‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.73Chapitre 32 sur 112 · FRANCE · texte numérisé non relu

FRANCE

De 0 à 5 ans

6il 60i

Age inconnu

Ce tableau est très-démonstratif.

Considérons d'abord la population française en 1876 : elle nous présente les caractères d'une population normale ; le nombre des vivants va en diminuant d'âge en âge à mesure qu'ilsjappartiennent à une génération exposée depuis plus longtemps aux coups de la mort.

Au contraire, à Paris, ville d'immigration, on voit le nombre des vivants augmenter notablement à partir de l'âge de 15 ans. C'est le fait des adultes qui

affluent dans la grande ville pour lui demander du travail. C'est à partir de 20 ans qu'ils paraissent surtout y accourir.

Ainsi, et le tableau précédent permet de faire facilement ce calcul, avant 20 ans, on compte en France une proportion de 35 pour 100 habitants, population urbaine ou rurale, sans distinction ; c'est un peu plus du tiers. A Paris, on n'a pour cette catégorie d'âge que 27, un peu plus du quart. Dans l'âge adulle, au contraire, les conditions sont inverses.

De 20 à 50 ans, on a 43 pour 100 en France et 56 à Paris : la population parisienne est donc adulte pour plus de moitié.

Cependant, à partir de 55 ou de 00 ans, on voit le nombre des vivants décroître à Paris plus vite qu'en France. C'est qu'en effet les immigrés sont rares à cet âge ; au contraire, beaucoup de personnes âgées quittent Paris pour aller jouir dans quelque campagne de la fortune qu'ils ont amassée dans la grande ville.

Au-dessus de 50 ans, la supériorité du nombre revient donc à la population totale de la France : 21 pour 100, Paris n'ayant que iQ.

En résumé, la population adulte, à Paris, est plus forte que la population d'âges extrêmes d'une quantité de 13 pour 100.

Faisons remarquer en passant combien seraient erronées les déductions que l'on voudrait tirer, au point de vue des chances de vie moyenne, de la comparaison des catégories d'âge de la population de Paris; les conditions nomades de cette population enlèveraicut toute exactitude à de semblables calculs.

11 en est de même des autres conséquences de ce groupement artificiel; ceux qui ne le connaissent pas ont parfois attribué à la population parisienne des privilèges de santé et de fécondité qui ne lui appartiennent point. « Si en effet, dit Bertillon, on annonce à une personne qui n'a pas réfléchi à ces problèmes que la nuptialité parisienne se mesure par 90 à 100 mariages annuels par 10 000 habilanls, alors qu'on en compte à peine 80 en France; que la natalité parisienne se traduit annuellement par 29 à 50 naissances vivantes par 1000 habitants et que l'on n'en compte que 26 en France, elle sera portée à trouver très-satisfaisante une telle abondance de mariages et de naissances, alors qu'en réalité cette apparente fécondité des légitimes amours cache une grande parcimonie et d'association et de fécondité conjugales ; de même, lorsque l'on verra que la mortalité parisienne se mesure dans les années ordinaires par 23 à 24 décès par 1000 habitants, à très-peu près comme en France, on sera tenté de s'émerveiller qu'une population si agglomérée, si surmenée par les excès de travail et de plaisirs, qui offre une proie si facile aux contages épidémiques, etc., jouisse pourtant d'une vitalité presque égale à celle de nos campagnards. La connaissance de la composition si spéciale de la population parisienne, exposée ci-dessus, peut faire soupçonner que ces résultats si flatteurs sont peutêtre artificiels. L'étude impartiale des documents va nous montrer en effet que ces premières appréciations, quoique ayant été longtemps en usage dans les régions officielles, sont absolument AUlacieuses, et qu'au fond ces rapports de mouvements sociaux à la population qui les a produits, en apparence si favorables, cachent une énorme dilapidation annuelle de la vie humaine, tant par la stérilité voulue, qui empêche de procréer, que par les méphitisraes de toute nature qui, chaque année, et en dehors des fatalités organiques, livrent à une mort prématurée de formidables contingents » (Bertillon, in Annuaire statistique de la ville de Paris pour 1880, p. 141).

4" Sexe. D'après les années antérieures au census de 1866, sur 100 habitants de Paris, il y en a 50,2 du sexe masculin et 49,8 du sexe féminin.

