CONSONNES LABIALES
C'est une des consonnes les plus faciles et les plus naturelles à prononcer, aussi est-ce une de celles que les enfants prononcent de bonne heure.
Si nous étudions cettel ettre dans sa préparation (fig. 1), nous voyons qu'elle est formée par le simple passage de l'air à travers les fosses nasales et par la résonnance qui se produit dans le creux de la bouche; celle-ci étant complètement fermée par le rapprochement naturel et sans contraction des lèvres. M. Oakley Coles est le premier qui ait fait remarquer que le voile du palais est en contact avec la base de la langue.
Millier s'exprime ainsi sur cette consonne : « La bouche se ferme à l'aide des lèvres pour la prononciation de l'm. Quelques physiologistes, Rodolphe entre autres, sont partis de là pour ranger cette lettre paraii les labiales, mais elle n'est point une lettre labiale. Ce n'est point l'acte de la fermeture de la bouche qui lui donne naissance ; elle ne se forme ([u'après cette occlusion, par le simple passage de l'air a travers le canal nasal, avec résonnance du cul-de-sac de la
cavité orale ». Mais il semblerait que la conviction de MùUer n'est pas trèssolide, car il se contredit en ces termes, un peu plus bas : « Quant à la nature intime de l'm, elle a été reconnue par les Anciens. Quintilien l'appelait une lettre mugissante, surtout à la fin des mots. Un autre auteur (Terentianus) dit qu'elle mugit dans l'intérieur de la bouche et qu'elle produit un son caché et obscur. Clauso quasi mugit intus in are... Mugit intus abditum et ccecum sonum ».
Avec Cliladin nous l'appellei'ons labio-nasale, malgré l'affirmation de Kersten qui lui donne le nom de labiale intérieure et la classe parmi les articulations muettes et instantanées. Selon ce dernier, les lèvres pour la former rentrent toutes deux en se contractant, et l'air, au lieu d'être poussé, est retenu. Il lui paraît, en outre, qu'on ne l'entend que lorsque les lèvres s'ouvrent pour livrer passage
à la voyelle dont Vm, consonne muette, n'est qu'une forme. M. Rosapelly nous donne la preuve mate'rielle du contraire dans son très-intéressant travail sur les inscriptions des mouvements phonétiques. 11 nous a montré, par des tracés graphiques extrêmement probants, que dans l'articulation de Vm l'occlusion des lèvres est complète; que, le voile palatin étant abaissé, le courant d'air s'échappe par le nez; que Vm s'accompagne d'un son de voix et que les cordes vocales et le larynx vibrent diins son émission : nous n'hésitons donc pas à regarder cette consonne comme essentiellement sonore.
Lorsqu'on veut prononcer cette consonne en la faisant suivre d'une voyelle, c'est-à-dire lorsqu'on veut prononcer une syllabe, MA, par exemple, les lèvres se détachent alors brusquement, et la bouche, prenant l'ouverture nécessitée par la prononciation de la voyelle a, laisse échapper l'articulation avec une sorte d'explosion.
Dans la prononciation de la consonne B, les lèvres sont doucement réunies (flg. 2) et le courant d'air, trouvant le voile du palais élevé, s'échappe uniquement par la bouche en produisant un son'.
M. Fournie dit que dans le b le voile du palais est abaissé, de sorte que l'air
Fis. 2.
Fis. 5.
s'écoule en partie par les fosses nasales, en partie par la bouche. Pendant la prononciation du b, on constate i|u'd y a un léger retentissement de son dans les fosses nasales. Nous avons répété cette expérience, et, malgré notre bonne volonté, nous n'avons jamais constaté le retentissement en question. Nous ajouterons que l'appareil enregistreur de M. Rosapelly constate que le voile du palais est élevé.
L'articulation BA est une demi-explosive; elle est produite par le brusque écartement des lèvres cédant à la pression du courant d'air.
* Mûller et Kersten considèrent cette lettre comme muette ; il nous semble, au contraire, que de la position ()ccii|iée par les lèvres pour sa formation résulte la production inéntable d'un son, car les lèvres légèrement rapprochées ne peuvent pas moins faire que d'entrer en vibration, à la façon d anches niembraniiuses, sous l'influence du courant d'air expiré. Si ces phjsiologistes avaient étudié cette lettre dans sa préparation, comme nous le disions plus haut, peut-être n'aurtient-ils pas commis cette erreur.
Donc, consonne sonore et explosive.
