groupes portent dès leur origine des unités analomiques (ovaire, testicule) qui ne font que se dévelojiper, sans se reproduire dans leur intimité, développement qui n'a rien de la sécrétion ; 5° enfin les follicules pileux, dentaires, squameux, etc., sont le siège de la génération et du développement continus de produits épithéliaux, dentaires, etc., dont la genèse, l'évolution et la mue [voy. Génération, p. 420) n'ont également rien de la sécrétion. Aucun d'entre eux, en un mot, n'est une glande. Ce sont les parenchymes non glandulaires.
§ 11. Origine ou provenance embryogéniqoe des parenchymes. Les parenchymes^ tant glandulaires que non glandulaires, et les follicules pileux, plumeux, squameux et dentaires, qui se rangent à côté de ces derniers quant à leur origine, leur composition anatoraique et leur rôle physiologique, résultent tous d'une augmentation de volume suivie d'une scission muUiplicatrice des cellules soit de l'ecloderme, soit de l'endoderme; scission qui amène la production d'un cylindre épilhélial plein ou plus rarement creux au début, s'enfonçant dans le mésoderme ou mieux dans le tissu cellulaire fœtal encore mou d'origine mésodermique.
Simple mamelon d'abord, cylindre simple ensuite, il présente ou non, sui-
\n PARENCHYME.
vaut les cas, vers son extre'raité, des mamelons analogues au premier; chacun de ces derniers s'allonge ultérieurement plus ou moins, au fur et à mesure qu'a lieu la scission mulliplicatrice de leurs cellules.
C'est l'ensemble de chacune de ces subdivisions, ainsi continues et rattachées avec l'involution dont elles partent (et qui pour elles sera comme un conduit excréteur, si elle n'en est pas un en effet), qui avec le tissu cellulaire ambiant constitue ce que Malpighi appelle un admis et que jadis on croyait être Vêlement même d'une glande.
La continuité du phénomène précédent a pour résultat l'augmentation du nombre plus que du volume de chacune de ces involu lions ou introrsions primitives, et par suite de la masse totale de chaque parenchyme.
D'une espèce à l'autre de ces derniers se montrent graduellement des différences qui peuvent èlje énormes, lorsqu'on vient à comparer entre eux les organes nés ainsi, comme les follicules intestinaux et les sudoripares, au rein, au poumon, à la mamelle, etc. {voij. Cellule, p. 598-599).
Les prolongements de la formation successive, desquels résulte l'accroissement de CCS organes, sont primitivement pleins; ils offrent plus ou moins tard un canal central dû à l'écartement des cellules par le liquide que produisent cellesci, par la pénétration de prolongements vasculaires du mésoderme, lorsqu'il s'agit des villosités choriales, par la pénétration de l'air dans le poumon lors de la première dilatation thoracique, etc.
D'un oi'gane à l'autre, ces prolongements se montrent cylindriques et en eflet arrondis à leur bout, avec ou sans rentlements ici; jilus gros ou plus petits que l'involution première qui a commencé à la face profonde de l'ectoderme ou de l'endoderme, soit très-courts, soit allongés. Cette involution première peut se rétrécir et se séparer tout à fait du feuillet épithélial dont elle dérive, ain<i qu'on le voit pour les glandes lymphatiques, la tbyréoïde, le thymus, les capsules surrénales, la rate, la portion glycogène du foie. De même, dans ce cas surtout, les prolongements, au Jieu de rester continus les uns aux autres eu forme de grappe, comme dans le plus grand nombre des glandes, se séparent, s'isolent sous forme de grains glanduleux épithéliaux ou de vésicules (thy réoïde), etc. Cela même a lieu aussi bien dans les cas morbides que normalement {voij. Génération, p. 463, et Cellule, p. 598 et 691). Un écartement ultérieur graduel, plus ou moins grand suivant les régions et d'autres circonstances encore, survient parfois entre la production accidentelle, qui continue ou non à grandir, et le parencliyme norm;il qui en a été le point de départ.
11 importe de signaler ici cette production de parenchymes par introrsions épithélialesde l'endoderme ou de l'ectoderme, qui parfois se séparent ensuite de celui-ci, puis s'en écartent comme dans les cas de la rate et de la tbyrcoïde, par exemple, et aussi dans les circonstances pathologiques rappelées plus haut. Elle fait, en effet, nettement saisir le mécanisme de la formation des conduits excréteurs, pour les cas où quelque (rahiée cpilhéliale reste et établit une continuité plus ou moins grêle entie la musse des involutions, qui s'écarte de l'ectoderme ou de l'endoderme, et le point de la face profonde de ceux-ci oiî s'est originellement produite la première des in vul niions.
Elle montre comment la génération du tissu qui sécrète précède celle du conduit qui excrète; que la génération du premier diffère de celle du second, car dans les glandes pourvues de conduit excréteur celui-ci résulte encore une
lois de ce que la masse des introrsions qui doivent sécréter s'écarte de l'ectoderme ou de l'endoderme, comme dans les cas du thymus, etc., mais alors sans cesser d'être en continuité de tissu avec lui par un prolongement épilhélial. C'est ce prolongement de formation ultérieure ou secondaire qui devient ensuite le conduit excréteur, toujours d'une structure qui diffère de celle de la partie sécrétante de la glande [voij. Muqueux, p. 459, et Ch. Robin, et Gazette hebihmadaire de médecine, etc., Paris, 1856, in-4'',t. III, p. 35 et suiv.), fait encore plus net pour le cas des parenchymes non glandulairei (p. 41).
C'est lors de l'étude de chaque parenchyme que devraient être examinés les cas particuliers que chacun présente à cet égard, aussi bien que sous le rapport de ses variétés cellulaires, du volume et de la forme de ces prolongements sécréteurs en culs -de-sac, de la rapidité et de l'époque de la production de ceux-ci. Il snltît de rappeler ici que nous avons déjà vu à l'article Cellulr (p. 598) :
1" Que l'origine première de ces formations gît dans un fait de continuité de la segmentation cellulaire épilhéliale;
2° Que, par suite, le mécanisme piiysiologique général de cette génération est ici le même au fond, quelles que soient ses variétés, que celui qui amène l'agrandissement, puisl'isolemen lies uns des autres : de l'intestin et de la vésicule ■ombilicale, des portions épidermiques, cristallinienne, amniotique etchoriale de l'ectoderme, etc. {voij. Mamelle, Poumon, etc.).
Ainsi le vitellus fécondé s'individualise en cellules qui se juxtaposent en feuillets blastodermiques. Dès que chacune de celles-ci a grandi par assimilation nutritive, elle se divise coutinucment en deux, d'où leur multiplication qui de la sorte conduit à l'extension des feuillets. Cette extension se fait d'abord en surface et détermine elle-même la production des reploiements amenant la formation des premiers organes creux : l'amnios, le chorion, la gouttière intestinale, la vésicule ombilicale. Mais, de plus, c'est par le mécanisme élémentaire même, qui a pour résultat cette extension en surface, que se produisent les saillies en épaisseur, ou prolongements ectodermiques et endodermiques, origines des parenchymes en général, indiquées plus haut, depuis les simples follicules jusqu'aux plus complexes, comme le poumon, le foie, etc. Ces productions sont désignées sous le nom d'introrsions quand ou considère leur pénétration de l'ectoderme ou de l'endoderme dans le mésoderme. On les appelle extrorsions quand on considèi"e leur origine, leur point de départ seulement, ou mieux encore leur extension hors des tissus du nouvel être, sous forme de villosités choriales, par exemple, villosités dont le développement et l'association plus ou moins complexe à la muqueuse utérine constituent le tissu ou parenchyme placentaire de de Blainville (1853).
§ m. Paroi propre hyaline des parenchymes. C'est postérieurement à l'individnalisation des cellules en général, à la formation des feuillets blastodermiques, à la production des introrsions parenchymateuses en particulier, que naissent les unités anatomiques non cellulaires, prenant part à la structure dco parenchymes. Il s'agit ici de la paroi propre hyaline des tubes et des vésicules de chacun d'eux {voy. Génération, p. 416). L'embryogénie, comme les caractères anatomiques proprement dits, montrent partout en effet à quel point est grande l'erreur de ceux qui la considèrent soit comme du tissu cellulaire condensé, soit comme se rapprochant du tissu élastique {voy. Glande, p. 463).
La production à la superficie de ces prolongements épithéliaux d'une gaîne
ou paroi propre non cellulaire, dont ces épitljéliums amènent la genèse, sépare leurs cellules, destructibles, c'est-à-dire caduques et renouvelables, des tissus vasculaires, d'origine mésodermique, tissus constituants non caducs.
Gonséculivement encore surviennent des modifications graduelles diverses de ces tissus mésodermiques ; modifications parmi lesquelles compte spécialement la génération du tissu des papilles dentaires, pileuses, etc., qui toujours débute à l'extrémité profonde, sous le fond renflé de l'involution eclodermique originelle. Lorsque autour des involutions épithéliales, telles que celles de l'ovaire, du foie, de la rate, des capsules surrénales, du thymus, etc., celle paroi propre ne naît pas, en raison de particularités évolutives non encore déterminées, les dispositions du tissu cellulaire vasculaire sont d'aulre part différentes de celles qui se montrent dans les cas précédents {voij. Géjxération, p. 417, et Systèmes).
§ IV. De la trame mésodermique des parejxchymes. a mesure qu'elles se forment, les involutions épithéliales d'origine de chacun des parenchymes, tant glandulaire que non glandulaire, s'enfoncent dans le mésoderme, c'est-à-dire esseuliellement dans le tissu cellulaire encore aux premières périodes de son développement embryonnaire ou fœtal. Partout où est le tissu cellulaire coexistent les vaisseaux ou vice versa, l'un ne va pas sans l'autre. Dès l'apparition des derniers dans Vaire vasculaire de l'embryon, tous deux se développent en même temps.
Dans ce que l'on appelle l'enfoncement, la pénétration des involutions épithéliales au sein du mésoderme, il y a à la fois allongement et subdivision de celles-ci et accroissement corrélatif ou réciproque du tissu cellulaire vasculaire. C'est ainsi que se forme la trame des parenchymes en général et pour plusieurs d'entre eux même (ovaire, poumon, rein, foie, etc.) les éléments du tissu celluluire restent à l'état de cellules, qui demeurent pendant toute la vie, à des degrés divers, sous les formes fœtales qu'elles avaient lois de l'apparition des involutions. Dans la mamelle, les glandes salivaires, lacrymales, bulbo-urélhrales, sébacées, les prolongements fibrillaires de ces cellules se développent comme dans le tissu cellulaire sous-culané, intermusculaire, etc. Le fait importe eu ce que généralement le tissu cellulaire devient d'autant plus aisément le point de départ de lésions, des lésions tuberculeuses en particulier, qu'il reste davantage sous ces formes embryonnaires normales ou d'arrêt de développement relatif.
On voit par ce qui précède comment les involutions épithéliales caractéristiques et la trame mésodermique ou vasculaire générale se développent simultanément; comment l'une ne peut se développer sans que l'autre la suive réciproquement, l'une s'entourant de l'autre ou vice ver^sâ, par contiguïté et enchevêtrement des plus intimes, avec interposition plus ou moins épaisse de la trame sous forme de cloisons, etc., aux involutions ou culs-de-sac qu'elle sépare.
Le mode d'origine de la trame, aussi bien que celui des involutions épithéliales, permet de suivre et de déterminer nettement ce qui appartient à l'un ou à l'autre, ce qui provient de chacun, anatomiquement, physiologiquement et palhologiquement. L'indépendance ou la solidarité de chacun à ces divers égards se déterminent aisément et d'une manière précise.
Cette trame, dite improprement stroma par quelques-uns, n'est pas un tissu propre et d'autre nature que le tissu cellulaire. Ses diversités de distribution
unatomique ne sont subordonnées qu'aux dispositions morphologiques des involutions épithéliales originelles et caracte'ristiques.
Ces dernières en particulier, étant primitivement et essentiellement le siège des hypertrophies, ramollissement, changements de structure cellulaires, etc., qui caraclérisent ce qu'on nomme le cancer, on voit que ce que quelques médecins appellent alvéoles cancéreux {voy. Carcinome, p. 350) n'a pas d'existence réelle, hors des cas de leur fabrication manuelle par l'emploi de tel ou tel procédé.
Chacun de ces prétendus alvéoles représente la place qu'occupait dans la trame un cul-de-sac glandulaire, etc., plus ou moins altéré, après qu'une coupe mince du tissu durci a permis d'enlever l'épilhélium des culs-de-sac tranchés. L'alvéole est de formation artificielle, et toute glande normale traitée de la même manière se prête à la fabrication de dispositions homologues aussi. Quant à ce qu'on appelle stroma limitant les alvéoles, ce n'est autre chose que la trame de tissu cellulaire qu'on trouve dans toutes les glandes et dans leurs provenances accidentelles.
Outre les particularités de développement plus ou moins prononcé sous les états de cellules fibro-plastiques, de prolongements fibrillaires que présentent les éléments de la trame, dans le foie, dans le rein, etc., avec ou sans anastomoses réticulées [voy. Lamineux, p. 274, et Lymphatique, p. 428, 429), il y a d'autres particularités qui concernent les fibres-cellules en couche, etc., contre ou autour des culs-de-sac glandulaires, etc. {voy. Muscdlaire, p. 445). Il n'y a pas à revenir sur ces points déjà indiqués ou appartenant à l'étude de chacun des parenchymes en particulier. Même remarque pour les nerfs des parenchymes {voy. NERVEOx,p. 458).
Les faits précédents méritent d'être signalés à ce point de vue qu'ils représentent essentiellement les particularités par lesquelles le tissu de la trame des parenchymes se distingue du tissu cellulaire en général, auquel il reste semblable en dehors de cela.
Même remarque surtout pour la vascularité de chacun d'eux, si différente de l'un à l'autre, à la fois selon l'espèce des conduits sanguins en question, selon le rôle rempli par le parenchyme comme pulmonaire, placentaire, rénal, hépatique, glandulaire, des glandes lymphatiques, etc., etc.
Notons seulement que, quelles que soient les diversités morphologiques et texturales de la trame mésodermique vasculaire de l'un à l'autre des parenchymes, partout on voit que les réseaux de capillicules lymphatiques d'origine, découverts par M. Sappey {Monographie des lymphatiques. Paris, in-folio, 1874-1884, et Anatomie descriptive), siègent dans cette trame mésodermique, aussi près que possible des couches ou amas d'épithélium ou de la paroi propre hyaline (p. 143) qui les entoure, sans jamais toucher ces épithéliums ou cette paroi, ni les pénétrer. De ces réseaux, d'origine réelle, diversement configurés et serrés de l'un à l'autre des culs-de-cas, vésicules closes, etc., épithéliaux, qu'ils entourent ainsi de près et complètement, partent les conduits de plus en plus volumineux, se réunissant en réseaux collecteurs, ceux qu'autrefois on injectait au mercure ou avec l'azotate d'argent sous le nom de réseaux d'origine {voy. Lymphatique, p. 415 et suiv.). De ceux-ci viennent ensuite les vaisseaux dits afférents des glandes lymphatiques.
Dans cette trame mésodermique, il importe en outre de citer les fibres élastiques en raison des différences de quantité et de distribution qu'elles offrent de DICT. ENC. 2' s. XXL 10
l'un à l'autre des parenchymes de provenance ectodermique. Il importe de noter au contraire leur absence ou leur minime quantité dans la trame des parenchymes de provenance endodermique, foie, pancréas, etc., dans le rein,^ l'ovaire et le testicule.
Parmi ceux des parenchymes qui ont des fibres élastiques dans leur trame mésodermique, le poumon, comme les branchies {voij. Muqueux, p. 409), mérite une mention spéciale. Le poumon est remarquable, en effet, en ce que, les vaisseaux mis à part, les éléments de beaucoup les plus abondants de la trame y sont les fibres élastiques, les noyaux, les cellules fibro-plastiques et autres formes du tissu cellulaire, s'y trouvant en proportion bien moindre dès qu'on quitte les cloisons interlobulaires et le tissu cellulaire sous-pleural.
Le placenta, au contraire, est le parenchyme le plus ectodermique de tous par la provenance choriale de ses villosités. 11 est formé en effet d'extrorsions épiihéliales et non d'introrsions {voy. p. 145), et de plus sa trame mésodermique vasculaire fœtale est intérieure, incluse dans les exsertions de ce parenchyme transitoire au lieu d'être extérieure relativement à celles-ci, comme cela est pour les parenchymes composant des organes permanents.
En envisageant les parenchymes sous le point de vue de leur provenance et de la complication des involutions épithéliales mêmes qui les composent essentiellement eu fait, il est plusieurs cas à noter. Le premier est que, lorsqu'ils restent réduits à l'état de follicule sécréteur, sans traverser toute l'épaisseur d'un chorion, comme celui des muqueuses gastro-intestinales, la trame y reste aussi presque nulle, réduite à de simples arrangements des capillaires et des éléments du tissu cellulaire du chorion de la muqueuse. Ce sont encore de simples arrangements de ces mêmes éléments et de fibres élastiques lorsqu'il s'agit des follicules sudoripares {voy. Suboripare, p. 690) et surtout des glandes sébacées (voy. Sébacé, p. 380-581), plus compliqués toutefois comme dispositions vasculaires et par la proportion des fibres élastiques.
Lorsqu'il s'agit au contraire des pçirenchymes individuellement simples encore, comme les précédents, mais papilles, une paroi relativement épaisse, bien délimitée, d'une structure spéciale qui est comme un prolongement de la portion superficielle papillifère du derme, représente pour chaque follicule une trame adhérente à la paroi propre hyaline (p. 143). Tel est le cas des follicules dentaires, pileux, plumeux, etc. {voy. Poil).