En France, on comptait, avant la guerre franco-prussienne, à très-peu près autant d'hommes que de femmes. Ainsi, en 1866, le census trouve 1005 hommes pour 1000 femmes; mais en 1876 il n'y en a plus que 995, ou 1007 femmes pour 1000 hommes, et à Paris 1020 femmes pour 1000 hommes.

5» Nuptialité. La Seine vient au troisième rang des départements pour la nuptialité, immédiatement après la Charente-Inférieure, où il y a 9,61 mariages annuels sur 1000 habitants, et l'Allier, où il y en a 9,62. La proportion pour le département de la Seine est de 9,38, celle de la France en général étant 8. Mais il faut se ra[tpeler qu'à Paris, comme l'a prouvé Lagneau, le nombre des individus aptes au mariage est notablement plus élevé qu'en province (33 au lieu de 23 pour 100); et alors on arrive à constater que proportionnellement au nombre de ses jeunes gens mariables la nuptialité du département de la Seine est une des plus minimes, 4 départements seulement venant après lui à cet égard.

Sur 1000 hommes (veufs ou célibataires) de 18 à 65 ans, 65 se marient annuellement en France, 62,4 seulement à Paris; sur 1000 femmes de 15 à 50 ans, 66 contractent mariages en France; 62 à Paris (voy. Annuaire statistique de la ville de Paris pour 1880), infériorité qui paraît tenir pour une large part aux conditions d'isolement d'un grand nombre d'adultes qui, venant des départements ou de l'étranger, ne trouvent point pour aider à leur mariage les relations de famille qui en province en constituent le plus ordinairement les préliminaires.

L'immigration dans les villes entraîne d'ailleurs partout l'ajournement des mariages ; c'est la même raison qui augmente considérablement, à Paris, le nombre de ces Associations libres, qui échappent absolument aux enquêtes statistiques, mais parmi lesquelles Berlillon s'est efforcé de circonscrire un groupe moralement supérieur aux autres et jusqu'à un certain point comparable à celui des mariages légitimes ; « groupe où les conjoints, spontanément unis pour échapper aux formalités, aux exigences et aux conséquences de l'association de la famille, témoignent d'un certain degré de solidarité conjugale, par leur îfttachement à leur foyer, l'empressement du père à reconnaître les enfants issus de cette union et souvent à les légitimer par un mariage régulier » . Bertillon estime à plus de 80 000 le nombre des personnes, tant hommes que femmes, ainsi associées ; il paraît disposé à ajouter aux mariages officiels ces associations durables qui se passent de la consécration de la loi ; grâce à cette addition, on trouverait à Paris un nombre de ménages proportionnellement égal à celui du reste de la France.

Il faut se garder, suivant nous, de rapprocher trop étroitement du mariage cette situation qui, en somme, n'est qu'un des degrés du concubinage et où les conjoints redoutent en général la réalisation d'une des principales espérances des unions légitimes, la naissance des enfants, contribuant ainsi à l'amoindrissement de la population, eux qui habituellement ne se sont associés qu'à la période de la vie la plus productive et sous l'impulsion des besoins sexuels qui devraient rendre leur union spécialement féconde.

6" Natalité. Le nombre annuel moyen des naissances, qui était de 56 000 environ pendant la période décennale 1872-1881, dépasse actuellement 60 000 j il a été de :

En 1881 60,856

Ces naissances, de 5000 en moyenne par mois, sont un peu plus nombreuses pendant l'hiver, atteignant leur maximum en février ou mars, pour descendre à leur minimum mensuel pendant les mois de septembre et d'octobre. La conception est dès lors plus fréquente durant la saison vernale, et elle est diminuée durant la saison d'hiver, de décembre à mars. « Il est donc certain, dit Ély, que même dans ce centre de plaisir et de vie factice l'élévation de la température est plus puissante pour la multiplication de l'espèce que ne peuvent l'être les excitations artificielles auxquelles s'abandonnent pendant l'hiver toutes les classes de la population. »

Cette augmentation progressive du chiffre des naissances n'a de valeur réelle qu'autant qu'elle est en proportion avec le chiffre de la population.

Or l'examen de la question ainsi envisagée révèle un fait très-grave : la diminution réelle et constamment progressive de la natalité parisienne :

Tandis qu'en 1826 on constate 537 naissances sur 10000 habitants.