La position des lèvres est à peu près la même pour la consonne P que pour la pre'cc'deule. Cependant les lèvres, réunies pour l'une et l'autre de ces lettres, le sont peut-être avec plus de force pour le P (fig. o) que pour le B. Pour toutes deux, la langue est complètement immobile dans le plancher de la bouche. M. Oakiey Goles indique au contraire pour toutes deux un contact de la langue avec la voiite palatine, que nous n'avons, pour notre compte, jamais rencontré. Elle est al)Solument muette dans sa préparation'. Quanta l'articulation PA, elle est pour ainsi dire jetée hors de la bouche avec explosion, par suite de la disjonction brusque des lèvres cédant à une poussée énergique de l'air.
En résumé, consonne muette et explosive.
Pour la formation de la consonne V, supposons la bouche fermée et les lèvres rapprochées normalement; découvrons alors les dents supérieures (fig. 4) et replions un peu la lèvre inférieure^, de façon que son bord vienne s'appliquer sur le tranchant des incisives supérieures. La partie antérieure delà langue est aplatie sur le plancher de la bouche, mais les bords de la partie postérieure sont légère-
Fig. 5. - F.
ment relevés et viennent s'appuyer sur la face interne des trois grosses molaires. Le sillon médian antéro-postérieur de la langue est ainsi plus marqué, de telle façon que le courant d'air expiré est conduit avec plus de force sur les dents supérieures oi!i il vient se briser en produisant un son caractéristique.
La consonne F (fig. 5) se produit exactement de la même façon que V; la seule différence qui existe entre ces deux lettres, c'est que l'une, V, est très-sonore, et
' M. Rosapelly constate cg-alemeut l'absence des vibrations laryngiennes, et il ajoute même que le 0 ne diffère du p que par les vibrations du larynx qui accompagnent l'émission du b. Magendie classe le p parmi les lettres vocales!
- Guillaume dit, au contraire, qu'elle résulte du mouvement d'élévation de la lèvre inférieure arrivant au contact des dents de dessus, puis s'en détachant. Cela peut être vrai pourceux qui ont l'habitude d'avoir la bouche ouverte, mais ce n'est pas, ce nous semble, une position physiulogique.
DICT. ENC. 2' s,
que l'autre, F, est muette. On les appelle, à juste titre, des consonnes soufflées '.
CONSONNES LINGUALES.
Fig. 6. — L.
Dans la préparation de cette consonne, la langue se porte au palais- et s'appuie, par ses bords seulement, sur toute larcade dentaire supérieure.
La base de la langue restant abaissée, la partie centrale de la voûte palatine est libre, ce qui constitue entre la langue et la voûte un petit réservoir (fig. 6j.
Lorsqu'on veut articuler la consonne, le courant d'air expiré s'accumulant dans le réservoir en question presse énergiquement sur la langue et la détache nettement du palais en produisant la consonne.
Pour produire l'articulation LA, la langue, qui est au palais, s'abaisse, et la bouche prend l'ouverture réclamée par la voyelle qu'on prononce.
Consonne linguo-palatale sonore.
Pour la prononciation de cette lettre, la langue occupe à peu près la même position que pour la consonne précédente; seulement la langue, au lieu de
s'appuyer, par sa pointe, sur la saillie formée par l'arcade dentaire supérieure, en est légèrement éloignée (fig. 7), et le courant d'air, venant rencontrer la langue dont les muscles sont contractés, la met en vibration' et donne naissance à la consonne R, essentiellement sonore.
Stephen de la Madelaine a remarquablement décrit le mécanisme de la prononciation de cette lettre. Voici comment il s'exprime : « La langue, qui est à peu près dans la position nécessaire pour le T, s'efforce de rester collée au palais, et l'air travaille à l'en détacher. De cette résistance et de cette action résulte une vibration de la pointe de la langue, semblable à celle de la glotte, si ce n'est que celle-ci a deux membranes qui frémissent, tandis que la pointe de la langue tremble seule et que ses oscillations sont plus étendues ». 11 fait également remarquer avec raison que, pour la prononciation de cette consonne, l'air classé par les poumons est
Fig.
1 Windmitlanter par Kempelen.
2 Guillaume dit que, pour la prononciation de T, D, L, N, la pointe de la langue est projetée entre les dents! La réfutation de semblables opinions est ti'op élémentaire pour que nous nous y arrêtions.
' Kersten pense que la muqueuse palatine vibre avec la langue.
mis en vibration, une fois par la glotte, où il se transforme en voix, l'autre fois près de la langue, où se forme la lettre.