Les complications de ce genre ne vont en augmentant du côté de la trame qu'autant que des follicules simples passent à ceux qui sont hilobés ou multilobés, puis de ceux-ci aux glandes en grappe. C'est enfin, lorsque des glandes^ en grappe simple on arrive aux glandes en grappe composées, que la multiplicité du nombre des involutions, des culs-de-sac, entraîne les dispositions sus-indiquées (p. 142) avec multiplicité de dispositions morphologiques, comme cloisons inter et périacineuses, interpositions cellulaires et vasculaires entre les culs-de-sac, les vésicules closes, etc.
§ V. Classement des parenchymes. On voit d'après ce qui précède que les tissus constituants arrivés à leur plein développement se divisent en tissus mésodermiques proprement dits et en parenchymes ou tissus parenchymateux d'origine et de constitution épithélio-mésodermiques. Le système représenté par Jensenible des organes premiers parenchymateux divers présente les caractères anatomiques suivants {voy. Sïstèmes, p. 46-47).
Les parenchymes sont des tissus constituants par conséquent vasculaires, généralement composés de tubes, ou de vésicules closes tapissées d'épithélium, ce qu'on n'observe pas dans les tissus proprement dits. Nulle part l'un de leurs éléments anàtomiques ne prédomine sur les autres, n'est, en un mot, élément anatomique et caractéristique fondamental par sa masse et son mode de texture, comme les fibres musculaires, les tubes nerveux, etc., le sont pour les tissus correspondants. Seulement, en chaque espèce de parenchyme, on observe quelque chose de spécial dans la forme ou la structure de l'épithélium qui concourt à sa texture. 11 y a en outre quelque chose de caractéristique dans le mode de constitution même et d'enchevêtrement réciproque des éléments de la trame propre à chaque espèce de parenchyme. La présence d'un produit ivoy. Génération, p. 419), l'épithélium, entrant dans la composition d'un tissu vasculaire, pourrait faire croire à l'inexactitude de la distinction établie entre les produits et les constituants, les éléments ecto-endodermiques et ceux qui sont mésodermiques ; mais il faut observer que, dans les parenchymes, les épithéliums ne sont pas mélangés aux autres éléments constitutifs du tissu, ne sont pas en contact avec les vaisseaux, par exemple. Ils sont seulement appliqués à la face interne des tubes propres ou dans des vésicules propres que circonscrivent le tissu cellulaire et les vaisseaux. Mais ces épithéliums, s'avançant ainsi dans la profondeur des organes, envahissent facilement l'épaisseur du tissu formant la trame du parenchyme lorsqu'ils viennent à se multiplier outre mesure et à produire ainsi des tumeurs.
On a déjà vu qu'ils ont pour attribut physiologique : a. de produire des liquides caractérisés par la présence de quelque principe spécial, souvent cristallisable, fabriqué dans l'organe (glande), et pouvant, du lieu où il est formé, rentrer dans le sang veineux (glandes sans conduits excréteurs ou vasculaires sanguines), ou en partie être résorbé (fluides récrémentitiels des glandes proprement dites à conduits excréteurs, foie biliaire, pancréas, glandes salivaires, glandes de de Bruner, mammaires, etc.). Ces parenchymes portent spécialement le nom de glandes ou parenchymes glandulaires. La formation de principes spéciaux, qui est l'acte caractéristique de la sécrétion, consiste souvent en un excès de la formation assimilatrice ; c'est ce qu'on voit dans les glandes (pancréas, glandes salivaires, etc.), qui ont pour principe essentiel de leur produit sécrété une substance coagulable qui, une fois formée dans la couche épithéliale, est, grâce à la texture de ces parties, expulsée dans le conduit des culs-de-sac. Pour d'autres parenchymes glandulaires cette formation consiste, au contraire, en même temps ou exclusivement, en une formation désassimilatrice de principes cristallisables, tels que les sels caractéristiques de la bile, les sucres de lait et du foie, etc. h. D'autres parenchymes dits non glandulaires ne font que rejeter au dehors ou échanger des principes préexistants dans le sang (1, rein; 2, follicules sudoripares; 5, poumon; 4, placenta), ou sont le siège de la production d'éléments anàtomiques spéciaux (5, ovaire; 6, testicule). Les parenchymes non glandulaires se distinguent anatomiquemenl des autres par une disposition spéciale de leurs capillaires (rein, poumon, placenta) qui ne se retrouve pas dans les glandes, ou par quelque autre oarticularité propre de structure (ovaire, testicule). Physiologiquenient, ils ne font que prendre des principes tout formés dans le sang (poumon, placenta, rein, follicules sudoripares) sans rien fabriquer de toutes pièces pour les rejeter, ou bien ils sont le siège de ja production par genèse, aux dépens d'un blastème.
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d'éléments anatoniiques particuliers (spermatozoïdes, ovules), fait essentiellement différent des sécrétions proprement dites.
Enfin les parenchymes glandulaires qui communiquent avec la peau ou les muqueuses le font par un conduit qui a sa structure propre, tandis que le canal qui va d'un tégument à un parenchyme non glandulaire est partout pourvu d'une muqueuse distincte et dissécable, y compris celle des uretères [voy. Muqueuses, p. 424, 425 et 449).
La précocité de l'apparition des testicules et des ovaires, ainsi que celle des ovules, jointe à la production simultanée sur beaucoup de vertébrés de tous ceux de ces derniers qui existeront désormais dans l'animal observé, plus que bien des individus n'en conduiront à maturité et rejetteront, montrent d'autre part que ce ne sont pas là non plus des glandes. Contrairement à ce que s'obstinent à répéter tous les auteurs, en présence de telles données, il est évident que produire des éléments anatoniiques, des cellules, n'est aucunement le fait d'une action glandulaire, le résultat d'un acte sécrétoire. Les testicules et les ovaires ne sont en effet de leur côté rien autre chose que des parenchymes non glandulaires, organes fondamentaux de l'appareil sexuel ; de même que le rein et le poumon, ils apparaissent dès V époque embryonnaire proprement dite, avant les glandes. Mais ici c'est le produit essentiel et caractéristique du parenchyme qui naît, non-seulement avant toutes les parties, et seul sur bien des êtres, mais encore en aussi grande quantité numériquement sur plusieurs d'entre eux qu'il n'y en aura jamais {voy. Sexe, p. 479 et 480). Dès lors le parenchyme ne fait plus que laisser croître ces éléments caractéristiques, mais sans fournir aucun principe immédiat nouveau comparable sous ce rapport à ce qui a lieu pour les glandes mammaires salivaires et autres dans lesquelles ne préexistent à aucun titre les liquides sécrétés, puis excrétés plus tard.
Pas plus que le testicule {voy. Sperme, p. 121), par conséquent, l'ovaire n'est une glande ni mixte, ni close ou creuse [voy. Glaivde, p. 75, et Sécrétion, p. 463). Il est vrai qu'à côté de l'ovule existant seul, toujours (oiseaux, poissons, etc.), ou pendant longtemps (mammifères), un liquide est ici sécrété dans la vésicule qui l'entoure, en quantité toujours petite normalement, srando parfois patliologiquement, à la manière de ce qui se passe dans la sécrétion des séreuses [voy. Séreux, p. 307). Mais cette sécrétion n'est qu'accessoire dans le premier cas, n'exprime pas le rôle dévolu au parenchyme et, quand elle devient patliologiquement abondante, l'ovule, l'élément essentiel, n'existe plus. Il serait en tous cas aussi peu exact de comparer son épanchement lors de révolution et le transport de l'ovule par les trompes à un acte d'excrétion que de dire que Véjaculation en est une de son côté {voy. Fécondation, p. 332).
Les noms de glandes génitales, siidoripares, rénales, etc., pas plus que ceux de glandes pulmonaire, placentaire, etc., ne sauraient donc à aucun titre être acceptés comme indiquant une connaissance de la réalité à un titre quelconque.
Le double foie biliaire et glycogène d'une part, le pancréas et la rate de l'autre, types de parenchymes et d'origine endo-mésodermique, sont des organes réciproquement homologues ; ils sont impairs et non symétriques individuellement; mais erabryogéniquement ou originellement ils sont pairs et sjTnétriques, le foie pris en masse relativement aux deux autres d'un côté, le pancréas et la rate du côté opposé, ou réciproquement.
Le foie biliaire et le pancréas naissent l'un et l'autre par exsertion, niivant l'expression de de Baer, par extrorsion de l'endoderme, involunnt dans le mésoderme à droite et à gauche de la gouttière médiane intestinale dont ils dérivent. Les subdivisions de l'un et de l'autre se terminent par une masse nucléaire et cellulaire plus compacte que le reste de l'involution. Ces deux amas, dont les éléments ont manifestement le caractère épitliélial, bien que distincts dans l'un et dans l'autre, ont selon quelques auteurs 'une origine encore mal déterminée [voy. Foie, p. 640) ; c'est à tort qu'ils disent qu'on ne sait pas encore nettement s'ils sont de provenance endodermique, ou si au contraire ils naissent dans le mésoderme où les involutions endodermiques droite et gauche ci-dessus viendraient les rencontrer.
Quoi qu'il en soit, le pancréas se produit par exscrtion endodermique dans le mésoderme presque en même temps que le foie, celui-ci à droite du duodénum alors rectiligne et le premier symétriquement à gauche. Pour le foie, la glande biliaire s'associe directement avec enchevêtrement à la glande glycogène vasculaire sanguine. L'involution pancréatique produit aussi une glande en grappe (pancréas) et une glande vasculaire qui est la rate; mais celle-ci, qui siège au bout de l'involution, ne s'enchevêtre pas avec l'autre; elle reste distincte, quoique reliée tissulairement à \a queue du pancréas pendant longtemps, et plus tard par des vaisseaux et leurs nerfs seulement avec du tissu cellulaire. Ces deux systèmes glandulaires de droite et de gauche reçoivent leurs artères du tronc cceliaque et appartiennent au système porte ou des veines apparaissant dans le tissu cellulaire sous-endodermiques par leurs veines propres. Tous deux ont des influences normales et accidentelles sur la digestion gastrique, et les usages comme les lésions spléniques réagissent sur les usages et les lésions du pancréas. La forme du foie est symétrique et il occupe exactement la ligne médiane sur les poissons qui manquent de rate et de pancréas, comme les cyclostomes.
11 y a deux organes dans le foie pris en masse, deux glandes, l'une biliaire à conduit excréteur, l'autre vasculaire et sans conduit formant le sucre (Ch. Robin. Tableaux il' anatomie. Paris, 1850, in-4", p. 9); c'est à ce titre seulement, mais à nul autre, qu'il est permis de dire avec quelques auteurs {voxj. Glandes, p. 75) qu'il est une glande à "part, une glande mixte ou plutôt double.
I. Des parenchymes glandclaires ou glandes [Système glandulaire ou sécréteur). L'ensemble des organes premiers ou parties similaires parenchymateux qui composent ce système sont :
A. Les glandes dites à vésicules closes, sans conduits excréteurs ou vasculaires; elles se subdivisent anatomiquemenl en :
a. Glandes vasculaires sanguines qui sont : la rate, le foie glycogène, le thymus, la thyréoïde, les amygdales, les capsules surrénales, les glandes coccygienne, intercarolidienne, piluitaire, pinéale, les follicules ou vésicules clos tant isolés qu'agminés ou plaques de Peyer.
b. Les glandes vasculaires lymphatiques, glandes ou ganglions lymphatiques. Tous cesorganes, qui ont la texture fondamentale des autres glandes, sont des parenchymes glandulaires, et nul d'entre eux ne mérite les noms à'organes lymphoïdes, ni de fausses glandes. La détermination de l'origine embryogénique des organes de la texture de leur masse, quelque réduite qu'elle soit, montre en effet qu'il n'y a rien dans l'économie qui, scientifiquement, mérite les épithètes précédentes [voy. Sécrétion, p. 462-403).
B. Parenchymes glandulaires ou glandes, à orifice ou conduit excréteur. Elles comprennent :
a. Les follicules glandulaires ou sécréteurs.
Quant aux sinus, leur description fait partie de celle des muqueuses et non de celle des glandes dont ils n'ont ni la structure, ni le mode de développement [voy. Moqueuses, p. 423, 45o, 456, etc.).
h. Les glandes en grappe ou à conduit excréteur proprement dit, qui sont :
1° En grappe simple, à grain ou acinus unique, composé d'un plus ou moins grand nombre de follicules on culs-de-sac {voy. Sébacé);
2° En grappe composée ou à grains glanduleux ou acini multiples;
3° Les glandes réticulées à conduits ramifiés et anastomosés, avec ou sans terminaisons en cul-de-sac (foie biliaire).
Chez les animaux, les éléments ana forniques qui entrent dans la composition des tissus ou parenchymes glandulaires (normaux et hypertrophiés palhologiquement) sont : 1" l'épithélium propre, dont quelques cellules ont deux noyaux, quand il est pavimenteux (foie, pancréas, parotide) ; 2° la paroi amorphe des tubes ramifiés ou non, ou des vésicules closes; 5° les vai;>seaux avec la trame de tissu cellulaire pourvu ou non de fibres élastiques avec des vésicules adipeuses quelquefois; 4° nerfs; 5» fibres-cellules. Les glandes sont des parenchymes d'une sliucture complexe, offrant des alternatives de repos et d'action trèsprononcées à des intervalles de temps souvent très-rapprochés, sans régularité ni périodicité analogues à celles que présentent, sous l'influence régularisatrice du système nerveux, les mouvements auxquels sont soumis les poumons {voy. Glandes, p. 87).
On les voit devenir le siège de productions très-variées, lorsque, abusant de la possibilité indirecte, mais volontaire, de les faire agir, nous le faisons sans aucune règle. Leurs épilhéliums, partageant avec tous les autres la propriété de se développer et de se multiplier avec rapidité, compriment les éléments des tissus voisins, les envahissent en s'inlerposant à eux, et déterminent l'atrophie de ces éléments. Formant alors des productions épithéliales friables, elles se dissocient, s'ulcèrent avec rapidité dès qu'elles ne sont pas recouvertes par la peau. Gagnant, d'autre part, en profondeur, elles envahissent aussi les organes qui les touchent.
Tout parenchyme glandulaire opère une sécrétion spéciale, distincte des sécrétions générales qui ont lieu dans les autres tissus, tels que les tissut séreux, muqneux, etc., et le produit contient quelque principe immédiat particulier, cristallisable ou coagulable, formé dans la glande, sans qu'il préexistât dans le sang.
Les mailles des réseaux capillaires qui se distribuent autour des tubes sécréteurs ou des vésicules closes peuvent être un peu plus ou moins serrées, mais elles conservent, à peu de choses près, la forme qu'elles ont dans le tissu cellulaire. La disposition des capillaires n'a rien de spécial ni d'analogue aux dispositions particulières qu'on observe dans les parenchymes non glandulaires, tels que le rein, le poumon, le placenta, etc.
11 est très-général de voir dans les glandes en grappe chaque cul-de-sac plus large dans son milieu ou au fond que vers son point de communication avec quelque autre ou avec le conduit excréteur commun. Ce fait est en rapport avec la nature de l'humeur du produit sécrété qui peut s'écouler lentement par un
PARENCHYME. ifîl
orifice plus étroit que le doigt de gant dont la surface interne même a versé cette humeur. 11 y a là une particularité qui est l'inverse de ce qu'on voit pour les canalicules respirateurs terminaux, dits aussi alvéoles et godets pulmonaires, qui sont toujours plus étroits que leur orifice de communication avec les conduits aériens dans lesquels ils rejettent les gaz qui les ont remplis; ces conduits deviennent de plus en plus larges à mesure que l'on approche davantage de la trachée, et vice versa. Ce fait est en rapport avec la nature gazeuse du fluide <]ui entre et sort ici incessamment de la cavité et il concourt à montrer que, même au point de vue morphologique, le iiarenchyme pulmonaire ne saurait être comparé au glandulaire [voij. Gh. Ilobin, Sur V indépendance de la bronchite et de la pneumonie [Comptes rendus et mémoires de la Soc. de biologie. Paris, 1858, p. 95]; Programme du cours d'histologie, 1864 et 1872, p. 573, et Leçons sur les systètnes anatomiques. Paris, 1876, p. 272).
Il y a dans les glandes deux choses différentes, ayant chacune leur structure propre. C'est, d'une part, le tissu sécréteur représenté par les culs-de-sac de chaque acinus, ou tubes sécréteurs, portion sécrétante ; il y a, d'autre part, la portion excrétante ou conduits excréteurs. Chacune de ces portions a un épithélium différent. Les parois n'ont pas non plus la même structure [voy. MuQUEHx, p. 459).
Avec l'hypertrophie glandulaire il n'y a pas flux en excès : la partie sécrétante du tissu s'hypertrophie, il est vrai, mais, pendant ce temps, parfois les conduits excréteurs s'atrophient. Ce fait coïncide avec les expériences de Cl. Bernard, qui montrent qu'en poussant du suif dans le canal du pancréas, sur un chien vivant, toute la glande se résorbe, moins les conduits excréteurs : c'est-à-dire que toute la portion sécrétante de l'organe disparaît, tandis que la portion excrétante persiste tout entière, au moins pendant plusieurs semaines après l'atrophie des acini. Or, dans l'hypertrophie des glandes en grappe, si un de leurs lobes ou une petite glande salivaire sous-muqueuse grossit, elle distend et comprime le tissu cellulaire voisin, elle s'enkyste de la sorte, et, comme en même temps le canal excréteur s'atrophie, lorsque la résorption de celui-ci est complète, l'enkystement est complet lui-même. Aussi trouve-t-on la glande ne tenant aux parois du kyste que par de fins vaisseaux ou de capillaires, et quelquefois dès l'incision des parois de l'enveloppe la tumeur sort brusquement de sa cavité.
Ajoutons que pour tout acinus ou grain glanduleux, comme pour tout follicule, il n'y a qu'un conduit excréteur, allant à la peau ou aux muqueuses, lorsqu'il ne va pas d'abord rejoindre auparavant celui de quelque acinus voisin. D'autre part, l'épithélium des culs-de-sac, comme tout autre, est polyédrique dans les conditions normales et non un épilhélium sphéroïdal {voy. Sécrétion, p. 465). Ce n'est qu'après gonflement cadavérique, au contact de l'eau, etc., surtout après isolement, qu'il prend cette forme.