Dans le recensement de 1831 il y en a 581 —

et l'on voit de combien ce dernier chiffre est inférieur à ceux des périodes antérieures; peut-être se relèvera-t-il au census de 1886, la dernière année 1883 ayant fourni une proportion de 283 naissances pour 10 000 habitants. Cet état de choses a été parfaitement exprimé par Berlillon : « La natalité générale de la population parisienne est élevée ; elle oscille entre 27,7 et 30 naissances vivantes annuelles par 1000 habitants, au lieu de 26,5 pour la France en général; mais cette supériorité n'est qu'apparente et tient au plus grand nombre de femmes nubiles : aussi disparaît-elle lorsque l'on ne considère que les nubiles diminuées de celles qui, par leur âge, ne sont plus aptes à la maternité (c'est-à-dire seulement les femmes âgées de 15 à 50 ans). En effet, on trouve alors que 1000 femmes nubiles (mariées ou non mariées) dans ces conditions d'âge, au lieu de fournir annuellement comme en France 102 naissances vivantes (et les femmes anglaises et prussiennes en ont 140), n'en donnent que 88 à Paris, soit un déficit de 14 par an et par 1000 femmes nubiles de 15 à 50 ans; et comme il y a à Paris environ 630 000 de ces femmes, c'est une perte annuelle de près de 9000 petits enfants qui devraient naître et qui ne naissent pas ! Et pourtant ce rapport masque encore une partie de notre misère reproductive légitime, c'est-à-dire la meilleure et la plus solide. En effet, si l'on prend notre population parisienne, telle qu'elle se comporte (1876) avec ses 539 000 épouses de 15 à 50 ans, et que l'on réclame de ces femmes mariées les 174 naissances par 1000 épouses que donne la France dans son ensemble, on trouvera que nos épouses parisiennes devraient chaque année fournir à la capitale environ 59 000 naissances légitimes, tandis qu'elles n'en livrent que 40 500, c'est-à-dire produisent un déficit annuel de 18 500 naissances légitimes.

« Il est vrai que la natalité hors mariage vient combler, au point de vue du nombre, la moitié de cette perte, mais c'est en y substituant des nouveau-nés hors mariage dont la mortalité est doublée ! » (Bertillon, Annuaire statistique de la ville de Paris pour 1880.) On peut s'en convaincre en se reportant à l'article France, où il est établi que la natalité illégitime atteint son maximum dans le département de la Seine (65 naissances illégitimes par an, sur 1000 femmes de 15 à 50 ans, au lieu de 17 pour le reste de la France).

Cette proportion énorme des naissances illégitimes qui constituent, à Paris, plus du quart de la totalité des naissances, nous explique le nombre considérable en cette ville des enfants mort-nés qui représentent le dixième du total des décès, alors qu'il n'en est que le vingtième pour toute la France. C'est que sur 100 enfants légitimes 71,6 naissent vivants, tandis que sur 100 enfants illégitimes il n'y a que 66 vivants.

En résumé, le résultat du milieu parisien, c'est d'abord de réduire considérablement la natalité française, déjà si réduite; ensuite, pour une partie de ses enfants, de changer les bonnes conditions des enfants légitimes pour les mauvaises conditions des enfants nés hors mariage.

7° Mortalité. Le chiffre annuel des décès a été depuis 1870 :

En 1871, de 86.760

La moyenne annuelle est en somme de 57 000 pendant cette dernière période de cinq ans (1880-1884); la moyenne mensuelle est de 4045, s' élevant ordinairement à son maximum pendant les mois de mars, avril, pour descendre à son minimum en septembre et octobre.

Les mois de mars et avril sont, il est vrai, ceux où la population se trouve plus complètement à Paris, ceux de septembre et d'octobre correspondant aux périodes de vacances dont profite une partie notable de la population. Nous insisterons plus loin sur les rapports de cette mortalité avec les principales affections dominantes à Paris, nous bornant à signaler ici ses relations avec l'ensemble du mouvement démogra[ihique de la population.

L'Annuaire statistique de 1880 a résumé, dans le tableau suivant, la mortalité générale de la population parisienne pendant une période de soixante ans, 1820 à 1880 ; dans l'établissement de ce tableau, pour les années intercalaires à celles des recensements, la population a été augmentée d'un croît proportionnel à l'augmentation annuelle indiquée par les dénombrements antérieurs.

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