M. Donders, qui a fait une très-intéressante étude sur la prononciation de la lettre R, dont il distingue quatre sortes, estime que pour l'R normal, ou roulé, comme on dit au théâtre, le nombre des vibrations simples produites varie de 60 à 70 par seconde.
Lorsqu'on prononce cette lettre^ en grasseyant, la langue n'est pas en vibration et la pointe n'en est pas dirigée vers le palais. La pointe de la langue est appuyée contre les dents inférieures, et le dos de la langue étant placé au point d'union du palais et du voile obstrue la sortie de l'air qui s'échappe avec un timbre guttural. Ce n'est plus la langue qui vibre, c'est le voile du palais. Cette prononciation est très-commune et ne constitue véritablement pas un défaut, en français du moins, quand elle n'est pas trop exagérée.
L'R de grasseyement est exclusivement produit, d'après M. Dubois-Raymond, par les frémissements de la luette poussée en avant par le courant d'air; à son bruit caractéristique correspond un nombre de vibrations simples qui varie de 58 à 56 par seconde -.
C'est essentiellement une consonne linguo-palatale sonore.
Si nous dirigeons la langue vers le palais, en appuyant ses bords sur
Fis. 8. — D.
Fig. 9. — T.:
tout le pourtour de l'arcade dentaire supérieure, et sa partie dorsale au point d'union du palais avec le voile (fig. 8), l'air enfermé entre la voûte du palais et la lancfue résonne fortement en produisant la consonne sonore D.
Si nous abaissons un peu le dos de la langue (fig. 9), de manière à laisser un passage plus facile à l'air et à l'empêcher de résonner, en même temps que nous" supprimons la vibration laryngienne, nous produisons la consonne muette T.
» Ma'-endie la classe parmi les lettres non vocales, et Gerdy l'appelle linguale antérieure
muette!
2 Gavarret, loc. cit., p. 572.
Ce sont deux consonnes linguo-dentales.
Les articulations DA, TA, se produisent par l'abaissement de la langue et en
donnant aux lèvres une ouverture convenable pour
la prononciation de la voyelle.
La langue occupe à peu près la même position pour cette consonne que pour L; toutefois l'occlusion buccale est rendue complète par le rapprochement intime des bords de la langue avec les parois buccales (tîg. 10). De plus le voile du palais est abaissé, et l'air passe en grande partie dans les fosses nasales* oîi il prend un timbre semblable à celui de M. La syllabe NA se forme en détacbant la langue de la voûte palatine, et cela sans effort, sans explosion, et en donnant à la bouche l'ouverture demandée par la voyelle.
Consonne nasale et sonore^.
Pour prononcer ces deux consonnes, les lèvres ne jouent aucun rôle et se portent à volonté en avant ou en arrière, selon la voyelle qui les suit. Les dents
Fig. 10. — N.
Fig. 11. — Z.
Fig. 12. — S.
sont rapprochées sans être serrées, la pointe de la langue appuyée contre Varcade dentaire inférieure'. De plus, la face dorsale de la langue prend une
• Kersten dit que c'est à tort que cette consonne a été appelée nasale. Il croit que « le souffle, au lieu de se dirig-er du larynx vers l'endroit où se forme l'articulation, doit plulôt être retenu ou repoussé. » Le point important, selon lui, c'est que l'occlusion du canal soit complète, que cette occlusion ait lieu au moyen de la langue emprisonnée entre les dénis supérieures, que ce soit même en attachant la langue à la lèvre supérieure.
' Kersten pense ég-alement que c'est une articulation muette. Les explications déjà données pour expliquer la qualité de sonore que j'ai donnée à la consonne M s'appliquent également à N.
5 Guillaume prétend que la pointe de la langue est fixée contre les dents de dessus, et cette erreur est partagée par nombre de professeurs du Conservatoire.
tonne concave par la constitution d'un sillon médian longitudinal obtenu par un léger relèvement des bords de la langue qui viennent s'appuyer sur la face interne des molaires supérieures et inférieures. Cette concavité est extrêmement importante (tig. 11), car elle sert à conduire l'air directement sur les dents oii il vient se briser; mais le relèvement des bords de la langue empêche en outre le courant d'air de s'échapper sur les côtés de la bouche. Lorsque cette disposition n'est pas observée, il en résulte un défaut de prononciation qu'on nomme le zézayement. Si nous conservons toutes ces positions, en abaissant cependant un peu plus la base de la langue, en agrandissant par conséquent le passage pour l'air expiré, nous produisons l'S (tig. 12). Z est sonore; S est muet. Ce sont deux consonnes soufflées.