II. Système des parenchymes non glaîsdulaires. Ils se divisent en deux groupes selon qu'ils sont excréteurs de principes formés dans des tissus éloignés (avec ou sans restitution endosmotique équivalente de principes assimilables empruntés au milieu ambiant), ou le siège de la production d'éléments anatomiques spéciaux.
A. Parenchymes non glandidaires purement éliminateurs. Leurs organes premiers sont :
a. Les reins;
h. Les follicules sudoripares ou excréteurs.
II n'est guère douteux qu'ils présenteraient un aspect extérieur analogue à celui du rein, si, au lieu d'être disséminés plus ou moins loin les uns des autres, ils étaient accolés comme le sont les tubes urinifères {voy. Sudoripare).
B. Parenchymes non glandulaires endosmo-exosmotiques ou respiratoires. Les organes premiers fondamentaux sont ici : 1° les poumons et les trachées des insectes pour les animaux à vie aérienne ; les branchies pour les animaux empruntant des gaz en dissolution dans l'eau et rejetant des gaz à l'état liquide dans celle-ci ; 5° le parenchyme de la ve'sicide ombilicale (devenant placentaire sur les squales), remplissant un rôle principalement endosmotique durant la vie embryonnaire; 4" le parenchyme placentaire ou chorio-allantoidien, empruntant et rejetant des principes dans le milieu maternel ou dans le milieu ambiant sur les vertèbres ovipares.
G. Parenchymes non glandulaires producteurs d'éléments anatomiques. Leurs organes premiers sont le testicule et l'ovaire.
A ces parties similaires il faut ajouter pour ces deux derniers, comme pour le rein et même le poumon, des organes représentés par des conduits vecteurs différant de ceux des glandes, en ce qu'ils sont pourvus d'une couche musculaire ou au moins d'une muqueuse propre et distincte (uretère, canal déférent,, trompe, trachée).
Contrairement à ce qui est pour les glandes, les parenchymes non glandulaires forment partout l'organe fondamental de quelque appareil (respiratoire, placentaire, urinaire ou génital) auquel se trouvent annexées quelques glandes, comme partie constituante complémentaire. Celles-ci peuvent manquer d'une espèce animale à l'autre dans chaque appareil, ce qui n'a jamais lieu au contraire pour l'organe parenchymateux non glandulaire.
D. Les cryptes ou parenchymes phanérophores. Ces parenchymes, qui se rattachent tous au système dermo-papillaire ou de la vie animale, tout d'origine ectodermique, ont des parenchymes tous les caractères indiqués plut haut (p. 141} tant pour ce qui conceine leur provenance embryonnaire que pour ce qui regarde leur composition élémentaire et leur texture. Si au lieu d'être séparés les uns des autres, isolés, disséminés sous la peau et sous quelques muqueuses, comme le sont d'autre part les follicules sudoripares, etc., ils étaient agglomérés comme le sont les ovisacs, etc., il n'est pas douteux qu'ils présenteraient un aspect parenchymateux du genre de celui qu'on observe sur l'ovaire, etc.
Ils comprennent :
1° Les follicules et les papilles dentaires des aiguillons des Sélaciens, etc., etc.
2" Les follicules et papilles pileux et plumeux.
3° Les cryptes squameux.
4» Les organes premiers analogues des articulés, des annélides, etc.
Les attributs de ce système sont les uns d'ordre organique et relatifs à la production des dents, poils, plumes, etc. ; les autres sont relatifs à des actes de sensibilité spéciale, en tant qu'organes d'impression.
Comme pour la plupart des autres systèmes, leur étude n'acquiert tout son intérêt qu'autant qu'on la poursuit d'une espèce animale à l'autre, de l'homme jusqu'aux articidés, aux mollusques, etc.
Ce sont, comme on le voit, les seuls parenchymes qui entrent comme organes plus ou moins accessoires dans la composition des appareils dont ils font partie, les seuls aussi qui se trouvent dans des appareils de la vie animale.
Leur structUK; les éloigne du reste des autres parenchymes tant glandulaires
(jue «on glandulaire et demeure plus ou moins analogue à celle de la muqueuse buccale et de la peau à laquelle ils sont annexés [voy. Dent et Pileux). Mais il est certain qu'ils conservent avec les parenchymes les analogies résultant de leur origine embryonnaire et fœtale par involution ectodermique et une structure à la fois épilhéliale et nosodermique vasculaire.
Enfin ils sont aussi continûment géne'rateurs d'éléments anatomiques spéciaux par modifications directes des cellules épilhéliales et génétiquement.
Sur les vertébrés deux ordres de diflérences séparent les cryptes, ou follicules portant une pap///e à leur fond, des culs-de-sac ou des vésicules closes, etc., des autres parenchymes.
La première concerne leurs épithéliums. Tous sous des épaisseurs diverses présentent les trois couches épithéliales dites basilaire, couche de Malpighi et couche cornée, en continuité avec les mêmes couches dans l'épiderme. Au fond du follicule, on suit la même continuité de ces couches de la surface de la papille dans les poils et les plumes formés de cellules épithéliales monologues et muant au même titre que les cellules épithéliales cutanées {voy. Génération, p. 420, et Peau).
Dans les autres parenchymes non glandulaires et surtout dans les glandes au contraire, en passant de la peau à leurs canaux excréteurs, et surtout en suivant plus profondément ceux-ci, des troiscouches épithéliales ci-dessus on n'en trouve bientôt plus qu'une : c'est l'homologue de ce qui est la. couche basilaire dans l'épiderme.
Les glandes et les parenchymes, agissant par exe rémentit ion en particulier, n'ont d'autres cellules épithéliales que des homologues de colles de cette couchelà. C'est cet homologue seul de l'épithélium basilaire qui remplit dans ces parenchymes le rôle élaboraleur tant secrétaire dans les glandes qa éliminateur dans le rein, etc., qui est caractéristique et spécial pour chacun d'eux (p. 141- 142). C'est lui qui est le siège non-seulement du rôle physiologique indiqué plus loin, mais encore des altérations morbides qui caractérisent les tumeurs de ces parenchymes. En effet, tandis que sur la peau et les muqueuses atteintes d'affections homologues les cellules de la couche basilaire offrent seules des modifications de même genre; les cellules des couches cornée et de Malpighi, conservant leurs caractères jusque dans leurs altérations, apportent là, au contraire, des particularités pathologiques qu'on ne trouve pas dans les glandes. Ce sont, en un mot, celles qui séparent ce qu'on appelle le cancroïde de ce qui est nommé le cancer.
L'autre ordre de différences entre les cryptes et les parenchymes précédents porte sur la constitution de leurs parois propres. Celles-ci, outre leurs relations avec la constitution du derme avec lequel elles se continuent, offrent cette particularité que leur fond est muni d'une papille; celle-ci est un homologue des papilles cutanées et des muqueuses dermo-papillaires, sous les divers rapports de leur mode de naissance embryogénique, de structure et souvent de forme. C'est à tort que ces papilles, en raison de leur volume rendant facile la mise en évidence de leur consistance propre, ont reçu les noms depulpe dentaire, de ja/umes, etc.
Pour le follicule dentaire en particulier, c'est sa paroi qui, née avant l'os des maxillaires, se trouve graduellement circonscrite, entourée, comme pressée, entre cet os en dehors et le cortical osseux, de la formation duquel sa face interne est le siège {voy. Os, p. lo6). C'est celte paroi folliculaire devenue ainsi interosseuse, mince, très-adhérente à l'os par ses deux faces, qui, tout en conservant sa struc-
ture choriale propre, forme ce qu'on appelle le périoste alvéolo-dentaire [voy. Dent, p. 50 et 108).
A la face profonde ou externe de cetlc paroi folliculaire, ses capillaires se continuent dans l'os maxillaire comme le font ceux du péiioste ; mais son oi'igine dermique et sa structure plus complexe montrent qu'elle ne saurait être assimilée au périoate autrement que de nom {voy. Lamineux, p. 269). On voit de plus que, quels que soient les progrès de l'âge, elle ne disparaît pas, comme le fait le tissîi cellulaire périostique aux sutures du crâne.
A ces divers points de vue, ce serait donc une erreur formelle que de vouloir nier l'existence de cette paroi sur l'adulte, aussi bien que de chercher à la considérer comme un homologue du tissu fibreux des ligaments, etc.
§ VI. Du RoiE PHYSIOLOGIQUE DES PARENCHYMES. Lcs parenchymes non glandulaires doivent ici être examinés en premier lieu. Chacun d'eux en effet constitue l'organe fondamental d'un appareil, ce qui n'est pas pour les glandes. Le rôle rempli par ces parenchymes spécifie les fonctions ; rien de plus net à cet égard que ce fait pour chacun.
Ce qui se passe dans le parenchyme pulmonaire caractérise la respiration; ce qui se passe dans Je parencliyme l'énal caractérise l'essentiel de l'urination, et ainsi des autres pour les divers parenchymes non glandulaires {voy. à cet égard Organe, p. 455, \°, 1", 3°, 4» et 5°; p. 454, b, et Sexe).
Ce qu'il y a de commun dans les actes accomplis par les parenchymes glandulaires en général consiste en l'emprunt au plasma sanguin de principes immédiats rejetcs ensuite, avec formation de principes qu'eu ne trouve que là, par lépithélium des glandes à l'exclusion des autres parenchymes. A ce point de vue une différence importante doit encore être signalée. Dans les parenchymes non glandulaires, chacun d'eux constitue l'organe fondamental de quelque appareil dont la fonction s'exerce continûment, la génération exceptée. Aucun de ceux-ci n'est le siège d'une formation de principes immédiats caractéristiques, mais, quelle que soit la diversité d'action de l'un à l'autre poumon, placenta, rein, follicules sudoripares, etc., il y a continuité de fonctionnement de ces organes, tant qu'ils existent. Cela est en particulier pour ce qui concerne le placenta proprement dit, le placenta vitellin des Sélaciens, sauf aussi les conditions d'âge et autres pour le cas de l'ovaire et du testicule.
Sauf ces cas, là il y a dans les autres parenchymes non glandulaires continuité d'action, avec uniformité même en ce qui touche le poumon et le placenta, diminutions ou augmentations variables d'intensité pour ce qui concerne le rein, les follicules sudoripares et le testicule.
L'action des glandes ou parenchymes glandulaires, au contraire, ne présente pas les intermittences proprement dites dont les actions nerveuses et musculaires sont parfois le siège; mais pour toutes, sauf peut-être les glandes sébacées, pituitaires, lacrymales, et les glandes vasculaires, elle est discontinue ou au moins réduite à un minimum infinitésimal, avec interruptions normales plus ou moins longues; elle n'a lieu que sous l'influence delà présence, toujours temporaire, d'un excitant de telle ou telle sorte, selon la nature de l'appareil auquel les glandes sont annexées. Ce stimulant peut être normalement de provenance extérieure, comme dans le cas des glandes salivaires, gastriques, etc., d'ordre organique, comme tel ou tel état physiologique d'un appareil, dans le cas des glandes mammaires, de Méry, etc.
On ne voit d'exception à l'ensemble de ce qui précède que pour les parenchymes représentés par les follicules dentaires, pileux, plumeux, etc. (p. 152). C'est-à-dire que les uns et les autres ne remplissent qu'un rôle accessoire, dans la fonction de digestion pour les premiers, dans celles de la vie animale ou de relation pour les autres, eu égard au toucher particulièrement et à ce qui des usages de la peau se rattache à la protection de l'individu spécialement.
Rôle spécial des parenchymes glandulaires. Les glandes sont des producteurs de principes immédiats, sous forme d'humeurs {voy. Organe, p. 437 et suiv.), pour ce qui concerne les glandes à conduits excréteurs. Ces principes sont au contraire versés isolément dnns la lymphe ou dans le sang qui sort du parenchyme, pour le cas des glandes sans conduits excréteurs ou vasculaires, tant sanguines que lymphatiques.
L'acte moléculaire essentiel ou de sécrétion dont elles sont le siège se passe dans l'intimité de leurs cellules épithéliales.
Toutes les glandes ne font que remplir un rôle spécial de perfectionnement, mais accessoire au fond dans l'accomplissement de telle ou telle fonction, sans accomplir nulle part elles-mêmes l'essentiel d'une fonction à la manière de ce que font les parenchymes non gtandidaires {p. 152, C), poumon et placenta, testicule et ovaire, etc.
Quoi qu'en pensent, explicitement ou non, ceux qui vont répétant la formule erronée disant fonction de sécrétion, Vensemhle des glandes ne constitue pas un appareil ; l'acte de sécrétion dans ce qu'il a tant de commun que de caractéristique pour chaque glande ne représente pas un concours vers l'accomplissement d'un but commun {voy. Organe, p. 448 et suiv ).
Ce qui est au contraire, c'est l'annexion de glandes à tous les appareils, même le nerveux central (glandes pinéale et pituitaire), en tant qu'organes accessoires. Celui qui en contient le plus est le digestif, d'un bout à l'autre, glandes concourant toutes, à des degrés divers, par les humeurs qu'elles produisent et versent, à l'ingestion, puis à In liquéfaction qui est le but à atteindre pour qu'il y ait digestion, et finalement à l'absorption consécutive.
Viennent ensuite l'appareil générateur {voy. Fécondation et Sperme), chacun des appareils des sens (y compris le toucher par les glandes sébacées) et enfin les appareils respirateurs par les glandes trachéales, de la phonation, etc., Ch. Robin (voy. Tableaux d'anatomie, 1850, 2*' tableau et suivants).
Partout ici également c'est un rôle plus secondaire encore que dans l'appareil digestif, c'est-à-dire de moins en moins indispensable, que remplit le produit liquide des parenchymes glandulaires prenant part comme organes accessoires à la constitution de chaque appareil.
Les glandes sans conduits excréteurs ou vasculaires, tant sanguines que lymphatiques, toutes, y compris sans doute les follicules clos isolés et agminés des muqueuses digestives [voy. Muqueux, p. 446 et 455), sont des organes accessoires du groupe des parenchymes, qui sont spécialement annexés à l'appareil de la circulation.
Là encore ce n'est pas d'une manière indifférente ou arbitraire qu'est établie cette liaison des glandes aux vaisseaux ; c'est spécialement au contraire à ceux qui remplissent le rôle de veines portes que sont liés ces parenchymes {voy. Rate, p. 411-414).
Aux principes immédiats spéciaux produits chimiquement par chaque glande, à l'état d'occlusion nécessaire pour la circulation dans l'appareil vasculaire, cor-
respontl inévitablement l'absence de conduits excréteurs des parenchymes annexés. Par suite, aux principes immédiats spécialemeat formés dans chaque glande à follicule clos ne se trouvent pas ajoutés d'autres principes liquides par ceux-ci de manière à former une humeiir comme dans les autres glandes. Les composés chimiques formés par sécrétion, principes soit coagulables, soit cristallisables, passent ici individuellement du tissu propre de l'organe dans la lymphe ou dans le sang qui sortent de ce dernier [voy. Lymphatique, p. 465). D'où les modifications de ces humeurs constituantes par ces produits.
Inutile d'insister sur ce qu'il y a là de commun physiologiquement entre ces glandes et celles à conduits excréteurs, savoir la formation de principes immédiats spéciaux pour chacune, puis ce qu'il y a de différent, savoir l'addition aux produits essentiels de ces dernières de principes immédiats communs à toutes les parties de l'organisme : d'où une production plus ou moins fluide et évidente.
Il est bien entendu qu'il n'est pas question dans ce qui précède des glandes pinéale, pituitan-e, amygdales, coccygiennes, intercarotidienne, sans conduits excréteurs, mais dont les relations lonctionnelles intimes avec les appareils qui les portent restent encore à déterminer.
Il importe actuellement de préciser en quoi consiste l'acte moléculaire même, qui est commun à tous les parenchymes glandulaires, avec ou sans conduits excréteurs, en même temps qu'a lieu la foimation d'autant d'espèces de principes ou produits différents qu'il y a d'organes premiers (ou glandes) distincts dans ce système, c'est-à-dire de conditions particulières de cette formation.
Etyniologiquement sécrétion veut dire aussi bien choix que séparation, diacrise, sélection et ségrégation.
Excrétion veut dire aussi séparation, mais plus spécialement dehors ou apocrise et expulsion [voy. pins loin, p. 165-164).
Les progrès de la physiologie ont montré qu'il n'y a sécrétion, dans le sens grammatical du mot, triage suivi de mise dehors, que dans certains des parenchymes non glandulaires, le rein et les follicules sudoripares.
Mais ici rien de mieux caractérisé que le fait du simple enlèvement au sang afférent de principes cristallisables provenant de la désassimilation de la généralité des tissus, ou accidentellement introduits en excès dans le plasma sanguin {voy. Plasma). Le sang efférent au contraire ne contient plus de ces principes qu'une minime proportion. Comme pour les humeurs d'origine glandulaires il y a autant d'eau enlevée au sang qu'on en trouve dans l'urine ou dans la sueur. Les autres composés de l'urine, etc., sont les types chimiques des excréments réels, c'est-à-dire autres que des résidus de la digestion. C'est cette séparation que j'ai appelée Vexcrémentition, en raison de ses différences avec la sécrétion proprement dite dont sont le siège les parenchymes glandulaires, bien plus nombreux que les précédents. Excrémentilion n'indique, il est vrai, que le résultat de l'acte de séparation, mais au moins ce terme n'avance aucune hypothèse touchant au mécanisme moléculaire, au fond encore inconnu de cet acte, en ce qui touche son intimité substantielle entraînant la séparation de certains principes à l'exclusion des autres. Il est certain toutefois qu'il s'agit ici d'une question de relation entre les propriétés chimiques des composés qui sont dans le plasma et de ceux dont sont formés les capillaires, la paroi propre des tubes et les épithéliums du rein, etc.
Vexcrémentition est donc l'action moléculaire par laquelle le rein, les folli-
cules sudoripares, le poumon et \e placenta rejettent hors de l'organisme, dans la totalité duquel ils se sont formés par désassimilation, les principes cristallisables précédents, qui sont en effet les excréments re'els ou proprement dits, distincts des excréments résidus ou résiduels de la digestion {voy. Organes, p. 409, 428, 439, et Développement).
Ici l'action spécialement exercée dans le rein et les sudoripares par leurs épi- Ihéliums ne consiste donc plus dans la formation de principes immédiats, cristallisables ou non, qui n'existent ni dans le sang artériel, ni dans le sang veineux; elle consiste en un fait de déshydratation des albuminoïdes du sang, qui laisse exosmotiquement passer avec l'eau les principes cristallisables d'origine organique ou de désassimilation plus ou moins solubles, jusque-là en dissolution dans les albuminoïdes mêmes.
Un fait capital distingue d'une manière caractéristique V excrémentilion de toute sécrétion proprement dite, récrémehtitielle ou glandulaire; c'est que, dans les glandes vasculaires sanguines, ainsi que dans le foie pour le sucre, on ne trouve pas les principes nouvellement formés dans les artères ou la veine porte, tandis qu'on les trouve dans les veines venant de ces glandes ; c'est que, dans les glandes mammaire et autres à conduits excréteurs on ne trouve les principes qu'elles forment ni dans leurs artères, ni dans leurs veines, mais seulement dans le liquide sécrété ; au contraire, sur les parenchymes non glandulaires (rein, etc.), on trouve les principes du liquide excrémentitiel dans le sang artériel qui arrive au tissu, et on ne les trouve plus dans le sang qui l'a traversé, dès qu'il arrive dans les veines oii ce sang entre dépuré.
Ajoutons qu'en même temps qu'a lieu V excrémeyitition, par issue des principes hors des capillaires, il y a dans ces derniers pénétration endosmotique inverse de principes en quantité équivalente à celle dont a eu lieu la séparation •dans les branchies, les poumons et les placentas (voy. Organe, p. 455).
Caractéristique des actes accomplis par les parenchymes glandulaires. On voit déjà que dans ce passage exosmotique de tels auti'es principes, aussi bien qu'à la surface des membranes séreuses et autres {voy. Séreux, p. 307), il y a autre chose qu'une filtration, qu'une transsudation, que l'action d'un filtre sélecteur; ces désignations donnent même une idée fausse ou au moins incomplète de la nature des phénomènes {voy. Glandes, p. 75, et Sécrétion, p. 62).
Dans les parenchymes glandulaires ou glandes il y a d'abord de leur part à l'égard du sang : triage, choix, puis mise dehors d'un certain nombre de principes tels qu'ils existent déjà dans le plasma ; mais de plus il y a formalion de principes immédiats qu'on ne trouve que là où ils se forment et sont versés, principes qui ne se rencontrent ni dans le sang artériel ni dans le sang veineux pour les glandes à conduits excréteurs ; qui ne se trouvent que dans les glandes sans conduits excréteurs et leur sang veineux, pour le cas spécial de celles-ci.
C'est cette formation, chimique ou moléculaire au fond, véritable épiplasie (dans le sens chimique) de principes immédiats, qui caractérise ce qui se passe dans ce qu'on a toujours appelé les glandes proprement dites, les parenchymes glandulaires; épiplasie qui est la caractéristique de l'essentiel de l'acte formateur des j humeurs récrémentitielles et récrémento-excrémentitielles {voy. Organe, p. 457-458).
Lieu d'accomplissement des actes propres aux parenchymes glandulaires.
On sait de plus : 1" que les cellules épilhéliales des glandes, c'est-à-dire celle de leurs parties qui est d'origine soit ectodermique, soit eiidodermique, sont le 'lieu (lociis régit actum), le siège de cette épiplasie; 2" que presque simultanément à cette épiplasie les principes immédiats épiplastiques et spéciaux à chaque espèce de glandes sortent de ces cellules par exosmose, en même temps que ceux qui simplement séparés du sang ne font que les traverser pour tomber : 1» dans les culs-de-sac glandulaires à conduits excréteurs; 2" dans les vésicules closes sans conduits excréteurs, d'où ils repassent dans le sang veineux seulement.
Là est la caractéristique de ce qu'on appelle communément les sécrétions proprement dites et de ce qui distingue on ne peut .plus nettement celles-ci de \ excrémentition (p. 156).
Nous connaissons (yoy. Orgake, p. 429, 450 et 445) les conditions générales de cette épiplasie survenant dans les épithéliuras et de quelle propriété de tissus, la nutrition, elle représente un cas particulier, avec autant de variétés qu'il y a d'espèces de glandes.
On sait aussi que cette épiplasie est spécialement un cas particulier de Vassiinilation dans la formation de tous les principes albuminoïdes ou coagulables des humeurs qui en renferment quelqu'un les caractérisant (caséine du lait, etc.).
Le complément de cette caractéristique a été donné ailleurs {voy. Muqueux, p. 46-5). Mais encore est-il qu'il faut spécifier qu'en nombre de cas (salives, pepsine, pancréatine, etc.) cette production de principes immédiats dans ces conditions est déjà un dédoublement d' albuminoïdes complexes en d'autres plus simples, dans le genre de ce que sont les peptones par rapport à la géline ou osséine, à la musculine, etc. {voy. Principes immédiats).
L'acte qui caractérise la sécrétion dans les séreuses est au fond de même ordre que celui qui a lieu dans les glandes pancréatiques, etc. Il consiste en la lormation par les séreuses d'un principe immédiat coagulable caractéristique des sérosités {voy. Séreox), la métalbumine, formation ayant lieu à l'aide et aux dépens de la plasmine du sang {voy. Plasmlne). Il y a là physiologiquement, en raison de ce qui s'opère dans les épilhéliums, uq dédoublement analogue à celui qui physiquement détermine dans l'économie comme au dehors la formation de fibrine naturellement solide d'une part, de métalbumine liquide qui reste dans le, sang de l'autre.
La sécrétion par la séreuse consiste ici en un dédoublement de la plasmine en métalbumine, qui passe dans la cavité close avec des autres principes immédiats trouvés dans la sérosité, et en quelque isomère liquide de la fibrine qui reste dans le sang.
Il y a là au fond production par les séreuses d'un albuminoïde liquide à la manière de ce que les glandes mammaires, pancréatique, etc., font lors de la formation de la caséine, de la pancréatine, etc. Ici enfin le fait de la formation de la métalbumine comme principe immédiat caractéristique des sérosités classe nettement ces dernières parmi les humeurs sécrétées, les sécrétions, distinctes des exhalations, au même titre à ce point de vue que le font le lait, les salives, etc.
Notons en outre que dans les cas d'inflammation des séreuses la production du liquide surabonde en même temps qu'est plus ou moins modifiée et diminuée la production de la métalbumine, c'est-à-dire l'acte qui caractérise la sécrétion
séreuse. La plasmine passe alors dans le liquide en tant que plasmine. Au point de vue de la formation de la fibrine, elle se comporte ensuite dans les sérosités plasmatiques et hydropisiques retirées comme elle le fait dans le plasma de la saignée, ce qui caractérise les pleurésies et les hydropisies dites fibrineiises .
Ainsi dans le cas des tissus disposés en membrane et même simplement mis à nu l'analyse comparée du plasma sanguin et du liquide sécrété, dit exsudé, montre aussi que, outrele c/?o/a:, en rapport avec la composition immédiate des éléments du tissu de certains principes, ou de certaines proportions des principes de ce plasma partout le même, il y a en outre formation de principes nouveaux, durant le passage des premiers au dehors, au travers des éléments de la trame séreuse et de sa couche épilhéliale.
Un fait non moins caractéristique de la physiologie des parenchymes glandulaires est que : dans la production de toutes les humeurs à principes immédiats essentiels cristallisables cette epiplasie est un cas particulier de la désassimilation, de l'apparition de principes cristallisables pour désass imitation, dans les conditions dites de la désassimilation par dédoublement, etc., se produisant en quelque sorte en excès par rapport à ce qui est dans la nutrition générale. Tel est le cas pour les principes caractéristiques de la bile, pour le sucre de lait, etc. {voy. Organe, p. 427).
L'épiplasie de ces principes, en un mot, correspond à la désassimilation des tissus en général, par ce fait qvxe, comme dansées derniers, ce sont des principes cristallisables n'existant ni dans le sang artériel, ni dans le sang veineux des glandes qui se forment dans l'épilhélium même de celles-ci. Mais, à part les sécrétions sébacées et du beurre, ceux des principes ainsi formés qui remplissent dans ces humeurs le rôle physiologique essentiel sont tous des composés cristallisables, d'espèces chimiques autres que ceux qui viennent de la désassimilation des tissus cellulaires osseux, musculaires, etc., ou mésodermiques proprement dits.
Ici cette production du [sucre de lait, du tuurocholate de soude, etc. {voy. Bile), est due à des dédoublements chimiques de même ordre que ceux qui se passent dans les tissus en général, mais poussés plus loin en quelque sorte que les dédoublements qui donnent lieu à la formation de principes coagulables(p. 158).
Dans les épithéliums des glandes vasculaires ou sans conduits excréteurs ce sont sans doute des phénomènes de même ordre que les précédents qui se passent et amènent la formation soit de principes coagulables, soit celle de composés cristallibles. Toutefois rien encore ne peut fixer à cet égard.
Quoi qu'il en soit, tout ce qui précède s'ajoute à ce qu'on sait de la génération, etc., des épithéliums, pour montrer que, loin d'être des produits de sécrétion, ce sont précisément eux qui sont le siège, les agents des sécrétions.
Les Anciens disaient que l'excrétion suppose la sécrétion, sed non vice versa. Cela est vrai, car on voit la sécrétion telle qu'ellea été définie (p. 157) continuer alors que V excrétion est empêchée, et conduire surtout à la formation de kystes. Mais il n'est pas moins certain que, comme pour la nutrition en général {voy. Okgane, p. 425), la formation moléculaire ou chimique de principes dans l'intimité des cellules est suivie de leur issue hors de ceux-ci, sans quoi le produit ne servirait à rien. Il est facile de comprendre que dans le cas particulier de la sécrétion ou epiplasie, comme dans le cas général de la nutrition, cette issue
est une des conditions fondamentales d'existence de l'organisme même. Il n'est pas jusqu'aux glandes sans conduits excréteurs qui ne gardent rien de ce qu'elles sécrètent.
C'est manifestement pour n'avoir tenu aucun compte des données précédentes que quelques auteurs ont confondu les productions ayant lieu dans l'intimité des cellules et y séjournant {voy. Adipeux et Régression) avec les sécrétions et considéré la graisse des vésicules adipeuses comme un produit de ce genre.
Quant à l'issue des principes sécrétés, qui est ici manifestement de suintement moléculaire exosmotiqiie {voy. Muqueux, p. 463), et ainsi le plus généralement dans le cas de l'épiplasie intra-cellulaire de composés chimiques non miscibles à l'eau et aux albuminoïdes, elle a lieu pour le cas du sébum par la rupture des cellules mêmes dans l'intimité desquelles l'acte formateur s'est passé [voy. Sébacées {Glandes), p. 385, 389, et surtout 591]; pour le cas des globules du lait, ce n'est plus qu'un glissement de chacun d'eux au travers de l'épaisseur peu considérable de la substance molle de toute cellule épithéliale des culs-de-sac mammaires, jusqu'à leur issue hors de chacune de celles-ci qui n'en est pas lésée et jusqu'à leur arrivée dans le sérum qui distend déjj plus ou moins ces culs-de-sac.
L'exposé des notions précédentes fait reconnaître aisément ce qui a mené quelques auteurs à regarder les testicules et l'ovaire comme des glandes opérant des sécrétions morphologiques {voy. Glandes, p. 87), puis à croire à l'existence de glandes vraies et de /hî/sses glandes, etc., etc. Ils n'ont en effet été conduits à de pareils paralogismes que parce qu'ils n'ont pas tenu compte des particularités anatomiques et physiologiques qui dominent toute l'étude de la sécrétion d'une part, de Vexcrémentilion de l'autre; ils n'ont pas tenu compte : 1° de l'existence des principes immédiats du sang artériel comparativement à ceux du sang qui sortent des glandes d'une part, à ceux qui constituent le liquide produit de l'autre (p. 157) ; 2" du mode d'origine embryonnaire épithélialet mésodermique à la fois, des parenchymes; fait qui rend compte en même temps de leur structure complexe et de leurs propriétés, comparativement à celles des autres tissus, y compris les tissus qui sont le siège de la production et du développement d'éléments anatomiques (p. 152, G); ce qui précisément est le contraire de la production d'une humeur, d'une sécrétion; o" ils n'ont pas tenu compte surtout de la nutrition ou rénovation moléculaire continue, dont la sécrétion et même Vexcrémentition ne sont que des cas particuliers (p. 156), des conséquences directes.
Pour les sécrétions pigmentaires telles que la pourpre, l'encre des Céphalopodes et cireuses, le mécanisme de leur production diffère en quelques points de ce qui vient d'être dit. Ce n'est plus ici une élaboration dans laquelle les principes caractéristiques formés restent unis molécule à molécule aux éléments formateurs et invisibles dans leur masse, jusqu'à ce qu'ils suintent à leur surface, pour tomber dans la cavité du tube qu'ils tapissent ou soient entraînés par un afflux de liquide, liquide qui traverse le cul-desac glandulaire et son épithélium, sans détruire ni entraîner nécessairement celui-ci à chaque fois.
Dans les glandes sébacées {voy. Sébacé), celles qui forment les cires des abeilles et de quelques bourdons, les laques, les gouttes ou les granules pigmentaires plus ou moins gros et plus ou moins irréguliers de mélaïne dans
l'encre des céphalopodes, du principe de la pourpre, etc., on voit ces corpuscules (voy. Epithélium et Mélanose), de composition et de teinte diliérentes selon l'espèce de glandes, très-fines d'abord, puis de plus en plus grosses, se former autour du noyau qui est au centre de la cellule. Cliaque goutte occupe alors une cavité qu'elle remplit, cavité dont sa production a déterminé l'apparition. On ne voit aucun liquide interposé entre elles. La paroi est formée par la substance azotée du corps de la cellule; les contours indiquant ses faces interne et externe sont bien marqués et leur écartement indi(jue l'épaisseur de cette paroi.
Au fur et à mesure que le nombre et le volume de ces granules pigment taires ou de ces gouttes huileuses, résineuses, cireuses, etc., etc., à contour foncé, vont eu augmentant, la cellule devient plus grosse et sa paroi plus mince. Bientôt celle-ci se rompt, et le contenu, qui forme une masse plus considérable que la paroi de cette dernière, devient libre et entrahie avec elle celle paroi réduite à une mince pellicule {cellule secrétaire de quelques auteurs) qui, tantôt se liquéfie ou tantôt se retrouve dans le liquide, ou du moins mêlé à lui dans les culs-de-sac glandulaires ou dans le canal excréteur.
Ce mode de production des liquides sécrétés est connu sous le nom de s.e'cre'tion par déhiscence. Il n'est pas vrai que toutes les sécrétions aient lieu d'après ce mécanisme, comme beaucoup d'auteurs l'ont admis longtemps. Il est au contraire restreint au petit nombre de cas. Il diffère de ceux dont il a été précédemment question, en ce que, pour ceux-là, le rôle élaborateur dévolu aux épiibéliums s'accomplit dans toute leur épaisseur sans que son accomplissement entraîne la destruction immédiate de chaque cellule.
Avant de se rompre, la cellule pleine de gouttes de cire, etc., est déjà écartée de la paroi glandulaire contre laquelle elle s'est individidualisée; elle en est écartée par une nouvelle couche de noyaux et de matière amorphe se segmentant autour de ceux-ci comme centres pour former de nouvelles cellules. Il y a parfois même des cellules qui tombent et sont entraînées par l'humeur sécrétée sans qu'elles se soient rompues ou qui restent imparfaitement pleines des granules ou des gouttes colorés, graisseux ou cireux.
Ce mode de sécrétion, le moins répandu sur les animaux, l'est beaucoup plus dans les plantes, oîi cependant il existe aussi des cavités glandulaires, circonscrites par des cellules plus ou moins nombreuses. Sur les végétaux bien plus souvent que sur les animaux les produits huileux, résineux ou formés par des essences, sont associés à des liquides aqueux ou mucilagineux. La non-miscibilité de ces principes à l'eau et aux principes albuminoïdes fait que chez les animaux on ne trouve plus entre le produit sécrété et les cellules épilhéliales l'analogie de composition immédiate et de propriétés qui est si frappante dans les mucus et dans les sécrétions récrémentitielles {voy. Organe, p. 428).
C'est de ce mode de sécrétion qu'il faut rapprocher celui qui a lieu dans les glandes uni-cellulaires des chenilles urticantes et d'autres insectes. Placées sous la peau proprement dite de ces animaux, elles ont une cavité pleine de liquide, coloré ou non, cavité se prolongeant sans discontinuité dans celle d'un poil traversant le tégument chitineux et faisant saillie à la surface du corps ; la cavité du poil est pleine de liquide et sans orifice à l'extérieur, de manière que le fluide ne sort que lorsque la cellule s'ouvre par rupture du poil servant de canal excréteur.
C'est enfin de ce même mode sécrétoire que doit êlre rapprochée la produc-
DICT. KNC. 2* S. XXJ. H
tiou et l'excrëtioii du liquide hyalin des cellules ou vésicules utticantes intiacutanées ou sous-cutanées des actinies, des polypes médusaires, hydraires et autres; cellules qui contiennent en même temps soit des corpuscules bacillaires, soit des crocbels, avec ou sans iil, et doivent être plutôt rapprochées deséjùthéliums glandulaires que des cellules épithéliales cutanées proprement dites.
Dans certaines de ces glandes les principes essentiels restent sans production simultanée de liquides aqueux ou séreux. Les gouttelettes qu'ils formaient se soudent ensemble soit dans les cellules, suit lors de leur rupture. 11 en résulte alors des humeurs homogènes qui, selon la nature des produits, sont tantôt liquides ou demi-liquides, huileuses comme matière sébacée proprement dite et pure de l'homme, de plusieurs autres Mammifères, des oiseaux, etc. Dans certaines de ces glandes au contraire les liquides ainsi pro- <luits se concrètent dès qu'ils deviennent libres, comme on le voit à des degrés divers pour la sécrétion cireuse des abeilles, versée d'abord au fond des aires civières entre les anneaux de l'abdomen; c'est ce qui a lieu aussi pour les laques des coccus et de quelques cynips. D'autres lois ce passage à l'état concret ou demi-concret ne survient que peu à peu après le déversement du produit; c'est ce qu'on voit pour le cérumen, le musc des chevrotains et des crocodiles, le castoréum, la civetle, etc.; ce phénomène peut ne survenir qu'après l'évaporation des principes volatils et odorants ou non, accompagnant ceux qui sont fixes, comme on le voit pour le produit sécrété par les punaises, les brachines, etc. [voy. Sddoripare).
Dans beaucoup d'autres glandes, pendant que se forment dans les cellules les gouttes graisseuses, colorées, etc., ces cellules sécrètent en même temps (voij. Sébacé, p. 591) un liquide soit séreux, soit muqueux, dans lequel les gouttes du produit caractéristique restent en suspension émulsive, sans se fondre entre elles, ni dans ce dernier avec lequel elles ne sont pas miscibles. De là résultent les liquides éniulsifs laiteux ou jaunâtres, tels que le liquide des glazides des appendices mâles des Plagiostomes, des glandes parotides à venins des cranauds, des urodèles, celui des glandes cloacales, des mêmes animaux et des Ophidiens, celui des dytiques et des gyrins, etc.
En même temps sont produits les principes volatils odorants propres à un grand nombre de chacune de ces diverses espèces de glandes; principe dont la nature reste encore à déterminer pour la plupart, sauf quelques espèces de principes gras volatils, comme les acides hircique, butyrique, etc., dans le? matières sébacées.
Mais on ne sait rien de la nature des principes qui donnent leurs odeurs d'ail, de moutarde, de sulfure d'arsenic, de poudre brûlée, etc., que répandent certaines de ces humeurs chez les Mammifères, les Reptiles, les Insectes, etc. Il en est de même de ceux qui donnent leur odeur aux matières des glandes latérales des musaraignes, caudales des desmans et des ondatras; de ceux qui donnent au produit des glandes anales des chiens, etc., l'odeur de fiente de renard fraîche qu'elle présente loisqu'elle sort de ses conduits excréteurs.
Dans tous les cas précédents quelconques, normaux ou anormaux, relatifs aux produits versés par les parenchymes ni les principes immédiats propres à chaque sécrétion, pour le cas des glandes, ni les principes qui à côté d'eux demeurent tels qu'ils étaient dans le plasma sanguin dont ils viennent directement (fait oui est le même encore pour la totalité de ce qui forme l'urine, la sueur, l'exhalation pulmonaire, etc.), rien n'est le produit d'une prétendue et fictive rfmo-
hition (les cellules épithéliales, de quelque espèce de parenchyme que ce soit.
Le rôle éiaborateur des parois glandulaires est donc dévolu principalement à l'épitliélium qui tapisse les culs-de-sac glandulaires pancre'atiques, salivaires. ou les follicules gastriques, etc. Ce sont les cpithéliums qui font subir des modifications aux mate'riaux fournis par le sang, et ces épithéliums restent en quelque sorte gonflés et remplis par les principes caractéristiques des humeurs biliaire, salivaire, pancréatique, jusqu'au moment où il y a une surabondance de sang dans les capillaires de la glande ou de la muqueuse. Alors, par suite de cette surabondance de sang il y a une plus grande quantité de liquide qui passe des capillaires dans le tube de la glande ou à la surface de la muqueuse ; à ce moment, les principes caractcrisliques de l'humeur dont les épithéliums étaient chargés se trouvent entraînés dans la cavité même des tubes glandulaires ou à la superficie de la muqueuse. Ain^^i, il ne faut pas croire qu'au moment où la salive est versée surabondamment dans la bouche les principes caractéristiques que l'on trouve dans ce liquide soient formés instantanément. Ils existaient dans les cellules épithéliales, ils y étaient accumulés et ils sont, à un moment donné, entraînés dans ce tube glandulaire et versés à la surface de la bouche. Il en est de même pour les liquides pancréatique, biliaire, etc. Ils sont produits petit à petit dans les cpithéliums, et c'est là un acte de leur rénovation moléculaire nutritive propre, qui dure jusqu'au moment où ces épithéliums se trouvent traversés par une grande quantité de liquide qui les entraîne; ce qu'il fait en quelque sorte avant que par dédoublement désassimilateur elles soient arrivées à l'état de principes cristallisables azotés d'origine organique.
Cet acte ne s'observe pas seulement sur les épithéliums glandulaires ; il a îieu sur tous les épithéliums sans exception, mais avec des différences d'énergie d'une variété à l'autre et selon qu'il offre tel ou tel mode dans l'arrangement de ses noyaux ou de ses cellules. C'est là ce qui fait que les muqueuses dépourvues de glandes, comme celles de la vessie et du vagin, sécrètent des mucus ayant certains caractères communs, tandis que les glandes sécrètent de leur côté des liquides spéciaux, se signalant à côté des premières par des propriétés caractéristiques plus tranchées, dues à des principes immédiats, spéciimx également, qui se forment dans ces glandes {voy. Muqueux, p. 462, 465). Ces données s'appliquent également, comme on le voit, facilement aux humeurs qui ont pour principe fondamental et caractéristique la fibroïne ou quelque autre se durcissant soit à l'air, soit au contact de l'eau, comme la matière fournie par les glandes de la soie des chenilles et des araignées, celle de la ceinture des hirudinées, des organes formant le nidamentum ou coque commune des œufs de divers Gastéropodes marins et la coque particulière d'aspect corné de l'œuf de divers Plagiostomes (Ch. Ilobin. Leçons sur les humeurs, 1866. 2« édit., 1874, et Sur les tissus etles sécrétions. Paris, 1869, in-8°, p. 88, etc.).
L'action sécrétante incontestable de certaines cellules végétales spécialement disposées, sur les Labiées, Aurantiacées, etc., s'ajoute à d'autres faits sans nombre pour rendre inutile toute discussion de Thypothèse d'après laquelle les produits de la sécrétion seraient spécialement fournis par les lymphatiques.
Comme toutes les autres actions de même ordre qui se passent d'une manière semblable dans les plantes et dans les animaux, la sécrétion dans certaines des cellules végétales contredit également l'hypothèse d'après laquelle, outre l'action vaso-motrice réglant, régissant les afflux sanguins, il y aurait pour les glandes : 1 . des (ibres secrétaires provoquant l'afflux de l'eau rejetée ; 2" et encore des fibres
trophiqiies déterminant les métamorphoses chimiques du protoplasma des cellules en le transformant en produits soliibles retrouves dans l'humeur de la o-lande {voy. Orgakes, p. 431, 452, et Lymphatiques, p. 450-45'2).
En résumé doncla sécrétion a pour condition physique d'existence Vexosmose, mais elle en diffère et ne doit pas être confondue avec elle. Elle diffère de l'exosmose physique en ce que la substance complexe qui sort, molécule à molécule, au travers d'un tissu, est modifiée, chemin faisant, par ce tissu qui lui emprunte ou lui cède tel ou tel de ses principes, suivant la nature des principes de l'humeur qui fournit les matériaux de sécrétion et suivant la composition de ce tissu par tels ou tels principes immédiats. Ce sont ces actes subordonnés à la composition immédiate ou chimique du liquide qui traverse d'une part, du solide traversé de l'autre, qui caractérisent ici ce qu'on résume en disant qu'il y a choix de tels ou tels composés. D'où il résulte que l'humeur sécrétée est, au delà des parois sécrétantes, autre qu'elle n'était en deçà. Ce fait rend compte de l'issue de quelques principes contenus dans le sang au travers de certains tissus, de certaines glandes, et de l'impossibilité où il sont d'en traverser d'autres. En outre, ce fait lient à ce que la sécrétion a pour condition d'ordre organique ou vital d'effectuation de la nutrition, et, en particulier, celui de ces deux actes élémentaires qu'on nomme désassimilalion, comme l'absorption a pour condition d'ordre organique l'assimilation.
C'est là ce qui fait que, dans les sécrétions des parenchymes glandulaires, le liquide sécrété diffère du sang non -seulement par la proportion des principes constituants, mais encore parce que, pendant le passage au travers des éléments du parenchyme, il y a eu formation, production de certains principes immédiats n'existant pas dans le sang.
C'est ce choix d'une part (existant seul dans les parenchymes non glandulaires), c'est cette production de principes d'autre part (s'ajoutant dans les l'iandes au fait précédent), qui : a, caractérisent essentiellement la sécrétion, et qui : b, distinguent la sécrétion : 1» de Vexsudation, dans laquelle il y a simplement exosmose, suintement d'une tumeur telle qu'elle est de l'autre côté de la paroi ; 2" de Vexhalalion, dans laquelle il y a exosmose avec évaporation d'un liquide ou d'un gaz se séparant, isolément ou à peu près, d'une humeur ou d'un tissu, sans continuer un tout complexe.
De même, quoique en sens inverse, l'absorption a pour condition physique d'accomplissement la propriété d'endosmose ou d'imbibition. Elle diffère de l'endosmose physique en ce que la substance qui pénètre molécule à molécule est modifiée, chemin faisant, par le tissu en voie d'assimilation et de désassimilation qui lui emprunte ou lui cède quelques principes, suivant la nature des propriétés chimiques du liquide qui pénètre et des siennes propres ; d'où il résulte que le liquide absorbé est, au delà du tissu absorbant, autre qu'il n'était en deçà. La composition chimique des tissus et leur vascularité fontqu'ils absorbent plus ou moins vite, ou quelquefois n'absorbent pas une même substance. Subordonnée à la nutrition comme cas particulier, l'absorption est une propriété de tous les éléments anatomiques et, par suite, de tous les tissus. Ce n'est pas une fonction et il n'y a pas d'appareil de l'absorption, le transport circulatoire, qui lui fait suite en quelque sorte dans l'intestin, étant autre chose qu'elle-même.
§ VIII. Anatomie et puysiologie pathologiques des parenchymes. L'article Génération (p. 467) renvoie ici l'indication de la nature des produits morbides.
dont les parenchymes sont le point de départ, c'est-à-dire des tumeurs, nécessairement mixtes, à la fois épithéliales et mésodermiques, comme les tissus normaux, dentelles sont une provenance (p. 142 et 1-44, 145).
La multiplication accidentelle d'éléments anatomiques, altérés eux-mêmes ou non, individuellement, jusqu'à production d'une masse dite tumeur, au sein d'un tissu normal, est un fait pathologique plus fréquent dans les parenchymes que dans toutes les autres espèces de tissu. Il tient principalement à l'état mixte de leur constitution, par des épitliéliums d'abord, par du tissu cellulaire vasculaire ensuite, et en troisième lieu par la présence d'un ou de plusieurs conduits excréteurs complétant la composition de plusieurs d'entre eux. Chacune de ces parties constituantes elle-même devient à sa manière le point de départ de modifications pathologiques diverses, de plusieurs espèces de tumeurs distinctes, en un mot, pour chacune. L'étude de ces provenances pathologiques, faite avant celle du tissu normal dont elles dérivent, a conduit aux confusions les plus grandes qu'on puisse concevoir à l'égard des premières ; confusions de fait, autant que de dénominations, ainsi qu'il arrive toujours lorsqu'on veut i'aire l'anatomie pathologique avant l'anatomie normale, comme cela se voit encore si souvent.
Comme dans les autres tissus en général la cause première de la production des tumeurs dans les parenchymes n'est pas connue, mais elle reconnaît pour cause seconde essentielle ce fait que les unités anatomiques y conservent leur individualité végétative (nutritive, évolutive et reproductrice surtout), individualité qui fait que tel ou tel des éléments constitutifs venant à y multiplier outre mesure, avec ou sans hypertrophie, change l'état du tissu en devenant prédominant sur les autres, élément fondamental en un point où il n'était qu'accessoire normalement ; il représente ainsi un véritable tissu nouveau par rapport à celui dont il provient et à l'organe oiî il siège, bien qu'homologue à quelque espèce normale des tissus.
Il importe de noter ici de suite ce fait général que toutes les fois qu'une altération, hypertrophie, hypergenèse, etc., a pour point de départ l'épithélium d'un parenchyme tant glandulaire que non glandulaire, l'acte spécial qu'il accomplit, sécrétion, spermatogenèse, excrémentition urinaire, etc., loin d'augmenter sous un rapport quelconque, cesse au contraire complètement dans le point affecté et souvent dans l'organe entier dont il s'agit {voy. p. 151).
Les tumeurs provenant des parenchymes qu'il faut citer en premier lieu sont les kyi^tes ou tumeurs kysteuses tirant leur origine des vésicules closes, ou consécutives à l'oblitération des culs-de-sac ou des tubes sécréteurs et excréteurs des parenchymes, tant glandulaires que non glandulaires. Le point de départ de la formation du liquide distendant une cavité, primitivement microscopique en général et la rendant kysteuse, est bien réellemeut son épilhélium même ; mais ici la production morbide ne se développerait pas, si dès le début il n'y avait association à l'épithélium du tissu cellulaire vasculeux ambiant, formant la paroi du kyste. Épithélium et paroi de tissus vasculaires sont les deux parties constituantes évolutivement solidaires, dans lesquelles la couche épilhéliale est généralement de beaucoup la plus mince, sauf dans quelques kystes sébacés, mais tout aussi importante que la paroi vasculaire mésodermique, au point de vue de la sécrétion même du liquide distensif.
L'oblitération ^du conduit parenchymateux d'une part, constituant ce dernier en cavité close, la sécrétion par l'épithélium de celle-ci continuant, mais plus ou moins différente de ce quelle est normalemement : telles sont les deux conditions
essentielles de la production des kystes. Les causes mêmes de l'oblitération quand les kystes n'ont pas pour point de départ des follicules clos, les causes amenant les troubles sécrétoires, restent inconnues dans la plupart des cas. Mais la sécrétion qui continue détermine à la fois l'agrandissement de la cavité et l'épaississement de la paroi vasculaire; épaississement suivi ou non à la longue d'un amincissement jusqu'à rupture en quelque point {voy. Fibreux, p. 57 et suiv.)-
Nous avons spécifié quel est le mécanisme propre de la genèse et de la multiplication des cellules épitliéliales tant à la surface des téguments internes et externes qu'à la surface libre des tubes des parenchymes; comment, de plus, se produisent et augmentent de nombre les tubes et les vésicules de ces derniers {voy. Cellule, p. 598 et 691), en répétant ce qu'on observe sur l'embryon, quant à la formation des culs-de-sac par introrsion épithéiiale, et même quant à leurs dispositions morphologiques fondamentales.
Ce fait est en premier lieu l'une des causes essentielles de l'hypergenèse des cellules épitliéliales, et en particulier des hypertrophies glandulaires proprement dites [adénomes, tumeurs adénoïdes, etc.) dues à la multiplication en nombre plus ou moins considérable des culs-de-sac épithéliaux et de leur gaîne propre. Dans la mamelle et plus rarement ailleurs, les formes et les dimensions des conduits ainsi que des cellules individuellement deviennent ce qu'elles sont normalement. Parfois pourtant les cellules et leur noyau peuvent devenir plus gros, plus ou moins granuleux, plus ou moins différents, en un mot, de ce qu'ils sont dans les conditions normales.
Restent à préciser au point de vue génétique : i° les cas dans lesquels une portion ou la totalité de la glande sont atteintes; ceux dans lesquels il y à ou non enkystement de la portion de génération nouvelle ; 2° la liaison qui existe en ces cas les plus simples et les plus directs d'hypergenèse et ceux dans lesquels des masses morbides de tissu glandulaire, voisines d'une gbnde normale, offrant des analogies de structure avec elle, se trouvent être pourtant sans continuité de tissu avec celle-ci ; ce dont les tumeurs de la région parotidienne olfrent de fréquents exemples.
Ici on ne sait rien de précis sur la question de savoir si ce tissu glandulaire accidentel est dérivé d'extrorsions de la glande normale et s'en est ensuite séparé, comme normalement le thymus, la thyréoïde, etc., le font à l'égard de l'ectoderme trachéen {voy. Système), ou s'il y aurait au contraire genèse proprement dite, épithéiiale, etc., comme il y a, en cas analogues, genèse de cartilage, d'os, etc.
Les questions indiquées ici se posent encore, sans se résoudre d'une manière plus nette, à propos des tumeurs hétéradéniques. Ce sont des tumeurs pouvant atteindre jusqu'au volume des deux poings et plus, qu'on trouve dans des régions normalement dépourvues de glandes et qui cependant ont la composition élémentaire, la texture et les caractères extérieurs de couleur, consistance, etc., propres aux parenchymes glandulaires. Toutefois, bien que composées de tubesou de cylindres pleins, épithéliaux, plus ou moins longs, simples ou ramifiés, terminés enculs-de-sac, avec ou sans paroi propre glandulaire, plongés dans une trame de tissu cellulaire plus ou moins vasculaire, on ne peut les rattacher homologiquement ni à la mamelle, ni aux glandes salivaires, pancréatiques et autres. Dans leurs conduits on voit souvent des corps hyalins homogènes ou grenus sphéroïdaux, ovoïdes, etc., avec ou sans noyau central, dus peut-être à l'hypertrophie de quelque cellule épithéiiale, jouant là le rôle de concrétion, de corps étranger en nombre et sous des volumes variables, distendant plus ou moins les tubes ou
conduits caractéristiques du tissu accidentel. La marche de l'évolution de ces tumeurs est la même au fond que celle des hypertrophies glandulaires proprement dites, et les trouhles quelles causent d'autre part dépendent de leur siège.
Le peu de netteté des descriptions sur la structure des tumeurs ne permet pas de dire si les productions morbides décrites par Henle (1845) sous les noms de siphonomes et autres correspondent réellement à celles que je viens de signaler d'après les descriptions et les dessins que j'en ai publiés {voy. Cil. Robin, dans Lebert. Anntomie pathologique générale. Paris, 1860, in-fol., t. Il, et pi., et Robin et Laboulbène. Compt. rend, et Mém. de la Soc. de hiol. Paris, 4855, in-S", et pi., et Cellule, p. 692. Ch. Robin, Sur le tissu hétérademque. Gazette hebdomadaire, 4855, t. IH, p. 55).
Signalons en troisième lieu des tumeurs glandulaires qui se rencontrent surtout dans la mamelle, remarquables en ce que, en même temps que les culs-desac glandulaires augmentent de nombre et de masse, la trame mésodermique s'atrophie au contraire. Les culs-de-sac augmentent aussi de volume, leurs cellules et le noyau de chacune d'elles s'hypertrophient; ces cellules ne limitent plus un conduit ; elles forment par leur ensemble ua cylindre compacte, en général dépourvu de paroi propre et dont la surface touche directement la trame ambiante dans laquelle s'avuncent ces cylindres à mesure qu'ils se multiplient. Cette trame devient dure, comme fibreuse, moins vasculaire et moins abondante qu'à l'état normal. Les éléments des conduits galactophores, moins l'épithélium et la trame élastique, s'atrophient aussi. De ces particularités résultent à la fois une diminution de volume de la glande et l'induration de son tissu, avec rétraction du mamelon pour les galactophores qui se raccourcissent, lorsqu'il s'agit de la mamelle. De là les noms de sqnirrhe, d'hypertrophie glandulaire condensante et autres, donnés à cette variété de tumeurs.
Notons en quatrième lieu les tumeurs glandulaires colloïdes ou tumeurs colloïdes à trame glandulaire, dans lesquelles les conduits excréteurs sont plus ou moins atrophiés (mamelle, intestin, glandes salivaires, etc.); les culs-de-sac sécréteurs sont séparés des conduits et réduits à des amas sphériques ou cylindroïdes, etc., plus gros qu'à l'état normal.
Tumeurs d'origine parenchymateuse tant glandulaires que non glandulaires (rénale, testiculaire, épididimaire, ovarique pulmonaire, etc.), dites encéphaloïdes ou carcinomateuses. Ce groupe de produits morbides, qui a pour point de départ l'hypergenèse des cellules épithéliales des organes précédents, qu'ils soient d'origine endodermique ou ectodermique {voy. Mamelle et Sébacé, p. 404), est des plus importants à étudier sous tous les rapports. Ces tissus morbides comptent parmi les plus dangereux par leurs caractères de transmission héréditaire et de généralisation ; ce sont les tumeurs empiriquement dites cancéreuses ou carcinoma<e»ses. Ce groupe comprend toutes les tumeurs résultant d'une hypergenèse directe des épithéliums des parenchymes soit glandulaires, soit non glandulaires, d'origine tant ectodermique qu'endodermique, quelles que soient du reste les variétés de configuration et de situation de ces glandes dans les tissus mésodermiques [voy. p. 446, 149, et Système).
Il résulte de ce qui précède que les états morbides à\i?> cancéreux, etc., sont autant d'expressions pathologiques, désignant des états d'altérations, des maladies du système épithélial en général, des épithéliums profonds ou des parenchymes en particulier.
Se développant dans la profondeur des organes, ces tumeurs d'origine paren-
IhS PARENCHYME.
chymateuse ont déjà par ce fait un caractère de gravité spécial ; sans parler des caractères tenant à leur nature épithéliale, cette augmentation de volume et de quantité des cellules séparées de la trame vasculaire interglandulaire est une source de troubles nutritifs et sécréteurs dont la nature est facile à comprendre.
Les variétés en lesquelles on peut subdiviser les productions morbides de ce groupe selon leurs différences secondaires de couleur {voy. Mélanose), de vascularité, de consistance, etc., dans chaque cas nouveau qui se rencontre, sont des plus nombreuses. Elles ne sauraient encore être toujours définies et nommées avec précision, sans parler des cas dans lesquels, au lieu d'une disposition en masse sous forme de tumeurs, il y a simple épaississement des couches atteintes avec on sans ulcération et ramollissement, lorsque ce sont celles des follicules de l'estomac et de l'intestin {voy. Moricourt. Thèse de Paris, 1866, in-4°).
C'est dans les productions morbides de cet ordre et en général sous forme de tumeurs d'une faible consistance que rentrent, d'après leur structure, les productions morbides que la rapidité de leur accroissement et des accidents qu'elles causent, dans le tube digestif surtout, ont fait appeler cancers aigus. Cette rapidité survenant le plus souvent sans cause reconnaissable résulte de la prompte multiplication des cellules de tubes glandulaires affectés, alors qu'habituellement elle marche lentement durant des années. Elle s'accompagne également d'une multiplication et d'une dilatation peu communes des petits vaisseaux.
Les cellules, comme les tubes des parencliymes affectés, reproduisent dans leurs dimensions, leur structure, leurs formes, même développées outre mesure, les caractères qu'on observe sur les mêmes parties de l'organe primitivement malade. Lors de leur apparition dans ces conditions morbides, ces éléments se rapproclient beaucoup de ceux qu'on trouvait dans l'organe sain, ou même leur sont identiques; mais leur développement rapide les conduit en peu de temps à s'éloigner de cet état et à prendre les dispositions qu'on observe dans les noyaux ou les cellules correspondants de la mamelle, de l'épididyrae, etc., dont l'état accidentel a suscité leur genèse.
Ce sont surtout les éléments arrivés à ce degré d'évolution pathologique qui ont reçu les noms d'éléments du cancer , noyaux ou cellules cancéreuses, carcinomateuses, squirrheuses, etc., d'après ceux du tissu où on les trouve, et qui ont aussi été appelés hétéromorphes ou héiérologues. Le mot hétéromorphe paraît avoir été introduit dans le langage médical par Alibert (Monographie des dermatoses. Paris, J832, in-4°, p. 761), pour désigner les affections cutanées qui ne pouvaient être rangées dans aucun groupe dit naturel. Si l'on trouvait dans l'économie des espèces d'éléments distincts de celles qu'on rencontre ordinairement, au lieu d'altérations diverses de leur état normal, il y aurait aussi une génération hétéromorphe, ou mode de naissance différent de ceux que nous avons déjà étudiés. Mais il n'y a pas plus de génération hétéromorphe ou hétéroplasie (Lobstein) que de substances, d'éléments ou de tissus hétéromorphes ou hétéroplastiqiies [hétéroplasmes de Burdach, Physiologie. Paris, 1857, in-S", t. VII, p. 574). On en a supposé l'existence, faute de connaître les laits précédents relatifs à la génération des éléments, etc. ; faute de savoir jusqu'à quel degré peuvent s'étendre leurs aberrations structurales et morphologiques, comparativement aux phases normales de leur développement; faute enfin de pouvoir rattacher les divers états morbides aux états normaux dont ils dérivent. Ainsi ces mots et ceux de cancer, de cellules cancéreuses., squirrheuses, ou jeurs analogues, ne représentent par conséquent qu'un état, une phase
d'évolution accidentelle ou morbide de diverses variétés d'épilhéliums le plus souvent, et quelquefois des myéloplaxes et des noyaux du tissu cellulaire. Mais ils ne désignent pas une espèce déterminée et distincte tant d'éléments que de tissus ne pouvant être rattachée aux tissus naturels par sa structure, son évolution et ses autres propriétés.
Seulement l'analyse anatomique et l'embryogénie ont montré que les tumeurs qui ont le mieux les caractères de consistance, de couleur et de vascuJarisation qui les font dire encéphalo'ides à l'état cru ou ramolli, tirent ces caractères de leur provenance et de leur constitution anatomiques; elles les tirent aussi de ce qu'elles dérivent de l'épithélium des parenchymes et secondairement des portions des tissus mésodermiques correspondant aux involutions endodermiques et ectodermiques originelles.
De telle sorte qu'on peut dire que leurs caractères de pleine évolution morbide ne sont qu'une expression exagérée de ceux des tissus normaux auxquels elles se relient par leur origine, par leur composition anatomique par suite, composition qui reste essentiellement épithcliale, tant endodermique qu'ectodermique, puis accessoirement elles ont une trame de tissu cellulaire plus ou moins vasculaire. De telle sorte enfin que par l'analyse anatomique on peut remonter nettement de la tumeur au parenchyme dont elle dérive.
Ces tumeurs n'ont de commun, d'un parenchyme à l'autre, que ce qu'offrent aussi de commun les parenchymes, c'est-à-dire leur constitution par des épithéliums groupés de telle ou telle manière entre eux et par rapport à la trame de tissu cellulaire vasculaire. Les caractères communs qui s'ajoutent à ceux-ci n'ont qu'une importance fort secondaire, bien qu'on leur ait souvent attribué une prééminence qu'ils n'ont pas. Ces caractères sont ceux qui résultent des modifications structurales et morphologiques des cellules rappelées plus haut {voy. p. 153). II s'agit de ces changements graduels des cellules qui font que de l'état grisâtre, homogène, plus ou moins friable, plus ou moins demi-transparent, offert par les masses qu'elles composent et propre aux amas normaux d'épithélium, ces masses passent graduellement à un état mat, gris-jaunâtre ou blanchâtre, puis à un ton gris ou d'un blanc encéphaloïde, avec une friabilité et une mollesse graduellement correspondantes, plus ou moins comparable à celle du cerveau à l'état cadavérique.
Gomme nous l'avons dit, ces particularités sont dues non -seulement à l'hypertrophie des cellules et des noyaux (p. 168), mais surtout à ce que d'un état homogène le corps cellulaire est rendu hétérogène par formation de granules et de gouttes graisseux réfléchissant surtout les lumières blanche ou jaunâtre, à peu près comme le fait la myéline des tubes nerveux. Puis, quand en même temps la substance du corps cellulaire se ramollit, la pression, surtout à l'état cadavérique, la fait suinter mêlée de ces gouttes et des noyaux, sous forme de suc plus ou moins crémeux.
Aussi voit-on parfois les hypertrophies glandulaires simples ou adénomes avec ou sans kystes arrivera prendre par places cet aspect encéphaloïde au lieu de leur <îtat grisâtre, etc., par suite de modifications analogues aux précédentes. De plus enfin, ces complications structurales intimes, mais secondaires, surviennent même dans les tumeurs d'origine mésodermique des tissus cellulaires [voy. Laml>'eux, p. 262), de la moelle des os {voy. Moelle des os, p. 7, 15 et 58), etc.
La comparaison directe de l'état des épithéliums durant les phases successives des altérations précédentes prouve l'exactitude des données précédentes. Mais
no TARENGHYME.
elle est prouve'epar ce fait que l'augmentation de volume du noyau, la production d'un ou de plusieurs nucléoles brillants dans les noyaux, les hypertrophies et les déformations du corps cellulaire, avec production de gouttes ou granulations huileuses et autres, survient d'une manière régulière et constante dans des tissus normaux. On suit toutes les phases de ces modifications, alors naturelles, sur l'épithélium de la muqueuse utérine durant la grossesse, du deuxième au neuvième mois. On peut en constater le plein développement sur la caduque^ après chaque accouchement. Ces cellules épithéliales se trouvent vers la surface de contact de la caduque avec le chorion et ses villosités et aussi au niveau de la surface d'adhésion de la portion de muqueuse dite caduque réfléchie avec la caduque vraie. Ainsi partout, en un mot, où l'épithélium est resté huit mois environ sans pouvoir se desquamer et se renouveler comme pendant la vacuité de l'utérus, il présente des phases d'hypertrophie et des modifications de structure. Elles sont telles qu'elles donnent à ces cellules épithéliales les caractères essentiels que présentent les noyaux, leurs nucléoles et le corps des cellules dans les tumeurs dites cancéreuses de la mamelle, du testicule, du rein, etc., genre d'hypertrophie et de modifications graduelles de structure qui, observé à un certain degré d'avancement dans les tumeurs, sans qu'on eût suivi les phases de sa progression, avait été considéré comme spécifique.
Qaaninn suc à'ilcajicéreux, il est représenté par les noyaux et les cellules épithéliaux des culs-de-sac glandulaires dissociés, dans un liquide résultant du ramollissement et de la diflluence de la substance qui normalement forme le corps de chaque cellule épitliéliale. II est rare d'en trouver au moment où une tumeur vient d'être enlevée; il se produit cadavériquement au fur et à mesure qu'on s'éloigne de cet instant.
Il est un fait qui se retrouve également dans quelques tumeurs d'origine mésodermique et qui conduit à les dire des tumeurs composées. Ce sont celles dans la structure desquelles entrent, par place déterminée, de petites portions de tissus qui, en d'autres cas, forment à eux seuls une tumeur. Cette particularité s'observe surtout dans les cas de tumeurs glandulaires, d'épithéliomas et de tumeurs fibreuses. 11 est, en effet, commun de trouver les premières : 1° compliquées de kystes, avec ou sans saillie, sous forme de végétation du tissu glandulaire hypertrophié dans ces kystes; 2° à' épithélioma en quelques points, surtout si la tumeur est ulcérée; 5° de lobules lipomateus; 4" de masses fibreuses; 5° de noyaux cartilagineux.
Les épithéliomas cutanés, à leur tour, peuvent être, sur la périphérie de la tumeur, compliqués : 1° d'hypertrophies glandulaires ou papillaires ; 2" d'hypcrgenèse des myéloplaxes, s'ils touchent les os; 3" de kystes des glandes sébacées et autres.
Indépendamment des cas d'hypcrgenèse proprement dite, de naissance en excès des épilhéimms en un lieu de l'économie où il en existe déjà normalement, on observe aussi la naissance accidentelle d'éléments de plusieurs espèces, ayant lieu aussi bien chez l'adulle que dans le fœtus, en des régions de l'économie où ces éléments n'existent pas iiormalement, d'où résulte l'apparition de tissus, sous forme de tumeurs plus ou moins complexes. C'est là une genèse avec erreur de lieu ou hétérotopique, une véritable génération aberrante [voy. Blastème, p. 576).
Mais, en outre, dans ces conditions-là, au sein des ganglions lymphatiques correspondant à l'organe devenu primitivement le siège de l'hypergenèse, on voit naître des tubes glandulaires ramifiés et terminés en csecuras de même
forme et de mêmes dimensions que dans l'organe malade avec lequel il» sont en connexion vasculaire, tubes constituant de véritables acini. Ici encore ce sont les culs-de-sac coupe's transversalement qui ont été et sont parfois encore décrits comme des alvéoles clos de toutes parts {alvéoles cancéreux], faute d'avoir fait une étude de la texture de ces produits morbides comparativement aux tissus normaux {voij. Carci.nome, p. 350).
Au lieu de tubes proprement dits, ce sont du reste le plus souvent de véritables cylindres pleins, composés de noyaux ou de cellules juxtaposés, qu'on observe alors.
De plus, en même temps que se manifeste cette aberration génétique on voit ici les éléments nouveau-nés, les cellules épithéli;iles en parliculier, offrir durant leur propre développement les mêmes aberrations que présentent celles des organes naturels devenus malades les premiers; en sorte qu'il y a corrélation, jusque dans leurs états pathologiques, des faits concernant la génération et le développement des éléments de l'organe devenu malade et du tissu morbide consécutivement produit, analogue au tissu de ce dernier organe.
Le mode de perturbation de la genèse des éléments qui vient d'être signalé a pour résultat la production, dans les ganglions, ou même ailleurs, d'un tissu qui offre ainsi diverses particularités curieuses à signaler : 1" ce tissu n'existe pas à l'état normal dans le lieu oîi il naît; 2" il n'est semblable à aucun tissu normal, mais bien aux tissus de la mamelle, du testicule, elc, tels qu'ils sont, alors qu'ils sont déjà devenus malades, que leurs cellules propres sont altérées.
Ces faits caractérisent les cas dits à' liétérotopie consécutive, c'est-à-dire de naissance de masses morbides, d'une structure déterminée, hors du lieu où siègent les tissus normaux correspondants, mais consécutivement à une lésion plus ou moins ancienne de ces organes naturels. Cette production peut, du reste, avoir lieu ailleurs que dans les ganglions. C'est ainsi que chez quelques sujets, pendant la durée de l'évolution de certaines tumeurs épithéliales ou glandulaires, ulcérées ou non, de l'utérus, du rectum, du testicule, du rein, de la langue, de la mamelle, etc., ou voit naître des tumeurs d'une texture analogue dans les tissus musculaire, cellulaire, dans les nerfs, dans le canal médullaire des os lui-même, dans leur tissu spongieux, etc., tous organes plus ou moins éloignés du tissu primitivement altéré et sans continuité de substance avec lui.
Nous avons déjà discuté (p. 141 et suiv.) les conditions remarquables de la naissance de tubes glandulaires et des cellules qui les tapissent, offrant une texture déterminée, analogue à celle des glandes, dans des régions dépourvues de glandes, et sans qu'aucun des organes d'une région voisine soit devenu malade avant cette genèse. De cette génération hétérotopique résulte la production, sous forme de tumeurs, d'un tissu analogue à des tissus qui existent dans l'économie, mais non dans le lieu où il se trouve.
Spécifions que pour les cas où l'on voit naître dans un canal médullaire, dans les muscles de la langue, etc., un tissu homologue à celui de la mamelle ou de la muqueuse linguale, etc., primitivement affectées, on ne saurait faire intervenir le transport embolique d'une ou de plusieurs cellules épithéliales de la tumeur primitive dans le lieu où naît le produit consécutif {voy. Carcixome, p. 391), cellules qui, là, se multiplieraient et se disposeraient en culs-de-sac.
Ainsi dans les ganglions lymphatiques correspondants aux parenchymes, primitivement malades, aux épithéliunis tégumentaires altérés, il y a genèse, avec erreur de lieu et de temps, de tissus ayant le même aspect extérieur, la même texture et les mêmes éléments que ceux que l'hypergenèse primitive (jointe au
172 PARENT-DUCUATELET,
développement anormal des cellules de l'organe naturel) avait fait apparaître dans son intimité. L'hypergenèse avec troubles dans l'évolution des éléments d'un tissu normal devient de la sorte une des conditions de la genèse d'éléments semblables dans les tissus voisins.
De plus, de l'une à l'autre des espèces de tumeurs précédemment notées appelées cancer, il y a des différences anatomiques notables, selon l'organe qui en a été le point de départ, différences égales à celles que présentent de l'un à l'autre les divers tissus normaux, et ne pouvant être saisies avec toute leur valeur qu'autant que déjà on connaît ceux-ci. De l'une à l'autre de ces tumeurs, il y a manifestement des analogies de consistance souvent, de couleur quelquefois, de composition intime même, au point de vue des caractères des cellules qui les composent; mais ces analogies ne dépassent pas celles qui, existant d'une glande à l'autre, les font appeler glandes, bien que chacune soit d'espèce particulière. 11 eu est de même des analogies entre les cellules. Elles offrent des caractères communs de multiplication, de généralisation ou de récidive, ce qui est tout un pour la cause; mais elles ne dépassent pas les analogies que présentent ces tissus dans leur mode de naissance, etc. Elles offrent, du reste, des différences notables dans la rapidité de leur évolution, comme le montre le squirrhe comparé au colloïde et à l'encéphaloîde.
Le mot cancer doit donc actuellement être rejeté scientifiquement comme tous ceux auxquels se rattache une idée fausse que leur emploi tend toujours à rappeler. En effet : 1° ce mot a été introduit en médecine avant qu'on sût rien de la nature des tumeurs; 2" depuis que celle-ci est connue manifestement, il est appliqué, par ceux qui l'emploient encore, à des tumeurs formées par des tissus divers, douées de propriétés qui ne sont pas les mêmes et dont il est impossible de faire même un groupe sans violer les règles de la logique la plus élémentaire; 3° le caractère tiré de ce que ces tumeurs seraient les seules qui envahissent le tissu sans jamais rétrograder se retrouve manifestement sur des tumeurs qui n'ont pas les autres caractères attribués au cancer et n'en ont pas reçu le nom (tumeurs fibreuses et autres) ; 4" le caractère tiré de la récidive presque constante après l'ablation offre les mêmes particularités; o° l'hypothèse d'un vice cancéreux inhérent au tissu ou aux éléments dits cancéreux, émise à l'époque où l'on ne connaissait ni la nature anatomique, ni les propriétés des tissus, mais nécessaire alors pour s'expliquer les propriétés précédentes des tumeurs, ne se trouve pas confirmée par l'observation ; elle ne peut servir de refuge pour conserver les termes carcinome ou cancer comme désignation de genre ou de classe, car il y a des sujets chez lesquels récidivent des tumeurs qui ont la structure de celles qui sont dites bénignes, et il en est chez lesquels ne récidivent pas celles qui ont la structure des tumeurs qu'on nomme cancer. Enfin, de toutes ces observations, il résulte que non-seulement c'est à l'étude des maladies de chaque tissu, en se fondant sur la connaissance de leur état normal, qu'il faut se reporter pour trouver ce que l'on attribue au cancer, mais, en outre, il résulte de ces observations que c'est à la constitution générale de l'individu dont tel ou tel tissu est devenu malade, et non au tissu morbide même, qu'on doit attribuer la gravité ou la bénignité de la marche des tumeurs, marche d'après laquelle on les disait cancéreuses ou non. Ch. Robi.n.
PAREXT-Dl'CHATELET (âlexaîsdre-Jean-Baptiste). L'un des médecins
PARENT-DUGHATELET. 175
liygiénistes le plus distingués des temps modernes. Il naquit à Paris le 29 septembre 1790, d'un père correcteur des comptes et d'une mère qui était fille d'un notaire. C'est au Châtelet, petite propriété située près de Montargis, qu'il passa son enfance. Il avait seize ans lorsqu'il fut envoyé à Paris. 11 y acheva ses études et embrassa la profession de médecin. Reçu docteur le 15 aoiàt 1814, il tenta d'abord, sans grand succès, de se créer une clientèle; il fut nommé médecin de la Société philanthropique et du Bureau de charité; lors de la réorganisation de la fiiculté, il fut nommé agrégé, mais sa grande timidité l'empêcha de faire des cours. Il se borna à faire passer des examens. Sa voie n'était, évidemment, pas là; il la trouva dans le conseil que lui donna Halle de se livrer entièrement à l'étude de l'hygiène. Il devait s'illustrer dans cette carrière qui exige un travail long, pénible, repoussant, dangereux, mais sûr dans ses résultats, et qui profite aux sciences, à l'industrie, à l'agriculture. Depuis l'anné 1821 jusqu'en 1856, Parent-Duchàtelet n'a pas cessé de s'occuper d'hygiène; il n'a pas passé un jour, on pourrait dire une heure, sans y travailler, et dans cet espace de quinze années il n'a pas publié moins de vingt-neuf mémoires. 11 fut nommé successivement membre adjoint du Conseil d'hygiène, médecin de la Pitié, puis membre titulaire du même conseil. C'est grâce à son initiative que furent fondées les Annales d'hijg. publique et de méd. légale. Nous allons indiquer ses principales publications :
I. Recherches pour découvrir la cause et la nature d'accidents très-graves développés en mer à bord d'un bâtiment chargé de poudrelle. Paris, 1821, in-8°, pi. — II. Recherches et considérations sur la rivière de Bièvre et sur les moyens d' amélioj-er son cours, relativement à la salubrité publique et à Vindusli-ie manufacturière de la ville de Paris. Paris, 1822, in-S". — III. Essai sur les cloaques ou égouts de la ville de Paris, envisagés sous les rapports de l'hygiène publique et de la topographie médicale de cette ville. Paris, 1824, in-8°. — IV. Rapport sur le curage des égouts Amelot, de la Roquette, Saint-Martin et autres. Paris, 1829, 111-8°. — V. De l'influence et de l'assainissement des salles dedissection. Paris, 1835. — Vl. Recherches pour déterminer jusqu'à quel point les émanations putrides provenant de la décomposition des matières animales peuvent contribuer à l'altération des substances alimentaires. Paris, 1831 (par de nombreuses expériences, par des faits parfaitement concluants, Ducliàtelet prouve, conirairement à la croyance publique, que, si les émanations putrides ont une action quelconque sur les substances alimentaires, cette action est très-faible et nullement proportionnée à celle qu'on lui attribue). — VII. Les chantiers d''équarrissage de la ville de Paris, envisagés sous le rapport de l'hygiène publique. Paris, 1832. — YIII. Rapport sur les améliorations à introduire dans les fosses d'aisances et les voiries de la ville de Paris. Paris, 1835. Commission composée de Labarraque. Chevallier et Parent-Duchàtelet. Paris, 183,5. — IX. Le rouissage du chanvre considéré sous le rapport de l'hygiène publique. Paris, 1832. Après de nombreuses expériences, conduites avec le tact, le zèle et la sûreté qui caractérisent les travaux de Parent-Duchàtelet, ce savant homme a donné les conclusions suivantes, sur une question dont on s'occupait beaucoup, et qui demandait une solution : L'homme peut prendre impunément des doses énormes d'eau dans laquelle on a fait rouir le chanvre ; tout ce qu'on a débité à ce sujet, sur de prétendus accidents et de prétendues épizooties, n'était probablement qu'un jeu de l'imagination, et nullement le fruit de l'observation ; on peut, sans dangers, conduire les bestiaux dans les lieux où l'on fait rouir le chanvre ; on peut, sans inconvénients, recevoir et introduire dans les bassins destinés à l'approvisionnement des villes, dans les tuyaux répartiteurs, l'eau des ruisseaux dans lesquels on aura fait macérer le chanvre. — X. Mémoire sur les véritables influences que le tabac peut avoir sur la santé des ouvriers occupés aux différentes préparations qu'on lui fait subir. Paris, 1829 (avec Darcet). Notre hygiéniste n'était pas homme à se contenter des assertions de Ramazzini, Fourcroy, Cadet-Gassicourt, Tourtelle, Mérat, qui tous ont signalé des dangers inhérents à la fabrication du tabac. « La juste célébrité de ces auteurs, écrit-il, donne à leur opinion une force qui impose la croyance et fait réjeter toute espèce de doute. Rappelons-nous cependant la maxime de Descartes : Cessons de croire à la parole du maître ». Citons encore le Mémoire sur les débardeurs de la ville de Paris, les Recherches sur la véritable cause des ulcères qui affectent fréquemment les extrémités inférieures d'un grand nombre d'artisans de la ville de Paris, le
Rapport sur les mconvéniens que présente sur la santé publique le battage des tapis. Parent-Duuhàlelet s'est encore exercé à traiter des questions purement médicales; on lui doit un Essai sur le choléra morbus (Thèse de doct., 13 août 1814, in-4°), un Essai sur Vinflammalion des membranes du cerveau ; dfs Hecherches (en'fcollaboration avec Martinet) sur l'inflammation de Varachnoide cérébrale et spinale, ou Histoire théorique et pratique de Varachnitis. Paris, 1821, in-S» ; enfin, un ouvrage posthume, qui a été publié par Leuret (Paris, 1836, 2 vol. in-8'; 1857, 1857), et qui est devenu célèbre : De la prostitution dans la ville de Paris. Ses divers Mémoires d'hygiène publique ont été réunis par Leuret, et publiés en 1836, 2 vol. in-8°.
Parent-Ducliâlelet est mort à Paris, le 7 mars 1836. Il n'avait que quarantecinq ans. A. C.
PARÉSIE. Le mot T.à.fiî'yiç signifie atonie, faiblesse , relâchement. Il répond donc à l'idée d'une paralysie léi^ère, incomplète. Cependant il a été employé chez les Anciens comme synonyme de paralysie, et c'est en ce sens qu'il figure dans le Dictionnaire de Castelli. Les auteurs qui ont admis celui de paralysie incomplète ne se sont pas toujours accordés entre eux, les uns entendant par là une paralysie bornée au mouvement, les autres une paralysie portant à la fois sur le mouvement et le sentiment, mais à un faible degré pour l'un comme pour l'autre.
Néanmoins, le sens le plus généralement suivi est celui de paralysie légère sans considération de la nature du trouble nerveux. D.
PARESSEUX. Les animaux que Buffon a décrits sous les noms à' Aï et à'Vnau et quelques espèces plus récemment découvertes ont été jadis rapprochés des Singes avec lesquels ils n'ont cependant pas beaucoup de rapports, si ce n'est dans les habitudes arboricoles ; mais aujourd'hui ils sont placés, par tous les naturalistes, dans l'ordre des Édentés (voy. ce mot), où ils constituent une famille distincte sous les noms de BradijpiJe's et, de Bradypodidés {Bradypodidse). On les appelle parfois aussi Paresseux ou Tardigrades, à cause delà lenteur de leurs mouvements qui n'est cependant pas, à beaucoup près, aussi grande qu'on le croyait primitivement. L'aspect de ces Mammifères est tout à fait étrange. Leur tête, en effet, est relativement petite et, par sa brièveté, par sa forme arrondie, par la petitesse des yeux qui semblent percés à la vrille et par l'absence presque complète des conques auditives, elle ressemble beaucoup à une tête de Tortue; leur corps est massif et complètement privé de queue et leurs membres, longs et robustes, se terminent par deux ou trois doigts seulement; leurs doigts ne sont pas libres et ne peuvent pas s'écarter les uns des autres, mais ils sont armés de griffes extrêmement développées qui sont portées par des phalanges unguéales très-mobiles et qui peuvent se replier en dedans de manière à transformer les extrémités en des crochets puissants dont l'animal se sert pour grimper ou pour se cramponner aux branches.
Tout le corps est revêtu d'une fourrure épaisse et grossière, on pourrait même dire hirsute, qui remonte sur la tête comme un capuchon et s'étend jusqu'au milieu des doigts. Cette fourrure offre en général des teintes grises, brunâtres ou verdàtres, mais e.st fréquemment relevée, soit par une ligne dorsale foncée, soit par une tache claire, située entre les épaules et marquée elle-même au centre d'une tache noirâtre. Le nez, un peu retroussé à l'extrémité, et let; lèvres, très-mobiles et préhensiles, sont ordinairement d'un brun noirâtre, et un trait de même couleur se prolonge souvent de chaque côté, à travers l'œil et sur
la tempe, ce qui achève de donner un aspect bizarre à la physionomie de ces animaux qui d'ailleurs n'exprime pas beaucoup d'intelligence.
Je ne dois pas omettre de rappeler aussi que l'estomac des Bradypodidés ressemble beaucoup par sa structure à cehii des Ruminants. Chez l'Aï, Wiedemann et Davernoy ont constaté l'existence de quatre poches principales, savoir : jo un grand sac tapissé d'un épithélinm épais et divisé en deux compartiments dont l'un se prolonge en un diverticuluni de forme conique; 2° un estomac arrondi ou bonnet faisant suite au précédent, mais étant aussi en relation directe avec l'œsophage au moyen d'une gouttière qui prolonge ce conduit; 3" un feuillet, ou estomac cylindrique placé à l'extrémité de la gouttière ci-dessus mentionnée; 4" une poche ovalaire et très-étroite, qui est située entre l'estomac <»t le pylore et dont la surface interne est fortement ridée.
Chez rUnau, la portion stomacale du tube digestif présente une conformation analogue qui est certainement en rapport avec le régime herbivore des Tardigrades, quoique jusqu'ici on n'ait jamais pu observer chez ces animaux de phénomènes de rumination.
Enfin Carlisle, Vrolik, Meckel et d'autres anatomistes, ont reconnu que chez l'Ai ou le Bradypus tridacfijluf! et chez le Bradijpiis torquatus il y avait un plexus brachial très-riche, comprenant une soixantaine de vaisseaux, un plexus sacré, un plexus hypogaslrique et un plexus crural, mais que ce dernier ne se prolongeait pas aussi loin que chez l'Unau, où il descend jusqu'au talon. En revanche, dans celte dernière espèce le plexus brachial est, paraît-il, toujours moins fourni que chez le Paresseux tridactyle.
Les Bradypodidés appartiennent tous à la faune du Nouveau-Monde. On en connaît maintenant sept ou huit espèces que M. J.-E. Gray, dans le dernier mémoire qu'il a consacré à cette famille, répartit en deux tribus : les Cholœpina, correspondant à l'aiicien genre Cholœpiis d'illiger, et les Bradijpodina, renfermant les genres Bradypus Gr. et Arctopithecus Gr. Les espèces du premier groupe ont deux doigts aux membres antérieurs et trois doigts aux membres postérieurs, le crâne renflé, le bord antérieur de la mâchoire inférieure prolongé en une sorte de cuiller, les premières molaires allongées, aiguës, caniniformes et espacées, de telle façon que les supérieures alternent avec les inférieures. Les espèces du second groupe au contraire ont trois doigts à chaque membre, le crâne oblong, le bord antérieur de la mâchoire inlérieure tronqué, la première molaire supérieure cylindrique, un peu plus petite que les autres, la première molaire inférieure comprimée et plus large que les suivantes.
Le genre Cholœpus a pour type ÏUnau de Bnffon ou Paresseux didactyle de Linné [Bradypus, actuellement Cholœpus didactylus), qui habite principalement la Guyane et le nord du Brésil et qui est représenté en Colombie par une race peu distincte. C'est un animal un peu plus gros qu'un Chat domestique et mesurant de 70 à 80 centimètres de longueur totale. Son pelage, assez long, mais sec et raide au toucher, est d'un brun grisâtre qui tourne au brun noirâtre sur la face interne des muscles et sur la tête. Passant toute sa vie sur les arbres, l'Unau se nourrit, comme tous les autres Bradypodidés, de bourgeons et de fruits, et se désaltère exclusivement, dit-on, avec la rosée qui humecte les feuilles. Pendant le jour il reste endormi, mais quand la nuit est arrivée il se met en mouvement et déploie dans les ténèbres une certaine activité. Autant que possible il ne descend pas sur le sol, où il serait obligé de se traîner péniblement, en s'appuyant sur les coudes, et, lorsqu'il veut quitter un arbre sur
lequel il ne trouve plus île ressources, il s'efforce de saisir les rameaux d'un arbre voisin, mais en pareille circonstance il montre la plus grande prudence et avant de lâcher prise il s'assure de la solidité du nouveau point d'appui. Une fois qu'il a pris ces précautions, il se met à grimper, et arrive facilement, en moins de vingt minutes, au sommet d'un arbre élevé d'une trentaine de mètres. A diverses reprises, des Unaus ont été ramenés vivants en Europe, et la ménagerie du Muséum d'histoire naturelle de Paris a possédé pendant quelques temps une femelle de celte espèce avec son petit.
Chez le Cholœpiis didactijlus il y a toujours sept vertèbres cervicales : il n'y en a que six au contraire, suivant M. Peters, chez le Cholœpiis Hoffmanni, espèce très-voisine de la précédente et originaire de Costa-Rica.
Les Bradypes diffèrent des Arctopilhèques par la conformalion de leur crâni; ils ont en effet les ptérygoïdiens renflés et vésicuiaires et la mâchoire inférieure prolongée en avant en un lobe tronqué, tandis que les Arctopithèques ont les ptérygoïdiens comprimés et compactes, la mâchoire inférieure élargie et tronquée en avant. En outre, chez les premiers, la livrée des deux sexes est la même, tandis que chez les seconds les mâles se distinguent par la présence entre les épaules d'une touffe de poils moins rudes que les poils environnants.
Dans le premier genre M. Cray place le Paresseux à crinière [Bradypus crinilus Brown) ou Paresseux à collier (B. torquatus Gray) qui se trouve dans diverses provinces du Brésil et qui porte une fourrure d'un gris jaunâtre avec un capuchon noir à longs poils pendant sur la nuque; dans le second genre au contraire, le même naturaliste range un certain nombre d'espèces ou de races qui ont été plus ou moins confondues sous le nom commun d'Aï. Parmi ce* espèces, dont quelques-unes au moins paraissent mal définies, il cite YArctopi' thecus cucuUiger Wagl. de la Guyane britannique, VA. guîaris Rùpp. de la Guyane hollandaise, VA. Blainvlllei Gr. du Biésil, VA. boUviensis Gr. de la Bolivie, VA. marmoratus Gr. du Brésil, VA. castanciceps Gr. du Nicaragua, VA. griseus Gr. de Costa-Rica et de Yeragua et VA. flaccidus Gr. du Venezuela et du Brésil. Dans cette dernière espèce, qui est peut-être l'Aï de Wagler, la fourrure est assez molle et d'un gris clair, parfois marbrée de taches blanches. Le pelage offre aussi des tons clairs et une certaine souplesse chez VA. griseus dont le mâle est toujours marqué, dans la région dorsale, d'une large tache jaune, légèrement bordée de brun et entourant elle-même une tache noire. Au contraire, dans les autres espèces, comme VA. cuculliger et VA. Blainvilki, qui répondent à l'Aï de Buffon, la fourrure est moins longue et plus rigide, et présente une coloration générale d'un gris sombre sur lequel se détachent une strie dorsale et un certain nombre de mouchetures blanches.
Les Aïs ont les mêmes mœurs que les Unaus et mènent comme eux une vie nocturne et essentiellement arboricole. Ils sont très-sensibles au froid et à l'humidité et, à la moindre pluie, cherchent un abri au plus épais du feuillage. Pour dormir ils rapprochent leurs quatre pattes, recourbent leur échine, penchent leur tète sur la poitrine et forment ainsi une boule grisâtre ou verdâlre qui se confond plus ou moins avec les branches sur lesquelles ils se tiennent accrochés. Leurs griffes s'enfoncent dans l'écorce avec tant de puissance qu'il faut souvent l'effort de plusieurs hommes réunis pour arracher l'animal à son support. Le nom d'Aï qui a été donné aux Paresseux tridactyles paraît être une imitation des cris plaintifs et perçants qu'ils font entendre quelquefois le matin ou le soir, surtout lorsque la faim les presse.
A la Guyane et au Brésil, ces mammifères iuoffensifs sont l'objet d'une chasse assez active de la part des nègres et des indigènes, qui les vendent aux marchands européens ou qui se nourrissent de leur chair, dont le goût est cependant fort désagréable. Ou fait aussi avec leur peau mince et solide des sacs et des couvertures. E. Oustalet.
Bibliographie. — Buffon. Ilisl. nat. gén. et part.. in-4°. Paris, 1749-1780; Quadrupèdes, art. Aï et Unau. — Wiedemann. JJeber die Verdauungswerkzeuge des Ai. In Arcfi. f. Zool. und Zoot , t. I, p. 141, 1800. — Carlisle. Account of a Peculiarily in the Distribution of the Arteries sent to the Limbs of the Slow Mowing Animais. In Philos. Transacl., p. 98, pi. 1, 1800. — Vrolik. Disquis. anat. physiol. de peculiari arteriarum extremitatuin
in nonnulis Animalibus disposiliones. Amsterdam, 1826, p. 6 et suiv., et pi 1. Carl'=,
Otto et d'Alton. Icônes anat. compar. illustr., in-fol. Leipzig, 1826-1848, part. IV, pi. 8.
G. Cdvier. Recherches sur les ossements fossiles, 4* édit., 1836, t. V, pi. 7. Du même.
Leçons d'anatomie comparée, édit. Duméril et Duvernoy, 1835, t. VII, 2» part., p. 57.
H.-D. DE Blainville. Osléographie des Mammifères, t. II, 1839-1864, Bradyp. — J.-E. Grav,
On the Genus Bradypus of Linnu'us. In Proc. Zool. Soc. London, p. 65, 1849. Dd même.
On the Bradijpodidœ. In Proc. Zool. Soc. Lond., p. 428, 1871. — P, GERVArs. Hist. nat. des Mammifères, t. II, p. 247, 1855. — H. Milne-Edwards. Leçons sur la physiol. et l'anat. comp., 1858, t. VII, et 1860, t. VI, p. 316, note. E. 0.
PABESTnËSlE {nxpi, mal, de travers, et aîve/jo-iç, sens). Paralysie légère de la sensibilité, D.
PARFAIT. Médecin à Paris, au commencement de ce siècle, après avoir été médecin du prince de Neufchâtel. Il devint médecin du ministère de la Guerre, du recrutement, membre du Bureau central des hospices et du Comité central de vaccine. Nous ignorons la date exacte de sa mort. Il a publié :
I. Réflexions historiques et critiques sur les dangers de la variole naturelle, sur ses différentes méthodes de traitement, sur les avantages de l'inoculation et les succès de la vaccine, pour l'extinction de la variole. Paris, an XIII (1805), in-S", 95 pp. — II. Mon journal de Van 1807, ou Voilà les gens du dix-huit irme siècle, 2" édit., revue, corrigée et augmentée, à la fin de laquelle on a joint la réfutation des trois derniers ouvrages anglais traduits en français en 1807, contre la découverte de Jenner, etc. — III. Rapport sur la vaccine. In Mém. des Soc. sav. et litt., t. I, p. 69. A. D.
PARFAIT-AMOUR. Liqueur autrefois célèbre et dont certaines pharmacopées ont recueilli la formule. C'est un ratafia de cédrat {voy. Ratafia) coloré en rouge par de la cochenille. II y entre du zeste de citron, de l'ambretle et de la vanille. D.
PARFUMEURS. PARFUMS (Hygiène). La parfumerie s'occupe de la préparation des eaux odorantes (esprits, eaux de senteur), des extraits d'odeur, des savons parfumés, des huiles et pommades, des poudres et pastilles pour les sachets, etc. Le parfum est la manifestation odorante des essences. La grande majorité des parfums provient des plantes; un petit nombre seulement est d'origine animale. Les essences odorantes des plantes ne résident pas toutes dans les mêmes parties. Chez les unes, c'est dans la racine, comme pour l'iris dans la tige souterraine, comme pour le vétiver; chez les autres, dans le bois : le cèdre, le santal ; dans la fleur : la rose, la violette ; dans la feuille : la menthe le thym, le patchouli; dans la graine : la fève tonka ; dans le fruit : le carvi; dans l'écorce : la cannelle. Quelques plantes ont plusieurs odeurs caractéristiques et distinctes suivant la partie d'où on les extrait. Voici d'après Piesse les noms des principales substances dont on extrait les parfums d'ori<^ine Dicr, ENc. T s. XXI. 12
végétale : acacia puant, amandes, ambrctte, anelh, anis, anis étoile ou badiane,, baume du Pe'rou, baume de Tolu, deStorax, de La Mecque, benjoin, bergamote, camphre, cannelle, carvi, cascarille, casse, cassie, cédrat, cèdre, chèvrefeuille, citron, citronnelle, concombre, églantine, fenouil, frangipane, gaultliérie, géranium, girofle, giroflée, glaïeul, liéliotrope, hovénia, hysope, iris, jasmin, jonquille, laurier, lavande, lilas, limon, lis, macis, magnolia, marjolaine, mélisse, menthe, muscade, myrrhe, myrte, narcisse, néroli, oliban, orange,patchouli, réséda, romarin, rose, salkaméria, santal, sassafras, styrax, thym, tonka, tubéreuse, vanille, vétiver, violette, verveine.
Les parfums d'origine animale sont le produit de sécrétions ou d'excrétions. Ils comprennent : l'ambre gris, le castoreum, la civette, l'hyraceum, l'ondatras ou rat musqué, le musc.
L'usage des parfums remonte à la plus hante antiquité. Il semble être originaire de rinde et de la Perse. Cabylone fut pendant longtemps l'entrepôt principal des aromates du monde entier. Ils servirent d'abord aux rites religieux. En Egypte on les préparait dans les temples où on les ofirait chaque jour aux di«ux. Les Hébreux rapportèrent cet usage de l'Egypte : le grand prêtre seul avait le droit d'offrir des parfums à Jéhovah. Ces parfums étaient le nard, l'encens, la myrrhe, le safran, la canne odorante et l'aloès (arbuste fort abondant dans tout l'Orient). On s'en servait encore dans les purifications religieuses des femmes qui d'après la loi devaient durer un an entier •. six mois avec l'huile de myrrhe et six mois avec d'autres senteurs.
Les parfums étaient aussi employés au culte des morts ; on les répandait sur les corps. Us servirent dans les embaumements, on les brûla sur les bûchers mortuaires. Plus tard, ils entrèrent dans les habitudes de la vie usuelle. On les employa dans les fêtes. Le luxe s'en empara, puis la débauche.
Les Grecs se passionnèrent pour les parfums : ils en avaient pour chaque partie du corps ; pour chaque fonction ; les uns étaient réputés utiles pour la lucidité de l'esprit, d'autres pour la digestion, d'autres dans les orgies. On se rendait à la boutique des parfumeurs comme on se rend aujourd'hui au café.
Les Romains héritèrent de l'Orient et de la Grèce ce goût des parfums et les habitudes efféminées. Le jonc odorant était leur parfum le plus commun et réservé exclusivement aux courtisanes ; les plus estimés étaient les roses de Pœstum, le nard, le mégalium, le télinum, le malabalhrum, l'opobalsamum, le cinnamome. Ils les employaient avec une folle profusion pour parfumer leurs bains, leurs chambres, leurs lits. Certains parfums dont se servaient les matrones romaines coîitaient jusqu'à 800 francs le kilogramme. Dans une fête que donna Néron à Baies, la dépense pour les roses seulement s'éleva à 4 millions de sesterces, soit 500 000 francs. Dans l'Europe du moyen âge et moderne les parfums sont d'abord employés pour le culte, comme dans les temps antiques. Plus tard les croisés rapportèrent d'Orient le goût des aromates et des senteurs suaves. C'est en Italie qu'il se générahsa. L'usage des senteurs s'introduisit en Angleterre sous le règne d'Elisabeth, avec les gants parfumés et les sachets. En France, l'abus des parfums se répandit avec Catherine de Médicis. Henri III et ses mignons renouvelèrent à cet égard les honteux exploits de Néron. La vente des parfums était et resta le monopole de la corporation des maîtres et marchands gantiers parfumeurs jusque vers la Révolution.
De Thou nous apprend que les favoris de Henri III vendaient les offices de justice .à des parfumeurs et autres artisans de luxe et de débauche.
Une autre époque où l'abus des parfums fut encore en France comme le signe distinctif de l'immoralité est celle de la régence et du règne de Louis XV. A la cour, l'éliquette en était venue à prescrire l'usage d'un parfum différent chaque jour et Versailles recevait le nom de cour parfumée : madame de Pompadour dépensait parfois jusqu'à 500 000 francs de parfums par an, et le maréchal de Richelieu dans ses dernières années vivait au sein d'une atmosphère odorante que des soufflets lançaient dans ses appartements.
Singulier rapprochement que nous oiïre l'histoire de tous les peuples et de tous les temps, bien fait pour nous dispenser d'insister sur les considérations d'iiygiène moi aie que soulève la question !
On peut distinguer dans la parfumerie deux sortes d'opérations : la première consiste dans la préparation des essences elles-mêmes que Ton extrait directement des fleurs, la seconde, dans la mise en oeuvre de ces essences et dans leur incorporation aux graisses, esprits, vinaigres, savons, etc., livrés à la consommation .
La fabrication des parfums et des essences offre en France une trèsgrande importance; elle a lieu principalement à Nice, à Grasse, à Cannes, à Nîmes et à Montpellier, et leur exportation annuelle dépasse 50 millions de francs. Grasse et Cannes fabriquent en moyenne cliaqiie année 150 000 kilogrammes de pommades et d'huiles parfumées, 250 kilogrammes d'essence pure de néroli, 450 kilogrammes de petit grain, 4000 kilogrammes de lavande, 1000 de romarin, 1000 de thym. Nice et Cannes produisent ensemble 25 000 kilogrammes de violettes. Nice seule 200 000 kilogrammes de fleurs d'oranger, Cannes environ 175 000 kilogrammes de fleurs de cassie.
La distillation autrefois en usage n'est guère plus usitée, si ce n'est pour l'extraction môme des essences. Les eaux odorantes sont en effet des dissolutions des différentes essences dans l'alcool. On obtient les huiles parfumées et les pommades, soit par infusion, soit par digestion dans les huiles et les graisses, soit par absorption ou enfleurage, c'est-à-dire en étendant les fleurs sur un tissu de laine ou de coton imprégné d'huile que l'on soumet ensuite à Faction de la presse.
Les ouvriers des fabriques de parfums ne sont guère incommodés par les opérations qu'ils pratiquent. Quelques-uns, cependant, ne s'accoutument que difficilement à leur action. Il y a chez eux de la céphalalgie, des troubles nerveux, de la somnolence, de la perte d'appétit, tous symptômes variables, plus ou moins accusés suivant les idiosyncrasies. Chez presque tous, on peut constater un certain malaise, au début, mais généralement peu persistant. L'assuétude aux parfums est la règle. Leur action sur l'économie est d'ailleurs celle des huiles essentielles qui les dégagent. Les symptômes observés sont absolument analogues à ceux que provoquent les éthers, les hydrocarbures et les aldéhydes.
Ces inconvénients professionnels varient suivant le procédé de préparation usité. Les ouvriers employés à la distillation y sont plus sujets ; chez ceux qui extraient les parfums des fleurs au moyen de l'éther et du sulfure de carbone, les accidents nerveux, d'ordre complexe, sont parfois très-accusés.
Quelques parfums sont plus susceptibles que d'autres d'incommoder ceux qui les manipulent ; nous signalerons :
Le parfum ou essence d'amande qui entre dans plusieurs préparations de parfumerie : savon, cold-cream, cosmétique, etc. ; cette essence est un véritable poison qu'on ne doit manier qu'avec la plus grande attention.
Les parfums ou essences de cédrat, d'orange amère, de bergamote, de limon, qui causent chez les ouvriers qui râpent l'écorce du fruit des accidents nerveux assez caractérisés et des éruptions sur les parties en contact avec ces essences ;
Les parfums ou essences de jacinthe, d'héliotrope, de jasmin, de tubéreuse, de musc, de patchoiili, etc., qui provoquent assez facilement de la céphalalgie très-vive. Je ne repi'endrai point ici les diverses considérations d'hygiène qui ont été émises à propos des odeurs, dans l'article de ce Dictionnaire consacré à ce mot. Elles sont les mêmes pour les parfums.
Le rôle qu'on a voulu faire jouer à ces derniers comme désinfectants n'est que secondaire. Toutefois, la grande affinité que certaines de ces essences ont pour l'oxygène explique la part d'action qui peut leur être attribuée dans la neutralisation des émanations putrides.
Uu point sur lequel il me paraît intéressant d'appeler l'attention est celui qui se rapporte aux soit-disant propriétés nutritives que l'on a attribuées de tous temps aux parfums. Il y a dans cette opinion quelque chose qui se rapproche de la vérité, en ce sens que la plupart des essences parfumées : éthers composés ou aldéhydes, agissent sur l'organisme comme de véritables agents d'épargne par le ralentissement qu'elles apportent dans le mouvement de désassimilation. Cette manière de voir concorde assez bien avec l'abus des parfums dans l'Orient, et leur usage indiqué pendant les longs jeûnes. Pour ma part je ne suis pas éloigné de croire que cet abus, surtout dans les harems, est pour quelque chose dans l'embonpoint prononcé des femmes de ces contrées qui vivent enfermées au milieu de flacons d'essences de toute espèce, de pâtes, de pastilles et de cosmétiques des plus odorants, entre un brîile-parfums et des boules de senteur qu'elles roulent sous leurs pieds ^
Pour terminer, nous croyons devoir citer quelques exemples des diverses préparations usitées dans la parfumerie.
1 Cet article était écrit quand, au sujet de l'emploi des essences artificielles dans la fabrication des liqueurs, MM. Poincaré et Vallois (de Nancy) ont communiqué au congrès de La Haye un excellent mémoire contenant des recherches expérimentales sur les animaux , et dont il nous a paru utile de reproduire les conclusions :
« Il faut une dose assez forte des divers parfums pour produire des phénomènes appréciables, non-seulement chez les chiens, mais encore chez les cobayes : .5, 8 et même 12 cen timètres cubes chez les premiei's, de 5 à 6 chez les seconds. A cette dose les accidents sont presque instantanés et en apparence fort graves. Les accidents ont consisté en prostration suivie de coma chez les cobayes, mais moins accentuée chez les chiens où elle alternait avec de l'agitation; en éternuements et projection d'un mucus mousseux parfois sanguinolent. Tous, quelle que soit la nature du parfum, ont été en proie à une dyspnée de plus en plus intense, déterminant des mouvements rythmiques trés-é tendus des parois abdominales, ainsi que des alternatives d'extension et de flexion de la tête.
« Chez ceux qui avaient pris des parfums dananas, de pomme et de framboise, l'hypersécrétion muqueuse s'accompagna de râles bronchiques qui s'entendaient à une grande distance. La toux s'est produite chez les animaux ayant reçu des parfums d'ananas, de pomme, de framboise et de fraise. Un tremblement général s'est manifesté chez ceux ayant pris des parfums d'ananas, de poire et de framboise. Mouvements de rames des quatre membres, sous l'influence de l'ananas, framboise et fraise. En outre : tympanisme considérable, chute du rectum, vomissements, clignement désordonné des paupières, contractions intestinales se dessinant â travers les parois abdominales. Deux petits chiens allaités par une mère recevant de la pomme ont eu des selles sanguinolentes.
« Malgré la gravité apparente des symptômes observés, aucun des chiens mis en expérience n'a succombé. Trois cobayes seulement ont succombé.
« Sur le terrain de l'hygiène pratique on peut déclarer que la quantité de parfum nécessaire pour produire des accidents appréciables est telle qu'on ne saurait redouter les effets de la quantité infinitésimale que renferme chaque unité alimentaire. »
PARFUMKURS. 181
Nous commencerons par donner, d'après M. Piesse, le relevé suivant des quantités d'essences fournies par les principales plantes aromatiques :